Billets qui ont 'vie de bureau' comme mot-clé.

Enfermés dehors

Fourbue au réveil. Massage thaï le midi (je ne recommencerai pas. Cela m’a déplacé un nerf dans l’épaule. Plus qu’à attendre les prochains cours de pilates pour réaligner tout ça).

Surprise devant la porte d’entrée: mon badge ne fonctionne plus. Je sonne. On vient m’ouvrir et m’annonce que nous sommes coincés au rez-de-chaussée: les techniciens venus faire la maintenance de la clim ont touché à quelque chose (mais quoi?) et plus aucun badge ne fonctionne dans l’immeuble. Si quelqu’un est à l’intérieur et qu’il y a une poignée à la porte, il ouvre de l'intérieur et on bloque la porte en position ouverte. Dans le cas contraire on ne peut pas accéder à la pièce ou à l’étage.

Je ne peux même pas m’installer à un ordinateur du rez-de-chaussée car je suis sortie sans mes lunettes, elles sont restées à l'étage (note pour le futur: toujours avoir mes lunettes sur moi). Je m'occupe en allant acheter des esquimaux pour l'équipe.
Nous finissons par ouvrir un accès au premier étage en dévissant les serrures.

Fin d’après-midi. Les quelques salariés sur site partent peu à peu. Il reste la directrice financière (DAF), l’équipe des chauffagistes (leur patron est arrivé) et moi. Remarque de bon sens: ce qui s’est bloqué relève sans doute de la sécurité incendie (permet la sortie et interdit l’entrée); il y a obligatoirement un mécanisme permettant le déblocage des portes à l’arrivée des pompiers. Mais où?

En attendant, soit nous fermons la porte principale et nous ne pourrons pas rentrer demain, soit nous la laissons ouverte et n’importe qui peut voler ce qu’il veut dans la nuit.
Je suggère un maître-chien pour la nuit, mais la DAF se décide si tard, en appelant uniquement l’entreprise qui gère notre alarme, qu’elle ne trouve personne de disponible.
Nous finissons par bricoler un verrou sur les sorties de secours, discrètes et passant par des arrières-cours d’immeubles, pour nous permettre de rentrer demain. Cela fonctionnera à condition qu’aucun habitant de l’immeuble ne vienne dans la soirée remettre le verrou dans son état initial.
J’envoie un sms à chaque salarié pour lui dire de rester en télétravail demain et je rentre.

Dernier pot

Ce soir partaient à la retraite les deux derniers fonctionniaires détachés de la mutuelle. Désormais nous ne serons plus qu'entre salariés de droit privé.

— Whouai, mais la mutuelle maintenant, c'est le club Méd.
— Tu voudrais quoi? On a gardé tout le monde, on a perdu deux mille adhérents. Il n'y a pas assez de travail. Tu voudrais qu'on licencie?
— Whouai, non, mais quand même...

Difficile de comprendre pourquoi les gens préféreraient travailler au goulag plutôt qu'au club Méd.

Soirée bien animée et bien arrosée, tant et si bien que je dors si profondément que je rate mon arrêt et me réveille une station trop loin. H. vient me chercher et nous rentrons dans la nuit rafraîchie. On nous a conseillé d'ouvrir les tiroirs des commodes et les portes des placards pour laisser s'échapper l'air chaud. La nuit dernière la température est tombée de dix degrés. Il paraît que l'enfer recommence la semaine prochaine.

Tendu

Fous rires nerveux, entre l'administratrice qui ne comprend pas le mot "obligatoire" («il faut que je réfléchisse à mes options» Euh ben… en fait non, il n'y a pas le choix) et mon boss qui ne paraissait pas étonné que je m'inquiétasse pour treize mails à traiter (il a ensuite découvert l'ampleur du problème. Nous entrons en gestion de crise, je me sens moins seule. Je m'en veux d'avoir mis autant de temps à me faire comprendre.)
Bon bref, on remet à plus tard la bonne résolution de rentrer à sept heures à la maison.

J'ai tout de même réussi à aller au sport. Une seule fois par semaine, c'est insuffisant.

Terminé la saison du (ou de la) Diplomat sur Netflix. Vraiment bien, même si le sentimental prend une place grandissante par rapport à la pure politique.

Le soir, rangé la maison en enlevant tout vêtement de toute surface plane: demain soir arrive pour quelques jours le chat des enfants.

Bestiolaire

Involontairement j'ai trollé (par mail) un haut fonctionnaire de Bercy. Je ne l'ai pas fait exprès, mais il est si bien parti en vrille qu'il a fallu que je me retienne pour ne pas lui répondre et le pousser à dérailler encore plus (les écrits restent. Ils peuvent permettre de faire des recours devant le Conseil d'Etat). Troller est toujours ma tentation. Autrefois le vendredi soir je jouais de temps en temps à rendre fous quelques twitos jusqu'à ce qu'ils me bloquent, mais maintenant je ne vais plus sur Twitter (j'attends que cela redevienne Twitter, comme la Russie et l'URSS.) Et aujourd'hui j'en ai fait autant avec un haut fonctionnaire de Bercy, sans même le faire exprès. Je dois vraiment être énervante.
Mais bon, c'était au boulot. Ce n'était pas l'objectif. Je me suis abstenue de continuer. Silence à partir de 10h14.
Ce soir, par hasard, je découvre qu'il m'a relancée à 19h23. 19h23 un vendredi. Et après on dira que les fonctionnaires ne travaillent pas. (C'est tout de même un signe. Les personnes en tort ne résistent pas au silence.)

Ce soir, présentation du recueil d'Elisabeth Chamontin, Bestiolaire. C'est l'occasion de revoir quelques amis de l'oulipo dans un joli lieu rue des Maronites. Pensée pour Matoo qui habitait dans le quartier il y a quelques années.

Le cloporthe, la guêpe, le cafard. Qu'est-ce qu'un blob? C'est une tache jaune dans les forêts que l'on trouve sur les branches du côté humide. Ça s'élève très bien en intérieur en le nourrissant de poussière de céréales.

Je connaissais quelques bestioles, elles ont été publiées en leur temps sur le blog d'Elisabeth. Je vous mets en exemple le Coronavirus.
Cela fait longtemps que je suis ses poèmes, les poèmes du mur, quand elle pédalait tous les matins; ce poème de bureau qui m'évoque les photos d'Edouard Levé.

Pris le dernier train à 20h46 (!!!)

affiche de l'exposition bestiolaire


Avant la soutenance

Préparation le soir alors que j'aurais pu le faire depuis une semaine. C'est agaçant cette procratination. Je m'agace moi-même.

Conversation de comptoir dans la cuisine.
Moi: — La vie est trop confortable, les gens n'ont plus besoin de Dieu.
H. : — Surtout on a la science.
O. : — Ou plutôt les gens n'ont plus peur: qu'est-ce que je vais devenir s'il pleut, si je n'ai pas à manger…

L'argument de la science m'a prise par surprise. Je ne pense jamais que la religion remplaçait la science, tant je suis habituée à penser physique/métaphysique.

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Au bureau, un circuit permet d'entrer par un ascenseur et de sortir par un autre.
Dans l'ascenseur principal, nous devons entrer à deux et nous tenir dos à dos.
(Inutile, il n'y a toujours personne.)




Double déconfinement

Retour sur l'eau. Pas plus de huit bateaux sur l'eau à la fois, pas de vestiaire, pas de WC (c'est le plus dur), une tente d'accueil avec gel et masques pour laisser nos sacs. Nous devons réserver notre créneau en ligne.

Orage hier soir (cela a lavé les roses pleines de sciure). Ce matin il a plu tout le long du chemin pour le club mais cela s'est arrêté à onze heures, juste à temps.
Deux boucles: j'ai cru que je terminerai pas la première (le souffle), j'ai ralenti, je me suis concentrée sur mon mouvement, je n'ai pas vu passer la deuxième. L'équilibre vient tout de suite dès que je prépare plus tôt.

Au bureau. Seule. Seule sur tout l'étage, peut-être six personnes dans tout le bâtiment si j'en crois les voitures au parking. Je commence par manger ma boîte de sardines à l'huile et mes galettes de riz. Spartiate. Je n'ai pas le choix, je me suis aperçue que je n'avais ni monnaie ni carte bleue, impossible de m'arrêter quelque part en terrasse. J'ai dégoté trente-cinq centimes dans une coupelle sur mon bureau, juste de quoi prendre un café au distributeur (le moins cher. Le plus cher est à soixante centimes) mais ma pièce de deux centimes et mes trois de un n'étaient pas acceptées. J'erre pieds nus (mes chaussures sont trempées) sur le plateau (nom donné à la totalité de l'étage puisque c'est un open espace sans cloison. Il est lumineux car creusé d'une grande cour intérieur). Personne depuis mi-mars, des comptes rendus de réunion abandonnés sur les bureau rappellent cette date, c'est Pompéi saisi en pleine activité — moins la cendre.
Je trouve une machine à café avec des capsules de café, je m'en sers un; je cherche une bouilloire pour me faire un thé car la fontaine d'eau bouillante de la salle de repos est condamnée. J'ai l'impression d'être Robinson à la recherche d'outils dans les débris du naufrage.

Je dépouille dix ou onze semaines de courrier. J'ai mis la messe de Bernstein un peu fort. Quel morceau étonnant. Je trie par genre de demandes ou de réponses, je partage entre ma collaboratrice et moi-même. Je prépare un sac, ramette de papier, enveloppes, tampons, boîtier pour les virements bancaire, bordereaux de remise de chèques, chemise comptable.
Je passe chez elle lui amener tout ça, ça lui évitera de venir au bureau un bon moment encore. De chez elle à chez moi, 64 km (42 km à vol d'oiseau, mais c'est trente minutes plus long). Il fait gris, presque froid. Je commence à être fatiguée.


J'ai profité de la voiture pour ramener un peu plus de livres que d'habitude:
- Arthur Rubinstein, Les jours de ma jeunesse
- Robertson Davies, La lyre d'Orphée: lu en 1996. M'a marquée bien que ce ne soit pas un "grand" auteur. Foisonnant.
- William Faulkner, Le Domaine (jamais entendu parler de ce titre)
- E.M. Forster La route des Indes, référence camusienne
- Alphonse Daudet, Numa Roumestan

Divers

Journée de formation sur la (les) responsabilité des administrateurs de Mutuelle. La précédente avait eu lieu en février 2013, je n'avais rien noté sur ce blog. J'étais plus discrète alors, il est fort possible que je sois trop indiscrète aujourd'hui. Peut-être suis-je trop persuadée que ceci, ce blog, n'intéresse personne: il suffirait d'un.
D'un autre côté, mes commentaires sur l'état des différentes sociétés et organismes sont dans la presse ou sur le net.

O. a son permis. Etrange impression. Voilà, voilà, voilà. Il est indépendant, je suis encore plus libre.
C'est un soulagement de ne pas avoir eu d'accident. Mener un projet contre l'avis de son conjoint, c'est le mener rongé par le doute, c'est se demander à tout instant: «et s'il avait raison?»
Le camp scout d'O. est en août, nous parcourrons donc l'Europe en juillet.

Seul soir de la semaine où je n'ai rien de prévu (si, il y avait cela, mais j'ai décidé de ne pas y aller).
Dead Man avec O., vautrés sur le divan. Je ne me lasse pas de cette bande-son. Exebeche, «who talks loud, signifying nothing». J'y pense souvent.

Vent

Il n'y a plus que des histoires de trains et d'aviron à raconter. Ce n'est pas si mal, une vie sans histoire. C'est reposant. Raconter rien. Une contrainte comme une autre.

Quatre à midi. Dominique, Dominique, Patricio, moi au un, barre au pied. Beaucoup de vent mais pas de péniche.

Journée à traiter des mails. Je consacre trois quarts d'heure par jour à ranger le bureau, en prévision du déménagement. J'ouvre les cartons, les chemises, je jette, je classe, je rationalise. Mercredi, le délégué syndical qui distribuait le compte rendu du CE nous a dit que les résultats étaient catastrophiques mais que «la bonne nouvelle c'est qu'il n'y aura pas de casse sociale, ils (comprendre "le groupe") nous gardent».
Euh…

Décidément, il faudrait que je trouve ma voie.

D'une case à l'autre

Je suis rentrée démoralisée. Je me suis encore échauffée avec A. (ou contre A., mais je n'ai pas envie d'être contre A.)

En 2014 ou 2015, un "accord national interprofessionnel" (ANI) a changé quelques règles concernant la couverture santé des salariés. En particulier, tout salarié qui quitte son entreprise conserve gratuitement sa couverture santé pendant une durée au moins égale à son contrat de travail1. Ce dispositif a pour nom "portabilité". Pour pouvoir en bénéficier, il faut percevoir une allocation chômage.

Ce soir nous avons eu l'appel d'une ex-salariée dont le congé maternité vient de commencer: elle est sortie de la case "chômage" pour entrer dans celle des "indemnités journalières de la sécurité sociale" (IJSS). En conséquence de quoi, la complémentaire de la branche assurance (le RPP) a interrompu sa couverture (l'a radiée) au prétexte qu'elle ne touche plus d'allocation chômage.

J'appelle A. (elle-même enceinte), juriste et administrateur de la mutuelle, pour savoir ce qu'elle sait, expérimentalement, des remboursements quand on est enceinte:
— C'est pris à 100% mais il ne faut pas qu'il y ait de dépassement, il faut qu'elle fasse attention, qu'elle aille à l'hôpital pour l'accouchement.
— Mais c'est vraiment ce que le RPP voulait? Il voulait vraiment ne pas couvrir les femmes enceintes, ce n'est pas un effet de bord imprévu? Mais il pourrait le dire, au moins oralement s'il ne veut pas l'écrire, qu'on prévienne les gens, qu'on les renseigne!
— Mais les gens devraient se renseigner tous seuls, quand même! On fait attention, on ne tombe pas enceinte n'importe quand!2!
— Mais justement : elle est au chômage, elle fait un bébé, ça ne gêne personne. Comment voulais-tu qu'elle imagine que cela allait lui couper la mutuelle? On s'imagine tous en France que les femmes sont davantage protégées quand elles sont enceintes, et pas moins! Ceux qui se renseignent, soit ils se sont déjà fait avoir, soit ce sont des fraudeurs. Les gens normaux regardent juste leur compte en banque pour vérifier qu'ils ont de quoi vivre. Alloc chômage ou IJSS, ils s'en fichent. Et comment veux-tu imaginer que passer de l'un à l'autre va te couper la mutuelle? C'est normal de ne pas imaginer ça!
Devant mon énervement, elle sort un atout de sa manche:
— Il me semble qu'il y a controverse: la portabilité est due si la personne a droit aux allocations chômage, mais il y a interprétation: cela veut-il dire qu'il faut que la personne les touche effectivement, ou suffit-il que sa situation soit telle qu'elle lui en ouvre potentiellement les droits?

Les bras m'en tombent. C'est tout ce qu'elle trouve à me dire? Il faut que les salariés soient tous des as de la jurisprudence?
A bas les juristes. A bas les Romains. Qu'on me rendent les Grecs!!


Note
1 : à condition d'avoir travaillé au moins un mois. La durée de la garantie gratuite est plafonnée à un an.
2 : passons sur le manque de solidarité féminine qui m'estomaque.

Comment s'occuper au bureau

Eh bien par exemple, quand on a un client qui habite rue des maîtresses gentilles, aller vérifier sur google l'aspect de la rue; en se disant que si c'est une rue ancienne aux hauts murs, il s'agit de la rue d'un ancien bordel, mais que si c'est une rue moderne, il s'agit sans doute d'institutrices.

En l'occurrence, une rue de la fée et une rue du lapin vert dans le lotissement laissent supposer (ou espérer) que les noms ont été donnés par des enfants.
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