Billets pour la catégorie 2026 :

Temps contraint

Réunions à dix heures puis à midi et demie, sans débotter.
Atelier de travail avec un collaborateur sur une méthode de calcul de prestation que nous n'arrivons pas à stabiliser.
Coiffeur.
Je prends une glace chez Raimo et dors dans le train.

Ce billet aurait pu aussi s'intituler: «ma vie passionnante».
J'ai commencé Le manuscrit trouvé à Saragosse, beaucoup plus amusant que je l'imaginais (ou moins ennuyeux que je ne le craignais).

60

Anniversaire. Il y a longtemps, au moins dix-huit mois (pour qu'il ait le temps d'oublier), je lui avais demandé quelle cuisine de chef il souhaitait découvrir. Il m'avait répondu sans hésiter : «Zanoni», totalement inconnu de moi.
Nous avons donc déjeuné au Georges.

J'ai ensuite profité que nous descendions les Champs-Elysées pour le traîner chez Artcurial, où nous avons constaté qu'on pouvait s'offrir un Miró pour le prix d'une voiture. Nous passons un long moment parmi les livres de Jean Bourdel. J'aime venir ici. C'est petit, tranquille, on ne sait jamais ce que l'on va voir. Que ce soit à vendre (et non exposé) permet de rêver.

Disparition d'un mur de livres

Je suis difficile en matière de boîtes à livres. Je redoute le bricolage, les boîtes en bois mal fermées, les livres humides, tordus, désarticulés par le temps passé dans ces endroits malsains.
Alors je choisis des boîtes à livres en intérieur, dans des salles. C'est rare, j'en connais deux: salle d'attente gare d'Austerlitz et hall du cinéma Paradis à Fontainebleau.

A midi j'avais enfin décidé d'aller porter le sac de livres que je stocke dans mon bureau depuis des mois.
Trop tard, la boîte à livres (un mur: des étagères entières) de la gare d'Austerlitz a disparu. La salle d'attente elle-même a disparu. Tout l'ancien Austerlitz a disparu, le hall des billets avec ses fresques, tout est en travaux, bâché, fermé. Cela fait des mois que ça dure. Je remarque un nouvel accès au RER C. Un squelette de zeppelin s'aperçoit derrière les travaux, prendra-t-il chair ou restera-t-il ainsi; des kilomètres de fils, de câbles, courrent le long des murs, la verrière a été dégagée, immense. La dernière fois que je suis venue ici, de nuit, c'était en passe d'être magnifique; l'impression se confirme au soleil.
Photo comme témoignage, Pic or it didn't happen1, pic because it is happening, it happened2, j'aime les photos de travaux, de transition entre deux états.

Travaux gare d'Austerlitz


Je suis les flèches, salle d'attente entre les voies 7 et 14, certes, mais de boîte ou mur de livres, point. Je repars avec mon sac d'une main, One Piece 66 de l'autre. Ce n'est pas pratique, tous les vingt mètres je dois poser le sac pour tourner la page. Je traverse le pont Charles de Gaulle, décide d'aller vérifier si par hasard il n'y aurait pas une boîte dans la salle d'attente grands voyageurs gare de Lyon (me laissera-t-on entrer sans billet?)
Las, elle aussi est fermée pour travaux.
Je rentre au bureau avec mes livres.

Note
1: «Photo ou mytho», traduction proposée sur Reddit, ie, «une photo ou j'y crois pas».
2: Photo parce que c'est en train de se produire, cela s'est produit.

Pince-nez

Télétravail. Matin tôt (7h): promenade jusqu'à Saint Mammès le long du Loing. Il fait bon, une légère brume s'élève au-dessus de l'eau. Je dérange un ou deux canards. Il doit y avoir des nids. La route traverse un chantier naval destiné à la restauration des péniches avant de devenir un chemin. Les bureaux-hangars sont à gauche, le chantier à droite, côté Loing. Il y a toujours une énorme péniche en cale sèche en train d'être repeinte, j'aime beaucoup cet endroit. On passe tout petit le long de la coque en surplomb qui ne paraît tenir en équilibre sur d'énormes tréteaux que par quelques coins. Est-ce vraiment stable? Je rêve. Se reconvertir pour devenir peintre de coque? Trop tard, trop tard.

Je découvre qu'il est désormais interdit d'emprunter la route. Y a-t-il eu un accident? Trop de touristes? Trop d'enfants qui furètent? Les influenceuses qui ont rendu Moret à la mode (trending) en mai dernier sont-elles en train de changer nos vies, nous obliger à mettre des règles adaptées à une foule essentiellement citadine qui n'a aucune conscience du danger?

le Loing en revenant de Saint Mammès


Soir après le boulot (19h): piscine. Il y a longtemps que je voulais y retourner. Nous avons un bassin «nordique», c'est-à-dire un bassin extérieur chauffée par géothermie. Un gigantesque panneau à l'entrée explique que conserver ce bassin chauffé l'hiver ou le vider et le remettre en eau au printemps dépense la même énergie: il a donc été décidé de le conserver toute l'année.
Evidemment, ce qui me plaît, c'est l'idée de nager l'hiver, quand il fait nuit, dans les fumeroles. Evidemment je n'ai pas réussi à m'organiser une seule fois avant le changement d'heure.
Donc aujourd'hui je me suis inscrite et j'ai testé mon pince-nez, suggestion de mon chef tri-athlète pour contrer mon allergie au chlore. Le résultat est mitigé: si je ne nage qu'une fois par semaine, ça devrait passer.

Blanc

Même températures annoncées pour aujourd'hui. Casse-tête des vêtements: avec les deux heures de décalage par rapport au soleil, il fait froid le matin et le soir on cuit. Je farfouille dans les placards et m'habille tout en blanc.

Réunion pour un projet avec un ancien agent général du Gan. Nous évoquons nos souvenirs de vieux combattants de l'assurance. C'est amusant.

Gemma en terrasse le soir. Commenter les tenues des personnes qui passent (bitcher) reste un grand plaisir.

J'ai mal au genou. J'ai mal depuis ma chute en janvier, mais au lieu de s'atténuer, ça empire avec le temps. Ça m'ennuie. Je n'ai pas envie d'aller passer une radio/scanner/IRM pour apprendre finalement qu'on ne peut rien faire et qu'il faut attendre.
Je vais directement continuer d'attendre.

Tolkien

Fini Le Seigneur des anneaux. Même si le chemin, la longue route, m'a paru plus court, et les événements, les guerres, m'ont paru plus rapides (on dirait que les pages sont désormais comme les jours: on se retourne et l'on ne comprend pas bien où elles sont passées, ce qu'il est advenu de leur contenu), j'en ressors avec le même chagrin et le même regret qu'à chaque fois.

Il fait très beau. Je cuis à l'étouffé dans mon bureau.

Les couleurs du printemps

Appris qu'au printemps, les fleurs des bois et des champs fleurissaient dans l'ordre suivant: d'abord les blanches, puis les jaunes, enfin les bleues.

200 kilomètres pour un gigot

Dans la matinée, coup de fil pour prendre des nouvelles d'A. Nous bavardons.
— Papa attend que la tarte à l'orange ait fini de cuire pour mettre le gigot au four. J'aurais dû le laisser faire cuire le gigot en premier, on va manger super tard.
— Avec de la coriandre et beaucoup d'ail?
— Oui, le gigot habituel.
— Ça fait envie.
[Moi, en boutade] — Tu peux venir, si tu veux. Ça fait beaucoup pour deux.
— Je vais réfléchir. J'ai du travail dans le jardin, il faut que j'enlève les branches mortes du tilleul dans l'herbe pour pouvoir tondre, mais je peux venir après.
[Moi, incrédule] — Tu vas faire trois heures de route pour un gigot?

Je n'y croyais pas. Nous n'y croyions pas. Elle est venue.

Des nouvelles de Watson

Watson attendait devant chez le voisin d'en face, celui qui est fan de voitures (il a une Tesla et a remplacé sa Mustang par une Porsche).
Une passante s'est arrêté le caresser, nous avons engagé la conversation.
Watson a dix-neuf ans. Il ne va pas bien. Depuis qu'il a perdu sa maîtresse il y a un an, il refuse de rentrer chez lui. Il squatte chez un ou deux voisins.
J'avais remarqué qu'en un an, il s'était décharné. Je ne l'imaginais pas si vieux. Il est en train de mourir d'ennui et de chagrin. Ses yeux sont voilés, sans doute ne voit-il plus très bien. J'ai le cœur serré.

Journée remplie

A midi, passé récupérer quatre petits Mandelstam magnifiquement reliés. Sophie me donne le reste de la collection des Temps modernes de sa tante. Je lui laisse mes trois tomes du Lord of the Ring. Je n'ai pas eu le temps de terminer le dernier; je le continuerai en français (j'ai les poches à la maison).
Bonne idée d'être passé le midi plutôt que le soir. Je l'invite à la brasserie du coin, nous papotons, comparons l'esprit casanier de nos époux respectifs (et notre bougeotte). Elle me demande si l'aviron me manque: oui pour la lumière, la recherche de la perfection du geste, la suspension entre l'eau et le ciel, non pour l'aspect musculaire, la dépense physique, qui était ce à quoi elle pensait. Nous échangeons sur nos coïncidences, l'art de penser à quelqu'un quelques heures avant d'en avoir des nouvelles. Elle me parle de sa façon de regarder les pendules aux heures doubles (12h12) et moi de celle de me réveiller à 2h22 ou 3h33. (Le faisons-nous réellement, ou ne remarquons-nous que ces heures particulières, soit un biais de perception? Cette deuxième hypothèse reste la plus probable).

Point expérience reliure : ne pas mettre sous presse un livre en braille (le genre de précision qui paraît évidente une fois qu'on l'a énoncée, mais qui résulte d'expériences douloureuses).

Vers six heures glace chez Raimo puis Passion selon Saint Matthieu au TCE. Je suis assise au milieu du rang et dérange tout le monde en m'installant dans les derniers. Mon problème en concert est que je m'endors. Il y a une règle: dès que j'arrête de bouger ou de parler je m'endors (une longue réunion est très difficile à tenir pour moi). Je somnole plus ou moins profondément, avec la terreur de me mettre à ronfler. J'entends donc cette Passion en pointillé et l'aspect lancinant, envoûtant, de la partition n'en est que renforcé. Je suis toujours surprise de la précision avec laquelle le texte suit l'évangile. A l'entracte, mon voisin regrette le choix d'un chœur minimaliste (quatre à douze personnes, selon comment on compte). Pour ma part j'apprécie cette version dépouillée.

Retour en bus. C'était prévu, trois heures de concert n'offre pas d'autre solution. Gare de Lyon, je manque de défaillir de joie et d'admiration: enfin, enfin, ils ont organisé l'accès aux bus, prévu des files, planifié des bus qui vont à Melun et des bus qui ne s'y arrêtent pas, fini la confusion, l'écrasement, la précipitation, la presse, la peur de tomber et celle de monter dans le mauvais bus.
Finalement, il ne leur aura fallu que cinq ans pour y parvenir.
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