Billets qui ont 'gare d'Austerlitz' comme autre lieu.

Disparition d'un mur de livres

Je suis difficile en matière de boîtes à livres. Je redoute le bricolage, les boîtes en bois mal fermées, les livres humides, tordus, désarticulés par le temps passé dans ces endroits malsains.
Alors je choisis des boîtes à livres en intérieur, dans des salles. C'est rare, j'en connais deux: salle d'attente gare d'Austerlitz et hall du cinéma Paradis à Fontainebleau.

A midi j'avais enfin décidé d'aller porter le sac de livres que je stocke dans mon bureau depuis des mois.
Trop tard, la boîte à livres (un mur: des étagères entières) de la gare d'Austerlitz a disparu. La salle d'attente elle-même a disparu. Tout l'ancien Austerlitz a disparu, le hall des billets avec ses fresques, tout est en travaux, bâché, fermé. Cela fait des mois que ça dure. Je remarque un nouvel accès au RER C. Un squelette de zeppelin s'aperçoit derrière les travaux, prendra-t-il chair ou restera-t-il ainsi; des kilomètres de fils, de câbles, courrent le long des murs, la verrière a été dégagée, immense. La dernière fois que je suis venue ici, de nuit, c'était en passe d'être magnifique; l'impression se confirme au soleil.
Photo comme témoignage, Pic or it didn't happen1, pic because it is happening, it happened2, j'aime les photos de travaux, de transition entre deux états.

Travaux gare d'Austerlitz


Je suis les flèches, salle d'attente entre les voies 7 et 14, certes, mais de boîte ou mur de livres, point. Je repars avec mon sac d'une main, One Piece 66 de l'autre. Ce n'est pas pratique, tous les vingt mètres je dois poser le sac pour tourner la page. Je traverse le pont Charles de Gaulle, décide d'aller vérifier si par hasard il n'y aurait pas une boîte dans la salle d'attente grands voyageurs gare de Lyon (me laissera-t-on entrer sans billet?)
Las, elle aussi est fermée pour travaux.
Je rentre au bureau avec mes livres.

Note
1: «Photo ou mytho», traduction proposée sur Reddit, ie, «une photo ou j'y crois pas».
2: Photo parce que c'est en train de se produire, cela s'est produit.

L'accident

Après les péripéties des deux derniers retours en RER (je vous épargne et ne raconte pas tout), afin de ne pas tuer un innocent agent de la SNCF (et c'est vrai qu'ils sont innocents, je le sais bien), j'ai décidé ce soir de prendre un vélib.
C'était la bonne solution: je suis arrivée gare de Lyon avec dix minutes d'avance.
Et pourtant, j'en avais perdu cinq: en remontant des bords de Seine sur le pont Charles de Gaulle, je me suis trouvé bloquée en haut de la piste cyclable par un scooter. Il venait de se faire renverser par une voiture qui tournait et l'avait heurté de plein fouet de son aile avant gauche. Le conducteur du scooter gisait, pas tout à fait inconscient, incapable de bouger. Deux badauds regardaient, navrés, la conductrice de la voiture, en larmes, donnait des indications de lieu aux pompiers, tout était calme, un jeune homme est arrivé de nulle part et a commencé calmement à desserrer l'écharpe du blessé, la jugulaire de son casque (sans le retirer, bien sûr, je crois que maintenant tout le monde sait ça. Personne n'a essayé de bouger le blessé non plus.)

Les pompiers sont arrivés, j'ai demandé à l'un des badauds de m'aider, j'ai dégagé mon vélib et je suis partie. Je n'avais pas un bon pressentiment.

Affirmation identitaire




Vendredi soleil levant parking de la gare d'Austerlitz. Pas de seconde prise, la batterie de mon téléphone me lâchait. Le panneau en fer est d'un seul tenant avec le bac.

Je recopie pour ceux qui auraient du mal à lire :
« Je suis un olivier
né en Provence
il y a plus de 60 ans
je ne suis pas une poubelle.
Regardez bien autour de vous,
il y en a une pas loin.

(Hélas, le gobelet prouve que cette phrase digne n'est pas toujours entendue.)

Un sourire attirant

Samedi 23h11, gare d’Austerlitz, le train arrive, je rejoins C., bronzé, heureux, ses vacances l’ont enchanté.

Nous remontons le quai côte à côte, un homme en pull bleu ciel arrive en face de nous, sourire resplendissant et bras largement ouverts, il me regarde, mais qui est-ce, je ne le connais pas, je fais un pas hésitant vers lui…
C’est alors que je me rends compte que son sourire s’adresse à quelqu’un derrière moi.
Je regarde C., il a eu la même impression que moi, nous éclatons de rire tous les deux.

Sur le coup, et encore maintenant, je ressens un étrange choc : j’ai réellement failli me jeter dans les bras d’un inconnu, simplement parce qu’il avait l’air si heureux de me voir.

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