Billets pour la catégorie 2020 :

Trois amis (ou plutôt deux)

Le premier a fait un infarctus il y a trois semaines (nous l'apprenons en lui téléphonant pour tout autre chose), le second fêtait ses soixante ans aujourd'hui et était à la maison pour travailler (sa femme nous a prévenu ce matin, je suis sortie acheter du champagne, nous sommes en rupture de stock depuis le confinement), le troisième préfère faire confiance à un homme rencontré deux fois qu'à H. qu'il connaît depuis six ans: la fin de la possibilité de travailler ensemble. H. a le moral dans les chaussettes — et moi aussi.

Ensommeillée

Debout une heure au petit matin, ce qui me permet d'écouter les oiseaux au lever du soleil (en réalité, une demi-heure avant que le soleil n'apparaisse). Je continue la lecture du livre du voisin de Thomas Bernhard (en allemand).
Je me recouche, et, fait exceptionnel, H. se lève avant moi plein d'allant (c'est ce qui est exceptionnel), me réveille, me propose de partir au marché pour prendre le petit déjeuner sur place.
What ?
Je suis passablement embrumée. J'apprendrai plus tard qu'il a du travail et qu'il ne voulait pas me laisser faire le marché seule.
C'est gentil.

Entraînement d'ergo (le moral boosté par la sortie sur l'eau hier matin) puis messe (la première depuis longtemps). L'église peut accueillir cinquante-et-une personnes, annonce une feuille sur la porte. Une affiche par banc indique "place autorisée". Il n'y a pas de quête mais un panier à l'entrée (c'était ainsi dans mon enfance, le curé avait l'habitude de faire la quête à la sortie. C'était plus facile de ne rien donner quand on n'avait pas d'argent (il m'arrivait régulièrement d'avoir oublié ma pièce)); les fidèles ne se déplacent pas pour la communion, c'est le prêtre qui remonte l'allée.

Ayant pris soudain conscience que j'avais bel et bien fini mes années de théologie, j'ai réinstallé CandyCrush. Niveau 1650.

J'avais pour projet de ranger et commencer le ménage ce week-end. Ambition déçue.

Premier épidode de la série Tchernobyl.
Je ne peux que conseiller que La supplication de Svetlana Alexievitch. Déchirant. Mais je n'en finirai pas de conseiller Svetlana Alexievitch.

Samedi

Les sorties de huit heures ont été supprimées : premier créneau à neuf heures. Dommage, pour moi aucune sortie n'est jamais trop tôt, j'aime la fraîcheur, la lumière, sur l'eau.
Vincent m'a donné un nouveau skiff, à priori plus difficile mais sur lequel je me suis sentie beaucoup mieux, beaucoup plus légère. J'ai retrouvé des sensations aériennes que je n'avais plus depuis le déconfinement. Cela m'a remonté le moral car j'en bave depuis la reprise.
J'ai croisé Anne qui envisage des entraînements en huit plus light. Par ailleurs, aucune fille ne s'est inscrite pour ramer en double ou en quatre depuis que c'est possible. La motivation, le désir, est minimum. Je vais aller voir ce que propose Nogent. Si le télétravail se maintient, cela n'a pas de sens de ramer à la Défense, surtout le week-end. Je ne restais que pour le huit — si ce projet est abandonné je n'ai pas de raison de rester à Neuilly.

Pendant que j'étais sur l'eau H. est allé essayer et commander un vélo d'appartement boulevard de Clichy. Il est revenu enchanté. C'était sa première vraie sortie depuis le déconfinement (autre que la pharmacie, le marché ou le boulanger). Je commençais à m'inquiéter (en silence) de ce non-désir de sortir de la maison.

Max et les ferrailleurs au cinéma de la ville. Quel sujet étrange, un flic qui fait arrêter une bande pendant un crime qui n'aurait pas été commis sans son intervention. C'est rythmé mais très lent, et à cause de l'aviron je ne tiens pas en place, je gigote sur mon siège, je ne sais plus quelle position adopter pour soulager les muscles. Heureusement nous sommes huit dans la salle (deux la première fois, cinq la deuxième, huit ce soir: ça progresse).

Il fait froid.

Journée dense

Je suis fatiguée, et quand je rentre, H. est en train de s'énerver au téléphone. Dans la boîte aux lettres une enveloppe: j'ai ma licence de théologie (baccalauréat canonique) avec mention Bien. (P*** neuf ans).

Journée dense.
Le matin, des profs de FLE (Français comme Langue Etrangère) nous expliquent la méthode (parler lentement, clairement, répéter beaucoup, insister sur la prononciation, féliciter, etc.) et nous présentent des outils (thèmes, fiches de vocabulaire,...).

L'après-midi, répartition des sept rôles de chaque matinée (café, accueil, administratif) et des goûters pour l'ensemble du mois.
Petits jeux, amusants, tournés vers la libération de l'énergie (tandis qu'hier c'était plutôt la mémorisation des prénoms). Leur simplicité m'enchante, comme se mettre sur deux files (soit deux groupes de dix) et se classer sans parler par ordre alphabétique des prénoms ou de mois de naissance. C'est tout simple et très amusant.

Jeux de rôles, "que faire si" : si un participant drague, s'il accapare la parole, s'il avoue être à la rue et appelle au secours, si une dispute se déclenche, si un groupe de même langue se renferme sur lui-même et ne participe pas…
En gros, il faut garder son calme et en référer aux organisatrices.
A propos d'un participant qui coucherait à la rue : — Ne culpabilisez pas. Vous constatez les situations, vous n'en êtes pas responsable. Ne prenez pas sur vos épaules un fardeau trop lourd.
A propos de se sentir inutile, de ne pas être sûr d'être utile : — Il faut l'accepter. Vous ne saurez jamais si ce que vous faites est utile, si les gens en face en retirent quelque chose. Il faut l'accepter.

Ce que j'aime et me paraît difficile (difficile de ne pas prendre une posture professorale), c'est le principe de réciprocité au cœur de la démarche: nous venons proposer de la conversation en français, mais les "élèves" peuvent proposer de la musique, du sport, de la danse, de la cuisine, du théâtre, n'importe quoi dans lequel ils sont compétents et qu'ils ont envie de partager: les ateliers de l'après-midi servent à cela.
J'essaierai d'y assister la dernière semaine de juillet (le reste du mois je ne participerai qu'aux conversations du matin).


Vélib matin et soir. Géniaux, les domaines cyclables. De gare d'Austerlitz à rue de Seine dans des couloirs réservés. Il y a clairement une aristocratie des cyclistes en fonction des vélos — je suis tout en bas sur mon Vélib.
Acheté une nappe orange pour le salon et des sandales en remplacement de celles cassées à Tarascon il y a quatre ans.

Amicothérapie

Choc : je suis la seule de mon âge dans un groupe de vingt. Il est possible que deux ou trois aient trente ans, mais c'est un maximum. La plus jeune passe en terminale l'année prochaine. Je ne pensais pas être une telle exception. Cela m'intimide.
Une majorité de filles, dix-sept sur vingt.

Constatation (connue (de moi) mais renouvelée): l'efficacité du réseau jésuite. Tous viennent d'écoles tenues par des jésuites ou d'universités dont les aumôniers sont jésuites. J'ai l'impression de me revoir moi-même à Sciences-Po… sauf qu'à âge équivalent ils ont voyagé bien plus que moi (ô ce regret d'avoir fait mes études avant la chute du mur). Et puis je faisais partie des "pauvres" à Sciences-Po, et eux non.

Explication du statut des réfugiés (définition juridique. Photo d'un powerpoint projeté au mur) :



«En France on appelle étrangers des gens qui ne le sont pas: ils sont nés ici, ils n'ont pas d'ailleurs. Ça génère beaucoup de frustrations.»

La proposition jrs se décline en sept programmes.

J'aime bien les grains de sagesse jésuite (jèz pour les intimes) que sème le père Antoine (il me semble que c'était Antoine):
— Qui ici a vécu la position d'être étranger? (Quelques mains se lèvent.) C'est fondateur. Le jour où vous descendez d'avion et que vous êtes le seul Blanc et qu'on va bien voir que vous n'êtes pas d'ici, vous comprenez quelque chose. Et ne rien comprendre, une autre langue, un autre alphabet… (Et soudain je me demande, comme dans une psychothérapie inattendue, quelle part joue dans le fait d'être là le fait d'avoir grandi au Maroc.)
«Les gens passent, ils ne vous appartiennent pas. A un moment ils ont besoin de partir, il faut l'accepter»; «un atelier d'amicothérapie»; «si vous vous sentez plus proches des migrants qui passent que de l'équipe dans laquelle vous travaillez ou que de votre famille, quelque chose ne va pas, ce n'est pas sain»; «les migrants sont placés six semaines en famille d'accueil. Pas plus de six semaines, parce qu'ils doivent construire leur vie, pas s'incruster dans la vôtre»; «vous ne pouvez sauvez personne. Vous saurez ce qu'ils vous apportent, vous ne saurez jamais ce que vous leur apportez. Il faut l'accepter»; «chaque fois que vous créez un groupe, vous créez un dedans et un dehors. Certeau l'a théorisé. C'est difficile, il faut en être conscient»; «une langue, c'est une manière d'apprendre à se connaître. On dit dans une langue des choses qu'on ne dirait pas dans une autre».

Déjeuner, végétarien par défaut, avec quelques tranches de jambon à part.

Après-midi sur le droit d'asile : les procédures juridiques françaises — et européennes quand les deux se croisent. C'est épouvantablement compliqué, je ne comprends pas comment un migrant ne parlant pas français a une chance de sortir du labyrinthe.
Je retiens que les audiences du CNDA (cour nationale du droit d'asile) à Montreuil sont publiques, qu'il est conseillé d'y aller une ou deux fois pour avoir une idée des dossiers traités là.

Pierre raconte toutes les embûches, le trafic des tickets de queue dans les préfecture, le jour où la préfecture de Nanterre a ouvert la porte du fond et non la porte principale, rendant caduque l'attente de ceux arrivés à trois heures du matin, ceux qui achètent des «récits de vie infaillibles» (pour obtenir le droit d'asile) à des compatriotes peu scrupuleux et se font débouter parce que leur récit ressemble à des dizaines d'autres (il me semble que Kaurismäki en parlait dans De l'autre côté de l'espoir).

Pierre sourit tout le temps, la bouche fermée, les yeux rieurs, comme s'il s'excusait de raconter des trucs révoltants, injustes, sur un fil, qui mettent en jeu la vie des gens.

En fin de journée nous abordons le planning. Je dois venir tous les matins de juillet du mardi au vendredi. Peut-être poserai-je une journée de congé le lundi 27 pour participer à la dernière randonnée du mois.

Mardi

J'ai dépassé le stade du soulagement (cf le billet d'hier) pour atteindre celui de l'embarras. Il faut que j'arrête.

Passé du Modem à la LREM. L'ambiance des dernières municipales y était propice. Tout cela est une affaire de personnes: quelques connaissances qu'on est proche d'appeler amies. Des plus jeunes que moi, avec enfants à l'école, préoccupés de l'avenir. Ça me va.

Sortie en skiff. Beaucoup de vent. Ces sorties me fatiguent énormément, je ne tiens pas du tout le choc.
Et en rentrant, un spritz et des cacahuètes, ce qui est tout à fait stupide — mais plaisant.

Je ne sais plus si j'ai dit que je nous ai discrètement (dans le sens où il n'y a moi qui le sache) abonnés à Mubi. Tesis est effrayant; les acteurs très beaux dans leur jeunesse.

Agacée

Je me suis énervée contre les procédures de la nouvelle banque de la mutuelle. J'en fais trop, je trolle, je dois avoir l'air complètement folle. Je le sais, je le sens, je ne peux pas m'en empêcher, ou plutôt je n'en ai pas envie: je suis le client, je les paie, ils m'imposent des procédures délirantes en ne me fournissant que la moitié du matériel (boîtier à code, lecteur de carte) nécessaire à respecter lesdites procédures.
Alors je spamme.
Moi qui habituellement ne mets quasi personne en copie, j'arrose, j'écris, je réponds, je récrimine, je me moque, me répands en parenthèses et points d'interrogation sur un fond de vengeance personnelle (après tout, les acteurs du projet nous ont négligés pour ensuite me demander de faire en deux mois ce qui leur en a pris quinze).
C'est tout à fait inutile (quoique), pas si injuste que ça, et ça soulage indubitablement. (Citation détournée des Tontons flingueurs.)

Vu La communion de Jan Komasa en salle. Film polonais étonnant. Journal d'un curé de campagne façon XXIe siècle.

Hier plusieurs grandes villes sont devenues vertes (écolo). Lyon, Bordeaux, Strasbourg, peut-être Marseille. J'accueille cette nouvelle sans trop d'illusion mais avec curiosité. Ce qui me fait surtout plaisir, c'est que certains élus soient peu connus et que de vieux routiers soient battus. De l'air! Du neuf! Ce ne sera pas pire mais différent. Et si c'est pire, on aura au moins une idée de ce qu'il ne faut pas faire.

Les dimanches passent si vite

Marché le matin, sortie en quatre l'après-midi, et maintenant Panic sur Florida Beach, sur fond de crise cubaine.

L'ado au réalisateur de films d'horreur (après que celui-ci a démoli une salle de cinéma):
— Vous ne ressemblez pas à un adulte.
— Parce que tu crois qu'ils savent ce qu'ils font? Ils y vont à tâtons, comme toi. Souviens-toi de ce que je viens de te dire.

Un jour, alors que je l'interrogeais sur ses souvenirs de la guerre froide, mon beau-père m'a dit que durant la crise cubaine, ils s'attendaient à la fin du monde d'un moment à l'autre.

Une visite

Nous avons battu notre record : quatre heures pour deux cents kilomètres, en passant par le Gâtinais. J'aime tant sillonner le paysage en décapotable, c'est une telle liberté de trouver les routes les moins fréquentées et d'être seuls — ou presque.

Mes parents vont bien mais l'ambiance est triste : tous leurs voisins sont soit malades (cancers, etc.) soit angoissés par le virus, sans désir de croiser du monde. Mes parents sont donc relativement seuls.
Ils ont pour projets certains voyages animaliers, à des moments précis de la vie animale: ils ont raté le printemps polonais cette année (pour observer des oiseaux, je crois) et se demandent s'ils pourront faire le voyage l'année prochaine (cela dépend de l'état du monde, mais aussi de leur état à eux, et ils en sont tout à fait conscients).

J'ai appris que les écureuils si charmants avaient des comportements de rats: ils dévoraient les œufs des oiseaux, et peut-être les oisillons (mon père et ma mère n'étaient pas d'accord concernant ce dernier point).

Retour au cinéma, retour en salle de sport

Encore le réunionais, comme si c'était la cantine.

Le cinéma de la ville a rouvert. Les choses de la vie. Je n'avais jamais vu ce film. Je n'en connaissais que la parodie de Gotlib.
J'aime les robes de Courrèges.
Voilà. Ce sera toute ma critique. Les images sont très belles, le montage intéressant, le suspens bien tenu.

Retour en salle de sport. J'avais été prudente, j'avais prévu de reprendre à partir du programme d'entraînement de septembre dernier.
C'était encore trop ambitieux. Il faut reprendre le programme de juin dernier, après l'opération du pied. Je ne pensais pas avoir perdu à ce point là.
Le responsable/entraîneur présent a été adorable, il a échangé l'ergo (machine à ramer) quand je lui ai expliqué que celui qui avait été choisi (le seul sur les quatre opérationnels hors covid) ne me convenait pas.
Sinon plus de douche, moins d'appareils de fitness, un appareil sur deux accessible. Et l'inscription obligatoire pour les cours collectifs.

C'est l'endroit où j'ai le plus de risque d'attrapper la maladie, je pense. Cette impunité dont on croit bénéficier quand on fait du sport et qu'on est en forme.

Il fait toujours très chaud. Le treillage pour les rosiers est arrivé. Yapuka le monter.

Retour dans le RER

J'ai abandonné la voiture pour aller à Nanterre : trop loin, trop fatiguant, pas écolo.

Quel bonheur ce déconfinement progressif : silence, distance, prise en compte de la présence corporelle des autres.
Les gens sont calmes, disciplinés, même le soir à 34o degrés.

RER A, dix heures du matin, huit personnes prévues sur la plate-forme (une sorte de rêve éveillé). Et il n'y en avait aucune.





En entreprise, on déconfine lentement : ascenseur le 11 juin, ascenseur aujourd'hui (une personne par croix devant se tourner le dos).






J'ai mangé au self pour la première fois (il y eut un blog qui s'appelait «la première fois» ou «le blog des premières fois». J'aimais bien.) Peu de monde, peu de choix, les fontaines à eau sont fermées, nous avons droit à une petite bouteille d'eau chacun. Les places sont condamnées en quinconce.

Projet

Je suis totalement désorientée. Je ne sais absolument plus quel mois on est. J'ai l'impression d'être en plein juillet.
Je ne réalise pas totalement que j'ai fini. J'ai fini, plus de devoirs à rendre, d'horaires à respecter, de courses avec le RER, de pari sur le fait qu'il y en aura un pour rentrer, de semaines où quatre jours sur cinq je rentre à onze et demie ou minuit.
J'ai fini.
Et maintenant, que vais-je faire, de tout ce temps, que sera ma vie?

J'ai un projet : lire ma bibliothèque. Ça devrait tenir d'ici ma mort, le problème, ce sont les livres que l'on relit. J'aime relire.
Sinon bien sûr je me suis réinscrite en grec.
Et puis il y a l'aviron: passer mon permis bateau? Le permis remorque?
Il faudrait lire St Augustin. C'est la conclusion à laquelle je suis parvenue en écrivant mon mémoire. En contextualisant ses textes, en comprenant qui étaient ses interlocuteurs et avec qui il ferraillait. Parce que De bono conjugalis, c'est tout de même beaucoup plus soft que ce qu'il a écrit en combattant les Pélagiens. Et c'est peut-être le texte à retenir, car que valent les autres qui étaient des répliques de circonstance à des adversaires qui n'existent plus?

Conversation en français

Cet après-midi j'avais rendez-vous à jrsfrance. Je me suis engagée tous les matins de juillet, de neuf à midi, pour converser en français avec des réfugiés.

Quelques questions plus tard il ressort que : ils viennent là le plus souvent par bouche à oreilles, ils ne parlent jamais de leur passé ni de la façon dont ils sont arrivés en France et que les échanges sont très vivants. Il ne faut pas avoir peur de dessiner, même mal. (C'est le ridicule que j'assume: mal dessiner).

Je songeais à venir ici depuis mon retour de Grèce en 2013, j'ai attendu la fin de mon cursus à l'ICP.

Dernier samedi de printemps

Skiff à huit heures. Arnaud m'a corrigé un défaut tellement évident que je me souviens maintenant que j'avais acquis le mouvement peu avant le confinement (plus de "en" dans une phrase tu meurs). Il fait très beau et déjà chaud.

Puis Itteville. Belle maison. J'ai mangé la moitié de la côte de bœuf à moi toute seule, paraît-il.
(La tombe du père du maire de la ville a été graffitée à quelques jours du second tour des élections municipales. Dupont-Aignan et Tron, hommes politiques de l'Essonne, ont refusé de signer une déclaration condamnant cette action, Dupont-Aignan parce qu'il ne veut pas signer avec les quarante-deux autres signataires, Tron parce que la rédactrice de la déclaration a témoigné contre lui dans son procès pour harcèlement sexuel.)

Ayant besoin de repos mental, j'écris devant Hunger Game 4 (après avoir regardé les deux premiers hier tard dans la nuit). Souvent les gens n'aiment pas la fin, et pourtant, elle est bien vue. Le film aurait pu s'arrêter avant, mais c'est mieux ainsi.

Conversation téléphonique

Deux heures au téléphone avec A. J'ai parcouru quatre kilomètres en arpentant la terrasse.

Réouverture

Le restaurant réunionnais à moins d'un kilomètre de chez nous rouvrait aujourd'hui.
Il faut que j'apprenne à ne pas commander de ti-punch.
Connaissant leurs portions gargantuesques, j'avais emmené un tupperware, au grand embarras de H. qui est très gêné à l'idée de ramener ses restes. Moi ce qui me gêne, c'est de manger à m'en rendre malade ou de (faire) jeter.

I'm hot

— C'est fini, tu ne vas plus ramer à 18 heures! Tu étais brûlante et tu as fait l'étoile de mer toute la nuit, j'ai été obligé d'aller dormir dans le salon.



C'est l'un des enseignements du confinement: si je dormais si mal depuis deux ans, ce n'est pas uniquement à cause du matelas ou de bouffées de chaleur ménopausesques mais aussi parce qu'après le sport mes muscles brûlent pendant des heures. Mais si je m'étale bien je ventile mieux. *sourire*.

Première sortie en bateau long

Troisième passage au bureau. Il y a davantage de monde, nous sommes peut-être six à l'étage.

A six heures, sortie en quatre sans barreur, je prends la nage. C'est tout de même plus facile que le huit ou le skiff.
Deux gars dans le bateau, syndrôme «à bicyclette»: «pour ne pas mettre pied à terre — devant Paulette». Je veux dire que l'un d'entre eux a avoué au ponton qu'il aurait bien soufflé un peu durant la sortie mais qu'il n'a pas osé le dire — et nous non plus. Fierté quand tu nous tiens.

J'ai pris une première photo depuis le déconfinement (je n'ose pas emmener mon téléphone en skiff: peur de me retourner et qu'il coule).
Vous noterez qu'il n'y a que trois rameurs dans la yolette, de façon à laisser un siège vide entre le barreur et le premier rameur.




J'ai ramené tous les livres stockés dans mon armoire:
Les Possédés de Dostoïevski en folio, préface de Marthe Robert
Les Nuits blanche. Le Sous-sol du même, en folio, préface de Robert André
Bill le héros intergalactique de Harry Harrison. Je suis si heureuse — et si surprise — de l'avoir trouvé en français. Il n'a jamais été emprunté.
La dame aux camélias, d'Alexandre Dumas fils
Le Talon de fer de Jack London. Son roman socialiste.
Le Retournement et Le Montage de Vladimir Volkoff. Je les avais déjà, mais j'ai prêté l'un des deux et je ne sais pas à qui. Donc j'ai maintenant un double et à nouveau les deux. Jamais lu, mais il paraît que c'est un must de la manipulation.
Odile de Raymond Queneau
Le mur de la peste d'André Brink
Mon dernier soupir de Luis Bunuel
Galindez de Manuel Vasquez Montalban. En grand format. Je vais donner le poche.
Fromont jeune et Risler aîné d'Alphonse Daudet
A Berlin sous les nazis de Ruth Andreas-Friedrich
Les œuvres complètes de Sally Mara de Raymond Queneau

Je les ai laissés dans le coffre pour ne pas avoir de remarques.

Tranquille

J'écris en regardant Rien ne va plus (Chabrol, Arte). J'ai bu un peu de rouge, de cet excellent Morgon, dernière bouteille du carton. Un autre monde, avec des francs, où l'on fume dans les bars des hôtels, où l'on demande l'autorisation de tutoyer, où les plaques des voitures portent le numéro des départements. J'aime bien la coiffure courte d'Elisabeth Huppert, son côté garçonne rousse. Un monde enfui. Quel bonheur.

Début de l'Auberge des blogueurs. Je l'avais totalement raté il y a dix ou quinze ans. Je me demande qui joue parmi les blogueurs que je connais.

J'ai remis les pieds sur FB. Je n'aurais peut-être pas dû. Il en ressort que des chants antisémites ont égayé la dernière manif contre les violences policières — pour Adama Traoré (noir mort pendant son arrestation en 2016 — manifestation inspirée des manifestations suite à la mort de George Floyd aux US). J'ai failli m'étrangler en découvrant la photo ci-dessous.
Je veux croire que c'est un montage, mais je sais que ça n'est pas le cas.
Le monde me paraît en gésine; je me demande de quoi il va accoucher.





J'ai vérifié: Nacira Guénif existe.
Quelqu'un pour lui demander au nom de quoi il est possible de détester profondément une personne que l'on ne connaît pas, et quel nom elle donne à une haine qui atteint un groupe, une haine collective, et non une haine singulière qui touche une personne avec laquelle on a des relations individuelles?

Régression

— La librairie a rouvert. Je voudrais y passer.
— Ah non, pas encore des livres.
— Non, non, j'ai repéré autre chose depuis longtemps.



— Quoi? T'as acheté ÇA ?

Soutenance

— Vous écrivez bien, c'est agréable à lire… mais parfois le portrait à charge tourne à la caricature.
— Oui, je le reconnais. J'ai essayé de décrire ce que pensent ou voient certaines personnes de mon entourage.


L'un des professeurs m'a fait de la peine: tandis que j'expliquais l'ambiance dans les cercles athés ou anticléricaux, il a fait remarquer que lui rencontrait plutôt les conservateurs catho et que ce n'était pas toujours simple.
C'est un parfait dialogue de sourds : comme les plus pratiquants sont les plus conservateurs, leur adresser un message progressiste c'est aussitôt provoquer leur résistance passive.
Cathos de gauche unissez-vous, bougez-vous, et allez à la messe !

Avant la soutenance

Préparation le soir alors que j'aurais pu le faire depuis une semaine. C'est agaçant cette procratination. Je m'agace moi-même.

Conversation de comptoir dans la cuisine.
Moi: — La vie est trop confortable, les gens n'ont plus besoin de Dieu.
H. : — Surtout on a la science.
O. : — Ou plutôt les gens n'ont plus peur: qu'est-ce que je vais devenir s'il pleut, si je n'ai pas à manger…

L'argument de la science m'a prise par surprise. Je ne pense jamais que la religion remplaçait la science, tant je suis habituée à penser physique/métaphysique.

———————

Au bureau, un circuit permet d'entrer par un ascenseur et de sortir par un autre.
Dans l'ascenseur principal, nous devons entrer à deux et nous tenir dos à dos.
(Inutile, il n'y a toujours personne.)




Tirée au sort

J'ai reçu un courrier de la mairie m'informant que j'avais été présélectionnée pour être jurée d'assises. Il y aura un deuxième tirage. Comme demandé, j'ai téléphoné à la mairie pour préciser ma profession. Si j'avais une raison légitime de ne pas pouvoir être juré (pour les indépendants c'est souvent compliqué), je devais le signaler avant le 9 juin. J'ai fait remarquer que c'était difficile de signaler quelque chose avant le 9 juin quand on recevait la lettre le 10.

— La poste ne va pas vite en ce moment.
— Oui, enfin bon, la lettre est datée du 29 mai, c'est posté de Draveil, on se demande pourquoi, et le cachet de la poste date du 6 juin.
— C'est qu'il faut le temps que le maire signe, il n'a pas que ça à faire.
— N'empêche que vous m'avez privée d'un droit constitutionnel.


C'est faux, ce n'est pas un droit constitutionnel. Mais je n'aime pas cette mairie d'extrême-droite, même si la personne au bout du fil, je le reconnais, n'y est pour rien.

Récolte

Cueilli (coupé) du tilleul dans la forêt. Dans une pure tradition grand-mère, je l'ai mis à sécher sur des journaux dans le grenier. (Cinq ou six feuilles comme celle-ci.)



Hier soir, enfin vu The Good Fight S0401.

A la mémoire de George Floyd et tant d'autres

Ce qui plonge dans la stupéfaction en ce moment au point d'en faire oublier le virus en décroissance (sauf en Suède où ils paient un non-confinement), ce sont les émeutes aux Etats-Unis après la mort de George Floyd, noir mort étouffé par le genou d'un policier blanc devant ses collègues qui ne sont pas intervenus.
Cela a duré huit minutes. Le passé du policier en cause est impressionnant. Il a fallu une semaine d'émeutes pour que qu'il soit accusé de meurtre et les trois autres de complicité.

Sans proportion mais préoccupant, on vient de découvrir en France un groupe privé sur FB qui rassemble des policiers qui échangent des propos racistes, homophobes, sexistes. Cela rappelle par analogie la ligue du Lol qui harcelaient les femmes journalistes dans les années 2010.


Arte rediffuse Je ne suis pas votre nègre que j'avais raté la fois précédente. Il paraît qu'il est absolument à voir.

La malédiction du printemps 2020

Tant que nous ne pouvions pas sortir il faisait chaud et ensoleillé. Maintenant que c'est possible il fait venteux, pluvieux et froid. Ce matin, trois rameurs peu expérimenté se sont retournés à cause du vent (le skiff, c'est difficile).
Surtout, plus grave, les cafetiers et restaurateurs sont désespérés: avoir fait tant d'efforts pour installer des terrasses covid-proof...

J'ai rendu mes livres à la bibliothèque de l'ICP.
J'ai récupéré O. qui a arrêté la fac depuis janvier sans nous le dire. Il a craqué ce matin quand je lui ai dit que s'il mentait, il valait mieux qu'on le sache tout de suite. Trois enfants sur trois. Karma? Nous sommes sans doute de très mauvais parents.

Double déconfinement

Retour sur l'eau. Pas plus de huit bateaux sur l'eau à la fois, pas de vestiaire, pas de WC (c'est le plus dur), une tente d'accueil avec gel et masques pour laisser nos sacs. Nous devons réserver notre créneau en ligne.

Orage hier soir (cela a lavé les roses pleines de sciure). Ce matin il a plu tout le long du chemin pour le club mais cela s'est arrêté à onze heures, juste à temps.
Deux boucles: j'ai cru que je terminerai pas la première (le souffle), j'ai ralenti, je me suis concentrée sur mon mouvement, je n'ai pas vu passer la deuxième. L'équilibre vient tout de suite dès que je prépare plus tôt.

Au bureau. Seule. Seule sur tout l'étage, peut-être six personnes dans tout le bâtiment si j'en crois les voitures au parking. Je commence par manger ma boîte de sardines à l'huile et mes galettes de riz. Spartiate. Je n'ai pas le choix, je me suis aperçue que je n'avais ni monnaie ni carte bleue, impossible de m'arrêter quelque part en terrasse. J'ai dégoté trente-cinq centimes dans une coupelle sur mon bureau, juste de quoi prendre un café au distributeur (le moins cher. Le plus cher est à soixante centimes) mais ma pièce de deux centimes et mes trois de un n'étaient pas acceptées. J'erre pieds nus (mes chaussures sont trempées) sur le plateau (nom donné à la totalité de l'étage puisque c'est un open espace sans cloison. Il est lumineux car creusé d'une grande cour intérieur). Personne depuis mi-mars, des comptes rendus de réunion abandonnés sur les bureau rappellent cette date, c'est Pompéi saisi en pleine activité — moins la cendre.
Je trouve une machine à café avec des capsules de café, je m'en sers un; je cherche une bouilloire pour me faire un thé car la fontaine d'eau bouillante de la salle de repos est condamnée. J'ai l'impression d'être Robinson à la recherche d'outils dans les débris du naufrage.

Je dépouille dix ou onze semaines de courrier. J'ai mis la messe de Bernstein un peu fort. Quel morceau étonnant. Je trie par genre de demandes ou de réponses, je partage entre ma collaboratrice et moi-même. Je prépare un sac, ramette de papier, enveloppes, tampons, boîtier pour les virements bancaire, bordereaux de remise de chèques, chemise comptable.
Je passe chez elle lui amener tout ça, ça lui évitera de venir au bureau un bon moment encore. De chez elle à chez moi, 64 km (42 km à vol d'oiseau, mais c'est trente minutes plus long). Il fait gris, presque froid. Je commence à être fatiguée.


J'ai profité de la voiture pour ramener un peu plus de livres que d'habitude:
- Arthur Rubinstein, Les jours de ma jeunesse
- Robertson Davies, La lyre d'Orphée: lu en 1996. M'a marquée bien que ce ne soit pas un "grand" auteur. Foisonnant.
- William Faulkner, Le Domaine (jamais entendu parler de ce titre)
- E.M. Forster La route des Indes, référence camusienne
- Alphonse Daudet, Numa Roumestan

J'ai fini

Enfin pas vraiment, il reste la soutenance. Mais j'ai fini les cinquante-huit pages (3 x 17 pages + intro + conclusion) ce matin vers dix heures après m'être levée à trois heures.
188 347 signes, page de garde inclue.

Je suis ivre de fatigue (cela fait deux ou trois jours que je travaille la nuit et fait des siestes éclair la journée). Je rame demain. Je m'étais d'abord inscrite pour hier (il faut réserver un créneau) mais je me suis dit que je n'aurais pas terminé à temps. J'avais raison.

J'aime beaucoup mon titre: Pour une pastorale de la pudeur. J'admets que cela ne veut pas dire grand chose. Ce que je veux dire, c'est: que l'Eglise arrête de s'occuper de Q!

J'ai découvert un beau texte des évêques de France paru avant les fous de la manif pour tous (lisez au moins la note de bas de page p.3). Ça ne donne pas raison au mariage pour tous, mais au moins ça reconnaît leur demande.


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Ni pute ni soumise

Nec domina, nec ancilla, sed socia.
Isidore de Séville (VIIe siècle)
Ni maîtresse, ni servante, mais compagne.
Isidore de Séville, dernier Père de l'Église





132504 caractères au moment où j'écris cela.

Les fils de David

Extrait :
Classiquement, le pouvoir est l'enjeu de luttes fratricides. Les épouses, concubines, jeunes filles, sont des pions; les mères peuvent jouer un rôle actif. Les nombreux fils de David s'entretuent à deux reprises: Absalom apprend le viol de sa sœur Tamar par son demi-frère Amnon, l'aîné des fils de David. Il en paraît peu affecté mais le prend pour prétexte pour tuer Amnon deux ans plus tard.
Cinq ans plus tard Absalom se proclame roi contre son père David et en déshonore les concubines dans une politique de terre brûlée.
Salomon devenu roi fait tuer son demi-frère aîné Adonias à qui le trône aurait dû revenir si David n'avait pas promis à Bethsabée de couronner son plus jeune fils. Adonias demande pour seule compensation la jeune fille qui a veillé sur les derniers jours de leur père David. Salomon se met en colère et le fait mettre à mort, par crainte qu'accéder à cette requête ne légitime Adonias s'il venait à réclamer le pouvoir.
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