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Choquée

Une nouvelle embauchée est arrivée aujourd'hui. Elle habite Provins. Pour être sûre d'être à l'heure elle a réservé des chambres d'hôtel tout le mois.

Grand désarroi:
— Mais enfin, vous ne pouvez pas faire ça! C'est le travail qui doit vous faire vivre, vous ne pouvez pas perdre de l'argent pour venir travailler.
— Ça me plaisait ici. Je voulais ce boulot. Et la ligne R, c'est trop incertain, surtout l'été, avec les travaux. Ce matin il y avait encore une grève surprise.

Je ne suis pas marxiste. Je ne fais pas de grande analyse du capitalisme car c'est toujours moins mauvais que le communisme.
Mais tout de même, quelque chose dysfonctionne profondément.

Assesseur titulaire

Cette fois-ci je suis titulaire. Je tiens le bureau entre onze et quinze heures. C'est calme, la participation est inférieure aux présidentielles.
Je reviens à dix-huit heures pour le dépouillement.

Nous avons une différence de un entre le nombre de signatures et le nombre d'enveloppes. Quelqu'un a dû partir en oubliant de signer. C'est notre plus grande crainte pendant la journée (ça et les personnes qui s'installent pour bavarder).

Le dépouillement va assez vite. Je suis surprise par le peu de votes blancs ou farfelus. Les gens ont voté utile, c'est très peu éparpillé.

Je rentre sans attendre les résultats des deux autres bureaux: Jérôme au Portugal en sait plus que moi ici, il a des taupes dans tous les bureaux. Il n'y a qu'à attendre les messages sur WhatsApp.

Septiers, vieux Modem ancien maire de Moret qui n'accepte pas que les Morétains ne veuillent plus de lui; Gérôme-Delgado, Nupes parachutée ici parce qu'on met les filles dans les circos ingagnables; Lioret, RN; Thiériot, LR sortant: c'est l'ordre d'arrivée dans les bureaux de Moret centre.

Ce n'est pas représentatif de MLO dans son ensemble (Moret-Loing-et-Orvanne), qui échange les deux premiers, ni de la circo, qui classe Nupes en premier et LR en second (ce qui signifie que les RN modérés ont voté utile en votant LR dès le début).

Nous sommes soulagés de ne pas avoir à choisir entre Nupes et RN (car pour nous (je sais que certains ne nous comprennent pas et ne voient pas notre point de vue), Mélenchon est de la graine de dictateur).

Evocation flaubertienne

J'ai enfin les affiches du candidat Modem. Entre six et sept heures, je fais ma tournée des panneaux de MLO (Moret-Loing-et-Orvanne).

Près de l'église de Veneux, un panneau que je pensais provisoire mais qui persiste fait ma joie:

vous-etes-ici


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Panneau devant la mairie d'Ecuelle. J'en reste ahurie. Quel résumé.

panneau devant la mairie d'Ecuelles


De gauche à droite:
- la photo de deux illuminés1 illustrant soit un appel au don pour les terres desséchées du Sahel, soit un hymne à la vie façon Roi Lion;
- des affiches pour une fête traditionnelle, affiches imprimées en A3 sur une imprimante de mairie puis collées bord à bord;
- l'annonce de la balade des reliques de Ste Thérèse et de la famille Martin («Quel fanatisme!», citation de la phrase finale de l'épisode du comice agricole de Madame Bovary (ce panneau m'a aussitôt évoqué ce discours));
- un festival local de hard-rock.

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Journée de télétravail.
En préparant le guacamole, H. regarde Roland Garros et tombe sur Nadal contre Zverev, un match de toute beauté (qui me croira si je dis que c'est la première fois que je vois Nadal?)
Soudain le drame, entorse de Zverev, abandon. C'est déchirant.

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Le soir, réunion "politique" prévue de longue date: en fait, réunion amicale qui consiste à boire un verre (des verres) et à grignoter en racontant des souvenirs et des bêtises.

J'en suis enchantée.



Note
1: Place publique, c'est le mouvement de Glucksmann.

Votez Gédéon

Affiche du parti animaliste (PA) :

Affiche du Parti Animaliste en 2022. Un Canard


Il est magnifique. Il donne très envie de voter pour lui.

Est-il normal que le monde me paraisse partir tout de travers depuis 2015 ou 2016, depuis Trump, à peu près? Qu'il me paraisse si bizarre, si étrange, si curieux, et donc, finalement, si intéressant à observer? L'a-t-il toujours été, et n'étais-je pas attentive, trop absorbée par le quotidien, ou quelque chose a-t-il réellement changé?

Bilan macroniste

Comme chaque fois, la lecture mensuelle du journal de Didier m'a fait rire. Journal de lectures, lecture du monde poivrée de provocation, anglais traduit en franglais (Toitube), etc. J'y puise à l'occasion quelques idées de lecture (jamais appliquées puisque je ne lis presque plus: j'ouvre les livres).

Remarque à propos de la remarque de Didier concernant les élections de 1974: c'était alors normal de tourner la page: les deux partis en présence étaient classiques. J'aimerais une fois avant ma mort retrouver cette sérénité lors d'une élection présidentielle. La particularité des dictateurs, c'est premièrement qu'ils changent la constitution à leur avantage (je me demande d'ailleurs pourquoi ils prennent cette peine), deuxièmement qu'ils ne rendent pas le pouvoir: ils le gardent.
Evidemment, on ne peut pas savoir ce qui va se passer avant d'essayer.
D'un autre côté, il y a des indices forts en observant les comportements, les discours, les modèles (quand on a Chavez pour modèle…). Récemment nous avons eu l'exemple de Trump. La France n'est pas les Etats-Unis, très fiers de leur constitution et attachés à elle. Je ne suis pas sûre que les Français réagiraient aussi vite. Je ne sais pas de quel côté pencherait l'armée.
Je n'ai pas envie d'essayer.

J'ai fait mon examen de conscience: avais-je emm*** tout le monde avec mes «niaiseries» «bisounoursoïdes»? (Didier, on dit «irénique»: ça provoque toujours un micro-silence quand j'arrive à le placer en réunion professionnelle. Irénique, hollistique, tautologie, mon tiercé gagnant). Je suis arrivée à la conclusion que non seulement je n'avais pas écrit pendant un mois environ, mais que je n'avais posté que des photos d'affiche ou des récits de collage.

Donc à contretemps (puisque les élections sont passées (mais je n'aurais pas voulu transformer ce blog en blog de propagande)), voici quelques graphiques et un article des Echos d'octobre 2021. Ceci n'est évidemment destiné qu'aux lecteurs rationnels, je veux dire ayant quelque respect pour les chiffres et les observations.

Les premiers graphiques concernent le salaire, la pauvreté et la redistribution en France, mesurés par l'OCDE.

statistiques de l'OCDE sur le salaire, la pauvreté et la redistribution en France


Le deuxième graphique est un indicateur de verdure, de verdeur, d'écologie. Comme d'habitude avec ces indices verts, je ne sais pas trop ce qui est mesuré (le résultat (émissions de carbone) ou les efforts mis en place? Ce n'est pas la même chose, cela dépend de l'état de départ).
Toujours est-il que la France est bonne élève. (Mais c'est justement ce qu'on reproche à Macron: d'être bon élève).

comparaison internationale des efforts en écologie. Index du MIT


Enfin, je copie un article des Echos d'octobre 2021, par paresse parce que c'est lui que j'ai sous la main. Evidemment, c'était avant la guerre d'Ukraine. Mais même sans la guerre il y aurait eu de l'inflation: la reprise économique post-confinement provoquait une augmentation de la demande, donc mécaniquement une hausse des prix (pour réviser ce mécanisme, voir Obélix et compagnie). Et si le (les) gouvernement(s) sont si réticents à indexer les salaires, c'est que cela ne résout rien: les employeurs répercutent la hausse de leurs charges sur le prix de leurs produits.
C'est sans doute pour cela d'ailleurs que ce qui est annoncé, c'est une indexation des retraites: tant que les taux de prélèvement ne sont pas relevés, cela ne pèse pas sur les employeurs.
Inégalités : le bilan inattendu de Macron

On attendait le chef de l'Etat sur la lutte contre les inégalités de destin, mais les mesures socio-fiscales du quinquennat auront surtout réduit de façon plus classique les inégalités de niveau de vie. Avec un effet plus significatif des prestations sociales que des mesures fiscales.

Par Étienne Lefebvre
Publié le 13 oct. 2021 à 8:13Mis à jour le 14 oct. 2021 à 18:13

Emmanuel Macron n'est donc pas le président des riches. Ou en tout cas pas uniquement. L'évaluation, publiée par le Trésor la semaine dernière, de l'évolution du revenu disponible des ménages par décile de niveau de vie a fait ressortir des éléments factuels éclairants à l'heure du bilan du quinquennat.

D'abord, les gains de pouvoir d'achat depuis 2017 sont significatifs - +8 % en cinq ans. Ils concernent ensuite tous les niveaux de revenus et sont pour une part importante liés aux mesures prises par le gouvernement. Enfin et surtout, ces mesures sociales et fiscales auront bénéficié davantage au premier décile (les 10 % les plus pauvres), avec un gain de 4 % de pouvoir d'achat à la clé, qu'aux 10 % les plus riches (+2 %).

Cachez ce dernier centile
Il faut bien évidemment nuancer ce constat. Bercy n'a pas choisi cet indicateur au hasard, et certains points de méthodologie peuvent être discutés. Exemple : le coût de la flat tax pour les finances publiques est minoré du fait du versement accru de dividendes, de même que l'effet de la hausse de la fiscalité sur le tabac est minoré en tenant compte des changements de comportement induits (baisse de la consommation). Par ailleurs, le calcul concernant le dernier centile (les 1 % les plus riches) n'apparaît pas, alors qu'il ferait sans doute apparaître des gains plus importants en raison de la concentration des gains liés à la réforme de la fiscalité du capital (ISF, flat tax). En revanche, le reproche sur le fait que les calculs sont présentés en pourcentage de niveau de vie et non en valeur absolue est peu pertinent : il s'agit de la méthode de référence de toutes les études en matière d'inégalité.

D'autres travaux indépendants (dont ceux de l'Institut des politiques publiques) apporteront leur pierre à l'édifice ces prochaines semaines. Mais une chose est sûre : si les résultats publiés par le Trésor ont pu surprendre, voire agacer, c'est en raison de la focalisation du débat public sur les impôts, et de la sous-estimation de l'impact d'autres facteurs bien plus importants concernant la lutte contre les inégalités.

Les effets musclés du « 100 % Santé »
Les prestations sociales assurent davantage que la fiscalité un rôle de redistribution. Pour ce quinquennat, la forte hausse de certains minima sociaux (allocation adulte handicapée, minimum vieillesse, parent isolé) a un impact important pour les premiers déciles, de même que l'élargissement et la revalorisation de la prime d'activité pour les travailleurs pauvres (qui a rajouté quasiment un treizième mois à un célibataire au SMIC).

Et il ne faut pas oublier bien d'autres « petites » mesures aux effets déterminants pour certaines populations. A l'instar de la prise en charge à 100 % d'une partie des soins dentaires, d'optique et d'audioprothèses, ou encore de la Garantie jeunes (pour les jeunes ni en emploi ni en formation), dont le gouvernement s'apprête à annoncer une nouvelle extension.

L'édition 2021 de l'Insee sur Les revenus et le patrimoine des ménages est venue rappeler récemment que les transferts publics - entre prestations reçues et prélèvements acquittés - corrigent sensiblement des inégalités primaires très importantes en France. Ainsi, le revenu primaire moyen des 10 % les plus aisés est-il treize fois supérieur à celui des 10 % les plus pauvres. Mais ce ratio est ramené à sept après transferts monétaires.

Il tombe même à un contre trois pour le niveau de vie dit élargi, c'est-à-dire en prenant en compte non pas seulement les transferts monétaires, mais aussi les transferts en nature, comme l'éducation, la santé et le logement. Des services publics qui contribuent pour 50 % à la réduction des inégalités, souligne l'Insee. L'accès à des services publics gratuits ou à un coût plus faible que celui du marché a, de fait, une importante relative plus prononcée pour les moins aisés. Le système de santé et les aides au logement génèrent la redistribution la plus significative.

Une quarantaine de mesures intégrées
Une mesure telle que le dédoublement des classes de CP-CE1 en zone d'éducation prioritaire peut jouer aussi un rôle décisif. Inversement, la réforme durcissant les conditions d'indemnisation de l'assurance-chômage ou le calcul des APL en fonction des revenus récents (et non de ceux d'il y a deux ans) pénalisent les moins aisés.

Avec cette grille de lecture exhaustive, on comprend mieux, au final, pourquoi le bilan redistributif de la politique d'Emmanuel Macron apparaît beaucoup plus équilibré que certains voudraient le faire croire. L'évaluation du Trésor intègre les effets de pas moins d'une quarantaine de mesures socio-fiscales. La crise des « gilets jaunes » a changé la donne.

L'empilement plutôt que l'évaluation
On peut en revanche regretter un certain empilement des dépenses, surtout en fin de quinquennat, et le manque persistant d'évaluation des réformes qui sont menées. L'efficacité de la dépense, l'efficacité des services publics, en matière de redistribution notamment, devrait être bien davantage questionnée pour faciliter les choix collectifs difficiles qui devront être opérés ces prochaines années. Sachant que la hausse des dépenses publiques devra ralentir très fortement , ne serait-ce que pour stabiliser la dette après 2022.

Par ailleurs, Emmanuel Macron n'était pas vraiment attendu sur ce terrain classique (très social-démocrate) de la redistribution, mais davantage sur celui de la lutte contre les inégalités de destin, liées aux discriminations de tous types. Sur ce chantier de l'égalité des chances, le bilan est moins fourni, et les résultats ne pourront venir que d'un travail à plus long terme. De quoi inspirer, peut être, ceux qui auront la charge de nourrir le projet du chef de l'Etat pour 2022.
En fait, ce qui m'étonne le plus, c'est qu'avec un tel bilan, aussi peu de reconnaissance et autant d'emmerdes, il est envie d'y retourner.

Achievement unlocked

Je me suis fait traiter de facho par Aymeric Durox.

tweet d'Aymeric Durox me traitant de facho


C'est la gloire.

Un peu de fun rose

Cadeau.

La journée la plus politique de ma vie

En regardant Twitter durant le déjeuner, j'apprends que ma copine vient de devenir sénatrice.

Appel d’un sympathisant marcheur de Champeaux (77): «j’ai commencé à militer, mais j’ai eu des menaces de mort de la part de LFI, alors j’ai arrêté parce qu’il y a ma femme».
Champeaux, cinq cents électeurs…

H. m'a acheté le kit du parfait colleur (d'affiches). Je suis émue. Mon premier kit. Mieux qu'une première boîte de legos (le défi : ne pas s'en mettre partout. On verra ça samedi).
— Bon, je n'ai plus qu'à piler du verre.
— Si tu fais ça, c'est du pénal.

Ambition brisée

— Ça me plairait, député.
— T'as cent mille euros à claquer ?

Seine-et-Marne

Surprise en ouvrant le courrier, l'enveloppe du Président du département (Jean-François Parigi):
En raison d'une pénurie d'une pénurie de papier liée à la crise sanitaire, votre numéro de Seine-et-Marne Magazine du mois de janvier n'a pas pu être imprimé. [...] Toutefois, vous pouvez le consulter en version digitale depuis le site internet du Département : www.seine-et-marne.fr.
La lettre était accompagnée d'un feuillet A6 avec un QRcode à flasher pour récupérer l'adresse du site.

Par ailleurs je cherchais une carte de la circo 3 (ma circonscription) et j'ai trouvé cette carte des intercommunalités de Seine-et-Marne soit 507 communes regroupées en 21 intercommunalités aux noms évocateurs:
  • Communauté d'Agglomération de Seine-et-Marne
CA Paris - Vallée de la Marne
CA Melun Val de Seine
CA Marne et Gondoire
CA du Pays de Meaux
CA Coulommiers Pays de Brie
CA Pays de Fontainebleau
CA Val d'Europe Agglomération

  • Communauté de Communes de Seine-et-Marne
CC Les Portes Briardes Entre Villes et Forêts
CC Pays de Montereau
CC Moret Seine et Loing
CC Brie des Rivières et Châteaux
CC du Provinois
CC Pays de Nemours
CC Val Briard
CC Brie Nangissienne
CC l'Orée de la Brie
CC des Deux Morin
CC Plaines et Monts de France
CC Bassée-Montois
CC Gâtinais Val de Loing
CC du Pays de l'Ourcq;

ce qui m'a amenée à la carte des 264 groupements communaux.

Un vertige m'a pris.

Ça me réjouit

Pourrait-on écrire: « Ça, me réjouit » en voulant signifier par la virgule le geste de montrer ?

Homard m'a yonnaise


C'est tout de même une curieuse époque qu'une époque qui permet de se prévaloir de Charlie (septième anniversaire du massacre hier) pour défendre EZ.

Rentrée

En milieu de journée j'ai la confirmation que je vais ramer avec Bourges, sans doute en cinquième place (j'ai proposé d'être le relais vers l'arrière). C'est un bateau sans prétention, monté pour le plaisir et la volonté de faire la coupe des Dames: deux rameuses qui l'ont déjà couru, des rameuses qui ont quatre mois d'aviron derrière elles (!! jamais cela ne serait passé au CNF, mais c'est à peu près ce que je tenterai à Pâques si rien ne change d'ici là).

Rendez-vous LREM à Fontainebleau à 19h30. Il y a une grève de bus en Seine-et-Marne depuis la rentrée, il faut rejoindre le centre à pied. Soirée un peu lente, gaie. Nous avons chacun nos dadas (le mien c'est «Macron a été élu avec des voix de gauche, il faut se placer sur la niche «prévention» et non ressasser l'insécurité»). Le constat simple est que même si «les salaires ont été nationalisés pendant six mois» (selon l'expression d'un participant), la suppression de l'ISF reste l'arme par excellence des anti-macronistes.
Nous sommes en terrasse. Nous voyons sortir les LR, masculins, grands, visages fermés, manteaux bleu marine. Nous avons au moins la satisfaction de nous dire que nous sommes joyeux et heureux d'être ensemble.

Elections

Journée comme assesseur aux départementales et déléguée aux régionales. Organiser le cheminement, la circulation dans les bureaux en temps de covid a été un casse-tête.

Je suis assesseur au bureau 2 de Moret. La commune (est-ce une ville, mais qu'est-ce donc?) Moret-Loing-et-Orvanne (MLO) regroupe Moret, Veneux, Ecuelles, Montarlot et Episy, soit des lieux séparés de plusieurs dizaines de kilomètres.

Le rapprochement ne s'est pas fait sans heurt et la ville a changé trois fois de nom depuis 2015, avec démission dramatisée d'une partie des conseillers municipaux puis revirement, etc.

La présidente de mon bureau est l'actuelle maire de Moret (maire déléguée, si je comprends bien, maire "uniquement" de Moret-sur-Loing). L'autre assesseur est un ancien instituteur. Il connaît tout le monde, salue tout le monde, tout le monde est plus ou moins son voisin: «Ah, X, je me souviens, je vous ai eu en CM2 la première année où j'étais en poste ici (dans les années 90)».

J'en profite pour me renseigner, récolter des anecdotes. La nouvelle équipe a été élue à neuf voix près:
— Nous avions soixante-dix voix d'avance, il ne restait qu'un bureau à dépouiller à Veneux, nous avons fini avec neux voix d'avance. Il y avait une tension terrible, Septiers ne voulait pas annoncer le résultat, à cause du covid les gens étaient censés rester dehors mais ils se massaient à l'intérieur. Il y avait les pour et les contre, j'ai vu le moment où ils allaient se battre, j'ai demandé à Septiers de proclamer les résultats, il a fallu un ordre de la préfecture.
— Et pour quelle raison deux voix ont-elles été invalidées?
— Nous avons noté au PV que Septiers et un autre n'étaient pas passés dans l'isoloir et avaient affiché leur vote. En fait cela aurait dû faire onze voix d'avance et non sept. Enfin, ce n'est pas grave.

Je suis assesseur titulaire, un suppléant me remplace entre 11h et 15h. Un sadique a désigné l’ancien maire Didier Limoges assesseur suppléant au bureau de la maire qui l'a remplacé.
— Il a dit, on m'a rapporté, que c'était particulièrement dur pour lui d'être remplacé par une femme.

Un ami m'a dit qu'ils avaient passé quatre heures côte à côte sans se parler.

Pendant ma pause je fais le tour des bureau puisque je suis déléguée.


J'étais soulagée d'apprendre que les bureaux fermaient à 18h, mais le dépouillement a pris beaucoup de temps: d'abord les départementales, puis les régionales, et un refus du secrétariat de laisser les scrutateurs des régionales dépouiller tant que les PV des départementales ne sont pas terminés.
Il paraît que je suis stressante.
Je dirais que je suis vive.


Ce soir je pense à "mon" commentateur Fredi: les résultats vont le ravir.

Morphée

Vendredi de l'Ascension. Au boulot, pour ne pas laisser seules les deux personnes qui se sont portées volontaires pour être là.

Drôle de journée: à partir de midi, envahie d'une torpeur irrépressible. Je me suis endormie à plusieurs reprises.
Je ne comprends pas d'où ça vient, je ne suis pas spécialement fatiguée.

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Dans le train, je poursuis lentement Le Ton beau de Marot.

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Le soir, visio de Laurent Saint-Martin sur le thème de son idée de police régionale.
Je suis navrée : tout sur la sécurité, rien sur la prévention. Comme les cathos de gauche, les centristes de gauche semblent avoir disparu.
Au moins j'ai trouvé mon cheval de bataille : le retour de l'ilotage.

Je boîte, sys-té-ma-ti-que-ment

Je boîte, systématiquement,
Pour oublier, Marine et Mélenchon,
Je boîte, systématiquement,
Pour oublier les dépressifs et les ronchons.

Boîtage le matin. Mail des trompettes de la renommée, square des copains d'abord, allée de la canne de Jeanne, impasse de la brave Margot, place du petit cheval.
H. fait une recherche "Brassens, Moret". Rien.
— Quelqu'un s'est juste fait un trip.

Quand je serai élue maire de Moret, je ferai corriger «canne» en «cane».

Messe de l'Ascension à Moret.

Boitage l'après-midi dans Thomery. Ici ce sont des gîtes et non des Airbnb. Les rues sont nommées d'après les hommes de la troisième République, dont Greffulhe. Je me demande comment le prononcent les Thomeryons.

Je découvre le port de Thomery que je connais de bateau. Il a eu beaucoup d'importance jusqu'à l'arrivée du train, transportant pommes et chasselas.

port de Thomery


Huit kilomètres à ajouter aux quatre du matin. Très mal aux pieds ce soir, aux muscles des pieds.

Dans la série «il faut que je termine le classement/le déménagement», je déplace mon bureau pour ne plus être gênée par le soleil et concatène quelques cartons à chaussures de cartes postales.
J'ai pour projet de les relire et les classer — mais pas maintenant.

Télétravail

J'ai posé une journée de télétravail pour pouvoir… ramer. Donc en fait une demi-journée de congé.

Je commence par du boitage pour Laurent Saint-Martin dans le quartier de Grosbois de Moret. Je remarque avec amusement une "allée des sabots d'Hélène" et avec émotion un vieil homme qui lit derrière sa fenêtre, un gros palmier sur la terrasse voisin de deux citronniers. Les jardins sont très soignés dans ce quartier.

Skiff S12. Magnifique sortie jusqu'à Champagne comme je n'en avais pas faite depuis longtemps. Ma nouvelle appli Routie m'apprend que j'ai ramé 13,4 km. J'avais pris mon téléphone avec moi pour la première fois depuis que je rame à Fontainebleau.

Seine et arbres en skiff


Courses, pizza, après-midi de boulot.
Puis de nouveau boitage, et soudain je comprends que l'allée de ce matin faisait partie d'une thématique :

plaques de rues à la mémoire des chansons de Brassens


PS : j'ai désinstallé Candycrush que j'avais remis en cours le week-end dernier.

En marche

Matinée à faire du boitage à Fontainebleau. Enfin, petite matinée, une heure à une heure et demie.
Je découvre une huitaine de militants, masqués comme il se doit. Tous les âges, toutes les couleurs, c'est rassurant (rendez-vous à Fontainebleau: j'avoue que j'avais un peu peur du CSP moyen...)

Je suis à cheval entre deux comités et deux départements. Avec l'obligation de se présenter par binôme H/F, le parti manque souvent de femmes volontaires pour se présenter. C'est ainsi que je suis animatrice à Yerres. Lorsque nous avons déménagé, je n'ai pas eu le courage d'abandonner F., car en l'absence de binôme féminin il aurait vu disparaître le comité local, absorbé par le plus proche géographiquement. Or F. fait un très beau travail de veille, et maintenir la LREM présente face à la clique Dupont-Aignan me paraît important.

Cependant je me suis inscrite dans le comité local de Moret dès novembre (réabsorbé par Champagne) et me voilà contactée pour boîter et coller des affiches.

J'ai hésité à en parler ici. Comme la théologie, ce n'est pas bien vu. Il vaut mieux être socialiste laïcard, c'est plus porteur. Ce n'est pas que je cherche à me faire bien voir (de ce point de vue, spontanément, c'est généralement raté), mais je n'ai pas envie de me disputer ou de perdre l'estime de gens que j'estime. Mais l'heure est grave, du point de vue religieux comme politique, il est nécessaire d'exprimer ses convictions1.

Pourquoi LREM? Parce que ni bleu marine ni rouge. Je regrette le temps où nous savions que nous avions à choisir sur un éventail de gauche à droite. Les extrêmes étaient exclues, étaient impensables. A cette époque, je savais que quel que soit le candidat élu, je n'aurais pas d'inquiétude démocratique2. De l'agacement, de l'incompréhension, du désaccord, mais pas d'inquiétude.

Ce n'est plus le cas aujourd'hui. Avec les gilets jaunes, le concept d'ultradroite et la disparition des socialistes, l'ensemble des partis s'est déplacé vers la droite. Que reste-t-il aujourd'hui à gauche3? Mélenchon, dont le mépris pour les Français4 s'affiche dans son voyage en Amérique latine en pleine pandémie; les verts (les verts sont-ils de gauche? je n'en sais rien) dont les propositions paraissent parfois totalement déconnectées de la réalité. (Je pense que l'écologie ne doit pas être réservée à un parti mais intégrée dans toutes les décisions. Ce doit être une préoccupation de tous, ce ne peut pas être récupéré par un parti qui refuse de faire des ponts pour lutter contre la voiture5 ou veut mettre tout le monde à vélo6.)

Il faut s'y faire, le plus à gauche des partis «normaux» (ie qui ne pose pas d'inquiétude démocratique) reste la LREM. Oui Macron m'a déçue dans sa politique timorée face aux migrants, oui je suis révoltée par rapport à ce qui se passe à Calais, oui je ne comprends pas qu'on n'ait pas annoncé franchement en mars dernier que nous n'avions pas de masque, pas de test; je ne comprends pas qu'on n'ait pas testé à grande échelle et imposé des quarantaines ponctuelles aux cas contacts, oui j'aurais préféré une vaccination par profession plutôt que par âge afin de faire des coupes dans la population et créer des mélanges dans les rues et lieux publiques.
Je suis plus réservée sur les violences policières: il y en a, mais du côté de ceux qui les relèvent, qui admet que les policiers subissent eux aussi des violences? Que les zadistes de Notre-Dame-des-Landes étaient armés de grenades et d'armes de guerre (au moins les plus extrêmes)? Qu'il est devenu dangereux d'être enfant de policier? Est-ce une situation acceptable?
Alors oui, bien sûr, je ne comprends pas les violences contre les manifs de femmes le 8 mars 2020. Mais tandis que moi je reconnais cela, combien d'anti-macronistes pour reconnaître que Macron a pris des mesures positives?
Aucun, je crois. Aucun que je connaisse, en tout cas.
Le temps de la discussion nuancée est si loin qu'on se retrouve tous comme des c** à soutenir l'in-soutenable (qui ne peut pas être soutenu, non l'insupportable).

Bref, je vais faire ma militante de base, non pas ni droite ni gauche mais droite et gauche (des objectifs de gauche (donner à tous une chance de s'en sortir, un toit pour tous, la fin des working poors) avec des méthodes de droite (de l'autorité, des règles, des structures)). Et je vais militer pour la LREM en tant que parti représentant le mieux la raison contre les complotistes de tous poils, mais aussi, j'en suis convaincue, c'est ce que je vois sur le terrain, parce qu'il y a là une vraie attention portée aux gens, à l'encontre de Fillon #rendlargent ou Hollande #lessansdents.







Note
1 : Je l'ai déjà dit : j'ai suffisamment regretté de ne pas avoir davantage affirmé mes convictions au moment du référendum sur la «constitution» (qui n'en était pas une) européenne en 2006.

2 : l'inquiétude démocratique, c'est ne pas être sûr que le leader en place acceptera de laisser le pouvoir s'il est battu aux prochaines élections. Cf Trump.

3 : les leaders des partis "de gauche" se réunissaient aujourd'hui pour se mettre d'accord, au moins sur leurs désaccords. En entendant leurs noms, j'ai découvert (ou redécouvert, j'ai dû le savoir) qu'Anne Hidalgo était socialiste! Si Anne Hidalgo est socialiste, alors je suis d'extrême-gauche. Je ne vois personne incarner si bien le mépris des classes moyennes, l'arrogance de la parvenue. Quand s'est-elle promenée à Paris la dernière fois? Aime-t-elle seulement Paris? («Tout cela manque d'amour», la critique de mon ancien chef bien-aimé, reste ma référence absolue: prendre soin, qu'attendons-nous d'autre d'un dirigeant? Prendre soin, donner une direction).

4: son seul intérêt, c'est lui-même, faire parler de lui. Quand travaille-t-il, que fait-il au sein de ses mandats? Qu'est-il en train de faire à et pour Marseille et le département dont il est député?

5: refus d'un pont sur la Seine en amont de Villeneuve-Saint-Georges alors que le nombre de ponts par habitants est le plus faible d'Ile de France. En réalité cela ne fait qu'augmenter les bouchons, pas diminuer les voitures! Surtout, les prochains ponts n'auront rien à voir, ils pourront être à géométrie variable, changer de nombre de voies dans un sens puis dans l'autre selon le matin ou le soir, sans compter les voitures autonomes, les voitures électriques… Refuser un pont au nom des normes actuelles n'a pas de sens.

6 : Ont-ils des enfants, ces gens-là? Les emmènent-ils à l'école? Savent-ils qu'on transpire à vélo? Ont-ils une idée du prix des logements dans les grandes villes, de l'obligation d'habiter loin, de la longueur des trajets? Ont-ils jamais pris autant les transports en commun que moi avant de me faire la leçon? Qu'ont-ils tiré comme leçon des gilets jaunes et de la taxe carbone? (ça, ça me fait rire: jamais un anti-macroniste ne reconnaîtra que le mouvement des gilets jaunes est la conséquence d'une mesure écologique).

Disparate

Moins j'écris moins j'écris. Forme de flemme, mais aussi mauvaise habitude d'écrire en regardant ou écoutant des vidéos ou des séries. Je me suis entichée de La fabuleuse Mrs Maisel que je regarde en boucle (Amazon prime) depuis trois semaines, pour les toilettes (mais que c'est joli, que c'est charmant), la musique, la folie douce, l'anglais très rapide, le féminisme et la politique américaine et internationale entre 1958 et 1960.
Enfin, en boucle; même pas : je lance un épisode, je regarde au hasard.

A Nanterre pour récupérer un téléphone pro tout neuf (tout est bloqué sur ce nouveau téléphone, je n'ai même pas accès à WhatsApp, ce qui pose quelques problèmes pour les groupes pro) et ramener à la maison l'ordinateur pro tout pourri qu'on m'a prêté en attendant une nouvelle bécane.

Ce soir, deuxième session sur le Notre Père, avec une intéressante réflexion sur la prière récitée (est-ce la disparition de la présence humaine au cœur du machinal ou la foi en quelque chose qui travaille?)
La première session est ici : le Notre Père, une prière chrétienne ? ).

Et puis, je ne résiste pas au plaisir de l'évoquer pour permettre à mon plus fidèle ennemi de m'insulter in petto avec force et sincérité, j'ai assisté par zoom à ma première assemblée territoriale EM!
Ce qui me frappe, c'est la représentativité en âges, en couleurs, en origines politiques et très souvent l'engagement de longue date dans des associations locale.

O. est retourné à Paris : sans doute un rhume, mais ni le médecin ni lui n'ont voulu prendre de risques : il faut protéger H.
Je soupçonne que ça arrangeait bien O.

En vélib

Il y avait moins de participants aujourd'hui, je me suis donc désistée et j'ai tenté d'aller à Nanterre préfecture en vélib. Je n'ai pas trouvé l'entrée du tunnel accessible aux vélos sous la Défenseet j'ai donc fait le tour, je me suis perdue dans Courbevoie et me suis retrouvée le long du cimetière (un sacré détour m'avisé-je maintenant en regardant la carte).

Je suis passée devant les Groues, l'occupation d'une friche à Nanterre. Camping, réparation de vélos, il paraît y avoir pas mal de choses à voir dans cet espace.





Photo un peu sombre car la luminosité était intense (ô paradoxe de la photographie).

Au bureau c'est la dèche: pas de machine à café, pas d'eau chaude pour le thé, le coin cafeteria est fermé. Je mange au self pour la première fois depuis le déconfinement.

Le soir, rencontre apéro avec une député LREM de l'Essonne au golf d'Etiolles. J'ai laissé tomber le Modem car je suis fatiguée de leurs querelles internes — treize ans que ça dure et je ne comprends rien à leurs dissensions. Je me suis emballée à propos de l'éducation, exprimant ma conviction qu'il faut un socle commun de lectures de référence. Je propose quelques fables de La Fontaine et Les trois mousquetaires, rien de révolutionnaire, mais quelque chose que vraiment nous ayons tous en commun — car il nous reste si peu de choses. Quand je l'interroge O. me dit qu'à deux ou trois ans près les jeunes n'ont pas les mêmes références, ne regardent pas les mêmes youtubeurs. Tout est devenu si éparpillé, si difficile à rassembler.

Est-ce ce soir-là que H. m'a demandé dans la voiture où je déménagerais si nous déménagions?
— Soit le long de la Seine vers le sud ce qui te rapprocherait de Pascal, Coudray-Montceaux m'a beaucoup plu, par exemple; soit vers St Germain-en-Laye pour un accès plus direct à la Défense.

Mardi

J'ai dépassé le stade du soulagement (cf le billet d'hier) pour atteindre celui de l'embarras. Il faut que j'arrête.

Passé du Modem à la LREM. L'ambiance des dernières municipales y était propice. Tout cela est une affaire de personnes: quelques connaissances qu'on est proche d'appeler amies. Des plus jeunes que moi, avec enfants à l'école, préoccupés de l'avenir. Ça me va.

Sortie en skiff. Beaucoup de vent. Ces sorties me fatiguent énormément, je ne tiens pas du tout le choc.
Et en rentrant, un spritz et des cacahuètes, ce qui est tout à fait stupide — mais plaisant.

Je ne sais plus si j'ai dit que je nous ai discrètement (dans le sens où il n'y a moi qui le sache) abonnés à Mubi. Tesis est effrayant; les acteurs très beaux dans leur jeunesse.

Agacée

Je me suis énervée contre les procédures de la nouvelle banque de la mutuelle. J'en fais trop, je trolle, je dois avoir l'air complètement folle. Je le sais, je le sens, je ne peux pas m'en empêcher, ou plutôt je n'en ai pas envie: je suis le client, je les paie, ils m'imposent des procédures délirantes en ne me fournissant que la moitié du matériel (boîtier à code, lecteur de carte) nécessaire à respecter lesdites procédures.
Alors je spamme.
Moi qui habituellement ne mets quasi personne en copie, j'arrose, j'écris, je réponds, je récrimine, je me moque, me répands en parenthèses et points d'interrogation sur un fond de vengeance personnelle (après tout, les acteurs du projet nous ont négligés pour ensuite me demander de faire en deux mois ce qui leur en a pris quinze).
C'est tout à fait inutile (quoique), pas si injuste que ça, et ça soulage indubitablement. (Citation détournée des Tontons flingueurs.)

Vu La communion de Jan Komasa en salle. Film polonais étonnant. Journal d'un curé de campagne façon XXIe siècle.

Hier plusieurs grandes villes sont devenues vertes (écolo). Lyon, Bordeaux, Strasbourg, peut-être Marseille. J'accueille cette nouvelle sans trop d'illusion mais avec curiosité. Ce qui me fait surtout plaisir, c'est que certains élus soient peu connus et que de vieux routiers soient battus. De l'air! Du neuf! Ce ne sera pas pire mais différent. Et si c'est pire, on aura au moins une idée de ce qu'il ne faut pas faire.

Chronologie des manques

Un twittos anti-macroniste a reconstitué une chronologie à charge de la gestion de la crise qui présente l'intérêt d'être également une chronologie de l'épidémie. (Apparemment, François Bonnet l'a plagiée dans Médiapart).

Les twitts sont appuyés sur des sources extérieures. Le gros bémol que j'apporterais, c'est l'ambiance de février, la bite à Griveaux, le 49-3, etc: je ne crois pas une seule seconde que les anti-macronistes auraient cru Macron avant le 16 mars, et ce pour une raison simple: quoi que dise Macron, ils sont contre. La preuve par l'absurde en a été apportée fin mars par la CGT qui a voulu… appeler à la grève. (Une amie a commenté: «c'est de la haute trahison».)

Cela posé, j'avoue mon exaspération devant l'absence de tests de dépistage en amont (pour connaître les asymptômatiques et non vérifier que les malades sont malades, nom d'un petit bonhomme) et le discours "les masques sont inutiles" (plutôt qu'encourager les gens à faire ce qu'ils pouvaient — heureusement ils l'ont fait) et surtout devant l'absence de discours clair.
Si l'on manquait de tests et de masques, il fallait dire: «nous manquons de tests et de masques. En attendant d'en obtenir, nous vous conseillons de…»
Ce n'est pourtant pas difficile.
Ça m'agace parce que j'ai les mêmes problèmes au boulot, cette incapacité à obtenir la vérité, l'obligation de la déduire lentement soi-même des faits parce que la hiérarchie, les prestataires, n'ont pas le courage de l'exprimer.
Et pourtant connaître la vérité, l'état de la situation, c'est la meilleure façon d'y faire face. Même s'il n'y a rien à faire, s'il n'y a qu'à attendre, cela permet d'observer les modifications de la situation en comprenant ce qui se passe, parce que cela correspond à notre information. Cela permet de réagir vite dès qu'on peut intervenir.

Cependant, je préfère avoir eu Macron au gouvernement pour gérer cette crise que MLP, Fillon ou Mélenchon. J'ai davantage confiance dans sa capacité de raisonnement et sa volonté d'agir pour la France (même si je comprends tout à fait qu'on puisse ne pas être d'accord avec la forme qu'il souhaite donner à la France).
Ses adversaires l'appellent "le président des riches", mais justement, lui ne pique pas dans la caisse parce qu'il a tout ce qu'il lui faut — MLP pique dans la caisse en continu, Fillon rends-l-argent est devenu proverbial; je ne sais quel pot-de-vin ou montage foireux ces deux-là auraient accepté en ces temps de pénurie médicale.

Quant à Mélenchon c'est un autre problème: la grosse tête, une tendance très yakafokon-X-est-un-incapable-moi-je. Se retrousse-t-il les manches parfois? A part prononcer des discours, a-t-il fait avancer des dossiers dans ses différentes fonctions au cours des trente ou quarante dernières années? Je ne sais pas s'il se serait occupé des gens. Être capable d'encenser le Vénézuela pétroliféraire dont les habitants affamés ont fini par manger les flamants roses ou les animaux des zoos m'en fait douter.
Par exemple, j'aimerais bien savoir ce qu'il a fait concrètement, à part accuser la mairie et l'Etat, pour les immeubles de Marseille. Après tout il est député des Bouches-du-Rhône, il s'agit d'une situation de crise: comment se comporte-t-il en situation de crise?

Un dessin pouvant (res)servir souvent :


Uderzo est mort, la France continue de se disputer

Ce qui est fatiguant, c'est que tout le monde a son avis, se dispute et les informations les plus contradictoires circulent. Les médias (papier, télé, réseaux sociaux) parlent en continu, au conditionnel, avec des peut-être et des sans doute. Le vacarme est assourdissant sans aucune information utile.
D'un autre côté, cela n'a pas grande importance: comme je le disais hier ou avant-hier, un quidam lambda ne peut qu'attendre donc cela n'a pas grande importance. Mais c'est fatiguant.

Les deux grands sujets du moment: la chloroquine et les masques.

La chloroquine est un médicament qui traite le paludisme et le lupus. On songe (la Chine avait déjà songé) qu'il pourrait peut-être être efficace contre la maladie. Rien n'est sûr, des tests sont en cours. Cependant, un professeur de Marseille, lui, est convaincu. Trump aussi.

Un Twittos résume ainsi la situation:
Les vaccins : testés pendant de décennies. Des maladies éradiquées.
Les Français : c'est dangereux il ya de l'amiante dedans selon mon cousin.
La chloroquine pour le covid : pas sûr que ça fonctionne. En attente d'autres essais.
Les Français : se l'injectent par voie rectale

L'autre sujet ce sont les masques. Le masque efficace est le FFP2 (une certitude dans cette cacophonie). Mais il n'y en a pas. Ou pas assez. Ou ils sont volés. Ou il y a un trafic au marché noir, ou… ou… ou… (j'essaie de comprendre, je ne comprends pas: comment un pays comme la France peut ne pas avoir de masques? Pas de masques du tout? Je veux dire: depuis le début de la crise, disons mi-février, il y avait le temps d'en commander, d'en fabriquer, au moins quelques-uns, non?)
Alors certains se sont mis à en fabriquer. Le CHU de Grenoble a lancé un appel. Ils les fabriquent avec du molleton, des sacs d'aspirateur, des filtres à café… C'est triste, c'est courageux, c'est solidaire. Est-ce utile? Je peux comprendre qu'on dise que ça ne sert à rien. Je ne comprends pas qu'on dise que ce soit pire que pas de masque! Hier je suis tombé sur ça (signé Laurent Lefeuvre):


Moui… une capote dans une chaussette, puisque le sperme colle, s'il n'y a pas pénétration, s'il n'y a pas de plaie, si… si… si…, ça peut peut-être être utile. Comment savoir? Et si cela a protégé une seule personne, une fois, cela n'a pas été inutile. Si vous n'avez pas de bunker et que la bombe vous tombe dessus, la cabane en bois ne sert à rien. Mais si la bombe tombe à dix mètres, ça vous protègera peut-être des projectiles lancés par l'impact. Comment savoir? Ce ne sont pas des masques pour les chirurgiens, pour les plus exposés. Mais pour les femmes de ménage, pour les caissiers, pour les… (faux sentiment de sécurité? Quel sentiment de sécurité?)
Et puis ça occupe. Non ce n'est pas à négliger. Shackleton le savait, il faut occuper les hommes. Sinon ils gambergent.

Dans la série des bizarreries, soulignons que les comparaisons internationales n'ont pas beaucoup de sens et ajoutent à la confusion car les mêmes mots ne recouvrent pas les mêmes réalités. Il y a les pays qui testent intensivement tout le monde (Corée du Sud, Islande) et dont les chiffres montrent un nombre de porteurs impressionnants, dont un tiers à la moitié ne sont pas malades (pour l'instant du moins) mais contagieux, ceux qui ne testent les malades qu'une fois qu'ils sont en réanimation (plus ou moins la France) et donc tous ceux qui ont guéri spontanément chez eux (après deux ou trois jours d'intense fatigue) n'entrent pas dans les statistiques, ceux qui ne testent pas les morts et ne savent pas s'ils sont morts du virus (l'Allemagne). Chaque fois qu'on voit passer une comparaison internationale, on peut être sûr que ce ne sont pas les mêmes définitions derrière les mots, que ce ne sont pas les mêmes numérateurs et dénominateurs.
Point rassurant: le nombre de malades et de porteurs étant minimisé, la létalité (morts/malades) est plus basse qu'il n'y paraît. Aujourd'hui, ce qui est donné le plus souvent, c'est le nombre de morts sur le nombre de personnes hospitalisées, ce qui est forcément élevé puisque ce sont les cas les plus graves qui sont à l'hôpital.
Tous les pays utilisent-ils les mêmes tests, où sont fabriqués ces tests, sont-ils longs à produire, pourquoi semblent-ils si rares en France? Encore un truc que je ne comprends pas.

Bien sûr il y aura une enquête dans six mois. Il y en a eu une en 2003. Après.


Quelle étrange période à vivre. Pendant ce temps-là les récoltes d'asperges pourrissent sur place par manque de saisonniers trans-frontaliers, les maraîchers font appel aux volontaires, les anti-macronistes crient au capitalisme (si on ne récolte plus rien que diront-ils? que fait le gouvernement?, je suppose), les confinés ne comprennent pas la logique, les instituteurs font remarquer que le travail à distance creuse les inégalités (qui a une chambre, un ordinateur, une connexion internet, etc, etc), les infirmières et les caissières sont sur le devant de la scène, les femmes de ménage et les aides-soignantes se plaignent de ne pas l'être, un prêtre se sacrifie en Italie, des salariés d'une epad font savoir qu'ils vont rester avec les vieillards contaminés pour ne pas risquer de répandre la maladie dehors; les epad, justement, pleurent leurs morts par dizaines. Vous attendez des nouvelles d'un proche hospitalisé que vous n'avez pas le droit d'aller voir et personne ne vous en donne. Pas le temps.


Je songe à l'introduction de Todorov dans Face à l'extrême: les situations extrêmes présentent les mêmes choix que les situations quotidiennes (donner, garder pour soi, partager, stocker, nourrir le SDF, accompagner un malade), ce qui diffère, c'est la conséquence de ces choix.

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J'attends. Nettoyé les framboisiers, remonté la chaîne hifi. Testé la corde à sauter, je suis nulle mais c'était prévu (pas de coordination). Cinquante jours pour progresser. J'ai la faiblesse de croire que si je progresse en coordination, une partie de mon cerveau évoluera dans le même temps.

Boîtage

Action consistant à déposer des tracts ou de la pub dans les boîtes à lettres. En l'occurrence, il s'agissait dans notre perpétuelle lutte contre Dupont-Aignan et ses marionnettes de déposer notre programme pour les municipales.

Boîtage en fin de matinée en écoutant Bénédicte Savoy sur une recommandation de Philippe. C'est le récit de l'histoire des objets, les déplacements, les achats, les pillages. A qui appartient un objet, selon quels critères? C'est une recherche transverse, entre histoire internationale, relations juridiques, lecture des journaux, visionnage de films contemporains. C'est aussi ou peut-être surtout une histoire des mentalités.

Je boîte, sys-té-ma-ti-que-ment, en suivant une méthode mathématique: boîter le périmètre (attention, le trottoir d'en face n'est ni dans la même ville ni dans le même département) puis prendre un trottoir vers le centre et toujours rester sur ce trottoir aux intersections, ne traverser la rue et changer de trottoir qu'en arrivant au périmètre déjà boîté (cela ne fonctionne que si les rues sont à peu près à angle droit. Si non, des îlots triangulaires restent isolés sans contact avec les autres trottoirs).

Il fait gris, il pleuviote. Un haut-parleur déverse les résultats d'une compétition lointaine. Des bandes d'étourneaux sont perchées sur les fils. Je regarde les maisons, les façades, les volets clos, les lumières qui percent, les chantiers. Plutôt des pavillons des années 70, quelques architectures plus tourmentées, deux ou trois friches. J'aime bien.

Calvin et Hobbes.
Concernant la to-do-list, il reste le courrier et la table du salon (mais la table du salon, c'est une tâche effrayante).
Invitation envoyée pour les noces de perle.

Les Pétroleuses

Agnès Buzyn, jusque-là ministre de la santé, se présente à la mairie de Paris. Elle remplace Benjamin Griveaux, qui a eu l'idée étrange de se branler devant son téléphone à destination d'une dame qui n'était pas son épouse. La vidéo a été diffusée par un artiste (avec ou sans guillemets), Griveaux a retiré sa candidature.

Evidemment, désigner une femme, c'est éloigner le risque de Dick Pic. Les candidatures féminines vont-elles se multiplier pour cette seule raison?

Candidats à la mairie de Paris: Anne Hidalgo, Rachida Dati, Agnès Buzyn.

Affaire Mila

Un matin tu te réveilles (14 février 1989, presque un anniversaire) au son du radio-réveil, tu apprends qu'un auteur dont tu n'as jamais entendu parler est condamné à mort par une fatwa, mot dont tu ignores le sens et l'existence, lancé par un imam iranien.
Fuite, protection policière, vie en éclats.

Un midi chez le coiffeur tu apprends que Cabu et Wolinski se sont fait assassiner parce qu'ils avaient dessiné le Dieu des musulmans.

Un soir en lisant Twitter tu comprends vaguement qu'une ado se fait insulter et menacer parce qu'elle a dit qu'elle détestait la religion, en particulier l'islam. Tu ne fais pas trop attention parce que ce n'est pas la première fois que Twitter s'enflamme, Zineb el Rhazoui en a déjà fait les frais, tu te dis que ça va passer, qu'est-ce qu'ils ont inventé encore?
Et puis ça devient n'importe quoi, tellement n'importe quoi que j'ai envie de hurler. La France entière est tombée sur la tête, c'était bien la peine d'avoir Voltaire, c'est le chevalier de la Barre all over again.

Je tente une chronologie:
Le 19 janvier, Mila poste une vidéo où elle dit :«[…] Je déteste la religion […], le Coran, il n'y a que de la haine là-dedans, l'islam, c'est de la merde […]». Elle reçoit des menaces de mort, quelqu'un poste son adresse en ligne, son domicile est protégé par la police, elle ne va plus au lycée.
Le 23 janvier, une enquête est ouverte pour retrouver les auteurs des menaces, mais une autre contre Mila, pour vérifier s'il y a eu «incitation à la haine raciale».
Depuis quand une religion est-elle une race? A ce compte-là, pourquoi ne pas avoir poursuivi Rushdie et Wolinski?
(Heureusement, le parquet a conclu qu'il n'y avait pas lieu de poursuivre…)
Le 29 janvier, la ministre de la justice Nicole Belloubet prononce une phrase bizarre: «l'insulte à la religion est évidemment une atteinte à la liberté de conscience» (si les Manif pour tous se souviennent de cela à leur prochain rassemblement!!)
Le 31 janvier quelques personnes appellent à la raison: voici une tribune juridique rappelant la loi sur le blasphème et la réaction de Mme Badinter dénonçant la lâcheté ambiante. (Je pense à Houellebecq et son Soumission : il était en dessous de la vérité).
Le 3 février Ségolène Royal prend Mila à partie plutôt que de la défendre (mais depuis quand prend-on parti pour les menaçeurs et non pour les menacés? Qu'est-ce qui tourne pas rond? La gauche devrait se trouver un autre nom, Jaurès ne la reconnaîtrait pas.)
Pendant ce temps, la jeune fille confirme ce qu'elle pense de la religion en général, tout en présentant des excuses si elle a blessé des croyants en particulier. (Chapeau bas : je l'imaginais effondrée, avec ses parents catastrophés à l'idée de devoir déménager, etc. Elle a du cran et paraît moins tête de linote que je ne l'aurais imaginé.)
Cerise sur le gâteau, c'est Le Pen qui finit par dire quelque chose de sensé: «Dans notre pays de libertés, ce n’est pas à #Mila de s’excuser: c’est à ceux qui la menacent de mort, la harcèlent, l’insultent, de rendre des comptes devant la justice. » (Me voilà bien: en train de citer Le Pen!)
Résumé le 4 février de Jean Quatremer: «Piégés par le discours sur "l’islamophobie" des islamistes, une partie de LREM et surtout de la gauche a permis à l’extrême-droite de récupérer le combat pour la laïcité, la liberté d’expression, le droit à l’athéisme, le féminisme, etc. A ce niveau de bêtise, chapeau bas 👏».


La règle est pourtant simple, claire: une victime n'est pas coupable. Elle est victime. Elle peut être désagréable, vulgaire, idiote, naïve, méchante, on peut ne pas souhaiter prendre le thé avec elle et garder ses distances. Mais elle n'est pas coupable. Le coupable, c'est celui qui émet des menaces, et bien sûr, celui qui les met à exécution.


Et pour ajouter à la confusion — ou pour la conforter, pour mieux démontrer que plus aucune norme de base n'est respectée ou même connue — des policiers de confession musulmane sont mis à pied sans réelle raison. Depuis quand être musulman est-il un délit? On voudrait ghettoïser et susciter le ressentiment qu'on ne s'y prendrait pas autrement. Nous avons besoin de policiers musulmans, nous avons besoin que le recrutement dans la police représente le profil de la société française.
Noam Anouar est la victime en creux de la même hystérie que Mila.

Etre musulman n'est pas un délit.
Détester les religions, trouver la religion musulmane complètement con n'est pas un délit.
Menacer de mort est un délit.

Interrogations transatlantiques

K., installé à Boston depuis quatre ans, passe le week-end à la maison avant de regagner lundi un hôtel à la Défense pour une semaine de travail.

Je l'interroge sur Trump, parce qu'à ne fréquenter que des gens anti-Trump, je manque de la vision de ses partisans: à son avis, Trump sera-t-il réélu? (Peut-être plus maintenant avec la menace d'une procédure d'impeachment en cours. Mais il y a une semaine ou deux, oui, c'était probable.) Mais pourquoi? Les Américains sont-ils satisfaits de son bilan? Ses collègues de travail ne sont-ils pas inquiets quand ils envoient leurs enfants à l'école? (Bah tu penses toujours que ça tombera sur quelqu'un d'autre. C'est comme des supporters d'une équipe de foot: tu choisis la tienne puis tu la défends mordicus, même si elle marque avec la main. Il n'y a aucune dimension éthique dans cela.)

Cela me satisfait peu. Lui m'interrogne sur les paysans: «Je ne comprends pas: à suivre les infos de loin, j'entends parler d'agriculture bashing. C'est vrai?» (Oui, c'est vrai. Entre les végétariens et les anti-glyphosates, tu as toute une frange de la population qui veut imposer ses vues sans avoir d'idées très précises sur les contraintes que cela suppose de nourrir soixante-dix millions de personnes. Tel que c'est parti, la France va se retrouver sans paysan, à importer des produits agricoles alors qu'elle a une des terres les plus riches d'Europe.)

Il me regarde, incrédule. Demain au marché j'achèterai pour lui des fraises et des haricots verts à Philippe, le maraîcher qui part bientôt à la retraite et qui ne trouve pas de repreneur.
— Il y a des marchés dans le Massachussets?
— Pas vraiment. Ils n'ont pas de vitrines réfrigérées. Le boucher se promène avec des glacières et une ardoises. Quand tu demandes quelque chose, il te sort le morceau de viande emballé sous vide. Moi, je n'arrive pas à acheter si je ne vois pas. Et les légumes… Les bénéfices du circuit court, ils ne connaissent pas. Tout est dix fois plus cher qu'en grand magasin, sans être franchement meilleur.

Comité d'audit et réunion politique

Comité d'audit en fin de journée. On parle risques et moins-values latentes (pour la première fois en six ans le résultat fiscal est inférieur au résultat comptable. La bourse a sérieusement dévissée en fin d'année. Il paraît que c'est dû au Brexit mais je n'en suis pas si sûre.)

Soirée Modem "éthique et politique" (éthique en politique?) à Brétigny. Le maire vient en voisin (j'ai cru comprendre que c'était un ancien Modem et qu'il est actuellement LREM). Quelques présents sont élus municipaux à travers le département. Il ressort des témoignages et convictions de chacun que les tentations sont nombreuses (parfois insidieuses, à peine visible) et qu'il faut être intransigeant même sur les petites choses. Une charte existe à la mairie de Grigny.

Personnellement je suis moins intransigeante qu'eux (je trouve dommage de se priver de l'expertise de quelqu'un parce que c'est un ami ou un parent : c'est si difficile de trouver des personnes dont les compétences nous conviennent) mais je mettrais en place davantage de contrôles imprévisibles et croisés: croiser les équipes entre mairies, entre départements, pendant quelques jours, les faire se présenter les unes aux autres leur façon de travailler, créer de l'inattendu pour rendre la fraudre et la corruption plus difficiles à cacher.

Pour le reste… toujours je reviens à la même stupeur: dans le fond les gens s'en moquent, ils réélisent les fraudeurs, les sportifs qui dénoncent les tricheries sont insultés, les lanceurs d'alerte ne peuvent plus exercer leur métier. (C'est aussi le chaînon qui me manque pour comprendre les gilets jaunes: davantage de justice fiscale, certes: mais alors, pourquoi passez-vous votre temps à voter pour des fripouilles dont on sait qu'ils sont des fripouilles? 19,94% des voix pour Fillon en 2017 (certes, son électorat n'est sans doute pas d'abord les GJ), 21,30% pour Le Pen au premier tour.)

Sourya

Je ne viens plus au bureau que les jours où j'ai d'autres engagements à Paris ou en région parisienne: le jeudi pour le huit, par exemple.
Comme j'ai du matériel de meilleure qualité à la maison, je profite du "home office" (non mais cet anglais de pacotille!) pour faire de la mise en page et du relookage de documents réglementaires. Cela devient de plus en plus joli, cela fait de plus en plus pro — et cela coûte de plus en plus cher à imprimer, c'est de moins en moins écolo, ce bel orange carmin à la place du noir et blanc habituel (en théorie il est inutile d'imprimer, tout est en ligne: mais allez donc dire ça à mes mille cint cent adhérents de plus de soixante-dix ans. Ils veulent du papier. (Et un bon nombre de plus jeunes aussi: «je ne peux pas lire à l'écran» disent les mêmes qui passent des heures sur leur smartphone.))

Huit de filles : Anne-So à la barre. Moi au deux. Je m'applique, c'est difficile, je n'ai pas ramé pendant un mois avec la préparation de Bruges et je ne vais pas ramer pendant six semaines… Je vais être définitivement larguée (mais non, il faut que je tienne bon. J'ai trop souvent abandonné trop tôt par le passé.)

Le soir, dîner (amical, papotage de tout et de rien) avec le président du Modem Essonne qui travaille à deux pas du bureau d'H. (oui, coming out (ne l'ai-je pas déjà écrit?), je suis adhérente au Modem depuis 2007, depuis Sarkozy-Royal: à l'époque je ne voulais pas choisir entre ces deux guignols. Par ailleurs s'engager en politique dans la ville de Dupont-Aignan, c'est presque une obligation morale.)

L'affolement du monde

Présentation du livre de et par Thomas Gomart au "Bureau", cours Albert 1er. Il était invité par open-diplomacy.

Le plafond du Bureau:

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Plaisir du discours de cet homme qui mêle sans solution de continuité philosophie et histoire (Machiavel, Braudel, Carl Schmitt) à son analyse du monde contemporain.

Trois remarques :
- (à propos des élections européennes): si l'on en croit l'élection présidentielle la France est divisée en quatre parts à peu près égales (LREM, FN, LR, FI);
- en 2050, l'Europe représentera 4% de la population mondiale;
- dans les relations internationales, elle risque d'être davantage un objet qu'un sujet.


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Agenda :
Matin : radio du pied en prévision de la rencontre avec le chirurgien demain.
Après-midi : rendez-vous avec mon tuteur à l'ICP. Nous avons arrêté un plan et une démarche. Il reste un mince espoir de rendre le mémoire à temps (Focus!).
Le trafic était intense, toutes les rues barrées : visite d'Angela Merkel, Xi Jiping et Jean-Claude Junker à Paris.

Jusqu'à quand accepter l'inacceptable ?

Les gilets jaunes et black blocks ont incendié le Fouquet's. L'argument classique est «ce ne sont pas les "vrais" gilets jaunes».

Mais qui sont les vrais? Car si la revendication des plus pauvres est fiscale, ça n'a pas de sens puisque ceux-là ne paient pas d'impôt. Quant aux autres… pas un jour sans découvrir que l'un ou l'autre des leaders les plus en vue est fonctionnaire en disponibilité ou héritier d'un grand garage nantais ou autre anomalie.
Qu'ils éliminent l'impôt, je serai riche, mais qui s'occupera des plus fragiles? Il y a tant d'incohérence dans tout cela, tant de perte de vue des articulations, de la pensée du monde comme un ensemble. Chacun dans son coin enviant tous les autres et non chacun supportant tous les autres dans une vision organique de la société.

«Ce que je voulais dire c'est que» il faut savoir choisir son camp: quelle que soit la sympathie qu'on peut éprouver pour le mouvement, il faut décider si l'on trouve opportun de soutenir une action dont les leaders ne sont plus qualifiés d'extrême-droite mais "d'ultra-droite" — ramenant du même coup, ô douleur, l'extrême-droite dans l'acceptable.
Je découvre que la haine de Macron peut amener un homo à soutenir l'homophobie, une gauchiste à trouver les fachos pas si graves.



Précision : ce n'est pas l'incendie du Fouquet's que je trouve inacceptable. Concernant cet événement, je suis surtout soulagée qu'il n'y ait pas eu de mort. Ce que je trouve inacceptable, c'est le premier mort, le deuxième, chaque mort, les gens quittant leur domicile pour une course ou une visite chez le médecin et ne rentrant jamais. Ils n'avaient rien demandé. Et non, je ne mets pas les blessés des manifestations au même niveau: eux ont fait un choix, le choix de manifester. Certes ils soutiennent être victimes de violence. Mais curieusement les marches pour le climat ou contre la violence n'entraînent aucun débordement. Pourquoi?

La question de fond : à quoi sert l'Europe ?

Julien Munoz, journaliste, feuillette les cahiers de doléance.
Il est tombé sur une question de fond et l'a publiée sur Twitter.

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Je vais copier l'intégralité de cette lettre car un tel témoignage se conserve.
Cahier de doléances, mairie de la Hague. Cotentin - Manche.

objet : éthique et dignité

Sur le téléphone de mon mari apparaît régulièrement une annonce : Rencontre avec des femmes matures et des photos par dizaines de fesses et vagin de femmes nues exposés comme du gibier en vitrine, avec une phrase attactive et une adresse en dessous. Il m'assure qu'il n'a rien demandé, que cela apparaît d'autorité sur Gmail parce qu'il est un homme et que ce type de message est classé dans "publicité", ce qui autorise tout.

C'est extrêmement choquant et perturbant. Comment se fait-il que malgré la quantité d'institutions, de règles et lois existantes et le nombre de femmes partout présentes et d'hommes clamant la dignité et l'honneur, des individus sans scrupules s'introduisent dans la vie privée des hommes au mépris de la vie conjugale et du respect dû à tous? C'est le degré 0 de l'humanité. C'est inacceptable. A quoi sert l'Europe? A quoi sert la politique si des délinquants de cette sorte sous le couvert de "publicité" font de la débauche et de l'abominable pornographie un produit de consommation banal?
Il est grand temps de faire obstacle à ce laisser aller et de rétablir la dignité humaine.

Une citoyenne française
Si vous êtes curieux, lisez les commentaires.

Retour à Melun

Comme le huit était complet, je suis allée ramer à Melun avec Guenaële pour la première fois depuis septembre. Ça m'a fait un bien fou au moral. Bien que n'ayant pas ramé de la semaine j'ai ramé les quinze kilomètres sans difficulté : les entraînements en huit ont été efficaces.


A. est à la maison pour fêter son anniversaire, mais mes parents et mes beaux-parents ne viendront pas demain: les «gilets jaunes» font comme une rumeur de guerre civile à la radio et sur Twitter.
Pour 10% de personnes en réelles difficultés financières, 90% sont des personnes qui ne veulent pas payer d'impôts, pas payer de taxes, en un mot surtout ne pas soutenir les 10% dont cela devait être le combat.
Manif de beaufs dans tous ce qu'elle a de méprisable et désolant: extrême-droite et extrême gauche, Mélenchon et Le Pen et Dupont-Aignan. (L'un des meneurs du mouvement, Franck Bulher, a rejoint NDA après avoir été exclu du FN pour racisme. Ça laisse rêveur.)


Le soir H et moi allons revoir Bohemian Rhapsody à Bercy avec les enfants. Coïncidence, je le découvre au générique de fin, c'est l'anniversaire de la mort de Freddie Mercury.
A. nous raconte les tribulations de Benjamin qui squatte chez elle quand il ne peut pas squatter chez Quentin, parce que par décision du juge, Quentin ne peut pas rester chez lui quand ses frères et sa sœur rendent visite à leur mère.
Cette histoire est louche. Je suis soulagée que ce soit Benjamin et non Quentin qui soit coloc chez A.

La nomination de Brett Kavanaugh

Ce n'est pas pour des raisons féministes que je suis atterrée par la nomination de Brett Kavanaugh samedi dernier, mais pour des raisons pédagogiques: comment enseigner aux enfants qu'il faut se conduire honnêtement et dignement quand des fripouilles comme Trump et Kavanaugh, uniquement mûs par leurs intérêts particuliers, semblent l'emporter dans tous les domaines?

Récapitulatif

Je ne peux saisir l'air du temps. Comment rendre la folie qui s'est de nouveau emparé de la France ? Twitter, FB, les chaînes d'information en continu donnent une impression d'urgence, de catastrophe et de fin du monde à tout moment. C'est fatiguant.

Le pire est de voir des amis, des connaissances, devenir tout à fait agressifs. Je ne comprends pas. Je ne comprends pas pourquoi mes amis homos sont restés amicaux pendant la lutte du "mariage pour tous" sans me réduire à ma dimension catholique — alors qu'eux-mêmes se faisaient insulter par la hiérarchie ecclésiale (pas toute mais quand même, quelle honte quand j'y pense) — tandis qu'aujourd'hui certaines connaissances de gauche perdent toute mesure devant mes positions plutôt conservatrices alors qu'il ne s'agit jamais que de choix qui ne les (qui ne me) touchent pas profondément au quotidien : que les zadistes obtiennent ou non le droit de rester sur les terres occupées depuis des années, que les cheminots conservent ou pas leur statut et leur retraite, que les étudiants soient ou pas sélectionnés, cela ne remettra pas en cause leur vie personnelle (alors que le droit ou pas de se marier devait avoir un impact direct sur la vie des homosexuels et le regard que la société posait sur eux).

Faut-il voir dans leur virulence la trace de leur incohérence, d'une conscience intime mais non acceptée de la bizarrerie de rejeter la sélection en étant de purs produits de la plus haute sélection (classes préparatoires, grandes écoles)? De la bizarrerie de monter en épingle sur FB ou des blogs la nullité des étudiants en première année de fac (pour faire rire leurs lecteurs, évidemment) pour ensuite réclamer que ces étudiants ne soient pas sélectionnés? De la bizarrerie d'être prêts à condamner leurs enfants ou petits-enfants à payer la retraite de personnes qui auront passé, qui passeront, plus de temps à la retraite qu'à avoir travaillé tandis que la pyramide des âges s'inverse inexorablement?

S'agit-il de vraies protestations portant sur l'objet des protestations, ou simplement de l'occasion de frondes contre Macron qui les insupporte?


Récapitulatif disais-je :
- 17 janvier : abandon du projet de l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes (NDLL). Les occupants (illégaux, non propriétaires) ont jusqu'au 1er avril pour évacuer la zone. Le 9 avril, l'évacuation forcée commence. Les journalistes ne sont pas autorisés à être présents : on crie à la censure (mais je pense "Rémi Fraisse").

Ma position : aucune raison de donner des terres sous prétexte d'un droit acquis par le squattage. Mes contradicteurs arguent de projets collectifs d'agriculture responsable : je ne vois pas en quoi respecter la loi sur la propriété empêche de faire de l'agriculture responsable en déposant des projets individuels.

- 15 février (à peu près) : la fac de Montpellier est bloquée par des étudiants qui protestent contre la sélection à l'entrée des universités. (Un professeur et un ex-doyen font intervenir l'extrême-droit contre ces étudiants: grave erreur, car si je trouve l'occupation ridicule, je ne pourrai que défendre les étudiants s'ils se font tabasser). Plusieurs universités sont peu à peu bloquées (Toulouse, Tolbiac). Les bloqueurs paraissent minoritaires. Ces minorités découvrent que les réseaux sociaux peuvent jouer contre eux : avant, seuls ceux qui prenaient le mégaphone étaient entendus, aujourd'hui n'importe qui peut twitter : la majorité silencieuse s'exprime, il est possible de connaître son avis. Depuis mi-avril (les vacances scolaires?), les facs sont peu à peu évacuées par les CRS.

Ma position : je ne comprends pas pourquoi ce sont les étudiants et non les lycéens, voire les parents des lycéens, qui protestent. Je crois qu'il faut de la sélection, qu'il nous faut les meilleurs chercheurs et les meilleurs ingénieurs et les meilleurs écrivains parce que c'est ce qui élève le niveau général d'une nation, en fait son prestige à l'international, c'est ce qui fait des brevets, des emplois; je trouve stupide de prétendre que tout le monde est égal devant les études alors que personne ne le dirait pour du foot, par exemple (tout le monde n'est pas Zidane ou Marie Curie, tout le monde peut jouer au foot ou apprendre la chimie: il s'agit de niveau, eh oui). Mais sans aller jusque là, au premier abord, il me paraît préférable d'admettre un étudiant dans une filière du fait de son travail et de ses aptitudes que par tirage au sort. Le tirage au sort fait perdre deux personnes: celle qui est admise dans une filière qui ne lui convient pas et celle qui n'y est pas admise alors qu'elle lui conviendrait. Admettons que j'ai tort. Il reste que je ne comprends pas que ce soient les étudiants qui protestent et non les parents de lycéens. (Je pense à ma nièce qui passe le bac cette année : quel casse-tête.) Ce point m'empêche de prendre les étudiants au sérieux.)

- 14 mars : le gouvernement présente un projet de réforme de la SNCF. Les syndicats de cheminots annoncent une grève perlée de deux jours par semaine pendant trois mois.

Ma position : là en revanche je comprends très bien. Défenses des droits acquis (qui entre nous soit dit ne sont pas remis en cause) et souhait d'emm*** un maximum de monde pour avoir gain de cause. C'est pour moi la définition du caprice: si on se roule par terre dans le magasin en faisant suffisamment de bruit, les parents gênés finiront par céder. Je ne crois pas une seconde à "une défense de l'intérêt général". Sur le fond, la réforme est inévitable puisque la France est tenue par ses engagements européens. Elle est préparée de longue date puisque c'est par cette prochaine mise en concurrence qu'on avait justifié les changements d'horaires de la SNCF il y a quelques années. Est-ce une bonne ou une mauvaise chose? Nous avons tous gagné à la mise en concurrence des opérateurs mobiles, à l'apparition d'Uber. On brandit en contre-exemples les accidents en Grande-Bretagne et en contre-contre-exemple le réseau secondaire allemand. Je ne sais pas. Quoi qu'il en soit, ce serait à tous les Français de protester, pas aux seuls cheminots : visiblement ce n'est pas le cas. Il s'agit bien de la défense d'intérêts personnels, et non de "l'intérêt général".)


Ajoutons à tout cela (et sans doute est-ce le plus important, le plus préoccupant) la montée de l'antisémitisme : 23 mars, meurtre de Mireille Knoll. Avoir échappé à Drancy pour finir assassinée à 85 ans…
Et toujours cette logique d'exclusive qu'il faut à tout prix rejeter : si vous combattez l'antisémitisme vous êtes contre l'islam, si vous êtes pour Israël vous êtes contre la Palestine.
Non.
Nous sommes pour la raison et pour la paix, même s'il faut se battre pour elles. (Dernière phrase qui me fait penser à un dernier fait de cette période confuse : le 14 avril bombardement franco-anglo-américain des forces de Bachar El-Assad après que des civils ont été gazés).

Je ne suis pas de gauche

Cela ne s'est pas vu ici, mais le billet "ça se confirme, je suis de droite" a occasionné sur FB une longue dispute, conversation où le ton a monté à la faveur d'un malentendu. (Qu'il soit écrit ici que ce texte serait à l'origine de la propagande de la NRA).


Si je reprends le sujet aujourd'hui, c'est que Mélenchon a déclaré aujourd'hui, jour de grève des cheminots et de la fonction publique, qu'il détestait «ce statut d’autoentrepreneur : on gagnait 3000€, on avait des paies de crevards !»
Pour mémoire, 83% des Français gagnent moins de trois mille euros mensuels.


En 2008 à Yerres nous avons fait campagne pour le Modem aux municipales en soutenant le parti socialiste. Lors d'une réunion, les encartés socialistes ont reproché devant nous à Véronique Haché-Aguilar de s'être alliée avec la droite (les méchants de droite). Elle a répondu avec beaucoup d'embarras, comme si nous étions pestiférés, arguant de son père mineur et de sept frères et sœurs pour défendre la sincérité de son engagement à gauche.
Mais à la fin de la réunion, quand nous avons rangé chaises et tables, elle a refusé de prendre le balai : «je ne sais pas faire, je n'ai jamais balayé».
Ce soir-là, j'ai balayé la salle. Parce que moi, je sais balayer. J'ai balayé et je balaie encore, même si je n'ai pas sept frères et sœurs.


Avant cela il y avait eu ce billet de Slothorp (du 5 octobre 2006 mais qui me paraît raconter une anedote de 2002) qui m'avait tant fait penser à mon beau-frère, si fier d'être de gauche mais n'osant avouer à son père combien il avait payé son appart. J'extrais juste quelques phrases (en dénaturant le propos du billet puisque son sujet était plutôt de démonter les héros de papier) :
Il [Un ami] se disait de gauche, et je devais être à ses yeux une sorte d’anarchiste de droite qui flirtait paradoxalement avec le fascisme. […] Les journalistes parlaient alors d’une repolitisation de la jeunesse, montrant par là à quel point ils n’avaient rien compris, à quel point aussi la situation allait perdurer pour les cinq ans à venir [après mai 2002], à quel point enfin Le Pen n’était que le pendant bien pratique de tout ce système, l’épouvantail qu’on agitait pour faire peur aux enfants et les faire rentrer dans le rang. Bien sûr, après la première réunion de section du PS où il se rendit, il fit comme beaucoup de ces adhérents émotionnels : il n’y remit plus jamais les pieds. On voulait bien être de gauche, montrer sa carte pour le prouver, mais coller des affiches dans le froid, il n’en était pas question. […]
L’autre jour, nos amis communs qui continuent à le voir m’ont raconté l’anecdote suivante : à la naissance de son enfant, ce type, énarque installé, qui doit gagner trois à quatre fois le revenu moyen d’un Français, s’est débrouillé pour avoir une place en crèche publique, simplement en faisant jouer ses relations. Ce n’est pas grand chose, l’entorse n’est pas si grave. Mais c’était une épreuve, une tentation : utiliser ou non un passe-droit inique, injuste socialement et marqué du sceau du mépris de classe. Il a cédé sans une once de mauvaise conscience, tout en poursuivant ses discours de résistant.
Oh, ils ne sont pas mieux à droite. Mais au moins ils n'ont pas bonne conscience : ils n'ont pas de conscience du tout. Je trouve ça reposant (ou hilarant comme dans le cas de Fillon).
Ou pour le dire autrement, (re)voir La Crise.

Ça se confirme, je suis de droite

Retrouvé dans ma boîte mail (Rhotull, c'est toi, le 9 décembre 2010).

A l'époque je devais en être moins sûre, je n'avais pas fait suivre.
Patrick, tu pourras ajouter : Quand un contact FB de droite n'est pas d'accord avec toi, il passe à autre chose, quand un contact FB de gauche n'est pas d'accord, il te défriende.

Quand un mec de droite n'aime pas les armes, il n'en achète pas.
Quand un mec de gauche n'aime pas les armes, il veut les faire interdire.

________________________________

Quand un mec de droite est végétarien, il ne mange pas de viande.
Quand un mec de gauche est végétarien, il veut faire campagne contre les produits à base de protéines animales.

________________________________

Quand un mec de droite est homo, il vit sa vie tranquillement.
Quand un mec de gauche est homo, il fait chier tout le monde pour qu'on le respecte.

________________________________

Quand un mec de droite a loupé un job, il réfléchit au moyen de sortir de cette situation et rebondir.
Quand un mec de gauche a loupé un job, il porte plainte pour discrimination.

________________________________

Quand un mec de droite n'aime pas un débat télévisé, il éteint la télé ou zappe.
Quand un mec de gauche n'aime pas un débat télévisé, il veut poursuivre en justice les cons qui disent des conneries. Le cas échéant, une petite plainte pour diffamation sera bienvenue.

________________________________

Quand un mec de droite est non-croyant, il ne va pas à l'église, ni à la synagogue ou ni à la mosquée.
Quand un mec de gauche est non-croyant, il veut qu'aucune allusion à Dieu ou à une religion ne soit faite dans la sphère publique, sauf pour l'Islam.

________________________________

Quand un mec de droite a besoin de soins, il va voir son médecin puis s'achète les médicaments.
Quand un mec de gauche a besoin de soins, il fait appel à la solidarité nationale.

________________________________

Quand l'économie va mal, le mec de droite se dit qu'il faut se retrousser les manches et bosser plus.
Quand l'économie va mal, le mec de gauche se dit que ces sales patrons s'en mettent plein les fouilles et ponctionnent le pays.

________________________________

Test ultime :
Quand un mec de droite a lu ce test,………… il le fait suivre.

Et donc voilà : depuis 2010 j'ai vieilli et je suis de plus en plus réac. Evolution normale.

Expliquer l'utopie à un Millenial

« J'avais des amis qui partaient à Katmandou, d'autres dans des kibboutz, mais au fond c'était la même chose. »

2018 sur les chapeaux de roue

Eclats de rire et consternation. Restera-t-il quelqu'un pour lire ces billets dans trois ans ?

2018-0103-Trump-gros-bouton-100.png

Le leader de la Corée du Nord Kim Jong Un vient de déclarer que le bouton nucléaire demeure sur son bureau en permanence. Quelqu'un dans ce régime appauvri et affamé aurait-il l'amabilité de l'informer que moi aussi je possède un bouton nucléaire, mais que le mien est bien plus gros et bien plus puissant que le sien et que mon bouton fonctionne !


Par ailleurs, Paul Otchakoski-Laurens est mort hier dans un accident de voiture.

Tweets retrouvés (6 octobre)

J'avais copié le 2 novembre ces tweets datant des environs du 6 octobre. Aujourd'hui 25 novembre je prends le temps de les commenter et de les mettre en ligne.


Le cheval blanc vu par Jean-Marc Geslot : un génial et très pratique résumé par l'exemple des courants historiographiques depuis le XIXe siècle

Des incipits réécrits par des mathématiciens signalés par Eris Lepoil

Une explication de la nécessité des compteurs électriques intelligents signalés sur Twiter par CPCHardware : en résumé, si vous ne voulez des voitures électriques sans nucléaire, vous avez intérêt à accepter ce compteur. Dans le cas contraire, la fourniture d'électricité sera erratique.

Philippe signale les cours au collège de France de Bénédicte Savoy sur le patrimoine artistique européen.

Différentes versions de Ford

Les vêtements traditionels des femmes en Islam (de toute beauté)

Un goéland sur une vitre

Un texte de 1986 rappelle comment l'Italie a triomphé des Brigades rouges : la sociologie et la psychologie plutôt que la répression (à bon entendeur, salut)

et pour Guillaume Ecclésiaste 3, 5

Chez Samuel

Où avons-nous atterri samedi soir ? Dans une chambre d'étudiant dans une cité universitaire rue Chevaleret, une chambre de quatre fois la taille de ma chambre de cité U d'autrefois (moins de dix mètres carré) parce qu'à l'origine cette chambre était prévue pour une "personne à mobilité réduite" (donc en fauteuil roulant ?) et qu'elle a été attribuée à Samuel sans qu'il sache pourquoi.

Qui est Samuel ? Je n'en sais rien, un étudiant, un ami d'ami, un ami d'ami FB rencontré IRL chez un ami oulipote qui n'est pas sur FB. Pourquoi ai-je été invitée à cette soirée, je n'en sais rien, peut-être à cause de la brutalité de GC fin septembre : certaines personnes atterrées manifestent leur soutien à leur façon.
Mais il faut bien reconnaître que cela ne suffit pas à établir la connivence et nous nous sommes tout de même bien ennuyés devant cet irénisme qui tournait sans but. Etrange malgré tout de constater que sur les huit personnes, sept étaient des descendants directs de l'immigration d'Europe de l'est.

(H. avait commenté avant de partir : « Ah ? du café du commerce organisé en chambre ? »
Ce n'est pas tout à fait vrai mais pas tout à faux, c'est vrai si l'on admet un café du commerce très bienveillant, si bienveillant qu'il nous en a paru irréel.)

Toute la difficulté va être de refuser les prochaines invitations.

Coup de geule hospitalier

Je reprends comme je l'ai déjà fait plusieurs fois une suite de tweets "à dérouler", comme on dit.
Bien sûr, entre autres causes : on commence par les abrutis qui ont déclaré que la santé devait être un secteur "rentable", rentabilité

parfaitement artificialisée par les tarifs de l'AM (assurance maladie) complètement déconnectés des coûts réels, de la course au cost-killing à tout crin

qui va en face de cette rentabilité illusoire. Comme dit un copain patron de clinique "si tu veux faire un truc rentable, t'ouvres un club de

strip-tease ou une pizzeria, pas un établissement de soins"
A quel moment c'est tolérable que des actionnaires se fassent du beurre sur la

santé de nos concitoyens?
On continue avec le dogme du "il y a trop de fonctionnaires" qui nous pousse à externaliser au maximum sur des

fonctions qui seraient "pas notre coeur de métier", en exploitant encore plus les personnes qui réalisent les prestations pendant que des

actionnaires se font encore plus de fric sur leur dos (coucou Onet Nettoyage, bande d'esclavagistes!) tout en cassant complètement la notion

de travail en équipe. Je vous épargne tous les fournisseurs et prestataires fumistes qui se foutent complètement de la qualité des

prestations qu'ils délivrent, et donc du service au patient qu'ils fournissent, du moment qu'ils se font encore plus de pognon sur le dos du

contribuable, du patient et du cotisant.
Tiens les cotisations sociales on en parle? Il est où le pognon qui finance la sécu à force de

baisser les charges sociales parce que les "salariés coûtent trop cher" pendant que les actionnaires défiscalisent dans tous les paradis

possibles et imaginables? Oui, la santé publique a un coût, et il n'y a pas que ceux qui tondent la laine sur le dos des autres qui ont le

droit d'être soignés dans les meilleures conditions possibles!
Quant à vos propos sur "l'hôpital est en situation monopolistique", vous

n'avez pas honte de raconter des conneries pareilles? Vous aussi vous avez pris le nouveau Levothyrox? Bien sûr qu'on est sur un foutu

secteur concurrentiel, partout : on est en concurrence avec le secteur privé, et même entre hôpitaux depuis que l'ARS surveille l'évolution

des parts de marché entre établissements. C'est exactement pour cette raison qu'on ne fait RIEN pour limiter l'afflux dans les services

d'urgence, parce que le but de cette course à l'échalote toxique, c'est de faire toujours plus de chiffre que le voisin. On est en

concurrence sur nos services supports, parce qu'on doit défendre jusqu'à la légitimité de nos cuisines et blanchisseries hospitalières

en faisant toujours moins cher que le concurrent d'à côté. Et après on s'étonne que les patients mangent mal...
On est en concurrence sur le

marché des professionnels de santé, d'abord sur les médecins : merci au crétin qui a décidé, en vertu de la loi du marché, qu'en limitant

l'offre de soins on limiterait la dépense de soins, et donc qu'il fallait bloquer les numerus clausus, on est ds une belle merde maintenant

On est aussi en concurrence sur d'autres secteur pros comme les kinés ou les orthophonistes, on est en concurrence de partout

D'ailleurs nos décideurs le savent bien, puisque ce sont les premiers à aller se faire soigner dans le privé à l'Hôpital Américain

Le seul truc sur lequel on a le monopole c'est justement sur tout ce qui n'est pas rentable et susceptible de rapporter du fric à court

terme. PARCE QUE C'EST CA LE SERVICE PUBLIC

Navrance

RC a été interviewé dans le cadre des manifestations de Charlottesville car les néo-nazis (croix gammée et KuKluxKan) chantent : « ils ne nous remplaceront pas », « les juifs ne nous remplaceront pas » : le Grand Remplacement est le titre d’un des derniers livres de RC. C’est un terme que l’on retrouve d’ailleurs dans la presse française, ce qui prouve qu’il est davantage lu que les gens ne l’avouent.

Je suis comme anesthésiée. Je n’imaginais pas qu’il tomberait si bas.
Voilà qui fait curieusement écho à mes interrogations d’il y a deux jours.

Quel futur pour mes blogs ?

H. a passé ces derniers jours a cherché des solutions pour transférer mes blogs. Je suis embarrassée qu’il y consacre temps de temps, surtout pour VS : que faire de ce blog ? Le continuer, le mettre hors ligne ? Continuerai-je jamais l’analyse de l’oeuvre de RC, est-ce que cela en vaut la peine ? Ai-je perdu dix, douze, quinze ans de ma vie à lire RC ?
Non, non, ce n’est pas perdu, la plupart de mes relations proches sont une conséquence de ma lecture de RC. Et j’ai tant appris en littérature, peinture, musique, voyages… Non, non, ce ne fut pas inutile.
Et cependant… ai-je négligé les enfants pendant toutes ces années ? Sans doute que oui.

J’essaie d’expliquer à H. qu’il ne faut pas la même chose pour VS et Alice : un blog pour Alice mais plutôt un site pour VS. Je farfouille, je lui montre les billets sur L’Amour l’Automne : comment les rendre plus lisible en ligne (sous réserve que j’y travaille, bien sûr). Surtout je lui montre l’affreux carphanaüm que cela est devenu, un quart peut-être des billets indexés (pas eu le temps de faire les autres), des logiques de catégories qui ont changé avec le temps sans que les transferts de logique soient totalement menés à bien (la disparition de la catégorie Citation au profit de catégories par auteur (« — Mais pourquoi ? c’est moins lisible. — Oui, mais les gens ne cliquent pas sur l’index. L’expérience prouve que très peu de gens cliquent, très peu sont curieux, surtout depuis FB »), la même transformation attendue de la catégorie Livres mais pas encore terminée, la coexistence de billets en wiki et en html : « — mais pourquoi tu le fais à la main ? L’informatique le fera beaucoup mieux que toi.» Comment lui répondre que je le fais moi-même car je ne sais pas quand il sera disponible pour travailler sur mes blogs ? D’autre part ça me permet de relire et corriger mes billets (c’est difficile car je n’aime pas mon ton, le style instituteur de certains billets)), l’existence de deux types de photos, certaines hébergées dans dotclear et d’autres dans dropbox (désormais introuvables…)

Je suis embarrassée de le voir consacrer autant de temps à reprendre quelque chose que je ne suis pas sûre de continuer, dont je ne suis pas sûre de voir encore l'intérêt. Il me répond gentiment de ne pas m'inquiéter : c'est l'occasion pour lui de faire des recherches sur des technologies qu'il a besoin de connaître.

*****

Par ailleurs, date fatidique, H. a cassé l'anse de la tasse d'un demi-litre que j'ai acheté à Versailles en janvier 1986. J'ai bu des litres et des litres de thé dans cette tasse. Mon premier réflexe a été de dire : « tant pis, l'anse ce n'est pas très important » mais j'ai essayé plus tard : c'est tout de même très gênant (je ne le lui ai pas dit).

*****

Pendant ce temps, il y a eu un mort à Charlottesville durant des manifestations et anti-manifestations de « suprémacistes » (nazillons) américains. Trump a déclaré qu’il y avait des « gens biens » des deux côtés. Soupir.
Est-ce pire que les années maccarthistes, est-ce pire que la chasse aux sorcières, est-ce pire que l'ambiance contre la lutte des noirs américains pour les droits civiques dans les années 50 et 60 ?
N’en est-ce que la prolongation ou s’agit-il d’un paradigme différent, héritier des théories raciales nazies ?
Je n’aurais jamais imaginé vivre cela.

Macron et les start-ups (ou : les start-ups de Macron)

Je copie une discussion qui a eu lieu sur Twitter. Elle a des embranchements, on s'y perd un peu, ne soyez pas surpris en cas de répétitions : j'ai repris des tweets pour la compréhension et les embranchements.


Daarjeeling 22 juin
Une idolâtrie naïve de la culture startup chez #Macron
Une détestation maladive des entreprises chez #Melenchon
Trouvons le #JusteMilieu..

Alice 22 juin
Cette histoire de start-up... je me suis tjrs demandé si c'était analogie stricte ou juste une réf au dynamisme, à l'esprit d'entreprendre.

Daarjeeling
sans doute un peu les deux : un vrai "culte" du jeune entrepreneur high-tech ET une allégorie de la société qui doit (se) bouger..

Daarjeeling
je n'ai rien contre ça, en fait, juste ne pas ni l'idéaliser ni en faire le seul modèle possible ou même souhaitable.

frederic kavita 22 juin
startup c'est plus un etat d'esprit. Le probleme c'est que quand on parle de startup on pense uber.

Daarjeeling
maintenant oui, alors que c'est une grossière simplification. Tous n'est pas rose chez les startup, mais pas si noir non plus..

frederic kavita
il ne faut pas confondre une startup une entreprise qui a croissance rapide avec la methodologie startup deux choses differrentes

Alice
Donc de quoi parle Macron ? Parce qu'on voit bien que certains préfèrent retenir le pire.

frederic kavita
startup nation en realité signifie une nation d'entrepreneur qui innove. ce terme startup nation est utilise dans d'autres pays comme israel

Alice
Perso ayant confiance en Macron j'ai juste traduit: audace et liberté par opposition aux mastodontes..

Daarjeeling
Comme souvent avec Macron on peut être également confiant ou méfiant sur la même déclaration. J'aime l'esprit, je me méfie des dérives.

frederic kavita
la philosophie de base de la philosophie #startup ça reste très social après l'excès du capitalisme a creer les effets pervers

Daarjeeling
totalement d'accord. La recherche de fonds (et les trouver..) entraine paradoxalement souvent ces concessions insupportables et perverses

frederic kavita
aujourdhui c'est juste des operations financière on espere se faire racheter a prix fort comme ça on se la coule douce après

Alice
Ms ne se font racheter ainsi que ceux qui ont du succès (captain train etc). Ce qui veut dire qu'on a bcp travaillé ET eu de la chance.

frederic kavita
c'est l'obsessions des gens alors que tu peux etre une startup est gagne ta vie normalement sans chercher devenir le nouvelle licorne

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frederic kavita
à la base la philosophie #startup est très social mais les fonds d'investissement ont malheureusement prit le pouvoir…

Daarjeeling
une culture startup est utile pour démarrer /innover /créer. Pas du tout à long terme. Un "developpement durable" d'entreprise est complexe

Daarjeeling
les raccourcis que tu prends en mode "startup" sont géniaux : transposés sur le long terme, c'est une catastrophe sociale et humaine

frederic kavita
tu reduis encore : entreprises mais ça va plus loin que ça. les startup existait alors qu'elle n'appliquait pas les methodologie startup

Daarjeeling
je ne crois pas. J'utilise le mot dans son acceptation actuelle, et c'est un domaine que je connais un peu..

frederic kavita
nation startup ne veut pas dire que toutes les entreprises deviennent uber, uber dans le millieu startup n'est pas même pas apprecié

Daarjeeling
on est d'accord. par contre, sous-payer salariés en échange bonus futurs, enthousiasme grisant mais horaires de fous.. c'est partout

Daarjeeling
d'où ma remarque : ce sont des raccourcis potentiellement parfaits, à condition qu'ils ne deviennent pas un mode de vie / fonctionnement

frederic kavita
il faut arrete de mettre le mot startup a tout va. aujourdhui le mot startup est dans son sens dernier une entreprise a croissance rapide

Daarjeeling
ce qui le résume à uniquement celles qui réussissent, notamment en croissance explosive. Très loin d'être le cas majoritaire.

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Nouvelle conversation

Daarjeeling
Une idolâtrie naïve de la culture startup chez #Macron
Une détestation maladive des entreprises chez #Melenchon
Trouvons le #JusteMilieu..

Alice
Cette histoire de start-up... je me suis tjrs demandé si c'était analogie stricte ou juste une réf au dynamisme, à l'esprit d'entreprendre.

Daarjeeling
sans doute un peu les deux : un vrai "culte" du jeune entrepreneur high-tech ET une allégorie de la société qui doit (se) bouger..

Daarjeeling
je n'ai rien contre ça, en fait, juste ne pas ni l'idéaliser ni en faire le seul modèle possible ou même souhaitable.

Daarjeeling
tout le monde n'a pas envie / n'est pas fait pour être entrepreneur..

Alice
Oui, ms ceux qui n'ont pas envie de ça ne veulent pas que les autres en aient envie. Ils leur reprochent autant la réussite que l'échec.

Daarjeeling
C'est vrai. Il faut aider / encourager les startup/entrepreneurs (tout en les encadrant), sans en faire le seul modèle d'épanouissement.

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Nouvelle conversation

THEO LE CROQUANT @theo_jt 22 juin
naive? je ne pense pas!mais il est certain, l'un vit avec son temps, l'autre est resté en 1789

Daarjeeling
je crois qu'il faut aider/encourager les startup et les entrepreneurs, mais aussi se rappeler ce qu'ils peuvent générer d'abus, de stress..
Daarjeeling
et au-delà de ça, tout le monde n'a pas vocation à créer une entreprise, tout n'est pas que recherche de profit, etc.

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Nouvelle conversation
FrancoisRegisPastol @EtreBienNOW 22 juin
Ah non, je suis insoumis et je ne crois qu'à l'entreprise. #DEBUNKED

FrancoisRegisPastol
Et vous savez quoi, j ai le droit et on ne me pends pas. Je dois être tombé sur des modérés. #DEBUNKED
Fin de la conversation

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frederic kavita @frederickavita 22 juin
l'esprit startup c'est pas juste une méthodologie pour monter des startups c'est bien au-delà de ça

J.F.Covfefe @flodjX 22 juin
Ne dit pas de mal de notre seigneur-dieu Macron, réincarnation de gauche du général de Gaulle, en plus intelligent et plus précoce.

Jordhan PRAO @jordhan_prao 22 juin
J'ignore la part de symbolique que Macron accorde au terme mais le peu d'expérience qu'il en a fait que l'usage qu'il en fait me dérange.

HugoMe @HugoMe 22 juin
Naïf Macron ? Allons donc.
C'est un véhicule pour promouvoir le dynamisme et la confiance en soi.

frederic kavita @frederickavita 22 juin
#startup c'est un état d'esprit et une méthodologie pour résoudre des problématiques complexes

Riens

J'écris dans le jardin avec mon merle préféré.

Pas grand chose à noter. J'ai décalé la réservation à Soglio, les horaires des TGV pour la Roche-sur-Yon, réservé pour Oberiberg. J'ai un vrai problème de concentration depuis le lumbago, j'oublie ce que je fais pendant que je le fais, je ne termine rien, il faut que j'écrive ce que je suis en train de faire pour que lorsque mon oeil tombe sur les lignes je me souvienne qu'il faut que je termine ce que j'ai noté.
Cela laisse un sentiment intense de vulnérabilité.
Perte de la mémoire immédiate ? Mais quel rapport avec le dos ?

Passé au club d'aviron mais pas ramé car ma combi n'était pas dans mon casier.
L'ACPR a réclamé les documents que je n'ai pas remis le 30 avril.
Je suis confirmée comme assesseur titulaire dimanche prochain.

Trouvé un blog intéressant en faisant une recherche sur la tour d'Hölderlin.

Les amis anti-Macron continuent sur leur lancée obsessionnelle. Ce n'est même plus amusant.
Je copie ici une remarque postée sur mon mur FB:
J.C.: Ça me fait penser que je ne "connais" que des vieux qui soutiennent Macron.
Tout à fait. De même que je ne connais que des anti-Macron "littéraires" (vive les étiquettes!) (proposition non réversible: tous les littéraires ne sont pas anti-Macron).

Je suis curieuse de voir ce que sera cette jeune femme dans vingt-cinq ans (elle aura alors mon âge actuel). C'est d'ailleurs pour cela que je copie cela ici. Pour confronter les réalités dans vingt-cinq ans, si je vis encore, si je blogue encore, si Macron n'est pas devenu Napoléon IV et que nous ne vivons pas sous Rodolphe Ier («à quoi ça sert, de bloguer?»)
Parce que bien entendu, s'il est devenu Napoléon IV, lui ou sa descendance (génétique ou adoptive (après tout, hein, si Eugène avait hérité de Napoléon…)) aura annihilé toute liberté d'expression et donc je ne pourrai plus bloguer.
Juin 2042. Ça paraît inatteignable. Qu'est-ce que le temps ?

Quand il fera nuit j'irai continuer devant Hunger Game III. Il paraît que c'est nul. Ce n'est pas grave, c'est simplement pour avoir un bruit de fond tandis que j'essaie de terminer le récit des jours en Toscane.

Prêt-à-manger

Ce soir O. m'a rejoint gare de Lyon pour dîner dans mon fast-food préféré. J'aime tout chez eux, les sandwichs, les salades, les soupes, les boissons (le "shot gingembre"), et surtout leur gentillesse, leur empressement: le seul endroit où j'ai l'impression que je leur fais plaisir quand je viens. (C'est vrai pour toute la chaîne je suppose, en tout cas c'est aussi vrai à La Défense que gare de Lyon).

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Agenda
Gouvernement Macron.
C'est bien la première fois que je m'intéresse aux noms des ministres, au titre des ministères. Mais il faut dire que c'est bien la première fois que j'ai l'impression d'avoir un président qui vit dans le même monde que le mien, où les gens parlent au moins une langue étrangère et sont nés la souris à la main (ce ras-le-bol devant les décisions informatiques sans queue ni tête, ce désir d'internet, de fibre, de modernisation… Ce souvenir halluciné de la "biscotte" à l'heure des start-ups des années 1990 (éclatement de la bulle internet en 2000) — les start-ups, la bête noire des anti-Macron qui me paraissent avoir vingt ans de retard: les start-ups, ça date des années 1990, ce n'est pas comme si c'était la pointe extrême de la nouveauté.)

Ah tiens j'y pense, un ancien blogueur (Virgile pour ceux qui connaissent, j'ai oublié le nom de son blog, il me semble qu'il sonnait latin) m'a expliqué sur twitter (à ma demande) pourquoi Hulot paraissait incompatible avec ce ministère. Je copie-colle mes réponses et la sienne :
Virgile : Macron et le PM sont pro-nucléaires, Hulot veut en sortir et il ne pourra pas. Je ne voulais rien dire de plus que ça.

Moi : On sortira du nucléaire ms lentement. Tu es ingénieur, tu sais les pb de démantèlement + pb politiques: dépendre du gaz russe et de l'Arabie

Moi : Les gens ne veulent pas de nucléaire, mais qu'ils aient froid une semaine un hiver et tu verras leur tête. Ce n'est pas yaka focon

Moi : En fait c'est ce que je veux dire par "il y a du boulot".

Moi : Je t'ai connu blogueur, je crois que tu es un peu plus jeune que moi.

Moi : Je me souviens des chocs pétroliers comme d'un cauchemar, j'étais petite. Au lycée on apprenait nucléaire = indépendance. Ça compte aussi.

Virgile : Je suis très d’accord avec ça, je m’étais fait pourrir sur mon blog il y a 8 ans pour l’avoir écrit…

Virgile : Mais le temps politique est beaucoup plus court. En fait c’est peut-être pas un problème d’étiquette mais de com, de pédagogie.
Et c'est ainsi que j'apprends que Virgile, blogueur respecté bien plus à gauche que moi, s'est fait pourrir sur ce thème quand il a essayé d'être rationnel. Je n'en peux plus des gens qui n'acceptent pas quelques vérités scientifiques, des ordres de grandeur, etc. Non non non: sortir tout de suite, mais surtout ne rien changer à nos habitudes, nos outils électroniques, nos vacances en avion, les douches chaudes de vingt minutes, les terrasses chauffées, la climatisation des voitures…

Ça m'agace.

Retour sur le dernier mois

Maintenant que le premier round est terminé — Macron a gagné — en attendant les législatives puis septembre — voici un condensé de mes décisions potentielles ce dernier mois. Les dates sont importantes.

De façon générale, il ne m'a jamais paru possible de voter que de LR à PS: Fillon, Macron, Hamon. Evidemment, après Penelope, sans compter bien sûr la poutinophilie de Fillon, il ne restait que Macron et Hamon.
Je n'ai pas la détestation affichée de certains pour la droite ou la gauche. Ça m'est un peu égal; au bout de toutes ces années nous savons que les gouvernements de gauche font ce que ne peut pas faire la droite (fermer les filatures et les acieries,…) et inversement les gouvernements de droite font ce que ne peut pas faire la gauche (supprimer le service militaire, etc).
Il me semble important de conserver un socle républicain à la France, c'est là toute ma conviction.

J'aurais voté Hamon — car le bilan de Hollande est pour moi positif — s'il n'avait pas été flagrant qu'il allait perdre (même si l'ampleur de sa chute n'était pas prévisible (en tout cas pas par moi)). J'ai voté "utile", mais sans état d'âme, Macron faisant partie des trois choix possibles.
Les autres choix n'étaient ni de mon âge ni de ma "condition": il me semble indécent de voter à l'extrême gauche quand on a mon niveau de vie, quand à l'extrême droite… ce n'est même pas pensable.

Avant le premier tour, quand tout était si indécis, voici ce que je pensais voter en fonction des duels potentiels:
- Le Pen - Fillon : Fillon
- Le Pen - Macron : Macron
- Le Pen - Hamon : Hamon
- Le Pen - Mélenchon : Mélenchon (et sans faire tous les salamalecs auxquels on a eu droit de la part de la gauche : non, juste parce que c'était normal)
- Fillon - Macron : Macron
- Fillon - Hamon : Hamon
- Fillon - Mélenchon : Mélenchon
- Macron - Hamon : Hamon
- Macron - Mélenchon : Macron
- Hamon - Mélenchon : Hamon

H. aurait voté Fillon en cas de duel Fillon-Mélenchon, parce qu'il pensait qu'il valait mieux un voleur que la France prenne quinze ans de retard tandis que je gardais un certain romantisme révolutionnaire.
La réaction de Mélenchon après le premier tour prouve que H. avait raison.


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Agenda
Assesseur de huit à vingt-deux heures. Dupont-Aignan est passé accompagné de sa fille de quinze - vingt ans. Je me demande dans quelle mesure elle n'était pas présente uniquement pour éviter qu'il se fasse prendre à parti, ce qui serait lamentable.

Le nawak, condensé

Dans le couloir de l'entreprise, nous discutons à trois.
Une collègue: «mais ils sont où, les FN? Tu en connais, toi?» Non, pareil.

Dans le RER je regarde autour de moi en me disant que c'est un sur dix, mais qui ?

Dans l'Essonne, il n'y a pas d'assesseur FN pour le second tour.
H me dit: — m'étonne pas, c'est des couilles molles.
Moi, interloquée: — je ne comprends pas, quel rapport ?
— Ils votent FN, mais ils ont peur de le montrer, ils ne sont pas prêts à s'afficher en bureau de vote toute une journée.

Bon bon bon. Donc il faut que leur parti gagne, mais sans qu'ils se montrent, tandis que pour les abstentionnistes, il faut que le FN perde, mais sans leur vote. Je suis de plus en plus en colère. J'aurais dû faire beaucoup plus de sport ce matin.

Il se fait tard, la nuit vient

Messe. Les pélerins d'Emmaüs (je l'ai traduit en cours, je corrige mentalement la version liturgique que j'entends (la version liturgique gomme les aspérités de l'original, elle est plus facile à entendre, à comprendre): les stades traduits en heures de marche, l'espace traduit en temps…).
Il n'y aura strictement aucune allusion à la situation actuelle, à l'entre-deux tours, mais au moment de l'envoi, le prêtre sud-américain conclura de façon très solemnelle par «je vous invite cette semaine à méditer cette parole de l'Evangile d'aujourd'hui: "reste avec nous Seigneur, car il se fait tard, la nuit vient"».


A trois heures je participe à la première manifestation de ma vie, devant la mairie, à Yerres. Dupont-Aignan, qui s'est allié à Marine Le Pen, a qualifié les Yerrois d'idiots utiles.



Fontainebleau

La tension entre ces deux tours est intense. Je crois que l'on peut parler de haine. Twitter, Facebook, tout est devenu insupportable.

Pour ma part, je crois que ce qui définit le mieux ce que je ressens, c'est le chagrin. J'ai du chagrin, du chagrin de voir où en est la France, du chagrin de ne pas reconnaître mes amis, du chagrin de ne pas comprendre cet emballement, du chagrin à être impuissante à rassurer et à calmer. «Que se passe-t-il?» sera ma question de 2017.

Nous sommes allés visiter le château, un peu tard : il faudra revenir, nous n'avons pas tout vu. Il faisait très beau. J'ai trouvé de la camomille, de la vraie.


Folie : la reprise

Je continue à prendre des notes pour le futur, quand nous ne comprendrons plus ce qui S'est passé (si tant est que nous le comprenions maintenant, mais au moins nous le vivons).

Trump est à deux doigts de déclarer la guerre à la Corée du Nord.
D'après "Rogue Potus", un compte twitter de "résistants" qui twitte de l'intérieur de la Maison blanche, les félicitations remportées par son bombardement en Syrie en réponse à un gazage de la population (et notamment des enfants) sont montées à la tête de Trump qui souhaiterait obtenir à nouveau le même type de louanges:
Rogue POTUS
Precisely. All the praise for being "Presidential" when he bombed Syria went to his head. Now he's looking for his next fix.


En France, l'hystérie s'est emparée du pays. Nous sommes loin de la réaction spontanée et solidaire de 2002 contre le Front National. S'est-on habitué à l'idée, ou la fille fait-elle moins peur que le père?

Mélenchon n'a pas appelé à faire barrage contre le FN, les évêques de France ne se sont pas encore prononcés, LaManifpourtous (devenue l'association Sens commun), sans (grande) surprise, se rallie à Le Pen.
Des gauchistes déclarent qu'ils s'abstiendront, comme si Macron était pire que Chirac, comme si Macron n'avait pas été un ministre de Hollande. (Faut-il que Macron soit brillant pour déclencher autant de haine. En tout cas, moi qui n'en pensais pas grand chose, je vais finir par le croire.)
Certains déclarent que voter Macron en 2017, c'est faire le lit du FN pour 2022 (cherchez la logique de favoriser celui-ci dès aujourd'hui).
Bien mieux, la nouvelle tendance semble de déclarer qu'on s'abtiendra (genre "je ne mange pas de ce pain-là") mais de pousser les autres à voter contre Le Pen "parce que le FN, c'est terrible".
Plus Tartuffe tu meurs.

Voici un fil twitter d'une femme de gauche détestant Macron mais appelant à voter pour lui. Ce qu'elle pense ne représente pas mon opinion, mais je trouve intéressant sa récapitulation de ce qui se passe aujourd'hui dans les mairies FN: ce qui se passe au présent, pas dans le futur.
Les tweets datent du 25 avril. Depuis, la tweeteuse L'étagère (c'est son nom) s'est déconnectée pour ne pas trop s'énerver.
Donc voici la suite des tweets, pour les lire aujourd'hui, les conserver demain.
Ce lundi j'ai lu plusieurs threads d'abstentionnistes de gauche expliquant pourquoi ils refusaient de voter, et avant de couper twitter 10j

j'aimerais répondre -sans agresser les gens- que je. ne. comprends pas. Vraiment pas. J'entends le "on lutte déjà", "on luttera autrement",

de nbrx militants associatifs de terrain, de gens dans l'opposition à l'échelle locale etc. Qui oui, s'engagent tous lrs jours, vote ou pas

Mais puisqu'on a le *pouvoir* de bloquer le FN *pourquoi* ne pas l'utiliser pour avoir à lutter contre le moins violent des 2 ?

Je ne comprends pas qu'on puisse prendre un risque aussi dingue. Macron c'est l'ubérisation de la France le libéralisme taré, totalement.

Mais putain l'autre c'est le fascisme. Le genre qui arrive au pouvoir par les urnes mais n'en repart pas forcément de la même façon.

Bordel même Fillon a appelé en 30 s à leur faire barrage. Même Alliance ! Tandis ce matin JMLP (Jean-Marie Le Pen) soulignait la dignité de Mélenchon :-(

Je rejoins totalement l'idée que le "vote utile" et les stratégies font toujours décaler un peu plus la "gauche" vers le centre / la droite

Que tous les 5 ans le candidat "de gauche" l'est moins que le précédent qui l'était moins que le précédent. Et d'ailleurs, convaincue depuis

bien *2 mois* que j'allais voter Macron en me bouchant le nez j'ai changé d'avis au dernier moment. Compris les potes qui votaient blanc

(Tout en agonisant jusqu'aux résultats et en remerciant ceux qui nous auront évité un 2d tour Fillon / Le Pen)

Mais on est au 2d tour. Avec un FN sur une base solide d'électeurs (qui ne s'abstiendront pas, eux) & une sacrée réserve de voix potentielle

mais surtout, surtout, avec un gouvernement actuel qui leur a mis en place tous les outils pour bien nous niquer dès leur arrivée.

La loi renseignement, l'état d'urgence. Evidemment que ça me débecte de voter pour ces gens là et que je me sens prise au piège

Ms est-ce qu'on peut pas juste bloquer l'autre & décider qu'on luttera de ttes nos forces contre celui qui ne tirera pas à balles réelles?

En fait ce qui me terrifie le *plus* quand j'écoute les amis de gauche abstentionnistes, c'est de réaliser qu'ils pensent vraiment Macron

aussi dangereux que Lepen. Ou plutôt, Lepen pas plus dangereuse que Macron. Alors sans nier une seconde le danger du candidat non-fasciste

Je vais tenter un petit rappel de ce que font les candidats facistes. Et nan je vous insulterai pas avec une comparaison France / CdN (Corée du Nord, je suppose)

Et préfère m'en tenir purement à ce que font les élus FN avec un mandat, ici, en France.
Genre, ficher les élèves musulmans (Béziers)

Ou confisquer les locaux de la Ligue des Droits de l'Homme (Mantes-La-Ville)

Ou interdire tout enregistrement de leurs conseils municipaux (arrondissement Marseillais)

Ou encore bannir les journalistes des dits conseils (Fréjus)

Faire virer les adjoints qui repèrent le trucage des comptes de campagne (Hayange)

Faire interdire des conseils de rock, ou des spectacles de danse orientale, ou un film (Revoyez-le tiens, "Chez nous".)

Virer les subventions des clubs de foot parce que les jeunes y parlent trop en mode "banlieue"

Se réjouir de l'assassinat d'un homme par les terroristes car "bonne diversion !"

Annoncer l'armement de la police municipale avec une campagne délirante en mode "les armes sont nos amies"

Recruter des ex Générations Identitaires fichés par la DCRI (quoi c'pas fiché S ?) (Cogolin)

Repeindre ou censurer des oeuvres d'art (Hayange), retirer @libe de la bibliothèque municipale (Fréjus)

Faire construire un mur anti-roms, pardon, "anti cambriolage" et transformer des rues en impasse (Hénin-Beaumont)

Faire évacuer le stand du Parti de Gauche par la police sur un marché (Fréjus)

Interdire l'accès au spectacle de Noel aux gamins ne présentant pas de papiers d'identité français (Marseille)

Annuler la participation de la ville au Téléthon tout en cherchant à s'augmenter de + de 40 % (Pontet)

Donc oui, j'ai 50 alarmes rouges clignotantes avec sirènes qui gueulent dès que Macron parle travail, chômage, entreprise, start-up

Mais avec le FN plus rien ne sonne parce que ça a déjà explosé depuis longtemps. Le FN au pouvoir c'est ça : une censure de la presse, de la

*culture*, le blocage des associations militantes, des partis d'opposition, et des affiches et initiatives qui feraient rêver la NRA

Si vous vous abstenez parce que vous pensez que MLP ne passera pas, qu'on est large, demandez vous combien font ce calcul

Et si vous vous abstenez parce que merde et "on fera avec" je vous conseille de passer quelques jours à Hénin-Beaumont, ou de lire ceux qui

y vivent (je vous renvoie sur le FB ou twitter de @marinetondelier, entre autres), de voir un peu avec quoi "on fera avec" #Régime

Suis toute pr descendre dans la rue les 5 ans qui viennent mais allez savoir pourquoi j'ai l'espoir que la lutte sera un cran moins réprimée

Si on fait barrage au parti qui veut tuer nos assos et nos moyens de lutter, armer leurs milices & faire taire la presse qui les dénoncerait

Bon & très égoïstement j'aurais rien contre garder le peu de droits acquis ss Hollande ni voir ma binationale de mère

Ou ma pote reconduite à la frontière mais ça c'est encore autre chose

Vous vous rappelez la mobilisation dantesque contre la Loi Travail? Et ses résultats? Sa répression déjà ultra agressive?

Parce qu'a priori la répression sous le FN ça sera pas juste des matraques un peu plus longues et 10 volts de plus dans les tasers.

Voter contre Marine (et pas "pour Macron") c'est pas se trahir, c'est juste se foutre un gilet pare-balles avant de descendre dans la rue

C'est absolument pas incompatible, en ce qui me concerne, avec l'idée de lutter sur le terrain contre cette politique libérale de merde.

Alors que sous le FN, pas dit que "être en capacité de lutter tout court" devienne un privilège plus restreint que jamais.

J'en profite pour dire aux amis abstentionnistes-mais-qui-partent-vivre-au-Canada que pour le bien de notre amitié on se reparlera post 7mai

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Agenda
Charlotte chez le vétérinaire. Détartrage et arrachage de dents.
Acupunctrice. Très encourageante en regardant mon IRM. Elle a piqué des endroits très douloureux dans le pied.
Reprise du travail. Je suis reposée.

Macron au deuxième tour

Lu sur twitter :
Sebastian Marx
Les français en 2002 : "Oh putain, c'est Le Pen en 2eme !" Les français en 2017 "Ouf, Le Pen est qu'en 2eme !"
Macron est arrivé premier.
Trump, le Brexit, B., la folie qui semble s'être emparée de la planète depuis neuf mois est en suspens un moment.
Dans les contacts FB ou Twitter déçus, je lis deux types de réactions : ceux qui accusent Macron de continuer le hollandisme (sous-entendu des mesures tièdes et une absence de mouvements et de réformes) et ceux qui l'accusent d'être à la botte de la haute-finance (sous-entendu un ultra-libéralisme débridé qui va démembrer la France).
Cela me paraît de bon augure. Par expérience, je sais qu'être sous le feu d'accusations contradictoires est le signe d'une certaine liberté de pensée, d'une pensée qui déconcertent ses contradicteurs qui eux-mêmes pensent par rapport à une norme figée.


Il reste à ce que Macron soit élu au second tour. Ce n'est pas encore fait et une menace inattendue se précise : Le Monde et L'Obs mettent en garde contre une intervention de la Russie.
En Russie justement, jusque tard dans la soirée, la chaîne d’information Rossia 24 et plusieurs agences russes ont placé Marine Le Pen en tête du premier tour de l’élection présidentielle française, devant Emmanuel Macron. Avec force bandeaux rouges ou incrustations d’écran, la candidate du Front national l’emportait obstinément comme si le compteur, en Russie, s’était figé sur «50% des bulletins dépouillés».
Le Monde

Pour Vladimir Poutine, le face-à-face Macron-Le Pen est le pire des scénarios. Trois des quatre principaux candidats étaient favorables à un rapprochement avec Moscou – voire un alignement. Il était donc très possible que la finale oppose deux partisans d’une ligne "souple" vis-à-vis de la Russie. Or c’est le quatrième compétiteur, le plus hostile à la politique russe actuelle, qui arrive en tête. La victoire probable d’Emmanuel Macron, qui entend renforcer l’Union européenne et s’opposer à l’idéologie populiste, serait une grave défaite pour Vladimir Poutine, à la fois sur le plan international et interne. Poutine va-t-il le laisser gagner sans tenter quelque chose? Probablement pas…
D’ores et déjà, les institutions russes soutiennent ouvertement Marine Le Pen, que le chef du Kremlin a reçue juste avant le premier tour. Pour le constater, il suffit de regarder certains comptes Twitter officiels. Celui de la puissante chaîne télévision de l’armée russe, TVZvezda, par exemple. Son annonce du résultat du premier tour, contient le hashtag #JeVoteMarine…
Le Nouvel Obs

Temps de référence

Dans le RER, debout, j'écoute (malgré moi: j'aurais aimé ne pas être obligée d'entendre) deux jeunes filles d'une vingtaine d'années discuter:
— Tu connais les gorges du Verdon? c'est super beau.
— Ah non, je ne connais rien en France. Je voyage dans le monde entier mais je ne connais rien en France.
— C'est super beau. Evidemment, en été c'est blindé de monde, mais j'y vais en octobre quand ma mère fait sa cure. Tiens, regarde. (Elle lui montre des photos)
— Wouahh, on dirait la Malaisie! Et comment on y va? Y a un aéroport? Un TGV?
Je me retiens de lui dire que s'il y avait un aéroport ou un TGV, ce serait sans doute moins beau, de même que la Malaisie était sans doute plus belle avant qu'elle y aille (ou pas? quel est l'apport du tourisme, cela pousse-t-il et permet-il plus de propreté, d'aménagements?)

La réunion d'encadrement est un flop. Quel ennui. Le nouveau directeur n'a pas jugé bon de se déplacer, de se montrer. La direction est un fantôme, une légende. Les gens ne se mobilisent pas pour des fantômes. On parle toujours de "l'homme providentiel" avec un sourire sarcastique. Cependant il faut admettre que c'est une réalité, un modèle qui a fait ses preuves. La difficulté, c'est ensuite; la transition, l'héritage. L'homme providentiel doit être capable de mettre en place des structures qui lui survivent (ils échouent tous : Périclès, Alexandre, Charlemagne, Frédéric II, Napoléon… Est-on en train de vivre le parachèvement de l'échec de de Gaulle? (c'est la force normative de l'Eglise: réussir à créer des structures pérennes autour d'hommes et de femmes qui marquent leur époque: St François, St Dominique, Ste Thérèse d'Avila, etc. Le politique peine à en faire autant. (Je laisse à d'autres le soin d'en étudier les raisons.)))

Après la réunion, je vais faire de l'ergo (il est trop tard pour monter en bateau, tout le monde est déjà sur l'eau). La course se compose de six kilomètres et demie sur l'eau puis cinq cent mètres d'ergo. En faisant aujourd'hui toute la distance à l'ergo j'obtiens des temps de référence.
Je fais les 6,5 km en 34'40'', soit 2'27 au 500 m. (Ne comparez pas, je ne le note que pour moi, c'est un temps d'une médiocrité ordinaire, un temps de "rameuse loisirs", mais je suis heureusement surprise: il y a un an j'avais du mal à faire deux kilomètres en dix minutes.)
Après cinq minutes de récupération, je fais les cinq cent mètres de sprint en 2'17 (eux se feront vraiment à l'ergo à Lagny, d'où le terme de biathlon: aviron/ergo).

Derrière moi

L'oral est passé (question après l'exposé: «comment expliqueriez-vous à l'homme de la rue la différence entre Thomas d'Aquin et Schillebeckx?»)

Bavardage avec une jeune esthéticienne venue des îles. Elle et ses amis n'utilisent que des assiettes et des couverts jetables quand ils dînent ensemble.
— Ce n'est guère écolo… et je n'aime pas manger dans des assiettes en carton.
— Oui, mais après il faut laver, et puis j'ai peur qu'on me casse ma vaisselle.
— Oh mais c'est de la vaisselle Ikéa, hop, on rachète.
— Oui, mais il faut y aller… Mais moi non plus je n'aime pas la vaisselle jetable. Quand les copains me donne une assiette en carton, ça va encore, mais des couverts en plastique…
— Lancez une nouvelle mode, amenez votre assiette et vos couverts quand vous allez chez vos amis.

J'ai passé l'oral. Demain carte de vœux, billets de blog, le dernier Jarmush, une sortie sur la Seine, des livres lisibles… Demain est un autre jour, je vais me coucher, je suis debout depuis trois heures, oral oblige.


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Investiture de Trump. Pourquoi cela m'affecte-t-il autant, après tout je ne suis pas concernée. Mais d'une part je le suis, évidemment; et d'autre part je ne peux m'empêcher de ressentir de la honte, une honte collective, commune, une complicité à faire partie d'une humanité capable d'élire un type qui s'est moqué d'un handicapé, qui a fait rire des plus faibles, qui a pour ambition d'écraser et non de protéger (voir le discours de Meryll Streep qui exprime cela parfaitement). Je suis accablée de me prendre cette vérité en pleine poire. Je la connaissais, bien sûr, mais je l'évitais, je l'oubliais. Réveil brutal, KO debout depuis novembre.

Ethique et marivaudage

Les deux ne sont pas liés.

Journée de TG.
Etant arrivée en retard, je ne sais exactement quel était le thème de la journée, mais le contenu fut le cours d'un théologien moraliste rédacteur en chef à La Croix sur l'éthique (en suivant Ricœur, les chapitres 6 à 8 de Soi-même comme un autre) et la morale (comme obéissance à la norme ou aux normes).
« Le chrétien est moral, il se réfère à des normes. C'est extrêmement mal vu aujourd'hui, de respecter des normes. Cependant, la norme ne doit jamais avoir le dernier mot. Selon St Thomas (entre autres), le plus grand péché est de ne pas respecter sa conscience. »
Je cite sa définition du libéralisme économique: « offrir le plus grand choix à chacun » et celle du christianime : « répondre à un appel (une vocation) ».

Greiner a beaucoup insisté, comme désormais tous nos professeurs ou presque depuis l'année d'ecclésiologie, sur l'aspect communautaire des pratiques et surtout sur le fait qu'il n'y avait pas de foi sans praxis (pratiques : il s'agit ici de pratiques religieuses, prière, rassemblement, participation aux sacrements, et non de "bonnes actions", qui ne sont pas proprement chrétiennes, évidemment).

Curieuse discussion — à deux doigts de la dispute — à propos du permis de tuer de façon "extra-judiciaire" (traduire: illégale) de futurs terroristes. Deux élèves défendent l'obligation de se défendre au nom de la Real Politik. Greiner fait remarquer qu'au nom du Décalogue il est tout de même permis de s'interroger. Les deux élèves paraissent le tenir pour un doux rêveur.
Pour ma part, je n'étais pas au courant de cette récente polémique. Il me semble d'une part que cette pratique est évidente depuis la prise d'otage de la maternelle de Neuilly et la traque du terroriste Khaled Kelkal. Je regrette que les terroristes soient abattus systématiquement car il me semble que nous nous privons de témoignages importants.
Par ailleurs, je suis persuadée depuis l'expérience des procès de Nuremberg que le procès a une valeur cathartique (écouter, faire parler) et historique (laisser une trace autre que journalistique) fondamentale.
Quoi qu'il en soit, si un chef d'Etat décide des exécutions "extra-judiciaires", il me semble que cela devient son fardeau personnel. Cela fait partie du poids du pouvoir. En aucun cas il ne doit en faire l'étalage: qu'est-ce qu'un chef d'Etat d'un Etat constitutionnel qui se vante de ne pas respecter la loi? Que cette histoire éclate maintenant me laisse soupçonner une manipulation des bas instincts de la population: «Voyez, la gauche n'est pas si molle que vous le pensez, regardez ce que nous faisons pour vous».


Le soir, nous assistons à Villebon/Yvette à trois pièces en un acte de Marivaux au bénéfice de l'association Rétina qui aide la recherche sur les maladies de la vue.
L'ensemble est très plaisant; je suis toujours aussi ébahie à l'idée que des auteurs du XVIIIe siècle faisaient jouer de telles satires devant la noblesse: quels portraits peu flatteurs! Quels penchants féministes! Et quel recul au XIXe siècle: Balzac, Hugo ou Flaubert n'ont jamais atteint ce niveau de mordant.

La dispute : les femmes sont spontanément coquettes et égocentriques, les hommes sont fraternels tant que les femmes ne les poussent pas à la querelle. Cependant l'un et l'autre sexe est volage et inconstant, sans que la responsabilité puisse être rejetée sur l'un ou sur l'autre.
Cette pièce tient de l'expérience de laboratoire, mi-Ecole des femmes, mi-Barjavel. Un très beau jeu de miroir, au sens propre et figuré. Les acteurs masculins jouaient à merveille les benêts sautillants.

La colonie : une sorte de Lysistrata. Les femmes d'un navire échoué décident de faire sécession si le pouvoir des assemblées n'est pas partagé. La meneuse souhaite même qu'il y ait des femmes avocates!
Malheureusement le camp des femmes se dispute beaucoup, et par-dessus tout, les femmes n'ont pas appris à se battre: il leur faut compter sur les hommes pour se défendre. (Finalement, sans doute n'est-ce pas pour rien qu'en France, ce sont les guerres mondiales qui ont fait avancer la cause des femmes.)

Les acteurs de bonne foi était moins intéressante: une pièce dans une pièce, classiquement, avec des acteurs ne sachant plus où s'arrêtent leur rôle et commencent la "vraie" vie.

Pas le jour

Zut, je suis agacée. Et je devrais travailler et je ne travaille pas. Tout est allé de travers aujourd'hui, à peine, imperceptiblement, bien peu par rapport à l'agacement généré, à commencer par le réveil que je n'avais pas mis à sonner, le téléphone oublié dans la voiture dont je ne savais plus si je l'avais fermée, les "amis" FB qui vous menacent si vous ne signez pas leur pétition (??) alors qu'eux-mêmes ne réagissent jamais à aucune de vos sollicitations, ceux qui vous signalent que votre statut est ridicule, A. qui est incapable de comprendre que si j'envoie une question par sms c'est pour avoir une réponse et ce soir le réseau de la maison qui est tombé (problème d'adresses, de baux DHCP) alors que je me faisais une joie de regarder la suite de The OA.

(Mais qu'est-ce que j'ai? Rien de cela ne justifie mon énervement. La frustration aussi de savoir que si j'expliquais ma façon de penser à deux ou trois niquedouilles, ils ne s'en remettraient pas et qu'il faut donc que je me retienne. Je suis trop gentille.)

Et sinon il y a ça qui traîne (GOP: Républicains = Great Old Party): «domaines que les Républicains souhaitent réguler». Je le publie moins pour la sixième image que pour les cinq premières, résumé lapidaire de ce qui désormais occupe le devant de la scène (je me souviens d'une époque où c'était la guerre froide, la faim dans le monde, le prix du pétrole (élevé)).


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Jour tranquille

Journée de travail sans fantaisie mais fructueuse. Mes cadeaux de Noël sont finis, à un près. Mais celui qui manque est compliqué.

H. rentre de Tours aphone.
Les amants du Capricorne. Larmoyant pendant la première moitié, prenant de l'épaisseur ensuite en intriquant les cas de conscience. Ce genre d'intrigue ne serait plus possible: les personnages principaux auraient divorcé rapidement. C'est cet interdit qui permet la tension du film: comment résoudre les contradictions puisqu'il n'est permis ni de se séparer, ni de tuer?

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Jour tranquille. Je me demande si je dois changer le titre. Alep tombe, Poutine semble victorieux sur tous les fronts. Par un enchantement que je ne comprends pas, personne ne semble oser ou même souhaiter lui tenir tête. Je me dis que je vais faire mon mémoire de dernière année sur le diable (je me demande si on me laisserait faire. Ce n'est plus une explication du mal très prisée. Je pense avoir compris la méthode de ce genre de travail: établir un vaste panorama historique, à commencer par le Nouveau Testament, où Belzébuth et ses légions sont clairement nommés, ce qui permet de noicir quatre-vingt-dix pour cent des pages à rendre.)
Dans les bizarreries du temps, et pour passer de la tragédie à la farce, les époux Balkany sont accusés d'avoir organisé un mariage pour s'approprier un terrain. Dickens, Brontë, Balzac, je ne sais plus très bien. Mais qu'est-ce qui se passe? Cette impression de farce est permanente. Farce aussi, tragique elle, le cabinet de Trump: un banquier de Goldmann Sachs aux finances, un climatosceptique à l'environnement, un général fou de guerre à la Défense, un nazi pour porte-parole, un pétrolier poutinophile aux affaires étrangères, un médecin anti Obamacare à la santé…




Je note tout ceci en espérant encore que cela paraîtra ridicule dans quelques temps, qu'il va être un président apportant la paix et la propérité… Je note tout ceci pour avoir quelque chose à répondre aux enfants qui ne sont pas encore nés lorsqu'ils viendront nous demander pourquoi nous n'avons rien fait: je note notre impuissance et notre appréhension.

Actualités

L'agitation du monde et de ma vie quotidienne semble inversement proportionnelle. Rien à raconter (mercredi journée silencieuse, je suis seule au bureau). Je vais noter les sujets du moment:
- Trump bien sûr, avec ses partisans qui font le salut nazi, l'écart de deux millions de voix entre lui et Clinton en faveur de Clinton, des rumeurs de fraude électorale (des hackers russes auraient influencé les décomptes en faveur de Trump). Clinton va-t-elle contester? (il me semble qu'elle a jusqu'à vendredi pour le faire).

- Fillon contre Juppé à la primaire de droite. A priori je ne suis pas très concernée, mais je suis ahurie devant les idées réactionnaires de Fillon. A lire Twitter (ma TL est orientée, très orientée, bien sûr), on dirait qu'il veut effacer vingt ou trente ans d'histoire contemporaine: un type paternaliste comme je supposais qu'on n'osait pas l'être publiquement. Résurgence de l'homophobie et de la misogynie (mais cela va toujours ensemble, puisque le misogyne définit sa nature d'homme en fonction de la femme (qu'il méprise): l'homosexuel lui pose un problème puisque celui-ci est la preuve qu'un homme peut se définir en soi, du fait de sa propre valeur, sans avoir besoin de se comparer à une femme pour se rassurer.)
Encore un poutinophile. Mais pourquoi? Pourquoi sont-ils tous Poutinophiles? Il faut dire qu'il y a longtemps que la presse française a arrêté de nous parler des opposants assassinés, des expropriations, des manifs d'extrême-droite en Russie… je ne vois ça que sur FB. C'est comme si la guerre en Ukraine puis en Syrie avait amené les Français à se dire quelque chose du genre: «c'est leurs histoires, après tout Poutine n'a pas forcément tort, on n'y comprend rien, qu'ils se débrouillent. Et puis les Russes aiment Poutine, il ne doit pas être si mauvais.»

- Toujours rien à gauche (Macron s'est déclaré candidat, ce qui fragmente encore le vote de gauche).

- Mobilisation auprès du gouvernement turc pour qu'il libère Aslı Erdoğan.

Et les migrants (cette bonne idée de les répartir sur le territoire français), et un génocide en Birmanie (le peuple des Rohingya), et un tremblement de terre au Japon,…

Parce que ma première playlist m'a amusée et que Leonard Cohen est mort le 7 novembre, j'ai fait une playlist de prénoms, si possible de chansons françaises malgré tout puisqu'elle est destinée à un ami américain.
J'en profite pour vous aiguiller vers ces limericks de prénoms: du nawak contemporain, mieux vaut en rire avant d'en pleurer.

Mecmiye Alpay et Asli Erdogan

Je me pose et lis cinq jours de fils RSS (591 billets, heureusement que les blogs sont morts).

Suivant une alerte de Guillaume et suivant la méthode d'Amnesty international, je vous propose d'envoyer des cartes postales à Mecmiye Alpay et Asli Erdogan.

L'adresse est la même pour les deux:
Bakırköy Kadın Kapalı Tutukevi
C-9 Koğuşu
34147 Bakırköy Istanbul
TURQUIE


Ici, on vous propose de prendre vos cartes postales en photo pour les poster sur les réseaux sociaux avec le hastag #yazarimadokuma


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Annonce : c'est officiel, nous déménageons à Nanterre préfecture dans neuf mois à un an.

Ennio Morricone

Le concert était programmé à l'origine fin mai, déplacé sans explication ce week-end, l'un des plus chargés de l'année pour nous (un moment je me suis demandé si nous allions réussir à y assister).

Un dimanche soir: donc en RER (pour éviter les bouchons), LE dimanche sans voiture, raison de plus. Bien sûr, la ligne 1 avait un problème (en ce moment il y a un problème par jour, matin ou soir, matin et soir, sur la ligne 1, le RER A ou D), sans compter qu'il n'y avait pas d'arrêt à la station Georges V (non que nous en ayons eu besoin, mais je pense aux touristes). Je ne suis pas contre un Paris sans voiture, mais il faudrait des transports publics suffisants et irréprochables, c'est loin d'être le cas (je me demande même si les deux sont compatibles: plus il y a de trafic, plus le moindre problème arrête l'ensemble du réseau pour des raisons de sécurité). Ça m'agace, ces politiques qui prennent de grandes décisions sans s'occuper des conséquences pour les petites gens. Aujourd'hui j'ai l'impression que nous sommes entrés dans l'ère de la maltraitance: les gens sont maltraités, on ne se préoccupe pas de leur rendre la vie plus facile, on applique n'importe comment des mesures au nom de principes dans l'air du temps (c'est le cas de le dire) qui n'ont pas fait la preuve de leur équité et innocuité (car tandis que les beaux quartiers respirent mieux, les quartiers plus pauvres où sont refoulés les automobilistes connaissent des taux de pollution record).

Avis mitigé sur ce concert: je m'y attendais, car j'avais conscience de ne pas connaître suffisamment de films pour être à l'aise dans la musique que j'allais entendre, mais j'ai été agacée aussi par le public trop prompt à applaudir, qui gênait les musiciens et le chef, très âgé (accompagné par une solide femme en noir à chaque entrée et sortie de scène: destinée à prévenir une chute?), tant et si bien que les morceaux s'enchaînaient dans une sorte de précipitation, sans pause.

Le chef dirige assis, la harpiste et les deux guitaristes sont à l'honneur, surtout au début; il y a cinq percussionnistes au moins (dont une rousse spectaculaire) très plaisants à regarder (quand ils se déchaînent à main nue sur les timbales), un pianiste très concentré qui joue sur un clavier électrique et un piano classique placés à angle droit (et parfois sur les deux claviers à la fois) et beaucoup de clarinettes (pas d'harmonica, zut).
(Et pour nous, l'air du duel d'Il était une fois dans l'Ouest fait monter en surimpression du film le souvenir du paysage réel et du garçon au pull bleu, en bonus émotionnel).
C'était très émouvant de voir Ennio Morricone. Nous étions tous là pour ça: voir Ennio Morricone.



Ici un article enthousiaste et plus technique.

Brexit

La Grande-Bretagne a voté pour sortir de l'Union européenne.

Je n'en comprends pas bien les conséquences. Je ne suis pas sûre d'y croire.

Quelque part en moi quelque chose rit: j'ai grandi au son de «I want my money back». J'ai toujours eu l'impression de gens qui ne se rendaient pas compte de ce qu'ils devaient à l'Europe. De façon générale, je déteste ceux qui font valoir leurs droits sans se sentir tenus par aucun devoir.

Mais je regrette. Je déteste les séparations, les départs. En pleine guerre contre Daesh, je trouve le moment extrêmement mal choisi.

Faut-il vraiment croire que la Grande-Bretagne va sortir de l'UE? Tant de nons n'ont pas été pris en compte jusqu'ici.


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Tristan à l'ICP

En attendant le début du colloque, je m'installe au café et je surfe. Je découvre une vidéo de Guillaume Cingal qui traduit sur le vif Red Shuttleworth, un poète américain qui finira un jour par être connu en France (il est difficile à traduire car il écrit de façon extrêmement condensé. Il me pose souvent le problème de savoir s'il invente une expression ou s'il en utilise une très connue aux US, mais non écrite (pas toujours politiquement correcte) — inconnue en France).
En écoutant Guillaume, je remarque à ma courte honte (tant pis) qu'il fait attention à la forme du poème, tandis que toujours je me précipite vers le sens, sans m'arrêter à l'objet posé sur la page.

Neuf heures et quart est l'heure officielle du début de la journée d'étude sur "Crise(s) et critiques de la démocratie libérale, de l'entre-deux-guerre à la crise du XXIe siècle" à l'ICP. J'y vais pour écouter Tristan Storme, spécialiste de Carl Schmidt. J'ai beaucoup perdu de mes réflexes depuis l'époque où je lisais Taubes, Schmidt, Storme sur Schmidt, Pranchère sur Maistre, en 2011 ou 2012. Il est difficile (en fait impossible) de suivre tous ses amis dans leurs différents centres d'intérêt, entre les philosophes, les mélomanes, les littéraires, les amateurs d'expositions et d'architecture, les historiens, les psychanalystes… Entre théologie et aviron, j'ai un peu décroché.

J'en suis à attendre la fin de ces huit ans (j'en suis à cinq) comme une libération, la possibilité de faire ce que je souhaite sans entrave.
Je résume cela par: «Vivement que cela soit fini, que je puisse enfin travailler», voulant dire: lire un seul auteur, mais correctement, au lieu de les survoler tous bien trop vite (c'est une fausse excuse. Je pourrais commencer en juin). Parfois je me demande si c'était une bonne idée d'abandonner un domaine où je commençais à saisir deux ou trois notions (la littérature) pour m'aventurer dans un domaine où je ne connais rien (la théologie). Il faudrait que je travaille plus sérieusement, cette phrase est un mantra, un leitmotiv, un regret. (Sur la tombe d'O. on écrira "c'est pas très grave", sur la mienne "j'aurais dû travailler plus sérieusement".)

A midi je m'éclipse, toujours cette peur de m'imposer, d'embarrasser (ce qui fait qu'ensuite je me demanderai si je n'ai pas été impolie en partant trop vite. Le scrupule est un rongeur.)

Mojito bien tassé au café du Métro , ce qui fait que j'arriverai un peu partie au comité financier de l'après-midi. (Mon actuaire préféré nous présente le gérant de notre portefeuille qui doit être davantage habitué aux chiffres qu'aux gens: j'ai rarement vu de telles plaques rouges dans l'échancrure d'une chemise (de l'utilité de la cravate), il doit être terriblement timide.)

En passant devant la boutique St-James à Madeleine, j'achète une casquette rouge (pour le CNF. Jean-Pierre m'en promet une depuis longtemps mais je n'y crois plus).

Allez mourir ailleurs

A l'origine ce billet a été créé le 23 février1 et devait apparaître ce jour-là, jour où j'ai entendu confusément dans la voiture qu'un camp devait être rasé (confusément car sans entendre exactement de quel camp il s'agissait, mais en supposant qu'il s'agissait de Calais: depuis le livre d'Haydée (Saberan), je suppose toujours que c'est Calais).
Le 23 était un mardi, j'avais fini le week-end précédent une biographie de Heydrich et un goût de désespoir m'a envahi: il y a tant de similitudes avec l'entre deux guerres, même si bien sûr, les Syriens ne sont «que» des civils fuyant la guerre et non un peuple fuyant les persécutions raciales2 (que dire à propos des Chrétiens d'Orient?3).

Je poste ce billet aujourd'hui, après avoir lu des tweets sur «les ruines [du camp] de Calais qui fument encore trois jours après» (?? je n'ai pas cherché à en savoir davantage), des photos des camps grecs dans lesquels s'entassent les migrants, à dix mille dans des camps prévus pour mille…
Devenu spécialiste de la question juive malgré lui, Heydrich avait amorcé, lors de sa venue à Genève, à la S.D.N., des tractations avec le haut commissariat des réfugiés de la Sociétés des Nations, tractations reprises ensuite par la Wilhemstrasse. Comme il n'était jamais à court d'idées, il avait suggéré à Hitler, Himmler, Goering et von Neurath, alors ministre des Affaires étrangères, d'expédier les Juifs allemands en Palestine. Son idée ne parut pas folle, car Hitler, avant la guerre, n'était pas antisionniste4. Malgré les démarches du grand mufti de Jérusalem pour le mettre en garde contre l'établissement en Terre sainte de trop fortes colonies privées juives, Hitler ordonna à Heydrich de mettre son projet à exécution. De 1933 à 1939, près de cinquante mille Israélites purent ainsi quitter l'Allemagne pour la Palestine, dans le cadre d'un accord, dit le Haavara («tranfert» en hébreu), conclu en 1933, et fort intéressant financièrement pour le Reich, car Heydrich savait dépouiller les gens d'une manière apparemment légale5.

«S'il n'y en eu pas davantage, écrit André Fontaine, la faute en revient aux Britanniques, qui à partir de 1937 limitèrent à une dizaine de milliers de personnes par an le nombre de Juifs autorisés à débarquer en Eretz et refoulèrent impitoyablement les immigrants clandestins.»

Heydrich demanda au Fürher de s'adresser aux Américains, qui, après la nuit du 8 novembre 1938, avaient fait une violente campagne de presse. L'affaire passa entre les mains inexpertes de von Ribbentrop qui ne sut pas en profiter. Si les Etats-Unis s'étaient indignés à titre privé, Washington parla «quota d'immigration» à titre officiel. Seuls 27000 Juifs allemands et autrichiens furent autorisés à immigrer. Malgré les demandes et les objurgations de nombreuses organisations, ce chiffre sera maintenu jusqu'à l'entrée en guerre des Etats-Unis contre l'Allemagne6. Mieux que cela: le 17 novembre 1938, sir Ronald Lindsay, ambassadeur de Grande-Bretagne à Washington, proposa à M. Summer Welles, secrétaire d'Etat au Département d'Etat, de renoncer à un certain nombre des 83.575 visas d'immigration auxquels Londres avait droit au profit des réfugiés du Reich. La réaction de Welles fut immédiate: il rappela que le président Roosevelt avait confirmé, quarante-huit heures plus tôt, qu'il n'était pas dans l'intention de son gouvernement d'augmenter le quota d'immigration octroyé aux ressortissants allemands. Les Britanniques, eux, ne pensaient que politique arabe et refusaient, comme on l'écrit plus haut, aussi bien l'accroissement de la colonie juive de Palestine que l'ouverture de leurs propres portes et celle des membres du Commonwealth. même après la «nuit tragique», M. Malcolm MacDonald, monistre des Colonies, rejeta l'offre des Juifs palestiniens d'adopter immédiatement 10.000 enfants allemands. Un mémorandum proposant d'accueillir 100.000 Juifs du Troisième Reich avait eu le même sort.

Toutes les portes se fermaient. Les particuliers, pourtant, ne se gênaient pas aux Etats-Unis et dans les démocraties de l'Europe pour crier leur indignation. Une conférence internationale se tint pendant l'été 1938 à Evian et diverses solutions furent envisagées, mais non réalisées. Elles ne débouchaient sur rien de concret.

Heydrich écrivit dans le Schwarze Korps que personne ne voulait des Juifs, et son article fut repris quelques jours plus tard dans le Völkischer Boebachter.

«Si personne ne veut de nos Juifs», suggéra alors Heydrich au Führer au cours d'un déjeuner à la chancellerie où se trouvaient réunis Rudolf Hess, Goering, Himmler, Goebbels et Bormann, «pourquoi ne pas demander demander à la France de les accueillir à Madagascar ou au Portugal de les recevoir en Angola. Ce sont des territoires sous-peuplés.»

Les gouvernements intéressés demandèrent le temps de la réflexion. La guerre survint. Heydrich reprit cette idée après l'occupation de la France, mais cette fois c'étaient les moyen de transports qui manquaient.

Georges Paillard et Claude Rougerie, Reinhard Heydrich, le violoniste de la mort, p.227-229, Fayard 1973
Je ne peux m'empêcher de penser que tout le monde se fiche que les Syriens meurent, tant qu'ils meurent ailleurs, et chez eux serait le mieux, loin des yeux et des caméras. De façon inattendue, j'ai l'impression qu'il n'y a guère que Merkel que cela émeuve. (Et les pays d'Europe de l'Est qui découvrent soudain que l'Union Européenne, ce n'est pas que des subventions à recevoir, mais aussi des devoirs à remplir, des notions juridiques à respecter…)

Et maintenant Donald Trump candidat républicain… Cela faisait des mois que je le voyais "monter" sur FB via mes contacts américains, et chaque fois que j'ai posé la question: «Mais que se passera-t-il si…», j'ai eu droit à: «Mais non, ne t'inquiète pas, c'est comme Marine, elle est au second tour mais elle ne passe pas.»
Ne pas m'inquiéter? Mais enfin, que ces deux-là soient élus ou pas, c'est tout de même bigrement traumatisant qu'ils soient considérés comme des options envisageables par une partie de leurs concitoyens respectifs.
Cela n'affole-t-il vraiment que moi? Qu'avons-nous raté, que pouvons-nous améliorer, cela n'intéresse-t-il personne?
Pourrait-on se bouger avant qu'il n'arrive une catastrophe quelconque? (Trump-Poutine, le casting de cauchemar.)


Notes
1 : car les billets sont ouverts avec deux trois mots-clés chaque jour mais je n'ai pas le temps de les rédiger — indication précise du nombre d'heures où je n'avais rien à faire dans les années passées.
2 : cette phrase étrange et de mauvais goût au cas où l'on viendrait m'opposer le récurrent «ce n'est pas comparable» (même si sur mes blogs, c'est peu probable). Non, ce n'est pas comparable aujourd'hui, quand on sait ce qui s'est passé après 1939, mais c'est tout à fait comparable si l'on se place en 1939.
3 : Ne jamais oublier que la définition juridique nazie du juif était religieuse et non raciale (tant ce concept est insaisissable: une reconnaissance par l'absurde que la race n'est pas un critère définissable de façon certaine) cf Raul Hilberg.
4 : Ehahu ben Ellisar, La diplomatie du Troisième Reich et les Juifs, (1969)
5 : Le Monde, 27 décembre 1969
6 : L'Aurore, J.-L. G…, 8 janvier 1970

Justice

Pourquoi ce vote Front National de ceux qui se sont déplacés, cette abstention de tant d'autres?

Je connais le fond français de râleurs (je ne dis pas qu'il n'y a que cela, ni que tous les râleurs votent FN! je parle simplement de cette façon de ne jamais être contents, de toujours se plaindre), toujours à vérifier que le voisin n'obtient pas plus qu'eux, qu'ils ne sont pas moins bien traités que le voisin. les envieux, toujours à découvrir que si, évidemment, ils sont lésés.

A écouter les uns et les autres, à connaître quelques villages de France, à lire les protestations exaspérées ou désabusées sur twitter, je crois que nous avons, tous, profondément besoin de justice, que ce que nous réclamons, c'est de la justice, une justice qui applique la loi à tous, qui se fait respecter de tous, du riche et du puissant, bien sûr (et là sont visées les "affaires" à répétition), mais aussi les défavorisés, quels que soient leur couleur, leur sexe, leur âge, leur handicap. Il ne suffit pas d'exposer ses plaies pour être au-dessus des lois, j'ai l'impression que cela finit par courir sur le haricot à pas mal de mes contemporains — et je le comprends.

Car si nous avons tous intégré, je pense, Tu ne feras pas dévier le droit de ton pauvre dans son procès (Exode 23,6), nous avons oublié ni ne favoriseras le miséreux dans son procès (Exode 23,3).
De la justice, de la droiture, de l'honnêteté.
Et laissons tomber la "morale" ou l'instruction civique à l'école puisque personne n'est d'accord sur son contenu, et contentons-nous de la politesse, ce sera déjà un progrès.


J'ai découvert l'importance de la justice, de la justice désormais si souvent oubliée par les "gens de gauche", par les "chrétiens", par tous ceux qui tentent, qui souhaitent, être généreux, faire le bien, soulager la misère, dans ce texte d'Arendt à propos de Jean XXIII:
Ayant demandé à l’un de ceux qui travaillaient au Vatican «Comment ça va», l’homme répondit: «Mal, mal, votre Éminence», expliquant ce qu’il gagnait, et combien de bouches il avait à nourrir. «Il nous faudra faire quelque chose à ça. De vous à moi, je ne suis pas votre Éminence, je suis le pape». Quand on lui dit ensuite qu’on ne pouvait faire face aux nouvelles dépenses qu’en rognant sur les œuvres de charité, il répliqua imperturbable: «Alors nous devrons rogner. Car la justice passe avant la charité».

Hannah Arendt, Vies politiques, p.78, Tel Gallimard
La justice (humaine) passe avant la charité. J'y pense souvent. Nous l'avons oublié.



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Agenda
Mauvaise sortie en yolette de pointe, ramé à peine quarante minutes, sans puissance.
Jérôme, moi à la nage, Céline, Yann, Patricio qui fait la tête mais rame très bien.

"Si tu veux faire rire Dieu, parle-lui de tes projets"

(proverbe polonais)

Journée blanche, anesthésiée. Certains parlent de colère, d'autres de partir. Je ne ressens rien d'autre que l'inéluctable et une certaine détermination.

Quand donc ai-je entendu parler pour la première fois de la proclamation d'un "califat"? C'était l'été, en 2014, et ce jour-là, j'ai su qu'il y aurait la guerre, aussi sûrement que si j'avais entendu Hitler parler du IIIe Reich. Puis les massacres d'hommes, les enlèvements de femmes, les conquêtes territoriales. Cela ressemblait tellement à la conquête territoriale arabe de la fin du premier millénaire (ou celle de Charlemagne deux siècles avant, pour "équilibrer" les religions: car pour moi il s'agit avant tout de conquête de territoire, la religion n'est qu'un instrument de communication (de propagande, de marketing). L'important, c'est le pouvoir et la richesse.) Un jour, il y aurait affrontement, c'était certain; mais pour cela, il faudrait que l'Occident se sente, soit, directement menacé.
Eh bien voilà. Que va-t-il se passer?

Le bilan est incroyable, cent-vingt-neuf morts, plus de trois cents blessés. Je repense à M. qui me demandait si les gens avaient raison de quitter la Syrie, s'ils ne feraient pas mieux de rester chez eux pour défendre leur pays: «tu sais, quand tu es civil, tu ne défends rien du tout. Tu te prends des bombes sur la tête et tu ne peux absolument rien faire. Ta seule obsession, c'est de nourrir les enfants».
Ce matin, nous pouvons un peu plus imaginer ce que cela serait de vivre ainsi tous les jours.

Ce qui me paraît extraordinaire, ce qui suspend le temps, c'est de repenser à son propre état, ses pensées, ses projets, quelques heures avant les événements, dans l'innocence, quand nous ne savions pas ce qui nous attendait. Fêter un anniversaire, planifier un week-end, travailler le dossier du TG (en retard, en retard), téléphoner à sa tante, écrire des choses de peu d'importance sur FB, tout était différent avant les événements, tout prend une autre couleur et un autre poids après, je me prends à penser «si j'avais su, je…» Mais je quoi? C'est une vie normale, et ce que vienne chercher ceux qui fuient, c'est une vie normale, une vie où il est normal que le plus important soit de planifier des anniversaires et des week-ends, et non la façon de survivre sans eau dans une cave.

Cependant, c'est l'état de toutes nos minutes. Nous vivons dans la certitude de nos prochaines heures et journées, et pourtant à tout moment il peut y avoir un accident, une rupture, une mort, qui fasse que «plus rien ne sera jamais comme avant». Mais nous l'oublions. Est-ce un bien ou un mal, la condition nécessaire pour pouvoir vivre, le luxe d'une vie sans grande difficulté, ou l'erreur qui ne nous fait pas assez profiter de chaque minute?

Etat d'urgence. H. et A. avaient rendez-vous à Paris —chacun de leur côté— ce matin, j'avais cours l'après-midi, nous serions peut-être passés à la galerie Sakura ensuite, O. se serait débrouillé seul pour sa réunion scoute, il fallait caser les courses, etc: tout cela annulé, tous ces projets, cette agitation, cette futilité, annulés.
Comme c'est simple.
Etat d'urgence.

Une génération nouvelle

Le Labyrinthe du silence: un film intéressant qui permet de comprendre qu'il a fallu attendre une nouvelle génération d'Allemands pour juger les actes allemands. Impossible de demander à ceux qui n'ont rien fait ou ont laissé faire de juger ceux qui ont été bourreaux.

Je devrais travailler à ma dissert d'ecclésiologie mais je perds beaucoup de temps.

Le mariage gay, non, les femmes à poil, oui.

La semaine dernière, Hervé tenait un stand au salon des maires. Comme je lui parle du livre d'Aubenas — qui n'a fait que confirmer ce que je savais, pour chaque chapitre ou presque je pourrais raconter une anecdote parallèle — et que je lui dis: «Ça va mal», il me répond drôlement: «Oui, il y avait beaucoup moins de stands que l'année dernière [Un stand coûte très cher]. Les petits éditeurs [de logiciels] ne sont pas venus. Les gens se replient sur l'essentiel. Moi ça m'arrange, je vends de l'essentiel.»

Nous avons eu peu de temps pour discuter le week-end dernier et il est parti à Mulhouse lundi.
Hier il me dit: «Ah tiens, j'ai quelque chose pour ton blog. C'était distribué au salon des maires.» Et il me tend la carte suivante (recto/verso, de la taille d'une carte postale).



Concile, conciliant, conciliation

Hier, cours sur Congar. Note de cours:
On dit que Paul VI partait à chaque inter-session [du concile Vatican II] avec le dossier de la minorité.
Le but n'est pas de triompher d'une école, mais de trouver l'unanimité, une collégialité. Il s'agit de trouver un terrain d'accord.

Très impressionnée par cette idée de se pencher sur les arguments des opposants pour les comprendre, plutôt que les écraser. Beau modèle, mais qui demande beaucoup de patience et un idéal commun avec les opposants.


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Agenda
Sortie en quatre (François, moi, Gilles, Damien). Seine très agitée. J'aurais dû prendre la nage, je n'ai pas osé.
Olivier malade. Aussitôt le souvenir de l'année dernière.
Rentrée décapotée, encore, dans la nuit. Je me rends compte que c'est pour moi l'image naturelle d'une voiture, les premières, celles des années 1910.

Transparence

Le financement frauduleux des partis politiques, c'est un peu comme le dopage: tout le monde sait qu'il y en a, mais malheur à qui se fait prendre.

Les faits: les épreuves sont telles qu'elles seraient inaccomplissables sans dopage; les sommes nécessaires à une campagne telles qu'elles seraient irrassemblables en respectant la loi.

Arrêter de légiférer et laisser faire ?
Le problème : les athlètes meurent à quarante ou cinquante ans, ce n'est plus une compétition de sportifs mais de pharmaciens; les décisions politiques ne sont plus fonction de l'intérêt général mais fonction des financeurs de campagne, les partis "libéraux" (économiquement) sont naturellement, de par leurs convictions, favorisés.

Solutions ? Pistes à explorer ?

De Melun à Corbeil

En ramant. 25 km; j'en ai ramé 21 — à la nage. J'ai mal partout. Je ne comprends pas pourquoi, même à Venise je n'étais pas dans cet état-là — mais je n'étais pas à la nage.





Je me demande à quoi pense les grands sportifs quand ils ont mal. Mon ex-beauf parlait avec admiration de sa chienne qui «n'avait pas de mental» (moralité il lui a bousillé les cartilages à force de la faire courir avant qu'elle ait fini sa croissance).

Une chose est certaine, c'est qu'à partit d'un certain niveau d'inconfort, se concentrer sur le corps (genre méditation) est à éviter. Il vaut mieux écouter le bateau que soi-même.

Les bords de Seine sont magnifiques.

(Remarque : si vous devez passer le permis remorque, passez-le à Cesson, il paraît qu'il y a là une très bonne auto-école pour cela).

Dormi en rentrant après avoir mis le réveil à 19 heures pour aller voter. Cela n'aura pas empêché le FN d'être à 25%. Je ne suis pas surprise, c'était prévisible. Vu qui je connais que je pensais parfaitement "normal" qui a viré FN, tout me semble possible.
Désormais je n'ose plus parler à des inconnus (à la cafétéria, à midi durant le repas au club de Corbeil,…) en partant du principe qu'ils sont forcément anti-extrême-droite, que cela va de soi. Depuis un moment déjà je présuppose l'inverse: qu'ils sont peut-être d'extrême-droite.

Votez le 25 mai

- pour lutter contre la montée de l'extrême-droite dans toute l'Europe ;
- pour élire pour la première fois au suffrage indirect le président de la Commission qui représentera l'Union européenne pour cinq ans (jusqu'ici, le président de la Commission était nommé par les chefs d’Etat européens).

Procédure :
- Regardez cette vidéo pour vous faire une idée des candidats au poste de président.
- Accédez aux listes de votre région et tâchez de trouver pour quel candidat chaque liste s'est engagée (ce n'est pas toujours le plus facile).
- Votez.

Un dernier conseil : votez efficace. Les petites listes, c'est amusant, mais les problèmes actuels, c'est l'énergie, le réchauffement climatique et le terrorisme. Amusons-nous ailleurs que dans les urnes.

Jours de congé pour enfants malades

H. a découvert que le droit d'Alsace-Moselle prévoyait qu'un salarié s'absentant pendant un court délai ("un temps relativement sans importance") pour une raison indépendante de sa volonté devait être payé; et qu'il n'y avait pas de limite au nombre de ces absences.
Un avocat consulté a expliqué que les entreprises d'Alsace-Moselle déterminaient une règle de conduite (dans leur règlement intérieur, je suppose) et s'y tenaient (par exemple trois jours par an sans justificatif), quitte à prendre le risque d'un prud'homme de temps en temps.

La réclamation venait en l'espèce d'une salariée travaillant à 80%, donc absente le mercredi, pour un enfant malade. Elle aurait souhaité s'absenter aussi souvent que "nécessaire".
Mon fénimisme s'interroge:
— Mais enfin, l'enfant n'a pas de père?
— Si.
— Et il ne travaille pas en Alsace-Moselle?
— Si.
— Mais alors, si elle prend un jour, lui un, elle ne travaille pas le mercredi, ça fait une maladie de cinq jours, normalement son gosse est guéri, ou c'est très grave.
— Oui mais non, son mari ne peut pas s'absenter, paraît-il.

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En voyant ce matin le numéro de Liaisons sociales, j'ai pensé à elle: voilà la solution à son problème.

Mais j'ai vite oublié cette pensée sarcastique pour simplement rester émue devant cette très belle disposition de loi qui permet de donner ses jours de RTT à un parent d'enfant gravement malade.
La proposition de loi prévoit qu'un salarié peut "renoncer anonymement et sans contrepartie à tout ou partie de ses jours de repos non pris" au profit d'un collègue, parent d'un enfant de moins de 20 ans "atteint d'une maladie, d'un handicap ou victime d'un accident d'une particulière gravité". Les jours "donnés" peuvent être des RTT, des récupérations ou la cinquième semaine de congés payés. Le bénéficiaire garde sa rémunération. Son absence est "assimilée à une période de travail effectif".
Et en cherchant ce soir quelques renseignements, je tombe sur cet article et j'y reconnais bien ce que je déteste dans la gauche. Plutôt que se réjouir de ce que pourront obtenir quelques-uns, elle proteste parce que tous n'y auront pas accès.
La gauche, dans sa passion de l'égalité, a totalement perdu la notion de "faire reculer le malheur", partout où c'est possible, dans la mesure du possible, en attendant de faire mieux.

Ma collègue me racontait qu'elle n'a jamais eu de cadeau de fête des mères: l'instit de maternelle avait trouvé que c'était injuste pour les enfants de divorcés n'étant pas chez leur mère ce jour-là: «Et donc elle a privé tous les enfants pour quelques-uns», concluait-elle.

Samedi saint

Un samedi sans TG, sans marché: dormi jusqu'à 11h (11h11?). La grasse matinée est une rareté pour moi. (Je me souviens des enfants petits, quand je me levais avant eux pour avoir quelques minutes pour moi, pour rien, à boire mon thé en écoutant la radio avant que commence la journée, le grand rush pendant lequel il n'y a pas de temps pour penser).

L'expérience Blocher, parce que c'est le film qui passe à Montgeron. C'est à la fois intéressant et décevant. Il faut dire que l'expérience en question est périlleuse: filmer le chef de file de l'extrême-droite suisse sans parti pris. Mais si l'on ne questionne pas, n'interroge pas, n'est-on pas déjà en train de sympathiser? Et si l'on questionne, interroge, n'est-on pas déjà en train de juger? Comment montrer sans parti pris; est-ce possible; est-ce souhaitable?
Un film qu'il faut sans doute voir — en sachant qu'il laisse sur sa faim.

En sortant, je me demande comment Lanzmann aurait traité un tel sujet.

Crimée

Je croise dans le livre de C. Mauriac l'évocation de de Gaulle n'utilisant jamais le nom d'URSS, mais toujours celui de Russie. Je me surprends de plus en plus souvent à utiliser soviétique à la place de russe.

Cette histoire de Crimée me laisse perplexe. Si vraiment la population est russe à 80% (j'ai entendu 95%), il semble plus logique qu'elle soit rattachée à la Russie, et ma question serait plutôt pourquoi Khrouchtchev l'a-t-il cédée à l'Ukraine (flemme de chercher). D'un autre côté, céder à Poutine est d'une part exaspérant, d'autre part dangereux (omniprésence du souvenir des annexions d'Hitler dans les années 30).

Cela me rappelle le mari musulman il y a quelques années qui voulait casser son mariage après avoir découvert que l'épousée n'était pas vierge: comment ne pas imposer à la femme de vivre avec ce con sans donner raison au mari? Comment permettre aux habitants de Crimée de vivre dans le pays qu'ils souhaitent sans donner raison à Poutine?

L'informatique pour la transparence

La société L. vend des appareils à verbalisation électronique. Certaines villes en achètent, s'en servent quelques semaines, puis arrêtent et reviennent au traditionnel PV en papier.

— Mais pourquoi?
— Le maire s'aperçoit qu'il ne peut plus faire sauter les PV. Quand c'est électronique, cela part directement au centre de gestion à Rennes, il n'y a plus de passe-droits possibles. Alors quand le maire s'aperçoit qu'il doit répondre non à deux ou trois notables du coin qui ne payaient jamais leurs PV, il fait mettre les verbalisateurs au placard et retourne aux vieilles méthodes.


Ce n'est pas la première fois que cela arrive. L'installation de planning et réservations informatisés de salles municipales dans l'une des plus grandes villes de France il y a quelques années avait rencontré une forte résistance: c'est alors qu'était apparu au grand jour (enfin, à la pénombre, il n'y a pas eu de scandale médiatique) tout un système souterrain de réservations payées de main à la main, permettant de favoriser ses amis et d'enrichir localement les gardiens des clés…

Tristesse

Tristesse à voir monter le FN en France inéluctablement. «Ce n'est pas si grave». Ben tiens. Evidemment qu'on ne va se mettre à trucider tous les Juifs ou tous les Arabes dans la demi-heure. Evidemment. Rien n'est jamais grave. S'accommoder de tout indéfiniment. Après tout, hein. Ce n'est pas si grave.
Ce n'est pas le problème. Le problème est que le FN et son intolérance soient devenus le dernier recours, que plus un seul parti classique ne soit crédible, qu'il n'y ait plus rien que du vide, un vide intellectuel masqué par de l'agitation.

Donc ce n'est pas si grave. Ils vont arriver au pouvoir, faire beaucoup de bêtises, placer leurs amis aux postes importants (comme tous les partis qui n'ont pas été au pouvoir depuis longtemps — ou jamais), lutter contre l'administration en place (qui est constituée de fonctionnaires qui ne dépendent pas du résultat des élections), être regardés de haut et de loin par l'Union européenne, puis échouer et repartir après quelques scandales — comme les autres.

Pas si grave. Juste la mort d'une certaine idée de la France.

Frau Junge

Regardé l'interview de Traudl Junge, la secrétaire d'Hitler (Dans l'angle mort) et le début de celui d'un des gardes du corps encore vivant, Rochus Misch (il s'agit d'un DVD joint à celui de La Chute) en équeutant des haricots beurre (je n'aime pas les haricots beurre).

Le contraste entre ces deux personnes est très impressionnant. Frau Junge se souvient de tout avec précision, elle a beaucoup réfléchi, elle exprime des regrets et des remords de son insouciance. Selon ses propres mots, elle a beaucoup de mal à se pardonner.
Rochus Misch ne répond pas à certaines questions, n'emploie pas certains mots. Quand on lui demande «Quelle était l'atmosphère du bunker les derniers jours?», il répond que le bunker était très petit, que ce n'était pas un lieu pour vivre. C'est d'ailleurs l'une de ses phrases favorites. Est-ce dû à son âge? Concernant la mort des enfants de Goebbels, il n'emploie jamais les mots "mort" ou "poison", malgré l'intervieweur qui reprend à chaque fois ces mots dans ses questions.

La Chute ou Frau Junge font naître la pitié: tout cela paraît effectivement si pitoyable. Me vient le désir, le besoin, de re-regarder Lanzmann. Neuf heures. Pas le temps, et surtout pas pendant les vacances, avec des témoins. Je regarde ça seule, la nuit, comme une prière, ou presque. Une longue lamentation.



HVAO

L'homophobie libérée

La loi va passer, les enfants de couples homosexuels vont continuer à aller à l'école, de nouveaux enfants de couples homosexuels iront à l'école.

Mais avec "l'homophobie décomplexée" (approuvée par l'Eglise, je commence à sentir la colère monter en moi (jusqu'ici ce n'était que la honte)), ces enfants vont courir des risques de plus en plus grands.
Et quand ils se seront fait agresser, les antis diront que c'est la faute de leurs parents homos, je suppose.

Ce n'est pas possible d'être aussi con.
J'ai plein d'analogies Godwin qui remontent, et c'est pour ne pas faire du Godwin que je me retiens. Mais comme disait Todorov (introduction de Face à l'extrême), les problèmes moraux rencontrés pendant le nazisme étaient les mêmes que ceux de tous les jours. C'est la conséquence des décisions prises qui était radicale, qui menait à la vie ou la mort.
Mais le choix, accueillir ou rejeter, aider ou dénoncer, voir ou fermer les yeux, est le même tous les jours.

Résumé

Lire, dormir, travailler. Il ne se passe pas grand chose, je ne vais tout de même pas vous parler de "mes" adhérents (au téléphone: «Je vous parle sans mes dents, vous me comprenez quand même?»).

Allez signer une pétition pour un vieil Arabe au Mali, j'ai l'impression que comme d'hab, c'est parti pour les vengeances personnelles ou de principe (pas de hiérarchie entre les deux).

Lundi: le cours d'AT (sur les prophètes) est donnée par une prof allemande qui prononce très mal (sans doute la comprendrions-nous mieux en anglais, mais tous ne comprennent pas l'anglais (je me comprends)). La révolte gronde parmi les étudiants (deux heures à 20h30 après une journée de boulot et avant une journée de boulot, c'est fatigant; si c'est pour ne rien comprendre…) Je suis embarrassée, ils n'ont pas tort, mais je les souhaiterais plus indulgents.

Mardi: je vois mon responsable hiérarchique le matin (comme il appartient à la holding, nous ne sommes ni dans la même entreprise, ni sur les mêmes lieux. Autant dire que nous ne nous voyons pas souvent.) Il me parle de la clause de désigantion.
Comment expliquer cela? Comme l'Etat est en train de réduire le périmètre couvert par la Sécurité sociale (c'est progressif, mais souvenez-vous de cette phrase dans cinq ou dix ans), il essaie de faire que tout le monde soit couvert par un contrat de santé (tout le monde = les salariés, le reste ne paraît pas exister aux yeux de l'Etat français). Donc les entreprises vont être obligées de proposer un contrat de santé (dit "mutuelle" par abus de langage: ce contrat peut être vendu par une mutuelle ou une société d'assurance, le mot plus exat est "complémentaire") à leurs salariés (c'est déjà partiellement le cas). Cela va être mis en place par des accords interprofessionnels. Les sociétés d'assurances se battent pour que ce marché reste ouvert: obligation de souscrire un contrat de santé, mais possibilité de choisir ce contrat (en d'autres termes, elles défendent la possibilité d'entrer en concurrence et de remporter des marchés).
Or l'accord (ou les accords) qui va être signé prévoit que le contrat de santé soit désigné dans la convention de branche. (Pourquoi bafouer ainsi le jeu de la concurrence? Ces accords sont signés par les syndicats, qui peuvent espérer en échange de sa désignation un financement de la part de l'organisme choisi…)

Mercredi. Je passe rendre un livre à la bibliothèque Beaugrenelle. Elle est hors de mes chemins habituels et je m'étais promis de n'y rien reprendre. Je repars avec un policier grec (plutôt mauvais, d'ailleurs).

Jeudi (hier). Pas le courage d'aller ramer malgré le soleil et la décrue. (Ce matin je découvre dans un mail que les sorties avaient été annulées à cause de cette même décrue — et le vent du nord. Culpabilité apaisée.)
Le soir H. passe me prendre à La Défense. Il me raconte des anecdotes sur le ministère où il a passé la journée, fait une remarque sur la décrépitude des lieux, la peinture qui part en lambeaux.
Dîner "dans un couscous", échanges sur l'absurdité de certaines décisions prises (plus on s'approche du pouvoir, plus on pense qu'on va comprendre qui décide quoi, et surtout pourquoi, et plus c'est l'inverse qui se produit. Je ne comprends pas comment tout cela est en mesure de fonctionner, quelque chose m'échappe, que ce soit en entreprise ou concernant l'Etat.)

Vendredi: 10h28. Je termine ces lignes en bibliothèque. Il me reste une demi-heure pour faire mes exercices d'allemand. Un peu court.

Caricatures islamistes

En tant que croyante, je n'aime pas le blasphème et les caricatures.

En tant que catholique, je trouverais fort de café qu'on ne se moquât pas de l'Islam sous prétexte que les intégristes posent des bombes et massacrent, alors qu'il y a longtemps qu'on ne se gêne plus pour se moquer d'à peu près tout dans ma religion, depuis qu'elle est devenue à peu près inoffensive, en fait (à quoi on me rétorquera que dans le cours de l'histoire, les cathos… [etc]: certes, mais ce n'est pas de ma faute, et c'est tout de même de ma foi qu'on se moque, c'est-à-dire quelque chose qui n'est jamais si loin d'un affect ou d'une affection).
Donc je remercie solennement Charlie hebdo de ne pas céder à la peur. (J'aime beaucoup cet ancien dessin dans lequel Dieu Mahomet constate: «C'est dur d'être aimé par des cons». C'est un très bon résumé.)

Que penser de la décision de la France de fermer ses établissements publics dans certains pays? Lâcheté ou responsabilité? Je penche pour la deuxième interprétation, malgré tout: une obligation de protéger ses ressortissants, et une façon d'aider les gouvernements des pays en question en ne laissant pas de prise aux attaques.

Québec, Afrique, bande dessinée, latin, quatrains : quelques blogs.

Embruns suit les événements au Québec.

Ici, des nouvelles du monde avec analyses et cartes (voir la montée de l'extrême-droite en Europe).

Plus gai, des nouvelles de la bande dessinée (enfin, deux morts récents, tout de même (Moebius et Sendak)) et plus largement de livres aimés.

Un blog pour —apprendre? — réviser? le latin ou tout simplement lire des traductions d'Horace.

Enfin, un quatrain quotidien donnant une forme fixe à l'air du temps («contrainte molle dure à tenir», l'esprit du blog est donné).




Encore plus tard:
Et un peu d'études de jeux video via Very Serious Geek

Un Allemand à la maison

«Félix voudrait regarder Chelsea-Bayern de Munich.»

Et c'est ainsi que vous vous retrouvez avec un peu de surprise avec un ado hystérique devant un écran internet. (Ado tout à fait posé par ailleurs, le foot provoque d'étranges réactions.)

Mais le pompon, c'est de découvrir cette photo, dont j'ai cru qu'elle était un montage:



Je me demande si Hollande préfère le rugby.

(Autre titre possible: "Humain, trop humain". Mais c'est plutôt rassurant.)

Jeudi

Musée Grévin, expositions Albers et Matisse à Beaubourg. Variations encore. Je songe à cette expression devenue mythique à la maison: «Pour faire de jolis pots, il faut faire beaucoup de pots»..
L'intrigant est que les tableaux sur un même thème sont souvent (toujours) peints la même année, il n'y a pas comme chez Degas une évolution s'étendant sur une longue période (pour une même composition, je veux dire): comme si Matisse voulait aussitôt nous montrer plusieurs visions intérieures.

Découvert à mon grand désarroi une nouvelle catégorie d'électeurs du FN: après les extrémistes par conviction, les ouvriers et catégories sociales délaissés, je découvre "l'intellectuel qui fait le malin", qui veut envoyer "un signe" pour signifier que la situation devient incontrôlable dans les écoles, les facs, les banlieues, etc, bien persuadé que "de toute façon le FN ne passera pas".
Certes. Il faudra un jour que je copie certains textes de H.G. Wells du début du XXe siècle (anéantir tous les jaunes): les idées dans l'air rendent certaines idées tolérables, il n'y a pas de neutralité en la matière.

L'Inde

Tableau plutôt inquiétant de l'Inde ce soir par Mira Kamdar; tant de richesses mises sous le nez de tant de pauvres (La petite fille aux allumettes démultipliée par la télévision). Mais finalement Slumdog millionnaire montrait très bien tout cela.

— L'Inde est la plus grande démocratie du monde. Chaque fois qu'il y a des élections en Inde, ce sont toujours les plus grandes élections jamais organisées, puisque la population étant en croissance , il y a toujours plus de monde qui vote.

Matin

Il fait si froid que les oiseaux ne chantent pas. Fini de ranger un étage (ou persque). Il reste l'aspirateur à passer. Ceci est ma pause.

Reçu hier le dossier d'inscription pour un cycle de huit ans. Ça fait un peu peur, il ne faut pas y penser. (Ai-je une photo d'identité récente dans mon bordel? Comment le savoir vite puisque c'est le bordel?)

Fini Le Temps immobile 3. La fin exactement contemporaine de ma première rentrée scolaire en France. Impression qu'on m'explique (enfin) mon enfance, la rumeur de la radio, mes parents (jamais de politique, jamais de sexe) échangeant des regards en entendant parler de Franco (exactement comme ils commenteront la maladie de Tito en février 1980: «la Yougoslavie va éclater à sa mort»).

Gauche ou droite ?

A quelle séance des cruchons la majorité des présents (ou tous? il me semble que c'était tous) s'est déclaré de gauche?

Les lignes de Claude Mauriac que je lis ce matin font remonter en moi toutes les raisons pour lesquelles je ne me déclarerai jamais plus de gauche:

- mon dégoût de Mitterrand;

- mon écœurement devant toutes ces personnes de gauche qui ont des comportements de droite (école privée, voiture luxueuse, banlieue chic) mais qui s'autorisent à vous faire la morale sur ce qu'il est possible de dire ou ne pas dire (ceux qui vous interdisent de dire un mot contre les banlieues (ie, qu'il est inadmissible qu'on accepte des zones de non-droit) mais vous demandent s'ils peuvent garer leur voiture dans votre jardin, parce que c'est plus sûr que la rue une nuit de Saint Sylvestre);

- ma tristesse devant ces enfants abandonnés, cette (ces) génération sans recours, à laquelle on n'a rien appris, sous prétexte de ne pas la brusquer, de ne pas la traumatiser, (et à mon avis, aussi par manque de courage, car il en faut, du courage, pour être dur quand il est tellement plus facile de passer pour un bienfaiteur magnanime).

Et puis bon gré mal gré, il est probable que je me sente plus à l'aise du «mauvais côté», toujours, que ce soit en politique ou ailleurs, parce que lorsque je ne partage pas totalement les opinions du côté où je me range sans qu'il soit viscéralement le mien, je souffre moins que lorsque qu'il me faut assister aux bêtises de gens que j'aime profondément. Il est plus facile de pardonner à ses ennemis, le sentiment de déception ou de trahison est moins profond. (Et ceci, bien sûr, est un peu lâche, aussi: après tout il s'agit d'éviter de souffrir.)

Machisme, paraît-il

Ce repas post-électoral m'avait totalement écœurée et passablement désorientée (j'avais écrit "triste" pour ne pas écrire "dégoûtée").
J'ai l'habitude des écoles d'ingénieurs et des clubs de sport. Le langage cru, les plaisanteries stupides, j'y suis habituée. Mais comment dire, ce n'est pas (ou rarement, sauf cas particulier) malsain. C'est franc, parfois de mauvais ou de très mauvais goût, mais tout le monde sait à peu près ce que nous sommes en train de faire, c'est-à-dire en train d'utiliser des codes, de les retourner et de les re-retourner. Mais ce sont toujours des codes, et personne ne se sent atteint dans son être. Et parfois il arrive que la conversation débouche sur un vrai sujet, sur une vraie curiosité.

Ce soir-là, le soir de ce repas, j'avais une vague envie de vomir. Car on avait parlé de gens, de vrais gens, j'avais entendu calomnier d'un air gourmand des inconnus. Soit ce qui était dit était vrai, et il fallait faire quelque chose, soit c'était faux, et c'était ignoble (ne me demandez pas de quoi il s'agissait, j'ai oublié aussitôt. A vrai dire, je n'ai cru à rien. C'était juste malsain et pas amusant du tout (car à quoi bon parler cul si ce n'est pas pour rire ou s'instruire?))
Tron est à Draveil, pas très loin de chez moi. Le responsable de la section Modem de ma ville est une femme d'une trentaine d'année. A l'époque, elle nous a confié assez vite que les hommes politiques, passés un certain âge, imbus de leurs privilèges, semblaient absolument ne pas pouvoir imaginer qu'on ne se sente pas honorée de céder à leurs avances. Et cela même dans un parti plutôt obscur, sans grand pouvoir. Soupir.

Machisme à l'Assemblée. Que dire?

Je me souviens d'un soir où je lisais dans le RER le genre de livres que je lis quand je ne lis pas des bibliothèques vertes. Un élu Modem de la communauté d'agglomération, un homme courtois et bien élevé, me croisa par hasard, regarda mon livre, et me dit: «Ah vous lisez? C'est bien» d'un air heureusement surpris.

Politique

Un peu embarrassée jeudi soir : voilà-t-y pas que je me retrouve à (plus ou moins) parler de politique avec Kozlika et Anita (de La pêche à la baleine). Hum, je n'aime pas parler politique (chacun pense ce qu'il veut, je demande juste qu'on s'abstienne de me juger en trois coups de cuillères à pot en me collant une étiquette), et encore moins avec des gens que je ne connais pas (le risque de contresens est trop grand, et de toute façon je suis toujours au mauvais endroit pour mes interlocuteurs (je ne m'en plains pas, au contraire, je trouve ça rassurant)).

— Pfou, moi ça m'est égal, qu'on laisse les gens travailler tranquilles, et ça me va bien.
— Rien que ça, ça sonne déjà très sarkozyste.... [1]

Travailler... Est-ce que j'aurais dû dire "vivre"? Quel est le contraire de travailler, pour moi? Pas se reposer. Se reposer, c'est quand on est épuisé, un état qui pour moi approche la maladie et ne ressortit pas à l'état normal de la vie: il n'y a aucune raison de "se reposer" (dormir quelques heures de plus suite à une semaine fatigante, c'est "récupérer"). S'amuser? Mais s'amuser consiste à exercer avec joie et facilité une activité qu'on maîtrise parfaitement. Et pour maîtriser quoi que ce soit parfaitement, que ce soit pêcher à la ligne ou faire des photocopies, il faut apprendre, faire des expériences, se tromper, recommencer. Il faut travailler.

En fait il n'existe que deux activités, pour moi: travailler (apprendre, découvrir, connaître, savoir, s'améliorer) pour tout ce qui m'intéresse, ou servir (à quelqu'un ou quelque chose) pour tout ce qui ne m'intéresse pas. Le pire qui puisse m'arriver, c'est de perdre mon temps: ne servir à rien dans une activité qui m'ennuie.

Je crois que je vais arrêter de me servir du mot "travailler". Personne ne peut comprendre spontanément ce que je veux dire, et c'est bien normal.

Notes

[1] ce qui intéressera peut-être celui qui a eu l'idée de me traiter d'anti-sarkozyste primaire il y a peu. Quand je disais que...

Un peu de politique: l'affaire Woerth

Innocent, présumé innocent, coupable.

Je n'en sais rien, mais qu'est-ce que ça change? soit c'est un naïf incompétent qui n'a rien vu, soit c'est un pourri corrompu (pléonasme) qui ment comme il respire. Dans les deux cas, démission: comment voulez-vous que cet homme aille défendre dans quelques semaines la réforme du régime des retraites face aux syndicalistes ou aux députés?

En entreprise on hésiterait pas trois secondes: cet homme ne peut plus assurer les fonctions pour lesquelles il est payé, donc dehors!

Chroniques de l'incrédulité

Rappel: billet pour mémoire, archives en vrac. Le 24 février 2008 j'écrivais : «Bien. Je vais utiliser une forme à laquelle je pensais depuis quelques temps, le post baladeur: un seul post sur un thème, mis à la date du jour du dernier jour. Cela m'évitera d'ouvrir une rubrique "Sarkozy".<br /> J'ai entendu Sarkozy pour la première fois la semaine dernière (si si c'est possible), il a la voix, l'attitude et les mimiques assorties aux lunettes de soleil et à la gourmette, faut-il se réjouir de la cohérence du réel?<br /> Je note donc les dernières en date, pour mémoire, puisque ce blog a aussi (ou avant tout? non peut-être pas, finalement) une valeur d'archives.»<br /><br /><br /><br /> Il s'agit donc d'un billet qui s'allonge (malheureusement) au fil du temps.<br /><br /><br />

<b>15 février 2008 : Une indécence pour couvrir une imbécillité</b><br /> Je n'ai pas spécialement l'intention de me mettre à suivre les stupidités présidentielles. Cependant, la dernière en date ("adoptez un petit juif de la Shoah") me paraît si répugnante que je vais la noter ici, afin d'en conserver une trace. <br /> De même je note le soupçon qui m'est venu aussitôt venu à l'esprit : s'agirait-il de créer un agitation telle qu'elle couvre la bêtise du premier interview de Mme Bruni-Sarkozy? (J'avais bien dit que son plus grand charme était son silence.) <br /> Après tout, les mêmes sphères sémantico-historiques sont concernées.

<blockquote>Une phrase de la première interview que Carla Bruni-Sarkozy accorde depuis son mariage a suscité hier quelques remous. A propos du SMS que Nicolas Sarkozy aurait envoyé à son ex-femme, la première dame de France affirme, dans son entretien à « L'Express », que « Le Nouvel Observateur » (dont le site a publié l'information) « a fait son entrée dans la presse people. Si ce genre de site avait existé pendant la guerre, qu'en aurait-il été des dénonciations de juifs ? » Le directeur de la rédaction du « Nouvel Observateur », Michel Labro, a aussitôt estimé sur Rue89 que cette interprétation était « parfaitement hallucinante, assez incroyable et pathétique…, parfaitement imbécile ». Soucieuse de calmer le jeu, Carla Bruni a indiqué hier être « extrêmement désolée » si elle a « pu blesser quelqu'un ».

<br /><br /><i>Les Echos</i>, <a href="http://www.lesechos.fr/info/france/4687019.html">le 14 février 2008</a></blockquote>

<b>semaines précédentes</b><br /> L'affaire du stylo (<i>février 2008, Sarkozy empoche un stylo-plume lors d'un voyage officiel en Roumanie</i>), les déclarations sur les rapports de l'école et de la religion (<i>semblant reconnaître une prééminence de l'Eglise dans l'éducation</i>) (je n'en reviens toujours pas que les musulmans n'aient pas saisi l'occasion pour remettre le voile sur le tapis et exiger des écoles non-mixtes: quelle manque de réactivité), cette histoire de secte pas très claire… J'en oublie, c'est certain. <br /><br /> <b>semaine du 18/02/2008 : pression sur le président de la Cour de Cassation</b> - Intervention auprès du président de la Cour de Cassation pour lui demander de faire appliquer une loi dans un sens réprouvé par le Conseil Constitutionnel.<br /> - Nomination de Christine Ockrent à la tête de France Monde. (La presse européenne se moque de nous ou est choquée).<br /> - L'analyse d'un journaliste d'<i>El Pais</i> <a href="http://www.rue89.com/2008/02/21/courrier-international-et-sarkozy-lagardere-censure-aussi">traduite par <i>Courrier international</i></a> est menacée de censure par Lagardère (je copie/colle au cas où le lien ne serait pas pérenne):

Le groupe Lagardère a réussi à faire encore plus fort que Métrobus, la régie publicitaire de la RATP: dans des boutiques Relay de tout le pays, les employés ont dû plier le haut de l'affiche pour que ce titre sacrilège n'apparaisse pas: "Vu de Madrid, Sarkozy ce grand malade". Quand le ridicule se joint à la censure...
Cette inventivité s'explique simplement: Lagardère (propriétaire des Relay) a laissé la direction du magazine face à une alternative. Soit les affiches partaient à la poubelle, soit elles devaient être pliées. Courrier International, qui ne souhaitait pas gaspiller entièrement ses frais de promotion, a préféré plier. Ces affiches, de format vertical contrairement à celles censurées par Métrobus (lire ci-dessous), sont donc visibles à 600 exemplaires dans des Relay en France. Mais le haut est caché!
article de Rue 89

PS: penser à acheter Courrier international ce cette semaine.

6 mars 2008 : Quand les Allemands ont de l'humour.

J'hésite entre la honte et l'éclat de rire. Au cas où le lien se rompe, j'explique: il s'agit d'une vidéo dans laquelle Angela Merkel offre un stylo à Nicolas Sarkozy, l'un des accompagnateurs allemands précisant: "je crois que vous en faites collection".

26 mars 2008 : En revanche, les Anglais ne sont pas toujours des gentlemen.

Lors de la première visite officielle des Sarkozy en Angleterre, un tabloïd afficha une photo de Carla Bruni nue, datant de ses années de mannequin. (Cette visite fut par ailleurs un succès).
Perfide Albion!
(Je trouve cela tout à fait unfair.)

14 juillet 2008 : Une Légion d'honneur déshonnorante

Nicole Choubrac, vice-présidente chargée des affaires familiales au tribunal de grande instance de Nanterre, avait réglé la séparation du couple Nicolas-Cécila Sarkozy en octobre 2007.
Elle a été nommée chevalier de la Légion d'honneur lors de la promotion du 14-Juillet sur le contingent du ministère de la justice.
[source: Le Monde du 16 juillet 2008, p.8]

28 octobre 2009 : "Nicolas Sarkozy aurait mieux fait de nommer son fils à la Cour des Comptes"

Ce billet étant tombé dans l'oubli, j'avais renoncé à l'exhumer pour #jeansarkozypartout (c'est par ce tag que j'ai découvert l'affaire sur twitter, un soir à Cerisy, sans bien comprendre ce qui se passait).
Le rapport de la Cour des comptes et la douche à 245 572 euros m'aura fait changer d'avis.
- La présidence française de l'Union européenne a coûté 171 millions d'euros, soit à peu près le double de ce que dépensent en moyenne les autres pays lorsque c'est leur tour.
- Début octobre, Jean Sarkozy, 23 ans, en deuxième année de droit, était pressenti pour devenir président de l'Epad, provoquant un tollé chez les gens sérieux, le rire chez les gens pas sérieux (jusqu'en Chine...). Charles Bremner parle de République bananière.

juin 2010 : Ça devient inquiétant

Il s'agit de moins en moins des frasques plus ou moins privées d'un garçon mal élevé, mais bien d'une conception de la vie ahurissante et malhonnête qui entâche toute la sphère politique.
- Sarkozy se penche sur le football plutôt que sur les scandales qui touchent ses ministres, Madame Boutin et M. Woerth (par épouse interposée). Je note, toujours en cas de disparition des sources sur le net: «Les enregistrements pirates d'un maître d'hôtel indélicat révèlent les liens qui unissent Liliane Bettencourt (ou son entourage), Nicolas Sarkozy et le couple Woerth. Problème : l'héritière L'Oréal dispose aussi de comptes en Suisse...» Liliane Bettencourt a porté plainte. «Mais, alors que nos confrères de Mediapart sont assignés jeudi par la milliardaire et son conseiller, et sommés de retirer les conversations sous peine d'une astreinte de 10 000 euros "par heure de retard et par extrait", la question qui domine toutes les autres est simple : le public a-t-il intérêt à avoir connaissance de ces informations ? Et la réponse l'est tout autant : c'est oui. Les conditions de l'embauche de l'épouse du ministre du Budget au service de la milliardaire, la connaissance précise qu'avait Mme Woerth de l'évasion fiscale pratiquée par cette dernière, à l'heure où son mari multipliait les moulinets contre les comptes en Suisse, sont des sujets d'enquête d'intérêt public. Ne nous y trompons pas : contrairement aux termes hypocrites des deux assignations, ce n'est pas pour avoir violé la vie privée, que Mediapart est assigné. Meilleure preuve : comme c'est curieux, les plaignants n'assignent pas Le Point, qui a pourtant choisi, dans les mêmes conversations, des passages touchant bien davantage à la vie privée de la milliardaire et de son cher photographe, en prenant garde d'expurger tout ce qui pourrait éclabousser le couple Woerth.»
L'affaire vue de l'étranger, par La Tribune de Genève.
- (Passons sur les émoluments de Christine Boutin et les cigares de Christian Blanc).
- France Inter remercie Didier Porte, Stéphane Guillon et (ce n'est pas encore sûr à l'heure où j'écris), François Morel. Ce n'est pas que je les regretterai tant que ça (je n'écoute pas France Inter), mais est-ce vraiment normal?
- Une loi visant à réformer le champ des poursuites de la prise illégale d'intérêts des élus locaux.

La blague du mardi (je suis un peu décalée) (et un doute me vient: elle est sans doute très connue)

— Ségolène, la tache qui rit.

La différence entre assurance et solidarité

Ce soir à 18h30, je serai .
Je sais, c'est un peu tard pour prévenir, mais je doute que cela intéresse qui que ce soit. Et non, ce n'est pas professionnel, c'est ma façon de gagner du temps, d'apprendre en deux heures (enfin, d'apprendre: d'obtenir une première teinture) ce qui me demanderait des heures de lectures (que je ne ferais pas) et ce que les médias ne m'expliqueront jamais.
Autre curiosité: découvrir la Cour de cassation et les ors de la République... (si vous désirez venir, n'oubliez pas de vous inscrire en ligne: il s'agit de mesures de sécurité).


Cycle Assurance et protection sociale - Les risques marchands et non marchands : quelles clefs de répartition?
Késako?
Il s'agit dans le cadre de la directive européenne sur les services ("ex-Bolkestein", profondément remaniée) de croiser deux axes de réflexion:

1/ Dans le cadre de la directive sur les services, que va devenir le secteur social, qui couvre «l'économie sociale, l'éducation populaire, le soutien aux familles, la politique de la petite enfance», financé par les prélèvements sociaux? Ce secteur devra-t-il être soumis intégralement à la concurrence pour obéir à la directive européenne?

Définition du secteur non marchand : aucune définition n'est donnée à priori au niveau de l'Union européenne, il s'agit d'une appréciation au cas par cas, selon les pays, selon les équilibres nationaux, au fur à mesure des affaires jugées par la Cour de Justice des Communautés européennes. (Rappel en gros: vous payez votre femme de ménage, c'est du secteur marchand, elle est payée par les allocations familiales ou la sécurité sociale, c'est un service non marchand).

Débat entre ceux qui pensent que l'Union européenne participe de la pensée libérale — ce qui est à peu près ce qu'on entend tous les jours dans les discours politiques, relayés et amplifiés par les médias — et ceux qui constatent, de facto, que l'étude de la jurisprudence de la CJCE montre que « la solidarité a progressivement acquis la valeur d'un principe juridique en Droit communautaire» tandis que «les systèmes de solidarité ont fait preuve d'une remarquable robustesse, du moins dans la vieille Europe»1.


2/ Quelle différence entre l'assurance et la solidarité?
Cette différence est fondamentale pour comprendre les choix de société que nous avons à faire, que nous allons devoir faire, mais elle est rarement expliquée.

Je vais faire un détour dans mes explications en développant un exemple.
Il existe en assurance la notion de "zonier". Le zonier pévoit des tarifs différents en fonction des risques que présente chaque zone géographique (la zone peut être la commune, le département, un pays (le risque de terrorisme, le risque politique, etc.),...)
Pour donner un exemple s'appliquant à un particulier, s'il existe un zonier, vous ne paierez pas la même prime d'assurance contre le vol pour la même surface d'appartement protégée par les mêmes serrures à Tulle ou à Paris. Il peut ne pas avoir de zonier, ou sa maille peut-être plus ou moins fine: il s'agit de choix que font les assureurs quand ils construisent leur tarif (algorithme basé sur des statistiques). Par exemple, la Maif, mutuelle des instituteurs et des professeurs, a longtemps tarifé sans zonier, ce qui voulait dire que l'habitant de Tulle payait un peu pour l'habitant de Paris. C'était un système fondé sur la solidarité, typique d'un véritable esprit mutualiste (Juste ou pas juste? On peut considérer que l'habitant de Tulle payait le fait de courir moins de risques, on peut répondre que l'habitant de Paris n'avait qu'à choisir d'habiter Tulle... Etc.)
S'il n'existe pas d'autre mutuelle ou assurance que la Maif, la situation est figée. Mais si le secteur est concurrentiel, l'assuré habitant Tulle choisira peut-être un jour une assurance ayant un tarif basé sur un zonier correspondant au niveau de risque que représente Tulle, c'est-à-dire faible. Il fera le choix de l'assurance contre celui de la solidarité.

Question: jusqu'où peut-on mutualiser, jusqu'à quand peut-on faire payer ceux qui présentent le moins de risques pour ceux qui en présentent davantage?
Réponse: tant que ceux qui présentent le moins de risques acceptent de payer pour les autres, tant qu'ils ne résilient pas leur contrat pour passer à la concurrence.

Problème: la concentration des mauvais risques.
Exemple encore: à la fin des années 90, la Macif avait entrepris de résilier tous les contrats habitation situés en zone inondable dans la vallée du Rhône2. Cela lui permettait de baisser ses primes et devenir très attractive pour les bons risques... tandis que les assureurs qui acceptaient les maisons à risques étaient logiquement obligés d'ajuster leur prime à la hausse et de devenir moins concurrentiels...3.

C'est ce qui se passe dans un secteur de la santé fonctionnant librement: très vite, les meilleurs risques paient de moins en moins chers, tandis que les plus "mauvais" (cigarette, antécédents familiaux, métiers à risque, etc) n'ont plus les moyens de payer leur prime alors que ce sont eux qui en ont le plus besoin.

Or un pays ne peut jamais s'abstenir totalement de soigner les plus démunis, non par humanité, mais par rationalité: car il y aura dans ce cas des risques d'épidémie (cf. la malaria, le sida, etc.). D'autre part, les soigner trop tard n'est pas une solution non plus: il coûte moins cher à la collectivité de soigner une bronchite qu'une pneumonie ou une tuberculose...

Les pays (européens) (l'Allemagne, l'Italie et les Pays-Bas) qui laissent le choix de leur assurance à leurs concitoyens ont dû mettre en place des systèmes de compensation obligeant les sociétés d'assurance attirant les meilleurs risques à reverser une quote-part à ceux prenant en charge les plus mauvais, péréquation compliquée à calculer et à rendre efficace.
En France, la Sécurité sociale obligatoire permet la solidarité entrel les bons et les mauvais risques. Une législation fiscale plus favorable pour les complémentaires de santé qui ne font pas remplir de questionnaires de santé incite également à une répartition équilibrée des "bons" et "mauvais" risques.

Vers quoi va-t-on aujourd'hui? Une privatisation de l'hôpital public (la crainte sous un gouvernement de droite... sachant que du fait d'une gestion défaillante, les hôpitaux publics coûtent bien plus chers que les hôpitaux privés à soins égaux fournis) ou une étatisation de la médecine privée (multiplication des contraintes pour les médecins afin de contrôler les dépenses de santé)? A la lecture des textes, les juristes eux-mêmes ne sont pas d'accord entre eux.

Je vais donc aller écouter quelques interventions sur ces sujets ce soir.


P.S.: Cette présentation est une présentation"d'amateur". Il est possible que j'y expose des partis pris dont je n'ai pas conscience, étant loin de maîtriser toutes les finesses du sujet.
Mes partis pris conscients: je suis pour la Sécurité sociale "à la française" qui organise la solidarité (ce qui n'empêche pas souhaiter de la rendre plus efficace et moins coûteuse) et pour l'Union européenne qui, quoi qu'on en dise, ne l'interdit pas et aurait même tendance à la défendre. (Pourquoi ne dit-on pas davantage que l'Europe est souvent un recours pour les citoyens contre leur propre Etat?)





Notes
1 : Alain Supiot, M. E. Casas, J. de Munck, P. Hanau, Au-delà de l'emploi : transformations du travail et devenir du droit du travail en Europe : rapport pour la Commission des Communautés européennes, Flammarion, coll. «Flammarion Documents et Essais», Paris, 1999. (Notons pour ne pas donner une image contraire de l'opinion d'Alain Supiot par une citation isolée, qu'Alain Supiot pense justement que la CJCE vide le champ social de son contenu.)
2 : Le contrat d'assurance est un contrat; il faut l'accord des deux parties, on ne peut parler d'un refus de vente.
3 : En France, quand une telle situation dégénère, on assiste généralement à l'intervention du législateur. Exemple: la Corse.

Pour l'Europe : un peu de politique

Je m'aperçois que j'ai si bien assimilé les principes républicains qu'il ne me vient jamais à l'idée d'exposer mes opinions religieuses ou politiques, elles font pour moi entièrement partie de la sphère privée, et un blog est déjà public.
D'autre part, il me semble que chacun choisit le parti pour lequel il vote en fonction de son histoire personnelle, avec sa raison et son cœur, et qu'il n'y a aucune raison de vouloir le faire changer d'opinion. La sienne est forcément la meilleure pour lui, c'est celle qui lui convient le mieux, tautologiquement.
Bref, je suis une bien piètre militante.

Cependant cette fois-ci je vais faire une exception. J'ai trop regretté de n'avoir pas bataillé plus ferme lors du referendum sur l'Europe, ahurie que j'étais par la mauvaise foi et la violence des partisans du non (surtout, je ne croyais pas, je n'ai pas cru un seul instant, que le non pouvait l'emporter. C'était impensable, pas en France, pas la France).
L'Europe est un rêve, mais c'est un rêve avec des bases techniques et juridiques complexes, alambiquées, rendues plus alambiquées encore par les différences de langues et de traditions qu'il faut respecter. Elle se met en place lentement, à coups d'essais et de reprises, tant bien que mal d'élections en élections (car elle subit tous les à-coups dus aux changements d'équipes en place, à la fois ceux résultant des élections nationales dans chaque pays et ceux résultant des élections européennes).

Et je suis un peu agacée de savoir que ce que lui reprochent ses détracteurs, c'est-à-dire d'être compliquée et de se mettre en place lentement, est justement ce que ces mêmes détracteurs ne lui pardonneraient pas si elle allait vite, c'est-à-dire si elle écrasait tout en imposant tyranniquement sa volonté sans tenir compte des particularités nationales (perspective inenvisageable quoi qu'il en soit, l'écrire le fait percevoir immédiatement): la lenteur et le compliqué sont son handicap, sa contrainte et sa force, l'assurance de liens noués solidement. Après tout, le chemin parcouru en cinquante ans est impressionnant.

C'est donc un rêve qu'il faut protéger et défendre.

Je me rends compte que ce rêve est devenu pour moi inséparable d'internet et de la littérature, qu'entre les colloques réunissant des Espagnols et des Hollandais pour parler de la forme (littéraire et artistique) dans le bocage normand, des Ukrainiennes et des Italiens pour évoquer Poe à Nice, des Tchèques et des Allemands pour étudier la patristique à Paris, entre les projets Erasmus des uns ou Brigitte Sauzay des autres, entre les heures passées sur FB ou sur des blogs, l'Europe est devenue quelque chose de vivant et d'impalpable, que je serais très malheureuse d'abandonner, même si je peste à l'idée qu'ils ont autorisé que le chocolat belge surgras soit appelé "chocolat" (et autres râleries du même acabit).

Réunion du Modem ce soir (j'ai ma carte, si si). Marielle de Sarnez venait à Yerres, avec pour invité d'honneur Sandro Gozi, député européen italien, qui devait nous parler d'économie tout en illustrant la volonté de différents partis nationaux de s'unir pour un véritable projet européen.
Le slogan est simple: l'Europe économique doit être au service de l'Europe sociale. Sandro Gozi a très justement appelé à une harmonisation des fiscalités permettant de donner un sens à un espace économique de libre circulation. Il souhaite également que l'Union européenne puisse être représentée par une unique personne lors des sommets internationaux (comme le G20), plutôt que de présenter le ridicule d'être accompagné de représentants de chaque pays européen. Etc, etc: toute la difficulté est de trouver un équilibre entre ce qui est de l'ordre du projet (à court ou moyen terme) et ce qui est de l'ordre de l'horizon (ceux vers quoi l'on doit tendre, même si c'est à trente ou quarante ans).

Quoiqu'il en soit, mon but ici n'est pas de vous convaincre de la pertinence des idées du Modem, mais de vous adresser une seule prière, de vous geuler une seule injonction: allez voter le 7 juin! Pour qui vous voulez, mais allez voter!


Rappel : le traité de Lisbonne en 10 fiches, une revue de presse de la presse européenne et un site clair présentant les élections.


Un petit mot de Rémi.

Otages

L'une des grandes ruptures de mon enfance est notre retour en France, en juillet 1975 (dont je n'ai pris vraiment conscience qu'à la rentrée, en septembre). Nous avions loué une maison à La Chaussée-Saint-Victor, nous n'avions pas la télévision, je me souviens de la cuisine, des flancs gris d'aluminium du four encastrable posé sur une table d'écolier, la radio parlait de Tabarly, d'Alain Colas et de Madame Clausse, prisonnière du Polisario Claustre. Personne ne se souvient de Madame Claustre, mais je me souviens des semaines à se demander si cette femme et ses deux collègues français seraient libérés ou tués, cela se passait dans mélangeait dans mon esprit avec la guerre dans le désert marocain, je me sentais concernée, l'un des otages était l'ami d'amis de mes parents, ils le connaissaient (et quelques années plus tard nous avons pris le thé chez lui à Annemasse)[1].
Je me souviens des otages retenus dans l'ambassade américaine en Iran entre 1979 et 1981, cela n'en finissait pas et j'ai bien cru qu'ils seraient tous tués. Je me souviens de mes premiers drapeaux américains brûlés, de la découverte de la haine idéologique, impersonnelle, impossible à raisonner.
Je me souviens confusément d'enlèvements et de meurtres, je n'y comprenais pas grand chose et cela ne m'intéressait pas, la bande à Bader, Carlos, le baron Empain, un doigt coupé, Patricia Hearst, les Brigades rouges, tout cela créait une rumeur confuse de monde violent, dangereux et absurde. Des avions étaient détournés et assaillis, il y avait des morts, j'ai su très tôt ce qu'était le syndrome de Stockholm (chez ma grand-mère, à côté des Pif gadget prêtés par la voisine, il y avait Sélection du reader's digest et ses histoires haletantes).
Plus tard il y eut les journalistes enlevés au Liban, cela recoupait mes lectures de SAS, là encore cela dura des jours, le journal du soir commençait avec le visage des otages et l'énoncé du nombre de jours de captivité, il y avait les gens pour et les gens contre, c'était le début de l'"otage business" mais on ne le savait pas. Michel Seurat est mort, je pensais qu'aucun n'en reviendrait, je me souviens du livre de sa femme paru alors que je travaillais à la librairie Mollat, je ne peux pas entendre le nom de Jean-Paul Kaufmann sans tressaillir (je me souviens d'un jour pas si lointain où il est venu parler de cigares sur France Inter: j'en suis restée interloquée, comment pouvait-il être aussi futile après ce qu'il avait vécu, c'était le monde à l'envers, son histoire semblait m'avoir davantage marquée que lui).

Ensuite j'ai dû faire moins attention ou la prise d'otage est passée de mode. Il reste malgré tout dans ma mémoire la prise d'otages dans l'école maternelle de Neuilly, l'angoisse pour les enfants et la fin pas très propre qui laisse un goût étrange (de l'art de faire un exemple pour dissuader d'éventuels imitateurs (et plus tard, la terrible fin de la prise en otage d'une école par des rebelles tchétchènes me rappellera Neuilly, ce qu'aurait pu être Neuilly, ce que n'était pas la France par rapport à la Russie)) et la délivrance spectaculaire d'un avion retenu à Alger. Depuis septembre 2001, personne n'a essayé de détourner un avion (si, une fois: les passagers ont maîtrisé le détourneur, la leçon a été bien retenue).

Il y a eu il y a trois ans (2005) l'enlèvement de Florence Aubenas. Curieusement je n'ai jamais réellement craint pour sa vie, avais-je vieilli et étais-je blasée, ou le traitement journalistique de l'affaire me faisait-il trop considérer tout cela comme du cirque, quelque chose de pas vraiment sérieux et destiné avant tout à faire de l'audience?
Il s'est produit un peu le même phénomène pour Ingrid Bettancourt. J'ai toujours pensé qu'elle s'en sortirait, qu'elle était une monnaie d'échange et qu'on ne tuait pas une monnaie d'échange. Je ne m'y intéressais pas et d'une certaine façon, je ne m'y suis jamais intéressée.
Cependant, en décembre ou janvier dernier, pour la première fois, j'ai eu peur et pitié pour elle: que se passait-il? Pourquoi cette photo d'Ingrid Bettancourt blême et défaite? Voulait-on nous préparer à l'annonce prochaine de sa mort? Pour la première fois, j'ai eu peur pour elle, j'ai pensé qu'elle allait mourir ou qu'elle était peut-être déjà morte, j'ai espéré que "tout irait bien" et qu'elle s'en sortirait — non parce que c'était elle, mais parce que c'est à peu près ce que je souhaite à chacun.

Et voilà. Elle est libre. Elle va bien. Je suis heureuse pour elle, mais plus que ça: lorsqu'on a comme moi une conception globale du bien-être et du mal-être de l'humanité, lorsqu'on se demande dans quelle mesure il est possible de faire reculer le mal (le mal et le bien sont-ils un jeu à somme nulle, ne peut-on faire croître l'un sans faire croître l'autre, ou est-il possible d'obtenir un total positif? (ou négatif...)), toute libération, tout acte positif, est un point gagné contre le malheur.

J'entends dans les conversations et je lis sur les blogs des inepties: ceux qui pensent qu'elle n'est pas assez maigre, ceux qui la trouvent bête, ceux qui la trouvent intelligente, ceux qui jugent ses enfants, ceux qui font des calculs compliqués pour savoir si elle a été libérée au bon moment par les bonnes personnes pour la bonne cause..., ceux qui finalement se demandent, à voix haute ou à voix basse, si elle en valait la peine, si elle valait la peine de tant de mobilisation et d'attention, et se faisant, exposent seulement leur unique préoccupation: faire les malins, se faire remarquer, ne pensant pas plus aujourd'hui ce qu'ils écrivent que ce qu'ils écrivaient hier...

Dimanche, je cherchais dans La Prédominance du crétin une référence aux «intellectuels pouf-pouf» (les marxistes fumeurs de pipe). Je suis tombée sur ce passage (il s'agit d'éditoriaux italiens écrits dans les années 70):

Une guerre de larmes, déchirante, serpente à travers les milieux les plus illuminés d'Europe.
«Pourquoi ne pleurez-vous pas sur le Cambodge?» «Personne ne peut nous accuser de ne pas avoir pleuré sur le Viêt-nam!» «Ceux qui n'ont pas pleuré sur Prague n'ont pas le droit de pleurer sur le Liban!» «Si vous avez pleuré pour les Biafrais, vous devez pleurer pour les Afghans!» «Faisons honnêtement notre autocritique: nos pleurs pour l'Iran sont moins copieux que nos pleurs pour le Chili.»
Fruttero & Lucentini, La prédominance du crétin, p.126

Il me fait penser a contrario au "cas" Bettancourt. Il est stupide de larmoyer sur commande pour exposer son bon cœur et ses convictions politiques.
Il est abject de regretter d'avoir pleuré pour jouer les esprits forts.


Notes

[1] Non, vérification faite, les noms ne correspondent pas: c'est cet ami qui avait été enlevé par le Polisario, peu après, presque au même moment. Cette prise d'otage-là a duré beaucoup moins longtemps que celle de Françoise Claustre. Mes souvenirs ont confondu les deux enlèvements.

Repas post-électoral

La conversation a roulé sur les villes, les cantons, les interco(mmunicipalités), les maires, les adjoints, les conseillers généraux, les présidents de conseils généraux, les élus en général, la revue des ex-, la revue des maîtresses et des amants. Je crois que je n'avais jamais autant entendu parler de cul que ce soir, ni en club de sport, ni en bureau des élèves, ni en foyer étudiant, ni sur les pdblogs.
Mais c'était un peu triste, car au-dessus des parties de jambes en l'air planait le soupçon du commérage et de l'intérêt.
Un bon sujet de Brigade mondaine, en tout cas. Nous avons décidé d'écraser une conseillère générale avec un camion-poubelle.

La Convention municipale du Modem

Dimanche, j'ai assisté à la convention municipale du Modem à la maison de la Chimie. Je n'ai aucune expérience de ce genre de rassemblement et donc aucun élément de comparaison, mais j'ai été étonnée que l'ambiance soit aussi chaleureuse, idéaliste, parmi des gens heureux d'être là. Pas de mépris, de regard hautain, de la part de notabilités installées depuis longtemps, en train de discuter de budgets à obtenir auprès d'amis bien placés, mais des échanges d'expériences et d'idées : «Et vous, vous faites comment pour...?». Mon cynisme me fait me demander combien de temps cela va durer, mais comme cela semble être l'inquiétude d'un certain nombre de participants, on peut supposer que cela durera un peu plus longtemps qu'ailleurs.

Mes enfants sont unanimement d'accord pour trouver cet orange ridicule, mais c'est très gai, cet orange. Une écharpe en polaire orange à deux euros, cela ne se refuse pas.

Après avoir nommé toutes les têtes de liste présentes dans la salle, ce qui était un peu fastidieux mais joyeusement géographique, François Bayrou a appelé à la tribune une vingtaine de candidats. Il était à la fois émouvant et encourageant de constater souvent l'inexpérience et l'enthousiasme des nouveaux venus, "les adhérents de mai", comme les a appelés un intervenant. Je pensais aux origines de la République, je me disais que cela devait ressembler à cela, chaque fois que dans l'histoire des gens se sont réunis pour essayer de changer les choses, le cœur plein d'utopie, ne sachant pas trop par quoi commencer mais retroussant leurs manches pour se frotter au terrain et à la réalité.

Trois points à propos des interventions des candidats:

Une opposition impensable
Un nombre étonnant de candidats a raconté la même expérience. Se présentant dans des villes tenues par le même maire ou la même tendance politique depuis des dizaines d'années, ils rencontrent la même surprise et la même incompréhension de la part des équipes en place: «Comment osez-vous?» est la phrase qui revient. Ces maires ont l'habitude de ne pas être contestés et le prennent comme une attaque personnelle, et non comme le jeu naturel de la démocratie, qui prévoit la possibilité de donner le choix aux électeurs.
C'est une constatation vraiment étonnante: nombre de maires ne conçoivent pas qu'on puisse s'opposer à eux. Je vais donner quelques noms et citer quelques interventions illustrant cet état de faits, dans l'ordre de montée à la tribune:

  • Michel Fanget, tête de liste à Clermont-Ferrand : il n'y a pas eu d'alternance dans cette ville depuis la dernière guerre.
  • Clotilde Ripoull à Perpignan : La même famille tient la ville depuis cinquante ans. La presse locale est manipulée/manipulatrice. Les sondages intervenus trop tôt ont été défavorables mais ce qui prouve que la liste MoDem inquiète, c'est que la gauche comme la droite lui ont fait des propositions de liste commune.
  • Mireille Alphonse à Montreuil : le même parti est au pouvoir depuis 1935 et le même maire depuis 1984. (Mireille Alphonse a fait rire toute la salle en ajoutant :«Et ce maire a intitulé sa liste: "Montreuil en plein élan".») Ce maire se targue d'avoir été élu avec 100% des voix en 2007 suite à un accord de désistement avec les socialistes: il n'y avait plus d'opposition. C'est un score de république bananière. (Avouons-le, j'ai adoré l'intervention de cette dame, son émotion, sa voix qui s'affermissait peu à peu, son humour, son punch, son idéal. J'aimerais beaucoup pouvoir revoir son intervention, qu'elle soit déposée sur Youtube ou Daylymotion).
  • Marie Darves-Bornoz à Bagneux : la ville est communiste depuis soixante-treize ans. Les élections se jouent traditionnellement entre gauche et droite extrêmes.
  • Christophe Ginisti à Issy-les-Moulineaux : le maire sortant, voulant faire de l'humour, lui a demandé: «Que venez-vous faire sur mes terres?» Le maire sortant se présente comme un centriste "historique" («préhistorique», a ajouté perfidement Ginisti), mais il n'est pas démocrate: il n'existe pas de salle municipale disponible pour tenir des réunions politiques. Deux salles sont disponibles à la maison des Associations pour cent associations répertoriées.
  • Caroline Ollivro à Rennes : le maire est le même depuis 31 ans. A Rennes les médias jouent le jeu, et les débats hebdomadaires dans la presse ou au niveau national ont lieu entre les trois familles politiques: gauche, droite, centre.

Un accueil chaleureux
Je ne sais plus lequel des intervenants a eu ces mots: «Nous vivons une campagne heureuse.» Tous les candidats ont raconté à peu près la même chose : la gentillesse de l'accueil sur le terrain (marchés, etc), l'intérêt de la population, son écoute. La liste MoDem est une liste qui "ouvre l'esprit", dans le sens où elle laisse entrevoir qu'il est possible de bousculer l'ordre établi et le fatalisme du «ça ne changera jamais». La population ne présente aucune agressivité à l'égard du MoDem mais une grande curiosité. Dans certaines villes où il n'y a pas eu d'alternance depuis longtemps, il devient un recours, l'instance qui permet de s'exprimer, de dire ce qu'on a sur le cœur.

Des convictions simples
Les listes MoDem ont en commun d'être variées, en âge, en origine politique, en origine géographique. C'est une sorte d'appel aux hommes de bonne volonté. (Ceci est purement subjectif: c'est ainsi que je le ressens. J'ajouterais bien, mon pessimisme reprenant le dessus: «Pouvou que ça doure». Mais il faut bien prendre le risque d'être optimiste de temps en temps.)
Le credo et leitmotiv de leur programmes est "rendre la vie (quotidienne) plus facile aux gens" (transport, crèches, logement, urbanisme), et c'est l'enracinement de cette conviction qui fait que les élections municipales dans l'esprit MoDem sont forcément un enjeu local.
Les listes présentent une forte croyance en la démocratie locale (elles proposent souvent le referendum d'initiative populaire).



J'ajoute en PS les intervenants que je n'ai pas cités:

  • Gilles Artigues à Saint-Etienne
  • Olivier Henno à Saint-André
  • Eric Chevee à Chartes
  • Jean Luc Forget à Toulouse
  • Jean-Marie Vanlerenberghe à Arras
  • Olivier Gacquerre à Béthune. (Le maire sortant, c'est Jacques Mellick.[1])
  • Grégory Suslamarre à Boulogne/Mer
  • Eric Lafond à Lyon
  • Benoît Blineau à Nantes
  • Chantal Cutajar à Strasbourg
  • Corinne Lepage dans le 12e arrondissement à Paris
  • Jean-Luc Benhamias à Marseille
  • Marielle de Sarnez à Paris
  • Jean-François Mortelette à Blois
  • Yanick Leflot-Savain à Amiens
  • François-Xavier de Peretti à Aix-en-Provence


Intervention de François Bayrou

La matinée s'est terminé par un discours de François Bayrou.
Je n'ai pas l'impression que la télévision a repris les analyses et les phrases qui m'ont fait sourire. Grâce à la retranscription en ligne, je fais un copier/coller:

  • le choix entre les deux tours de l'élection (avec le beau refrain rhétorique «je n'aurais pas imaginé»):

J'ai vécu intensément, on va le dire comme cela, parfois douloureusement, la période qui nous a séparés de l'élection présidentielle et, si je puis vous en faire la confidence aujourd'hui, dans ma vie d'homme, personnel, dans ma vie politique, je n'ai jamais connu de moment plus difficile que l'entre-deux tour de l'élection présidentielle de 2007.
J'avais évidemment avec le programme de Ségolène Royal de graves et profondes contradictions, notamment en matière économique, en matière de rôle de l'État, sur le SMIC, sur les 35 heures. J'ai appris d'ailleurs par la suite que si j'étais en désaccord avec son programme, elle ne l'était pas moins ! Mais cette contradiction ajoutée à l'état du parti socialiste, à l'inspiration du parti socialiste rendait évidemment, pour moi, impossible tout rapprochement, même si j'ai accepté un débat avec elle et même si, sur certains sujets en matière d'institution, il y avait évidemment des points de rencontre.
D'autre part, il apparaissait aux yeux de tous y compris aux miens, depuis longtemps, que ce deuxième tour était joué à l'avance. Tous les sondages, toutes les enquêtes, et la seule observation du face à face entre les 2 candidats suffisait à donner cette certitude.
En désaccord avec le programme de la candidate socialiste, considérant la victoire assurée de Nicolas Sarkozy, voyant la plupart des élus présents dans nos rangs à l'époque se précipiter pour monter dans le train du vainqueur, tout le confort, la prudence, le zèle de mes amis, le mouvement naturel des choses politiques, tout me conduisait, sinon au soutien, du moins au silence, dont nul ne m'aurait fait grief et dont beaucoup se seraient féliciter.
Mais je savais, avec une certitude intérieure qui ne s'est jamais démentie, pour l'avoir beaucoup observé depuis des années, que, tant du point de vue des choix politiques que de sa conception du pouvoir et simplement de la vie, Nicolas Sarkozy bien loin de résoudre les problèmes qui se posaient au pays allait se trouver en contradiction avec les attentes de la France et les exigences de l'heure.
Je n'avais avec lui aucune incompatibilité d'humeur contrairement à ce que l'on a écrit, mais je voyais la France, ses attentes, ses besoins, ses espoirs, et je le voyais lui, ses soutiens, ses méthodes, ses fascinations et je me disais : cela ne pourra pas aller.
C'est au terme de ce débat de conscience que j'ai conclu que mon devoir était de dire à mon pays, d'une manière ou d'une autre, à mes compatriotes qui venaient de me manifester une aussi large confiance, le fond de ce que je pensais. J'ai ainsi prononcé la phrase que l'on m'a tellement et si souvent reprochée dans nos rangs, par tant d'experts et par tant de sages, j'ai dit : Je ne voterai pas Nicolas Sarkozy.
Pendant ce long débat de conscience, je n'ignorais rien de la tâche qui, dès lors, s'imposerait à nous et du chemin de solitude dans le monde parlementaire qu'il nous faudrait suivre un moment, mais je voulais que cela fut dit, à ce moment, en notre nom, au nom d'une partie du peuple français, une fois pour toutes même si je devais être seul à le dire. (Applaudissements...)
Il y avait une part des événements que nous avons vécus que j'imaginais très bien. Je savais parfaitement que les promesses faites étaient purement, simplement, strictement impossibles à honorer. Elles étaient, et ce n'est pas peu dire, plus impossibles encore à respecter que ne l'avait été aucun des trains de promesses fait par aucun des prédécesseurs de Nicolas Sarkozy à la présidence et, Dieu sait, pourtant, qu'il y en a eu pour n'être pas avare de promesses ! Mais celles-là étaient strictement impossibles à respecter étant donné leur accumulation, leur somme et l'état du pays.
Cela, c'était la partie attendue de l'évolution des choses sur laquelle aujourd'hui les yeux s'ouvrent sans qu'il puisse y avoir en rien la moindre hésitation d'interprétation de la part des citoyens.
J'étais pour le reste profondément inquiet, mais je dois dire que mon inquiétude n'allait pas jusqu'à imaginer que les choses iraient aussi vite. Je n'aurais pas imaginé la nuit du Fouget's. Je n'aurais pas imaginé l'utilisation perpétuelle de la vie privée, le goût affiché pour le showbiz, le luxe, le train de vie à grandes guides. Tout cela qui est, selon moi, en contradiction directe avec la France, en tout cas, avec ce que je crois être l'esprit, la tradition et l'âme de la France.
Je n'aurais pas imaginé tant d'incertitudes et de contradictions sur la politique suivie, les dépenses pour une clientèle électorale quand il aurait fallu économiser, l'intervention continue sur tous les faits divers et, chaque fois qu'il y a un fait divers, l'annonce d'une loi alors que la loi précédente n'est pas encore appliquée, les pas en avant et les pas en arrière, les commissions de toute nature, auxquelles on assure, à toutes sans exception, qu'on suivra à la lettre toutes leurs recommandations et qui sont toutes démenties, desquelles ont le dos tourné, les annonces retentissantes de plans multiples et variés, les Grenelles de toute nature, le brouillage de toutes les pistes sous les yeux effarés, je ne sais pas si vous les avez vus pendant le Plan banlieue, j'ai regardé Nicolas Sarkozy et ceux qui l'entouraient, les ministres à la tribune, les yeux effarés des membres de ce qu'il est encore convenu d'appeler le gouvernement en attente du seul événement qui compte, le remaniement annoncé qui aura lieu après les élections municipales.
Je n'aurais pas imaginé que l'on aurait en même temps la mise en cause des piliers de notre pays et de notre République, la liberté, l'indépendance de la presse, d'un côté, et la laïcité, de l'autre.
Je n'aurais pas imaginé la cour, dans l'acception la plus monarchique et ancien régime de ce terme, la cour avec ces pompes et ses ors, le perpétuel concours de servilité, l'exposition publique des conseillers qui s'expriment comme s'ils étaient membres du gouvernement, élus de la majorité et l'exposition publique des conseillers, les grâces et les disgrâces des favoris -il paraît qu'il y en a une qui est en cours- et, au bout du compte, la vanité, la vacuité de tout cela qui n'est pas autre chose que du sable qui file entre les doigts de sorte que la question qui se posera nécessairement quand on fera le bilan très vite est une question qui n'est ni de gauche ni de droite ni du centre ni une question de majorité ni une question d'opposition. Ce n'est même plus une question de projet de société, c'est une question nationale : qu'en est-il dans tout cela de l'image de la France et de la réalité de la société de notre pays ?

Je n'arrive pas à retrouver la petite phrase assassine concernant les maires UMP qui tentent désespérément de se démarquer de Sarkozy. Tant pis, elle a sans doute été prononcée à un autre moment.

Bien entendu, ce que j'ai copié est anecdotique, dans le sens où cela ne fait que synthétiser une analyse que tout le monde peut faire aujourd'hui (ce qui est intéressant à la rigueur, c'est que l'analyse date de mai dernier).
Le plus important est sans doute cet appel à faire de la politique (des choix et de la gestion) ensemble. L'opposition doit être associée aux choix municipaux, c'est une idée qui est revenue dans le programme de plusieurs candidats. C'est à nouveau un appel aux hommes de bonne volonté (aux hommes "compétents", dit Bayrou, moins utopiste).
In petto, je me demande si cette idée est compatible avec une vraie démocratie: est-ce qu'elle ne consiste pas peu ou prou à annihiler toute opposition? Mais bast, nous sommes aujourd'hui si loin de ce gouvernement du bon sens et de la bonne volonté qu'il faut sans doute commencer par le mettre en place avant de prendre la mesure de ses défauts pour chercher à les corriger.

Il y a d'autre part l'idée qu'il faut changer les institutions, ce qui m'inquiète toujours beaucoup. D'un autre côté, le monde a beaucoup changé depuis 1958, les rapports à la hiérarchie et au pouvoir ne sont plus les mêmes, et internet (l'internet collaboratif) ne va qu'amplifier ce mouvement dans les générations futures: des institutions dessinées aussi clairement pour soutenir le pouvoir d'un seul homme sont sans doute à revoir, au moins pour permettre un meilleur choix de cet homme (car le moins que l'on puisse dire, c'est que de ce point de vue-là, cela fait des années que le système ne donne plus satisfaction).


Notes

[1] Je n'en finis pas de m'étonner qu'une ville ait pu élire un menteur officiel, un fraudeur. Vous apprécierez ici la phrase «Signe des temps, l'ancien ministre socialiste a délaissé son bolide d'antan pour une vieille Peugeot dans laquelle il arpente les quartiers populaires.»

Omar Ben Laden veut un visa pour Londres

Je copie ici cet article de Stéphane Kovacs pour conserver une trace de la béance qu'il provoque. Car que penser? cet homme n'est pas responsable des actes de son père, et pourtant, comment ne pas souhaiter instinctivement le tenir à distance? C'est le moment où la loi doit contenir les pulsions.
Le quatrième fils d'Oussama rêve de s'installer dans le Cheshire.
Un visa de résident pour Mr Ben Laden ? Les fonctionnaires de l'ambassade britannique au Caire ont tiqué. Avant de devenir gentleman-farmer dans le Cheshire, de troquer son blouson de cuir pour une veste en tweed et de trouver une Britannique qui veuille bien porter son enfant, Omar Ben Laden, le quatrième fils de l'homme le plus recherché du monde, va devoir s'armer de patience…

En septembre 2006, en vacances en Égypte, Omar Ben Laden, 26 ans, rencontre la Britannique Jane Felix-Browne, 52 ans, déjà cinq fois divorcée, cinq fois grand-mère. Il est ferrailleur à Djedda, en Arabie saoudite, elle est décoratrice d'intérieur à Moulton, dans le Cheshire (au centre du Royaume-Uni). «Spécialisée, précise-t-elle, dans les cabines d'avion…» Coup de foudre devant les pyramides de Gizeh et mariage au Caire, en avril dernier. Jane devient Zaina Al Sabah Ben Laden, et Omar divorce de sa première épouse, mère de son fils de 2 ans.


«Je veux voir le monde»

Mais les jeunes mariés ont beaucoup de mal à voyager. «Avec son nom, mon mari a souvent des problèmes dans les aéroports…» note ingénument Zaina. Avec son père, le jeune homme n'aurait pourtant «en commun que le nom, poursuit-elle. Son cœur est pur, il est pieux : un vrai gentleman».

Omar affirme ne plus avoir de contact avec Oussama Ben Laden depuis l'an 2000. Il l'aurait vu pour la dernière fois en Afghanistan, où il effectuait, à 19 ans, un stage dans un camp d'entraînement d'al-Qaida. Un stage qui l'aurait d'ailleurs dégoûté des armes et de la violence : «Je ne veux pas combattre et mourir ­jeune, a-t-il expliqué à sa femme. Je veux voir le monde.»

À commencer par le Che­shire, où sa dulcinée possède une magnifique maison. Le couple souhaite aussi avoir recours à une mère porteuse pour avoir un enfant ensemble. Mr et Mrs Ben Laden affirment avoir reçu l'assurance que la demande de visa, effectuée en novembre, aura le feu vert dès que l'ambassade britannique aura reçu les documents saoudiens du divorce, prouvant qu'Omar n'est plus marié qu'à Zaina.

À Moulton, les Ben Laden promettent qu'ils continueront à vivre en « militants pacifistes». «Quand on est ensemble, Omar oublie le monde et tous ses soucis», proclame amoureusement Zaina. Avant de s'inquiéter : «Pourvu que le climat lui plaise !»

Occupation bizarre

Ce matin, à 6 heures et demi, j'étais à genoux devant le ficus du salon afin qu'on puisse prendre une photo de ma tête «avec du vert dans le fond».
(J'étais à genoux pour me trouver devant les branches les plus fournies du ficus, afin qu'on ne voit pas le mur à travers elles).






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Explication dix ans plus tard : il s'agissait de faire une photo pour la liste des élections municipales (dans le camp du Modem).

La démocratie, condition de la piraterie

Dans une étude très originale, Peter T. Leeson décrypte les relations de pouvoir dans les bateaux pirates. Une gouvernance d'entreprise particulièrement démocratique!

[...]
Des principes démocratiques. Comment faire travailler des hommes d'équipage aussi nombreux et violents en bonne intelligence? Sur les bateaux commerciaux et les bateaux militaires, la solution était autocratique : le capitaine avait toute autorité et l'exerçait le plus souvent de manière tyrannique. Y compris pour son profit personnel, rognant par exemple sur les provisions distribuées afin de pouvoir les vendre plus tard. Des comportements qui faisaient fuir une partie des équipages vers... les bateaux pirates. Car il y régnait une répartition des pouvoirs bien différente, aux principes démocratiques avérés.

Si le capitaine a toute autorité pendant les batailles, son pouvoir de dirigeant est sévèrement encadré. Il lui faut d'abord, pour devenir capitaine, être élu à la majorité des suffrages des marins et savoir au fil du temps conserver leur confiance. Les témoignages abondent de capitaines déposés par leur équipage pour cause de mauvaise gestion des batailles, des hommes ou pour couardise. Le capitaine ne dispose, par ailleurs, d'aucun privilège particulier: ses provisions et sa rémunération ne sont guère plus élevées que celles du reste de l'équipage.

Des constitutions pour garde-fous. De plus, contrairement à la marine traditionnelle, le capitaine est loin de concentrer tous les pouvoirs. Il doit partager ses prérogatives avec un quartier-maître, élu également. Celui-ci est chargé de la distribution des provisions, du partage du butin et de la résolution des conflits entre marins. Les quartiers-maîtres pouvaient être choisis comme capitaines ; ils avaient donc tout intérêt à bien exercer leur fonction. Néanmoins, leurs pouvoirs de décision sont encadrés par des «constitutions» écrites dont le contenu est, là encore, défini de manière consensuelle; par les marins. Celles-ci fixent les règles de répartition des bénéfices et le montant des bonus pour les pirates les plus méritants, elles listent les comportements inacceptables (bagarres, jeux...), définissent les conditions d'indemnisation en cas d'accident du travail (500 pièces pour la perte du bras gauche, 600 pour le bras droit, etc.) et établissent la sévérité des punitions en cas d'infraction au code commun, le vol d'un autre pirate étant considéré comme la plus infamante. Les marins circulant entre les bateaux pirates, tous ont adopté le même genre de constitution afin de limiter le pouvoir discrétionnaire du quartier-maître. [...]

extrait d'une note de lecture de Christian Chavagneux parue dans Alternatives économiques d'octobre 2007.

Le travail de Peter Leeson est disponible en ligne : An-Arrgh-Chy: The Law and Economies of Pirate Organization.

Ayaan Hirsi Ali et Peter Leeson

Le blog d'Ayaan Hirsi Ali, l'ex-députée hollandaise dans une situation pire que celle de Salman Rushdie, puisque son propre pays ne veut pas assurer sa protection.
En étudiant le sujet hier, j'ai découvert que le maire de Bruxelles avait interdit une manifestation qui souhaitait une minute de silence le 11 septembre "afin de ne pas embarrasser la population musulmane de la ville". Le maire n'était pas sûr de pouvoir assurer la sécurité des manifestants, a-t-il argumenté (ce qui n'est déjà plus la même chose que "ne pas embarrasser la population musulmane").

Dans un autre genre et sans rapport : le site d'un économiste anarchiste.

Et pendant que j'y suis à inaugurer cette nouvelle rubrique, j'en profite pour rappeler que Rémi a déménagé de Prague à Dubaï. Cette mésaventure m'a bien fait rire.

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Mise à jour le 3 juillet 2014: la page d'Ayaan Hirsi Ali.
Concernant Rémi (Diligent), il est désormais plus actif sur Facebook que sur son blog.

Digressions historico-politico-familiales

En sortant de La vie des autres, H. évoque un souvenir d'enfant du début des années 70: sa grand-mère yougoslave naturalisée française, devenant hystérique à la frontière, refusant d'entrer en Yougoslavie où ses enfants l'emmenaient en vacances revoir sa famille. Elle craignait qu'"ils" ne la laissent plus repartir.
J'évoque mes propres souvenirs, le kilo de café envoyé d'urgence en Pologne pour dépanner la famille qui avait emprunté du café à des voisins pour un mariage et n'arrivait pas à s'en procurer pour le rendre, un cousin éloigné de papa qui venait parfois à Vierzon avec sa fille voir ma grand-mère, mais jamais avec sa femme et son fils, qui restaient en Pologne pour garantir son retour. Ce cousin habitait près d'une église désaffectée, la nuit on venait le chercher pour être parrain lors de baptêmes célébrés en cachette. Il était parrain d'innombrables enfants.
Je me souviens de ma découverte du mot apatride («Ça veut dire quoi apatride?») à côté du nom de Martina Navratilova lors des matches de Roland-Garros et de l'horreur que ce mot avait fait naître, apatride, pire qu'exilé, sans aucun lieu pour se poser ou se reposer.
Je méprise les intellectuels occidentaux qui ont supporté le communisme. Je supporte mal un certain anti-américanisme. Quelles que soient les errances d'un président, les actions géopolitiques absurdes, violentes, hégémoniques, de soixante années de politique internationale américaine, on ne peut les comparer à ce qu'ont connu les pays du bloc soviétique, ne serait-ce que parce qu'on peut évoquer tranquillement cette politique brutale sans risquer sa vie (et je reste le souffle coupé devant un film comme Docteur Folamour, sorti en pleine guerre froide, un an après la mort de Kennedy). Les actuelles compromissions des pays occidentaux avec la Russie de Poutine ou la Chine me sont odieuses.

Je me souviens d'un devoir d'histoire en terminale, le professeur avait eu un geste désabusé au moment de la correction: «Personne n'a compris l'enjeu de ce texte, il s'agit d'évaluer la possibilité et les conditions de la réunification de l'Allemagne», je l'avais regardé comme s'il était fou: réunification? mais c'était totalement impossible, comment pouvait-on seulement y songer?
Je me souviens exactement de la première fois où j'ai entendu le mot pérestroïka, j'étais au lit à l'internat, j'écoutais la radio, le doute et la joie se mêlaient, fallait-il y croire, pouvait-on y croire, ne risquait-on pas d'être joué?
Je me souviens de la décision de la Hongrie en septembre 1989, j'étais en formation à Périgueux pour mon premier emploi, je regardais la télévision le soir seule dans ma chambre d'hôtel, le monde entier retenait son souffle. En juin, les étudiants chinois de la place Tian Anmen avaient été écrasés, qu'allait-il se passer?
Je ne comprends pas que Mikhaïl Gorbatchev ait totalement disparu de l'actualité, il est l'homme qui a le plus profondément changé le monde depuis 1945.

Tandis que passe la bande-annonce de Goodbye Bafana, C., 14 ans, demande: «C'est qui, Nelson Mandela?» Mon cœur manque un battement, est-il possible de ne pas savoir qui est Nelson Mandela? Je me souviens du regard de profond mépris de mon voisin en classe de seconde, lycéen sur-politisé comme il y en avait quelques-uns (entourés de quelques filles à longues jupes qui sentaient le patchouli), parce que je ne savais rien du boycott des oranges Outspan.

Parfois j'essaie d'imaginer ce qu'a pu être la décolonisation pour nos parents ou nos grands-parents, ou ce que c'était de vivre avant la seconde guerre mondiale. Le sentiment du monde est incommunicable, il ne peut qu'être imparfaitement reconstitué par recoupements successifs.

On n'est pas des boeufs

Michel Charasse sur France Info ce matin, commentant les visites du président de la République et des candidats à la présidence de la République au Congrès des maires qui se tient à Paris actuellement :
Ils viennent ici comme ils vont aux comices agricoles; là-bas ils vont voir des vaches, ici ils viennent voir des maires; ça impressionne peut-être les vaches, mais ça n'impressionne pas les maires.

Who rules China ?

En faisant un peu de ménage dans ma messagerie ce matin, je retrouve ce dialogue, reçu en novembre 2002.

We take you now to the Oval Office.

George: Condi! Nice to see you. What's happening?
Condi: Sir, I have the report here about the new leader of China.
George: Great. Lay it on me.
Condi: Hu is the new leader of China.
George: That's what I want to know.
Condi: That's what I'm telling you.
George: That's what I'm asking you. Who is the new leader of China?
Condi: Yes.
George: I mean the fellow's name.
Condi: Hu.
George: The guy in China.
Condi: Hu.
George: The new leader of China.
Condi: Hu.
George: The Chinaman!
Condi: Hu is leading China.
George: Now whaddya' asking me for?
Condi: I'm telling you Hu is leading China.
George: Well, I'm asking you. Who is leading China?
Condi: That's the man's name.
George: That's who's name?
Condi: Yes.
George: Will you or will you not tell me the name of the new leader of China?
Condi: Yes, sir.
George: Yassir? Yassir Arafat is in China? I thought he was in the Middle East.
Condi: That's correct.
George: Then who is in China?
Condi: Yes, sir.
George: Yassir is in China?
Condi: No, sir.
George: Then who is?
Condi: Yes, sir.
George: Yassir?
Condi: No, sir.
George: Look, Condi. I need to know the name of the new leader of China. Get me the Secretary General of the U.N. on the phone.
Condi: Kofi?
George: No, thanks.
Condi: You want Kofi?
George: No.
Condi: You don't want Kofi.
George: No. But now that you mention it, I could use a glass of milk. And then get me the U.N.
Condi: Yes, sir.
George: Not Yassir! The guy at the U.N.
Condi: Kofi?
George: Milk! Will you please make the call?
Condi: And call who?
George: Who is the guy at the U.N?
Condi: Hu is the guy in China.
George: Will you stay out of China?!
Condi: Yes, sir.
George: And stay out of the Middle East! Just get me the guy at the U.N.
Condi: Kofi.
George: All right! With cream and two sugars. Now get on the phone.

(Condi picks up the phone.)
Condi: Rice, here. George: Rice? Good idea. And a couple of egg rolls, too. Maybe we should send some to the guy in China. And the Middle East. Can you get Chinese food in the Middle East?
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