Potsdam tranquille

J'ai tendance à oublier que ne rien faire est l'essence des vacances.

Durant ce voyage, lorsque je me réveille naturellement à quatre ou cinq heures du matin, j'en profite pour faire un peu… de compta (j'aimerais bien bloguer, mais en pleins préparatifs des 8JF (8 jours de Fontainebleau, compétition de planeur), il y a toujours un pointage à faire ou une facture à régler (si tant est que les 8JF aient lieu, entre la canicule et les interdictions préfectorales et les incendies et les recommandations de la DGAC)). Puis je me recouche, sauf si H. se réveille entretemps, auquel cas la journée commence et il me manque quelques heures de sommeil.
Je me souviendrai de ne plus partir en vacances avant la dernière semaine de juillet (c'est ma première année de trésorière, je ne le savais pas).

Aujourd'hui recouchée vers cinq heures et demie, levée à sept heures, appris que la France avait perdu (zut), petit déjeuner avant le rush du reste de l'hôtel (buffet de petit déjeuner très salé, avec rollmops et jus de carotte), piscine une demi-heure (j'ai trouvé mon pince-nez au fond de ma valise, youpi, j'avais oublié que je l'avais emmené), puis flânerie dans les rues de Potsdam, sans autre but que la curiosité et le bitchage.
Acheté deux paires de chaussures, blanches et vert amande, pour marcher à plat sans pour autant être en baskets (robe-baskets, je ne m'y fais pas), déjeuné dans un restaurant coréen. Admiré le marketing de la fast-food à la coréenne ou à la turque: les enseignes ont pris la peine de copier l'aspect des affiches de MacDo ou Burger King et ajoutent dans la composition de leur burger l'ingrédient qui fait la différence, kimchi ou viande d'agneau hâchée. C'est malin et le design fait pro.

Embarcadère au pont Lange (Lange Brücke) à deux pas du musée Barberini. Balade de deux heures sur les lacs et canaux de Potsdam. Trop de chaleur sur le pont, nous sommes à l'intérieur climatisé à manger de la glace à la fraise et à écrire des cartes postales. Nous écoutons d'une oreille distraite les explications du guide. Châteaux de styles variés, demeures impressionnantes, appartenant ou ayant appartenu à des célébrités politiques ou artistiques. Un œil non averti ne distingue pas l'est de l'ouest. En trente ans les arbres ont poussé et le no man's land a disparu.
C'est une jolie balade, je recommande.

Retour tranquille à l'hôtel, Wildberry Lillet, puis de nouveau restaurant russe, à 18h45 puisque nous n'avons pas réussi à prendre de réservation. Déborah, la correspondante allemande de notre fille que nous avions emmenée avec nous aux Etats-Unis en 2012, nous attend. Nous l'avons revue en 2022, elle a maintenant 29 ans, elle est fiancée depuis deux mois (à un Indien travaillant à Oslo rencontré il y a deux ans lors d'un colloque au Portugal, ô jeunesse, ô châteaux). Elle nous raconte leurs hésitations: est-ce lui qui va venir travailler à Berlin ou elle à Oslo; la Norvège n'est pas dans l'Union européenne et les Norvégiens travaillent en norvégien (pas en anglais, vive la traduction informatique instantanée) mais la Norvège est magnifique, montagneuse, Oslo est traversée par une large rivière dont les cascades gèlent en hiver… Elle en revient de l'avant-veille et son horloge biologique est encore bouleversée par la longueur des jours d'été là-bas.

Dernier verre à l'hôtel, longue hésitation pour traduire flaschengärung: fermentation en bouteille, est-ce méthode champenoise? Nous voulions un verre de champagne, il n'y avait que des bouteilles, nous avons pris un Riesling au verrre, sans doute un crémant, tout à fait satisfaisant (mousseux, pétillant, crémant, méthode champenoise, je mets le lien car le site (trouvé par hasard) est intéressant: il propose des courses consignées).

Sans Souci

La salle du petit déjeuner raconte l'histoire de la pension Eiche1 («les Chênes»), avec des photos des années vingt et et trente, serveuses à coiffes blanches dont la forme rappelle les nœuds alsaciens, canotage et patins à glace. Buffet garni de coupelles que nous n'identifions pas pas et que je goûte en mettant une demi-cuillère de chaque sur mon assiette (acide, salé, vinaigré, crémeux, huileux. Bien différent à la fois des petits déjeuners français et anglais).

Départ. Je conduis. Autoroutes. Pluie battante. Avec ma voiture à propulsion, il ne faut ni freiner ni tourner brutalement sur route mouillée. On n'y voit rien; curieusement les phares des voitures ne sont pas allumés, peut-être la lumière est-elle trop blanche. Je me cale derrière un camion et nous roulons ainsi jusqu'à Sanssouci. La pluie s'arrête à peu près quand nous nous garons. L'accès au parking est libre, c'est-à-dire que nous ne prenons pas de ticket, mais payant: nous sommes censés payer aux caisses automatiques en partant ou en ligne2.

Château de Sanssouci que je n'avais pas visité en 2017, nouvelles chambres des invités. Je suis très déçue car l'orangerie est fermée, en pleine réfection. Je suppose qu'elle rouvrira modernisée pour le tourisme de masse. Je suis contente de l'avoir visitée avant, en 2017. J'avais adoré les proportions de la salle aux Raphaël.
Vignes et figuiers en terrasse, jardins, jardins, jardins, tonnelles, fontaines, bancs, trouées et perspectives. Ce parc est fantastique.

Nous trouvons par hasard un café au coin de la laiterie, au dos des bains romains (eux aussi fermés pour travaux). Chaises longues, tables, parasols, ombre, orties, le premier arrivé choisi son emplacement, il semble qu'on puisse rester l'après-midi entier sans consommer, à deviser au bord du ruisseau, pub pour Théodore Fontane sur les tables. Nous prenons la dernière table à l'ombre, gentiment H. va commander à l'intérieur. Saucisse ou saucisse, alors ce sera saucisse. Il ramène un gros bretzel pour patienter et un minuteur qui doit biper quand les saucisses seront prêtes. C'est long mais on est bien, hors du temps, la cour est jolie. S'ils prenaient la peine d'arracher les orties il y aurait la place pour davantage de tables à l'ombre, mais je suppose que s'ils commençaient à se préoccuper de cela, des objectifs de rentabilité se profileraient assez vite: adieu l'atmosphère brumeuse à la Grand Meaulnes de l'endroit.

Visite de Charlottenhof à deux pas, tout à fait charmant. (Ne se visite que guidés, avec de gros chaussons de feutre pour ne pas abîmer le parquet).
Dans le jardin, nous admirons une fois de plus l'art de la tonnelle et le guidage des vignes.
Retour par le pavillon chinois, remontée vers le moulin qui sert de point de repère, parking, départ pour l'hôtel à Postdam.

Après installation, un verre en terrasse (un hugo et un Lillet-fruits des bois) et la question habituelle: où manger ce soir?
Il y a un restaurant russe à deux cents mètres, allons-y. C'est ainsi que nous sommes tombés par hasard sur un quartier emblématique de Potsdam, le quartier russe, qui ne date ni des Russes blancs, ni des soviétiques, mais de l'amitié entre deux empereurs, Alexandre 1er de Russie et Frédéric-Guillaume III de Prusse.
Il faut se souvenir que H. et moi sommes des demi-slaves, lui yougoslave, moi polonaise. Dans les familles pauvres du début du XXe, le maître-mot était intégration. Pas question de transmettre la langue aux petits-enfants (quelle drôle d'idée, à quoi cela aurait-il servi au temps du rideau de fer?); ce qui nous reste est donc quasi uniquement des souvenirs de goûts et de saveurs, la cuisine de nos grands-mères3. Nous dînons en évoquant des souvenirs d'enfance dans ce jardin tranquille.

A notre arrivée vers 19h30, la serveuse a hésité à nous laisser entrer: la cuisine ferme à vingt heures. En conséquence, et instruits par nos précédentes expériences, nous commandons prudemment nos desserts au début du repas.
Ce à quoi nous n'étions pas préparés, c'est qu'elle apporte à H. sa glace en même tant que son pot brûlant «à la cosaque»: «la cuisine ferme à vingt heures», s'excuse-t-elle en déposant le dessert.
Nous la regardons, effarés. Elle parle à peine anglais et ne se semble pas maîtriser l'allemand beaucoup plus que nous. Je tente d'expliquer par gestes: il fait chaud dehors (geste des mains indiquant l'atmosphère), le dessert est glacé (mains posées sous l'assiette), cela va fondre (mains au-dessus de l'assiette faisant le geste de dégouliner), voix implorante, n'aurait-elle pas un fridge? a frigo? a freezer? (espérant désespéremment qu'un mot moderne soit identique en russe). Elle ne comprend pas, secoue la tête, répète «la cuisine est fermée». Soudain, son regard s'allume, elle dit quelque chose qui doit signifier qu'elle s'occupe de tout et repart avec l'assiette.
Elle la ramènera vingt minutes plus tard. La glace a un peu coulé, mais l'essentiel est sauvé.



Note
1: langue française disponible en bas de page.
2: on a testé, ça marche: deux jours plus tard nous avons tapé l'adresse du site dans notre navigateur, entré notre immatriculation. Sont apparues nos heures d'arrivée et de départ (11h20 / 17h) et le montant dû (13€). Souriez, vous êtes filmés. Mais c'est quand même pratique.
3: et l'incapacité viscérale à croire au communisme ou à le trouver romatique. Nous nous souvenons de nos parents dans les années 70 en train d'envoyer du café ou des médicaments à la famille à l'est.

Repos

Petit déjeuner parfait, buffet pour tous les goûts (français, anglais, allemand avec une grande variété de charcuterie, grec avec des légumes confits: quel est le petit déjeuner polonais dans tout cela?)

Nous sommes si enchantés de la beauté et de la tranquillité du lieu que nous décidons de rester une journée pour souffler — et travailler, mais bon, ça fait partie du besoin de se poser.
Il y a beaucoup d'enfants entre un à dix ans, je me rends compte soudain que nous n'en voyons habituellement que très peu. Ici la mode des baskets universelles et des tongs de vacances n'a pas encore conquis, les voyageurs portent de vraies chaussures et dans l'ensemble sont élégants. Je regrette presque de ne pas avoir emporté une paire de talons dans mes bagages.

Piscine, tour de l'étang, visite du musée dans l'une des dépendances. Mes compétences en polonais ne me permettent pas de comprendre comment a été réunie cette collection impressionnante qui mêle véhicules de l'est (Iseta, Syrena, moteur d'avion Wilga) et de l'ouest (plusieurs Rolls Royce des années 50 et même une Ford T).

Syrena sport - musée de Zamek Topacz près de Wrocłau Ford T - musée de Zamek Topacz près de Wrocłau


Dans ce même musée se trouvent les décors d'une série polonaise très connue Świat według Kiepskich (cliquez sans crainte, c'est en anglais), sans que je parvienne à comprendre si cela a été tourné ici ou si les décors ont été récupérés pour conservation — et exposition.
Je vous mets une photo de la bibliothèque: Pascal et Descartes, rien que ça!

bibliothèque du sitcom Świat według Kiepskich - musée de Zamek Topacz près de Wrocłau


Après-midi : rapprochements bancaires du club de planeur et enregistrement des inscriptions pour la compétition qui commence le 18 juillet. Sur mon petit écran, je travaille beaucoup plus lentement que si j'étais à la maison; d'un autre côté, je sirote des limonades aux fruits de la passion.

Le soir je reprends des frites à la mayonnaise avec du champagne.

Aspach-Prague

Petit déjeuner médiocre. Il ne semble absolument pas prévu que nous ne prenions pas de café, trois serveurs différents viennent nous en proposer, l'eau pour le thé est si tiède que le sachet n'arrive pas à la colorer. A dire vrai, le buffet est extrêmement varié et bien garni, c'est plutôt nous qui sommes des clients grincheux, mal remis de notre dîner trop riche de la veille.

Weikersheim, visite du château en allemand par une guide pète-sec. Nous comprenons quelques mots, le document explicatif en français est très bien fait.
A des mois d'intervalles, les mêmes tapisseries, les mêmes étoffes, les mêmes lits à baldaquins, les mêmes portraits de Ludwig, François, Jeanne, Sophie, Frédéric, sur fond noir, sourcils froncés, air sévère, nez trop gros ou trop pointu, tous se confondent dans la tête du touriste sans notion de chronologie, mais il se passait quoi au moment de ses vingt ans, quelle guerre, quels artistes, quelle situation géopolitique, quelles découvertes géographiques ou scientifiques? Mais déjà on nous parle des enfants et des petits-enfants, le temps se précipite, tout est à recommencer. De salle en salle on tente de se souvenir, d'imaginer, on se perd, on admire, impuissant et à la dérive, vaincu par l'histoire, soucieux de prouver au guide ou à nos compagnons notre intérêt soutenu.

Mon problème très personnel avec l'Allemagne c'est que partout j'essaie de comprendre comment cela (cela: ce que j'ai sous les yeux) a pu conduire à Hitler. Comment passe-t-on de ces comtes du XVIIIe siècle, qui somme toute ressemblent beaucoup aux nôtres, à Hitler? Une unification tardive, un problème d'identité, la destruction des structures politiques et sociales par Napoléon? Que s'est-il passé? Et ici, il n'y a pas de shetls pour expliquer le rejet des juifs vivant dans un monde à part avec une langue à part. Est-il vain de chercher si loin, la menace soviétique et la guerre de 14-18 perdue suffisent-elle à expliquer le réflexe agressif et la recherche de boucs émissaires? Mais moi je crois au tendances longues (mais j'ai peut-être tort). Quoi qu'il en soit, il n'y a pas de réponse, je n'aurai jamais de réponse. Mais c'est plus fort que moi, je cherche quand même.

Le château me plaît, même si la décoration baroque est toujours surprenante pour quelqu'un élevé parmi les châteaux de la Loire: c'est vraiment un château pour vivre sur ses terres, c'est relativement fonctionnel, logique. Balade dans le jardin, «l'un des jardins baroques les mieux conservés d'Allemagne».
Nous retombons dans nos tics et nos tocs: H. achète une tasse et des sous-verres, et moi des carnets de cartes postales: mais pourquoi, alors que nous avons des dizaines de tasses, sous-verres et trois à quatre carnets de cartes postales? Quelle origine à ces pulsions irrésistibles?

Un petit bol de goulash plus tard, nous reprenons la route pour Nuremberg. Nous avons quitté l'autoroute et sommes dans des paysages et des architectures typiques, grosses maisons colorées à colombages dans le creux de vallons.

Nüremberg, musée Dürer. La mère de Dürer, mariée à quinze ans, a eu dix-huit enfants dont trois ont atteint l'âge adulte. La maison Dürer est représentative de ces maisons dont il ne reste rien ou pas grand-chose (pas de meubles, pas de connaissance de l'usage de chaque pièce), où tout est imaginaire, et ou l'effort même, le désir à toutes forces de faire revivre quelque chose, est un témoignage émouvant de l'amour porté à l'artiste qui a vécu en ces lieux. Je pense à la maison de Melville, à celle de Mozart à Vienne. Que venons-nous chercher, si ce n'est l'espoir de percevoir une âme, un souffle?
Concernant cette maison Dürer, la glorification des lieux a servi depuis longtemps, deux ou trois siècles, à glorifier l'Allemagne tout entière. C'est le même principe que la maison de Goethe à Weimar.

Dernière étape pour Prague. Nous avons acheté un e-pass pour autoroutes tchèques, sans réellement comprendre comment cela fonctionnait: qu'importe, nous sommes en règle. Les forêts cèdent la place aux champs. Il y a beaucoup de camions, la circulation est fluide, le conducteur allemand cédant la place avec grâce à toute voiture plus rapide que la sienne.

J'ai prévenu Rémi que nous passions à Prague: pouvions-nous dîner ensemble un soir?
Ils nous a carrément invités à dormir chez lui le temps de notre séjour, comme ça, par simple conversation WhatsApp. Question de H:
— Tu le connais bien?
— Heu... Je ne sais pas répondre à cette question. Je l'ai rencontré une fois il y a neuf ans. C'est particulier, les blogs; enfin, pas ceux des influenceurs, les vrais, les dinoblogs, comme dit Matoo. Nous savons sur nous des choses que des personnes qui nous côtoient depuis dix ans ne sauront jamais.

Présentations, installation, dîner jusqu'à la nuit — une bonne demi-heure plus tôt que chez nous.

Zelensky for ever

Trump : Would you go to Moscow?
Zelensky : It is difficult. There are lots of ukrainian drones there. It's dangerous.

Trump : Irez-vous à Moscou?
Zelensky: C'est difficile. Il y a beaucoup de drones ukrainiens là-bas. C'est dangereux.


Pendant ce temps, la Chine forme les hauts gradés russes.
Certains font remarquer que la guerre d'Ukraine est une guerre d'apprentissage. Gagne qui apprend le plus vite. Les Russes sont très mauvais à ce jeu-là, mais la Chine…
Que fera la Chine de ce qu'elle est en train d'apprendre en regardant les guerres actuelles?

Châlons-Aspach

Départ vers onze heures. Nous projeton d'arriver à Prague demain soir, soit en deux jours au lieu de trois. Le haut-Kœnigsberg ou la maison de Hermann Hesse, ce sera pour une autre fois.

Meuse, Meurthe-et-Moselle, Moselle. Moissons, plus tardive qu'en Seine-et-Marne. Jamais vu autant de tracteurs sur les routes.
Pont-à-Mousson, Comercy. Achat de madeleines à la boutique. Des produits Saint-Michel sur les rayons. J'interroge la jeune vendeuse:
— Vous avez un partenariat avec la maison Saint-Michel?
Elle pâlit: — Ils nous ont rachetés il y a quelques années.
Zut. Quel manque de tact. Je tente de la réconforter: — Pardonnez-moi d'avoir retourné le couteau dans la plaie. Ça apporte peut-être de la solidité à la marque, ça vous permet de mieux résister.
— Oui, mais on ne sait pas combien de temps nous pourrons garder notre nom.

Sieste de vingt minutes derrière le château. Eoliennes, panneaux solaires.
— Quand il fait trop chaud, elles ne tournent pas. Et tu connais la meilleure?
— Nos panneaux solaires ne sont pas adaptés aux fortes chaleurs. Il y a des classes (des ranges). En France, il faut plutôt qu'ils résistent au gel, il n'est pas prévu que ça atteigne 40 degrés l'été. Donc les panneaux sont moins efficaces quand il fait très chaud. Moins d'énergie solaire, moins d'énergie éolienne, une demande accrue de climatisation, qu'est-ce qu'on a fait?
— ??
— On a rallumé les centrales à gaz.

L'ambiance est morose. Trop de kilomètres sans s'arrêter; je sais depuis mon voyage avec O. que ce n'est pas une bonne idée, on finit par se disputer. Je mets un podcast sur Gerschwin, décevant car avec peu d'extraits musicaux (problème de droits?). Nous roulons vers Weikersheim, dans le but de visiter les jardins demain à la première heure. Goûter à Kaiserslautern, dans un pub qui sert de la Guinness, ô désespoir, puisque je m'abstiens d'en boire pour pouvoir conduire. Notre arrivée fait sensation, visiblement on n'y voit pas souvent un touriste. La serveuse est très jolie. Etonnement: les clients fument à l'intérieur du pub. Nous voyons le début du match Egypte-Argentine. Clairement, les Allemands en pincent pour l'Egypte.

J'ai choisi sur un critère étrange («tu ne prends pas un truc trop confidentiel car il faut qu'ils me mettent ma piqûre (NB: pour le diabète) au frigo») un hôtel à Aspach.
En fait c'est un véritable complexe hôtelier perdu au milieu de nulle part, en forme de monstrueux chalet en bois (et dépendances), kitchissime à souhait.

photo de famille. Propriétaire de l'hôtel Sonnehoff à Aspach
Photo de famille des propriétaires


Une boutique remplie d'horreurs est consacrée à Andrea Berg, illustre inconnue — la seconde chanteuse allemande la plus connue, nous apprend Wikipedia. Elle fera ici trois concerts du 17 au 19 juillet.

affiche murale Andrea Berg à l'hôtel Sonnenhof

Départ

Repassage, ménage (pour entrer dans une maison nette — mais sans doute poussiéreuse), valises (pour la mienne, j'ai suivi mes notes des années précédentes, la liste d'affaires à emporter est courte, j'espère ne pas le regretter).

Nous partons à trois heures vers Châlons: étape ce soir chez madame mère. Pour une fois que nous sommes en avance (ou à l'heure, selon les points de vue), nous nous arrêtons à Villenauxe-la-grande pour aller voir les vitraux. Ils sont très chaleureux. Curieusement, aucune explication ou allusion dans l'église. C'est sur le net que j'apprends le nom de l'artiste verrier, David Tremlett.

Nous partons deux jours plus tard que prévu, et tandis que ce soir j'étudie notre trajet, il est clair que ces deux jours vont nous manquer en fin de voyage: nous devons impérativement être revenus le 22 dans la journée, pas sûre de pouvoir monter jusqu'à Riga, aucune chance de revenir par Gdansk et Hambourg.

Ce soir je suis seule devant mon clavier, H. dort déjà. Il faudra en discuter demain: que sacrifie-t-on, que priviligie-t-on?

Collage matin et soir

Cela faisait un moment que j'avais des affiches (depuis le 12 juin d'après mes archives), mais pas de colle à papier. Je suis passée en acheter samedi, et donc collage ce matin entre six et huit heures au bord du Loing, puis ce soir avec Medhi dans le soleil rasant entre neuf et onze heures. Toujours je pense à Péguy. La moisson est quasi terminée.

Dans la journée, préparation de ma valise et rangement. Etude du trajet. Journée peu productive, je décompresse.

Cuite

Boitage entre cinq et sept heures, un tract politique et un tract pour le planeur féminin.
Je redors une heure et demie. Normalement j'avais prévu du ménage aujourd'hui et un départ en vacances demain, mais H. voulait travailler «je n'ai pas fini, ça va prendre une journée de plus. Tu peux aller au planeur».

Et donc planeur, avec désormais l'habituelle avalanche de questions dès que je m'aventure au club. Mais comment faisaient-ils avant, avec mon prédécesseur toujours invisible? Etonnante et agréable impression de se sentir un rouage utile.

Journée en piste très dense, avec deux instructeurs, un pilote pour les baptêmes et deux remorqueurs. Les cinq personnes venues en famille pour un baptême sont sans doute légèrement déçues/mécontentes, elle n'imaginaient pas passer un après-midi sur la plateforme en volant les unes après les autres — et donc en attendant au sol tout le temps des baptêmes des quatre autres. C'est long. Nous ne disposions que d'un seul pilote pour elles. Quant à moi, j'ai atterri sans savoir si c'était moi ou Noël qui était aux commandes et je suis déçue.

Le soir, un pilote atterrit avec un pneu (le pneu) à plat. Impossible de tracter le planeur jusqu'au hangar sans gravement endommager la jante. Le pilote a fini par prendre la décision de démonter le planeur et le ranger dans sa remorque pour le ramener au hangar deux cents mètres plus loin. Je rentre le soir gluante de sueur mais sans coup de soleil majeur.

Ce soir France-Paraguay à 23 heures.

Librairie

Pour certains, il ne faut pas entrer dans les pâtisseries. Moi, c'est les librairies.

Passage devant la librairie Les Champs magnétiques. Elle est petite, donc les livres y sont choisis avec soin (toujours préférer les petites librairies, tout y est pesé). En me penchant contre la vitrine, j'aperçois Le troisième livre de Nadedja Mandelstam. Je ne sais absolument pas ce que c'est. J'entre, je lis la quatrième de couverture, je feuillette. Adopté. Je cherche un peu, y aurait-il ici les deux premiers tomes, où pourraient-ils être? Rayon poésie?

— Je peux vous aider?
— Oui. Savez-vous si vous avez les deux premiers tomes?
Elle consulte son stock: oui, elle les a, mais où?
— Peut-être en biographies? Si la gérante était là, elle les trouverait aussitôt.

Elle cherche. Deux ou trois clients entrent, je lui dis de s'en occuper, que je ne suis pas pressée.
— Vous auriez un roman avec du fromage? Je suis invité chez quelqu'un que je ne connais pas et qui se reconvertit dans le fromage.
— Ah… c'est niche!
— Oui… mais on peut aussi prendre quelque chose sur le vin, je vais lui offrir une bouteille.

Le bavard continue à raconter sa vie et engage la conversation avec une autre cliente, ravie de papoter, dont nous apprendrons qu'elle a deux enfants en bas âge et termine des études de chirurgie (orthopédique, puisque le client a posé la question) (Mazette, comment fait-elle pour mener cela de front?) Et lui s'occupe de la paroisse, et elle a fait baptiser son aînée, «mais alors vous devez connaître… — Mais oui…»

Pendant ce temps, hélas, j'explore les rayons. Je tire des étagères Quelque chose noir car je me suis entichée de Roubaud. Je découvre que le recueil fait partie des œuvres de l'agrégation 2026.
Ailleurs je me saisis du bateau de marbre blanc de Mickhaïl Chichkine, simplement parce que l'auteur est russe et qu'il est rangé à côté de trois tomes d'Histoire des traductions françaises chez Verdier. Quatrième de couverture: «A quoi sert la littérature, si elle n'a pas pu empêcher le Goulag, ni l'invasion de l'Ukraine par la Russie? Voila la question fondamentale que pose Mickhaïl Chichkine […]». Je ne lis pas plus loin. Je prends. C'est la question qui me hante, sur l'art en général: à quoi bon toute cette extase, tous ces grands mots? Je suis à deux doigts de considérer que l'art et la littérature sont de vastes escroqueries, je l'avoue.

Un présentoir des éditions Sillage que j'aime pour leur présentation sobre et élégante. Je prends Jean Cassou, La mémoire courte, parce que je possède une édition originale de ses 33 sonnets composés au secret, La confession de Diogène de Jean Guérin et La légende du saint buveur.
Enfin, sous une table, je déniche les Mémoires de Werner Herzog. Ça fait beaucoup, surtout après le 25 juin. Je n'ai plus l'habitude des prix, je n'achète pratiquement plus de livres neufs.

A la caisse, je laisse mon téléphone : qu'on me prévienne s'ils retrouvent les deux livres de Mme Mandelstam. Qu'ils me les réservent s'ils sont prêts à attendre trois semaines mon retour de vacances.
Dans la soirée, coup de fil: les livres ne sont pas deux, mais trois; le Troisième livre est en réalité le dernier d'une série de quatre. Voulais-je les trois? Oui, je n'en suis plus à ça près.

Le soir je devais passer chercher d'autres livres chez le père d'un ami (un désherbage de bibliothèque) mais il a annulé. Barres au sol et je rentre. Journée éprouvante comme tous les départs de vacances où l'on redoute de laisser des bombes à retardement aux collègues et où l'on s'efforce de désamorcer tout ce à quoi on pense.

D'heure en heure

7h : accident de voyageur. Sans surprise, deux heures dans le train. Pas de wifi, ou très faible.
9h30 : formation des administrateurs. C'est moi la formatrice. J'arrive pile à l'heure et commence aussitôt, en prenant à peine le temps d'enlever mon manteau.
11h : fini. J'avale trois mini-viennoiseries. Le chausson aux pommes est pas mal.
16h30 : je devrais partir, j'ai rendez-vous à 17h. Bien entendu c'est le moment où débarque mon patron pour me faire un compte-rendu de réunion — très instructif, d'ailleurs.
17h : glace chez Raimo et papotages, le (mauvais) goût des Macron en matière de maisons au Touquet, notre avenir radieux prochainement sous LFI (la retraite à 60 ans, «la collectivisation, on verra dans un second temps»), Lituanie, Lettonie, Estonie, diagonale Cavalaire-Quimper ou Brest, je ne sais plus, et Guernesey:
— Tu comprends, les Indiens tiennent les restaurants, les Chinois les hôtels, les Anglais promènent le long de la côte. Les routes intérieures ne permettent pas de se croiser, comme en Irlande, j'adore ça; mais avoir une porsche là-bas… l'île fait 38 km de tour et 9 km de longueur.
[…]
— Mais au bout de trois jours, bon, ça va, on a tout vu. Ah non, j'ai appris après qu'il y avait un musée des naufrages. On a eu de la chance, il y a eu une tempête, on n'a pas pu repartir, l'agence nous a payé une nuit d'hôtel de plus.
[…]
— Les riches, c'est quand même polis.
— Oui. La bonne éducation repose.
[…]
— Partez! Il va faire chaud à nouveau, fuyez!

Piscine

Trente à quarante minutes de nage à l’ouverture de la piscine à 7 heures. Je suis seule, je regrette de ne pas avoir pris mes lunettes, j’aurais pu tenter le crawl (je n’essaie pas en public tant je me sens ridicule).

Boulot. Bien évidemment, une urgence (des réponses à un contrôle Urssaf) à 16h20, alors que je comptais partir à 16h30 pour le dernier cours de Tai Chi de l’année. Raté. Et pas de pilates le midi en me disant que piscine pilates tai chi consommaient trop de temps pour une seule journée. Moralité: mes devises «il ne faut pas attendre» et «tout ce qui est pris n’est plus à prendre» sont à appliquer en toutes circonstances.

Pendant ce temps, A. m’informe de la sortie de produits anniversaire pour les trente ans de la franchise Pokémon.

Porgy & Bess

Concert ce soir: j’ai réservé le même hôtel que la dernière fois.

Une fois de plus je me suis fait surprendre par le temps et j’ai quitté le bureau en catastrophe, donc adieu rêve de piscine à 17h, adieu repas équilibrés (matin un kiwi; midi un croissant aux amandes; soir un schweppes agrumes, des amandes fumées et un esquimau).

Je ne savais rien de Porgy & Bess, sauf que c’était de Gerschwin (et dans ces cas-là je ne me renseigne pas, pour avoir le plaisir et la surprise de la découverte). J’imaginais une sorte de comédie musicale à la West Side Story.

En réalité, dans la version longue que nous avons vue, c’est nettement du côté de l’opéra. Une bande de deux à trois mètres devant l’orchestre permettait une mise enscène simplifiée. Orchestre Lamoureux, chœur des Voix des Outre-mer, chanteurs d’Afrique du Sud. Les chanteuses surtout étaient remarquables (Pumeza Matshikiza, Marie-Laure Garnier, Axelle Saint-Cirel (la chanteuse de la Marseillaise des JO)) et une plantureuse Clara (Livia Louis-Joseph-Dogué).

Retour. La France mène 2-0 quand nous passons devant un café, gagne 3-0 quelques minutes plus tard dans notre chambre d’hôtel.

Dernier pot

Ce soir partaient à la retraite les deux derniers fonctionniaires détachés de la mutuelle. Désormais nous ne serons plus qu'entre salariés de droit privé.

— Whouai, mais la mutuelle maintenant, c'est le club Méd.
— Tu voudrais quoi? On a gardé tout le monde, on a perdu deux mille adhérents. Il n'y a pas assez de travail. Tu voudrais qu'on licencie?
— Whouai, non, mais quand même...

Difficile de comprendre pourquoi les gens préféreraient travailler au goulag plutôt qu'au club Méd.

Soirée bien animée et bien arrosée, tant et si bien que je dors si profondément que je rate mon arrêt et me réveille une station trop loin. H. vient me chercher et nous rentrons dans la nuit rafraîchie. On nous a conseillé d'ouvrir les tiroirs des commodes et les portes des placards pour laisser s'échapper l'air chaud. La nuit dernière la température est tombée de dix degrés. Il paraît que l'enfer recommence la semaine prochaine.

Brûlée

Repassage, piscine, sieste, traitement de chèques-vacances.
Il est confirmé que le radio-réveil a rendu l'âme, il a fondu à 8h08.

Il n'y a pas grand chose à dire sur cette journée. Nous sommes passés entre les gouttes et nous le regrettons.

La vigne vierge a brûlé sur le faite du mur et le tilleul près de la cheminée aussi.

vigne brulee pendant la canicule

D'une annulation l'autre

Le préfet a interdit tout entraînement et manifestation sportives tant que durera la «vigilance rouge canicule» (sauf piscines et lieux réfrigérés est-il précisé), mais le vice-président du club a rétorqué que des vols n'étaient pas des entraînements (faut-il les considérer comme des sortes de promenades ou périples?)

Donc vol aujourd'hui, dans un météo peu prometteuse («ce sera meilleur demain») avec un remorqueur qui chauffe et nous largue péniblement à 550 mètres. Nous avons lutté, trouvé deux pompes (ascendances) pour monter à 600, puis 700 mètres («on doit être au plafond, là, regarde la couche d'inversion») puis une moissonneuse-batteuse nous a sauvés: ce genre d'engin dégage une chaleur intense qui permet aux planeurs de monter facilement. Nous avons dépassé 1100 mètres, et à partir de là, l'après-midi s'est améliorée.
Bref, trois heures et demie jusqu'à deux mille mètres, jusqu'au niveau où la température baisse, la sudation s'arrête, les vêtements commencent à sécher — avec le soleil qui tape sans pitié dans la verrière.
Ce soir je suis cuite.

Onze heures moins le quart. Le vent s'est levé, nous avons fermé les fenêtres qui claquaient. Il reste l'ouverture au dernier étage et les portes du rez-de-chaussée pour organiser un courant d'air. Nous attendons l'orage. Alerte grêle. Le préfet qui décidément ne prend aucun risque a annulé ce soir le festival Djengo Reinhart.

Logiciels

Pointage des comptes du club. Le logiciel de gestion, nommé Givav, a été développé au début des années 2000 par le club d’Angers. C’est une merveille de pragmatisme qui intègre une partie « compta pour les nouilles » très bien faite et une approche réaliste des besoins d’un club de planeurs en terme de suivi, de stats, d’immobilisations. Je suis fan.
C’est malgré tout un peu sport car j’ai été lâchée sur le poste sans aucune formation / information. Heureusement, rien ne paraît irréversible tant que les comptes ne sont pas clôturés. J'ai découvert aujourd'hui comment lettrer les comptes de classe 4. Je respire. Ma terreur, ce sont les bonnes âmes qui veulent m'aider et ne saisissent que la moitié des infos, classe 4 à classe 5 en oubliant les charges, ou 7 à 5 en oubliant qui a payé (ceux qui comprendront comprendront).

Je continue à travailler avec Claude. J'ai atteint en trois questions la limite de ce que je pouvais demander en cinq heures, j'ai donc pris l'abonnement payant le plus bas. J’ai l’impression que cela va être lent et demander un certain investissement — pour que je comprenne ce que je peux lui demander et que j’apprenne la façon de le lui demander. Voilà de quoi m’occuper quelques mois. Le fun, c'est que c'est l'IA qui explique elle-même ce qu'il faut faire pour l'utiliser — il suffit de lui poser la question.

AG, de nouveau

Pour la première fois, j'ai dormi au rez-de-chaussée. La température ne descend plus en dessous de 28 degrés, même la nuit. Tout est chaud, le bois est chaud, l'escalier est chaud, le carrelage est tiède.


L'assemblée générale de juin est destinée à présenter les résultats, celle de novembre à voter les cotisations de l’année suivante. Parce que nous nous y sommes pris trop tard pour réserver notre amphithéâtre habituel, nous nous retrouvons à la Maison internationale de Saint François d’Assise. Très bien pour une entité de petite taille, avec une solution originale de traiteur.
Mavrommatis sur le même trottoir, librairie Le Divan en face (est-ce celle de St-Germain-des-Près?).

J’y passe après l’AG. Un jeune homme veut emmener trois livres à Singapour, le libraire lui conseille Simon Leys, le Studio de l'inutilité, le jeune homme est parti sur Les trois Mousquetaires (il compare les éditions, la mise en page). J’écoute le libraire, ses conseils me plaisent, je me demande lesquels je donnerais à sa place. C’est si difficile de viser le bon niveau, de faire envie sans décourager.

Je ne sais pas si c’est la chaleur, mais je me lâche.

Ryszard Kapuscinski, D’une guerre l’autre
Sergueï Dovlatov (celui qui disait que même apocryphe, une citation est significative, on ne prête pas les mêmes actions ou paroles à Dostoïevski qu'à Tolstoï), L’étrangère et La valise
Antonio Lobo Antunes, dictionnaire du langage des fleurs
Karl Kraus, Troisième nuit de Walpurgis
Joseph Kessel, Jugements derniers
Simon Leys, Orwell ou l’horreur de la politique

Absolument en nage durant le cours de pilates, transpirante comme dans un sauna.
Assise dans le train de 19h32. Il ne part pas. Nous l’évacuons. Le 19h44 est supprimé. Le 20h16 part lentement.
Nous avons planifié des « alertes rouges » pour les humains, nous nous inquiétons pour la faune et la flore. Nous n’avions pas prévu que le métal et l’électronique crieraient grâce.

Les Misérables

lecteur des Misérables ligne R


Chapitre Cosette.
C'était mon voisin immédiat, cadrage volé difficile.

J’ai lancé un Save the date pour mes 60 ans. Je veux faire une cousinade à Rodez puisque tous mes cousins vivent autour ou dans l’Aveyron.

Vous assumez pleinement votre côté yang

Cette phrase suffit à vous apprendre que je suis retournée chez ma follingue de coiffeuse.

Puisque ma tante a annulé hier soir tard, j’avais une journée libre sans rien de planifié. Donc:
- ménage (aspirateur serpilière) au rez-de chaussée avant la chaleur (26 degrés). La construction de la terrasse a laissé de la sciure partout et il était devenu impossible de marcher pieds nus sur le carrelage froid, luxe bienvenu en ce moment.
- marché : pastèque, fraises, cerises, myrtilles, framboises, kiwis.
- sieste en attendant que la piscine ouvre (à 11h30)
- piscine. Nagé 600 mètres.
- soudain, sur une impulsion en voyant mes cheveux mouillés pendouillants : «et si j’allais chez le coiffeur?» Réservation sur Planity. Coupe à la Jamie Lee Curtis (assume-t-elle son côté yang?)
- bus pour Fontainebleau et cinéma, Vivaldi et moi. Joli, bien fait, mais un peu creux avec une fin totalement invraisemblable (que peut devenir une jeune fille orpheline seule dans Venise sinon une prostituée?)
- visio pour les premiers cadrages de la campagne présidentielle
- salade pastèque melon féta


H. rentre épuisé: le train n'avait pas de climatisation. «Le conducteur nous a dit que s'il mettait la clim en route, la loco allait cramer. A Moret, ils ont fait évacuer les voyageurs des deux dernières rames1 pour les tasser dans la première, et ils ont climatisé cette seule rame».



Note
1: Les trains se vident pour moitié à Melun, puis encore à Fontainebleau. Il devient dès lors possible de mettre tous les voyageurs dans une seule rame, surtout avec la motivation d'une clim.

Claude-IA, ma nouvelle assistante

Il y a quelques semaines H. m’avait montré un prompt écrit pour obtenir une application de suivi des horaires de son équipe. J’avais été très surprise par la forme: «mais tu écris totalement en langage naturel, tu ne fais pas des points avec des phrases raccourcies?».

Donc aujourd’hui, j’ai essayé.
Je suis conquise : enfin quelqu’un à qui je peux expliquer le contexte et le but à atteindre sans qu’il meure d’ennui, avant de lui fournir les éléments à utiliser pour la réponse. C’est comme avoir un ou une secrétaire qui comprendrait parfaitement vos besoins.
En deux minutes, Claude m'a fourni un texte rédigé selon des contraintes précises. J’ai changé un titre de paragraphe et viré une phrase. J’ai gagné une après-midi de boulot, mais surtout, une après-midi d’ennui, car tout cela m’ennuie profondément : écrire des articles, des présentations, des procédures, mettre en forme, m’ennuie profondément, sans compter que je n’ai jamais été réellement formée sur Power Point et que je tâtonne beaucoup.

Adoptée, donc (oui, féminin, une IA). Je brûle de la tester davantage. Cela suppose deux choses : savoir exactement ce que l’on veut (le retour des plans ou des expressions de besoin détaillés), relire avec soin pour vérifier, améliorer ou censurer.

J’utilise la version gratuite de Claude.
La limite, d’après H, c’est qu’au bout de quelques questions/réponses, Claude arrête: il faut attendre 4 heures ou payer (comme Candycrush, en somme). «Puis quand tu reprends, elle a tout oublié, il faut tout recommencer».

Trois heures entre 2000 et 3000 mètres

9h15 : Matthieu passe me chercher et pour une fois accepte un café. Discussion sur la cybersécurité.
9H45 : Club. 28 degrés dans la salle de parachute. Début du pliage du dernier Spekon. Gaby passe la tête (c’est un plieur instructeur en poste à l’étranger toute l’année, donc indisponible pour le club) et nous donne des repères utiles: «ici, ça doit arriver au ras du changement de couleur, tandis que là, c’est dedans, avec les coutures qui font un bourrelet».

A table, discussion: il n’existe pas véritablement de normes de pliage pour les parachutes de sauvetage. La législation est confuse, les instructeurs délivrent des numéros de plieurs qui ne sont pas nationaux — mais il n’y a pas de registre national. Depuis quelques années, le parachute n’est plus obligatoire en planeur. La question devient donc : vaut-il mieux pour un club ne pas avoir de parachute qu’en mettre un au risque qu’en cas d’accident, on vous reproche qu’il soit mal plié ou plus aux normes?

En piste. Ma voisine fait un baptême, son époux n’est pas rassuré. J’espère qu’elle va s’inscrire.

Il fait si chaud qu’à deux reprises, il faut laisser refroidir le moteur de l'avion remorqueur. Je foire mon remorqué (ça faisait longtemps que ça ne m’était pas arrivé) et je me déconcentre à l’atterrissage. Ça m’agace.
Entre les deux, beau vol, trois heures entre 2000 et 3000 mètres. J’aurais dû emmener de l’eau et quelque chose à manger; vers la fin je me suis réveillée en sursaut à deux reprises. Epuisement insidieux dû à la chaleur, d'où mon atterrissage loupé, aussi. (Enfin, un peu loupé, je veux dire qu'il n'était pas suffisamment dans la norme pour que je sois "relâchée" (solo), ce qui est mon but).

Le radio-réveil s'est mis en grève quelque part dans la journée et indique fixement 8h08 — il fait trop chaud. Je le débranche. J'espère qu'il rescussitera quand il fera meilleur: il a plus de quarante ans, c'est le plus vieil appareil électronique de la maison, j'y suis attachée.

radio-réveil en PLS

Soir. Cette nuit devrait être la dernière où la température baisse; on nous annonce une canicule pour les jours à venir (ie, une température qui ne descend plus la nuit).

Le champignon dans le placard

Programme: repassage vers cinq heures du matin sur la terrasse pour profiter de la relative fraîcheur, piscine à l’ouverture pour nager une demi-heure, puis Thomery (magasin Pokélegend) pour tenter de trouver une boîte de Pokémon épuisée dès le jour de sa sortie (hier), puis acheter de la colle à papier peint pour commencer à coller des affiches, puis aller à Paris en soirée pour assister à un concert à 19h30.

Tout a dérapé. J'ai fini le repassage comme prévu, avant le lever d'H. Puis croissants tranquillement avec lui ce qui m'a fait rater l'ouverture de la piscine, donc j'ai préféré passer d’abord Thomery pour ne pas rater l’ouverture (ce serait bête de rater la seule boîte qui resterait).
A thomery, à deux pas du château de By, j’ai explosé deux pneus sur l’angle d’un bateau en évitant une voiture à 30 à l’heure dans une rue étroite. Je devais penser à autre chose, j’ai sans doute donné un coup de volant. Je ne sais pas, je ne me rappelle de rien, j'ai juste entendu un bruit fort et pensé «eh merde, mes pneus». J’ai garé la voiture, suis allée acheté la dernière boîte Pokemon disponible et j’ai attendu le dépanneur.

J’ai ensuite attendu H. qui est venu me chercher avec la voiture de la voisine. Adieu piscine et colle à papier; pas de regret, sans voiture, je ne pourrai pas me déplacer dans la circo.
Sieste, train pour Paris.

Arrivée trop tôt pour Carmina Burana (je me suis trompée d’une demi-heure, c'était vingt heures), je prends une tranche de pain à la découpe si fine que la boulangère me l’offre, je papote avec « Philippe qui dessine » (ainsi que le nommaient les enfants). La pluie s’est infiltrée dans leur toiture, un énorme champignon a poussé dans un placard, les spores ont couvert les pièces d’une fine poussière blanche, provoquant une allergie. Par ailleurs le dirigeant de sa salle de sport est accusé d’attouchements sur ses petites-filles; la structure où il travaille est rachetée et placée en dépôt de bilan « pour la protéger ». Last but not least, il s’est marié l’année dernière en août.
Mazette, en voilà des nouvelles.

Concert au temple des Batignoles. Nous sommes dans les premiers de la file, nous nous accaparons les places près de la fenêtre ouverte. Il fait terriblement chaud; stoïques, les chanteurs restent debout une heure et demie. Philippe nous raconte les appréhensions de l’autre Philippe (celui qui parlait mais désormais celui qui chante), ils ne sont pas assez préparés, certains chants n’ont jamais été répétés tous ensemble (deux chœurs sont réunis pour l'occasion), etc.
Tout se passe très bien, les départs de chants sont précis et bien ensemble, les percussionnistes énergiques, et nonobstant la chaleur, nous passons une très bonne soirée (le lendemain je découvrirai que ma robe blanche était si trempée de sueur que le banc a déteint sur le coton).
Le chef d'orchestre se perd dans des remerciements trop longs qui finissent par être comiques. Retenons que le programme nous présente une traduction maison, effectuée par l'un des chanteurs professeurs de latin.

Puis repas en formation «Cruchons» réduite, nouvelles des uns et des autres, peu de bitchage, nous nous voyons trop peu pour perdre du temps en persiflage, Philippe chanteur nous donne l'étonnante nouvelle d'avoir entendu Mathieu Francois du Bertrand à la radio.

Je rentre. Epopée habituelle, files à gare de Lyon, policiers et chien, je soupçonne que s'ils ont fini par s'organiser et créer des files dédiées en amont des bus c'est qu'il y a dû y avoir des bousculades et bagares, j'attends une heure debout, c'est long, je regarde la suite d'Haruko, reine du bureau. Rentrée à deux heures du matin (ce billet est positionné pour apparaître dans la journée du samedi malgré tout).

Télétravail à temps partiel

Marché à neuf heures (pastèque, tomates, fraises, pad thaï au poulet), piscine à midi. Impossible de retrouver mon pince-nez et mon bonnet (mais qu’est-ce que j’en ai fait, il n’y a pourtant pas beaucoup d’endroits où ils peuvent être. Avais-je constitué un « sac de piscine »? Ou sont-ils en vrac dans un tiroir?); donc j’en rachète à trois et quatre euros au distributeur de la piscine (ces prix me laisseront toujours stupéfaite). Les horaires d'ouverture ont été étendus sans interruption jusqu’à huit heures (au lieu d’une coupure entre deux et six heures). Il faut bien occuper les enfants, beaucoup d’écoles sont fermées.
Je nage une demi-heure et je rentre.

L’après-midi je m’installe au rez-de-chaussée pour travailler.

Le soir, nous avions l’intention, Matthieu et moi, de plier le dernier parachute. Il habite plus loin du club que moi, je lui envoie un sms: «veux-tu que j’aille faire un tour au club à 16:30 pour aérer? La limite pour plier est 30 degrés. Inutile que tu fasses des km si les conditions ne sont pas réunies.»
Comme je l'anticipais, impossible de plier: 32 degrés et 20% d’humidité dans la salle de pliage.

Cependant je ne suis pas passée au club pour rien. Je suis interpelée de toutes parts pour des problèmes de compta et d’organisation d’un événement en juillet. Je distribue par ailleurs des affiches «Ça plane pour elles», une tentative de la fédération de motiver le public féminin.
Bref, je m’occupe et ne vois pas le temps passer. Quand je rentre, H. fait la tête. Mon absence n’est qu’un prétexte: en réalité, je finis par démêler que suite à une mauvaise manip, il a perdu une partie de son travail de l’après-midi. Nous allons dîner au Masu à Fontainebleau.

Sauterie

Invitation d'un partenaire à une soirée festive dans les jardins de la maison de l'Amérique latine. J'adore ce genre de festivités — pour les petits fours, le champagne et surtout les lieux emblématiques. J'ai chaque fois l'impression de vivre dans les décors de Balzac.
La chaleur sur la terrasse était supportable car il venait de pleuvoir quelques gouttes.

Maison de l'Amérique latine


En animation proposée, il y avait deux diseuses de bonne aventure. Je voulais y aller mais la queue m'a découragée. Je suis rentrée chez moi tant qu'il y avait des trains.

Coup de chaud

Parce qu'il fait trop chaud dans le gymnase, cours de Taï Chi à l'extérieur. Avec embarras, j'ai vu le moment où j'allais m'évanouir. Je pense que je n'ai pas assez bu dans la journée.

Encore des exercices intéressants, comme celui de faire les mouvements inversés, comme vus dans un miroir. J'en suis logiquement incapable puisque je ne les connais pas déjà à l'endroit.

Qualité des données et intervention humaine

Hier la commission de contrôle des comptes de campagne (CNCCFP) a envoyé une liste de questions. L’expert-comptable m’a appelée et nous avons vu les réponses ensemble; ce matin je les rédige entre cinq et sept heures du matin.

Pas le temps de profiter de la piscine si je veux être à 9h30 à la cinémathèque pour les tables rondes de l'ACPR sur la LCB-FT (lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme, que j'appelle sans y penser LGBT).
Ce sont surtout des banquiers qui s'expriment. Ils font de plus en plus appel à l'IA pour déterminer des profils de comportement de fraude ou de blanchiment : l'IA fait remonter des noms suspects, des humains mènent ensuite l'enquête. «C'est beaucoup plus satisfaisant: sans l'IA, 90% des cas identifiés étaient des non-cas, aujourd'hui, 90% des cas identifiés sont de vrais dossiers de fraude ou de blanchiment. C'est bien plus intéressant pour les équipes.»

Je note aussi cette remarque de bon sens: «l'IA travaille sur des données. Pour avoir de bons résultats, il faut donc avoir des données fiables».

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H. faisait l'aller-retour à Annecy dans la journée (plus d'hôtel disponible à cause d'un festival de cinéma).
Sms d'heure en heure :
17h29 — Super rendez-vous à Annecy. Je suis dans le premier train du retour. 2 changements à venir.
— Ter supprimé. Je n’aurai pas la correspondance prévue à Lyon.
— Arrivée à Lyon à 20:10. Mon train sera parti à 20:06. Bandes de bâtards.
— Je respire. Fort. Je viens de courir 500m pour choper une correspondance improbable en 2mn à Chambéry.
— Je suis dans le train pour Paris. Il arrive à 23:18 et j’ai le dernier R à 23:24. Ça va être très très chaud.
22h28 — Le 23:24 a été supprimé avant même que j’arrive
— Y’a pas de bus non plus.
— Finalement rer D puis bus
— En fait, même si j’étais arrivé 1h plus tôt. Ils avaient visiblement supprimé tous les trains.


Question mi-furibarde mi-amusée : le fait que trains et bus aient été supprimés à partir de 22h10 environ a-t-il le moindre rapport avec le fait que la France jouait à 22h en match de coupe du monde?

Les Quatre saisons au TCE

Il y a trois ou quatre ans, nous avions pris un abonnement à la Philharmonie de Paris. Devant la difficulté à avoir un train à l'heure après le concert (et donc l'obligation de rentrer en bus), j'avais fini par abandonner et prendre un abonnement au théâtre des Champs-Elysées (aujourd'hui je me demande quel tour de raisonnement m'avait fait supposer que cela irait plus vite d'arriver gare de Lyon à partir du TCE que de la Philharmonie). Bref, après deux saisons, j'abandonne. En septembre j'avais pris une majorité de concerts le samedi et le dimanche pour avoir des horaires plus humains, mais l'expérience prouve qu'il est très difficile de motiver à H. à remonter à Paris le week-end. En réalité, il semble perpétuellement fatigué avec un gros besoin de se reposer. Son diabète est-il bien régulé? Il y a deux semaines, nous ne sommes pas allés écouter un concert de violoncelle le dimanche. Les billets ont été perdus. Ce soir, nous avions deux billets pour Vivaldi, et comme H. devait aller à Annecy le lendemain, j'ai proposé qu'on prenne un hôtel.

J'ai trouvé je ne sais plus comment l'Amiral hôtel avenue d'Italie, avec piscine intérieure. J'avais bien l'intention d'aller nager à 17h, mais j'ai pris du retard au bureau (comment partir à 16 heures?) et j'ai à peine eu le temps d'aller déposer la valise avant le concert. L'hôtel est amusant, une décoration neuve vieillote — sans doute faut-il dire vintage, mais vintage meubles vernis, pas formica.

Les quatre Saisons donc, par l'ensembe Gli Incogniti, et avant l'entracte Dall’Abaco et Bach. Etait-ce trop ressassé parmi les classiques, la salle était un quart vide. Le concert était énergique et joyeux, la disposition des musiciens changeante à chaque morceau. Ils semblaient heureux de jouer ensemble et ce bonheur rejaillissait sur nous.

Vol en fin de journée

J'ai comme règle de consacrer une seule journée au planeur par week-end. La journée d'hier représentait donc cette journée et je m'attendais à rester à la maison sans voler du week-end quand H. m'a demandé à quelle heure je partais. J'en ai aussitôt profité pour m'inscrire.

J'ai passé l'après-midi à passer balai et serpilière (le club organise une compétition en juillet et nous sommes en train de le rendre propre et beau) pour finalement voler en duo discus (planeur plus fin et plus sensible: c'est celui que j'avais à la montagne) vers cinq heures. Comme d'habitude avec Charlie, nous avons accroché et ensuite, impossible de le faire redescendre. Nous sommes restés longtemps en l'air, à la grande déception de Matthieu: c'est lui qui avait demandé ce matin à ce qu'on sorte le duo discus car il veut être relâché LS4 et l'atterrissage en duo est l'une des épreuves préliminaires. Il a volé durant une quinzaine de minutes après moi, et alors que ce n'est pas son genre, il y avait ce soir de l'amertume dans sa voix: «passer la journée au club pour voler un quart d'heure…»

Quant à moi, cela ne faisait pas mon affaire non plus, car je souhaite être relâchée en K21 donc je préfèrerais atterir en K21 — même si je préfère la légèreté à la main du duo discus (c'est un peu la différence entre propulsion et traction dans le monde des voitures).

Pliage

Matthieu passe me chercher le matin. Première session de pliage depuis la formation de janvier. Autant dire que j'ai tout oublié, ou presque: je me souviens du début, le plus facile, le lovage des suspentes sur les parachutes de France, mais la suite, le pliage de la toile dans le sac du parachute, j'ai oublié.

Heureusement Christine est là. C'est l'ancienne plieuse du club, elle est désormais militaire et passe sa perm à nous conseiller (ce sont ses parents qui doivent être contents de la voir disparaître au club alors qu'elle vient les voir). Matthieu prend longuement des vidéos pour servir de modèles la prochaine fois. Cinq parachutes dans la journée, ça me paraît un maximum pour les deux néophytes que nous sommes, il ne s'agit pas non plus de se dégouter.
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