Les détestations alimentaires (végétariens s'abstenir)

Repas marrant offert par un fournisseur. Bonne adresse: les Zygomates rue de Capri dans le 12e.

La commerciale en face de moi a mangé du cochon d'Inde en Amérique du sud «avec la tête dans l'assiette». Mouvement d'horreur du commercial.
— Les autres ont goûté du ver blanc. Il paraît que c'est bon, sucré. Moi je n'ai pas pu.

D'où cela est-il parti? Des écrevisses américaines dans le marais poitevin? (la commerciale est niortaise).
— Ils font du pâté de ragondin, aussi.
— Vous vous rendez compte de ce que vous dites? Vous mangez du rat?
— Mais ce n'est pas du rat d'égoût, ce n'est pas pareil.
— Vous connaissez Demolition man, le rat-burger?

— Et vous, qu'est-ce que vous ne mangez pas?
Je réfléchis.
— Déjà, si vous êtes obligée de réfléchir…
— La cervelle. Avant, j'aurais dit les choux de Bruxelles, mais depuis que j'en ai mangé avec du gibier à Strasbourg…
— Ah oui, moi c'est pareil, je n'aimais pas […], mais depuis […]

— Pas les insectes.
— Ma petite-fille elle adore ça.
— Mais qui donne des insectes à son enfant?

— J'adore les oreilles de porc.
— Mais c'est plein de cartilages! Pourquoi manger ça?!
— Et les groins? On nous a apporté une soupe de groins, les groins fottaient à la surface, j'adore ça.

Etc, etc. Si bruyants que nous avons gêné la table derrière nous, j'en ai peur.

Vivre

Depuis plusieurs semaines on (les médias) nous assurait que Poutine voudrait une journée du 9 mai exemplaire, qu'il fallait s'attendre à un carnage en quelques points d'Ukraine, peut-être à une tête nucléaire dont la cible était peu claire.

J'y croyais; depuis plusieurs semaines je m'appliquais à regarder le paysage et la ville dans une vision pré-apocalyptique (ça vous donne une idée de mon moral. «Alice, ne prends pas tout au tragique» me disait un ancien chef), pour me souvenir quand tout serait réduit en cendres.

La journée du 9 mai est bien sortie de l'ordinaire, mais d'une façon inattendue: plusieurs chaînes de télévision russes ont été hackées, et le message «Vos mains sont couvertes du sang de centaines de milliers d'Ukrainiens et de leurs enfants» s'est affiché.





Dans le même temps, nous apprenions que la démonstration aérienne lors du défilé militaire avait été annulée à la dernière minute sous prétexte de mauvais temps tandis que le ciel bleu s'affichait durant le reportage en direct.
H : «C'est tellement facile d'abattre un avion en plein vol à partir de la campagne voisine: tu imagines, l'avion qui explose, les débris qui tombent sur les spectateurs».

Mourir

Une adhérente m'apporte des documents: elle va passer à la retraite bientôt, sa situation va changer. Les statuts prévoient que les adhérents actifs doivent adhérer à un contrat de prévoyance leur garantissant un complément de salaire1 en cas d'arrêt maladie prolongé, les adhérents à la retraite doivent adhérer un contrat dépendance.

— Mais pourquoi obligatoire?
— Parce que c'est onéreux: donc élargir l'assiette permet de conserver des cotisations peu élevées en répartissant la charge sur tous (le principe même de la mutualisation).
— Oui évidemment. Mais moi je ne serai jamais dépendante.
— Hum. Vous savez, la dépendance, ça va être le sujet des prochaines années. En 2050 nous serons cinq millions de plus de quatre-vingts ans. Et comme on ne sait ni à quelle fréquence la population sera concernée, ni le coût que cela représentera, c'est difficile à tarifer pour un assureur. Difficile aussi de savoir combien seront dépendants, avec les progrès de l'alimentation, de la prévention…
— Et l'évolution des mentalités…
(Je ne comprends pas le rapport) — Qu'est-ce que vous voulez dire?
— Eh bien avec l'euthanasie bientôt possible…
J'en reste bouche bée: — Cinq millions de suicides, ça va être gai, le futur.



Note
1 : la mutuelle couvre des fonctionnaires. Le traitement des fonctionnaires se compose d'une «base indiciaire» et de primes (ne correspondant pas à grand chose: ce sont des primes techniques dont je comprends mal l'origine ou la justification. Dans le privé elles seraient réintégrées dans le salaire). En cas d'arrêt maladie supérieur à trois mois (il suffit d'un covid long ou d'une convalescence compliquée), les primes ne sont plus versées. Le contrat de prévoyance «perte de rémunération» est destiné à maintenir le traitement à niveau.

Evidemment, il est étrange que ce contrat soit obligatoire: on peut arguer que chacun est libre de se couvrir comme il le souhaite. Mais dans ce cas il suffit de choisir une autre mutuelle. Si ce contrat est obligatoire, c'est pour répartir la charge des cotisations sur tous. Dans le cas contraire, seules les personnes se sentant à risque (de santé fragile ou ayant une famille à protéger) souscriraient ce contrat: avec une fréquence plus élevée de sinistres, les cotisations seraient plus élevées. C'est ce qu'on appelle de l'anti-sélection.

Il faudrait que nous ayons tous profondément conscience que le but est de ne jamais utiliser une garantie d'assurance que nous souscrivons. L'assurance est un parachute: personne ne souhaite que son avion se crashe.

Des nouvelles du 91, 92, 93, 94

Comme je suppose que mes lecteurs sont des boomers, je suppose qu'ils connaissent tous la structure du numéro de sécurité sociale (les boomers n'ont pas que des désavantages): 1 ou 2 pour homme ou femme 1; l'année (grosse déprime quand sont arrivés les 00 dans les entreprises: mais qu'est-ce qu'on est vieux); le mois; le département (puis moins connu: le numéro de la ville dans le département et le rang de naissance dans le mois dans la ville).

Je connaissais les Palaiseau (78): les gens nés en Seine-et-Oise (so San-Antonio) avant la création de Paris et de la petite couronne, quand Palaiseau n'était pas 91 (Essonne) mais 78 (Seine-et-Oise): le 78 a été conservé pour les Français nés avant la création de Paris et de la petite couronne. Je l'avais constaté sur les listes électorales il y a encore une ou deux semaines.

Aujourd'hui j'ai découvert une autre bizarrerie.
Je discute longuement avec une adhérente déconfite d'être mal remboursée (à son goût: de notre point de vue, il s'agit d'équilibre global du portefeuille).
Elle en a lourd sur le cœur, donc je la laisse parler. De temps à autre je rectifie ou nuance un point, j'explique un fonctionnement.

On en arrive aux problèmes de tiers-payant, de carte de mutuelle avec droits pas à jour. C'est alors qu'elle me demande:
— Vous savez d'où ça vient, 91, 92, 93, 94?
— Non (en fait je pense savoir: création de Paris et de la petite couronne. Mais je préfère qu'elle le dise elle-même).
— Ce sont les départements de l'Algérie française. Ils ont été réutilisés: 91 pour Alger, 92 pour Oran, 93 pour Constantine, 94 pour le sud de l'Algérie. (J'en reste bouche bée de l'autre côté du combiné.) Nous les pieds noirs nés en Algérie, on a été immatriculé 99, Français nés à l'étranger. Sauf que les pieds noirs (pas moi, je m'en fiche, j'étais trop jeune) ont protesté, ils ont contesté être nés à l'étranger, ils étaient nés en France. Finalement, vers 94-96, ils ont obtenu d'être immatriculés selon leur département de naissance, à condition d'en faire la demande. Mais évidemment, moi ça m'était égal, et puis je n'ai rien compris au message qu'ils m'ont envoyé, donc je n'ai rien fait. Sauf que quelque temps plus tard ils ont décidé de changer tout le monde sans en parler, et que je me suis retrouvée en pharmacie avec une carte vitale qui ne fonctionnait plus parce qu'on m'avait changé mon numéro de sécurité sociale sans me prévenir.

Ça alors. L'Essonne, département d'Alger?

Une recherche Google plus tard, j'apprend des choses encore plus extravagantes: que les personnes nées en Algérie avant le 3 juillet 1962, possédant un numéro de sécurité sociale, qui voulaient changer le numéro 99 contre leur numéro de département algérien, devaient en faire la demande avant le 31 décembre 1997. Cette période a ensuite été étendue, les personnes immatriculées à la sécu avant le 1er mars 2000 devant faire une demande, les personnes immatriculées après affectées automatiquement aux départements d'origine (en pratique, souvent des femmes rattachées à leurs maris se mettant à travailler pour la première fois ou devenues veuves).
Finalement, à un moment donné, toutes les immatriculations ont été réaffectées aux départements algériens.

Donc un numéro de sécu X61XX91 ne signifie pas que vous êtes né dans l'Essonne mais à Alger.


Note
1: il y a aussi 6 ou 7 ou 8, des immatriculations provisoires dues à des cas particuliers.

Retour en bibliothèque

J'ai ramené ma carte de bibliothèque de Paris pour renouveler mon inscription annuelle. La dernière datait de septembre 2017: l'année où j'ai commencé à ramer pour des compétitions, l'année où il n'était plus possible de trouver les ouvrages de la bibliographie de théologie en bibliothèque grand public. Puis il y a eu le déménagement à Nanterre, puis le Covid, puis les bureaux à Vincennes.

La bibliothécaire teste le code-barre, entre le numéro manuellement:
— Elle n'est plus active, il faut la refaire. Elle ne correspond même pas au modèle précédent, mais à celui d'avant.
De quand date cette carte? Je ne sais plus. A l'époque il fallait fournir un justificatif de domicile (l'inscription est possible où qu'on habite, c'était simplement une vérification). Aujourd'hui il suffit d'une carte d'identité, l'adresse est déclarative.
La bibliothécaire me tend une nouvelle carte, toute rouge. La précédente était bleue.

Je commence à monter l'escalier, me ravise, revient:
— Vous avez détruit la carte?
— Oui.
— Dommage, je l'aurais bien photographiée.

Je m'installe dans le coin des mangas (parce qu'il y a un fauteuil). Je commence l'introduction à L'histoire des 3 Adolf d'Osamu Tezuka. Je m'endors.
En sortant, bien que m'étant promis de ne pas emprunter de livre, je prends Les fenêtres d'Hanna Krall.
— C'est vous qui enregistrez les emprunts?
— Vous avez l'automate, là (geste de la main)
Je suis vraiment has been.


Fontainebleau à 17h46. H. me prend, me dépose à l'aviron. Lui va au ping-pong («Tennis de table!»)
Belle sortie en quatre. A la nage. Retour un poil trop rapide, je sais que je ne vais pas assez vite au goût du deux qui a fait des progrès techniques considérables. A notre grand surprise elle se tait. Elle est si désagréable que plus personne ne veut ramer avec elle: il est possible qu'elle ait fini par s'en apercevoir.
Au retour, un nombre impressionnant de péniches: six, huit? Je me demande comment autant de péniches ont pu passer les écluses de Fontaine-le-Port en un temps aussi court. Beaucoup semblent vides (très hautes sur l'eau), est-ce une conséquence du 1er mai? De la guerre en Ukraine? Ou cela n'a-t-il aucun rapport?

Repas au club. Nous sommes peu nombreux, huit. Il y a un stage en cours à Bellecin.

Bilan macroniste

Comme chaque fois, la lecture mensuelle du journal de Didier m'a fait rire. Journal de lectures, lecture du monde poivrée de provocation, anglais traduit en franglais (Toitube), etc. J'y puise à l'occasion quelques idées de lecture (jamais appliquées puisque je ne lis presque plus: j'ouvre les livres).

Remarque à propos de la remarque de Didier concernant les élections de 1974: c'était alors normal de tourner la page: les deux partis en présence étaient classiques. J'aimerais une fois avant ma mort retrouver cette sérénité lors d'une élection présidentielle. La particularité des dictateurs, c'est premièrement qu'ils changent la constitution à leur avantage (je me demande d'ailleurs pourquoi ils prennent cette peine), deuxièmement qu'ils ne rendent pas le pouvoir: ils le gardent.
Evidemment, on ne peut pas savoir ce qui va se passer avant d'essayer.
D'un autre côté, il y a des indices forts en observant les comportements, les discours, les modèles (quand on a Chavez pour modèle…). Récemment nous avons eu l'exemple de Trump. La France n'est pas les Etats-Unis, très fiers de leur constitution et attachés à elle. Je ne suis pas sûre que les Français réagiraient aussi vite. Je ne sais pas de quel côté pencherait l'armée.
Je n'ai pas envie d'essayer.

J'ai fait mon examen de conscience: avais-je emm*** tout le monde avec mes «niaiseries» «bisounoursoïdes»? (Didier, on dit «irénique»: ça provoque toujours un micro-silence quand j'arrive à le placer en réunion professionnelle. Irénique, hollistique, tautologie, mon tiercé gagnant). Je suis arrivée à la conclusion que non seulement je n'avais pas écrit pendant un mois environ, mais que je n'avais posté que des photos d'affiche ou des récits de collage.

Donc à contretemps (puisque les élections sont passées (mais je n'aurais pas voulu transformer ce blog en blog de propagande)), voici quelques graphiques et un article des Echos d'octobre 2021. Ceci n'est évidemment destiné qu'aux lecteurs rationnels, je veux dire ayant quelque respect pour les chiffres et les observations.

Les premiers graphiques concernent le salaire, la pauvreté et la redistribution en France, mesurés par l'OCDE.

statistiques de l'OCDE sur le salaire, la pauvreté et la redistribution en France


Le deuxième graphique est un indicateur de verdure, de verdeur, d'écologie. Comme d'habitude avec ces indices verts, je ne sais pas trop ce qui est mesuré (le résultat (émissions de carbone) ou les efforts mis en place? Ce n'est pas la même chose, cela dépend de l'état de départ).
Toujours est-il que la France est bonne élève. (Mais c'est justement ce qu'on reproche à Macron: d'être bon élève).

comparaison internationale des efforts en écologie. Index du MIT


Enfin, je copie un article des Echos d'octobre 2021, par paresse parce que c'est lui que j'ai sous la main. Evidemment, c'était avant la guerre d'Ukraine. Mais même sans la guerre il y aurait eu de l'inflation: la reprise économique post-confinement provoquait une augmentation de la demande, donc mécaniquement une hausse des prix (pour réviser ce mécanisme, voir Obélix et compagnie). Et si le (les) gouvernement(s) sont si réticents à indexer les salaires, c'est que cela ne résout rien: les employeurs répercutent la hausse de leurs charges sur le prix de leurs produits.
C'est sans doute pour cela d'ailleurs que ce qui est annoncé, c'est une indexation des retraites: tant que les taux de prélèvement ne sont pas relevés, cela ne pèse pas sur les employeurs.
Inégalités : le bilan inattendu de Macron

On attendait le chef de l'Etat sur la lutte contre les inégalités de destin, mais les mesures socio-fiscales du quinquennat auront surtout réduit de façon plus classique les inégalités de niveau de vie. Avec un effet plus significatif des prestations sociales que des mesures fiscales.

Par Étienne Lefebvre
Publié le 13 oct. 2021 à 8:13Mis à jour le 14 oct. 2021 à 18:13

Emmanuel Macron n'est donc pas le président des riches. Ou en tout cas pas uniquement. L'évaluation, publiée par le Trésor la semaine dernière, de l'évolution du revenu disponible des ménages par décile de niveau de vie a fait ressortir des éléments factuels éclairants à l'heure du bilan du quinquennat.

D'abord, les gains de pouvoir d'achat depuis 2017 sont significatifs - +8 % en cinq ans. Ils concernent ensuite tous les niveaux de revenus et sont pour une part importante liés aux mesures prises par le gouvernement. Enfin et surtout, ces mesures sociales et fiscales auront bénéficié davantage au premier décile (les 10 % les plus pauvres), avec un gain de 4 % de pouvoir d'achat à la clé, qu'aux 10 % les plus riches (+2 %).

Cachez ce dernier centile
Il faut bien évidemment nuancer ce constat. Bercy n'a pas choisi cet indicateur au hasard, et certains points de méthodologie peuvent être discutés. Exemple : le coût de la flat tax pour les finances publiques est minoré du fait du versement accru de dividendes, de même que l'effet de la hausse de la fiscalité sur le tabac est minoré en tenant compte des changements de comportement induits (baisse de la consommation). Par ailleurs, le calcul concernant le dernier centile (les 1 % les plus riches) n'apparaît pas, alors qu'il ferait sans doute apparaître des gains plus importants en raison de la concentration des gains liés à la réforme de la fiscalité du capital (ISF, flat tax). En revanche, le reproche sur le fait que les calculs sont présentés en pourcentage de niveau de vie et non en valeur absolue est peu pertinent : il s'agit de la méthode de référence de toutes les études en matière d'inégalité.

D'autres travaux indépendants (dont ceux de l'Institut des politiques publiques) apporteront leur pierre à l'édifice ces prochaines semaines. Mais une chose est sûre : si les résultats publiés par le Trésor ont pu surprendre, voire agacer, c'est en raison de la focalisation du débat public sur les impôts, et de la sous-estimation de l'impact d'autres facteurs bien plus importants concernant la lutte contre les inégalités.

Les effets musclés du « 100 % Santé »
Les prestations sociales assurent davantage que la fiscalité un rôle de redistribution. Pour ce quinquennat, la forte hausse de certains minima sociaux (allocation adulte handicapée, minimum vieillesse, parent isolé) a un impact important pour les premiers déciles, de même que l'élargissement et la revalorisation de la prime d'activité pour les travailleurs pauvres (qui a rajouté quasiment un treizième mois à un célibataire au SMIC).

Et il ne faut pas oublier bien d'autres « petites » mesures aux effets déterminants pour certaines populations. A l'instar de la prise en charge à 100 % d'une partie des soins dentaires, d'optique et d'audioprothèses, ou encore de la Garantie jeunes (pour les jeunes ni en emploi ni en formation), dont le gouvernement s'apprête à annoncer une nouvelle extension.

L'édition 2021 de l'Insee sur Les revenus et le patrimoine des ménages est venue rappeler récemment que les transferts publics - entre prestations reçues et prélèvements acquittés - corrigent sensiblement des inégalités primaires très importantes en France. Ainsi, le revenu primaire moyen des 10 % les plus aisés est-il treize fois supérieur à celui des 10 % les plus pauvres. Mais ce ratio est ramené à sept après transferts monétaires.

Il tombe même à un contre trois pour le niveau de vie dit élargi, c'est-à-dire en prenant en compte non pas seulement les transferts monétaires, mais aussi les transferts en nature, comme l'éducation, la santé et le logement. Des services publics qui contribuent pour 50 % à la réduction des inégalités, souligne l'Insee. L'accès à des services publics gratuits ou à un coût plus faible que celui du marché a, de fait, une importante relative plus prononcée pour les moins aisés. Le système de santé et les aides au logement génèrent la redistribution la plus significative.

Une quarantaine de mesures intégrées
Une mesure telle que le dédoublement des classes de CP-CE1 en zone d'éducation prioritaire peut jouer aussi un rôle décisif. Inversement, la réforme durcissant les conditions d'indemnisation de l'assurance-chômage ou le calcul des APL en fonction des revenus récents (et non de ceux d'il y a deux ans) pénalisent les moins aisés.

Avec cette grille de lecture exhaustive, on comprend mieux, au final, pourquoi le bilan redistributif de la politique d'Emmanuel Macron apparaît beaucoup plus équilibré que certains voudraient le faire croire. L'évaluation du Trésor intègre les effets de pas moins d'une quarantaine de mesures socio-fiscales. La crise des « gilets jaunes » a changé la donne.

L'empilement plutôt que l'évaluation
On peut en revanche regretter un certain empilement des dépenses, surtout en fin de quinquennat, et le manque persistant d'évaluation des réformes qui sont menées. L'efficacité de la dépense, l'efficacité des services publics, en matière de redistribution notamment, devrait être bien davantage questionnée pour faciliter les choix collectifs difficiles qui devront être opérés ces prochaines années. Sachant que la hausse des dépenses publiques devra ralentir très fortement , ne serait-ce que pour stabiliser la dette après 2022.

Par ailleurs, Emmanuel Macron n'était pas vraiment attendu sur ce terrain classique (très social-démocrate) de la redistribution, mais davantage sur celui de la lutte contre les inégalités de destin, liées aux discriminations de tous types. Sur ce chantier de l'égalité des chances, le bilan est moins fourni, et les résultats ne pourront venir que d'un travail à plus long terme. De quoi inspirer, peut être, ceux qui auront la charge de nourrir le projet du chef de l'Etat pour 2022.
En fait, ce qui m'étonne le plus, c'est qu'avec un tel bilan, aussi peu de reconnaissance et autant d'emmerdes, il est envie d'y retourner.

Le lundi à Paris

Après les vingt-et-un kilomètres d'hier, pas d'ergo aujourd'hui.

Je repère que la station de Vélibs dans la descente de Daumesnil est souvent pleine, qu'il vaut mieux continuer sur l'avenue de Reuilly. J'aime les lions de la fontaine de la place de Reuilly. A chaque lion je pense Paris est une ville pleine de lions, selon le livre de Dormann (que je devrais feuilleter). Je découvre que la fondation de Rothschild est à deux pas, ainsi que la maison des Petites Sœurs des Pauvres et l'ONF (office national des forêts). La bibliothèque Hélène Berr est littéralement à cinq cents mètres, mais fermée le lundi. La place de la Nation est très fleurie et animée, j'en avais un souvenir désolé et désert — mais j'y suis toujours passée la nuit. Je passe rue St Maur, est-ce que Matoo n'avait pas organisé un lointain anniversaire ici?

Je déjeune d'un demi-camembert rôti en terrasse à L'Eglantine (rue Fabre d'Eglantine), la vieille dame derrière moi qui boit un thé se retourne: «ça sent bon». Des rondelles de ciboule flotte sur le camembert, ça change du sirop d'érable.

Le soir Vélib jusque chez Mariage rue du Bourg Tibourg (quatre kilomètres et demie). La rue de Charenton est très calme. De façon générale il y a peu de voitures. Les deux roues (et les une roue) sont infernaux, surgissant de tous les points cardinaux, silencieux, coupant la route, ne respectant pas les feux. Il faut être très attentif. Le marquage au sol aussi est compliqué: suivre la voie réservée aux cyclistes alors que j'ai grandi en respectant les règles ordinaires du code de la route, notamment dans les carrefours pour tourner à gauche.

Je croise beaucoup de couples, avec ou sans enfants, dont la femme habillée en djellaba (ou équivalent) est très élégante. Je me souviens alors que ce doit être la fin du ramadan, l'équipe en a parlé au bureau.

J'ai fini de reclasser les archives.
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