Alice du fromage

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

Billets pour la catégorie 2022 :

mardi 10 mai 2022

Les détestations alimentaires (végétariens s'abstenir)

Repas marrant offert par un fournisseur. Bonne adresse: les Zygomates rue de Capri dans le 12e.

La commerciale en face de moi a mangé du cochon d'Inde en Amérique du sud «avec la tête dans l'assiette». Mouvement d'horreur du commercial.
— Les autres ont goûté du ver blanc. Il paraît que c'est bon, sucré. Moi je n'ai pas pu.

D'où cela est-il parti? Des écrevisses américaines dans le marais poitevin? (la commerciale est niortaise).
— Ils font du pâté de ragondin, aussi.
— Vous vous rendez compte de ce que vous dites? Vous mangez du rat?
— Mais ce n'est pas du rat d'égoût, ce n'est pas pareil.
— Vous connaissez Demolition man, le rat-burger?

— Et vous, qu'est-ce que vous ne mangez pas?
Je réfléchis.
— Déjà, si vous êtes obligée de réfléchir…
— La cervelle. Avant, j'aurais dit les choux de Bruxelles, mais depuis que j'en ai mangé avec du gibier à Strasbourg…
— Ah oui, moi c'est pareil, je n'aimais pas […], mais depuis […]

— Pas les insectes.
— Ma petite-fille elle adore ça.
— Mais qui donne des insectes à son enfant?

— J'adore les oreilles de porc.
— Mais c'est plein de cartilages! Pourquoi manger ça?!
— Et les groins? On nous a apporté une soupe de groins, les groins fottaient à la surface, j'adore ça.

Etc, etc. Si bruyants que nous avons gêné la table derrière nous, j'en ai peur.

lundi 9 mai 2022

Vivre

Depuis plusieurs semaines on (les médias) nous assurait que Poutine voudrait une journée du 9 mai exemplaire, qu'il fallait s'attendre à un carnage en quelques points d'Ukraine, peut-être à une tête nucléaire dont la cible était peu claire.

J'y croyais; depuis plusieurs semaines je m'appliquais à regarder le paysage et la ville dans une vision pré-apocalyptique (ça vous donne une idée de mon moral. «Alice, ne prends pas tout au tragique» me disait un ancien chef), pour me souvenir quand tout serait réduit en cendres.

La journée du 9 mai est bien sortie de l'ordinaire, mais d'une façon inattendue: plusieurs chaînes de télévision russes ont été hackées, et le message «Vos mains sont couvertes du sang de centaines de milliers d'Ukrainiens et de leurs enfants» s'est affiché.





Dans le même temps, nous apprenions que la démonstration aérienne lors du défilé militaire avait été annulée à la dernière minute sous prétexte de mauvais temps tandis que le ciel bleu s'affichait durant le reportage en direct.
H : «C'est tellement facile d'abattre un avion en plein vol à partir de la campagne voisine: tu imagines, l'avion qui explose, les débris qui tombent sur les spectateurs».

Mourir

Une adhérente m'apporte des documents: elle va passer à la retraite bientôt, sa situation va changer. Les statuts prévoient que les adhérents actifs doivent adhérer à un contrat de prévoyance leur garantissant un complément de salaire1 en cas d'arrêt maladie prolongé, les adhérents à la retraite doivent adhérer un contrat dépendance.

— Mais pourquoi obligatoire?
— Parce que c'est onéreux: donc élargir l'assiette permet de conserver des cotisations peu élevées en répartissant la charge sur tous (le principe même de la mutualisation).
— Oui évidemment. Mais moi je ne serai jamais dépendante.
— Hum. Vous savez, la dépendance, ça va être le sujet des prochaines années. En 2050 nous serons cinq millions de plus de quatre-vingts ans. Et comme on ne sait ni à quelle fréquence la population sera concernée, ni le coût que cela représentera, c'est difficile à tarifer pour un assureur. Difficile aussi de savoir combien seront dépendants, avec les progrès de l'alimentation, de la prévention…
— Et l'évolution des mentalités…
(Je ne comprends pas le rapport) — Qu'est-ce que vous voulez dire?
— Eh bien avec l'euthanasie bientôt possible…
J'en reste bouche bée: — Cinq millions de suicides, ça va être gai, le futur.



Note
1 : la mutuelle couvre des fonctionnaires. Le traitement des fonctionnaires se compose d'une «base indiciaire» et de primes (ne correspondant pas à grand chose: ce sont des primes techniques dont je comprends mal l'origine ou la justification. Dans le privé elles seraient réintégrées dans le salaire). En cas d'arrêt maladie supérieur à trois mois (il suffit d'un covid long ou d'une convalescence compliquée), les primes ne sont plus versées. Le contrat de prévoyance «perte de rémunération» est destiné à maintenir le traitement à niveau.

Evidemment, il est étrange que ce contrat soit obligatoire: on peut arguer que chacun est libre de se couvrir comme il le souhaite. Mais dans ce cas il suffit de choisir une autre mutuelle. Si ce contrat est obligatoire, c'est pour répartir la charge des cotisations sur tous. Dans le cas contraire, seules les personnes se sentant à risque (de santé fragile ou ayant une famille à protéger) souscriraient ce contrat: avec une fréquence plus élevée de sinistres, les cotisations seraient plus élevées. C'est ce qu'on appelle de l'anti-sélection.

Il faudrait que nous ayons tous profondément conscience que le but est de ne jamais utiliser une garantie d'assurance que nous souscrivons. L'assurance est un parachute: personne ne souhaite que son avion se crashe.

vendredi 6 mai 2022

Des nouvelles du 91, 92, 93, 94

Comme je suppose que mes lecteurs sont des boomers, je suppose qu'ils connaissent tous la structure du numéro de sécurité sociale (les boomers n'ont pas que des désavantages): 1 ou 2 pour homme ou femme 1; l'année (grosse déprime quand sont arrivés les 00 dans les entreprises: mais qu'est-ce qu'on est vieux); le mois; le département (puis moins connu: le numéro de la ville dans le département et le rang de naissance dans le mois dans la ville).

Je connaissais les Palaiseau (78): les gens nés en Seine-et-Oise (so San-Antonio) avant la création de Paris et de la petite couronne, quand Palaiseau n'était pas 91 (Essonne) mais 78 (Seine-et-Oise): le 78 a été conservé pour les Français nés avant la création de Paris et de la petite couronne. Je l'avais constaté sur les listes électorales il y a encore une ou deux semaines.

Aujourd'hui j'ai découvert une autre bizarrerie.
Je discute longuement avec une adhérente déconfite d'être mal remboursée (à son goût: de notre point de vue, il s'agit d'équilibre global du portefeuille).
Elle en a lourd sur le cœur, donc je la laisse parler. De temps à autre je rectifie ou nuance un point, j'explique un fonctionnement.

On en arrive aux problèmes de tiers-payant, de carte de mutuelle avec droits pas à jour. C'est alors qu'elle me demande:
— Vous savez d'où ça vient, 91, 92, 93, 94?
— Non (en fait je pense savoir: création de Paris et de la petite couronne. Mais je préfère qu'elle le dise elle-même).
— Ce sont les départements de l'Algérie française. Ils ont été réutilisés: 91 pour Alger, 92 pour Oran, 93 pour Constantine, 94 pour le sud de l'Algérie. (J'en reste bouche bée de l'autre côté du combiné.) Nous les pieds noirs nés en Algérie, on a été immatriculé 99, Français nés à l'étranger. Sauf que les pieds noirs (pas moi, je m'en fiche, j'étais trop jeune) ont protesté, ils ont contesté être nés à l'étranger, ils étaient nés en France. Finalement, vers 94-96, ils ont obtenu d'être immatriculés selon leur département de naissance, à condition d'en faire la demande. Mais évidemment, moi ça m'était égal, et puis je n'ai rien compris au message qu'ils m'ont envoyé, donc je n'ai rien fait. Sauf que quelque temps plus tard ils ont décidé de changer tout le monde sans en parler, et que je me suis retrouvée en pharmacie avec une carte vitale qui ne fonctionnait plus parce qu'on m'avait changé mon numéro de sécurité sociale sans me prévenir.

Ça alors. L'Essonne, département d'Alger?

Une recherche Google plus tard, j'apprend des choses encore plus extravagantes: que les personnes nées en Algérie avant le 3 juillet 1962, possédant un numéro de sécurité sociale, qui voulaient changer le numéro 99 contre leur numéro de département algérien, devaient en faire la demande avant le 31 décembre 1997. Cette période a ensuite été étendue, les personnes immatriculées à la sécu avant le 1er mars 2000 devant faire une demande, les personnes immatriculées après affectées automatiquement aux départements d'origine (en pratique, souvent des femmes rattachées à leurs maris se mettant à travailler pour la première fois ou devenues veuves).
Finalement, à un moment donné, toutes les immatriculations ont été réaffectées aux départements algériens.

Donc un numéro de sécu X61XX91 ne signifie pas que vous êtes né dans l'Essonne mais à Alger.


Note
1: il y a aussi 6 ou 7 ou 8, des immatriculations provisoires dues à des cas particuliers.

mercredi 4 mai 2022

Retour en bibliothèque

J'ai ramené ma carte de bibliothèque de Paris pour renouveler mon inscription annuelle. La dernière datait de septembre 2017: l'année où j'ai commencé à ramer pour des compétitions, l'année où il n'était plus possible de trouver les ouvrages de la bibliographie de théologie en bibliothèque grand public. Puis il y a eu le déménagement à Nanterre, puis le Covid, puis les bureaux à Vincennes.

La bibliothécaire teste le code-barre, entre le numéro manuellement:
— Elle n'est plus active, il faut la refaire. Elle ne correspond même pas au modèle précédent, mais à celui d'avant.
De quand date cette carte? Je ne sais plus. A l'époque il fallait fournir un justificatif de domicile (l'inscription est possible où qu'on habite, c'était simplement une vérification). Aujourd'hui il suffit d'une carte d'identité, l'adresse est déclarative.
La bibliothécaire me tend une nouvelle carte, toute rouge. La précédente était bleue.

Je commence à monter l'escalier, me ravise, revient:
— Vous avez détruit la carte?
— Oui.
— Dommage, je l'aurais bien photographiée.

Je m'installe dans le coin des mangas (parce qu'il y a un fauteuil). Je commence l'introduction à L'histoire des 3 Adolf d'Osamu Tezuka. Je m'endors.
En sortant, bien que m'étant promis de ne pas emprunter de livre, je prends Les fenêtres d'Hanna Krall.
— C'est vous qui enregistrez les emprunts?
— Vous avez l'automate, là (geste de la main)
Je suis vraiment has been.


Fontainebleau à 17h46. H. me prend, me dépose à l'aviron. Lui va au ping-pong («Tennis de table!»)
Belle sortie en quatre. A la nage. Retour un poil trop rapide, je sais que je ne vais pas assez vite au goût du deux qui a fait des progrès techniques considérables. A notre grand surprise elle se tait. Elle est si désagréable que plus personne ne veut ramer avec elle: il est possible qu'elle ait fini par s'en apercevoir.
Au retour, un nombre impressionnant de péniches: six, huit? Je me demande comment autant de péniches ont pu passer les écluses de Fontaine-le-Port en un temps aussi court. Beaucoup semblent vides (très hautes sur l'eau), est-ce une conséquence du 1er mai? De la guerre en Ukraine? Ou cela n'a-t-il aucun rapport?

Repas au club. Nous sommes peu nombreux, huit. Il y a un stage en cours à Bellecin.

lundi 2 mai 2022

Le lundi à Paris

Après les vingt-et-un kilomètres d'hier, pas d'ergo aujourd'hui.

Je repère que la station de Vélibs dans la descente de Daumesnil est souvent pleine, qu'il vaut mieux continuer sur l'avenue de Reuilly. J'aime les lions de la fontaine de la place de Reuilly. A chaque lion je pense Paris est une ville pleine de lions, selon le livre de Dormann (que je devrais feuilleter). Je découvre que la fondation de Rothschild est à deux pas, ainsi que la maison des Petites Sœurs des Pauvres et l'ONF (office national des forêts). La bibliothèque Hélène Berr est littéralement à cinq cents mètres, mais fermée le lundi. La place de la Nation est très fleurie et animée, j'en avais un souvenir désolé et désert — mais j'y suis toujours passée la nuit. Je passe rue St Maur, est-ce que Matoo n'avait pas organisé un lointain anniversaire ici?

Je déjeune d'un demi-camembert rôti en terrasse à L'Eglantine (rue Fabre d'Eglantine), la vieille dame derrière moi qui boit un thé se retourne: «ça sent bon». Des rondelles de ciboule flotte sur le camembert, ça change du sirop d'érable.

Le soir Vélib jusque chez Mariage rue du Bourg Tibourg (quatre kilomètres et demie). La rue de Charenton est très calme. De façon générale il y a peu de voitures. Les deux roues (et les une roue) sont infernaux, surgissant de tous les points cardinaux, silencieux, coupant la route, ne respectant pas les feux. Il faut être très attentif. Le marquage au sol aussi est compliqué: suivre la voie réservée aux cyclistes alors que j'ai grandi en respectant les règles ordinaires du code de la route, notamment dans les carrefours pour tourner à gauche.

Je croise beaucoup de couples, avec ou sans enfants, dont la femme habillée en djellaba (ou équivalent) est très élégante. Je me souviens alors que ce doit être la fin du ramadan, l'équipe en a parlé au bureau.

J'ai fini de reclasser les archives.

samedi 30 avril 2022

Doux et venteux

Sortie en double avec A. Nous nous serons très peu entraînées en yolette. Je pars du principe que demain, ce sera simplement une sortie plus longue que d'habitude.
Laurence m'a dit que je ramais les épaules remontées, d'où mon look dos rond (c'est laid). Donc sortie à bien descendre les épaules, bien rapprocher les omoplates.

Repas en face, à L'anneau de Mallarmé (l'anneau où Mallarmé attachait son bateau). C'est très bon mais cher, nous payons autant le cadre que la cuisine.

Sieste comateuse. Les nuits de cinq heures de sommeil finissent par peser.

vendredi 29 avril 2022

Problème de robinets

Dans la rubrique aménagement de bâtiment, autre truc et astuce: n'installez pas un robinet de lavabo ne fonctionnant qu'à la détection de mouvements.
En effet, la détection de mouvements nécessite de l'électricité. Donc si vous n'avez pas d'éléctricité, vous n'avez pas d'eau au robinet.

mercredi 27 avril 2022

Flottements

Les ordinateurs, le wifi, tout est débanché. Il n'y a plus rien à faire. Je pars.

Je teste la salle boulevard Diderot. Elle est très mal notée sur Google, avec raison: sur six ergomètres, quatre sont en panne et un cinquième a reçu un choc qui déforme son rail et lui fait faire un bruit parasite à chaque aller-et-retour.

J'effectue malgré tout ma séance (je suis le programme donné par vincent il y a maintenant trois ans) mais je ne reviendrai pas. Retourner à Vincennes? Ou accepter les ergos nouveau look de Nation? Dans tous les cas, je crois qu'il va falloir que je me lève une demi-heure plus tôt pour compenser les temps de trajet.
C'est la première séance depuis le 8 avril et mes résultats sont plutôt lamentables. Je manque de concentration.

Il est six heures et quart, je n'ai plus de jambes, H. me donne rendez-vous dans une heure. Je suis lentement les vitrines de l'avenue Daumesnil, des tableaux me plaisent, je suis heureuse de revenir dans Paris. Je tourne dans la rue Traversière. Que faire pendant une heure? Je décide d'entrer dans l'église, une entrée si discrète que je me demande si ce n'est pas un temple protestant.

C'est une chapelle à l'arrière de la nef. Des gens psalmodient, c'est un rosaire il me semble. Dans ce petit espace, nous sommes nombreux. Je m'assoie, je m'associe machinalement, je me décharge de mes pensées, de mes soucis.
Une messe commence. Je reste, entrant dans une transe proche du sommeil durant le sermon. Ce sera cela aussi, Paris, la possibilité de trouver des messes à toute heure.
Plus tard je fais le tour de l'église. C'est St Antoine des Quinze Vingts. Une recherche Google m'apprend qu'une importante communauté portugaise doit vivre là puisqu'il y a des messes dans cette langue. Ou les Portugais de Paris se déplacent pour venir ici.

Dîner chez Gemma. (Si vous aimez le goût d'amande amère, je recommande le cocktail «Like a porn star Martini»). C'est le premier retour à Paris d'H. depuis son covid et il est lessivé.
Ligne R 20h46. Son épuisement ne l'empêchera pas de se connecter à Top chef dès son arrivée à la maison. :D

mardi 26 avril 2022

Alignement des planètes

Au sens propre : je découvre cela ce matin dans le RER sur le compte de Lagadec:

Saturne Mars Vénus Jupiter alignées au-dessus  de Sydney


C'est juste fabuleux. Au début j'avais lu trop vite et pensé «une étoile de plus dans l'alignement de la ceinture d'Orion». Ce n'est qu'en lisant les noms que j'ai pris conscience qu'il s'agissait de planètes.

Déménagement : déménageurs très efficaces. A deux ils ont annoté et mis en cartons la quasi-totalité de notre bazar. Ils ne font pas de rotation; ils chargent tout aujourd'hui et demain et déchargent après-demain.
Panique concernant les locaux de destination: l'électricité ne sera pas mise en route avant mardi ou mercredi prochain (le compteur est là mais l'abonnement n'a pas pris effet), donc pas de chauffage et pas d'internet (heureusement qu'il y a le télétravail). Pas d'ascenseur non plus car pas de contrat de maintenance (c'est gênant pour les déménageurs).

Sport: je suis passée à Nation: belle salle, commentaires dithyrambiques sur Google, mais pas l'ergo que je veux. Je me suis inscrite à celle du boulevard Diderot. J'essaierai d'y passer demain.

Politique: Mélenchon a commis une affiche «Mélenchon premier ministre». Je me demande où il va la coller, comment cela va être accueilli par les candidats recevant l'investiture de LFI. Affiche destinée à l'affichage sauvage?

Soirée: Masu à Fontainebleau. Nous sommes ivres de fatigue.

samedi 23 avril 2022

Reprendre souffle, retenir son souffle

Double avec A. Je ne sais quoi en dire, pas le pied mais pas si mal, pas si mal mais pas le pied. Le dilemme est qu'il va falloir du temps pour amener les rameuses à niveau et que pendant ce temps-là je vieillis: nous parviendrons peut-être un jour à avoir un beau bateau, mais je ne serai pas dedans.
A vrai dire je ne suis pas sûre que cela les intéresse de s'entraîner sérieusement. Je suis découragée.

Je rentre. Je ne tiens plus debout. J'ai mal au ventre. L'angoisse? Sieste. Blogage, j'ai tant de retard. Deux mois que je colle et tracte. Je ne sais pas tout à fait si j'ai le droit de mettre les billets en ligne à cause du "silence républicain", donc on verra lundi. Pendant ce temps-là les équipes de Mélenchon ne se gênent pas, au prétexte qu'elles ne sont pas en campagne puisque leur candidat n'est pas au second tour.

Comme toujours, les images de la participation au Québec sont impressionnantes.

Café viennois dans le micro-salon de thé à côté de chez nous.
Le soir nous avons dîné d'une très bonne viande à Fontainebleau.

jeudi 21 avril 2022

Janssens, suite

Rendez-vous ce matin pour le suivi de l'expérimentation.

Apparemment le Janssens augmente les risques cardio-vasculaires dans les semaines qui suivent l'injection. En conséquence j'ai une liasse de documents à signer pour prouver que j'en ai été informée (sachant que j'ai été vaccinée il y a un an, ça m'est indifférent (quoi qu'il en soit, cela m'aurait été indifférent, sinon je n'aurais pas accepté de participer à une étude)). «Cela signifie sans doute que ce vaccin va être abandonné» me dit ma doctoresse préférée.

Nous papotons. La conversation tombe sur le débat d'hier:
— Je l'ai regardé par intermittence. Il y a une phrase que j'ai beaucoup aimée: Marine Le Pen en train de dire qu'elle réintègrerait les quinze mille infirmières. D'abord elles ne sont pas quinze mille. Ensuite beaucoup sont déjà revenues. Beaucoup ont touché leur salaire, elles ont trouvé des médecins pour des certificats de complaisance et se sont mises en maladie. Et puis surtout j'adore quand elle a dit qu'elle leur verserait le rappel de leur salaire pendant leur absence: et nous alors? je me suis dit que j'avais vraiment été con de venir bosser toutes ces semaines!

Je lui raconte ce qui a circulé sur Twitter quand les antivax ont été virés de l'hôpital, les photos de banderolles «Bon débarras» ou «Enfin!»: est-ce que c'était vrai?
— Dans le principe oui. Cela générait beaucoup de tension. Les personnes non-vaccinées étaient sur la défensive et donc agressives. C'était pénible.

Elle me raconte que la règle a été de ne pas réintégrer les non-vaccinés dans leur service d'origine: trop de tensions.
— On avait un infirmier dans les étages qui avait demandé à passer en ambulatoire. Ça arrive souvent: dans les étages on fait des gardes jour/nuit, en ambulatoire on revient sur des horaires normaux. Le poste s'était libéré, tout était prévu. Il y a une non-vaccinée qui est revenue, c'est elle qui l'a eu.
Elle soupire.

Je parle des profs, de ce milieu dans lequel j'ai grandi, de la façon dont dans un établissement chacun sait très bien qui tire au flanc, qui n'est jamais malade, qui "consomme" ses jours d'enfant malade sans égard pour les élèves à qui ça supprime des heures de cours, etc. Mais si on leur parle de rémunération au mérite… (sachant que "mérite" n'est pas le bon mot.)
— En même temps, je comprends qu'ils aient peur de dépendre d'un chef d'établissement. Mais ce n'est pas pire que le fonctionnement actuel où ils dépendent d'une hypothétique visite d'inspection, où ils sont jugés sur une heure de cours tous les trois ou quatre ans.


Puis prise de sang avec l'infirmière.
Elle trouve la veine mais le sang ne coule pas. Elle bouge un peu l'aiguille, ne comprend pas. Je ne sens absolument rien, c'en est pertubant: comme si l'aiguille était plantée dans un bras en mousse. Je suggère que l'aiguille à un défaut. «Mais non, ça n'arrive jamais.»

Elle finit par changer d'aiguille. Là encore nous papotons. Elle a entre vingt et trente ans. Nous en venons au report de voix, elle est très surprise d'apprendre que des électeurs de Mélenchon sont susceptibles de voter Le Pen.

Puisque désormais j'enregistre énormément de copies d'écran dans mon téléphone afin de conserver un maximum de documents sous la main, je lui montre le schéma de gauche dont les pourcentages sont obsolètes (je n'ai plus la date et la source de cette image) mais le principe exact.

25 avril : mise à jour. Le schéma de droite représente le report réel.

Report des voix potentiel entre les deux tours de l'élection présidentielle 2022 Report des voix au deuxième tour de l'élection présidentielle 2022


Rappel : il est possible d'ouvrir la photo dans un onglet à part en faisant un clic droit dessus. Cela permet de l'agrandir.

lundi 18 avril 2022

La phrase qui tue

Aujourd'hui porte à porte à Montereau. Il s'agit d'aller convaincre les électeurs qui ont voté Mélenchon au premier tour par désir d'avoir un candidat de gauche au second tour de se déplacer pour aller faire barrage au Front National (bon, le Rassemblement national: ça me paraîtra toujours un faux nom).

Il y a eu débat, ville basse ou ville haute? Ville basse l'a emporté, certains ont argumenté avec logique que d'une part à Surville beaucoup n'étaient pas français, et que les autres n'étaient pas inscrits (à la louche, sur vingt mille Monterelais seuls dix mille sont inscrits).
Cependant je ne peux m'empêcher d'être déçue et de ressentir cela comme une lâcheté: je sais que certains militants ont peur, redoutent le conflit, alors que moi j'aime bien ces populations mêlées, c'est en réalité mon élément naturel. D'autre part, ce sont eux qui ont le plus à perdre: il est important qu'on le leur explique.

Rendez-vous devant la gare, des Bellifontains viennent en renfort. Nous nous répartissons, commençons à sonner. Ça se passe normalement, avec les convaincus des deux bords, les indécis hostiles et les indécis bienveillants. Je suis avec Antoine et Jean-François, comment ne pas songer aux témoins de Jéhovah? Sentiment mêlé d'exposition au monde et de ridicule. Nous me découvrons un don, celui de me faire ouvrir la porte des halls d'entrée en appuyant au hasard sur une sonnette et en parlementant d'une ou deux phrases (cela renforce ma conviction que les gens ne sont pas si méfiants).

Immeuble bas HLM, premier étage, deux portes par palier. Je sonne à gauche, un jeune homme de ma taille m'ouvre:
— Bonjour, je m'appelle Alice, nous venons pour les élections présidentielles.
— Merci, mais la politique ne m'intéresse pas.
J'insiste, parce que c'est ma conviction devant le danger lepéniste:
— Mais la politique risque de s'intéresser à vous.

Ses yeux tournent légèrement vers le haut, ses genoux plient, il s'effondre lentement, il disparaît de la porte entrebâillée et sa tête fait un poc sonore sur le carrelage.
Est-ce un étudiant comédien? Ma phrase était pompeuse, est-il en train de se ficher de moi?
J'en suis persuadée, j'ai envie de rire. Cinq secondes passent, rien ne bouge.
Je pousse la porte. Il est étendu, immobile. Sa copine arrive du fond du couloir, accourt:
— Qu'est-ce qui se passe?
— Nous étions en train de parler des élections, il s'est effondré. Vous voulez qu'on appelle les pompiers?
— Non, non, ça va aller.

Le garçon se relève, se traîne jusqu'au canapé. Il s'allonge. La copine nous pousse, referme la porte. Nous nous retrouvons sur le palier, désemparés: que vient-il de se passer?

dimanche 6 mars 2022

Médaille de bronze

Course à onze heures. Cœur serré, ne rien oublier, la sono, le compte-coups. Ceux qui sourient, ceux qui se taisent, la tension. JP a refait la course toute la nuit à base de savant calcul, mathématiquement, en prenant en compte les performances des uns et des autres, nous devrions monter sur le podium. Derniers conseils de Pascal, le sens du courant, le vent, les bouées, la négociation du virage… J'ai entendu tant de recommandations depuis quinze jours, le fil de l'eau, la séparation du courant en fonction du vent; j'essaie de comprendre les principes sans retenir le verbatim car je sais que rien ne se présentera comme prévu, une rafale, un concurrent dans le chemin,…

Départ. Cette fois-ci je vois le parcours, il est beaucoup plus lisible qu'hier où je l'ai remonté en reculant. Assez vite un bateau nous double (départ lancé toutes les quinze secondes), moins vite nous en doublons un autre, c'est bon pour le moral. Je gueule pas trop fort, la sono marche bien, il ne faut pas que je les assourdisse. Il faut alterner les conseils de puissance et de décontraction, c'est assez étrange.

L'île, (les cigognes), le bassin plus calme abrité du vent, le pont, de nouveau le vent, au loin plusieurs coques abordent le virage, j'ai le cœur serré, c'est la plus mauvaise configuration, plusieurs concurrents dans ce fichu virage, que faut-il faire, prendre au large et perdre des secondes, épuiser l'équipage épuisé, prendre plus court et prendre le risque d'accrocher les bouées, ou pire, un autre bateau?
La sécurité avant tout, nous disait-on à Bruges.
«Ramez cinq coup rien dans l'eau».

Ils ne voient pas donc ne comprennent pas, obéissent. Tout se joue dans leur confiance, il ne faut pas qu'ils se désunissent, que chacun se mette à regarder, ils doivent rester concentrés, réagir vite, ensemble, comme un outil bien réglé. Nous nous sommes peu entraînés ensemble, pas sûr qu'ils me fassent si confiance que ça. Heureusement que je m'entends bien avec la nage; notre passé vaguement semblable en compétition, notre façon austère d'envisager les entraînements.

J'abandonne l'idée de comprendre ce que font les deux autres bateaux devant, accrochage ou pas, j'amorce le virage, les deux autres tournent finalement, je donne des ordre, quart de coulisse, j'entends B qui proteste «non, à fond», lui le remplaçant qu'il se taise, on va se prendre le bord, j'insiste, encore quart, «ramez tribord à fond», je vois les autres bateaux s'éloigner, ils étaient plus proches tout à l'heure, j'ai envie de pleurer, est-ce que je viens de nous faire perdre? Je relance le bateau, «concentration!», on appuie dix coups, on remonte une autre coque, je vois celle qui nous a doublés loin devant, je suis exactement ses traces, le fil du courant, les bouées, elle a sans doute choisi le meilleur parcours, premiers bâtiments sur la berge, deux mille mètres, huit minutes, vont-ils tenir?

C'est une course contre la montre, remonter des bateaux ne suffit pas, il faut faire le meilleur temps, mille mètres, je les fustige, je commence à les engueuler, hier le quatre est arrivé quatrième, JP en était malade, «allez on va chercher ce podium, on la veut notre médaille, on y va!». Lumière du matin, le boulevard de la Saône ouvert devant moi, le clocher de l'église de St-Laurent, c'est magnifique, «poussez, on y va, c'est pour nous!» Ma voix commence à se briser, la cadence augmente, ils tiennent, cinq cent mètres, deux cents… Tout sur le désir.

Ligne, encore trois coups avant de s'arrêter, de peur de s'arrêter trop tôt. Je ne sais absolument pas ce que nous avons fait. Troisième ou quatrième? Nous avons remonté deux bateaux, certes, mais le deuxième ne devait pas faire partie de notre catégorie. Alors?
Chacun s'interroge. Nous remontons vers le ponton.
Sybille attrape une pelle: «vous savez la nouvelle? Vous êtes troisième!»

Ouf! J'ai envie de pleurer. Pendant des heures j'aurai envie de pleurer. Le contrecoup de la trouille, du stress, du désir.
Je suis vraiment contente.



Huit mixte +55 ans

jeudi 24 février 2022

L'entrainement

Je quitte Vincennes tout de suite après le bureau. JM me récupère à la gare de Fontainebleau à deux heures. Il fait un grand soleil.

Nous n'avons pas encore réussi à ramer ensemble avant Mâcon. C'est tout de même les championnat de France. Je suis hallucinée de temps de légèreté, quand je sais à quel entraînements durs se soumettent les équipages du CNF.

Nous aurons donc un entraînement ensemble. Pas davantage, car JM ne pouvait pas être là, pour raisons familiales et Sylvie ne pourra pas être là après.

Nous bénéficions d'un beau quatre, qui a le défaut d'avoir la barre au pied de la nage. C'est conçu pour un deux mille mètres, où il est inutile de se retourner: il suffit de se repérer aux bouées devant soi, les couloirs sont droits. Mais pour un huit mille sur un parcours légèrement en courbe, dont un demi-tour à effectuer à la moitié, c'est plus difficile à maîtriser.

Nous descendons (sens du courant) vers Fontaine-le-Port, puis effectuons un deux mille mètres en remontant. Ça me paraît très long. Il y a du vent, il fait un peu froid, je remets un pull. Bien m'en prend: il se met à tomber une pluie fine et glacée, de plus en plus abondante, mêlée de grêle fondue.
Nous arrivons au ponton trempés et glacés.

Je rentre à la maison me changer et me réchauffer puis je repars à Samois : ce soir il y a remise du trophée de l'espoir à Cornélus Palsma par le comité départemental olympique et sportif, le conseil départemental et le Crédit agricole. C'est un jeune rameur de 22 ans originaire de Fontainebleau, vice-champion du monde en quatre poids léger.

La cérémonie commence mal: comme c'est les vacances, l'intendance n'a pas suivi et personne n'a les clés de la salle. Nous battons le pavé un temps bien trop long avant d'entrer dans la même salle qui nous avait accueillis pour le tajine du premier novembre. Discours des trois parties invitantes, réponse du jeune homme qui se tire bien de l'exercice, photos. Pas d'intendance donc pas de verre de l'amitié ni cacahuètes, c'est tristoune.

Cornelus Palsma entouré de l'ANFA - février 2022

mercredi 23 février 2022

L'enclave russe

Quand mes parents ont commencé à voyager en Pologne en 2019, j'ai découvert avec stupéfaction qu'il existait une enclave russe au bord de la Baltique, sans lien terrestre avec la Russie.
Comment une telle idée avait-elle pu germer dans le cerveau des dirigeants de Yalta? Quel géographe fou avait-il conseillé cela?
Et surtout, comment cela se faisait-il que je ne le découvrais que maintenant?

(Ce n'est que récemment que j'ai compris que lorsque j'étais au lycée, c'était noyé dans l'URSS, donc pas un sujet.)

La chose apparaît sur cette carte humoristique en faveur de l'Ukraine : la petite tache rouge, c'est de la Russie.

carte de la Russie et des pays qui ne sont pas la Russie


Depuis que j'ai découvert cela, je me dis qu'un jour les pays baltes se feront attaquer.

Nous n'avons rien dit pour la Géorgie, la Tchétchénie, la Syrie. Si nous ne disons rien pour l'Ukraine, combien de temps avant que les pays baltes, qui appartiennent à l'Union européenne, se fassent attaquer?

mercredi 16 février 2022

Entraînement, le retour

Dans la foulée de mon inscription en salle, je propose aux filles de commencer l'entraînement pour la course des Impressionnistes, le premier mai à Port Marly: une dizaine de week-ends pour ramer au moins une fois par semaine ensemble. Je propose une yolette. Je sais que ce n'est pas enthousiasmant, mais je me règle sur la démarche de Vincent qui nous avait imposé une yolette en 2018, malgré la présence d'Anne-So et moi-même qui avions un niveau au-dessus. (Mais je ne suis pas Vincent et je n'ai pas beaucoup d'arguments pour convaincre).
Toutes semblent partantes.

Reprise de l'entraînement à l'ergo ce soir. J'y trouve une allégresse à laquelle je ne m'attendais pas: juste avant le confinement, l'ergo m'avait mené au bord de l'épuisement. Surtout, cela nuisait terriblement à mon sommeil, muscles brûlants.
Ce soir, je me sens légère, allégée. Cela me redonne également confiance en moi.

mardi 15 février 2022

Ergo

Cette histoire de Mâcon me turlupine.
En janvier, selon le rituel des bonnes résolutions ou peut-être pour les Culs gelés, j’avais visité une salle de sport à Vincennes, mais elle n’avait pas l’équipement que je souhaitais. J’avais abandonné.

J’ai décidé de réessayer dans une autre salle.
J’arrive au comptoir. Je ne sais pas par quoi commencer.
L’hôtesse, compréhensive: — Vous ne savez pas ce que vous voulez?
— Si, au contraire. (Je prends une inspiration.) Est-ce que vous avez des rameurs?
— Oui, au fond de la salle.
— Je peux les voir ?
Elle débloque le portillon.

Murs noirs, sols noirs, pas de musique, souffle des machines. Ergo hydrauliques, flambant neufs. Ce n’est pas du tout ce que je cherche, un ergonomètre utilisé dans les clubs d’aviron.
Je reviens.
— Ça va ?
— Non, ils sont presque trop beaux, ce n’est pas ce que je cherche.
— Vous cherchez quoi?
— Un rameur de marque Concept.
— Il y en a d’autres à l’étage. Vous voulez aller voir?

Elle redébloque le portillon. Je monte à l’étage, en manteau rouge et bottes parmi les corps transpirants, casque sur les oreilles. Quelques regards me suivent, mais si peu. Chacun est dans son monde, à la poursuite de son but.

Il y en a deux, dressés contre le mur, que ce soit parce que la place manque ou parce qu’ils sont rarement utilisés. J’en mets un à plat, teste la chaîne, les piles. Ils ont l’air en meilleur état que ceux de Yerres.
Je redescends et je signe. Pas d’abonnement, je pars en avril. Contrat fixe pour un mois.

dimanche 6 février 2022

Sale temps

Autant il faisait un temps magnifique hier, autant il y avait du vent et de la pluie aujourd'hui. J'ai barré le huit. Par deux fois les rafales de vent ont stoppé le bateau dans sa course, par deux fois j'ai dû demander aux rameurs de redresser le bateau que le vent était en train de précipiter sur les bords cimentés de la Seine.

jeudi 3 février 2022

La fin

Nous signons la vente de la maison mercredi prochain. Objectif de la journée: la vider totalement, car dans la grande tradition de la famille, nous nous sommes arrêtés à cinq pour cent de la fin. Nous avons tout déménagé, tout vidé, sauf un placard, deux meubles, la cabane,…

Le camion (douze mètres cube) a été réservé trois jours avant à Intermarché à cinq cent mètres de chez nous. Le récupérer nous prend une demi-heure car les logiciels informatiques ont été changés le week-end précédent et ça beugue: impossible de faire passer la carte bancaire pour le dépôt de garantie, impossible d'imprimer le contrat, la responsable souhaite annuler la réservation, H. supplie, nous n'avons que cette journée, la maison est vendue, nous avons posé une journée de congé… La directrice du magasin est appelée, H. obtient gain de cause.
Nous avons trois quarts d'heure de retard sur notre programme.

La maison. Je suis catastrophée par l'état des rosiers. Depuis combien de temps ne suis-je pas venue ici? Sans doute il y a un an, en février, je me rappelle de crêpes. Je ne suis pas venue en juin pour couper les roses fanées, je pensais que le jardinier passait. Il est peut-être passé, je ne me souviens plus des dates, mais quoi qu'il en soit, il s'est occupé d'autres choses que des roses.
(Et tout le temps de notre présence je volerai des minutes pour aller couper des gourmands et des cynorrhodons. Il faudra que je vienne plus tôt le jour de la vente pour les nettoyer vraiment. Ah quoi bon me dit H., ils vont les couper (le futur propriétaire a l'intention de remplacer le grillage par un mur, des plaques d'acier). Mais je me sens responsable de tout ce qui est vivant, surtout que c'est moi qui ai planté ces rosiers.)

Nous vidons la cabane. Beaucoup de fils électriques, de clous, de bidons, de pots de peinture. Un animal inconnu a fait un tas de coques vides dans un coin de la cabane. Les toiles d'araignées pendent sombres, remplies d'une sorte de sciure. J'espère que les propriétaires ne sont pas de purs citadins, sinon cela risque de les effrayer, voire paniquer. Je vire les toiles, sauvent quelques araignées (en les déposant sous les étagères. Je ne les mets plus dehors depuis que j'ai appris que cela les tuait: elles ont pris l'habitude d'être à l'intérieur).

Nous laissons la table de jardin qui nous vient de nos amis bostoniens, les étagères, des chaises, le tuyau d'arrosage, une pelle, un outil pour tailler le rosier grimpant.
Je remets des graines de tournesol dans l'abri des oiseaux, je fais le tour du jardin, le cœur serré: l'if coupé dont je ne fais pas le deuil, le sapin de noël qui faisait un mètre vingt à notre arrivée, qui en fait douze, est en train de mourir, le rosier blanc disparu, le rosier jaune qui a tant perdu de sa superbe (mais quel âge a-t-il? trente ans?), le forsythia massacré… Le laurier et le romarin vont très bien.
J'aurai le regret de ne pas avoir su m'occuper de ce jardin. C'était hors de mes forces, beaucoup trop de travail. J'ai une colère rentrée, que H. ni les enfants ne m'aient jamais proposé de l'aide. Il fallait que je demande (les garçons si efficaces pour planter les rosiers… mais avant leurs quinze et vingt ans, qu'est ce que j'ai galéré. Et les feuilles à ramasser… et l'engueulade quand j'ai pris un jardinier… et les voyages à la déchetterie sans un coup de main pour mettre les pots dans la voiture ou le chêne abattu. Mais cette année-là j'étais allée seule en Grèce et H. m'en voulait… c'est fou tout ce que j'ai sur le cœur dont je n'arrive pas à me débarrasser. Fasse que l'écrire me permette d'oublier.)

Nous chargeons les meubles qui restent, une table, six chaises, qui viennent de ma grand-mère et un buffet très lourd. Au milieu du salon vide je suis désemparée. Une envie de pleurer monte. Frustration et surmenage. C'est ce qu'il me reste de ces vingt ans. Tant d'efforts pour rien, et en même temps, pas assez d'efforts (faut-il supposer, puisque pour rien: s'il y en avait eus assez, cela aurait sans doute abouti à quelque chose, non?) J'aime nos fenêtres et le puits de lumière qui donne sur le rosier. Vont-ils s'occuper du rosier?

Nous déposons les meubles à la maison, puis déchetterie d'Ecuelles. Nous vidons le camion. Un couple est en train de jeter ce qui ressemble à une maison de famille, vélos et poussette d'enfants inclus. La grand-mère serait-elle morte? Des ballots entiers, des sacs poubelles, y passent. Il faut avoir le cœur bien accroché.
H. va rendre le camion. Nous aurons été la dernière location de la semaine, trop de problèmes informatiques, toutes les suivantes ont été annulées.

Le soir nous mangeons des nouilles asiatiques instantanées et je repasse un maillot pour le ping-pong du lendemain.

lundi 31 janvier 2022

Deux citrons

A midi, à mes pieds, ils avaient roulé sur le trottoir.

deux citrons


Tombés des citronniers du fleuriste. Ils étaient parfaits. Je les ai ramassés.

jeudi 27 janvier 2022

Contrôle d'identité

Lumière bleue silencieuse dans le rétroviseur, je suis surprise car je ne sais pas ce que cela signifie pour une voiture de police. Longue rue qui descend avec des chicanes, je suis deux voitures sans me presser, à tout moment il faut laisser passer celles qui arrivent en face; je viens de ramer, je pense au gâteau que je vais acheter; je suis dans les nuages.

Au moment où je redémarre après une chicane, la sirène se met en route, un signe, c'est pour moi, je me gare.
Un joli jeune flic arrive à ma portière:
— Nous allons procéder à un contrôle d'identité. Vous savez pourquoi?
— Euh non.
— Vous avez glissé le stop. Très lentement, mais vous n'avez marqué aucun arrêt.
— Ah? Je ne sais pas.
— Je vous assure.
— Oh mais je vous crois, je ne conteste pas. Le problème c'est que je n'ai rien, aucun papier. Je reviens du sport (je fais un geste vers le sac sur le siège passager) et je n'ai rien, même pas mes lunettes. Attendez, je vais sortir.
— Ce n'est pas la peine.
— C'est pour la lumière (J'agite mon téléphone), sans lunettes je ne vois pas grand chose.
— Vous savez que vous devez avoir votre permis, la carte grise et le certificat d'assurance quand vous circulez?
— Oui, je suis désolée, j'habite tout près, à Moret.

Je farfouille dans mon téléphone, parviens à trouver une photo de mon permis. Ils sont trois, une fliquette et un plus âgé. Ils se passent mon téléphone, essaient de trouver des renseignements sur la voiture à partir de l'immatriculation. Le jeune papote, étonnamment amical, il est en admiration devant la voiture, un super moteur, très souple, il connaît. C'est plus fort que moi, je raconte ma passion pour cette voiture depuis les années 90: «Mais avec les enfants, ce n'était pas possible». Le plus âgé sourit compréhensif: — Ça coûte combien une voiture comme ça? — 25000. Il hoche la tête, c'est moins qu'il ne pensait. In petto je ne comprends pas bien pourquoi nous sommes en train de discuter comme si nous prenions le thé alors qu'ils m'ont arrêtée et que je n'ai pas de papier, mais c'est plus fort que moi, je continue: «si ça vous intéresse, il y a un super garage qui vend des occasions au niveau de Draveil.»

Bref, ils n'ont pas réussi à se connecter et à trouver des informations sur mon compte. Ils m'ont laissé repartir, «ça va pour cette fois, mais ne glissez plus de stop» «merci beaucoup, j'ai la tête un peu dans les nuages en sortant du sport».

Je pars, ils me suivent, je m'applique pour ne pas dépasser cinquante dans la ligne droite après la gare, je m'arrête au feu orange, je mets mon clignotant avec soin. Ils continuent sur la route principale.

Après m'être garée je vais m'acheter un baba au rhum.

--------------

Je revenais de l'aviron : belle sortie en double avec Sandrine. Nous avons remonté la yolette et un quatre. Je manque de condition physique.

mardi 11 janvier 2022

Une tablette d'avant l'iPad

Oulipo. Nous sommes très peu nombreux, cinq qui sont restés dîner, covid oblige.

Japonais. La dernière fois (à laquelle je ne participais pas) GEF a découvert qu'on pouvait y manger autre chose que du poisson cru.

Discussion sur Perec, Queneau, Roubaud. Roland Brasseur et l'histoire de Paul Vernier l'hypermnésique. Evocation de Bernard Magnier. Je donne la référence du Cinquante-quatrième jour à Sophie. D. explique qu'il fait une apparition dans ce roman à clef.

D. n'a pas de smartphone. Mais il va en avoir bientôt un car il devient difficile d'utiliser le reste de ses appareils.
— Je n'en avais pas besoin.
— Tu verras, ça ne sert que très peu à téléphoner.

Question sur le télescope James Webb.
— Toi qui t'y connais, tu pourrais me dire…
— Tu sais, sur ce sujet, je n'en sais pas plus que toi.
— Oui mais toi au moins, tu comprends ce que tu lis ou entends, tu peux imaginer les conséquences.

Nicolas s'est récemment mis au braille. Il nous montre une tablette destiné à écrire : on coince la feuille de papier et on la poinçonne.
Désormais nous connaissons tous la lettre é: c'est celle qui fait six points, deux colonnes de trois points.
Ecrire en braille, c'est comme composer en caractères de plomb: il faut écrire de droite à gauche en écriture en miroir, puisque qu'on poinçonne la feuille de points en creux avant de la retourner pour lire ces points en relief. Comme toujours, je reste admirative des capacités supplémentaires que développe un cerveau en situation de handicap.


tablette à écrire le braille

dimanche 9 janvier 2022

Je m'ennuie

Il faut bien le reconnaître, je m'ennuie. Plus de littérature, plus de cruchons, plus de Daniel Ferrer; plus de théologie (qui malgré mon espoir n'a jamais réussi à remplacer la littérature); bien moins d'aviron (mais l'ergo me tuait); un boulot qui consiste globalement à repeindre et remettre en ordre le salon du Titanic avant qu'il ne coule…

Je ne sais pas quoi faire de ma peau.
L'impression des Bourreaux de Staline ne s'effaçant pas, j'ai sorti Pour une juste cause de la bibliothèque. Pause dans la lecture de Balzac.
J'ai commencé Vigil (Arte) en faisant la vaisselle. Ça paraît prometteur.

samedi 8 janvier 2022

Ça me réjouit

Pourrait-on écrire: « Ça, me réjouit » en voulant signifier par la virgule le geste de montrer ?

Homard m'a yonnaise


C'est tout de même une curieuse époque qu'une époque qui permet de se prévaloir de Charlie (septième anniversaire du massacre hier) pour défendre EZ.

jeudi 6 janvier 2022

Assommée

Trois raisons possibles et non exclusives les unes des autres :

* le visionnage de trois documentaires d'Arte:
Les bourreaux de Staline, sur Katyn. Je connaissais le carnage, je n'avais pas conscience que cela avait constitué un enjeu politique majeur jusqu'en 1990;
Les bourreaux aux mains propres, terrifiant si vous avez un peu d'imagination. La torture sans trace physique ou le lavage de cerveau (selon les angles ou les buts poursuivis).
La vie après Guatanamo, un documentaire sans certitude.

* ma troisième dose, puisque Saint-Antoine m'a contactée. Je n'ai pas résisté au plaisir de revoir "ma" doctoresse (je l'aime vraiment beaucoup):
— Alors, comment ça va ici? Aussi compliqué que l'année dernière?
— Oh non, ce n'est pas du tout la même ambiance. On hospitalise des gens qu'on n'aurait pas hospitalisé l'année dernière.
— Comment ça?
— On a plus de place et les pathologies sont moins graves. Non, ce qui change vraiment, c'est le comportement des soignants. Ils craquent un peu, ils ne supportent plus les non-vax. Et ça, c'est très nouveau, parce qu'on a l'habitude de soigner le chauffard bourré qui s'est planté, le cancer du fumeur incorrigible. Mais là, au bout de deux ans, ça commence à faire trop.

(Et donc j'ai peut-être un peu de fièvre. Et très sommeil.)

* une heure de massage thai. C'est amusant, au lieu de progresser des pieds vers les épaules, elle m'a entreprise par le côté droit puis le côté gauche.
J'ai des endroits vraiment très douloureux, sur les tibias ou les épaules. Une heure éprouvante pendant laquelle ma tête divague et rêve.


Et maintenant, au lit.

mercredi 5 janvier 2022

Quelques variants

Dernier communiqué d'Olivier Veran il y a 10mn sur France Info : Plusieurs variants ont été détectés simultanément; il faut s'y préparer.

- Le variant Travolta donne toujours de la fièvre, mais seulement le samedi soir.
- Le variant Suisse reste neutre, quel que soit le test PCR, antigénique ou sérologique.
- Pour le variant Bordelais, pas de souci on a les Médoc.
- Le variant Normand est difficile à prévoir : "P'têt ben qu'oui, p'têt ben qu'non".
- Le variant Belge serait redoutable, ça finit généralement par une mise en bière.
- Ne craignez plus le variant Chinois, il est cantonné.
- Par contre, le variant SNCF arrivera plus tard que prévu.
- Contrairement aux apparences, le variant du Bénin serait grave voire dangereux.
- En ce qui concerne le variant Italien, vous en prenez pour Milan.
- De son côté, le variant Ecossais se tient à carreau.
- Apparemment, avec le variant Japonais, il y a du sushi à se faire.
- On parle de l'émergence d'un variant Colombien, mais il semblerait que ce soit de la poudre aux yeux.
- S'agissant du variant Moscovite, c'est un méchant virusse.
- Pour sa part, le variant Corse s'attaque au bouleau puisqu’il est transmis par l'écorce.
- Le premier symptôme du variant Breton, c'est quand on commence à entendre le loup, le renard et la belette chanter.

Sérivore

En vacances encore deux jours. Pluie fine. Aviron. Un quatre et une yolette. Je barre la yolette puis prends la nage. Plaisir du mouvement connu par cœur, de l'extention sur corps sur l'arrière, les coudes bien dégagés, les omoplates serrées, entre l'eau et le ciel, dans la pluie fine entre les arbres, le reste du monde disparu.

Sylvain au deux derrière moi m'a donné après la sortie des précisions sur le début du geste. L'intéressant, c'est qu'il a commenté la position en relation avec la technologie des bateaux: «quand les bateaux étaient en bois, ils étaient plus mous, c'est pour ça qu'on pouvait se permettre de ramer le dos un peu rond, comme les rameurs des années 70, mais maintenant les bateaux sont plus durs, il faut protéger son dos, il faut rester droit et jouer avec le poids de son corps».

La suite de Casa de papel. A la fois plus romantique et plus violent que les deux premières saisons (qui étaient déjà gratinées), entre hôpital de campagne et attentat au Liban, sans oublier les discours féministes et transgenres. La série s'inscrit dans la lignée des Anonymous, les contestataires post-crise 2008. C'est un peu décalé quand on regarde cela dans le contexte du covid: un scénario qui sacrifie allègrement les civils et déclenche une opération armée dans le centre de Madrid… Je me demande ce que cela devient dans les deux dernières saisons (à suivre).
Il est deux heures du matin, il faudrait que j'arrête.

lundi 3 janvier 2022

J'ai piscine

Repassage devant la deuxième saison de la Casa de Papel, vidage d'un carton et piscine.

Impossible de me souvenir de la dernière fois que je suis allée à la piscine. Il y a plus de dix ans, probablement.

La piscine de Moret a rouvert cet été après avoir été fermée depuis l'inondation de juin 2016. Elle a deux bassins, dont un extérieur. C'est ce qui m'a convaincue d'essayer: l'espoir que grâce au grand air, les vapeurs de chlore ne me rendraient pas malade et que je pourrais ajouter la natation à mes entraînements.

Quarante-cinq minutes de bassin dans la nuit, sous la bruine. Au bout de quelques allers-et-retours, j'ai remarqué le clocher de Moret contre le ciel noir.

Le chlore a gagné. Crise d'éternuements en rentrant à la maison, champ de vision troublé par un voile blanchâtre, blanc de l'œil rouge vif.

Je ne retournerai pas à la pisicne.

dimanche 2 janvier 2022

Sans dérive

Il fait très doux. Je barre le huit. A cinq cent mètres du club, le bateau heurte un bloc destiné à mettre en place des barrières de chantier, un bloc de 80x30x13 cm percé de trous pour mettre les pieds des barrières. L'étonnant est que ce bloc ne coule pas, il flotte à fleur d'eau, invisible.
Le bateau le heurte exactement dans l'axe et on entend le bloc passer tout le long de la coque. Question: la barre est-elle touchée?
Nous ramons, je fais des tests, la barre réagit. Cela prend du temps, comme toujours en huit. La difficulté est qu'il faut redresser avant que le huit ait pris la direction souhaitée. Je tire vers babord, je compte trois coups de rame puis je redresse avant même que le bateau ait pris la direction de babord. Il vire alors vers babord au quatrième ou cinquième coups de rame.

La sortie se passe ainsi, avec un coup de chaud lorsqu'une péniche apparaît face à nous alors que le bateau est au centre de la Seine. «On appuie à tribord, un coup», je tire sur la barre, le bateau dévie, c'est bon, nous sommes passés. La péniche fait des vagues, nous remplissons un peu.

J'ai tellement tiré sur la barre qu'à quelques mètres du ponton le câble en a rompu brutalement.

Une fois le bateau retourné sur les tréteaux, nous avons découvert que la dérive était partie. Il ne restait que la partie mobile de la barre, un aileron de quelques centimètres carré. Pas étonnant que le bateau réagissait lentement.

*****

Le soir O et Cy viennent dîner. Encore un gueuleton. L'indigestion est proche. Ça fait plaisir de les voir, ils sont cool et joyeux.
O. m'a offert les deux derniers Akira dans l'édition dans laquelle j'ai les quatre premiers. J'aurais au moins appris cela à mes enfants: la cohérence des éditions.
Les billets et commentaires du blog Alice du fromage sont utilisables sous licence Creatives Commons : citation de la source, pas d'utilisation commerciale ni de modification.