Alice du fromage

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Billets qui ont 'Val Thorens' comme ville.

jeudi 5 février 2026

Pointe de la Masse

Mangé d'excellentes frites dans une chaise longue face aux aiguilles d'Arves que j'avais déjà vues en planeur. Je suis fière de moi car je les avais reconnues l'autre jour à Orelle.

En haut de la Pointe de la Masse se trouve un dispositif ingénieux qui permet de réellement identifier les montagnes: il faut aligner les lettres et la flèche indique le bon sommet.
La vue est magnifique.

Les Ménuires - Mont Blanc vu à partir de la Pointe de la Masse


Sur les pylones des Ménuires sont collées des affiches qui proclament (en anglais) «Avant il fallait se protéger de l'hiver, maintenant nous devons protéger l'hiver», «Quand on aime la neige, on aime le ski; mais quand on skie, on menace la neige, alors que faire?», «Les sports d'hiver sont essentiels à l'économie de nos vallées». J'ai oublié l'adresse d'un site. En faisant des recherches ce soir, j'ai trouvé POW, Protect our Winters. Est-ce hypocrite, est-ce woke, est-ce du greenwashing ?

Le soir je pars à la recherche de bain moussant au SPA des Balcons. Bredouille. Il faut se rendre à l'évidence, il n'y a pas de bain moussant sur la station.

mardi 3 février 2026

Orelle

La techno a recommencé ce matin à six heures. Il neigeait. Je me suis levée, j'ai mis France Musique pour couvrir le bruit et j'ai bricolé sur mon ordi. Petit déjeuner. Autre supérette, toujours pas de bain moussant. Le caissier me conseille gentiment de voir dans les SPA s'ils n'en vendent pas.

Matinée dans la vallée d'Orelle par télésièges Moutière et Grand Fond (Grand Fond est la clé vers Orelle comme Plein Sud l'est vers Méribel, il faut que je m'en souvienne). Je suis au niveau des nuages.

Col de Thorens - 3 février 2026


Je descends des pistes non dammées (not groomed, c'est amusant). La poudreuse fait un joli bruit, mais elle est lourde et fatigante. Mes muscles ne sont pas à la hauteur.

Vers midi je me trompe de téléphérique et en prends un qui… descend. Je mets longtemps à comprendre. Il est très long et passe de 3000 à 800 mètres. Il date de 2021. Est-ce le projet fou d'un maire, d'un député? Développer Orelle en permettant d'atteindre les remonte-pentes des 3 Vallées en dix minutes? Quel est le prix de l'immobilier à Orelle? Je ne sors pas de la cabine et remonte.

L'après-midi je repasse du côté de Val Thorens. Cime de Caron dans la brume, Boismint, Moutière, Péclet, Moraine, Grand Fond, Plein Sud, etc. Ce soir, mon appli annonce 73,5km, mais je ne sais pas combien il faut enlever pour l'aller-retour à Orelle. Je suis très fière de ma pointe à 58,6 km/heure.

Le soir je comprends qu'en fonction de la position d'un fusible (ou plutôt de deux qui paraissent solidaires), je peux allumer soit le micro-onde, soit les plaques de cuisson, mais pas les deux à la fois.

La question du jour : acheter ou pas des chaussures de ski? Le loueur me disait dimanche que si je skiais régulièrement, il valait mieux avoir ses chaussures, pour pouvoir les adapter parfaitement.
Je ressasse: je ne skie pas régulièrement, mais vais-je skier régulièrement? Y a-t-il une chance que je skie une semaine par an pendant dix ans?

lundi 2 février 2026

Lundi

Je me suis très couchée tard. Et une fois au lit, catastrophe: musique que je qualifierais de techno — par simplification. Il est une heure du matin, je me dis qu'il est inutile que je me dérange, que quelqu'un dans l'immeuble va râler. Je mets deux boules quiès. Chaque fois que je me réveille le bruit est là, permanent. Je dors très mal, pas seulement à cause de la musique, mais parce que l'air est desséché, me dessèche et que j'ai chaud et froid alternativement.
Vers six heures le bruit a disparu. Je prends un ibuprofène et dors encore deux heures.

Quelques indications d'orientation (pour l'année prochaine ou dans deux ans, quand je ne me souviendrai de rien): les télésièges Plein Sud, 3 vallées VT 5 vers le col de la Chambre permettent de passer du côté de Méribel. Au pied du télécabine Mont Vallon je fais demi-tour car la piste rouge a été reclassée en noire et un message décourage les skieurs "intermédiaires"; télésièges Plan des mains, Bouquetins. Je descends la piste rouge Alouette, je prends le nouveau téléphérique Côte brune. Je suis avec un moniteur de ski qui explique à ses élèves que les travaux ne peuvent avoir lieu que pendant un court intervalle l'été: «il peut y avoir de la neige jusque mi-juillet et elle recommence à tomber en septembre». Mentalement j'imagine les contrôles auxquels sont soumis tous ces pylônes.

La ligne des montagne est magnifique mais peu la regardent. Smartphones, carte des piste, discussions entre amis… Peu lèvent le nez.
Je descends Pluviomètre une ou deux fois, j'emprunte des pistes rouges. Je prends de l'assurance, je vais plus vite. En fait tout est plus facile quand on va plus vite. Simplement, si on tombe, on se fait plus mal. Téléphériques Bruyères 1 avec quatre jeunes gens hautement puants. L'un d'entre eux raconte ses hauts faits, du genre un resto-baskets au Liban de plusieurs centaines d'euros, des jets de pierre sur des voitures parce qu'il était bourré. Mais comment peut-on se vanter de ça? Il me fait penser à la réputation des étudiants de l'INSEAD à Fontainebleau. Les quatre font des projets pour les années suivantes, parlent budget. «Le problème, c'est de réserver à l'avance et qu'il fasse mauvais». Ben oui ma cocotte, c'est ça, les sports de plein air, ça dépend de la météo.

Je casse-croûte à nouveau au col de la Chambre puis je repars sur la vallée de Val Thorens pour l'après-midi afin de limiter le risque de ne pas rentrer à temps.
Mon problème principal est que je ne retiens pas à quelles pistes mènent quel téléphérique ou télésiège. Péclet et Lac blanc permettent des rouges intéressantes. Désormais je m'exerce à dépasser certains skieurs, je fais la course sans qu'eux le sachent.
En prenant Pionniers ou Plein Sud, je rentre au studio par les pistes. L'un des deux doit être ma dernière remontée de la journée.
Au pied de ces télésièges, surprise: contrôle des sacs, arrêté préfectoral, interdiction d'avoir de l'alcool. Les cabines de ces remonte-pentes survolent le bar «La folie douce». Musique à fond et jeunesse surexcitée. Je me demande comment ils redescendent à ski en étant bourrés.

Recherche vaine de bain moussant. Les rayons de la supérette sont remplis de groupes d'Allemands et de Hollandais qui achètent de l'eau et de la bière.

Sans doute à cause des jeunes filles splendides que j'ai vu se brosser les cheveux hier à 2800 mètres pendant leur pause-déjeuner (une brosse à cheveux: mais bien sûr, indispensable dans le sac à dos pour une journée de ski), je me lave les cheveux avant d'aller au restaurant. Je regrette de ne pas avoir pris de maquillage, je n'avais pas anticipé que ma cicatrice sur la lèvre supérieure serait si voyante, rouge cerise. En fait je ne comprends que maintement que c'est une cicatrice ordinaire, comme une cicatrice sur le genou: elle va mettre des mois à disparaître.

Une heure de visio pour un point sur les municipales.

Faux-filet, tarte aux myrtilles. Je rentre, le studio est silencieux. Serait-il possible qu'il n'y ait pas de musique ce soir? Nous sommes lundi, les boîtes de nuit seraient-elles ouvertes?

dimanche 1 février 2026

Premier jour

Réveillée comme tous les jours à 5h50. Je prends un doliprane, ferme les rideaux et me recouche.
Levée 8 heures. Je ne me presse pas. Je ne sais pas trop comment m'y prendre, je ne sais pas où je vais chausser mes skis pour la première fois, je ne sais pas si je suis assez souple et assez musclée (il y a six ans, je faisais beaucoup d'aviron).

A part le ski, l'autre inquiétude, c'est l'orientation. En 2019, je ne faisais attention à rien, laissant O. me guider. Aujourd'hui, il faut que je me débrouille et j'ai peur, non pas réellement de me perdre (il suffit de demander son chemin au personnel des télésièges), mais de mal évaluer le temps et les distances et d'être coincée dans la mauvaise vallée à l'arrêt des remontées mécaniques.

Cessons le suspens: tout s'est très bien passé. Ce que j'ai perdu en muscle et en souffle (essouflée à 3000 mètres), je le compense par un meilleur équilibre. Le travail profond effectué depuis neuf mois porte des fruits. J'ai essayé des pistes vers Méribel (remontée "Les Bruyères", je le note pour un prochain séjour), je me suis perdue vers les Ménuires (dont j'ai découvert l'étonnant clocher). Il a fait très beau, la ligne des montagnes est magnifique. Tandis que je calculais que je tenterai les pistes rouges dans deux ou trois jours, je me suis retrouvée en haut d'un téléphérique où il n'y avait que des rouges et des noires; il m'a bien fallu descendre.

Etre seule permet de se glisser sur les sièges ou dans les œufs à chaque fois qu'il ne reste qu'une ou deux places alors que les groupes s'attendent pour être ensemble. J'écoute les conversations. Le plus drôle fut le père disant à son petit garçon (six ou sept ans): «D'accord pour aller plus vite, mais en échange, tu m'écoutes, deal?» Le garçonnet réfléchit et répond honnêtement: «Non». (J'ai adoré son honnêteté et son audace.) Ils étaient quatre Anglais, la fillette était plus âgée, avec de merveilleuses taches de rousseur. «Mais si on ne va pas vite, on va s'ennuyer» analyse-t-elle. Une autre fois, une Espagnole et une Chinoise découvrent qu'elles habitent toutes les deux Londres. Dans un autre télésiège j'ai eu droit à une sorte de revue du Who's who, entre Canada, Pays basque et Corrèze. Quant à la jeune fille qui évoquait le RER D dans le funiculaire de la Cime de Caron, je ne peux que lui donner raison.

Dans une autre conversation j'ai découvert le fairphone.
Le mec d'un groupe de trois — Ah tiens, Thierry devrait prendre un fairphone, ça lui irait bien. C'est un smartphone construit entièrement à partir d'éléments recyclés, où toutes les parties sont remplaçables.
L'une des deux filles: Ça doit moche et très lourd, non?1
Le mec: Oui, et ça fait de très mauvaises photos. On n'a rien sans rien.

J'ai téléchargé l'application "Les trois Vallées", je peux donc partager quelques statistiques : 56,4 km parcourus et 6,13 km de dénivelé en 6h05. (Cela ne fait pas 9km/h: il y a le temps des remontées et la pause casse-croûte).

Le soir, j'ai échangé mes chaussures qui me blessaient la malléole. Acheté du coca au cas où la colique reviendrait. Bu une Guinness au bar du coin.

J'ai pris un coup de soleil sur le nez et les joues. Cela provoque des frissons de fièvre. C'est très laid sur la cicatrice fraiche de ma lèvre. Demain, écran solaire.



Note
1: Ça me fait plaisir de n'être pas la seule à avoir ce genre de scepticisme. Surtout que la jeune femme doit avoir trente ans.

samedi 31 janvier 2026

Installation

Train de 6h24 (nous avions prévu le 53, mais puisque nous étions prêts, nous en avons profité).
Thé et porridge à Prêt à manger gare de Lyon.
TGV de 8h40. Je ne me suis pas pressée, je monte dedans à 8h25. Il est plein comme un œuf et c'est le chaos, notamment pour caser les bagages très volumineux des vacanciers skieurs.
Je lis, je dors, je nomme et classe des photos. Rocher Suchard. Ma voisine disparaît au bar quasi tout le voyage.

Car à Moûtiers. Dans la gare routière je découvre avec stupéfaction des cars Amsterdam-Moûtiers. Mazette.
Il fait beau. La route est étroite. Les cars qui montent et descendent se cèdent le passage avec courtoisie dans les virages.
J'arrive à 14h20, la location commence à 16h. Je pars à la recherche d'un endroit où boire un verre et je m'épuise avec mon sac à marcher dans la neige au bord des pistes, à la recherche d'un bar que j'aimais bien il y a six ans (put*** six ans! Pourquoi ai-je attendu six ans pour revenir? Existe-t-il encore? Le covid est passé par là).
Je finis par le trouver, mais il est désormais si près de 16 heures que je n'ai plus le temps de me détendre. J'achète mon pass pour les trois vallées et retourne à l'appart.

Je récupère les clés: c'est minuscule (pour quatre? Quatre là-dedans pour dormir, OK, mais une fois qu'on ajoute les bagages, on doit se marcher dessus), très propre, très bien équipé, avec des produits de première nécessité. (Je déteste les endroits où il n'y a rien dans les placards, où tu es obligé d'acheter du sel et de l'huile, denrées que tu es plus ou moins obligé de laisser quand tu repars car intransportable dans une valise.)

Je me fais un thé, mange deux bols de Smack et repars louer des skis chez Goitschel dont j'ai retrouvé le nom dans ce blog. C'est le rush du week-end (ils sont ouverts jusqu'à 20h); ceux qui rendent leurs ski croisent ceux qui en prennent. Suite à ma chute de vélo et parce que j'ai remarqué cette après-midi que tout le monde désormais en portait un, j'achète un casque.

Je rentre, fais mon lit et prévois de dormir dix minutes qui deviennent une bonne heure. Je ressors faire des courses, puis une troisième fois pour manger une fondue savoyarde (un mois que j'en rêve).
Toujours la même question: «vous êtes seule?» (déjà chez le loueur de ski). Personne ne vient seul au ski, c'est une activité de groupe, pour être heureux ensemble.
Je rentre en m'apprêtant à dormir solidement, mais je fais une crise de colique une heure durant: l'altitude? les Smacks? le lait? la fondue? l'appréhension sourde de devoir skier demain six ans après, seule?

jeudi 29 janvier 2026

Bagage

Télétravail. Pain, rosbeef froid et moutarde, baba au rhum.

Je prépare ma valise: pour skier 2 maillots de corps coton-soie, 2 sous-pulls petit bateau hérités de l'aviron, un pull en cachemire gris que m'avait donnée ma formatrice irlandaise (très fin et très chaud), des chaussettes de ski, un pantalon de ski, des moufles, des sous-gants en soie, deux bonnets (avec et sans pompon) et un tour de cou issu de l'aviron lui aussi. Il sera possible de faire une lessive dans le lavabo un jour sur deux, un jour sur trois, si nécessaire. Je ne serai «en civil» que deux ou trois heures par jour, et encore, si je ressors le soir; je n'emmène que des sous-vêtements, des chaussettes et un tee-shirt de nuit, mon jean et mon pull de voyage suffiront pour la semaine.
Comme on le voit, voyager seule réduit les efforts de coquetterie ou d'élégance. Pas de produits de maquillage mais mon gros de crème Nivea qui doit avoir dix ans (dans l'espoir d'enfin le terminer), de même des bouteilles de shampoing et douche en fin de vie: je les jetterai sur place. Doliprane, ibuprofène, vicks.

Je priorise ce qui me fait plaisir : huit One Piece (un «arc»), Un mois à Sienne offert par Aline, des cartes de voeux (après tout il restera une journée), des timbres et du papier à lettre, mon ordi, le chargeur adéquat, deux paquets de Smack (si, si) et un demi litre de lait (pour manger en urgence le premier soir ;-) ), un étui de rochers Suchard noirs, une trousse à stylos et une trousse de fils, chargeurs, écouteurs, carte d'identité et carte bleue.

Tout cela tient dans un sac de voyage (pas une valise mais un sac acheter pour le coffre de la Mazda) et un petit sac à dos Décathlon.

samedi 28 décembre 2019

Bilan

1. Les gens de Val Thorens sont charmants. Tous les commerçants, employés aux télésièges, conducteurs de bus, serveurs, moniteurs de ski, tous, sont charmants et attentionnés.

2. La préparation des pistes est impressionnante. Chaque soir nous avons vu les lumières clignotantes des dameuses sur les pistes et il m'a semblé que les pistes étaient beaucoup plus prévisibles que dans mon souvenir (trente ans plus tôt) où à tout moment on risquait de rencontrer une bosse ou un creux inattendu.
Une dameuse a eu un accident le jour de Noël et j'en profite pour saluer tous ces travailleurs dont il est vaguement gênant de se dire qu'ils travaillent pour que nous nous amusions (j'ai beau savoir que c'est la loi des loisirs en général et des vacances en particulier, c'est plus embarrassant quand il s'agit de travail l'hiver dans le froid et la nuit — et de plus dangereux).

3. Les grévistes nous ont rendu service en nous obligeant à louer un minibus: nous avons pu écouter des playlists, moduler nos horaires (ne pas craindre de rater le train) et emmener les cadeaux (en train nous avions prévu de ne prendre que des photos, poids et encombrement obligent).

4. La répartition des tâches s'est faite naturellement, même si certains ont donné plus que d'autres. Ma plus grande crainte était que H. se retrouve à tout faire parce qu'il ne skiait pas (et comme il n'avait pas envie de venir, il l'aurait fort mal pris, c'est compréhensible). Cela n'a pas été le cas, ouf.

5. Ce matin nous avons acheté six assiettes plates à Val Thorens puis six couteaux à Moûtiers.

6. Beaucoup de Hollandais.

7. Cam sait mettre des chaînes à un camion. Heureusement car descendre de la montagne n'a pas été simple.

8. J'ai très mal à l'épaule droite. C'est le plus gênant.

9. Je suis triste que tout le monde ait l'air si pressé de rentrer chez soi. Comment appelle-t-on le contraire du heimweh, le fait de ne jamais avoir envie de rentrer?

10. Violente attaque de chagrin, encore, que je dissimule comme je peux mais plutôt mal — parce que ce n'est pas contrôlable, c'en est la définition (le pire, c'est quand on me demande «Ça va?» — je sens tout l'intérieur de moi s'effondrer et se mettre à pleurer. Je ne peux plus parler tant la concentration est grande pour conserver figure humaine).

11. Rentrés vers 22h30. Cam et C. sont repartis aussitôt. A. partira demain, elle est attendue pour soigner un chevreau nouveau-né qui refuse de téter (? Mais que peut-elle y faire?)

vendredi 27 décembre 2019

Dernier jour

Même temps que le 22. On ne voit rien, mais tandis qu'au début de la semaine nous ne savions pas ce que nous rations, il y a le regret du beau temps, et la fatigue sans doute aussi. Cam se décourage, C. continue à avoir mal, non à cause de ses chaussures mais parce que la jambe a été trop meurtrie. O. présente toujours la même énergie et moi je sais si peu quand j'aurais l'occasion de skier de nouveau, avec une aussi bonne neige, des aussi bonnes chaussures, autant de kilomètres de pistes, que je n'ai pas envie d'arrêter mais de continuer le plus possible.

Restes de croziflette, quelques parties de Mind en spectatrice puis en actrice (jeu étrange, intéressant) et O. et moi repartons. Je regretterai ces parties de Mind en m'apercevant qu'il est trois heures: nous avons gaspillé une heure, irréversible. O. a l'ambition de descendre l'une des deux pistes noires. Je ne me sens pas au niveau mais je vais essayer.

Les montées vers le sommet s'effectuent par paliers: un télésiège puis un autre pour accéder à la piste souhaitée (que je serais bien incapable de trouver seule tant je me repose sur O. dont le sens de l'orientation est légendaire dans la famille). La première montée s'effectue dans une purée de poix (blanche...), les flocons givrés cinglent les visages, nous sommes quasi seuls sur le télésiège, la seconde montée entre à l'intérieur même du nuage, nous ne voyons plus rien. Le masque d'O. est couvert de givre et il l'enlève. Nous descendons une rouge pour nous échauffer, remontons dans le même brouillard et prenons cette fois la noire.
Je tombe trois fois, sans déchausser, en faisant toujours la même erreur: je ralentis tant que je remonte la pente et tombe quasi en reculant, debout vers l'amont.

La beauté de cet après-midi, la consolation, la joie, est que le soleil perce derrière les nuages, ou plutôt que le nuage descend dans la vallée et que nous restons au dessus. C'est magnifique et tellement reposant après le mauvais temps du matin.
Vue en arrivant en haut du télésiège, en face de nous. La photo écrase la profondeur et ne rend pas justice à l'intense sensation de présence des montagnes face à nous. A un centimètre du bas de la photo, la ligne blanche représente le bord du précipice.


Nous refaisons la noire plusieurs fois; je ne tombe qu'une fois, encore de la même manière. Je me répète comme un mantra «les épaules vers la pente, la vitesse est ton amie». Cela n'a pas grand sens de prendre cette piste à mon niveau, mais peut-être qu'avec deux ou trois jours de plus je pourrais la descendre proprement. O. est heureux comme un chien fou et cela chauffe le cœur.

Dernière remontée («vite, il reste une minute» nous dit l'employé du télésiège), dernière descente, je suis triste.

Les quatre autres nous attendent devant le magasin de location de skis, ils nous ont descendu nos chaussures (bénédiction!). Nous rendons tout, c'est fini.

Vin chaud au même endroit qu'hier. C. et A. se sont disputés et font la gueule. A. se déride quand je lui demande d'observer mon coude gauche (j'ai découvert une vive douleur quand je tends le bras et je ne sais pas d'où elle vient: pas d'une chute, pas d'un choc…) A. me masse le poignet en expliquant que je me suis probablement trop crispée sur mes bâtons et que ça va passer. C. se concentre sur son téléphone.
Vin chaud et crêpe.

Nous rentrons. Une bière, une douche, nous repartons pour le même restaurant que le 24, dans l'anticipation de nos plats puisque nous connaissons la carte. Je finis pas pousser une gueulante car tout le monde trouve très drôle de me harceler sur le thème «dépêche-toi, tu vas être en retard». Non ce n'est pas drôle quand on insiste, oui je me sens bullied, surtout si tout le monde s'y met, et je suis en vacances, et j'ai tout organisé, et pendant vingt ans j'ai emmené des enfants à l'école et préparé les affaires de colo et attrapé leurs bus ou leurs trains sans en manquer un, ce n'est pas pour qu'on me casse les pieds parce que je mets cinq minutes à trouver mon jean ou me sécher les cheveux EN VACANCES, alors fichez-moi la paix, apprenez à hiérarchiser les priorités, le restaurant s'en tape d'un quart d'heure de retard: nous sommes les clients.
Mais bon, je suppose qu'à un autre moment je les aurais laissé faire (c'est sans doute un tort, ils ne se rendent plus compte qu'ils font cela tout le temps et que ce n'est plus drôle depuis longtemps) mais ce soir, je suis triste de devoir rentrer et je voudrais un peu de considération (c'est bizarre de l'écrire ici, de devoir l'écrire ici ("devoir" non comme une obligation, mais comme seul lieu d'expression: la véritable raison d'être du blog)).

Fondue aux cèpes.

mardi 24 décembre 2019

Fragile

J'ai skié avec les grands aujourd'hui (C., O. et Cam). Il neige toujours, la visibilité est quasi nulle ce qui est presque un avantage pour moi: cela m'évite de me poser trop de questions sur la façon de négocier les bosses.

Nous avons commencé par changer mes chaussures qui m'irritaient. (Pause pub: sur les conseils d'Agnès Barthélémy1, nous avons pris nos skis chez Goitschel qui scanne les pieds en volume et s'engage à changer les chaussures aussi souvent que nécessaire durant la location.) J'étais sceptique quant à la possibilité de trouver des chaussures qui ne me feraient pas mal (je me souviens des chaussures de mon enfance), mais le miracle a eu lieu.

Je suis tombée durement le matin, à la deuxième ou troisième descente. Impossible de dire ce qui s'est passé, je n'ai eu le temps de me rendre compte de rien. Je suis tombée de tout mon poids sur l'épaule droite et la tête a porté (bougeant avec précaution après le choc en me disant «Finalement j'aurais peut-être dû prendre un casque» et «zut, pourvu que je n'ai pas de commotion cérébrale»). J'ai mis un temps infini à rechausser. La neige s'était agglomérée en paquets sous ma chaussure et je n'arrivais plus à rechausser. C. a fini par remonter la pente pour voir ce qui m'était arrivé.

Les enfants sont attentifs et me baby-sittent. Ils s'arrêtent régulièrement pour m'attendre et Cam reste souvent derrière moi afin de me ramasser si je tombe. Je suis embarrassée de les ralentir; j'éprouve une pointe de regret quand ils m'appellent "maman", j'aimerais tant, juste sur les pistes, avoir leur âge. Je pense à Alec Guinness et je souris jaune.

La journée se termine à la tombée de la nuit; les télésièges s'arrêtent à 16h30. Nous rentrons, goûtons, jouons. Mon épaule droite est très douloureuse, tous les mouvements qui éloignent le coude du corps me sont interdits, je ne peux plus enlever un pull ou porter un broc. Heureusement ça ne me gêne pas pour skier, sauf au moment de prendre les télésièges où il faut que je me souvienne de ne pas utiliser mon bras droit pour amortir l'arrivée sur les portillons. Surtout ne pas retomber sur cette épaule…

Quand nous descendrons en ville pour le réveillon nous assisterons au feu d'artifice de la station. A la demande d'H. nous prendrons une photo de famille devant le grand sapin de la place principale: chaque fois qu'il va aux USA ses interlocuteurs lui réclament une telle photo et il n'a rien à montrer.
Agnès nous a trouvé un restaurant pour le réveillon (alors que le même restaurant nous avait dit être plein) et nous passons une soirée animée, à base de fondue de légumes et de rôti de cerf.

Cadeaux de Noël: Valérian et Calvin & Hobbes.



Note
1 : un service de conciergerie était compris dans la location de l'appartement, ce dont je n'avais pas pris conscience au moment de louer.

lundi 23 décembre 2019

Ski

C'est bon, le ski ne s'oublie pas. Même les défauts sont là, fidèles (le poids trop en arrière). Ce qui me surprend le plus, c'est que j'oublie totalement que je peux tomber. La neige est fraîche et produit un crissement merveilleux, le bruit de mon souvenir.

Matinée en cours de ski: ne pas avoir peur de prendre de la vitesse en se mettant face à la pente pour tourner, rester bien en avant le tibia en appui contre la chaussure, se redresser pour tourner (alléger). Courses, repas, sieste. Dormi comme un bébé, comme je n'avais pas dormi depuis longtemps (un ou deux ans je pense: ma qualité de sommeil s'est beaucoup détériorée, je me réveille très souvent). Quand je me lève il neige tant qu'on ne voit rien par les fenêtres, les enfants ont abandonné l'idée de skier cet après-midi.

1000 bornes avec un jeu très ancien, datant sans doute de la création du jeu; à nouveau la Fiesta de los muertos, à six, avec des contraintes cette fois (quel mot de rime en i associeriez-vous à Newton? Quel mot de la nature à Bruce Lee?); vin chaud.

Tais-toi projeté sur le mur du salon (il fait partie des films que nous citons beaucoup («il faudrait construire des asiles de cons, mais vous imaginez la taille des bâtiments», «— J'ai du mal à rassembler mes idées — C'est pas grave, laisse-les en désordre») et nous souhaitons donner des points de repère à Cam): que Depardieu joue bien et que Reno joue mal!
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