Alice du fromage

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Billets qui ont '2018-08-30' comme date.

mercredi 29 août 2018

Uniforme

Renouvellement de ma garde-robe sur un mode que je n'avais pas appliqué depuis mes vingt-deux ans: j'avais alors passé un entretien, puis j'étais allée m'acheter les mêmes vêtements que la personne que je venais de rencontrer (j'ai été embauchée).
Là je fais dans l'anticipation, mais j'ai bien étudié les tenues de Homeland et The good Wife… *smiley* (J'ai acheté mes premiers pantalons depuis vingt ans (à l'exception de deux jeans, en 2001 et 2014).)


Dîner à la grande crèmerie. Bon mais cher, cher mais bon.

dimanche 26 août 2018

Vendée romane

Pas de musique aujourd'hui, les connexions internautiques difficiles n'ont pas permis de prendre de billet.
Qu'à cela ne tienne, armé de Vendée romane, nous partons à la recherche des quelques édifices non encore visités par mes compagnons. (Je n'en ai visité aucun. J'oscille entre l'amusement devant un tel souci d'exhaustivité et la gratitude de m'entraîner dans des lieux que je ne verrai jamais sans eux (futur et non conditionnel: il m'est de plus en plus difficile de visiter des lieux religieux y compris désaffectés avec H. qui ne veut plus en entendre parler.)

Nous sommes dans la deuxième voiture, nous suivons aveuglément.
Château de la Citardière, annoncé par maints panneaux : mais on ne rentre pas, propriété interdite (château magnifique se mirant dans une douve large comme un étang). Nous tournons autour de Chantonnay, j'apprends des nouvelles d'une célébrité FB qui réside ici.

Eglise de Foussais-Payré pour P. qui voulait en revoir le portail. Etonnante façade avec danseurs, acrobate et joueur de flûte et un mélange d'ornements païens et bibliques, comme si l'on avait donné quelques indications au tailleur de pierre qui les aurait suivies tant bien que mal en fonction des trois récits qu'il connaissait avant de se rabattre sur des sujets qui lui étaient plus familiers. Le plafond de l'église a été recouvert de bois. Le tout est très clair. Exposition sur les chrétiens d'Orient. Je suis très surprise de la démographie : vingt-six millions de chrétiens dans vingt-et-un pays. Je ne pensais pas qu'il y en avait tant.

La commune est célèbre pour ses concours de sculptures à la tronçonneuse (pauvres arbres) et des œuvres encombrent les abords. Question-surprise d'A: que s'est-il passé au concile de Chalcédoine? Euh… (panique à bord, je songe à Jean-Paul qui donnerait de si belles et si précises réponses): «c'était un concile christologique, comme les précédents, qui débattait des deux natures du Christ… c'est un peu la différence entre la vinaigrette et le café au lait : de quelle façon ces natures s'unissent-elles, cohabitent-elles?» Je songe à ce TG lointain, un samedi, aux échauffements autour de la traduction "d'hypostase". Je me rabats sur quelque chose de plus tangible, la géopolitique: «C'est aussi le moment où sont définis les grandes Eglises de l'orthodoxie (le mot "patriarcat" m'échappe). Le problème aujourd'hui pour les orthodoxes, c'est que l'argent est en Amérique, et comme l'Amérique n'existait pas au moment de Chalcédoine, ce sont des barbares… Comment accepter leur argent sans reconnaître leur Eglise? Il faut des observateurs extérieurs quand les orthodoxes se réunissent, pour leur éviter de se disputer trop violemment.»

St-Hilaire-des-Loges, deux monuments aux morts, le premier, soldat accroupi, hommage à la guerre de 1870. De l'église, je me souviens surtout des immenses photos détaillant les sculptures d'autres églises… et un Vendée romane en "lecture sur place", belle preuve de confiance envers les visiteurs.

Nieul-sur-l'Autise (l'Autise, quel joli nom. Bizarrerie d'avoir conservé l'article). Ici serait née Aliénor d'Aquitaine, ce qui n'est pas si loin de son tombeau, Fontevraud. L'église présente un curieux motif de dallage sur la façade. A l'intérieur, les piliers penchent (mais pas de fissure). BD sur la vie de Charles de Foucauld. A l'accueil de l'abbaye, je fais une razzia de confitures et de tisanes. Le caissier est très gentil. Ici (dans toute la région) se ressent profondément à quel point le tourisme fait vivre la France: comment attirer les gens, comment les retenir, comment intéresser les enfants, comment avoir un bon bouche-à-oreilles… billet donnant droit à une réduction à Maillezais. J'ai toujours le cœur serré à constater cette escalade dans la séduction (dans le marketing), dans la tentative de séduction qui nous correspond si peu, nous qui ne souhaitons que des lieux déserts dans lesquels rêver et reconstituer à loisir… Mais pour les gens du cru, l'affluence est une question vitale.
L'étage sous les toits a été curieusement agencé, le plancher est coloré et représente des tableaux ou tapisseries médiévaux (du moins il me semble). Il est possible de cliquer sur différents écrans et les explications sont intéressantes, St Augustin, St Norbert (j'ai oublié les deux autres). Reconstitution également de pièces dont les arcades ont été supprimées.
Après ces déambulations dans la lumière artificielle, le cloître au soleil vient comme un choc. Il est de parfaite proportion pataude avec ses gros piliers et son jardin central. A lui seul il mérite la visite.
Dernier lieu, une maison dite "maison natale d'Aliénor" (Est-ce cela? Ai-je mal compris? Car il est bien évident qu'en aucun cas, vu sa construction récente, Aliénor n'a pu naître là: «— C'est utile, cette visite? — Aah, au moins pour se moquer». Bon.) Tour rapide. Je n'ai jamais vu d'aussi beaux canapés en cuir dans un musée (pour regarder une vidéo).

Cartes postales. Café (qui allait fermer). Bières et diabolo menthe. Discussion sur le régulateur de vitesse. «— Evidemment, il faut lire le manuel. — Mais personne ne fait ça! — Si, mes enfants. Je ne sais plus ce que je voulais faire, ils m'ont dit: "RTFM", Read the fucking manuel
Et c'est ainsi que je me suis retrouvée au volant, d'une part parce que j'avais pris un diabolo menthe, d'autre part pour que Patrick lise le fucking manuel. Le régulateur de vitesse a livré tous ses secrets (car l'autre sujet de conversation, c'est aussi le 80km/h: bien plus facile avec un régulateur réglé sur 83 ou 84).

Eglise de Benet, que les moulages de Nieul et les photos de St Hilaire ont rendu incontournables.
Puis Maillezais. C'est plus connu, c'est plus touristique. C'est à la fois plus spectaculaire, un peu trop léché (comment rendre sûres des ruines autrement qu'en collant les pierres à la colle forte ? (je me comprends)) et très émouvant. Là encore, tout dépend de la capacité à rêver. Il faut amener ses propres food for thoughts. Assise sur un banc avec Patrick, je l'écoute raconter Agrippa d'Aubigné, Rabelais, reconstituer la liste des sept poètes de la Pléiade… (j'ai déjà oublié: Rabelais fut le secrétaire de l'abbé, est-ce cela, pendant dix ou quinze ans? J'ai déjà oublié. Agrippa, protestant, touchant les revenus d'une abbaye (chocking, enfin, chocking pour moi, cela n'a pas l'air de surprendre mes compagnons (Laurent s'est ajouté un instant)), père d'un fils qui renie le protestantisme, tue sa femme (pas de rapport de cause à conséquence), en épouse une autre qui donnera naissance à Françoise d'Aubigné, marquise de Maintenon… Je suppose que tout le monde sait cela, mais pas moi. J'aime qu'on me raconte. J'oublie, je confonds, je réordonne; je croyais, à cause d'une intervention de Lestringant chez Compagnon, qu'Agrippa était mort enterré vif… mais non, c'est le sort d'une héroïne des Tragiques. Je devrais avoir honte, mais tant pis, tant pis, pas le temps, il faudrait tant de temps.)
Nous reprenons la promenade. Les piliers, le chœur, la nef, sont matérialisés au sol. Dépouillement formidable. Un mur, des ouvertures. Un autre banc, de l'autre côté. Histoire du châtelain qui possédait un château où Celan résida deux ans. Un jour un Japonais vint pour voir le château; le frère du châtelain, qui ignorait l'anecdote, l'éconduisit. (Tristesse). Cette journée se vit aussi au rythme du journal de Matthieu Galey. Anecdotes sur Beckett, Robbe-Grillet, Nathalie Sarraute.

L'heure avance, il faut partir, le train de Laurent (s'il est à l'heure), n'attendra pas. (C'est toute l'injustice des trains, nous faire attendre mais ne jamais nous attendre.)

Dîner joyeux au Clem.
Ombre d'une dispute, les yaka à propos des enfants… mon rejet de ces certitudes n'est-il que la conscience de nos "échecs"? Je mets "échecs" entre guillemets parce que cela n'en est que par rapport à ce que nous avions imaginé ou ce que la société valorise, pas par rapport à ce qu'ils sont, ou sont devenus. Je n'échangerais pour rien au monde nos fous rire, notre capacité à nous entraider, à faire face ensemble; ni leur attention aux autres. Mais ce ne sont pas des "réussites" valorisées socialement… et cela ne résoud pas le problème de calmer un enfant insupportable dans un train (la question était: n'est-ce toujours qu'une question d'éducation, est-ce toujours évitable; en d'autres termes, est-ce toujours la faute des parents? J'ai un peu de mal à me voir accuser (sachant que c'est totalement théorique, personne ne m'accuse, ce n'est que ma pensée qui tourne…) Nous avions résolu le problème en emmenant les enfants nulle part… Aurait-il fallu faire autrement? Mais il n'y aura jamais de réponses, et c'est sans doute cela qui est insupportable: nous ne saurons pas, il n'y a pas de réponse.)

En rentrant à l'hôtel, j'allume la télé; chic il y a U.N.C.L.E, juste à mon moment préféré, le bateau dans le port fermé et le panier-repas dans le camion (j'aime le bateau en flammes dans le rétroviseur). Je me fais une tisane avec du miel, j'ai tout ce qu'il faut depuis notre passage à Nieul.

samedi 25 août 2018

Thiré premier jour

TGV à Montparnasse. Je n'ai pas pris de livre, pensant lire Poe sur mon téléphone, mais finalement j'ai dormi, l'esprit transpercé par la voix claire d'un blondinet de quatre ans qui a posé des questions tout le long du chemin (dilemme: abrutir les enfants en leur donnant une tablette ou subir les questions des plus éveillés d'entre eux. Résister à la tentation de la facilité).

Repas. Conversations à bâtons rompus, nous ne nous sommes pas vus depuis mars, depuis Marseille. Anecdotes et questions existentielles. Aline me déconcerte en me demandant pourquoi je n'envisage pas de faire ma prochaine virée en voiture avec C. ou A. (puisque j'ai fait la précédente avec O.) Je n'y avais jamais pensé. Je me suis tant engueulée avec les deux grands et la vie est si facile avec O… Oui, de l'extérieur cela doit paraître injuste (et peut-être est-ce injuste en soi). Cela mérite réflexion.
Je me fais prendre à partie parce que je ne juge pas utile de réagir aux impolitesses d'un voisin d'immeuble: «Oh mais avec toi, il faut jamais froisser personne, il faut toujours être gentil…»
Ça alors. C'est bien la première fois qu'on me dit ce genre de chose. Trop gentille? J'en suis quasi satisfaite (à cela près qu'on me le crache comme un reproche), aurais-je fait des progrès dans le détachement, dans la retenue? Depuis le temps (quatre, cinq ans? depuis que je suis fatiguée de me disputer avec Jean-Yves) que ma résolution du nouvel an est de moins m'emporter… («éruptive», disait R.)
Mais enfin, cela revient au même si c'est pour me le voir reprocher avec colère — à cela près que le besoin d'expliquer mes raisons m'est passé. (Enfin je crois; nous n'avons sur nous-mêmes que peu de victoires définitives, ne nous réjouissons pas trop vite.)
Tout cela est curieux. Les relations humaines sont curieuses.
Nos compagnons sont parfaits : nous passons à autre chose. Dans ce genre de situation, le plus important est que personne ne prenne partie pour personne et de passer à autre chose.

Retour dans les jardins de William Christie. Ils me paraissent encore plus irréels que l'année dernière. A-t-il fait sec ici? Tout est vert, tout est beau, dans ce mélange de jardin anglais, jardin à la française, si parfaitement combinés. Il fait gris et lourd en début d'après-midi et très doux dès que le ciel se découvre. C'est enchanteur.

Programme entendu (il y a divers lieux, des morceaux y sont joués tous les quarts d'heure ou vingt minutes. Chacun fait son choix et se déplace.): dans la pinède, Haendel et Vivaldi puis Purcell; dans le théâtre de verdure, John Downland puis dans le cloître la première suite de Bach sur viole de gambe (et non violoncelle).
La dernière rencontre de l'après-midi réunit tous les auditeurs devant la maison pour des extraits d'Orfeo. Les colombes (pigeons paons blancs) sont moins assidues que l'année dernière, ou ils préfèrent Vivaldi et Purcell à Monteverdi.

Dîner chez Jerem', croque-monsieurs (pluriel à vérifier) et entrecôtes. Il fait doux, les menaces de pluie se sont éloignées. Nous revenons prendre place devant le miroir d'eau. Ph, notre mentor, a eu beaucoup de peine à obtenir des places (problèmes de connexion. Les places s'arrachent dans la demi-heure de leur mise en ligne en juin) et nous ne sommes pas côte à côte. Gentiment il donne les places les plus en avant à A. et moi.
La représentation est un enchantement, les voix sonnant très claires et très pures entre les arbres au-dessus de l'eau. Une jeune fille confie à son père: «à chaque fois que j'écoute Orpheo, j'espère qu'il ne va pas se retourner». Le violoncelliste se couvre les jambes à l'entracte. Il fait froid depuis que la nuit est tombée, il ne faut pas bouger. L'enfer luit rouge loin contre les haies noires.
C'est une très belle représentation.

Puis bizarrement, seconde altercation sur un sujet impensable, le ventre de Paul Agnew (?? WTF? comment peut-on exploser à propos d'un tel sujet?)

Nous rentrons par un chemin plus long, en faisant un détour.



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Pour mémoire, détails des compositeurs, musiciens et chanteurs.
Pastorale italienne : Haendel, Fra pensieri quel pensiero HWV 115; Vivaldi, Care selve, amici prati RV 671 - Carlo Vistoli, contre-ténor; Alix Verzier, violoncelle; Florian Carré, clavecin.
Pastorale anglaise (Henry Purcell) : Passacaille If love's a sweet passion (The Fairy Queen); What pow'r art thou (Cold Genius - King Arthur); Thrice happy lovers (The Fairy Queen, Prélude à l'acte V); Song-tune: your hay it is mowed (King Arthur) - Nicolas Scott, ténor; Cyril Costanzo, basse; Annie Gard, violon; Sarah Kenner, violon; Stephen Goist, alto; Matt Zucker, violoncelle; William Christie, clavecin.
O sweet woods : John Dowland: Awake sweet love (First book of Songs or Ayres 1597); O sweet woods (Second Book, 1600); If my complaints could passions move (First Book); A Shepherd in a shade (Second Book); When Phoebus first did Daphne love (Third Book,1603) - Natasha Schnur, soprano; Arash Noori, luth.
Suite de Bach : Suite n°1 BWV 1007 (Prélude, Allemande, Courante, Sarabande, Menuets, Gigue) - Myriam Rignol, viole de gambe.

Ditribution d'Orpheo: Cyril Auvity (Orfeo), Hannah Morrison (Euridice, La Musica), Paul Agnew (Apollo, Eco), Miriam Allan (Proserpina, Ninfa), Lea Desandre* (Messaggiera, Speranza), Carlo Vistoli* (Spirito infernale, Pastore), Sean Clayton* (Pastore), James Way* (Pastore), Antonio Abete (Plutone, Spirito infernale, Pastore), Cyril Costanzo* (Caronte, Spirito infernale)
Violons : Tami Troman Emmanuel Resche
Altos : Simon Heyerick Myriam Bulloz
Violoncelle : Alix Verzier
Violone : Thomas de Pierrefeu
Flûte à bec et cornet à bouquin : Eva Godard; Maud Caille-Armengaud
Trombones : Cyril Bernhard, Romain Davazoglou, Nicolas Vazquez, Aurélien Honoré
Harpe : Nanja Breedijk
Théorbe, luth : Thomas Dunford, Massimo Moscardo
Clavecin, orgue, régale : Marie Van Rhijn, Florian Carré
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