Billets qui ont '2026-01-03' comme date.

Glande

Passage à Nemours ce matin pour récupérer un jeans. Repas régressifs, à base de cacahuètes, pâté de foie, kouglof, beaufort et coca-cola. (Mais pas d'alcool).

Fini la saison 1 de Pluribus le cul au fond du canapé. Vraiment étrange, et sans beaucoup de sens. Pourquoi certains meurent-ils au début? Pourquoi ne pas se réjouir d'un monde sans guerre? Qu'est-ce qu'un monde mené par les caprices d'une douzaine d'humains exécutés par sept milliards? Quels sont les points communs entre ces douze ou treize personnes? Autant de questions qui ne sont même pas abordées.
Je continue avec Hijack, avec l'espoir de finir le repassage.

Anniversaire

Comme chaque année, journée d'anniversaire à Blois. C'est l'occasion également d'échanger les derniers cadeaux de Noël.
Je reçois le troisième tome de Michaux dans la Pléiade et La vie solide: «Arthur Lochmann a interrompu ses études de droit et de philosophie pour devenir charpentier. […] la charpente est une éthique pour notre modernité». Ma sœur et moi sommes parties pour échanger nos lectures les plus décalées.
Journée calme, très calme, ce qui déstabilise la copine du benjamin, peu habituée à tant de silence.
Mes parents envisagent sérieusement de descendre en voiture jusqu'à Agadir, ce qui me paraît un long voyage à quatre-vingts ans.

Aller retour à Blois

Entre mon régime et les week-ends passés à travailler, je n'étais pas allée chez mes parents depuis octobre. Voyage sur l'autoroute en écoutant Jacques Roubaud. J'ai froid, je n'arrive pas à me réchauffer, je m'arrête prendre un chocolat.

Mes parents vont bien. Maman a passé les deux mois précédents à me tricoter un gilet au motif irlandais compliqué. Je fais la sieste, je me sens fiévreuse. J'espère que je ne vais pas leur apporter un virus. Je ne sais pas comment je vais réussir à rentrer ce soir. Peut-être en m'arrêtant pour dormir tous les cinquante kilomètres sur une aire.
Mes parents sont invités le soir chez leur voisine doctoresse, ils me proposent de venir avec eux. Il ne manquerait plus que ça: infecter une doctoresse. Je passe rapidement, salue les présents et reprends la voiture. Cela tombe bien, je n'avais pas faim. Je remets Roubaud, règle le régulateur sur 130 et rentre d'une traite.

Polonais, grec et vietnamien

Passage à la librairie polonaise avant le grec. Je prends La Supplication d'Alexievitch et Dernier toast d'Akmatova pour ma nièce. Ce sont sans doute d'étranges choix pour le Noël d'une jeune femme. Mais peut-on offrir autre chose que le meilleur, même poignant?
Pris également Le peuple est immortel de Vassili Grossmann, sans savoir encore si je le garde ou si je l'offre.

Cours de grec. Traduction de Jean, 12, 1-11 directement durant le cours, par groupe de deux. J'ai de la chance, je suis associée à sœur Marie-Pauline, une jeune Vietnamienne sérieuse. Entre ses connaissances et mes souvenirs (je connais bien les évangiles, et depuis dix ans que je fais du grec, nous avons déjà traduit cette péricope), nous finissons rapidement la traduction.
Nous papotons. Je lui indique la bibliothèque Melville près d'Olympiade, qui contient de nombreux livres et DVD asiatiques en édition originale.

Un autre enterrement

La tante d'H. est morte. L'aînée des filles, la deuxième de la fratrie, la "vraie" sœur du père d'H., les six autres, nés entre 1947 et 1960, étant des demi-frères et demi-sœurs puisque le grand-père d'H. est mort en 1945 ou 1946 de la grippe espagnole.
Cela faisait plusieurs semaines que c'était attendu; H. téléphonait à sa fille — sa cousine — régulièrement. La maladie n'a pas été clairement identifiée, pneumonie ou cancer ou les deux, coma artificiel puis naturel. Lorsqu'on l'a désintubée, elle s'est réveillée (alors que tout le monde pensait que ce serait la fin), nous avons repris espoir, elle est morte une semaine plus tard.

Trajet sous un ciel d'automne, un ciel de deuil. L'autoroute pour Chaumont est fermée aux environs de Troyes, petites routes, Bar-sur-Aube, le temps se rallonge, accident, une voiture semble s'être plantée dans le champ; le pare-choc, la tôle, disparaissent dans la boue; le pare-brise est intact, le conducteur a dû s'en sortir. Interruption du traffic sur la bretelle qui contourne Chaumont pour laisser passer un convoi exceptionnel. La multiplicité des incidents sur le trajet pour arriver au crématorium me paraît suffisamment hors de l'ordinaire pour que j'interroge H.: «Est-ce que ta tante avait de l'humour?»; car je me souviens de la pluie exactement au-dessus de la tombe de mon beau-père lors de son enterrement alors que le ciel était bleu tout autour de nous, et cela nous avait paru un dernier clin d'œil.

Cérémonie, variétés françaises, Ferré je crois, texte de sa petite-fille. C'est plus sobre qu'il y a trois semaines (nous voilà en train de faire des comparaisons pour organiser nos propres funérailles…) et plus digne. C'est infiniment plus triste aussi. Sur les huit frères et sœurs, deux viennent de partir en deux ans, et chacun se demande pour qui nous nous reverrons la prochaine fois. Evidemment, c'est absurde: nous nous reverrons en mai, il y aura des enfants et des naissances et du soleil et de la pétanque. Mais aujourd'hui il fait gris et froid et chacun retient son envie de pleurer et de se recroqueviller de tristesse. Avec dignité, nous faisons bonne figure en sachant que la personne en face en fait autant.

Le soir, nous rentrons par l'autoroute rouverte. Je conduis. Il fait nuit noire. A une cinquantaine de kilomètres de Troyes, les voies de droite sont fermées, il nous faut passer de l'autre côté sur les voies de gauche. Il me semble voir des fumerolles comme si l'on répandait du goudron, pourtant il n'y a ni camion ni ouvrier ni lampe jaune clignotante.
— Tu voies de la fumée? j'ai l'impression que ça fume. Ce n'est pas l'endroit où il y a eu l'accident?
Une recherche Google plus tard, nous apprenons l'atroce vérité: la nuit précédente, un camion-citerne a pris feu. Le conducteur est carbonisé et n'est toujours pas identifié. Le goudron de l'autoroute a brûlé et fume encore vingt heures plus tard.

Seong-Jin Cho

Chez Francis avant le concert. Arbre de Noël et lumière tamisée. Pour le prix j'emmène les tranches de pain complet qui accompagnaient le steack tartare, ça nous fera notre petit déjeuner de demain.

Nous sommes dans une corbeille du premier étage dans le prolongement du piano. Cela nous permet de suivre exactement le jeu du pianiste, même si pour moi le son est un peu fort.
Liszt (Jeux d’eaux à la Villa d’Este), Beethoven Sonate n° 15 op. 28 « Pastorale », et Bartók Out of Doors Sz. 81, puis en seconde partie, à travers une transe de fatigue et de champagne, je savourerai particulièrement les Valses de Chopin.
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