Bingo

Journée sur les comptes et la liasse fiscale.

Je n'écoute plus les informations mais elles me parviennent. J'ai cru comprendre que Trump considèrerait que deux cent mille morts seraient une victoire — sa victoire (plutôt que les deux millions possible). Au Brésil, c'est la pègre qui a instauré le confinement.

Je n'écoute plus les informations. Une rameuse pense que la sortie de confinement (le déconfinement) sera progressive; elle n'envisage pas que le club soit rouvert avant septembre.

Le bingo suivant résume les conversations sur les réseaux sociaux. Le bingo me fait rire et les conversations me lassent. J'en suis à la cinquième saison des Walking Dead depuis vendredi.



Hier j'ai testé «l'échec d'une préparation culinaire»: un steak vegan aux lentilles et poivrons.
Une imitation de Brassens.
Une imitation de Queen.

The Walking Dead II

J'ai commencé à regarder la série en revenant du supermarché : tout ce silence, ces personnes qui se déplacent lentement dans cette ambiance fantômatique… j'ai eu envie de regarder cette série.
Je l'ai écrit en forme de boutade sur FB. Christine a commenté: «Gab adorait cette série».

Christine, c'est ma plus vieille connaissance sur FB. Je la connais depuis le lycée, nous avons ramé en quatre ensemble sur la Loire et elle montait à cheval. Nous nous sommes revues pour la dernière fois en 1996 je crois.
Elle a eu trois enfants qui ont l'âge des miens à quelques mois près.
Son aîné, Gabriel, s'est suicidé en mars 2016. Chagrin d'amour.

Je regarde la série et j'essaie d'imaginer Gabriel que je n'ai pas connu.

The Walking Dead

Suis-je la seule à avoir remarqué que la fille du personnage principal reçoit le prénom de Judith, la coupeuse de tête?

Par ailleurs, Carole recommande à Andrea de séduire "le gouverneur" et au matin de lui couper la tête, ce qui est exactement le récit biblique.





C'était dans la saison 3. Nom d'un petit bonhomme, la saison 4 commence par un virus et une quarantaine.

Rangement

Après deux jours de recherche dans the room of requirement (bien plus encombrée que sur cette photo), nous avons remis la main sur la connectique de l'écran et de l'appleTV.

Pendant que H. en profitait pour jeter des kilos de papiers (et retrouver quelques souvenirs, comme le livre des logiciels Macintosh Apple de 1983), je reclassais les DVD. Comme nous avons hérité d'une partie de ceux de nos amis partis aux US, il y en a beaucoup dont je ne savais pas que nous les avions. Nous pouvons tenir quarante quarantaines.

Une douzaine de DVD ont été mis de côté, je les abandonnerai dès que possible dans le RER ou dans l'entreprise. Il paraît que Shaolin contre Wu Tong est le nanar absolu.


Thucydide

Extrait d'un mail de la prof de grec:
Vous pouvez aussi lire la description de la peste d’Athènes par Thucydide au livre 2 de la Guerre du Péloponnèse (47-54) (attention, ça ne remonte pas vraiment le moral) ; tant que vous y êtes, lisez aussi son oraison funèbre pour les premiers morts de la guerre, epitaphios logos, 2 35-46, c’est un éloge d’Athènes, c’est plus encourageant.

Ravitaillement

J'ai fait les courses.
J'ai acheté du limoncello.
Je me suis lâchée sur les boîtes de conserve. H. estime qu'on peut tenir huit semaines (! je ne l'ai pas fait exprès, c'était amusant. Nous achetons tout au marché, je n'ai pas l'habitude).
L'aventure a beau m'intéresser comme une gigantesque expérience sociologique et psychologique, huit semaines, ce sera long. Surtout sans prétexte désormais pour franchir le portail.
J'en suis à trois personnes connues (sans être proches) en réanimation. Une partie de la famille d'H. travaille en ehpad.

J'ai fait quarante-cinq minutes de corde à sauter en suivant cette vidéo (deux minutes de saut/une minute de pause, soit quinze minutes chaque exercice). Les vidéos sur la corde à sauter sont flippantes, toutes conseillent de ne pas se décourager, ce qui n'est pas rassurant.
Après l'entraînement je suis restée une heure dans un fauteuil à surfer sur internet.

J'ai cru que je n'arriverais pas à me relever. Impressionnant. Tout l'arrière des mollets au niveau du genou est raide et douloureux, j'arrive à peine à tendre les jambes, je marche en crabe. Je suis pliée de rire. Incroyable. Trente minutes de quelque chose que je pensais compenser le footing me mettre dans cet état…

Je perds le compte

Dixième jour en partant du 16. Six jours que le portail est fermé.

Je commence à perdre la notion du temps. Heureusement que nous sommes deux, ça permet de/oblige à respecter les horaires des repas.
Je n'ai plus jamais envie d'aller me coucher, peut-être parce que je bois trop de thé pour éviter de manger.
Pour éviter de manger le plus simple est de ne rien acheter (je veux dire en terme de cacahuètes ou Palmito).
Aujourd'hui j'ai cousu deux boutons.

De mauvais poil ce soir parce que je culpabilise, je culpabilise parce que je n'ai pas fait de sport, pas ouvert l'application pro, pas encore passé mon heure et demie sur mon mémoire (il est 20h02. J'attaque).

Uderzo est mort, la France continue de se disputer

Ce qui est fatiguant, c'est que tout le monde a son avis, se dispute et les informations les plus contradictoires circulent. Les médias (papier, télé, réseaux sociaux) parlent en continu, au conditionnel, avec des peut-être et des sans doute. Le vacarme est assourdissant sans aucune information utile.
D'un autre côté, cela n'a pas grande importance: comme je le disais hier ou avant-hier, un quidam lambda ne peut qu'attendre donc cela n'a pas grande importance. Mais c'est fatiguant.

Les deux grands sujets du moment: la chloroquine et les masques.

La chloroquine est un médicament qui traite le paludisme et le lupus. On songe (la Chine avait déjà songé) qu'il pourrait peut-être être efficace contre la maladie. Rien n'est sûr, des tests sont en cours. Cependant, un professeur de Marseille, lui, est convaincu. Trump aussi.

Un Twittos résume ainsi la situation:
Les vaccins : testés pendant de décennies. Des maladies éradiquées.
Les Français : c'est dangereux il ya de l'amiante dedans selon mon cousin.
La chloroquine pour le covid : pas sûr que ça fonctionne. En attente d'autres essais.
Les Français : se l'injectent par voie rectale

L'autre sujet ce sont les masques. Le masque efficace est le FFP2 (une certitude dans cette cacophonie). Mais il n'y en a pas. Ou pas assez. Ou ils sont volés. Ou il y a un trafic au marché noir, ou… ou… ou… (j'essaie de comprendre, je ne comprends pas: comment un pays comme la France peut ne pas avoir de masques? Pas de masques du tout? Je veux dire: depuis le début de la crise, disons mi-février, il y avait le temps d'en commander, d'en fabriquer, au moins quelques-uns, non?)
Alors certains se sont mis à en fabriquer. Le CHU de Grenoble a lancé un appel. Ils les fabriquent avec du molleton, des sacs d'aspirateur, des filtres à café… C'est triste, c'est courageux, c'est solidaire. Est-ce utile? Je peux comprendre qu'on dise que ça ne sert à rien. Je ne comprends pas qu'on dise que ce soit pire que pas de masque! Hier je suis tombé sur ça (signé Laurent Lefeuvre):


Moui… une capote dans une chaussette, puisque le sperme colle, s'il n'y a pas pénétration, s'il n'y a pas de plaie, si… si… si…, ça peut peut-être être utile. Comment savoir? Et si cela a protégé une seule personne, une fois, cela n'a pas été inutile. Si vous n'avez pas de bunker et que la bombe vous tombe dessus, la cabane en bois ne sert à rien. Mais si la bombe tombe à dix mètres, ça vous protègera peut-être des projectiles lancés par l'impact. Comment savoir? Ce ne sont pas des masques pour les chirurgiens, pour les plus exposés. Mais pour les femmes de ménage, pour les caissiers, pour les… (faux sentiment de sécurité? Quel sentiment de sécurité?)
Et puis ça occupe. Non ce n'est pas à négliger. Shackleton le savait, il faut occuper les hommes. Sinon ils gambergent.

Dans la série des bizarreries, soulignons que les comparaisons internationales n'ont pas beaucoup de sens et ajoutent à la confusion car les mêmes mots ne recouvrent pas les mêmes réalités. Il y a les pays qui testent intensivement tout le monde (Corée du Sud, Islande) et dont les chiffres montrent un nombre de porteurs impressionnants, dont un tiers à la moitié ne sont pas malades (pour l'instant du moins) mais contagieux, ceux qui ne testent les malades qu'une fois qu'ils sont en réanimation (plus ou moins la France) et donc tous ceux qui ont guéri spontanément chez eux (après deux ou trois jours d'intense fatigue) n'entrent pas dans les statistiques, ceux qui ne testent pas les morts et ne savent pas s'ils sont morts du virus (l'Allemagne). Chaque fois qu'on voit passer une comparaison internationale, on peut être sûr que ce ne sont pas les mêmes définitions derrière les mots, que ce ne sont pas les mêmes numérateurs et dénominateurs.
Point rassurant: le nombre de malades et de porteurs étant minimisé, la létalité (morts/malades) est plus basse qu'il n'y paraît. Aujourd'hui, ce qui est donné le plus souvent, c'est le nombre de morts sur le nombre de personnes hospitalisées, ce qui est forcément élevé puisque ce sont les cas les plus graves qui sont à l'hôpital.
Tous les pays utilisent-ils les mêmes tests, où sont fabriqués ces tests, sont-ils longs à produire, pourquoi semblent-ils si rares en France? Encore un truc que je ne comprends pas.

Bien sûr il y aura une enquête dans six mois. Il y en a eu une en 2003. Après.


Quelle étrange période à vivre. Pendant ce temps-là les récoltes d'asperges pourrissent sur place par manque de saisonniers trans-frontaliers, les maraîchers font appel aux volontaires, les anti-macronistes crient au capitalisme (si on ne récolte plus rien que diront-ils? que fait le gouvernement?, je suppose), les confinés ne comprennent pas la logique, les instituteurs font remarquer que le travail à distance creuse les inégalités (qui a une chambre, un ordinateur, une connexion internet, etc, etc), les infirmières et les caissières sont sur le devant de la scène, les femmes de ménage et les aides-soignantes se plaignent de ne pas l'être, un prêtre se sacrifie en Italie, des salariés d'une epad font savoir qu'ils vont rester avec les vieillards contaminés pour ne pas risquer de répandre la maladie dehors; les epad, justement, pleurent leurs morts par dizaines. Vous attendez des nouvelles d'un proche hospitalisé que vous n'avez pas le droit d'aller voir et personne ne vous en donne. Pas le temps.


Je songe à l'introduction de Todorov dans Face à l'extrême: les situations extrêmes présentent les mêmes choix que les situations quotidiennes (donner, garder pour soi, partager, stocker, nourrir le SDF, accompagner un malade), ce qui diffère, c'est la conséquence de ces choix.

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J'attends. Nettoyé les framboisiers, remonté la chaîne hifi. Testé la corde à sauter, je suis nulle mais c'était prévu (pas de coordination). Cinquante jours pour progresser. J'ai la faiblesse de croire que si je progresse en coordination, une partie de mon cerveau évoluera dans le même temps.

Inavouable

Puisque j'ai très froid je profite d'être recluse pour porter ces collants que personne n'aime à la maison — et que je ne peux pas porter au boulot.




Avertissement :
Possibilité de s'abonner gratuitement aux retransmissions du Berliner Philharmoniker avant le 31 mars
Un blog qui essaie de ne pas parler de confinement, et en l'occurence de géographie criminelle.

Au fait, j'oubliais : L'Argus de l'assurance a repoussé la remise de ses trophées au 23 juin. Il est donc possible de considérer qu'à cette date la France sera à peu près tirée d'affaire — si une seconde vague de contamination ne déferle pas — j'ai eu l'impression qu'on en parlait en Chine.

Château-fort

J'ai de plus en plus l'impression non pas d'être enfermée mais d'être retranchée. Dehors la bataille et moi j'attends. J'ai lu quelque part quelque chose comme «la patience n'est pas d'attendre mais de savoir attendre». Attendons.

Après une journée de lézard (vodka-ginger beer, le plus grand risque que je cours est de vider toutes les bouteilles), je me suis mise vers le soir à transférer mon ordinateur de boulot du rez-de-chaussé au dernier étage. Un coup d'aspiro, un quart de tour au tapis, et le dernier étage est redevenu habitable. Il ne me reste qu'à remettre la bibliothèque camusienne dans les rayons et à trouver les cartons qui contiennent les DVD de A à O. Et les StarWars. Et les Sergio Leone. Ça ne devrait pas être difficile.

J'avais planqué sous le tapis depuis six mois la carte d'Australie ramenée d'une excursion à Chartes (laquelle? Je ne retrouve pas de trace, il me semblait pourtant avoir une photo du retour en train). Pour avoir été posée sans précaution sur des cartons et des valises, elle s'était gondolée.
J'ai la satisfaction de la retrouver bien plate. Elle fait heureusement écho à ma lecture de Jared Diamond.



Deux clous et au mur, ce sera l'un des objectifs de la semaine.

Premier samedi à l'isolement

Matinée de lecture et d'écriture. J'aime bien. Ça me fait du bien.
J'en viens à fuir l'agitation, la surexcitation des réseaux sociaux. En temps normal c'est pénible mais amusant; en ce moment c'est fatiguant. J'aspire à une certaine sérénité, une retraite dans la retraite, un repos dans le repos forcé.

Je recommence à lire, timidement (je veux dire lire en dehors des lectures obligatoires). J'ai commencé hier De l'inégalité parmi les sociétés, une lecture longtemps remise.

Nous avons remonté mon bureau du dernier étage (démonté en décembre… 2018 pour les travaux).
Je me dis que je dois saisir ma chance: plus rien ne va entrer dans la maison pendant sept semaines1, si je secoue ma flemme je devrais pouvoir vider des cartons, des armoires, trier, redispatcher, donner…
Il manquera les passages à la déchetterie.


Nouvelles du front : j'ai commandé une corde à sauter, lui paraît bien.

J'ai un rhume (un simple rhume, le nez qui coule, pas de fièvre). Sans doute un peu d'allergie aussi. Aujourd'hui il a fait gris et froid. S'il avait fait ce temps depuis une semaine, les gens seraient moins sortis.
Je mets ça là au cas où ce soit utile :






Note
1: en me fondant sur la Chine et l'Italie, j'ai fixé arbitrairement la durée du confinement à huit semaines. Ce sera peut-être plus, sûrement pas moins. Le pic en France est attendu dans dix jours, avec, si j'ai bien compris, une deuxième onde de choc dix jours plus tard.

Emploi du temps

En une semaine les choses se décantent. J'en arrive donc à la conclusion qu'il vaut mieux que je travaille professionnellement de 7h30 à 13h30 plutôt qu'en suivant des horaires de bureau. Si je me mets à travailler plus tard, je n'y arrive pas du tout (à m'y mettre).
Certains s'étonneront de cette faible amplitude horaire: en réalité je n'ai pas de quoi m'occuper plus, même en temps normal. Comment croyez-vous que je parvienne à faire six entraînements par semaine pour l'aviron?

Il faut ensuite consacrer une heure et demie au mémoire, écrire un ou deux billets de blog et si possible faire une heure de "renforcement physique généralisé", basiquement des abdos et du gainage, pour ne pas tout perdre. S'occuper du jardin, et s'il pleut (cela devrait arriver en deux mois) de la maison.

Je me remets à lire. Je n'ai pas le cœur à tester des séries, je ne sais pas choisir un film comme je sais choisir un livre, et les films pas trop bien choisis, un peu nunuches, ont souvent pour but de déclencher une réaction émotionnelle. En ce moment, ça me lasse par avance (non pas l'émotionnel, mais que ce soit leur but).

L'un des entraîneur d'aviron est malade.

Fleurs

Parmi le désordre de la table se trouvait une boîte de graines pour pelouse fleurie achetée à Giverny en… août 2017 (le 19 août, encore un billet à rattraper), comme quoi mon désir d'une friche fleurie était ancré.
J'ai décidé de les planter.
Afin d'aider les graines qui devaient être dans un drôle d'état depuis tout ce temps, je les ai mises à tremper samedi.

— Mais qu'est-ce que c'est que ça ?! (cri dégoûté).




Hier j'ai bêché trois mètres carrés de jardin où le semis d'octobre ne donnait pas de pousses et mis les graines à égoutter dans un chinois.
En fin d'après-midi je les ai semées, puis piétinées (tasser avec le dos de la bêche, indiquait la boîte), puis arrosées à travers une passoire (parce que je n'ai pas retrouvé la pomme de l'arrosoir). Je me demande si les fleurs seront très différentes de celles du jardiner — à condition qu'elles poussent, car ce n'est sans doute pas la même qualité de graine.


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Nouvelles du front:
Ça va mal, les hôpitaux commencent à s'engorger. Deux tiers de lits occupés en Ile-de-France. Plus de morts en Italie qu'en Chine. L'armée aide à évacuer les cercueils.
Des idiots sont allés crapahuter loin de chez eux en vélo et ont eu des accidents, il a fallu mobiliser des secours pour les récupérer: interdiction désormais de faire du vélo, interdiction de s'éloigner de chez soi.
D'autres se sont crus en vacances et ont envahi les plages: désormais les plages sont fermées.
Je suis allée au marché mais je lis ce soir qu'il vaut mieux faire des grosses courses de temps en temps que tous les deux jours. J'avais prévu jeudi et dimanche, est-ce trop?
Nos quatre élus avaient prévu de boycotter le conseil municipal qui devait se tenir à huis clos. Finalement l'élection des maires est officiellement reportée.

Fini Le Cavalier suédois. Repris mon mémoire.

Fréquence cardiaque

Comme les salles de sport sont fermées et que je ne vais pas acheter un rameur (c'est cher, c'est laid, ça prend de la place, c'est pour deux mois. Et c'est comme le cinéma: j'aime aller en salle de sport, j'aime partager l'effort ou l'émotion avec des gens que je ne connais pas), je me replie sur la course ou le vélo. Plutôt le vélo, ma paire de running a dix-huit ans (le plastique-caoutchouc a durci).

Une compétitrice a partagé le programme que leur a donné leur entraîneur: «Pour calculer la fréquence max théorique: 220 - ton âge. Moi ça fait 170 par exemple donc 80% de ça ça donne 150 donc l'entraînement de mardi je vais me mettre à 150 sur de la CAP.»

Je ne lui ai pas dit que je ne savais pas ce que voulait dire CAP.

Certains entraînements se font à 40% de cette fréquence max. Mon problème, c'est que 40% de ma fréquence max, c'est moins que ma fréquence au repos.


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Hier H. va chercher son médicament contre le diabète (les ordonnances pour maladie chronique sont automatiquement renouvelées par les pharmaciens jusqu'au 31 mai).
— Les gens sortaient avec des sacs Cora pleins, du savon, des boîtes de Doliprane… Ils sont fous.
Entendu aux infos ce matin : désormais achat limité à une boîte par personne.

Quarantaine

Hier soir à 22h57 j'ai reçu le sms suivant de gouv.fr :
(«—Ah bon, ils savent faire ça ? —Ils ont peut-être récupéré mon numéro quand j'ai refait mon passeport»1):
Alerte COVID-19
Le Président de la République a annoncé des règles strictes que vous devez impérativement respecter pour lutter contre la propagation du virus et sauver des vies. Les sorties sont autorisées avec attestation et uniquement pour votre travail, si vous ne pouvez pas télétravailler, votre santé ou vos courses essentielles.
Toutes les informations sur https://www.gouvernement.fr.


Le lien envoie vers ceci:




Donc quarantaine de quinze jours (smiley). Mais personne ne croit à cette durée, nous tablons tous sur trente à soixante jours.
Ce n'est pas différent de ce que j'ai vécu l'année dernière pendant six semaines avec mon pied opéré, au télétravail près. Encore faudrait-il que j'arrive à me connecter. Ce sera le combat du jour. Je n'ai pas essayé hier en espérant que le problème serait résolu dans la journée et qu'après les passages des batchs cette nuit tout irait mieux.
Concernant l'informatique d'entreprise, je crois beaucoup à la nuit réparatrice.

Ma filleule a vingt ans aujourd'hui.



Note
1 : En fait ça ne fonctionne pas comme ça. L'Etat contacte les opérateurs et ce sont les opérateurs qui envoient le sms à leurs clients. Ils envoient les sms par vague, c'est pour cela que nous ne l'avons pas tous reçu au même moment.

Hier soir

Hier soir, à partir de neuf heures, une dizaine de colistiers s'est retrouvée à la maison après le résultat des municipales. FG était très déçue, normal, c'était sa première campagne, moi ma troisième. C'est dur d'y croire à fond, de tout mettre en jeu, et de se retrouver avec rien ou pas grand chose.

J'ai essayé de la convaincre (moi je suis convaincue) que c'était une victoire: l'opposition avait un siège de plus (quatre au lieu de trois), Clodong avait cinq points de moins que Dupont-Aignan en 2014 (17,7%). A chaque municipale nous grignotons.
C'est difficile parce que les anti-fachos et ceux qui ne supportent pas la pression fiscale déménagent, et les pro-fachos emménagent. Donc structurellement ça devient de plus en plus difficile.

Très bonne soirée, nous avons un peu bu et beaucoup ri.
Je culpabilise : peut-être n'aurions-nous pas dû. Pourvu que personne ne soit malade. Un bol par personne, pour mettre les chips et les cacahuètes et ne pas mettre les mains dans le même plat. Du gel hydro-alcoolique (qui pue. — Mais pourquoi pue-t-il autant? Ça sentait bon d'habitude. — Peut-être pour donner l'impression d'être plus efficace?) dont une ou deux personnes ont dû se servir. Bières, ginger beer, vodka (pour moi: je me suis fait deux Moscow Mule) et deux bouteilles de la cuvée Assemblée Nationale. Ce fut une bonne soirée.

Comme promis, une photo de la table avant (la table effrayante) et la table après.




Pourvu que cela n'ait pas été une bêtise. C'était la dernière soirée avant six ou huit semaines.
J'ai le moral dans les chaussettes aujourd'hui. Gv me fait peur: «Vous allez morfler». Lui est loin d'ici. Il doit penser impuissant à sa famille.
J'ai peur de ne pas revoir tout le monde à la fin de cette période. Hier, quand les enfants sont partis sans être embrassés, avec les plaisanteries habituelles pour conjurer l'émotion de se quitter (ne jamais oublier que même en temps ordinaire je suis tracqueuse. Je pense que c'est dû à l'imagination — trop d'imagination: accident de la route, accident de toute sorte, tout ce qui peut faire que ce soit la dernière fois qu'on se voit. Déjà en temps normal. J'y pensais même le matin en les quittant à l'école), oui, hier j'avais le cœur gros.

J'envoie un mot aux infirmières de la famille. Il y en a cinq ou six, entre les cousines et les tantes.
Nous avons décalé l'invitation du 9 mai au 13 juin.

Accélération

Et ce soir une amie (une rameuse — vous vous souvenez, tout mon réseau passe par les vestiaires) nous envoie ça. C'est un message d'une amie à elle qui lui fait suivre le sms reçu par un professeur de Necker.1
Voici Les dernières infos du chef de clinique à Necker en médecine interne.
Paris sera en confinement absolu demain soir.
Les trains vont être progressivement réduits.

Voici un mail qu’il a reçu en interne de l’hôpital (sms suivant)

Bonjour à tous,

Comme vous le savez l’évolution de l’épidémie de COVID est particulièrement inquiétante.
Les nouvelles données de modélisation sont très robustes et les projections sont parfaitement cohérentes et bien pires encore que nos scénarios pessimistes.
Il est devenu déraisonnable de prendre les transports publics et nos déplacements doivent être réduits au strict minimum. Le télétravail et l'annulation de toute réunion est obligatoire. Le confinement est donc la règle sauf pour ceux dont la présence physique au travail est indispensable (ce qui est exceptionnel au sein du CRESS).

L'hypothèse actuelle est qu’en l’absence de confinement, 30 millions de personnes seront atteintes en France avec un pic dans 50 jours. Seule une mobilisation citoyenne massive (avec au moins 50 % de l’ensemble de la population française en confinement strict à trés court terme) permettra de réduire le pic de l’épidémie. Les chinois ont réussi ce confinement drastique mais leurs décisions ont été plus précoces et plus autoritaires.

Il est de notre responsabilité d’acteurs de santé Publique de :
1) respecter ce confinement,
2) de faire prendre conscience à nos proches de cette impérieuse nécessité,
3) de porter ce message au quotidien (distance de sécurité , etc) car nos compatriotes n’ont pas encore compris la gravité de la situation.

Le système de santé sera bien sur extrêmement sollicité et ne peut qu'être très largement débordé ce qui est déjà le cas dans le grand Est. Les messages selon lesquels seules les personnes agées et ou ayant des comorbidités sévères ont des syndromes de détresse respiratoire sont faux. Nous partons sur une durée de crise en mois et d'une gravité sans précédent. Vous devez bien sur rester en contact avec vos responsables d’équipes et avec xx ou moi-même si nécéssaire.

signature xxxx
Centre de Recherche Épidémiologie et Statistique Sorbonne Paris Cité (CRESS-UMR1153)
Inserm / Université Paris Descartes
Centre d'épidémiologie clinique

Par ailleurs, je songe à cet échange avec Gv lundi très tôt. Gv habite Hong-Kong:
Ça va être une cata en Europe.
Les gouvernements sont trop faibles plus pas de masques plus pas de discipline.
Les services de santé vont s'écrouler.




Note
1: certains me disent que c'est un hoax. Tant pis. Je ne peux pas le vérifier et ce ne sera sans doute jamais vérifié. Le message est le bon.

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Il fait magnifiquement beau. En venant voter, O. m'a apporté un cadeau d'anniversaire de la part de C.: des Calvin et Hobbes. J'ai passé ma journée à me promener entre trois bureaux de vote. Nous avons perdu, pas de second tour, mais grignoté encore : 72% contre 77% la dernière fois.
Si le deuxième tour est reporté comme il est quasi certain, tout le monde devrait revoter, et non pas seulement les villes où il y a un second tour.
Allons, il y a, il y aura, encore du travail.

Mon horloger est sceptique

La comtoise va mal, elle ne conserve plus l'inertie donnée au balancier et s'arrête, au bout de cinq minutes ou une heure. Je l'ai donc emmenée chez l'horloger. Verdict: elle est très sale, poussière et toiles d'araignée. (Je ne vois pas comment empêcher cela car le mécanisme est hors d'atteinte en temps normal).

Il va la nettoyer mais ça va prendre un moment: il a beaucoup de travail. Derrière lui, un calendrier Johnny Hallyday, devant lui un cendrier Johnny Hallyday, sur le côté une affiche pour un grand prix de F1. La conversation s'engage.

— Non mais, vous croyez pas qu'y zegzagèrent? Ma fille a une copine infirmière à Villeneuve-St-Georges [hôpital], elle dit qu'il n'y a personne.
— Mais c'est normal. Une doctoresse italienne a expliqué comment ça s'est passé en Italie: on a vidé les hôpitaux, reporté les opérations non urgentes. C'est pour ça que les hôpitaux sont vides. Les malades vont arriver comme une vague.
Il me regarde d'un air sceptique.
— Mais en Angleterre ils ont décidé de ne rien faire, de laisser les défenses immunitaires se renforcer.
— Mouis. C'est ce qu'on faisait au XVIIIe siècle contre la peste et le choléra.
Il me regarde sans rien dire. Je suis calme, très factuelle. Quelque chose me paraît vaciller dans ses yeux.
— Mais quand même… la grippe c'est huit mille morts. Personne ne fait rien pour ça.
— Oui, mais des gens qu'on a soignés. Ici on va tomber dans la médecine de catastrophe: quand il n'y aura plus assez de lits à l'hôpital, il faudra choisir qui on sauve. Evidemment, si ça tombe sur le voisin, on est triste mais ça va. Mais si c'est votre mère ou votre fils?

Il m'a regardée… C'est marrant, je suis persuadée que discuter ne sert à rien, que les gens ont leurs opinions à eux, bien arrêtées, et qu'on a simplement le devoir d'exprimer ce qu'on pense, de ne pas se taire si on pense que ce qui est dit ou fait ne devrait pas l'être, ou pas comme ça. Un devoir éthique, une obligation, mais sans espoir, inutile.
Là, j'ai eu la satisfaction d'avoir l'impression de l'avoir fait douter. Peut-être même l'ai-je convaincu.


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Ma fille arrive du Perche. Elle vient voter pour sa mère. Je pensais que nous aurions droit à un long sermon sur ce qu'il ne faut pas faire (elle est volontaire à la Croix-Rouge). A ma grande surprise elle prend cela à la légère et accepte avec dépit de ne pas nous embrasser.
Est-ce qu'elle vit dans une tour? Est-ce que la Croix Rouge n'est pas mobilisée?

Elle nous fait rire en déclarant que ce qui avait manqué, ce n'était pas le gel hydo-alcoolique, mais les flacons, fabriqués en Chine. (Comme quoi elle est quand même au courant… je ne comprends pas bien la cohérence de tout cela).

Non boîtage

Ce soir je devais "boîter" à nouveau, avec la consigne stricte d'arrêter à onze heures (la limite légale est minuit mais les têtes de liste voulaient conserver une marge).

Je me gare, sors de la voiture, mets mes écouteurs (pour écouter les aventures de l'Agneau mystique) et m'oriente sous les lampadaires pour commencer ma tournée.

A ce moment-là je reçois un appel: on arrête le boîtage immédiatement. Il paraît que la distribution d'un tract doit laisser le temps à l'adversaire de répondre. En tractant le vendredi soir, alors que la campagne s'arrête à minuit, nous enfreignons cette règle. Clodong a fait un mini-esclandre en apercevant les boîteurs ou tracteurs dans l'après-midi, les filmant et menaçant de mettre la vidéo en ligne. (Et alors? ai-je envie de dire)

OK, pourquoi pas. Sauf que le tract répondait à une calomnie donc nous avions une justification. Et mon expérience de la justice est qu'elle est lente. Et en ce moment, entre les grèves pour les retraites et la désorganisation due à l'épidémie, ça doit être encore pire.
Bref, j'aurais couru ma chance, ne serait-ce que pour prouver que lorsqu'on ne respecte pas les règles en me calomniant, je ne respecte pas les règles non plus. Il ne faut pas oublier que nous sommes dans une mairie d'extrême-droite: ne pas respecter les règles tout en jouant la victime flouée est l'un de leur tour de passe-passe favori.
C'est à ce genre de réaction que je me rends compte que me disputer avec RP et me battre contre JA m'a rendue combative.

Fun fact: NDA soutient un gilet jaune à Vigneux. Ce type n'a-t-il aucune dignité intellectuelle envers lui-même?

Grec

Les élèves sont en majorité âgés, les deux tiers à la retraite. Je me disais que quelques-uns prudents resteraient chez eux, surtout que la salle qui nous est attribuée est petite (le cours était en danger cette année, l'ICP a failli l'annuler. Par conséquent, devant faire front, nous avons battu le record d'inscrits, donc nous sommes serrés).
Mais tout le monde était là, enjoués et heureux comme chaque fois que nous nous retrouvons pour ce cours hors du temps.

Découverte de la soirée: si vous allez à Orlando, n'allez pas chez Mickey, c'est si mainstream. Tentez l'expérience de la Terre Sainte. Garantie évangéliste et littérale.


Un pot avec Laura et je rentre. Macron a annoncé la fermeture des écoles, de la maternelle aux universités. C'était inévitable, souhaitable, mais quelle galère. Je suis bien contente de ne pas avoir d'enfants en bas âge. Il reste à chaque étudiant désœuvré à s'occuper des enfants de ses voisins.
Ah tiens. Ça veut dire que je vais pouvoir garder les livres de la bibliothèque un temps indéterminé. Chic.

Le Gars

J'avais assisté à une représentation en 1997, dans la salle du bas (petite, voûtée, merveilleuse) de la Maison de la poésie. J'en conserve un souvenir ébloui.

Alors, quand j'ai vu que Le Gars (re)passait ce soir, je n'ai pas voulu manquer ça. Malgré la maladie qui rôde (cette terreur et cette tristesse à l'idée d'être porteur sain, à l'idée d'être un danger pour les autres), j'ai pris la voiture et j'y suis allée (note: cela signifie que je ne me suis pas arrêtée sur mon chemin du retour boulot-maison, mais que je suis allée expressément à Paris pour cela, ce qui prouve ma motivation.)

J'ai été extrêmement déçue. D'abord une femme (Francesca Isidori m'apprend Internet) a parlé longuement. J'ai recueilli des informations, j'ai compris en particulier pourquoi ce texte m'avait tant plu, par son rythme, sa cadence, sa diction: il a été écrit (traduit adapté) directement en français par Tsétaïeva qui pratiquait l'averbisme (je n'avais jamais entendu le terme). Elle enlevait les verbes, mais aussi les articles, les pronoms, etc. Elle n'a jamais réussi à faire publier son texte: «trop nouveau».

Ce discours m'impatientait. Mais j'ai alors appris que nous n'allions pas entendre toute la pièce mais seulement une partie: pour connaître la fin il faudrait… acheter le livre (aux éditions Des Femmes)!

Enfin Anna Mouglalis a lu son texte, alors qu'Edith Scob le jouait, le scandait, le mimait.

Bref, déception. J'aurais dû m'en douter. A l'époque où nous fréquentions beaucoup la maison de la poésie, nous avions adopté une règle: uniquement les spectacles dans la petite salle.

Municipales et coronavirus

Quand vous irez voter, prenez un stylo avec vous (pour la signature du registre).

Faites passer la consigne.

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Sinon, la gestion de l'épidémie est vraiment étrange. Hier un ancien blogueur qui travaille pour l'éducation nationale racontait que le mari de sa secrétaire était confiné, mais pas sa secrétaire; aujourd'hui j'apprends que le même cas existe dans mon entreprise: une salariée dont le mari également salarié est malade n'a pas été autorisée à rester chez elle au prétexte qu'elle ne travaille pas dans le même immeuble que lui! (WTF? Le groupe souhaite-t-il contaminer davantage d'immeubles? Ou l'histoire est-elle fausse?)

Je mets en ligne une capture d'écran de Twitter car le compte est protégé.


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Bibliophore (livres en provenance des bibliothèques du groupe, je le rappelle):
Duras, Les petits chevaux de Tarquinia collection blanche NRF
Perec, «53 jours» en grand format P.O.L
Henry James, Ce que savait Maisie en grand format Robert Laffont
Je suis heureuse de récupérer des livres qui ne sont pas des poches: je peine moins.

Boîtage

Action consistant à déposer des tracts ou de la pub dans les boîtes à lettres. En l'occurrence, il s'agissait dans notre perpétuelle lutte contre Dupont-Aignan et ses marionnettes de déposer notre programme pour les municipales.

Boîtage en fin de matinée en écoutant Bénédicte Savoy sur une recommandation de Philippe. C'est le récit de l'histoire des objets, les déplacements, les achats, les pillages. A qui appartient un objet, selon quels critères? C'est une recherche transverse, entre histoire internationale, relations juridiques, lecture des journaux, visionnage de films contemporains. C'est aussi ou peut-être surtout une histoire des mentalités.

Je boîte, sys-té-ma-ti-que-ment, en suivant une méthode mathématique: boîter le périmètre (attention, le trottoir d'en face n'est ni dans la même ville ni dans le même département) puis prendre un trottoir vers le centre et toujours rester sur ce trottoir aux intersections, ne traverser la rue et changer de trottoir qu'en arrivant au périmètre déjà boîté (cela ne fonctionne que si les rues sont à peu près à angle droit. Si non, des îlots triangulaires restent isolés sans contact avec les autres trottoirs).

Il fait gris, il pleuviote. Un haut-parleur déverse les résultats d'une compétition lointaine. Des bandes d'étourneaux sont perchées sur les fils. Je regarde les maisons, les façades, les volets clos, les lumières qui percent, les chantiers. Plutôt des pavillons des années 70, quelques architectures plus tourmentées, deux ou trois friches. J'aime bien.

Calvin et Hobbes.
Concernant la to-do-list, il reste le courrier et la table du salon (mais la table du salon, c'est une tâche effrayante).
Invitation envoyée pour les noces de perle.

To do list

Nous ferons le point demain.
Pas de sortie sur l'eau jusqu'à nouvel ordre, la Seine est en alerte crue.
Pour ceux qui rêvent devant le plus petit indice, je recommande l'application RiverApp. Tapez Donau, par exemple.


Symptômes

— Mais concrètement, qu'est-ce qu'il faut faire? J'ai un peu mal à la gorge: normalement j'achète un truc en pharmacie, mais là, je fais quoi?
— Tu as mal aux poumons?
— Non, pas du tout. J'ai juste pris froid ce week-end.
— Parce que c'est quand même une maladie pulmonaire.
— Tu sais, pour moi, une maladie pulmonaire, c'est avant tout un signe littéraire. Les maladies sont des catégories littéraires: si on te dit que le personnage a une pneumonie, une pleureusie ou une phtisie, l'auteur veut te dire que c'est grave; si c'est l'épilepsie, c'est que le personnage est fou et imprévisible. Je n'ai aucune idée de ce que ça veut dire en réalité.

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Bibliophore :
- Charles Rosen, Schœnberg
- Eric Chevillard, Du hérisson
- Eric Chevillard, Le caoutchouc décidément

Grande Messe vénitienne par les Arts florissants

Nous avons commencé par nous tromper de salle : la salle de concert de la Cité de la Musique n'est pas la Philharmonie. (Salle petite, chaleureuse, tendance bois plutôt que ciment. Une autre époque).

Paul Agnew a fait son habituel discours (dédicace Laurent), plutôt amusant, avec un accent pittoresque et des fautes de français étonnantes pour quelqu'un qui vit en France depuis si longtemps (Jane Birkin vs Thomas Römer). Il nous a résumé avec humour quelques lignes du livret en nous demandant un effort d'imagination: en effet, «la grand Messe vénitienne n'existe pas».
Je vous copie le livret:
Tout juste ordonné prêtre, Don Antonio Vivaldi devient en 1703 le maestro di violin delle figliole [maître de violon des jeunes filles] de l’Ospedale della Pietà de Venise. Cette institution caritative accueillait les orphelines et les filles illégitimes de l’aristocratie vénitienne, et leur offrait une éducation musicale poussée. Ces jeunes filles formaient un coro de chanteuses virtuoses ainsi qu’un concerto d’instrumentistes, réunissant généralement trente à quarante musiciennes, voire soixante-dix pour les grandes occasions. Pendant plus de trente années, Vivaldi produisit pour cette institution une quantité impressionnante de compositions, tant instrumentales que vocales, et assura leur exécution. Si divers fragments de messes, des psaumes et les motets nous sont parvenus, aucune liturgie complète, aucune missa ni aucun vespro intégral ne vient témoigner de cette intense activité liturgique. Il est pourtant attesté qu’une messe entière avait été commandée à Vivaldi en 1715 par les administrateurs de la Pietà. La messe vénitienne proposée ce soir relève en fait d’un travail de reconstitution musicologique qui emprunte sa substance à divers éléments de la production religieuse de Vivaldi. Le Kyrie, le Gloria et le Credo sont des compositions originellement distinctes et isolées. Le Sanctus et l’Agnus Dei sont des contrafacta: leur musique a été tirée de diverses compositions préexistantes et parée de nouveaux textes liturgiques, suivant l’usage ancien de la parodie.
En conséquence l'orchestre n'était composée que de musiciennes, «sans que cela n'ait de rapport avec MeToo», nous a assuré Paul Agnew.

Ce fut une très belle soirée.
William Christie était présent en nœud papillon.

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Bibliophore : (Qu'est-ce qu'il y a dans votre sac? me demande le vigile de la salle. Des livres! ris-je.)
- Henry Bauchau, Antigone
- Raymond Queneau, Saint-Glinglin
- Eric Chevillard, Démolir Nisard

Je continue Le Chiendent commencé mardi. Un ancêtre tout à la fois du Nouveau Roman et de San-Antonio.

Coronavirus

Tentative de se souvenir de la première fois que le sujet a été abordé en France: vers le 20 janvier?

C'est en train de devenir LE sujet de toutes les conversation. Cela attise ma curiosité et provoque un sourire sardonique. Je n'y crois pas vraiment — et quoi qu'il en soit on ne peut pas y faire grand chose. Les rayons de pâtes sont dévalisés. Des réactions étranges et choquantes sont rapportées (sur twitter), comme cette prof appelée à faire un test, mais sans que les parents des élèves ne soient prévenus (pour éviter la panique?) H. constate: «Maintenant tout le monde se lave les mains aux WC. Ça change.»

Ce week-end à Bruges se trouvait un équipage de Milanaises. Réaction exaspérée d'Anne: «Je ne comprends pas qu'on les ait laissé venir.» (Elle n'a pas tort.) Anne travaille dans l'industrie automobile: «Nous allons bientôt être en rupture de batteries [pour les voitures électriques], les chaînes vont s'arrêter.»
H. confirme: «Apple a annoncé une baisse de 20% dans le nombre de commandes qu'ils pourront satisfaire.»
C'est vraiment très intéressant. A quel point dépendons-nous de la Chine, pour les décorations de Noël ou... les masques de protection? Anne toujours (je ne sais pas si c'est vrai): «Maintenant qu'on sait que les masques sont fabriqués à Wuhan…» Quelles conclusions (et décisions) les autorités chinoises tireront-elles du fait que durant ces quelques semaines l'air est devenu respirable en Chine? Quelle bonne nouvelle, nous pouvons effectivement agir, et une action de fond produit des effets rapides.

Chez Engie, il faut déclarer au médecin du travail tout voyage hors des frontières. Dans ma boîte, nous avons appris hier qu'il y a un cas positif (porteur sain habitant l'Oise) au cinquième étage de l'immeuble d'en face. Ça se rapproche. (J'ai l'air de prendre cela à la légère, mais en fait il ne faudrait pas que H. l'attrappe. Il a les poumons délicats, encore fragilisés par le séjour en montagne à Noël.)

Je me souviens de quelqu'un (qui? un anticlérical ou un moine?) mimant la propagation des épidémies de peste ou de choléra (c'était avant le coronavirus, une simple discussion sur Dieu nous sauve): «Alors on allait à l'église prier pour que l'épidémie s'arrête. On était bien serré sur les bancs, on toussait dans le visage de son voisin…» (Ça m'avait fait un choc: P***, mais il avait raison!)

Je me souviens que lorsque nous avions vu Contagion (mauvais film), H. avait commenté: «il suffit que tout le monde reste chez lui quinze jours et ça s'arrête.» Quand je lui ai rappelé cela, il a répondu: «Vu le temps d'incubation, plutôt trois semaines.»

En bonus, quelques dessins de Boulet à propos du ciel qui nous tombe sur la tête. J'aime beaucoup la dernière photo.

Chemin des écoliers

Je dors mal. C'est peut-être le sport: je n'ai pas de courbatures mais les muscles chauds, surtout les bras, et comme nous travaillons beaucoup l'endurance, j'en reste comme encore essouflée, comme s'il me fallait des heures pour reprendre un rythme normal.
Bref, je me réveille souvent la nuit. Je peux donc dire qu'il a plu dès quatre heures du matin.

Nous partons vers le nord car je veux revoir Damme, le canal de Damme et ses arbres, ce tunnel qui me fait entrer directement dans les voyages de Bilbo.

Nous évitons les autoroutes, rejoignons la côte et nous suivons la mer, les dunes, le tram, les immeubles du front de mer. Il pleut, je fredonne «… avec ce ciel si bas qu'un canal s'est pendu…», nous avons tant mangé hier soir et petit déjeuner si tard que nous sommes en indigestion. Arrêt à Ostende vers midi pour un café, nous n'avançons pas vite.
Vers deux heures, alors que nous avançons à un feu, je vois un restaurant juste en face. Il faut déjeuner. Nous sommes à Oostduinkerke, le restaurant s'appelle Caricole et la serveuse accepte de nous servir à cette heure tardive. Bouillabaisse à la belge, avec un demi-homard et de la rouille, absolument génial. Il faudra revenir.
Il s'est arrêté de pleuvoir et quand nous passons en France, des rayons de soleil percent (je le jure!).

Dunkerque, nous suivons des canaux, beaucoup de feux. Gravelines. Beaucoup de Minicoopers, c'est bizarre, c'est amusant.
Calais le choc: nous arrivons le long d'une zone industrielle, d'un côté des pavillons de banlieue, coquets, de l'autre une palissade en plastique armée, c'est-à-dire transparente et laissant voir des fils d'acier à l'intérieur. Elle entoure quelques arbres, une forêt clairsemée par l'hiver. Une forte odeur de brûlé s'infiltre dans la voiture mais son origine est invisible. Quelques tentes Décatlon sont posées sur la terre détrempée sous les arbres. Une file ininterrompue d'Africains, par groupe de deux ou trois, suivent la palissade. Ils rentrent au camp dont l'entrée est gardée. Ils sont bien couverts, ils n'ont pas l'air affamé. Mais il fait froid, il a plu, il y en a beaucoup, il y en a sans fin, je suis bouleversée. Qui sont-ils, que font-ils là, pourquoi sont-ils installés ainsi (comment sont-ils réellement installés), ne pourrait-on pas utiliser des bâtiments désaffectés comme des casernes? Je pense à Ceux qui passent, je raconte à H. que tout dépend des préfets, il y a les salauds (les tentes trempées à la lance, les chaussures volées) et les humains… J'ai envie de pleurer, j'ai honte: nous regardons, nous passons. Nous ne faisons rien, nous ne ferons rien.

Nous traversons la ville, longeons la citadelle, nous rejoignons la route de la côte. Sangate. Il fait beau. Vent et soleil. Je découvre fascinée la côte de l'Angleterre, les falaises de Douvres. Je suis émue. Je n'avais pas conscience qu'elles étaient si proches, je pense aux Trois Mousquetaires et à Vingt ans après et bien sûr à Conrad et Stephen Crane. La côte est magnifique, verdoyante, ondulée. Je ne connaissais pas du tout cette côte d'Opale, la bien-nommée entre la mer verte et le gazon des dunes.

Café au "Bureau" devant l'église Saint Nicolas (belle déco anglaise) de Boulogne-sur-Mer; il fait nuit. Nous rejoignons l'autoroute et rentrons par une autoroute déserte dans la nuit noire.

Bruges

Personne ne croyait que nous courions ce matin, personne ne pensait que le temps s'améliorerait. Mais nous nous sommes donnés malgré tout rendez-vous à huit heures et demie. J'ai avalé un petit déjeuner seule (huit heures: l'heure de l'ouverture de la salle à manger. Quel touriste se lèverait plus tôt?) et je suis partie, avec au cœur quelque chose entre colère et détermination (pourquoi? je ne sais pas). Le soleil pointait mais il y avait encore beaucoup de vent.

Je suis arrivée au club, j'ai dit aux filles: «J'ai réfléchi: quinze minutes à 24 [cadence 24], puis 26, et quand on passe le pont on y va à fond.»
Nous avons regardé les skiffs, les doubles, les quatre partir avant nous. Je ne me souviens plus de rien, je ne sais plus quand nous avons emmené nos pelles au ponton, comment nous avons porté le bateau. Je ne me rappelle pas vraiment de la montée vers le départ (cinq kilomètres), Pascale me répétant que j'enfonçais trop ma pelle babord, moi prenant des repères: ici ça doit faire la moitié, là c'est la maison rouge des quatre cents mètres. Avoir été là l'année dernière était un avantage.
Nous avons beaucoup peiné pour faire demi-tour sur le canal étroit, nous sommes parties seules (pas de départ bord à bord), cadence 26 (et non 24). Et tout est allé très vite, je ne m'en souviens plus. Nous avons rattrapé un huit, nous avons été rattrapées par des quatre masculins.
A l'arrivée les filles étaient contentes (et non déçues comme à Tours où elles trouvaient que nous n'avions pas assez appuyé) et trempées (le vent provoquait de fortes vagues). Dans l'après-midi nous avons eu notre temps, 25'17''57, soit trois minutes de plus que l'année dernière. Les trois meilleures rameuses ne sont plus là (elles sont en compétition nationale), d'un autre côté nous sommes beaucoup plus entraînées qu'il y a un an, enfin il y a les conditions météo: quelle est la part de ces différents éléments?

J'ai aidé à démonter les bateaux jusqu'à une heure, j'ai avalé un petit pain rond et une tranche de jambon puis je suis partie. Douche pour me réchauffer, changement de tenue, il me manque des sous-vêtements chauds il y a tant de vent, j'empile mes deux pulls mode bibendum. La guide nous attend à la réception.

Visite guidée en français de deux heures sur le modèle de celle que j'avais faite en juillet 2017 avec O. L'église Sainte Marie la plus haute église en briques, l'hôpital Saint Jean devenu musée, grèle et averse (je pense aux Masters (rameurs vétérans) qui doivent être sur l'eau), béguinage, maison Dieu, maison du collecteur d'impôts (la taxe sur le levain de la bière), la guide raconte. Les canaux sont davantage des douves que des voies de circulation, pour dire "canalisé" ou "enterré" elle dit "voûté", quarant mille personnes ici au Moyen-Âge, puis l'ensablement et la mésentente avec Maximilien qui a poussé les commerçants à quitter Bruges (pour Gand? je ne sais plus).
Comme nous ne sommes que deux, elle nous fait entrer dans l'hôtel Crowne Plaza place du Bourg et demande l'autorisation de descendre au sous-sol: en voulant creuser un parking, les fondations de l'église carolingienne Saint-Donatien et des fresques de couleurs très fraîches ont été découvertes. L'hôtel a aménagé des salles autour et les loue.
Dans les anecdotes contemporaines, elle nous raconte que les prix des brasseries sur la place du marché sont si scandaleux qu'ils ont fait l'objet d'un rappel à l'ordre officiel (c'est passé à la télé), et comme je parle de l'immense parking sous Bruges, elle nous dit que son creusement a déstabilisé la tour de l'église Notre-Dame et que les travaux ont pris beaucoup plus de temps que prévu.

Gauffre, lait russe, hôtel pour se réchauffer.
Le soir dîner au Passage où nous pensons mourir d'indigestion en tentant de finir nos travers de porc: la portion fait trois fois la portion française. Une fois encore je pense à Astérix: «Et qu'est-ce qu'on met sur les tartines? Les bœufs!»
Je peux enfin boire une bière, il y a enfin des gueuze lambic (je déteste la bière jaune pisse d'âne amère).
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