Postdam tranquille

J'ai tendance à oublier que ne rien faire est l'essence des vacances.

Durant ce voyage, lorsque je me réveille naturellement à quatre ou cinq heures du matin, j'en profite pour faire un peu… de compta (j'aimerais bien bloguer, mais en pleins préparatifs des 8JF (8 jours de Fontainebleau, compétition de planeur), il y a toujours un pointage à faire ou une facture à régler (si tant est que les 8JF aient lieu, entre la canicule et les interdictions préfectorales et les incendies et les recommandations de la DGAC)). Puis je me recouche, sauf si H. se réveille entretemps, auquel cas la journée commence et il me manque quelques heures de sommeil.
Je me souviendrai de ne plus partir en vacances avant la dernière semaine de juillet (c'est ma première année de trésorière, je ne le savais pas).

Aujourd'hui recouchée vers cinq heures et demie, levée à sept heures, appris que la France avait perdu (zut), petit déjeuner avant le rush du reste de l'hôtel (buffet de petit déjeuner très salé, avec rollmops et jus de carotte), piscine une demi-heure (j'ai trouvé mon pince-nez au fond de ma valise, youpi, j'avais oublié que je l'avais emmené), puis flânerie dans les rues de Postdam, sans autre but que la curiosité et le bitchage.
Acheté deux paires de chaussures, blanches et vert amande, pour marcher à plat sans pour autant être en baskets (robe-baskets, je ne m'y fais pas), déjeuné dans un restaurant coréen. Admiré le marketing de la fast-food à la coréenne ou à la turque: les enseignes ont pris la peine de copier l'aspect des affiches de MacDo ou Burger King et ajoutent dans la composition de leur burger l'ingrédient qui fait la différence, kimchi ou viande d'agneau hâchée. C'est malin et le design fait pro.

Embarcadère au pont Lange (Lange Brücke) à deux pas du musée Barberini. Balade de deux heures sur les lacs et canaux de Postdam. Trop de chaleur sur le pont, nous sommes à l'intérieur climatisé à manger de la glace à la fraise et à écrire des cartes postales. Nous écoutons d'une oreille distraite les explications du guide. Châteaux de styles variés, demeures impressionnantes, appartenant ou ayant appartenu à des célébrités politiques ou artistiques. Un œil non averti ne distingue pas l'est de l'ouest. En trente ans les arbres ont poussé et le no man's land a disparu.
C'est une jolie balade, je recommande.

Retour tranquille à l'hôtel, Wildberry Lillet, puis de nouveau restaurant russe, à 18h45 puisque nous n'avons pas réussi à prendre de réservation. Déborah, la correspondante allemande de notre fille que nous avions emmenée avec nous aux Etats-Unis en 2012, nous attend. Nous l'avons revue en 2022, elle a maintenant 29 ans, elle est fiancée depuis deux mois (à un Indien travaillant à Oslo rencontré il y a deux ans lors d'un colloque au Portugal, ô jeunesse, ô châteaux). Elle nous raconte leurs hésitations: est-ce lui qui va venir travailler à Berlin ou elle à Oslo; la Norvège n'est pas dans l'Union européenne et les Norvégiens travaillent en norvégien (pas en anglais, vive la traduction informatique instantanée) mais la Norvège est magnifique, montagneuse, Oslo est traversée par une large rivière dont les cascades gèlent en hiver… Elle en revient de l'avant-veille et son horloge biologique est encore bouleversée par la longueur des jours d'été là-bas.

Dernier verre à l'hôtel, longue hésitation pour traduire flaschengärung: fermentation en bouteille, est-ce méthode champenoise? Nous voulions un verre de champagne, il n'y avait que des bouteilles, nous avons pris un Riesling au verrre, sans doute un crémant, tout à fait satisfaisant (mousseux, pétillant, crémant, méthode champenoise, je mets le lien car le site (trouvé par hasard) est intéressant: il propose des courses consignées).

Repos

Petit déjeuner parfait, buffet pour tous les goûts (français, anglais, allemand avec une grande variété de charcuterie, grec avec des légumes confits: quel est le petit déjeuner polonais dans tout cela?)

Nous sommes si enchantés de la beauté et de la tranquillité du lieu que nous décidons de rester une journée pour souffler — et travailler, mais bon, ça fait partie du besoin de se poser.
Il y a beaucoup d'enfants entre un à dix ans, je me rends compte soudain que nous n'en voyons habituellement que très peu. Ici la mode des baskets universelles et des tongs de vacances n'a pas encore conquis, les voyageurs portent de vraies chaussures et dans l'ensemble sont élégants. Je regrette presque de ne pas avoir emporté une paire de talons dans mes bagages.

Piscine, tour de l'étang, visite du musée dans l'une des dépendances. Mes compétences en polonais ne me permettent pas de comprendre comment a été réunie cette collection impressionnante qui mêle véhicules de l'est (Iseta, Syrena, moteur d'avion Wilga) et de l'ouest (plusieurs Rolls Royce des années 50 et même une Ford T).

Syrena sport - musée de Zamek Topacz près de Wrocłau Ford T - musée de Zamek Topacz près de Wrocłau


Dans ce même musée se trouvent les décors d'une série polonaise très connue Świat według Kiepskich (cliquez sans crainte, c'est en anglais), sans que je parvienne à comprendre si cela a été tourné ici ou si les décors ont été récupérés pour conservation — et exposition.
Je vous mets une photo de la bibliothèque: Pascal et Descartes, rien que ça!

bibliothèque du sitcom Świat według Kiepskich - musée de Zamek Topacz près de Wrocłau


Après-midi : rapprochements bancaires du club de planeur et enregistrement des inscriptions pour la compétition qui commence le 18 juillet. Sur mon petit écran, je travaille beaucoup plus lentement que si j'étais à la maison; d'un autre côté, je sirote des limonades aux fruits de la passion.

Le soir je reprends des frites à la mayonnaise avec du champagne.

Aspach-Prague

Petit déjeuner médiocre. Il ne semble absolument pas prévu que nous ne prenions pas de café, trois serveurs différents viennent nous en proposer, l'eau pour le thé est si tiède que le sachet n'arrive pas à la colorer. A dire vrai, le buffet est extrêmement varié et bien garni, c'est plutôt nous qui sommes des clients grincheux, mal remis de notre dîner trop riche de la veille.

Weikersheim, visite du château en allemand par une guide pète-sec. Nous comprenons quelques mots, le document explicatif en français est très bien fait.
A des mois d'intervalles, les mêmes tapisseries, les mêmes étoffes, les mêmes lits à baldaquins, les mêmes portraits de Ludwig, François, Jeanne, Sophie, Frédéric, sur fond noir, sourcils froncés, air sévère, nez trop gros ou trop pointu, tous se confondent dans la tête du touriste sans notion de chronologie, mais il se passait quoi au moment de ses vingt ans, quelle guerre, quels artistes, quelle situation géopolitique, quelles découvertes géographiques ou scientifiques? Mais déjà on nous parle des enfants et des petits-enfants, le temps se précipite, tout est à recommencer. De salle en salle on tente de se souvenir, d'imaginer, on se perd, on admire, impuissant et à la dérive, vaincu par l'histoire, soucieux de prouver au guide ou à nos compagnons notre intérêt soutenu.

Mon problème très personnel avec l'Allemagne c'est que partout j'essaie de comprendre comment cela (cela: ce que j'ai sous les yeux) a pu conduire à Hitler. Comment passe-t-on de ces comtes du XVIIIe siècle, qui somme toute ressemblent beaucoup aux nôtres, à Hitler? Une unification tardive, un problème d'identité, la destruction des structures politiques et sociales par Napoléon? Que s'est-il passé? Et ici, il n'y a pas de shetls pour expliquer le rejet des juifs vivant dans un monde à part avec une langue à part. Est-il vain de chercher si loin, la menace soviétique et la guerre de 14-18 perdue suffisent-elle à expliquer le réflexe agressif et la recherche de boucs émissaires? Mais moi je crois au tendances longues (mais j'ai peut-être tort). Quoi qu'il en soit, il n'y a pas de réponse, je n'aurai jamais de réponse. Mais c'est plus fort que moi, je cherche quand même.

Le château me plaît, même si la décoration baroque est toujours surprenante pour quelqu'un élevé parmi les châteaux de la Loire: c'est vraiment un château pour vivre sur ses terres, c'est relativement fonctionnel, logique. Balade dans le jardin, «l'un des jardins baroques les mieux conservés d'Allemagne».
Nous retombons dans nos tics et nos tocs: H. achète une tasse et des sous-verres, et moi des carnets de cartes postales: mais pourquoi, alors que nous avons des dizaines de tasses, sous-verres et trois à quatre carnets de cartes postales? Quelle origine à ces pulsions irrésistibles?

Un petit bol de goulash plus tard, nous reprenons la route pour Nuremberg. Nous avons quitté l'autoroute et sommes dans des paysages et des architectures typiques, grosses maisons colorées à colombages dans le creux de vallons.

Nüremberg, musée Dürer. La mère de Dürer, mariée à quinze ans, a eu dix-huit enfants dont trois ont atteint l'âge adulte. La maison Dürer est représentative de ces maisons dont il ne reste rien ou pas grand-chose (pas de meubles, pas de connaissance de l'usage de chaque pièce), où tout est imaginaire, et ou l'effort même, le désir à toutes forces de faire revivre quelque chose, est un témoignage émouvant de l'amour porté à l'artiste qui a vécu en ces lieux. Je pense à la maison de Melville, à celle de Mozart à Vienne. Que venons-nous chercher, si ce n'est l'espoir de percevoir une âme, un souffle?
Concernant cette maison Dürer, la glorification des lieux a servi depuis longtemps, deux ou trois siècles, à glorifier l'Allemagne tout entière. C'est le même principe que la maison de Goethe à Weimar.

Dernière étape pour Prague. Nous avons acheté un e-pass pour autoroutes tchèques, sans réellement comprendre comment cela fonctionnait: qu'importe, nous sommes en règle. Les forêts cèdent la place aux champs. Il y a beaucoup de camions, la circulation est fluide, le conducteur allemand cédant la place avec grâce à toute voiture plus rapide que la sienne.

J'ai prévenu Rémi que nous passions à Prague: pouvions-nous dîner ensemble un soir?
Ils nous a carrément invités à dormir chez lui le temps de notre séjour, comme ça, par simple conversation WhatsApp. Question de H:
— Tu le connais bien?
— Heu... Je ne sais pas répondre à cette question. Je l'ai rencontré une fois il y a neuf ans. C'est particulier, les blogs; enfin, pas ceux des influenceurs, les vrais, les dinoblogs, comme dit Matoo. Nous savons sur nous des choses que des personnes qui nous côtoient depuis dix ans ne sauront jamais.

Présentations, installation, dîner jusqu'à la nuit — une bonne demi-heure plus tôt que chez nous.

Zelensky for ever

Trump : Would you go to Moscow?
Zelensky : It is difficult. There are lots of ukrainian drones there. It's dangerous.

Trump : Irez-vous à Moscou?
Zelensky: C'est difficile. Il y a beaucoup de drones ukrainiens là-bas. C'est dangereux.


Pendant ce temps, la Chine forme les hauts gradés russes.
Certains font remarquer que la guerre d'Ukraine est une guerre d'apprentissage. Gagne qui apprend le plus vite. Les Russes sont très mauvais à ce jeu-là, mais la Chine…
Que fera la Chine de ce qu'elle est en train d'apprendre en regardant les guerres actuelles?

Châlons-Aspach

Départ vers onze heures. Nous projeton d'arriver à Prague demain soir, soit en deux jours au lieu de trois. Le haut-Kœnigsberg ou la maison de Hermann Hesse, ce sera pour une autre fois.

Meuse, Meurthe-et-Moselle, Moselle. Moissons, plus tardive qu'en Seine-et-Marne. Jamais vu autant de tracteurs sur les routes.
Pont-à-Mousson, Comercy. Achat de madeleines à la boutique. Des produits Saint-Michel sur les rayons. J'interroge la jeune vendeuse:
— Vous avez un partenariat avec la maison Saint-Michel?
Elle pâlit: — Ils nous ont rachetés il y a quelques années.
Zut. Quel manque de tact. Je tente de la réconforter: — Pardonnez-moi d'avoir retourné le couteau dans la plaie. Ça apporte peut-être de la solidité à la marque, ça vous permet de mieux résister.
— Oui, mais on ne sait pas combien de temps nous pourrons garder notre nom.

Sieste de vingt minutes derrière le château. Eoliennes, panneaux solaires.
— Quand il fait trop chaud, elles ne tournent pas. Et tu connais la meilleure?
— Nos panneaux solaires ne sont pas adaptés aux fortes chaleurs. Il y a des classes (des ranges). En France, il faut plutôt qu'ils résistent au gel, il n'est pas prévu que ça atteigne 40 degrés l'été. Donc les panneaux sont moins efficaces quand il fait très chaud. Moins d'énergie solaire, moins d'énergie éolienne, une demande accrue de climatisation, qu'est-ce qu'on a fait?
— ??
— On a rallumé les centrales à gaz.

L'ambiance est morose. Trop de kilomètres sans s'arrêter; je sais depuis mon voyage avec O. que ce n'est pas une bonne idée, on finit par se disputer. Je mets un podcast sur Gerschwin, décevant car avec peu d'extraits musicaux (problème de droits?). Nous roulons vers Weikersheim, dans le but de visiter les jardins demain à la première heure. Goûter à Kaiserslautern, dans un pub qui sert de la Guinness, ô désespoir, puisque je m'abstiens d'en boire pour pouvoir conduire. Notre arrivée fait sensation, visiblement on n'y voit pas souvent un touriste. La serveuse est très jolie. Etonnement: les clients fument à l'intérieur du pub. Nous voyons le début du match Egypte-Argentine. Clairement, les Allemands en pincent pour l'Egypte.

J'ai choisi sur un critère étrange («tu ne prends pas un truc trop confidentiel car il faut qu'ils me mettent ma piqûre (NB: pour le diabète) au frigo») un hôtel à Aspach.
En fait c'est un véritable complexe hôtelier perdu au milieu de nulle part, en forme de monstrueux chalet en bois (et dépendances), kitchissime à souhait.

photo de famille. Propriétaire de l'hôtel Sonnehoff à Aspach
Photo de famille des propriétaires


Une boutique remplie d'horreurs est consacrée à Andrea Berg, illustre inconnue — la seconde chanteuse allemande la plus connue, nous apprend Wikipedia. Elle fera ici trois concerts du 17 au 19 juillet.

affiche murale Andrea Berg à l'hôtel Sonnenhof

Départ

Repassage, ménage (pour entrer dans une maison nette — mais sans doute poussiéreuse), valises (pour la mienne, j'ai suivi mes notes des années précédentes, la liste d'affaires à emporter est courte, j'espère ne pas le regretter).

Nous partons à trois heures vers Châlons: étape ce soir chez madame mère. Pour une fois que nous sommes en avance (ou à l'heure, selon les points de vue), nous nous arrêtons à Villenauxe-la-grande pour aller voir les vitraux. Ils sont très chaleureux. Curieusement, aucune explication ou allusion dans l'église. C'est sur le net que j'apprends le nom de l'artiste verrier, David Tremlett.

Nous partons deux jours plus tard que prévu, et tandis que ce soir j'étudie notre trajet, il est clair que ces deux jours vont nous manquer en fin de voyage: nous devons impérativement être revenus le 22 dans la journée, pas sûre de pouvoir monter jusqu'à Riga, aucune chance de revenir par Gdansk et Hambourg.

Ce soir je suis seule devant mon clavier, H. dort déjà. Il faudra en discuter demain: que sacrifie-t-on, que priviligie-t-on?

Collage matin et soir

Cela faisait un moment que j'avais des affiches (depuis le 12 juin d'après mes archives), mais pas de colle à papier. Je suis passée en acheter samedi, et donc collage ce matin entre six et huit heures au bord du Loing, puis ce soir avec Medhi dans le soleil rasant entre neuf et onze heures. Toujours je pense à Péguy. La moisson est quasi terminée.

Dans la journée, préparation de ma valise et rangement. Etude du trajet. Journée peu productive, je décompresse.

Cuite

Boitage entre cinq et sept heures, un tract politique et un tract pour le planeur féminin.
Je redors une heure et demie. Normalement j'avais prévu du ménage aujourd'hui et un départ en vacances demain, mais H. voulait travailler «je n'ai pas fini, ça va prendre une journée de plus. Tu peux aller au planeur».

Et donc planeur, avec désormais l'habituelle avalanche de questions dès que je m'aventure au club. Mais comment faisaient-ils avant, avec mon prédécesseur toujours invisible? Etonnante et agréable impression de se sentir un rouage utile.

Journée en piste très dense, avec deux instructeurs, un pilote pour les baptêmes et deux remorqueurs. Les cinq personnes venues en famille pour un baptême sont sans doute légèrement déçues/mécontentes, elle n'imaginaient pas passer un après-midi sur la plateforme en volant les unes après les autres — et donc en attendant au sol tout le temps des baptêmes des quatre autres. C'est long. Nous ne disposions que d'un seul pilote pour elles. Quant à moi, j'ai atterri sans savoir si c'était moi ou Noël qui était aux commandes et je suis déçue.

Le soir, un pilote atterrit avec un pneu (le pneu) à plat. Impossible de tracter le planeur jusqu'au hangar sans gravement endommager la jante. Le pilote a fini par prendre la décision de démonter le planeur et le ranger dans sa remorque pour le ramener au hangar deux cents mètres plus loin. Je rentre le soir gluante de sueur mais sans coup de soleil majeur.

Ce soir France-Paraguay à 23 heures.

Librairie

Pour certains, il ne faut pas entrer dans les pâtisseries. Moi, c'est les librairies.

Passage devant la librairie Les Champs magnétiques. Elle est petite, donc les livres y sont choisis avec soin (toujours préférer les petites librairies, tout y est pesé). En me penchant contre la vitrine, j'aperçois Le troisième livre de Nadedja Mandelstam. Je ne sais absolument pas ce que c'est. J'entre, je lis la quatrième de couverture, je feuillette. Adopté. Je cherche un peu, y aurait-il ici les deux premiers tomes, où pourraient-ils être? Rayon poésie?

— Je peux vous aider?
— Oui. Savez-vous si vous avez les deux premiers tomes?
Elle consulte son stock: oui, elle les a, mais où?
— Peut-être en biographies? Si la gérante était là, elle les trouverait aussitôt.

Elle cherche. Deux ou trois clients entrent, je lui dis de s'en occuper, que je ne suis pas pressée.
— Vous auriez un roman avec du fromage? Je suis invité chez quelqu'un que je ne connais pas et qui se reconvertit dans le fromage.
— Ah… c'est niche!
— Oui… mais on peut aussi prendre quelque chose sur le vin, je vais lui offrir une bouteille.

Le bavard continue à raconter sa vie et engage la conversation avec une autre cliente, ravie de papoter, dont nous apprendrons qu'elle a deux enfants en bas âge et termine des études de chirurgie (orthopédique, puisque le client a posé la question) (Mazette, comment fait-elle pour mener cela de front?) Et lui s'occupe de la paroisse, et elle a fait baptiser son aînée, «mais alors vous devez connaître… — Mais oui…»

Pendant ce temps, hélas, j'explore les rayons. Je tire des étagères Quelque chose noir car je me suis entichée de Roubaud. Je découvre que le recueil fait partie des œuvres de l'agrégation 2026.
Ailleurs je me saisis du bateau de marbre blanc de Mickhaïl Chichkine, simplement parce que l'auteur est russe et qu'il est rangé à côté de trois tomes d'Histoire des traductions françaises chez Verdier. Quatrième de couverture: «A quoi sert la littérature, si elle n'a pas pu empêcher le Goulag, ni l'invasion de l'Ukraine par la Russie? Voila la question fondamentale que pose Mickhaïl Chichkine […]». Je ne lis pas plus loin. Je prends. C'est la question qui me hante, sur l'art en général: à quoi bon toute cette extase, tous ces grands mots? Je suis à deux doigts de considérer que l'art et la littérature sont de vastes escroqueries, je l'avoue.

Un présentoir des éditions Sillage que j'aime pour leur présentation sobre et élégante. Je prends Jean Cassou, La mémoire courte, parce que je possède une édition originale de ses 33 sonnets composés au secret, La confession de Diogène de Jean Guérin et La légende du saint buveur.
Enfin, sous une table, je déniche les Mémoires de Werner Herzog. Ça fait beaucoup, surtout après le 25 juin. Je n'ai plus l'habitude des prix, je n'achète pratiquement plus de livres neufs.

A la caisse, je laisse mon téléphone : qu'on me prévienne s'ils retrouvent les deux livres de Mme Mandelstam. Qu'ils me les réservent s'ils sont prêts à attendre trois semaines mon retour de vacances.
Dans la soirée, coup de fil: les livres ne sont pas deux, mais trois; le Troisième livre est en réalité le dernier d'une série de quatre. Voulais-je les trois? Oui, je n'en suis plus à ça près.

Le soir je devais passer chercher d'autres livres chez le père d'un ami (un désherbage de bibliothèque) mais il a annulé. Barres au sol et je rentre. Journée éprouvante comme tous les départs de vacances où l'on redoute de laisser des bombes à retardement aux collègues et où l'on s'efforce de désamorcer tout ce à quoi on pense.

D'heure en heure

7h : accident de voyageur. Sans surprise, deux heures dans le train. Pas de wifi, ou très faible.
9h30 : formation des administrateurs. C'est moi la formatrice. J'arrive pile à l'heure et commence aussitôt, en prenant à peine le temps d'enlever mon manteau.
11h : fini. J'avale trois mini-viennoiseries. Le chausson aux pommes est pas mal.
16h30 : je devrais partir, j'ai rendez-vous à 17h. Bien entendu c'est le moment où débarque mon patron pour me faire un compte-rendu de réunion — très instructif, d'ailleurs.
17h : glace chez Raimo et papotages, le (mauvais) goût des Macron en matière de maisons au Touquet, notre avenir radieux prochainement sous LFI (la retraite à 60 ans, «la collectivisation, on verra dans un second temps»), Lituanie, Lettonie, Estonie, diagonale Cavalaire-Quimper ou Brest, je ne sais plus, et Guernesey:
— Tu comprends, les Indiens tiennent les restaurants, les Chinois les hôtels, les Anglais promènent le long de la côte. Les routes intérieures ne permettent pas de se croiser, comme en Irlande, j'adore ça; mais avoir une porsche là-bas… l'île fait 38 km de tour et 9 km de longueur.
[…]
— Mais au bout de trois jours, bon, ça va, on a tout vu. Ah non, j'ai appris après qu'il y avait un musée des naufrages. On a eu de la chance, il y a eu une tempête, on n'a pas pu repartir, l'agence nous a payé une nuit d'hôtel de plus.
[…]
— Les riches, c'est quand même polis.
— Oui. La bonne éducation repose.
[…]
— Partez! Il va faire chaud à nouveau, fuyez!

Piscine

Trente à quarante minutes de nage à l’ouverture de la piscine à 7 heures. Je suis seule, je regrette de ne pas avoir pris mes lunettes, j’aurais pu tenter le crawl (je n’essaie pas en public tant je me sens ridicule).

Boulot. Bien évidemment, une urgence (des réponses à un contrôle Urssaf) à 16h20, alors que je comptais partir à 16h30 pour le dernier cours de Tai Chi de l’année. Raté. Et pas de pilates le midi en me disant que piscine pilates tai chi consommaient trop de temps pour une seule journée. Moralité: mes devises «il ne faut pas attendre» et «tout ce qui est pris n’est plus à prendre» sont à appliquer en toutes circonstances.

Pendant ce temps, A. m’informe de la sortie de produits anniversaire pour les trente ans de la franchise Pokémon.
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