Détails de la vie ordinaire

Plus que deux jours, plus que deux jours. C'était bien cette semaine de break, chaque fois que je reste à la maison je fais la liste de tout ce que je vais pouvoir faire, mais malade, je n'ai surtout rien fait.
C'était bien, mais si tout de même je pouvais avancer deux ou trois choses…

Et donc tout en écoutant un podcast sur Mao je reprends l'éternel rangement du dernier étage, le dernier carton de bordel déménagé il y a trois ans, ouvert, éparpillé selon une logique («je vais faire des tas, ce sera plus facile») bientôt abandonnée (mais où ranger cela? aucune idée. Je range ou je jette? Je ne sais pas. Et si je le mets là, est-ce que je retrouverai? Mais quelle importance puisque déjà je ne sais pas que c'est là? Alors je jette? Oui mais non…)
Je range le bac de photos que j'avais ouvert à la recherche de photos de mon beau-père, le repousse sous le lit, passe l'aspirateur (c'est quoi ça? des fourmis au dernier étage?), la serpilière, passe à l'autre partie de la pièce; maintenant que le toit est réparé (du moins je l'espère) je détache la peinture qui part en lambeaux détrempés, c'est dans un drôle d'état, il était temps.

Problème d'ordinateur, voilà plusieurs semaines qu'il rame. Le soir H. lance un examen approfondi à la recherche d'un virus. Ça s'annonce plutôt mal.

Politiquement la confusion paraît à son comble et je ne regarde pas de trop près: j'ai trop peur et je suis fataliste. Dessin du jour: deux personnes sous un parapluie et la légende «Hollande revient»1. (Il s'est présenté en Corrèze en plaçant le «Nouveau front populaire» devant le fait accompli. Celui-ci, pris de court, a hésité à lui donner l'investiture.)

Tout le monde se déchire, les Reconquêtes présentent des candidats face aux RN (ça c'est plutôt positif, ça divise le vote extrémiste), les LR sont séparés entre républicains classiques et extrêmistes récupérés par le RN (Ciotti (je précise tout cela pour dans cinq ou dix ans)), Glucksmann a raté l'occasion de faire renaître de ses cendres une gauche digne et s'est fondu dans le Nouveau Front Populaire (au moins c'est plus joli que NUPES) aux relents antisémites (même si ce n'est plus trop visible en ce moment), la majorité présidentielle essaie de repérer les LR fréquentables pour ne pas présenter de candidats contre eux.
Que disait Maurice, déjà? «C'est le bordel». Ce serait drôle si l'on n'était pas en pleine guerre d'Ukraine.



Note pour bien plus tard, quand tout le monde aura oublié
1: Hollande s'est fait connaître pendant son quinquennat par le nombre de célébrations officielles auxquelles il a assisté, dégoulinant, sous la pluie.

Hommage

Tests Covid négatifs, c'était la condition pour aller au Père Lachaise.
Nous sommes remontés à pied de gare de Lyon à l'entrée rue des Rondeaux, seule accessible puisque les agents du Père Lachaise sont en grève. Nous avons poireauté sur le trottoir longtemps tandis qu'arrivaient les divers groupes, famille, Oulipiens, Pirouésiens, pataphysiciens. Les entrées se font un quart d'heure avant la cérémonie, impossible d'aller se promener entre les tombes en attendant. Un murmure parcourt l'assistance, certains reconnaissent des visages dans le groupe d'en face, dont Olivier Bezancenot: qui donc se fait enterrer là? (Eric Hazan, l'éditeur de La Fabrique. «Il a fait un très bon livre sur Paris», me glisse Alain, mais hélas il y a en a plusieurs, La traversée de Paris, peut-être?

Passage des barrières, indifférence brutale des agents de sécurité (mais pourquoi des agents de sécurité? Ils craignent une émeute lors d'un enterrement? Qui sont ces gens, n'ont-ils aucune common decency? Entendu la question posée à un jeune homme «— Et vous c'est pour quoi? — Je viens chercher les cendres de ma mère.» Plus tard je l'ai vu s'éloigner entre les tombes main dans la main avec une jeune fille, dans une atmosphère d'Italie, ces photos de voie romaine entre les arbres dans une lumière d'après-midi.)

C'est l'entrée des hommages aux soldats étrangers qui se sont battus pour la France, tchèques, belges, italiens, polonais, russes. Monuments.

Crématorium (j'ai enfin compris que le Père Lachaise était le crématorium de Paris. J'étais toujours surprise qu'il y ait tant de cérémonies au Père Lachaise). Fidèles à eux-mêmes, les Oulipiens m'indiquent d'un geste, sur le mur d'en face: «Perec est ici».

Salle de recueillement, auditorium. Le cercueil est en bas, un écran vidéo diffuse des images merveilleuses de Maurice. Mon Dieu, mais quelle touffe de cheveux, noirs, bouclés, entourant une tonsure, quelque chose comme le professeur Tournesol en hippie. Hirsute, magnifique, absurde.
Elisabeth prend la parole la première et nous apprend les derniers mots de Maurice sur son lit de mort, «quatre mots tout simples, une vérité première, une protestation véhémente et une description exacte de la situation dans laquelle il se trouvait, tant du point de vue psychologique que du point de vue pratique ou du point de vue géopolitique. Je dirais même du point de vue philosophique, et bien évidemment pataphysique. [...] : "C'est le bordel"».

Hommages successifs entrecoupés de chansons, populaires ou airs d'opéra, Maurice fredonnait toujours. Il était mathématicien, roi du tiramisu (ai-je goûté son tiramisu? Sans doute que oui, chez Nicolas). J'apprends son engagement aux côtés du FLN (j'aurais aimé qu'il me raconte), des anecdotes sur mai 68 (acheté 600 œufs pour les balancer sur les CRS? Mais voilà à quoi il faut revenir: des œufs, de la farine, des petits suisses. Mettez de la joie dans vos protestations, arrêtez de vous blesser, ce n'est pas un jeu).

C'est avec sa fille que je comprends soudain le point commun des trois derniers enterrements auxquels j'ai assistés: René, mon beau-père, Maurice. «Papa a servi de père à tous les copains copines qui passaient à la maison». Une générosité invisible, naturelle, rassurante. D'en bénéficier faisait découvrir à quel point on en avait besoin et on en manquait. Ils comblaient un manque inconnu, une errance de l'âme.

Un café proche a été réservé. Chacun prend un verre et papote. Patrick nous apprend qu'il s'est renseigné pour se faire enterrer avec ses parents: pas de problème, c'est une concession familiale payée jusqu'en 2041, il y a droit sans l'autorisation de ses frères. Il rit: «la dame de la mairie a été très gentille, elle m'a dit: "surtout, n'oubliez pas de venir la renouveler en septembre 41.» (Il est né en 1948.)

Nous aurons droit à un éclat de la part de policiers: notre attroupement les gêne pour passer, entre la porte du bistro et les tables de la terrasse: «Dégagez le passage, laissez un passage pour la circulation». Ils iront jusqu'à verbaliser un grand type au look gardien de chèvres qui, je suppose, s'abstiendra de faire un esclandre par respect pour la famille.
Mais qui les forme, n'ont-ils reçu aucune éducation à la maison? Le degré zéro de l'empathie. Je n'ose imaginer leur comportement en banlieue avec des moins blancs et moins âgés que nous. Honte sur eux.

Départ. Nous embrassons Babeth, qui nous apprend cette chose réconfortante: la dernière journée de Maurice a été heureuse, il était très heureux de sa journée à la campagne chez Nicolas.

Canard

Nuit blanche à faire le point sur les «événements» de la campagne (meeting, tractage, pots entre militants, collage). Je déclare tout dans un outil dédié, événement «gratuit» (sans frais) ou pas, interne ou avec public, charge au siège de déterminer ce qu'il prend en compte dans les comptes de campagne.

(Pour ceux que ça intéresse: concernant les législatives, c'est différent. Chacun — adoubé ou non par un parti — y va sur ses deniers personnels (généralement un prêt bancaire). Il faut faire au moins 5% des suffrages exprimés pour être remboursé de ses frais de campagne — d'où l'importance d'être soutenu par un parti: à l'exception des municipales (et encore), les gens votent davantage pour une tendance ou un parti que pour une personne. Être soutenu par un parti connu, c'est augmenter ses chances d'atteindre les 5%.)

Je pointe la compta, télécharge des pièces, repère les anomalies. C'est comme du point de croix, minutieux et machinal. J'en profite pour passer sur les comptes du planeur. L'année dernière, chaque fois qu'il y avait un poste de trésorier dans une association ou une fédération, je me suis proposée pour tenir les comptes.

Ce n'est pas que ce soit urgent, mais je n'ai pas sommeil. C'est comme si j'avais perdu le sens du sommeil.

En même temps je regarde d'un œil vague Baby Fever sur Netflix. Il paraît que c'est considéré comme la série danoise la plus drôle depuis longtemps. Bof. L'humour danois est-il de l'humour? (cf. Kierkegaard) Mais il est toujours curieux de voir la diversité des cas possibles des couples et des recompositions familiales.

Dormi de cinq à neuf heures du matin. Coup de sonnette du facteur, impossible de mettre la main sur mes clés (H. est parti en fermant le portail); il me passe un paquet par dessus le portail. Ce sont mes salopettes enfin arrivées. Un immense canard et de grosses fleurs multicolores.

FB, déjeuner, machine à laver, repassage devant les trois premiers épisodes de la quatrième série de The Boys. Ça patine un peu. Que la famille est importante. Ils ont chacun un problème majeur dans leur famille, c'est impressionnant.
Le point intéressant et intriguant, c'est que désormais l'un des Sept a comme superpouvoir l'intelligence. La série paraît définir l'intelligence (outre le pouvoir et le désir d'acquérir des connaissances) comme le don d'observation, de synthèse et de manipulation. Cependant, cette intelligence est souvent désarmée par la bêtise des autres. La Super superintelligente a beau décrypter les aspirations et les faiblesses de chacun, elle se fait court-circuiter par les réactions affectives et émotionnelles des médiocres (y compris Homelander). Comme ils n'agissent pas logiquement, ils sont imprévisibles et nuisent aux plans soigneusement élaborés.
C'est intéressant: à quoi sert l'intelligence, est-ce vraiment un atout face aux crétins?
L'autre kryptonite de l'intelligence est l'empathie, pour ne pas dire l'amour. En un mot, chaque fois que l'intelligence fait face à des décisions non rationnelles, non logiques, elle est désarmée. Cela ressemble à la météo qui prévoit une tempête: elle sait qu'il va y avoir une tempête, mais elle ne sait pas exactement sa force, les courants de vent, la vitesse d'évolution. La bêtise et l'amour sont imprévisibles dans leur évolution.

Puis je commence à ranger le dernier étage. Il faut absolument que je m'entraîne au simulateur de vol. Combien de fois l'ai-je écrit depuis six mois? Si je ne l'ai pas écrit (puisque je n'écris plus beaucoup), je l'ai au moins pensé.

J'ai eu S. au téléphone. Maurice est tombé en arrière en montant dans un train. Anticoagulants quotidiens d'où hémorragie cérébrale.

Maurice

Maurice est mort hier après-midi.
Adieu son humour décalé et ses yeux qui pétillent. C'était le mari discret et inoubliable d'Elisabeth.
Cette deuxième mort (ou ce deuxième mort) m'anesthésie.

Il avait écrit un livre drôle et érudit, sans doute devenu introuvable.

Je ne sais que dire d'autre, il ne faudrait raconter que des anecdotes, peindre à touches rapides. Vous trouverez ici quelques conseils de lecture. Il avait l'art du grain de sel. Je me souviens de son récit concernant Roubaud, qui râlait parce qu'à chaque repas au restaurant tout le monde réclamait qu'il s'occupât de l'addition, au prétexte qu'il était mathématicien:
— Alors, me raconte Maurice, Roubaud finit par abandonner, et de guère lasse s'empare de l'addition pour faire la division. «Bon, combien sommes-nous?»
Maurice me regarde, les yeux pétillants, et conclut:
— On était dix.

Consultant senior

Le consultant expérimenté, qu'on doit payer une blinde:

— Le problème, c'est que ça va causer des problèmes.

Soleil

Il fait beau, il fait doux. Un gros bouquet m'attendait en rentrant: nos amis de Boston qui nous ont appelés hier et à qui nous avons raconté la pluie interminable nous l'ont envoyé avec un mot: «nous avons cru comprendre que vous aviez besoin de couleurs». (Il avait quasi fallu leur interdire de venir à l'enterrement: Boston-Châlons pour trois jours, c'était une folie financière. Ils connaissaient si bien mon beau-père. Quand elle était petite, ma fille pensait que notre ami bostonien était le frère d'H. tant il était toujours présent lorsque les parents d'H. étaient là.)

Après le dîner, H. accepte (c'est une première) de venir coller avec moi. Moret regroupe cinq communes, je l'emmène sur les routes champêtres qui sentent le colza.

Nous rentrons à la nuit.

Tractage

Le passant à la jeune LFI tatouée et percée qui l'entreprend sur la situation en Palestine :

— Mademoiselle, si vous étiez en Palestine, vous seriez soit voilée, soit lapidée.

Mauvais choix

Il y a les mots épicènes (même forme au masculin et au féminin), mais comment appelle-t-on les mots qui ont la même forme au singulier et au pluriel?

Vers six heures, H. émerge de la sieste et propose d'aller au cinéma. Je n'en ai pas plus envie que ça (je suis en train de regarder la fin de The Queen Gambit et c'est très bon. Je n'avais pas osé le regarder jusqu'ici car j'aime beaucoup le livre (Le jeu de la dame) trouvé par hasard chez Gibert il y a bien longtemps), mais vu les circonstances, il faut encourager le fait qu'il exprime un désir.

Et c'est ainsi que nous nous sommes retrouvés devant Fall Guy.
Il ne faut pas.
N'y allez pas.
On est sorti au bout de trois quarts d'heure.

Nous avons alors décidé d'aller dîner au bistro du Broc à Bourron-Marlotte.
Nous nous sommes perdus, de jour, pour y aller (les petites routes de la forêt de Fontainebleau), alors que c'est à huit kilomètres de chez nous. (Il a fallu sortir Waze).
Puis nous avons tourné vingt minutes pour nous garer.
Le bistro était complet.

Nous avons atterri au Dix Sept qui fournit une cuisine de brasserie traditionnelle et honnête. Ambiance davantage bistro (tandis que le bistro est un restaurant), plus populaire, tout à fait agréable, si ce n'est la table voisine qui parlait très fort — avec l'un des convives sortis tout droit de La cage aux folles (carrure et maquillage, discours destiné à être entendu dans toute la pièce).

Se planter aussi systématiquement était finalement assez drôle.

********************

Pour mémoire, j'ai fait du feu en début d'après-midi.

Mariez-vous

Nous avons rendez-vous à quatre heures chez le notaire.
Du moins c'est ce que nous pensions. En arrivant, la secrétaire nous laisse nous installer dans la salle d'attente et appelle discrètement H. Il revient penaud: il s'est trompé d'une semaine. Il est très ennuyé: sa mère a monté le haut perron comme elle pouvait car elle avait la flemme de faire le tour du bâtiment avec son déambulateur et nous ne serons pas là la semaine prochaine.

L'office s'est montré très élégant: il a réussi à trouver un notaire disponible pour nous éviter de revenir.

En résumé, les parents d'H. étaient mariés, H. et son frère le sont, il n'y a pas de famille recomposée et il n'y a pas beaucoup d'argent: ça devrait être simple.

Nous apprenons que la loi a changé en 2001: désormais le conjoint est mieux protégé, la donation au dernier vivant est à peine nécessaire dans un cas comme le nôtre.
J'ai compris que l'épouse avait le choix (et qu'elle seule exprimait un choix, celui-ci primant toutes les autres voix), mais je n'ai pas compris entre quoi et quoi. En effet, le notaire a conseillé avec une telle détermination à Madame de conserver l'usufruit de la maison pour y vivre que je n'ai pas compris ce qu'elle pouvait choisir d'autre. Les autres cas mènent à la vente pour partage entre les héritiers. Je n'ai pas compris selon quels pourcentages avait lieu cet (éventuel) partage.

Autre découverte : en l'absence de contrat de mariage (communauté réduite aux acquêts), les biens de Madame entrent dans la succession comme les biens de Monsieur.

Après cela nous allons prendre une glace place de la République.

Conseil du jour : si vous avez l'intention d'acheter quelque chose à deux, mariez-vous avant. Ainsi, en cas de malheur, le survivant pourra rester dans le logement.
Info du jour : à lui seul, le PACS ne protège pas en cas de décès. Il faut un PACS + un testament.

Succession

Retour à Châlons. Visite de deux personnes (assistante sociale? infirmière?) pour mettre en place le portage de repas: ce sera fait dès lundi. Je ne sais pas si tous les CCAS sont aussi efficaces, mais celui-ci est impressionnant.

H. pose également des questions concernant les places en résidence senior, car bien que peu sociable, sa mère est tentée, elle redoute la solitude.

J'écoute tout cela d'une oreille tout en récupérant en ligne les documents demandés par le notaire dans le cadre d'une succession.

Voici la liste (exhaustive, certaines pièces ne nous concernent pas):
Etat civil:
  • livrets de famille du défunt, des héritiers et des légataires (truc et astuce: s'il y a deux enfants, il faut également scanner la page du troisième, pour prouver qu'elle est vide)
  • carte de séjour
  • extrait de l'acte du défunt
  • contrat de mariage du défunt, des héritiers et des légataire
  • copie des jugements de séparation de corps ou de divorce concernant tant le défunt que les héritiers et les légataires
  • si incapable mineur ou majeur: ordonnance du juge de tutelle (tutelle ou curatelle)
Dispositions à cause de mort
  • donation entre époux
  • testament
Donations antérieures
  • donations consenties pa le défunt
Patrimoine
I - Actif
  • livrets et/ou relevé d'identité bancaire concernant chacune des banques et CCP où est ouvert un compte au nom du défunt et/ou son conjoint
  • Tous documents concernant chacune des retraites et pensions que le défunt ou le conjoint percevait ou dernier bulletin de salaire
  • cartes grises de tous les véhicules + kilométrage
  • photocopie de la carte vitale
Renseignements sur les biens immobiliers:
  • copie des titres de propriété
  • baux et renseignements sur les locations consenties
  • pour les appartements: nom et adresse du syndic

II - Passif
  • Tous renseignements concernant les dettes du défunt : toutes les factures acuittées ou non après le décès et pour une dépense antérieure au décès
  • Frais de dernière maladie
  • Frais funéraires
  • Emprunts et copie des asurances décès-invalidité, engagements de caution
  • Dernier avis d'imposition sur le revenu
  • dernière déclaration d'ISF (ou plutôt ce qui l'a remplacé: je suis en train de copier une liste qu'on nous a donnée)
  • Dernière taxe foncière
  • Dernières impositios au titre de la CSG et RDS
  • Tous renseignements sur les secours dont aurait pu bénéficier le défunt au titre de l'aide sociale, ou fonds national de solidarité.


Je télécharge ce qui est téléchargeable, H. s'occupe de scanner les documents disponibles. Je découvre que le compte ameli de mon beau-père est clôturé ainsi que les comptes de retraite (mais au lieu d'afficher «compte clôturé», ils affichent un message abscons du type «erreur de mot de passe» ce qui fait que je passe un temps fou à essayer de changer de mot de passe sans comprendre que le problème est ailleurs.

Conseil : créez-vous un compte sur mon espace santé et désignez un tiers de confiance. (La plupart des banques et administrations vous feront confiance sans ça, mais elles ne devraient pas.) Profitez-en pour renseigner quelques données médicales.
Bizarrement cet espace-là reste accessible. H. y découvre des comptes rendus sur la maladie de son père et décide de ne pas en parler pour le moment. Ce soir Madame est amère, triste, furieuse: «personne n'est venu le voir, on ne lui a pas expliqué ce qu'il l'avait, il a passé trois semaines à répéter «on m'a laissé tomber».

Nous nous taisons. Nous savons bien qu'un autre week-end, une infirmière serait peut-être entrée dans la chambre à temps et l'aurait peut-être fait réanimer. Mais cela n'a pas été et ne sera plus.

Nous rentrons à l'hôtel. Je songe à mon travail de l'après-midi: tous les documents ont été répertoriés et classés par mon beau-père, les sommes disponibles sur les comptes notées à la date du 26 février 2024.
Je suis impressionnée par ce travail d'archiviste. J'ai envie de pleurer: son dernier acte d'amour aura été de classer, ordonner, noter les mots de passe; pour nous, après lui.

Pression

Je fais le point sur les comptes, revoit le budget prévisionnel de l'association départementale.

H. commence à préparer un dossier administratif pour demander un portage de repas à domicile pour sa mère et panique devant les cases à cocher (pas très claires, avouons-le). Bref, il décide que nous devons être à Châlons demain à deux heures pour le passage de l'assistante sociale (au lieu de vendredi).

A midi nous allons à pied juqu'à St-Mammès pour manger à l'italien. C'est une bonne adresse au bord de la Seine, et même en semaine il y a du monde.

L'après-midi, nous sélectionnons des photos, encore. Cette fois-ci c'est pour rédiger une carte de remerciement. Nous préparons plusieurs modèles à présenter à ma belle-mère demain. Mon beau-père était décidément très souriant. C'est émouvant, nostalgique et cela brise le cœur. Comment se souvenait-on avant les photos? Elles permettent surtout d'avoir un témoignage de la période avant nos propres souvenirs.

Je n'avance pas beaucoup dans rien.

Pointage

Normalement, nous devions être en vacances ensemble cette semaine (une semaine seule à Sisteron, une semaine à deux à Prague: H. m'avait fait un sale coup en s'apercevant tardivement qu'il lui restait une semaine de vacances; j'avais dû poser une semaine en catastrophe pour être avec lui, ce qui tombait très mal au bureau, au milieu de deux appels d'offre).
Et puis voilà.

Donc aujourd'hui, nous sommes à la maison, et nous tâchons de reprendre souffle. Il y aurait beaucoup à faire, entre le linge à laver ou repasser et le suivi des comptes de différentes associations. Je passe la journée à faire le point sur des obligations de déclaration de meeting dans le cadre de la campagne des européennes en associant les factures correspondantes. Par moments je m'y perds, mais il faut dire que je regarde en même temps la saison 3 des Bridgerton (comment peut-on être fasciné par quelque chose d'aussi mauvais?).
En revanche, une excellente série française sans prétention: Fiasco.

Passage chez l'ostéo pour nous deux. Depuis le dernier massage thaï j'ai le nerf sciatique douloureux à gauche, surtout quand je me remets à marcher après de l'immobilité. Cela me réveille aussi la nuit. Apparemment il n'y a rien à faire, simplement attendre. Pour le reste tout est en ordre.
H en revanche à le dos en vrac, et c'est encore pire après la séance, quand tous les équilibres de compensation ont été bousculés.

Resto coréen à Fontainebleau (L'escale). Il est discret, avec seulement six plats au menu, et excellent.

Départ

Nous faisons à nouveau les courses. Ce qui est compliqué, c'est de savoir ce qu'aime ou n'aime pas Madame. Elle ne dit rien ou le dit après, quand il est trop tard.
Nous achetons sept ou huit plats préparés pour elle cette semaine: elle ne conduit pas et ne tien pas longtemps debout, c'est mon beau-père qui faisait les courses et la cuisine. Il faut mettre en place au plus vite une solution pérenne, nous reviendrons en fin de semaine.

Le midi, séance d'apprentissage pour Madame: elle doit apprendre à se servir du micro-ondes. Ça se passe plutôt bien, mieux que je ne l'imaginais. Elle n'y met pas sa résistance passive légendaire.

L'après-midi, H. appelle le notaire, prend rendez-vous pour vendredi prochain (si vite? c'est extraordinaire). Nous faisons le point sur les téléphones. Celui de Madame est un téléphone à clapet qui marche une fois sur deux, ce qui est source de beaucoup d'inquiétude pour nous. Mais impossible de le lui faire lâcher. Je soupçonne que par manque d'habitude ou — plus grave — par manque de précision dans les gestes, elle peine à utiliser un écran tactile tel que celui de l'iphone de mon beau-père.
Un dernier thé et nous partons à notre tour.

Dîner au Bistro du Broc à Bourron-Marlotte, près de chez nous
Nous rentrons épuisés.

Dimanche de Pentecôte

Dans la matinée, A. vient tester notre jacuzzi. J'arrive en retard à la messe de Pentecôte dite pour le repos de mon beau-père (cette fois-ci je suis seule; en tant que croyante je représente la totalité de la famille).

L'église de Vitry-la-Ville longe les douves d'un château privé.

château de Vitry-la-Ville


J'apprends que le jeune prêtre en soutane sera l'année prochaine à Cellettes, pas loin de chez mes parents.

Repas dans une brasserie de Châlons avec ma belle-mère, H., son frère, sa belle-sœur, notre fille et la leur. (Les garçons sont rentrés à Paris).
Repas agréable, sujets divers. Ma belle-sœur qui n'est pas bien épaisse suit un régime sévère pour cause de cholestérol. Apparemment elle mange beaucoup de chocolat, mais je serais aussi mince, je m'inquièterais d'avoir des carences.
— Moi aussi j'ai du cholestérol, depuis toujours.
— Et tu fais quoi?
— J'ai arrêté de faire des analyses.
Mon beau-frère pouffe, ce qui était le but. Je précise malgré tout:
— Je fais beaucoup de sport et le rapport bon sur mauvais est satisfaisant.

Plus tard ma belle-sœur, prof de math en collège, m'interloque: elle est contre la réforme des collèges et les groupes de niveau. Cependant ses enfants sont passés par les établissements les plus élitistes de France. Bref, trier les meilleurs, c'est valable pour ses enfants, pas pour la valetaille. Mais évidemment, ils sont de gauche.
Evitons de se disputer aujourd'hui.

Quand tout le monde est parti, nous ramenons la mère d'H. au cimetière. Cette fois-ci elle a pris son déambulateur et non le fauteuil roulant qui l'a beaucoup secouée hier sur les gravillons. Le trajet est lent, donc long, Madame est embarrassée. Nous arrivons sur la tombe. Les agents funéraires ont fait du bon travail, les fleurs et les plaques ont été joliement disposées. Nous remettons de l'eau dans un vase, nous arrosons la mousse des couronnes et repartons en sens inverse.

Nous dînons ensemble et rentrons à l'hôtel.

Une longue journée

Au petit déjeuner je me suicide au sucre et au gras: chocolat chaud et viennoiseries. Avec un peu de chance digérer occupera une partie de ma matinée. Robe et talons dès le matin car je n'ai pas envie de me changer plus tard.

Passage chez ma belle-mère, passage à l'église (rendez-vous à 10 heures) pour vérifier la diffusion de la play-list. L'église est belle, entourée d'un cimetière en surplomb de la rue. Il n'est plus utilisé (sauf par les familles qui y ont une concession) car les engins modernes ne peuvent y entrer.

préau de l'église de Sarry


Retour chez ma belle-mère. F, le frère de H., et sa famille viennent d'arriver. On ne les a pas vus depuis 2016, le petit dernier fait désormais un mètre quatre-vingt. Le petit-ami de la nièce d'H. est curieux et je lui présente la liste des cousins, du côté de mon beau-père et de ma belle-mère — même si peu devraient faire le déplacement.

Arrivée progressive de nos enfants, déjeuner d'un sandwich.

Nous partons vers 14 heures pour le funérarium. H. doit y accueillir ceux qui souhaitent se recueillir devant le corps; son frère y amènera leur mère dans une demi-heure. Elle doit être présente lors de la fermeture du cercueil (c'est légal: il faut deux proches à la fermeture du cercueil ou un proche et un policier).
Quelques tantes (sœurs) et cousines (nièces) nous attendent déjà. Cela fait chaud au cœur de voir ces visages amis unis dans un même chagrin. Nous échangeons des nouvelles, nous expliquons ce que nous savons du déroulement de la maladie — et ce que nous ne comprenons pas de la brutalité de son issue.

Fermeture du cercueil. C'est long.
Transport jusqu'à l'église. Accueil des présents, je revois des personnes que je n'ai pas vues depuis dix ou douze ans. Mes parents sont là également.
Eglise. Bénédiction. La chorale chante gentiment faux. Je ferme les yeux. Je ne m'habituerai jamais à ce qu'un cercueil soit si petit, étroit.

Cimetière. Le fauteuil roulant de ma belle-mère s'enfonce dans les graviers. Les agents funéraires ont dressé deux tonnelles. Tant mieux car il se met à pleuvoir. Il fait bleu tout autour et il pleut au-dessus du cimetière. Les agents restent stoïques sous la pluie. H., sa nièce, une cousine, lisent des textes qui parlent de voitures, de belotes, de blagues de carabin et de gentillesse. Cette pluie très localisée apparaît d'ailleurs comme une dernière plaisanterie.

Pétales de rose à jeter sur le cercueil. Je suis très étonnée par la profondeur de la tombe, deux hauteurs d'homme, le cercueil paraît très loin. Ainsi, c'est ainsi que cela se termine, enfermé dans une boîte loin sous terre? Je le sais, je le sais, je le savais, mais cela n'a pas de sens, mes yeux regardent, mon cerveau sait, et je ne comprends pas vraiment; aussi peu finalement qu'au moment d'accoucher il s'agit de comprendre que ce qui est expulsé est vivant et non pas un gigot, six livres de chair inanimée. Comment cela se fait-il?

Salle de réception. Litres de café. H. ne mentait pas quand il disait que sa famille buvait du café. Cafetière, thermos, cafetière, thermos… Je ne sais plus lequel des jeunes est surpris me voir manipuler avec autant de naturel la cafetière à douze tasses («vous avez lu le manuel ou vous avez fait ça comme ça?»): cela paraît avoir totalement disparu des pratiques. Je repère les personnes que je ne connais pas, je vais les voir, je m'enquiers de leur lien avec mon beau-père, je leur explique qui est qui, je parle un peu et je refais du café.

Dans le même temps je mange des cacahuètes, du saucisson sec et je bois une Affligem. Y. a amené un cake au citron et des crêpes. Le vin rouge n'a pas de succès, personne ne demande du thé.
Je discute un peu avec mes parents:
— Pour nous il y aura beaucoup moins de monde.
— Ça dépend, il suffit d'inviter ceux qui étaient présents aux cinquante ans (de leur mariage).
Mais il est vrai que notre famille est petite (un seul frère avec des enfants) et que l'inconvénient des amis, c'est qu'ils ont le même âge que vous.

Soulagement: les sept frères et sœurs sont venus (ce n'était pas certain) — et son beau-frère et sa belle-sœur — et les neveux et nièces qui le pouvaient. Ils ont covoituré, monté des trajets intelligents en fonction de leur âge et de leur santé.
A leur départ, je répartis ce qui reste: qui veut un saucisson? et une baguette? qui prend les bières?

A. raccompagne son frère et Ca à la gare puis elle revient manger avec nous chez belle-maman (sa grand-mère). J'ai mal aux pieds et je n'ai pas faim.

Dernière péripétie: O et Y, qui sont partis il y a une demi-heure, appellent: ils sont en panne, leur pot d'échappement vient de tomber.
F. et sa famille sont partis à l'hôtel; je laisse H. avec sa mère et pars avec A. au secours d'O et Y. «Facile, c'est en haut d'une côte en direction de Paris».

Nous roulons. C'est long. Le soleil se couche sur les collines. Toujours rien.

Nous finissons par les trouver, signalés par un triangle. Y. est totalement désolée de nous causer un tel souci en un tel moment. Nous ne parvenons pas à la convaincre que ce n'est que la poursuite d'une tradition familiale, celle qui amenait mon beau-père à secourir nos amis à cent kilomètres à la ronde quand nous avions vingt ans. Et elle s'inquiète pour la chatte de 19 ans si celle-ci doit attendre douze heures de plus.

En haut de la colline nous attendons le dépanneur. Des gens ralentissent pour proposer leur aide. Nous oscillons entre parler comme si de rien n'était ou tenter (en vain) de rassurer Y. L'air se refroidit, Y. accepte de rentrer dans la voiture un plaid sur les épaules.
Le dépanneur arrive, examine la voiture. Il est optimiste: avec un rafistolage de fortune, elle atteindra peut-être Paris. Il rattache le pot avec de la ficelle; O prend le volant. Nous le suivons dans la voiture de A. Nous babillons sur tous les sujets pour essayer de détourner l'attention de Y.
Garage de Vertus («les mots féminin en u prennent un e sauf bru, glu, tribu, vertu. J'adore le mot «bru», personne ne s'attend jamais à ce qu'on l'emploie»). Le garagiste remplace la ficelle par du fil de fer et O et Y repartent.

A. et moi rentrons dans la nuit. Nous discutons sérieusement d'affaires de famille.

Quand tard nous arrivons dans notre chambre, nous débouchons la demi-bouteille de champagne qui est dans le frigo.

To do list

Départ pour Sarry. H. est pris d'une frénésie organisationnelle. J'ai beau lui dire qu'il n'y a pas d'obligation de perfection, que c'est la mort de son père, que personne ne lui en voudra s'il y a des couacs, il persiste. Je suppose que c'est une façon de s'occuper l'esprit.

Je mets en ligne sa to do list établie hier.
  • Établir nombre de participants
  • Musique bénédiction avec maman violoncelle Bach + playlist
  • Test église samedi matin
  • Virement remboursement
  • Prévenir banques, Cpam et mutuelle
  • Courses after y compris vaisselle jetable et nappes en papier
  • Récupérer les clefs de la salle pour l'after vendredi matin et visiter + prévenir la famille
  • Comment faire du café en grande quantité ?
  • Bouilloire + thé
  • Quelques fruits frais. Bière et cidre.
  • Produits et matériel ménage
  • Réserver hôtel
  • Acheter un micro-ondes
  • Revoir le déroulé bénédiction avec Alice
  • Reset téléphone Papa
  • Reset ipad papa
  • Faire une Playlist Chopin de secours sur l'ipad
  • Qui allume les cierges : 1, 2 ou 4 personnes
  • Voir avec xxx pour rendre la clé de la salle after
  • Qui lit les 2 lectures ? Si nécessaire appeler X et Y à ce sujet
  • Brasserie samedi soir ?
  • Coiffeur maman (elle ne veut pas)
  • Habits maman
Après avoir salué ma belle-mère, nous commençons par aller chercher les clés de la salle prêtée pour la collation post-enterrement (coup de chance, la mairie est ouverte deux fois par semaine dont le vendredi matin).
Nous continuons par les courses, avec cette question cruciale: comment faire du café pour une cinquantaine de personnes? Comptant sur son bon sens scout j'en parle à O, en suggérant qu'il amène sa Nespresso, en plus de la nôtre et celle de F. Il rit: «il va falloir beaucoup de rallonges électriques».
Bref, nous avons acheté une cafetière électrique et une bouilloire (pour mon thé à moi car je ne peux pas survivre sans thé) — et un four à micro-ondes parce que s'il faut s'occuper de l'enterrement, il faut aussi organiser la vie quotidienne de sa mère qui va rester seule, qui marche très mal et ne peut pas conduire. (M. et Mme avaient toujours refusé un micro-ondes sous des prétextes divers qui s'apparentaient à un refus de la modernité).

Nous parcourons les rayons: nappes en papier, verres et assiettes en carton, petites cuillères en bois. Je découvre les arcs en ballons gonflables pour mariage, les sets de fête licorne. Balai, pelle, balayette et produits ménagers pour nettoyer la salle car le matériel n'est pas fourni; sucré et salé pour la collation post-enterrement, jus de fruits, cidre, bières; plats préparés compotes yaourts eau gazeuse pour la vie quotidienne — puisqu'il faut bien continuer à vivre.

Repas — à la poêle, nous monterons le micro-ondes plus tard.
Puis nous commençons à contacter les banques et les assurances. Mon beau-père a préparé des documents avec la liste de ses comptes et produits financiers ainsi que les identifiants et mots de passe nécessaires. A mon sens c'est trop tôt: nous n'avons pas d'acte de décès à fournir, il faudra refaire toutes les démarches la semaine prochaine.
Mais il n'est pas vraiment possible de dire non: ma belle-mère y tient et nous faisons notre possible pour adoucir ces moments.
Je ne penserai que vers cinq heures à téléphoner au notaire; trop tard pour avoir quelqu'un au bout du fil. Il faudra attendre lundi.

Nous allons installer ensuite la salle prêtée par Moncetz-Longevas. Elle est grande, lumineuse et très bien agencée. Nappes, chaises autour des tables, répartition du salé, sucré; première utilisation de la bouilloire, ébouillantement de la bouteille thermos (un litre sept, la plus grande que nous ayons trouvée), de la cafetière; mise au frigo des boissons.

Le soir, nous devons prendre notre chambre avant 21 heures. Week-end de la Pentecôte: il n'y avait plus de place dans notre hôtel habituel, nous sommes au «Mas champenois». C'est très laid (très rose, très kitsch, égypto-romain ou — pour les lecteurs de SAS — très Claude Dalle du pauvre), très confortable, et ô bonheur, il y a un jacuzzi. H. se met dans la baignoire, nous manipulons tous les robinets, manquons de tout inonder car nous ne savons plus exactement comment nous avons réussi à faire couler l'eau (parmi tous les robinets) et j'ouvre la bonde en catastrophe en attendant de trouver la solution.

Quand H. sort du bain, il se met à l'écriture du texte à la mémoire de son père qu'il lira demain au cimetière.

Albums

J'essaie de travailler sur mon ordi, rattrapper du retard. En théorie, il y aurait trois sujets principaux: ce blog, un certain nombre de comptes à pointer (car je suis trésorière d'une association, vérificateur des comptes d'une autre et membre de la commission Finances de la FFVP) et le rangement du dernier étage, «mon» étage, condition sine qua non pour qu'H. mette en place le simulateur de vol qu'il m'a offert à Noël (c'est une question d'accès à l'écran télé).

Cependant, dans l'après-midi je suis dérangée à plusieurs reprises par H. qui doit sélectionner des photos de son père pour sa nièce (ou petite-fille, si vous suivez) qui a proposé de faire un diaporama. Je finis par rester à ses côtés.
H. a récupéré toutes les photos scannées par son père et il les regarde une à une. Elles sont en vrac, sans nom, et nous passons une partie de l'après-midi et de la soirée à les regarder, à nous émerveiller et à tenter d'identifier les individus sur les photos les plus anciennes. Le plus étonnant pour moi, c'est que certaines photos anciennes ressemblent aux propres photos de ma famille au point d'en être indiscernables. «Nous sommes du même milieu social», commente H.

Comme son père était souvent le photographe, il n'y a pas tant d'images de lui mais elles sont équilibrées entre sa famille et sa belle-famille puis H. et son frère — et les petits-enfants. (Je suis toujours obnubilée par les problématiques de jalousie, même si rien n'indique que la famille d'H. soit concernée par cette maladie.)

Je mets en ligne l'une de mes préférées, même si elle ne représente rien pour moi puisque je ne les ai jamais connus ainsi (fin des années 60, je pense).

Raymond et Rosa


Le titre du billet fait référence à ces quelques lignes de Laforgue:
Dans un album,
Mourait fossile
Un géranium
Cueilli aux Îles.


Quant à moi, je veux bien qu'on cite à mon enterrement:
Les morts
C’est discret,
Ça dort
Trop au frais.

J'ai aimé Laforgue dès la première minute. Dans la liste des choses à faire avant de mourir, il y a l'Uruguay et Montevideo et l'incompréhensible trilogie du XIXe: Laforgue, Lautréamont, Supervielle.

Une question d'essayage

Je réveille H. à huit heures. L'objectif de la journée est d'acheter une veste sombre à H. pour l'enterrement. Nous prenons notre temps, ce qui fait que lorsque nous vérifions sur CityMapper l'heure du prochain train, il est trop tard pour avoir celui de 9h55. Par bizarrerie le train suivant est une heure plus tard (et non une demie-heure). Une heure de perdue par négligence, que j'occupe en déballant mes affaires.

Gare de Moret. Et là, patatras: problème d'aiguillage. Nous l'aurions vu si nous avions revérifié CityMapper avant de quitter la maison, mais qui revérifie les horaires à trente minutes d'intervalle?
Des gens attendent depuis vingt minutes sur le quai.
— Café chez Toufik? propose Hervé.
— Non, il est en vacances.
— Décidément, tout va bien.

Combien de temps attendre? C'est le «piège abscons», théorisé il y a bien longtemps dans Petit manuel de manipulation à l'usage des honnêtes gens: emporté par le besoin d'avoir raison, plus on attend, plus on attend.
— On prend la voiture?
— Si ça repart dans un quart d'heure comme ils l'annoncent, ça ne vaut pas la peine.

Bref, un train finit par passer.
Pont de Melun, 11h49.

La Seine vue du pont SNCF à Melun


Repas au «Goût du sablé» dans le douxième, que je voulais faire découvrir à H. depuis longtemps.
Essayages, veste bleu sombre et pantalon anthracite, la base. Chapelle expiatoire dans le huitième à la recherche d'un endroit calme pour téléphoner (raté). Le quartier a changé, mon coiffeur n'existe plus. Nous sommes fatigués, nous rentrons.


Le titre de ce billet fait référence à la mort de la dernière grand-mère d'Hervé.

Retour

Gare de Gap, une demi-heure d'avance. La Case de l'oncle Tom dans la boîte à livre. Un pain au chocolat, un café, achat d'écouteurs (oublié les miens à la maison). La messe en si de Bach.

Je passe en revue mon carnet d'adresses. Je suis saisie d'une frénésie d'information, je me retiens de ne pas envoyer des sms à tout mon carnet d'adresses, une sorte de folie me prend. Il faut que je me retienne, à quoi bon encombrer les gens avec mon chagrin? Oui, mais si X devait regretter de ne pas avoir été prévenu?
Correspondance à Valence-ville, une demi-heure d'attente, beaucoup de policiers, puis Lyon Part-Dieu. Il pleut. Je marche, je n'ai pas envie de Starbucks ou de Paul.
Andouillette à la moutarde dans une brasserie dont les murs sont couverts de pendules en tout genre. S'agit-il d'une réaction à la disparition de l'horloge de la gare?

Le TGV est le Frecciarossa italien. Rien à signaler, si ce n'est qu'ils ont rétabli le chariot d'aliments et de boissons qui passait dans les couloirs des Corails de mon enfance. Je ne sais plus très bien ce que j'ai fait, sans doute classé des photos et dormi.

15h10 à Paris, train pour Moret, j'arrive dans une maison vide. Je fais quelques courses et prépare une salade.

H. arrive tard et raconte ses tribulations. Sa mère qui a voulu voir le corps un dimanche de ponts du mois de mai, les dédales de l'hôpital. Le fait que les pompes funèbres ont 48 heures pour venir chercher le corps à l'hôpital: sinon ils ne peuvent plus l'emporter, tout doit être fait sur place et ça coûte beaucoup plus cher.
— Et le type des pompes funèbres a pris deux heures lundi pour nous expliquer cela, je bouillais, j'ai vu le moment où nous n'arriverions pas à temps.
— Ça va coûter neuf mille euros, j'ai versé un acompte d'un tiers. Ce que j'ai beaucoup aimé, ce sont les pétales de rose gratuits à disperser sur le cercueil. A neuf mille euros l'enterrement, ils peuvent être gratuits!

L'étrange, c'est que son père si prévoyant et organisé n'avait rien prévu. Il a fallu acheter la concession («j'ai choisi une concession individuelle, pour eux deux. Personne d'autres n'ira se faire enterrer à Sarry»), choisir le type de tombe («je l'ai joué écolo, j'ai refusé le caveau et demandé une tombe en pleine terre, à deux profondeurs superposées. Ils n'aiment pas cela car il faut attendre six mois que la terre se tasse avant de poser une dalle dessus»), choisir le cercueil.

— Non, tu ne peux pas te faire enterrer où tu veux: soit où tu habites, soit où tu meurs. Sinon il faut une dérogation du maire. Ou avoir une concession familiale dans laquelle il reste de la place.

— Il y aura une messe. J'étais contre, F. (son frère) était contre, mon père aurait été contre, mais maman a insisté. le prêtre est arrivé en soutane, avec une dame patronesse. Il a fallu choisir les textes. Il y aura une chorale.
— Un prêtre, une chorale, un enterrement le samedi? Mais c'est incroyable, ça n'arrive plus jamais.
— Le prêtre était bizarre. Je sais bien qu'il était dans son rôle, mais il est parti dans un discours prosélyte alors qu'on lui avait bien expliqué que la moitié de l'assemblée ne serait pas croyante, c'est pour cela qu'on voulait une bénédiction et pas une messe.
— Evidemment, en soutane… Tu sais, il n'y a plus beaucoup de prêtres; ceux qui restent sont forcément très investis.
— Il était très réticent quand j'ai dit qu'on allait choisir dans les disques de papa pour la musique durant la bénédiction du cercueil...
— C'est normal, si tu savais ce à quoi ils ont droit…
— Je l'ai rassuré en disant que ce serait l'Avé Maria de Gounot par Pavaroti. Il faudrait un autre morceau car cela ne dure que trois minutes.
Je suggère les suites pour violoncelle de Bach. (H. retient Lang Lang, j'aurais plutôt pris Jean-Guihen Queyras.)

— Les gens de la mairie ont été adorables (mairie de Sarry, citons-les pour les remercier). Ils n'avaient plus de salle pour accueillir les gens après l'inhumation, alors ils ont contacté la mairie voisine qui leur devait des services. Ils ont négocié à notre place pour que la salle soit gratuite puisqu'elle l'était à Sarry.

Bref, ami lecteur: sans vouloir être morbide, si vous avez une idée d'où vous voulez être enterré et comment, préparez-le, écrivez-le et mettez-le dans un endroit facile d'accès. Et partagez avec quelques proches votre code de téléphone.

Nous retournerons à Châlons vendredi.

Préparatifs de retour

Cette nuit il a un plu quelques minutes. La nuit a été plus silencieuse que d'habitude, moins d'oiseaux et d'insectes. Entre deux phases de sommeil, je me suis souvenue que je devais avoir dans mon téléphone les adresses des amis de mon beau-père que j'avais invités pour ses 70 ans1. Dans la matinée je les ai contactés sur leur fixe (coordonnées de 2012) et j'ai laissé des messages à chacun («Bonjour, je suis Alice, la belle-fille de R. J'ai une mauvaise nouvelle, pouvez-vous me rappeler? 06xxxxx).

Problème imprévu: H et son frère ne connaissent pas le code de l'iphone de leur père. Or ils en ont besoin pour la double authentification de la plupart des sites importants, comme les banques, les assurances, etc. Heureusement, les sms reçus s'affichent quelques instants sur l'écran fermé — à condition que le téléphone ne se décharge jamais.

L'après-midi nous volons avec un instructeur (ce qui nous permet d'inscrire la sortie dans notre carnet de vol). Cette fois-ci j'ai (enfin) pris le temps de n'installer correctement et je vois par-dessus du tableau de bord: la sortie a été bien plus posée. Je crois qu'il va falloir que je vérifie sérieusement ce point de retour à Moret.

J'ai volé la première. Quand je descends du planeur, je m'accorde dix minutes de sieste puis commence à vider ma tente pour la replier. Je sépare ce que je ramène à Paris en train de ce que je laisse ici, à charge pour les vélivoles de ramener mes affaires en voiture le week-end prochain. Cette nuit il est prévu de la pluie, et quoi qu'il en soit chaque matin ma tente est trempée de rosée: Pat m'a convaincue de la plier maintenant qu'elle est sèche et de dormir ce soir dans la chambre vide du gîte. Demain il passera me chercher à 6h pour m'emmener à Gap.

Soirée amicale entre pilotes, à raconter des anecdotes (toujours je pense à la phrase de Carlo Ginzburg sur la littérature qui commence à l'âge des cavernes avec les récits de chasse: les pilotes, c'est exactement ça) et à se taquiner. Nous avons deux invités, l'instructeur de cet après-midi et le propriétaire du camping. Michel nous prépare les première fraises de la saison.



Note
1: que la blague porte sur les croque-morts n'est qu'un tour supplémentaire.

Ondelettes

Le matin je réserve le premier train que je trouve mardi: Gap 7h28, Paris gare de Lyon, arrivée 15h10, avec deux changements. (Plus tard je regretterai de ne pas avoir cherché davantage, ou choisi le bus de nuit).
Je passe la matinée à envoyer des sms. Je me charge des amis, la plus jeune sœur de mon beau-père se charge de la famille. J'attends le soir pour appeler un ami qui vit aux Etats-Unis. Mon beau-père a beaucoup compté pour nous (je veux dire nous tous, les amis de son fils) autour de nos vingt ans: il était toujours présent pour nous repêcher dans nos galères, avec une blague potache, comme si de rien n'était. Nous sommes nombreux à tenir à lui.

Courses, tongs (chaque fois que je viens à Sisteron, j'achète des tongs (au moment de quitter Moret, impossible de retrouver les miennes)).

Cet après-midi je vole avec Dom; en deuxième car prise par mes appels je suis arrivée trop tard pour passer en premier. Je reste longtemps en piste à aider les autres planeurs. Je vais ensuite dormir dix minutes, tant et si bien que je suis de nouveau en retard sur la piste (le planeur est une tyrannie du temps) et embarque très vite, sans vraiment prendre le temps de m'installer, même si aujourd'hui j'ai pris un coussin.

Nous montons au plafond de 2700 mètres, nous partons vers le sud que je n'ai pas encore vu. Lac de Sainte-Croix, gorges du Verdon que je ne situais pas du tout ici. De loin on aperçoit Nice et la Méditerranée.

vue aérienne du lac Sainte-Croix


Nous montons suffisamment haut pour franchir en ligne droite tous les sommets sur le chemin du retour. Dom m'explique une façon de faire le point dans les derniers kilomètres, un double calcul que j'ai oublié, mais que je lui redemanderai quand j'aurai atteint ce niveau (faire des courses en solo). Deux ou trois fois, quand ce n'est pas moi qui pilote, je me réveille en sursaut, sans savoir si je me suis endormie ou si j'ai perdu connaissance (l'altitude? l'émotion?)
En rentrant, nous rencontrons de l'onde (trop tard pour du thermique, trop haut pour du vol de pente: c'est donc de l'onde) au dessus d'un ruisseau. Nous volons le long de la vallée, allers et retours, les ailes très à plat, lentement (80 km/h). C'est un déplacement très lent, très doux.

Ensuite, afin de se poser avant 20 heures, l'heure limite, Dom prend la vent arrière (première phase de l'aterrissage) à 200 km/h, ce qui contrevient à toute procédure.

De la farce aux larmes

Ça commence par du hard core, ça finit par du hard core, mais pas le même: davantage du Shakespeare que du Racine.

Nuit sous la tente, réveil vers 7h30. Une heure de blogage puis petit déjeuner: je toque à la caravane de Pat pour me préparer, comme l'année dernière, mon porridge et mon thé puis les manger au son d'AC/DC.
Je fais bouillir l'eau, ébouillante le sachet de thé, mets une mesure de céréales dans un bol, saisis la bouteille achetée la veille à une station service pour verser la même mesure de lait… Il est bizarre ce lait, il est jaune pâle, aurait-il tourné dans la voiture avec la chaleur et se serait-il décomposé?
Je renifle, ça sent l'urine, je regarde la bouteille posée sur le comptoir, l'étiquette en est froissée, abîmée: ce n'est pas ma bouteille de lait qui est au frigo.
Je ne dis rien, saisis la bouilloir, sors jeter ma mesure d'urine et ébouillante le contenant avec l'eau de la bouilloire.
Puis je rentre dans la caravane finir mon petit déjeuner.

Briefing, préparation des planeurs puis déjeuner au Pegasus.

Je pars la première avec Pat. Sortie calamiteuse: je suis mal installée; trop enfoncée dans la carlingue, j'ai l'horizon bloqué par le tableau de bord. Pour voir par-dessus, je pousse sur le manche, le planeur pique et donc accélère.
Par ailleurs il existe en planeur la notion de conjugaison: pour tourner, on incline les ailes (poussée sur le manche) et on oriente le nez dans la direction où on veut aller avec les palonniers (pédales aux pieds). Le dosage des deux est contrôlé par le fil de laine sur la verrière qui doit rester vertical.
Je ne maîtrise pas la conjugaison (c'est l'équivalent de débrayer en passant les vitesses), ce qui est un obstacle majeur à ma progression. En rentrant, Pat me fait faire des exercices, virages et contre-virages avec conjugaison («Surveille ton fil. Ta vitesse!»)

En descendant de planeur au milieu de l'après-midi (Adrien passe après moi) je lis deux sms de H., envoyés à 14h25.
Papa vient d'entrer en séjour court à l'hôpital car il a une nouvelle infection. Je l'ai eu au téléphone. Ça ne va pas bien du tout. J'espère que ça ira mieux demain. Ils on prévu de l'orienter vers un autre service après le traitement de l'infection. Pas sûr qu'il sorte de l'hôpital. Je ferai une version édulcorée sur WhatsApp ce soir.
Pour l'instant, ma mère m'a dit de maintenir ma venue mercredi. On verra comment ça avance.
Je le rappelle aussitôt, on papote, il me raconte comment il tente de gérer le défaitisme de son frère. Il coupe d'un «ma mère m'appelle, je te rappelle».
Une minute plus tard, ça sonne: «l'hôpital a appelé, papa est mort».

Dîner au gîte partagé entre les autres pilotes (j'ai choisi de rester en tente pour être tranquille, pour limiter les interactions sociales). Je bois du blanc, me bourre de chips. Je suis au téléphone par intermittence, nous sommes désorientés. Week-end de la Pentecôte, tous les trains sont complets. H. me dit que quoi qu'il en soit, il préfère aller voir sa mère à Châlons seul avec son frère. Bref, nous convenons que je remonte mardi prochain.

En route

Lever à six heures pour faire mes bagages. Je ne comprends plus très bien ce que j'avais noté dans mon carnet à mon retour l'année dernière: comment ça, ne pas prendre le pull gris, est-ce qu'il ne faisait pas si froid que ça en altitude, finalement? Je ne me souviens plus.
Je boucle tout. Le soir je m'apercevrai que je n'ai pas pris un objet de base: le sac plastique qui sert à tout, sac poubelle, paillasson pour les chaussures dans la tente, etc.

Croissants, train pour Montargis à 9h. Place Den Xiapoing, qui a étudié dans le Montargois (??!!)
Détour par Orléans pour aller chercher une pièce de planeur (sachet délicatement posé dans l'embrasure d'une fenêtre où il fallait le récupérer: nous n'avons vu personne. Quelle confiance et quelle organisation) puis voyage sans histoire jusqu'à Sisteron. J'ai écrit un ou deux billets, classé des photos et mis à jour à partir des photos prises hier les photos dans mon annuaire téléphonique (le temps passent, les têtes changent).

En arrivant devant l'emplacement devant ma tente, un sentiment de soulagement monte en moi, quelque chose lâche. Je ne savais pas que j'étais autant sous contrôle.
Dîner au Zinc, à dix. La conversation languit, je somnole, les autres rient (ce qui m'agace: n'ont-ils jamais été fatigués ?)

Mon billet le plus snob

Mort de Bernard Pivot.
Je n'ai jamais regardé une seule de ses émissions.
Ni Dallas, ni Le grand Echiquier, ni tant d'autres.

De Pivot, je me souviens de la semaine chez Mollat où j'ai vendu des dizaines d'Homme de paroles (Claude Hagège) en pensant que moins du dixième des acheteurs allaient le lire. Passer à la télé, passer à la radio, ça fait vendre des livres.
Mais ça ne dit rien des livres. Ça avantage ceux qui savent parler, ou ne savent pas boire.

Mais bon. Le chiffre d'affaires des libraires en bénéficie. Et avec Pivot, c'est un gros morceau de notre enfance qui s'efface, la semaine même de la fin des Chiffres et des Lettres.
Il nous reste Drucker et Alain Delon.



*******
Agenda
Repassé jusqu'à minuit pour qu'H. ne se promène pas à poil pendant mon stage à Sisteron.

Courges antiques

Dernier cours de grec. Cette année, j'ai beaucoup peiné. A plusieurs reprises j'avais si peu préparé mes textes que j'ai songé à abandonner. Mais si on n'y va pas une fois, le pli est vite pris de ne plus y aller du tout, il faut donc se forcer, ne pas céder, à la paresse, à la fatigue, à la honte ou la lâcheté.

Nombres 11,5: sikuas traduit par concombres.

«En fait, on ne sait pas exactement ce que c'est. Une courge, un concombre. C'est quelque chose qui a grandi à la lumière: ça évoque les Manichéens. Vous savez que les Manichéens ne mangeaient que des légumes poussant au soleil: en absorbant des particules lumineuses, ils espéraient s'unir davantage à la lumière. Quand on rencontre des courges dans St Augustin, les Manichéens ne sont pas loin. Vous savez qu'Augustin a été manichéen, ça laisse des traces. C'est comme un végétarien qui arrête d'être végétarien: il lui reste des réflexes.»

«Irénée aussi a parlé de courges, pour se moquer des gnostiques, en recomposant un monde avec des super-melons et des supers-concombres

Où va se nicher l'érudition. Pour ma part je songe aux courges de Cerisy sur les poutres de la bibliothèque.

Triste purée

Aller retour chez les parents d'H. Son père est rentré de l'hôpital. Il est amaigri, mais en moins terrible état que la description que m'en avait fait H.

La première chose qu'il me dit, assis sur le canapé à côté de moi, c'est: «si je me penche pour ramasser quelque chose, je suis essoufflé. J'ai des métastases dans les poumons.»
Il attend un rendez-vous à l'hôpital, il attend un protocole de chimio.
Je ne dis rien. De la chimio à 82 ans? Est-ce possible? Est-ce souhaitable?

Journée calme. H. a amené des steacks hâchés, de la purée maison, de la salade de fruits maison également. Sa mère est contente car son père mange tout. Elle répète plusieurs fois: «il a tout mangé, c'est la première fois depuis qu'il est rentré de l'hôpital.»

Ils déclarent qu'ils vont faire la sieste après le repas, mais à ma grande honte, je crois bien que je suis la seule à m'être réellement endormie, sur le canapé. D'où me vient cette torpeur invincible?

Plus tard discussion générale, arte, google earth, les petits-enfants… Nous parlons beaucoup trop.

Départ vers sept heures, dîner au Mange-disques à Villenauxe-la-Grande (j'adore le nom de cette ville). Nous repartons dans le soleil couchant. Des orages violents se déclenchent au sud puis au nord, éclairs sans interruption.

Froid

Télétravail.
Nous avons rallumé le chauffage.

Jared Diamond

Givre ce matin sur la voiture.

Je racontais ce week-end que mon patron a l'habitude étrange de terminer ses énumérations par «machin bidule truc» (plutôt que ainsi de suite» ou «etc.»).

Je me suis dit que je devais exagérer. J'ai donc fais un relevé durant une réunion.
— L’Arcom machin bidule truc… (à propos des services du premier ministre)
— La norme machin bidule… (à propos de la différence entre les normes 27001 et 9001)

Je n'arrive pas à m'y habituer. State of wonder, comme on dit aux States. Cela dénote un manque d'éducation qui me laisse pantoise.


Retour dans le métro, ligne 8.
Guns, Germs and Steel, traduit par De l'inégalité parmi les sociétés

Drive-away dolls

Encore un film vu dans l'épaisseur du trait, en sortant tôt du bureau, sans en parler à personne. Un week-end sans une sortie est un week-end raté, en anticipant dès le vendredi, je prends les devants.

Film d'un seul des frères Coen, Ethan.
Film lesbien potache. C'est amusant, c'est une farce, ce n'est pas compliqué, faut-il y voir une satyre des Républicains à l'époque de Trump, ou n'est-ce que l'habituelle pente Coen?

Margareth Qualley en lesbienne délurée et joyeuse est très jolie, j'espère que nous la reverrons.

La taxe lapin version coiffeur

Après des calculs savants pour estimer les les dates prochaines de mes passages chez le coiffeur (comment éviter d'avoir des cheveux blancs pour la fête de famille / le stage de planeur / la semaine de vacances tout en respectant un écart minimal entre les passages (car cela coûte) tout en navigant entre les ponts), j'ai estimé qu'il fallait que j'y aille le soir-même.

Mon coiffeur près du bureau étant fermé une semaine, j'ai pris rendez-vous avec celui de Vincennes sur l'application Planity, un équivalent de Doctolib qui a vu le jour à l'époque du Covid. Je n'y ai pas prêté attention, mais j'ai été immédiatement débitée du montant de la visite. (Le coiffeur du 12e, lui, débite d'un euro pour vérifier la présence d'un moyen de paiement valide.)

J'ai eu l'explication le soir: plusieurs salons de Vincennes ont fermé récemment et le coiffeur a vu s'inscrire sur Planity des clients inconnus qui n'ont pas honoré leurs engagements: «non seulement je perdais du chiffre, mais en plus, je refusais mes clients habitués pour eux».
Donc désormais il fait payer à la prise de rendez-vous. Mais il a poussé la logique jusqu'au bout, et c'est l'objet de ce billet: il s'est débarrassé de son lecteur de carte bleue. Désormais, vous ne pouvez plus payer en carte bleue qu'en ligne. Au salon, c'est en espèces ou par chèque si vous êtes un client connu (comprendre: une vieille dame).

Cette radicalité m'impressionne.
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