Alice du fromage

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Billets qui ont '2026-07-09' comme date.

mercredi 8 juillet 2026

Aspach-Prague

Petit déjeuner médiocre. Il ne semble absolument pas prévu que nous ne prenions pas de café, trois serveurs différents viennent nous en proposer, l'eau pour le thé est si tiède que le sachet n'arrive pas à la colorer. A dire vrai, le buffet est extrêmement varié et bien garni, c'est plutôt nous qui sommes des clients grincheux, mal remis de notre dîner trop riche de la veille.

Weikersheim, visite du château en allemand par une guide pète-sec. Nous comprenons quelques mots, le document explicatif en français est très bien fait.
A des mois d'intervalles, les mêmes tapisseries, les mêmes étoffes, les mêmes lits à baldaquins, les mêmes portraits de Ludwig, François, Jeanne, Sophie, Frédéric, sur fond noir, sourcils froncés, air sévère, nez trop gros ou trop pointu, tous se confondent dans la tête du touriste sans notion de chronologie, mais il se passait quoi au moment de ses vingt ans, quelle guerre, quels artistes, quelle situation géopolitique, quelles découvertes géographiques ou scientifiques? Mais déjà on nous parle des enfants et des petits-enfants, le temps se précipite, tout est à recommencer. De salle en salle on tente de se souvenir, d'imaginer, on se perd, on admire, impuissant et à la dérive, vaincu par l'histoire, soucieux de prouver au guide ou à nos compagnons notre intérêt soutenu.

Mon problème très personnel avec l'Allemagne c'est que partout j'essaie de comprendre comment cela (cela: ce que j'ai sous les yeux) a pu conduire à Hitler. Comment passe-t-on de ces comtes du XVIIIe siècle, qui somme toute ressemblent beaucoup aux nôtres, à Hitler? Une unification tardive, un problème d'identité, la destruction des structures politiques et sociales par Napoléon? Que s'est-il passé? Et ici, il n'y a pas de shetls pour expliquer le rejet des juifs vivant dans un monde à part avec une langue à part. Est-il vain de chercher si loin, la menace soviétique et la guerre de 14-18 perdue suffisent-elle à expliquer le réflexe agressif et la recherche de boucs émissaires? Mais moi je crois au tendances longues (mais j'ai peut-être tort). Quoi qu'il en soit, il n'y a pas de réponse, je n'aurai jamais de réponse. Mais c'est plus fort que moi, je cherche quand même.

Le château me plaît, même si la décoration baroque est toujours surprenante pour quelqu'un élevé parmi les châteaux de la Loire: c'est vraiment un château pour vivre sur ses terres, c'est relativement fonctionnel, logique. Balade dans le jardin, «l'un des jardins baroques les mieux conservés d'Allemagne».
Nous retombons dans nos tics et nos tocs: H. achète une tasse et des sous-verres, et moi des carnets de cartes postales: mais pourquoi, alors que nous avons des dizaines de tasses, sous-verres et trois à quatre carnets de cartes postales? Quelle origine à ces pulsions irrésistibles?

Un petit bol de goulash plus tard, nous reprenons la route pour Nuremberg. Nous avons quitté l'autoroute et sommes dans des paysages et des architectures typiques, grosses maisons colorées à colombages dans le creux de vallons.

Nüremberg, musée Dürer. La mère de Dürer, mariée à quinze ans, a eu dix-huit enfants dont trois ont atteint l'âge adulte. La maison Dürer est représentative de ces maisons dont il ne reste rien ou pas grand-chose (pas de meubles, pas de connaissance de l'usage de chaque pièce), où tout est imaginaire, et ou l'effort même, le désir à toutes forces de faire revivre quelque chose, est un témoignage émouvant de l'amour porté à l'artiste qui a vécu en ces lieux. Je pense à la maison de Melville, à celle de Mozart à Vienne. Que venons-nous chercher, si ce n'est l'espoir de percevoir une âme, un souffle?
Concernant cette maison Dürer, la glorification des lieux a servi depuis longtemps, deux ou trois siècles, à glorifier l'Allemagne tout entière. C'est le même principe que la maison de Goethe à Weimar.

Dernière étape pour Prague. Nous avons acheté un e-pass pour autoroutes tchèques, sans réellement comprendre comment cela fonctionnait: qu'importe, nous sommes en règle. Les forêts cèdent la place aux champs. Il y a beaucoup de camions, la circulation est fluide, le conducteur allemand cédant la place avec grâce à toute voiture plus rapide que la sienne.

J'ai prévenu Rémi que nous passions à Prague: pouvions-nous dîner ensemble un soir?
Ils nous a carrément invités à dormir chez lui le temps de notre séjour, comme ça, par simple conversation WhatsApp. Question de H:
— Tu le connais bien?
— Heu... Je ne sais pas répondre à cette question. Je l'ai rencontré une fois il y a neuf ans. C'est particulier, les blogs; enfin, pas ceux des influenceurs, les vrais, les dinoblogs, comme dit Matoo. Nous savons sur nous des choses que des personnes qui nous côtoient depuis dix ans ne sauront jamais.

Présentations, installation, dîner jusqu'à la nuit — une bonne demi-heure plus tôt que chez nous.

Zelensky for ever

Trump : Would you go to Moscow?
Zelensky : It is difficult. There are lots of ukrainian drones there. It's dangerous.

Trump : Irez-vous à Moscou?
Zelensky: C'est difficile. Il y a beaucoup de drones ukrainiens là-bas. C'est dangereux.


Pendant ce temps, la Chine forme les hauts gradés russes.
Certains font remarquer que la guerre d'Ukraine est une guerre d'apprentissage. Gagne qui apprend le plus vite. Les Russes sont très mauvais à ce jeu-là, mais la Chine…
Que fera la Chine de ce qu'elle est en train d'apprendre en regardant les guerres actuelles?

mardi 7 juillet 2026

Châlons-Aspach

Départ vers onze heures. Nous projeton d'arriver à Prague demain soir, soit en deux jours au lieu de trois. Le haut-Kœnigsberg ou la maison de Hermann Hesse, ce sera pour une autre fois.

Meuse, Meurthe-et-Moselle, Moselle. Moissons, plus tardive qu'en Seine-et-Marne. Jamais vu autant de tracteurs sur les routes.
Pont-à-Mousson, Comercy. Achat de madeleines à la boutique. Des produits Saint-Michel sur les rayons. J'interroge la jeune vendeuse:
— Vous avez un partenariat avec la maison Saint-Michel?
Elle pâlit: — Ils nous ont rachetés il y a quelques années.
Zut. Quel manque de tact. Je tente de la réconforter: — Pardonnez-moi d'avoir retourné le couteau dans la plaie. Ça apporte peut-être de la solidité à la marque, ça vous permet de mieux résister.
— Oui, mais on ne sait pas combien de temps nous pourrons garder notre nom.

Sieste de vingt minutes derrière le château. Eoliennes, panneaux solaires.
— Quand il fait trop chaud, elles ne tournent pas. Et tu connais la meilleure?
— Nos panneaux solaires ne sont pas adaptés aux fortes chaleurs. Il y a des classes (des ranges). En France, il faut plutôt qu'ils résistent au gel, il n'est pas prévu que ça atteigne 40 degrés l'été. Donc les panneaux sont moins efficaces quand il fait très chaud. Moins d'énergie solaire, moins d'énergie éolienne, une demande accrue de climatisation, qu'est-ce qu'on a fait?
— ??
— On a rallumé les centrales à gaz.

L'ambiance est morose. Trop de kilomètres sans s'arrêter; je sais depuis mon voyage avec O. que ce n'est pas une bonne idée, on finit par se disputer. Je mets un podcast sur Gerschwin, décevant car avec peu d'extraits musicaux (problème de droits?). Nous roulons vers Weikersheim, dans le but de visiter les jardins demain à la première heure. Goûter à Kaiserslautern, dans un pub qui sert de la Guinness, ô désespoir, puisque je m'abstiens d'en boire pour pouvoir conduire. Notre arrivée fait sensation, visiblement on n'y voit pas souvent un touriste. La serveuse est très jolie. Etonnement: les clients fument à l'intérieur du pub. Nous voyons le début du match Egypte-Argentine. Clairement, les Allemands en pincent pour l'Egypte.

J'ai choisi sur un critère étrange («tu ne prends pas un truc trop confidentiel car il faut qu'ils me mettent ma piqûre (NB: pour le diabète) au frigo») un hôtel à Aspach.
En fait c'est un véritable complexe hôtelier perdu au milieu de nulle part, en forme de monstrueux chalet en bois (et dépendances), kitchissime à souhait.

photo de famille. Propriétaire de l'hôtel Sonnehoff à Aspach
Photo de famille des propriétaires


Une boutique remplie d'horreurs est consacrée à Andrea Berg, illustre inconnue — la seconde chanteuse allemande la plus connue, nous apprend Wikipedia. Elle fera ici trois concerts du 17 au 19 juillet.

affiche murale Andrea Berg à l'hôtel Sonnenhof
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