Un libanais à Montereau

Cette après-midi réunion à Passy. Retour gare de Lyon à Vélib. Les pistes cyclables ont été bien améliorées, elles suivent la Seine de bout en bout rive droite rive gauche, avec traversée à pont de l'Alma.
Il y a énormément de cyclistes, mais aussi de cycloporteurs, comment cela s'appelle-t-il, des voitures cyclotractées pour touristes, qui prennent beaucoup de places sur les pistes cyclables.
Il faut être très attentif. Tout reste courtois, pas d'insulte, mais ce n'est pas si simple de naviguer en fonction des vitesses relatives des uns et des autres, sachant que les pistes sont prévues côte à côte pour les deux sens, sans couloir séparé (et heureusement, cela permet une meilleure adaptation aux circonstances).
La plus grande crainte, finalement, c'est le piéton inconscient qui traverserait sans estimer la vitesse des vélos lancés à sa rencontre.

J'arrive dans le train (ligne R), m'installe, sors Chronique des sentiments qu'il va falloir que je couvre d'urgence car comme tous les livres POL il s'abime très vite.

Le conducteur au micro: — On vient de m'informer d'un accident de voyageur à Bois-le-Roi. Notre train s'arrêtera à Melun, puis sera direct Montereau par Héricy.
(En clair, à Melun il prendra l'autre côté de la Seine et ne passera ni à Bois-le-Roi, ni à Moret).

Nous partons à l'heure. Je suis admirative de cette décision prise si vite. Il ne doit pas y avoir beaucoup de circulation sur cette branche.

Coup de fil à H. Il viendra me chercher à Montereau.
Je lis jusqu'à Melun, puis dans la voiture vidée je m'installe près d'une fenêtre. Nous suivons la Seine jusqu'à Champagne, tout le bassin que je parcours à la rame, c'est magnifique, Fontaine-le-Port, Héricy, je reconnais le cimetière où est enterré Malarmé.

Montereau. Les passagers qui descendent consultent les panneaux pour repartir dans l'autre sens; il leur faut atteindre les gares évitées par ce train (je songe qu'il suffit de plonger dans la Seine et flotter, le courant est dans le bon sens), le prochain train en direction Paris est dans une heure. Toujours ce pang de culpabilité impuissante, ceux qui ont les moyens ont des solutions, les autres trinquent. Chaque problème de transport le met en évidence.

Nous dînons dans un libanais (majuscule ou pas pour un restaurant? adjectif ou substantif?) le long de la rue principale, peu passante. La serveuse, fille du propriétaire, paraît rassérénée à constater que cela nous plaît. Nous détonons avec notre allure bourgeoise, cela me fait rire. Les gens comme nous vont plutôt à Fontainebleau, cela me fait de la peine (s'il y a un mépris, c'est bien celui-ci). Je crois que les personnes que nous croisons sont surprises mais contentes de nous voir là, contentes que nous ne (les) fuyions pas. Tout respire la pauvreté dans cette ville, les magasins fermés abandonnés (covid?), les magasins ouverts aux devantures décolorées, les jeunes hommes un peu trop musclés, les jeunes filles un peu trop maquillées. Je songe à Faulkner. Mais ici, tout est calme, serein, il fait bon en terrasse, deux femmes à côté de nous se racontent des anecdotes en riant beaucoup.
Falafels et kébés moelleux à souhait.

Choquée

Une nouvelle embauchée est arrivée aujourd'hui. Elle habite Provins. Pour être sûre d'être à l'heure elle a réservé des chambres d'hôtel tout le mois.

Grand désarroi:
— Mais enfin, vous ne pouvez pas faire ça! C'est le travail qui doit vous faire vivre, vous ne pouvez pas perdre de l'argent pour venir travailler.
— Ça me plaisait ici. Je voulais ce boulot. Et la ligne R, c'est trop incertain, surtout l'été, avec les travaux. Ce matin il y avait encore une grève surprise.

Je ne suis pas marxiste. Je ne fais pas de grande analyse du capitalisme car c'est toujours moins mauvais que le communisme.
Mais tout de même, quelque chose dysfonctionne profondément.

Chez les enfants

O et Y ont trouvé une maison et ont déménagé le week-end où nous étions chez mes beaux-parents, le 28 mai.

Aujourd'hui nous allions chez eux pour la première fois. Le voyage d'une cinquantaine de kilomètres a été rock'n roll, avec un parasol coincé derrière mon siège et dépassant d'un mètre de la voiture décapotée («s'il pleut nous ne pourrons pas le leur amener») et la crainte d'une panne d'essence (H. n'a jamais su anticiper un réservoir vide. Chacun ses faiblesses.)

Les enfants ont trouvé une maison de plain-pied extrêmement claire, aux larges baies vitrées et un joli jardin protégé des regards. Les bibliothèques sont remplies de mangas, de livres sur WoW et Harry Potter. Ils ont privilégié le bureau pour dessiner (Y) et celui pour jouer en ligne (O) et sacrifié la salle à manger classique. C'est peu conventionnel et ça me fait rire.
Sinon, il leur a fallu gérer les meubles en double, les lits, les canapés, etc. Leurs choix leur ressemblent, ça me plaît.

Déjeuner sur la terrasse. Il fait beau. La table est celle de la cuisine de Yerres et comme chaque fois que je la vois hors de cette cuisine (soit toujours, désormais), je la trouve petite: vraiment, nous mangions à cinq, voire six, autour d'elle? Ma vie passée ne cesse de me surprendre.

Par ailleurs, j'ai définitivement l'impression d'être passée dans le camp des vieux kroums puisque la génération suivante est définitivement sortie de l'enfance.

J'ai fait les soldes

Sortie en huit de pointe (une rame par personne, le huit officiel des compétitions internationales (le huit de couple est un huit de loisirs)), je suis au cinq, à bâbord (rame de droite). Sybille est absente, son fils a le covid. Coup de soleil. Les couleurs sur l'eau sont merveilleuses, bleu et vert profonds. Je peine encore après la maladie; en début de sortie j'ai l'impression que je n'y arriverai pas c'est long, nous n'avons pas encore atteint le virage, nous n'avons pas encore atteint la folie du château... puis je me demande quand nous allons passer le château lui-même et je m'aperçois que nous l'avons dépassé de cinq cent mètres: c'est bon, j'ai trouvé mon second souffle.

Quand je rentre, le jardinier a passé le motoculteur dans le jardin. C'était prévu; je m'attendais à un champ de labour, je découvre de la terre tamisée façon semoule que nous n'avons pas le droit de piétiner: le jardinier installe des planches entre le portail et la terrasse.



Après-midi : achat d'un pot de menthe et d'un parasol pour O. et Y. que nous voyons demain. C'est un test: réussirons-nous à le faire tenir dans la voiture? (Réponse oui, mais ça dépasse d'un mètre).

Puis virée à Fontainebleau: j'ai perdu une veste entre sweat et poncho achetée à Prague et il me manque quelque chose de chaud pour lutter contre le froid de la clim (c'est tout de même choquant d'en être là en pleine crise de l'énergie mais je n'y peux pas grand chose: j'arrête la clim qui redémarre d'elle-même. Le soir, je quitte le bureau en disjonctant les lumières car il n'y a pas d'interrupteur. Tout est bizarre et hors de tout bon sens.)

Je n'avais pas pensé que c'était les soldes. Je fais des essayages rouge écrevisse (c'est difficile à supporter car pendant des essayages on voit beaucoup sa tête). Je repars avec trois pièces qui me plaisent beaucoup (oui je le précise: car combien de fois on achète des pièces qui ne plaisent que moyennement. Maintenant que je n'ai plus d'espace de stockage, je ne peux conserver que des vêtements que je suis sûre de porter. Je vais donner deux chemises et une combinaison en jean. J'ai deux robes habillées et trois vestes en soie que je ne voudrais pas abandonner au hasard. Il faudrait que je les propose aux rameuses mais je n'ose pas.)
C'est drôle cette envie de fringues. Est-ce parce que je n'achète plus de livres?

Tailler la vigne

L'un de mes collaborateurs est descendu en urgence en Gironde: La grêle a cassé des tuiles de sa maison de famille.

Il a trente ans, est orphelin et a hérité des vignes de ses parents:
— Et tes vignes, ça va?
— Pour la récolte de cette année, ça ira. C'est la récolte de l'année prochaine qui va être compliquée… quand on va tailler à l'automne.
J'essaie de comprendre.
— Tu veux dire qu'il sera difficile de tailler parce que le bois est abîmé?
— Oui, ce sera difficile de tailler les bois fragilisés.

Et c'est ainsi que j'apprends que la grêle de cette année compromet la récolte de l'année suivante.

Sériphage

Le résultat du test PCR arrive dans la nuit (SMS à trois heures du matin (non je ne l'ai pas lu à ce moment-là)). Nous avons tous les deux le Covid.
(Je n'aime pas le terme de «positif». Il paraît que cela signifie malade, mais moi je l'assimile à séropositif, c'est-à-dire non malade mais vecteur de transmission. Pourquoi dit-on «je suis positif» plutôt que «je suis malade»?)

Deux jours que je travaille en regardant Trois pour cent sur Netflix. Série SF portugaise très classique, thèmes et dilemmes ressassés jusqu'à la corde. Cela permet de voir d'autres acteurs que les habituels Américains. L'une des héroïnes me fait penser à Hermione enfant.

Tard le soir je bascule vers une série russe, Meilleurs que nous. C'est une variation autour des lois de la robotique d'Asimov, ça me fait penser aux Cavernes d'acier (à mon avis, série (de livres) bien meilleure que les Fondation).
A bien y réfléchir, cette série russe est bizarre car d'une certaine façon il n'y a pas d'intrigue: on sait qui a tué, il n'y a pas vraiment de méchant (juste un ou deux personnages antipathiques), un groupe d'opposants anti-robot est sympathique parce que jeune et dissident, mais sans que le film ne prenne fait et cause pour eux, il se contente de les montrer. Ce qui fait que le spectateur continue à regarder, c'est qu'il anticipe un drame, une catastrophe; il l'attend.
Mais jusqu'ici (quatre épisodes), rien. La série porte plutôt sur les choix personnels (enfants, couple, travail, défis adolescents) que doit faire chaque personnage.
Etrange.

Remords et regrets

5h20. De façon inhabituelle je consulte mes mails sur mon téléphone (normalement je me contente d'allumer la radio).
Et c'est alors que je découvre un mail de Nicolas de vendredi qui nous apprend qu'il était cas contact mardi à l'oulipo, malade jeudi.

Zut. Pourquoi n'ai-je pas regardé mes mails de près ce week-end?

Autotest. Positif aussitôt, dans la seconde où le liquide touche la bandelette.
Zut. Pourquoi n'ai-je pas fait un test samedi? J'étais tellement persuadée que c'était une rechute due à la clim, la toux et la fièvre étaient tellement les mêmes. Zut. J'ai dû contaminer la vendeuse de chaussures, j'aurais dû mettre un masque, je suis trop con. Et peut-être la jeune fille dans le train — mais peut-être pas, j'avais si froid que je m'étais recroquevillée le visage contre ma manche pour me tenir chaud avec mon souffle.
Et H.? Jamais je ne regarde un film avec lui, parce que je trouve idiot de regarder un film sur un iPad1 quand on a un grand écran à disposition — sauf que celui-ci étant au dernier étage il faisait trop chaud et que les chips et le gin devant un film sans enjeu c'était cool.

Autotest négatif pour H. Mais il tousse comme moi et m'accompagne chez l'infirmière pour lui aussi faire un test PCR. Nous portons nous-mêmes la pochette des prélèvements au laboratoire. La rue principale est jonchée de tuiles cassées, les carosseries sont bosselées, les pare-brises fendus. Des portions de trottoirs sont interdites à la circulation à cause des risques de chute de tuiles. Au retour, nous passons devant l'entrée du loft jumeau du nôtre (elle donne dans une autre rue). La propriétaire est en train de balayer, son toit est bâché, sa verrière a éclaté: «on était en dessous, j'ai juste eu le temps de tirer mon fils et de le projeter sur le canapé».

Ce matin H. est allé voir la voiture: cratères dans la carosserie, pare-brise fêlé, rétroviseur éclaté. Nous nous en tirons plutôt bien par rapport à d'autres.

pare-brise fêlé par la grêle






Note
1 : lui qui a une très mauvaise vue voit mieux sur les écrans Mac, la définition et la luminosité sont meilleures. Au fur à mesure que ma vue baisse je comprends mieux son point de vue.

Longue journée

H. a dormi sur le canapé au rez-de-chaussée pour échapper à la chaleur (et à ma fièvre).
Quand je me réveille, je découvre qu'aux alentours de minuit, sans doute parce qu'il n'arrivait pas à dormir, il a entamé une discussion politique avec C. sur le groupe familial WhatsApp.
Mauvaise idée, ça s'engueule sec.

9h - Café, croissants. Ma fièvre est stable à 38, je souhaite tenter Bernstein.

Jusqu'à Champeaux, blé, plus doré au sud qu'au nord où les tiges sont encore vertes (explication absurde: il n'y a que quinze ou vingt kilomètres de différence. Et pourtant mon observation est exacte, c'est l'explication qui est fantaisiste: l'explication, je ne la connais pas).
Magnifique matin.

11h10 - Collégiale de Champeaux. Nous sommes dix minutes en retard. En entrant dans l'église, j'ai un choc: elle est quasi vide. Je m'attendais à un auditoire, une foule, même petite: la nef est vide, un petit groupe est massé dans les stalles. Une chorale chante, je comprends soudain que «Messe» sur le progamme du festival signifiait réellement messe, ce n'était pas une pièce de musique, mais bien une messe entrecoupée de morceaux de Berstein. Cela me plaît, j'ai toujours regretté de ne pas assister à une messe (un office) telle que Bach pouvait les conduire.
Nous nous asseyons dans la nef. Elle réverbère trop, le son n'est pas net. Je sens H. se raidir. Une messe, c'est beaucoup pour lui qui pense que la religion est la mère de toutes les guerres.
La première lecture parle de Melchisédech, l'écho empêche de comprendre, je sors mon téléphone pour retrouver les lectures du jour. Je découvre alors que C. a quitté le groupe WhatsApp. Ça n'a l'air de rien, mais c'est de fait le seul lien qu'il conservait avec nous. Il ne fête pas Noël, ne souhaite pas les anniversaires, ne remercie pas pour les cadeaux, ne contacte pas ses grands-parents, condescend vaguement à répondre au téléphone de temps en temps.
Donc c'est fini, pour une discussion politique. J'ai envie de rire.

H. se lève: «Je vais faire un tour, tu peux rester». — Non, je viens.

11h30 - Auberge de Crisenoy, (on y parle letton et russe), la carte ne nous tente pas; auberge de Sivry-Courtry, c'est plein; l'Alhambra à Fontainebleau. Le propriétaire est charmant, le couscous délicieux. C'est la meilleure pastilla que j'ai mangée en France.
Le patron nous explique qu'avant le Covid il avait un restaurant de quatre vingt couverts. Maintenant il en a une quinzaine et fait surtout de la vente à emporter: «c'est pas la même fatigue, pas la même responsabilité». Toujours le même témoignage: «certains se sont enrichis avec le Covid. Ils ont empoché les aides et ont mis la clé sous la porte».

14h30 - Vote. Je suis contente de m'être désistée en tant qu'assesseur: à l'origine parce que je voulais aller à Champeaux, mais aujourd'hui cela aurait été difficile avec ma toux et la fièvre.

15h - L'après-midi O et Y passent chercher des outils de jardin pour leur nouvelle maison. Ils sont choux.

19h - Allongé sur le canapé, H. lance sur son iPad Une famille à louer que nous avions vu à sa sortie. Je m'installe à côté de lui sur un tabouret avec un bol de chips et vingt centilitres de gin Juillet.

20h10 environ - Nous avions presque oublié les résultats des élections. 52 ou 54% d'abstention, pas de majorité absolue, un groupe pour les RN. Tout le monde proclame avoir gagné. Beaucoup de ministres ne sont pas élus.

22h30 - Orage. Grêlons comme des balles de ping-pong. Par réflexe, je sors balancer les coussins de fauteuil sur la vitre de la table de jardin pour la protéger. Plusieurs grêlons me font des bleus sur les bras.
La verrière du puits de lumière (trois mètres par trois) tient.
Quand l'orage s'apaise, nous entendons un bruit d'assiettes. Je connais ce bruit, ce sont des tuiles cassées. Les voisins sont en train de dégager leur toit.

38

Il fait aussi chaud dehors que dedans (dedans de moi : je suis chambrée).

Fièvre, toux, nouvelle infection ou c'est le foyer du 28 mai non guéri. Depuis O. j'ai peur des infections sournoises (Fredi, c'était avant le covid: il y avait déjà des maladies à l'époque, qui le croirait?). J'essaie de trouver un médecin qui 1/ consulte le samedi 2/ ait de la place.
Peine perdue. Je comprends mal le principe qui consiste à prendre rendez-vous à l'avance chez le médecin: comment sait-on à l'avance qu'on va être malade?
Toujours le même conseil sur les répondeurs: «appelez le 15».
Mais je ne vais pas déranger les urgences pour de la fièvre, j'ai ma fierté.

Je joue à CandyCrush littéralement toute la journée, j'ai acheté un crédit de 24 heures. Dehors il fait 38, au rez-de-chaussée 27, au premier (où je suis) 33, au second 40 (pas de volet, pas de rideaux. Les stores que nous devons installer ne seront pas disponibles avant septembre. Nous devons faire percer une fenêtre à la place de la baie inamovible mais les matériaux manquent. Pas avant l'automne non plus).

La fièvre oscille en restant à un niveau raisonnable.

Demain je devais aller au festival de Champeaux pour écouter des passages de la Messe de Bernstein. Zut de zut, je suis très déçue. Je repense à Sophie qui lors de l'Oulipo mardi dernier me disait, en référence aux confinements successifs chaque fois que je programmais une soirée anniversaire pour nos trente ans de mariage, à la guerre en Ukraine quand j'ai programmé un voyage à St Pétersbourg: «Ne fais plus de projet! Tout à l'improviste, au dernier moment!»

J'y pense : nous avons bel et bien mis en route un projet aujourd'hui (malgré tout il faut continuer: souvent je pense à Kipling, que ce soit devant une petite déception quotidienne ou le tableau immense de la guerre).
A force de bavarder avec le fleuriste (à côté du boulanger), H. a appris qu'un de ses fils habitait en face de chez nous (une Tesla et une Ford Mustang dans la cour minuscule, c'est un dingue de bagnoles, donc avec notre petite voiture rouge, nous avons droit à un a priori favorable) et que l'autre était jardinier (ingénieur jardinier, je ne savais pas que ça existait) et travaillait pour le château de Fontainebleau.
Ce fils intervient également chez les particuliers. Il était passé voir ce que nous souhaitions, il revenait aujourd'hui nous présenter un projet.
Nous avons été médusés: il a sorti un carnet de croquis, bâtiments et fleurs et arbres placés en volume: «avant j'utilisais Sketchup, mais je n'ai pas pris le temps.»
Ah ben mince alors. C'est un jardinier très tech, qui nous propose un arrosage branché sur internet et qui arrose en fonction de la météo… («J'ai mis ça chez moi, c'est super pratique»).
Pour couronner le tout, il ressemble au roi de coeur des jeux de tarot, avec des yeux vert gris (le t-shirt assorti, ce qui prouve qu'il en est parfaitement conscient).
On lui a laissé la clé du jardin. Il viendra travailler le soir, commencer par «un coup de propre», comme il dit (débarrasser les pierres, l'auvent en bois, enlever l'une des glycines, passer le motoculteur pour évaluer la qualité de la terre).

La clim m'a tuer

Matin : je reprends l'ergo pour la première fois depuis le 28 mai. J'ai décidé d'abandonner le programme de Vincent pour continuer les 600 calories challenge. L'étape 1 avait été difficile (incapable de monter à 34 de cadence), mais j'adapte et maintient des cadences plus basses.

Je retourne au bureau rouge tomate. Je suis fatiguée. A midi je vais dormir dans l'église proche (oratoire Saint Jean-Paul II); j'ai l'impression de ne pas réussir à dormir et me réveille en sursaut vingt minutes plus tard à la sonnerie du téléphone. Il fait très chaud sur le boulevard.

Le soir, glace chez Raimo. Puis place de la Madeleine pour acheter des chaussures, beaucoup de chaussures. Toutes mes chaussures actuelles me font mal, sont devenues coupantes. Mes pieds ont changé, se sont élargis avec l'âge. Quant aux chaussures utilisées après mon opération de 2019, elles sont déformées et trop larges. Toutes sont sans doute à jeter, car à qui les donner? Qui peut porter des chaussures trop portées? Mais c'est une décision difficile à prendre que de jeter des chaussures qui ne sont pas trouées ou déchirées.

Je passe un très long moment dans le magasin de chaussures. Il y fait bon, pas froid comme il faisait froid au bureau. J'essaie toutes les formes et toutes les couleurs, pour finalement rester très classique: des talons hauts, une paire noire, une paire beige, des bottines bleues marine et des tressées dorées. J'abandonne l'idée de reprendre des rouges, j'aurais aimé des roses vernis mais il n'y avais pas ma taille.
Ça fait du bien (au dos, à la cambrure) de reporter des talons, quatre ans que je suis à plat (avant mon opération j'avais trop mal sous le pied (métatarsien du gros orteil)), j'avais envie de me repercher.
C'est un tel soulagement des chaussures qui ne font pas mal, qui ne blessent pas; des chaussures qu'on ne sent pas.

Je reprends la 14. Le train est blindé. Je me retrouve coincée entre la fenêtre et une grosse dame, mes quatre boîtes sur les genoux. Je ne peux pas bouger. L'air qui tombe le long de la fenêtre est glacé. Je ne sais plus comment me protéger, je roule mon écharpe en boule contre mon oreille, je vais attrapper une otite, impossible de s'endormir malgré la fatigue.

Moret. Il fait trente degrés. Je rentre. Je me sens faible. Thermomètre. 38°2. Zut.

Enfin !

Un mail ce soir :
Cher étudiant,

Nous sommes heureux d'accueillir de nouveau Madame Anne-Catherine Baudoin cette année au sein de l'ICP.

Si vous êtes intéressés pour suivre de nouveau son cours pour trouverez les renseignements nécessaires sur le lien suivant : Lecture en grec de la Septante et du Nouveau Testament.

La Princesse de Clèves

Ligne 1 vers neuf heures.

jeune fille lisant la Princesse de Clèves dans le métro


AG de la mutuelle.

Dans mes projets, j'aurais dû partir demain pour Saint-Pétersbourg, au moment du solstice.
Comme m'a dit Sophie, faisant allusion au fait qu'à chaque fois que nous avons voulu fêter nos trente ans de mariage nous avons été reconfinés, «ne fais plus de projet, tout au dernier moment».

Rentrer chez soi

Je savais qu'il n'y avait plus de métro 14 à partir de 22 heures (depuis Noël: mais que font-ils?). Cependant j'ai pris délibérément la décision de rester malgré tout: dernier oulipo, deux ans de confinement, j'ai raté des séances cette année, restons.

A 23 heures, je prends un vélib en bas des marches de la bibliothèque côté Seine, je pédale jusqu'à gare de Lyon.

Ce que je n'avais pas prévu, c'est qu'il n'y aurait plus de trains, même jusqu'à Melun: bus jusqu'à Montereau ou Montargis (mais aussi Combs-la-Ville, Corbeil-Essonne, etc: mais que font-ils, bis).

Bus dans la gare routière, c'est-à-dire le long de la voie 23: ah, il y a une gare routière à cet endroit? Plusieurs bus, tous pleins, mais nous sommes assis malgré tout. Départ théorique à 23h55, mais le bus précédent est en retard, donc part en avance (d'un certain point de vue), vers 23h40 (c'est toujours ça).

Autoroute A6, le bus fonce dans la nuit, je tente de dormir, avec difficulté, ce qui est rare me concernant. Fontainebleau. Le bus de 23h55 nous a rattrappés, notre conductrice nous fait le prendre puisqu'il va à Montereau: elle va à Montargis et une fois que nous aurons changé de bus, elle ne s'arrêtera pas à Thomery et Moret. (C'est prendre le risque de laisser sur le carreau d'éventuels voyageurs Moret-Montargis, mais à une heure du matin, elle fait le pari de leur inexistence).

Moret. Je rentre à vélo à la maison, j'arrose les plantes, un broc (un litre) pour l'olivier, un broc partagé pour l'azalée et le petit rosier; les deux rosiers grimpants; la verveine et la menthe; le persil, l'estragon et la ciboulette (ces deux derniers sont exubérants dans la chaleur).
Démaquillage.
Lit.

Dernier jeudi de l’oulipo

Toujours un mardi, mais dans le petit auditorium: je ne sais si c’est parce qu’il y avait une conférence dans le grand, j’ai aussi entendu parler de travaux.

J’ai enfin appris la différence entre «cassis» et «dos d’âne», dans l'expression figée «cassis ou dos d’âne» du code de la route: le cassis est un creux, un affaissement, qui soulève le cœur comme sur les montagnes russes (j’adore ça mais il en reste très peu); le dos d’âne n’existe quasiment plus à l’état naturel, remplacé par le gendarme couché (depuis notre voyage aux US, appelé «bump» dans la famille).

Soirée au restaurant asiatique entre oulipotes. Quatorze ans déjà, quand je retrouve des photos j’observe la trace des ans.
Soirée drôle et très variée, les phases de la lune et les moyens mnémotechniques (à inverser dans l’hémisphère sud); les rails de droite plus usés que ceux de gauche dans l'hémisphère nord) à cause de la force de Coriolis (au bout d'un certain temps il suffit de les échanger avec les rails de gauche de l'Afrique du Sud); la physique (mystérieuse) du mouvement de balançoire (faut-il les bras ou pas, est-ce possible avec des barres ou faut-il des cordes); le mystère du chat qui se retourne (d’où vient l’énergie du mouvement); les poèmes de Queneau; Alphonse Séché; les différents carrés inscrits dans une forme quelconque (pour déterminer le centre de la France); discussion qui nous mène aux tables à quatre pieds sur un sol inégal (pour les stabiliser, il suffit de les tourner lentement moins qu’un quart de tour sur elles-mêmes).

La liste (la mailing liste) des typographes est psycho-rigide (mais la liste Oulipo, pas du tout).

La prochaine réunion sera le 4 octobre. Avant, nous devons nous revoir chez Nicolas le 25 juin, mais tous ne seront pas là.

Tex Mex

Tabata le matin plutôt qu'ergo (séance plus courte, pour la reprise). Je tousse à plat sur le dos (les abdos) mais plus à l'effort cardiaque (l'essoufflement). J'ai décidé de partir plus tard car le soir je me décale beaucoup.

Canicule prévue cette semaine. Magnifique bleu profond à 7h47 de la Seine à Melun.

Seine à Melun à partir du train


Déjeuner avec une fournisseur. Si nous avons des anecdotes concernant notre déménagement, elle nous bat largement: déménagement avenue de la Grande Armée dans un espace de co-working. Cependant, parce qu'ils travaillent dans la santé, un espace privatisé a été aménagé, avec un sas d'entrée. La canalisation des eaux usées (toilettes) a explosé au-dessus du sas. Quatre étages de m*** se sont déversés dans le sas, l'eau marron qui monte...: «Et puis l'odeur... malgré le nettoyage, ça reste.»

Le soir, H. me propose de venir me chercher à la gare de Fontainebleau pour manger sur place. C'est aussi un test: combien de restaurants ouverts dans la ville un lundi soir, ce qui constitue une mesure de provincialisme.

Le résultat est en courageant.
Nous dînons en terrasse dans un Mexicain.

Assesseur titulaire

Cette fois-ci je suis titulaire. Je tiens le bureau entre onze et quinze heures. C'est calme, la participation est inférieure aux présidentielles.
Je reviens à dix-huit heures pour le dépouillement.

Nous avons une différence de un entre le nombre de signatures et le nombre d'enveloppes. Quelqu'un a dû partir en oubliant de signer. C'est notre plus grande crainte pendant la journée (ça et les personnes qui s'installent pour bavarder).

Le dépouillement va assez vite. Je suis surprise par le peu de votes blancs ou farfelus. Les gens ont voté utile, c'est très peu éparpillé.

Je rentre sans attendre les résultats des deux autres bureaux: Jérôme au Portugal en sait plus que moi ici, il a des taupes dans tous les bureaux. Il n'y a qu'à attendre les messages sur WhatsApp.

Septiers, vieux Modem ancien maire de Moret qui n'accepte pas que les Morétains ne veuillent plus de lui; Gérôme-Delgado, Nupes parachutée ici parce qu'on met les filles dans les circos ingagnables; Lioret, RN; Thiériot, LR sortant: c'est l'ordre d'arrivée dans les bureaux de Moret centre.

Ce n'est pas représentatif de MLO dans son ensemble (Moret-Loing-et-Orvanne), qui échange les deux premiers, ni de la circo, qui classe Nupes en premier et LR en second (ce qui signifie que les RN modérés ont voté utile en votant LR dès le début).

Nous sommes soulagés de ne pas avoir à choisir entre Nupes et RN (car pour nous (je sais que certains ne nous comprennent pas et ne voient pas notre point de vue), Mélenchon est de la graine de dictateur).

Revu Zvezdo

Passage au dessus de la Seine à Melun à 7h16.

Seine vue du pont du RER de Melun à 7h16


Joie et bonheur, Zvezdo m'a invitée à passer chez lui à quatre heures. En général c'est toujours moi qui provoque les rendez-vous, ça fait plaisir que ça se passe dans l'autre sens (je sais que je suis parano, il faut que je fasse avec).

En faisant quelques recherches dans ce blog, je me rends compte que je mélange toutes les fois où nous nous sommes rencontrés. Lui a un souvenir plus net et est capable de me dire que la dernière fois que nous nous sommes vus, c'était pour L'enfance du Christ.

Bière et papotage, détails familiaux. Zvezdo me fait rire dans ses emportements, les pigeons, son voisin du dessus, la mauvaise organisation des pompes funèbres, le maire de Dun-sur-Meuse… Il y met beaucoup d'humour, même lorsque les circonstances sont tristes ou dramatiques.

Il me pose la question qui tue: «Alors, prête à travailler à jusqu'à 65 ans?»
Ça m'interloque. En fait je ne comprends pas pourquoi cela paraît être si inconcevable pour la plupart de mes contemporains alors que moi je n'y pense pas, je n'y pense jamais.
Est-ce parce que depuis que les enfants sont partis j'ai l'impression de sortir de mes études et d'avoir vingt-cinq ans? Est-ce parce que je suis en pleine forme, même si mes yeux déclinants prouvent que je suis sur la pente descendante? Est-ce parce que mon boulot m'a permis de comprendre à quel point le statut de retraité vous mettait à part de la vie, comme au rebut, et que je n'ai pas envie d'être au rebut? Ou est-ce parce que j'espère encore trouver un emploi dans lequel je serai utile alors que si je fais le compte de mes années actives, elles ont été inutiles et sans intérêt?

Je trouve ça triste que tant de gens attendent la retraite comme un refuge à atteindre à tout prix. Cela signifie-t-il que toute leur vie n'est qu'une parenthèse? Ne commencent-ils à vivre qu'à la retraite?

J'ai perdu la notion de l'heure. H. m'attend.
Passage au dessus de la Seine à Melun à 20h42.

Seine vue du pont du RER de Melun à 20h42


Rien

H. à Lille.
Télétravail pour attendre le technicien Véolia : il m'a fait prendre une photo du compteur qu'il changeait. Voilà tout.

Travail le nez dans le guidon en écoutant la saison 4 de The Good Fight. Il faut que je télécharge la 5. Frustration que ce ne soit pas disponible en France.
Aberration diététique: j'ai fait cuire une galette bressane.
Tout effort me faisant tousser, je n'essaie même pas d'aller ramer.
J'ai rechargé Candycrush.

Un fait bizarre

J'ai du mal à voir quoi que ce soit de marquant dans cette journée.

Alors je vais vous traduire un fait bizarre (tweet qui répond à la question: «Citez un fait qui vous étonnera toujours»):
Allez sur Wikipedia, choisissez un article au hasard.
Cliquez sur le premier mot cliquable de l'article en dehors de parenthèses, puis de même sur l'article sur lequel vous arrivez, et ainsi de suite.
Vous obtiendrez l'un des résultats suivants:
- soit vous serez pris dans une boucle,
- soit vous atterrirez sur l'article «philosophie».
De façon générale, si vous lisez l'anglais, les réponses à la question sont passionnantes. (Il faut cliquer régulièrement sur "voir plus de tweets" (c'est assez énervant), sinon vous allez passer sur d'autres fils sans vous en apercevoir.)

Evocation flaubertienne

J'ai enfin les affiches du candidat Modem. Entre six et sept heures, je fais ma tournée des panneaux de MLO (Moret-Loing-et-Orvanne).

Près de l'église de Veneux, un panneau que je pensais provisoire mais qui persiste fait ma joie:

vous-etes-ici


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Panneau devant la mairie d'Ecuelle. J'en reste ahurie. Quel résumé.

panneau devant la mairie d'Ecuelles


De gauche à droite:
- la photo de deux illuminés1 illustrant soit un appel au don pour les terres desséchées du Sahel, soit un hymne à la vie façon Roi Lion;
- des affiches pour une fête traditionnelle, affiches imprimées en A3 sur une imprimante de mairie puis collées bord à bord;
- l'annonce de la balade des reliques de Ste Thérèse et de la famille Martin («Quel fanatisme!», citation de la phrase finale de l'épisode du comice agricole de Madame Bovary (ce panneau m'a aussitôt évoqué ce discours));
- un festival local de hard-rock.

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Journée de télétravail.
En préparant le guacamole, H. regarde Roland Garros et tombe sur Nadal contre Zverev, un match de toute beauté (qui me croira si je dis que c'est la première fois que je vois Nadal?)
Soudain le drame, entorse de Zverev, abandon. C'est déchirant.

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Le soir, réunion "politique" prévue de longue date: en fait, réunion amicale qui consiste à boire un verre (des verres) et à grignoter en racontant des souvenirs et des bêtises.

J'en suis enchantée.



Note
1: Place publique, c'est le mouvement de Glucksmann.

Les transports agaçants, toujours

H. travaille à Paris, donc rendez-vous chez Gemma, le restaurant italien rue Traversière.

Agacée: lorsque je veux déposer le vélib que j'ai emprunté pour aller au restaurant, plus une place, toutes les stations sont pleines. «Ils» ont blindé les stations autour de gare de Lyon à six heures de soir, ce qui n'a pas de sens (puisque les gens vont à la gare le oir, en partent le matin), alors que les stations plus lointaines comme boulevard de Reuilly sont vides.
De façon générale, la rotation des vélos (qui consiste à ramener en remorque des vélos dans les stations vides) est très mal programmée. Je me demande même si elle existe encore.

Je fais trois stations avant de trouver une place à la quatrième. Ça m'agace. Je songe à me désabonner de Vélib et à amener mon propre vélo pour le laisser à Paris.

Une fois encore j'arrive en retard, un quart d'heure ou vingt minutes, c'est mieux que la dernière fois (je plaisante, j'ai honte).

ballotin accompagnant le café chez Gemma


Nous arrivons dans la gare de Lyon à 20h44 pour un départ à 46. Je ne dirais pas que c'est large, mais cela aurait dû être facile. Sauf que la première et deuxième rame (rame, pas voiture) sont condamnées, elles restent à quai, garées pour le lendemain. Il faut donc piquer un sprint jusqu'à la troisième. J'essaie, mais avec ma toux, c'est impossible. Je reviens à la marche, espérant que comme souvent, le chef de gare sifflera1 avec bienveillance.

Nous montons dans un train bondé, tous les voyageurs tassés dans une seule rame.
Mais pourquoi? Pourquoi tasser tout le monde dans une rame; qu'est-ce que ça coûterait d'en prévoir deux; une rame ou deux, c'est le même nombre de conducteurs, non? Est-ce parce qu'il faudra les nettoyer avant qu'elles ne repartent? Est-ce pour ralentir l'usure?
C'est agaçant.



Note
1: Patatras : une recherche Google m'apprend que les chefs de gare n'existent plus.

Votez Gédéon

Affiche du parti animaliste (PA) :

Affiche du Parti Animaliste en 2022. Un Canard


Il est magnifique. Il donne très envie de voter pour lui.

Est-il normal que le monde me paraisse partir tout de travers depuis 2015 ou 2016, depuis Trump, à peu près? Qu'il me paraisse si bizarre, si étrange, si curieux, et donc, finalement, si intéressant à observer? L'a-t-il toujours été, et n'étais-je pas attentive, trop absorbée par le quotidien, ou quelque chose a-t-il réellement changé?

Théodoret de Cyr

J'ai revu Laura aujourd'hui. Elle m'a parlé de Théodoret de Cyr et d'exégèse et d'épîtres aux Romains. Cela m'a reposé.

J'ai appris qu'on prononçait antiochien comme dans chien, et non antiokien comme je le pensais.

C'est étonnant tout de même que dans cette société déchristianisée il y ait une dizaine d'étudiants en patristique («étude de l'Antiquité tardive») inscrits à la Sorbonne.

Malade

4h30 : je me réveille, j'ai froid, je pense «je ne ferai pas de sport aujourd'hui». Je me rendors.
5h : j'ai froid. Je tire les couvertures, je me dis «je vais rester en télétravail», jamais le courage de prendre les transports.
5h20 : Le réveil sonne. Je prends ma température. 38°6. J'écris un message sur Teams pour dire que je reste en télétravail.

Je me rendors. Grasse matinée.
38° à 7 heures, sans avoir pris de médicament. Tousser fait très mal, déchire les poumons, à un endroit où il n'y a pas de poumon je pense, juste derrière le sternum.

Je travaille toute la journée, sur un dossier que je repousse depuis janvier, en dormant dix minutes de temps en temps. La fièvre tombe dans l'après-midi. Vers le soir, je lance The Good Fight en toile de fond.

Concert de poche

Concert de poche à Montigny dans un gymnase (pardon: une salle polyvalente). Tandis que les notes de Mozart s'élèvent, je me représente les salons viennois du XVIIIe siècle. J'imagine tant de commentaires contradictoires. Partir à la rencontre du public plutôt que l'attendre. Il est temps.

Piano et direction : François-Frédéric Guy
Orchestre de chambre de Paris

Mozart, Concerto pour piano N°12 en la majeur, K.414
Aurélien Dumont, Ecoumène, concerto pour piano et orchestre
Beethoven, Syphonie N°4 en si bémol majeur, Op 60

Les pièces sont présentées par Pierre-Alain Braye-Weppe. Je ne sais pas qui c'est (bon, maintenant j'ai googlé), mais il est très bon.

Après la pièce de Dumont (noonnn, pas le polystyrène!!), H. commente:
— Comment faire voter RN toute une salle.1.
Je ris: — Pas sûr. Les élèves de collège que le classique ennuie, ça leur fait peut-être du bien de découvrir qu'on est libre, qu'on peut faire ce qu'on veut.

La quatrième est menée à un train d'enfer. Les bois ont l'air de beaucoup s'amuser.



Note
1: il triche, la circo 3 vote déjà RN.

Visite express

Aller-retour à Châlons pour voir mes beaux-parents.
Test avant de partir car je ressens une gêne dans la poitrine. La promenade dans les champs d'hier soir a réveillé mon vieux fond allergique.

Eoliennes dans la plaine. Où sont les câbles? Enterrés?


char romilly à romilly


Je ne suis pas sûre de comprendre si c'est ce char, celui-ci précisément, appelé Romilly, qui est entré dans Paris, ou s'il s'agit d'une catégorie de chars dont celui-ci serait un représentant.

Billard

Je ne prends plus beaucoup de temps pour rien. Je vais donc juste laisser des pistes au cas où j'ai le temps de développer plus tard.

Pont de l'Ascension. Bureau désert. Glace au Raimo avec H. qui m'y a rejointe. Très bonne glace aux noisettes (ne pas confondre avec praliné). Nous passons au Shoot again pour nous renseigner sur des cours de billard. Très joli passage, «Cité Debergue», rue pavée. Toutes les infos du site datent d'avant la pandémie et son fausses. Le barman est très sympa. Nos queues sont-elles démontables, pliables, transportables? Il vaut mieux jouer avec son matériel pour acquérir des sensations.
La rue du Rendez-vous est en fait du «Rendez-vous de chasse.»

Tentative à l'auberge de Dormelles, au restaurant la Forteresse (c'est un golf) à Thoury-Ferrottes. Tout est fermé. Drôle de façon de concevoir le commerce. Retour à notre cantine, la Dame du lac à Moret.
Bobun.

Farniente et miscellanées

Journée morne. Bien que n'ayant pas ramé je dors une grande partie de l'après-midi.

Messe de l'Ascension. J'apprends avec stupéfaction que les reliques de Thérèse et de ses parents seront là demain.
Je ne devrais pourtant pas être stupéfaite: j'avais vu il y a dix jours qu'elles venaient à Surville .
Mais l'idée que l'on promène des reliques me paraît… so glauque et so XIXe. Et si surprenante en soi. Si incompréhensible.

Je tourne sur Netflix. The f***-it List. Intéressante idée: avoir raté sa vie à dix-sept ans. Ça me fait doucement glousser.
Mais pas tant que ça: à quel âge a-t-on «raté sa vie», c'est-à-dire est-il trop tard pour commencer ou recommencer?
Je connais les optimistes ou les programmés qui se sentent obligés de vous répondre: «Jamais, il n'est jamais trop tard».
Certes ce n'est pas faux. Cependant, quand on fait beaucoup d'ergo (= ergomètre = rameur) comme moi, on sait bien que si on a prévu de ramer quinze minutes, on peut influencer sa moyenne de vitesse pendant dix minutes, mais que plus on approche de la fin, plus il faudra un effort immense pour compenser la mauvaise moyenne obtenue jusqu'alors, jusqu'au point où il faudrait atteindre une vitesse supersonique pour mathématiquement compenser la lenteur du début (alors que l'inverse est bien plus simple: si vous arrêtez de ramer, alors vous n'atteindrez jamais le but, de façon certaine).

Je songe à Simone Veil, à une réflexion à propos du retour des camps: «le plus dur, c'était pour les plus âgés. Nous, nous avions quinze ou seize ans, toute la vie à construire. Mais ceux qui avaient cinquante ans, qui avaient tout perdu, ils n'avaient plus le temps, il n'était plus possible de reconstruire.»

Ourlets et boutons devant la saison 3 de Colony. Ce n'est pas très bon (scénario peu rigoureux qui oublie des détails du passé) mais illustre bien la difficulté de prendre des décisions en univers incertain: quelles que soient les rationalisations qu'on se donne, il s'agit en définitive de pile ou face.

Les détestations alimentaires (végétariens s'abstenir)

Repas marrant offert par un fournisseur. Bonne adresse: les Zygomates rue de Capri dans le 12e.

La commerciale en face de moi a mangé du cochon d'Inde en Amérique du sud «avec la tête dans l'assiette». Mouvement d'horreur du commercial.
— Les autres ont goûté du ver blanc. Il paraît que c'est bon, sucré. Moi je n'ai pas pu.

D'où cela est-il parti? Des écrevisses américaines dans le marais poitevin? (la commerciale est niortaise).
— Ils font du pâté de ragondin, aussi.
— Vous vous rendez compte de ce que vous dites? Vous mangez du rat?
— Mais ce n'est pas du rat d'égoût, ce n'est pas pareil.
— Vous connaissez Demolition man, le rat-burger?

— Et vous, qu'est-ce que vous ne mangez pas?
Je réfléchis.
— Déjà, si vous êtes obligée de réfléchir…
— La cervelle. Avant, j'aurais dit les choux de Bruxelles, mais depuis que j'en ai mangé avec du gibier à Strasbourg…
— Ah oui, moi c'est pareil, je n'aimais pas […], mais depuis […]

— Pas les insectes.
— Ma petite-fille elle adore ça.
— Mais qui donne des insectes à son enfant?

— J'adore les oreilles de porc.
— Mais c'est plein de cartilages! Pourquoi manger ça?!
— Et les groins? On nous a apporté une soupe de groins, les groins fottaient à la surface, j'adore ça.

Etc, etc. Si bruyants que nous avons gêné la table derrière nous, j'en ai peur.

Vivre

Depuis plusieurs semaines on (les médias) nous assurait que Poutine voudrait une journée du 9 mai exemplaire, qu'il fallait s'attendre à un carnage en quelques points d'Ukraine, peut-être à une tête nucléaire dont la cible était peu claire.

J'y croyais; depuis plusieurs semaines je m'appliquais à regarder le paysage et la ville dans une vision pré-apocalyptique (ça vous donne une idée de mon moral. «Alice, ne prends pas tout au tragique» me disait un ancien chef), pour me souvenir quand tout serait réduit en cendres.

La journée du 9 mai est bien sortie de l'ordinaire, mais d'une façon inattendue: plusieurs chaînes de télévision russes ont été hackées, et le message «Vos mains sont couvertes du sang de centaines de milliers d'Ukrainiens et de leurs enfants» s'est affiché.





Dans le même temps, nous apprenions que la démonstration aérienne lors du défilé militaire avait été annulée à la dernière minute sous prétexte de mauvais temps tandis que le ciel bleu s'affichait durant le reportage en direct.
H : «C'est tellement facile d'abattre un avion en plein vol à partir de la campagne voisine: tu imagines, l'avion qui explose, les débris qui tombent sur les spectateurs».
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