Nous avons passé la journée chez mes parents pour fêter l'anniversaire de H., de ma tante et le mien.

Le soir, nous prenons l’autoroute pour rentrer. J’ai terriblement mal, si mal que j’hésite à demander à s’arrêter. Mais à quoi bon? Il fait froid, ils ne peuvent pas me laisser dans le fossé, il faudra repartir. Comment vais-je faire? C’est insupportable.
J’appelle les enfants à l’aide : «Il faut que vous me fassiez penser à autre chose. Racontez-moi quelque chose, sinon je ne vais pas y arriver».

Alors ils racontent des souvenirs d’enfance. (En particulier, O raconte qu’une nuit il a fait pipi dans le placard tant il avait peur de faire du bruit et de nous déranger. Je suis traumatisée: est-ce que nous étions des parents méchants à ce point-là? — J’étais petit, maman!) C. nous raconte un jeu de colonie de vacances: le loup-garou. Parmi les joueurs, un a tiré la carte du loup-garou, il est le loup-garou. Les autres qui sont les villageois doivent deviner qui est le loup parmi eux. Il y a plusieurs rôles, le paysan, la petite fille, la sorcière, etc, avec des attributs particuliers (certains guérisseurs, d’autres immortels, etc). Les villageois décident dans la journée qui ils tuent (celui qu’ils pensent être le loup-garou, qui participe sans se dévoiler à leurs discussions), le loup-garou tue un villageois chaque nuit. (Si vous voulez jouer, il faudra vérifier les règles, je raconte à peu près).
En colonie, mes trois enfants ont vécu la même expérience: ils paraissaient toujours louches par leurs suggestions, ils se faisaient tuer tout de suite par les autres joueurs.

— Une fois, raconte O., les rôles en présence étaient tels que nous aurions tous pu vivre éternellement sans jamais nous faire tuer. J’ai essayé de leur expliquer comment s'y prendre. Il fallait réfléchir, ils ont préféré me tuer.

Cette phrase va me poursuivre le restant de mes jours, je crois. Quel résumé!

En tout cas, mission accomplie, merci les enfants: leurs récits ont été si passionnants que j’ai réussi à atteindre la maison sans trop penser à mon dos.