Alice du fromage

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

Billets pour la catégorie Les gens qu'on aime :

jeudi 10 décembre 2020

Les gens qu’on aime : #10 quelqu’un qui aime l’art

En lisant Matoo, j'ai découvert le défi du Dr CaSo: «quelqu'un qui…»

Aujourd'hui, quelqu'un qui aime l'art. J'avais commencé par me dire «je vais parler d'Aline», mais finalement, je vais parler des Cruchons.

Au départ il s'agissait de lire L'Amour l'Automne à plusieurs dans l'espoir de mieux comprendre le texte en apportant chacun nos expériences et nos connaissances.

Nous avons (bien sûr) commencé chez Rémi.

première rencontre des futurs cruchons
17 novembre 2008


Mais très vite la contrainte a été trop forte pour lui, il devait travailler, la femme de ménage devait passer — bref, nous nous sommes rabattus dans des cafés et Rémi n'est plus venu.

Il a fallu le temps de trouver un café qui nous convienne, qui accepte que nous restions des heures à table avec des piles de livres, des discussions, des rires. Nous avons atterri au Petit Broc, et Marie nous a surnommés les Cruchons.

Aline est présente pour la première fois
29 juin 2009 - première participation d'Aline


Nous nous sommes réunis une fois par mois pendant quatre ans (jusqu'au ralliement de RC à MLP), avec des participants variés (Jérémy, Marie, Tlön, Afchine, Sophie…) et un noyau dur. Parce que nous avions trois Chartrains parmi nous, nous nous réunissions une fois par an à Chartres, avec en point d'orgue une visite de la cathédrale commentée par Philippe.

table couverte des pages commentées de L'Amour L'automne
table d'étude - octobre 2010


Les lectures ont disparu après mai 2012, pour être remplacées par des voyages et des concerts. Pour des raisons financières et familiales, je ne participais que rarement. Je les suivais à travers FB, les voyageurs m'envoyaient des cartes postales et me donnaient des pistes (c'est ainsi que j'ai visité Richelieu après l'une de leur carte postale, par exemple).

Voyager avec les Cruchons est une chance extraordinaire. Chacun est spécialisé dans deux ou trois domaines: Aline en art et architecture, Laurent en histoire, peinture et architecture, Patrick en histoire avec un sens aigü de la chronologie, des souvenirs précis des forces de gauche en France durant les années 50 à 70 et des références bibliographiques sur tous les sujets, Philippe est amoureux de musique et d'art roman.

Quand on voyage avec eux, il n'y a qu'à se laisser porter: ils ont organisé et prévu, ils ont lu et planifié, ils montrent, ils racontent, il y a toujours une anecdote amusante sur un fond érudit, des goûts et des opinions qui s'expriment de façon tranchée et drôle, des débats montés en épingle pour finir en éclats de rire.
Je n'en finirais pas d'énumérer les lieux découverts, d'abbayes en châteaux; les expositions, les concerts, une tétralogie, deux puis trois, les jardins de William Christie et ses concerts en plein air.

concert dans les jardins de Thiré
Jardin de William Christie - août 2018


2019 a été une année sans que je voyage avec eux — avec encore des cartes postales reçues; 2020 a tout figé.

mercredi 9 décembre 2020

Les gens qu’on aime : #9 quelqu’un qui n’a peur de rien

En lisant Matoo, j'ai découvert le défi du Dr CaSo: «quelqu'un qui…»

Aujourd'hui, quelqu'un qui n'a peur de rien. Je vais encore parler d'un groupe. Il aurait pu entrer aussi dans la catégorie «quelqu'un qu'on admire»: les jeunes, bénévoles ou salariés, de JRS.

C'est une ode à la jeunesse que je voudrais écrire. J'ai admiré leur audace, leur bonne humeur, leur courage, la force inébranlable de leur simplicité. Ils étaient là pour faire ce qu'il y avait à faire — répéter du vocabulaire avec des personnes qui ne connaissaient pas un mot de français, faire le café, la cuisine, enregistrer des noms, organiser des jeux, chanter, jouer au foot, danser — sans douter, sans hésiter, sans se laisser décourager par les barrières de la langue ou des coutumes.

Je les ai admirés et je les chéris. Ils me font du bien à l'âme quand je pense à eux. Il me donne l'espoir que tout n'est pas perdu, le futur avec un grand F, celui de la planète, celui des enfants et des petits-enfants n'est pas perdu — s'il est entre leurs mains.

l'équipe des bénévoles de jrs en juillet 2020

lundi 7 décembre 2020

Les gens qu’on aime : #7 quelqu’un qu’on voit souvent

En lisant Matoo, j'ai découvert le défi du Dr CaSo: «quelqu'un qui…»

Aujourd'hui, quelqu'un qu’on voit souvent.
Là c'est la tuile. Evidemment à cause du confinement. Mais même sans cela: la boulangère? le pharmacien? le vendeur du Relais H?
En fait les gens que je voyais le plus souvent avant le confinement, le premier confinement, jusqu'en mars, c'était les rameuses du huit. Une, deux, trois fois par semaine, c'est en fait l'un des buts du huit: devenir inséparables, ce que nous avions bien du mal à réaliser.

L'étonnement c'est que nous ne savons finalement que peu de choses les unes des autres. J'ai ainsi été désarçonnée d'apprendre que Clarisse était veuve depuis deux ans: certes elle a toujours été très discrète, mais comment avions-nous pu ne nous douter de rien? Quel manque d'attention de notre part (elle a souri et m'a dit: «vous ne pouviez pas savoir»).

Nathalie affairée, Isabel serviable, Pascale coupante, Anne perfectionniste, Clarisse rigoureuse, Marine revêche et Caroline Betty Boop: c'est la liste des rameuses de la coupe de Noël il y a un an à Tours.

huit rameuses et leur barreur


Chaque rencontre hors du huit est (était) importante, car c'est le moment de nous découvrir.
C'est pourquoi j'étais heureuse que nous ayons passé une excellente soirée à quatre juste avant le couvre-feu; j'attends maintenant le déconfinement pour inviter celles qui ne pouvaient être là ce soir-là.

dimanche 6 décembre 2020

Les gens qu’on aime : #6 quelqu’un qu’on n’aimait pas au début mais ça a changé

En lisant Matoo, j'ai découvert le défi du Dr CaSo: «quelqu'un qui…»

Aujourd'hui, quelqu'un qu’on n’aimait pas au début mais ça a changé: Sophie-Charlotte.

Je ne suis pas vraiment sûre que Sophie-Charlotte entre dans les définitions du Dr CaSo. Non seulement ce n'est pas une amie, mais c'est même une inconnue et le plus probable est qu'elle ait oublié depuis longtemps que j'existe.
Elle est le prétexte à montrer deux de mes défauts: mes jugements abrupts et mon stalking (ma traque) sur internet.

En août 1997 (un an avant Google, en pleine bulle internet) j'ai été embauchée dans une filiale de mon actuel grand groupe, une filiale qu'on appellerait aujourd'hui start-up, mais qui à l'époque était simplement une structure légère détachée de la mère pour travailler en mode projet. Nous étions trente, nous fonctionnions comme une famille (les platées de cèpes dans la salle de réunion hausmanienne ramenées par le président périgourdin à l'automme), je vénérais mon boss, c'était enthousiasmant.

Sauf qu'il y avait, comme dans tout projet, des consultants, des consultants d'Accenture, juste avant la déroute d'Andersen. Il y avait deux consultants junior aussi horripilants l'un que l'autre. J'ai failli gifler le mec qui disait des conneries et n'écoutait rien (avec sa gueule de beau gosse et sa cravate… Tous ces consultants embauchés sur leur gueule…) Leur seule obsession était de respecter le planning, même au prix de la qualité du travail. Or nous étions en train de construire une architecture informatique, la gauchir dès le départ, c'était faire partir le projet de travers.

L'autre, c'était Sophie-Charlotte. Elle devait surveiller que nous documentions1 le paramétrage d'un progiciel que nous avions acheté. J'étais chargée du paramétrage, mais c'était un faux paramétrage, un paramétrage contraint, du genre «— Ici il faut mettre A — Mais pourquoi? — Parce que.»
Sophie-Charlotte exigeait que je remplisse un tableau avec écrit «A» comme valeur de ce paramètre.
J'ai essayé de lui expliquer que si nous ne savions pas quelle autre valeur était possible et que nous ne savions pas à quoi servait ce A, le document que nous étions en train d'écrire était inutile et inutilisable.
Je me heurtais à un mur. La consigne était la consigne.

Un jour Sandrine m'a dit: «tu n'aimes pas beaucoup Sophie-Charlotte» et j'ai eu honte que cela se voit autant.

Les consultants sont partis. Je crois que c'est encore Sandrine qui m'a appris que Sophie-Charlotte était admise à Standford; à quoi j'ai répondu «Ça fera une dinde qui a fait Standford.»
Il est possible que j'ai été jalouse: à son âge j'étais mariée et j'avais déjà un enfant: je n'aurais jamais pu aller à Standford. Mais je pensais aussi que c'était une dinde, avec son obéissance militaire à son cabinet de consultants.

Il y a deux ans, je crois que c'était pendant que j'étais immobilisée à cause de mon pied, j'ai fait une recherche sur facebook. Le curieux est que je me souvenais de ses nom et prénom, car en général je les oublie. Et je l'ai retrouvée. Son sourire, ses photos, les causes qu'elle défend… Elle m'a plu. Et je me suis dis que j'étais vraiment con, avec mes jugements à la con.



Note
1: Ecrire un document de référence.

samedi 5 décembre 2020

Les gens qu’on aime : #5 quelqu’un avec qui on a étudié ou été à l’école

Puisque je lis Matoo, j'ai découvert le défi du Dr CaSo: «quelqu'un qui…»

Aujourd'hui, quelqu'un avec qui on a étudié ou été à l’école : Jérôme. Je l'ai choisi parce que nous avons été neuf ans dans la même classe.

Mes parents étaient profs. Quand nous sommes rentrés du Maroc en 1975, ils ont chacun obtenu un poste dans l'un et l'autre lycées d'une petite ville, et entre les lycées se trouvait une école primaire.
Nous avons donc été inscrites ma sœur et moi dans cette école primaire plutôt que dans celle dont nous dépendions administrativement car il était plus simple de nous y emmener et nous en ramener.

En école primaire, la population est stable, les mêmes enfants se retrouvent chaque année, la hiérarchie est établie dès le CP (ceux qui apprennent vite à lire et à écrire, ceux qui sont rapides ou jouent bien aux billes, etc).
Je suis arrivée en CM1 et j'ai bousculé cette hiérarchie. En CM1 et en CM2, je suis passée en tête devant Xavier et Jérôme. Ils étaient verts.

Quand j'ai quitté la primaire, j'ai rejoint le collège correspondant à la carte scolaire et j'y ai retrouvé Jérôme. Jérôme a été mon Poulidor jusqu'en terminale. Comme il a fait allemand première langue (le truc de l'époque pour essayer de reconstituer les classes d'excellence que la réforme Haby venaient d'éparpiller) puis latin à partir de la quatrième (idem), nous avons été ensemble toutes ces années. Toutes ces années il s'est présenté comme délégué de classe et a été élu.

Il était fils unique et fier de l'être. En cinquième, sa mère s'est trouvée enceinte et il l'a très mal pris. Elle n'avait pas le droit de l'accompagner devant le collège; elle devait le déposer au coin de la rue.

En quatrième nous avions une prof d'anglais provocante, genre sous-tif noir sous chemisier blanc transparent. Jérôme était au premier rang. Elle l'a interpelé: «Alors, Jérôme, vous rêvez?»
Il est devenu cramoisi, d'un rouge comme je n'en ai jamais revu d'aussi foncé. La classe a éclaté de rire.
J'étais très innocente, je n'ai compris que des années plus tard à quoi pouvait rêver Jérôme.

Nous ne nous aimions pas beaucoup. A cause de cette rivalité, bien sûr, mais aussi parce que j'étais sérieuse et que je le jugeais frivole. Il s'est très bien entendu avec ma meilleure copine en première et terminale, ils parlaient mérites comparés de shampoings, genre. Il avait été tout surpris quand elle lui avait appris que les filles se rasaient les jambes: il pensait que les filles étaient imberbes.
Il avait grandi tôt et était très grand, il se tenait toujours un peu courbé. Il avait cette morphologie des nageurs que je n'aime pas, les trapèzes surdéveloppés. Ses yeux bleus verts étaient légèrement globuleux. Il aimait Higelin et je le revois en term en train de chanter Champagne en dansant sur les tables comme un pantin dégingandé .
Sous mon influence, il s'est inscrit à l'aviron. Christine, Isabelle, Jérôme, tous venus à l'aviron en seconde à cause de mon enthousiasme.
Quand il a perdu son grand-père (en première ou en terminale), il a eu cette remarque qui m'a frappée parce qu'elle était inattendue de sa part et que je n'avais pas encore vécu de deuil: «On croit qu'on n'est pas très attaché, et puis ça fait super mal».

Après le lycée j'ai eu des nouvelles par ma mère: marié, trois enfants puis un quatrième («un accident»).
En 2017, au moment où je préparais les 50 ans de mariage de mes parents, j'ai fait des recherches sur Linkedin et j'ai tapé son nom. Je l'ai trouvé, je l'ai demandé en contact.
Il ne m'a pas acceptée.

vendredi 4 décembre 2020

Les gens qu’on aime : #4 quelqu’un qui a changé le cours de notre vie

En lisant Matoo, j'ai découvert le défi du Dr CaSo: «quelqu'un qui…»

Aujourd'hui, quelqu'un qui a changé le cours de votre vie : RC, évidemment.

Renaud Camus à l'Ircam en juin 2009
RC à l'Ircam - 2009


C'est compliqué. Je me souviens de Philippe Val disant après l'emprisonnement de Patrick Font: «Si je vais le voir on me demande comment je peux soutenir un tel salaud; si je n'y vais pas on me demande si je n'ai pas honte d'abandonner un ami».

RC n'était pas un ami, ce n'est pas un ami. Mais je me sentirai toujours l'obligation de ne pas en dire de mal. De juste me taire.

Dans le journal 2002, Outrepas, RC a écrit qu'il aurait souhaité que Le Pen ait le maximum de voix, juste assez pour ne pas être élu. Le livre est paru en 2004. Donc en 2004, la SLRC a appris que RC ne l'avait pas détrompée quand elle avait publié en 2002 une pétition contre Le Pen, pétition dont toutes les phrases commençaient par «Avec RC, nous…»
Je savais donc depuis 2004 que RC n'avait aucune loyauté envers son entourage, qu'il était capable de trahison — ce qui fait que 2012, le ralliement à MLP, a été une déception, la certitude que désormais le génie littéraire de RC ne serait jamais reconnu, mais pas vraiment une surprise.
Le dégoût est venu en 2013 quand RC s'est réjoui du suicide de Dominique Venner à Notre-Dame et le rejet sans retour est survenu après les white supremacists et Christchurch.

Quel gâchis, quelle horreur.

Mais il reste qu'il a changé ma vie. Le lire a changé ma vie.
C'est difficile d'expliquer à quel point, parce qu'il faudrait tenter d'expliquer tout ce que je ne connaissais pas (histoire, art, littérature, géographie, etc) quand j'ai commencé à le lire et tout ce que j'ai découvert en le lisant.
Il m'a aussi fait découvrir de quelle façon j'étais capable de lire, de me concentrer, de faire des rapprochements, de travailler par associations… Il m'a fait me découvrir moi-même.

L'Amour l'Automne, L'Inauguration de la salle des Vents, Vaisseaux brûlés sont de grandes expériences de lecture, elles me font accéder à des dimensions de conscience inédites, en profondeur et en extension. C'est difficile à expliquer, c'est comme une drogue, un état second du cerveau. Je pense que James Joyce produit le même effet à d'autres, et peut-être Arno Schmidt aux locuteurs germanophones.

RC me faisait, me fait, rire. Parfois je retombe sur une citation, et aussitôt, je ris: «Castro à mon enterrement? Plutôt mourir!» ou «Georges Marchais et moi n'avons pas la même idée de la poésie : j'en avais toujours eu le vague soupçon».

Hélas, la phrase la plus juste sur RC est sans doute celle de Jean-Yves, le pastichant après Christchurch: «On m'a mal lu».

RC a été l'occasion de me faire des amis qui ont survécu à la tourmente. Nous avons arrêté de lire RC ensemble mais nous avons continué à voyager, à visiter, à aller au concert.
La vie n'a plus jamais été la même après RC.

jeudi 3 décembre 2020

Les gens qu’on aime : #3 quelqu’un qui nous fait rire

Puisque je lis Matoo, j'ai découvert le défi du Dr CaSo: «quelqu'un qui…»

Aujourd'hui, quelqu'un qui me fait rire. Là, ce n'est pas une personne mais un groupe: les oulipotes, les oulipiens, la bande des jeudis de la BNF et de la pizza subséquente.

rires entre amis de l'Oulipo, 18 juin 2015

Sophie, Nicolas, Elisabeth, Dominique dans le miroir, Gilles et Maurice à l'autre table… Nous ne sommes jamais le même nombre, nous ne parlons jamais des mêmes sujets, parfois c'est sérieux, parfois c'est drôle, parfois ça cancanne, parfois c'est triste (le temps qui passe, la famille, la santé, tout ça). Ce sont des amis merveilleux par leur culture, leur humour, leur gentillesse.
J'ai l'impression de les connaître peu parce que ce sont mes amis les plus récents: une douzaine d'années, mais finalement dix jeudis par an depuis plus de dix ans, et deux ou trois dimanches chez Nicolas, et autant chez Alain… Ce sont finalement les amis que je vois le plus souvent. Et nous rions beaucoup.

mercredi 2 décembre 2020

Les gens qu’on aime : #2 quelqu’un avec qui on a voyagé

En lisant Matoo, j'ai découvert le défi du Dr CaSo: «quelqu'un qui…»

Aujourd'hui, quelqu'un avec qui on a voyagé : mon fils O.

la main gantée d'Olivier - en quittant Olsdorf
En quittant la maison de Thomas Bernhard


Au départ il s'agissait d'accumuler les trois mille kilomètres nécessaires à la conduite accompagnée.

J'ai fait une fausse signature. H. était contre la conduite accompagnée. Nous avons dans notre entourage deux exemples d'accidents graves dus à la conduite accompagnée.
O. voulait faire la conduite accompagnée. C'était le premier des trois enfants à souhaiter cela. J'ai rempli le dossier d'assurance en me mettant en conducteur accompagnant, et puis, au cas où cela nous en ayons besoin un jour en urgence, j'ai ajouté H. et j'ai imité sa signature.

Il fallait que j'accomplisse trois mille kilomètres aux côtés d'O.
Matin et soir, maison gare, cinq kilomètres, vingt-cinq kilomètres par semaine, cent par mois. Quelques voyages jusque chez les grands-parents. Il fallait quelque chose de plus long.
Ça faisait longtemps que je voulais faire un tour d'Europe. H. ne voulait pas, il n'avait pas envie de passer sa journée en voiture et dormir chaque nuit à l'hôtel: «je fais cela toute l'année pour le boulot, je ne vais pas le faire en vacances».
O. était d'accord, mais il fallait attendre ses dix-huit ans: pas de conduite accompagnée hors de France.

Pour vérifier que nous étions capables de nous supporter, nous avons fait une escapade d'une semaine en Bretagne l'été précédent, en 2016. Ce fut un succès.

Alors nous sommes partis en juillet 2017 pour Klagenfurt, Vienne, Prague, Berlin, Amsterdam et Bruxelles. Mon récit est plein de trous mais je ne désespère pas de le compléter un jour. Ce sont de merveilleux souvenirs. La Styrie ou les plaines de Saxe dans la Beetle décapotée en écoutant la biographie de Bob Dylan ou de Raymond Chandler ou de Jack London, les hôtels et les auberges de jeunesse et les hugos. Les châteaux, le vélo, les soirées sur l'ordi. Le légendaire sens de l'orientation d'O. sur lequel je me repose aveuglément. Sa gentillesse, O. toujours prêt à un détour pour me faire plaisir. La surprise de découvrir à quel point le malentendu est facile, même entre deux personnes déterminées à être attentives à l'autre.
Je ne sais pas si je retrouverai un jour un tel compagnon de voyage.

lundi 30 novembre 2020

Les gens qu’on aime : #30 quelqu’un de très intelligent

Puisque je lis Matoo, j'ai découvert le défi du Dr CaSo: «quelqu'un qui…»

Aujourd'hui, quelqu'un qui est très intelligent : Gilles, GEF pour les intimes.

Je suis embarrassée de parler de lui parce qu'il n'est pas seulement très intelligent, mais aussi très modeste. Je pense que ça l'embarrasserait beaucoup d'apparaître ici et dans cette catégorie (parfois je me demande s'il sait qu'il est intelligent) et donc ça m'embarrasse de parler de lui.

Je vais donc le faire brièvement.

GEF fait partie des oulipiens avec qui je mange une pizza après les jeudis de l'Oulipo. Il a quelques défauts : il ne boit pas et n'aime pas la cuisine exotique, ce qui nous empêche de manger au très bon restaurant vietnamien proche de la TGB.
A part ça…

Je me souviens de la fois où il ne pouvait pas venir ou écrire ou je ne sais, «parce qu'il avait une urgence avec un trou noir».
Une urgence avec un trou noir? Mais comment un trou noir peut-il être urgent? Il est à des années-lumières, évolue sur des milliards d'années…
(Réponse : il s'agissait d'une communication à terminer pour un colloque.)

Je me souviens de la fois où il nous a expliqué comment les frères Bogdanoff avaient écrit leurs thèses de doctorat. C'était hilarant, je n'ai pas osé le raconter ici car cela frisait la diffamation (de ma part, dans la mesure où je rendais le récit public). En un mot, les scientifiques spécialistes de certains sujets recevaient des coups de fils et la conversation s'engageait sur le mode «prêcher le faux pour savoir le vrai». Le résultat de ces conversations se retrouvaient dans les thèses.

Je me souviens de lui parlant de son père médecin parcourant les rues d'Alger à vélo pendant la guerre: «Personne n'a jamais tiré sur lui».
Je me souviens de son désarroi quand il a dû disperser la bibliothèque de ses parents après leur mort: «Pas de place».
Cœur fendu.

Le truc qui m'épate : il connaît (ils échangent des mails amicaux) Douglas Hofstadter.

GEF et son ami Nicolas sont des oulipiens canal contraintes dures. Pour en avoir une idée, explorez ici. Qu'il soit aussi habile avec les mots qu'expert dans les étoiles tout en étant un mélomane accompli… ça fait beaucoup pour un seul homme.

Voici la copie d'écran d'un poème que l'on peut décaler vers le bas. L'original est ici.

poèmes de Gilles Esposito-Farèse glissant le long d'une diagonale


(J'aurai pu parler de Nicolas. C'est encore pire d'une certaine façon (je veux dire plus impressionnant), ceux qui le connaissent savent pourquoi. Mais une pudeur me retient.)

dimanche 29 novembre 2020

Les gens qu’on aime : #29 quelqu’un qui a des enfants

Puisque je lis Matoo, j'ai découvert le défi du Dr CaSo: «quelqu'un qui…»

Aujourd'hui, quelqu'un qui a des enfants : Catherine.

Pourquoi Catherine ? J'aurais pu prendre beaucoup d'autres personnes, presque tous mes amis ont des enfants. J'ai juste envie de parler de Catherine.
J'aime beaucoup Catherine et David car ils ont un humour qui décoiffe et une façon courageuse de faire face à ce qui les blesse ou leur déplaît.
Nous ne les voyons jamais, peut-être tous les cinq ans, mais elle m'écrit de vraies lettres, sur plusieurs pages, pleines d'énergie, une ou deux fois par an.

A l'origine, c'est une amie, ou plutôt son mari est un ami, du frère de H. Elle est d'origine modeste, et parmi ses loosers de frères1, elle est la seule à avoir fait des études, des études suffisamment brillantes pour être en hypokhâgne à Paris. A un moment donné, je ne sais plus ni pourquoi ni comment, elle s'est retrouvée chez nous, à Aubervilliers. Je sais que nous l'avons aidée, car cela l'a tant touchée2 qu'elle nous le rapelle souvent, mais il est fort possible qu'au départ ce soit elle qui nous aidait en venant faire du baby-sitting.

La première fois qu'elle a passé le concours de l'ENS, elle a été admissible et admise à redoubler dans l'une des plus prestigieuses prépas de la capitale. Elle l'a abandonnée à Noël pour rejoindre son copain (futur mari) à Tours.
Ils tiraient le diable par la queue. Elle me racontait comment ils économisaient sur le chauffage et l'eau en attendant de toucher la bourse à laquelle elle avait droit, ne prenant plus le bus pour économiser le prix du ticket.
Elle a eu l'agrégation de Lettres («grâce à l'allemand», disait-elle modestement) et elle et David ont eu un poste au centre de la Bretagne, se rapprochant lentement de la mer jusqu'à arriver à Lorient.

Leur aîné est né en septembre 1998. Trois amies très chères ont eu des enfants fin 1998: Jacqueline, Christine (dont j'ai parlé plus haut, ou plus bas) et Catherine. Et moi.

Le deuxième est né le 10 septembre 2001. Vous imaginez. Comme dirait David, en mimant: «Nous, on était tout "Youpii!!" — bras dansant en l'air — et tout le monde autour était "bouhouuh"» — épaules tombantes bras au sol.

La troisième… la troisième est une fée. Normal, ils l'ont appelée Mélissandre. Elle ressemble à une fée, la blondeur, le sourire, la sveltesse. Elle devait avoir huit ans la dernière fois que je l'ai vue. C'était également la première fois. J'avais été soufflée de voir une enfant correspondre aussi bien à son prénom.

photo à venir un jour



Note
1 : loosers : traîner au chômage en se faisant entretenir eux et leurs copines par leur mère célibataire tout en traitant Catherine d'intello.
2 : est-ce parce que personne ne l'avait jamais aidée ? ou peut-on juger les gens sur leur capacité à être reconnaissant ?

vendredi 27 novembre 2020

Les gens qu’on aime : #27 quelqu’un qui aime les animaux

Puisque je lis Matoo, j'ai découvert le défi du Dr CaSo: «quelqu'un qui…»

Aujourd'hui, quelqu'un qui aime les animaux : Alice.

Lorsque nous avons cherché une nounou pour nos deux enfants (en fait il y en avait quatre à garder, une nourrice c'était trop cher pour nous seuls, alors nous nous étions mis à deux familles), j'avais trouvé, après quelques déconvenues, un filon de recrutement: l'assistante sociale du secteur agricole de Grosbois (comment avais-je trouvé cela? je n'en ai plus aucune idée).

Cette assistante sociale cherchait des emplois pour les jeunes filles qui après quelques années comme palfreniers voulaient changer de voie et trouver des emplois aux horaires plus normaux, à la charge physique moins importante.
Il y a d'abord eu Diane. Quand nous lui avons annoncé une amplitude horaire de quasi douze heures, et que sa seule question incrédule a été: «je ne vais pas travailler le week-end?», nous avons eu honte.

Après Diane (qui a trouvé une place en crèche et qui était toute gênée de nous l'annoncer, à qui nous avons dit de d'abord penser à elle), nous avons eu Alice.

Alice, je n'ai toujours pas compris. Je n'ai toujours pas compris son énergie. Elle avait vingt ans, un bébé de six mois, François, qu'elle allaitait. On lui a dit de venir avec (je ne me vois pas faire garder mes enfants en demandant à une jeune femme de se séparer du sien). Elle gardait nos trois, six ans, trois ans, trois mois, plus le sien, elle allaitait, elle faisait les courses et les repas. Elle était contente parce qu'on lui apprenait à se servir de la cocotte-minute, elle apprenait la cuisine de base avec nous. Son compagnon était lad-jockey à Grosbois, le centre d'entraînement de Vincennes (dans les films de Gabin, c'est souvent ce champ de courses qu'on voit). Alice emmenait les enfants là-bas, c'est là-bas qu'A. a monté à cheval pour la première fois.

Elle nous a quittés, en larmes, parce que son compagnon était muté en Seine-et-Marne. Nous lui avons rédigé sa petite annonce, l'avons boostée (lui faire comprendre quel trésor son énergie et son sourire représentaient pour une famille), lui avons donné des conseils (déposer ses annonces chez le pharmacien, le médecin).
Elle a si bien réussi à retrouver une place qu'elle l'a abandonnée pour en prendre une avec des jumelles à garder: la place précédente n'était pas assez compliquée. (Ça m'a impressionnée et fait rire.)

Elle adorait les animaux. En 2014, je l'ai retrouvée par une recherche internet (je me demande comment. Elle avait changé de nom et son mari n'était pas le père de François). A l'époque son couple avait un élevage de chiens. Aujourd'hui ils se sont reconvertis dans la pension pour chats et chiens, ainsi que dans les cours d'agility. L'étude de son profil FB montre en outre des chevaux, des poneys.
Vous pouvez voir le sourire d'Alice ici. Il n'a pas changé.

A l'occasion nous passerons la voir, même si cette idée m'intimide.

dimanche 22 novembre 2020

Les gens qu’on aime : #22 quelqu’un qu’on a aimé mais qui ne nous aimait pas en retour

Puisque je lis Matoo, j'ai découvert le défi du Dr CaSo: «quelqu'un qui…»

Aujourd'hui, quelqu'un qu'on a aimé mais qui ne nous aimait pas en retour.
Là, c'est facile: Rémi. On a commencé en s'engueulant, on a terminé en s'engueulant — et au milieu on s'engueulait, mais amicalement.

La première fois c'était lors de l'AG de la SLRC en avril 2003. Il nous a tenu un discours, un plaidoyer, il venait de se disputer avec RC et il venait s'expliquer. Je lui ai dit que pour parler autant il était soit avocat soit vendeur de voitures.
(Il était avocat, je l'ai su plus tard. Lol.)
J'ai demandé à ma voisine: «Mais pourquoi est-il si énervé?»; elle m'a répondu comme une évidence: «Mais il n'est pas énervé».

On s'est beaucoup engueulé sur le forum de la SLRC. Il m'a vexée en se moquant de moi alors que je commençais juste à écrire sur la SLRC et à commenter l'œuvre en n'étant pas bien sûre de moi (après tout je n'avais jamais fait ça).
Il m'a fait parvenir un exemplaire de La campagne de France non expurgé après que j'eus exprimé sur le forum le regret de ne pas posséder ce volume. A ma grande surprise il m'a invitée à un vernissage de Marcheschi (mars 2004? en recevant l'invitation j'ai cru qu'il s'était trompé de personne). J'ai découvert qu'il était très drôle, qu'il avait une façon touchante de douter de lui-même tout en pouvant être extrêmement catégorique. J'adorais discuter avec lui, il avait l'esprit vif et ironique, j'apprenais beaucoup, on s'amusait comme des fous (tout au moins moi. Lui je ne sais pas).

On se disputait des nuits entières sur le forum à propos de fiscalité (ça emmerdait sans doute tout le monde), il m'a beaucoup appris sur la façon d'argumenter: au début je répondais à tout, je reprenais ses arguments, je répondais à chacun, avec bonne foi, en nuançant, en pesant le pour et le contre. L'honnêteté intellectuelle, quoi.
Puis j'ai analysé sa façon de répondre et j'ai fait comme lui: avancer à la machette dans le discours de l'autre en ne répondant qu'à ce qui me convenait, en me moquant, en tournant en ridicule. C'était sanglant.
Je pense que de l'extérieur personne ne pouvait comprendre qu'on s'entendait bien et que c'était un jeu intellectuel. Dans un sens ça m'a desservie dans les joutes amicales (sur FB par exemple) car je ne crois plus qu'à l'attaque enragée et personne n'a le cuir de Rémi pour encaisser cela, mais dans un autre sens ça me sert bien face à des adversaires. Je ne fais pas de quartiers et c'est plutôt amusant.

Un jour il m'a fait plaisir en me disant à propos de RC: «Vous êtes sa seule lectrice».

Tout cela s'est mal terminé. Il n'a jamais tenu qu'à RC. Il s'est servi de moi pour se réconcilier avec lui (je le savais, mais quand même…). Il a approuvé le soutien de RC à Marine Le Pen en mai 2012 en le justifiant par la fusillade de Mohamed Merah et la montée de l'antisémitisme. Je ne comprenais pas (je ne comprends toujours pas) comment quelqu'un d'aussi intelligent pouvait avoir aussi peu d'instinct moral (ce n'est pas rare, pourtant, mais en général, je ne croise pas ce genre de personnes, donc ça m'étonne toujours).
Comme je tenais à lui, j'ai décidé de faire avec. On parlait d'autre chose.
Puis, en bon avocat obsédé par la procédure, il a voulu que je censure quelque chose que j'avais écrit sur la SLRC, au prétexte que cela pouvait nuire à RC dans une procédure judiciaire en cours. J'ai refusé.

Alors il a attendu la prochaine AG de la SLRC à laquelle je n'assistais pas (quatre mois plus tard, en janvier 2013). Il en a profité pour faire censurer le commentaire qui ne lui convenait pas. Il n'a pas eu l'élégance de me prévenir de cette soi-disant décision de l'AG (j'ai été prévenue par un mail automatique), il m'a menti en disant qu'il y avait eu vote à l'unanimité alors qu'il n'y avait pas eu de vote (je pense d'ailleurs que lors de l'AG personne ne savait de quoi il parlait, mais entre ceux qui l'aiment et ceux à qui il fait peur, personne ne s'oppose à lui).
L'impolitesse et la brutalité du procédé m'ont fait sortir de mes gonds. Je l'ai pourri et on ne s'est plus parlé. Fin de l'histoire.

mercredi 18 novembre 2020

Les gens qu’on aime : #18 quelqu’un qu’on a connu quand on était jeune

Puisque je lis Matoo, j'ai découvert le défi du Dr Caso: «quelqu'un qui…»

Aujourd'hui, quelqu'un qu'on a connu quand on était jeune.
Ça c'est difficile. Il ne reste plus grand monde. De la primaire et le collège personne, sauf trois ou quatre personnes que j'ai retrouvées au lycée, allemand première langue oblige. J'ai conservé un moment des liens avec des amis du lycée. Nous avions même réussi à organiser les dix ans de notre bac, comme dans la chanson de Bruel, vingt-et-un élèves présents sur vingt-quatre.
Mais c'était toujours moi qui prenais des nouvelles et envoyais des lettres la première, et quand sont arrivés les blogs et la SLRC, j'ai laissé tomber: s'ils voulaient conserver des liens, qu'ils écrivent, moi j'avais désormais à lire, des gens passionnants à suivre en toute gratuité.

Plus tard, il y a cinq ou six ans, j'ai retrouvé Christine sur Facebook. Ça m'a fait bigrement plaisir car c'est quelqu'un d'adorable, le cœur sur la main.
Elle détonne un peu parmi mes amis avec ses bougies et ses chatons mais ce n'est pas grave. On ne se parle pas vraiment, on se met des "j'aime" et des "cœurs", elle me tague sur des photos de cheval et d'aviron. Elle est du genre a faire circuler deux ou trois fois à un an d'intervalle la chaîne du "sang A négatif pour l'hôpital de Nantes". Dans ces cas-là je lui écris pour lui signaler que c'est un hoax.

Je l'ai connue en seconde. Nous étions dans la même classe. Je ne sais plus très bien comment nous avons fait connaissance, je n'ai jamais été très liante IRL. L'équitation, peut-être, ou l'Afrique où elle aussi avait passé son enfance.
Elle voulait être sage-femme. Elle a raté son bac mais réussi l'examen d'entrée à l'école des sages-femmes. A mon grand bonheur, elle a mis cette très belle photo sur Facebook.

Christine en train de s'occuper d'un nouveau-né


Aujourd'hui elle s'est reconvertie et tient un gîte dans les Pyrénées. L'un de mes souhaits très chers est d'aller la voir. J'ai cru y parvenir cet été, mais il aurait fallu des vacances plus longues. Ce sera plus facile après le covid.

mardi 17 novembre 2020

Les gens qu’on aime : #17 quelqu’un qu’on n’a fréquenté que peu de temps

Puisque je lis Matoo, j'ai découvert le défi du Dr Caso: «quelqu'un qui…»

Aujourd'hui, quelqu'un qu'on a fréquenté que peu de temps. J'ai cherché, car il y en a beaucoup, mais il faut prendre quelqu'un qu'on n'a pas oublié. J'ai choisi Rodolphe, parce qu'il est associé à de très bons souvenirs et que nous n'avons jamais réussi à vraiment l'apprivoiser, il est toujours resté distant.
Nous l'avons fréquenté trois ou quatre mois, le temps qu'a duré le cours. Puis il a disparu de nos vies.

J'aimais bien ses bouclettes et son côté mystérieux, très discret.

Je ne suis pas exactement sûre de ce que je vais raconter. Il suivait les cours de Daniel Ferrer sur James Joyce avec nous. Il venait du Massif Central, et c'est par lui que j'ai appris que James Joyce y avait séjourné. Rodolphe venait-il de St-Gérand-le-Puy? Je ne me souviens plus. Je crois qu'il nous avait parlé de Lucia Joyce; à l'époque une recherche google avait donné un résultat, mais aujourd'hui beaucoup de blogs de 2010 ont disparu et le nom de Lucia Joyce mène désormais à une pièce de théâtre.
Ou peut-être Rodolphe n'a-t-il pas parlé de Lucia mais de Stephen, le petit-fils qui aujourd'hui donne tant de fil à retrordre aux spécialistes (car il les empêche de travailler).


Tlön, Rodolphe et moi- pause après un cours de Daniel Ferrer sur Joyce
Rodolphe, mars 2010, entre Tlön et moi. Patrick photographe est présent par sa béquille.


lundi 16 novembre 2020

Les gens qu’on aime : #16 quelqu’un qui a les cheveux noirs

Puisque je lis Matoo, j'ai découvert le défi du Dr CaSo: «quelqu'un qui…»

Aujourd'hui, quelqu'un aux cheveux noirs. S'imposent aussitôt à mon esprit ma belle-sœur (épouse du frère de H.) et ma nièce, sa fille, Claire.
Toutes les deux ont de magnifiques cheveux noirs, assortis à leurs yeux. Claire combine l'élégance, la gentillesse et l'intelligence.

ma nièce aux cheveux noirs


La photo date de 2012 : nous ne nous voyons pas souvent. Sans doute à cause de toutes ces qualités, ses parents ne tiennent pas à ce que les cousins se fréquentent, au grand regret d'O. qui aime beaucoup sa cousine qui a une semaine de moins que lui.

Peut-être à tort, peut-être est-ce entièrement parano, mais j'ai l'impression que nous sommes méprisés parce que nos trois enfants ont planté leurs études alors que Claire a depuis toujours un parcours exceptionnel.

En réalité je sais que cela n'a rien à voir, c'est beaucoup plus général. Le frère de H. a coupé les ponts avec toute sa famille; par exemple il ne vient jamais aux réunions de famille annuelles. Son père — mon beau-père — me fait de la peine. Chaque année son fils lui promet de venir, chaque année mon beau-père le croit, chaque année son fils décommande au dernier moment avec une excuse plus ou moins crédible, et mon beau-père l'excuse auprès du reste de la famille qui, elle, ne se fait pas d'illusion.

dimanche 15 novembre 2020

Les gens qu’on aime : #15 quelqu’un qui nous a donné quelque chose de précieux

Puisque je lis Matoo, j'ai découvert le défi du Dr CaSo: «quelqu'un qui…» (voir les commentaires du blog de CaSo : ses lecteurs y racontent directement leurs souvenirs sur le thème du jour).

Aujourd'hui, quelqu'un qui nous a donné quelque chose de précieux: Bladsurb.

Bladsurb m'a donné un livre de Péguy dédicacé par Barthes à sa grand-mère.

livre Prières de Charles Péguy, collection catholique de Gallimard collection catholique de Gallimard


Voilà comment Laurent m'a présenté ce précieux cadeau en DM sur Twitter:
"Chez moi, il prend la poussière, et il n'intéresse personne dans la famille. C'est chez vous que j'ai vu le nom de Lacape, qui est le nom de jeune fille de ma grand-mère (et de sa soeur Andrée, chez qui Barthes jouait au piano dans les années 40) et je pense du coup que vous êtes plus à même que n'importe qui dans la famille de profiter des significations multiples de cette dédicace."

Ma grand-tante Andrée Lacape était professeur de piano à Bayonne. Je ne sais plus (mais l'ai-je su ?) comment Barthes et elle ont fait connaissance, mais pendant une époque (quand il travaillait à Biarritz, ville voisine ...), il venait régulièrement chez elle jouer du piano et discuter. Alors même que Andrée était bossue et n'avait pas un physique facile, sa "liaison" avec un jeune professeur sans le sou ni avenir (et maladif qui plus est !) n'était pas vraiment bien vue par le reste de la famille. On ne sait pas quel était le deuxième livre (s'il était dans le même état et sans dédicace, il n'a sans doute pas survécu au passage des années et aux filtres multiples des déménagements et vidages de maison).


Bonus: les suggestions musicales de Bladsurb pour Inkoktober.

samedi 14 novembre 2020

Les gens qu’on aime : #14 quelqu’un qui est un·e voisin·e

Je ne connais pas Dr CaSo, mais quelques instants m'ont permis de comprendre que son pseudo est construit autour des noms de deux chats très aimés et disparus et d'apprendre qu'elle habite au Canada, où il fait encore plus nuit que chez nous.
Pour lutter contre la morosité, elle a lancé un défi, un défi qui d'après le titre de son billet devrait porter sur les gens qu'on aime mais qui en fait se décline en «quelqu'un qui...»
J'avais spontanément traduit «les gens qu'on aime» en «ami», mais finalement les gens qu'on aime ne sont pas toujours des amis, ou du moins on n'en sait rien, si ami implique une certaine réciprocité et une certaine loyauté.

Dr Caso a établit une liste de trente personnes présentant trente caractéristiques. Il faut faire un billet chaque jour en fonction de la caractéristique du jour. Je pourrais commencer à 1 «quelqu’un qui habite loin», mais comme nous sommes le 14, je commence par «quelqu’un qui est un.e voisin.e», ce qui ne manque pas de sel pour ceux qui suivent mes dernières péripéties.

Je ne vais pas avoir beaucoup de choix. Personne pendant mes années de collège et de lycée (je n'aimais pas spécialement la voisine — en fait il est bien possible que nous nous soyons détestées), personne en cité U où je faisais des études trop loin pour connaître qui que ce soit avec mes horaires décalées et dans la maison où je vis depuis vingt ans ça vient de tourner à la cata.

Je vais jeter mon dévolu sur Gilbert.
Lorsque nous sommes arrivés à Paris, nous avons trouvé un deux pièces au troisième étage à Aubervilliers, métro quatre chemins. Notre propriétaire était médecin à la retraite, il venait de céder son cabinet du premier étage à un jeune médecin juif, Gilbert A.

C'était un juif comme je n'en connaissais pas, du genre à avoir une mezouzah à l'entrée (je ne savais pas ce que c'était), deux vaisselles, une pour le lait et une pour la viande (ceux que j'avais fréquentés au Maroc était beaucoup plus laxistes) et six enfants avant trente ans. Il était attentif, disponible, fatigué. Il recevait sans rendez-vous jusqu'à des heures impossibles, il nous téléphonait après le dernier patient pour que nous n'attendions pas dans la salle d'attente et nous descendions en pyjama les deux étages jusqu'à son cabinet.
Il a beaucoup soigné C. que la pollution rendait malade — cela a joué sur notre exil en banlieue en dehors de la cuvette parisienne. Quand il n'était pas disponible j'avais sa femme au téléphone; avec ses six enfants elle avait toujours un conseil de bon sens à prodiguer à la primipare que j'étais.

Gilbert est monté tous les soirs me faire une piqûre lors d'une terrible angine où il fallait changer les draps chaque nuit tant j'avais de fièvre.
Chaque fois que l'hiver il fait très beau et très froid je pense à lui: il n'aimait pas ces jours-là, des jours à accidents graves de moto, m'avait-il dit. Il m'avait dit aussi, un jour que ses enfants étaient malades les uns après les autres: «c'est terrible d'être médecin dans ces cas-là. Ils vous regardent et ils ne comprennent pas que je ne puisse rien pour les guérir magiquement.»

Il savait qu'il avait perdu de la clientèle parce qu'il était juif. Il m'avait fait rire en déclarant: «ce n'est pas grave, de toute façon je ne soigne pas les antisémites».

Je viens de vérifier, il exerce toujours au même endroit. Je devrais lui faire signe, lui donner des nouvelles de C, prendre des nouvelles de sa famille.
Les billets et commentaires du blog Alice du fromage sont utilisables sous licence Creatives Commons : citation de la source, pas d'utilisation commerciale ni de modification.