Les Pétroleuses

Agnès Buzyn, jusque-là ministre de la santé, se présente à la mairie de Paris. Elle remplace Benjamin Griveaux, qui a eu l'idée étrange de se branler devant son téléphone à destination d'une dame qui n'était pas son épouse. La vidéo a été diffusée par un artiste (avec ou sans guillemets), Griveaux a retiré sa candidature.

Evidemment, désigner une femme, c'est éloigner le risque de Dick Pic. Les candidatures féminines vont-elles se multiplier pour cette seule raison?

Candidats à la mairie de Paris: Anne Hidalgo, Rachida Dati, Agnès Buzyn.

Mensonges

Nous sortons ensemble des vestiaires :
— Je viens de mentir en disant que j'étais coincée dans le RER et que j'allais être en retard.
— A ta famille? Pour ne pas dire que tu étais au club?
— Oui.
— Ah… c'est comme quand je paie en liquide pour ne pas qu'on voit que j'ai acheté de nouvelles chaussures.





Bibliophore :
Sans l'orang-outang d'Éric Chevillard (j'ai récupéré de nombreux Chevillard même si je ne suis pas sûre que son écriture systématique ne m'ennuie pas un peu.

Un homme remarquable de Robertson Davies. J'ai lu ce livre en 1996 — et sans doute ce livre précisément, cet objet physique-là. Écriture romanesque agréable pour personnes qui aiment les romans. C'est de moins en moins mon cas, mais il y a dans ce livre deux ou trois phrases qui m'ont marquées ainsi qu'un épisode d'expertise de faux tableau qui me fascine.

Les Choses - Une histoire des années soixante. de Georges Perec. Un exemplaire de 1965, relié, avec le commentaire de la bibliothécaire tapé à la machine et collé sur la première page: «Prix Renaudot 1965. Sylvie et son mari, psycho-sociologues à Paris ne sont pas pauvres mais rêvent de large aisance dans la lassitude d'une vie qui repose sur le désir des choses. Une expérience à Sfax les déçoit et ils espèrent trouver fortune à Bordeaux. Sans véritable intrigue; témoignage sociologique bien observé, confrontant un couple avec son époque, d'une ironie triste, lucide et intelligente, écrit en un style pur et classique, un peu fastidieux. Large public. F.M. 1965»

(Et je vois dans ces notes des bibliothécaires la trace d'une époque où l'on espérait éduquer l'ouvrier ou l'employé de bureau. Mais peut-être que je fantasme.)

Je me souviens que ce livre est une réponse aux Mots de Sartre (1964), suivi de la synthèse Les mots et les choses de Foucault (1966). On savait s'amuser à l'époque.

Chatterton de Vigny

Ligne 1, 17h55. Elle était si bien accordée à sa lecture.





Je me suis cassée le nez au CNF (j'avais oublié qu'il était fermé aujourd'hui), je suis passée à l'ICP chercher des livres.
Remarque pratique : mon sac à dos est fait pour contenir des affaires de sport, pas des livres.

Bibliophore :
pour ma dissertation:
Rome et la contraception de Robert McClory
Le Climat familial de Jean-Philippe Pierron
désherbage de la bibliothèque de l'entreprise:
Belle Mère de Claude Pujade-Renaud (je ne l'ai jamais lue)
Berlioz de Claude Ballif (je remplace une édition plus récente par une plus ancienne, pur snobisme)
Anthologie de la poésie chinoise classique Poésie Gallimard


Transport : encore un périple, RER D jusqu'à Villeneuve puis bus B puis un kilomètre de marche. J'ai calculé que cela irait plus vite que d'attendre le prochain D pour Yerres une demi-heure plus tard puis prendre mon bus habituel. J'avais raison puisque ce bus ne m'a pas doublée.


Avancée du rangement après travaux (oui, ceux d'il y a un an):
A. qui est restée une journée de plus pour soigner un chien dans les environs a lavé les étagères du dernier étage et reclassé les DVD. Il ne reste plus qu'à rebrancher l'écran, l'Apple TV et le lecteur de DVD (je n'en peux plus de regarder films et séries sur tablette. J'aime les grands écrans).


Le soir, projection de Three Bilboards sur le mur du salon. J'avais beaucoup aimé ce film à sa sortie, sa violence et sa consolation.

Un samedi de couleuvre

En yolette le matin. Le courant est rapide et l'eau brunâtre. Demain les sorties sont annulées à cause de la tempête. Je préviens aussitôt Hervé car je sais qu'il a réservé un restaurant près de Neuilly, ce qui devient inutile.

Des films l'après-midi. Je finis Collatéral (bof), par hasard je regarde L'invité d'une grande violence sociale et pourtant comique, je re-regarde La nouvelle vie de Paul Sneijder que j'avais beaucoup aimé à sa sortie (c'est parce que faisais des recherches sur Thierry Lhermitte que je suis tombée sur L'invité).

Affaire Mila

Un matin tu te réveilles (14 février 1989, presque un anniversaire) au son du radio-réveil, tu apprends qu'un auteur dont tu n'as jamais entendu parler est condamné à mort par une fatwa, mot dont tu ignores le sens et l'existence, lancé par un imam iranien.
Fuite, protection policière, vie en éclats.

Un midi chez le coiffeur tu apprends que Cabu et Wolinski se sont fait assassiner parce qu'ils avaient dessiné le Dieu des musulmans.

Un soir en lisant Twitter tu comprends vaguement qu'une ado se fait insulter et menacer parce qu'elle a dit qu'elle détestait la religion, en particulier l'islam. Tu ne fais pas trop attention parce que ce n'est pas la première fois que Twitter s'enflamme, Zineb el Rhazoui en a déjà fait les frais, tu te dis que ça va passer, qu'est-ce qu'ils ont inventé encore?
Et puis ça devient n'importe quoi, tellement n'importe quoi que j'ai envie de hurler. La France entière est tombée sur la tête, c'était bien la peine d'avoir Voltaire, c'est le chevalier de la Barre all over again.

Je tente une chronologie:
Le 19 janvier, Mila poste une vidéo où elle dit :«[…] Je déteste la religion […], le Coran, il n'y a que de la haine là-dedans, l'islam, c'est de la merde […]». Elle reçoit des menaces de mort, quelqu'un poste son adresse en ligne, son domicile est protégé par la police, elle ne va plus au lycée.
Le 23 janvier, une enquête est ouverte pour retrouver les auteurs des menaces, mais une autre contre Mila, pour vérifier s'il y a eu «incitation à la haine raciale».
Depuis quand une religion est-elle une race? A ce compte-là, pourquoi ne pas avoir poursuivi Rushdie et Wolinski?
(Heureusement, le parquet a conclu qu'il n'y avait pas lieu de poursuivre…)
Le 29 janvier, la ministre de la justice Nicole Belloubet prononce une phrase bizarre: «l'insulte à la religion est évidemment une atteinte à la liberté de conscience» (si les Manif pour tous se souviennent de cela à leur prochain rassemblement!!)
Le 31 janvier quelques personnes appellent à la raison: voici une tribune juridique rappelant la loi sur le blasphème et la réaction de Mme Badinter dénonçant la lâcheté ambiante. (Je pense à Houellebecq et son Soumission : il était en dessous de la vérité).
Le 3 février Ségolène Royal prend Mila à partie plutôt que de la défendre (mais depuis quand prend-on parti pour les menaçeurs et non pour les menacés? Qu'est-ce qui tourne pas rond? La gauche devrait se trouver un autre nom, Jaurès ne la reconnaîtrait pas.)
Pendant ce temps, la jeune fille confirme ce qu'elle pense de la religion en général, tout en présentant des excuses si elle a blessé des croyants en particulier. (Chapeau bas : je l'imaginais effondrée, avec ses parents catastrophés à l'idée de devoir déménager, etc. Elle a du cran et paraît moins tête de linote que je ne l'aurais imaginé.)
Cerise sur le gâteau, c'est Le Pen qui finit par dire quelque chose de sensé: «Dans notre pays de libertés, ce n’est pas à #Mila de s’excuser: c’est à ceux qui la menacent de mort, la harcèlent, l’insultent, de rendre des comptes devant la justice. » (Me voilà bien: en train de citer Le Pen!)
Résumé le 4 février de Jean Quatremer: «Piégés par le discours sur "l’islamophobie" des islamistes, une partie de LREM et surtout de la gauche a permis à l’extrême-droite de récupérer le combat pour la laïcité, la liberté d’expression, le droit à l’athéisme, le féminisme, etc. A ce niveau de bêtise, chapeau bas 👏».


La règle est pourtant simple, claire: une victime n'est pas coupable. Elle est victime. Elle peut être désagréable, vulgaire, idiote, naïve, méchante, on peut ne pas souhaiter prendre le thé avec elle et garder ses distances. Mais elle n'est pas coupable. Le coupable, c'est celui qui émet des menaces, et bien sûr, celui qui les met à exécution.


Et pour ajouter à la confusion — ou pour la conforter, pour mieux démontrer que plus aucune norme de base n'est respectée ou même connue — des policiers de confession musulmane sont mis à pied sans réelle raison. Depuis quand être musulman est-il un délit? On voudrait ghettoïser et susciter le ressentiment qu'on ne s'y prendrait pas autrement. Nous avons besoin de policiers musulmans, nous avons besoin que le recrutement dans la police représente le profil de la société française.
Noam Anouar est la victime en creux de la même hystérie que Mila.

Etre musulman n'est pas un délit.
Détester les religions, trouver la religion musulmane complètement con n'est pas un délit.
Menacer de mort est un délit.

Embarras

Comme j'ai atelier de dissertation à huit heures, je passe au CNF à cinq pour faire de l'ergo. Le club fourmille. Les jeunes (cadets, juniors) et les seniors sont là, je suis embarrassée de m'entraîner en même temps qu'eux. J'espère qu'ils ne regarderont pas mes réglages et mes temps…

Atelier de dissertation. Nous sommes censés d'une part envoyer nos travaux quelques jours auparavant pour que les autres aient le temps de les lire, puis ensuite les présenter en séance. Cela m'embarrasse beaucoup: qu'on me lise mais qu'on ne m'oblige pas à en parler.
Le principe est de recevoir des remarques (constructives) et parfois des indications bibliographiques.
Quoi qu'il en soit mon plan est validé, ce qui une avancée considérable par rapport à l'année dernière.

Palindrome day

Matinée absurde. Nous étions remontées à bloc après la séance vidéo d'hier, je suis arrivée la septième au club, Vincent attendait en tenue (ciré et vêtements chauds) pour nous suivre en canot moteur.
Il manquait deux rameuses. Vincent a entendu encore cinq minutes puis il est est retourné dans son bureau: «c'est une question de principe».
Il était neuf heures. Les rameuses manquantes sont arrivées à neuf heures et quart. J'étais en train de faire du tank à ramer pour tenter de saisir «le synchronisme avant». Entretemps les six autres avaient remonté les pelles et décidé de ne pas sortir.
Je suis rentrée à la maison. Une heure et demie de voiture pour rien.

Dans l'après-midi, je postule à une annonce de volontariat en ligne et une (sans vraiment le faire exprès: j'ai cliqué sur un bouton) de Planète urgence. On verra bien.


———

Et sinon, Twitter ne bruit que de ça: nous sommes le 02-02-2020, 33e jour de l'année. Il en reste 333.
Le prochain palindrome sera le 12-02-2021 (en Europe le 12 février, aux Etats-Unis le 2 décembre).

Synchronisme avant

De nouveau à la nage du huit. Moins tranquille. Puis séance de débrief à partir des vidéos prises dimanche dernier. C'est compliqué le geste d'aviron. Je ne m'étais pas rendu compte à quel point. 50% jambes, 35% corps, 15% bras. Toute la difficulté est de planter les pelles dans la vitesse du bateau et de relayer jambes dos au bon moment.

J'ai fini le plan de mon mémoire. Trois parties, trois sous-parties, trois sous-sous-parties: vingt-sept points. «Idéalement, il faudrait avoir une idée par paragraphe.»

Selfie au cinéma avec H. à Yerres. Amusant, un Black Miror soft, plus drôle une fois dépassé la sensation de caricature.
Les billets et commentaires du blog Alice du fromage sont utilisables sous licence Creatives Commons : citation de la source, pas d'utilisation commerciale ni de modification.