Pointe de la Masse

Mangé d'excellentes frites dans une chaise longue face aux aiguilles d'Arves que j'avais déjà vues en planeur. Je suis fière de moi car je les avais reconnues l'autre jour à Orelle.

En haut de la Pointe de la Masse se trouve un dispositif ingénieux qui permet de réellement identifier les montagnes: il faut aligner les lettres et la flèche indique le bon sommet.
La vue est magnifique.

Les Ménuires - Mont Blanc vu à partir de la Pointe de la Masse


Sur les pylones des Ménuires sont collées des affiches qui proclament (en anglais) «Avant il fallait se protéger de l'hiver, maintenant nous devons protéger l'hiver», «Quand on aime la neige, on aime le ski; mais quand on skie, on menace la neige, alors que faire?», «Les sports d'hiver sont essentiels à l'économie de nos vallées». J'ai oublié l'adresse d'un site. En faisant des recherches ce soir, j'ai trouvé POW, Protect our Winters. Est-ce hypocrite, est-ce woke, est-ce du greenwashing ?

Le soir je pars à la recherche de bain moussant au SPA des Balcons. Bredouille. Il faut se rendre à l'évidence, il n'y a pas de bain moussant sur la station.

Orelle

La techno a recommencé ce matin à six heures. Il neigeait. Je me suis levée, j'ai mis France Musique pour couvrir le bruit et j'ai bricolé sur mon ordi. Petit déjeuner. Autre supérette, toujours pas de bain moussant. Le caissier me conseille gentiment de voir dans les SPA s'ils n'en vendent pas.

Matinée dans la vallée d'Orelle par télésièges Moutière et Grand Fond (Grand Fond est la clé vers Orelle comme Plein Sud l'est vers Méribel, il faut que je m'en souvienne). Je suis au niveau des nuages.

Col de Thorens - 3 février 2026


Je descends des pistes non dammées (not groomed, c'est amusant). La poudreuse fait un joli bruit, mais elle est lourde et fatigante. Mes muscles ne sont pas à la hauteur.

Vers midi je me trompe de téléphérique et en prends un qui… descend. Je mets longtemps à comprendre. Il est très long et passe de 3000 à 800 mètres. Il date de 2021. Est-ce le projet fou d'un maire, d'un député? Développer Orelle en permettant d'atteindre les remonte-pentes des 3 Vallées en dix minutes? Quel est le prix de l'immobilier à Orelle? Je ne sors pas de la cabine et remonte.

L'après-midi je repasse du côté de Val Thorens. Cime de Caron dans la brume, Boismint, Moutière, Péclet, Moraine, Grand Fond, Plein Sud, etc. Ce soir, mon appli annonce 73,5km, mais je ne sais pas combien il faut enlever pour l'aller-retour à Orelle. Je suis très fière de ma pointe à 58,6 km/heure.

Le soir je comprends qu'en fonction de la position d'un fusible (ou plutôt de deux qui paraissent solidaires), je peux allumer soit le micro-onde, soit les plaques de cuisson, mais pas les deux à la fois.

La question du jour : acheter ou pas des chaussures de ski? Le loueur me disait dimanche que si je skiais régulièrement, il valait mieux avoir ses chaussures, pour pouvoir les adapter parfaitement.
Je ressasse: je ne skie pas régulièrement, mais vais-je skier régulièrement? Y a-t-il une chance que je skie une semaine par an pendant dix ans?

Lundi

Je me suis très couchée tard. Et une fois au lit, catastrophe: musique que je qualifierais de techno — par simplification. Il est une heure du matin, je me dis qu'il est inutile que je me dérange, que quelqu'un dans l'immeuble va râler. Je mets deux boules quiès. Chaque fois que je me réveille le bruit est là, permanent. Je dors très mal, pas seulement à cause de la musique, mais parce que l'air est desséché, me dessèche et que j'ai chaud et froid alternativement.
Vers six heures le bruit a disparu. Je prends un ibuprofène et dors encore deux heures.

Quelques indications d'orientation (pour l'année prochaine ou dans deux ans, quand je ne me souviendrai de rien): les télésièges Plein Sud, 3 vallées VT 5 vers le col de la Chambre permettent de passer du côté de Méribel. Au pied du télécabine Mont Vallon je fais demi-tour car la piste rouge a été reclassée en noire et un message décourage les skieurs "intermédiaires"; télésièges Plan des mains, Bouquetins. Je descends la piste rouge Alouette, je prends le nouveau téléphérique Côte brune. Je suis avec un moniteur de ski qui explique à ses élèves que les travaux ne peuvent avoir lieu que pendant un court intervalle l'été: «il peut y avoir de la neige jusque mi-juillet et elle recommence à tomber en septembre». Mentalement j'imagine les contrôles auxquels sont soumis tous ces pylônes.

La ligne des montagne est magnifique mais peu la regardent. Smartphones, carte des piste, discussions entre amis… Peu lèvent le nez.
Je descends Pluviomètre une ou deux fois, j'emprunte des pistes rouges. Je prends de l'assurance, je vais plus vite. En fait tout est plus facile quand on va plus vite. Simplement, si on tombe, on se fait plus mal. Téléphériques Bruyères 1 avec quatre jeunes gens hautement puants. L'un d'entre eux raconte ses hauts faits, du genre un resto-baskets au Liban de plusieurs centaines d'euros, des jets de pierre sur des voitures parce qu'il était bourré. Mais comment peut-on se vanter de ça? Il me fait penser à la réputation des étudiants de l'INSEAD à Fontainebleau. Les quatre font des projets pour les années suivantes, parlent budget. «Le problème, c'est de réserver à l'avance et qu'il fasse mauvais». Ben oui ma cocotte, c'est ça, les sports de plein air, ça dépend de la météo.

Je casse-croûte à nouveau au col de la Chambre puis je repars sur la vallée de Val Thorens pour l'après-midi afin de limiter le risque de ne pas rentrer à temps.
Mon problème principal est que je ne retiens pas à quelles pistes mènent quel téléphérique ou télésiège. Péclet et Lac blanc permettent des rouges intéressantes. Désormais je m'exerce à dépasser certains skieurs, je fais la course sans qu'eux le sachent.
En prenant Pionniers ou Plein Sud, je rentre au studio par les pistes. L'un des deux doit être ma dernière remontée de la journée.
Au pied de ces télésièges, surprise: contrôle des sacs, arrêté préfectoral, interdiction d'avoir de l'alcool. Les cabines de ces remonte-pentes survolent le bar «La folie douce». Musique à fond et jeunesse surexcitée. Je me demande comment ils redescendent à ski en étant bourrés.

Recherche vaine de bain moussant. Les rayons de la supérette sont remplis de groupes d'Allemands et de Hollandais qui achètent de l'eau et de la bière.

Sans doute à cause des jeunes filles splendides que j'ai vu se brosser les cheveux hier à 2800 mètres pendant leur pause-déjeuner (une brosse à cheveux: mais bien sûr, indispensable dans le sac à dos pour une journée de ski), je me lave les cheveux avant d'aller au restaurant. Je regrette de ne pas avoir pris de maquillage, je n'avais pas anticipé que ma cicatrice sur la lèvre supérieure serait si voyante, rouge cerise. En fait je ne comprends que maintement que c'est une cicatrice ordinaire, comme une cicatrice sur le genou: elle va mettre des mois à disparaître.

Une heure de visio pour un point sur les municipales.

Faux-filet, tarte aux myrtilles. Je rentre, le studio est silencieux. Serait-il possible qu'il n'y ait pas de musique ce soir? Nous sommes lundi, les boîtes de nuit seraient-elles ouvertes?

Premier jour

Réveillée comme tous les jours à 5h50. Je prends un doliprane, ferme les rideaux et me recouche.
Levée 8 heures. Je ne me presse pas. Je ne sais pas trop comment m'y prendre, je ne sais pas où je vais chausser mes skis pour la première fois, je ne sais pas si je suis assez souple et assez musclée (il y a six ans, je faisais beaucoup d'aviron).

A part le ski, l'autre inquiétude, c'est l'orientation. En 2019, je ne faisais attention à rien, laissant O. me guider. Aujourd'hui, il faut que je me débrouille et j'ai peur, non pas réellement de me perdre (il suffit de demander son chemin au personnel des télésièges), mais de mal évaluer le temps et les distances et d'être coincée dans la mauvaise vallée à l'arrêt des remontées mécaniques.

Cessons le suspens: tout s'est très bien passé. Ce que j'ai perdu en muscle et en souffle (essouflée à 3000 mètres), je le compense par un meilleur équilibre. Le travail profond effectué depuis neuf mois porte des fruits. J'ai essayé des pistes vers Méribel (remontée "Les Bruyères", je le note pour un prochain séjour), je me suis perdue vers les Ménuires (dont j'ai découvert l'étonnant clocher). Il a fait très beau, la ligne des montagnes est magnifique. Tandis que je calculais que je tenterai les pistes rouges dans deux ou trois jours, je me suis retrouvée en haut d'un téléphérique où il n'y avait que des rouges et des noires; il m'a bien fallu descendre.

Etre seule permet de se glisser sur les sièges ou dans les œufs à chaque fois qu'il ne reste qu'une ou deux places alors que les groupes s'attendent pour être ensemble. J'écoute les conversations. Le plus drôle fut le père disant à son petit garçon (six ou sept ans): «D'accord pour aller plus vite, mais en échange, tu m'écoutes, deal?» Le garçonnet réfléchit et répond honnêtement: «Non». (J'ai adoré son honnêteté et son audace.) Ils étaient quatre Anglais, la fillette était plus âgée, avec de merveilleuses taches de rousseur. «Mais si on ne va pas vite, on va s'ennuyer» analyse-t-elle. Une autre fois, une Espagnole et une Chinoise découvrent qu'elles habitent toutes les deux Londres. Dans un autre télésiège j'ai eu droit à une sorte de revue du Who's who, entre Canada, Pays basque et Corrèze. Quant à la jeune fille qui évoquait le RER D dans le funiculaire de la Cime de Caron, je ne peux que lui donner raison.

Dans une autre conversation j'ai découvert le fairphone.
Le mec d'un groupe de trois — Ah tiens, Thierry devrait prendre un fairphone, ça lui irait bien. C'est un smartphone construit entièrement à partir d'éléments recyclés, où toutes les parties sont remplaçables.
L'une des deux filles: Ça doit moche et très lourd, non?1
Le mec: Oui, et ça fait de très mauvaises photos. On n'a rien sans rien.

J'ai téléchargé l'application "Les trois Vallées", je peux donc partager quelques statistiques : 56,4 km parcourus et 6,13 km de dénivelé en 6h05. (Cela ne fait pas 9km/h: il y a le temps des remontées et la pause casse-croûte).

Le soir, j'ai échangé mes chaussures qui me blessaient la malléole. Acheté du coca au cas où la colique reviendrait. Bu une Guinness au bar du coin.

J'ai pris un coup de soleil sur le nez et les joues. Cela provoque des frissons de fièvre. C'est très laid sur la cicatrice fraiche de ma lèvre. Demain, écran solaire.



Note
1: Ça me fait plaisir de n'être pas la seule à avoir ce genre de scepticisme. Surtout que la jeune femme doit avoir trente ans.
Les billets et commentaires du blog Alice du fromage sont utilisables sous licence Creatives Commons : citation de la source, pas d'utilisation commerciale ni de modification.