Alice du fromage

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mardi 8 septembre 2020

Souvenirs argentés

Pour vider le fond à droite (voir dimanche 30) il faut trouver une place pour mes boîtes à chapeaux. J'ai donc vidé le dessus du placard du couloir. Il s'y trouvait des objets oubliés, destinés à des cadeaux: des DVD (même Les Tontons flingueurs!), Ma Dalton, des puzzles, un harmonica et une méthode (qu'H. a voulu garder). Dans un carton se trouvaient des coupes et des verres qui dataient d'août 2000 (baptême d'O.) Bizarre, je pensais que c'était des brocs et des cendriers.

Et il y avait des radios. Des radiographies. Je pensais m'en être débarrassée depuis longtemps. Des radios d'épaules, des radios de cortex, de dents, de mains. Avec des dates, ce qui me permet de mettre des dates précises sur des événements que j'étais incapable de resituer. J'en ferai des billets à l'occasion.

Je les ai mises dans une enveloppe pour les donner à la recyclerie — s'ils les prennent. C'est très lourd.

PS : encore une lettre recommandée — hélas la même qu'hier, sans doute un bug de la poste. Nous étions presque déçus.

lundi 7 septembre 2020

Journée variée

- Explosé deux pneus sur un angle de trottoir en voulant éviter un type qui roulait au milieu de la route.

- H. a reçu une lettre recommandée envoyée par le voisin fourbe. Il faut savoir qu'il y a deux ou trois ans H. a monté une boîte en lui demandant comme un service de prendre 1% des parts. Et donc aujourd'hui, H. a reçu une lettre recommandée qui lui réclamait les comptes 2018. J'aime tellement les dernières phrases que je les copie ici (fautes incluses) pour les conserver:
L'ensemble de ces informations ayant dû m'être adressé par écrit, avant la tenue de chaque Assemblées Générales, ne perdez pas de temps à me répondre qu'ils sont consultables au siège de la société.
A défaut de me transmettre ces éléments sous 15 jours, j'entamerais les suites judiciaires qui s'imposent.
Le voisin (Tullius pour les intimes) paraît avoir oublié qu'il était présent lors de l'AG 2018 organisé dans les bureaux de l'expert-comptable. Bref, crise de rire dans l'après-mid avec le-dit expert-comptable.

J'adore la tournure : «Ne perdez pas de temps à me répondre qu'ils sont consultables...»
«Ne perdez pas de temps à me répondre...» comme «Ne perdez pas de temps pour acheter ces superbes chaussettes...»
Quant au siège de la société... c'est la maison. J'aimerais tant lui répondre de venir — parce que je pense qu'il n'en aurait pas le courage et que l'exposition de la lâcheté a toujours quelque chose d'instructif (mais H. n'est pas joueur).

- Comme j'ai reçu des mails pour la reprise des entraînements en huit, j'ai appelé Anne pour officialiser mon départ. Nous avons discuté pendant deux heures, uniquement d'aviron.

vendredi 4 septembre 2020

Foyer

Apparemment des animateurs de centre aéré ont été testés positif deux jours avant la rentrée (ne pouvait-on penser à les tester plus tôt?), ce qui fait qu'une école sera ou ne sera pas fermée.

Sur ordre de la mairie, quatre-vingt-onze enfants devaient être testés lundi, mais la mairie n'avait pas prévenu le labo… qui n'avait pas assez de tests.

******


PS : le crépi est en train de sécher, il blanchit. Il paraît qu'il foncera à chaque pluie pendant quelques mois car le produit est hydrofuge.

jeudi 3 septembre 2020

Du jaune au gris

En mars 1998 quand nous avons signé la promesse d'achat pour notre maison celle-ci était blanche. Le propriétaire s'est mis en tête de la repeindre avant son départ et — parce qu'il partait en Provence? — l'a repeinte en jaune.

J'ai détesté cette couleur dès le premier instant mais nous n'avions pas d'argent pour repeindre la façade. La maison est donc restée jaune, ceux qui la connaissent le savent, ceux qui ne la connaissent pas mais ont mon adresse peuvent aller la contempler sur google Street view.

Le ravalement a commencé. Je l'ai photographiée ce matin avant de partir: l'adieu à la maison jaune (le jaune est plus foncé que celui des vingt ans précédents : les ouvriers ont passé une sous-couche également jaune (!) pour faire tenir le crépi, d'où l'aspect inégal de la couleur. On voit également les restes couleur ciment d'une porte murée le premier été (2000) et jamais peints).

Fatalitas ! Ce soir elle n'est pas blanche, mais grise. C'est laid, ça fait chantier.
Bon, je devrais m'en fiche puisque je m'en vais.
Mais ça me fait de la peine malgré tout. (Et puis d'un point de vue marketing, est-ce vendeur ?)

Il paraît que ça devrait s'éclaircir en séchant.



En écrivant ce post, je me rends compte que je suis vraiment inquiète: ça ne me plaît pas du tout.

mercredi 2 septembre 2020

Les transports du futur

Affiche à Nanterre préfecture.



En fait les deux sont vrais: la voiture sans conducteur et le conducteur sans voiture.

Ce qui est perturbant, c'est que lorsque je discute avec des jeunes et leur parle d'un monde où quasi plus personne n'aura de voiture personnelle, où les trains de courte distance auront disparu au profit de bus-navettes qui viendront vous chercher à domicile ou de ponts dont la signalisation changera entre le matin et le soir (le nombre de voies dans un sens et dans l'autre variera) en fonction des flux attendus, ils me regardent comme si j'étais folle et se détournent poliment. Cela m'est encore arrivé en juillet à jrs.
Pourtant, ce sont eux les jeunes, ce sont eux l'avenir.

Ils ont le même comportement que les vieux (comprendre: ceux de mon âge) quand je leur dis que la plupart de mes connaissances sont (ou furent) des blogueurs. Ils me donnent alors l'impression d'être une dangereuse anarchiste qui préfère la compagnie de gens qui n'existent pas à leur compagnie. (Je crois que ça les vexe).

mardi 1 septembre 2020

Adieux

Je suis passée au CNF pour dire au revoir à Vincent et Claire et leur laisser une bouteille.
C'était émouvant — mais je me rends compte au soulagement que j'en éprouve que c'était devenu trop lourd, entre la difficulté de venir de Nanterre le midi (un RER, un métro) et celle de retourner à La Défense le week-end (ce qui était stupide, j'en avais conscience, mais comment abandonner les rameuses du huit?)

Finalement le virus aura eu raison de tout cela: plus personne ne parle du huit (personne ne s'est connecté sur l'application qui nous permettait de nous organiser, ne serait-ce que pour tenter de faire un quatre) et il est difficile de ramer le midi sans vestiaire donc sans douche.

J'ai oublié de remercier Vincent pour tout ce qu'il m'a apporté depuis deux ans: j'ai beaucoup progressé, j'ai découvert des pans entiers de technique que j'ignorais. Il faudra que je lui envoie un sms.

Bon, et maintenant, changer de boulot.

dimanche 30 août 2020

Dimanche sans histoire

Un quatre le matin. Je suis au quatre, qu'au CNF on appelle le un et qu'à Fontainebleau ils appellent la vigie.
C'est joli.
Toujours pas d'accès aux vestiaires. La fédération en autorise la réouverture, mais avec de telles contraintes d'espace (les célèbres quatre mètres carré) et de nettoyage que le club y a renoncé.

J'ai trié un mètre carré (à vue de nez) de grenier: les posters, quelques planches, le sac destroy qu'on voit le long du radiateur, la radio-lecteur de DVD qui nous a accompagné dans la cuisine de longues années et qui va partir à la recyclerie. Le but est d'atteindre le fond à droite dans l'ombre de la photo, mais il faut se pencher dans les toiles d'araignée et je n'en ai pas envie.

Les cartons blancs de ramettes de papier contiennent les décorations de Noël, le coffre en plastique vert des petites voitures en bon état. C'est fou tout ce bazar qui met le cerveau en échec. Qu'en faire? Donner, garder, jeter. Certaines choses paraissent si dérisoires qu'on n'ose même pas les jeter.
Et puis avouons-le: je songe à Toy story 3 et au feu qui attend les ordures.
Il y a longtemps que je sais qu'avoir de l'imagination est une malédiction.


Photo panoramique prise à partir du seuil.

mercredi 26 août 2020

Toujours pas grand chose

Télétravail. Rapprochement de bases pour le boulot en re-regardant (donc d'un œil) Better Call Saul. C'est vraiment un personnage attachant, par sa gentillesse, son astuce et sa folie.

Ce matin au lit avant de me lever je repensais à la question «Ce n'est pas trop dur de laisser la maison où les enfants ont grandi?» et je me disais «Non. Non au contraire. Parce qu'ils ne sont plus là.»

Durant toutes ces années je savais en me levant en me couchant où était chacun dans la maison. J'entendais mentalement leur respiration, je les sentais vivre.
La maison a beaucoup bougé ces dix dernières années. H. à Mulhouse ou Tours en semaine, C. en Suisse puis de retour avec Isa, A. puis O. en Allemagne, Deborah et Felix à la maison,… Chaque jour ou presque la maison respirait différemment.

Il y a deux à trois ans, les grands sont partis, H. est revenu. En décembre O. est parti à son tour. En février l'arbre a été coupé. En mars le confinement a commencé.

Le matin, le soir, la journée, je sentais les pièces vides, une impression de désert sous le vent. C'était quasi palpable. Personne ne respirait. Toute cette place pour nous… C'était à la fois trop grand et trop petit.

mardi 25 août 2020

Pas grand chose

Lorsque les ouvriers ont attaqué le tour des fenêtres au karscher (décapage avant peinture), l'eau a dégouliné à l'intérieur du salon sur le mur repeint par eux-mêmes il y a un an.
Plus de peur que de mal (il a fallu éponger un moment, le temps que les joints rendent toute l'eau), mais les ouvriers manquent de finesse, parfois. (Le vrai terme est: «quels bourrins!»)

Pas grand chose. Journée au bureau à Nanterre. Roman africain, la blessure des deux guerres mondiales. Un aller au box (six cartons de poches, deux chaises). Resto "La Ferme", par flemme. C'est plein. Ça fait plaisir.

lundi 24 août 2020

Harcèlement

Afin de pouvoir monter les échafaudages pour le ravalement, nous avons fait enlever deux tonnes et demie de pierres et gravats divers le long de la maison. (En volume c'est moins impressionnant, une vingtaine de brouettes.)

H. a donné un coup de main aux ouvriers qui sont les mêmes que ceux qui ont travaillé dans la maison au printemps 2019. Je sais qu'ils nous aiment bien parce qu'on ne les regarde pas de haut. En conséquence ils bavardent beaucoup.
J'en fais la remarque à H.
— Si tu savais… Bernard m'a dit… «vous vous n'rendez pas compte m'sieur Duchmoll. Entre les hommes qui nous méprisent parce qu'on est des ouvriers et les bonnes femmes qui attendent juste que leur mec soit parti pour se faire sauter…»

J'en suis restée comme deux ronds de flan.

dimanche 23 août 2020

Deuxième tour

Quatre de couple à Fontainebleau. Je ne peux pas dire que je commence à connaître du monde, d'une part à cause de la rotation des vacances qui fait que ce ne sont pas tous les mêmes qui sont là à chaque fois, d'autre part à cause des masques.
Cette fois-ci nous sommes montés jusqu'à l'écluse de Champagne. J'apprends les règles de circulation sur le bassin.

La peinture de la mezzanine a craquelé au-dessus des étagères à DVD. Sans doute une fuite cet hiver. Les ouvriers vont repeindre dans la semaine. Nous avons mis les DVD en carton et emmené les étagères dans le box. J'en aurai profité à peine six mois.

Donné deux sacs de fringues à une voisine qui part deux semaines en Pologne dans sa famille. J'ai donné la robe que je portais pour le baptême de O. en août 2000, il y a vingt ans.

Commencé à trier des petites voitures, des billes (que veulent conserver les enfants?). Jeté le contenu de trois classeurs de cours, de première, deuxième et troisième années de licence de théologie. Ils étaient bien rangés, j'ai dû passer du temps à les classer à un moment de ses six dernières années. J'ai eu le plaisir de retrouver ma dissertation de théologie fondamentale de fin de première année (juin 2012). J'en ai perdu le fichier informatique et je pensais ne jamais la revoir. J'avais totalement oublié en avoir un exemplaire papier. Je vais la scanner.
Les classeurs vides iront à la ressourcerie. Comme dirait H., tout ce qui sera donné ou jeté ne sera pas à transporter.

samedi 22 août 2020

Box

L'agente immobilière nous a demandé d'enlever quelques meubles du salon pour le faire paraître plus grand.
Dans l'après-midi H. a loué un box de quatre mètres carré qui va servir de tampon entre la mise en vente de la maison et l'emménagement dans le loft.
Nous avons fait un premier tour ce soir pour mettre de côté un fauteuil à bascule et le coffre à bois.

vendredi 21 août 2020

Devenir Liz Taylor ou Simone Signoret

Cela fait des années que je me bats avec mon poids.
Je me demande si je ne vais pas laisser tomber.



Allons, je vais recommencer l'entraînement d'ergo, ce sera toujours ça.
La coupe des Dames est prévue pour le 18 octobre. Nous allons voir comment cela se passe à Fontainebleau. Aurai-je une place dans le bateau?

jeudi 20 août 2020

Retour de vacances

Marché. Trois ou quatre commerçants, au plus.
Curage des canalisations évacuant l'eau de la cuisine. (Il y a eu un dégât des eaux pendant notre absence, le lave-vaisselle a refoulé, le plancher est légèrement gondolé. Zut.)
Trois lessives, dont deux de draps.
O. est revenu. Il était à St Tropez (ma chère), il nous raconte le festival du château de la Moutte où il travaillait à la comm et à la logistique. Il repart ce week-end pour Valloire. J'espère qu'il ne pleuvra pas demain, il faut laver du linge.

Il fait chaud et lourd.

vendredi 14 août 2020

This is Bryan

Une heure de visite guidée du marais poitevin. Très impressionnant, très beau, très vert, très calme.



Plus de huit mille kilomètres de canaux paraît-il. Il y a eu beaucoup d'anguilles ici, mais elles ont été surpêchées. L'hiver l'eau inonde les parcelles qui sont comme autant d'îles (autrefois à la belle saison on y déposait les vaches par barque). Au IIe avant JC, tout ce territoire était inondé (et c'est celui qu'a inondé la tempête Xinthya en 2010); il a été gagné sur la mer par le travail des moines de Maillezais et d'ailleurs. Conserver les canaux est un travail incessant: ils s'élargissent et s'embourbent, plusieurs associations et organismes de la région les curent et replantent des frênes pour maintenir les berges.
Des portes destinées à évacuer l'eau donnent sur l'océan. Les vantaux forment une pointe qui avance vers la mer: quand la mer monte, elle bloque les portes, quand elle descend, l'eau du marais pousse les portes et se déverse dans la mer.
La simplicité du dispositif m'enchante. J'aimerais voir ces portes.

Repas près de l'eau sous la tonnelle. Nous contemplons l'adresse des jeunes gens dans les barques, pantalon gris et chemise blanche, qui orientent leur barque en tournant leur rame de quelques degrés. Nous piquons vingt minutes de roupillon à l'ombre d'un pommier avant d'être chassés: «Vous ne pouvez pas rester là, c'est la zone de décontamination des gilets» (qui pendent à l'air libre sous un hangar. On se croirait en pleine guerre nucléaire.)

Visite guidée de l'abbaye, avec un guide plein d'allant dont l'anticléricalisme est digne de celui d'un instituteur de la 3e République.
Lorsqu'il nous abandonne, nous nous installons sous le noyer derrière la nef. On est bien. Nous commençons nos recherches: il nous faut une chambre pour la nuit. Toujours la même erreur: l'été il ne faut pas s'y prendre au dernier moment le week-end, tout est réservé pour des mariages. L'hôtel le plus proche au sud est à Cognac.

Allons il faut repartir. Une dame vient nous interroger à la recherche d'un doudou. J'espère qu'elle le retrouvera. Nous sortons. Achat de cartes postales. La boutique a beaucoup changé en deux ans, beaucoup plus de livres sur la vie monastique et pratiquement rien sur Rabelais.
— Comment va ton genou?
À ce moment-là je pense «il faudrait passer acheter de la glace» ce qui me mène à «M***! on a encore oublié le médicament dans le frigo de l'hôtel!» (Je jure que ce n'est pas un running gag destiné à vous faire rire ou soupirer.)
Et donc demi-tour, retour à Fontenay-le-Comte. Il est presque six heures, il fait chaud, on commence à s'engueuler. Pause urgente: retour à Maillezais, diabolo-menthe sous la tonnelle, achat d'un couteau de poche pour découper notre pain d'épices.

Nous repartons pour Cognac par les petites routes. Décapotable le long des canaux puis dans la forêt. Nous sommes seuls, la chaleur s'apaise dans le soir.
Où dîner? Nous sommes au milieu de rien.
Aulnay. Place Aristide Briand. Le café ferme. Le bistro à vin ne sert pas de casse-croûte: «mais à la sortie de la ville, vers la gauche, il y a des Anglais qui servent des plats».

Relais d'Aulnay. Ils acceptent de nous servir si nous ne sommes pas pressés. Mais non, nous sommes prêts à tout pour avoir un dîner.
Notre table est une bobine en bois pour enrouler des câbles posée sur le flanc.
Chicken Pie. Onion rings. Mayonnaise. La nuit tombe, des leds s'allument.
J'entends un chuitement genre Dark Vador. Je tourne la tête.
— Oh, regarde !
Je montre à Hervé une petite chouette perchée sur une chaise proche. Elle bouge la tête, s'agite mais ne s'envole pas. Un autre couple la remarque. La serveuse revient. Je chuchote:
— Look, there is a bird.
Elle se redresse et s'exclame: — Oh, this is Bryan!

La petite chouette est venue un soir, la propriétaire lui a donné du saumon. Depuis, elle revient tous les soirs pour avoir son saumon.
La serveuse lui en donne quelques bribes puis la petite chouette s'envole.



Nous arrivons à Cognac tard dans la nuit.

jeudi 13 août 2020

Un saut de puce

De la même façon que j'ai emmené H. voir la maison de Clemenceau, je voulais lui faire découvrir l'abbaye de Maillezais.
Lui avait flashé sur les marais. Il fallait s'inscrire. Au début il visait aujourd'hui midi, puis il a voulu réserver aujourd'hui fin de journée: coup de fil, c'est plein («la jauge»), ce sera demain onze heure.

Comme je vais devoir changer de boulot («devoir»: envie paresseuse stimulée par l'achat du loft, à la fois parce que Moret est loin et parce que c'est un tel coup de cœur que je me dis que je dois profiter du boost au moral qu'il produit), je surfe un peu et apprends… la mort d'un ami perdu de vue depuis trente ans. Mort fin juillet 2016 d'un accident de montagne. Je googlais son nom de temps en temps, sans oser le contacter. Pas le même monde.

Pendant qu'H. discute boulot (c'est très difficile ici: pas de wifi, pas d'ADSL, pratiquement pas de 3G ou 4G, sauf le matin quelques heures avant midi), j'organise le coffre.
Riez, mais c'est un art. Notre hôte a deux cartons de vin pour nous (Morgon cuvée Assemblée nationale, on est snob ou pas). Nous lui avions dit que nous ne pourrions pas les prendre tant le coffre est petit, mais depuis que j'ai vu la taille de la maison, je me dis qu'on ne peut pas lui laisser les deux cartons: ça l'encombre. Donc je vide le coffre, installe un carton au fond, ouvre le deuxième et répartis les bouteilles dans le linge sale (pour ne pas qu'elles s'entrechoquent). Je remets les sacs de voyage par dessus, tasse le sac poubelle qu'H. utilise pour le linge sale. Ça m'agace car c'est encombrant, plus encombrant à mon sens que s'il mettait le sac poubelle dans son sac (est-ce logique (linge en boule) ou purement subjectif?)
Je m'applique. Je termine par son oreiller (!) et son sac à dos. Le mien tiendra derrière mon siège puisque mes courtes jambes m'obligent à me rapprocher des pédales.
Tout tient. Mission accomplie.

Nous partons plus tard que prévu, traversons la forêt d'Olonne (sans les détours cela paraît court), déjeunons longuement dans un excellent restaurant aux Sables («Je voudrais manger du poisson». Il faut dire qu'en trois jours nous avons surtout consommé des pizzas à emporter).

Au moment de remonter dans la voiture:
— J'ai oublié mon médicament dans le frigo ce matin!
Coup de fil, retour à Brétignolles. Récupération du médicament (de la trousse réfrigérée), re-traversée de la forêt, direction Maillezais.

Nous arrivons à Fontenay-le-Comte en fin d'après-midi. Il a plu.



Je pensais que nous ressortirions car j'avais de bons souvenirs de la ville. Las, H. est fatigué et souhaite dîner sur place.
Il n'y a rien à reprocher au personnel très aimable du restaurant mais ne prenez pas de poulpe au chorizo : j'ai conseillé au serveur d'enlever ce plat de la carte.

Bref, nous venons de perdre une journée de vacances. Dommage.

mercredi 12 août 2020

Maison de Clemenceau

Il a plu cette nuit, toujours pas de vent propice pour une débutante en voile (et puis il faut que cela coïncide avec la marée. Cette fois-ci le papotage se fait sérieux, discussion de boulot entre H. et notre hôte, à laquelle j'apporte mon grain de sel.
Notre hôte a un point de vue intéressant, pour lui l'origine de la plupart des problèmes rencontrés est l'incompétence (et non la cupidité ou l'amour-propre, comme j'ai tendance à le penser).

L'après-midi, visite de la maison Clemenceau que je voulais montrer à H. après ma visite il y a deux ans. Elle me plaît toujours dans sa simplicité.
Nous ne sommes pas très nombreux, mais toutes les visites sont fastidieuses à cause de «la jauge» (j'aime la découverte du choix de vocabulaire: jamais à cours de barbarisme ou néologisme, mon entreprise dit «le capacitaire»), H. propose «le quota» — de la jauge, donc, de personnes admises à l'intérieur de la maison. (Masque obligatoire, bien sûr.)
J'aime toujours autant cette maison et sa simplicité, le contraste entre la notoriété de l'homme et la modestie de sa demeure. Certains devraient en prendre de la graine.

J'ai craqué et j'ai sorti la carte Michelin afin de contrecarrer la volonté wazienne de nous maintenir sur les routes sans feu. Cela nous a amené à beaucoup de détours puisque les routes de bord de mer se terminent souvent en impasse. Nous avons finalement réussi à traverser la forêt d'Olonne, bienvenue dans la chaleur.

Le soir, récit des aventures du club de voile de Brétignolles. Notre hôte a l'art de se faire des ennemis. J'ai du mal à faire la différence entre l'école de voile et le club. L'un est municipal, l'autre une association. Y a-t-il besoin de deux structures?

mardi 11 août 2020

Des coques au chorizo

L'idée était de travailler le matin (on a tous les trois du travail en retard — pour moi il s'agissait de "travail" qui n'a rien à voir avec le "boulot") et que j'apprenne des rudiments de voile l'après-midi.

En réalité le matin nous avons beaucoup papoté (notre ami nous raconte le syndic de copro Foncia qui n'avait toujours pas ouvert la piscine au 15 juillet et distribue les procurations à ses amis lors des assemblées générales. Pouvoir de quelques barons locaux. C'est un montage compliqué, des syndics pour une centaine de maisonnettes puis un syndic de syndics. Je ne vais pas en dire plus, mais c'est politique, financier, spécial).

L'après-midi il n'y avait pas assez de vent pour faire de la voile et nous nous sommes baignés (elle est froaaade).

Le soir nous avons sortis la table derrière la maison; deux voisins en ont fait autant et nous avons partagé le repas. Nous avons beaucoup ri entre des Montargois (pas si loin de Moret) et des Anglais qui viennent ici depuis trente ans.

Nous parlons de notre prochain déménagement. La Montargoise, mère de deux adolescents, questionne:
— Ce n'est pas trop dur de laisser la maison où les enfants ont grandi?
Je balbutie je ne sais quoi. Comment expliquer que ce qui paraissait impossible il y a deux mois est maintenant une évidence?

Les Anglais avaient une lampe de camping géniale (je le note ici comme pense-bête) hélas en rupture de stock pour le moment.
Au loin (très loin puisqu'on n'entendait pas le tonnerre) se dessinaient des éclairs roses et oranges.
Je suis rentrée me coucher la première: j'avais un peu froid et j'étais ivre de fatigue (la baignade?)

lundi 10 août 2020

De Chinon à Brétignolles

Deuxième petit déjeuner au Novotel de Blois.
Je me demande comment ils font en absence de covid: la circulation des clients est-elle fluide? En temps de virus c'est la cata: l'espace buffet (avec frigo, plaques réfrigérantes ou chauffantes, machines à café, etc) est dans une petite pièce à l'entrée resserrée, nous sommes censés n'entrer qu'un par un en respectant le sens de circulation (ce qui n'arrive jamais, car nous avons toujours oublié quelque chose), ça bouchonne, les deux serveuses n'arrivent pas à apporter assez vite de nouvelles assiettes/tasses/œufs brouillés/crêpes, la queue déborde sur la salle à manger comble (et peu spacieuse), les clients qui attendent leur tour stagnent donc devant ceux attablés au petit déjeuner.
Bref, le bordel, malgré (ou à cause de) la bonne volonté.

Tout le monde paraît être descendu encore plus tôt qu'hier. Huit heures un dimanche de vacances. Sans doute à la recherche de fraîcheur. Je reste fascinée par tous les couples avec enfants entre quatre et onze ans qui paraissent «faire la Loire à vélo». Mais c'est surtout une insolation qu'ils vont faire!

Passage par la maison pour récupérer une trousse de médicaments conservée au frigo et en route, direction Chinon.
Visite (avec masque) du château de Chinon que je n'ai jamais vu. J'avais oublié que c'était ici que Jeanne d'Arc avait reconnu Louis VII dissimulé parmi les courtisans. Appli(cation) sur tablette vidéo qui permet de voir le château reconstitué (il faut bien avouer qu'il n'en reste pas grand chose). H. regarde de près, fait quelques tests et juge qu'elle est très bien faite («financée par le conseil régional: ça a dû coûter un bras»). Vue sur la Vienne. Impossible de me souvenir si j'ai ramé ici (en compétition le week-end). Derrière les arbres, dans l'enceinte du château, un peu à l'écart, il y a un café-buvette. Nous y déjeunons très agréablement loin de l'affluence.

Parking. Nous décapotons. Un petit garçon de quatre ou cinq ans est en admiration: «Regarde maman!» Je lui propose de monter derrière le volant. Il n'ose pas. Nous partons.

Il fait vraiment très chaud. Campagne française. Jardin de Maulévrier.



Trace de l'exposition coloniale de 1900. Toujours la visite d'un jardin évoque l'urgence d'y revenir en une autre saison. Il faudra que nous le fassions, un jour. Prévoir, anticiper. Tout ce que nous ne faisons pas concernant nos vacances.
Salon de thé sur les hauteurs (le récit des vacances comme une tournée des points de restauration). Nous admirons la diligence des serveurs dans la canicule. Thé et diabolo menthe. Quelques cartes postales.

Cholet laid (zone industrielle). J'ai passé ici une semaine de stage d'aviron en 1981 (peut-être 1981).
Nous nous arrêtons pour nous dégoudir les jambes le long d'un cours d'eau. Quelques pas le long du chemin, et nous arrivons au bord d'un étrange bâtiment, un cube noir de béton posé sur l'eau, accessible par une passerelle. Je traverse, pousse les portes lourdes.
Ce n'est pas religieux, mais presque. C'est un mémorial, le mémorial du massacre des Lucs-sur-Boulogne (dont je n'ai jamais entendu parler, mais vu la date, février 1794, pas difficile de comprendre de quoi il s'agit). Je traverse les quatre salles sombres, dépouillées. Sur le seuil de l'entrée principale, une plaque de l'inauguration porte les noms de Villiers et … Soljenitsyne.

Brétignoles. Nous sommes invités quelques jours par un ami d'H. dans sa maisonnette près de la mer, dans un lotissement de neuf cents maisons construits dans les années 70. C'est joli tout plein.



Deux pièces, une devant, le salon, une derrière, la chambre. Au milieu le coin cuisine, salle de bain. Une mezzanine pour liliputiens, un mètre vingt au plus haut.
Pizza dans le patio.
Pas de moustique.
J'évoque le mémorial vu cet après-midi. A ma grande surprise, notre hôte se révèle un fervent Vendéen, défenseur de l'œuvre de Villiers («pas de ses idées, mais il a fait des choses fantastiques pour la Vendée. Il n'est pas Vendéen, c'est sa femme. Par exemple, il voulait que le TGV aille aux Sables, pendant des années il a fait atteler une loco au frais du Conseil général, jusqu'à ce que la SNCF amène le TGV aux Sables. Et le Puy-du-Fou, il râfle tous les prix internationaux, même aux Etats-Unis. J'y vais tous les ans,…» (etc, etc)).
Je ne m'attendais pas à un tel chauvinisme.
Je trouve cela sympathique, mille fois plus que ma copine briochine qui passe son temps à médire de sa ville.

Nuit. Nous devons dormir sur la mezzanine, juste sous les tuiles chauffées à 38° toute la journée. H. craque et va dormir à la belle étoile sur une chaise longue du patio.

dimanche 9 août 2020

Anniversaire

Nous fêtons l'anniversaire de mon père mais nous ne faisons plus de photos (nous le regretterons. Je ne sais pas pourquoi ils refusent (ou oublient) désormais de faire des photos).
Ma tante D. et ma fille A. arrivent dans la matinée. L'ambiance devient plus électrique car elles sont très bavardes, avec comme conséquence que ma sœur se ferme. (Dommage. Nous nous parlons si peu que je suis avide des détails sur sa vie.)

Toujours ce moment de gêne au moment où nous nous souvenons qu'il ne faut pas nous toucher alors que nous ne nous sommes pas vus depuis des mois. C'est étrange.

Matinée à bloguer sur la terrasse. H. aide ma tante à résoudre un problème de connexion: comme elle utilisait la touche capslock au lieu de la touche majuscule, elle avait transformé sans le savoir un chiffre en caractère spécial; donc quand elle indiquait son mot de passe au technicien informatique censé l'aider, celui-ci n'arrivait pas à se connecter.
Problème solved, mais je me demande comment elle aurait pu s'en rendre compte sans qu'on la voit, physiquement, taper son mot de passe.

On écoute A. bavarder avec quelque chose de l'ordre du désespoir devant ses longs tunnels de conversation: impossible de le lui dire, impossible de lui expliquer qu'il faut laisser de la place aux autres, elle a toujours l'impression d'être brimée, qu'on lui coupe la parole, qu'on l'empêche de parler.
Il faudrait enregistrer la conversation. Se rendrait-elle compte?

A part, je lui pose quelques questions. Son lapin le plus âgé (lapine) est mort. Elle s'en veut. Elle a vu les symptômes mais n'a pas voulu déranger le véto le week-end.
Je sais qu'on ne peut rien contre le remords, que lui dire que la lapine était âgée et arrivait en fin de vie ne sert à rien. Je suis désolée.

samedi 8 août 2020

Il fait chaud

Nous sommes partis vers 15 heures. Journée noire de départ en vacances, c'est idiot, comment nous sommes-nous débrouillés? Recherche des routes en forêt, Milly, Malesherbes, vallée de l'Essonne, 38°, rien à faire il faut traverser la Beauce. Arrêt à Jargeau, ville très agréable, commerçante à l'ancienne, c'est-à-dire avec tout en centre ville.

Ma sœur et ma filleule. Ma filleule me montre les basketts que je lui ai offertes pour ses vingt ans (ô le temps de la montre ou du stylo-plume), ma sœur m'a apporté mon cadeau de Noël: un parapluie samouraï. Il est magnifique. J'espère faire flipper les agents de sécurité du RER et des grands magasins.

Apéro. Apparemment le virus a simplifié l'année de prise de fonction de ma sœur en tant que proviseur adjoint: elle n'a pas eu d'examens à organiser (une dizaine car elle est en lycée pro).
Moi : — Et le bac en contrôle continu… Jamais je l'aurais eu comme ça.
Ma sœur : — Il y en a plein. Il y en a plein qui ne fichent rien et comptent sur les épreuves finales.
Ma mère : — Le contrôle continu, ça permet de descendre les élèves qu'on n'aime pas.
Ma sœur, d'un ton égal : — Ça n'est pas professionnel.

Nous dormons à l'hôtel, afin de faciliter la gestion des chambres et ne pas avoir trop chaud (éviter le Charybde et Scylla du «Il fait trop chaud. Ouvre la fenêtre. Y a des moustiques.»)

vendredi 7 août 2020

Les impôts

— Ah tiens, j'en ai profité pour aller payer les 55 euros d'impôts qu'ils me réclamaient. Tu sais, le truc que je ne peux pas régler moi-même par virement sans faire sauter tous les abonnements qui permettent à mon comptable de payer à ma place? Il y avait noté « Paiement par virement ou par carte bleue ». Et tu sais quoi?
— ??
— Ils n'ont pas de lecteur de carte bleue !
— Lool ! Fais un chèque, on le postera en partant.
— Surtout pas ! J'ai posé la question, le mec m'a dit qu'il ne fallait surtout pas faire ça. La perception est autant destinée aux particuliers qu'aux entreprises, les chèques sont tous encaissés sur le compte "particuliers", ceux qu'ils ne savent pas affecter — donc ceux des entreprises — sont mis en compte d'attente et toi, tu continues à recevoir des relances.

jeudi 6 août 2020

Impressions

Au sens propre : j'ai passé la journée au bureau à Nanterre à imprimer des documents, pour les assurés, l'ACPR, le commissaire aux comptes.
Canicule.
J'ai lancé sur mon téléphone la saison 2 d'Hindafing. Les situations sont à la limite de trop exagérer pour ne pas lasser, mais c'est parfois si stupide que ça fait rire, et le héros est attachant. Comme c'est en français (Arte oblige), je suis tout cela d'un œil, ce n'est pas le genre de séries qui demande beaucoup de concentration.

mercredi 5 août 2020

Journée bien remplie

Un saut à Moret dans l'après-midi pour faire signer un avenant à la promesse de vente. Dans notre grand optimisme nous avions prévu de passer devant le notaire le 4 août pour verser 7% du prix: je ne serai tranquille qu'une fois que nous aurons donné de l'argent pour officialiser nos engagements réciproques. Las, il faut que les diagnostics (thermique, inondation, Carrez,… il y en a dix) soient à jour or ceux du vendeur datent de 2008: la signature est donc repoussée à septembre et nous, procéduriers peut-être mais surtout échaudés, nous venons faire signer un avenant officialisant le déplacement de la date. «Courant septembre» est la formulation souple retenue.

Je revois le loft avec plaisir, tout est une question d’équilibre entre se projeter et ne pas faire preuve d’ubris… La dernière fois, il me plaisait tant que j’avais fait attention à ne pas trop regarder, ne pas trop m’attacher, car je ne savais pas ce qu’en pensait H, aujourd’hui je regarde les détails en essayant d’imaginer nos meubles. Jamais toutes nos affaires ne tiendront, c’est une évidence. Trier, donner, jeter. Je songe au vieux monsieur de Là-haut («Monsieur Fredericksen»): c'est la condition pour un nouveau départ.
Le dernier étage qui sera mon fief est magnifique, lumineux, c’est une merveille.

Le propriétaire nous a également proposé de nous vendre des meubles. Nous faisons la liste de ce qui nous plaît, il va faire une évaluation — mais il parle de meubles signés, je suis persuadée que cela sera trop cher pour nous.

Retour. Forêt de Fontainebleau, écurie. Pour la première fois je me dis que j'ai envie de remonter à cheval.
Supermarché : c’est la première fois que H. y remet les pieds depuis le confinement et retour à la maison. Il fait très chaud.

Tard dans la nuit je boucle le dossier ACPR qui aurait dû être rendu le 30 juin. Je n’avais pas connaissance de cette date dérogatoire (normalement c’est le 30 avril), mais depuis que mon boss est parti en vacances l’année dernière pendant mon opération du pied sans respecter aucune des échéances (je lui avais tout préparé, il n’avait plus qu’à envoyer — sa prédécesseur serait morte sur place plutôt qu’agir ainsi), je n’ai plus de scrupule. A quoi bon être plus consciencieux que sa hiérarchie?

Je découvre ahurie des photos de l'explosion au Liban.

mardi 4 août 2020

La constellation des livres

Une amie a posté cet article sur FB: L’intérêt de posséder plus de livres que vous ne pouvez en lire.

L'article a l'air de supposer que tous les livres contiennent de la connaissance. C'est tout à fait faux. Il y en a quand même beaucoup qui sont des non-livres qui ne devraient même pas exister.

Sinon, posséder plus de livres que je ne peux en lire ne me fait pas culpabiliser : la présence de livres m'apaise. Je les vois, je vais mieux.

Qui ici se souvient des étoiles quand on les voyait encore? Le jeu consistait à regarder entre deux étoiles jusqu'à l'oeil en discerne une nouvelle et de recommencer, et toujours une nouvelle étoile apparaissait et la nuit se creusait et plus on trouvait d'étoiles plus le noir s'approfondissait, c'était vertigineux et c'était bien.

Les bibliothèques me font le même effet. Que je passe devant, je sens la présence d'un monde sous chaque couverture, monde de la diégèse mais aussi monde de l'auteur qui s'est assis à sa table pour écrire, et sur l'étagère une multitude de mondes repose, et d'étagère en étagère ils se multiplient.
Je contemple des galaxies.

mardi 21 juillet 2020

A vendre

Choc en arrivant à JRS ce matin : pas de petit déjeuner, tout le monde porte un masque qu'il faudra garder même pendant les cours. C'est la conséquence du discours présidentiel, c'est cela ou l'école d'été s'interrompt.

Aujourd'hui j'ai davantage d'élèves, un journaliste syrien, un Afghan qui aime la cuisine et est passé par la Russie, des Iraniens. Je fais cours avec Paul, un baby-jéz (jésuite en cours de formation) qui vient de Côte d'Ivoire.
Celui qui est passé par la Russie (et donc parle russe) posera une question qui me laissera interdite: comment faire pour rencontrer des filles en France?
— En Russie c'était facile, on allait dans les bars. Mais ici, tout le monde reste en groupe.1
— Je ne suis pas la bonne personne à qui poser cette question. Je n'ai jamais fait ça, je me suis mariée à dix-neuf ans (ce qui est faux au sens strict, mais vrai sur le fond: j'ai simplifié). A mon avis il vaut mieux choisir un hobby, la musique ou le sport… mais ça coûte de l'argent, il faut s'inscrire en club. Attention, si vous choisissez la religion et que vous êtes musulman, renseignez-vous. Faites attention à l'imam que vous choisissez. Jamais vous n'aurez vos papiers si vous fréquentez une mosquée fondamentaliste. Si vous ne savez pas, demandez ici, ils vous renseigneront.

Le sujet du jour ne m'inspire pas beaucoup, il s'agit de l'actualité. J'ai découvert avec étonnement les ressources proposées: TV5 et RFI.
Nous visualisons un journal télévisé de trois minutes, nous voyons le vocabulaire. C'est compliqué avec le masque.

Je repère un reportage de trois minutes sur Louis de Funès. Je n'aime pas beaucoup les mimiques de cet acteur, ses exagérations me gênent, et j'ai été très surprise de son succès pendant le confinement qui a mené à la rediffusion de beaucoup de ses films.
Je lance la vidéo. Parmi les extraits se trouve un extrait de Rabbi Jacob que je prends le parti de commenter, car je sais que le sujet juif est sensible pour beaucoup d'entre eux. Il me semble important de les sensibiliser à la façon occidentale d'envisager les choses.
— Comment, Salomon, vous êtes juif? Ça ne fait rien, je vous garde quand même.
Je leur demande ce qu'ils en pensent. Seule Ndeye, qui est en France depuis longtemps, dit que c'est raciste.
— Oui. Je ne pense pas qu'on le dirait aujourd'hui. En fait il y a plusieurs niveaux dans ces phrases. «Salomon» est un prénom très juif, personne en France dans les années 70 n'appellerait son fils Salomon sans être juif. Donc le patron n'a pas fait l'association, ce qui peut s'interpréter de deux façons: soit il ne fait absolument pas attention à son chauffeur, soit le fait d'être juif a si peu dimportance pour lui qu'il n'y pense jamais. La deuxième partie de la phrase est plus proche de l'antisémitisme: «je vous garde quand même», comme si le fait d'être juif avait pu être une raison valable de licencier son chauffeur. A l'époque, en 1970, ça faisait rire parce que tout le monde savait que c'était de l'humour, qu'être juif n'était pas une raison pour être licencié. Aujourd'hui c'est devenu compliqué, certains sont capables de ne pas voir l'humour, car le fait que ce ne soit pas une raison de licenciement n'est plus évident pour tout le monde.

Je reprends mon souffle. Je les regarde, juste les yeux au-dessus des masques. Je parle trop mais ça me paraît si important s'ils regardent la télé et tombent sur les manifs pro-Traoré.
— C'est devenu compliqué en France, il faut faire attention. Quand vous voyez des manifs pour un noir mort pendant une arrestation, vous pensez quoi?
— Que c'est une manif contre le racisme?
— Oui. Mais dans la même manif, il peut y avoir des pancartes contre les juifs. Donc c'est de l'antiracisme sélectif, pas universel. Donc il faut faire très attention quand on veut soutenir une cause en France. Il faut bien regarder qui soutient qui.

*****

Repas avec ma collaboratrice. Nous ne nous sommes pas vues depuis mars. Je lui ai donné rendez-vous au restaurant pour papoter également de sujets perso, famille, vacances, etc. Team time. Je ne lui dis pas que je vais déménager. Je n'y crois pas encore complètement.

*****

La pipelette de ce soir-là est agente immobilière. Elle est passée faire une estimation de la maison. L'intérieur lui a beaucoup plu, sauf le salon qu'elle trouve étriqué.
Il va falloir repeindre la façade. Moi qui ai toujours détesté la couleur jaune de ma maison, je vais la quitter quand elle sera blanche.
Nous mettrons en vente dès qu'elle sera repeinte. L'agente pense pouvoir vendre rapidement. Il paraît que depuis le confinement les Parisiens fuient Paris.

*****

Le soir je prends le train pour Moret. C'est un test. C'est un peu plus long mais c'est CLIMATISÉ. Et propre. Et vide. Sacrées différences par rapport au RER D. Reste à savoir si les rames sont à l'heure. Le pari, c'est aussi la poursuite du télé-travail, et surtout le changement de boulot. Adieu Nanterre Préfecture.

Je rejoins H. et les deux enfants venus prendre les mesures de l'appartement pour commencer à imaginer où placer nos meubles (et savoir de quoi il nous faut nous débarrasser). H. a également apporté une promesse d'achat. L'idée de laisser un chèque d'engagement nous a fait traiter de fous par l'agente immobilière: «vous lui avez demandé sa carte d'identité? Vous êtes sûrs qu'il est propriétaire? L'argent doit toujours passer par un notaire!»
Bon, bon. (J'ai repensé au type qui avait vendu la Tour Eiffel).

Le "propriétaire" (noté SB par la suite) nous a recommandé le restaurant des Lys à Moret. (Nous lui avions demandé des adresses, que ce soit pour une cantine de tous les jours ou un événement à fêter.) C'est délicieux. Nous en profitons pour fêter l'anniversaire de H. qui est tombé en avril.



Note
1 : La société russe serait-elle plus ouverte que la société française? J'ai posé la question à H. qui met cela sur le compte de la disparition des classes populaires: «Les gens de la classe moyenne restent chez eux ou restent entre eux, ils ne vont pas papoter au café.»

dimanche 19 juillet 2020

Retenir son souffle

Hier, le propriétaire du loft nous avait proposé une visite à dix heures et demie ce matin. Nous avions donc l'adresse et nous y étions passés: points positifs, nettement hors de la zone inondable et une immense glycine au-dessus du portail; points négatifs (observés à travers la fente de la boîte aux lettres car les murs et le portail forment une barrière infranchissable) des coulures sur le crépis, des rideaux comme des haillons pour protéger les immenses vitres du soleil et un jardin minuscule.

C'est donc sans un espoir démesuré et avec un certain fatalisme que nous allions visiter.
Masques, gel, j'ai oublié de préciser hier que tout cela est de mise.
Le propriétaire a le look hipster du Marais, des tatouages tahitiens sur les mollets (le hipster porte-t-il un pantacourt? je m'y perds) et une voix douce très agréable genre Matoo (pour ceux qui connaissent). Il est aussi aimable et positif qu'au téléphone.

Le jardin est effectivement très petit. Il m'avait prévenu qu'il y avait installé une terrasse en bois et un salon de jardin qui mangeaient la moitié de la surface. En fait c'est parfait: le plaisir d'être dehors protégé par de hauts murs, une glycine, une vigne vierge sur le pignon mitoyen qui monte très haut sans l'obligation d'entretenir une pelouse (ouf!).

La déco du rez-de-chaussée est à couper le souffle dans son homogénéité, sur le thème de New York et Philadelphie, des meubles en métal foncé qui répondent aux poutres en acier (c'est un ancien magasin de meubles). Billard à la feutrine bleue, carrelage sombre, éclairage type industriel. Beaucoup de disques, rock grande époque. Toute la difficulté est de vider mentalement la pièce pour y visualiser notre bazar, ce qui en changera(it) fatalement le style et le charme1. Les murs sont-ils suffisamment longs pour accueillir les bibliothèques? (de façon générale, au-delà des grandes du salon, y aura-t-il assez de murs dans l'ensemble du bâtiment pour mettre les bibliothèques variées?).
Le propriétaire explique qu'il n'utilise pas les radiateurs (ce qui permet de mettre des meubles devant) mais qu'il se chauffe avec le poêle (une stère de bois par an).
Pourrions-nous réellement vivre ici, cela paraît petit (d'ailleurs H. remet en cause la surface, ce qui conduit à des mesures); pourrions-nous réellement vivre ici, ne risquons-nous pas d'en dénaturer l'esprit? C'est si beau qu'on voudrait tout conserver en l'état.

Premier étage. Escalier sans rambarde, simples planches le long d'une poutrelle inclinée. Grand dressing, immense salle de bain (l'équivalent d'un studio à Paris, quinze à ving mètres carré) dans les vert émeraude, le reste en chambre bureau salon. Vus de l'intérieur, les rideaux que j'ai qualifiés de haillons sont ordinaires, normaux.
Plancher. Plancher épais, d'origine, des planches, chaud, brillant.
Je sens le bois sous mes pieds (pieds nus pour ne pas salir). Je regarde les poutres.
Le plancher emporte ma décision. Je veux vivre ici.
Mais H. a-t-il le même sentiment? Il est ailleurs en train de discuter d'autre chose (vraiment pas la même ambiance que dans "l'imprimerie". Pourtant il y aurait bien plus à voler ici). Je ne peux pas croiser son regard, et si je le croise, comment transmettre mon souhait, mon désir, mon emballement, sans trahir mon engouement devant le propriétaire?
Je n'ose plus rien regarder. Je ne veux pas m'attacher. Au cas où cet endroit m'échappe, où H. soit tiède, je ne veux pas que le regret soit trop profond.
Dernier étage, ce qui sera(it) "mon" étage (l'endroit le plus chaud et le plus bas de plafond (je suis la plus petite), mais aussi le plus lumineux. Le plancher est le même. Je regarde sans regarder. Ce serait ici, ce serait parfait. Pour moi, «une chambre à soi». Regarder vite, comme à travers mes doigts, ne pas trop regarder, ne pas s'attacher.

Rez-de-chaussée, terrasse, café. H. me regarde, murmure «on le prend?». Je secoue la tête affirmativement, imperceptiblement. Soulagement trop fort pour ne pas ne pas avoir peur de l'exprimer.
H. se tourne vers le propriétaire: «c'est bon, on le prend.»
Discussion pratique. Nous voulons laisser un dépôt de garantie; pour moi seul l'argent garantit que le propriétaire ne vende à un plus offrant (Crainte injustifiée: j'apprendrai plus tard que lorsqu'un vendeur annonce un prix, il ne peut pas accepter une offre supérieure à ce prix si une offre faite au prix affiché a déjà été faite.) Le propriétaire nous rassure, nous dit qu'il croit à notre parole. J'aurais tendance à lui faire confiance, mais je fais si facilement confiance que c'est de moi que je me méfie.

Plus tard, nous apprendrons qu'il a eu plus de cinq cents contacts via PAP (de Particulier à Particulier)2. Il a eu des propositions, mais toujours en dessous du prix de mise en vente. Nous sommes les premiers à ne pas avoir marchandé. (Ouf!)


Itteville chez nos amis. Ils sont l'une des raisons pour lesquelles nous avons choisi le sud: H. risque de travailler de plus en plus souvent avec lui.
J'ai bien peur que nous ayons monopolisé la conversation avec notre enthousiasme.
Ils nous ont donné les coordonnées de leur copine agent immobilier à Yerres. Nous comptons sur elle pour l'évaluation et la vente.




Notes
1 : Notre bazar a-t-il du charme? Question que je n'ose poser à voix haute tant je redoute la réponse.
2 : Comment rester aussi aimable après cinq cents contacts?

samedi 18 juillet 2020

Des visites

Hier je dissertais sur l'aviron:
— Je serais bien retourner à Melun, ils sont vraiment sympa, je me sens bien dans ce club. Mais ils ont si peu de matériel pour les loisirs que ç'en est décourageant. A Neuilly le matos est formidable mais je ne me sens pas à ma place, on n'a pas grand chose en commun.
— Tu sais, il n'y a pas de miracle. Soit le club est sympa et il n'y a pas d'argent, soit il y a du matériel et les rameurs ne nous correspondent pas exactement.
Ah. Oui, c'est logique. Je n'avais jamais envisagé cela sous cet angle.

Premier contact avec le club quai des plâtreries à Samois. Je suis intégrée d'autorité à un huit de pointe. Je suis surprise de la discipline dans le bateau: ça ne discute pas, les exercices sont de bon niveau, au carré à quatre, six puis huit rameurs; ça "passe" alors que nous n'y arrivons pas avec notre huit de couple1. Le bassin est magnifique. Nous passons au ras du château de la Rivière dont nous avions cru une aile en vente.
Retour. Laver le bateau, le rentrer. Repérer les coutumes de ce club, la façon de ranger les pelles, de porter la coque. Nous avons tous un masque, c'est compliqué pour un premier contact.

Pour faire suite à la discussion d'hier et bitcher un peu, je dirai que la différence entre ici et Neuilly, c'est qu'à Neuilly ils vont en vacances en Corse; ici, d'après les conversations surprises, c'est plutôt l'île de Ré ou Noirmoutier.

*****

H. vient me chercher et m'emmène dans le centre de Samois qui l'a séduit. Il a visité une maison — trop sombre — et pris contact avec deux agents (agentes) immobiliers. Il a sympathisé avec l'une des deux et ils ont eu une conversation sur les inondations. Il en ressort que la Seine possède plusieurs lits historiques qu'elle reprend en cas de crue… sans qu'on puisse prévoir lequel.
— En 2016 les autorités ont été prises par surprise, mais la prochaine fois on sauvera Paris en inondant l'amont.

Brrr, pas très rassurant.

Restaurant sans intérêt à Moret. Je me change dans les toilettes2, très vastes puisqu'elles sont aux normes handicapées. Puis nous partons pour la première visite.

*****

Comme nous sommes en avance nous faisons le tour de "l'imprimerie": vu de l'arrière les verrières de l'entrepôt font grise mine et les tuiles gondolent. Il y aura des frais à engager.
Le propriétaire est aussi grincheux qu'au téléphone. A-t-il eu beaucoup de mauvaises expériences, est-il épuisé par les visites? Je suis du genre à traîner, à rester en arrière pour regarder par une fenêtre ou évaluer la taille d'un mur (les bibliothèques vont-elles tenir? C'est un enjeu, elles ont été faites sur mesure pour notre maison actuelle). Par deux fois (ou trois) il s'arrête, revient en arrière pour me chercher: «non, mais si vous ne suivez pas, c'est comme si je faisais deux visites». Il a l'air si exaspéré que j'en viens à me demander s'il redoute les vols s'il me laisse seule.

Les pièces sont harmonieuses, bien agencées, moins grandes que celles dont nous disposons actuellement. Nous montons les étages, les descendons. Nous attendons la visite de l'entrepôt qui nous a fait rêver sur Google street view — un peu moins depuis qu'on en a fait le tour extérieur. Il est vaste mais décevant. Il faut refaire les verrières — celles déjà refaites l'ont été en plexi et non en verre, ce qui enlève du cachet à l'ensemble. Du "potentiel", comme on dit, mais nous voulons habiter là, pas en faire une salle à louer: une fois que nous aurons acheté la maison, nous n'aurons plus un kopeck avant des années pour nous occuper de cet entrepôt.

La cave est intéressante géologiquement parlant: non bétonnée, elle sert de tampon en cas de crue; elle se remplit puis se vide naturellement, c'est ce qui s'est passé en 2016. Mais après les informations récoltées par H. ce matin, nous nous demandons si cela sera suffisant la prochaine fois.
Nous passons au jardin. Et soudain nous apprenons que l'étendue de pelouse n'est pas en vente. Seuls dix à vingt mètres carrés sont vendus: au-delà, le propriétaire réserve le terrain… pour éventuellement se construire une maison de plein pied. Bref, non seulement il n'y a pas de terrain, mais en plus cela consisterait à vivre avec l'ex-propriétaire dans le jardin. La messe est dite.

*****

Un tour à Héricy pour voir une petite maison vendue peu chère qui de l'avis de l'agent immobilier pourrait présenter de beaux espaces après travaux. Nous ne pourrons pas la visiter avant mercredi, mais H. voulait me montrer le joli jardin et le portail aux iris.

Puis Boissise pour une visite très triste: une très petite dame âgée dans une très grande maison, qui essaie de la vendre depuis un an. La maison a une belle vue, une belle terrasse, un sous-sol spacieux, un immense étage lambrissé. Mais elle n'est pas réellement habitable: l'escalier qui mène à l'étage a été entouré de murs qui empêchent qu'on puisse monter quoi que ce soit d'un peu volumineux. Tous les lits (si nombreux que je finis par me dire que c'était une colonie de vacances: non, c'était pour les neveux et nièces qui venaient pour les fêtes célébrées en famille) sont des lits une place qu'on dirait pliants, je suppose que c'était la condition pour les monter à l'étage. Et le jardin est grand, rien qu'à le voir je suis découragée du souci qu'il va me causer (qu'il me causerait).
Non, ça ne sera pas possible.
Nous remercions la dame frêle et l'oncle venu «représenter ses intérêts» (il s'est présenté ainsi) et nous partons le cœur lourd de tant de solitude au milieu des traces de tant d'animation enfuie.

Nous téléphonerons le lendemain pour dire que nous ne sommes pas intéressés.



Notes
1: en pointe chacun a une rame (deux en double). L'équilibre du bateau dépend donc de l'harmonie entre les rameurs babord et tribord. C'est plus difficile, chacun ne possède que la moitié de la solution.

2: Je m'asperge vaguement d'eau fraîche, m'essuie avec mon tee-shirt. L'une des contraintes du covid, c'est que les vestiaires ne sont plus accessibles. On arrive et on repart en tenue, les douches ne sont plus accessibles — ce qui rend quasi impossible de ramer le midi.

vendredi 17 juillet 2020

Librairie polonaise

Dans les activités de l'après-midi, il est prévu vendredi en huit un café-débat. Le thème du jour était donc de s'entraîner à l'exercice du débat.
Je découvre le sujet de cet entrainement en ouvrant la chemise qui m'est remise chaque matin: l'amitié.
La feuille comporte du vocabulaire et des questions: comment définiriez-vous l'amitié? l'amitié peut-elle prendre fin? l'amitié entre un homme et une femme est-elle possible? Quelle est la différence entre un ami et un copain?

Copain, pote, camarade, ami, compagnon: les nuances, les sens identiques dans des niveaux de langage différents, etc.
J'exprime une conviction: leur but est de trouver du travail et obtenir des papiers, ils ont donc intérêt à toujours utiliser du français soutenu. Je leur conseille de ne jamais utiliser "pote", ce qui leur évitera de se tromper de contexte.

J'essaie d'expliquer que l'union libre n'était pas prévue par la langue française traditionnelle et qu'il nous manque des mots (je ne sais pas si c'est vrai mais c'est ainsi que j'ai vécu cette évolution) alors on utilise des mots non prévus pour à l'origine. Le français utilise copain et copine ou "petit copain" et "petite copine" pour traduire boyfriend et girlfriend, mais dans les faits cela ne s'applique qu'aux adolescents et aux jeunes adultes. Ensuite… eh bien compagnon ou compagne, par exemple, ou partenaire.
Les nuances entre un ami, mon ami…
— Même un Français ne sait pas exactement ce que vous voulez dire si vous arrivez aux JRS en disant: «je suis venu avec mon ami». Est-ce que vous n'avez qu'un seul ami et vous êtes venu avec ou est-ce que c'est votre petit copain? Il faut un contexte pour décider entre les deux, et parfois on se trompe.
— Mais alors qu'est-ce qu'il faut dire?
— Si vous voulez que les gens ne se posent pas de question, il faut dire «un»: je vous présente «un ami».

Nous avons comme consigne de retrouver l'autre groupe de niveau avancé à onze heures et demie; mais nous sommes si bien plongés dans les nuances (les conditions du débat: ne pas être catégorique: «Ne dites pas "vous vous trompez" ou "c'est faux"; dites "c'est possible, cependant j'apporterais une nuance"») que je n'ai pas lu la feuille jusqu'au bout: nous devions résumer nos réponses et choisir quelqu'un pour les présenter à l'autre groupe. Bon tant pis, on va se débrouiller.

Déjeuner avec Patrick chez Georgette. Deux ans sans se voir, me dit-il, depuis les derniers concerts à Thiré. Bavardage et papotage puis librairie polonaise. Nous y restons longtemps, comme un après-midi à prendre le thé chez des vieux amis. C'est une belle librairie, tant par les boiseries que par les livres présentés. Patrick et la libraire discutent longuement d'auteurs et d'éditeurs, de noms dont je n'ai jamais entendus parler, de souvenirs de la guerre froide. Les éditions de l'Âge d'homme ont déposé le bilan, et comme à chaque fois je me sens coupable: nous n'avons pas acheté assez de livres (mais maintenant je me souviens des mots jésuites: «vous ne sauverez personne»). Les éditions Noir et Blanc, qui appartiennent en partie à la librairie polonaise (mais comment Patrick sait-il tout ça) ont créé "la collection Dimitri" (en hommage à Vladimir Dimitrijević) et réédite les titres du fond au rythme d'un ou deux par an.
Il faut que je trouve les livres d'Arnold Zweig au plus vite.


Bibliophore :
- Hanna Krall, Le Roi de cœur
- Adam Mickiewicz, Les Slaves
- Andrzej Stasiuk, Sur la route de Babadag
- Wojciech Chmielarz, La colombienne

jeudi 16 juillet 2020

Des soldes et des rendez-vous

Petit déjeuner avec H. boulevard Raspail. Il va chez un client pour la journée, il m'a déposée près d'Assas. C'est devenu compliqué de circuler dans Paris, même l'été. Ça va être l'enfer à la rentrée.

Aujourd'hui le thème était l'écologie (le but étant toujours, je le rappelle, de fournir du vocabulaire). J'ai parlé ressources naturelles, pillage des ressources naturelles, famine, démographie, nourrir la planète, nucléaire, dépendance énergétique face à la Russie ou l'Arabie Saoudite. Sans doute pas assez parlé éoliennes ou panneaux solaires.
J'ai cruellement conscience de faire passer mes convictions (as opposed to une information objective). Mais je sais désormais que des écologistes pur sucre n'auraient pas ces scrupules.
Je pense trop.

Soldes à midi. Beaucoup plus acheté que d'habitude, sans doute l'indice que ces matinées me rendent heureuse (faire des essayages et constater qu'on est un gros tas devant le miroir (me) demande beaucoup d'énergie. Ce n'est pas une partie de plaisir mais un effort. Difficile de faire cela quand je n'ai pas le moral). Une robe et un tailleur rouges, deux chemisiers blancs, un pantalon noir, que des habits pour le boulot. La note était étonnamment peu salée, la moitié de ce que j'attendais: effet déstockage Covid?

L'après-midi, appel successif des deux propriétaires de Moret, que j'appellerai l'imprimerie (le grand entrepôt collé à la maison est le local d'une ancienne imprimerie) et le loft. Dans des styles très différents, le premier grincheux et le second enjoué, ils vérifient la même chose: que nous ne sommes pas des «visiteurs de maison», une engeance qui passe ses week-ends à faire perdre leur temps (et leur moral) aux propriétaires en visitant et en critiquant sans avoir l'intention d'acheter.
Je pose deux questions : avez-vous la fibre (non, pas à Moret) et comment la maison est-elle chauffée?

L'imprimerie est un homme plutôt négatif, qui m'explique que sa maison est en zone inondable. On dirait qu'il fait tout pour décourager la visite, «parce que ça donne du travail». Le loft prend la vie du bon côté et m'explique tout le bonheur de vivre à Moret, les commerçants présents en centre-ville, la forêt à deux pas (mais pourquoi s'en va-t-il?)
— Si vous voulez mettre des cloisons…
Je l'interromps: — Je n'achète pas un loft pour mettre des cloisons!
— Je suis bien d'accord avec vous.
J'ai l'impression qu'il a dû en voir de toutes les couleurs.

Visite prévue samedi pour l'imprimerie (je préviens que je serai transpirante du fait de l'aviron) et dimanche pour le loft.
La maison de Vitry est vendue (pour ceux qui veulent rêver et pour les riches, l'agence était Terrasses & jardins), Etiolles n'a pas fait signe, Saintry a envoyé un mail (propriétaire en Bretagne).

Le soir encadrement des débutants à Neuilly. Ça faisait longtemps: avec jrs le matin, j'ai totalement laissé tomber les entraînements d'ergo. J'ai oublié de dire que j'ai écrit le 13 juillet à l'organisateur de la coupe des dames à Angers pour qu'il m'indique quel club vers Fontainebleau participe régulièrement à la course: l'ANFA, le club organisateur de Ram' jazz. Je vais m'inscrire là-bas; ce sont mes dernières sorties à Neuilly, même si je ne le leur ai pas encore dit. J'ai fait trop d'efforts pour ce huit (revenir à la Défense le week-end, contrôler mon poids en permanence) pour trop peu de plaisir. Adieu.

H. m'attend depuis un moment. Nous dînons dans un excellent restaurant, servie par une serveuse très menue et très souriante. La rue entière est bloquée, transformée en immense terrasse, un orchestre de jazz joue au loin.
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