Billets pour la catégorie 2021 :

Sous la neige

Ramé une heure et demie en skiff sous la neige. C'était magnifique vers l'amont, avec des flocons de plus en plus gros — mais peu à peu j'ai eu de plus en plus froid, le dos trempé par la neige fondue. La redescente vers le club a été très longue. J'ai eu extrêmement froid, impossible de me réchauffer même sous la douche.
Nous avons combattu cette hypothermie en mangeant une fondue savoyarde, ce qui a mené à une indigestion et à une sieste.

Je dois reramer demain, mais j'ai très mal au radius au-dessus du poignet droit. Je ne sais pas à quoi c'est dû, je ne vois pas où je me suis cognée.

Pourquoi pas une perf de Pfizer ?

Un commentaire sous le billet précédent m'a rappelé ce panonceau qui circulait sur FB en avril dernier.

Dites les complotistes, quand Pfizer a inventé le viagra, vous étiez moins méfiants, hein!

5e vague, 3e dose

Il y a longtemps que j'ai perdu le compte, depuis que j'ai changé de boulot (1er mars) et que ma nouvelle boîte considère que je dois être là tous les jours (à priori je prends une journée de télétravail hebdomadaire pour les habituer, mais celle-ci disparaît souvent devant les contraintes de calendrier).

Je me souviens vaguement:
  • 20 mars 2020 - 8 mai 2020 (le jour précis est de mémoire, donc à vérifier): 1er confiement
  • fin oct - ?? (libres d'aller en famille à Noël avec couvre-feu 18 ou 19 heures - 6 personnes au plus): 2e confinement
  • avril 2021: 3e confinement, toujours avec couvre-feu
  • fin mai ou mi-juin : lever du couvre-feu.

  • J'ai perdu le compte des vagues. Je me souviens que le pass sanitaire a été mis en place le 12 juillet 2021 (ou le discours l'annonçant a eu lieu à cette date. Nous mangions un kebab à Dordives).

    Ce sera une troisième dose de vaccin.
    Entre ceux qui grommellent que ça enrichit Big Pharma et ceux qui protestent qu'on aurait pu le dire/le faire plus tôt, peu considèrent que ces vaccinations coûtent une fortune et qu'à chaque fois, justement pour ne pas enrichir Big Pharma pour le plaisir, les gouvernements (pas que la France) attendent de vérifier que c'est utile, voire indispensable.
    Et pour vérifier cela il faut des statistiques, donc du temps. Heureusement, on bénéficie aussi des résultats de nos voisins. (La mutualisation de la recherche médicale est l'un des aspects encourageant de cette pandémie. Ça fonctionne extrêmement bien.)

    Un lien qui répond à un bon nombre de questions , même si je ne comprends pas du tout les graphiques.
    Je cite : «Donc ceux qui pensent qu’on leur a menti se trompent : il est ultra classique (et normal) de modifier la posologie / le schéma de prise d’un médicament après sa commercialisation, parfois même plusieurs années plus tard. Ca s’appelle la science : nouveau data, nouvelle recommandation.»

    Concours de WTF

    — Et toi, ta journée?
    — J'ai appris que X, Y, Z, la boîte et moi, nous avons tous été attaqués au pénal en avril dernier.
    — En avril? (La fille qui rentre tard et ne sait plus où elle en est) En avril? Mais ça fait longtemps… Comment c'est possible? Comment avez-vous pu être accusés sans être avertis?
    — Je ne sais pas.
    — Et vous êtes accusés de quoi?
    — Je ne sais pas. On va m'envoyer les papiers, je vais lire. Ils ont également accusé le commissaire aux comptes et même l'avocat de la boîte.
    — L'avocat de la boîte? Ils ont trouvé un avocat pour accuser un avocat? Le juge va apprécier.


    (Moi aussi j'avais une nouvelle WTF, mais c'est professionnel. Je le raconterai dans quelques années. D'après H., j'ai gagné le concours.)


    Et sinon une vidéo incroyable. Cliquez et regardez jusqu'au bout.

    Minuteurs

    Je vais essayer d'écrire le temps d'un épisode d'Arabesque que je dois regarder depuis longtemps (car le 10 septembre 2020 je n'ai pas réussi à trouver les épisodes. Aujourd'hui je les regarde sur Primevideo. Crossover avec Mission Impossible (S1E07)).
    C'est amusant, une ambiance plus proche de Columbo que de Miss Marple.

    Plus tôt j'ai fait un peu de rangement le temps de deux épisodes de Mécanisme du complotisme : Qanon, les origines.

    Je n'arrive plus à me mettre ni à mon ordinateur ni au tâches ménagères sans écouter ou regarder quelque chose en même temps.



    Pour moi, Angela Lansbury, c'est surtout L'apprentie sorcière.

    La vengeance du vacciné masqué

    En attendant de prendre le temps et de reprendre l'habitude d'écrire (car moins on écrit moins on écrit), voici un autre thread (fil) Twitter d'un médecin.
    Il s'agit cette fois-ci d'une explication possible ou plausible de l'explosion actuelle des cas de covid.
    C'est un angle que je n'avais jamais envisagé, d'une forte logique interne.

    Le Twittos est médecin et le thread ici. Je ne prends pas la peine de copier les GIFs.
    Les non vaccinés covid vont prendre cher... à cause des vaccinés. Et c'est très logique. Je vous explique.

    Le vaccin contre le covid ce n'est pas comme le vaccin contre la rougeole par exemple. Contre la rougeole, vous n'avez plus la maladie une fois vacciné.

    Les non vaccinés de la rougeole sont donc protégés par les vaccinés. C'était d'ailleurs l'argument très égoïste des antivaxx de la rougeole pour ne pas vacciner leurs enfants quand ce n'était pas obligatoire.

    Mais pour le covid, les vaccinés peuvent encore avoir la maladie.

    Il y a bien une baisse du risque de contagion, mais pas assez pour empêcher le virus de circuler. C'est d'ailleurs l'argument des antivaxx pour pas se vacciner. Sauf qu'ils oublient que le vaccin, s'il n'empêche pas d'être malade, réduit considérablement les cas de forme grave.

    D'ailleurs on le voit en ce moment à l'hôpital : pour 1.7 vaccinés, il y a 6 non vaccinés. C'est à dire que 13% des gens (les non vaccinés) représentent 78% des hospitalisations en soins critiques (source data.gouv.fr, au 28/10)

    Ça c'est la preuve que le vaccin protège, en réduisant drastiquement les chances (non nulles, mais très faibles) de finir à l'hôpital.

    Bilan : quand les vaccinés ont le nez qui coule, une anosmie, de la toux, bref, des symptômes, bha ils s'en foutent.

    Et ils ont pas tort. Ils ont un pass, le nez qui coule, pourquoi aller se faire tester? Pour protéger les non vaccinés? Mais c'est une grosse blague. Ils en en rien à carrer des non vaccinés, au contraire même.

    Je vois moultes cas depuis 2 sem et aucun vacciné ne se teste.

    Bilan : le virus est en train de circuler à une vitesse qu'on n'a jamais vue, et on n'a que très peu d'infos car plus de tests systématiques. Ajoutez à cela les enfants, c'est explosif ! Quand la classe de ma fille a fermé, on s'est demandé qui était malade. Le cas. Le vilain.

    Ils étaient au final 8 sur 26. La classe d'à côté 15 sur 28. Du délire. Et vous savez quoi? Les gens devant travailler ont envoyé leur enfant en quarantaine (dans l'attente du test) chez les grands-parents! Olé! Et la directrice dépitée de me dire /...

    .../ que les familles n'annulent pas les goûters d'anniv pdt la quarantaine !

    Voilà pquoi les non vaccinés, qui avaient 3 options pour l'instant : vaccin, covid ou passer entre les gouttes, n'ont plus cette dernière option. La fenêtre entre le vaccin ou le covid se ferme.

    Les 13% de non vaccinés, entourés de 87% de gens qui n'en ont plus rien à foutre du covid ET de ces 13%, n'auront le choix qu'à soit le vaccin, soit le covid. C'est pas pour rien que le ministre allemand a dit ce jour que d'ici la fin 2022 chaque Allemand sera /...

    .../ soit vacciné, soit guéri du covid, soit mort du covid.

    Après les non vaccinés, n'oubliez pas un truc : 10% des covid font un covid long. Cela va d'une fatigue de qq semaines à une anosmie de plusieurs mois (et probablement définitive), à des fibroses pulmonaires.

    Je vous ai déjà raconté ce cas d'un ami de 35 ans, sportif, le mec qui fait des iron man tous les mois, qui depuis son covid ne peut plus monter deux étages sans être essoufflé. Et qui terminera probablement sous oxygène à vie dans 20, 30 ou 40 ans. Qui sait.

    Bref, les non vaccinés, je vous le dis : vous allez subir de plein fouet l'égoïsme des gens qui n'en auront rien à foutre de vous, c'est à dire les vaccinés. Et vous ne passerez plus entre les mailles du filet, qui se resserent chaque jour un peu plus.


    Attention, je ne copie pas ça parce que ce serait d'une exactitude absolue, mais parce qu'il me semble que cela donne à réfléchir.

    Hôpitaux et médecine contemporains

    De nouveau je copie un thread de twittos. Chaque fois que je fais ça je me dis que je vais mettre le twittos en colère s'il s'en aperçoit, mais aussi chaque fois je me demande pourquoi il n'écrit pas ça dans un blog où je pourrais le retrouver, mais aussi chaque fois je me demande comment quelqu'un peut avoir le courage d'écrire d'aussi longs threads sur Twitter, j'en frémis rien que d'y penser.

    Il s'agit du même neurologue que celui qui m'avait rire lorsque les infirmiers non-vaccinés s'étaient fait virer de l'hôpital — preuve que l'hôpital est pour lui un sujet de réflexion réccurent. Pour le lire sur Twitter, c'est ici.
    Bon pendant que j'attends une thrombolyse qui visiblement ne viendra jamais (mais je suis sympa, j'attends jusqu'à la 4e heure 30), je lis plein de trucs sur COMMENT RÉFORMER NOTRE SUPER SYSTÈME HOSPITALIER (que bien entendu tout le monde aime tant qu'il s'agit pas de payer).

    Et de façon fort peu surprenante, toutes les solutions proposées consistent à déplacer un curseur imaginaire, sur une ligne qui l'est tout autant, allant de "plus de pognon" à "une meilleure gouvernance".

    La partie "plus de pognon" tout le monde la connait.

    La partie "meilleure gouvernance" un peu moins, mais en gros c'est toujours le même combo: plus de pouvoir de décision aux équipes de terrain et moins de paperasse inutile.

    Mais personne (ou plutôt pas grand monde) ne s'interroge sur la pertinence de l'organisation générale de notre système hospitalier.

    Alors qu'elle date de plus de 60 ans, époque où il n'y avait rien de ce qui fait 90% de la vie quotidienne de 90% des gens.

    Notre système est assez simple.

    On a des petits hôpitaux un peu partout, des moyens hôpitaux dans chaque département, des gros hôpitaux dans chaque région, et trois cas particuliers à Paris Lyon et Marseille.

    Et plus un hôpital est gros, plus il a des moyens matériels (un plateau technique) et une diversité de compétences importantes.

    Mais quelle que soit sa taille, chaque hôpital est aussi l'hôpital de proximité de son territoire. Un peu comme les écoles avec la carte scolaire.

    Tout ça est très logique... Pour quelqu'un qui vit dans les années 60 où les traitements sont rares, les connaissances médicales de base universelles, et la transmission des savoirs difficiles.

    Chacun de ces trois points est essentiel pour comprendre l'organisation des hôpitaux.

    1/ les traitements rares signifie que dans ce modèle, on part du principe qu'avec un dizaine de molécules on couvre la majorité des besoins hospitaliers. Antalgique, Antibiotique, anti-inflammatoires, diurétique, insuline... Avec ça on est supposé être autonome partout.

    2/ les savoirs médicaux de base sont universels. Que vous voyez un chirurgien, un médecin ou un psychiatre, tout le monde sait faire un diagnostic de base (fracture, hypertension, infarctus, diabète...) et tout le monde sait prescrire un des rares traitements disponibles.

    3/ la transmission des savoirs difficile. Dans les années 60, la communication la plus rapide est le téléphone fixe. Et c'est payant. Sinon y'a la poste. Et quelques bibliothèques universitaires.

    Un médecin qui veut avoir un avis sur un traitement particulier, ne va pas se taper une biblio en commandant 15 livres dans une bibliothèque, ni demander au spécialiste (au singulier) de la question une conférence téléphonique. Il se débrouille comme il peut.

    Nous sommes 60 ans plus tard.

    La pharmacopée a explosé et de nombreux traitements hospitaliers ne sont utilisables que par certains spécialistes (en neuro on n'a presque que ça)

    La médecine de base est très peu enseignée parce que le savoir spécialisé a explosé. Pour vous donner une idée, il y'a des trucs neuro auxquels je ne comprends rien et que je confie à des collègues neuro, alors la prise en charge de l'HTA si vous voulez c'est pas trop mon truc.

    Et l'accès à l'information est universel. Depuis mon téléphone dans un gîte en Corrèze j'ai accès à à peu près tout ce que je peux imaginer, encore faut-il que je sache quoi chercher (ce qui est différent d'où chercher).

    Qu'est-ce que ça change à notre système de soins hospitaliers ?

    On pourrait dire...tout.

    Plus aucun hôpital n'a la taille critique pour s'occuper de toutes les pathologies avec le maximum de chances pour les patients.

    C'est vrai pour les petits hôpitaux, qui se contentent d'assurer la survie avant transfert ou la fin de vie en l'absence de transfert….

    Mais c'est aussi vrai pour les établissements de l'APHP. Aujourd'hui en neurologie, selon votre problème neurologique, là où vous seriez le mieux pris en charge sera Lyon, ou Bordeaux, ou Nantes, ou Lille ou…

    Et comme évidemment ces services ne peuvent pas accueillir toutes les personnes qui en France ont besoin d'eux, ils sont sollicités par tous les autres hôpitaux (ça fait toujours drôle aux patients parisiens hospitalisés à la Salpêtrière qu'on aille demander un avis à Montpellier).

    Et là j'oublie volontiers le fait que dans certaines situations, les dossiers sont discutés avec des gens de Milan, Berlin ou Stockholm, y compris pour la sclérose en plaque de madame Martin qui habite à Guéret dans la Creuse.

    Pourtant notre système ne change pas.

    Madame Martin qui habite à Guéret dans la Creuse pense que parce qu'il existe un hôpital à Guéret, elle n'est pas loin d'un hôpital qui pourra l'aider si besoin.

    Ce qui est faux. Elle sera sûrement très bien prise en charge (je ne connais pas Guéret, je n'ai aucun conflit d'intérêt) pour peut-être son infarctus, mais en cas de parkinson elle devra aller à Limoges. Et si elle a une forme atypique peut-être devra-t-elle aller à Lyon.

    Ou pas. Parce que rien ne dit que par hasard un jour un neurologue qui s'intéresse au Parkinson ne s'installe pas dans cet hôpital. Ce qui sera super pour Mme Martin si elle a un parkinson, mais incompréhensible pour Mme Renaud, qui devra toujours aller à Limoges en cas d'AVC.

    Et ce qui est vrai à Guéret est vrai à Paris, boulevard de l'Hôpital, en face de la Salpêtrière, si Mme Dupond qui a une SEP, traverse la rue pour se faire hospitaliser dans un des excellents services de l'APHP spécialisé dans la SEP, au cas où elle serait également diabétique.

    Parce que chaque hôpital étant hôpital de proximité de son territoire ET avec des services utra spécialisés, il est probable que personne sache quoi faire de son diabète.

    En gros pour celui-ci il est possible que Mme Dupond aurait été mieux prise en charge à Guéret...dans la Creuse.

    Bref l'organisation actuelle des hôpitaux ne correspond à plus grand chose en terme d'adéquation de l'offre par rapport aux besoins, de hiérarchie de compétences, et de logique des soins.

    Et donc à part quelques sénateurs alcoolisés et maires démagogues, plus personne ne croit au système actuel (et j'oubliais quelques débiles sur Twitter qui pensent qu'une maternité sans médecin, sans sage-femme, sans pédiatre et avec trois accouchements/an est un lieu sûr).

    Du coup là vous vous dîtes, bah si il est si malin, il a sans doute une solution !?

    Bah non.

    Non pas qu'il n'y ait pas de solution, mais parce qu'avant d'évoquer les solutions, il faudrait déjà éduquer les gens. Et ça c'est quasiment impossible.

    Qui veut entendre qu'il n'est pas possible d'avoir à côté de chez soi, même à Paris, les meilleurs soins possibles et imaginables, ni d'ailleurs que ceux-ci ne sont pas toujours nécessaires (tout le monde n'a pas besoin d'une IRM pour le moindre mal de dos).

    Qui veut entendre que tout le pognon du monde ne changera rien au fait que plus la médecine se développe, plus les médecins se spécialisent, et plus il en faut pour une population donnée identique, puisque chaque médecin est de moins en moins universel.

    Et ceux qui pensent que la médecine gé peut faire le relais se trompent tout autant. En dehors du fait qu'il y a de moins en moins de MG, en 2021 on me demande encore à quelle dose on doit prescrire l'aspirine après un AVC (depuis 1960 ça n'a pas changé c'est 160mg de KARDEGIC).

    Donc il faudra s'habituer à soit se déplacer loin de chez soi même pour des pathologies fréquentes et bénignes ET admettre que de facto, il va y avoir une médecine à plusieurs vitesses selon la chance géographique

    OU

    Réformer l'organisation des hôpitaux, avec des services polyvalents bien plus nombreux, et des services ultra spécialisés disséminés partout sur le territoire (peu importe où) suffisamment staffés en médecins pour pouvoir donner des avis à distance à tous ceux qui en ont besoin.
    Tout cela m'inspire quelques réflexions : d'une part je pense encore «médecine des années 60». Je soigne tout à coup d'aspirine et de vicks vaporub, mais je suis consciente que c'est parce que je n'ai jamais rien eu de grave.

    D'autre part je crois tout à fait à la spécialisation croissante décrite ci-dessus: les explications ci-dessus recoupent des expériences, ou plutôt des éclats d'expériences, des anecdotes rapportées, des témoignages entendus. Ce thread donne un sens à des éléments épars. Comment dire notre reconnaissance à ce chirurgien de Garches qui a opéré la hanche de ma belle-mère à 79 ans malgré sa sclérose en plaque — aucun chirurgien de Reims ne voulait prendre le risque — et l'a fait remarcher — promesse qui nous avait fait rire d'incrédulité quand il l'avait proférée?
    Ajoutons que la sécurité sociale ne voulait pas rembourser le voyage en ambulance de ma belle-mère (avant l'opération elle ne pouvait voyager qu'allongée) au prétexte qu'elle aurait dû se faire opérer à Reims — et qu'il a fallu que mon beau-père apporte la preuve qu'elle n'avait trouvé personne pour l'opérer sur place (ceci pour aller dans le sens «notre système n'a pas évolué depuis soixante ans»).

    Quant à la spécialisation/consultation par d'autres hôpitaux, je réalise que le sujet est traité dans la saison 2 de New Amsterdam, quand le directeur de l'hôpital a l'idée de "prêter" contre rémunération ses spécialistes à d'autres hôpitaux (contre rémunération car nous sommes aux Etats-Unis: il faut trouver soi-même des financements).

    Tout cela me laisse perplexe, car avec une telle spécialisation, comment traiter un patient comme un tout, prendre en compte les interactions entre organes ou glandes ou entre médicaments prescrits par différents médecins?

    Bonne sortie

    La composition des bateaux le matin ressemble aux invitations à danser dans les boums au collège:
    — Que fais-tu ce matin? Il reste une place dans le huit, tu viens avec nous?

    Il y a une hiérachie entre les rameurs, comme il y a une hiérarchie entre les élèves populaires: les moins bons rameurs et les élèves moins populaires espèrent être invités par les rameurs meilleurs et les élèves populaires.

    Evidemment, c'est plus difficile pour les nouveaux venus ou les post-débutants (plus débutants mais pas confirmés): il faut trouver sa place dans le groupe et avoir montré son niveau.

    Ce matin j'ai proposé un double à Françoise. Elle rame depuis un an et je sais qu'elle fera une bonne recrue pour le huit que j'envisage. Elle m'a remerciée et a résumé ce que je viens d'exposer: «on se sent mal à l'aise, on a peur d'être mis à part». Cela dit sans rancœur, dans l'acceptation de ces règles à la fois sportives et sociales.

    Nous avons fait une très bonne sortie par un temps doux et gris.
    L'après-midi j'ai eu mal aux bras: cela faisait longtemps que je n'avais pas fait une sortie en couple.

    Ozark saison 3 et repassage.

    Tranquille

    Sortie en yolette avec des débutants. Pluie fine. Ozark saison 2. J'essaie de me convaincre de faire quelque chose d'utile, faire les comptes (done), écrire une lettre de motivation, reprendre ce blog pour rattraper un peu de retard.
    Sans beaucoup de succès.

    Jour de pont

    Nous sommes peu nombreux au bureau. J'ai amené des chocolats pour les présents, volontaires en ce jour de pont sans que j'ai eu à le demander.

    Il faut se creuser la tête pour trouver des événéments à cette vie monotone qui tourne autour du boulot. J'ai fini Un début dans la vie. Ce serait un bon Balzac a étudier en classe si les élèves avaient le courage de lire.

    Soir - Camembert rôti à la Dame du lac. C'est un ancien café devenu restaurant par la vertu du confinement. Il permet de manger un plat du jour très bien cuisiné à tous les repas, soirs et week-end inclus. En basse saison où les restaurants sont plus rares, c'est précieux. J'aime cette vie entre habitués d'un petit village.

    Brume

    Aujourd'hui devait avoir lieu la première régate du 11 novembre organisée par l'ANFA. Tout était prêt, les tentes montées, les arbitres convoqués, les bateaux remontés, le café, le chocolat, les croissants exposés.

    La ronde des bateaux étaient organisée, départ par quatre, vingt-six en tout, les sept premières coques devant courir deux fois. Je devais barrer un huit à 9h30 puis courir vers 11h40 (en espérant ne pas être totalement frigorifiée).

    Mais la brume ne s'est pas levée.

    Seine dans la brume-Avon

    Nous avons attendu, nous avons trépigné, dansé dans l'air humide pour nous tenir chaud, nous avons espéré.
    Mais la brume ne s'est pas levée.

    A 11h30 la régate a été annulée. Nous avons démonté les tentes et nous sommes allés manger le tajine préparé à la salle des fêtes de Samois.

    Ambiance très chaleureuse, les rameurs heureux de se retrouver, d'avoir du temps pour papoter dans cette parenthèse qui leur appartient loin des contraintes quotidiennes.

    Puis le rangement, la vaisselle, ces rites de la vie associative.
    Nous sommes rentrés au club, il était quatre heures, la Seine était magnifique.

    Seine à Avon


    J'ai revu des rameuses de mon ancien club et appris la mort de L.. Ce n'était pas un anévrisme mais une tumeur. B., l'entraîneur serbe, part à Basse-Seine, c'est-à-dire à cinq cent mètres, ce qui fait courir le risque que les compétiteurs le suivent. C'est compliqué, les départs d'entraîneur, c'est toujours un déchirement pour les ados.

    Droit social

    J'ai dans mon équipe une personne à mi-temps thérapeutique en télétravail quatre jours par semaine.
    Cela pose des problèmes d'organisation délicats, en particulier pour la former.


    En creusant le droit du travail, la RH a trouvé un dispositif intéressant dont je n'avais jamais entendu parler: quand une personne n'a pas acquis les trente jours de congés que représente une année pleine de présence (retour de maternité, embauche en cours d'année, etc), si cette personne a des enfants de moins de quinze ans, elle a droit à un ou deux jours de congé supplémentaires par enfant.
    C'est compliqué mais c'est sympathique.

    *********

    Retour à Vincennes après quatre jours. On oublie facilement. Je me déshabitue volontiers du travail.
    J'ai repris Modeste Mignon.
    Le soir repas au tibétain.

    Quelques livres

    J'ai appris que Marcheschi présentait son dernier livre aux Cahiers de Colette.
    J'y suis passée. Il était en train de lire devant quelques personnes assises en cercle. Je n'en ai reconnu aucune derrière leurs masques, ou peut-être Finkelkraut — pas sûr.
    J'ai tourné dans la librairie, j'ai acheté Les Perséides et je suis partie.


    J'avais pris pour venir la ligne 1. Deux jeunes hommes écoutaient de la musique sur un téléphone, musique pas désagréable mais volume fort, beaucoup trop fort. J'ai attendu d'être à une ou deux stations de ma destination pour aller demander à celui qui tenait le téléphone, moi debout, lui assis: « Vous êtes sourd?»
    Pas de réaction.
    Je hurle dans son oreille «Vous êtes sourd?» et je m'aperçois qu'il est en train de me filmer en contre-plongée, moi au-dessus de lui.
    Je sors mon téléphone et je le prends en photo.
    C'est alors que je remarque qu'il est sans masque: tel est pris qui croyait prendre, moi anonyme, lui exposé.
    Il me dit qu'il est cinéaste, qu'il va sortir un film.
    — Ah? Je vais vous mettre sur Twitter, c'est quoi votre nom?
    — Sur Twitter, carrément? (Il paraît incrédule comme s'il n'était pas possible que je connaisse). Je m'appelle Eliott.
    Un dialogue s'engage, la rame s'arrête, une place se libère, il se pousse: «Asseyez-vous si vous voulez discuter».
    Mais en fait non, je ne veux pas, je m'assois, je sors mon livre (là pas de bol pour eux ou pour moi, un Balzac en Pléiade c'est vraiment intello, je me sens un peu con — mais pas sûr qu'ils se soient rendus compte que mon livre était un peu risible).
    — Ah, alors on prend nos livres?
    Et ils sortent chacun un livre. Eliott propose de prendre un selfie de livres, je n'arrive pas à voir le titre du sien, un poche écrit par une femme, sur la quatrième de couverture un personnage comme Mauser ou Macuder; son pote lit… L'Assommoir.

    Eliott
    Eliott

    Le franglais ne passera pas par elle

    — Lundi, il faudra revoir votre calendrier à rebours.

    Simplification administrative

    La simplification administrative est une volonté affichée du gouvernement. Mais si l'administration parvient à mettre en place des mesures pour les entreprises, j'ai l'impression que c'est un échec en ce qui concerne ses propres troupes.

    Je m'explique:
    Un décret prévoit qu'à partir de 2022, les employeurs publics rembourseront 15 euros aux "agents" (fonctionnaires et contractuels de la fonction publique) qui prouveront qu'ils cotisent à une complémentaire santé1 («mutuelle» dans le langage courant).

    La DGAFP (direction générale de l'administration et de la fonction publique) a mis en ligne un modèle d'attestation (voir en bas de page). Notons en passant que l'attestation prévoit qu'on renseigne le NIR (numéro de sécurité sociale) alors que c'est une donnée sensible au sens de la RGPD, que les complémentaires évitent d'utiliser pour autre chose que le remboursement des soins. Apparemment les agents de la fonction publique n'ont pas d'autre identifiant sur leur bulletin de paie.

    Mais ce qui m'assoit, c'est le «Modèle de demande de remboursement forfaitaire des cotisations de protection sociale complémentaire en santé» (je vous laisse l'ouvrir, toujours sur la même page) qui doit ou peut (ce n'est pas clair) accompagner l'attestation. Il consiste en un tableau reprenant la moitié des renseignements disponibles sur l'attestation: pourquoi? Pourquoi ce doublon?
    C'est typiquement ce genre de détail que je vis comme une brimade de la part d'un type (terme asexué) assis derrière son bureau et qui se demande «Voyons, que pourrais-je bien leur demander pour remplir cette feuille?»

    Mais à quoi ça SERT ?


    Note
    1 : remarquons au passage que depuis 2016, tous les employeurs privés ont l'obligation d'affilier leurs salariés à une complémentaire santé et à prendre en charge une partie de sa cotisation. Une fois de plus, l'Etat a imposé aux entreprises privées une obligation dont il s'exonère.

    Radiateurs

    Quand nous sommes arrivés dans le loft à Noël nous avons eu un coup au cœur: les radiateurs faisaient un épouvantable bruit de soufflerie. Comme d'une part nous étions dans le déni (nous venions d'arriver dans le lieu dont nous rêvions depuis six mois: tout devait être parfait), que d'autre part nous avions très peur qu'il faille changer toute la plomberie (est-ce que l'ancien propriétaire nous avait fait un coup de pute? Il paraissait si sympathique), nous avons coupé les radiateurs du rez-de-chaussée et maintenu la température grâce à l'insert; au premier étage nous avons mis les radiateurs au plus bas pour diminuer le bruit et compté sur la chaleur qui monte pour chauffer le deuxième étage.

    Depuis les problèmes de plomberie se sont multipliés: plus d'eau chaude fin juin, les robinets de raccordement de la machine à laver fuient (je les ouvre et ferme à chaque utilisation, heureusement pour deux adultes elle tourne moins que pour six), la chasse d'eau de l'étage ne fonctionne plus depuis deux mois et la seule solution durable semble de découper le mur dans le dressing pour accéder au mécanisme sans démolir la salle de bain et le changer pour un neuf. Nous avons coupé l'eau et nous faisons à l'ancienne: deux bassines dans la cuvette chaque matin.

    Le seul problème que nous avons réellement traité est celui de l'eau chaude (dur dur pour la vaisselle et la douche). Nous avons appelé un chauffagiste fin juin: la chaudière était restée sur mode «maintenance», d'où selon lui le bruit de cocotte-minute des radiateurs. Le fumiste s'est excusé d'avoir oublié de basculer le mode lors de sa dernière révision et nous a fait un rabais. Il paraît que notre installation est neuve et de très bonne qualité.
    Durant les quelques jours chauds de l'été (si, il y en a eus), je me suis rendue compte que la température du local de la chaudière était excessive (considérant qu'il s'agit de gaz, cela me fait peur): nous avons laissé la porte ouverte et baissé la température de la chaudière, ce qui fait que celle-ci s'est mise en mode sécurité et que nous avons dû rappeler le fumiste…

    Je me suis mise à surveiller la chaudière. A force d'observations (et de photos pour preuve et mesure du phénomène), je me suis rendue compte que la pression dans la chaudière diminuait: de l'eau s'évaporait (H.: «Mais comment est-ce possible? Il y a une fuite dans le circuit? Moi: Je ne sais pas et je m'en fiche puisque j'ai une solution»). Désormais je rajoute de l'eau tous les quinze jours environ. C'est peut-être dû au fait que c'est une chaudière à condensation.

    Avec anxiété, nous avons rallumé le chauffage ce matin.
    Les radiateurs ne font plus de bruit.

    *******

    Sortie du soir, sans doute la dernière de la saison (19h10).



    Les jeudis de l'Oulipo se tiendront le mardi

    Relayée par Dominique, la nouvelle était tombée il y a quelques temps déjà: les jeudis de l’Oulipo auraient lieu le mardi.

    Quel plaisir de se retrouver pour la première fois depuis février 2020. Tout le monde est là, un peu plus blanc, en forme, je suis rassurée. La pizzeria est toujours ouverte, ouf, mais elle a dû changer de cuisinier — je ne mangerai sans doute plus de spaghettis cuits dans une meule de parmesan.
    Nicolas a sorti un nouveau livre de poèmes sur les éléments, plus modeste, plus personnel que celui de février 2020. C’est un livre à compte d’auteur et il nous le distribue. Les contraintes de versification sont données à la fin du volume et les thèmes des poèmes sont expliqués ainsi: «Pour chaque élément, un mot ou une expression a ainsi été extrait de son étymologie (parfois incertaine, voire fantaisiste) pour inspirer le sujet du poème.»
    Exemple : élément 59 praséodyme: jumeau couleur poireau

    59. Destin

    Deux poireaux s'aimaient d'amour tendre.
    L'un d'eux, s'ennuyant dans son champ,
    Voulut entreprendre un voyage.
    Il pria l'autre de l'attendre
    Et fit promesse d'être sage
    Pour ne point finir en potage.
    Après un adieu fort touchant,
    L'aventurier prit son bagage
    Et s'en alla de bon matin.
    Hélas! Bien avant le couchant
    Il fut trouvé très alléchant
    Et termina dans un gratin.

    Nicolas Graner, De tout un peu
    Je parle à M. de mon projet de suivre le colloque sur Balzac en août prochain à Cerisy.
    — J’ai commencé un marathon Balzac, la lecture de tous les Pléiade.
    — Ah oui, tu révises. (Il a un sourire amusé.) Ce qu’il y a de bien, moi, c’est que même si je révise, je ne me souviens plus de rien.
    J’ai le cœur serré. Je sais de quoi il parle: vieillir, et il est trop fin pour être consolé par quelques mots creux et convenus. Je me tais.

    J’évoque avec GEF mon désir d’un colloque à Cerisy avec d’Hofstadter. Il s’exclame les yeux ronds: «Mais c’est beaucoup de travail!»
    Certes : il faut trouver le sujet, trouver les intervenants. Il faut avouer que je me défausse sur lui, mais d’un autre côté, moi, je ne connais pas Hofstadter.

    Pour ou contre la Pléiade?
    — Je déteste ce papier.
    — Ah, tu pousses ton anticléricalisme jusque là?
    — Tu n’aimes pas la Pléiade parce que tu as de la place. Tu en comprendrais l’intérêt si tu avais un tout petit appartement.
    — J’ai un petit appartement et je croule sous les livres.

    *******

    Le lundi et le mardi, la ligne 14 s’arrête à 22 heures. Je quitte donc le restaurant dès 21h30 car je ne veux pas prendre risque.
    Par ailleurs, j’avais en tête que pour cause de travaux, à partir de 23 heures les trains s'arrêtaient à Melun et qu'il fallait continuer en car jusqu'à Moret. Pour éviter cela il fallait attrapper au plus tard le train de 22h46.
    J'arrive à la gare à dix heures moins dix. Je découvre ô joie qu'il existe un train de 22h16 dont je n'avais pas connaissance.
    Et heureusement, car il ne fallait pas comprendre «les trains partant de la gare de Lyon à partir de 23 heures auront pour terminus Melun», mais «aucun train ne quittera Melun à partir de 23 heures», c'est-à-dire que le train de 22h46 m'aurait entraînée dans la galère du car et du trajet interminable.

    Cependant, pour compenser ce coup de bonheur, le train de 22h16 est mis à quai à 22h12 et ne démarre qu'une demi-heure plus tard, ce qui fait que je commence à m'inquiéter de notre heure d'arrivée à Melun: allons-nous finalement prendre le car? Je pose la question sur Twitter à @ligneR, et miracle, on me répond que non (double miracle: qu'on me réponde, et que le train aille jusqu'à Moret).

    Rentrée

    En milieu de journée j'ai la confirmation que je vais ramer avec Bourges, sans doute en cinquième place (j'ai proposé d'être le relais vers l'arrière). C'est un bateau sans prétention, monté pour le plaisir et la volonté de faire la coupe des Dames: deux rameuses qui l'ont déjà couru, des rameuses qui ont quatre mois d'aviron derrière elles (!! jamais cela ne serait passé au CNF, mais c'est à peu près ce que je tenterai à Pâques si rien ne change d'ici là).

    Rendez-vous LREM à Fontainebleau à 19h30. Il y a une grève de bus en Seine-et-Marne depuis la rentrée, il faut rejoindre le centre à pied. Soirée un peu lente, gaie. Nous avons chacun nos dadas (le mien c'est «Macron a été élu avec des voix de gauche, il faut se placer sur la niche «prévention» et non ressasser l'insécurité»). Le constat simple est que même si «les salaires ont été nationalisés pendant six mois» (selon l'expression d'un participant), la suppression de l'ISF reste l'arme par excellence des anti-macronistes.
    Nous sommes en terrasse. Nous voyons sortir les LR, masculins, grands, visages fermés, manteaux bleu marine. Nous avons au moins la satisfaction de nous dire que nous sommes joyeux et heureux d'être ensemble.

    Sous le signe de l'amitié

    O. (le parrain de O.) nous a rendu visite en famille. Ça fait plaisir, les amis ne paraissent pas hésiter à faire les 80 km nécessaires à venir nous voir.
    Journée gaie et détendue, facilitée par le fait qu'il a fait beau.
    Comme je m'étonne que la chatte à seize ans soit si patiente avec les enfants, H. me rappelle qu'elle a grandi avec des enfants. 2005, comme cela paraît loin.
    Bougie. Une. Après cinquante ans, j'ai décrété qu'on n'ajouterait pas plus de précision. (Voilà qui ne facilitera pas la datation des photos dans cinquante ans).

    Au moment de me coucher je découvre un sms de Claudine: une rameuse de Bourges est blessée, le huit cherche une fille pour la remplacer, suis-je intéressée?
    Je réponds aussitôt oui, mille fois oui.
    Et à l'allégresse qui m'emplit, je comprends que j'étais triste.

    Rhinocéros

    Sortie en huit où nous travaillons plus l’endurance que la technique. Il fait un temps magnifique. L’automne n’a encore touché qu’une sorte de vigne dont les feuilles virent très tôt au rouge sombre. Sur le reste du vert c’est splendide.
    Je regarde chaque fois le paysage comme si c’était la dernière fois, « Regarde de tous tes yeux, regarde. »
    Malheureusement il est difficile d’arrêter le bateau pour prendre des photos.




    Le soir, sortie au théâtre à Fontainebleau: un des rameurs, professeur de théâtre, joue dans Rhinocéros.
    Je ne connaissais que La cantatrice chauve et je redoutais l’absurde car La cantatrice me fatigue.
    Heureuse découverte. La mise en scène a choisi de mettre en avant l’incommunicabilité en traduisant une partie des dialogues en anglais. (Je me demande ce que cela aurait donné dans une langue que je n’aurais pas comprise du tout.) Finalement cela ressemble à écouter une personne au téléphone sans entendre son interlocuteur.
    Beaucoup deviennent rhinocéros, mais si l’on est le dernier non-rhinocéros, quel sens à résister?

    L’affiche aussi m’a plu.



    6 et 7

    Sixième et septième symphonies de Beethoven par Jordi Saval ce soir. H. intervient dans une AG et ne peut pas être là; j’ai invité Brigitte, administratrice de mon ancienne mutuelle et que je connais depuis 2009. Je lui ai proposé la veille pour le lendemain, elle a accepté aussitôt, ce qui fait plaisir. Je n’ose plus inviter Nicole qui doit en être à trois refus: peut-être qu’elle n’aime pas ce genre de concert, après tout, car pour Expendable, c’était oui.

    Pas convaincue par la sixième: les cordes résonnent curieusement, sont-ce les violoncelles qui chevrotent? Le rythme est languissant, amolli. Je ne reconnais pas « ma » (stupide pronom possessif) symphonie. Tout cela manque d'énergie.
    La septième sera plus vive, enlevée: le contraste était-il voulu, l'orchestre s'était-il échauffé, le chef a-t-il décidé de donner de la vivacité à la soirée? Quoi qu'il en soit, c'était tonique et j'ai pris beaucoup de plaisir, comme toujours dans Beethoven, à regarder le percusionniste.

    Retour en voiture, quatre-vingt kilomètres jusqu'à Moret, forêt à l'approche de Fontainebleau, biches à trois reprises sur le bord de la route (embardée de la voiture devant nous jusqu'à entrevoir les silhouettes à la limite des arbres).

    Pluie

    Quatre sous la pluie.
    Je n’ai pas eu froid sur l'eau le matin mais impossible de me réchauffer l’après-midi.

    Après-midi et soirée à regarder Mytho. Ça me fait penser à l'affaire Romand.
    Par ailleurs, c'est totalement irréaliste, à commencer par le jeune homme trans de quinze ans qui se promène sans problème dans son lycée. Je me demande si c'est possible en France.
    Crêpes.

    Très très peu envie de retrouner au boulot demain.

    Germaine

    Ma chef, c'est Germaine de Monsters & Cie. Le style, le rythme.

    Elle a une spécialité : terminer une réunion en disant «Ne partez pas, nous avons encore des choses à voir» puis distribuer les tâches comme un prof de sup: trop pour tout de suite.

    Rêve

    Une table avec des gens que je ne connais pas, j'aperçois de loin un homme que je reconnais, un croisé Marc Boss Paul Ricœur (donc quelqu'un qui n'exite pas dans la réalité). Je lui demande s'il refera des cours de grec: «Non».
    A-t-il des nouvelles d'Anne-Catherine Baudoin? Il hésite. Covid long? Il ne répond pas vraiment. Reprendra-t-elle les cours de grec? «Non».
    Mais là, j'ai l'impression que c'est elle qui a répondu. Je ne me souviens déjà plus de mon rêve.
    Je serais la seule à lui avoir écrit mais cela me paraît incroyable.
    Il faut que je contacte les autres élèves.

    Automne

    Des jours comme ça où on ne sait pas trop que raconter. Je vais à vélo à la gare, il fait plus froid, j'ai remis une couverture sur le lit, j'ai réécrit la procédure de réclamations pour la mettre en ligne, vendredi prochain j'ai prévu d'aller offrir l'apéro à ceux qui m'ont offert un olivier pour mon départ en février dernier: jusqu'à peu ils étaient encore en télétravail.

    La logique anglaise (chronique du Brexit)

    Les transporteurs et les routiers manquent et on redoute des pénuries à Noël.

    Tandis qu'un syndicat de routiers, qui se souvient sans doute de la façon dont les transporteurs ont été traités à Noël dernier, annonce qu'il n'a pas l'intention d'aider la Grande-Bretagne, le gouvernement anglais avertit qu'il expulsera dès le lendemain de Noël ceux qui seront ou seraient venus aider car il n'est pas question qu'ils «abusent du privilège de travailler» en GB.
    Ça donne envie de rendre service.



    Je le conserve ici au dossier de la grande absurdité du monde.

    *****
    J’ai pris un coiffeur à Vincennes à cinquante mètres de mon bureau. Contrairement à l’autre, il est provax à fond. Il a fait vacciner tout son personnel, mais aussi toute la famille de son personnel.
    — La famille? Comment vous avez réussi ça? (Je songe à toutes les fois où je me tais pour ne pas être accusée d’ingérence dans la vie privée de mes salariés.)
    — Il suffit de bien expliquer.

    J’ai mes doutes. Il me raconte comment il s’est disputé avec une amie qui ne pouvait pas rentrer dans un café parce qu’elle n’avait pas de pass sanitaire: «comment ça, c’est risqué? Tu fumes un paquet par jour et tu prends la pilule depuis vingt ans et tu me dis qu’on n’a pas assez de recul? Mais l’ARN messager existe depuis longtemps.»
    Je fais remarquer que certes, mais justement, il était interdit (c’est l’argument de A.).
    — Oui, en France. En Suisse, il est utilisé depuis 2015 ou 2016 pour la rougeole.

    Première fois que j’entends ça. A vérifier.

    Désillusion

    Ce matin huit brinquebalant, par un temps gris et doux.

    A la pause café qui suit, j'essaie de comprendre la composition des huit à Angers (la Coupe des dames mi-octobre). De l'enthousiasme post-Creusot il ne reste rien. Au départ on avait parlé de deux mixtes de pointe le dimanche, ce qui logiquement donnait un huit de femmes le samedi. Mais le pass sanitaire est passé par là, certaines ne se sont pas réinscrites au club.

    Je ne comprenais pas pourquoi il n'y avait pas d'entraînement en huit d'organisé, je découvre qu'il y a un huit furtif dont on ne parle pas, qui a piqué les quatre filles les meilleures (pincement au cœur de ne pas en être). L'autre huit est le regroupement des rameurs qui restent. Nous ne sommes plus que deux filles dedans, ce qui fait que le bateau sera classé en "hommes" et non en mixte.
    Ce bateau ne s'est encore jamais entraîné ensemble. Quand on sait qu'à notre niveau et notre âge, 90% de la réussite dépend de notre capacité à être parfaitement synchrone…

    Je suis très déçue, mais surtout je ne comprends pas ce qui s'est passé. Comment est-on passé d'une situation où on a fait le forcing pour que j'aille au Creusot à une situation où il n'y a pas de huit femmes pour la Coupe des dames et où je ne suis pas dans le "bon" huit? Est-ce parce que j'ai été absente deux semaines, parce que j'agace Micheline (du moins je crois que je l'agace. Je suis peut-être paranoïaque, mais en général j'ai un bon feeling de ce genre de chose), ou tout simplement parce que je n’ai pas le niveau? (les explications les plus simples sont souvent les meilleures).

    Je termine Mes funérailles qui a l'inconvénient d'être en islandais et donc d'obliger à lire les sous-titres plutôt que d'écouter d'une oreille.
    Tard le soir je me mets à Wordpress, télécharge une fois de plus Divi et me met à paramétrer et à traduire une extension de gestion de cookies pour le site de mon ancien boulot.
    Je me couche bien trop tard.

    Anniversaire crémaillère

    Panne de réveil. Dans un interstice de l'espace-temps, j'ai effacé la programmation de mon téléphone pour l'entraînement du week-end: 7h10, heure qui me permet de ne pas me presser. (Dormir plus ou ne pas me presser: le plus souvent je choisis le second.)
    Je pars un peu à la bourre, après un petit déjeuner devant Le grand blond avec une chaussure noire commencé la veille (pourquoi? aucune idée. Un besoin de film non tragique, avec une pointe de subversion).

    Belle sortie en quatre. Bassin magnifique (pas de vent, pas de vague, pas de péniche), soleil, fraîcheur.



    En face du ponton vers 9h30.


    L'après-midi passe vite. Nous avons rendez-vous à 18h chez O. pour son anniversaire et sa crémaillère. Nous devons apporter de la vaisselle car il n'en a pas assez pour les neuf que nous allons être et nous utilisons la Dacia de A. car le soir elle rentrera à Moret avec nous; or notre voiture n'a que deux places (nous appelerons celle-ci Georges: Georges est frais, Georges est doux, mais il n'est pas très pratique).

    Pas de place pour le carton de vaisselle dans le coffre de la Dacia. Une seule place possible, sur le siège derrière le conducteur; à côté, un des cartons que nous avons laissés à A. à Noël, sur son assurance qu'elle le donnerait à la Croix-rouge ou à son association de théâtre ou que sais-je, est encore sur le siège arrière. Syllogomanie. Quand H. veut reculer le siège conducteur, celui-ci est bloqué, nous découvrons un sac de livres à l'arrière, lui aussi donné à Noël.
    Je récupère les livres, des moules à madeleine, une boîte de chevaux en plastique. Je les donnerai moi-même.

    O. habite Corbeil le long de l'Essonne, à dix minutes à vélo de son boulot. Il nous avait dit «un immeuble», nous arrivons devant un bâtiment si inattendu, sorte d'immense chalet en pierres de simili meulière, que nous faisons demi-tour. Deux tours de pâté de maison plus tard (dans un sens puis l'autre, pas de numéro sur les portes) j'appelle O., il me dit que de sa fenêtre il nous a vus repartir: nous étions au bon endroit.
    Plus tard il nous dira que c'est sans doute un pensionnat du début du XXe siècle. Il avait visité l'appartement il y a longtemps, mais il y avait un problème: «l'ancien locataire est parti à l'hôpital en octobre, et en fait il est mort, et les héritiers ne venaient pas vider l'appart et donc le propriétaire ne pouvait pas le relouer».

    O. a également invité son parrain et nous revoyons toute la famille pour la première fois depuis le covid (de quand date la dernière fois? aucune idée).

    Très bonne soirée, beaucoup de plaisir à se retrouver et appart très agréable, avec vue sur l'Essonne. L'ambiance nous ramène à nos années étudiantes, avec la table basse constituée d'un gros carton et les objets récupérés à Yerres qui donnent à l'ensemble un look familier et chaleureux.

    J'ai découvert la version militaire de PIPE: «pas de couille pas d'embrouille». Ça a davantage de gueule (si je puis dire).

    Brrr

    Quand H. fait du "présentiel" (quel mot correct devrait-on utiliser? A situation nouvelle mot nouveau, je n'ai jamais su traduire IRL (in real live) autrement que par "en chair et en os", à la fois désuet et légèrement emphatique: «Viens, on se verra enfin en chair et en os» sonne malgré tout étrange) — quand H. fait du présentiel, donc, nous partons ensemble.

    Le choix est le suivant : soit je m'adapte à son horaire et pars une heure plus tard, et donc arrive une heure plus tard; soit il s'adapte à mon horaire et arrive beaucoup trop tôt (son bureau ouvre à une heure décente, c'est-à-dire neuf heures), temps qu'il passe à petit-déjeuner au Terminus en face de la gare de Lyon, un bistrot ouvert dès cinq heures avec cuisine opérationnelle (le nombre de fois où à sept heures et demie il est impossible d'avoir une omelette) qui sert des toasts au saumon à six heures du matin.

    Ce matin nous avons choisi le pire des deux mondes: il est parti avec moi et j'ai petit déjeuné avec lui — hagards de sommeil, n'échangeant pas un mot — nous aurions mieux fait de dormir une heure de plus.

    Journée toujours aussi speed et décousue, je suis frustrée de ne rien réussir de propre, de ne jamais réellement traiter un sujet à fond. Je suppose que ça viendra — dans un, deux, ou trois ans. Comme s'est exclamé l'un des jeunes de l'équipe: «la patience est une vertu». (Non, ce n'était pas à moi qu'il s'adressait.)

    Présentation des futurs locaux à l'équipe. Au printemps nous passerons de Vincennes actuellement à rue Picpus. J'ai cru comprendre que j'allais y perdre un quart d'heure… il sera temps de faire deux jours de télétravail.

    Je papote avec Dominique, la responsable compta finance. Son père est mort d'Alzheimer («On ne meurt pas d'Alzheimer mais des conséquences d'Alzheimer. — Qu'est-ce que tu veux dire? — Lui faisait beaucoup de fausses routes, d'où des pneumonies à répétition. Il est mort de cela.»), sa mère a une maladie neuro-dégénérative qui n'est pas Alzheimer («nous, on ne voit pas la différence»), elle suit les infos sur le sujet, me parle des deux hippocampes, de la mémoire, de la musique qui passe outre l'hippocampe (et donc échappe en partie à la perte de mémoire).
    Je lui raconte mes troubles de langage depuis que j'ai été très fatiguée lors de ma première grossesse (et les dix ans qui ont suivi), ma façon de dire «tu sortiras la boîte aux lettres» quand je veux parler de la poubelle (par exemple) ou d'avoir des blancs de plusieurs secondes quand soudain un mot m'échappe, non que je l'ai sur le bout de la langue, mais que mon cerveau se transforme en lande brumeuse dans lequel je ne vois plus rien. Je suis aphasique quelques instants.
    — Tu as peut-être fait un micro-AVC. La seule façon de le savoir c'est de passer un scanner.
    — A vingt-quatre ans?

    Moi qui me disais que ça me faisait un point commun avec Mallarmé, qui aurait vécu après la mort de son fils une période d'aphasie ou équivalent. (Il me semble que ça correspond à une période d'absence d'écriture.) Un micro-AVC, c'est moins glamour.
    Ce que ne sait pas Dominique, ce qu'elle ne peut pas savoir, c'est qu'elle me ramène à la mort de Jacqueline, ma coéquipière d'aviron à quatorze ans, morte d'un AVC à trente-sept ans.
    Ne nous affolons pas (en fait cela me fait sourire mi-figue mi-raisin). N'empêche que le soir j'ai mesuré ma tension, qui forcément avec la frustration de la journée n'est pas mirobolante.
    La doctoresse l'autre jour a regardé mes diverses mesures et a été rassurée: ma tension fait des pics, mais redescend en vacances ou le week-end après l'aviron. Apparemment c'est ce qui compte. Une vraie tension haute ne cède pas (si j'ai bien compris).

    Le soir A. nous ramène le chat. Dîner d'une flameküche. Elle a l'air en forme. Elle raconte qu'elle se fait mal voir de ses collègues car elle a accepté de faire deux tournées: sa hiérarchie directe la remercie (parce que le travail est fait, je suppose), sa hiérarchie N+1 n'est pas enchantée car cela fausse leurs arguments à l'appui d'un recrutement pour remplacer un facteur qui vient de partir à la retraite.
    Je ne sais qu'en penser. Les deux positions ont leurs avantages et leurs inconvénients.
    — Tu veux dire que le jour où tu pars ils perdent deux postes?
    — Pas vraiment, parce que lorsque je fais deux tournées, je ne fais que l'urgent, les paquets, les lettres urgentes. Pas la publicité, pas les lettres vertes.
    — Mais c'est distribué quand alors ? Tu connais le cas du facteur qui repostait tout le courrier? (Histoire vraie. Elle rit.)
    — Le titulaire le fait le lendemain.

    Le soir je termine Alexandre le bienheureux, commencé hier et que je n'avais jamais vu.

    Skiff

    J’arrive en retard (c’est à dire à l’heure mais ici les rameurs sont toujours en avance (ça me rappelle le capitaine Binger, le grand-père de Barthes qui avançait les horloges parce qu’il s’ennuyait: eh bien pareil: toujours en avance)) et tous les bateaux sont constitués.

    Je sors en skiff, ce qui n’est pas pour me déplaire. Le bassin est un miroir, ciel bleu eau bleue.
    A vingt heures le soleil se couche et il fait presque froid.



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