La logique anglaise (chronique du Brexit)

Les transporteurs et les routiers manquent et on redoute des pénuries à Noël.

Tandis qu'un syndicat de routiers, qui se souvient sans doute de la façon dont les transporteurs ont été traités à Noël dernier, annonce qu'il n'a pas l'intention d'aider la Grande-Bretagne, le gouvernement anglais avertit qu'il expulsera dès le lendemain de Noël ceux qui seront ou seraient venus aider car il n'est pas question qu'ils «abusent du privilège de travailler» en GB.
Ça donne envie de rendre service.



Je le conserve ici au dossier de la grande absurdité du monde.

*****
J’ai pris un coiffeur à Vincennes à cinquante mètres de mon bureau. Contrairement à l’autre, il est provax à fond. Il a fait vacciner tout son personnel, mais aussi toute la famille de son personnel.
— La famille? Comment vous avez réussi ça? (Je songe à toutes les fois où je me tais pour ne pas être accusée d’ingérence dans la vie privée de mes salariés.) — Il suffit de bien expliquer.

J’ai mes doutes. Il me raconte comment il s’est disputé avec une amie qui ne pouvait pas rentrer dans un café parce qu’elle n’avait pas de pass sanitaire: «comment ça, c’est risqué? Tu fumes un paquet par jour et tu prends la pilule depuis vingt ans et tu me dis qu’on n’a pas assez de recul? Mais l’ARN messager existe depuis longtemps.»
Je fais remarquer que certes, mais justement, il était interdit (c’est l’argument de A.).
— Oui, en France. En Suisse, il est utilisé depuis 2015 ou 2016 pour la rougeole.

Première fois que j’entends ça. A vérifier.

Désillusion

Ce matin huit brinquebalant, par un temps gris et doux.

A la pause café qui suit, j'essaie de comprendre la composition des huit à Angers (la Coupe des dames mi-octobre). De l'enthousiasme post-Creusot il ne reste rien. Au départ on avait parlé de deux mixtes de pointe le dimanche, ce qui logiquement donnait un huit de femmes le samedi. Mais le pass sanitaire est passé par là, certaines ne se sont pas réinscrites au club.

Je ne comprenais pas pourquoi il n'y avait pas d'entraînement en huit d'organisé, je découvre qu'il y a un huit furtif dont on ne parle pas, qui a piqué les quatre filles les meilleures (pincement au cœur de ne pas en être). L'autre huit est le regroupement des rameurs qui restent. Nous ne sommes plus que deux filles dedans, ce qui fait que le bateau sera classé en "hommes" et non en mixte.
Ce bateau ne s'est encore jamais entraîné ensemble. Quand on sait qu'à notre niveau et notre âge, 90% de la réussite dépend de notre capacité à être parfaitement synchrone…

Je suis très déçue, mais surtout je ne comprends pas ce qui s'est passé. Comment est-on passé d'une situation où on a fait le forcing pour que j'aille au Creusot à une situation où il n'y a pas de huit femmes pour la Coupe des dames et où je ne suis pas dans le "bon" huit? Est-ce parce que j'ai été absente deux semaines, parce que j'agace Micheline (du moins je crois que je l'agace. Je suis peut-être paranoïaque, mais en général j'ai un bon feeling de ce genre de chose), ou tout simplement parce que je n’ai pas le niveau? (les explications les plus simples sont souvent les meilleures).

Je termine Mes funérailles qui a l'inconvénient d'être en islandais et donc d'obliger à lire les sous-titres plutôt que d'écouter d'une oreille.
Tard le soir je me mets à Wordpress, télécharge une fois de plus Divi et me met à paramétrer et à traduire une extension de gestion de cookies pour le site de mon ancien boulot.
Je me couche bien trop tard.

Anniversaire crémaillère

Panne de réveil. Dans un interstice de l'espace-temps, j'ai effacé la programmation de mon téléphone pour l'entraînement du week-end: 7h10, heure qui me permet de ne pas me presser. (Dormir plus ou ne pas me presser: le plus souvent je choisis le second.)
Je pars un peu à la bourre, après un petit déjeuner devant Le grand blond avec une chaussure noire commencé la veille (pourquoi? aucune idée. Un besoin de film non tragique, avec une pointe de subversion).

Belle sortie en quatre. Bassin magnifique (pas de vent, pas de vague, pas de péniche), soleil, fraîcheur.



En face du ponton vers 9h30.


L'après-midi passe vite. Nous avons rendez-vous à 18h chez O. pour son anniversaire et sa crémaillère. Nous devons apporter de la vaisselle car il n'en a pas assez pour les neuf que nous allons être et nous utilisons la Dacia de A. car le soir elle rentrera à Moret avec nous; or notre voiture n'a que deux places (nous appelerons celle-ci Georges: Georges est frais, Georges est doux, mais il n'est pas très pratique).

Pas de place pour le carton de vaisselle dans le coffre de la Dacia. Une seule place possible, sur le siège derrière le conducteur; à côté, un des cartons que nous avons laissés à A. à Noël, sur son assurance qu'elle le donnerait à la Croix-rouge ou à son association de théâtre ou que sais-je, est encore sur le siège arrière. Syllogomanie. Quand H. veut reculer le siège conducteur, celui-ci est bloqué, nous découvrons un sac de livres à l'arrière, lui aussi donné à Noël.
Je récupère les livres, des moules à madeleine, une boîte de chevaux en plastique. Je les donnerai moi-même.

O. habite Corbeil le long de l'Essonne, à dix minutes à vélo de son boulot. Il nous avait dit «un immeuble», nous arrivons devant un bâtiment si inattendu, sorte d'immense chalet en pierres de simili meulière, que nous faisons demi-tour. Deux tours de pâté de maison plus tard (dans un sens puis l'autre, pas de numéro sur les portes) j'appelle O., il me dit que de sa fenêtre il nous a vus repartir: nous étions au bon endroit.
Plus tard il nous dira que c'est sans doute un pensionnat du début du XXe siècle. Il avait visité l'appartement il y a longtemps, mais il y avait un problème: «l'ancien locataire est parti à l'hôpital en octobre, et en fait il est mort, et les héritiers ne venaient pas vider l'appart et donc le propriétaire ne pouvait pas le relouer».

O. a également invité son parrain et nous revoyons toute la famille pour la première fois depuis le covid (de quand date la dernière fois? aucune idée).

Très bonne soirée, beaucoup de plaisir à se retrouver et appart très agréable, avec vue sur l'Essonne. L'ambiance nous ramène à nos années étudiantes, avec la table basse constituée d'un gros carton et les objets récupérés à Yerres qui donnent à l'ensemble un look familier et chaleureux.

J'ai découvert la version militaire de PIPE: «pas de couille pas d'embrouille». Ça a davantage de gueule (si je puis dire).

Boulette

Désolée, j'ai beaucoup de spams en ce moment, et en les supprimant, j'ai supprimé tous les commentaires depuis le 5 août.

Sorry sorry, sentez-vous libre d'aller les réécrire si ça vous chante.

Brrr

Quand H. fait du "présentiel" (quel mot correct devrait-on utiliser? A situation nouvelle mot nouveau, je n'ai jamais su traduire IRL (in real live) autrement que par "en chair et en os", à la fois désuet et légèrement emphatique: «Viens, on se verra enfin en chair et en os» sonne malgré tout étrange) — quand H. fait du présentiel, donc, nous partons ensemble.

Le choix est le suivant : soit je m'adapte à son horaire et pars une heure plus tard, et donc arrive une heure plus tard; soit il s'adapte à mon horaire et arrive beaucoup trop tôt (son bureau ouvre à une heure décente, c'est-à-dire neuf heures), temps qu'il passe à petit-déjeuner au Terminus en face de la gare de Lyon, un bistrot ouvert dès cinq heures avec cuisine opérationnelle (le nombre de fois où à sept heures et demie il est impossible d'avoir une omelette) qui sert des toasts au saumon à six heures du matin.

Ce matin nous avons choisi le pire des deux mondes: il est parti avec moi et j'ai petit déjeuné avec lui — hagards de sommeil, n'échangeant pas un mot — nous aurions mieux fait de dormir une heure de plus.

Journée toujours aussi speed et décousue, je suis frustrée de ne rien réussir de propre, de ne jamais réellement traiter un sujet à fond. Je suppose que ça viendra — dans un, deux, ou trois ans. Comme s'est exclamé l'un des jeunes de l'équipe: «la patience est une vertu». (Non, ce n'était pas à moi qu'il s'adressait.)

Présentation des futurs locaux à l'équipe. Au printemps nous passerons de Vincennes actuellement à rue Picpus. J'ai cru comprendre que j'allais y perdre un quart d'heure… il sera temps de faire deux jours de télétravail.

Je papote avec Dominique, la responsable compta finance. Son père est mort d'Alzheimer («On ne meurt pas d'Alzheimer mais des conséquences d'Alzheimer. — Qu'est-ce que tu veux dire? — Lui faisait beaucoup de fausses routes, d'où des pneumonies à répétition. Il est mort de cela.»), sa mère a une maladie neuro-dégénérative qui n'est pas Alzheimer («nous, on ne voit pas la différence»), elle suit les infos sur le sujet, me parle des deux hippocampes, de la mémoire, de la musique qui passe outre l'hippocampe (et donc échappe en partie à la perte de mémoire).
Je lui raconte mes troubles de langage depuis que j'ai été très fatiguée lors de ma première grossesse (et les dix ans qui ont suivi), ma façon de dire «tu sortiras la boîte aux lettres» quand je veux parler de la poubelle (par exemple) ou d'avoir des blancs de plusieurs secondes quand soudain un mot m'échappe, non que je l'ai sur le bout de la langue, mais que mon cerveau se transforme en lande brumeuse dans lequel je ne vois plus rien. Je suis aphasique quelques instants.
— Tu as peut-être fait un micro-AVC. La seule façon de le savoir c'est de passer un scanner.
— A vingt-quatre ans?

Moi qui me disais qui me disais que ça me faisait un point commun avec Mallarmé, qui aurait vécu après la mort de son fils une période d'aphasie ou équivalent. (Il me semble que ça correspond à une période d'absence d'écriture.) Un micro-AVC, c'est moins glamour.
Ce que ne sait pas Dominique, ce qu'elle ne peut pas savoir, c'est qu'elle me ramène à la mort de Jacqueline, ma coéquipière d'aviron à quatorze ans, morte d'un AVC à trente-sept ans.
Ne nous affolons pas (en fait cela me fait sourire mi-figue mi-raisin). N'empêche que le soir j'ai mesuré ma tension, qui forcément avec la frustration de la journée n'est pas mirobolante.
La doctoresse l'autre jour a regardé mes diverses mesures et a été rassurée: ma tension fait des pics, mais redescend en vacances ou le week-end après l'aviron. Apparemment c'est ce qui compte. Une vraie tension haute ne cède pas (si j'ai bien compris).

Le soir A. nous ramène le chat. Dîner d'une flameküche. Elle a l'air en forme. Elle raconte qu'elle se fait mal voir de ses collègues car elle a accepté de faire deux tournées: sa hiérarchie directe la remercie (parce que le travail est fait, je suppose), sa hiérarchie N+1 n'est pas enchantée car cela fausse leurs arguments à l'appui d'un recrutement pour remplacer un facteur qui vient de partir à la retraite.
Je ne sais qu'en penser. Les deux positions ont leurs avantages et leurs inconvénients.
— Tu veux dire que le jour où tu pars ils perdent deux postes?
— Pas vraiment, parce que lorsque je fais deux tournées, je ne fais que l'urgent, les paquets, les lettres urgentes. Pas la publicité, pas les lettres vertes.
— Mais c'est distribué quand alors ? Tu connais le cas du facteur qui repostait tout le courrier? (Histoire vraie. Elle rit.)
— Le titulaire le fait le lendemain.

Le soir je termine Alexandre le bienheureux, commencé hier et que je n'avais jamais vu.

Vocation inattendue

Nous avons invité des amis voir le loft. Nous nous sommes vus pour la dernière fois le 27 mars 2017 — qui était aussi une première fois amicale, les précédentes étant des rencontres professionnelle. H. avait revu monsieur dans le cadre du boulot, mais nous n'avions jamais redîner ensemble

Ils ont adoré le loft et Moret — surtout elle, lui étant plus citadin, drogué à Manhattan où il passe la moitié de son temps.

Le long du Loing, elle me raconte ses difficultés: licenciée avant le Covid, elle a suivi une formation de décoratrice d'intérieur (« Pôle emploi m'a dit qu'à mon âge je ne pouvais rien me faire financer d'autre puisque c'était ma formation initiale»). Ils ont quitté Saint-Rémy-les-Chevreuses pour le 16e afin de se rapprocher du fils de OA («son fils ne veut pas venir en banlieue, il veut rester avec ses copains. — Il a quel âge? — A l'époque quatorze ou quinze ans. — Les enfants ne se rendent pas compte»), ils ont passé le confinement dans un trois pièces. «Dès que le confinement a été terminé, j'ai expédié OA à New York et je suis revenue à Gif-sur-Yvette. On n'en pouvait plus.»

— Ça n'a pas l'air de t'enchanter. Qu'est-ce que tu voudrais faire?
— De la théologie.


J'ai été prise par surprise.
Comme elle est protestante, elle a au moins la ressource de devenir pasteur.
A suivre.

Fonctionnaires

Je n'en finis pas de m'étonner du monde fonctionnaire. Comment dire cela? Je les admire et ils m'agacent; j'admire leur dévouement sans borne et leur conscience professionnelle; leur vision décalée du monde (resté dans les années 50: ils constatent désolés la disparition de leurs valeurs mais ne prennent pas ce constat en compte) me surprend et m'agace. Je ne suis pas mi-admirative, mi-agacée, mais 100% admirative et 100% agacée.

Je parle ici de classe A ayant entre cinquante et soixante-dix ans. Je découvre (sur un très petit échantillon dont je ne sais absolument pas s'il est représentatif) leur façon indienne de considérer le monde, en castes et sous-castes: d'égal à égal avec un autre classe A, saluant les non-fonctionnaires parce qu'il faut bien qu'il y en ait, effaçant du regard les classes B et C. Lorsque je m'en étonne, Nadine (classe B, quarante ans de fonctionnariat) les excuse ainsi: «ce n'est pas de leur faute, je pense qu'on leur a appris dans les bureaux qu'il n'était pas nécessaire de saluer tout le monde.»

Je songe à mes amis de Sciences-Po qui préparaient les grands concours de la fonction publique; je songe aux ministères qui préparent les lois et leurs applications et cela me fait frémir.

Une charlotte à la kriek

Télétravail. H. est à Paris, ce qui me permet de travailler efficacement (!)
Je déconnecte tôt en prenant le prétexte de ma fièvre légère. Doliprane.

Je sors faire les courses et prépare une charlotte à la kriek, dessert que je n'ai pas réalisé depuis 1996 (j'ai un point de repère).

Des nouvelles de ma doctoresse

— Quatre semaines de vacances, ça fait du bien! Je ne prendrai plus que quatre semaines. Et puis quel bonheur de revenir au travail, de retrouver ses patients… Il n'y a plus beaucoup de Covid hospitalisés, la situation est quasi normale.

— L'ivermectine… je ne sais pas ce qui s'est passé, mais à l'origine, on l'utilisait. Dans les cas de Covid aigu, on donnait beaucoup de cortisone, et la cortisone baisse les défenses immunitaires. Or on a tous des parasites dormants qui pourraient en profiter. Alors avant de donner de la cortisone, on vermifugeait les patients. Je ne sais pas comment c'est parti, mais je suppose que ça vient de là.

— Nous, ce qui nous intéresse, ce ne sont pas les cas de covid sur personnes vaccinées, ce sont les cas de Covid graves sur personnes vaccinées. Sur ceux-là on collecte un maximum de données. En général ce sont des personnes affaiblies, soit très âgées, soit traitées par chimio, immuno-déprimées, etc. Les vaccins ARN ont prouvé leur supériorité.

— Janssen France n'a plus de nouvelles de Janssen monde. Plus rien. Ils nous ont dit que ceux qui recevraient un autre vaccin que Janssen seraient sortis de l'étude. Mais nous, nous ne voulons pas attendre.

— On nous dit «mais alors, tout ça n'a servi à rien». Mais tout les pays n'ont pas les moyens d'avoir des frigos à -80°. Les gens ne se rendent pas compte. Ça fait toujours ça.
Et ainsi s'évanouit le complotisme anti-pauvre à qui on refilerait les "mauvais" vaccins: il s'agit hélas "simplement" de contraintes d'infrastructure.

— Eh bien au revoir. Il est probable que nous ne nous reverrons pas.
— Je le regrette. Je vous aurais volontiers choisie en médecin traitant.

*****

A partir d'aujourd'hui les soignants (médecins, infirmières, mais aussi personnes qui s'occupent des personnes âgées) doivent être vaccinés. Si vous voulez dans un premier temps sourire, dans un second temps réfléchir, je vous conseille de lire ce thread d'un médecin neurologue en hôpital.

Deux sinon rien

J'ai reçu un coup de fil de Saint-Antoine: les autorités sanitaires conseillent d'injecter une dose de vaccin ARNm à ceux qui ont reçu du Janssen. Rendez-vous mercredi.

Belmondo

100 000 dollars au soleil
Week-end à Zuidcoote
Le Voleur

Déçue et étonnée qu'on évoque surtout Le Magnifique, qui certes était très drôle, mais avant tout une bonne blague. Je l'aimais plus grave, réfléchi. Je trouvais qu'il avait un physique à être grave et non clown. Comme Ventura, en somme.

Dans A bout de souffle, une beauté candide, à peine sortie de l'enfance, quelque chose d'inoffensif dans sa force.

Belmondo dans à Bout de souffle


Dimanche

Réveillée avec le soleil. Pour je ne sais trop quelle raison je regarde mon téléphone (c'est rare que je le fasse au réveil) et me perds dans un blog qui m’apprend du vocabulaire: un brocialiste, une fémonationaliste, une TERF. J’ai beaucoup de mal avec ce genre de blog car je me demande toujours s’ils sont à prendre au premier degré ou s’ils sont parodiques. En l’occurrence, celui-ci me paraît réellement défendre les femmes, les personnes non blanches (non caucasiennes, racisées), les transgenres.
Le moins que l’on puisse dire est que je ne m’y prendrais pas de la même façon. Mais bon, pourquoi pas. Si chacun agit à sa manière pour défendre une même cause, on peut supposer qu’à terme, la cause avance. (L’archétype ici est le débat gay/drag queen: les drag queen nuisent-elles (ont-elles nui, à la grande époque où tout était à défendre, tout était à construire) à la cause gay? Aujourd’hui il est possible de répondre: non. Elles leur donnent de la visibilité.)

Rendormie, réveillée à 10h30, juste à temps pour manger mes croissants, lancer le lave-vaisselle (pas lancé la veille au soir car dans un volume sans mur, tout s’entend), laver à la main les verres fragiles, faire un brin de causette, enfiler une paire de boucle d’oreilles et nous voilà partis pour le bon restaurant de Moret (par opposition aux restaurants à la bonne franquette).
Repas agréable en terrasse terni par… la chaleur (! qui l'eut cru cet été?) qui devient lentement insupportable.

Retour. Nous n'irons pas marcher le long du Loing, hier l'orage, aujourd'hui le soleil, nous en auront empêchés.

Départ des Bostoniens. Ils reviendront sans doute avant que nous allions les voir; dans ma programmation en grande masse nous retournerons aux Etats-Unis dans deux ans (mais bon, rien ne se passe jamais comme prévu).

Coup de téléphone à ma fille, la seule non vaccinée de la famille (j'ai honte): elle ne veut pas de l'ARN messager. Nous l'informons qu'il reste à sa disposition deux vaccins plus traditionnels: Janssen et Astrazeneca.

Je m'abonne à Véligo, l'abri vélo protégé, même si je trouve fort de café que l'abonnement au parking pour ma voiture soit gratuit mais celui pour mon vélo payant.

Le soir, un mail automatique de réponse m'apprend que ma prof de grec est toujours en arrêt maladie. Elle est arrêtée depuis janvier, c'est inquiétant.

Journée peu glorieuse

Abominablement traîné sur Twitter toute la journée, tout ça parce que je ne sais pas trop comment présenter des résultats pour une réunion lundi matin.

Bref, je vais devoir travailler ce week-end. Quelle malédiction me pousse ainsi à ne pas travailler au bureau pour travailler sur mon temps libre? (Si au. moins j’avais blogué… mais même pas.)


J’écris cela dans le train du retour, sur l’ancien iPod pro de H., que H. m’a équipé d’un clavier. Il me prédit que cela va remplacer mon MacbookAir dans mon cœur mais j’ai du mal à y croire, d’une par parce que j’aime les ordinateurs (et pas les tablettes), d’autre part parce que l’ensemble tablette+clavier est lourd.

On pourra épiloguer sur la nécessité d’avoir les deux: aucune et j’ai vaguement honte de cette débauche de moyens. H. s’est acheté le nouvel iPad Pro (il l’attendait avec impatience) et m’a donné son ancien, tout en recyclant mon ancien (qui déjà était un ancien à lui) auprès de mon père. La famille applique à ses Mac la stratégie des dominos.
Il est impossible de dire non puisque ça part d'un bon mouvement, que H. est heureux de me donner le meilleur matériel — même si je n'en ai pas besoin.

Vingt jours d'absence

Vingt jours de différence, désormais il fait nuit. J'imagine la terre tourner autour du soleil tourner dans la Voie lactée tourner dans… Je n'ai pas envie de l'hiver.

Photo le 9 août à 6h09 (un jour où le train avait du retard, un jour où le ciel était clair, ce qui n'est pas arrivé si souvent — d'où la photo ce jour là d'ailleurs) et photo de ce matin à 5h52 (train à l'heure).

gare Moret/Loing le 6 août à 6h09 gare Moret/Loing le 31 août à 6h09

Reprise

Journée à Vincennes, que je découvre pour la première fois dans une configuration quasi normale : jusqu'ici, c'était soit confinement, soit couvre-feu, soit vacances d'été.


Le soir, de nouveau, guinguette.


19h33


La mystérieuse affaire des toasts

Ce matin, après mon essai convaincant au petit déjeuner hier, je reprends des petites barquettes de pâté de foie (comme des marquettes de confiture) et m'apprête à me faire griller des toasts dans le grille-pain laissé à notre disposition.

Las, deux toasts sont déjà en train de griller.
J'attends, debout devant le grille-pain, dans un angle de la salle du petit déjeuner, pas exposée puisque dans un angle mais cependant visible puisque debout.
J'attends, c'est un peu embarrassant.
Les toasts sautent. Personne ne vient les chercher.
J'attends.
J'attends.

Que faire? Les mettre de côté sur une petite assiette et m'en mettre à griller?
Mais ils vont refroidir.
Les prendre et les remplacer par d'autres dans le grille-pain?
J'attends.
Personne ne vient les chercher.

Je les prends et en mets d'autres à griller. Je vais me rassoir et commence à ouvrir mon pâté de foie.
Un client de l'hôtel, un jeune Asiatique, s'approche du grille-pain, constate que ses toasts sont encore en train de griller et, perplexe, retourne s'assoir.
H. revient: «Je vais te dire quelque chose, j'ai un peu honte, ne te moque pas». Je raconte.
— Quoi, tu lui as volé son pain ?
— Mais non, je l'ai remplacé !
— Mais pourquoi tu n'as pas mis les toasts sur le côté ?
— Mais ils auraient été froids, je lui ai rendu service !

Il me regarde entre désespoir et fou rire. Entretemps le deuxième jeu de toasts saute du grille-pain.
— Qu'est-ce que je fais maintenant? Je les lui apporte?
— Mange tes toasts et arrête tes bêtises.
Je mange. Le client ne vient pas. Il est plus loin, en train d'éventrer un croissant pour le beurrer. Il me faut d'autres toasts, j'ai fini les deux premiers. Les mêmes questions se reposent, prendre les grillés pour les manger ou les mettre sur le côté? — à cela près que je sais désormais qui attend les toasts.

Il me faut des toasts. Je ne vais pas attendre que le client vienne chercher ceux-là et libère le grille-pain pour que je puisse en mettre d'autres à griller. Tant pis, je mets les deux toasts chauds sur une assiette et les apporte à l'Asiatique.
Il relève la tête, surpris, fait signe que non, ce n'est pas pour lui, il n'en veut pas.
Il se remet à son croissant.
Je regagne ma place en me demandant ce qui vient de se passer.

Je prends H. à témoin: «tu l'as bien vu tout à l'heure venir vérifier si les toasts étaient sortis du grille-pain?
— Oui, et surtout, quand je suis arrivé avant toi, je l'ai vu mettre les premiers toasts dans le grille-pain.

Que s'est-il passé? A-t-il oublié, l'ai-je intimidé?

J'ai mangé le deuxième jeu de toasts.

Pré-départ

Rangement, draps propres, repassage, valises — ou plutôt sacs, dans l’espoir de ne pas les mettre dans la soute.

J’emmène mon petit mac, celui qui m’a servi fidèlement de 2012 à 2020. Il faut que j’en retrouve le chargeur, que je vérifie qu’il charge encore (sa batterie peine), que je transfère quelques photos récentes au cas où je veuille m'en servir: toujours cet espoir d’avoir le temps de bloguer, espoir souvent déçu, pas le temps, pas l’envie, trop sommeil, trop de FB…

J’emmène un guide touristique de Vienne acheté en avril 2006 (c'est noté sur la première page. Ce doit être l’époque où nous avons fait un voyage en voiture sans dépasser Salzbourg: je devais avoir l’intention d’atteindre Vienne, je suppose). Parce que je le feuillette et vois une allusion à la dame blanche des Habsbourg, j'emporte aussi le livre du même titre1 dans mes bagages (vœu pieux, acte vain: jamais je n’ai le temps de lire en vacances).

Repassage devant le troisième épisode de The Good Fight saison 4. Valises. Nous laissons la voiture au parking de Veneux. Ligne R, RER A, RER B, de nouveau Citizen M, mais celui de Roissy cette fois.

Très bon dîner sur place.
Nous sommes officiellement en vacances.

Note
1 : La dame blanche des Habsbourg de Paul Morand

Dernière sortie

Dernier matin, ramassage des affaires éparpillées dans la chambre, tri, j'ai perdu une chaussette, plus qu'à espérer qu'une des trois filles la retrouve dans ses affaires dans la semaine.
Vaisselle, balayage, «de toute façon nous allons tout désinfecter» nous dit gentiment la propriétaire (quel travail). Nous avions fourni un test ou un certificat de vaccination avant de venir, trois jours sans penser au Covid, inespéré.

Dernière sortie en huit avec plusieurs départs lancés.



C'est équilibré, plus de roulis, bonheur. J'aurais bien fait un troisième tour mais il faut rentrer, le traiteur va arriver avec les plateaux.
Démontage des bateaux, nettoyage, chargement de la remorque, douche, dernier plateaux repas, dernière vaisselle, départ avant trois heures.

Arrivée, déchargement, remontage des bateaux, rangement des pelles, de la remorque.

H. passe me chercher vers huit heures, nous allons dîner au K. — sans doute pour la dernière fois car H. est déçu par son plat.

Dans la boîte à livres de Samois, quelqu’un s’est débarrassé de livres à connotation théologique. Je récupère La Bible dévoilée (que j’ai lu pendant mes années d’études), La Route antique des hommes pervers et La Pharisienne de Mauriac.

En rentrant je lance et étends une machine: dommage qu’il ne fasse pas plus chaud, je voudrais récupérer une robe légère pour demain, il faut qu'elle sèche dans la nuit.

Troisième jour

Afin de tenter de ramer à la fraîche, nous avons avancé l'heure de départ… d'un quart d'heure. Cependant, comme par ailleurs le soleil est voilé, il fait un ou deux degrés de moins.

Chaque jour avant de quitter le gîte JP nous donne «la compo», c'est-à-dire dans quel bateau nous allons ramer et avec qui. Certains sont déçus et le cachent plus ou moins bien. Je m'attendais à ramer dans le quatre de couple après mon petit tour en skiff hier, mais je suis à nouveau en huit, les trois hommes au centre, Fleur et Clarisse déchargées des fonctions de nage.
L'ehpad est de sortie!
L'anecdote est en passe de devenir proverbiale.

Retour au gîte, plateau-déjeuner, tour de table sur nos impressions, Pascal nous confie sa surprise devant nos progrès: «je ne pensais pas voir autant de différences en trois jours».
Avouons qu'il ne nous tient pas en très haute estime: il a entraîné le bataillon de Joinville, nous sommes âgés (relativement!) et amateurs, je me demande pourquoi il a accepté de venir: pour le défi? parce qu'il s'ennuyait? Il était prévu de nous filmer, de commenter les vidéos, les défauts: sans explication, cela n'est pas le cas. Pascal trouve-t-il humiliant de souligner les défauts d’un rameur devant tous, a-t-il eu de mauvaises expériences (comme l'a laissée entendre une remarque hier)? Sur l'eau, il ne donne que des indications générales, des principes, rarement il reprend un rameur en particulier.

Au café, à ma surprise et mon certain embarras, il se lance dans le récit de la décadence du club de Marly: second club français dans les années 80, les relations amoureuses entre un entraîneur et une cadette (c'est-à-dire une mineure) ont fait exploser le club, les membres du comité directeur prenant parti pour ou contre cet entraîneur jusqu'à tous démissionner.
Le club a alors basculé davantage vers le loisir que la compétition et n'a jamais retrouvé son éclat, car, Pascal en est persuadé, un club d'aviron vit autour de la compétition.
Un membre du comité directeur de l'ANFA prend alors la parole: le comité directeur de notre club va sans doute être profondément renouvelé dans l'année qui vient, il s'agit pour nous de savoir ce que nous voulons faire du club, continuer dans la compétition (avec tout ce que cela implique d'investissement en matériel et spécialisation de certains bateaux) ou devenir davantage un club destiné aux loisirs (sachant qu'il y a deux sortes de rameurs loisirs, les loisirs engagés comme nous, et les loisirs touristes qui viennent consommer deux ou trois heures de grand air par semaine (ce qui est tout à fait concevable tant qu'ils prennent soin du matériel)).

C'est donc cela qui est en jeu, tout s'éclaire. Il s'agit de nous exposer les décisions que nous allons devoir prendre bientôt.
Je comprends mieux une conversation que j'ai eue mercredi dernier.
Elle portait sur l'idée que les jeunes, les mineurs, puissent ramer en section loisir. Ce n'est pas que ce soit impossible aujourd'hui (rien ne l'interdit), mais ce n'est pas prévu: un adolescent qui se présente à un club d'aviron sera toujours inscrit en compétition, avec le volume d'heures d'entraînement qui correspond — sauf à refuser et à basculer en loisir — donc avec personne de son âge — et à abandonner. Cela a pour conséquence à Fontainebleau qu'il y a très peu de jeunes, les parents favorisant généralement les études.

Mercredi soir la rameuse en face de moi m'avait raconté qu'elle avait découragé son fils de continuer la compétition: «il avait des résultats en cadet, mais après? On ne peut pas en faire une profession».
Je l’avais regardé sans comprendre, presque choquée: j’ai été élevée dans l’idée qu’avoir la capacité d’obtenir des résultats sportifs1 était un don du ciel qu’il était un devoir de cultiver; jamais il ne me serait venu à l’idée de décourager un enfant qui aurait eu de tels dons (j’aurais tellement aimé en avoir moi-même).
— Mais à quoi bon? Qu’est-ce qu’il va en faire? Je ne voulais pas qu’il rate ses études à cause de ça.
Là aussi je suis à des années-lumière d’un tel raisonnement: pour moi il est toujours allé de soi que rajouter des contraintes (comme de nombreuses heures d’entraînement) favorisait plutôt la réussite scolaire ou universitaire, en obligeant à la concentration, en évitant l’éparpillement ou la dispersion.
Je suppose que c’est la réflexion de quelqu’un qui n’a jamais eu de problèmes en classe. Je ne me rends pas compte.
Toujours est-il que si les parents pensent cela, la France n’est pas près d’aligner les records sportifs. D’un autre côté, ce n’est pas nouveau, j’ai toujours (ie, depuis les années 80, lors des médailles de Thierry Vigneron à la perche) entendu dire que la France n’avait pas organisé de filière pour les sportifs.

Sieste, retour sur l’eau, toujours en huit, suivis par JP.
Je me fais gourmander par Micheline qui trouve que je parle trop: «il y a un barreur, une nage, tu n’as rien à dire».
Comme c’était aussi le reproche que me faisaient les filles du CNF, il faut croire que c’est vrai. Il faut que je fasse attention.

Retour au gîte sur le mont Saint-Vincent (photo à 21h05).

le creusot vue du Mont Saint Vincent-21h05

Lancement du barbecue, braises. Ce soir c’est côte de boeuf, quatre côtes pour vingt-deux. Délicieux. Puis chansons à boire, danses, agitation. Quand la vaisselle et le rangement sont finis (nous participons comme ça vient, tout est fait dans la bonne humeur, sans organisation préétablie mais avec efficacité), minuit approche. Je monte dans ma chambre dans l’espoir de bloguer mais je tombe de sommeil sur mon ordi.

Bien plus tard j’entendrai les trois autres se coucher.

Note
1 : ou des résultats scolaires, intellectuels, ou une aptitude musicale, etc

Sous les étoiles

Arrivés sur le bassin vers neuf heures, mais le temps de s'échauffer et sortir les bateaux il est déjà dix heures et il commence à faire très chaud.

A nouveau en quatre sans, mais avec des rameurs différents : Michel babord, moi tribord, Micheline babord et Philippe qui accepte de prendre la barre au pied. La sortie est cahotique; malgré les exercices nous n'arrivons pas à nous caler, ce qui gêne beaucoup Micheline. Nous attendons en vain un entraîneur dont nous espérons les conseils (nous apprendrons plus tard qu'il y avait des problèmes de réglage avec le quatre de couple) et en désespoir de cause nous rentrons au ponton pour changer la composition du bateau. Je prends la nage, Micheline, puis Philippe puis Michel, c'est-à-dire que nous changeons tous de bord (en pointe, je rappelle que nous n'avons qu'une rame: nous changeons tous de côté).
Nous repartons avec précaution, et c'est sans doute cette précaution qui nous permet de trouver un meilleur équilibre.

Plateau repas amené par un traiteur (solution astucieuse qui évite une grande part de courses/cuisine/vaisselle, même s'il en reste toujours un peu). La chaleur est torride, il faut attendre la fin de l'après-midi pour repartir sur l'eau. Séance de technique vidéo dans la salle des ergos, je pose une ou deux questions sur les réglages. Il y a trois mouvements possible pour une coque, le roulis (d'un bord sur l'autre), le tangage (avant arrière) et le lacet (lié à la trajectoire, oscillation entre la gauche et la droite par rapport à une trajectoire idéale)1.


Sieste sur les tapis de sol. Nous ressortons à cinq heures dans un huit composé des deux quatre du matin (avec Nathalie à la place de Philippe). J'ai changé mes réglages. Cela bouge toujours beaucoup. Il fait vraiment très chaud. A chaque arrêt Sybille fait passer un vaporisateur de coiffeur, j'ai l'impression d'être un bonsaï qu'on asperge. Nous rentrons à six et demie et je fais un tour en skiff, juste une boucle, pour m'assurer que je sais encore ramer (tout cela est très pertubant).

Barbecue "à la plancha" dans le soir qui tombe. Sybille est une fan de Dalida, danse sur Bambino et chante et mime Gigi l'amoroso. C'est une fantasque, fataisiste et fantastique animatrice.
Nous attendons la nuit pour faire une sortie dans le noir (l'un des entraîneurs est plutôt contre: les risques de collision sont élevés) afin de travailler les sensations.


Mince croissant de lune, beaucoup d'étoiles. C'est magnifique. Je prends conscience que la hauteur de mains requise est plus basse qu'en couple et que c'est plaisant. Un premier aller-retour, le bateau tient mieux que cette après-midi, Jean remplace Micheline au cinq, une troisième longueur, JP, l'entraîneur que je connaissais muet au club, chante du bel canto sur le canot moteur silencieux. Je vois trois ou quatre étoiles filantes, c'est la saison, il faut faire un vœu, prière spontanée.

Déjà l'heure de rentrer.


Note
1 : en réalité il y en a six, voir figure I.19 p.32.

La question à ne pas poser

Sylvain, 58 ans, à Clarisse, 17 ans:

— Et ça ne t'ennuie pas d'être la seule jeune parmi des gens de notre âge?
— Oh non, j'ai fait mon stage de troisième en ehpad, alors j'ai l'habitude.




Tête de Sylvain. Nous avons beaucoup ri, un peu jaune.

Cuite

Lever à six heures, une heure et demie sur les fichiers Excel pour envoyer du boulot à mon équipe qui va être désespérée de s'apercevoir que je pense encore à elle.

En retard, en retard. H. va chercher les croissants, commence à ranger la farine, la balance, le batteur à œufs… j'ai honte, j'ai tout laissé en plan hier.
Quand je descends je fais la vaisselle du gâteau de la veille, il fait bon sur la terrasse, on annonce enfin des températures estivales (zut, juste pour le stage, moi qui espérais un petit 21°) mais la table est trempée de rosée, impossible de petit déjeuner dehors. Café, croissants, je suis prête.

Axelle passe me chercher, direction Le Creusot. Nous repérons un restaurant à Ecuisses le long du canal — fermé, nous déjeunons dans un restaurant de viande quelconque. Arrivées à deux heures pour le café, nous avons fait bande à part, le reste des rameurs a préféré un "repas tiré du sac".

pique-nique sur la terrasse du club d'aviron du Creusot


Le bassin est une déception: un lac de deux kilomètres de long. Pourquoi ne pas avoir fait cela à Fontainebleau, avec nos vingt kilomètres? C'est uniquement une affaire de team building, la nécessité psychologique de sortir les individus de leurs habitudes pour les obliger à se concentrer sur l'instant présent.

Nous remontons les bateaux sous un soleil brûlant et nous sortons aussitôt car nous devons être au gîte à sept heures et il y a trois quart d'heures de route (un gîte pour vingt-deux, ce n'est pas si simple à trouver).

Quatre de pointe (dit «quatre sans») de filles (Clarisse, Sybille, Nathalie, moi). Onze kilomètres, ça tangue, ce n'est pas trop inconfortable mais pas du tout au point. Bref, beaucoup de travail en perspective.

Papillons au noir sur le ponton au retour, à plusieurs reprises j'ai peur de tomber, j'ai pris un coup de chaud. Dans le fond, ce qui me fait peur, ce serait de me donner en spectacle et que le groupe dût s'occuper de moi. Je vais m'allonger sur les tapis de la salle de sport.
Cinq ou six se baignent dans le lac, nous voyons partir en combinaison trois triathlètes, le ciel se couvre, nous rentrons tous les bateaux dans les hangars: il paraît qu'il ne faut rien laisser dehors la nuit.

Le gîte est au Mont-St-Vincent, belle campagne française, vaches et vallons, nuages noirs, éclairs à l'horizon et soleil à travail des voiles de pluie.

Chambre de quatre (deux lits superposés), installation, qui ronfle, qui a besoin de la fenêtre, dîner, c'est sympa mais c'est long, je ne tiens pas assise. Bonne nouvelle, il y a du wifi.

Dernier jour

Comme toujours le dernier jour avant les vacances est un véritable marathon. J'essaie de vider mes mails, en découvre que j'aurais dû traiter depuis longtemps…

Reine de Saba (gâteau au chocolat), pas le temps de faire la vaisselle, je pars en catastrophe, rendez-vous à six heures pour démonter les bateaux et charger la remorque, mais en fait comme je l'avais prévu, à quatorze nous sommes trop nombreux.

Les premiers rameurs sortis sur l'eau rentrent, lavent leur bateau. J'obtiens l'autorisation de laver ma voiture ce qui est bien pratique.

Repas traditionnel, ça se dispute à propos du sens de navigation sur la Seine: normalement on devrait circuler comme en voiture, monter vers l'aval du côté droit et redescendre… du côté droit aussi, mais sur la rive opposée, puisqu'on a changé de sens. Au club, on a pris l'habitude (depuis cinquante ans) de monter sur la gauche jusqu'à Thomery puis de changer pour être du "bon" côté et en descendant de traverser à Thomery à nouveau. Certains argumentent que c'est à cause d'un virage à angle droit, que c'est pour éviter de se faire embarquer au centre du fleuve dans le sens du courant et de se retrouver en face d'une péniche; d'autres que c'est pour bénéficier d'un courant plus faible dans le virage quand on est contre le courant.
Tout cela ne me paraît pas si grave (et surtout ce sont des hypothèses), sauf que je vois le moment où les rameurs vont vraiment se disputer. On change de sujet en bitchant sur le bureau directeur.
Mon gâteau au chocolat est trop cuit, pas assez moelleux.

Quand je rentre je prépare mon sac pour demain: la housse de couette Roi Lion pour servir de sac à viande, mon petit ordinateur que je n'utilise plus depuis trois ans. H. a gentiment passé sa soirée à retraiter un fichier Excel pro qui plantait.

Nouveau départ

«Leur Jésus est un autre.» J'adore.

Ça me rappelle ce passage de Proust:
Il fallut pourtant une circonstance exceptionnelle pour qu'un jour [le directeur] découpât lui-même les dindonneaux. J'étais sorti mais j'ai su qu'il l'avait fait avec une majesté sacerdotale, entouré, à distance respectueuse du dressoir, d'un cercle de garçons qui cherchaient par là moins à apprendre qu'à se faire bien voir, et avaient un air béat d'admiration. Vus d'ailleurs par le directeur (plongeant d'un geste lent dans le flanc des victimes et n'en détachant pas plus ses yeux pénétrés de sa haute fonction que s'il avait dû y lire quelque augure), ils ne le furent nullement. Le sacrificateur ne s'aperçut même pas de mon absence. Quand il l'apprit, elle le désola. «Comment, vous ne m'avez pas vu découper moi-même les dindonneaux?» Je lui répondis que n'ayant pu voir jusqu'ici Rome, Venise, Sienne, le Prado, le musée de Dresde, les Indes, Sarah dans Phèdre, je connaissais la résignation et que j'ajouterais son découpage des dindonneaux à ma liste. La comparaison avec l'art dramatique (Sarah dans Phèdre) fut la seule qu'il parut comprendre, car il savait par moi que, les jours de grandes représentations, Coquelin aîné avait accepté des rôles de débutant, celui même d'un personnage qui ne dit qu'un mot ou ne dit rien. «C'est égal, je suis désolé pour vous. Quand est-ce que je découperai de nouveau? Il faudrait un événement, il faudrait une guerre.» (Il fallut en effet l'armistice.) Depuis ce jour-là le calendrier fut changé, on compta ainsi: «C'est le lendemain du jour où j'ai découpé moi-même les dindonneaux.» «C'est juste huit jours après que le directeur a découpé lui-même les dindonneaux.» Ainsi cette prosectomie donna-t-elle, comme la naissance du Christ ou l'Hégire, le point de départ d'un calendrier différent des autres, mais qui ne prit pas leur extension et n'égala pas leur durée.

Proust, Sodome et Gomorrhe
Ceci me permet d'un même élan de donner à Matoo ce lien vers La Recherche en ligne.

Maison vide

Comme je m'y attendais, je n'ai pas repassé vendredi; comme je ne m'y attendais pas, H. m'a proposé d'emmener la chatte à Chartres (moitié du chemin entre Moret et Mortagne-au-Perche) où A. la récupérait.

Personne donc à la maison quand je suis rentrée, ni mari ni chat.
Le mari, ça arrive, mais le chat, jamais.
Il manque les miaulements entre accueil et engueulade («enfin! j'ai faim!»), le bruit infime des griffes sur le carrelage (elles ne sont plus totalement rétractiles et il faut que je les lui recoupe) et à chaque vêtement posé j'hésite et me souviens: «ah oui, je peux le mettre sur le lit, le chat n'est pas là» (habituellement c'est toujours sur le dos d'une chaise).

Je repasse, donc, en regardant Pour quelques dinars de plus sur Arte, un film amical, souriant, dont le potentiel de rebondissement des dernières images m'évoquent Un homme sérieux des frères Coen .
Le panier à linge est posé à mes pieds, ce qui en temps normal est impossible.

Je vais enfin savoir si je dors mal à cause du chat qui me piétine toute la nuit ou si je dors mal parce que je dors mal.

Des liens

Une merveille commencée en janvier (ouvrir le thread): un opéra par jour ou par semaine, opéra à la fois œuvre et bâtiment.

Le retour des trains de nuit transeuropéens.

Je n'y ai pas cru tout de suite: la sécurité informatique mise en pratique par un homme du GRU .

Le 6 janvier, durant les événements du Capitole, les émeutiers se sont dangereusement rapprochés de la valise nucléaire.

Le site de l'Insee qui recense les décès. Seule difficulté: il faut connaître le nom de jeune fille des femmes mariées.
(Autre difficulté: il faut connaître l'orthographe de l'état-civil. C'est ainsi que je découvre que j'orthographie mal le prénom de mon grand-père et le nom de jeune fille de ma grand-mère.)

Datant du 15 avril 2021, une anacoluthe de style flamboyant (il s'agissait de l'anniversaire de l'incendie de Notre-Dame).

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Des liens mutualistes:

Crésus, une fédération d'associations qui sont au surendettement ce que les Alcooliques Anonymes sont à l'alcoolisme: à contacter si vous voulez maîtriser vos finances et devenir autonomes. Totalement anonyme et gratuit.

Avant d'en arriver là, et peut-être pour les jeunes gens en début de vie active: gérer un budget, consommer responsable, pourquoi s'assurer etc.

Pour les jeunes qui cherchent à se loger avec une fibre sociable et les retraités avec un appartement trop grand, une solution intergénérationnelle.

Les entreprises qui emploient des salariés en horaires atypiques peuvent s'inscrire auprès de mamhique, une association spécialisée dans ce mode de garde.

Une URGENCE: le don du sang. Beaucoup d'opérations ont été repoussées pendant un an, aujourd'hui il faut du sang pour pouvoir opérer en toute tranquillité. Avoir été vacciné ne constitue pas un obstacle au don de sang.

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Autour du virus

Les problèmes respiratoires de Darth Vador :



Un limericks vaccinal (et plein d'autres en commentaires).
Première dose d'astra zeneca
Aussitôt 24 heures au lit recta
Est-il nécessaire de préciser
Que toujours cela je préfèrerai
A mourir ou à survivre en réa?

Un twittos qui n'aime pas Raoult. Le fil commence le 22 mai.

L'explication mathématique par un exemple du pourcentage élévé de vaccinés parmi les malades (dans cet exemple, 40%), avec une hypothèse de 13% de non-vaccinés et de 87% de vaccinés (soit 13+87=100).



En réalité, en France, ce n'est pas 40%, mais 28% de vaccinés parmi les malades (73/(73+184)), même en mélangeant vaccinés une et deux doses (c'est-à-dire en calculant de façon défavorable aux vaccinés).

Vers Blois

Chaque fois que nous allons à Blois nous empruntons de nouveaux chemins. Je regrette de ne pas les avoir notés car il y a des lieux que j'aimerais retrouver.
Ce matin la radio annonce sept cent kilomètres de bouchon, nous choisissons un "autre" itinéraire (Waze en propose désormais trois).

Route ronde dans la forêt de Fontainebleau, château de Bellegarde (à trois quart d'heure de la maison, il faudra revenir. «Il a beaucoup changé, dit H. Quand j'étais petit il était à l'abandon, envahi d'herbes folles»), Beauce, il fait gris, c'est la bonne température pour être décapoté. Forêt d'Orléans, vingt kilomètres de quatre voies (nous évitons, nous ne prenons que des départementales), St Denis-de-l'Hôtel, il faudra un jour aller à Sully, la Loire et ces couleurs verte bleue beige un peu passées matérialisation de la lumière, arrêt traditionnel à Jargeau pour un café et une pause-pipi.

Nous nous garons un peu loin, rue de l'écho, en face de l'académie de billard. Dans cette rue un vieux monsieur est en train de travailler à la carcasse d'un break des années 70. A côté, une traction avant rutilante, au fond du garage la même à l'état d'épave, sur le pont, une volvo à la carosserie décapée. Deux ans pour refaire une voiture à neuf, nous dit-il. C'est la version française des amoureux de voitures américaines mythiques. Je regrette qu'il soit seul et pas en train de transmettre à un jeune. Je ne trouve pas trace de son activité sur internet: serait-ce purement amateur et non une activité professionnelle?

Sologne, routes droites, quelques gouttes de pluie. Chaque fois que nous traversons cette partie de la Sologne il pleut. «C'est parce que c'est la Sologne du nord». Je n'arrive pas à déterminer s'il est sérieux. La Ferté-St-Aubin. Un autre château à visiter. Nous n'entrons pas dans le domaine de Chambord mais passons par la levée de la Loire. Il y a beaucoup de vent, la Loire frise, il y a de l'écume sur les vagues, c'est autre chose que la Seine. Ce qui me frappe le plus, c'est la différence de couleur, ici tout est accordé, la terre et le ciel semble en camaïeu et non en rupture.



Pendant ce temps (ce temps gris et froid et pluvieux), terribles images de la Grèce où les incendies font rage.

Régime alimentaire

A la Table du loup j'ai commandé des accras, des frites de patate douce et des pommes de terre à l'ail. Et un gin anisé et du pain perdu.

— Y en a qui mangent du pain avec leurs pâtes, toi tu manges des frites avec tes patates.

Ce matin je suis en indigestion et j'ai une haleine de chacal.





PS: Au même moment, à 21h, QuandMarcelTweete, le bot (robot) qui recherche les phrases courtes dans La Recherche, a tweeté «Je n'ai plus faim».

Anticiper

Je planifie par grosses masses :
- aujourd'hui, H. travaille à Paris, donc nous dînerons à Paris — pas chez Roberta car la ligne 14 est fermée et qu'il ne paraît pas concevoir d'y aller à pied — sans doute à la Table du loup; donc nous allons rentrer tard;
- ce week-end nous sommes chez mes parents;
- mercredi soir je démonte les bateaux;
- du jeudi au dimanche je suis au Creusot;
- lundi 16 lave-linge et valises;
- mardi matin nous partons à Vienne, probablement en couchant à Roissy lundi soir.

Donc je peux repasser vendredi (à cinq heures ce matin j'ai programmé le lave-linge pour tourner à neuf heures ce soir de façon à étendre le linge en rentrant) et si je confie le chat à A., il faut que je l'emmène lundi ou mardi prochain. Si c'est Séverine qui vient faire du cat-sitting il faut qu'elle arrive le 16 après-midi.

Il faut que j'appelle Séverine.

Un cake au roquefort

Si je suis passée faire des courses lundi, c'était pour acheter du roquefort afin de confectionner un cake au roquefort pour le dîner hebdomadaire des rameurs. (Je n'allais tout de même pas faire faire à H. les courses pour mon aviron).

Oyez oyez bonnes gens, après près de vingt ans, je me remets à la cuisine! Il aura bien fallu ça. (Autre preuve de mon intégration: pour la première fois de ma vie, j'achète un numéro de PQR (presse quotidienne régionale), il me semble que c'est Le Républicain.)

Huit cahotique, en partie sous la pluie, course contre une péniche et dîner à l'intérieur du club: il fait froid et la pluie menace. L'Europe brûle et nous sommes sous une «goute froide» (la France entière connaît désormais l'expression).


carte météo de la France en juillet 2021 sous la goutte froide


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