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Piscine

Nous nous sommes obstinés et ce soir nous avons réussi : dans la piscine à 19 heures.

H. a inauguré ses lunettes et est ravi. Constat: l'eau est beaucoup plus trouble à cette heure-là que le matin. Il ne faut pas trop y penser, mais c'est une étrange idée que de faire tremper dans un même volume d'eau restreint toute une population ne vivant pas sous le même toit, c'est-à-dire ne partageant pas les mêmes bactéries. Ce n'est pas si mal, le chlore, finalement.

Eclipse

Matin : encore un train de supprimé. Le train chargé de poser les nouveaux rails a déraillé aux alentours de Lieusaint: prévoir des ralentissements toute la journée.

A midi, chez Listel Or pour récupérer mes trois Tolkien que j’ai fait relier sur un coup de tête. Il s’agit de livres ramenés de mon premier voyage aux Etats-Unis en 1984. A l’époque, j’étais à peine capable de les lire.

Déjeuner ensemble. J’exprime ma stupeur: a-t-elle, elle aussi, l’impression de vivre dans un monde sans passé, sans mémoire? (Oui.) Je tente d’expliquer à quel point il me semble que désormais toute la littérature d’avant 1970 est devenue incompréhensible, tous les récits, même: un ado, un jeune adulte, peut-il être ému par Vacances romaines? Tout cela n’est-il pas devenu radicalement incompréhensible? Chacun, arrivant à cinquante ans, éprouve-t-il à chaque époque la même impression de radicale transformation du monde? N'est-ce pas les demoiselles du téléphone de Proust, les trains-vapeur des impressionnistes ou le fond de commerce d'Annie Ernaux?
Nous parlons de toilette au lavabo, de bidet; j’essaie de la convaincre d’aller voir La bataille de Gaulle (impossible, elle dort au cinéma), elle me raconte comment elle a fait se rencontrer les petits-neveux d’Emmanuel d'Astier de la Vigerie et de Louis Martin-Chauffier.
Elle me parle du livre d’un ami, Michel Marx, qui aurait fait un livre « très drôle » sur la Shoah. J’avoue que le concept m’échappe, mais après tout, c’est lui qui est concerné: Dernier ciel. A voir.

Course le soir pour aller à la piscine en sortant du boulot. Train à 17h42, aucun incident, je prends H. au passage, nous sommes à l’heure (la piscine ferme à 20h30, ils évacuent le bassin une demi-heure avant, ce qui les portent à refuser les admissions à partir de 19h30).
Bien évidemment, c’était trop beau: pannonceau sur la porte, fermeture exceptionnelle à 19h pour cause d’éclipse. (Quel rapport?)

Retour à la maison, citronnade et salade, décision sur un coup de tête d'aller voir La Fin d'Oak Street.
Si vous ne pouvez voir qu'un film en ayant le choix, ne choisissez pas celui-là. Mais si vous n'avez que celui-là comme possibilité, c'est regardable.
C'est terriblement vintage, cela reprend tous les clichés des films de dinosaures et des Spielberg des années 80. Entre la SF politique (les habitants se regroupent face à la menace; la lutte pour le pouvoir, les sacrifices et les trahisons dévoilent la vérité de chacun et le futur qui attend la communauté) ou le drame familial (l'épreuve met à jour les liens indéfectibles de la famille auparavant branlante), le scénario, bien américain moyen, choisit la deuxième option et déroule tout ce qu'on attend dans un tel cas.
Les héros passent leur temps à arpenter les pelouses en gueulant le nom des uns et des autres:
— Ils n'ont pas assez regardé de films: ils ne savent pas que la base, c'est de ne pas faire de bruit?
— Normal, ils vivent dans les années 70.

Nous n’avons pas vu l’éclipse. A vrai dire, nous étions sur la terrasse à siroter de la citronnade maison; la lumière s’est à peine adoucie.
Remarque: c'est le temps des Perséides, la période des étoiles filantes.

Potsdam tranquille

J'ai tendance à oublier que ne rien faire est l'essence des vacances.

Durant ce voyage, lorsque je me réveille naturellement à quatre ou cinq heures du matin, j'en profite pour faire un peu… de compta (j'aimerais bien bloguer, mais en pleins préparatifs des 8JF (8 jours de Fontainebleau, compétition de planeur), il y a toujours un pointage à faire ou une facture à régler (si tant est que les 8JF aient lieu, entre la canicule et les interdictions préfectorales et les incendies et les recommandations de la DGAC)). Puis je me recouche, sauf si H. se réveille entretemps, auquel cas la journée commence et il me manque quelques heures de sommeil.
Je me souviendrai de ne plus partir en vacances avant la dernière semaine de juillet (c'est ma première année de trésorière, je ne le savais pas).

Aujourd'hui recouchée vers cinq heures et demie, levée à sept heures, appris que la France avait perdu (zut), petit déjeuner avant le rush du reste de l'hôtel (buffet de petit déjeuner très salé, avec rollmops et jus de carotte), piscine une demi-heure (j'ai trouvé mon pince-nez au fond de ma valise, youpi, j'avais oublié que je l'avais emmené), puis flânerie dans les rues de Potsdam, sans autre but que la curiosité et le bitchage.
Acheté deux paires de chaussures, blanches et vert amande, pour marcher à plat sans pour autant être en baskets (robe-baskets, je ne m'y fais pas), déjeuné dans un restaurant coréen. Admiré le marketing de la fast-food à la coréenne ou à la turque: les enseignes ont pris la peine de copier l'aspect des affiches de MacDo ou Burger King et ajoutent dans la composition de leur burger l'ingrédient qui fait la différence, kimchi ou viande d'agneau hâchée. C'est malin et le design fait pro.

Embarcadère au pont Lange (Lange Brücke) à deux pas du musée Barberini. Balade de deux heures sur les lacs et canaux de Potsdam. Trop de chaleur sur le pont, nous sommes à l'intérieur climatisé à manger de la glace à la fraise et à écrire des cartes postales. Nous écoutons d'une oreille distraite les explications du guide. Châteaux de styles variés, demeures impressionnantes, appartenant ou ayant appartenu à des célébrités politiques ou artistiques. Un œil non averti ne distingue pas l'est de l'ouest. En trente ans les arbres ont poussé et le no man's land a disparu.
C'est une jolie balade, je recommande.

Retour tranquille à l'hôtel, Wildberry Lillet, puis de nouveau restaurant russe, à 18h45 puisque nous n'avons pas réussi à prendre de réservation. Déborah, la correspondante allemande de notre fille que nous avions emmenée avec nous aux Etats-Unis en 2012, nous attend. Nous l'avons revue en 2022, elle a maintenant 29 ans, elle est fiancée depuis deux mois (à un Indien travaillant à Oslo rencontré il y a deux ans lors d'un colloque au Portugal, ô jeunesse, ô châteaux). Elle nous raconte leurs hésitations: est-ce lui qui va venir travailler à Berlin ou elle à Oslo; la Norvège n'est pas dans l'Union européenne et les Norvégiens travaillent en norvégien (pas en anglais, vive la traduction informatique instantanée) mais la Norvège est magnifique, montagneuse, Oslo est traversée par une large rivière dont les cascades gèlent en hiver… Elle en revient de l'avant-veille et son horloge biologique est encore bouleversée par la longueur des jours d'été là-bas.

Dernier verre à l'hôtel, longue hésitation pour traduire flaschengärung: fermentation en bouteille, est-ce méthode champenoise? Nous voulions un verre de champagne, il n'y avait que des bouteilles, nous avons pris un Riesling au verrre, sans doute un crémant, tout à fait satisfaisant (mousseux, pétillant, crémant, méthode champenoise, je mets le lien car le site (trouvé par hasard) est intéressant: il propose des courses consignées).

Piscine

Trente à quarante minutes de nage à l’ouverture de la piscine à 7 heures. Je suis seule, je regrette de ne pas avoir pris mes lunettes, j’aurais pu tenter le crawl (je n’essaie pas en public tant je me sens ridicule).

Boulot. Bien évidemment, une urgence (des réponses à un contrôle Urssaf) à 16h20, alors que je comptais partir à 16h30 pour le dernier cours de Tai Chi de l’année. Raté. Et pas de pilates le midi en me disant que piscine pilates tai chi consommaient trop de temps pour une seule journée. Moralité: mes devises «il ne faut pas attendre» et «tout ce qui est pris n’est plus à prendre» sont à appliquer en toutes circonstances.

Pendant ce temps, A. m’informe de la sortie de produits anniversaire pour les trente ans de la franchise Pokémon.

Vous assumez pleinement votre côté yang

Cette phrase suffit à vous apprendre que je suis retournée chez ma follingue de coiffeuse.

Puisque ma tante a annulé hier soir tard, j’avais une journée libre sans rien de planifié. Donc:
- ménage (aspirateur serpilière) au rez-de chaussée avant la chaleur (26 degrés). La construction de la terrasse a laissé de la sciure partout et il était devenu impossible de marcher pieds nus sur le carrelage froid, luxe bienvenu en ce moment.
- marché : pastèque, fraises, cerises, myrtilles, framboises, kiwis.
- sieste en attendant que la piscine ouvre (à 11h30)
- piscine. Nagé 600 mètres.
- soudain, sur une impulsion en voyant mes cheveux mouillés pendouillants : «et si j’allais chez le coiffeur?» Réservation sur Planity. Coupe à la Jamie Lee Curtis (assume-t-elle son côté yang?)
- bus pour Fontainebleau et cinéma, Vivaldi et moi. Joli, bien fait, mais un peu creux avec une fin totalement invraisemblable (que peut devenir une jeune fille orpheline seule dans Venise sinon une prostituée?)
- visio pour les premiers cadrages de la campagne présidentielle
- salade pastèque melon féta


H. rentre épuisé: le train n'avait pas de climatisation. «Le conducteur nous a dit que s'il mettait la clim en route, la loco allait cramer. A Moret, ils ont fait évacuer les voyageurs des deux dernières rames1 pour les tasser dans la première, et ils ont climatisé cette seule rame».



Note
1: Les trains se vident pour moitié à Melun, puis encore à Fontainebleau. Il devient dès lors possible de mettre tous les voyageurs dans une seule rame, surtout avec la motivation d'une clim.

Télétravail à temps partiel

Marché à neuf heures (pastèque, tomates, fraises, pad thaï au poulet), piscine à midi. Impossible de retrouver mon pince-nez et mon bonnet (mais qu’est-ce que j’en ai fait, il n’y a pourtant pas beaucoup d’endroits où ils peuvent être. Avais-je constitué un « sac de piscine »? Ou sont-ils en vrac dans un tiroir?); donc j’en rachète à trois et quatre euros au distributeur de la piscine (ces prix me laisseront toujours stupéfaite). Les horaires d'ouverture ont été étendus sans interruption jusqu’à huit heures (au lieu d’une coupure entre deux et six heures). Il faut bien occuper les enfants, beaucoup d’écoles sont fermées.
Je nage une demi-heure et je rentre.

L’après-midi je m’installe au rez-de-chaussée pour travailler.

Le soir, nous avions l’intention, Matthieu et moi, de plier le dernier parachute. Il habite plus loin du club que moi, je lui envoie un sms: «veux-tu que j’aille faire un tour au club à 16:30 pour aérer? La limite pour plier est 30 degrés. Inutile que tu fasses des km si les conditions ne sont pas réunies.»
Comme je l'anticipais, impossible de plier: 32 degrés et 20% d’humidité dans la salle de pliage.

Cependant je ne suis pas passée au club pour rien. Je suis interpelée de toutes parts pour des problèmes de compta et d’organisation d’un événement en juillet. Je distribue par ailleurs des affiches «Ça plane pour elles», une tentative de la fédération de motiver le public féminin.
Bref, je m’occupe et ne vois pas le temps passer. Quand je rentre, H. fait la tête. Mon absence n’est qu’un prétexte: en réalité, je finis par démêler que suite à une mauvaise manip, il a perdu une partie de son travail de l’après-midi. Nous allons dîner au Masu à Fontainebleau.

Pince-nez

Télétravail. Matin tôt (7h): promenade jusqu'à Saint Mammès le long du Loing. Il fait bon, une légère brume s'élève au-dessus de l'eau. Je dérange un ou deux canards. Il doit y avoir des nids. La route traverse un chantier naval destiné à la restauration des péniches avant de devenir un chemin. Les bureaux-hangars sont à gauche, le chantier à droite, côté Loing. Il y a toujours une énorme péniche en cale sèche en train d'être repeinte, j'aime beaucoup cet endroit. On passe tout petit le long de la coque en surplomb qui ne paraît tenir en équilibre sur d'énormes tréteaux que par quelques coins. Est-ce vraiment stable? Je rêve. Se reconvertir pour devenir peintre de coque? Trop tard, trop tard.

Je découvre qu'il est désormais interdit d'emprunter la route. Y a-t-il eu un accident? Trop de touristes? Trop d'enfants qui furètent? Les influenceuses qui ont rendu Moret à la mode (trending) en mai dernier sont-elles en train de changer nos vies, nous obliger à mettre des règles adaptées à une foule essentiellement citadine qui n'a aucune conscience du danger?

le Loing en revenant de Saint Mammès


Soir après le boulot (19h): piscine. Il y a longtemps que je voulais y retourner. Nous avons un bassin «nordique», c'est-à-dire un bassin extérieur chauffée par géothermie. Un gigantesque panneau à l'entrée explique que conserver ce bassin chauffé l'hiver ou le vider et le remettre en eau au printemps dépense la même énergie: il a donc été décidé de le conserver toute l'année.
Evidemment, ce qui me plaît, c'est l'idée de nager l'hiver, quand il fait nuit, dans les fumeroles. Evidemment je n'ai pas réussi à m'organiser une seule fois avant le changement d'heure.
Donc aujourd'hui je me suis inscrite et j'ai testé mon pince-nez, suggestion de mon chef tri-athlète pour contrer mon allergie au chlore. Le résultat est mitigé: si je ne nage qu'une fois par semaine, ça devrait passer.

J'ai piscine

Repassage devant la deuxième saison de la Casa de Papel, vidage d'un carton et piscine.

Impossible de me souvenir de la dernière fois que je suis allée à la piscine. Il y a plus de dix ans, probablement.

La piscine de Moret a rouvert cet été après avoir été fermée depuis l'inondation de juin 2016. Elle a deux bassins, dont un extérieur. C'est ce qui m'a convaincue d'essayer: l'espoir que grâce au grand air, les vapeurs de chlore ne me rendraient pas malade et que je pourrais ajouter la natation à mes entraînements.

Quarante-cinq minutes de bassin dans la nuit, sous la bruine. Au bout de quelques allers-et-retours, j'ai remarqué le clocher de Moret contre le ciel noir.

Le chlore a gagné. Crise d'éternuements en rentrant à la maison, champ de vision troublé par un voile blanchâtre, blanc de l'œil rouge vif.

Je ne retournerai pas à la pisicne.
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