Retours

Retour au boulot sans se presser : arrivée tard à la gare, train supprimé. Arrivée à dix heures, ce qui était une habitude avant 2006… (avant l'entrée de l'aîné au lycée, l'accompagnement du plus jeune en primaire). Le temps passe.

Visioconférence «Le look à l'ère de Zoom». Je découvre l'existence d'un instrument indispensable, le light ring. (Pourquoi on ne me dit jamais rien ?)
Le bleu marine est la couleur la plus passe-partout, la couleur préférée au monde sauf en Chine et en Espagne, où c'est le rouge, couleur de la passion. Le gris est la couleur des diplomates (ni blanc ni noir) et celle des techniciens (le métal). (Ça me fait rire: à la fois évident et inconscient).
Sachez le message que vous voulez transmettre et en cas de doute… posez des questions.
Bref, toutes choses évidentes qu'on oublie de mettre en pratique.

J'ai perdu mon casse-croûte (acheté le matin gare de Lyon) je ne sais où. Sur un banc dans le métro? Encore heureux que je n'avais pas glissé mon téléphone dans le sac en papier comme je le fais parfois.

Je tousse tant que cela fait rire mon équipe (de perplexité, je crois). J'en profite pour demander à rester en télétravail demain. Je range mon bureau car j'ai été embarrassée à l'idée du bazar laissé au moment de mon absence imprévue. Il faut que je prenne cette habitude au quotidien.

Je rentre par le train de 19h42, les trains de la branche Bourgogne, les trains les plus sales que j'ai jamais vus en France. C'est un train étonnant, avec des compartiments de six à l'ancienne, non éclairés je ne sais pourquoi, les vitres si sales qu'on ne voit pas à travers.
Je voyage debout, ce qui ne m'était encore jamais arrivé. Il ne faut pas arriver quatre minutes avant le départ du train.

Il a gelé ce soir à la tombée de la nuit. J'ai ressorti mon manteau ce matin.
Retour à la Dame du Lac. Ça faisait longtemps. J'aime tant l'équipe qui tient ce restaurant.

Convalescence

Plus de fièvre, je tousse encore atrocement.

Journée moins productive qu'hier (télétravail toujours). J'ai découvert que les étourneaux mangeaient les olives de notre olivier. Pourtant c'est amer.

Accepté (d'aller chez) une professeur à Dublin: je serai en immersion une semaine fin janvier.

Je pourrais parler des retraites, des grèves qui vont à coup sûr éclater dès que le projet va être présenté; de l'électricité, de ceux qui paniquent à l'idée d'en manquer deux heures alors qu'il suffit d'une tempête pour en être privé des jours; des syndicats de cheminots qui ont pris l'habitude de faire grève à chaque départ de vacances (au train (ahah) où ça va, ils vont finir par demander cinq cent euros deux fois par an en décembre et juillet chaque année); du pass navigo qui augmente alors que le service se dégrade.

Mais je vais plutôt vous mettre cette belle image:

les iraniennes personnalités de l'année 2022 - Couverture de Time


Malade

Suffisamment malade pour ne pas aller ramer. Réveillée à sept heures, puis huit heures, puis neuf heures. Difficultés à respirer, pile d'oreillers pour ne pas être à plat et éviter l'étouffement. Rendormie et levée à dix heures.

Tarte aux pommes, vaisselle et réunion politique… à cela près que ce n'était pas une bonne idée de la fixer le jour de France-Pologne (3-1).

Il faut que je reprenne ce blog. Je finis par l'oublier. Ce n'est pas parce que j'ai une vie passionnante, c'est juste que je suis fatiguée le soir. Il faut que je blogue à un autre moment.
Il me reste à reconstituer les jours à partir des traces laissées, les photos prises, les sms reçus et envoyés, les tweets likés ou sauvegardés en signet. J'aime bien faire cela, l'écoulement du temps n'est jamais celui qu'on pense.

L'automne enfin

Première gelée ce matin. En une semaine la forêt a changé de couleur.

Huit un peu étrange : chaque fois qu'un équipage commence à se stabiliser, comme notre équipage de filles, Sibylle invente quelque chose. Donc elle a décidé de monter un mixte. Le premier problème, c'est qu'il y a des rameuses en commun entre les deux bateaux, donc il faut choisir quel équipage s'entraîne.
Bref c'est le bordel.
Mais bon. Très belle sortie, équilibrée.


Déjeuner avec A. et son amie Laure. Elles repartent après le repas.

Rempotage des mini-cyclamen et coings confits. Je fais également confire un potimaron en suivant un peu gay dans les coings. Pas encore goûté.

Dead to mee saison 2 : «Parfois on a plus besoin d'un bon ami que de connaître la vérité».

A Châlons

Départ à neuf heures trente, passage à St Germain-les-Corbeil pour récupérer les tourtereaux (mon benjamin et sa copine), direction Châlons pour fêter les 80 ans de mon beau-père.
Je comprends de mieux en mieux qu'on n'ait pas envie de fêter son anniversaire et je suis très contente d'avoir organisé ses 70 ans.

Restaurant le carillon gourmand. Je n'avais encore jamais de restaurant aussi clairement organisé pour des repas de famille avec des personnes qui se déplacent mal, en déambulateur ou en fauteuil roulant, tout en conservant une décoration très moderne, dont une sorte de tenture 3D en liège contre le mur qui a des propriétés acoustiques certaines.
Je ne sais plus de quoi nous avons parlé, je ne retiens plus rien. Au moins de Pokémon, puisque nous fêtions également l'anniversaire de A. et que je m'évertue à trouver les cartes plus ou moins rares qu'elle me liste (c'est assez flippant car je ne suis jamais sûre de ce que j'ai trouvé. Elle avait l'air contente).

Cy à O. en rentrant dans le salon de mes beaux-parents où la télé est allumée: «Ah tiens, ta mère est comme toi, si la télé est allumée, elle la regarde».
?? => chez ses parents, la télé est allumée en permanence, même quand sa mère est dans le jardin; personne ne la regarde. Toutes mes tentatives pour convaincre d'écouter la radio sont vouées à l'échec.

Je dors pendant le voyage du retour, j'ai sans doute trop bu.

Je termine la saison 2 de One of us is lying.

Simone Weil

Réflexions sur les causes de la liberté et de l'oppression sociale, en attendant la mise à quai de mon train gare de Lyon 19:52; après une réunion qui s'est prolongée au-delà du nécessaire («les recommandations de l'ACPR concernant les réclamations client»).





Dimanche paisible

Entraînement en huit de filles.
Ça balance toujours. En revanche, le sentiment de voler quand nous accélérons est grisant.

Vaisselle en écoutant Lilian Thuram dans le cours de l'histoire. C'est si étonnant désormais, et si reposant, d'entendre une personne concernée au premier chef s'exprimer posément sur le racisme. Reviendrons-nous à cela un jour? (oui, je veux croire que cela reviendra, enrichi, si étrange que cela puisse paraître, par la folie actuelle).

Fin du repassage en regardant Truth Seekers sur Amazon Prime, chasseurs de fantômes déjantés et très branchés (intallateurs de 6G). Ça me fait beaucoup rire, mais je me demande si c'est une bonne idée en ces temps de complotisme.

Formation



Capitaine Haddock contre le harcèlement téléphonique




Je me renseigne sur le financement des formations pro. En fait c'est assez simple: soit c'est l'entreprise qui vous impose de vous former, et elle la finance et vous l'accomplissez durant les heures de travail; soit il y a accord entre l'employeur et le salarié pour que vous en fassiez une partie en dehors des heures de travail; soit c'est une formation que vous accomplissez hors de vos heures de travail et ça ne regarde pas l'employeur.
Dans le dernier cas, cette formation peut être financée par son CPF, alimenté à hauteur 500 euros par an (800 euros pour les personnes les moins qualifiées).

D'après ce que je comprends (ça reste à tester), les organismes agréés sont directement payés par le CPF; le salarié ne verse pas un centime si le montant sur le CPF est suffisant pour payer l'intégralité de la formation.

J'ai regardé deux ou trois sites pour travailler l'anglais à l'oral: le maison, esl, anglais in France et effective linguistique. (Je le note ici pour ne pas les perdre, et au cas où ça soit utile à quelqu'un).

Repassage en regardant En thérapie. C'est à la fois très agaçant et plutôt prenant.

Journée d'automne

Très belle sortie ce matin en huit de pointe. Le genre de sorties qui donne du sens à toutes les autres. Il commence à y avoir du courant, le niveau de l'eau a monté.

Il fait doux, au retour le soleil est éblouissant. Nous sommes à ce moment où il semble que cette année il y aura un miracle, nous échapperons à l'hiver, les feuilles ne tomberont pas, il ne fera pas froid. On a beau savoir que c'est inexorable, on croit qu'on va y échapper.

Nous atteignons les cadences 30 à 34, sans difficulté.

En fait il y a peu de choses à dire sur cette journée. Blog, tri de photos, café «chez les filles», promenade au bord du Loing. Il y a la liste des choses à faire, repassage, grec, CV à mettre à jour et programme de recherche de boulot («Encore!» m'a dit P. à Chartres).

En mettant à jour les docs d'entrainement à l'ergo fournis par Vincent pour les transmettre à l'équipage, je me rends compte que je devrais sans doute passer à la saison 2, que la première feuille est sans doute trop facile maintenant (ce qui provoque un léger ennui).
A moi les entraînements à bout de souffle qui décoiffent! (c'est curieux d'être à la fois aussi épuisée le soir et aussi en forme dans l'effort physique).

Sonate pour violoncelle de Kodaly; The Wall; La Flûte enchantée.

Six suites de Bach pour violoncelle seul

Journée de boulot dense comme elles le sont toutes depuis plusieurs semaines — pas pris le temps d'aller faire de l'ergo car j'avais une réunion à 9h30, timing trop serré.

Dîner au Local café porte de Pantin puis concert. Yo-Yo Ma impérial dans les six premières suites de Bach. Je me demande comment il pense, comment sont rangées les notes, les partitions, dans sa tête. Deux heures dix de jeu yeux fermés quasi en permanence. A-t-il mal au dos, aux fesses, le bras se crispe-t-il? C'est aussi une performance physique. Je suppose que tout cela est dépassé depuis longtemps.

Après la troisième suite un groupe de jeunes noirs au dernier étage quitte la salle très discrètement (mais je les vois, je suis en face tout en bas), puis plus bas trois blackettes au début de la quatrième. Ont-ils cru que Yo-Yo Ma était un rappeur, comme il y a bien longtemps j'avais pensé je ne sais plus quelle formation être du jazz alors que c'était de l'ultra-contemporain? (nous nous étions éclipsés à l'entracte). C'est dépouillé, austère et dansant. Yo-Yo Ma sourit. Il dédicace la troisième aux Parisiens, la cinquième à ceux qui souffrent ou ont récemment perdu un être cher.
Deux heures de transe.

Ce qui m'a fait sourire en rentrant dans la salle: le plateau vide occupé uniquement d'une chaise.



Une image du passé

Je pensais que les dictionnaires avaient disparu, tués par les outils en ligne comme reverso ou linguee ou les dictionnaires en ligne.

J'étais derrière elle dans la ligne 8 bondée. Elle discutait avec une amis, apparemment elles sortaient d'un devoir de traduction.
(Comment traduire «up and down the deck»? (arpenter le pont de long en large? l'anglais utiliserait de haut en bas, le français explorerait un rectangle?))

Elle portait son Oxford English dans le creux du bras, avec tendresse, comme Milena Jesenska portait ses briques à Ravensbrück, nous dit Margarete Buber-Neumann. (Et toujours j'y pense quand je porte des livres ainsi. La lecture rend fou en tissant des associations qui brisent le cœur.)

jeune fille dans le RER avec un dictionnaire d'anglais


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Sortie en quatre à une cadence élevée avec un "nouveau" qui n'a pas ramé depuis dix ans mais était de niveau national. Ça penche à babord. Je ne sais plus ramer en couple.
Il fait doux. Des chauves-souris au ponton.

H. passe me prendre après son ping-pong et nous décidons d'aller dîner au MaSu pour prendre quelques protéines.
C'était une mauvaise idée.
Epuisés, muscles brûlants, incapables de mener une conversation, tout à la fois nous endormant sur place et trépignant sur nos chaises.
Dommage, c'est un bon restaurant.
Note pour plus tard: en cas d'épuisement, rentrer chez soi.

Coupe des dames en pointe

Réveillée vers sept heures. Veronica Mars saison 3. Je descends vers neuf heures et m'empiffre de corn flakes au prétexte que je vais ramer cet après-midi.

Je sors après avoir longuement hésité sur la façon de m'habiller: collant ou pas, manches longues ou courtes? Il fait chaud dans la chambre, moins dans la rue. Je remonte et me change.

J'ai rendez-vous à midi pour remonter les bateaux. Hier j'ai repéré des magasins qui me plaisent, en particulier cette belle poire d'un mètre trente. Je me demande si elle résisterait à l'extérieur.

statue de poire à Angers


J'achète des chaussettes "Berthe aux grands pieds" (une petite fortune mais elles ne m'irritent pas la plante des pieds), des bodys Petit Bateau (cadeau de naissance), un sac à dos et un bol à céréales Pokémon (cadeau d'anniversaire), deux pulls aux manches chauve-souris (j'essaie d'acquérir une garde-robe plus cool pour les weeks-ends).

Remontage des huits. Je pense que le nôtre est mal monté (mauvaise hauteur des portants) mais comme je n'ai pas la légimité pour me faire entendre, je ne dis rien. C'est à cela que je sais que vieillis: e ne dis rien et ça me pèse à peine, je m'en moque. Je regarde les gens se planter, j'attends le moment où ils s'en rendent compe. C'est curieux à observer. Je pense à O.: «il fallait réfléchir, ils ont préféré me tuer».
Peut-être que cinq ans de folie Gilets Jaunes et antivax jouent aussi: regarder les gens se planter. Le seul enjeu qui reste est de trouver l'énergie de résister pour éviter les catastrophes qu'ils provoqueraient dans leur inconscience autosatisfaite — et pourtant la tentation est forte de les laisser faire, dans une sorte de preuve par l'absurde (et maintenant je rencontre ce même enchaînement au boulot).
(Heureusement Sibylle fera tout remonter comme il faut quand elle arrivera une heure plus tard.)

A midi j'essaie de retrouver le Cube où nous avions déjeuné l'année dernière avec H, mais il est fermé. Cela ne m'étonne pas, c'était un endroit trop joli pour vendre des hamburgers bio (je veux dire que le potentiel de loyers possible était trop élevé pour la rentabilité d'un salon de thé alternatif).
Déjeuner agréable avec Jean-Paul et Madeleine au Barbecue Party. Je mange un peu trop d'ailleurs: vague envie de vomir pendant la course. Cadence 26-28, vent, on se prend une bouée qui nous fait facilement perdre trente seconde, mais dans l'ensemble, ça se passe bien, même si nous ramons moins bien qu'à l'entraînement.

Voilà, j'ai enfin couru la Coupe des Dames avec mon club. En 2018 j'étais à Annecy (car Vincent m'avait dit non, avant de dire oui, mais trop tard pour moi puisque j'avais pris un autre entraînement); en 2019, il n'y avait pas assez d'eau; en 2020 il y avait le covid, en 2021 Fontainebleau n'avait pas de huit de filles et j'avais couru avec Bourges.
Eh bien voilà, c'est fait.

Enfin bon, si l'on voulait chipoter, on dirait que ce n'est pas tout à fait la "vraie" Coupe des Dames: du fait du manque d'eau de la Sarthe, nous n'avons pas accompli le parcours traditionnel de quinze kilomètres autour de l'île St-Aubin, mais nous sommes restées sur la Maine pour neuf kilomètres, avec deux demi-tours et le passage d'un pont aux arches si étroites que le chronomètre était interrompu pour nous permettre de passer en toute sécurité, sans précipitation.
Mais je ne vais pas chipoter.

huit de pointe à la Coupe des Dames 2022


Le soir remise des prix au palais des Congrès. Nous sommes cinquième au général (sur vingt-deux ou vingt-quatre, je ne sais plus), deuxième des coques de pointe (les bateaux de couple sont plus rapides).
Je me gave de soupe angevine, j'adore ça.

Départ pour Angers

Journée en conseil d'administration. Je pars avant la fin pour ne pas rater mon train.

C'était inutile, le train n'est pas prêt, il aura plus d'une demi-heure de retard. Attente à St Lazare. J'en profite pour acheter des écouteurs (j'ai oublié les miens au boulot) et pour réserver un hôtel pour ce soir: à l'origine, c'était H. qui devait s'en charger. Il devait aller à Angers en voiture et je devais le rejoindre en train. La pluie et le manque d'essence l'en ont dissuadé (à quoi bon les kilomètres inutiles si on ne peut même pas décapoter dans la campagne).

Je m'installe à l'hôtel, je pars à la recherche du Grandgousier où nous avions dîné l'année dernière. Angers est très différent, je me rends compte soudain que l'Angers de l'année dernière était faux, paralysé par le covid. Aujourd'hui il est joyeux et animé, c'est vendredi soir.

Je dîne en regardant Veronica Mars sur mon téléphone. Il m'aura fallu du temps pour en arriver là: regarder des séries téléchargées sur mon smartphone. Je ne sais pas si je dois me réjouir de cette modernité ou m'en affliger.
Soupe angevine. J'adore ça.
Peu avant l'addition, je vais aux toilettes et découvre à l'entresol une tablée de Bellifontains. Parmi tous les restaurants angevins, nous avons choisi le même. Je prends mon café avec eux et rentre dans la nuit douce.

Combo gagnant

Ce matin j'ai laissé Les petits chevaux de Tarquinia à la maison, même s'il ne me restait que trente pages à lire: j'avais téléchargé une dizaine d'épisodes de Veronica Mars sur mon smartphone.

Sauf que j'ai oublié mon téléphone dans la voiture garée dans le parking de la gare.
Pas de livre, pas de téléphone.

Dans la journée, H. m'a envoyé un mail : «Tu as pris la voiture mais j'en ai besoin pour la compèt de ping. Je suis allé la chercher.»

Ah oui, la compèt de ping-pong. Donc il ne rentrera pas avant minuit, une heure du matin. Donc j'ai le temps de retourner voir Bullet Train à 19h10 aux Halles.
C'est durant les pubs que je me suis souvenue: comme d'habitude, j'avais laissé les clés de la maison dans la voiture (je n'aime pas me promener avec mes clés, je trouve ça lourd et bruyant).
Pas de livre, pas de téléphone, pas de clés. Et la maison fermée jusqu'à une heure du matin.

Comme je n'avais pas envie de prendre le risque de rentrer en bus comme mardi soir (peur de rentrer après H. et qu'il s'inquiète), je suis allée gare de Lyon dès la fin du film (si je n'avais pas craint de ne plus avoir de train après dix heures, j'aurais dîné à Paris).
J'y suis arrivée avec une demi-heure d'avance, le temps de trouver un livre dans un Relay H.
Constat: je ne connais quasi plus aucun nom de la littérature de gare, et il n'y a quasi plus aucun autre livre que de la littérature de gare dans les Relay H.
Je repars avec Économie utile pour des temps difficiles d'Esther Duflo et Abhijit V. Banerjee.
Je n'ai toujours ni clé ni téléphone, mais maintenant j'ai un livre.

Train à 22h16, à Moret vers 23h10, je me réfugie quelques minutes dans un escalier du parking (le but est de trouver un abri pour ne pas avoir trop froid pendant les deux heures à venir). J'espère dormir la tête sur les genoux mais je n'y parviens pas. Je descends l'avenue jusque chez moi, j'ai vaguement mal aux pieds, mon cartable est lourd.

Dans ma rue j'essaie quelques portails (espoir de me réfugier dans une cabane de jardin, avoir chaud), quelques poignées de voitures. C'est fou comme tout le monde ferme tout. A minuit les lampadaires s'éteignent (c'est nouveau, mesure en place depuis le premier octobre). Je m'approche du hall d'un immeuble bas proche du parking où H. devrait se garer, immeuble évidemment protégé par un digicode. Miracle, une lumière s'allume dans le hall, je vais pouvoir lire à travers la vitre.
Je lis; régulièrement la minuterie s'éteint et je sors de sous le porche pour me re-rapprocher et la faire se rallumer; je tiens ainsi quarante minutes, le froid gagne lentement mais c'est très supportable (j'ai une robe en laine).

Vers une heure moins dix je vais vérifier que je n'ai pas loupé la voiture et que H. n'est pas rentré. L'hôtel du cheval noir au bout de la rue laisse une veilleuse allumée, peut-être suffisante pour que je lise. Je tente, la réponse est oui, c'est plus faible et plus compliqué qu'à ma place précédente, mais il y fait plus chaud sous le porche et je peux enlever mes chaussures sur le paillasson ce qui soulage mes pieds.

Je lis ainsi cent pages; c'est clair et très intéressant. Je me situe à un carrefour de cinq rues (deux qui se croisent plus une); par instants des voitures, vélos, piétons, indiquent que des trains ou des bus viennent d'arriver à la gare un kilomètre plus haut; je pense que personne ne me remarque.
Une heure. Ce serait bien qu'il rentre. Pourvu qu'il ne prenne pas son temps.

Il est rentré à une heure et demie, après avoir ramené un jeune joueur à Avon. J'ai mangé des pâtes au gorgonzola (déjà prêtes: elles m'attendaient bien plus tôt).

Je me demande comment j'arrive encore à me mettre dans des situations pareilles. J'ai gardé un esprit très jeune.

Disney

H. a résilié l'abonnement Netflix hier.
Aujourd'hui il s'est abonné (il nous a abonnés) à Disney. Le soir il a regardé avec ravissement Pretty Woman.

Je dois avouer que c'est avec grand plaisir que j'accueille l'idée d'avoir à disposition Les Aristochats ou Bernard et Bianca. Peut-être même que je vais regarder La Reine des neiges.


Restée à la maison (télétravail) pour cause de légère fièvre. J'espère que je n'ai pas rattrapé le covid samedi.

Mardi

Pendant mon entraînement d'ergo, vaguement regardé le cercueil de la reine se déplacer d'Edimbourg à l'aéroport. C'est aussi longuet qu'une étape du tour de France.

Je révise le grec. J'ai oublié toute la conjugaison.

Il fait chaud et moite.

Flou

Journée dans le brouillard. Est-ce le changement de lunettes?

J'ai la tête ailleurs, dans L'élégance du hérisson. Très agréable à lire (sans compter que nous partageons le goût de la peinture hollandaise et des natures mortes), avec des longueurs à force d'à force (sauté quelques pages passées les deux cents premières).
J'avoue que je n'ose plus reprendre Illusions perdues depuis que Lucien est rentré à Angoulême. Je redoute la suite, même et surtout si je la connais déjà.

Réunion au boulot. Les personnels soignants quittent la profession en masse pour faire autre chose. Le mouvement amorcé à la sortie du premier confinement se confirme, entre ceux qui ont peur et ceux qui ne supportent plus la charge psychique.
Aux Etats-Unis, un mouvement plus général de démission est en cours.

Ergo, à pied jusqu'à Bercy village. H. me rejoint chez Roberta. Le jardin du fond est fermé par insuffisance de personnel (est-ce parce que nous sommes lundi?)
Le matin ça va, mais le soir je suis épuisée.

11 septembre : résumé

Trouvé sur Twitter.

Echiquier : perte d'une reine; perte de deux  tours.


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Sortie en huit quand la brume se dissipe. Le bateau prend forme.
Dans l'après-midi, sans raison précise (pour éviter La gestion de projet pour les nuls), je commence L'élégance du hérisson offert par ma sœur en février.
Il fait très doux. Tant pis pour le repassage.

Intendance

Je m'octroie une journée par semaine sans réveil. C'est aujourd'hui.

Cordonnier (récupéré chaussures bleu marine d'hiver, déposé talons noirs), opticien (posé une colle en demandant des verres roses à ma vue pour mes lunettes roses de 2012), pressing (je me souvenais pas que j'y avais laissé toutes mes vestes d'hiver — le blouson de cuir n'est pas revenu), boucher (repas jusqu'à mardi), sortie canoë (cinquième sortie à deux) écourtée car coiffeur à une heure.

Il pleut vaguement.

Feu d'artifice

Journée sans grand intérêt.

Le soir, quasi au moment de partir, nous parlons du nouveau recruté qui est plutôt mimi (genre mousquetaire blond, barbichette incluse). J'évoque la règle âge N/2 +7. Laure se met à rire:
— J'ai 52 ans, ça fait 26+7, 33; non, c'est trop jeune!
— Moi ce qui me gênerait ce n'est pas tant l'âge mais les souvenirs: t'imagines, quelqu'un qui n'a pas connu la chute du mur? Le club Dorothée ou rien!
— Ah oui! j'avais une copine de ma sœur, c'était Capitaine Flamme. Mais non, moi je savais que c'était Goldorak.

Le soir, H. passe me chercher en voiture chez Toufik car il pleut. Quand j'entre dans le bar, un groupe de clientes à leur dixième bières scandent «A-li-ce! A-li-ce!» Toufik a encore beaucoup bavardé. Une jeune fille prend des photos (un énorme appareil photo) pour un mémoire d'étude en photographie. Elle a un jean amusant, une jambe blanche une jambe jean.

Nous passons à la maison. Je m'habille plus chaudement, nous dînons à la Dame du lac (nouvelle carte, risotto de coquillettes!), puis feu d'artifice sur la rive du Loing.

Je n'ai pas compris l'occasion, le patron de la ville ?

Elizabeth, Charles et les autres

J'avais l'intention de parler de mon irrépressible envie de citronnier, mais la nouvelle du jour, c'est la mort d'Elizabeth II.
A vrai dire je n'en pense rien. Je suis toujours effarée de ce que fait le temps à un corps, et je la remercie de l'avoir porté avec dignité, de nous l'avoir montré sans faiblir. Ça m'aide à vieillir. (Il y a des questions importantes, du genre: «A quel âge la reine a-t-elle arrêté de se teindre les cheveux?»

J'en profite pour faire de la pub pour ce billet sur les bijoux de la reine. C'est un fil Twitter à l'occasion d'une visite de Trump à la reine d'Angleterre.

quatre profils d'Elisabeth II


Passées ces réflexions purement anthropologiques, quelques appréhensions: que va-t-il se passer si l'Ecosse demande son adhésion à l'union européenne? Si c'est accepté, que fera la Catalogne? Verra-t-on l'Irlande réunifiée?

Le rouge ne va pas à Charles III.

Montgallet-Saint-Eloi

Recherche dans le catalogue de la bibliothèque de Paris. Les livres qu'il me faut sont à la bibliothèque Saint-Eloi, à deux pas du bureau. Je prends un vélib et en route.

Je ne comprend pas les indications de Citymapper : pourquoi me faire descendre l'avenue Daumesnil et passer par la rue de Charenton alors que c'est à deux pas par la rue de Reuilly?
Alors je fais à mon idée. Au début tout va bien. je me dis que Citymapper n'a pas voulu m'indiquer un chemin sans piste cyclable en piste propre. Puis ça se corse. Impossible de me rapprocher de mon but sans passer sur une passerelle interdite aux vélos.
Qu'à cela ne tienne, je descends de mon vélib et le pousse à la main. La passerelle André Léo passe au dessus d'un jardin, d'un square encaissé et tranquille. Un havre de paix dans lequel je me promets de revenir. Je débouche sur la rue Jacques Hillairet, à qui l'on a rendu justice en lui dédiant un endroit aussi attrayant.
Impossible de me rapprocher de la bibliothèque. Une autre passerelle semble m'emmener sur la coulée verte et je ne veux pas y aller, car comment en sortir ensuite avec un vélib, lourd à porter dans de probables escaliers?

Demi-tour, rue Hillairet jusque rue de Reuilly. Je dépose mon vélib à la première station (à côté du métro Montgallet) et continue à pied. Le quartier très animé conserve un je ne sais quoi de désuet, sans doute dû à ses passages et impasses. C'est beaucoup moins connu que la butte-aux-cailles mais tout aussi charmant.

Des livres sont peints sur le mur de la bibliothèque.

peinture murale bibliothèque saint Eloi Paris


Je ne connais pas Chimamanda Adichie. (Le titre du livre est Americanah.)

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Pour mémoire:
Le soir sortie en huit de pointe. Huit filles (\o/)
Nouveau sens de circulation sur le bassin.
Repas au club avec H. qui a repris le ping-pong. Je suis ivre de fatigue. Conversation animée avec Denis qui nous paraît poutinophile... sans le déclarer clairement.

Rien

6h58, la Seine à Melun.



Reprise de l'entraînement d'ergo de base, celui commencé pour la première fois en juin 2019 et que je reprends au début à chaque fois que je le reprends (l'année dernière en mars et maintenant).

Le soir, pas d'orage mais une athmosphère d'orage. J'ai dormi comme une masse pendant le trajet. Il pleut quand je sors du train. Il me reste quatre cigarettes. Nous partagerons.

Rien

6h57, la Seine à Melun.



Orage en sortant du train à Moret le soir vers sept heures et demie.
Deux google drive (mes premiers GoogleDrive à moi: jusqu'ici je recevais des photos, je ne créais pas les dossiers) pour partager les photos du mariage et de Cerisy.

Le mariage le plus attendu et le plus inattendu de l'année

Inattendu… En fait je n'en sais rien, peut-être que l'entourage avait senti des frémissements. C'est un retour aux fondamentaux, la protection de la famille et du patrimoine (le mariage d'amûûûrrr date d'un siècle, peut-être moins).
J'apprends que le texte lu à la mairie a changé, qu'on parle désormais de violences psychologiques et physiques. Mazette, nous nous éloignons (enfin) de saint Paul.

Parc Montsouris. Je suis venue pour le plaisir de voir des gens heureux, des gens qui comptent pour moi même si nous nous connaissons peu et avons peu d'opinions communes. De l'humour, la volonté de s'entraider et la capacité à parler d'autre chose que des sujets qui fâchent suffisent à vivre ensemble, ou tout au moins à se lire et à se rencontrer de temps en temps.

Comme prévu je ne connais pas grand monde à part Gilda et les mariés. Je découvre IRL trois blogueurs, Orpheus, Satmandi et Noé cendrier. Je reconnais Padawan (en train de raconter une anecdote, «Moi je suis monsieur "ah mais en fait, quand on te connaît, t'es sympa») et Sacrip'Anne, déjà vus en photo ou en visio. Archéologie, cela fait quinze ans, seize ans que je les ai lus? je confonds un peu les histoires, je me souviens mais je mélange, Fuligineuse, Virgile, Tarvalanion, il y avait un pompier à Toulouse, je n'ose pas poser de questions car je ne sais pas qui est ami de qui, tout cela est trop loin maintenant.

Je déguste les célèbres maamouls: plaisir d'expérimenter la légende.

Durant une semaine la météo a prévu des orages pour aujourd'hui, mais il fait magnifiquement beau. Des gens très organisés ont amené d'énormes poufs (qu'on gonfle en de grands mouvements de bras, m'a-t-on dit) qui donnent le mal de mer (il faut de la cohésion pour s'assoir dessus à deux ou trois) et ravissent les enfants. Il y a des chips, des tourtes, des tartes. Les gens prennent des nouvelles, pour certains cela fait dix ou quinze ans qu'ils ne se sont pas vus. Les plaids et poufs se déplacent au fur à mesure que tourne le soleil, la pelouse est verte et soyeuse, les arbres majestueux. Satmandi nous raconte une histoire de harcèlement (et le peu de mesures prises), la dernière année avant la retraite est difficile. Les conversations tournent autour des projets immobiliers, Le Guillevinec en tête (le Godrick's Hollow des blogueurs).

Je rentre. C'est difficile de se dire que demain il faut y retourner. Photo de pieds car l'un des participants ne veut pas apparaître sur internet.

mariage Anne et Franck. Parc Monsouris. Des pieds


N'oublions pas la page de pub: les livres de Sylvie Lassalle, amie de la mariée.

Correspondants

Réveillés à neuf heures, sans réveil. Oups, en retard, en retard.
Dix heures chez l'opticien, une demi-heure pour choisir une monture et commander des lunettes. Je suis frustrée, voilà trois fois (2018, 2020 et 2022) que je ne peux pas jouer avec les montures et passer un temps infini à toutes les essayer. Mais nous devons prendre le train de onze heures moins dix pour être devant la Sorbonne à midi et quart.

Pour info, je n'ai pas de verres progressifs mais des verres de proximité qui me permettent de travailler facilement sur écran tout en consultant mes notes écrites. Voilà quatre à cinq ans que l'ophtalmo m'a proposé cette solution et elle me convient parfaitement.

Rendez-vous à Paris pour déjeuner avec une cousine d'H. qui vient de Chaumont.
Nous allons servir de correspondants à sa fille admise en prépa-véto à Saint-Louis (cela ne s'appelle plus prépa-véto mais prépa BCPST, biologie, chimie, physique et sciences de la Terre).

Mon dernier souvenir de cette jeune fille remontait à 2019, une ado renfermée toujours auprès de sa mère divorcée et de sa grand-mère veuve. (A sa décharge c'était dans une cousinade d'une cinquantaine de cousins dont elle ne devait pas connaître la moitié.) Aujourd'hui elle ne quittera jamais un sourire épanoui. Elle m'étonne car elle sait parfaitement ce qu'elle voulait: pas Reims, le lycée ne lui plaisait pas, Dijon plaisait à sa mère mais elle était sur liste d'attente pour l'internat, donc Paris.
Elle paraît comme un poisson dans l'eau, ravie d'avoir obtenu ce lycée (elle a raison), à l'aise dans la capitale et dans l'établissement, non désarçonnée par les éventuelles différences de classe sociale (elle vient d'un milieu très modeste) ou de culture générale. Il faut dire que c'est moins handicapant dans les prépas scientifiques.

Parenthèse : les œuvres littéraires au programme sont Les Géorgiques, La condition ouvrière de Weil et Par-dessus bord – Forme hyper-brève de Vinaner. Soudain je comprends cette photo, sans doute un étudiant en prépa pour faire sup-aéro.

La cousine d'H. en revanche n'en revient pas d'être à Paris; tout l'étonne et l'émerveille, avec humilité: «si on nous avait dit ça!»; j'ai une impression de dialogues des années 50.

Nous les emmenons déjeuner au O'Neil (mon idée est de lui fournir une adresse peu chère et pittoresque où emmener ses copines). Puis nous inventons au fur à mesure une déambulation pseudo-touristique (au départ les parents devaient repartir à trois heures. Ils ont changé d'avis au dernier moment, nous prenant de court), par le collège de France, le Panthéon, l'institut Curie, la rue Mouffetard. Citronnade et repos aux arènes de Lutèce, transformées en jardin depuis la dernière fois que j'y suis venue il y a une dizaine d'années avec Déborah. Bancs, vignes, jeux de kermesse pour les enfants, scène pour du théâtre ou un concert ce soir.

J'ai les pieds en compote, je n'ai pas les bonnes chaussures, je n'avais pas prévu de marcher autant.

Retour au lycée. J'exhorte la jeune fille à nous contacter en cas de problème, quel que soit le problème.

Nous les laissons, ils rentrent à Chaumont.
Direction Mariage rue des grands Augustins. Achat de thés. Le salon de thé est toujours fermé, je me demande s'il rouvrira un jour. Nous claudiquons jusqu'à l'île de la cité. Un thé et un coca en terrasse dans le centre de l'île, puis ligne 1, ligne R, à la maison, non sans avoir épluché les films programmés alentours et être parvenus à la conclusion que nous voulions juste rentrer chez nous.
Et enlever mes chaussures.

Dernier jour

J'avais commencé ce billet pour bitcher : je n'ai jamais compris l'anti-pantacourt (police fashion) de certains amis, mais aujourd'hui j'ai découvert l'horreur: un bas de survêtement pantacourt, collant du genou au mollet (et donc vaguement bouffant au-dessus).
Le pantacourt je ne sais pas, mais ça non.

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Ce matin les plus jeunes chercheurs devaient produire un rapport d'étonnement. Comme ils ont beaucoup joué ensemble (pétanque, ping-pong), ils ont également travaillé ensemble sur leurs interventions de ce matin, interventions courtes, claires, complémentaires, une question chacun.

Je donne donc quelques notes pour conserver des anecdotes et des sources (des noms).

- Yuweh: la question de la vérité et du savoir n'a pas été posée (perspective philosophique).
Andrea: Il a vingt ans, j'aurais donné une réponse fictionaliste. La fiction construit sa propre vérité et ses propres lois.
Eric: Peut-être parler d'échec.
Aujourd'hui Frenhofer est un raté, à l'époque de Madeleine Ambrière, c'était un génie martyr. Les lectures ont changé et changeront encore.
A l'époque du Dictionnaire balzacien j'avais demandé à Madeleine Ambrière: fait-on une entrée «échec»?
Réponse de Madeleine: l'échec n'est pas balzacien, il y a toujours rebond.
Et donc nous avons fait une entrée «échec»: voir réussite.

- Tristan (thèse en génétique): La mise en ligne de l'œuvre va permettre de lire dans d'autres sens que l'édition Furne corrigée qui n'a même pas été publiée du vivant de Balzac.
Site suisse Variance.
Andréa: Pierre Barberis disait: il faut lire trois fois Balzac, une fois dans l'ordre Furne corrigée, une fois dans l'ordre chronologique des éditions et une fois dans l'ordre des brouillons.
L'importance du support: lire le même texte en feuilleton ou en livre ne donne pas la même lecture.

- Karolina: nous avons vu la prise en compte de la science par Balzac.
Quid de la prise en compte de Balzac par la science?
Réponse: en cours mais pas évident pour des problèmes de financement et de pouvoir.

Reprise d'Eric: de façon générale il faut évoquer le problème de l'anachronisme. Référence: François Hartog.
Homosexualité : mot inventé en 1869 en Allemagne. pour éviter l'anachronisme, dans le Dictionnaire Balzac, «homosexualité»: voir «troisième sexe», expression de l'époque.
«Psychologie»: faut-il renvoyer à «intériorité»?

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Les interventions terminent plus tristement en évoquant la difficulté des universités, de leur tendance à trop travailler en silo (un dix-neuviémiste ne peut pas travailler sur le XXe); D'un autre côté, remarque un autre, l'appel actuel à travailler en transdipliscinarité est due surtout aux manques de financement: l'université des humanités manque d'argent.

Conclusion d'Andréa: le colloque de 1980: réhabiliter Balzac contre la Nouvelle Critique (Barthes, etc). Militantisme pour défendre Balzac.
Le colloque de 2000: on était au-delà. Davantage multiple. On recommençait à faire de l'histoire. Encore de la socio-critique. Colloque très agréable, mais sans thèse.
2022 : beaucoup de défauts, mais réelle tentative d'interdisciplinarité en partant de ce qu'on connaît.

Christelle (déjà là en 2000): le côté éparpillé de 2000 était dû qu'il y avait énormément de jeunes balzaciens. J'espère que les jeunes d'aujourd'hui se sont également senti bien accueillis en 2022.

Claire (idem): bons souvenirs. Etonnant qu'il n'y a pas eu d'intervenant sur "Balzac et l'histoire".

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L'heure des adieux. Je déteste cela.
Des promesses de se revoir, de s'appeler: avec le temps j'ai appris à ne plus trop y croire, tout en laissant la porte ouverte. Après tout, quatorze ans que je vois quasi mensuellement Elisabeth rencontrée à Cerisy, sans compter les amis qu'elle m'a fait rencontrer. Tout est donc possible.

Retour par les chemins de traverse. Passage à Mortagne voir A. (excellent glacier). Rentrés tard dans la nuit, épuisés. Nous écoutons la biographie de Glenn Gould pour soutenir notre attention.

Excursion chez les Cahun

Difficile réveil, je me rendors trois fois. Il fait beau, peu de brume. Nous aurons eu de belles journées malgré les prévisions pessimistes.

Balzac le matin, Cahun l'après-midi; je vais soutenir Lucie.

En gros, les Balzaciens rappellent ce qu'ils ont écrit, les Cahuniens imaginent ce que Claude Cahun pensait et croyait et chacun défend qu'il la comprend mieux que son voisin. Cette approche est vraiment de l'ordre de l'approche amoureuse: c'est moi qui détient la vérité de la personne que j'aime.
Je pense qu'il en est ainsi chaque fois qu'on étudie quelqu'un de peu connu et qu'on ne se confronte pas à des milliers de lecteurs.

Claude Cahun et sa publication au Mercure de France (j'entends le nom de Rachilde dont je n'avais pas entendu parler depuis longtemps), la fonction de l'acte de résistance au nazisme dans la vie de Cahun, la transcendance selon Cahun et son attirance pour le bouddhisme.

A dîner, je suis assise non loin d'un organisateur. J'en profite pour m'étonner qu'il n'y ait pas davantage d'étudiants dans les colloques (peut-être pas à Cerisy éloigné mais au moins à Paris). Réponse du professeur: dichotomie entre les élèves bêtes à concours qui préparent l'agrégation et ne se dispersent pas et les autres qui ne sont pas très motivés pour quoi que ce soit.
Il raconte drôlement la différence entre les bobos de Montmartre qui veulent que leurs enfants aient un an d'avance dès la maternelle et ceux du XVIe qui à l'inverse refusent parce qu'ils ne veulent pas que leurs enfants soient désavantagés en arrivant dans des classes où ils ne seraient pas premiers de la classe.

Nous expliquons les classes préparatoires à un professeur en Angleterre, la façon dont elles vident les universités et créent des distorsions.
— D'un autre côté, tous les profs rêvent d'y enseigner.
L'Anglais (il n'est pas anglais mais je ne connais pas sa nationalité) pose the question: «Ça coûte cher?»
Eh non, ça ne l'est pas. Peut-être que cela explique que les étudiants choisissent leurs études avec tant de légèreté et s'autorisent à changer trois fois de filières. (De mon temps, ma bonne dame, on voulait travailler et ne plus peser sur ses parents. Aujourd'hui ce souci ne semble plus effleurer grand monde : comment est-ce possible?)

Je bitche, pour le plaisir:
— L'impressionnant, en France, c'est le nombre d'étudiants en psycho.
A ma grande surprise, au lieu de provoquer un blanc réprobateur, je déclenche le rire du professeur français:
— Un tiers en psycho, un quart en histoire. Les autres disciplines des humanités se partagent le reste.
Le prof anglais: — Mais pourquoi?
Moi: — Je connaissais une psychologue qui disait que s'inscrivent en psychologie les jeunes qui auraient besoin de consulter. C'est sans doute réducteur, mais c'est amusant.

Le soir, film sur les actes de résistance de Claude Cahors sur l'île de Jersey. C'est un film en cours, non terminé. (Un autre film davantage grand public devrait avoir Vanessa Paradis comme actrice principale. Têtes de mes intellectuels.) J'aime les actes de résistance qui nous sont montrés, des tracts abandonnés dans des journaux, des commentaires sur les tombes, sans jamais savoir si ce sera lu et par qui.

Cave. Porto. Pas de ping-pong.

Puis longue discussion avec Eve dans l'étable, pour ne gêner personne — et n'être entendues de personne.
Certains moments résonnent avec la discussion ci-dessus. Elle enseigne à Oxford: «tous les professeurs sont évalués par leurs élèves. Si l'un d'entre eux décroche, il a le droit de me demander des comptes.»
Mais évidemment, tout cela est payant, et très cher.
Il y a sans doute un milieu à trouver, mais il faudrait au moins accepter de se poser la question.

Décodons à pleins tubes

A rebours des prédictions pessimistes de la semaine dernière, le temps se maintient au beau. Ce matin, la brume en face du chateau donne un air de savane au bocage normand.

brume à Cerisy août 2022


Petit déjeuner avec un jeune doctorante qui nous raconte sa difficulté à vivre dans une chambre double aux Escures: difficile de ne jamais pouvoir réellement se détendre puisqu'on est toujours dans une interaction sociale, sans compter la pulsion de travailler la nuit qui se trouve empêchée. Il faut bien reconnaître qu'être ici en tant qu'auditeur est une fonction privilégiée.

Je retrouve H. tout heureux d'avoir rencontré une thésarde sur la modélisation géographique (je simplifie). Il y a davantage de mathématiciens ici que je ne l'aurais imaginé (d'où les livres achetés par H.).

Après le déjeuner je récupère mes livres et j'ai la joie incrédule de découvrir dans Secrets, complots, conspirations un article sur Frantômette.
Un oeil sur l'article me fait aussitôt penser qu'il va falloir les relire. Il y en aurait quatre-vingt-quinze (un tiers portant sur des associations secrètes), il me semble qu'il m'en manquait sept à la sortie du collège (mais il n'y en avait peut-être pas quatre-vingt quinze à l'époque).

Beaucoup de départs et d'arrivées aujourd'hui, est-ce parce que c'est le week-end? Il faut dire que venir ici est compliqué, un train ou avion d'Italie ou de Chine pour Paris puis l'un des rares trains jusqu'à Lison ou St-Lô, en début ou fin de journée, puis taxi ou bus. Mais justement, après un tel périple, autant rester longtemps plutôt que pour un saut de puce.

Quoi qu'il en soit, peut-être parce que les intervenants ayant déjà parlé sont plus détendus, ou grâce à la demi-journée de détente qui a permis de mieux se connaître, les échanges sont plus sereins et relèvent davantage de la conversation informée qui fait le charme de Cerisy.

L'après-midi, présentation du site ebalzac. L'ambition est extrêmement vaste. D'une part il s'agit de la numérisation de l'œuvre, ce qui a déjà été fait, mais celle-ci présente la photo Furne et Furne corrigée en vis-à-vis de la version numérisée (on nous signale des erreurs dans l'édition de la Pléiade); d'autre part le dessein est d'y adjoindre à la fois les références explicites de Balzac (les œuvres citées par Balzac) et les œuvres implicites, celles qui circulaient à son époque.
Les premières œuvres ainsi adjointes sont celles d'économistes car elles sont disponibles déjà numérisées ailleurs.
L'idée est d'essayer de retrouver les sources de Balzac, conscientes ou inconscientes. La volonté d'omniscience, de puissance (se faire Dieu, tour de Babel) me laisse songeuse. Reconstruire une époque, quelle difficulté, quelle impossibilité.

A l'occasion d'une recherche je trouve cette carte balzacienne.

L'intervention suivante se fait en visio-conférence à partir du Québec, belle évolution depuis Cerisy 2008.

Le soir, omelette norvégienne, anniversaire de Pierrette et ping-pong, tournantes et matchs en double. Je progresse. (J'ai gagné un match de double en équipe avec Andréa Del Lungo. Quelle émotion.)
Beaucoup d'étoiles quand nous sortons de la cave.

Des huîtres

Petit déjeuner avec une intervenante qui nous explique que si beaucoup de professeurs ne viennent que quelques jours, c'est qu'ils manquent de temps: ils profitent de l'été pour mener à bien des travaux plus personnels, le reste de l'année ils sont débordés par des charges administratives de plus en plus envahissantes1.

Ce que je remarque, c'est que beaucoup des présents passent du temps au téléphone, ce qui n'était pas possible en 2008 quand un filet d'ondes permettait d'avoir du réseau le soir vers 18 heures les jours de beau temps, à condition d'être chez Bouygues ou Orange.
Bizarrement, cette possibilité d'être davantage connecté n'aide pas les personnes à rester plus longtemps car elles n'oublient plus le reste du monde. Leurs obligations et contraintes les rattrapent («on vous sonne, vous obtempérez?!» constatait goguenard Tristan Bernard ou Alphonse Allais au début du téléphone Jean-Louis Forain quand Degas se fit installer le téléphone).

Les interventions de la matinée sont consacrées à l'économie (la politique économique) et la présence des chiffres. Certains dans la salle sont avides d'obtenir une équivalence en euros, ce qui me paraît étrange. Il me semble que l'important, c'est le fonctionnement interne du texte, que les chiffres ne sont que destinés à nous dire «il est pauvre», «elle est riche», «sa maîtresse lui coûte cher», «il est ruiné». D'ailleurs une personne dans la salle parle de proportionalité à l'intérieur des récits, ce qui me paraît très juste. Mais il est vrai que je serais preneuse d'une table de transcodification entre sous, francs, livres (dans Illusions perdues, par exemple). Je suppose que cela existe quelque part, mais j'aurais aussi vite fait de le faire moi-même.

L'après-midi est libre. Il n'y a pas eu de proposition de sortie ensemble pour un lieu ou un autre, et donc nous avons prévu à la demande de Christopher (américain à Rome) d'aller manger des huîtres au bord de la mer. Ce sera ce soir, car Lucie veut travailler à son intervention de samedi.

Sieste, promenade dans le parc (décharge électique contre les barbelés: je ne m'y attendais pas, pour moi c'était barbelés ou électricité, pas les deux). Quand nous revenons, de jeunes balzaciens jouent à la pétanque. C'est enfin ce qui doit être.
J'ai pris quelques photos, précieuses quand ils seront célèbres dans vingt ans2.

jeunes Balzaciens jouant à la pétanque à Cerisy


Je participe à ma manière en fournissant mon cordon de lunettes pour mesurer l'écart boule-cochonet.

Départ pour Hauteville. Miriam monte en décapotable avec H., je monte avec Christopher, Lucie, Eve, Cristiana et me taille un franc succès en diffusant Elle voulait revoir sa Normandie (j'aime faire connaître le vrai folklore français aux étrangers, ce qu'ils n'entendront pas en cours). Eve entame une conférence sur les textes problématiques de Sardou (Balavoine chanterait-il L'aziza aujourd'hui?), ce qui doit être particulièrement obscur pour les Américain et Italienne.

Terrasse face à la mer. Vent, coucher de soleil, huîtres, Pouilly-Fuissé. Bonheur.

huîtres à Hauteville

Il se trouve qu'Eve connaît (ou est connue de) Pierre Boyer. Evidemment, puisqu'ils ont les mêmes idées, mais elle sans la culpabilité puisque femme.
Elle ne désarme jamais et c'est ainsi qu'au moment du dessert elle s'exclame: «le sucré est féminin, les hommes mangent du fromage».
Voilà autre chose. Depuis, je me demande si mon grand-père mangeait des ou du gâteau. Question de classe, question sans réponse: il y avait du gâteau les jours de fête, on en mangeait pour célébrer la fête. Les autres jours, c'étaient des fruits. Les fruits sont-ils féminins?

Retour dans la nuit. Cette fois-ci c'est Eve qui monte dans la décapotable (mais elle ne connaît pas La Voie sacrée).

En arrivant au château, je m'aperçois que j'ai totalement oublié qu'il y avait une projection de La peau de chagrin de la BBC. J'en attrappe quelques minutes au vol: trop kitsch, trop Jane Austen (je veux dire les adaptations filmiques anglaises, si précises dans leur reconstitution qu'elles en deviennent jolies).



Note
1: j'ai découvert cette charge en lisant le blog de GC et je reste abasourdie de ce travail qui à mon sens devrait être confié au secrétariat des universités.

2: je me souviens d'un savoureux récit autour d'une photo de Heidegger dont le geste rappelle la pétanque.
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