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Réunion de crèche

Je place ceci le 8 octobre: naissance le 1er juin: dix semaines de congés maternité, quatre pour allaitement, quelques congés payants : ce doit être à peu près la bonne période. Cela permet de faire un compte rond avec la réunion de rentrée de terminale de O. le 8 octobre 2015, vingt-trois ans plus tard.

Cette réunion parents-assistantes maternelles avait été assez agaçante car je croyais peu au "projet pédagogique" avec des enfants de trois mois à trois ans. (Et l'odeur entêtante des couches et du désinfectant hante mes rêves. Je détestais cela, je détestais entrer dans les locaux, je détestais les jouets baveux, j'avais horreur de laisser mon bébé là-dedans. Tous ces crève-cœurs silencieux que je n'avais pas le droit de dire. Je pensais à Zola et à la mine pour me dire que cela aurait pu être pire. Piètre consolation. Je crois que je m'en veux encore de ne pas l'avoir sorti de là, ne pas avoir pris un congé parental. J'avais la tête farcie "d'une loyauté due à l'employeur" qui vingt ans plus tard me paraît infiniment ridicule: vingt ans plus tard, je sais que mon bébé est allé en crèche par loyauté envers une entreprise qui ne sait même pas que j'ai existé. Quel manque de justesse dans l'évaluation de l'essentiel.)

Les employées de la crèche étaient gentilles (je crois que celle qui s'occupait de Clément s'appelait Sylvie, je me souvient de sa silhouette et de sa tête), la directrice était une maîtresse femme qui boîtait à cause de la polio. Je ne l'aimais pas. Elle savait toujours tout mieux que nous («votre enfant a faim», m'a-t-elle dit un jour. Mais après que j'eus expliqué que je l'allaitais encore, elle était satisfaite: et pourtant, si mon enfant avait faim, que je l'allaite ou pas ne changeait rien, si? Soit il avait faim, soit il n'avait pas faim, c'était indépendant de ce que je pouvais expliquer. Mais allaiter, c'était bien, moralement irréprochable. Quelle hypocrisie, quelle manque de logique.)

Le mont Saint Odile

H. m'appelle vers huit heures pour me dire: «il me reste un document à imprimer et j'arrive». Trois heures plus tard il n'est toujours pas là.

J'écoute la radio dans la cuisine, un avion a disparu dans la brume, il ne répond plus, où est-il, des flashs d'information pour dire que l'on ne sait rien — jusqu'à la découverte de débris; cela a pris des heures, et pendant ce temps-là, j'attends H.

Nous habitons Aubervilliers, il travaille près de Rungis, il a toute la région parisienne à traverser. Je tourne en rond dans la cuisine en essayant d'établir quelles sont les démarches les plus rationnelles: appeler ses parents ou le commissariat? Mais quel commissariat? ou les hôpitaux? Mais je ne les connais pas non plus.

Depuis ce jour je n'attends plus les gens en retard. Passé une demi-heure, je fais ce qui était prévu afin de m'occuper et d'éviter de dramatiser.



Billet écrit par décalque du billet du 22 août 2017.
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