Billets qui ont 'Cerisy' comme ville.

A l'IMEC

Matinée sur la Méthode d'Edgar Morin. A lire le titre, je n'avais pas fait le lien avec Descartes, pourtant évident.

Toujours ce paradoxe que la méthode rationnelle soit issue d'un rêve. Plus tard on me conseillera un livre: Ce que Descartes n'a pas dit, sur les phrases et idées attribuées à tort à Descartes. Il paraît que ce livre est remarquable.

J'ai la surprise d'entendre parler de Bergery que je pensais totalement inconnu et insignifiant. Ainsi cet homme n'existe pas que pour les lecteurs de Claude Mauriac, mais également pour les morinistes.

Gödel cité une première fois, Escher, Gödel, Escher, Bach plus tard. Au buffet du soir à l'IMEC, j'en profiterai pour dire mon désir de voir un colloque se tenir avec la participation d'Hofstadter. Si la graine a été plantée dans le bon cerveau, j'ai mes chances. Il faut que j'en parle à Elisabeth et GEF, aussi.

Pluie, crachin, il fait douze degrés. J'ai amené un imperméable mais pas de pull. Heureusement que j'ai avec moi le pantalon acheté hier.
Comme toujours, le bonheur de Cerisy, ce sont les rencontres. «Non, parce qu'il faut dire la vérité, on vient à Cerisy pour la confiture courge-orange (un délice), on va à l'IMEC pour la cuisine. Les chambres sont monacales, mais le cuisinier hors de pair.»

J'achète des cartes postales, je découvre que l'accueil vend des timbres, des timbres personnalisés avec le château. Enthousiaste, j'en prends une planche… et me fait enguirlander par Edith Heurgon quand elle s'en aperçoit: «mais c'est fait pour dépanner, pas du tout pour ça!»
C'était bien la peine d'imaginer que j'allais soutenir et promouvoir l'image du château. (Sacrée Edith. Plus tard Francis Danvers racontera qu'un jour qu'il était arrivé presque en retard après s'être lui aussi perdu dans Cerisy-la-Forêt, Edith Heurgon l'avait accueilli d'un «Monsieur Danvers, à quoi bon être un spécialiste de l'orientation si vous n'êtes pas capable d'arriver jusqu'ici?»

L'IMEC est magnifique. Cela donne des idées sur la façon d'aménager les églises que l'on voit en vente ça et là… (mais je préfèrerais un bâtiment industriel, genre papeteries ou usines de textile en brique rouge le long des cours d'eau).

l'intérieur de la salle de travail de l'IMEC

Ce soir j'ai peut-être de la fièvre — mais rien pour le vérifier.

De St Antoine à Cerisy par Garches

* Enfin vaccinée (Johnson), par la doctoresse qui m'avait tant plu.

La thrombose serait peut-être une allergie à l'héparine, l'un des composants du vaccin. Cette allergie est imprévisible, il n'y a pas de profil déterminé.
«Si vous avez de la fièvre plus de quarante-huit heure, ou si la fièvre réapparaît plus tard, prévenez-nous. Ne vous dites pas "c'est bon, c'était pour moi": maintenant nous avons du recul, nous savons réagir.» (Elle me fait rire.)

J'ai de la tension. La dernière fois 15.8, cette fois-ci 14. Je mets cela sur le compte de mon nouveau boulot.
— Prenez votre tension quand vous y pensez, trois fois de suite parce que les résultats varient sur trois fois. Vous voyez souvent votre médecin traitant? (Non) Envoyez-moi les résultats. Parce que les artères ducissent, ça fatigue le cœur. Une pilule par jour pendant un an ou deux, il est possible d'arrêter si ça se régule, vous n'entrez pas au couvent.

Je vais le faire. Je ne voudrais pas fatiguer mon cœur maintenant que j'ai la perspective de faire un quatre master!


* J'ai un peu de temps, je passe chez Max Mara et trouve deux combinaisons, pièce de vêtement à la mode cette année mais souvent difficile à trouver. Celle que je porte à vingt-cinq ans (avec un changement de fermeture éclair). L'une des deux que je viens de trouver ressemble énormément à une que j'ai portée jusqu'à la transparence circa 1992. Je suis enchantée. Et un pantalon (je n'en ai qu'un pour l'été, or j'ai abandonné les robes légères en entreprise, image oblige) et un haut pour assortir.
Voilà. Normalement je n'achète plus de vêtement jusqu'à ce que les actuels craquent, coutures ou usure du tissu. Cinq à dix ans, je pense.


* Direction Garches pour voir la mère d'H. hospitalisée depuis une semaine et qui repart demain chez elle en province. C'est la première fois que je la revois depuis février 2020.
— En fait, ça fait un an que vous n'avez pas vu autant de monde.
— C'est tout à fait ça.

Je récupère la voiture. H. rentrera à Moret par le train, un jour de grève (eh oui, à peine déconfinés que la SNCF fait grève: on se demande quelle passion les habite de vouloir ainsi à toutes forces planter la France, pour ensuite se plaindre (et accuser) que la France soit plantée).


* Voyage vers Cerisy. Il faut arriver avant 19h30. Je n'ai pas eu le temps de déjeuner, je mange une quiche au poulet sur la route, à Ste Colombe-la-Commanderie. La boulangerie s'est intelligemment installée au niveau du seul feu rouge. Un routier me regarde hilare déguster ma quiche le long d'un muret. Je me demande s'il a fait le lien avec la décapotable garée de l'autre côté de la route. (Plus tard je lui ferai de grands signes en le dépassant. Là encore, a-t-il compris que j'étais celle avec qui il avait partagé un rire quelques kilomètres plus tôt?)

Je roule contre ma fatigue, contre ma peur d'avoir de la fièvre (doliprane préventif au lever, doliprane à midi), pour arriver à l'heure. Pour ne pas prendre l'autoroute, je suis Michelin et non Waze, mais Michelin se trompe et m'emmène en forêt de Cerisy. Encore trente kilomètres à rouler soit trente minutes, je vais arriver avec seulement dix minutes d'avance. Station essence en catastrophe et par chance (petit réservoir, quand le voyant s'allume il faut réagir vite).

J'arrive à l'heure. Repas en face de Francis Danvers. Soirée autour d'un inédit d'Edgar Morin, un roman retrouvé dans les archives de l'IMEC. Très proustien.
Je ne peux m'empêcher de ressentir un certain cabotinage morinien (jugement à l'emporte-pièce de quelqu'un qui ne le connaît pas).

Chambre du marquis. Très joli. C'est la première fois que je dors au château (j'ai déjà eu une chambre aux escures, à la laiterie, à l'orangerie). Il fait froid.

Soudain Cerisy

Fin du bureau (émanation restreinte du conseil d'administration qui prépare les conseils d'administration).

Le président : — Il faut qu'on prévoit les prochains rendez-vous car je ne vais pas être là dans les prochaines semaines… Du 26 mai au 4 juin je suis à Cerisy et puis à nouveau le 22…
Moi, n'en croyant pas mes oreilles: — Ah, vous intervenez en colloque?
Le président: — Je fais partie du conseil d'administration de Cerisy. Et puis je dois intervenir dans le colloque sur Edgar Morin.



Il n'y a pas à dire, ça me change de l'entourage intellectuel de mon précédent job.
(Ce soir j'ai la banane. J'ai l'impression d'avoir gagné au loto.)

De Lisieux à Jullouville par Bayeux et Tatihou

Retour à l’écriture dans la voiture. 20h15. Nous venons de quitter Cerisy que je voulais montrer à O. (Nous nous sommes garés près des Escures (écuries) où j’ai eu ma première chambre, je lui ai entrouvert la porte arrière de la bibliothèque d’où il a aperçu les chaises en rang devant le petit bureau (tandis que dans l’enfilade des ouvertures brillait la lumière de la salle à manger), je lui ai montré la fenêtre de ma dernière chambre dans l’orangerie dont la porte était fermée (personne ne dort dans l’orangerie? Il doit y avoir peu de monde. Le colloque sur la textique tenu par Ricardou est-il annulé, ou se tient-il malgré tout grâce à quelques fidèles?), il a vu la pelouse-prairie, le bocage et les vaches qui constituent l’horizon. Je lui ai fait remarquer le silence, l'absence de lampadaires: nuit et silence, je ne dors jamais mieux qu'à Cerisy.

La voiture a des éclaboussures de boue rouge jusqu'aux vitres: tout à l'heure Waze s'est trompé et nous a fait tourner sur un chemin défoncé autour d'une centrale électrique ou équivalent (des pylones entourés de murs). L'eau cachait la profondeur des flaques et la voiture s'est plusieurs fois enfoncée brutalement dans les ornières. La plaque avant est couverte de pétales d'ombelles de carottes sauvages: O. s'est trouvé face à face avec une voiture au sortir d'un de ces virages impossibles sur route étroite et a donné un coup de volant vers le fossé (plus de peur que de mal).
Nous repartons.

Ce matin, nous avons visité la basilique de Lisieux (avec cours sur la IIIe République, l'ordre moral et le Sacré Cœur). Il pleuvait en sortant, il n'a plus arrêté de pleuvoir. Nous roulons penauds sous la pluie, adieu le cabriolet. Bande originale de Fury Road. Bayeux à midi (le pire des parkings que nous ayons jamais vus, indiquant des places libres qui sont en réalité des places handicapés, obligeant à des demi-tours car il n'y a pas de voie ouverte au bout des allées), crêperie (ne pas perdre le sens des priorités), musée à une heure et demie.

Un jeune homme passe pour prévenir en anglais de la durée de la queue. Fifteen ou fifty minutes? Fifteen, m'assure O. Il reste dans la queue sous le crachin pendant que je vais acheter deux cartes postales pour gagner du temps. Il me rejoint: c'était fifty. Je lui montre un ou deux livres, des cartes postales, qu'il ait une idée de ce que c'est que la tapisserie.
— On y va? Pas de regret?
— Moi tu sais, faire cinquante minutes de queue pour soixante mètres de tapisserie…
La formule me fait rire. C'est bien ce que je pense, surtout sous la pluie. (Plus tard il me dira que deux adultes en ont fait autant, alors qu'il a l'impression que les personnes avec enfants se sentent obligées de rester: mais pourquoi? (Ça dépend peut-être de s'ils viennent de loin, suggérè-je.)

En parfaits touristes cependant, nous passons un long moment dans une petite boutique qui vend de multiples objets ornés de coquelicots, en souvenir du débarquement. (Toujours mon sur-moi cruchonesque me fait des remontrances: comment, préférer des coquelicots à la tapisserie de Bayeux!!?)

Nous montons à l'île de Tatihou sous la pluie, nous visitons l'île de Tatihou sous la pluie (fort Vauban, goélands argentés, bruns et marins, grisards et fleurs. J'ai beaucoup d'admiration pour Vauban. Je devrais prévoir un tour de France sur les traces de Vauban).
L'île peut être atteinte à pied à marée basse (— Une île qu'on peut atteindre à pied…), nous y allons en bateau à roues ("véhicule amphilie"), nous en revenons donc à pied.
Quand j'ai acheté les billets pour le bateau j'ai également acheté deux ponchos de pluie, nous nous sommes changés dans la voiture pour nous couvrir davantage. Il pleut, l'ai-je déjà dit, grosse pluie, pluie fine, ciel gris et vent.
Nous revenons à pied, trempons les jeans, les basketts, les chaussettes. Je n'ai rien prévu pour le froid et la pluie puisque je ne prends jamais les prévisions météo au sérieux.

Je réserve un hôtel en-dessous de Granville, le but étant de se rapprocher du mont Saint-Michel pour demain matin.
Coutances ou Cerisy? Il est tard, la cathédrale sera fermée, je choisis Cerisy.
(Conversation hier entre frère et sœur :
— C'est quoi Cerisy?
— Tu sais bien, quand papa fait la tête et que maman n'est pas là? Elle est à Cerisy!
(note à l'intention de mes honorables lecteurs: ce raccourci est tout à fait faux, mais il m'a fait rire.))

Plus tard, hôtel des pins à Jullouville, à deux pas de la plage: jolie chambre et très bon restaurant.
Nous faisons sécher les basketts sur la fenêtre et pendons le reste un peu partout.

Débuts

Au petit déjeuner, je me retrouve en face de Joseph O'Leary pour lequel j'éprouve une amitié particulière du fait de la façon familière dont ses amis l'appellent "Jo" (cela me rappelle mon oncle : étrange raison pour laquelle apprécier quelqu'un, totalement affective et irrationnelle. Mais quelle importance quand cela porte à l'affection et non au dégoût?)
La conversation est passionnante. Il est irlandais et professeur au Japon, passionné de musique. Nous parlons de la Genèse, je lui parle des podcasts de Römer: «Vous aimez internet? — Oui. — Internet a ruiné ma vie, me déclare-t-il avec conviction. Je lève un sourcil interrogatif. — Sans internet, j'aurais davantage travailler mes idéogrammes, je parlerais mieux japonais, je n'ai pas assez travaillé.»
Il me parle de Saint Augustin, de telle façon que je demande: «Vous l'avez lu en latin? — Oui, c'est important, il faut s'imprégner du rythme de la phrase. — Hmm. J'ai du mal avec le latin, et encore plus avec les traductions en français du latin. — Saint Augustin, c'est facile, très clair, sauf au début où il essaie de ressembler à Cicéron.»
J'ai fait une note intérieure : lire Augustin en bilingue (non, pas en latin, je ne me fais pas d'illusions sur mon niveau). De toute façon, en à peine trois jours, une évidence s'impose (une évidence peut-elle ne pas s'imposer): l'importance des longues. Tous les intervenants sont au moins trilingues, français-allemand-italien, et je suppose que l'anglais va de soi. Il faut dire aussi qu'être luxembourgeois est un avantage (mais tous ne sont pas luxembourgeois)…


La suite… j'ai un problème pour continuer. Je suis timide et j'ai peur. Si je mets des noms, vais-je être repérée, reconnue? (Les noms cités ne sont pas si présents sur le net que mon blog ne puisse arriver assez haut dans les requêtes Google) Assumé-je d'être reconnue? D'un autre côté, il y a le petit pang de fierté à raconter une anecdote avec des noms connus…
D'un autre côté — encore — c'est une illusion de croire que ce que j'écris ici ait une quelconque importance.


Voici donc des anecdotes, des souvenirs. Je laisse le contenu des interventions qui, avec de la chance, seront publiées en actes.


Souvenir de Jean Greisch lors du colloque autour de Lévinas à Cerisy : « Levinas était un adversaire farouche du sacré. Un après-midi nous sommes allés visiter Bayeux. Soudain je vois Lévinas se troubler, s’arrêter devant une porte surmontée de l’inscription «sacritia». Inquiet, il se tourne vers moi et me demande ce que cela signifie. Je lui réponds pour le rassurer : «c’est le vestiaire du prêtre qui se prépare pour la messe». A ce moment-là un prêtre sort en aube et Lévinas pousse un soupir de soulagement : «Regardez, vous aviez raison».

Une remarque de JG : «ce qui m’a toujours impressionné, c’est que lorsque les événements deviennent vraiment importants, les témoins dorment ou s’endorment (jardin des Oliviers, etc). JG ajoute (en opposition à Ricœur) : «Dieu est trop précieux pour qu’on le laisse aux théologiens.»

E. Falque commence son intervention en offrant deux peluches à JG: un hérisson et un renard. C'est une allusion à un article de EF dans les Mélanges offert à JG (Le souci du passage) dans lequel EF comparait JG à un renardet lui-m ême à un hérisson (allusion à un adage antique commenté par Isaiah Berlin : « le renard connaît beaucoup de choses, mais le hérisson connaît une grande chose ». JG, piqué, y a répondu dans un conte Le Renard et le Hérisson).

Une remarque de JG: «En Souabe on dit de quelque chose qui s’est passé depuis très longtemps : c’est tellement loin que bientôt ce ne sera plus vrai. Le Christ est peut-être mort sur la croix, mais c’est tellement loin que bientôt ce ne sera plus vrai. Ça m’a beaucoup marqué.»

Un souvenir de JG: «Le Cantique des Cantiques est le plus métaphorique des livres de la Bible. Je me souviens de Stanislas Breton en train de dire à Ricœur sur le pont devant le château (de Cerisy): «pourquoi le fiancé dit-il à sa bien-aimée : «tu ressembles à une gazelle», et non à un éléphant?».
Ricœur s’est écroulé de rire et j’en ai profité pour prendre une photo en me disant : «pour une fois nous aurons une photo où Ricœur ne ressemblera pas à un bagnard».

Le soir, le conte porte sur l'immortalité (une histoire de pirate — je n'ai pas retenu le titre et ce sont des contes non encore publiés), et après avoir bu un peu de cidre, je raconte le scénario de La mort vous a si bien et le début du Book of skulls (Silverberg) (sans spoiler la fin) devant des philosophes incrédules (une étudiante et un bénédictin que cela fait beaucoup rire (heureusement que je ne savais pas qu'il était bénédictin, je n'aurais peut-être pas osé être si peu sérieuse (il me cite Incassable)) la conversation dérive et je ne sais comment nous nous retrouvons à parler de BHL et du canular Botul. Il faut l’expliquer au Luxembourgeois présent à table. Une étudiante m’enchante en racontant que son prof écrivait « BHL » dans la marge des copies pour dire « mal écrit » et un autre que le sien (ou le même? est-il possible que deux professeurs de philo sans se connaître pratiquent le même genre d’humour? (ou se connaissent-ils?)) « Onfray » pour dire que c’était n’importe quoi.

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Quelques livres cités
Mélanges offert à JG : Le souci du passage
Ricœur : La métaphore vive
Derrida : La mythologie blanche

Gender studies

Le matelas est en laine et soutient merveilleusement le dos. Je paresse et me lève au dernier moment (j'ai tendance à me réveiller vers cinq heures et lire une heure avant de me rendormir, ce qui ne facilite pas le lever une heure plus tard). Le petit déjeuner est servi entre huit heures et quart et neuf heures et quart, j'arriverai toute la semaine dans la dernière demi-heure.
(billets écrits deux semaines plus tard environ).

Par ma fenêtre au moment de partir. Je me demande si je suis la seule à l'avoir vu.




Première demi-journée light car j'ai cru comprendre qu'un intervenant s'est décommandé tardivement.

A déjeuner, je suis à côté et en face de trois femmes ayant toutes réussi un concours en 1968 environ, et toutes racontent la façon dont leur carrière a été cannibalisée par leur famille, mari et enfants.
Quoi qu'en pensent certaines, les choses ont quand même évolué. (Mais peut-être davantage au niveau des mentalités collectives qu'au niveau individuel: l'une d'entre elles me confie que si son mari, qui connaît personnellement la plupart des organisateurs, n'est pas là, c'est qu'il ne supporte pas, même s'il ne l'avoue pas, d'être le "mari de", de n'être pas celui qui est connu et reconnu.)

Visite du château (pour moi c'est la troisième fois, mais j'apprends toujours quelque chose — ou j'ai toujours oublié quelque chose). Une nouvelle pièce a été aménagé dans la laiterie, très moderne, semblable à un laboratoire de langues (elle permet effectivement des traductions simultanées). C'est également une pièce qui respecte les normes d'accessibilité. Je suis un peu inquiète pour ce château: jamais il ne pourra se mettre aux normes sans perdre énormément de son cachet, et si les nouvelles générations accepteront peut-être l'absence d'ascenseurs (je dis bien les nouvelles, et non les anciennes), supporteront-elles longtemps les douches et les WC communs? (Quelques jours plus tard, une très vieille dame me confiera que lorsqu'on a assisté à beaucoup de colloques dans des couvents, on est habitué au confort spartiate. Qui aujourd'hui assiste à des colloques dans des couvents?)

Le soir Jean Greisch nous parle de ses contes. Ce sont à peine des contes (pas de méchants, pas de quête, pas de récompense), ce ne sont pas véritablement des fables (pas de morale ou moralité), plutôt de courts récits à la façon platonicienne.
Ce soir, Minerva la chouette.

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Quelques livres cités
Greisch : L'Arbre de vie et l'Arbre du savoir
Maldiney : Une phénoménologie à l’impossible
Maldiney : "Impuissance et puissance du Logos" dans Aîtres de la langue et demeures de la pensée
Husserl : Sur le renouveau, traduction de cinq articles parus au Japon dans les années 20.

Rentrée

H. nous dépose à la gare. Coiffeur à neuf et demie (mais rien de neuf dans Elle et Gala, je suis déçue. Charlotte de Monaco ressemble à sa mère de façon frappante. Une photo la montre avec sa plus jeune sœur et une cousine (fille de Stéphanie), elles ont toutes les trois la même taille, tout cela ne nous rajeunit pas. J'apprends que Johnny Depp a du sang cherokee), achat de deux robes (en passant devant une boutique qui s'avère d'origine suédoise: un style qui me fait penser aux Japonais, j'aime beaucoup), déjeuner avec O. et un de ses amis. C'est sa dernière rentrée au lycée, la dernière rentrée de mon dernier fils, snif (bientôt la quille).
(Je suis très concernée par son emploi du temps: cette année, ce sera huit heures tous les jours. Ce n'est pas plus mal).

Train pour Carantilly. Je lis Un tout petit monde, ce qui n'est peut-être pas la meilleure préparation à une semaine à Cerisy.
En réalité j'ai le trac: une semaine autour de Jean Greisch, l'herméneutique et la phénoménologie, je ne suis absolument pas sûre de suivre.

Ondée à Lison, arrivée au soleil, chambre magnifique à l'Orangerie donnant plein ouest.





Repas (cidre). J'entends dans le bruit une blague en allemand d'un théologien luxembourgeois que je retranscrits comme je peux en comptant sur votre bienveillance. C'est un homme qui interroge l'écho:
— Wohin sind die Philosophen?
— Offen, offen, offen…
— Was machen die Theologen?
— logen, logen, logen…

Présentations dans la bibliothèque. J'ai changé de statut, je ne suis plus une simple auditrice, je suis étudiante puisqu'un de mes professeurs organise le colloque. Il y a toujours quelques mots qui me frappent. Cette fois, c'est: «il n'y a pas d'horloge dans le château, en tout cas pas d'horloge qui donne l'heure.»
Ce sont les cloches qui battent le rappel à l'heure des repas. Elles sont impératives.

Au moment du coucher, j'entends à travers les parois quelques protestations contre les douches et toilettes communes. Les chambres ne comportent que de simples lavabos. C'est étonnant finalement que rien ne filtre sur l'archaïsme de la vie à Cerisy, les escaliers étroits et inégaux, l'absence de wifi dans les bâtiments sauf un, le téléphone qui est inutilisable en fonction des opérateurs. Conseils pour votre premier séjour: apportez du savon et prévoyez un pyjama ou un peignoir qui vous permettent de traverser le couloir entre votre chambre et la douche.
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