Billets qui ont '2026-04-27' comme date.

Petit nuage

Idem aujourd'hui, à ceci près que le deuxième élève pilote s'est fait peur hier et que je suis la seule à voler. Moins de vent mais toujours pas de nuage, thermique pur.

Trois tours de piste, au deuxième je trouve une première ascendance, puis une seconde, violente. Deux mètres, trois mètres/secondes, elle est irrégulière, le planeur fait le dos rond et renâcle et bondit comme un bronco arcbouté sur ses quatre fers; je le tiens, nous tournons et montons et bondissons; j'entends D derrière moi incrédule qui rit de plaisir. Nous atteignons le plafond, huit cent mètres environ.

D. reprend les fondamentaux, patiemment. Lui ne décale pas le seuil de piste, il tourne comme d'habitude mais oblique pour contrer la dérive due au vent de travers en étape de base. Il essaie de me détourner d'une application mécanique des règles en m'expliquant les objectifs de chaque manœuvre; il veut me rendre plus adaptable, plus réactive. (Suis-je devenue si méfiante envers mes réactions instinctives à cause de toutes les fois où on me les a reprochées, aurais-je été différente à vingt ans?)

J'atterris trois fois de façon potable, pas parfaite mais potable. Je n'ai pas rebondi, ce qui est mon objectif principal (mais l'ennui, c'est que je ne sais pas au moment où je touche si je vais rebondir ou pas. Je n'ai toujours pas compris dans quelle configuration je me trouve).

Ça m'est égal, j'ai le rire de D. dans l'oreille, ce soir je suis piquée, addicte. Je ne pense plus qu'à la prochaine fois.

Bières, anecdotes et figolus.

Pour transformer de tête des nœuds en kilomètres, multipliez par 2 et enlevez dix pour cent:
25 nœuds x2 = 50
10% de 50 => 5
50 - 5 = 45 km/h environ
(Dans l'autre sens, km/h en nœuds, il suffit de diviser par deux.)

La météo promettait d'être belle donc j'ai posé deux jours pour voler.
Le problème, c'est qu'il y avait un vent à décorner les bœufs. Briefing très intéressant, avec la carte de météoFrance annonçant du sable et des révisions:
— De combien décale-t-on le point d'aboutissement (la construction du tour de piste) en cas de vent?
— 100 m pour 10 nœuds de vent.

— De combien est décalé le seuil de piste?
Personne ne savait répondre. On a vérifié: deux cents mètres. Jamais je n'aurais imaginé que c'était autant. (Il faut donc décaler le décalage, 150 mètres au-delà du seuil décalé).

Impossible d'aller bien loin, pas d'ascendance. Nous faisons des tours de pistes, je travaille mes atterrissages. Aucune chance d'être relâchée un jour comme celui-ci. Trop dangereux, trop impressionnant.

L'instructeur est pilote d'avion dans la marine. Il vient faire du planeur pendant ses vacances.
— Combien tu embarques de carburant dans ton zinc?
— 16 tonnes.

Discussion sur les jeunes. Moins d'apprentis pilotes, «je n'ai jamais vu le club désert comme ça pendant les vacances de Pâques».
— Voler ne fait plus rêver. Avant on avait huit cents candidats au concours pour entrer dans la marine, maintenant, on en a deux cents. Et ils se barrent au premier week-end d'astreinte pour aller dans le privé.
— Mais il y a aussi des astreintes, dans le privé!?
— Oui, mais ils sont payés double.

C'est le moment où je ne comprends plus. J'ai toujours l'impression que la jeune génération est plus idéaliste que nous, et à la fin, patatras, elle a juste l'air plus pragmatique.
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