Billets qui ont 'Vivaldi, Antonio' comme nom propre.

Les Quatre saisons au TCE

Il y a trois ou quatre ans, nous avions pris un abonnement à la Philharmonie de Paris. Devant la difficulté à avoir un train à l'heure après le concert (et donc l'obligation de rentrer en bus), j'avais fini par abandonner et prendre un abonnement au théâtre des Champs-Elysées (aujourd'hui je me demande quel tour de raisonnement m'avait fait supposer que cela irait plus vite d'arriver gare de Lyon à partir du TCE que de la Philharmonie). Bref, après deux saisons, j'abandonne. En septembre j'avais pris une majorité de concerts le samedi et le dimanche pour avoir des horaires plus humains, mais l'expérience prouve qu'il est très difficile de motiver à H. à remonter à Paris le week-end. En réalité, il semble perpétuellement fatigué avec un gros besoin de se reposer. Son diabète est-il bien régulé? Il y a deux semaines, nous ne sommes pas allés écouter un concert de violoncelle le dimanche. Les billets ont été perdus. Ce soir, nous avions deux billets pour Vivaldi, et comme H. devait aller à Annecy le lendemain, j'ai proposé qu'on prenne un hôtel.

J'ai trouvé je ne sais plus comment l'Amiral hôtel avenue d'Italie, avec piscine intérieure. J'avais bien l'intention d'aller nager à 17h, mais j'ai pris du retard au bureau (comment partir à 16 heures?) et j'ai à peine eu le temps d'aller déposer la valise avant le concert. L'hôtel est amusant, une décoration neuve vieillote — sans doute faut-il dire vintage, mais vintage meubles vernis, pas formica.

Les quatre Saisons donc, par l'ensembe Gli Incogniti, et avant l'entracte Dall’Abaco et Bach. Etait-ce trop ressassé parmi les classiques, la salle était un quart vide. Le concert était énergique et joyeux, la disposition des musiciens changeante à chaque morceau. Ils semblaient heureux de jouer ensemble et ce bonheur rejaillissait sur nous.

Grande Messe vénitienne par les Arts florissants

Nous avons commencé par nous tromper de salle : la salle de concert de la Cité de la Musique n'est pas la Philharmonie. (Salle petite, chaleureuse, tendance bois plutôt que ciment. Une autre époque).

Paul Agnew a fait son habituel discours (dédicace Laurent), plutôt amusant, avec un accent pittoresque et des fautes de français étonnantes pour quelqu'un qui vit en France depuis si longtemps (Jane Birkin vs Thomas Römer). Il nous a résumé avec humour quelques lignes du livret en nous demandant un effort d'imagination: en effet, «la grand Messe vénitienne n'existe pas».
Je vous copie le livret:
Tout juste ordonné prêtre, Don Antonio Vivaldi devient en 1703 le maestro di violin delle figliole [maître de violon des jeunes filles] de l’Ospedale della Pietà de Venise. Cette institution caritative accueillait les orphelines et les filles illégitimes de l’aristocratie vénitienne, et leur offrait une éducation musicale poussée. Ces jeunes filles formaient un coro de chanteuses virtuoses ainsi qu’un concerto d’instrumentistes, réunissant généralement trente à quarante musiciennes, voire soixante-dix pour les grandes occasions. Pendant plus de trente années, Vivaldi produisit pour cette institution une quantité impressionnante de compositions, tant instrumentales que vocales, et assura leur exécution. Si divers fragments de messes, des psaumes et les motets nous sont parvenus, aucune liturgie complète, aucune missa ni aucun vespro intégral ne vient témoigner de cette intense activité liturgique. Il est pourtant attesté qu’une messe entière avait été commandée à Vivaldi en 1715 par les administrateurs de la Pietà. La messe vénitienne proposée ce soir relève en fait d’un travail de reconstitution musicologique qui emprunte sa substance à divers éléments de la production religieuse de Vivaldi. Le Kyrie, le Gloria et le Credo sont des compositions originellement distinctes et isolées. Le Sanctus et l’Agnus Dei sont des contrafacta: leur musique a été tirée de diverses compositions préexistantes et parée de nouveaux textes liturgiques, suivant l’usage ancien de la parodie.
En conséquence l'orchestre n'était composée que de musiciennes, «sans que cela n'ait de rapport avec MeToo», nous a assuré Paul Agnew.

Ce fut une très belle soirée.
William Christie était présent en nœud papillon.

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Bibliophore : (Qu'est-ce qu'il y a dans votre sac? me demande le vigile de la salle. Des livres! ris-je.)
- Henry Bauchau, Antigone
- Raymond Queneau, Saint-Glinglin
- Eric Chevillard, Démolir Nisard

Je continue Le Chiendent commencé mardi. Un ancêtre tout à la fois du Nouveau Roman et de San-Antonio.

Orlando furioso

Le décor m'a fait penser à cette photo prise de la vitrine de Baccarat place de la Madeleine en 2009 .



Oui les décors ressemblaient à cela, miroirs et noir et blanc, en plus sombres. Costumes dans toutes les nuances du gris au noir. Ce matin au réveil j'ai compris que cette mise en scène était vraiment fatigante: difficulté à identifier les différents personnages. Confusion volontairement entretenue? J'aimerais en être persuadée.

Pour le reste (l'essentiel, malgré tout), un pur enchantement.
Je recopie le commentaire de Philippe[s]: «De retour d'Orlando furioso : distribution, orchestre et direction remarquables à tous points de vue, mise en scène sombre et confuse (avec quelques belles images et un deuxième acte plus réussi).»
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