Billets qui ont 'nostalgie' comme mot-clé.

Ménage

En fait, il s'agit davantage de tri et de rangement que de ménage. Journée décevante, je n'avance pas aussi vite que je l'espérais.
Vidé l'armoire et jeté une pile de vieux tee-shirts. C'est toujours la même chose, les souvenirs qui remontent avec chaque vêtement, ce tee-shirt offert par l'ex d'un copain dans une maison aujourd'hui vendue…

Vers le soir, j'empile ce qui reste au grenier. Il faudra le trier plus tard, et je ne sais pas quand.

Killing saison 2. Je m'endors, ça ne va pas assez vite.

The Social Network

L'intérêt d'être à La Défense et de ne pas être trop occupée, c'est de pouvoir aller au cinéma. Et non pas de critique, plus jamais, que des associations d'idées.

The Social Network. Grosse bouffée de nostalgie. Et encore, 2003, c'est déjà très tard dans l'histoire de l'informatique. Hier, je trainais à relire une fois encore les histoire de Dave Small. Ce qui me manque, ce sont les conversations auxquelles je ne comprenais rien mais qui vibraient de passion, les projets terminés à l'arrache à quatre heures du matin, les matins blêmes, le café noir, tout ce qu'on ne voit qu'à peine dans le film, mais que je déduis de quelques secondes du film (marrant, pas de cigarette: ça fume, ça fumait, un informaticien).
Les gens vont retenir les filles faciles, le soleil et la Californie. De ce point de vue, le film est glaçant: filles prêtes à tout pour approcher le pouvoir et l'argent, mecs prêts à tout pour avoir les filles et donc... Au moins c'est simplement expliqué, pas difficile à comprendre.

Mais le plaisir (ou la douleur) de pisser de la ligne, l'importance de l'idée, l'importance de croiser les bonnes personnes... Un succès technologique est rarement né d'une seule personne (est-ce Gilles de Gennes qui le rappelait dans son cours inaugural au Collège de France?), même si l'on ne retient qu'un nom.


Pour ceux que ça intéresserait, les frères Winklevoss rament en pair-oar, le prince des bateaux: deux rameurs en pointe (une seule rame par rameur) sans barreur.
La course à Oxford est bien sûr en huit, le bateau le plus rapide (l'aviron n'est pas très rapide, il y a beaucoup trop de frottements).


En Bosnie ils n'ont pas de route mais ils ont Facebook. Ça m'a rappelé un reportage radio sur la guerre en Tchétchénie: des réfugiés dans un wagon regardaient Santa Barbara...


Contrairement à ce que je lis ça et là, je n'ai pas trouvé que l'image de Zuckerberg soit spécialement négative. Elle est crédible, c'est tout. Les programmeurs ne sont jamais loin de l'autisme du joueur d'échecs. (J'ai pensé au Jeu de la dame.) Il me semblait même possible que Zuckerman ait donné son accord pour le scénario, mais visiblement non. Cependant les scènes-clé sont dites véridiques, ce qui est fort possible dans la mesure où il y a eu procès et témoignages (mais sont-ce des archives accessibles?).

Espace temps

Parfois le temps se dilate, se contracte,
en une seule diastole systole
et me semble qu'est tenue
la promesse déniée vingt ans plus tôt
et je ne comprends pas.





Cours sur Finnegans Wake avec Daniel Ferrer.

Parfum

Le parfum de Sophie m'emplit de nostalgie sans que j'arrive à identifier le souvenir qu'il m'évoque.

«Ivoire, de Balmain», me dit-elle.

Les parents

J'ai assisté hier a ce qui était sans doute ma dernière réunion de parents en primaire — sans nostalgie aucune.

Préparation de classe de mer, j'ai déjà vu le numéro deux fois. J'admire l'instituteur impavide qui prévient les mêmes questions, les éternelles inquiétudes sans objet :

— Aucun médicament ne sera administré sans ordonnance, inutile de fournir une valise de médicaments. Si vous bénéficier d'un protocole P.A.I. (ou A.P.I? de mémoire: autorisation administrative de dispenser un traitement sur les lieux scolaires pour une maladie chronique, le plus souvent l'asthme), tout se passera comme d'habitude. Quelle que soit la maladie nous appelons un médecin, et si nous appelons un médecin, nous vous prévenons. Donc ne vous EVANOUISSEZ PAS si nous appelons, ce n'est pas forcément grave.
Une mère : — Et vous appelerez si vous administrez de la Ventoline ?
L'instituteur : — Je ne vous appelle pas quand je le fais à l'école, pourquoi voulez-vous que je vous appelle de classe de mer ?

— Prévenez-nous en cas d'allergie ou si vous respectez des interdits alimentaire. Le cuisinier est à notre disposition et fait de son mieux, alors merci de ne pas noter que votre enfant n'aime pas les épinards s'il n'aime pas les épinards: nous ferons des épinards quand même.

— A l'aller, la valise est remplie de vêtements soigneusement repassés par la maman — ou le papa (je ne veux pas être sexiste) — au retour, non ! Alors prévoyez des sacs plutôt que des valises, et des sacs plutôt trop grands.

— Nous les nourrissons, il est inutile de leur envoyer des colis de nourriture.

— Ecrivez au moins deux fois (en dix jours). Le téléphone est interdit (et nous trouverons les portables !)
— Mais pourquoi ?
— Parce que cela déstabilise trop les enfants. Ils vous écriront deux fois durant le séjour, mais la correspondance est libre. Donc ne venez pas vous plaindre si vous recevez « je vais bien; tout va bien » (et je songe avec présomption que je recevrai mieux que ça, mon plus jeune a un brin de plume et a compris les principes).

— En cas de décès dans la famille, ne prévenez pas les enfants par courrier, téléphonez au centre et demandez un responsable (non, je ne donne pas mon portable !)
Et je reste ahurie que des parents puissent envisager de prévenir leur enfant de dix ans en classe de mer de la mort d'un être cher par une lettre.

Etc, etc.
J'admire l'humour et le dévouement de cet instituteur plutôt mal vu (il aime la discipline). Ses élèves ne grandissent pas (puisqu'il a année après année des CM2), il est plus surprenant que les parents ne grandissent pas non plus.


Les parents ne cessent de m'étonner par leurs inquiétudes multiples, on dirait qu'ils ne peuvent survivre loin de leurs enfants (et ils imaginent clairement que l'inverse est vrai, quelle prétention). Comment ont-ils fait pour ne jamais se séparer de leurs enfants avant que ceux-ci n'aient dix ans ? Ont-ils donc tous de la famille sur place ou des mères au foyer pour les garder pendant les vacances ?
L'instituteur rappelle cette vérité de base: Point de nouvelle, bonne nouvelle.

Qui avais-je donc choqué ainsi ? Mes parents partis à l'autre bout du monde, je-ne-sais-qui me demanda s'ils étaient bien arrivés :
— A priori oui, puisque la radio n'a annoncé aucun crash.
On m'avait regardé avec horreur.


J'en ai parlé à midi à Paul. Il m'a raconté que dans les années 30 au collège Sainte-Croix du Mans, une mère d'élève en 6e était venue se plaindre de ce que la professeur d'anglais parlait… en anglais.

J'ai ri de bon cœur. Je me souviens de cette mère, lors d'une préparation de première communion, qui s'était émue de la violence de la mort sur la Croix : ne pouvait-on éviter cela aux enfants ?
Le prêtre, avec un fin sourire: — Il est tout de même difficile de faire l'économie de la Passion.

Nostalgie de Noël

Finalement, ce que je regrette le plus des Noëls de mon enfance, c'est la pénombre de l'église et les rues désertes et éteintes du village à la sortie de la messe.

Aujourd'hui il y a trop de bruit et trop de lumière. Tandis que j'aspire à un certain recueillement, on n'attend de nous toujours plus d'expansivité.
Cela ne me convient pas.

Blues

Une semaine déjà, heureusement celle-ci a passé vite. Ce n'est pas que je m'ennuie, j'ai juste l'impression d'être en exil.
Je bénis ma mémoire enregistreuse par associations, un seul détail fait resurgir un monde. Il me semble pouvoir écrire à l'infini, chaque fil tirant un souvenir, et pouvoir faire gonfler les histoires de l'intérieur, ce qui est bien plus amusant que les allonger. Quand le temps est circonscrit, on ne peut faire qu'un soufflé.

J'ai reçu les photos commandées avant mon départ, elles sont en noir et blanc, dans le prolongement de la collection des années trente. Au dos une étiquette "Archives Pontigny-Cerisy, reproduction interdite". Le temps est immobile, machine de Morel, il ne me semble plus si cruel de revivre infiniment les mêmes gestes. Ce qui est cruel, c'est de ne pas les vivre. Que vaut une copie?

Et maintenant téléphoner à ma mère et repasser le temps d'un épisode de Six feet under. Lequel parmi les cinq saisons?

Une voix d'outre-tombe

Ce soir m'attendait un CD avec la voix de ma grand-mère, enregistrée par mon cousin en 1998. Il l'avait enregistrée car il avait choisi de faire son projet de fin d'études autour d'elle, du récit de sa jeunesse.
Ma grand-mère est morte en juillet 2001. Je ne sais pas si j'arriverai à écouter ce CD un jour. Et pourtant, nous l'avons tant réclamé à mon cousin, nous l'avons tant espéré, nous avions si peur qu'il perde ou efface la cassette contenant la précieuse voix.

Blade Runner

Blade Runner une fois encore, au cinéma. Première version, sans voix off (me dit H., je ne me souvenais plus de la voix off) ni la fin trop claire mais consolante de la version de 1992. Première version de 1982 que je préfère.

Je n'arrive pas à me souvenir de la première fois que j'ai vu ce film. Est-ce avant que je lise des BD de science-fiction et de la science-fiction? Quoi qu'il en soit, toutes mes lectures sont imprégnées de cette atmosphère lumineuse et sombre, poudrée, désespérée.

Il y avait deux personnages féminins qui faisaient fanstamer les garçons de mon âge à vingt ans : la princesse Leïa (entre ceux qui avaient clairement vu qu'elle ne portait pas de soutien-gorge sous sa robe blanche lors de sa première apparition dans La Guerre des étoiles et ceux qui voulaient revoir la scène pour vérifier ce point) et Rachel, l'androïde glaciale et désemparée de Blade Runner. Lorsqu'ils parlaient de Rachel, il était évident que rêver et bander devenaient strictement équivalent, je n'ai jamais compris pourquoi. Que pouvait bien avoir Rachel qui les séduise à ce point? En y réfléchissant davantage, il me semblait que c'était plutôt ce qu'elle n'avait pas et c'était inquiétant et triste, donc j'évitais d'y réfléchir.
J'ai dans mes armoires quelques tenues directement inspirées de Rachel, taille serrée et épaules exagérément marquées.

Les fois précédentes, j'avais surtout été marquée par la poignante mélancolie de l'histoire, le destin sans issue, la stricte lecture d'une vie humaine à travers celle des robots.
Cette fois-ci j'ai été davantage frappée par la construction rigoureuse, pratiquement découpée en chapitre, et la rapidité, l'efficacité du récit, par la fierté des créateurs, qui ne peuvent concevoir que leurs créatures/création puissent être dangereuses, par l'effacement des différences entre les hommes et les androïdes, parachevé par le dernier geste de Roy Batty, devenu capable de miséricorde. Les décors dont il est devenu si courant de se moquer m'ont paru très beaux, très cohérents et très Jules Verne : voilà un futur qui ressemble à ce qu'on imaginait en 1880, voilà un futur antérieur, avec des photographies sépia, un piano, des livres derrière le canapé.
Il est difficile d'imaginer un futur plus présent, ou même déjà passé, originel: est-ce cela qui fait le charme de ce film? Ou est-ce l'importance centrale des souvenirs, ceux que l'on n'a pas si l'on naît androïde, ceux que l'on acquiert au cours d'une vie, androïde ou humaine, («Si tu savais ce qu'ont vu mes yeux, tu ne le croirais pas», «j'ai vu le soleil devant le bouclier d'Orion, …»), perdus à jamais à notre mort?

La série que j'attends en DVD

Il y a quelques jours j'expliquais à C. qui s'étonnait de je ne sais plus quelle information à la radio, qu'on passait sa vie à essayer de retrouver les impressions et les sensations de l'enfance. (Je lui ai épargné Proust).

Un peu plus tard dans la voiture, nous écoutions l'horoscope déjanté de RFM: chaque jour l'horoscope est construit sur un thème, et ce jour-là, le thème était la Hollande, nous avons donc eu droit à douze clichés sur la Hollande (un par signe astrologique): les tulipes, les canaux, etc, et l'Ajax d'Amsterdam. Durant les quelques secondes où a été évoqué l'Ajax, le bruit de fond était un étrange grincement.
Une fois l'horoscope fini, j'ai demandé à C:
— Tu sais ce que c'était, le bruit sur l'Ajax?
— Non.
— C'est une référence à une vieille pub pour Ajax crème: la pub t'expliquait que sans Ajax crème, tu rayais l'émail («Ça raye l'émail», je l'ai encore dans l'oreille), et on voyait un patin à glace en train de pirouetter en rayant l'émail: c'est ce bruit que tu entendais.

J'en ai profité pour lui expliquer l'autre bruit célèbre de ces années-là: une assiette propre lavée avec Paic citron, Peeeeurrrrrkkkkkkk (un post fétiche sur un produit fétiche).

C. est très bien préparé pour vivre dans les années 80, de même que j'étais parfaitement préparée à vivre dans les années 50. Comme dirait Rémi, l'important, c'est de ne pas transmettre ses névroses.

La série que j'attends, c'est celle-ci. Elle n'existe pour l'instant qu'en zone 1.


Avis aux amateurs (parisiens) : on brade

En passant rue Danièle Casanova hier soir, je remarque une grande affiche blanche dans la vitrine de Brentano's. Au feutre est inscrit en grandes lettres maladroites «Pléiade - 20%».
Je m'approche, un avis orange est scotché sur la vitrine, qui dit en substance: «Notre propriétaire, la BNP, ayant de décider de doubler notre loyer, nous sommes obligés de réduire notre surface et de recentrer notre activité. Le rayon littérature va être abandonné.» A l'intérieur du magasin, le déménagement a commencé.

Donc si vous avez le temps de passer chez Brentano's (avenue de l'Opéra) aujourd'hui… (Pour ceux qui ne connaissent pas, il y a également énormément de livres de poche et de livres grand format dans cette librairie). N'empêche, cela me fait de la peine. Quand je pense que la BNP "communique" sur son mécénat culturel…
Il y avait Maroussia, dont j'ai oublié le nom de famille. Je l'ai emmenée un jour à la librairie Brentano pour lui montrer les portraits de Walt Whitman. En sortant, le vendeur, qui était mon ami, me fit un sourire en hauteur et me lança un clin d'yeux qui me laissa tout déconcerté, et dont je n'ai pas encore compris le sens exact. J'aimais beaucoup la librairie Brentano; même, de mes dix-huit ans à mes vingt-et-un an, elle a été mon principal lieu de plaisir. J'aimais à me sentir dépaysé, à la façon de des Esseintes dans les bars et les brasseries anglaises de la rue d'Amsterdam. Du reste, nous éprouvions tous le besoin de nous dépayser; nous affections de ne considérer Paris que comme une de nos capitales, et secrètement nous nous apppliquions la phrase de Nietzsche: «Nous autres Européens». Ce n'était pas pour rien que notre revue allait s'appeler: «L'œuvre d'Art International»! Oh, les belles Américaines que je frôlais parfois — Excuse me — entre les corps de bibliothèque de chez Brentano! Je rêvais, non seulement de me faire aimer d'elles, mais aussi de leur faire connaître la littérature française contemporaine, de leur traduire, en quel anglais et avec quel accent effroyable, tu vois ça d'ici, les «Moralités légendaires», ou même «Maldoror». Mais elles étaient peu préparées pour cela, je crois; peut-être même qu'elles ne connaissaient pas Whitman! C'était probable en effet, car en fait de poètes américains, c'était surtout Ella Wheeler Wilcox qu'elles achetaient. J'étais un des rares clients français de Brentano, je veux dire des clients assidus, qui venaient trois ou quatre fois par semaine. Après avoir eu à mon égard une attitude très réservée, on finit par m'admettre, et par me laisser fouiller partout, même au sous-sol. A vrai dire, presque tout l'argent dont je disposais passait là!

Valery Larbaud, conversation avec Léon-Paul Fargue, en préalable à Cartes postales (Gallimard poésie), p.48

Digressions historico-politico-familiales

En sortant de La vie des autres, H. évoque un souvenir d'enfant du début des années 70: sa grand-mère yougoslave naturalisée française, devenant hystérique à la frontière, refusant d'entrer en Yougoslavie où ses enfants l'emmenaient en vacances revoir sa famille. Elle craignait qu'"ils" ne la laissent plus repartir.
J'évoque mes propres souvenirs, le kilo de café envoyé d'urgence en Pologne pour dépanner la famille qui avait emprunté du café à des voisins pour un mariage et n'arrivait pas à s'en procurer pour le rendre, un cousin éloigné de papa qui venait parfois à Vierzon avec sa fille voir ma grand-mère, mais jamais avec sa femme et son fils, qui restaient en Pologne pour garantir son retour. Ce cousin habitait près d'une église désaffectée, la nuit on venait le chercher pour être parrain lors de baptêmes célébrés en cachette. Il était parrain d'innombrables enfants.
Je me souviens de ma découverte du mot apatride («Ça veut dire quoi apatride?») à côté du nom de Martina Navratilova lors des matches de Roland-Garros et de l'horreur que ce mot avait fait naître, apatride, pire qu'exilé, sans aucun lieu pour se poser ou se reposer.
Je méprise les intellectuels occidentaux qui ont supporté le communisme. Je supporte mal un certain anti-américanisme. Quelles que soient les errances d'un président, les actions géopolitiques absurdes, violentes, hégémoniques, de soixante années de politique internationale américaine, on ne peut les comparer à ce qu'ont connu les pays du bloc soviétique, ne serait-ce que parce qu'on peut évoquer tranquillement cette politique brutale sans risquer sa vie (et je reste le souffle coupé devant un film comme Docteur Folamour, sorti en pleine guerre froide, un an après la mort de Kennedy). Les actuelles compromissions des pays occidentaux avec la Russie de Poutine ou la Chine me sont odieuses.

Je me souviens d'un devoir d'histoire en terminale, le professeur avait eu un geste désabusé au moment de la correction: «Personne n'a compris l'enjeu de ce texte, il s'agit d'évaluer la possibilité et les conditions de la réunification de l'Allemagne», je l'avais regardé comme s'il était fou: réunification? mais c'était totalement impossible, comment pouvait-on seulement y songer?
Je me souviens exactement de la première fois où j'ai entendu le mot pérestroïka, j'étais au lit à l'internat, j'écoutais la radio, le doute et la joie se mêlaient, fallait-il y croire, pouvait-on y croire, ne risquait-on pas d'être joué?
Je me souviens de la décision de la Hongrie en septembre 1989, j'étais en formation à Périgueux pour mon premier emploi, je regardais la télévision le soir seule dans ma chambre d'hôtel, le monde entier retenait son souffle. En juin, les étudiants chinois de la place Tian Anmen avaient été écrasés, qu'allait-il se passer?
Je ne comprends pas que Mikhaïl Gorbatchev ait totalement disparu de l'actualité, il est l'homme qui a le plus profondément changé le monde depuis 1945.

Tandis que passe la bande-annonce de Goodbye Bafana, C., 14 ans, demande: «C'est qui, Nelson Mandela?» Mon cœur manque un battement, est-il possible de ne pas savoir qui est Nelson Mandela? Je me souviens du regard de profond mépris de mon voisin en classe de seconde, lycéen sur-politisé comme il y en avait quelques-uns (entourés de quelques filles à longues jupes qui sentaient le patchouli), parce que je ne savais rien du boycott des oranges Outspan.

Parfois j'essaie d'imaginer ce qu'a pu être la décolonisation pour nos parents ou nos grands-parents, ou ce que c'était de vivre avant la seconde guerre mondiale. Le sentiment du monde est incommunicable, il ne peut qu'être imparfaitement reconstitué par recoupements successifs.

La dernière vidange

Titre idiot, private joke: "Un vieux pleure dans son coin, son cinéma va fermer, c'était la dernière séance,…"

Mon garagiste va fermer.

Lorsque Ka a écrit un billet sur Mazda, j'ai failli en écrire un moi aussi. Mais Ka était célèbre, je ne le connaissais pas et mon blog existait depuis deux semaines, je n'ai pas osé.

Mon garagiste va fermer, je suis triste, vendredi j'ai cru que j'allais me mettre à pleurer entre un pneu et un bidon d'huile, avec l'indécence de ceux qui font étalage de leur émotion devant qui souffre plus qu'eux.

Ma première voiture, en 1989, fut une Mazda. A l'époque nous habitions Bordeaux. Mon beau-père — qui ne l'était pas encore — m'offrit cette voiture, ce qui me toucha beaucoup (Bon évidemment, c'était pour que je puisse entretenir son fils... Mais ne soyons pas mesquine. (Dans ma famille, le style était plutôt : "Ne lui offre rien, il va partir avec". (Ma mère me le dit un jour alors que j'offrais à H.... un peignoir.)))

J'ai adoré cette voiture. Elle était moche, la pauvre, couleur doré métallisé dévitalisé par le temps, elle avait alors dix ans. C'était une 323, mais les numéros resservent éternellement chez Mazda, cela ne donne aucune indication sur sa ligne générale: elle ressemblait à une Visa.
Elle avait un atout incomparable, c'était une propulsion, légère à la main, elle se conduisait avec deux doigts, une merveille. Elle craignait le froid, toussait beaucoup, mangeait de l'huile. Combien de fois ne me suis-je pas retrouvée le matin en escarpins et jupe serrée à examiner la jauge, à la grande réprobation des voisins, qui visiblement estimaient que ce n'était pas à moi de faire cela? Lorsque j'oubliais la clé à l'intérieur (cela m'arrivait régulièrement («Mais c'est pas vrai! Encore!»)), il suffisait de se procurer une paire de ciseaux pointus, d'introduire la lame la plus fine dans la serrure et de faire levier avec l'autre, doucement, en cherchant le déclic.
On nous l'a volée une première fois en 1990. Je rêvais la nuit qu'on la retrouvait dans un tel état que H. refusait que je voie la carcasse. On l'a retrouvée un mois plus tard, intacte, sur un parking.

En 1991, nous avons déménagé et nous nous sommes installés à Aubervilliers, carrefour des Quatre-chemins. Nous avons retrouvé l'arrière de la voiture enfoncé un matin. Accident de parking. Nous n'étions pas assurés tous risques. C'était grave pour nous, H. faisait son service militaire et j'étais au chômage; on tirait le diable par la queue. La voiture était garée devant le café en bas de chez nous, nous avons cuisiné le vieil Arabe qui le tenait, nous devions avoir l'air bien démunis et bien malheureux, il a dénoncé un de ses collègues de Pantin en nous faisant promettre de ne pas dire que c'était lui qui nous avait renseignés. Je me revois dans le café de ce collègue, à boire je-ne-sais-quoi, un constat dans mon sac, à me demander avec désespoir ce que j'allais faire s'il niait tout en bloc.
Il n'a rien nié, l'air honteux il a tout signé sans rien contester. C'est ainsi que nous avons découvert le garage Idoux à la Courneuve, concessionnaire Mazda et agréé par notre société d'assurances. L'expert a accepté de réparer notre voiture (ce n'était pas évident car elle avait tout de même douze ans, mais elle était "très propre", comme ils disent dans le métier (ce qui veut dire sans défaut de carosserie, car nos voitures ne sont pas lavées bien souvent...)), faisant de nous des clients fidèles et reconnaissants, et nous n'avons plus changé de garagiste, même lorsque nous avons déménagé à Villecresnes (94).

C'était un garage hors du temps, à l'extrémité de la ligne 7. A cent mètres du carrefour, on trouvait des ateliers coincés entre de petits pavillons de banlieue qui auraient fait bonne figure chez Gustave Lerouge ou Léo Malet. Il y avait au mur une photo que j'adorais, qui représentait le "vieil Idoux" et deux mécanos torse nu devant une traction avant. Nous n'amenions pas souvent la voiture chez eux puisque nous n'avions pas beaucoup d'argent, mais toujours elle en ressortait excellement réglée, consommant moitié moins d'essence pendant deux ou trois mois.

En 1993, lorsque nous avons voulu acheter une voiture, nous nous sommes naturellement adressés à ce garage. H. a été persuadé un temps que je l'avais laissé acheter ce qu'il souhaitait, avant que je ne lui avoue que je l'avais poussé à acheter ce que je voulais, c'est-à-dire une voiture à la ligne coupée en souvenir de la Fiat 124 que mon père possédait quand j'avais six ou sept ans (Fiat aux sièges baquets, au levier de vitesse en bois et au volant cerclé de cuir, avec le moteur à l'arrière).
Cette voiture aura bientôt 300 000 km. Maintenant qu'elle ne nous sert plus que pour de courts trajets, j'espère la garder encore dix ans. Pour l'anecdote, ajoutons que mon dernier fils y est né, ce qui fait que depuis qu'il a vu le film Tournage dans un jardin anglais, il rit beaucoup de savoir qu'à la question «Où es-tu né?» il peut répondre «Ici» n'importe où à condition d'être dans cette voiture.

En 1999, on nous a volé "la vieille". Cinq ou six autres voitures de valeur aussi faible ont été volées la même nuit dans la résidence. La police municipale nous a dit fortement soupçonner les manouches installés sur le territoire de la commune mais manquer de moyens pour aller faire une perquisition, c'était trop dangereux. Ce qui me fait le plus de peine, c'est de savoir que cette voiture qui fonctionnait encore a été au mieux dépecée, au pire incendiée. J'aurais préféré qu'elle soit volée par quelqu'un qui s'en serait servi. Ainsi, c'est juste stupide et méchant.
Cependant cette voiture nous rendit un dernier service: comme elle était assurée tous risques depuis plus de cinq ans (ridicule pour une voiture de cet âge, je sais. Mais je la prêtais beaucoup et je ne voulais pas que mes amis aient de problèmes), nous touchâmes une somme importante (13000 francs à l'époque) qui tombait à pic pour payer je ne sais plus quel facture ou acte notarié au moment où nous achetions la maison. L'âme de ma voiture survit dans un petit bout de la maison, me dis-je pour me consoler.

Il y a deux ans nous avons acheté une 626 d'occasion, voiture raisonnable des gens raisonnables que nous essayons de devenir. Je ne désespère pourtant pas d'obtenir un jour une MX-5 (la Miata). Le problème, c'est que la production de la ligne que j'aimais a cessé (une voiture adoucie comme une savonnette qui aurait trop séjourné dans l'eau), remplacée par une ligne beaucoup plus agressive qui ne m'intéresse pas. Il faudra donc chercher dans les voitures de collection... mais j'ai le temps.

Jeudi j'ai appris que le garage Idoux fermait: plus assez de clients sur place, à la Courneuve, trop grande fiabilité des Mazda (je le confirme), problème de place, de modernisation, de chèques impayés. J'y suis passée vendredi, j'ai vraiment cru que j'allais me mettre à pleurer, la nostalgie m'a saisie. Je regardais les rosiers et les volets clos, que restera-t-il de nous dans ce quartier, rien, et je n'y reviendrai sans doute jamais.

Vie des animaux

Cinq sensations que je ne retrouverai sans doute jamais (variation sur une chaîne qui s'estompe) :
  • Le goût des granulés que ma grand-mère donnait aux lapins;
  • L'odeur du lait artificiel pour les veaux au moment où mon grand-père ajoutait de l'eau chaude pour le délayer;
  • La langue râpeuse des veaux sur mes bras salés (comme une langue de chat, mais avec une surface de gant de toilette et non de timbre-poste);
  • La trompette ahurissante des pintades quand elles voulaient soudain signaler leur joie ou leur fureur (je n'ai jamais su);
  • La tête jaune du dernier poussin, curieux ou trop à l'étroit, émergeant du dos d'une poule brune ayant triplé de volume pour abriter tous ses petits (ce spectacle me manque tant que j'en rêve parfois).

Nostalgie geekeste

En juillet, des fourmis se sont installées sous le toit. H. a vidé le grenier pour les déloger et ce faisant a redécouvert sous les combles ses ordinateurs NeXT, un cube, une "pizza", trois écrans. Il les a redescendus d'un étage.
Aujourd'hui, sous prétexte de faire du rangement, il a décidé de les rebrancher. Il a fallu retrouver les claviers, les souris, ouvrir les capots, passer les cartes électroniques à l'aspirateur pour les débarrasser des araignées et des cadavres de fourmis (bugs!).
La station, puis le cube, ont redémarré du premier coup. H. est heureux.

J'aime beaucoup ses articles. De temps en temps je vais les relire. Il me semble que celui qui voudrait comprendre dans quelle ambiance j'ai vécu entre vingt et trente ans, vingt et trente-cinq, peut-être vingt et quarante, n'aurait qu'à lire ça. Je ne suis pas informaticienne, je n'ai jamais programmé une seule ligne, mais j'étais là. Je me souviens des galères, des diagnostics incompréhensibles. J'attendais en silence, j'avais un livre ou j'allais jouer au tarot. J'avais appris à multiplier par trois ou par cinq tous les temps qu'on me donnait : "j'en ai pour une demi-heure" signifiait que j'avais deux heures devant moi, peut-être trois. Et les nuits, toutes les nuits blanches, sous prétexte que la communication avec les Etats-Unis marchait mieux la nuit… Un court récit de ce type me remplit de nostalgie :
Ce terminal était rapide : dix caractères par seconde. Je l'avais monté à onze, ce que l'ASR-33 supportait, même s'il faisait un drôle de bruit (mais impossible d'aller jusqu'à douze). Cette vitesse correspondait à une transmission de 110 bauds, ce qui est la raison pour laquelle tous les programmes de télécommunication du monde doivent encore supporter cette vitesse lamentablement lente : quelque pauvre hère pourrait encore avoir, quelque part, un télétype. L'ordinateur disposait de disques durs d'environ 20 mégaoctets. Les trois quarts de ces disques étaient interdits pour une raison purement politique l'administrateur essayait d'obtenir un disque plus gros, et tentait d'appuyer sa demande par des plaintes d'utilisateurs mécontents, plaintes qui, il l'espérait, se multiplieraient à cause de l'espace disque insuffisant et l'aideraient à faire aboutir sa demande. Ma mémoire de masse personnelle consistait en bandes de papier perforé. Elles offraient une inépuisable source d'amusement : à la fin de la journée, on ramassait les minuscules confettis dans le perforateur et on les jetait dans les cheveux de quelqu'un. Quoi qu'on fit, l'électricité statique les maintenait dans la chevelure jusqu'à la fin du semestre. Même aujourd'hui, j'ai de ces bandes de papier dans ma boîte à souvenirs, et les regarder me fait chaud au coeur. Ma femme Sandy veut que je les jette. Argh j'avais aussi acheté une bande magnétique (!) et avais demandé aux opérateurs système d'enregistrer mes fichiers dessus. Ce qui avait probablement occupé deux mètres sur les 800 de la bande, mais quelle sensation !
Ce que je préfère, c'est cet éditorial, qui théorise un certain nombre de mes observations, y compris hors du monde de l'informatique :
Deuxieme Loi De Small (dite "Loi du chaos grandissant") :
"Dans un ensemble de données informatiques, le désordre va toujours en augmentant. Toute tentative de réparation ne fait qu'augmenter encore le désordre."

Je vous donne des conseils, je vous dis que ma Seconde loi est intuitivement évidente, que je l'ai toujours su… En fait, en un instant d'égarement et de naïveté, j'ai tenté de la violer, avec le brillant succès qu'on imagine. Que je vous raconte.

Il y a quelque temps, j'ai décidé que les différentes versions de la vingtaine de fichiers de Spectre 3. 1 commençaient à devenir ingérables. L'horodatage des fichiers par l'horloge interne du ST ne marche pas très bien pour moi (pour une raison que j'ai mis un bon bout de temps à découvrir). Et souvent, il me fallait aller compulser les différentes versions d'un fichier pour savoir laquelle était la bonne, la dernière! J'ai alors décidé, bêtement, sans réfléchir, de créer le disque dur parfait bien propre. J'ai donc pris un disque neuf mais déjà rôdé, qui avait assez tourné pour avoir dépassé le stade de la mortalité infantile. Et j'ai commencé à mettre chaque fichier à l'endroit approprié, accompagné de commentaires et de documentations. J'ai créé des dossiers, un par version de Spectre: "1.51", "1 .75","1.9F","2. 3K", "2.65", "2.65C", "3. O", "3.1Dev", plus toutes les versions intermédiaires que seuls ont vues les bétatesteurs. (Chaque saut de numéro de version constitue autant de sueur et de larmes passées en test et en débogage).

Pendant des jours et des jours, j'ai fouillé dans mes disquettes et mes cartouches Syquest. J'ai exhumé de vieilles versions, les ai vérifiées, copiées dans les bons dossiers. Un boulot fastidieux et rébarbatif où j'ai dépensé beaucoup d'énergie et de Pepsi.

Dans chaque dossier, j'ai tout vérifié en assemblant les fichiers et en recréant la version correspondante de Spectre, que j'ai ensuite comparée aux disques de productions, dont Sandy a été assez maligne pour garder un exemplaire pour chaque version, en me menaçant des pires châtiments si je ne les lui rendais pas promptement. Et chaque dossier a ensuite reçu un fichier de documentation.

Etais-je sot : j'ai même poussé le vice jusqu'à inclure sur ce disque les 19 versions bêta de Spectre 3. O. Puisque j'étais en train de faire LE disque parfait, autant les y mettre, n'est-ce pas ? Après tout, certaines applications Apple avaient montré une fâcheuse propension à tourner sur une version bêta mais pas sur la suivante (comme Pagemaker qui s'était mis à planter sur l'avant-dernière version bêta de Spectre 3. 0 ? un mauvais souvenir, il nous a fallu supprimer ce bogue en un temps record).

J'ai aussi récupéré ici et là des fichiers divers, comme des docs sur le clavier du Macintosh et les codes qu'il émettait. Comme les autres, il aboutirent dans des dossiers soigneusement documentés. Inutile de dire que tout cela a pris un grand nombre de mégaoctets.

Pour être sûr d'éviter les corruptions spontanées de fichiers, j'ai passé les fichiers à l'utitaire ARC. ARC compresse les fichiers, mais surtout, il calcule un CRC (Cyclic Reduncant Check, somme de contrôle redondant cyclique) pour chaque fichier. Il s'agit d'une sorte de signature du fichier, obtenue en calculant un polynôme avec chaque octet du fichier. Modifier un simple bit ou intervertir deux octet modifie le CRC, et il est presque impossible de modifier accidentellement le fichier en conservant le même CRC. J'ai donc fait une liste de tous les fichiers avec leur CRC. En cas de doute sur l'intégrité d'un fichier, je pouvais recalculer son CRC et voir s'il correspondait à celui de la liste.

Enfin, j'ai relancé un programme qui recalculait le CRC pour chacun des 1500 fichiers et le revérifiait par rapport à la liste. J'ai imprimé les fichiers de documentation pour en conserver une version sur papier.

Poussant un soupir satisfait, je me suis étiré, empli de la béatitude du devoir accompli. Je savais où se trouvait chaque fichier à cette seconde précise, et était certain de son intégrité. Il ne restait plus qu'à faire une sauvegarde de ce petit bijou d'ordre et de rigueur, qu'il m'avait fallu un bon mois pour fignoler… >En organisant ainsi tant de données, j'avais naturellement rempli mon barrage à ras bord, créant une situation d'entropie minimale et d'organisation maximale. J'avais défié les lois du chaos et violé la seconde loi de la thermodynamique appliquée à l'informatique. J'avais construit un château de cartes de vingt mètres de haut.

L'univers n'attendait que l'occasion de m'apprendre à vivre. Notez bien qu'avec l'astuce des CRC, le coup classique de la corruption sournoise des fichiers devenait impossible, car j'aurais pu le détecter. Il ne restait plus qu'une possibilité.

Comme vous le savez si vous avez lu mon article précédent, les lois de l'univers qui le vouent au chaos se mirent en oeuvre par l'intermédiaire de la mécanique quantique, et engendrèrent un continuum spatio-temporel dans lequel était inscrit mon tragique destin. Le destin en question consistant bien sûr à recevoir le fameux château de cartes sur la tête afin de niveler cet arrogant delta de haute organisation.

Innocemment, j'ai éteint le système pour y connecter un lecteur de bande magnétique. J'ai mis le lecteur et j'ai rallumé.

Le disque dur n'a pas réagi à l'allumage.

Mes cheveux se sont dressés sur ma tête et j'ai été pris de sueurs froides.

Pendant une semaine, j'ai tout essayé pour ressusciter ce disque. J'ai remplacé son circuit imprimé interne, son alimentation, je l'ai fait tourner à la main, je l'ai secoué pour décoller les têtes, enfin tout. En vain. Il était mort. Et je n'avais pas de sauvegarde. C'était la seule possibilité, elle s'était réalisée. Le delta avait été nivelé d'un coup. Paf.

Meuh non, dites-vous, j'ai malencontreusement envoyé une décharge d'électricité statique a ce pauvre disque, ou alors c'est le câble SCSI qui n'était pas bon, ou encore l'alimentation qui a claqué a l'allumage et a bousillé le disque… Ben voyons. Non, désolé, ça ne prend plus, les coïncidences, j'en ai trop vues. C'étaient les lois inexorables de l'univers qui venaient de frapper.

Depuis lors, j'ai pris l'habitude de ne jamais faire d'effort pour organiser mon disque dur. Oh, certes, je sais plus ou moins où sont mes fichiers, mais je me garde bien de trop augmenter mon niveau d'organisation, et d'attirer l'attention des implacables gardiens des lois de l'entropie. En outre, je laisse toujours une partition a l'état de chaos complet sur mon disque. Ce sacrifice aux dieux du désordre m'a jusqu'à présent évité leurs foudres.

Je sais, je sais, ça a l'air idiot. Mais en tout cas, ça marche. Mon taux de pannes de disques est a son niveau historique le plus bas. Un de mes lecteurs, un Syquest souffrant d'un problème de moteur de rotation, a même eu l'extrême obligeance d'avoir une embellie finale et de se remettre à fonctionner, ce qui m'a permis d'y récupérer des mégaoctets de données prises sur des serveurs télématiques, au prix d'innombrables heures de téléchargement. Le Syquest a ensuite définitivement rendu l'âme, cinq minutes après que j'y ai récupéré le dernier fichier. De quoi se poser des questions, non ?
J'adore cette histoire. D'abord elle est vraie, vérifiée, avérée. Je ne lui connais pas de contre-exemple, même hors informatique : le moment où l'on se dit : "C'est parfait" est toujours le moment où il vous arrive une tuile, le moment où l'on a enfin l'impression de maîtriser sa vie est toujours celui où elle vous échappe.
«je me garde […] d'attirer l'attention des implacables gardiens des lois de l'entropie. En outre, je laisse toujours une partition a l'état de chaos complet sur mon disque. Ce sacrifice aux dieux du désordre m'a jusqu'à présent évité leurs foudres.»
Il y a quelque chose de grec dans tout cela. Eviter d'attirer l'attention des dieux, règle de base. Personne ne se méfie autant que moi de l'ubris.
Et puis cela fait une excuse en béton pour que la maison ne soit jamais parfaitement en ordre.
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