Billets pour la catégorie 2022 :

Deux citrons

A midi, à mes pieds, ils avaient roulé sur le trottoir.

deux citrons


Tombés des citronniers du fleuriste. Ils étaient parfaits. Je les ai ramassés.

Contrôle d'identité

Lumière bleue silencieuse dans le rétroviseur, je suis surprise car je ne sais pas ce que cela signifie pour une voiture de police. Longue rue qui descend avec des chicanes, je suis deux voitures sans me presser, à tout moment il faut laisser passer celles qui arrivent en face; je viens de ramer, je pense au gâteau que je vais acheter; je suis dans les nuages.

Au moment où je redémarre après une chicane, la sirène se met en route, un signe, c'est pour moi, je me gare.
Un joli jeune flic arrive à ma portière:
— Nous allons procéder à un contrôle d'identité. Vous savez pourquoi?
— Euh non.
— Vous avez glissé le stop. Très lentement, mais vous n'avez marqué aucun arrêt.
— Ah? Je ne sais pas.
— Je vous assure.
— Oh mais je vous crois, je ne conteste pas. Le problème c'est que je n'ai rien, aucun papier. Je reviens du sport (je fais un geste vers le sac sur le siège passager) et je n'ai rien, même pas mes lunettes. Attendez, je vais sortir.
— Ce n'est pas la peine.
— C'est pour la lumière (J'agite mon téléphone), sans lunettes je ne vois pas grand chose.
— Vous savez que vous devez avoir votre permis, la carte grise et le certificat d'assurance quand vous circulez?
— Oui, je suis désolée, j'habite tout près, à Moret.

Je farfouille dans mon téléphone, parviens à trouver une photo de mon permis. Ils sont trois, une fliquette et un plus âgé. Ils se passent mon téléphone, essaient de trouver des renseignements sur la voiture à partir de l'immatriculation. Le jeune papote, étonnamment amical, il est en admiration devant la voiture, un super moteur, très souple, il connaît. C'est plus fort que moi, je raconte ma passion pour cette voiture depuis les années 90: «Mais avec les enfants, ce n'était pas possible». Le plus âgé sourit compréhensif: — Ça coûte combien une voiture comme ça? — 25000. Il hoche la tête, c'est moins qu'il ne pensait. In petto je ne comprends pas bien pourquoi nous sommes en train de discuter comme si nous prenions le thé alors qu'ils m'ont arrêtée et que je n'ai pas de papier, mais c'est plus fort que moi, je continue: «si ça vous intéresse, il y a un super garage qui vend des occasions au niveau de Draveil.»

Bref, ils n'ont pas réussi à se connecter et à trouver des informations sur mon compte. Ils m'ont laissé repartir, «ça va pour cette fois, mais ne glissez plus de stop» «merci beaucoup, j'ai la tête un peu dans les nuages en sortant du sport».

Je pars, ils me suivent, je m'applique pour ne pas dépasser cinquante dans la ligne droite après la gare, je m'arrête au feu orange, je mets mon clignotant avec soin. Ils continuent sur la route principale.

Après m'être garée je vais m'acheter un baba au rhum.

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Je revenais de l'aviron : belle sortie en double avec Sandrine. Nous avons remonté la yolette et un quatre. Je manque de condition physique.

Une tablette d'avant l'iPad

Oulipo. Nous sommes très peu nombreux, cinq qui sont restés dîner, covid oblige.

Japonais. La dernière fois (à laquelle je ne participais pas) GEF a découvert qu'on pouvait y manger autre chose que du poisson cru.

Discussion sur Perec, Queneau, Roubaud. Roland Brasseur et l'histoire de Paul Vernier l'hypermnésique. Evocation de Bernard Magnier. Je donne la référence du Cinquante-quatrième jour à Sophie. D. explique qu'il fait une apparition dans ce roman à clef.

D. n'a pas de smartphone. Mais il va en avoir bientôt un car il devient difficile d'utiliser le reste de ses appareils.
— Je n'en avais pas besoin.
— Tu verras, ça ne sert que très peu à téléphoner.

Question sur le télescope James Webb.
— Toi qui t'y connais, tu pourrais me dire…
— Tu sais, sur ce sujet, je n'en sais pas plus que toi.
— Oui mais toi au moins, tu comprends ce que tu lis ou entends, tu peux imaginer les conséquences.

Nicolas s'est récemment mis au braille. Il nous montre une tablette destiné à écrire : on coince la feuille de papier et on la poinçonne.
Désormais nous connaissons tous la lettre é: c'est celle qui fait six points, deux colonnes de trois points.
Ecrire en braille, c'est comme composer en caractères de plomb: il faut écrire de droite à gauche en écriture en miroir, puisque qu'on poinçonne la feuille de points en creux avant de la retourner pour lire ces points en relief. Comme toujours, je reste admirative des capacités supplémentaires que développe un cerveau en situation de handicap.


tablette à écrire le braille

Je m'ennuie

Il faut bien le reconnaître, je m'ennuie. Plus de littérature, plus de cruchons, plus de Daniel Ferrer; plus de théologie (qui malgré mon espoir n'a jamais réussi à remplacer la littérature); bien moins d'aviron (mais l'ergo me tuait); un boulot qui consiste globalement à repeindre et remettre en ordre le salon du Titanic avant qu'il ne coule…

Je ne sais pas quoi faire de ma peau.
L'impression des Bourreaux de Staline ne s'effaçant pas, j'ai sorti Pour une juste cause de la bibliothèque. Pause dans la lecture de Balzac.
J'ai commencé Vigil (Arte) en faisant la vaisselle. Ça paraît prometteur.

Ça me réjouit

Pourrait-on écrire: « Ça, me réjouit » en voulant signifier par la virgule le geste de montrer ?

Homard m'a yonnaise


C'est tout de même une curieuse époque qu'une époque qui permet de se prévaloir de Charlie (septième anniversaire du massacre hier) pour défendre EZ.

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Agenda
Réveillée à cinq heures du matin.

Barrée le huit sous une pluie fine. Ce qui m'étonne, c'est le peu d'insistance sur l'entraînement physique par ailleurs. C'est bizarre, je n'ai pas été habituée à cela.

H. passe me chercher après son tennis de table (la reprise est dure, ça doit faire dix ans qu'il a arrêté) et nous allons déjeuner à la Méditerranée (globalement libanais).

Acheté trois chemises. J'espère qu'elles ne rétréciront pas.

Conversation twitter : il paraît que je vis hors sol parce que je ne me fais pas insulter dans le métro. C'est bien, les cons me bloquent avant que je ne les bloque. Ça me plaît, ça veut dire que je résiste bien.

Assommée

Trois raisons possibles et non exclusives les unes des autres :

* le visionnage de trois documentaires d'Arte:
Les bourreaux de Staline, sur Katyn. Je connaissais le carnage, je n'avais pas conscience que cela avait constitué un enjeu politique majeur jusqu'en 1990;
Les bourreaux aux mains propres, terrifiant si vous avez un peu d'imagination. La torture sans trace physique ou le lavage de cerveau (selon les angles ou les buts poursuivis).
La vie après Guatanamo, un documentaire sans certitude.

* ma troisième dose, puisque Saint-Antoine m'a contactée. Je n'ai pas résisté au plaisir de revoir "ma" doctoresse (je l'aime vraiment beaucoup):
— Alors, comment ça va ici? Aussi compliqué que l'année dernière?
— Oh non, ce n'est pas du tout la même ambiance. On hospitalise des gens qu'on n'aurait pas hospitalisé l'année dernière.
— Comment ça?
— On a plus de place et les pathologies sont moins graves. Non, ce qui change vraiment, c'est le comportement des soignants. Ils craquent un peu, ils ne supportent plus les non-vax. Et ça, c'est très nouveau, parce qu'on a l'habitude de soigner le chauffard bourré qui s'est planté, le cancer du fumeur incorrigible. Mais là, au bout de deux ans, ça commence à faire trop.

(Et donc j'ai peut-être un peu de fièvre. Et très sommeil.)

* une heure de massage thai. C'est amusant, au lieu de progresser des pieds vers les épaules, elle m'a entreprise par le côté droit puis le côté gauche.
J'ai des endroits vraiment très douloureux, sur les tibias ou les épaules. Une heure éprouvante pendant laquelle ma tête divague et rêve.


Et maintenant, au lit.

Quelques variants

Dernier communiqué d'Olivier Veran il y a 10mn sur France Info : Plusieurs variants ont été détectés simultanément; il faut s'y préparer.

- Le variant Travolta donne toujours de la fièvre, mais seulement le samedi soir.
- Le variant Suisse reste neutre, quel que soit le test PCR, antigénique ou sérologique.
- Pour le variant Bordelais, pas de souci on a les Médoc.
- Le variant Normand est difficile à prévoir : "P'têt ben qu'oui, p'têt ben qu'non".
- Le variant Belge serait redoutable, ça finit généralement par une mise en bière.
- Ne craignez plus le variant Chinois, il est cantonné.
- Par contre, le variant SNCF arrivera plus tard que prévu.
- Contrairement aux apparences, le variant du Bénin serait grave voire dangereux.
- En ce qui concerne le variant Italien, vous en prenez pour Milan.
- De son côté, le variant Ecossais se tient à carreau.
- Apparemment, avec le variant Japonais, il y a du sushi à se faire.
- On parle de l'émergence d'un variant Colombien, mais il semblerait que ce soit de la poudre aux yeux.
- S'agissant du variant Moscovite, c'est un méchant virusse.
- Pour sa part, le variant Corse s'attaque au bouleau puisqu’il est transmis par l'écorce.
- Le premier symptôme du variant Breton, c'est quand on commence à entendre le loup, le renard et la belette chanter.

Sérivore

En vacances encore deux jours. Pluie fine. Aviron. Un quatre et une yolette. Je barre la yolette puis prends la nage. Plaisir du mouvement connu par cœur, de l'extention sur corps sur l'arrière, les coudes bien dégagés, les omoplates serrées, entre l'eau et le ciel, dans la pluie fine entre les arbres, le reste du monde disparu.

Sylvain au deux derrière moi m'a donné après la sortie des précisions sur le début du geste. L'intéressant, c'est qu'il a commenté la position en relation avec la technologie des bateaux: «quand les bateaux étaient en bois, ils étaient plus mous, c'est pour ça qu'on pouvait se permettre de ramer le dos un peu rond, comme les rameurs des années 70, mais maintenant les bateaux sont plus durs, il faut protéger son dos, il faut rester droit et jouer avec le poids de son corps».

La suite de Casa de papel. A la fois plus romantique et plus violent que les deux premières saisons (qui étaient déjà gratinées), entre hôpital de campagne et attentat au Liban, sans oublier les discours féministes et transgenres. La série s'inscrit dans la lignée des Anonymous, les contestataires post-crise 2008. C'est un peu décalé quand on regarde cela dans le contexte du covid: un scénario qui sacrifie allègrement les civils et déclenche une opération armée dans le centre de Madrid… Je me demande ce que cela devient dans les deux dernières saisons (à suivre).
Il est deux heures du matin, il faudrait que j'arrête.

J'ai piscine

Repassage devant la deuxième saison de la Casa de Papel, vidage d'un carton et piscine.

Impossible de me souvenir de la dernière fois que je suis allée à la piscine. Il y a plus de dix ans, probablement.

La piscine de Moret a rouvert cet été après avoir été fermée depuis l'inondation de juin 2016. Elle a deux bassins, dont un extérieur. C'est ce qui m'a convaincue d'essayer: l'espoir que grâce au grand air, les vapeurs de chlore ne me rendraient pas malade et que je pourrais ajouter la natation à mes entraînements.

Quarante-cinq minutes de bassin dans la nuit, sous la bruine. Au bout de quelques allers-et-retours, j'ai remarqué le clocher de Moret contre le ciel noir.

Le chlore a gagné. Crise d'éternuements en rentrant à la maison, champ de vision troublé par un voile blanchâtre, blanc de l'œil rouge vif.

Je ne retournerai pas à la pisicne.

Sans dérive

Il fait très doux. Je barre le huit. A cinq cent mètres du club, le bateau heurte un bloc destiné à mettre en place des barrières de chantier, un bloc de 80x30x13 cm percé de trous pour mettre les pieds des barrières. L'étonnant est que ce bloc ne coule pas, il flotte à fleur d'eau, invisible.
Le bateau le heurte exactement dans l'axe et on entend le bloc passer tout le long de la coque. Question: la barre est-elle touchée?
Nous ramons, je fais des tests, la barre réagit. Cela prend du temps, comme toujours en huit. La difficulté est qu'il faut redresser avant que le huit ait pris la direction souhaitée. Je tire vers babord, je compte trois coups de rame puis je redresse avant même que le bateau ait pris la direction de babord. Il vire alors vers babord au quatrième ou cinquième coups de rame.

La sortie se passe ainsi, avec un coup de chaud lorsqu'une péniche apparaît face à nous alors que le bateau est au centre de la Seine. «On appuie à tribord, un coup», je tire sur la barre, le bateau dévie, c'est bon, nous sommes passés. La péniche fait des vagues, nous remplissons un peu.

J'ai tellement tiré sur la barre qu'à quelques mètres du ponton le câble en a rompu brutalement.

Une fois le bateau retourné sur les tréteaux, nous avons découvert que la dérive était partie. Il ne restait que la partie mobile de la barre, un aileron de quelques centimètres carré. Pas étonnant que le bateau réagissait lentement.

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Le soir O et Cy viennent dîner. Encore un gueuleton. L'indigestion est proche. Ça fait plaisir de les voir, ils sont cool et joyeux.
O. m'a offert les deux derniers Akira dans l'édition dans laquelle j'ai les quatre premiers. J'aurais au moins appris cela à mes enfants: la cohérence des éditions.

Cole Porter

Cole Porter au théâtre du Châtelet. J'aime plus le music hall que l'opéra.

Retour à gare de Lyon à pied à travers le Marais. Boulevard des souvenirs, transformation de certains magasins, permanence d'autres, changement de nom d'hôtels ou de restaurants. Et évidemment la disparition des Mots à la bouche.

Nous avons oublié d'aller voir la Tour Eiffel bleue.

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