Alice du fromage

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Billets qui ont '2026-01-18' comme date.

dimanche 18 janvier 2026

Gonflée

Je suis tombée de vélo hier soir en rentrant du planeur et le visage a porté: j'ai la lèvre supérieure gonflée, elle a pris une assez jolie couleur rouge foncée. Le moche, c'est l'écorchure d'un centimètre sur deux en dessous du nez qui donne l'impression que je saigne en permanence.

Nous avons fini dans la matinée le dépliage-repliage des cinq parachutes restants. Je suis rentrée et j'ai dormi tous l'après-midi en lisant par intermittences Meurtre en Mésopotamie.

samedi 17 janvier 2026

Pliage

Journée de formation au pliage de parachutes de sauvetage.
« Ni sportif, ni de secours, il ne faut pas confondre. »

Le formateur est un retraité bénévole, il parcourt la France à la demande de la fédération ou des clubs et ne jure que par l'armée.

Nos parachutes doivent être dépliés et repliés une fois par an, tout est suivi dans des registres (en cas d'accident il y a enquête de gendarmerie), c'est à la fois simple et précis: recherche des taches et déchirures, pliage selon le manuel. L'objectif est que cela s'ouvre le plus vite possible, il y a un extracteur (gros ressort) qui projette le parachute vers le haut, des velcros, des élastiques. «Vous aurez peut-être les jambes cassées, mais cela vous sauvera la vie» m'a dit un jour un instructeur.

A la fin de chaque pliage, nouvelle date de validité indiquée sur le tableau de suivi, au-dessus de l'armoire aux parachutes: 17 janvier 2027. Cette date me paraît inatteignable, mythique.

A la fin du week-end, j'aurai mon brevet de plieuse de parachute.

vendredi 16 janvier 2026

Un homme droit

Enterrement de Monsieur G., le père d'un ami.

Notre ami étant resté longtemps chez son père, nous sommes longtemps allés chez lui, de 1991 à 2003 au moins, puisque le Monde de Nemo est associé à son appartement, je ne sais plus pour quelle raison (y avions-nous laissé le plus jeune pendant que nous allions au cinéma? Ou avons vu le film en cassette chez lui?)
M. G. n'était pas souvent chez lui, nous le croisions de temps en temps, il était discret et souriant. Je le connaissais surtout par les anecdotes racontées par son fils, notre ami.

Il avait gagné à tout jamais mon admiration et mon respect quand son fils nous avait dit que jamais son père, grand travailleur devant l'Eternel y compris durant ses vacances, n'avait montré d'impatience ou d'agacement devant le bruit ou les chamailleries de ses enfants: était-ce réelleement possible, moi qui m'impatientais si vite? (j'ai appris ce comportement alors que mon aîné devait avoir quatre ou cinq ans).

J'aimais l'histoire de M. G. rentrant chez lui, trouvant son fils ivre mort en travers de son lit, celui-ci comme excuse ne trouvant qu'à babultier d'une voix pâteuse: «ça ne t'est jamais arrivé, à toi?» et la réponse nette, après une seconde d'examen: «Non».

Mais mon histoire préférée, celle qui fait que je pense à M. G. à l'occasion, est la suivante: M. G. avait un poste important dans une grande entreprise et négociait avec les syndicats. Un jour, alors que les syndicats protestaient de l'injustice de je ne sais quelle mesure, M. G. avait invoqué la parabole de l'ouvrier de la onzième heure.
Cela me ravissait et me ravit chaque fois que j'y pense, pour des raisons variées: évoquer l'évangile — devant des syndicalistes — et quelle parabole, celle qui revendique pour le patron de payer autant le dernier arrivé que le premier, sans se justifier — et de répondre «en quoi te nuis-je, ne te donnai-je pas ce que je t'ai promis» — ce qui dans une logique humaine est injuste, mais finalement, met en lumière nos raisonnements étriqués, notre incapacité à se réjouir d'un bienfait accordé à notre voisin — pourquoi ne pas se réjouir que notre congénère soit aussi bien traité que nous-mêmes? — quelle leçon pour ces syndicalistes que d'être pris en flagrant délit d'une générosité moindre que celle de leur patron.
Oui, je pensais régulièrement à M. G., je continuerai à penser à lui.
Avec sa mort, une part de notre jeunesse disparaît.
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