Alice du fromage

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Billets qui ont '2026-02-01' comme date.

dimanche 1 février 2026

Premier jour

Réveillée comme tous les jours à 5h50. Je prends un doliprane, ferme les rideaux et me recouche.
Levée 8 heures. Je ne me presse pas. Je ne sais pas trop comment m'y prendre, je ne sais pas où je vais chausser mes skis pour la première fois, je ne sais pas si je suis assez souple et assez musclée (il y a six ans, je faisais beaucoup d'aviron).

A part le ski, l'autre inquiétude, c'est l'orientation. En 2019, je ne faisais attention à rien, laissant O. me guider. Aujourd'hui, il faut que je me débrouille et j'ai peur, non pas réellement de me perdre (il suffit de demander son chemin au personnel des télésièges), mais de mal évaluer le temps et les distances et d'être coincée dans la mauvaise vallée à l'arrêt des remontées mécaniques.

Cessons le suspens: tout s'est très bien passé. Ce que j'ai perdu en muscle et en souffle (essouflée à 3000 mètres), je le compense par un meilleur équilibre. Le travail profond effectué depuis neuf mois porte des fruits. J'ai essayé des pistes vers Méribel (remontée "Les Bruyères", je le note pour un prochain séjour), je me suis perdue vers les Ménuires (dont j'ai découvert l'étonnant clocher). Il a fait très beau, la ligne des montagnes est magnifique. Tandis que je calculais que je tenterai les pistes rouges dans deux ou trois jours, je me suis retrouvée en haut d'un téléphérique où il n'y avait que des rouges et des noires; il m'a bien fallu descendre.

Etre seule permet de se glisser sur les sièges ou dans les œufs à chaque fois qu'il ne reste qu'une ou deux places alors que les groupes s'attendent pour être ensemble. J'écoute les conversations. Le plus drôle fut le père disant à son petit garçon (six ou sept ans): «D'accord pour aller plus vite, mais en échange, tu m'écoutes, deal?» Le garçonnet réfléchit et répond honnêtement: «Non». (J'ai adoré son honnêteté et son audace.) Ils étaient quatre Anglais, la fillette était plus âgée, avec de merveilleuses taches de rousseur. «Mais si on ne va pas vite, on va s'ennuyer» analyse-t-elle. Une autre fois, une Espagnole et une Chinoise découvrent qu'elles habitent toutes les deux Londres. Dans un autre télésiège j'ai eu droit à une sorte de revue du Who's who, entre Canada, Pays basque et Corrèze. Quant à la jeune fille qui évoquait le RER D dans le funiculaire de la Cime de Caron, je ne peux que lui donner raison.

Dans une autre conversation j'ai découvert le fairphone.
Le mec d'un groupe de trois — Ah tiens, Thierry devrait prendre un fairphone, ça lui irait bien. C'est un smartphone construit entièrement à partir d'éléments recyclés, où toutes les parties sont remplaçables.
L'une des deux filles: Ça doit moche et très lourd, non?1
Le mec: Oui, et ça fait de très mauvaises photos. On n'a rien sans rien.

J'ai téléchargé l'application "Les trois Vallées", je peux donc partager quelques statistiques : 56,4 km parcourus et 6,13 km de dénivelé en 6h05. (Cela ne fait pas 9km/h: il y a le temps des remontées et la pause casse-croûte).

Le soir, j'ai échangé mes chaussures qui me blessaient la malléole. Acheté du coca au cas où la colique reviendrait. Bu une Guinness au bar du coin.

J'ai pris un coup de soleil sur le nez et les joues. Cela provoque des frissons de fièvre. C'est très laid sur la cicatrice fraiche de ma lèvre. Demain, écran solaire.



Note
1: Ça me fait plaisir de n'être pas la seule à avoir ce genre de scepticisme. Surtout que la jeune femme doit avoir trente ans.

samedi 31 janvier 2026

Installation

Train de 6h24 (nous avions prévu le 53, mais puisque nous étions prêts, nous en avons profité).
Thé et porridge à Prêt à manger gare de Lyon.
TGV de 8h40. Je ne me suis pas pressée, je monte dedans à 8h25. Il est plein comme un œuf et c'est le chaos, notamment pour caser les bagages très volumineux des vacanciers skieurs.
Je lis, je dors, je nomme et classe des photos. Rocher Suchard. Ma voisine disparaît au bar quasi tout le voyage.

Car à Moûtiers. Dans la gare routière je découvre avec stupéfaction des cars Amsterdam-Moûtiers. Mazette.
Il fait beau. La route est étroite. Les cars qui montent et descendent se cèdent le passage avec courtoisie dans les virages.
J'arrive à 14h20, la location commence à 16h. Je pars à la recherche d'un endroit où boire un verre et je m'épuise avec mon sac à marcher dans la neige au bord des pistes, à la recherche d'un bar que j'aimais bien il y a six ans (put*** six ans! Pourquoi ai-je attendu six ans pour revenir? Existe-t-il encore? Le covid est passé par là).
Je finis par le trouver, mais il est désormais si près de 16 heures que je n'ai plus le temps de me détendre. J'achète mon pass pour les trois vallées et retourne à l'appart.

Je récupère les clés: c'est minuscule (pour quatre? Quatre là-dedans pour dormir, OK, mais une fois qu'on ajoute les bagages, on doit se marcher dessus), très propre, très bien équipé, avec des produits de première nécessité. (Je déteste les endroits où il n'y a rien dans les placards, où tu es obligé d'acheter du sel et de l'huile, denrées que tu es plus ou moins obligé de laisser quand tu repars car intransportable dans une valise.)

Je me fais un thé, mange deux bols de Smack et repars louer des skis chez Goitschel dont j'ai retrouvé le nom dans ce blog. C'est le rush du week-end (ils sont ouverts jusqu'à 20h); ceux qui rendent leurs ski croisent ceux qui en prennent. Suite à ma chute de vélo et parce que j'ai remarqué cette après-midi que tout le monde désormais en portait un, j'achète un casque.

Je rentre, fais mon lit et prévois de dormir dix minutes qui deviennent une bonne heure. Je ressors faire des courses, puis une troisième fois pour manger une fondue savoyarde (un mois que j'en rêve).
Toujours la même question: «vous êtes seule?» (déjà chez le loueur de ski). Personne ne vient seul au ski, c'est une activité de groupe, pour être heureux ensemble.
Je rentre en m'apprêtant à dormir solidement, mais je fais une crise de colique une heure durant: l'altitude? les Smacks? le lait? la fondue? l'appréhension sourde de devoir skier demain six ans après, seule?

vendredi 30 janvier 2026

Décompression

Je suis en vacances ce soir. Je n'arrive plus à me concentrer, mon esprit se décompose. Je suis en train de payer les dix jours entre Noël et le Nouvel An quand je suis allée travailler sans avoir récupéré de ma fièvre. A midi je vais manger une grosse pièce de viande rouge dans l'espoir de me ressaisir. J'essaie désespérément de me souvenir des urgences pour passer deux ou trois consignes à mon adjointe. J'ai la cervelle en fromage blanc.
Mais bon, n'exagérons rien, une semaine, ça passe vite. C'est juste mon syndrome de l'imposteur qui ressurgit.

Je pars tôt car nous dînons chez des voisins. La soirée commence sur un thème inattendu: les rêves. Notre voisine se souvient de tous ses rêves et cauchemars. Et elle et H. de comparer les dents qui tombent, les fuites, les escaliers qui disparaisssent, mais aussi une maison qu'ils connaissent et qu'ils peuvent décrire pièce par pièce… Laurent et moi les écoutons, perplexes.

On parle planeur, avion, hélicoptère. Lui travaille dans le monde de la télé. «Je connais bien le second de Balavoine. Balavoine installait des puits dans les villages sur le parcours du Paris-Dakar. Le puits de la veille avait un problème; Balavoine a demandé à son second d'y retourner, donc celui-ci n'était pas dans l'hélicoptère, il lui a sauvé la vie.» Et à propos de l'accident qui a tué Florence Arthaud: «Pour que les images soient belles il faut filmer au plus près, ils se sont trop rapprochés. […] Dans un hélicoptère, tous les passagers servent de rétroviseur et doivent regarder autour d'eux. Alors une émission où les passagers de l'hélicoptère ont les yeux bandés…».

Plus tard nous bitchons joyeusement. Ils se sont mariés cet été, chacun ayant des enfants de son côté. Lui nous dresse un portrait de son ex mythomane: «pour vous donner une idée, elle m'avait dit qu'elle parlait russe. Un soir on est invité à dîner par un ami qui a épousé une Russe. — Ah mais c'est super Clothide, tu vas pouvoir parler russe. Je la vois se décomposer; en fait elle savait compter jusqu'à six. Nous avons un bureau Louis XVI, au lieu de le dire simplement à notre fils (de sept ans), elle lui a raconté qu'il venait du château d'un roi qui s'appelait Louis XVI, tout ça parce que sa famille fantasme l'idée de descendre des Bourbons.»

Nous parlons du précédent propriétaire du loft que nous avons acheté. Ils le connaissaient puique c'était leur ancien voisin, avant nous. Ils l'ont revu récemment, sur la côte basque. Nous tombons d'accord sur le fait que lui aussi est mythomane. Nous racontons les lettres recommandées que nous avons longtemps reçus au loft. Nous avons conservé pendant deux ou trois ans l'acte d'achat du loft à portée de main, pour le montrer aux huissiers ou gendarmes qui sonnaient à la maison. Visiblement l'ancien propriétaire était criblé de dettes; d'ailleurs il avait fait un scandale chez le notaire en découvrant que son ex avait fait saisir une partie du prix de la vente du loft. «Il ne nous a pas donné son adresse avant de partir; ils nous a dit de laisser le courrier dans ta boîte. — Comment? mais il ne m'avait rien dit, je n'avais pas son adresse.» Nous nous regardons avec stupeur, j'éclate de rire: «Mais alors, tu as dû nous prendre pour des dingues, à trouver le courrier de Serge systématiquement dans ta boîte aux lettres!»

A minuit nous partons, je prends le train tôt demain et j'ai peur de le rater, à cause d'une panne de réveil ou d'un problème SNCF.

jeudi 29 janvier 2026

Bagage

Télétravail. Pain, rosbeef froid et moutarde, baba au rhum.

Je prépare ma valise: pour skier 2 maillots de corps coton-soie, 2 sous-pulls petit bateau hérités de l'aviron, un pull en cachemire gris que m'avait donnée ma formatrice irlandaise (très fin et très chaud), des chaussettes de ski, un pantalon de ski, des moufles, des sous-gants en soie, deux bonnets (avec et sans pompon) et un tour de cou issu de l'aviron lui aussi. Il sera possible de faire une lessive dans le lavabo un jour sur deux, un jour sur trois, si nécessaire. Je ne serai «en civil» que deux ou trois heures par jour, et encore, si je ressors le soir; je n'emmène que des sous-vêtements, des chaussettes et un tee-shirt de nuit, mon jean et mon pull de voyage suffiront pour la semaine.
Comme on le voit, voyager seule réduit les efforts de coquetterie ou d'élégance. Pas de produits de maquillage mais mon gros de crème Nivea qui doit avoir dix ans (dans l'espoir d'enfin le terminer), de même des bouteilles de shampoing et douche en fin de vie: je les jetterai sur place. Doliprane, ibuprofène, vicks.

Je priorise ce qui me fait plaisir : huit One Piece (un «arc»), Un mois à Sienne offert par Aline, des cartes de voeux (après tout il restera une journée), des timbres et du papier à lettre, mon ordi, le chargeur adéquat, deux paquets de Smack (si, si) et un demi litre de lait (pour manger en urgence le premier soir ;-) ), un étui de rochers Suchard noirs, une trousse à stylos et une trousse de fils, chargeurs, écouteurs, carte d'identité et carte bleue.

Tout cela tient dans un sac de voyage (pas une valise mais un sac acheter pour le coffre de la Mazda) et un petit sac à dos Décathlon.

jeudi 1 janvier 2026

1er janvier 2026

Rien.
Comme toujours le premier, je pense à Proust: «Je venais de vivre le 1er janvier des hommes vieux qui diffèrent ce jour-là des jeunes, non parce qu'on ne leur donne plus d'étrennes, mais parce qu'ils ne croient plus au nouvel An.»

Au lever, quinze degrés dans le salon, deux radiateurs en panne (robinets thermostatiques collés). J'ai remonté directement la température de la chaudière. Nous avons brûlé tout notre bois.

Repassage en revoyant Le gang du gant vert (netflix). J'aime les forêts polonaises et les bâtisses vieilles ou modernes que l'on voit dans la série. Cette série a beaucoup de charme.
Continué avec Pluribus (apple). Vraiment étrange.
J'ai attaqué le repassage des robes et chemises d'été restées au fond du panier depuis septembre. A travailler le week-end, il ne reste plus grand temps pour quoi que ce soit.

Objectifs pour cette année: passer le «théorique» SPL (l'examen théorique du brevet de pilote de planeur) et améliorer mes atterrissages (ça ne devrait pas être difficile (lol)).
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