Billets qui ont 'animaux' comme mot-clé.

Revue

Blogs sortis du silence:
Planes (lecteur de Sebald et joueur de foot (voilà un blogueur rapidement catalogué :D)
Mississippi en conserve, qui désormais raconte des voyages dans le sud de la France. Il n'y a pas d'archives, est-ce bien le même que celui qui mettait en ligne de si belles photos d'isolement dans le sud des Etats-Unis?


Liens collectés :
Des galaxies se synchronisent.

Beltégeuse va mal et ça me navre.1

Un restaurant romain, Renato e Luisa, via dei Barbieri, 25 Roma; le glacier Giolitti près du Panthéon.

Comme dirait Dirty Denys, «Une contribution originale au débat sur les retraites»: La bataille de Narayama, sur Arte.

Un classique: la recette de la galette des rois selon Kozlika.

Un twittos avocat a fait un énorme boulot concernant la réforme de la procédure civile. A vrai dire je ne sais pas ce que c'est, mais cela peut être utile à certains d'entre vous, ou a des amis ou connaissances: faites circuler et n'hésiter pas à le remercier, vu les réactions de ses confrères, cela a l'air énorme (comme travail, comme cadeau).

Pour les musicos nostalgiques de 1977: a 50-year-old Rhythm Machine with Midi.

La fille en rose est championne du monde de fléchettes.

Les mots croisés résolus en moins de douze minutes par Alan Türing et ses comparses pour intégrer le projet Enigma.

Une vache rebelle s'est enfui pour rejoindre les bisons.


Note
1: commentaire de H.: comme elle est à des milliards de kilomètres, elle a (ou est?) peut-être explosé depuis sept cents ans.

Des meubles, un chat, des pompiers

J'ai réussi à relancer la comtoise, mais pour combien de temps? Depuis que je l'ai déplacée fin novembre (avant le départ de O.), elle s'arrête au bout de quelques minutes ou quelques heures. Il faut mettre des cales avec art de façon à la pencher légèrement vers la droite et en arrière afin que la pesanteur soutienne exactement le mouvement du balancier.

Marché. Trois bouquets de tulipes.

Avant que je le dépose à la gare pour qu'il rentre «chez lui» (je ressens un pang inattendu chaque fois qu'il dit «chez moi» en parlant de son studio à Paris: comment, ce n'est plus ici, chez lui?), O. m'a aidé à replacer sur la mezzanine deux étagères et le meuble télé relégués dans le grenier (the room of requirement) depuis le premier week-end de décembre 2018… (oui, les travaux sont finis depuis mars 2019). Objectif: les laver, les remplir de DVD, avoir de nouveau de quoi regarder des films sur un grand écran et non sur un ipad.
Mais apparemment cela ne va pas être si simple, une histoire de switch avec la box.

En remontant l'allée pour chercher la chatte chez les voisins, nous croisons le fils des voisins qui nous dit d'un seul souffle: «on a un problème avec Enzo mais c'est pas grave, vous pouvez entrer, on a appellé les pompiers.»
Pas grave, les pompiers? Je me retourne et effectivement, un camion rouge «18» s'est arrêté en silence au bout de l'allée.
Nous franchissons la porte et la voisine, beaucoup plus logiquement, nous met dehors: «ce n'est pas le moment». En repartant, nous recroisons le fils, un grand gaillard, au bord des larmes, accompagné des pompiers (Enzo est son fils d'un an).

Plus tard la voisine nous rappelle. Les pompiers ont emmené le petit-fils qui convulsait aux urgences. Nous prenons le thé en tenant notre première discussion sur les grèves depuis le début des vacances. Cela fait une semaine que nous avons très naturellement oublié le sujet. Nous récupérons notre chatte qui a passé la semaine sous les meubles du salon quand ils étaient dans le salon, sous les meubles de la chambre quand ils étaient dans la chambre.


Le lendemain, l'enfant est toujours en observation à l'hôpital. Fièvre et bronches encombrées. Pas de diagnostic précis.

Se perdre en Beauce

Pendant qu'H. allait chez ses parents, je suis partie chez les miens.
Comme j'étais seule j'en ai profité pour voyager à ma manière, un peu au pif. Avec seulement Waze et pas de carte, je n'ai pas tardé à me perdre (parce que Waze voulait me faire passer par des endroits où je ne voulais pas passer, par des routes que je ne voulais pas emprunter). J'ai donc continué en orientant Waze au nord (et non selon la direction où allait la voiture, comme le font la plupart des GPS) et je me suis dirigée à la boussole (si, si: Méréville, puis sud légèrement ouest).
Bref, sous une pluie battante j'ai assisté à la récolte des betteraves dans des camions plateformes au bord de champs boueux jusqu'à l'horizon.
(En regardant google maps après coup, il s'avère que mon trajet a été plutôt rectiligne. Je me suis bien débrouillée.)

J'ai repris le podcast de Gilles Bœuf («le rôle d'un scientifique est de raconter des histoires»). J'aime particulièrement l'épisode 3 qui raconte la rencontre de l'homme et du chien: «Vous montrez un chien à un enfant, un caniche ou un dogue, il sait que c'est un chien. Ils ont beau être beaucoup plus différents l'un de l'autre que d'un chacal ou un loup, il sait que c'est un chien. C'est extraordinaire.»
Il explique certaines différences entre le singe et le chien: le chien comprend où l'homme regarde ou ce qu'il pointe du doigt. Le singe ne le comprend pas. Ça me donne envie d'avoir un chien. (Lorsque j'étais enfant, je n'aurais jamais imaginé vivre sans chien.)

Après-midi chez mes parents. Arte. Costa-Rica. C'est étonnant d'avoir des parents qui reconnaissent les endroits qu'ils ont visité (à la petite boutique près) et les commentent.

Crocodiles

Je me demande si les grands-parents et parents des hippies des années 70 étaient aussi surpris que ces mêmes hippies devant le monde de leurs petits-enfants.

Voici un thread de Desespeuphorie qui est un extraordinaire résumé de ce je lis et vois tous les jours sur internet.
Comme d'habitude, je le stocke ici : dans dix ou vingt ans, plus personne ne voudra nous croire; il faut garder des preuves.



Haribo fait maintenant des Croco "Parent-enfant" : une révolution sociétale, un thread
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Notons tout d'abord que bébé Croco n'a toujours qu'un seul parent.

La manif pour tous défile en scandant "un papa, une maman, on ne ment pas aux enfants"
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Ils sont disponibles dans toutes les couleurs de l'arc en ciel.

Ludivine de la Rochère crie à l'infiltration du lobby LGBT au sein du conseil d'administration de Haribo et appelle au boycot.
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Marine Le Pen souligne sur BFM TV que le petit n'est jamais de la couleur de la mère. C'est pour elle le symbole du grand remplacement par le métissage.

+13 points dans les sondages
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Eric Zemmour quant à lui se félicite que les bonbons contiennent de la gélatine de porc.

"C'est toujours ça que les arabes n'auront pas"

357 plaintes au CSA. Aucune suite.
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Les vegans se mobilisent également sur Twitter, sur le débat suivant :
"Faut-il dévorer d'abord l'enfant sous les yeux de son.a p.mère, ou bien avaler le.a parent.e sous le regard horrifié du bébé ? Stop souffrance animale !"

Appel au boycot relayé par 2 personnes
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Les genderfluid se félicitent du fait qu'on ne connait pas le genre du parent.

"C'est une grande avancée pour la reconnaissance des gens non binaires dans l'industrie du bonbon. Bravo Haribo !"
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Les twitto.a.s qui sont à la fois vegan et non binaires sont en PLS, et lancent des threads avec plein de trigger warnings pour savoir si c'est bien ou pas de manger ces bonbons.
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Après 3 jours de threads régulièrement attaqués par le 12-25, le consensus est qu'il faut acheter les boites mais rendre aux croco leur liberté en les rejetant dans une rivière.
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Les khey du 12-25 décident de mettre leur grain de sel en se filmant en train de se mettre des crocos dans le cul.

Cyril Hanouna, fan de l'idée, met des Croco dans le cul de Matthieu Delormeau
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Une twitta demande l'interdiction de l'emoji Crocodile, arguant le fait que "ça peut trigger les crocophobes comme moi".

Elle reçoit 2433 DM avec des emojis Croco.

Elle menace de porter plainte pour cyberharcellement
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Sujet de bac philo 2020 : "est-ce que c'est beau la vie, pour les grands et les petits?"

Pétition en ligne des bacheliers qui trouvent le sujet trop dur.

"Tout le monde ne connait pas la différence entre crocodile et aligator, il faut annuler l'épreuve" : 150000 signatures
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Haribo propose un contrat de sponsoring à @Krokodeallll

Décalage trop grand entre les amateurs de bonbons et l'image de l'influenceuse : Christine Boutin demande l'interdiction de la publicité.

400 plaintes au CSA (qui est plus prompt à agir que dans le cas Zemmour, notez)
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Rupture de stock dans les magasins.

Macron lance un Grenelle du Croco.
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Les gilets jaunes manifestent pour la suppression de la TVA sur les bonbons.

Bilan : 4 yeux crevés.
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Boiron lance des granules "Croco 9CH". Ils achètent un paquet de bonbon et produisent 10 millions de tubes de granules.
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Boiron en profite pour demander le remboursement par la Secu. Le gouvernement hésite, les députés attendent les offres des lobbyistes.

Big Pharma est rebaptisé "Big Bonbon"
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Le twitto @desespeuphorie demande si quelqu'un a le @ du CM de Haribo, histoire de voir si il peut gratter un paquet ou deux gratos.

Bilan : 4 unfollow
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Gad Elmaleh prépare un nouveau spectacle sur les Croco.

N'allez pas le voir, tout est pompé sur ce thread
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TFou commande une nouvelle saison de "Schnapi, das kleine krokrodil".

En animation 3d ultra moche.

+20% de LV2 allemand au collège à la rentrée suivante.
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Le directeur du Leclerc Beynost pris en photo en safari chasse en Afrique posant fièrement près de la carcasse d'un crocodile fraîchement tué.

Boycot. Licenciement. #JeSuisCrocodile en tendance Twitter
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La team premier degré indique que c'est pas un crocodile mais un caïman.

Tout le monde s'en fout.
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Christophe Maé sort un album de reprises "Ah les croco ah les croco ah les crocodiles"

Double disque d'or en une semaine

En interview, il dira "c'est clairement ma meilleure chanson". Tout le monde acquiesce


Et pour parachever la démonstration, lorsque nous rentrons vers minuit, O. est en train de regarder "Questions pour un champion". Une fois que nous avons fini de nous moquer et de nous étonner, il nous explique qu'il le regarde au même moment que (environ) deux mille autres internautes en suivant le youtubeur Etoile et que c'est fun.

Le lendemain O., ayant lu les crocodiles ci-dessus, remarque : «C'est méchant pour Cyprien».
Comme je m'étonne que ce soit quelqu'un qu'il connaisse (et non un prénom random comme je le croyais), il me donne les noms des youtubeurs «qu'il pourrait être utile que je connaisse parce qu'ils sont connus»: Cyprien, Squeezie et Zerator.

Dragons

Lundi, mardi, mercredi, O. va à la fac pour huit heures et demie et je l'accompagne, soit pour le boulot, soit pour la salle de sport. Le jeudi je suis la seule à avoir une obligation, donc je traîne. Ce matin, j'ai eu le temps de trouver ce combo sur FB:



Ce qui me plaît ici, ce sont les sous-entendus : ce que l'observateur est censé connaître pour apprécier le gag.

(A vrai dire je n'ai reconnu que Game of Throne et bien sûr l'âne de Shreck. O. m'a donné les sources des deux autres images: la première, c'est un jeu d'arcades où l'on tue des dragons, le deuxième est un film (Dragons en français, mais How to trained a Dragon? en anglais) «dont j'aime beaucoup la musique», me dit O.

Le piège à singe

— Mais qu'est-ce que tu t'es fait ?
— Je suis tombée, et comme j'avais les mains prises, je ne me suis pas protégée et le menton a porté.
— Tu sais que c'est comme ça qu'on attrappe les singes ? On attache une noix de coco à un arbre, on fait un trou juste de la taille d'une main de chimpanzé, on place une friandise au fond: le singe la saisit et quand on se rapproche de lui, le singe n'a pas le réflexe d'ouvrir la main pour s'échapper, il reste prisonnier de son réflexe de serrer le poing sur sa prise.

Entourée

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Cette impression de voir double, toujours (et de devenir fou: «Mais… elle est dehors? Je viens de la faire rentrer! —Mais non, c'est pas la même.)

Trois points :
1/ Hommage aux infirmiers, infirmières, accompagnants de vie qui travaillent même aujourd'hui.
2/ En conséquence de ma bêtise d'hier, H. a regardé mon blog de près. Il reste des traces de tout: de la séparation du blog initial en deux (parthénogenèse en 2009), de ma bêtise avec l'UTF-8 intervenue en avril 2012 (comme le temps passe), de ma transformation progressive des billets wiki en html…
45000 logs : je me suis loguée 45000 fois ici (ou j'ai appuyé 45000 fois sur "enregistrer", je suppose). Il y a la date et l'heure de chaque fois, je pourrais mettre ces données en ligne (mais je vais plutôt les détruire).
3/ J'ai demandé à revenir à l'ancien look, le look rose, en attendant que H. est le temps de faire mieux (je suis lassée de ce fond vert et jaune). Il n'a rien promis mais j'ai bon espoir.

Retour

Voir le chirurgien, passer à la radio, s'exercer à descendre les escaliers avec la kiné («Pliez le genou, il faut que le pied gauche dépasse le pied droit»), récupérer tous les papiers (ordonnances, bulletin de sortie, bilans sanguins) auprès des infirmières : «vous pensez que je pourrai sortir à quelle heure? — Oh, en début d'après-midi. — Mon repas est prévu? — Mais oui.»

J'appelle H. pour lui dire de ne pas se presser, ça tombe bien il est en pleine livraison (le prototype du projet sur lequel il travaille depuis un an).

Je range mes affaires en clopinant, je déjeune, le téléphone sonne: «je suis en panne à Belle Epine». Exaspération de la voix, trois heures de sommeil, une voiture révisée il y a quinze jours. Exploration rapide des possibilités: il s'occupe de la voiture, du dépanneur, de son propre rapatriement; je me débrouille pour rentrer de mon côté.

Clopin-clopant jusqu'à l'ascenseur avec le gros (mais pas lourd) sac de sport, attente au secrétariat (le pied en l'air qu'ils disaient) qui m'appelle un taxi pour aller à la gare de RER (je sais que H. va m'engueuler, mais même si ce n'est pas le plus confortable, c'est tout de même le plus rationnel, le plus rapide, pour traverser diamétralement la région parisienne).

Descente des escaliers marche à marche (je n'ose pas prendre les escalators, je ne suis pas assez rapide, peur de tomber), tourniquet, quai, voiture pour Marne-la-Vallée. Changement à Nanterre Préfecture, RER pour Boissy-St-Léger, je monte. De l'autre côté du couloir, un jeune homme dort à poings fermés allongé sur trois banquettes, genre migrant à la rue, le jean fendu le long de la raie des fesses. Il est sans slip. Il sent mauvais du côté du supportable.
Plus tard, vers St-Maur, il se mettra à tousser à fendre l'âme. Nous passagers nous nous regarderons, sans savoir ce que pense chacun. Pitié, gêne, dégoût, indignation comme les deux dames qui sont descendues plus tôt «ah, c'est bien le RER»?
Je pense à R. qui expliquait que soigner les immigrés illégaux (il n'y avait pas encore de "migrants" à l'époque) était une mesure de santé publique.
Nous nous regardons, ne disons rien, ne ferons rien. Qu'a-t-il traversé, qu'a-t-il vu, quel espoir représentions-nous, qu'avons-nous déçu? Il faudrait le réveiller, le doucher, le nourrir, l'habiller.
Nous partirons. Les passagers descendent un à un de station en station, je reste la dernière. Il dort.
Je descends au terminus. La rame repart, il dort toujours.

O. arrive avec retard. Quelques minutes plus tard je suis chez moi.


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Les ruches de Notre-Dame sont saines et sauves. Je ne comprends pas comment c'est possible.
Inquiétude pour les faucons crécerelles: où vont-ils nicher?

Cacophonie

Je n'avais jamais pris conscience à quel point la description des Français par Goscinny était exacte.


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Cacophonie incroyable toute la journée, tout le monde commente, une partie proteste, l'autre proteste contre les protestations: reconstruire à l'identique, pas à l'identique, en bois, en acier, en béton, en verre, Macron a eu tort de dire qu'on la referait plus belle, Macron a eu tort qu'on la ferait en cinq ans, (de façon générale Macron a tort), laissez parler les experts, c'est fou comme tout le monde est expert, salauds de riches qui donnent, salauds de riches qui défiscalisent, ah mais non ils ne défiscalisent pas, salauds de riches quand même, s'ils payaient leurs impôts on n'en serait pas là, pour des pierres il y a un milliard, mais les pauvres (les migrants, la planète), y peuvent crever, etc, etc.


La belle communion nationale aura duré moins de six heures.


Emotion mondiale, émouvante.
Un dessin venu d'Australie, de David Pope, inspiré d'une photo.


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Le petit oiseau va sortir

Conversation pendant le réveillon :

— Mon grand-père en Vendée fabriquait des pièges à chardonnerets… C'était très fin, très délicat. Il y avait une tige, un lacet, et quand l'oiseau se posait sur la tige, hop!
— Mais pourquoi ? Il n'y a rien à manger sur un chardonneret.
— Pour le chant. Pour les croiser avec des serins. Le mulet du serin-chardonneret a un chant magnifique.
[…]
— Je me souviens… il y avait le marché aux oiseaux une fois par mois quai aux fleurs. Y'avait des types avec un grand manteau; quand ils les ouvraient, c'était plein de petites cages avec des oiseaux interdits.
— Tu veux dire que ça vient de là, «Regarde mon oiseau?»

Un sms inquiet

Reçu un sms des voisins : Agathe a disparu depuis le début de la semaine.

Et le cœur serré, je me dis que si je n'en avais pas parlé, elle serait peut-être encore là.

Meet Agathe

Le titre de ce billet fait référence à cela, le lapin dont H. est tombé amoureux quand A. nous avait laissé des recommandations pour nourrir le sien.


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Agathe est le lapin des voisins. Ces voisins traitent leurs lapins comme des chats : libres de sortir, d'aller et venir.
La plupart du temps ils ne revoient pas leurs lapins : mangés ou évadés. Mais pas Agathe. Agathe court le long de la rue, se nourrit de notre pelouse qu'elle apprécie particulièrement (je suis flattée), mange les graines laissées au pied du portique pour le rouge-gorge et rentre chez elle le soir.
Je la trouve totalement craquante.

Maternage

A. est en cinquième année d'école d'ostéopathie animale. Elle devrait obtenir son diplôme en juin et s'établir à son compte ensuite. Afin de préparer cette importante transition, elle est habilitée à soigner ("traiter") des animaux (chiens, chats, lapins, chevaux, vaches, etc) dès maintenant, gratuitement1 (puisque non diplômée), en ayant la possibilité d'appeler un professeur en cas de question sur un cas difficile.

Nous nous heurtons à deux séries de problèmes.
D'une part elle doit rendre trois rapports sur les chevaux et un sur les chiens correspondant à trois stages pour les chevaux (dressage, CSO et courses) et à cinq pour les chiens (handicap, agility, jeux et sport, garde ou policier, chasse). Elle avait cinq ans pour effectuer ces stages et rédiger les rapports (il me semble que j'ai déjà raconté cela, sans doute en août). Elle a fait le stage en écurie de course et écrit le rapport correspondant le premier été de ses études, puis plus rien. Chaque fois que je lui posais des questions, elle expliquait pourquoi tel ou tel stage n'était pas trouvé (les handi-chiens, difficile, les instituts ne veulent pas partager leur savoir ; les policiers, impossible depuis les attentats ; etc. etc.) Elle se fâchait quand j'essayais de savoir comment faisaient ses camarades de classe : « Mais je n'en sais rien, on ne parle pas de ça entre nous ! »
(Mais de quoi parlent-ils en ce cas ?)
Bref, nous ne nous sommes pas méfiés tant nous pensions que faisant les études de ses rêves, elle s'organiserait pour faire ses stages et avoir son diplôme.

Cet été nous avons pris la mesure du désastre et nous avons commencé à exiger un planning.
Aujourd'hui les deux rapports manquants concernant les chevaux sont rédigés mais toujours pas rendus (je voulais qu'ils soient envoyés (par mail) pendant les vacances de Noël : impossible, il fallait scanner les conventions de stage restées à Lisieux. Elle le ferait dès qu'elle serait rentrée (soit jeudi dernier). Je pose la question ce matin: alors ils ont été rendus? Non, son imprimante a refusé de scanner, elle a ramené les conventions ici pour le faire ce week-end (mais à l'heure où j'écris ce n'est toujours pas fait)). La rédaction du rapport concernant le stage handi-chien2 n'est pas terminée (j'ai demandé à l'avoir avant qu'elle reparte demain).

Cette partie concerne l'obtention du diplôme. L'autre problème est la constitution d'une clientèle. Cet été H. a pensé l'aider en apportant des solutions techniques : il lui a créé un site, un logo, des affichettes avec coupons détachables à laisser chez les commerçants et les clubs hippiques.
Mais cela ne traite pas le problème de fond : la timidité, la peur et la flemme (le tout s'entre-entretenant) de A. Elle a fini par déposer sa première affichette la dernière semaine de décembre parce que j'avais menacé de venir à Lisieux les déposer avec elle…

(Nous avons posé la question : « Mais enfin, c'est bien le métier que tu voulais faire ? » et la réponse, désarmante de naïveté et d'évidence : « oui, mais je n'avais pas pensé qu'il y aurait des propriétaires. »)

Alors nous définissons des objectifs sur le double front diplôme/installation. La semaine dernière H. a fait le tour des commerçants avec elle pour déposer des affichettes pendant que je relisais le rapport sur le dressage. Aujourd'hui nous avons imposé qu'elle téléphone à tous les clubs d'agility pour trouver le stage suivant :
— Alors tu as appelé ?
— Oui, à trois numéros. La troisième a dit que je pouvais venir le 19. Les deux autres n'ont pas répondu.
— Tu veux dire que la première qui a répondu t'a dit oui ?

Je n'en reviens pas. Elle a une chance insolente. Je me retiens de la morigéner sur le thème « tu aurais quand même pu te remuer avant, regarde comme c'est facile. » Je suis trop soulagée pour cela et surtout je souhaite que cela renforce sa confiance en elle. Tout cela est si fragile.
Le plus difficile pour nous est de tenir dans la durée : trouver des objectifs, les lui donner, s'en souvenir, contrôler qu'elle les a atteints. Ce côté sergent-chef dans le cadre familial m'ennuie, je ne m'y tiens pas. Les enfants le savent et en ont toujours joué : attendre que je me lasse, que j'oublie. J'y reviens par à-coups, je manque de régularité, je ne donne pas l'exemple.


Je dis en riant à H. exaspéré et désolé : «Courage! Le pire c'est que dans trois ans, quand elle aura pris confiance en elle, c'est elle qui viendra nous expliquer comment se constituer une clientèle et nous donnera des cours de marketing!»
Il me regarde épouvanté.



Note
1 : vous pouvez en profiter si vous le souhaitez: zone géographique couverte, du Calvados à l'Essonne
2 : elle a obtenu ce stage difficile à obtenir en envoyant un mail, tout simplement.

Les choses de la vie

— Quand les gens viennent à la ferme chercher des lapins avec des jeunes enfants, on essaie de les réorienter vers les cochons d'Inde, c'est moins fragile.
— Comment ça, moins fragile ?
— Oui, les lapins et les cochons d'Inde, il suffit de leur tirer sur la tête pour les tuer, c'est pour ça qu'on ne les utilise pas en médiation.
— En médiation ?
— Les animaux d'assistance, les handi-chiens. Il y a des chèvres, des chats, des chiens, mais pas de lapins. Une séance avec un autiste, par exemple, ce n'est pas sûr que le lapin soit vivant au bout d'une heure.


Et tout cela tranquillement, au petit déjeuner, comme allant de soi. D'une certaine façon c'est évident, mais je n'y avais pensé : ce n'est pas seulement l'intelligence de l'animal qui est prise en compte, mais aussi sa résistance.

Confusion

Le téléphone sonne à six heures : il faut aller chercher Nathan à Orly.

Des sms en pagaille envoyés pendant que nous dormions : inutile de se déplacer, il ne sera pas là, il a été bloqué à Toronto, son passeport, déclaré volé, lui a été confisqué, c'est tout juste s'il a pu retourner à Washington.

A. part, elle emmène son lapin (elle a sa nouvelle voiture depuis hier). Ça fait un vide.
Journée de désœuvrement. Vers la fin de la journée j'attaque la saison 5 de The Good Wife.

L'idéologie du XXIe siècle (en Occident)

Entre ceux qui vous expliquent qu'ils ne veulent pas être pris en otage et posent de fait que Macron = Le Pen (quelles que soient leurs explications, de fait cela revient à ça) et ceux qui ne comprennent pas votre "agressivité" quand vous ne faites que répondre à la leur (leur explication: «Ah mais moi, j'étais dans l'hyperbole» (WTF? Eux sont dans l'hyperbole et moi dans l'agressivité? "T'es sérieux, là?" (A quoi servent les hyperboles? A boire de l'hypersoupe (Excusez-moi, je m'égare (synchise))))), je fatigue.
Se recentrer sur l'essentiel. Laisser tomber FB, revenir à la lecture, au grec, à l'allemand.

Par ailleurs, le XXIe siècle est certes religieux, mais il me semble y découvrir une nouvelle idéologie (à condition de définir celle-ci par ses symptômes d'intolérance et de certitude d'avoir raison et non par sa théorisation, encore à écrire): celle de la "souffrance animale", qui se caractérise par une tendance (je reste nuancée) à poser que l'animal est égal à l'homme et que (surtout), eux — ceux qui défendent ce point de vue — comprennent bien mieux la souffrance animale que vous et connaissent bien mieux la situation écologique que vous, bourreau ignorant et cruel.

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Agenda
H. a passé la journée devant l'investiture de Macron et moi à jouer à Candycrush, j'en ai peur. Vers le soir, j'ai tout de même lavé la coccinelle, tâche remise depuis décembre d'abord à cause de l'hiver, puis à cause de mon lumbago.

Folie : la reprise

Je continue à prendre des notes pour le futur, quand nous ne comprendrons plus ce qui c'est passé (si tant est que nous le comprenions maintenant, mais au moins nous le vivons).

Trump est à deux doigts de déclarer la guerre à la Corée du Nord.
D'après "Rogue Potus", un compte twitter de "résistants" qui twitte de l'intérieur de la Maison blanche, les félicitations remportées par son bombardement en Syrie en réponse à un gazage de la population (et notamment des enfants) sont montées à la tête de Trump qui souhaiterait obtenir à nouveau le même type de louanges :
Rogue POTUS
Precisely. All the praise for being "Presidential" when he bombed Syria went to his head. Now he's looking for his next fix.


En France, l'hystérie s'est emparée du pays. Nous sommes loin de la réaction spontanée et solidaire de 2002 contre le Front National. S'est-on habitué à l'idée, ou la fille fait-elle moins peur que le père?

Mélenchon n'a pas appelé à faire barrage contre le FN, les évêques de France ne se sont pas encore prononcés, LaManifpourtous (devenue l'association Sens commun), sans (grande) surprise, se rallie à Le Pen.
Des gauchistes déclarent qu'ils s'abstiendront, comme si Macron était pire que Chirac, comme si Macron n'avait pas été un ministre de Hollande. (Faut-il que Macron soit brillant pour déclencher autant de haine. En tout cas, moi qui n'en pensais pas grand chose, je vais finir par le croire.)
Certains déclarent que voter Macron en 2017, c'est faire le lit du FN pour 2022 (cherchez la logique de favoriser celui-ci dès aujourd'hui).
Bien mieux, la nouvelle tendance semble de déclarer qu'on s'abtiendra (genre "je ne mange pas de ce pain-là") mais de pousser les autres à voter contre Le Pen "parce que le FN, c'est terrible".
Plus Tartuffe tu meurs.

Voici un fil twitter d'une femme de gauche détestant Macron mais appelant à voter pour lui. Ce qu'elle pense ne représente pas mon opinion, mais je trouve intéressant sa récapitulation de ce qui se passe aujourd'hui dans les mairies FN: ce qui se passe au présent, pas dans le futur.
Les tweets datent du 25 avril. Depuis, la tweeteuse L'étagère (c'est son nom) s'est déconnectée pour ne pas trop s'énerver.
Donc voici la suite des tweets, pour les lire aujourd'hui, les conserver demain.
Ce lundi j'ai lu plusieurs threads d'abstentionnistes de gauche expliquant pourquoi ils refusaient de voter, et avant de couper twitter 10j

j'aimerais répondre -sans agresser les gens- que je. ne. comprends pas. Vraiment pas. J'entends le "on lutte déjà", "on luttera autrement",

de nbrx militants associatifs de terrain, de gens dans l'opposition à l'échelle locale etc. Qui oui, s'engagent tous lrs jours, vote ou pas

Mais puisqu'on a le *pouvoir* de bloquer le FN *pourquoi* ne pas l'utiliser pour avoir à lutter contre le moins violent des 2 ?

Je ne comprends pas qu'on puisse prendre un risque aussi dingue. Macron c'est l'ubérisation de la France le libéralisme taré, totalement.

Mais putain l'autre c'est le fascisme. Le genre qui arrive au pouvoir par les urnes mais n'en repart pas forcément de la même façon.

Bordel même Fillon a appelé en 30 s à leur faire barrage. Même Alliance ! Tandis ce matin JMLP (Jean-Marie Le Pen) soulignait la dignité de Mélenchon :-(

Je rejoins totalement l'idée que le "vote utile" et les stratégies font toujours décaler un peu plus la "gauche" vers le centre / la droite

Que tous les 5 ans le candidat "de gauche" l'est moins que le précédent qui l'était moins que le précédent. Et d'ailleurs, convaincue depuis

bien *2 mois* que j'allais voter Macron en me bouchant le nez j'ai changé d'avis au dernier moment. Compris les potes qui votaient blanc

(Tout en agonisant jusqu'aux résultats et en remerciant ceux qui nous auront évité un 2d tour Fillon / Le Pen)

Mais on est au 2d tour. Avec un FN sur une base solide d'électeurs (qui ne s'abstiendront pas, eux) & une sacrée réserve de voix potentielle

mais surtout, surtout, avec un gouvernement actuel qui leur a mis en place tous les outils pour bien nous niquer dès leur arrivée.

La loi renseignement, l'état d'urgence. Evidemment que ça me débecte de voter pour ces gens là et que je me sens prise au piège

Ms est-ce qu'on peut pas juste bloquer l'autre & décider qu'on luttera de ttes nos forces contre celui qui ne tirera pas à balles réelles?

En fait ce qui me terrifie le *plus* quand j'écoute les amis de gauche abstentionnistes, c'est de réaliser qu'ils pensent vraiment Macron

aussi dangereux que Lepen. Ou plutôt, Lepen pas plus dangereuse que Macron. Alors sans nier une seconde le danger du candidat non-fasciste

Je vais tenter un petit rappel de ce que font les candidats facistes. Et nan je vous insulterai pas avec une comparaison France / CdN (Corée du Nord, je suppose)

Et préfère m'en tenir purement à ce que font les élus FN avec un mandat, ici, en France.
Genre, ficher les élèves musulmans (Béziers)

Ou confisquer les locaux de la Ligue des Droits de l'Homme (Mantes-La-Ville)

Ou interdire tout enregistrement de leurs conseils municipaux (arrondissement Marseillais)

Ou encore bannir les journalistes des dits conseils (Fréjus)

Faire virer les adjoints qui repèrent le trucage des comptes de campagne (Hayange)

Faire interdire des conseils de rock, ou des spectacles de danse orientale, ou un film (Revoyez-le tiens, "Chez nous".)

Virer les subventions des clubs de foot parce que les jeunes y parlent trop en mode "banlieue"

Se réjouir de l'assassinat d'un homme par les terroristes car "bonne diversion !"

Annoncer l'armement de la police municipale avec une campagne délirante en mode "les armes sont nos amies"

Recruter des ex Générations Identitaires fichés par la DCRI (quoi c'pas fiché S ?) (Cogolin)

Repeindre ou censurer des oeuvres d'art (Hayange), retirer @libe de la bibliothèque municipale (Fréjus)

Faire construire un mur anti-roms, pardon, "anti cambriolage" et transformer des rues en impasse (Hénin-Beaumont)

Faire évacuer le stand du Parti de Gauche par la police sur un marché (Fréjus)

Interdire l'accès au spectacle de Noel aux gamins ne présentant pas de papiers d'identité français (Marseille)

Annuler la participation de la ville au Téléthon tout en cherchant à s'augmenter de + de 40 % (Pontet)

Donc oui, j'ai 50 alarmes rouges clignotantes avec sirènes qui gueulent dès que Macron parle travail, chômage, entreprise, start-up

Mais avec le FN plus rien ne sonne parce que ça a déjà explosé depuis longtemps. Le FN au pouvoir c'est ça : une censure de la presse, de la

*culture*, le blocage des associations militantes, des partis d'opposition, et des affiches et initiatives qui feraient rêver la NRA

Si vous vous abstenez parce que vous pensez que MLP ne passera pas, qu'on est large, demandez vous combien font ce calcul

Et si vous vous abstenez parce que merde et "on fera avec" je vous conseille de passer quelques jours à Hénin-Beaumont, ou de lire ceux qui

y vivent (je vous renvoie sur le FB ou twitter de @marinetondelier, entre autres), de voir un peu avec quoi "on fera avec" #Régime

Suis toute pr descendre dans la rue les 5 ans qui viennent mais allez savoir pourquoi j'ai l'espoir que la lutte sera un cran moins réprimée

Si on fait barrage au parti qui veut tuer nos assos et nos moyens de lutter, armer leurs milices & faire taire la presse qui les dénoncerait

Bon & très égoïstement j'aurais rien contre garder le peu de droits acquis ss Hollande ni voir ma binationale de mère

Ou ma pote reconduite à la frontière mais ça c'est encore autre chose

Vous vous rappelez la mobilisation dantesque contre la Loi Travail? Et ses résultats? Sa répression déjà ultra agressive?

Parce qu'a priori la répression sous le FN ça sera pas juste des matraques un peu plus longues et 10 volts de plus dans les tasers.

Voter contre Marine (et pas "pour Macron") c'est pas se trahir, c'est juste se foutre un gilet pare-balles avant de descendre dans la rue

C'est absolument pas incompatible, en ce qui me concerne, avec l'idée de lutter sur le terrain contre cette politique libérale de merde.

Alors que sous le FN, pas dit que "être en capacité de lutter tout court" devienne un privilège plus restreint que jamais.

J'en profite pour dire aux amis abstentionnistes-mais-qui-partent-vivre-au-Canada que pour le bien de notre amitié on se reparlera post 7mai

Emploi du temps

Je ne suis pas allée en cours d'allemand ni en cours de théologie (trois cours manqués d'affilé).

J'ai fait le point sur l'oral de mardi prochain. Je ne suis pas encore tout à fait sûre du sujet que je choisis.

L'analyse de sang reçue aujourd'hui ne fait rien paraître de particulier. Dommage, j'aurais aimé un manque de potassium ou de calcium, cela aurait été si simple.
Demain acupuncture, jeudi dentiste (on m'a dit que des dents mal jointives pouvaient jouer sur le dos), IRM (rendez-vous pris aujourd'hui!!), ostéopathe.
Dans l'ensemble ça va mieux: sciatique qui prend vers quatre heures du matin et passe vers dix heures (mais pourquoi?), point dans le dos qui est le même que celui que j'ai connu en janvier et février.

Vendredi je retourne au bureau; A. se charge gentiment d'emmener les chattes chez le vétérinaire. Elles vieillissent.

Laudato si

Nous reprenons ce matin l'encyclique "écologique" que nous avions déjà préparée en janvier. La chargée de TD (ou équivalent) est une sœur auxiliatrice qui travaille dans un service néonatal de grands prématurés et nourrissons handicapés: une confrontation vraie à de vrais dilemmes. Son sujet de thèse est passionnant: tragédie classique et morale (peut-on utiliser les tragédies classiques pour résoudre des dilemmes moraux?)

J'avais peur que ce soit ennuyant, mais finalement (comme à chaque fois) non. Le peu que nous restons au bout de toutes ces années est trop passionné pour qu'une discussion quelle qu'elle soit soit ennuyante.

Au passage, la remarque d'un étudiant contre l'importance que prennent parfois les animaux au détriment des hommes: «les animaux des pays riches qui comptent davantage que les hommes des pays pauvres» et «la SPA 1845, l'abolition de l'esclavage 1848». (A quoi je murmure à mon voisin: «adhésion de la Suisse à la FIFA 1904, adhésion de la Suisse à l'ONU 2002». Il me répond drôlement: «Oui, mais ça, c'est normal.»)

Tout à la fin (mais pourquoi n'y ai-je pas pensé avant?), je jette un pavé dans la mare: est-il réellement cohérent de parler d'écologie, de sauvegarde de la "maison commune", sans parler de démographie, de surpopulation, et donc de contraception? n'y a-t-il pas là un angle mort de l'Eglise, un point aveugle?
Gros brouhaha. Jacques, que j'estime beaucoup, me surprend en évoquant la dépopulation européenne, à quoi je réponds que nous sommes sur une seule planète, et qu'il suffit de rééquilibrer la répartition de la population. Mais notre culture? me répond-il. Mais si nous attendons la Parousie, quelle importance, la population qui peuple l'Europe? Quel est notre espoir, qu'est-ce qui compte?
Nous nous séparons dans un certain désordre.

It is closing time in the gardens of the West

Comme prévu jeudi ou vendredi, H. a rencontré B. chez son avocate (plus un autre avocat et le patron du cabinet comptable). A l'origine cela devait être une réunion pour décider de ce qui pouvait être sauvé, mais avec le licenciement de Carole, il n'y a plus rien à sauver.

"Ils" ont essayé, pourtant. Nous avions réfléchi aux conditions: reprendre Carole, ouvrir la filiale aux US. Les deux conditions ont été refusées. En revanche, proposition financière mirobolante pour rester malgré tout. Je méprise ces gens qui pensent pouvoir tout obtenir avec un gros chèque. Allez vous faire f***! Tout ça pour que le cirque recommence dans une semaine ou un an… La confiance est définitivement brisée.

H. me rejoint à La Défense. Nous déjeunons ensemble. Nous faisons la liste des personnes à prévenir personnellement, ceux dont il me semble important qu'ils n'apprennent pas cela par la bande, ceux que nous voulons (espérons) conserver comme amis ou au moins connaissances. Six ans, sept ans… Je me souviens de ce jour de juillet ou août 2010, j'allais entrer dans le RER pour rentrer, j'ai H. au téléphone: «Il faut que je te parle.» Quelle solemnité soudain. J'ai eu peur: j'ai fait une conn**? il a fait une conn***? «Que dirais-tu si j'allais travailler à Mulhouse?» Euh… comment avouer que je ne situe pas exactement Mulhouse, là tout de suite maintenant sur un quai de RER. «Euh, rien… si ça te va, pourquoi pas?» (La même année, en septembre, C. devait partir en Suisse.)
And now back home. (Ça me fait penser que je vais pouvoir m'absenter le week-end: j'évitais, sinon nous ne nous voyions plus du tout.)

Nous faisons la liste du matériel qui appartient à l'entreprise et à rendre. Quand je le quitte, il va s'acheter un téléphone. «L'employé m'a proposé de m'aider à configurer mon iPhone, je lui ai dit que je m'en sortirai».

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La chienne que j'ai d'une certaine façon sauvée il y a deux ans (c'est ma fierté) est morte hier soir.

Repas de Noël

— On lui a demandé ce que mangeaient les ours: elle a répondu des baies sauvages et des touristes. Mais en hiver, il n'y a pas de baies sauvages.

Dernier jour avant Noël

Quatre: Emmanuel, Dominique, moi, Pascal. Emmanuel m'a corrigé un défaut: j'enfonce trop mes pelles, il faut avoir la sensation de ramer la moitié de la pelle hors de l'eau pour être à la bonne profondeur. Le bateau devient alors très léger et s'équilibre (je me dis qu'à ramer seule, j'ai pris l'habitude de ramer en force, soit exactement ce que je déteste chez les autres: so proustien1). Je suis enchantée d'avoir enfin une piste de travail. J'ai hâte de l'expérimenter avec d'autres équipages.

Journée à vider ma boîte mail. Par moments j'écris des dissertations sur la prévoyance et la santé (être née en 1992 et vouloir une sur-surcomplémentaire… non, ce n'est pas normal d'être à ce point obsédé par la sécurité à cet âge-là, même pour une juriste! (on va encore me dire que j'émets des jugements de valeur: oui, et j'assume (cependant (rassurez-vous), je ne fais jamais que fournir des éléments de réflexion aux personnes qui m'interrogent. "L'appétence au risque" est quelque chose de très personnelle, personne ne peut décider à la place de quelqu'un d'autre à quel niveau il doit se protéger. Je donne des informations, pas des conseils. Ici, sur ce blog, je me défoule (si cela ne sert pas à ça, à quoi cela sert-il?))

Je rejoins H. chez Ladurée, décomposé. Son patron ne veut plus ouvrir de filiale aux Etats-Unis alors que tout est prêt pour mars prochain. Un Américain est embauché, un local choisi. H. a fait une ou deux erreurs psychologiques de base en ne prenant en compte que les faits, sans faire attention à la susceptibilité de B., son patron (travers que ma fille et moi partageons).
Zut. B. va encore réussir à nous pourrir nos vacances. (Je parais ainsi peu compatissante aux affres de H.: c'est que je ne suis pas inquiète, H. va trouver une solution. D'autre part, B. était si charmant depuis plusieurs moi que j'attendais le contrecoup. Je n'en imaginais pas la forme, mais je savait qu'il aurait lieu.)

A. arrive en voiture avec son lapin nain malgré tout beaucoup plus grand qu'il y a quelques mois. Il est même énorme dans la mesure où il est angora. Il n'a pas l'air effrayé (je redoutais la crise cardiaque pour son petit cœur de lapin).

Le soir, O. m'explique comment utiliser la recherche de kodi et je regarde le premier épisode de Sense8 dont Matoo et Ricroël ont parlé sur Twitter.


1 : «Et à la mauvaise habitude de parler de soi et de ses défauts il faut ajouter comme faisant bloc avec elle, cette autre de dénoncer chez les autres des défauts précisément analogues à ceux qu’on a. Or, c’est toujours de ces défauts-là qu’on parle, comme si c’était une manière de parler de soi, détournée, et qui joint au plaisir de s’absoudre celui d’avouer. D’ailleurs il semble que notre attention toujours attirée sur ce qui nous caractérise le remarque plus que toute autre chose chez les autres.» A l'ombre des jeunes filles en fleurs, Noms de pays: le pays

Poe light

Le bail étant signé, les cartons commencent à s'accumuler dans le salon.
Ce matin, O. m'appelle, excité.
— Qu'est-ce qu'il y a? Les chats? Qu'est-ce qu'elles ont encore fait?



Du carton scotché s'échappe un faible miaulement désespéré.
Depuis combien de temps est-elle là-dedans?

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Agenda
Le fils de Jean. Léger. Beaux acteurs et accent québécois.
Soirée scoute. J'y vais seule; j'aime cette soirée de rentrée où sont présentées les photos des camps des enfants.

Actualités

8h50. Réveillée par les poubelles à six heures et demie. Ils ne dorment donc jamais dans ce pays? (et lorsque je fait quelques pas sur la terrasse une heure plus tard, un bruit de tronçonneuse emplit l'espace: smiley stupéfait.)

J'écris dans la petite pièce à côté de la cuisine, je trouve qu'il fait trop froid dehors (vingt degrés: on prend vite de mauvaises habitudes). Par la fenêtre ouverte (pour faire entrer le frais: je sais, ce n'est pas cohérent) j'entends une bribe de conversation entre deux femmes qui passent dans la rue: «Il y a eu un accident, on ne sait pas ce qui s'est passé. Il y avait une brèche dans la clôture en face de l'église… il y a une femme qui est morte, coincée par un taureau.»
Je sursaute: parle-t-elle de quelque chose qui s'est passé ici? Une recherche plus tard, je découvre qu'il y a bien eu un accident à St-Rémy, mais que ce n'est pas ici qu'il y a eu un mort (ou la mort est-elle survenue ensuite?) Nous n'avons pas entendu d'ambulance bien que nous ayons dîné en terrasse ce soir-là, et cela n'a pas empêché la "musique" de continuer tard dans la nuit.


Autre info, plus amusante: premier rendez-vous pastafarien à Namur (NB: le pastafarisme est impossible aux intolérants au gluten, la prochaine guerre de religion se dessine déjà). Coïncidence (mais il n'y a pas de coïncidence), nous avons acheté une passoire hier à Eyguières.

Innocence

— Il existe des lapins nains nains.
— Oui, mon lapin est un lapin toy.

Eclat de rire général.

— Mais pourquoi vous riez ?

Pluie

Longue matinée à me demander ce que je vais faire, pour finalement ne rien faire. Mésanges huppées au-dessus de ma tête pendant le petit déjeuner sous l'épicéa. Sortent-elles du nid?

Le Jodie Foster, Money Monster. Le style de Georges Clooney me rappelle celui de Cary Grant (dans La mort aux trousses, dans Arsenic et vieilles dentelles): la façon d'écarquiller les yeux, la mobilité du visage, les gestes trop grands, comme une pantomime. Film moyen, ni bon ni mauvais. Pour se protéger de la pluie.

Déluge à deux heures. Les invités du mariage courent sous la pluie. Orage. Pluie continue, linge trempé.
Tant pis, j'irai le chercher demain. Je songe aux mésanges du matin, comment vont-elles?

Préparation du TG. Sur le sacrifice. Je suis perplexe.

Entretien professionnel

Encore une journée "à m'occuper des gens" (répondre au téléphone et aux mails), par opposition à clôturer les comptes (je m'y mets vraiment la semaine prochaine, j'espère aller vite. Le vrai sujet de cette année, c'est l'assemblée générale extraordinaire pour approuver les statuts: comment obtenir le quorum?).

Entretien professionnel en fin de journée (un entretien à quatre heures le vendredi? Sérieusement?), le genre de truc qui m'a toujours fait sourire comme un hochet détestiné à amuser le bon peuple (même si dans le principe ce n'est pas idiot: préparer par la formation l'évolution des métiers des salariés). Enfin bon, ça me permet de papoter agréablement avec quelqu'un dans le groupe depuis aussi longtemps que moi. Elle est référent handicap (je mets ces liens à l'attention des lecteurs qui n'imaginent pas la vie en grande entreprise) et j'en profite pour lui parler d'un vague projet: prendre un chien en formation dans un ou deux ans (comme il faut le rendre au bout de dix-huit mois, j'attends que les enfants aient quitté la maison pour le faire — ou pas : je ne suis pas sûre d'être capable d'un tel engagement sur la durée).

Un samedi

- TG sur la Samaritaine. Certains sujets font ressortir les blessures et les obsessions de certains.
- La Procure. Trois livres. Je prépare mentalement l'oral sur St Jean.
- resto italien avec A. A côté de nous, une scène pathétique, et qui dure, dure: un petit garçon de six ou sept ans muet et son père de quarante-cinq à cinquante ans qui essaie de le faire parler de façon pitoyable («Mais souris au moins… Ah c'est agréable de déjeuner avec toi. Tu veux aller où en vacances? Tu veux qu'on retourne à Bali? — Non. — On peut aller en Argentine.» etc)
- achat d'un kimono, en soie, cousue main, venue droit du Japon où va les chercher la commerçante (à l'origine nous voulions juste vérifier s'il y avait du papier pour origami. Mais comment résister au plaisir de A si peu coquette?), d'un opinel marin (pour la même), d'un kilo et demi de thé (trois thés différents), six galettes de sarrasin nature (que nous prenons dans une crêperie — j'ai été surprise qu'ils acceptent), six tranches de jambon, douze tranches d'andouille, six œufs et de trois livres d'occasion.
- sieste
- repas
- coup de fil à ma tante
- L'homme de Rio en classant des papiers. (Je suis dans une phase de rangement. J'en ai marre (du bazar, de la poussière, de l'envahissement)).

Passage de l'élagueur pour un devis : il ne touchera pas aux chênes, le voisin ne va pas être content. Mais il faut couper le châtaignier, malade.

A. dans la voiture. Cours de sciences naturelles: «Les dauphins, les baleines, gardent la trace de leur passage sur terre. Ils sont redevenus marins. Bien sûr, il faudra voir dans cinq mille ans, mais certains loups sont en train d'en faire autant: les biologistes ont repéré je ne sais plus où des poissons abandonnés sans tête. Ils se sont aperçus que c'étaient les loups qui manquaient de nourriture et les pêchaient. Normalement cela n'aurait pas dû être possible vu la température de l'eau, mais ces loups ont développé du poil plus épais et imperméable, et ils ont un pli muqueux plus important entre les orteils. Ils ne mangent que la tête car ils se sont adaptés; les poissons transmettent le ténia (je ne suis pas sûre que ce soit le ténia, un ver très long) et les loups ont "compris", si on peut dire, qu'il ne fallait manger que la tête. Les ours mangent les poissons en entier… — Ils se sont adaptés au ténia? — Non, c'est le ténia qui ne s'est pas adapté aux ours; l'ours mange du poisson avant d'hiberner, quand il hiberne, le ténia meurt. (Je ris.) L'adaptation, c'est extraordinaire. Dans un pays chaud, je ne sais plus, genre désertique, des singes pillent les poubelles pour manger. Eh bien, ils se sont alliés avec des chiens pour les protéger d'autres chiens qui les attaquent. Les chiens qui vivent avec les singes ont droit au traitement des singes, la nourriture, l'épouillage… Parfois quand une mère singe perd son petit, elle pique un chiot, et le chiot n'a pas intérêt à tenter de s'échapper. Ce qui m'a le plus étonnée, c'est qu'ils font pareil aussi avec des chats.»
J'écoute. C'est passionnant. Je lui demande la prochaine fois de noter quelques références, des noms de chercheurs, etc.

Bestiaire

Conversation sur le trottoir après le cours (sur St Jean - forts accents ricœurdiens).

— La chouette de ton ami Hegel…
— C'était la taupe, j'ai vérifié, il l'a piquée à Shakespeare, peut-être dans Hamlet, je crois.
— mais il y a aussi une chouette…
— oui, bien sûr…
— Il y a un paragraphe tout à fait savoureux sur les vaches dans la Phénoménologie
— A quel endroit? je n'ai pas dépassé les deux tiers du tome un.
— Il y a quelque chose qu'il faudrait que tu lises si tu as le temps: la correspondance de Hegel. Il y a des lettres à sa femme tout à fait délicieuses…
— Ah, il était marié? C'est en allemand?
— C'est traduit, je n'aurais pas le niveau… Il s'intéressait à tout, il y a la description de hannetons… A un moment, il faut bien qu'il vive, ça ne s'est pas trop bien passé à Iéna, il est embauché comme proviseur…
— Ça nourrit, ce n'est pas à négliger, comme disait notre cher Grammont à une jeune fille à qui il conseillait de passer le Capes.
— …Sa grande obsession, c'est les chiottes, il n'y en a pas, les enfants se répandent partout, il écrit des pages et des pages pour réclamer des fonds, la construction de chiottes. Et sinon, je crois qu'on est un peu pareil, on aime bien les fous, ça devrait te plaire… il y a ce type, un marchand de vin, un Français qui a épousé une Allemande… il veut comprendre la philosophie allemande, il lit Kant, Fichte, Schelling, il écrit à Hegel pour vérifier s'il a bien compris… il y a des paragraphes lumineux, totalement compréhensibles, et Hegel, le plus grand philosophe du temps et peut-être de tous les temps, qui répond à ce marchand de vin, qui lui dit que oui, à condition d'apporter telle et telle restriction ou précision, c'est bien ça…

(En échange de la correspondance de Hegel, je lui conseille, fou pour fou, Poésie du gérondif.)

La mort

A. voulait faire des études d'ostéopathie équine. Pour être admise à l'école, il fallait écrire une lettre de motivation. A ma grande surprise, elle avait des arguments extrêmement précis; en particulier, elle expliquait qu'elle ne voulait pas devenir vétérinaire car elle ne voulait pas euthanasier d'animaux.

Elle est à l'école à Lisieux, et cela lui plaît tant, la région et les gens, qu'elle ne rentre jamais, sauf pour les anniversaires ou comme à présent pour un job d'été. Elle a passé le dernier mois dans un haras qui à bien y regarder est surtout une ferme. Elle nous raconte ses aventures (Martine à la ferme) avec son habituelle vitalité et c'est assez étrange de la voir ainsi "boucler" sur nos souvenirs d'enfance qu'elle n'a pas connus:
— Oui alors tu comprends, c'est un veau, enfin une génisse, qui a perdu sa mère à la naissance, il a été élevé au biberon. Il avait rejoint le troupeau et il fallait absolument la séparer, parce qu'elle n'a qu'un an et qu'il ne faut pas que le taureau la saillisse…
— Il y a un taureau dans le troupeau? (De la saillie libre, je ne pensais pas que cela se pratiquait, ou alors par emprunt d'un taureau, quelques jours)
— Oui, et même deux, un jeune et un vieux. D'ailleurs (un autre jour, je vous épargne le contexte) Luc m'a dit: «Paulette, va réveiller le taureau…
— Paulette?
— Oui, il appelle toutes les filles Paulette: «Paulette, va réveiller le taureau et amène le au pré» et il m'a tendu un bâton…
— Et alors, tu lui as donné un grand coup de bâton sur les fesses?
— Euh non, j'ai sifflé et j'ai frappé par terre, il a ouvert un œil et il a fait tout un détour au lieu de passer au milieu de la stabu et si je me mettais sur le côté il allait de l'autre et Luc qui criait «Alors ça vient ce taureau?» «Ça vient, ça vient».
[…]
— J'ai même pas réussi à leur voler un kilo de miel sur les cent cinquante que j'ai aidé à récolter. Si tu veux, il m'a parlé d'une ruchette… (je lui avais dit que j'aurai volontiers eu quelques ruches quand j'avais appris qu'elle avait acquis des notions d'apiculture.)
— Inutile, papa ne veut pas.
— Ce n'est pas que je ne veux pas, c'est interdit en zone urbaine.
— Comment ça, il y en a même sur les terrasses des Champs, ce n'est pas urbain, peut-être? D'ailleurs, je me demande ce qu'elles butinent.
— Aucune importance tant que ce n'est pas du colza!
— Pourquoi, ce n'est pas bon?
— Ça durcit très très vite, c'est impossible à manipuler, on ne peut rien en faire.
[…]
Elle raconte les poulets, la machine à plumer, les coqs de trois ou quatre kilos portés à bout de bras, la conduite du tracteur sur cent mètres:
— L'accélérateur était très sensible, et avec les ornières, ça cahotait, je faisais des à-coups sur la pédale. J'ai découvert que ça allait mieux en me calant au fond du siège (Ce n'est pas que ça cahote moins, c'est qu'alors tu fais partie du système, glisse son frère), mais c'était taille Luc, alors je ne touchais la pédale que de la pointe du pied. […] On a rentré le foin […] On n'a pas le droit d'élaguer en juillet à cause des naissances […]
[…]
— Les agriculteurs avaient bloqué les ponts, il devait livrer des cochons d'Inde à une animalerie, il a mis quatorze heures a faire l'aller-retour Lisieux-Lille.
— Et les cochons d'Inde, ils ont supporté le trajet?
— Oui, c'est l'aller-retour qui faisait quatorze heures. Mais il y a eu des morts dans les lapins béliers, ils supportent très mal la chaleur. Même dans leur bâtiment ventilé, il y a des morts presque chaque matin.

— De toute façon, conclut-elle avec une pointe de regret qui ne l'empêche pas de dévorer le poulet qu'elle nous a ramené de la ferme, ce stage a été très instructif. Je n'ai jamais autant côtoyé la mort que durant ce mois.


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Sortie dominicale : 12 km en skiff.


Cecil

C'est l'histoire d'un lion abattu par un Américain. J'ai vu passer l'histoire il y a deux ou trois jours. Le lion a été attiré hors de la réserve où il vivait protégé, blessé à l'arc puis traqué et achevé quarante heures plus tard.
Ce braconnage ou brigandage a coûté cinquante mille dollars à l'Américain (tout cela reste à confirmer tout en étant considéré comme sûr: le nom de l'Américain a été dévoilé ainsi que son adresse). Les deux autochtones qui l'ont aidé ont été arrêtés, quant à lui, nul ne sait où il est (et heureusement pour lui, je pense).

J'ai donc vu passer cela sur FB sans doute chez une amie qui relaie énormément d'informations sur la vie animale (notamment la protection des chevaux sauvages en Amérique).

L'étrange, c'est que cela s'est emballé. Fatigués de la Grèce, de Daech, de l'Ukraine? Heureux de trouver enfin un coupable identifié, identifiable, pour un crime aux contours nets, l'illustration sans appel que l'argent permet de se penser au-dessus des lois1? Pour l'opinion publique occidentale, en quelques heures, cet Américain est devenu LE salaud emblématique (c'est tout au moins un connard dans les grandes largeurs).

C'est alors que certains, par conviction ou snobisme (ne pas hurler avec la foule peut s'interpréter de ces deux points de vue), ont commencé à dénoncer le "lynchage"2 médiatique, regrettant qu'on ne parle pas de sujets plus graves concernant l'Afrique (sachant que j'ai rarement vu chez eux quoi que ce soit en relation avec l'Afrique).

Bref, cette histoire est une sorte de parabole exemplaire (paradigme?) de ce que peut devenir un fait divers sur FB et les "réseaux sociaux" (entre guillemets, car ceux qui utilisent cette expression affectée me font rire).



PS : Sachant que mon ancien chef partait en safari3 (il conservait des cartouches gros calibres sur le bord de son bureau), aurait-il été susceptible d'une telle infamie? Je me le demande.



Note
1 : En France, au même moment, le roi d'Arabie privatisait une portion de plage publique avec l'approbation du préfet et demandait qu'aucune femme (CRS) ne fasse partie des agents chargés de sa sécurité. A-t-il payé pour cela? Ce serait du même ordre (tout s'achète, retour des privilèges, il n'y a pas égalité devant la loi (au moins, dans l'affaire Cecil, la loi n'a pas plié, elle a été violée)), ou pire, n'a-t-il pas payé, n'est-ce que bassesse du gouvernement? Nous n'en savons rien.

2 : Cela atteint de telles proportions que je commence à craindre pour sa vie s'il est découvert. On dirait des ayatollahs à la poursuite de Rushdie.

3 : Car tuer est légal dans certains lieux, qu'il s'agisse d'élevage à cette fin ou de régulation des populations.

Le mouton



« Je suis ceux que je suis. »




Graffiti photographié à Lille posté dans un groupe FB qui me fait rire.
Projet grenoblois à l'origine.

Pas grand chose

Un prestataire est venu installer le nouveau poste de travail de J. Il a eu les yeux exorbités lorsque nous lui avons expliqué qu'un technicien de la maison était venu la semaine "installer lotus en client lourd", avait fait planter l'ordinateur, n'avait pas réussi à l'éteindre, avait arraché la prise, n'avait pas réussi à le faire redémarrer, était parti sans jamais revenir…
Lorsque J a téléphoné à la hotline interne, son poste a été déclaré HS et elle a attendu qu'on lui en donne un autre (deux jours sans ordinateur, c'est long dans une fonction administrative).

Passage à la bibliothèque rue Vaugirard pour rendre Deleuze sur le cinéma (cours autour de Bergson). Vélib. Passage à l'ICP pour emprunter des livres: bredouille, horaires d'été, fermée à 18 heures.

Vélib jusqu'à gare de Lyon. Il fait froid. J'aurais juré qu'il y avait un gros saule pleureur à la pointe de l'île Saint Louis. Oui ou non? En tout cas il n'y avait rien ce soir.



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Signe des temps :
Un mouton croisé méduse est arrivé jusque dans nos assiettes. Cela me fait penser à la sirène servie dans un restaurant dans Le bourreau affable.
Cela me donne envie de rire. Nous allons vraiment faire notre malheur, comme ces enfants qui abîment leur jouet préféré puis pleurent «c'est pas moi, j'lai pas fait exprès».

Dissection

Après les fractals et les cafards. Conversation entre nanas acte III.

— Et il t’a parlé de la dissection ?
— Non. Vous avez disséqué un cheval ?
— Oui, à Brighton.
— Pourquoi, c’est interdit en France ?
— Non, mais ils ont un refuge pour vieux chevaux, et quand ils meurent, ils les congèlent.
Moi, incrédule: — On vous a amené un morceau, un cuisseau ?
— On a eu un cœur, un rein… il tenait juste dans ma main. J’ai eu plus de mal avec la tête. Elle était coupée en deux, une moitié pour chaque groupe. La prof a eu besoin de sortir, normalement elle ne peut pas laisser les élèves tout seuls, mais elle les a laissés en leur recommandant de ne pas toucher à la seconde moitié. Ils ont coupé la cervelle en quatre, il y a de l’eau qui coulait pour que ce soit toujours propre, ça s’effilochait dans l’eau, ils ont posé l’œil au milieu des quatre morceaux comme une fleur. C’était beurk (dit-elle réjouie au dessus de ses rognons de veau).
— Attends, j’ai pas suivi… tu faisais partie du groupe ?
— Oui, mais j’ai juste regardé. L’intérieur, c’est super, mais si on voit que c’est un cheval, j’ai du mal. La cervelle était remontée par l’orbite…
— Ah, ça avait fait dépression… Tu devrais vraiment regarder Big Bang Theory, Amy, l’amie de Sheldon, est neurobiologiste, elle est tout le temps en train de découper de la cervelle.
— On devait chercher le nerf optique, et c’est pas facile. Ils ont crevé l’œil… (Changeant de sujet) On a vu un diaphragme, aussi. C’est vachement plus facile à comprendre quand on le voit. C’est très élastique et super solide; si t’as un problème au diaphragme, c’est vraiment un problème. C’est d’un seul tenant, il n’y a que trois hiatus.
— Trois tubes.
— Oui. Veine cave, aorte, œsophage.

Etc. Le hamburger normand (camembert) était très bon.

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Agenda
Le matin concours hippique (6e sur 27, elle a une belle position, une bonne assiette, je ne l’avais pas vue monter depuis six ou sept ans).
L’après-midi Vice-versa.

Weimar

Aller en décapotable par les petites routes soit trois heures pour faire 140 kilomètres; retour par l’autoroute soit une heure et demie pour 160 kilomètres. (A. a un peu exagéré).
Lire le guide vert en même que l’on roule est une tentation permanente: nous passons à trente ou quarante kilomètres du lieu de naissance et de mort de Luther, plus tard un panneau indique la ville de Gutemberg sans que nous sachions si cela a un rapport avec l’imprimeur.

Nous arrivons peu avant midi à Weimar et la première chose que nous repérons en arrivant sur la place devant la maison de Goethe est une citation de Jules Renard peinte en hauteur sur le mur d’une maison d’une rue adjacente (c’était en allemand, je ne m’en souviens plus (quelque chose du genre «si vous trouvez la vie, donnez-moi son adresse»)).

Trop de choses à voir en trop peu de temps (deux jours de visite, dit le guide, nous devons y passer une après-midi), d'où hésitations, d'où encore moins de temps.

Maison de Goethe, église St Pierre et Paul (la toiture est percée régulièrement de petites lucarnes, c’est très joli), retable de Cranach. Les stalles ont été décapées pour retrouver la couleur du bois sous la peinture grise.
Déambulations dans le cœur de la ville, paillasson «Ici Goethe n'est jamais entré».

Sur la façade du Stadtschloss une banderole proclame: «Cranach est chez Schiller» (comprendre: les Cranach sont en exposition à la maison de Schiller).
Le rez-de-chaussée expose des icônes russes et des peintures de la Renaissance (et des photos des tableaux de Cranach déplacés), le premier étage est magnifique, enfilade de pièces au parquet marqueté et lustres resplendissants, nous sommes seuls, de loin en loin un gardien nous regarde passer. Nous n’aurons pas le temps de visiter le deuxième étage dédié à l'impressionnisme (une cathédrale de Monet dit le guide), le château ferme.
Un tableau (Henrietta Stuart von Oranien, Henriette Stuart d'Orange, non pas la fille d'Henri IV comme nous l'avons pensé sans y croire (ce d'Orange, vraiment, était étrange), mais sa petite-fille) me fait comprendre qu’Oranienbaum à côté de Dessau doit faire référence à la maison d’Orange.

Pas vu le cimetière (les tombes de Goethe et Schiller), ni la cabane de Goethe, ni la chapelle orthodoxe d'une princesse russe épouse du duc du lieu.

Crêpe au roquefort dans une crêperie bretonne. Un peu de pluie.
J’ai acheté une peau de mouton sur la place du marché, destinée à la voiture.


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Bonus: histoire du poulet racontée par A.
Les Américains ont inventé un canon à poulets pour tester la résistance de leurs avions aux oiseaux.
Les Belges qui travaillaient à leur train à grande vitesse ont voulu utiliser ce canon pour des tests. Le poulet a explosé la vitre du train, traversé le fauteuil du mécano, défoncé la console d'instrument de bord avant de s'encastrer dans le panneau arrière de la cabine de pilotage. Les Belges ont alors demandé aux Américains si leur appareil était bien réglé.
Ceux-ci ont vérifié. La conclusion du rapport était: «il faut décongeler le poulet».

Wittemberg

Le centre commercila à deux pas est fermé (ouverture à sept heures, proclame l'affiche), je parcours la ville à la recherche d'un magasin ouvert. Je trouve une boulangerie salon de thé et achète beurre, confiture, pain (ce sera notre nourriture de base de la semaine, avec les coktails aux entractes).

Nous décidons in extremis d'aller à la messe de l'Ascension à Oranienbaum. Le long de la forêt les pistes cyclables sont envahies de cyclistes avec enfants, fleurs, packs de bière (selon l'âge).
L'église est plutôt laide à l'extérieur, clocher en forme de tour carrée de béton sale, mais l'intérieur peint en jaune clair avec de grandes ouvertures vitrées en petits carreaux violets, roses et mauves est charmant. Nous sommes très peu nombreux, mais je m'étonne qu'il y ait des catholiques ici, sous la double hypothèque du protestantisme et du communisme. Pourtant la communauté semble vivante car les lieux de culte sont étonnamment nombreux, je dirais presque plus nombreux qu'en France en proportion de la population baptisée catholique (enfin, ce n'est qu'hypothèse de ma part).
Pendant toute la liturgie nous nous débattons avec le livre de chants (avec variations d'un land à l'autre, apparemment). Chantent-ils très faux, ai-je l'oreille peu entraînée? Bien qu'ayant compris le système de numérotation des chants, je ne reconnais les paroles qu'à quatre ou cinq syllables de la fin à chaque fois.
Le prêtre sort seul tandis que les paroissiens restent calmement assis pour se lever une fois qu'il est en place pour saluer chacun à la porte. Avec cette méthode, nous ne coupons pas aux explications. Le prêtre parle un peu, très peu, français, mais les phrases qu'ils prononcent sont fluides. Il parle très bien hollandais et polonais, nous dit-il; il a autrefois parcouru l'Ile-de-France à vélo en dormant à la belle étoile.
Il part faire une conférence à Wörlitz sur la Bible et voudrait bien nous y entraîner, mais «Meine Tochter wartet auf uns».

Sur la suggestion de JY nous passons l'après-midi à Wittemberg, lieu des 96 propositions de Luther. L'anniversaire (30 octobre 1517) aura lieu dans deux ans et tout ce qui concerne Luther, maison, église, université, est en travaux.
La ville est magnifiquement restaurée, pimpante et colorée. Nous découvrons tout d'abord une plaque nous apprenant que Lessing a fait ses études ici, mais bientôt, nous nous apercevrons qu'une maison sur dix ou sur huit a sa plaque, la plupart de théologiens inconnus, mais également des noms très connus, à croire que tout le monde est venu un jour à Wittemberg: le maréchal Ney et Napoléon, Gorky, Schiller, Pierre le grand, Giordano Bruno… Cranach y a sa pharmacie et une plaque affirme que Faust pourrait avoir habité telle maison.

Des Allemands nous arrêtent pour nous demander d'où nous venons, ce que nous pensons de la ville. Nous essayons de transmettre un peu de notre ravissement.

Au dos du retable de Cranach se trouve une étrange représentation de serpent sur la croix, représentation que je retrouve sur une autre tableau d'une présentation de Jésus au temple (une carte postale m'apprendra plus tard qu'il s'agit d'un tableau de Peter Spitzer, Darbringung im Tempel). J'interroge mes amis FB (pensant qu'ils ont plus de facilité à chercher que moi sur mon téléphone) et apprends qu'il s'agit de la représentation du serpent d'airain de Moïse préfigurant le rachat de l'humanité par le Christ ainsi que la continuité entre l'ancienne Loi et la nouvelle. Ce symbole aurait été couramment utilisé au Moyen-Âge, c'était la première fois que je le voyais. (Merci à ceux qui se reconnaîtront).

Parenthèse vétérinaire: pendant le déjeuner, et pour une raison que j'ai oubliée, A. nous a fait un cours sur les haras nationaux : le Percheron est le cheval de trait le plus exporté au monde tandis que le mulassier poitevin et le xx (j'ai oublié) sont en voie de disparition.
Les haras nationaux ont été créés sous Louis XIII, le but était d'élever des chevaux d'apparat ou de chasse français pour l'aristocratie (les paysans, ces rustres, ne se préoccupaient que de chevaux de trait et tous les beaux chevaux étaient importés d'Espagne, ce qui revenait extrêmement cher à l'économie nationale).
Les résultats en furent médiocres car la jumenterie était pauvre: «en Angleterre, on avait compris qu'il fallait de bonnes juments, mais en France, on considérait que cela n'avait aucune importance, que tous les caractères venaient de l'étalon. C'est Napoléon qui a changé cela.» Je commente à mi-voix qu'avec Joséphine et Marie-Louise, il savait à quoi s'en tenir sur l'importance de l'élément féminin dans la descendance…

Nous partons en retard, en retard.

Nous arrivons après la deuxième sonnerie pour écouter et voir une Walkyrie électrique et multicolore. Cette œuvre me navre profondément.
Lillet aux fruits des bois.
Errance vaine dans Dessau pour trouver un restaurant après le spectacle. Nous nous couchons sans manger — mais sans avoir faim.

Poitrail blanc

— Normal que ce chat soit amical et veuille tout le temps entrer chez nous: il a le poitrail blanc.
— Hein, quoi?

Ma fille est venue récupérer sa voiture cette semaine. Entre autres matières, elle étudie l'éthologie. C'est ainsi que nous apprenons que l'une des caractéristiques des animaux sauvages domestiqués, c'est de perdre en quelques générations (quatre ou cinq chez le renard, par exemple) ce qui leur permet de survivre dans la nature, les oreilles droites pour entendre loin, le pelage de camouflage, etc.
L'une des marques de la domestication est le poitrail blanc : dans une portée, si vous souhaitez un animal docile, choisissez de préférence celui au poitrail blanc.

— Poitrail blanc : comme toi, finalement.
— Eh oui : vingt-cinq ans de mariage.

Résumé de la semaine

Fiscalité, Balzac (l'année 1829. Il me fait penser à Truffaut par sa conviction que les femmes sont forcément passionnées), rhume. La chienne a revu mes parents.

Encore un coup de fil de ma tante

Ma tante, pas celle aux expressions, l'autre, celle qui garde le chien de mes parents, m'appelle ce matin:

— Oui allô, c'est toi, oui, je surveillais leur mail, pas celui de wanadoo celui de la poste, et alors je ne sais pas pourquoi ils ont envoyé un mail mais il y a eu un message d'erreur il n'a pas été envoyé alors je te lis le mail «chère Nadine, nous sommes au Panama mais il y a eu un contretemps, J-P [mon père] s'est cassé le cubitus en plusieurs endroits, est-ce que tu pourrais appeler le mari d'Emmanuelle pour prendre rendez-vous avec lui?»

Si vous n'avez pas compris grand-chose, c'est normal. J'essaie d'expliquer (je précise que "Nadine" n'est pas ma tante).

Ma tante voulait prévenir mes parents que le chien allait mal. Elle attendait donc ce week-end avec impatience parce qu'elle savait qu'ils ne camperaient plus en forêt mais seraient à l'hôtel à Panama avec une liason internet.
Pour une raison que je ne m'explique pas, au lieu de surveiller sa propre boîte mail pour savoir s'ils avaient écrit, elle s'est connectée sur la leur (mais pourquoi? cela me choque) et y a découvert un mail envoyé par eux à Nadine (une amie?) pour prendre rendez-vous avec un chirurgien. Ce mail était en fait un mail de retour à l'envoyeur, il n'avait pu atteindre sa destinataire (Nadine). En revanche, cela avait permis à ma tante d'en lire le contenu.
En d'autres termes, mes parents n'avaient pas prévu de nous prévenir que mon père s'était cassé le bras, ce qui ne me surprend guère (c'est tout à fait leur genre) mais m'embarrasse beaucoup: je suis gênée de savoir ce qu'ils ne souhaitaient pas que nous sachions.

Sachant qu'"Emmanuelle" était la fille des voisins, j'ai conseillé à ma tante de leur téléphoner afin d'accomplir ce qui était indiqué dans le mail qui n'avait pas abouti.
Non, elle a préféré écrire à mes parents pour leur dire que le mail était revenu en erreur, et eux lui ont dit… de téléphoner aux voisins.

Avec tout cela, elle a oublié de leur parler du chien. Tant mieux.



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Agenda
- Lu Un hiver à Paris qui m'a replongée en hypokhâgne. Cela m'a un peu fichu le bourdon. J'ai pensé que moi aussi j'aurais des choses à raconter, Frédérique, Claire, Hélène, toutes ont fui l'internat (deux au sens propre) et j'y suis restée. Un jour peut-être. Trente ans, il y a prescription.
- Vu Les palmes de M. Schultz avec les voisins et les V. (après leur semi-marathon: chapeau d'être restés assis deux ou trois heures!)

Situation tendue

Hier dans la matinée, trois appels de ma tante sur mon portable. Elle s'occuppe de la maison de mes parents pendant leur absence (ils sont partis trois semaines au Costa-Rica chasser —photographiquement— oiseaux et papillons et sont a priori injoignables).
Je me prépare mentalement à l'aider à retrouver le numéro de leur contrat d'assurance pour un problème de fuite d'eau ou autre et la rappelle.

Pas du tout. La chienne de neuf ans confiée à sa garde est en train de mourir. Elle refusait de manger, elle tombait, ma tante l'a emmenée chez le véto. Verdict: cancer du foie, trop avancé pour qu'on puisse tenter quoi que ce soit.
Je console comme je peux ma tante en larmes en m'appuyant sur l'un des derniers billets de Boule de fourrure (heureusement que je l'ai lu, je n'aurais pas réagi de la même façon sans cela); j'essaie de lui dire qu'il ne faut rien précipiter, qu'il existe des médicaments anti-douleur, que si la chienne est soulagée elle pourra peut-être tenir jusqu'au retour de mes parents…
Aujourd'hui ma tante est plus calme, elle a pu ramener la chienne à la maison qui, soulagée par une piqûre quotidienne, reprend goût à la vie mais reste très faible.
A suivre.

Dîner

— Les coccinelles sont des salopes.

Relations filiales

Bien qu'étant une mère angoissée, je mets un point d'honneur à ne pas le montrer (parfois en voyant les réactions de l'aîné devant mes inquiétudes pendant les absences du benjamin, je me dis que je l'ai peut-être trop caché), à ne pas entourer mes enfants de soins excessifs mais au contraire à les pousser à la liberté et à l'indépendance.
Nous n'avons donc des nouvelles de notre fille que de loin en loin, partant du principe que «pas de nouvelle, bonne nouvelle» et que si elle a besoin de nous elle saura nous trouver.

C'est ainsi que le dernier sms reçue de A. datait du 18 janvier à 15h41: «Je pars aujourd'hui [en Angleterre par bateau] et ne reviens que samedi. Je ne sais pas si je serais joignable».
S'en étaient suivis quelques échanges badins (du genre "noyade interdite"), elle était partie, le temps avait passé sans que nous en rendions bien compte et je disais à midi qu'elle devait être rentrée, qu'il faudrait l'appeler, sans doute.

Quand soudain, out of the blue, arrive le sms suivant que j'ai découvert cette après-midi: «Vous pouvez compléter la nourriture de Charlotte par des croquettes pauvres en cendres, riches en fibres et éventuellement de type "aidant les reins". A son âge ça ne lui fera que du bien.»


Comme dirait O., «ma famille me fait rire».
Tout bien réfléchi, il n'a pas tort.

Enquête

Les questions sont ici.

1/ Oui. J'adore ça. La première fois cela devait être en stop, d'ailleurs, de la base de parachutisme de Royan à la gare… (était-ce le jour où nous sommes arrivés trop tôt car c'était le week-end du changement d'heure fin mars, ou plus tard, dans la première semaine de juillet? Je ne sais plus.)

2/ Euh oui. Rapide et régulière.

3/ Oui. Je suis fidèle si le travail est bien fait et si les gens sont serviables (sachant que l'on peut être serviables et revêches (comme les Vénitiens, par exemple, qui rendent toujours service sans jamais sourire). Je suis partisante du "vote avec les pieds": retourner aux endroits biens, boycotter les cons (je sais, on est toujours le con de quelqu'un. Mais tout de même, cela a un sens de favoriser ce qu'on aime).

4/ Non, sauf les contes. J'aime beaucoup les contes, ils sont riches d'enseignements. Il faut se conduire bien sinon tôt ou tard on en paie le prix, mais contre le mal, c'est la ruse plus que la droiture qui triomphe. Ce n'est pas une morale judéo-chrétienne, c'est très intéressant que ce soit cela qui soit transmis par la culture populaire. Je suis frappée du nombre de contes dans lesquels le diable perd parce que le héros triche ou détourne les règles du jeu en jouant aux cartes ou aux dés contre lui.

5/ Beaucoup moins souvent qu'on ne m'en accuse! (Smiley ou pas?)

6/ Que je n'aime pas souffrir inutilement.

7/ Suis-je responsable de quelqu'un ou quelque chose? oui. Prends-je mes responsabilités? depuis cinq ans, depuis que je me suis rendue compte que je devais avant tout compter sur moi seule et que mes décisions n'étaient ni meilleures ni pires que celles des autres, oui.

8/ Non. Mais j'aime la bonne pub, celle qui ressemble à un conte, justement, ou une fable de La Fontaine, avec un développement, un paroxysme, une chute. C'est magique quand c'est bien fait.

9/ Oui. D'ailleurs la chatte s'appelle Charlotte parce qu'à l'époque où elle est entrée chez nous nous mettions des charlottes par-dessus le produit anti-poux (qui était tout simplement de l'alcool à 70°).

10/ Hum, voilà une question intime. Je ne suis pas sûre de ce que c'est, mais je vais répondre: j'essaie.

Endurance

Un séjour chez mes parents et ma tante me permet de découvrir Money drop.

Après une question sur les poux (une femelle peut pondre jusqu'à dix œufs par jour), la présentatrice précise que le pou mâle peut satisfaire jusqu'à dix-huit femelles de suite:
— Ça c'est du mâle Alpha ! s'exclame Olivier qui en paraît enchanté.

Gestion domestique

Soit un panier de linge repassé déposé sur la table du salon dimanche soir.
Je découvre que le chat, inévitablement, s'est couché sur le pantalon couronnant la pile, y déposant moult poils et sans doute œufs de puce (petits points blancs).

Que faire ?
— armé d'une brosse collante, nettoyer le pantalon, puis distribuer le linge entre ses différents propriétaires (rien n'est pour moi, mes robes sont sur cintre, non pliées) ;
— la même chose, mais en vitupérant ;
— rien, après tout, ce linge n'est pas pour moi.

J'ai choisi la dernière solution, en prévenant les enfants que je n'étais pas là ce week-end, et que sans doute leur père serait furieux de l'état de son pantalon (on pourrait argumenter qu'il n'avait qu'à le ranger avant de partir. Question théorique: le fait que le père de famille s'absente la semaine pour nourrir sa famille le dispense-t-il des tâches domestiques, sachant que le reste de la famille n'a pas moins de contraintes horaires, même si moins rémunératrices? (Je pense que non, ne serait-ce que pour des raisons d'exemplarité, mais il argue de sa fatigue pour se défiler, et je voudrais éviter que cette fatigue ne se transforme en épuisement.))

Copié/collé d'une discussion FB de ma fille

Claude : Tuesday a foutu ses postérieurs dans Bryan après la course dimanche. Il va bien (qq points de suture, un œil au beurre noir et difficulté à ouvrir la bouche) grâce à un énorme coup de chance : le premier coup a été amorti par son gilet de protection et a évité à sa tête de prendre le second de plein fouet.
Il est en vacances jusqu'à dimanche au moins.
15 septembre, 21:18 · J’aime

Lise : Ouch ! Point positif, point positif... Il est vivant! Sale poney, on l'a mieux éduqué que ça, pourtant.
15 septembre, 22:03 · J’aime

Claude: Pour tout te dire, je croyais que tu savais et que ton sms concernait son état à la sortie de l'hôpital, et je me demandais comment t'avais fait. ._.
Il lui enlevait les cloches après la course (qu'il a gagné œuf corse) et il lui a foutu un coup en pleine poitrine qui l'a fait voler. C'est pour çà que celui destiné au visage a foiré. Dieux soit loué !
Résultat, vu que le we, c'est plutôt tranquille, je les quitte quand il revient.
15 septembre, 22:23 · J’aime



J'ai eu un oncle qui a passé six mois entre la vie et la mort en 1994 ou 1995 à cause d'un coup de pied au foie.

Divers

- Réglé les détails de la garde d'un chaton dans la matinée (JA bon ange des petites bêtes, qui l'eût cru);

- ramé dix kilomètres AU SOLEIL. Très bon quatre;

- je suis à Florence ce soir (non sans être un peu ennuyée de laisser aux enfants le soin de s'occuper de la personne que nous allons héberger un certain temps (combien de temps?): il est arrivé jeudi, je lui avais demandé quand il repartait en précisant que c'était pour organiser les repas, il avait répondu qu'il arriverait les dimanches vers 23 heures et repartirait les vendredis tôt le matin. Il avait juste oublié de préciser que par exception avant la rentrée (il est prof) il souhaitait rester ce week-end. Donc il reste, mais sans nous. C'est un peu étrange, mais il n'avait qu'à répondre précisément à ma question précise (c'est surtout pour les enfants que ça m'ennuie, bis. Mais enfin trois sur quatre sont majeurs, et ils savent (bien) cuisiner)).

Décapotables et pseudo barbecue

Les points forts du jour: matinée sur une traduction d'un billet hébreu lui-même traduit en anglais sur les actions du Hamas à Gaza (j'espère ne pas m'attirer toutes les haines de la terre — je suis peut-être naïve); une visite dans un garage Volkwagen pour voir une Coccinelle (à ce que j'ai compris le nom n'est plus New Beetle en France. Le modèle est assez massif. Le concessionnaire passe un long moment avec nous, sans se presser. Je suis surprise par les options luxueuses qu'H. est prêt à mettre dans cette voiture. Evidemment, tout ce que je veux c'est une décapotable (j'imaginais plutôt un vieux modèle d'occasion, c'est plus mon genre), mais si on me propose un intérieur cuir, je ne vais pas dire non! (bref, je m'oriente de plus en plus vers une voiture de vieille peau. C'est cohérent)); un passage chez l'horloger pour récupérer la comtoise (deux mois de silence); une visite dans un garage BMW pour essayer une Mini (très agréable à conduire, mais je l'assumerais encore moins que la Coccinelle. Je suis en train de me dire qu'une simple Polo ferait l'affaire); violent orage alors que nous avons organisé un barbecue avec les voisins. Cela sèche, mais des algues microscopiques rendent la terrasse gluante, terriblement glissante et dangereuse. Nous nous replions sur l'intérieur. Soirée jusque tard dans la nuit (trois heures du matin). (Cependant la viande sera cuite au barbecue: est-ce un barbecue si nous la mangeons à l'intérieur?). L'idée d'emprunter des chèvres pour tondre le gazon s'éloigne: si Monsieur est tout à fait disposé à les prêter, Madame craint que la voiture ne les traumatise (Monsieur fut sellier-bourrelier et nous raconte l'histoire de la Harley Davidson customisée en cuir orange à franges ou celle de Monsieur délaissée par Madame qui a fait recouvrir la voiture de Madame de cuir blanc, ouvrir le toit de son pavillon, placer la voiture dans son salon grâce à une grue et refermer son toit).

Mardi studieux

A la casse le matin pour vendre la voiture comme épave (impossible de faire les papiers plus tôt puisque H. n'était pas là (carte grise à son nom) puis 14 juillet). J'ai oublié de préciser l'autre jour qu'on ne met plus sa voiture à la casse, on la "dépollue". *sigh*
Dans la cour, une magnifique Ford Mustang jaune à capote noire sur la plateforme d'un camion jaune, avant et aile droite violemment enfoncés. Elle ne roulera plus.

Je songe qu'il est tout de même curieux que l'achat de la maison ait coïncidé avec la destruction de ma première voiture, et que la fin du paiement de la maison coïncide avec la destruction de la deuxième…

Après-midi studieux à lire Kant, Mounier et Ricœur. L'identité narrative… Après tout, en prenant cette hypothèse littéralement, il deviendrait possible de distinguer des fonctions de Propp dans les récits de vie, voire des tropes (ce qui aurait l'avantage de rendre prévisible la fin des histoires — ou presque, selon que l'auteur est classique ou moderne… Mais qui est l'auteur?) Cela expliquerait les régularités, les ressemblances, que l'on retrouve d'une vie à l'autre. Finalement ces destructions de voitures correspondent à un encadrement, comme il y en a tant dans les péricopes bibliques. (Je vais tout de même préciser, au cas où: ce qui précède n'est pas à lire trop sérieusement, même si, même si…)


En fin d'après-midi je fais une recherche dans mes archives. Ma fille devant faire un stage "d'observation" (prendre des notes et donner un coup de main) d'une semaine dans des écuries de courses ou sur un champ de courses (appel au peuple: si vous connaissez palfreniers, jockeys, drivers, propriétaires…), je tente de retrouver la jeune femme qui gardait les enfants il y a quinze ans: son ami de l'époque était driver. Et c'est ainsi que je découvre qu'elle a aujourd'hui un élevage de chiens en Mayenne. Connaissant son énergie et sa bonne humeur, je ne doute pas que les chiens doivent être comme des coqs en pâte. Cela m'a fait plaisir d'avoir ainsi de bonnes nouvelles de quelqu'un que nous aimions beaucoup et qui a disparu sans crier gare (elle ne travaillait plus chez nous, elle était invitée au baptême du dernier, elle n'est pas venue, nous n'avons plus jamais eu de nouvelles).
Je mets la vidéo en ligne en pensant en particulier à Didier, puisque Alice (oui, elle s'appelle Alice) élève des bouviers bernois.


Formation au management

Entendu en terrasse à côté de moi:

— Dans cette formation au management, j'ai bien aimé la différence entre impliqué et concerné: si l'on prend les œufs au bacon, la poule est concernée, le cochon est impliqué.

Journée contrastée

Anticipation joyeuse. La fièvre monte1 et c'est amusant.
Anticipation joyeuse: je crois que je n'ai jamais ressenti aussi fort ce sentiment que je jugule habituellement, par superstition. Mais là, je ressens une sorte d'immunité: il ne peut rien arriver, tout va bien se passer.

Réglé une multitude de petits détails que j'avais laissés de côté (j'en ai oublié un et de taille: l'ACPR veut que je lui envoie des impressions… de tableaux vides (oui, j'avoue: je n'avais envoyé que les tableaux remplis (enfin, j'apprécie beaucoup qu'ils me soient demandés par mail, courtoisement, et non en lettres AR)). L'AG de la mutuelle se déroule lundi.

Aviron. Je suis venue aider à la formation des débutants. Je ne me suis pas fatiguée mais j'ai pris le soleil (comprendre: trop). Vu le martin-pêcheur à nouveau, et entendu son cri ("L'image pousse son cri", les remparts de Bayezid, Crusoé, je rame).

Réunion MOA pour la mise en place des prélèvements. Nous nous intégrons à des process existants, et cela paraît tellement simple (à la saisie de 2500 RIB près) que cela me fait peur.

La réunion se termine tard. Je pars à la recherche d'un nœud papillon assorti à mon chapeau (résultat en demi-teinte, c'est le cas de le dire).

Velib. J'arrive comateuse à mon oral de philo (est-ce le soleil de midi, la fatigue, l'angoisse?) Je fais un passage désastreux. Le prof me donnera peut-être la moyenne à cause de la conversation qui a suivi (de toute façon cet oral est représentatif, ne nous leurrons pas: des connaissances, des idées, le tout en vrac, sans articulation, dans une déplorable confusion.

Je bois une bière avec un coreligionnaire qui me remonte un peu le moral (me permet de penser à autre chose) et rejoins H. en dîner d'après séminaire. Deux verres de vin n'arrangent pas mon état.


Note
1 : note deux ans et demi plus tard : il s'agissait du mariage de Matoo et d'Alexandre le samedi suivant.

Reprise

A la nage du quatre de couple (pour éliminer le foie gras) (Wikipédia est si mauvais en français que je vous mets le lien en anglais). Onze kilomètres. Je me suis fait mal en portant le bateau. Il faut que je fasse des pompes, je n'arrive pas à mettre le bateau en tête.
Le plus important : j'ai vu trois canetons de l'année. Avec la cane, mais plus étrangement un canard.

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Sinon une emmerdeuse, une lettre de rappel de l'ACPR (nous devons envoyer deux exemplaires papier des tableaux télétransmis fin avril… Je l'ai sans doute fait l'année dernière, mais c'est si illogique que je l'avais gommé de ma mémoire). Les lettres T sont arrivées, ouf.

Zoologie et botanique

J'ai téléphoné à A-C, j'ai téléphoné à ma mère.

Appris à cette occasion que les tortues (terrestres) mangeaient les limaces et les escargots (coquille incluse: «Ça doit être bon pour elles, ça leur apporte du calcium.»
(Elle a deux jeune tortues terrestres — ce qui est illégal, je crois, l'espèce est protégée. Mais protégées par ma mère, elles ne craignent rien, si ce n'est un excès d'équilibre dans leur régime alimentaire.)

Fait des beignets d'acacias pour la deuxième fois depuis les débuts de ce blog. Un peu déçue, ils n'étaient pas très parfumés.

Enquête

Les questions sont ici.

1/ Rarement. Mon trouble du langage n'est pas celui-ci, mon trouble du langage consiste à ne pas trouver mes mots, à m'interrompre au milieu de la phrase, à sauter d'un sujet à l'autre par associations d'idées (mes proches disent qu'il faut un décodeur pour me suivre), à remplacer un mot par un autre de façon aléatoire ou parce qu'ils ont un son en commun. Mon cerveau fait des sauts, surtout quand je suis fatiguée. Je suppose que ce trouble doit avoir un nom.

2/ Un peu. Mais je peux m'en passer.

3/ Une paire de boucles d'oreilles achetée à Mycènes. (Mycènes! Clytemnestre! Agamemnon! Electre, ma préférée!)

4/ Oui et non. Cela fait partie des livres que je n'ai pas envie d'ouvrir et que je ne sais pas refermer.

5/ Oui. En cinquième, la prof de biologie voulait relâcher une couleuvre, je lui avais dit que je m'en chargeais. Je l'avais emmenée dans une boîte de polistyrène (! quelle drôle d'idée) que j'avais entrouverte en cours de sport. La couleuvre s'était échappée dans le vestiaire. Je l'avais rattrapée à mains nues pendant que les autres hurlaient et elle m'avait mordue. Pendant deux à trois semaines je m'étais demandé (j'avais attendu) quelle maladie elle avait pu me transmettre.

6/ Je ne me pose pas cette question car j'ai l'impression que les éloges n'ont pas grand rapport avec moi, mais avec la marotte des gens qui en font: marotte de faire des éloges (par automatisme de nanager ou de séducteur), marotte de faire mon éloge (marotte de qui est entiché de moi). Par conséquence je ne prends pas les faiseurs d'éloges suffisamment au sérieux pour juger du bien fondé de leurs compliments.

7/ Euh. Voyons voir… Un gâteau avec les voisins et un fauteuil à bascule tapissé main.

8/ Oui hélas. Je n'entends pas le rythme. Je ne peux pas danser, c'est une grande frustration. Ma voisine (voir ci-dessus) qui est prof de claquettes assure que cela s'éduque, mais elle arrive dix ans trop tard. Je ne vais pas me consacrer à ça maintenant, j'ai d'autres priorités.
Mais parmi mes regrets d'enfant, il y a celui de ne pas avoir pris des cours de rock à douze à quinze ans. J'étais d'une timidité maladive (qui se voyait peu, que je cachais bien, dont peu de gens appréhendent la profondeur aujourd'hui encore) et j'imaginais que tout le monde savait danser sauf moi. Ce n'est que bien plus tard que j'ai compris que tout le monde avait appris en pratiquant, qu'on ne se réveillait pas un matin en sachant danser (sauf quelques génies, comme d'hab).

9/ Sans doute que oui, mais pas de la manière dont on l'entend habituellement: je me moque d'avoir mauvaise réputation, mais je veux que ce soit justifié! Autrement dit, je n'ai pas envie qu'on m'attribue des choses fausses.
Les enfants citent à mon propos la chanson de Linda Lemay J'veux pas de visite: «Que les enfants demandent à leur mère "Est-ce-que c'est vrai qu'c'est une sorcière?"».
Par ailleurs, dans certaines circonstances, je pense à Rhett: «A condition d'avoir suffisamment de courage — ou d'argent— on peut vivre sans réputation.»

10/ Non!

Songe

«Si vous voulez lire le Targum de Babylone en araméen, il existe l'édition xxx, un peu ancienne, mais excellente.»

Ce qui soutient le rêve, c'est qu'elle est sérieuse, elle paraît réellement imaginer que deux ou trois d'entre nous allons lire le Targum en araméen.





Ce matin la chatte était là en train de réclamer, comme si de rien n'était.

Rose

Cet escargot a tant dévoré mes rosiers que sa coquille a des teintes roses.

Journée active

A six heures trente, débarras de la chambre d'O. car son lit doit arriver à dix heures (je l'ai appris hier soir tard: il était prévu dans l'après-midi, je pensais avoir le temps).
A sept heures trente, départ pour Saint Lazare. A. repart à Lisieux. Elle aurait pu prendre le RER, je ne suis pas sûre qu'elle y gagne en voiture, mais bon. Je n'aime pas l'idée de la laisser repartir en RER, j'ai l'impression de l'abandonner trop tôt.

Reste de la journée à laver la voiture (un lavage par an, la pauvre) et finir de m'occuper des rosiers. Trié les vers de terre de la terre que j'emporte au bureau pour rempoter deux plantes vertes. Question: combien de temps vit un ver de terre? Si j'en ai oublié un, combien de temps vivra-t-il en pot, comme un poisson en bocal?

Le lit est livré. O. l'attendait depuis mi-août (il s'agit de caser son mètre quatre-ving-dix dans un deux mètres et non plus dans un mètre quatre-vingt), mais la malignité classique de la vie veut que ce soir, il dorme sous la tente dans un sac de couchage.

Relevé du compteur d'eau. Véritable élevage d'escargots sous la planche qui protège la fosse où se trouve le compteur.

H. revient défait de la pharmacie: il a pris ma voiture, la chatte dormait sur la plage arrière, il ne l'a pas vue, elle s'est échappée dans un jardin voisin quand il est revenu de sa course. C'est à trois cents mètres de la maison, mais bécasse comme elle est, il est à peu près certain qu'elle ne saura pas revenir seule, surtout qu'elle s'est enfuie paniquée.
Quinze jours, c'est le délai pour la revoir ou pas.

Soirée de rentrée scoute. Il fait très doux sous les arbres, beaucoup plus qu'il y a deux ou trois ans. C'est l'occasion de voir des photos des vacances des garçons.

Les chiens

Nous partons deux jours chez ma tante. La transition est rapide.
J'y découvre le chien de Patrick et celui de ma sœur («Ah bon, elle a un chien?»), un teckel de trois mois que ma mère a refusé d'accueillir chez elle par crainte que son berger allemand ne l'agresse (c'était bien la peine de le faire dresser).

Bref, l'ensemble de la journée est centré sur les chiens, dramatiquement. «Il va lui faire mal», «elle va faire pipi», «il faut la sortir», «il faut la rentrer», «il faut cacher sa balle», «il faut lui donner sa balle», etc.; c'est la démonstration de ce que peut être un amour étouffant.
D'autre part, l'anthropomorphisme est poussé jusqu'à la nausée.

Pathologie professionnelle

Conversation dans les vestiaires :

— Et toi, comment ça va ?
— Ça va mieux. J'ai une AG à organiser, et comme je suis nulle en organisation, j'ai eu de sérieux problèmes de délais…
Elle m'interrompt, paniquée, une main sur le cœur :
— Me dis pas ça ! Je suis juriste, j'défibrile !


Sinon, vu un très jeune cygne sur le dos de maman cygne (ou papa: comment savoir?). C'était la première fois.

Sur l'eau

La Seine descend. Les retenues d'eau en amont sont pleines (lac du Der, etc), il va falloir les vider je suppose, nous allons avoir beaucoup de courant plusieurs jours encore.

Vincent a fini par autoriser les sorties, uniquement en yolette, aller retour dans le petit bras de l'île de la Jatte. C'est tout à fait exceptionnel, normalement nous descendons (sens du courant) par le grand bras (où passent les péniches) et remontons par le petit.

De loin j'ai aperçu une cane et deux ou trois canetons. Tous les cygnes de l'automne ont disparu, peut-être sont-ils retournés en Angleterre (la légende veut qu'ils viennent des parcs anglais, partis quand la reine a demandé qu'on ne les empêchât plus de voler). Ou il y avait trop d'eau pour qu'ils puissent nicher et couver (est ce qu'un cygne niche?).

Je n'ai pas d'ampoule mais le dos ankylosé. Dès que j'aurai un peu de temps il faudra que je me fasse remettre d'aplomb une ou deux vertèbres.

Clément est parti à Londres en bus.

Journée ensoleillée

Il fait très beau, avec un peu de vent. Après avoir cherché un médecin, notre ami décide d'aller aux urgences à l'hôpital afin de faire au plus simple (à ma question: «Crois-tu avoir besoin d'autres médicaments que ce que nous pouvons acheter librement en pharmacie?» il a répondu oui, ce qui rendait légitime la démarche). Il en ressort que l'on peut librement circuler dans l'hôpital, qui est très vaste et ressemble au reste de Venise (je veux parler des maisons ocres et des volets verts et de l'herbe haute). Ce serait une façon d'aller très vite des Fondamenta Nuove à San Giovanni et Paolo, mais évidemment guère civique.
Dans les jardins de l'hôpital, une fontaine rassemble une colonie de tortues de Floride. C'est curieux.





(Il apparaîtra, mais nous n'en doutions guère, que notre ami avait paniqué un peu vite.)

Pendant qu'il est à l'hôpital avec sa femme, H. et moi retournons chez Gianni Basso. Comme il nous dira en riant «les gens reviennent pour vérifier que je n'ai pas disparu». J'ai un peu honte car il a raison (mais je suis rassurée, son fils est plus souriant, plus détendu: peut-être a-t-il constaté en quatre ans que les idées bizarres de son père (pas de fax, pas d'internet) constituent le meilleur marketing pour son activité d'imprimeur traditionnel. Quoi qu'il en soit, les commandes continuent d'affluer du monde entier.)

J'en profite pour entraîner H. vers magasin repéré lors de mon passage pour la Vogalonga. Il s'agit de vêtements fabriqués par des détenues et la vitrine est de toute beauté.
En fait j'étais persuadée que rien ne m'irait (habits fait à la main, je n'ai pas la taille mannequin, etc.) mais il s'avère que la vendeuse a le jugement sûr (cela m'impressionne toujours, ces vendeuses qui vous jaugent au premier coup d'œil et paraissent avoir un mètre-ruban dans le cerveau) et que deux clientes charmantes sont dans le magasin, dont l'une parlant très bien français: pour faire court, je ressors avec une robe et une veste.

Porter une robe fabriquée par une détenue ne me laisse pas entièrement tranquille: suis-je en train d'aider quelqu'un ou en train de profiter de sa faiblesse? Et qu'a-t-elle fait pour être en prison? (Oui, oui, je sais que cela n'a aucune importance, j'ai la robe. Mais si on ne peut plus rêver sur les objets, à quoi bon?)

Cette capacité à rêver à partir de rien finit d'ailleurs par me paraître essentiel pour visiter Venise: après déjeuner, nous entraînons nos amis à San Pietro. C'est l'un de mes endroits préférés à Venise, même si je sais que c'est trop venteux pour que je puisse jamais y vivre. Peut-être sommes-nous entrés un peu trop vite dans l'église saint Pierre, peut-être n'aurions-nous pas dû y entrer (derrière moi, un ado d'une quinzaine d'années est en train de dire à ses parents: «Vous allez payer pour ÇA? Mais on a déjà vu la même chose dix fois!» Impavides, les parents paient et entrent avec lui. A leur place, je l'aurais laissé dehors).
Toujours est-il que lorsqu'on ne rêve pas, lorsqu'on ne se projette pas dans le passé, lorsqu'on ne se laisse pas émerveiller par l'idée que c'était la cathédrale de Venise avant Saint Marc, ou que l'on ne regarde pas le trône de Saint Pierre à Antioche en songeant aux Actes des apôtres ou à Corto Maltese ou en philosophant que c'est étrange, cette sourate du Coran sur un trône de Saint Pierre, eh bien oui, ce n'est pas grand chose, cette église, une église de plus, et c'est ce que paraissent penser nos amis.
Je suis déçue de leur manque d'enthousiasme. Je regrette de les avoir fait payer pour entrer là, à quoi bon?

Une glace plus tard, nous rentrons. Les places sont envahies d'enfants qui jouent au ballon, l'école doit être finie, il y a des poussettes et des petites filles. Je me glisse très vite dans l'église qui a vu le baptême de Vivaldi, pour une fois ouverte alors qu'elle est toujours fermée. Les autres m'attendent devant, sans curiosité.
Comme elle est toujours fermée, je pensais qu'elle était délabrée, mais ce n'est pas le cas. Elle paraît simplement "très fouillie", elle est petite et semble liée à un saint russe qui m'a paru Jean-Baptiste, s'agit-il d'un jumelage avec une église russe? Je n'ai pas osé passer trop de temps à chercher à comprendre; la différence d'alphabets était un obstacle de taille.

Je n'ai même plus envie de forcer (un peu) nos amis à entrer à Saint-Georges des esclavons alors que nous passons devant. J'aime trop Carpaccio, je préfère venir le voir seule ou avec H.; vu la taille des deux pièces, cela me prendra trois quart d'heure n'importe quand dans la journée.

Ils rentrent se reposer à l'appartement, H. et moi prenons le vaporetto et allons nous installer en terrasse place sainte Marguerite. Cartes postales, lecture et soleil, deux spritz bitter plus tard je suis un peu ronde. Il y a quelque chose de fétichiste dans notre façon d'envisager cette ville, nous passons notre temps à revenir aux endroits aimés. Il y a un quartier que nous ne connaissons pas, que nous n'avons jamais exploré: S. Croce. Nous l'avons toujours évité, il faudra un jour combler cette lacune.

Les canapés

Vous traversez l'espace des salons et tu penses à tout ce qu'il t'a raconté: le canapé, c'est la mort de l'homme, etc. Et combien tu as été prise au dépourvu lorsqu'il t'a démontré comment tu passerais de ton petit convertible utilitaire et étudiant à un vaste salon de cuir, parce que afficher sa réussite est inévitable.

Thierry Beinstingel, Ils désertent, p.113
J'ai ri, parce que nous avons un canapé en cuir. Mais il n'est pas le signe de notre réussite, plutôt de celle de mes parents: nous l'avons récupéré quand ils voulaient en changer au bout de dix ans (il en a vingt aujourd'hui).

Cette évocation de convertible m'a rappelé une autre histoire: la réaction de ma grand-mère devant le choix de notre premier canapé. Elle nous avait donné de l'argent pour cet achat lors de notre emménagement à Paris, et pensant lui faire plaisir, je lui avais conscienceusement envoyé une photo du canapé que nous avions choisi: un Togo vert vif.
Lors de notre visite suivante, elle me demanda:
— Alors ton canapé, il est comment?
— Mais tu le sais, je t'ai envoyé une photo!
Elle a marmonné à sa façon: —Ah bon…
Et j'ai compris qu'elle avait espéré avoir rêvé, que je lui répondrais que je m'étais trompée de photo ou que nous avions changé d'avis, qu'elle ne pouvait admettre qu'il soit vert, et qu'il ne soit pas convertible "parce que c'est pratique".

Peut-être que nous "afficherons notre réussite" avec notre prochain canapé. Le cuir de l'actuel commence à partir en miettes sur les accoudoirs (quand je regarde notre intérieur de bric et de broc, je me dis qu'il ne fait pas du tout "adulte (qui affiche sa réussite)", tout est posé là en fonction de ce qui compte (les livres et l'ordinateur, le bois pour la cheminée), et le reste part à l'abandon, les murs gris comme si nous fumions trois paquets par jour et la peinture qui craquelle et les fils d'araignées (que j'aime bien, en fait: tout fil me rappelle "les fils de la Vierge" de la première page des Lettres de mon moulin (mais je les enlève quand même)).
Je ne suis pas pressée d'en changer, de toute façon je ne m'assois jamais dedans.

Est-ce l'effet d'une phrase de mon autre grand-mère?
Mes grands-parents avaient changé leur canapé et ses fauteuils inusés par un autre canapé de velours à grosses fleurs avec une paire de fauteuils. Une fois les meubles livrés, j'ai demandé à ma grand-mère du fond d'un fauteuil:
— Tu ne les essaies pas? Ils sont très confortables.
— Oh non, je ne m'assois jamais.

Avec un choc, j'ai réalisé alors (j'avais moins de vingt ans) que je n'avais jamais vu ma grand-mère assise ailleurs que sur une chaise dans la cuisine pour le tilleul vespéral. Sinon, elle était debout.
J'y ai souvent pensé au moment de la mort de notre chatte. Je ne m'asseyais jamais parce que je ne voulais pas qu'elle s'installât sur mes genoux parce que je savais que dans quelques minutes je me relèverais (les enfants) et que cela me ferait de la peine de la déloger, ou que je n'en aurais pas le courage et que je resterais assise entraînant un retard dans toutes les tâches à accomplir.
Mais ces tâches étaient-elles si importantes? (Ce n'est pas rhétorique, je n'en sais vraiment plus rien.) Ma chatte est morte et cela faisait des mois que je ne l'avais pas prise sur les genoux.

Encore de l'amour

Elle est venue dimanche dernier. Elle s'approchait derrière le carreau de la cuisine et nous regardait. Je ne lui ai rien donné, nous avons des chats, il ne fallait pas qu'elle devînt familière.
Elle était très jolie, crème, avec des ailes noires, marron et blanches.

J'ai pensé à elle quand il a neigé, avec inquiétude: avait-elle survécu? Mercredi, elle est apparue pendant mon petit déjeuner. J'étais si soulagée que j'ai craqué: j'ai enlevé la neige sur le barbecue et placé un gros morceau de beurre sur la grille.

Elle était de nouveau à la fenêtre ce matin. Elle ne mange pas le beurre, elle vient nous voir. Elle a tapé deux fois au carreau, j'ai fini par ouvrir, pour voir, en me disant que c'était de la folie, que si elle entrait, je ne saurais pas la faire sortir. Elle n'est pas entrée, elle est restée sur la grille à me regarder.
La photo a été prise avec mon mauvais téléphone. Je devais être à trente centimètres de la fenêtre, elle a gardé la pose tout le temps où je me suis approchée.

Des nouvelles de mon supermarché

Trois ou quatre jeunes gens dans l'allée centrale, au niveau du rayon animalerie. L'un en revient et annonce aux autres, éberlué:
— Dis donc, il existe de la nourriture bio pour chat.

(Je ne l'ai pas trouvée.) Les rayons ont été déplacés, les rayons chats et chiens ne sont plus dans la même allée. En revanche, le rayon chat est en face de celui "nourriture pour oiseaux".

Manger du cheval

C'est toujours mieux que de manger de la vache enragée. Unanimement autour de moi personne ne comprend tous ce foin. Tant que la viande n'est pas avariée...

Je songe à ce passage de Souvenirs où l'oncle de Joseph Conrad raconte qu'il a mangé du chien, ce qui me faisait penser à mon grand-père (polonais) qui s'enorgeuillissait d'être capable de reconnaître dans tous les cas de la viande de cheval — pour refuser de la manger.


''Pourquoi les chevaux se sont-ils cachés chez Findus?
— Because they can't find us'' (répondent les chevaux).

Neige

Le chat me regarde d'un air accusateur.

De Virginia Beach à Annapolis

Je ne sais plus très bien ce qui était prévu ce matin, peut-être de partir de partir à onze heures. Quoi qu'il en soit, Ruth est venue nous chercher à huit heures et nous avons passé la matinée à prendre le petit déjeuner à papoter en terrasse d'un hôtel en regardant les dauphins (je n'aurais jamais pensé qu'ils s'approchaient si près des côtes).
Les enfants sont restés à la plage pendant que nous allions faire un tour à l'ARE que H. voulait voir. (C'est à cause de Cayce que je me suis retrouvée à Virginia Beach en 1984: j'avais écris que je souhaitais visiter le centre). Le bâtiment présente un étrange mélange de recherches sérieuses (études des "lectures", travail de recension, hôpital adjacent) et de parfum de charlatanisme ou de naïveté.

Retour à la maison. Les enfants sont déjà douchés, nous mangeons des restes de pizzas d'hier (il en restait deux entières), je retourne une dernière fois dans "ma" chambre que je ne reverrai jamais puisque la maison va être vendue, nous partons tard, à deux heures passées.

Direction le pont de Chasepeake Bay, l'une des sept merveilles du monde moderne. Le pont se transforme en tunnel en deux points, afin de laisser passer les bateaux. Nous regardons les cargos se suivre, étonnés par leur nombre.

Je n'arrive pas à trouver le nom de l'immense presqu'île comme un doigt pointé vers le bas qui délimite Chasepeake Bay[1]. La remontée du doigt est interminable, il doit y avoir ici de très belles plages, sauvages et désertes, il n'y a presque aucune habitation, je repère l'indication de deux églises catholiques.
Nous nous arrêtons pour prendre de l'essence. Les cartes postales en vente me permettent de situer précisément la région des poneys sauvages dont nous avait parlé Chip hier: les poneys Assateague, juste avant que le doigt ne rejoigne le poing fermé.

La remontée de la presqu'île nous prend quatre heures à 55 miles à l'heure, qui deviennent 45 à l'abord des villes, de plus en plus nombreuses dans le poing. De la pêche et du tourisme nous passons à l'agriculture, champs de maïs et d'une plante verte et feuillue d'une quarantaine de centimètres que nous ne parvenons pas à identifier de la voiture: pommes de terre? (Nous envisageons un moment de nous arrêter pour tirer dessus, mais je ne sais pas très bien ce qui se passerait si l'on nous trouvait à déterrer les patates…)
Cambridge, direction Annapolis, plein ouest, ponts, le soleil descend, c'est magnifique.

Le centre historique d'Annapolis, tout en briques rouges, a beaucoup de charme. Mais après deux tentatives infructueuses (un hôtel, un distributeur de billets), une consultation de l'iPhone, un passage par le port, absolument délicieux mais sans une place pour se garer, nous abandonnons: nous sommes fatigués, tout a l'air cher et upper class. Nous sortons de la ville, trouvons un hôtel sur une aire d'autoroute et allons tester les hamburgers de Wendy's (très bonne salade aux myrtilles. Je me demande par ailleurs si je ne bois pas un peu trop de jus de cranberries.)

Le soir, H., qu'Annapolis intéressait surtout par l'école navale, découvre que seuls les Américains peuvent la visiter.

Notes

[1] la Péninsule de Delmarva, voir le commentaire de Gv.

Nouvelles locales

Expression non politiquement correcte apprise au petit déjeuner:
There are feathered-Indians and dot-Indians (les indiens à plumes et les indiens à point). Et si vous le pouvez, grattez les indiens à point pour vérifier si vous avez gagné quelque chose.

Explication du panneau «You cannot afford D.U.I»: c'est «Driving under influence», alcool ou drogue.

Nouvelles lues dans un journal trouvé sur le siège arrière de la voiture de Chip:

Everglades City, FLA.
Wally Weatherholt, âgé de 63 ans et capitaine d'un hydroglisseur, a tenté d'attirer un alligator avec des chamalows afin de permettre aux touristes de faire une photo de choix. Quand il a commencé à frapper l'eau avec les sucreries, un alligator a surgi et lui a arraché la main gauche. L'animal a été abattu et une tentative de greffe a échoué. Weatherholt risque une amende ou la prison pour avoir nourri l'alligator.

Wilmington, N.C.
La police poursuivait Travis Keith Glaspie pour de nombreuses infractions. Au cours de son arrestation, Glaspie stupéfia les hommes de Wilmington les plus endurcis en arrachant presque l'oreille du K-9 Maxx[1] avec les dents. Glaspie en fut quitte une morsure de chien dans la cuisse et une accusation d'agression sur un animal des forces policières, tandis qu'il fallut quinze points de sutures pour réparer l'oreille de Maxx.

source:Blue Ridge Outdoors, august 2012

Notes

[1] K-9: ca-nine, canine, une unité militaire entraînant des chiens, par extension un chien policier

La (longue) blague du week-end

Deux mille-pattes s'en vont bras dessus, bras dessous, bras dessus, bras dessous, bras dessus, bras dessous,...

De New Stanton à Charlottesville

Breakfeast en self-service, cette fois j'essaie le porridge à la cannelle. Acceptable. Le micro-ondes est une pièce de collection.

Sud-Est, Est. Je suis fatiguée d'entendre la voiture peiner, ma boîte de vitesse me manque. 65 miles en descente dans les virages sans rétrograder, je n'y arrive pas, cela m'effraie. Et la direction assistée est trop assistée, le volant n'est pas assez lourd, je n'ai pas l'impression de tenir les roues. Tout cela me démoralise, j'ai l'impression de non assistance à voiture en danger, elle peine et je ne peux pas l'aider. Je laisse le volant (et j'écris: hier j'ai conduit, je n'ai pas écrit).
Les oiseaux ont changé (aux chants: on ne les voit pas), les grillons sont toujours aussi présents. Plus de circulation, plus de Harley, la température s'élève peu à peu.

Traversée du Potomac (fleuve de Washington D.C.). Peut-être parce que nous sommes dimanche, peut-être parce qu'il fait beau, nous croisons beaucoup de bikers en Harley (je ne suis pas sûre que ce ne soit pas un pléonasme), dont une femme ayant derrière elle un chien portant des lunettes de soleil roses.



Pause déjeuner. Martin au McDonald, cheveux blancs, nous écoute patiemment passer commande et nous demande si nous sommes français ou belges. Plus tard, il réussira à s'éclipser de sa caisse pour nous dire qu'il est allé à Paris il y a cinq ans et nous prévenir d'être prudents sur la route: nous allions changer d'Etat et les limitations de vitesse étaient plus strictes en Virginie.

Parc national de Shenandoah, les cent miles les plus au nord de la Skyline drive, rien que le nom fait rêver (mais nous n'irons pas dans les montagnes bleues).



Un ours, trois biches, des chipmunks (Tic-Tic et Tac-Tac), un cerf, des MacMahons (papillons), des fleurs.
Au pied des chutes d'eau d'Hollow creek, à huit cent mètres de la route au bout d'un chemin très escarpé un bel exemple de... De quoi? Tolérance, intégration, melting pot? Indiennes en sari et puritaines en bonnets de tulle.

Virginie, il fait bon, le soir tombe. Nous sortons au bout de cinquante miles et non cent, la randonnée jusqu'aux cascades a pris beaucoup plus de temps que prévu et je ne veux pas arriver trop tard chez Ruth.

Soirée comment dire? Soirée souvenirs. Photos, moi à dix-sept ans à Virginia Beach, moi à trente-et-un an sur la Tour Eiffel (J-179 avant l'an 2000, c'est noté sur la photo (c'est la dernière fois que j'avais vu Ruth)) que je n'avais jamais visitée avant d'y accompagner Ruth... Les enfants sont séduits par sa gentillesse (et O. par le fait qu'elle chasse les écureuils au pistolet à eau (pour protéger ses oiseaux)), et moi je n'en reviens pas d'avoir autant de chance. Tout ça parce qu'à dix-sept ans, quand il a fallu écrire une lettre de présentation pour les familles d'accueil, j'ai écrit quatre pages au lieu d'un quart... Et j'ai été envoyée chez Ruth.

Le jour et la nuit

Rendons justice aux enfants: gros effort de ménage pendant ces trois jours. La chasse aux puces est ouverte: chaque année c'est pareil, sous prétexte que notre chatte vers la fin de sa vie n'attrappait plus de puces (trop coriace?) nous négligeons de traiter les deux plus jeunes que nous avons à présent. Et ensuite il faut des mois pour s'en débarrasser, je soupçonne d'ailleurs que des œufs survivent d'une saison à l'autre.
A tout instant je regarde mes jambes, ressentant des piqûres imaginaires. L'important est de ne pas se gratter (les démangeaisons surviennent et durent longtemps après la piqûre). J'ai découvert que le Synthol (ça fait du bien quand ça fait mal) anesthésiait la douleur.

Coup de soleil en terrasse hier («Quand ça change, ça change.»)
Acheté des macarons sur les Champs. (La boutique est installée sous une tente. Je ne me souviens plus de la date de l'incendie.)
O. a dû prendre un coup de chaud: nous avons reçu un coup de fil nous demandant l'autorisation de lui donner de l'aspirine (!).
Je suis en train de grossir sans avoir le courage d'enrayer le processus.

Les abeilles solitaires

J'ai découvert leur existence aujourd'hui, grâce à une collègue qui en a dans son jardin. Elles font des trous dans la terre, pondent, s'en vont. Pas de ruche, pas de reine.
Les jeunes abeilles sortent en août.

Ce qui vient avant, c'est la poule.

J'erre à la Procure (je voulais voir si par hasard ils auraient Soi-même comme un autre en grand format tant le poche est calamiteux (pas de marge: comment voulez-vous lire un livre sans marge?)

Je feuillette quelques pages d'une revue, Les cahiers Croire, je ne sais plus lequel, "Le courage" ou "La fragilité", et à propos de l'estime de soi je tombe sur cette historiette décrivant un dessin:

Un poussin regarde autour de lui d'un air étonné. Il est entouré des morceaux de la coquille qu'il vient de briser. Une poule le regarde, mi-sévère, mi-bienveillante:
— Tu as vu ce que tu as fait ?


Tour prend pion en D9 avec Jérémy. J'ai enfin compris pourquoi je confonds la rue de Tournon et la rue de Seine: l'une finit où l'autre commence. Trouvé un atlas des religions chrétiennes en bibliothèque. Je n'aurais jamais pensé que c'était si compliqué.

Cette après-midi

Un héron tentait de pêcher les poissons rouges dans le bassin aux Ernest sous l'œil attentif des élèves.

Argument imparable

— Comme j'avais oublié mes lunettes, j'ai couru dans les couloirs avec mes lunettes noires…
— Je ne vois pas le rapport entre tes lunettes et courir.
— J'étais pressée, c'est le jour où je donne des fruits à mes blattes et j'avais oublié.
— Tu sais, elles n'auraient pas vu de différence à un jour près.
— Mais si, les fruits, ça leur fait plaisir!

Six jours

Vu deux films, tricoté une écharpe, lu un demi-livre. C'est déjà beaucoup plus que d'habitude.
Ecrit aucune carte postale ni carte de v?ux, ce qui est tout à fait inhabituel.
Rêvé sur des catalogues de tricot en me disant que ce n'était pas raisonnable. René Girard à l'?uvre: ma nouvelle collègue tricote beaucoup.
Malade à force de poils de chien. «Pourtant, les poils de chien sont très peu allergènes». Certes, mais je soupçonne qu'à défaut d'être nicotinisés, les poumons de mes parents sont poilus.

Je n'ai rien de particulier à raconter, mais j'ai beaucoup de billets ou sujets en retard. Je fais une liste, j'essaierai de les traiter au fur à mesure.
- Suzanne le 28/12/11
- Le Havre, A Dangerous Method le 05/01/12
- Khodorkovski, Benjamin, L'exercice de l'Etat
- Les Suisses
- Le voyage à Venise
- Petit déjeuner vénitien le 2 janvier 2012
- Atteindre Tarente
- 2 août 2011
- 3 août 2011
- 4 août 2011
- 5 août 2011
- 6 août 2011
- 7 août 2011
- 8 août 2011
- 9 août 2011
- 10 août 2011
- L'Inde
- Le Brésil
- Réussir sa vie
- L'anniversaire de Matoo
- une réponse à Parapluie
- Des photos de lecteurs, que je n'ai pas osé mettre au fur à mesure parce que j'ai eu peur de ne remplir mon blog que de cela et que cela soit "tricher" (comprendre: "trop facile") le 30/12/11

Humour policier

L'un des chevaux de la brigade de police montée de ma ville s'appelle "Non violent". (J'ai tenté une photo, mais il faisait trop mauvais).

(Et sinon, j'ai un souffle au cœur. (— Ça veut dire quoi? — Ça veut dire que l'aorte est légèrement rétrécie, et que le sang au lieu de faire Chtomp-feu fait Tchou-ifff.) Ça me fait rire jaune; quand j'étais au collège et au lycée je considérais que les élèves qui ne faisaient pas de sport sous prétexte de souffle au cœur n'étaient que des tire-au-flanc. Je crois de plus en plus au karma.)

Red runners

Jeudi dernier, après une conférence sur l'Europe, encore une conversation entre nanas:

— Alors ça y est, vous les avez reçues?
— Non, parce que tu comprends, ils les livrent le vendredi, et donc elles arrivent un samedi, et comme la dame du laboratoire en a peur, on ne peut pas les faire arriver à l'école; il faut que l'un d'entre nous les reçoivent chez lui, et qu'on les amènent ensuite. La mère de Sarah est d'accord pour l'amener un matin en voiture, donc elles vont arriver chez Sarah, il faut qu'on téléphone pour demander si exceptionnellement ils peuvent livrer le jeudi pour qu'elle les amène le vendredi.
— Tu veux dire que vous n'avez toujours pas commencé? Mais il se termine bientôt votre TPE?
— Il y a encore quatre semaines avant Noël, et puis tout janvier. On a rédigé tout ce qu'on a trouvé comme doc… *silence, sourire embarrassé* Simplement il y a un problème…
— Quoi?
— L'école ne veut pas les garder pendant les vacances de Noël…— là, je le sens mal — est-ce que je pourrais les garder à la maison?
— Tu veux qu'on garde des blattes pendant les vacances de Noël ??!!!
— Ben oui, l'école n'en veut pas. Mais elles sont toutes petites, et elles ne grimpent pas aux vitres, on les a choisies exprès pour ça. Elles sont rouge vif, ce sont de toutes petites blattes.
Oh mais alors ça change tout, si elles ne grimpent pas au vitres... Evidemment, suis-je sotte, ELLES NE GRIMPENT PAS AUX VITRES, nous sommes sauvés.
— Et tu veux les mettre où? Dans le salon je suppose? dis-je en matière de plaisanterie mais déjà épouvantée par sa réponse.
— Euh… j'avais songé à les mettre derrière le lave-vaisselle…
Oui, chez nous, le lave-vaisselle en panne est dans le salon depuis plusieurs semaines. Notre vie est trop spirituelle pour s'arrêter à ces détails pratiques.
— Pourquoi pas dans la cabane? Ou dans la chaufferie?
— Dans la cabane? Ah oui, on pourrait essayer.
— Sauf que dis-je réfléchissant à voix haute elle risquent d'avoir froid.
— Si elles ne sont pas bien, on les mettra dans la chaufferie pour qu'elles soient plus confortables.
— Oui, tu as raison il faut que tes blattes soient confortables. (WTF???)
— D'ailleurs, il va falloir qu'on demande aux parents s'ils ont un drap noir.
— ???
— Oui, elles n'aiment que le noir, faut qu'on entoure l'aquarium.
Ah mais oui, naturellement, ou avais-je la tête?
— Tu veux savoir combien elles peuvent avoir de descendance?
— Non.
— Et puis, c'est increvable. Si tu leur coupes la tête, elles vivent encore une semaine. Et il ne faut pas les stresser, sinon elles expulsent leurs oothèques. Toi, tu les écrases, tu crois que c'est fini, mais en fait, elles ont expulsé leurs oothèques, et quelques jours plus tard tu te retrouves avec…
— Non, je ne veux pas savoir.

Plus tard dans le RER:
— Mais qu'est-ce que vous allez faire comme expériences, avec vos blattes?''
Elle rougit un peu.
— Tu ne veux pas savoir.
— Mais si!
— En fait elle se comportent comme les hommes, elles n'ont pas de cycle, elles baisent n'importe quand.
Je la contemple en silence, abasourdie.
— Vous allez regarder fucker des cafards?
— Oui, elles ont une parade de deux heures, qui évolue avec le niveau de leurs phéromones [NB: c'est le sujet du TPE: les phéromones, pas les blattes]. On va les observer, les filmer…
— Ça va être pratique, dans le noir.
— Sous de la lumière rouge. Enfin, si on a beaucoup de chance, parce qu'on a TPE une fois par semaine, il faudra que ça tombe bien.

Etc., etc.

La faim dans le monde

Des notes de mémoire, presqu'une semaine après (j'écris le 19 octobre): qu'est-ce qui reste?

Vibrant plaidoyer de Sylvie Brunel en faveur des agriculteurs, y compris en France.

On avait faim en France en 1945. Courbe de croissance de la population comparée à la courbe de la production agricole. Comment avons-nous évité la famine? Par une révolution technologique (tracteurs, engrais ("produits phytosanitaires), remembrement (révolution du foncier)).

Aucune agriculture ne peut se développer sans des politiques protectionnistes (et je pense à la Suisse…). Ce qui manque à l'Afrique de ce point de vue, ce sont des volontés politiques.

Sylvie Brunel donne des chiffres, bat en brèche quelques préjugés:
- Un tiers des personnes souffrait de la faim quand nous étions 3 milliards, il y en a 17% aujourd'hui mais nous sommes 7 milliards.
- L'Afrique est un pays riche en terres, la preuve, des pays comme la Chine ou l'Allemagne (!) y louent des terres cultivables.
- Cependant, beaucoup trop de terres échappent aux paysans sous prétexte de réserves naturelles (ex du Kenya), les touristes viennent voir "les big five": lion buffle rhinocéros guépard éléphant.
- Aucun agriculteur ne veut produire pour se nourrir: il produit pour vendre (et acheter). D'où l'importance des volontés politiques. Les agricultures naissantes doivent être protégées.

J'apprends avec stupéfaction qu'en France, être vert serait être pour la forêt contre les prairies: ???

Plaidoyer pour que nous étudiions objectivement les OGM sans les rejeter par principe. Remarque sur les carburants verts: les paysans pauvres y sont favorables, ces carburants (1% de la production) représentent des revenus. (En fait, Sylvie Brunel nous a mis en garde contre une boboïsation/romantisation de l'agriculture: non, les agriculteurs ne sont pas là pour faire plaisir à quelques citadins qui n'ont jamais fait pousser une tomate.)

— Certains veulent qu'on plante du sorgho. Mais qu'est-ce que vous faites avec du sorgho, hein? Un épi de maïs, c'est mille cinq cents utilisations.

Trois P : la paix, la pluie, les prix.
Cinq F: feed, forest, food, fuel, fiber

Dentifrice

La chatte miaule devant le frigo, feignant le désespoir:

— Mais enfin, tu ne vas pas donner de la pâtée à ce chat. Elle n'a pas faim, elle vient de manger une souris.
— Mais si, c'est pour avoir meilleure haleine.

Euh...

— Quelle heure il est… Juste 21 heures 03… Bon j'y vais, on peut faire naître une licorne à 21 heures 11 et 8 heures 11, à condition d'avoir deux parents licornes de la même race, et dans ce cas on a une chance sur six d'avoir une licorne (j'en ai déjà une).

Première couche

— Je me sens bizarre… une sensation pas désagréable, mais bizarre…
— Tu es fatigué, imbécile !
(citation approximative des Dalton se rachètent)

Peint toute la journée parce qu'il faisait beau. Moi qui pensais que muret et poteaux iraient plus vite que le grillage… («Mais enfin non; c'est tout de même proportionnel à la surface!» Oui bon, j'avais pas réfléchi.)
J'ai si mal aux mains que je peux à peine taper.

J'ai réussi le raccord de mon bronzage aviron: j'ai un V sur les pieds, j'ai peint en tongs exprès (pas pour avoir un V, pour bronzer des pieds (on rame en chaussures)).

J'ai envie de faire un titre à la Didier Goux: «Les insectes sont des cons». Et d'ajouter: surtout les gendarmes (un gendarme à demi-peint en blanc avec de la peinture à l'eau survit. Je ne sais pas combien de temps). L'insecte ne paraît pas sensible aux odeurs (mais peut-être à la couleur).

Et sinon pas grand chose. Demain la seconde couche. Si j'arrive à me lever malgré mes courbatures (peint accroupie, les talons à plat, une bonne partie du temps).

(Pensées vagabondes, Vierzon toujours. Dans le travail, la rumeur de la ferme. Il y avait toujours une poule pour chanter, une vache pour meugler, les outils de mon grand-père pour vriller l'espace. Ici, voisins. Un peu gênée des bêtises que nous racontons, tout s'entend si bien. Nous racontons toujours des bêtises.)

PS: Par exemple je raconte ce twitt (qui correspond un peu à notre quotidien) : Au tel : "mon chat a vomi une souris entière, et elle ne bouge pas, il faut faire quoi ?" Ben... #NePasRepondre "Lui dire de mâcher ?"

Liens suisses

Nabokov a légué ses papillons au museum de Lausanne.

Fondation Joyce: unhurried reading (c'est bien mieux que close reading);
le Schnebelh;
Saint Gall;
casa Nietzsche;
Soglio;
fondation Rilke;
espace Ella Maillart;
Amiel et Nabokov;
Gustave Roud;
centre Robert Walser

Pas de poussière mais de la patine

RAS

Aviron presque sous la pluie. Sans doute un peu trop forcé.

Petit cygne.

Petit déjeuner vénitien

Dernier matin, je reprends le train ce soir. La journée sera perdue bêtement, comme chaque fois qu'on voudrait faire tant de choses et qu'on a la faiblesse de ne pas partir seule mais d'attendre que les autres soient 1/ prêts 2/ se décident. Tant pis. (Rageant tout de même de rater une visite de l'Arsenal. Zut alors.)

Je prends mon petit déjeuner avec Luisa, Danielle. Plus tard arrive Pascal, mince, élégant, souriant, hésitant. Il a entre quarante et cinquante ans, quelques cheveux grisonnants, c'est le diplomate de l'équipe, celui qui s'entend avec tout le monde, que tout le monde salue et invite (car il y a quelques frottements, entre "les anciens d'école", "les CE" et "les loisirs").

Luisa est australienne. Elle a environ vingt-cinq ans; avec ses taches de rousseur et ses épaules carrées, elle respire la santé et la gentillesse. Nous parlons de sport, je lui fais des compliments sur la puissance de son coup d'aviron:
— Je m'entraînais avec l'équipe universitaire masculine de Sydney, c'est pour ça.
— Et tu faisais du surf, aussi?
Elle fait quelques fautes, très peu, avec un peu d'accent et de timidité.
— Oui, un peu.
— Mais il n'y a pas de requins?
— Si, il y en a. Il y en a même plus qu'avant, à cause de l'écologie: le port est nettoyé, l'eau est plus propre, et avec le réchauffement climatique, l'eau est plus chaude, il y a plus de poissons qui viennent dans la baie et ça attire les requins.
— Il y a eu des morts?
Elle réfléchit: — Non, l'année dernière, pas de morts, juste deux accidents. Il y a un surfeur qui a perdu les deux jambes, elle fait le geste de ramper sur les coudes: Mais il revient surfer elle mime des applaudissements et tout le monde "Yeaeahh!" sur son passage à la plage.
Pascal est un peu choqué (voire beaucoup): — C'est tout de même beaucoup moins sexy…
Spontanément, je pense au moignoning de Matoo et à cet ami qui me disait de son copain roux: "il n'a jamais eu peur de rester seul car il savait qu'il était sur une niche". Sans trop réfléchir j'interviens:
— Ça dépend: il n'y en a peut-être pas beaucoup qui aiment ça, mais pour celles qui aiment ça, il est seul sur le marché.
Les yeux de Pascal s'agrandissent. Il évalue et soupèse mes paroles, des horizons s'ouvrent devant lui:
— Je n'avais jamais pensé à ça sous cet angle, avoue-t-il vaguement épouvanté.

Bonne fête Tournesol !

Aujourd'hui c'est la saint Tryphon.

(Il n'y a qu'une semaine que j'ai réalisé que le capitaine portait le nom d'un poisson (avec une faute d'orthographe).)


Discussion avec un négociant de poissons en gros à Rungis: «Les gens sont fous. Sogerès, xxx, etc, ne veulent plus de poisson du Pacifique. C'est du poisson congelé depuis six mois!!»
et
«L'Atlantique est divisé en six zones de pêche, le Pacifique en deux, la 61 au nord et la 28 au sud: quand on ne veut plus de poisson de la 61, ça fait la moitié de la planète.»




Note explicative cinq ans plus tard : Fukushima avait eu lieu un mois avant.

Histoires de chats - légendes familiales

Mes parents sont arrivés à Inezgane en septembre 1968, comme coopérants. Ils étaient professeurs de mathématiques et physique. Un jour mon père a ramassé un cadavre de chat sur le bord de la route, l'a attaché à un arbre et l'a dépouillé comme un lapin. Les arabes qui passaient le regardaient avec effarement, qu'allait-il faire, manger le chat?
En réalité il était tout simplement en train de se procurer une peau de chat pour ses cours sur l'électricité statique.
(Je n'ai pas vu cela, ce n'est pas un souvenir. Ce dont je me souviens, c'est mon père en train de raconter cette histoire avec son petit sourire embarrassé d'être le point de mire de la conversation).

L'été nous rentrions en France. La chatte et la chienne restaient à Inezgane, nourries par la fatime (la bonne). Une année, quand nous sommes revenus, la chatte Minouche, une angora de gouttière blanche et noire, souffrait d'une profonde blessure au cou. Après plusieurs semaines à tenter de la soigner, mes parents ont abandonné tout espoir. Leur éducation paysanne les poussait à achever la chatte: on ne laisse pas souffrir un animal.
Mon père a mis la chatte en joue avec la carabine, la chatte l'a regardé droit dans les yeux, mon père n'a pas pu tirer.
Dans la semaine qui a suivi, elle a commencé à guérir.

Hiver 1997. Ma chatte Framboise a un terrible abcès à la joue. Le vétérinaire le crève en trois endroits, fait couler le pus, me confie la bétadine.
Tous les matins je me lève une demi-heure plus tôt. Je prends la chatte, je rouvre les entailles, je fais couler la bétadine dans l'entaille du haut en soulevant la peau afin qu'elle s'évacue par les entailles du bas en entraînant le pus et en nettoyant la plaie. Le vétérinaire m'a dit que certains préféraient laisser mourir leur animal plutôt que faire eux-mêmes ce genre de soins (mais je ne vois pas bien où je prendrais le temps ou l'argent d'emmener la chatte tous les jours chez le vétérinaire).
Ça dure. Au bout d'un mois je n'en peux plus de ce soin à jeun le matin, de l'odeur écœurante de la bétadine, de mon chat qui ne guérit pas, de cette demi-heure prise sur mon sommeil. Je me souviens de Minouche.
Je mets Framboise sur la table, je la regarde dans les yeux: «Je n'arrive plus à te soigner. Maintenant il faut que tu guérisses, je n'y arrive plus.»
Elle a guéri.

Jeunes filles courage

True Grit et Winter's Bone : dyptyque américain.


Quand je passais les étés à la ferme, je suivais ma grand-mère partout: à la laiterie quand elle remplissait les faisselles, parmi les clapiers pour nourrir les lapins, dans la pièce où elle moulait le grain pour les poules... Elle me parlait, elle m'expliquait, elle me racontait (un jour elle avait déclenché la colère de ma mère en lui disant : «Il faut parler à Alice» (mais ce n'est pas ma mère qui me l'a dit, c'est ma grand-mère)).
Le samedi matin, il y avait le marché à Vierzon. Les jours précédents étaient fébriles: hécatombe de poulets, pintades, canards, lapins. Je suivais ma grand-mère dans la vacherie (non, on ne disait pas l'étable) et je la regardais pendre les bêtes par les pattes avant de saigner à mort les volailles dont elle tranchait l'artère du cou ou les lapins qu'elle énucléait. Puis il fallait plumer. Je n'avais pas le droit de le faire, ma grand-mère avait trop peur que j'arrache la peau en même temps que les plumes, mais je restais là et j'attrapais les poux rouges des poules qui ne survivent pas sur la peau humaine (pas la bonne température?) mais ont le temps de démanger avant de mourir.
Les lapins eux étaient dépouillés, deux incisions sur les pattes arrières et ma grand-mère tirait sur la peau d'un coup sec, la retournant comme un pull-over. La chair apparaissait étonnamment rose, dépourvue de graisse. Les lapins étaient vidés sur place, je ne sais plus ce qu'il advenait des entrailles, les chiens ou les poules? Je ne sais plus.
Les poulets étaient vidés plus tard dans la cuisine, avant la cérémonie de la gazinière qui consistait à brûler rapidement les dernières traces de plume dans la flamme.

Noël 1992. H. m'a ramenée une dinde de Rungis. Je dois la vider. Je me souviens vaguement de quelques images, je sais qu'il faut faire deux incisions, tirer sur l'œsophage, ne pas éclater la poche de bile près du foie sous peine que la volaille soit inmangeable. Je ne sais plus.
J'appelle mon père et je vide ma dinde en suivant les instructions de papa au téléphone (j'ai appris ce soir-là qu'il est beaucoup plus facile de vider la volaille tout de suite après sa mort mais que ne pas les vider permet de les garder plus longtemps).

Sauvez les grillons : fumez !!

Métro Champs-Elysées Clémenceau, quai en direction des Halles. J'apprends que l'interdiction de fumer a été fatale aux grillons de métro, qui se nourrissaient en grande partie de tabac (!?)
Et j'apprends qu'il existe une Ligue de Protection des Grillons du Métro Parisien: «Elle revendique [...] la limitation en durée et en fréquence des grèves de la RATP qui ont pour conséquence de faire chuter dangereusement la température dans les galeries du fait du non fonctionnement des trains, l'assouplissement de la loi Évin qui interdit désormais le tabac dans le métro et par conséquent prive les grillons d'une source importante de nourriture : les mégots.»


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Agenda
Vu Théorème 13 rue de l'université à Sciences-Po.

Les deux chiennes

A l'Hacienda, il y avait deux chiennes berger allemand. L'une était très douce, amie de tous les touristes, placide, l'autre était méchante, inapprochable, dangereuse. Un jour la chienne "gentille", qui s'appelait Wappy, du nom d'une ville du nord, fut renversée par une voiture et blessée à la hanche. La blessure s'infecta, on parlait de "bols de pus" retirés de la plaie, on crut qu'elle allait mourir. Cela dura des semaines. On la sauva.

Je me souviens de ma mère disant: «Si c'était l'autre qui avait été blessée, il n'aurait pas été possible de la soigner. Elle serait sans doute morte.»

Onze ans de catéchisme : c'est fini

Le catéchisme est organisé ainsi dans notre ville : les enfants d'une même école et du même âge constitue un groupe (six à douze enfants); leurs parents à tour de rôle le reçoivent, tous les quinze jours, pour "animer une réunion", eux-mêmes ayant été préparés à cette "animation" par une réunion le soir au presbytère.

Les enfants sont donc ballotés d'un foyer à l'autre, expérimentant des leçons de catéchisme aux styles différents, en fonction de la foi et de l'instruction religieuse des parents qui les reçoivent. Cela dure cinq ans (CE2 à 5e), nous finissons (nous, les parents) par connaître les enfants de notre groupe, par établir des relations un peu particulières car nous abordons des sujets souvents personnels en essayant de bloquer le moins possible la parole (sans compter les "temps forts" où tous les enfants du même âge se trouvent rassemblés, et les "pélerinages", que j'appellerais plutôt "sorties", à Chartres ou Longpont ou Evry…)

Je profite de ces réunions pour expliquer tout ce que je peux en fonction des textes que nous lisons (ah oui, très peu de coloriage ou de découpage avec moi, je suis mal à l'aise avec ça), de la culture générale, en somme. Je dois être épouvantablement pénible, mais j'aime bien cela (pas être pénible, mais raconter).

Aujourd'hui j'ai montré un torchon en lin, rugueux, épais, découpé dans les draps de ma grand-mère (origine de la discussion: le saint Suaire (—Vous savez ce que c'est que du lin? les petites fleurs bleues, les «habits de drap» («quand vous lirez Balzac et Zola»), la soie, la laine, le coton arrivé en Europe que très récemment)); j'ai raconté l'astuce de Pénélope (origine: l'explication du mot linceul); j'ai expliqué ce qu'était un bœuf et le sort des mâles en agriculture et l'agressivité des mammifères non castrés (origine — Vous savez qui était Marie-Madeleine? — Jésus était son client? me répond Jérémy avec un sourire qui montre qu'il sait qu'il est en train de dire une petite provocation. (Où a-t-il entendu cela? En tout cas, comme d'hab quand il s'agit de sujets abordant de près ou de loin le sexe, je joue franc jeu, en me disant que c'est peut-être la seule fois où un adulte leur explique franchement, en quasi tête-à-tête, deux ou trois réalités.) — Possible, mais ça m'étonnerait. Il a dit quelque part dans les Evangiles que si on ne pouvait s'empêcher de faire l'amour il fallait se marier, mais que sinon il valait mieux vivre en eunuque volontaire. Et comme j'imagine que Jésus suivait les conseils qu'Il donnait… Vous savez ce que c'est qu'un eunuque? (Non.) Et un castrat? (Oui, vaguement, par rapport à la musique). — Et un bœuf? (silence autour de la table.) — Vous connaissez la différence entre un bœuf et un taureau? (Silence. Non, ils ne savent pas. Douze ans. Une de ces questions qui n'existent pas, que personne ne songe à poser. Mais je suis tout de même surprise. Je me lance dans une digression sur l'agriculture, en espérant qu'ils n'iront pas trop raconter ce que je fais durant les cours de catéchisme.))

J'aime bien la réaction des enfants, si généreux et si stricts, si moraux, en même temps. (Question: «qu'auriez-vous fait à la place du père du fils prodigue, lui auriez-vous donné sa part d'héritage?» Sondage autour de la table: la réponse unanime est non. J'ai envie de rire, ils argumentent, ils sont si sérieux, si pleins de bon sens. Ils m'impressionnent, déjà si jeunes, ils sont loin de la folie que suppose l'Evangile (mais d'une certaine façon ils ont raison, à l'usage cette folie ne donne pas d'excellents résultats…))

J'aurai animé deux à quatre réunions par an depuis 2000. La dernière a eu lieu aujourd'hui. Je suis un peu triste. J'aimais bien cela, il me semble qu'on leur explique si peu de choses, que le monde leur reste si étranger, qu'il y a tant de choses à partager.

Hiérarchie

— C'est fou, quoi qu'il arrive, on comptera toujours moins que le chien.%%% — Ça m'est égal maintenant. J'ai été jalouse en première ou en terminale, quand tout ce cirque a commencé, à la mort du chien précédent. Le chien précédent, c'était le mien.


Ça m'est égal? Est-il bizarre dans ce cas que ce soit à cela que je pense quand je me dis que je ne sais qu'écrire à propos d'hier? Fini Kråkmo. Discuté avec Rémi: «Tu ne regardes pas assez TF1.» Certes.

Beuh

— Ah oui au fait, mon adresse est "impasse des bœufs", entre la rue des Bouchers et la rue des Tanneurs.
— Mais c'est horrible! pauvres bêtes... (Vraiment une impasse.)
— Quand j'ai commandé mon lit et que j'ai donné mon adresse pour la livraison, la caissière m'a demandé d'épeler "beu". «— "Beufe", j'ai dit. — Ah, beufe!» Elle était soulagée.
Rires. Après coup, je me demande si elle s'est demandé s'il s'agissait de beu. Est-ce possible?
— Et à Carrefour, pour le frigo, quand j'ai donné mon adresse, j'ai surveillé l'écran pendant que le vendeur la tapait. Il m'a demandé : «— Vous avez peur que je ne sache pas l'écrire?»



PS: "Pauvres bêtes", citation d' Astérix chez les Bretons:
— ... sinon je vous fais jeter aux lions, bouillis à la menthe!
— Mais c'est horrible!
— Oui, pauvres bêtes...

Canopée

Au centre de mon nouvel immeuble il y a une jungle et des poissons rouges.

Orthodontie

— Tu as des élastiques oursons ? Bon, je vais te donner des béliers.

Melville

Tout bateau à moteur qui nous croise creuse des vagues profondes, et nous sommes ballotés, absolument impuissants. Je songe alors à Moby Dick ou aux récits repris par En Patagonie: mais quelle folie ce devait être de mettre une chaloupe à la mer pour tenter de repêcher un homme, et quelle folie plus grande, absolument impensable, de chasser la baleine dans ces conditions !

(Pas étonnant qu'aujourd'hui les hommes s'ennuient tant.)

En passant...

L'informaticien qui a donné le nom de bug au bug est une informaticienne. Elle s'appelle Grace Hopper, soit grasshopper (un bug!), le nom anglais de Petit Scarabée...

L'effet Toy Story

Trois jouets perdus ce matin :
- un Winnie l'ourson assis sous un abri-bus ;
- un canard écartelé sur le trottoir ;
- un petit lapin gisant sur la chaussée (j'ai ouvert la portière et profitant du feu rouge je l'ai ramassé. Il est brodé "Mathias" sur son tablier. Qu'est-ce que je vais en faire?)


Ce soir, impromptu, train pour Mulhouse.

Plumeau

Sur le carrelage du restaurant, la grosse araignée noire avait de petits chaussons de poussière.

Naze

Ah les vaches ils m'ont épuisée : toute la sortie à la nage (j'ai prévu de vous faire un cours de vocabulaire un jour mais pas maintenant: la nage, c'est le premier rameur de la file (installé au siège quatre…), celui qui donne le rythme à tous les autres, qui les traîne et les entraîne).

Trois semaines sans ramer, je suis bien punie de ma paresse : les petits cygnes et les canetons ont eu le temps de grandir, zut.

(Le principe était le suivant: très en retard sur un document à rendre, donc je me suis interdit de faire autre chose que travailler à ce document, moralité je n'ai plus rien fait du tout pendant trois semaines).

Je suis vraiment fatiguée, je vais m'endormir au clavier.

Le manège de La Défense

Lorsque j'avais vu cet éléphant, je m'était dit «Tiens, on dirait La maison à vapeur» (sans doute mon Jules Verne préféré, parce que ce doit être le premier que j'ai lu).





Bingo, la décoration du manège est entièrement inspirée de thèmes julesverniens.


Déjeuné avec Matoo. Il a perdu des joues et porte bien le costard.


——————————
Note le 23 mai 2015
Je lui ai raconté la situation. J'ai beaucoup parlé, j'ai un peu honte en y repensant. Il a été très gentil.

Je copie les notes que j'avais écrites dans la partie non publiée du blog. Je suppose que les "questions" étaient celles d'H. qui n'a pas compris pourquoi j'étais si bouleversée — plus tard, quand j'ai été capable de parler, il n'a jamais admis que j'ai pu avoir peur que les huissiers débarquent à la maison, jamais admis qu'il y avait quelques raisons de s'inquiéter, que cela aurait pu choquer les enfants.
Donc les mots de l'époque que je n'ai pas mis en ligne parce que je ne voulais pas qu'on m'en parle, qu'on me demande de mes nouvelles: «Un chose est sûre, je ne sais pas répondre aux questions. Je ne peux pas répondre. Pas le courage, pas la force, la rage qui monte, tout de suite, la colère ne pas réussir à s'expliquer. Je suis autiste.

Crise de larme.»

Le koala du zoo de Beauval

Evénement européen: il y a eu une naissance de koala il y a quelques années, le zoo en attend une autre (à moins qu'elle n'ait déjà eu lieu? Une patte dépasse par moment de la poche maternelle: né ou pas né?)

Le koala du zoo de B*auval ne mange que des feuilles d'eucalyptus, et encore, le haut des feuilles, et fraîches. Au bout d'une journée il faut jeter les feuilles sèches ou fanées. C'est l'animal du zoo le plus coûteux à nourrir: il n'existe que deux producteurs de feuilles en Europe, en Angleterre. (Ouf, l'Eyjafjallajökull ne les a pas condamnés à mourir de faim.)

Observations aquatiques

Un cygne joue dans les vagues produites par le canot moteur. Plus tard, je l'ai vu la tête sous l'eau brouter longuement les algues sur les parois d'une péniche. Le cygne semble avoir une impressionnante capacité respiratoire (ou pulmonaire? Comment dit-on?)

Un gros poisson mort (cinquante à soixante centimètres) affleure tel une bûche à la surface de la Seine. Un corbeau surveille la dérive de la charogne, tente de s'y poser, s'envole quand le cadavre se dérobe sous son poids, se pose sur la rambarde d'une péniche, recommence, même jeu, n'abandonne pas.

Les moyens du bord

— Aujourd'hui comme on n'a plus de grenouilles, on va disséquer des poissons panés.

Hommes en entreprise - deux scènes

  • 1/
Si au début d'une réunion, alors que les participants (que vous ne connaissez pas) sont en train d'arriver et que chacun est encore debout se présentant un peu maladroitement, celui qui vient de vous serrer la main commence à discuter en descendant sa braguette, puis son pantalon, ne vous inquiétez pas: c'est tout simplement un motard.
(Ce pantalon était si peu visiblement "pantalon de motard", et lui entrait si bien dans la catégorie "cadre supérieur", que je me suis demandé un moment si j'étais bien réveillée.)
  • 2/
Conférence au siège social d'un grand cabinet de consultants. Le jardin est magnifique (j'apprends en tendant l'oreille qu'il est classé), et tandis que je bois un café en le contemplant, un homme catégorie "vieux beau" s'approche:
— Quel jardin, n'est-ce pas!
J'acquiesce. Il enchaîne:
— Vous avez vu le bassin? Je vais protester auprès de la direction: quand je suis arrivé, il y avait trois canards mâles et une seule femelle, ils étaient tous après cette pauvre cane qui n'en pouvait plus, je vais protester pour qu'ils rééquilibrent les sexes…
Pantoise. Je réponds avec prudence:
— Vous savez, la Seine n'est pas loin, je pense qu'ils vont et viennent librement. Et puis ils ne peuvent pas nicher ici, c'est trop à découvert.
Plus tard, je l'entendrai raconter l'anecdote à un jeune homme. Ce n'était donc pas une méthode de drague.


Quand je quitte le bâtiment, il ne reste qu'un canard avec la cane.



Photo prise à 10h30 ce matin.

En torche

Clément : Si je disparais entre vingt et trente ans, c'est pas que je vous en veux, c'est que je vous aurais oubliés.
Moi : Tant pis. Comme je le rappelais à quelqu'un, les petits d'animaux s'en vont et ne reviennent jamais.
Hervé : — Oui enfin... L'homme est connu pour avoir plus de besoins affectifs que le ver de terre.
Moi : T'en sais rien. Qu'est-ce que tu sais des besoins affectifs des vers de terre?…
Hervé : Oui, t'as raison, j'ai bien connu un lombric…
Clément : … il s'est suicidé sur un hameçon…




Hervé et Clément partent visiter l'école polytechnique de Lausanne.

Soirée

— Je suis confus…
— Je vous confirme: vous êtes confus.

— Je fais comme Kafka, je vais chercher le pain.

Whisky, champagne, thé.
Et tequila et foie de veau.
Et feu de bois.
Dans la cuisine, des pots d'épices ("safran yéménite") et un petit sachet de sucre ou de sel avec une citation: «I am a very good housekeeper. Every time I get a divorce, I keep the house. Zsa Zsa Gabor»

600 g en un an, c'est beaucoup pour un chat (adulte). M. a mis au point un programme d'amaigrissement: la chasse à la croquette. Elle les cache un peu partout dans l'appartement, de temps en temps B. en retrouve qui moisissent paisiblement derrière les livres.
— Avec moi, ça ne marche pas.
— Evidemment, vous lui donnez des croquettes de régime! Moi je cache des croquettes "Roi des félins" ou "Festin gourmand".


Avant ces agapes, traîné en librairie. Lu longuement La route des ossements, d'Anne Fine, dans "L'école des loisirs". Elle est décidément excellente. Elle et Robert Cormier, mes grandes découvertes des années 90, quand je ne lisais que des polars et de la littérature pour enfants.

Dans la bibliothèque de B., je découvre Strindberg et van Gogh, Swedenborg, Hölderlin de Karl Jaspers.

Tumbr et Flickr, dernièrement

Je ne comprends pas bien comment fonctionne tumblr. Ça m'agace, surtout quand je laisserais volontiers un commentaire, quelques mots ("Killroy was here"). Mais apparemment cette forme de blog est destinée à relayer ce qu'on aime sans commentaire, entreglose tentaculaire de photographies (principalement).

- Des photos et des citations. J'aime beaucoup car on ne sait jamais sur quoi on va tomber.
- Marilyn Monroe (ce qui m'émeut ici, c'est la folie que représente ce site, cette collectionnite aigüe qui pousse le blogueur à trouver chaque jour quatre à vingt nouvelles photos… alors que j'aurais pensé que les photos de Marilyn existaient en nombre fini et recensé).
- Starwars
- Des livres et des citations

Et sur flickr :
- une collection de pin-ups
- des écureuils jouant dans Starwars

Mouettes heureuses

Mon téléphone s'obstine à voir l'hiver en bleu.
(Le Louvre aujourd'hui à midi: les bassins sont partiellement gelés.)

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Souvenirs vétérinaires

Je commence Les demeures de l'esprit, Grande-Bretagne, Irlande II et j'ai la surprises de tomber sur James Herriot : ça alors, je ne savais pas que c'était un auteur célèbre.

Toutes les créatures du bon dieu est un livre que j'avais découvert en farfouillant dans la bibliothèque de mon oncle vétérinaire, je ne sais pas trop quand, au début des années 80, sans doute. Plus tard, j'avais eu le plaisir de le découvrir aux éditions L'école des loisirs; c'est le livre, avec Embrasser une fille qui fume, que j'ai offert à une amie pour faire vingt-deux heures d'avion. (Elle ne le sait pas, mais elle possède ainsi deux livres rares, épuisés tous les deux).

C'était un livre joyeux, plein d'optimisme et d'anecdotes incroyables sur le métier de vétérinaire.
Mais je les croyais, parce que mon oncle était vétérinaire.

C'est avec lui que j'ai appris ce qu'était l'urgence : il prenait son café, un coup de fil affolé l'interrompait pour réclamer sa présence auprès d'un vêlage qui se passait mal, il disait «J'arrive», se rasseyait, et finissait son café.
Il soignait ses enfants avec les produits vétérinaires, il suffisait de connaître leur poids et d'appliquer la posologie destinée au porc.
Il se contemplait calmement, diagnostiquait ses maladies: «Je savais que mes accès de fièvre signifiaient que le foyer était infectieux». (Cette phrase a été prononcée alors qu'il racontait une opération qui avait failli lui coûter la vie, après plusieurs mois en réanimation suite à un coup de pied de cheval qui lui avait éclaté le foie.)

Un jour il perdit son alliance dans une vache. Le plus étonnant, c'est qu'à la visite suivante, il enfonça sa main pour palper le veau et réenfila son alliance.
Depuis il la porte à une chaîne autour du cou.


PS: Par hasard, j'ai trouvé un vêlage. Ça ne se passe pas toujours aussi bien (voix pleine de regrets de mon oncle: ce jour-là il avait emmené un de ses jeunes fils avec lui), mais je vais vous épargner ça.
C'est à ces contacts vétérinaires que je dois ma façon de considérer la santé en général et tout ce qui touche à la maternité en particulier (les vaches et les chattes font ça très bien, on doit pouvoir s'en sortir sans tout ce foin et tout ce marketing (d'un autre côté, l'accouchement sans douleur, quand vous voyez la tête de la vache ou de la chatte... On ne nous prendrait pas pour des andouilles par hasard?))

Les mots de la famille

Evêque, évêché, épiscopal.
Chanoine, chapitre, canonial.

C'est presque aussi fascinant que les noms d'animaux, ou les mots désignant les animaux :
- cerf, biche, faon ;
- lièvre, hase, levraut ;
- sanglier, laie, marcassin ;
- verrat, truie, porcelet ;
- coq, poule, poussin ;
- cheval, jument, poulain ;
- bouc, chèvre, chevreau ;
- bélier, brebis, agneau ;
- etc.

Automne

J'ai vu un vol d'oies sauvages au-dessus de Villeneuve-Saint-Georges.

Bunker Palace Hotel

Dans la maison de P., il y a une pièce réservée aux bouteilles de whisky, un abri anti-atomique, et sous la terrasse, une longue pièce froide dans laquelle les araignées, saisies vives par les glaces, restent suspendues comme des étoiles blanches dans leur toile.

Constellation

Ce qui est étonnant quand j'écoute Paul parler, ce sont les mondes qu'il fait naître, qu'il a côtoyés. Sa grand-mère paternelle avait une sœur qui a eu un fils, Gaston Fessard, qui est donc un petit-cousin. Son père avait deux frères. L'un d'entre eux, qui avait réussi langues-O mais abandonna la carrière sous la pression de ses beaux-parents, écrivit un peu, dont quelques articles à la NRF. Il fréquentait Gide.

Paul a été au collège avec Roland de la Poype, héros de Normandie-Niémen, et avec Jean Lefeuvre, l'un des artisants principaux du dictionnaire dit Le grand Ricci .
Le frère aîné de Paul entra dans la résistance aux côtés du père Michel Riquet, qui fut déporté à Buchenwald avec Marcel Paul. Plus tard, celui-ci devenu ministre fit verser au père de Paul, liquoriste, une allocation d'alcool pur en pleine période de rationnement, sur la recommandation du père Riquet [1].

Paul travailla à la première classification des vins (les Bordeaux AOC) plus ou moins sous les ordres de Claude Mauriac. L'une de ses belles-sœurs fut la secrétaire de de Gaulle, et c'est sans doute grâce à elle qu'il fut l'ami du médecin de Malraux.

Son beau-père habitait à Ville d'Avray la maison mitoyenne de celle de Jean Rostand. Il était professeur de littérature à Condorcet. Il eut pour élève Obaldia (et Paul se souvient d'Obaldia dans la salle à manger) et Jacques Laurent, qui bien plus tard emmenait son professeur devenu vieux revoir la cathédrale de Chartres, pour laquelle il avait une passion.

En dix ans de déjeuners hebdomadaires j'ai vu ainsi défiler des noms que je prends aujourd'hui la peine de noter. Je n'en reviens pas de tant de convergences (ou plutôt de tangentes, car Paul n'a jamais que côtoyé sans appartenir) autour de son seul nom.

Notes

[1] Je prends conscience qu'il y eut une fraternité entre les "revenus des camps" comme il y en eut une des tranchées: fraternité qui explique des courants souterrains débordant les classiques clivages politiques.

Sanglier décousu

Rêvé d'une façon extraordinairement précise de Barthes, d'une œuvre de Barthes. Jean-Yves et Pascal étaient là.

Tenu dans mes mains le commentaire de Barthes, dans un livre partant en lambeaux, à la couverture jaune à la façon des anciens Grasset. Livre de bibliothèque, bibliothèque lumineuse et interdite, sans doute dans la coupole du Panthéon (je savais que j'étais dans un lieu correspondant à peu près à la coupole du Panthéon). Histoire de chasse et de vengeance, de sanglier décousu. Lu la dernière phrase, dans le style désuet et si légèrement ironique de Barthes. Une sœur ayant vengé invisiblement son frère. Impossible de me souvenir de cette phrase pourtant si nette, si musicale.
Puis second livre, tout petit, cinq centimètre sur cinq, couverture vive, jaune et rose, contenant le conte commenté par Barthes. Conte écrit par Barthes?

Mais qu'ai-je donc amalgamé, la tapisserie du musée Goya, les chasses de Monsieur de Lautrec et Le bruissement de la langue? Quelle frustration de ne pas se souvenir des deux phrases si nettement lues. Il aurait fallu les noter au réveil (mais aurait-ce été possible?)

Fini Arjouni [1]. Camomille et miel.

Notes

[1] en allemand, sans dictionnaire: compris l'esprit ;-).

Un chien

Quand son avant-dernier chien est mort, ma grand-mère a voulu le remplacer.

J'ai assisté à ce dialogue entre ses brus, ma tante et ma mère (je ne sais plus si ma grand-mère était présente, j'espère que non, mais sa présence n'aurait pas arrêté ses brus):

Ma mère : — Elle ne va pas encore reprendre un chien! Et qui va s'en occuper quand elle sera morte? Il faudra le mettre à la SPA!
Ma tante : — Je fais passer le bien-être des vieilles personnes avant celui des chiens.


Curieusement, certains passages de L'Isolation de Renaud Camus (concernant le métissage des populations, la disparition de la culture, etc) me font penser à ce dialogue : est-ce qu'un paysage est plus important que les gens?
Et je repense au bombardement de Dubrovnik, qui a davantage ému que celui des populations, et au bombardement des territoires de Babylone, ce qui n'a guère ému les Américains…
Et je repense à Saint-Exupéry, cet extrait dans Lagarde et Michard: personne ne voudrait d'un pont qui coûte la vie d'un homme, mais tout le monde le traverse.

Les tortues

La tortue de Floride qui a envahi nos cours d'eau fait des ravages car elle est agressive: si vous tendez le doigt vers sa tête, elle essaie aussitôt de le mordre.

A l'inverse, la tortue terrestre de nos climats est pacifique et craintive: si vous tendez le doigt, elle rentre la tête.

Je rêve d'une tortue mutante: qui ne rentre pas la tête mais n'essaie pas de mordre (avant de savoir ce qui se passe).

L'Inde envahit la Suisse

Comme les régions où étaient tournées certaines scènes du cinéma bollywood sont devenues trop dangereuses à cause du conflit avec le Cachemire, les réalisateurs les filment en Suisse.
La Suisse est en surproduction agricole mais le gouvernement maintient les subventions afin de conserver à La Suisse son image de vaches et de paturages.
Cette image attire les touristes indiens via les films Bollywood.
Une vache dégage davantage d'effets de serre qu'une voiture.

Occlusion intestinale

De la fin des années 80, j'aurai adopté deux produits: les Dim-up et les bouchons d'oreille en mousse (par opposition aux boules Quiès, en cire).

Le bouchon d'oreille a de multiples avantages, en tout premier lieu celui de ne pas vous faire entendre votre propre cœur, ce qui est le défaut principal des boules Quiès.
Généralement je n'en mets qu'une, car il s'agit moins pour moi de ne pas entendre que de me dés-intéresser, de cesser d'être sur le qui-vive. J'en mets également en cas de grande fatigue au milieu d'un entourage surexcité, afin d'éviter de commettre un meurtre (applicable aux petits déjeuners dominicaux, aux voyages en TGV, aux bureaux en open space, etc, les personnes à assassiner n'étant pas toujours les mêmes).

Les bouchons d'oreille ont un inconvénient: les chattes les adorent et les avalent, sans que j'aie déterminé si c'était l'odeur de la mousse ou les traces de cérumen qui leur plaisaient.
Ensuite elles vomissent, le bouchon gonflé de sucs gastriques et la pâtée pour chat.
Beurk.

Fête de famille

Tentative d'instaurer une tradition, pourquoi pas.
Réécriture de l'histoire: il est vrai que nous sommes réunis au nom de la grand-mère disparue, il est vrai qu'elle serait enchantée de nous savoir là, petits-enfants et arrières-petits-enfants, il est faux de penser qu'elle "aurait aimé voir ça", je ne me souviens, moi "la pièce rapportée", que de brouilles et de lettres vengeresses du temps où elle était en vie.
Mais si certains le pensent nous nous taisons tous, et nous passons vraiment un bon moment, dont quelques longues minutes à réexpliquer aux plus jeunes qui est qui (— Doudou c'est mon beau-père — Ah, ouuiii! — C'est vous la mère d'Harry Potter?), et qu'ils oublient aussitôt comme de juste.

Cette année un cousin nous accueillait chez lui, à la ferme. Poules et brebis. Je me rends compte que ce qui me manque le plus, ce sont les odeurs (et particulièrement les odeurs mécaniques, l'odeur de la graisse froide des outils et celle du cuir, puis celle des bêtes). Passé un long moment à regarder les agneaux, à les écouter bêler comme des bateaux perdus dans la brume: l'identification de la mère se fait à l'oreille. Ri à voir les agneaux de deux jours s'abattre dans l'herbe, plats comme des descentes de lit, une heure après leur première sortie au grand air.

Toujours cette curieuse sensation, ce complexe à double sens: complexe de l'intello qui a peur de se faire mépriser par les "manuels", les gens de la terre, "ceux qui travaillent", peur que les "manuels" se sentent méprisés par les gens des villes, les intellos.
C'est stupide, cela leur est bien égal, je n'arrive pas à vivre simplement dans l'instant.
Toutes ces odeurs et toute cette ambiance me rappellent la ferme tant aimée. Je médite sur cette vie au rythme si différent. Est-elle vraiment tentante? Non pourtant, j'ai trop dans l'oreille les paroles de ma grand-mère: «C'est trop dur, la terre, je ne voulais pas que les garçons restent ici, c'est trop dur».
C'est étrange de se dire que la génération suivante manifeste des velléités d'y retourner.

Dernier jour

Les vacances consistent souvent à vivre plus ensemble que d'habitude dans un espace plus petit. Que faire lorsqu'on se réveille plus tôt que la maisonnée, où trouver un endroit pour lire ou écrire sans déranger les endormis?
C'est ainsi que dès le mardi (lundi de Pâques: chiuso) je pris mes quartiers d'aube au café du coin, avec un col roulé et des photocopies d'articles de Broch. H. m'a rejoint deux jours après, ayant constaté que c'était le seul moment et le seul endroit où il pouvait travailler. Je m'entendais suffisemment bien avec le serveur (un sourire éclatant et des yeux magnifiques) pour que le prix des caffé latte soient très fluctuants, tendance baissière. Nous n'avons pas cherché à comprendre.
Je n'ai pas osé aller lui dire au revoir après le dernier spritz (rouge: campari) en terrasse en fin d'après-midi.
Mais nous avons prévenu de notre départ l'épicière que nous dévalisions chaque matin, de crainte qu'elle ne se retrouvât avec un monceau de ''croccante'' et de ''morbido'' sur les bras. (Nous avons mis quelques jours à découvrir qu'il ne fallait pas acheter le pain à 9h30 comme nous le faisions, mais attendre l'arrivée de son mari débarquant de Santa Martha les bras chargés du ravitaillement. Visiblement il n'y a pas de structure de grossiste ou de plateforme à Venise (et le cafetier allait acheter ses bouteilles de lait au fur à mesure à l'épicerie.)
Nous n'avons pas ramené de pot de cinq kilos de Nutella. Dommage. Tant pis.
Nous avons beaucoup observé les moineaux, plus malins que les pigeons, plus vifs, plus légers, s'envolant loin pour picorer leur miette tranquilles sans se la faire voler.
Les chiens semblent avoir remplacer les chats. Les chats m'ont manqué.

Evidemment, à prendre son petit déjeuner à 10h30, on ne met pas toutes les chances de son côté pour visiter les musées qui ferment à 13 heures ou 13 heures 30, ni pour atteindre les îles les plus éloignées en vaporetto avant l'heure de fermeture des églises.

Dernier jour, valises à boucler.
Question: ramenons-nous les passoires à thé achetés sur place? Poids: 50 grammes (on les a pesées). (Réponse: non)
J'en ai profité pour peser mes livres (y compris les trois achetés sur place): 3,4 kg. On est loin des dix kilos annoncés et reprochés au départ.

Dernier jour, derniers achats. Nous apprenons à une barman à faire le diabolo menthe, je prends mon premier spritz de la journée, nous achetons un sac Goldorak (si si, du genre qu'on achète à Londres), nous faisons un tour sur les Zaterre, le ciel, le vent, la lumière, nous étudions l'organisation sans faille d'une institutrice qui envoie une classe entière commander des cornets de glace (et tandis que j'écris les détails qui me reviennent, je pense à la Cantatrice chauve, à l'analyse du "profil Hatier": «paroles banales et conventionnelles»… Cela aurait-il déteint?).
Dernier jour, nous remontons jusqu'au Rialto, voyons la statue du bossu, errons sous la halle du marché aux poissons, j'admire les sculptures des colonnes, toutes sur le thème de la mer. Nous aurons vu les trois plaques réglementant la taille des poissons (place Santa Margherita, quai des Tanneurs).
Dernier jour, dernières glaces, les enfants m'entraînent devant le vendeur de glace figues-noix, car il est selon eux très beau.
Moins que mon barman.
Nous laissons les enfants rentrer à la maison.
Yesss, l'église San Pantalon est ouverte.

Dernier jour, retour à la gare, bien trop chargés. Nous arrivons très tôt: heureusement car l'heure sur les billets est fausse, c'est celle du train en gare de Mestre, pas en gare de Venise.

Rêves et souvenirs

Deux chats prêts à bondir dans l'encoignure d'une porte surveillent un pigeon. Un cercle de touriste s'est formé pour observer la scène.
Un touriste jette des graines au pigeon — en direction des chats.


Trois heures de sieste. Je ne pensais pas être aussi fatiguée.
Je m'applique à lire — on s'est tant moqué de moi à cause des livres "inutiles, tu ne les liras jamais", que j'emportais. Les balades de Corto, avec leur lot d'histoires horribles, de personnages torturés, sciés en deux, de restaurateur servant de la chair humaine ou de jeunes filles enfermées au couvent (sort à comparer aux plaisirs du sérail, selon les auteurs), me plongent dans une rêverie douloureuse.
Venise est une ville sans nostalgie. Le temps s'y fond si bien que les souvenirs sont immédiatement présents, que l'histoire est toujours là. La dimension temporelle y est remplacée par la dimension onirique, et Brodsky a raison: le reflet est aussi une réalité.

Trouvé un nouveau chemin vers les Zaterre, en me perdant de nouveau dans le labyrinthe et en voyant se déployer une nouvelle ville dans un quartier que je pensais bien connaître. Toutes les Venises se superposent, celles de mes souvenirs et celles de mes rêves; je me rends compte en revenant ici que je rêve très souvent de Venise. Je ne sais pas retrouver les lieux. La Venise de mes dix-huit ans possédait beaucoup plus de palmiers et de chats et de puits. Impossible de savoir où j'ai erré alors.




Agenda
Fini La cantatrice chauve (Je prépare mon intervention sur le kitsch de Théâtre ce soir. Grand stress, mon premier colloque). Etabli la liste des chose à lire et à faire.
Santa Maria della Salute

Retour - arrivée

Sieste. A mon réveil, deux ans ont disparu, j'ai la sensation de n'avoir jamais quitté ce lieu.
Retour dans nos pas, établissement de notre quartier général place sainte Marguerite.

Le cri des martinets dans le soleil couchant — la marque des vacances — et le silence particulier, profond, qui s'écoute: il est possible de détacher les bruits sur le fond de ce silence, autonome.

Tendresse






Agenda
Vaux-le-Vicomte.
Déborah est venue quelques jours faire connaissance.

La ligne 14 rend hommage au métro de Moscou

J'aime particulièrement à la station Madeleine de la ligne 14 l'odeur de station d'épuration qui vous saisit lorsque vous descendez l'escalier et attendez la prochaine rame.
Je ris à voir la tête des touristes incrédules n'en croyant pas leur nez, empruntant la ligne de métro la plus moderne de Paris, descendant à l'une de ses stations les plus connues, pour renifler ces remugles si brutalement naturels tandis que des infiltrations roussâtres laissent des traces suspectes sur les murs.

Hier matin, en haut des escaliers venant du quai, une plateforme destinée à un concert était en cours d'aménagement. Le soir, tout l'attirail électronique avait disparu, et l'estrade. Au mur avait été installé un gigantesque vitrail représentant une poule, un marteau et une faucille, et à droite et à gauche, en français et en russe, l'histoire de la poule qui a pondu un œuf en or.




(photo de téléphone, toujours).


précision le 30 avril 2009
Il s'agit en fait d'un échange avec le métro de Moscou — c'est donc de l'art moscovite:
La RATP a offert en 2007 un entourage Guimard de style art nouveau, inspirée du célèbre architecte français de la seconde moitié du XXe siècle, pour la décoration de la station Kievskaïa, à Moscou. En échange, l'artiste Ivan Loubennikov a imaginé "Ryaba la poule", un vitrail composé comme un patchwork qui raconte l'histoire de la Russie à travers divers éléments de la culture populaire (la faucille et le marteau, les boulons, les étoiles à cinq branches, les fers à cheval et les croix).
source

Rien

Grève. Malade. Pas lavé les cheveux. Oublié d'aller au Louvre. Pas le temps de passer à la librairie. Lu un passage amusant de Journal de Travers dans lequel un commerçant italien (en 1976) rend la monnaie avec des bonbons à la menthe. Un rien m'amuse.

Depuis samedi une grosse mouche bourdonne le soir. C'est agaçant. J'ouvrirais bien le velux pour la faire sortir, mais ça m'embête qu'elle meurt de froid sur le coup (La mort saisit le vif). «De toute façon, elle a déjà pondu ses quatre-vingts œufs» me dit C.
Ah.

J'ai froid, il fait froid.


complément le 27/11/2008

(Comme quoi on a tous les mêmes problèmes: bzz.)

Gaffe

L'amour chez les invertébrés.
La punaise déprimée prend un verre; le barman mille-pattes tente de lui remonter le moral:

— Je sais pas moi... Tiens, t'as déjà pensé à l'échangisme?
— Je viens de me faire larguer, vieux. Tu veux que j'échange quoi?

Claire Bouilhac, Fluide Glacial n°44, p.83

Dimanche

Plus personne n'écrit, solitude. Je ne sais même plus ce que j'ai fait hier. Je me souviens avoir fumé en lisant une très mince plaquette de Bonnefoy sur Celan.
Ce matin, déchiré une toile d'araignée en allant chercher la bêche, dérangé une autre araignée, bien différente, pendue à la bêche, une boule blanche d'œufs sous le ventre, utilisé la bêche pour déplacer une charogne d'oiseau grouillante avant l'arrivée d'amis. (Se souvenir de jeter les carcasses d'oiseau sans attendre).
Joué au whist, selon des règles qui me paraissent très fantaisistes. Beaucoup ri.
Mal à la tête.
Un peu déprimée par moi-même: voilà plus de dix jours que je me promets de terminer un travail. Je ne l'ai toujours pas commencé. Je ne sais pas comment commencer. Je sais que je ne le saurai qu'en commençant.
Procrastination.
Je vais finir par me mettre dans une situation impossible.
Feuilleté Whitman ce matin. (Je suis seule dans la cuisine, je prends un livre, le feuillette, le repose. De livre en livre au fur à mesure du désœuvrement. Des dizaines de livres feuilletés de jour en jour, de désirs éclos inassouvis. Je repose les livres sur les étagères, ils se fondent dans la masse. Il me reste des lambeaux de phrases.)

Je souffre de ne plus lire "en tranches épaisses". Je sais que c'est la seule façon d'entrer dans le rythme des phrases. Toutes les lectures en tranches minces ne s'attachent qu'au sens, et encore, au sens lié à des raisonnements courts. Il faut que je réussisse à lire en tranche épaisse, sans m'endormir.

Allons dormir, justement.

Certains repas sont plus fatigants que d'autres

— Il m'a insultée; il m'a traitée de conique!

— La structure du centre Beaubourg est globalement tubulaire, localement cylindrique.

— Donc pour toi, aucun problème entre l'œuf et la poule?
— Aucun, on a toujours d'abord un œuf.
— Mais comment tu as l'œuf?
— A la base, par un lézard. Enfin bon, sauf du point de vue théologique, dans ce cas, on a d'abord une poule: Dieu a créé la poule.

— On est tous des cônes.

— Mais Louis XIV était enfant, sa mère était gérante...
— Gérante?
— euh...
— Celle-là, je te jure que je la mets sur mon blog.

Mais pourquoi les canards de Barbarie ? et pourquoi 72 = 24 ?

« Poussin d’un jour » : toute volaille âgée de moins de 72 heures et n’ayant pas encore été nourrie.
Toutefois, les canards de Barbarie (Cairina moschata) ou leurs croisements âgés de moins de 72 heures et yant été nourris sont également considérés comme des poussins d’un jour.

texte 18 du Journal officiel du 8 novembre 2007

Des bruits

J'écrirai plus tard si j'ai le temps, en attendant, je suis heureuse de vous présenter ça, que je viens de retrouver.

Parmi mes préférés, des pims au pamplemousse (14 mai) et des grenouilles (3 mai). Je n'ai pas encore retrouvé une conversation dans un magasin de farces et attrapes (poulet cru/poulet cuit, de mémoire, mais quatre ans après, c'est un peu flou).

Le château de Grosbois

Dimanche, ciel de pluie.



Crédulité zoophile

— Arrête de bâiller comme ça, on dirait un hippopotame!
— Je sais, c'est comme ça que j'ai séduit ton père. En frétilant des oreilles, aussi.
— C'est vrai ?

La faune et la flore

Je fais le ménage le moins souvent possible et je n'ai pas le temps de m'occuper du jardin (ce que je regrette davantage que le ménage, les plantes étant les êtres les moins ingrats que je connaisse).

Lorsque je veux m'occuper du jardin, je suis assez rapidement désarmée par la pugnacité des mauvaises herbes : je n'y peux rien, elles me font rire et me remplissent d'admiration. Quand la même plante, déracinée à deux ou trois reprises, repousse à un quatrième endroit, faisant même un coude pour aller chercher le soleil, j'ai envie de rire, et je ne me sens pas la force de lui refuser son bout de ciel si chèrement conquis.
Au fond de moi, l'obstination des plantes me rassure : quelle que soit la malfaisance humaine, elles sont là, poussent dans les gouttières, prennent racine dans les failles, font éclater le ciment, le goudron… Allons, tout n'est pas perdu. Mais je fais un bien piètre jardinier, surtout si l'on songe qu'une chenille poilue obtient toute mon indulgence, pour peu qu'elle soit suffisamment bizarre. Je ne peux pas la détruire, même si elle mange les rosiers : Dieu sait quel papillon en sortira.

En temps normal, l'agitation d'une maisonnée suffit à cantonner les araignées et les insectes dans les failles insoupçonnées de la maison, sans compter que de jeunes chats sont d'efficaces insectivores.
Mais après une semaine d'inoccupation, la maison devient le royaume des araignées. C'est fascinant. Les faucheux (ou la même famille, ces araignées toutes en pattes) tendent des fils poisseux au ras des plafonds et dans les angles lumineux. Quand les œufs éclosent, les centaines de petites araignées prises dans le nuage de toile ressemblent aux nébuleuses célestes (j'ai voulu les prendre en photo avant de les aspirer, mais H. a trouvé profondément choquant que je veuille photographier mes futures victimes; j'ai eu l'impression d'avoir bafoué la convention de Genève).
Il y a les grosses araignées noires, que j'appelle «araignées d'églises», parce qu?elles me paraissent avoir une prédilection pour les endroits sombres et anciens. À une époque, il y en avait une qui sortait chaque soir à l'endroit où je rangeais mes bottes. Je la tolérais, observant avec curiosité ses habitudes, jusqu'à ce qu'une seconde apparaisse : j'ai alors imaginé des grappes d'œufs, des dizaines d'araignées noires, et j'ai massacré tous les spécimens à ma portée. (Chaque fois que je tue un insecte ou une araignée, je me demande si c'est un mâle ou une femelle.)
Je ne fais pas de chasse systématique aux araignées, surtout l'été : elles protègent des moustiques. Un jour, j'en ai vu une piquer et emmailloter un insecte à l'allure de poisson-chat argenté, d'un centimètre environ : je déteste cette bestiole, tout animal m'en débarrassant est un allié naturel.
Mais les araignées les plus merveilleuses sont celles qui vivent dehors. Nous avons une espèce, grosse comme une pièce de un centime, cuivrée tigrée, qui tisse de magnifiques toiles entre des points incroyablement éloignés, trois à quatre mètres parfois (comment est-ce possible?). L'une d'entre elles est entrée par hasard dans la cuisine (elles n'essaient d'entrer qu'à l'automne en temps normal) et a tissé une toile entre l'évier et une chaise pendant la nuit. H. ne l'a pas vue et est passé à travers juste avant son départ.
Sans cela, je n'aurais pas eu le courage de détruire un si bel ouvrage. J'aurais laissé mon araignée tranquille toute une semaine. Là encore, je suis sans défense devant tant d'adresse et d'obstination.

Hier

J'ai déjeuné d'un sandwich au roastbeef et d'un verre de rouge au comptoir du café à l'angle du boulevard Raspail et de la rue du Cherche-Midi. A une époque, l'un des serveurs de ce café était si beau que je faisais un détour rien que pour venir le regarder. Je suppose que c'était un étudiant, il faisait si peu serveur… Il n'est plus là mais les sandwiches au roastbeef, excellents, sont restés une habitude.

A côté de moi, deux poivrots; pendant que l'un s'absente, l'autre demande laborieusement la note:
— J'ai commandé ce verre, et puis j'ai offert celui-là à Monsieur, alors lui il m'a offert celui-là…
— Donc un blanc et un kir, résume la serveuse.
— Non, j'ai commandé ce verre-là, insiste le poivrot en montrant le premier verre.
La serveuse impavide amène la note comportant le blanc et le kir.
L'autre revient, je les entends discuter, impossible de lire, le jeune homme à ma gauche a des yeux bleus de l'exacte couleur de sa chemise et un pull bleu marine noué sur les épaules, «Quand on est solitaire c'est pour toujours», énonce l'un des poivrots, je ferme mon livre, «Dardanelles… mon grand-père… j'ai fait cuire des hérissons…», le jeune homme allume une pipe, son alliance est en or blanc.


Le soir je fais les soldes, machinalement.
Mon quota de robes sérieuses et de robes à bretelles (pour ce que ça sert cette année) étant épuisé, j'ai pu enfin faire dans l'irresponsable : deux robes cent pour cent viscose coupe nuisette femme enceinte, imprimées l'une comme les robes de Mireille Darc dans Elle boit pas, elle fume pas, mais elle cause, l'autre comme un couvre-lit de ma grand-mère que j'aimais beaucoup et qui a été donné, et une combinaison bustier très douce genre Babygro en plus sexy.

Chic. Je ne vois pas trop quand je vais pouvoir porter ça mais c'est pas grave.

Bestiaire

Sur l'autoroute, juste devant nos roues, une cane et sa troupe de canetons minuscules et souriants finissent de traverser les six voies en se dandinant et disparaissent dans les fourrés.


Rue du Louvre, un homme arrête les voitures pour permettre à une souris gris foncé de traverser sans être écrasée.


Dans Carnets de guerre de Vassili Grossman acheté hier, la photo du chameau Kouznetchik m'enchante.



Comment trouver notre vieille [division] amie de Stalingrad1 dans la poussière et la fumée, au milieu du rugissement des moteurs avec le cliquetis des chenilles des tanks et des canons automoteurs dans le grincement des énormes convois sur roues qui vont vers l'ouest, dans le flot de ces gamins pieds nus, des femmes en foulards blancs qui se déplacent vers l'est, de ceux qui ont fui devant les combats avec les Allemands et qui maintenant rentrent à la maison ?
Des gens bien intentionnés nous avaient conseillé, afin de nous épargner les arrêts et les questions, de chercher une division caractérisée par une particularité connue de beaucoup : dans son régiment d'artillerie est attelé à un charroi un chameau surnommé Kouznetchik [«Criquet»]2. Ce né natif du Kazakhstan a parcouru toute la route de Stalingrad à la Berezina. Les officiers des transmissions ont l'habitude de repérer dans le convoi Kouznetchik et trouvent sans avoir à poser de questions l'état-major qui se déplace jour et nuit. Nous avons ri à l'écoute de ce conseil farfelu comme à une bonne plaisanterie, et nous avons continué notre chemin.
Et voici que nous sommes de nouveau sur la grand-route, dans la poussière et le fracas. Et la première chose que nous voyons est, attelé à une télègue, un chameau brun, la peau presque à nu, qui a perdu tout son pelage. C'est bien lui, le célèbre Kouznetchik.
Avance à sa rencontre tout un groupe de prisonniers allemands. Le chameau tourne vers eux sa tête peu avenante à la lèvre pendante : il est apparemment fasciné par la couleur inhabituelle des vêtements, peut-être renifle-t-il une odeur étrangère. D'un ton entendu, le conducteur crie à l'escorte : « Fais venir les Allemands ici, sinon Kouznetchik va les bouffer!» Et sur-le-champ nous apprenons tout de la biographie de Kouznetchik : lors des échanges de tir, il va se cacher dans les entonnoirs laissés par les obus et les bombes, il a déjà été recousu trois fois pour ses blessures et s'est vu décerner la médaille «Pour la défense de Stalingrad». Le commandant du régiment d'artillerie Kapramanian a promis à son conducteur que s'il amenait Kouznetchik jusqu'à Berlin, il serait récompensé. «Tu auras la poitrine entièrement couverte de décorations», a dit avec le plus grand sérieux, ne souriant que du coin de l'œil, le commandant du régiment. En suivant la route indiquée par Kouznetchik, nous sommes arrivés à la division.

Vassili Grossman, Carnets de guerre, p.302-303



1 Il s'agit probablement de l'ancienne 308e division de fusiliers, commandée à Stalingrad par le général Gourtiev et qui deviendra la 120e division de fusiliers de la garde en septembre 1943. Cette formation en majorité sibérienne avait défendu l'usine Barrikady à Stalingrad. Pendant l'opération Bagration, elle fut intégrée à la 3e armée.

2 Le chameau Kouznetchik devint célèbre moins d'un an plus tard quand il arriva à Berlin et qu'on lui fit traverser la ville pour cracher sur le Reichstag.

Michka détrôné ?

Ce billet est dédié à mon compagnon de débauches littéraires.

Knut, mascotte des marchands

En quelques semaines, cette boule de poils a fait doubler le cours de l'action du zoo de Berlin (de 2.000 à plus de 4.000 euros). Knut, l'ours blanc né au Tiergarten fin 2006 puis rejeté par sa mère, est devenu un phénomène économique. Son image inspire de nombreux produits dérivés : tee-shirts, porte-clefs, chansons, sonneries de portable. Le fabricant de peluches Steiff a acquis la licence Knut, tout comme le confiseur Haribo.

L'Expansion, mai 2007
Dans le même magazine, une information dans un article consacré aux cadres trentenaires accros des jeux vidéo : «[…] Il vient d'acheter Stalker, un jeu atypique dont l'action se situe dans un Tchernobyl virtuel. »


Je crée de ce pas une rubrique Revue de presse. Je pourrais remplir ce blog uniquement avec des brèves et le commentaire du Journal officiel.

Vie des animaux

Cinq sensations que je ne retrouverai sans doute jamais (variation sur une chaîne qui s'estompe) :
  • Le goût des granulés que ma grand-mère donnait aux lapins;
  • L'odeur du lait artificiel pour les veaux au moment où mon grand-père ajoutait de l'eau chaude pour le délayer;
  • La langue râpeuse des veaux sur mes bras salés (comme une langue de chat, mais avec une surface de gant de toilette et non de timbre-poste);
  • La trompette ahurissante des pintades quand elles voulaient soudain signaler leur joie ou leur fureur (je n'ai jamais su);
  • La tête jaune du dernier poussin, curieux ou trop à l'étroit, émergeant du dos d'une poule brune ayant triplé de volume pour abriter tous ses petits (ce spectacle me manque tant que j'en rêve parfois).

Taches suspectes

En novembre dernier, lorsque j'ai sorti ma carte de groupe sanguin pour répondre à la demande de l'anesthésiste, il a contemplé avec incrédulité l'espèce de torchon que j'ai sorti de mon portefeuille. (Et pourtant j'avais essayé d'amortir le choc: «Euh oui, j'en ai une, euh, elle est un peu bizarre…»)

Ma carte avec la première détermination de groupe date de 1991. Comme il faut deux déterminations, j'en ai fait faire une seconde en 1994, mais pas dans le même laboratoire, qui a refusé de noter les résultats de son analyse sur ma carte de 1991. J'étais furieuse, j'ai donc découpé la partie utile de la carte de 1994 que j'ai agraffée sur la carte de 1991. J'ai rangé la carte rapiécée dans mon portefeuille.
Quelques mois plus tard, j'ai emmené le chat chez le vétérinaire, et par facilité, j'ai mis mon portefeuille dans le panier à chat. Le chat, angoissé, a pissé dans le panier, trempant mes papiers que j'ai alors soigneusement fait sécher. Il leur en est resté quelques auréoles jaunâtres, notamment au niveau des plis, et pendant longtemps (c'est fini), une odeur bizarre…

— Vous avez eu trois enfants avec ça? a demandé l'anesthésiste incrédule.
Il n'a pas fait d'autre commentaire, mais la première chose qu'ont faite les infirmières mercredi dernier lorsque je suis entrée en clinique pour quelques jours (rien de grave), c'est une prise de sang à chaque bras.
— Qu'est-ce que vous faites?
— L'anesthésiste a demandé une détermination de groupe sanguin.
— Ah. (Quel sournois.) Pourquoi aux deux bras?
— Il faut une double détermination, effectuée par le même laboratoire.

J'ai maintenant une carte neuve. Ça m'ennuie de jeter l'ancienne.

On n'est pas des boeufs

Michel Charasse sur France Info ce matin, commentant les visites du président de la République et des candidats à la présidence de la République au Congrès des maires qui se tient à Paris actuellement :
Ils viennent ici comme ils vont aux comices agricoles; là-bas ils vont voir des vaches, ici ils viennent voir des maires; ça impressionne peut-être les vaches, mais ça n'impressionne pas les maires.

Chèvre au biberon

Vierzon, l'été qui a suivi ma première année d'école. Ma sœur a deux ans à peine, moi quatre ans et demi.
Nourir les chevreaux était un grand moment de bonheur.


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