Billets qui ont 'ma tante' comme nom propre.

Cruauté

J'ai fini Le nazi et le barbier. Je ne sais pas trop qu'en penser. Il faudrait que je trouve le temps et le courage d'écrire quelques mots sur VS.

Scié le tronc du rosier grimpant (quatre centimètres de diamètre) mort depuis deux ans (c'est un tel crève-cœur) puis continué à ôter le bois mort des autres rosiers en écoutant la suite de Céleste Albaret. Cela ne sert à rien concernant la lecture de Proust, mais c'est plaisant, curieux. Elle est drôle dans sa défense de Proust et dans sa description du tyran. Il a vraiment eu de la chance de trouver ainsi quelqu'un qui a pu sans difficulté apparente s'adapter à une vie nocture et inverser le cycle circadien. On dirait presque qu'elle devient un membre de Proust, une main ou deux jambes supplémentaires.

*****

Dans la série souvenirs de famille:
Je téléphone à ma tante, lui parle des Américains qui viennent, du ménage à faire. Nous plaisantons, elle me raconte un collègue à elle qui était allé chercher un chiffon et du lave-vitre et l'avait tendu à un invité qui se moquait de ses vitres: «tiens, vas-y, ne te gêne pas.».

Evoquant les personnes maniaques à l'intérieur impeccablement tenu, elle continue:
«Mais ça vaut pas la tante Germaine. Jamais sa belle-fille n'a dormi chez elle, parce qu'ils avaient un chien et que Germaine avait peur des poils. Je me souviens, elle se plaignait toujours qu'on n'allait pas la voir. Alors un jour la maman nous a emmenées toutes les trois. C'était toute une affaire, j'avais peut-être huit ans, Maryse sept et ta mère trois ans. Et puis ensuite, à l'arrêt du bus, il fallait encore marcher, et c'était loin, avec ta mère et ses petites jambes. Eh bien, quand on est arrivé, Germaine était en train de faire le ménage: jamais elle nous a laissé entrer. Il a fallu qu'on fasse demi-tour! Après, il paraît que ta mère, elle a dormi trois jours!» (Elle rit.)

J-4 Bonne nuit

Hier à 23 heures je découvre un message de ma sœur : maman ne comprend pas pourquoi elle (ma sœur) ne vient que dimanche. Elle l'attendait le samedi.
Je ne comprends pas: j'ai pourtant prévenu ma mère que les garçons n'arrivaient que le dimanche, j'espère qu'elle n'a rien prévu samedi soir…

La nouvelle a dû m'assommer car j'ai très bien dormi malgré la chaleur. (Mon téléphone prévoit qu'il pleut à Blois vendredi et samedi prochain…)

J'avais laissé un message à ma sœur pour lui dire qu'elle pouvait me rappeler très tôt (car mon portable est inutilisable au bureau : pas de réseau). Nous nous sommes mises d'accord («pas de problème, je vais dire que ça ne m'arrange pas d'être là samedi»). Au passage elle m'a appris qu'elle avait eu ma tante au téléphone, que celle-ci paraissait toute ravie et émoustillée par le projet.
Ça alors!







Quelques explications : la difficulté est d'amener mes parents à venir au château samedi soir. Nous avons imaginé d'être trois (H, A et moi) et de les emmener au restaurant en prétextant une réservation dans le nouveau restaurant d'un ami vers Chaumont («Mais il faut y être à sept heures car ensuite la table est réservée donc il ne faut pas qu'on s'attarde). L'idée est de ne prendre qu'une voiture pour ne laisser aucune chance de s'échapper (car je redoute une réaction de rejet).
Evidemment, ce serait plus compliqué avec ma sœur et ses filles (mais pas impossible: simplement moins naturel).

J-31 Ma tante

J. m'envoie un sms pour me demander à quelle date il nous faut une réponse. Donc elle envisage de ne pas venir...



J'ai répondu: le 10 juillet. Je ne ferai rien pour la convaincre, je n'insisterai pas, je ne donnerai pas le nom des autres invités. Elle m'avait déjà suffisamment choquée à ne pas venir au mariage de ma sœur parce que le marié ne lui plaisait pas (CSP insuffisant: mais pour qui se prend-elle?) Raison officielle: «Je m'ennuie dans les mariages». Mais tout le monde s'ennuie! En général on ne connaît que les mariés, l'art des plans de table vous sépare de votre famille. On ne vient pas pour se faire plaisir mais pour participer à la joie de ceux qui se marient, pour leur porter bonheur en quelque sorte: «tous nos vœux de bonheur».
Ma sœur et moi sommes sa seule famille. Elle devrait réfléchir avant de se couper de nous.

Mes tantes

Ce soir j'ai appelé mon autre tante que je n'ai pas vue hier (c'est bête, je n'ai pas pensé que j'aurais pu la prendre en passant à Orléans. Cela lui aurait fait une promenade en décapotable). Elle a beaucoup parlé, principalement pour se plaindre de sa sœur aînée.

Que de malentendus entre les êtres. C'est impressionnant de les raconter chacune l'autre : je ne reconnais absolument rien dans ce que dit l'autre. L'une se plaint que l'autre ne sait pas prendre son temps, flâner dans les magasins, qu'il faut toujours rentrer le plus vite possible; l'autre se plaint que l'une est perfectionniste, toujours en train de trouver de nouvelles tâches, "lui met la pression" (dirait-elle si elle connaissait l'expression).

Les expressions de ma tante

J'aurais aimé en faire une catégorie, mais hélas, il aurait fallu que je les note au fur à mesure durant toutes ces années. J'oublie tout.

A côté d'expressions courantes comme «souple comme un barreau de chaise» ou «souple comme un verre de lampe» (pendant des années je me suis demandé ce que voulait dire «ver de lampe», un ver, oui, c'était souple, mais un ver de lampe, qu'est-ce que c'était?), elle utilise des formules que je n'ai jamais entendues ailleurs, dont je me demande parfois si ce n'est pas elle qui les invente, comme «fumer comme un poêle» tout de même plus adéquat que «fumer comme un pompier».

Ce soir, au cours d'un long téléphonage (cinquante-quatre minutes au téléphone, c'est beaucoup pour moi), j'ai recueilli «avoir la langue avant les dents», pour signifier parler trop vite, ne pas savoir retenir ses paroles.

Les chiens

Nous partons deux jours chez ma tante. La transition est rapide.
J'y découvre le chien de Patrick et celui de ma sœur («Ah bon, elle a un chien?»), un teckel de trois mois que ma mère a refusé d'accueillir chez elle par crainte que son berger allemand ne l'agresse (c'était bien la peine de le faire dresser).

Bref, l'ensemble de la journée est centré sur les chiens, dramatiquement. «Il va lui faire mal», «elle va faire pipi», «il faut la sortir», «il faut la rentrer», «il faut cacher sa balle», «il faut lui donner sa balle», etc.; c'est la démonstration de ce que peut être un amour étouffant.
D'autre part, l'anthropomorphisme est poussé jusqu'à la nausée.

Histoire atroce

Ma tante me donne des nouvelles de mon professeur d'histoire-géo de terminale, du nouveau drame (le troisième) qui le frappe (la phrase cliché convient hélas trop bien).

Elle enchaîne sur une famille de voisins ou de collègues (je suis d'une oreille distraite) qui se suicidaient en masse à chaque génération (je songe à Wittgenstein, mais ne dis rien: elle ne le connaît sans doute pas, et puis mes souvenirs sont imprécis).

— Tu sais comment le beau-père s'est suicidé? Il s'est coupé la main.
Je ne réagi pas parce que je ne comprends pas. Elle précise:
— Il s'est coupé la main à la hache et s'est vidé de son sang.

Chance

Samedi, dimanche: temps radieux et douceur d'automne.

Deux mille de belote, perdus tous les deux. Evidemment, je suis avec C, et celui qui a de la chance, c'est O.
Ce qui n'empêche pas H. de s'exclamer l'une des rares fois où j'ai du jeu:
— Mais tu as une chance de cocue!
— Tu es le mieux placé pour en juger.

N'empêche, c'est triste d'avoir aussi peu de jeu durant deux mille de belote.


Engueulade avec R, prévisible: c'est pour cela que je n'ai pas appelé dimanche midi mais dimanche soir. Combien de temps cette fois-ci? Six mois, un an, toujours?
Mise au point avec les enfants — sans doute inutile comme les autres, mais au moins cette fois, ils connaissent exactement le fond de notre pensée. Tout cela est sans issue autre que le temps qui va passer; et le savoir (qu'il y aura une issue mais qu'il ne sert à rien de vouloir l'atteindre avant l'heure) est une bizarrerie de plus.
Deux ourlets et trois boutons en regardant Mr & Mrs Smith.
Une tarte à l'oignon.
Ma mère me donne des nouvelles de Daniel et de ma grand-mère entrée à l'hôpital hier (c'est ma tante qui m'inquiète). Un peu de gossip: l'un des traders impliqués dans le scandale du Libor est le fils d'une lointaine connaissance à eux.

Visite à ma grand-mère

— Nous n'avons plus de congélateur. Quand nous avons voulu changer le vieux, la vendeuse nous a prévenues qu'avec le nouveau gaz utilisé, il fallait que la température de la pièce où se trouvait le congélateur soit supérieure à dix degrés. Nous, dans la laiterie, il gèle parfois, l'hiver.
— Elle nous a suggéré d'installer un radiateur dans la pièce…
— …pour tenir chaud au congélateur.




L'état de ma grand-mère s'est profondément dégradé en six mois. Elle ne tient plus sur ses jambes mais l'oublie et se lève; elle tombe et se blesse, mes tantes l'attachent dès qu'elles doivent s'éloigner (pour aller chercher le courrier par exemple). Elle ne comprend plus ce qu'on lui dit, ce qui n'est pas nouveau (il y a longemps qu'elle est sourde), mais on ne comprend plus ce qu'elle dit, ce qui est tout à fait neuf et très étonnant quand on a en mémoire sa forte personnalité. Mes tantes sont épuisées.

Thierry Roland

C'est drôle, j'avais failli écrire un billet avec ce titre cet hiver. Il était venu signer des autographes au CE, j'avais pensé à un cadeau de Noël pour mon père, ou pour ma tante qui a le défaut supplémentaire d'aimer le foot.
J'y avais renoncé, j'avais eu peur d'être trop familière, d'en quelque sorte lui sauter au cou, tant il fait partie de mes souvenirs, comme Max Meynier, par exemple. (Et le film de 18h du dimanche soir sur TF1, toujours interrompu à 19h par mon père qui regardait Stade 2. J'ai mis des années à connaître la fin du Corniaud.) Qui reste-t-il? Bouvard, bien plus que Drucker. (Comme tout cela est vieux. Obligée de googler "Jean-Pierre Pernaut" en lisant La carte et le territoire. Tenir le siècle à distance, comme c'est facile.)


Dernier TG. Une année, plus que deux cours. En neuf samedis nous avons réalisé une sorte de miracle, à se battre sur des sujets inattendus (ce n'était pas les sujets, qui étaient inattendus, non, au contraire, fort convenus (le sacré, la tolérance, les Actes des Apôtres), mais justement, le fait de se battre et débattre avec tant de passion, d'enthousiasme). Nous sommes tous vivants après avoir frôlé l'épuisement et la noyade («ravie de l'année, ravie que cela se termine» a résumé une participante: c'est tout à fait ça), un peu surpris de constater notre plaisir à être ensemble.
RK m'a dit à part quelques mots gentils sur ma façon de désamorcer les tensions dans le groupe, j'en suis surprise et réconfortée.


Trois heures de désherbage à la serfouette. J'hésite un peu à couper un chardon d'un mètre vingt, référence poétique oblige. Mais bon. Certaines plantes tissent des réseaux de racines si serrés qu'elles emmènent avec elles des nappes de terre. Il faudrait qu'il cesse de pleuvoir quelques jours, que cela sèche et se désagrège, je ne vais tout de même pas mettre de la terre à la poubelle.

Comment pourrir les vingt ans d'un jeune homme

Il y a vingt ans, ma tante (vieille fille sans enfant) ne m'avait pas parlé pendant un an parce que j'avais accouché à la maison. Peut-être que si je ne lui avais pas envoyé une carte d'anniversaire en avril suivant nous n'aurions plus eu aucun contact.

Cela lui aurait évité d'envoyer un chèque de quatre cents euros à mon fils pour ses vingt ans en lui donnant une foule de petits renseignements sur sa vie quotidienne et en glissant incidemment parmi eux «J'aimerais bien avoir un ou deux coups de fil par an; sinon je considèrerai que tu as "rompu les ponts" avec moi. Cela me fera de la peine mais tant pis.»
(Sur le fond elle n'a sans doute pas tort, à cela près que que c'est plutôt contre-productif. Il faut savoir que C. ne peut pas toucher à la télé parce qu'il a cassé la télécommande quand il avait sept ans et qu'elle lui dit quand elle le voit qu'«il lui fait peur» parce qu'il fait un mètre quatre-vingt-cinq et elle moins d'un mètre cinquante.)

Désarçonné, choqué parce qu'il ressent comme du chantage moral1 (du moins je le suppose, puisque pendant ce temps j'étais à Porto), C. montre la lettre à son père qui, fatigué par sa semaine mais aussi par vingt-six ans de ce genre de relations2 et formaté par notre vieille éducation qui veut que nous respections nos aînés, se met à chapîtrer C. sur son égoïsme et autres défauts (apparemment ce fut un panorama large et complet de tous les défauts qu'il trouve à tout le monde sauf à lui-même, dans la grande tradition proustienne3).

— Merci beaucoup, charmant anniversaire.
Désorienté par cette semaine de quatre jours, H. pensait être jeudi et l'avait oublié.


Notes
1 : C'est une vieille coutume familiale.
2 : date à laquelle nous nous sommes rencontrés
3 : «Et à la mauvaise habitude de parler de soi et de ses défauts il faut ajouter comme faisant bloc avec elle, cette autre de dénoncer chez les autres des défauts précisément analogues à ceux qu’on a. Or, c’est toujours de ces défauts-là qu’on parle, comme si c’était une manière de parler de soi, détournée, et qui joint au plaisir de s’absoudre celui d’avouer. D’ailleurs il semble que notre attention toujours attirée sur ce qui nous caractérise le remarque plus que toute autre chose chez les autres.» A l'ombre des jeunes filles en fleurs Noms de pays: le pays (Je lis Proust comme une histoire de famille.)

Far West, Berry profond (extrême centre)

Ma tante (la sœur de ma mère) me fait rire :
— Elle nous disait tout le temps qu'elle ne savait pas comment elle grossissait qu'elle ne mangeait rien. Mais on a finit par savoir le fond de l'affaire: elle buvait un à deux litres de lait entier par jour qu'elle allait chercher à la ferme. Alors j'ui ai dit: «Mais enfin, Roselyne, le lait, c'est avec ça qu'on engraisse les veaux!…»

Ma tante me fait peur. Je n'arrive pas à faire la part de l'irritabilité, de la paranoïa, et du véritable harcèlement. Quand elle parle de sa vie, j'ai l'impression d'être arrivée dans un de ces westerns où une bande de blancs-becs terrorisent les paisibles habitants d'un minuscule village.

Les adolescents sur leur mobylette, qui discutent jusqu'au milieu de la nuit, c'est agaçant, mais elle a le sommeil très léger et habite à côté de la place («Le Plassis») où ils se réunissent: faut-il prendre ses jérémiades au sérieux?
Mais les filles de treize ans qui s'amusent à déplacer les fleurs et les plaques sur les tombes et à les mélanger, la boîte à lettres de ma grand-mère arrachée et abandonnée à deux cents mètres de là sur la place, les tuiles de la salle des fêtes jetées à bas du toit (et l'adjoint au maire qui refuse de porter plainte de peur de ne pas se faire réélire)?
Personne ne dit rien, les plus faibles craignent les représailles, les plus forts rient que ce n'est pas bien grave.
Ma tante est dans un état de nerfs lamentable, résignée et exaspérée.

— Tu ne peux pas aller dormir chez mémé? Tu seras plus loin de la place, tu ne les entendras pas.
— Oh tu sais, maman, je m'en occupe déjà toute la journée, alors le soir… Elle fait un geste de la main pour montrer qu'elle en a "jusque là", au niveau du cuir chevelu.
— Mais qu'est-ce qu'on peut faire, alors?
— Rien. Il n'y a rien à faire.

J'ai tout de même insisté pour qu'elle aille déposer une main courante. La boîte aux lettres arrachée, c'est un acte réel, concret, pas une interprétation de vieille dame acariâtre. Il n'y a qu'une poignée d'enfants dans le village. Il serait facile de faire faire quelques travaux d'utilité publique aux coupables.

Ce qui m'étreint, ici, c'est l'ennui de ces adolescents entre treize et dix-huit ans. Qu'est-ce que je peux faire? Ch'ais pas quoi faire.

Le fils de Léa

Du côté de ma grand-mère maternelle, les femmes paraissent indestructibles. Presque centenaire, mon arrière-grand-mère, dont j'ai un souvenir vague, est réputée avoir encore braconné sur les terres du château de M*** la veille de sa mort.

Ma grand-mère a quatre-vingt-treize ans. Elle s'ennuie, elle se plaint, elle supporte mal l'inactivité à laquelle la contraignent ses forces déclinantes et ses filles liguées "pour qu'il ne lui arrive rien". (Mais si l'on s'insurge devant cette tyrannie, ma tante Jacqueline répond: «Et s'il lui arrive quelque chose, qui s'en occupera?» Alors lâchement, nous nous taisons.)
Ma grand-mère s'ennuie, elle devient sourde, elle aimerait que cela s'arrête, c'est long, elle s'ennuie.
Ma grand-mère va bien, aussi bien que je nous souhaite à tous d'aller à cet âge, et même aujourd'hui.

Sa sœur Léa va un peu moins bien. Elle a fêté ses quatre-vingt-dix-neuf ans fin juillet. Elle peine à marcher, elle est en maison de retraite où elle décida un beau jour de se retirer, sans raison précise. A l'époque elle était parfaitement autonome.
Mais si ses jambes la trahissent, elle a gardé sa tête et son entêtement. Ma tante Jacqueline soupire: «On va aller lui souhaiter son anniversaire, elle va encore nous dire des méchancetés sur tout le monde. D'ailleurs les autres se plaignent, il y a une femme qui ma dit que Léa voulait tout le temps jouer à la belote, et qu'une fois en place, elle refusait de laisser jouer les autres, qu'elle ne voulait pas tourner.»
Ça me fait rire, ça ne me paraît pas bien méchant et plutôt drôle.
D'un autre côté je ne vis pas avec elle.

Mon premier souvenir net de Léa remonte à 1996, je l'avais vue aux quatre-vingts ans de ma grand-mère. Elle était veuve depuis de longues années. Elle parlait tout le temps du «gosse», ce qui m'avait paru étrange. Renseignement pris (discrètement dans la famille), il s'agissait de son fils, un bon à rien (sic), qui après avoir coulé son épicerie (sic), vivait chez sa mère.
«Mais il a quel âge?»
Le gosse avait soixante ans.

La semaine dernière un mail m'attendait. «Le gosse» s'était suicidé.



(Et je relis ses lignes en me demandant si je fais du sensationalisme. Sur le coup j'étais très en colère contre ce cousin: quel imbécile, qu'allions-nous dire à sa mère? (Crise cardiaque, a décidé le psychologue de la maison de retraite.)
Maintenant, je me dis que qu'il a sans doute passé une vie entière à se faire traiter de bon à rien. Que s'est-il passé pour qu'il décide que cela devait cesser? Est-ce que je m'écris un roman?)

Repas de famille

Ma grand-mère (à ma tante) : — J'ai comme tout mal au dos avec le matelas que tu m'as donné.
Ma tante :— Que tu as récupéré sur le trottoir, oui. Moi, j'étais en train de le jeter.
Ma grand-mère, se tournant vers nous pour nous expliquer :— Mais il était comme tout propre, c'était dommage de le jeter. Alors je l'ai pris et je l'ai ajouté sur mon lit.
H., incrédule, moralisant et cachant son envie de rire : — C'est important de bien dormir. A quatre-vingt-dix ans, vous avez peut-être gagné le droit à un matelas neuf !
Ma tante : — Mais elle en a un! Elle l'a mis ici (dit-elle en désignant un lit déguisé en canapé dans le salon).
Moi, ayant peur de comprendre : — Tu dors sur un matelas destiné à la poubelle et tu as mis le neuf dans le salon où personne ne dort ?

Etc.
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