jeudi 11 décembre 2025
Un autre enterrement
Par Alice, jeudi 11 décembre 2025 à 23:18 :: Douloureuse famille
Cela faisait plusieurs semaines que c'était attendu; H. téléphonait à sa fille — sa cousine — régulièrement. La maladie n'a pas été clairement identifiée, pneumonie ou cancer ou les deux, coma artificiel puis naturel. Lorsqu'on l'a désintubée, elle s'est réveillée (alors que tout le monde pensait que ce serait la fin), nous avons repris espoir, elle est morte une semaine plus tard.
Trajet sous un ciel d'automne, un ciel de deuil. L'autoroute pour Chaumont est fermée aux environs de Troyes, petites routes, Bar-sur-Aube, le temps se rallonge, accident, une voiture semble s'être plantée dans le champ; le pare-choc, la tôle, disparaissent dans la boue; le pare-brise est intact, le conducteur a dû s'en sortir. Interruption du traffic sur la bretelle qui contourne Chaumont pour laisser passer un convoi exceptionnel. La multiplicité des incidents sur le trajet pour arriver au crématorium me paraît suffisamment hors de l'ordinaire pour que j'interroge H.: «Est-ce que ta tante avait de l'humour?»; car je me souviens de la pluie exactement au-dessus de la tombe de mon beau-père lors de son enterrement alors que le ciel était bleu tout autour de nous, et cela nous avait paru un dernier clin d'œil.
Cérémonie, variétés françaises, Ferré je crois, texte de sa petite-fille. C'est plus sobre qu'il y a trois semaines (nous voilà en train de faire des comparaisons pour organiser nos propres funérailles…) et plus digne. C'est infiniment plus triste aussi. Sur les huit frères et sœurs, deux viennent de partir en deux ans, et chacun se demande pour qui nous nous reverrons la prochaine fois. Evidemment, c'est absurde: nous nous reverrons en mai, il y aura des enfants et des naissances et du soleil et de la pétanque. Mais aujourd'hui il fait gris et froid et chacun retient son envie de pleurer et de se recroqueviller de tristesse. Avec dignité, nous faisons bonne figure en sachant que la personne en face en fait autant.
Le soir, nous rentrons par l'autoroute rouverte. Je conduis. Il fait nuit noire. A une cinquantaine de kilomètres de Troyes, les voies de droite sont fermées, il nous faut passer de l'autre côté sur les voies de gauche. Il me semble voir des fumerolles comme si l'on répandait du goudron, pourtant il n'y a ni camion ni ouvrier ni lampe jaune clignotante.
— Tu voies de la fumée? j'ai l'impression que ça fume. Ce n'est pas l'endroit où il y a eu l'accident?
Une recherche Google plus tard, nous apprenons l'atroce vérité: la nuit précédente, un camion-citerne a pris feu. Le conducteur est carbonisé et n'est toujours pas identifié. Le goudron de l'autoroute a brûlé et fume encore vingt heures plus tard.