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A Nanterre

A Nanterre pour l'avant, ou l'avant-avant, ou l'avant-avant-avant dernière fois.
J'y vais pour poster des lettres : impression, timbres, c'est plus simple ainsi.
J'ai posté mon futur contrat de travail.

Partis ensemble, H. et moi. Il testait pour la première fois le trajet jusqu'à Bois-Colombes, où il a un client en passe de devenir son employeur. On pouvait difficilement rêver plus compliqué d'accès à partir de Moret (je pense à cet ami toujours surpris par nos choix insensés. Il n'y a pas d'explication rationnelle à ce phénomène).

H. est revenu en passant par Yerres récupérer sa voiture (laissée à O. quelques temps). J'en ai profité pour ramener de mon côté les livres en attente au bureau.

Et donc, en grande partie pour Dominique qui un jour a voulu savoir ce que je transportais:
- Julien Green, Dixie, réservé par Patrick,
- Wole Soyinka, Cet homme est mort, car je garde à jamais le souvenir de ma honte quand un client de la librairie Mollat m'a dit incrédule «Vous ne connaissez pas Soyinka?» (celui-ci venait d'avoir le prix Nobel de littérature)
- Peter Handke, Le Chinois de la douleur
- Thomas Wolfe, L'ange banni
- Théophile Gautier, Le Capitaine Fracasse, en Classiques Garnier (les "jaunes") relié. Va remplacer mon poche
- Jorge Luis Borges, Le livre de sable, là aussi pour remplacer un poche
- Donald Westlake, 361
- Donald Westlake, Les sentiers du désastre
- Donald Westlake, Le paquet (j'ai un faible pour Westlake: enfin un polar américain qui ne se prend pas au sérieux)
- Charles Bukowski, Nouveaux contes de la folie ordinaire (pour savoir enfin ce qu'il raconte, au delà de ses contempteurs)
- Charles Bukowski, Contes de la folie ordinaire (les deux aux éditions Sagitaire: pas sûre qu'elles existent encore)
- Dino Buzatti, Le rêve de l'escalier
- Dino Buzatti, Les nuits difficiles
- Dino Buzatti, Le régiment part à l'aube (Buzatti, c'est l'hommage au père d'une amie italienne quand j'étais en seconde)
- Dino Buzatti, Le désert des Tartares (je vais donner mon poche)
- Toni Morrison, La chanson de Salomon (parce que Morrison, sa puissance)
- Göran Tunström, Le buveur de lune (parce que j'aime Le voleur de Bible)
- M Malinski, mon ami Karol Wojtyla (un livre rescapé: je voulais le donner, au dernier moment j'ai décidé de le lire d'abord, pour juger)
- Benoît XVI, La charité dans la vérité (idem. Un livre est toujours plus facile à lire que sa version en ligne)

Tout cela était lourd. Je continue Le grand incendie de Londres. Emotion du voyage à Londres. Dans le train, deux jeunes gens discutent. L'un raconte notre situation: «j'en ai marre de faire le tampon entre X [son frère] et mes parents.»

Soulagement: investiture de Joe Biden sans incident.

J'ai décidé de lire ma bibliothèque

J'ai décidé de lire ma bibliothèque par étagère. Cette idée m'est venue en la rangeant. Par quelle étagère commencer? Pas une de romans en poche, je n'aurai pas la patience de lire tous ces romans d'affilé, pas celle consacrée à la grammaire et la traduction, il y a des livres de linguistique trop rebutants pour une reprise, pas des policiers, ce serait tricher.
J'ai choisi l'étagère la plus basse (spatialement) des livres d'auteurs français, auteurs classés sans ordre mais par affinité, et j'ai pris Roubaud, Le grand incendie de Londres.

J'y ai trouvé cette description qui correspond à ce que je vis en ce moment au fur à mesure que je fais émerger ma bibliothèque des cartons dans lesquels elle avait sombré en novembre, faisant de nouveau connaissance avec chaque volume au fur à mesure que je lui attribue une place et le range.
[cet ensemble de livres] Il m'arrivait autrefois d'en vérifier mentalement le contenu (un réflexe d'avare) et l'ordre, la disposition des volumes sur les rayons, les relations entre eux établies par la contiguïté, la familiarité des voisinages jouant un grand rôle dans la signification intime de leur présence, dans leur accessibilité […]

Jacques Roubaud, Le grand incendie de Londres, p.28, Seuil
Et surtout cette notation: «Les troubadours (du moins ceux que je possède dans des livres) sont placés à ma gauche, contre les radiateurs toujours fermés, le plus près possible de la tête du lit.» (Ibid)
Qui dira l'importance des livres autour du lit? J'ai ainsi déplacé il y a deux jours les livres de philo vers les pieds du lit d'ami («Mais tu crois vraiment que quelqu'un va y faire attention? — On ne peut pas dormir avec autant de philo près de la tête») pour rapprocher la poésie de la tête du lit. Poésie, livres grecs (Meillet, Ramnoux), Corto Maltese et Calvin et Hobes, voilà ce qui convient à un sommeil paisible.

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Agenda

Matinée à Nanterre pour relever le courrier et faire partir les lettres mensuelles indispensable. Depuis que mon départ a été annoncé par le président de la Mutuelle il y a une semaine, aucun signe de vie de ma hiérarchie ou des administrateurs. Remarquez, cela ne me change guère, aucun signe de vie depuis le second confinement.

J'ai commencé à vider mon bureau: trié les livres, abandonné dans l'église la plus proche ceux que je destinais à l'origine à l'ICP (avant le second confinement), abandonné dans le métro deux poches que j'ai en grand format (dont Vie et Destin), passé remettre dans l'armoire de désherbage du G** des livres que j'avais en double… et inévitablement j'en ai repris quelques-uns, des Westlake et des Buzzati mais aussi un Thomas Wolfe, L'ange banni, à cause de Didier Goux (je dis bien «à cause», car tout ajout de livre est devenu difficile, je les importe en cachette — même si la cote des livres remonte dans notre nouvel intérieur).
J'ai laissé ces livres au bureau, je les ramènerai une autre fois.

Passage rue Francœur chez "ma" relieur (trois Langelot, deux Dumas, une bouteille de vin blanc), puis chez mon futur employeur pour récupérer mon contrat de travail. Ma future boss était inquiète de découvrir que j'habitais désormais si loin. Comment lui faire croire, lui faire comprendre et admettre, que pendant neuf ans, je suis rentrée chez moi trois à quatre fois par semaine après onze heures ou minuit, au rythme de mes cours, des travaux sur les voies, des grèves et des caprices des trains? Et qu'entre 2006 et 2016, pendant l'année scolaire, je prenais tous les jours le RER à sept heures pour accompagner les enfants au lycée? Moi-même j'ai dû mal à me le représenter. Il faut le vivre sans trop réfléchir.

Maintenant cela me fera deux heures de lecture par jour, deux heures climatisées et stables à priori puisque je serai dans un TER et non un RER. J'espère ne pas déchanter trop vite.
Et donc j'ai décidé de lire ma bibliothèque.

Nanterre

Hier j'ai vu Patrick à Nanterre hier. Le quartier des assurances est construit sur l'ancien plus grand bidonville d'Europe.

Max et les ferailleurs… Il faut reconnaître que Chaban-Delmas… quand ils ont commencé à construire la préfecture, ils se sont rendus compte que ça faisait désordre et ils ont relogés tout le monde. Pas déplacés, relogés.

— Il faudrait retracer la chronologie, je ne sais plus très bien… La déstalinisation, avec les communistes français…
— Ah oui, «ne pas désespérer Billancourt».
— Ils ont débaptisé l'avenue Staline et ils l'ont renommée… Lénine! (Il rit.) Ils ont renommé la rue principale (rue de la gare? rue des berges? quelque chose du genre) rue Maurice Thorez. Et un jour… quand ça, vers 1973, 74? — enfin une nuit — toutes les plaques de rue ont été recourvertes par des affiches sur fond bleu bordées de vert, comme des plaques de rue, au nom de Soljetnitsyne! (Il rit.) Il fallait voir le lendemain les employés de rue en train de gratter…

Nous marchons rue des Trois Fontanots.
— Ici, je ne sais plus où, vers le parc, il y a un arbre, à la mémoire du bidonville.

Je l'emmène voir les trois armoires de désherbage de la bibliothèque de mon entreprise. Elles ont été reremplies. Je trouve Le capitaine Fracasse en Classique Garnier relié, deux Tolkien des années 70 en grand format, un Toni Morrisson. Je lui conserve Dixie et il emporte… je ne sais plus exactement quoi.

Librairie polonaise

Dans les activités de l'après-midi, il est prévu vendredi en huit un café-débat. Le thème du jour était donc de s'entraîner à l'exercice du débat.
Je découvre le sujet de cet entrainement en ouvrant la chemise qui m'est remise chaque matin: l'amitié.
La feuille comporte du vocabulaire et des questions: comment définiriez-vous l'amitié? l'amitié peut-elle prendre fin? l'amitié entre un homme et une femme est-elle possible? Quelle est la différence entre un ami et un copain?

Copain, pote, camarade, ami, compagnon: les nuances, les sens identiques dans des niveaux de langage différents, etc.
J'exprime une conviction: leur but est de trouver du travail et obtenir des papiers, ils ont donc intérêt à toujours utiliser du français soutenu. Je leur conseille de ne jamais utiliser "pote", ce qui leur évitera de se tromper de contexte.

J'essaie d'expliquer que l'union libre n'était pas prévue par la langue française traditionnelle et qu'il nous manque des mots (je ne sais pas si c'est vrai mais c'est ainsi que j'ai vécu cette évolution) alors on utilise des mots non prévus pour à l'origine. Le français utilise copain et copine ou "petit copain" et "petite copine" pour traduire boyfriend et girlfriend, mais dans les faits cela ne s'applique qu'aux adolescents et aux jeunes adultes. Ensuite… eh bien compagnon ou compagne, par exemple, ou partenaire.
Les nuances entre un ami, mon ami…
— Même un Français ne sait pas exactement ce que vous voulez dire si vous arrivez aux JRS en disant: «je suis venu avec mon ami». Est-ce que vous n'avez qu'un seul ami et vous êtes venu avec ou est-ce que c'est votre petit copain? Il faut un contexte pour décider entre les deux, et parfois on se trompe.
— Mais alors qu'est-ce qu'il faut dire?
— Si vous voulez que les gens ne se posent pas de question, il faut dire «un»: je vous présente «un ami».

Nous avons comme consigne de retrouver l'autre groupe de niveau avancé à onze heures et demie; mais nous sommes si bien plongés dans les nuances (les conditions du débat: ne pas être catégorique: «Ne dites pas "vous vous trompez" ou "c'est faux"; dites "c'est possible, cependant j'apporterais une nuance"») que je n'ai pas lu la feuille jusqu'au bout: nous devions résumer nos réponses et choisir quelqu'un pour les présenter à l'autre groupe. Bon tant pis, on va se débrouiller.

Déjeuner avec Patrick chez Georgette. Deux ans sans se voir, me dit-il, depuis les derniers concerts à Thiré. Bavardage et papotage puis librairie polonaise. Nous y restons longtemps, comme un après-midi à prendre le thé chez des vieux amis. C'est une belle librairie, tant par les boiseries que par les livres présentés. Patrick et la libraire discutent longuement d'auteurs et d'éditeurs, de noms dont je n'ai jamais entendus parler, de souvenirs de la guerre froide. Les éditions de l'Âge d'homme ont déposé le bilan, et comme à chaque fois je me sens coupable: nous n'avons pas acheté assez de livres (mais maintenant je me souviens des mots jésuites: «vous ne sauverez personne»). Les éditions Noir et Blanc, qui appartiennent en partie à la librairie polonaise (mais comment Patrick sait-il tout ça) ont créé "la collection Dimitri" (en hommage à Vladimir Dimitrijević) et réédite les titres du fond au rythme d'un ou deux par an.
Il faut que je trouve les livres d'Arnold Zweig au plus vite.


Bibliophore :
- Hanna Krall, Le Roi de cœur
- Adam Mickiewicz, Les Slaves
- Andrzej Stasiuk, Sur la route de Babadag
- Wojciech Chmielarz, La colombienne

Première sortie en bateau long

Troisième passage au bureau. Il y a davantage de monde, nous sommes peut-être six à l'étage.

A six heures, sortie en quatre sans barreur, je prends la nage. C'est tout de même plus facile que le huit ou le skiff.
Deux gars dans le bateau, syndrôme «à bicyclette»: «pour ne pas mettre pied à terre — devant Paulette». Je veux dire que l'un d'entre eux a avoué au ponton qu'il aurait bien soufflé un peu durant la sortie mais qu'il n'a pas osé le dire — et nous non plus. Fierté quand tu nous tiens.

J'ai pris une première photo depuis le déconfinement (je n'ose pas emmener mon téléphone en skiff: peur de me retourner et qu'il coule).
Vous noterez qu'il n'y a que trois rameurs dans la yolette, de façon à laisser un siège vide entre le barreur et le premier rameur.




J'ai ramené tous les livres stockés dans mon armoire:
Les Possédés de Dostoïevski en folio, préface de Marthe Robert
Les Nuits blanche. Le Sous-sol du même, en folio, préface de Robert André
Bill le héros intergalactique de Harry Harrison. Je suis si heureuse — et si surprise — de l'avoir trouvé en français. Il n'a jamais été emprunté.
La dame aux camélias, d'Alexandre Dumas fils
Le Talon de fer de Jack London. Son roman socialiste.
Le Retournement et Le Montage de Vladimir Volkoff. Je les avais déjà, mais j'ai prêté l'un des deux et je ne sais pas à qui. Donc j'ai maintenant un double et à nouveau les deux. Jamais lu, mais il paraît que c'est un must de la manipulation.
Odile de Raymond Queneau
Le mur de la peste d'André Brink
Mon dernier soupir de Luis Bunuel
Galindez de Manuel Vasquez Montalban. En grand format. Je vais donner le poche.
Fromont jeune et Risler aîné d'Alphonse Daudet
A Berlin sous les nazis de Ruth Andreas-Friedrich
Les œuvres complètes de Sally Mara de Raymond Queneau

Je les ai laissés dans le coffre pour ne pas avoir de remarques.

Double déconfinement

Retour sur l'eau. Pas plus de huit bateaux sur l'eau à la fois, pas de vestiaire, pas de WC (c'est le plus dur), une tente d'accueil avec gel et masques pour laisser nos sacs. Nous devons réserver notre créneau en ligne.

Orage hier soir (cela a lavé les roses pleines de sciure). Ce matin il a plu tout le long du chemin pour le club mais cela s'est arrêté à onze heures, juste à temps.
Deux boucles: j'ai cru que je terminerai pas la première (le souffle), j'ai ralenti, je me suis concentrée sur mon mouvement, je n'ai pas vu passer la deuxième. L'équilibre vient tout de suite dès que je prépare plus tôt.

Au bureau. Seule. Seule sur tout l'étage, peut-être six personnes dans tout le bâtiment si j'en crois les voitures au parking. Je commence par manger ma boîte de sardines à l'huile et mes galettes de riz. Spartiate. Je n'ai pas le choix, je me suis aperçue que je n'avais ni monnaie ni carte bleue, impossible de m'arrêter quelque part en terrasse. J'ai dégoté trente-cinq centimes dans une coupelle sur mon bureau, juste de quoi prendre un café au distributeur (le moins cher. Le plus cher est à soixante centimes) mais ma pièce de deux centimes et mes trois de un n'étaient pas acceptées. J'erre pieds nus (mes chaussures sont trempées) sur le plateau (nom donné à la totalité de l'étage puisque c'est un open espace sans cloison. Il est lumineux car creusé d'une grande cour intérieur). Personne depuis mi-mars, des comptes rendus de réunion abandonnés sur les bureau rappellent cette date, c'est Pompéi saisi en pleine activité — moins la cendre.
Je trouve une machine à café avec des capsules de café, je m'en sers un; je cherche une bouilloire pour me faire un thé car la fontaine d'eau bouillante de la salle de repos est condamnée. J'ai l'impression d'être Robinson à la recherche d'outils dans les débris du naufrage.

Je dépouille dix ou onze semaines de courrier. J'ai mis la messe de Bernstein un peu fort. Quel morceau étonnant. Je trie par genre de demandes ou de réponses, je partage entre ma collaboratrice et moi-même. Je prépare un sac, ramette de papier, enveloppes, tampons, boîtier pour les virements bancaire, bordereaux de remise de chèques, chemise comptable.
Je passe chez elle lui amener tout ça, ça lui évitera de venir au bureau un bon moment encore. De chez elle à chez moi, 64 km (42 km à vol d'oiseau, mais c'est trente minutes plus long). Il fait gris, presque froid. Je commence à être fatiguée.


J'ai profité de la voiture pour ramener un peu plus de livres que d'habitude:
- Arthur Rubinstein, Les jours de ma jeunesse
- Robertson Davies, La lyre d'Orphée: lu en 1996. M'a marquée bien que ce ne soit pas un "grand" auteur. Foisonnant.
- William Faulkner, Le Domaine (jamais entendu parler de ce titre)
- E.M. Forster La route des Indes, référence camusienne
- Alphonse Daudet, Numa Roumestan

Je suis sortie !!!

Pour de vrai. Coiffeur, achat de thé (trois ou quatre semaines avec du tout venant : la déprime (j'ai un peu honte d'être devenue aussi élitiste)), achat de livres à la librairie polonaise (j'ai vu passer son annonce de réouverture sur FB, je me suis dit que j'allais soutenir le petit commerce).

Il y a des choses auxquelles je n'avais pas pensé: une cliente âgée du coiffeur explique qu'elle ne peut pas se promener, parce que sans café ouvert, elle n'a pas d'endroit pour se reposer, s'asseoir, boire, passer aux toilettes…
Queues devant les quelques marchands de glace, façon Venise. Il fait beau, il y a du monde mais c'est encore raisonnable pour un samedi. Vivement que les terrasses rouvrent.

Ce qui est amusant, c'est la végétation au bord des routes, au pied des arbres. Soudain on se rend compte du travail accompli habituellement. Je ne sais qu'en penser : faut-il faucher ou laisser comme cela? Ça ne fait pas très net, mais quelle importance? Est-ce que cela augmenterait les risques allergiques?



bibliophore:
Alexandre Kluge, Chronique des sentiments, I et II, Le raid aérien sur Habelstadt le 8 avril 1945
Eli Luxembourg, La dixième Famine. Traduit du russe. Acheté sans le feuilleter, non à cause du virus, mais parce qu'il est sous cellophane. J'ai aimé son nom de famille.
W.G. Sebald, Amère patrie. Parce que depuis l'été 2017, j'ai l'impression que toute l'Europe s'explique à partir de l'Autriche.

Pas de livre d'Arnold Zweig. Dommage. Il faut que j'en commande. Un livre de Jiri Weil sur les tables, réédité chez un éditeur inconnu.

Méticulosité bancaire

Le questionnaire de «relations avec des pays étrangers» est retoqué par la banque parce que «la date n'est pas sous format mm-dd-yyyy». Ça m'agace et ça me fait rire; je décide d'attendre lundi pour appeler (et dire que dans la mesure où il n'y a pas d'ambiguité possible (pas de mois "23"), il n'y aura pas de correction: cela ou rien. Après tout nous sommes les clients).

Ergo du vendredi au club. C'est l'entraînement le plus dur.
Resto réunionnais. A l'étage il y a de quoi inviter une cinquantaine de personnes. (Toujours à la recherche d'un lieu pour boire un verre pour fêter nos trente ans de mariage.)

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Bibliophore. Dans les livres de poche, le bibliothécaire a écrit sa synthèse au stylo-bille.
Faulkner Le Bruit et la fureur (poche 1966 «Un livre fascinant en partie rapportée par un être à peu près idiot»)
David Lodge, Hors de l'abri (grand format)
Bernanos, Sous le soleil de Satan (poche 1966 «Roman qui conte la double histoire d'une jeune fille et d'un vicaire de campagne aux prises avec le démon»)

Listel d'or

Je passe chez ma relieur récupérer trois Dumas (Le dernier tome du Comte de Monte Cristo et les deux des Trois mousquetaires) et deux Langelots (« c'est bien parce que je vous aime bien parce que c'est pénible »). Je lui laisse Vingt ans après et Le collier de la reine ainsi que trois Langelots.

Sur le chemin du retour j'achète quatre Que sais-je : La grammaire, La linguistique, Shakespeare et le théâtre élizabéthain, Devins et oracles grecs.

Inévitablement, le matin, j'ai commencé Vingt ans après. Je ne savais plus que c'était celui qui racontait la mort de Charles Ier. Que par compassion et emportement Dumas ait envisagé de sauver le roi me le rend très cher.

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Agenda
Les fenêtres sont posées. Elles sont belles, elles font paraître les murs encore plus sales. La maison conserve beaucoup mieux la chaleur.

Rien

J'ai rapporté ma médaille du comité directeur, enfin gravée, au bureau, mais mon sac est si chargé de livres que je ne la ramènerai que dans deux jours (dans deux jours, j'aurai fini de rapporter tous les livres choisis dans les étagères de la bibliothèque de l'entreprise).

Yolette de filles, à quatre : Aurélie débutante, Lian, Anne. Dernière place vide. Barage puis un demi-pont. Il fait lourd.

J'ai été suivie ce soir par la police municipale jusque dans ma cour. J'ai l'impression qu'ils ont voulu surveiller le cabiolet rouge qui passait, vérifier s'il ne ferait pas de bêtises — puis savoir où il demeurait quand ils ont constaté qu'il quittait la route principale pour s'enfoncer entre les habitations.

Discussion avec A. ce soir. Elle part vendredi, j'ai l'impression d'un été inutile. Sa voiture doit être réparée, cela aurait pu être fait durant ces deux mois. Il faut opérer l'autre chatte.

Je m'endors sur Le Maître du Haut Château.

Librairie Charybde

A l'invitation de Gilda qui fêtait son arrivée dans ce lieu auguste, je suis passée à la librairie Charybde (elle est vraiment à deux pas de gare de Lyon, une fois qu'on connaît c'est très rapide d'y passer).

La librairie est beaucoup plus petite que je ne le pensais. Je la connaissais depuis longtemps par son blog, intéressant, peut-être un poil trop SF, policiers et romans pour moi, mais source d'idées pour des lectures exploratoires.
La plus grande surprise, un peu vexante, pour moi, a été de découvrir à quel point j'étais dépassée. La librairie est organisée par éditeurs et collections; je connaissais les noms de la plupart, mais pas l'aspect, "la tête": des étagères entières de tranches à la physionomie inconnues. En quinze ans, les couleurs (vives ou "ethniques") et les formats (en voie de diminution) se sont totalement renouvelés.

J'ai passé beaucoup de temps à explorer les rayons, pour repartir avec des classiques, j'en ai bien peur:
- Derniers témoins de Svetlana Alexievitch, parce que c'est une grande, sans aucun doute;
- La pensée du roman de Thomas Pavel, parce que les cours de Pavel au Collège de France m'ont enthousiasmée (podcast);
- la trilogie maritime de Golding, que j'avais l'intention de lire depuis cet article d'Odile Gannier: Rites de passage, Coup de semonce et La cuirasse de feu. J'ai eu la surprise de la trouver en français en folio, je l'ai prise;
- Ingeborg Bachmann, Toute personne qui tombe a des ailes. Edition bilingue, dans le cadre de ma préparation au voyage de cet été;
- Le laboureur et ses enfants de Jon Elster, "deux essais sur les limites de la rationalité": l'homme qui prône le tirage au sort à la place des élections (tirage parmi un groupe choisi, je suppose : il faut que je le lise, justement).

Un anniversaire assourdissant

TG sur la bioéthique. GPA, PMA : en théorie je suis contre, pour des raisons féministes (l'utilisation du corps des femmes et les dangers de la stimulation ovarienne). Je lis sur le sujet depuis très longtemps, depuis 1990 environ: Geneviève Delaisi de Parseval ou Jacques Testart, le père de la FIVette qui a changé d'avis sur le sujet (trop tard, trop tard. Comme Einstein, trop tard, trop tard). Parmi les bizarreries soulignées dans Le magasin des enfants (collectif dirigé par J Testart), il y a celle du couple considéré comme un seul corps, alors que, fait remarquer l'intervenant, il y a une chance sur deux que le couple se sépare dans les dix ans et que les partenaires soient fertiles chacun de leur côté (songez à Napoléon et Joséphine).
Evidemment Le magasin des enfants date de 1990, avant la reconnaissance des couples homosexuels par la société et l'émergence de leur désir d'enfant. Cela ne m'empêche pas d'être contre la PMA et GPA, mais il faut devenir très délicat dans la façon de l'exprimer: car si on les refuse au nom du bien de l'enfant à naître («ne pas créer un préjudice (l'abandon) en vue de la réparation d'un autre (la stérilité)»), au nom du bien de l'enfant né il serait pertinent que celui-ci n'entende pas la société lui dire qu'il est une anormalité et qu'il n'aurait pas dû naître.

Je passe à la librairie polonaise pour acheter deux Poésie du gérondif que je veux offrir (et que je n'ai pas trouvés), je ressors avec quelques livres (ne jamais, jamais, entrer dans une librairie: j'achète avec bonne conscience, en me disant que je l'aide à survivre, à se maintenir):
Malaparte : Le bonhomme Lénine
Catherine Sayn-Wittgenstein : La fin de ma Russie
Albert Londres : Le Juif errant est arrivé
Robert D. Kaplan : La revanche de la géographie
et une nouvelle pour H: A voté d'Asimov.

J'avais prévu de participer au vernissage de l'exposition d'Hervé Lassïnce mais un anniversaire m'en a empêchée. (A la place je suis allée en salle de gym transpirer les futurs gâteaux apéro.) Terrible anniversaire: une invitée bavarde impénitente a tenu le crachoir toute la soirée en nous parlant exclusivement de ses voisins. Je n'ai pas le choix, je suis obligée d'écouter, sinon je m'endors. Dès que je me désintéresse, je m'endors (déjà que cela m'arrive quand je m'intéresse)… Mais quel ennui. Les fumeurs avaient au moins la ressource de pouvoir s'échapper sur la terrasse. Cela a confirmé mon racisme personnel: les pieds-noirs1 (et leurs descendants).



1 : Merci de prendre ce genre d'assertion catégorique pour ce qu'elle est: une vérité toute relative dont le dogmatisme ridicule est destiné avant tout à me moquer de mes préjugés.

Pluie

Ramé sous la pluie (à l'origine, je pensais faire de l'ergo (mètre : du rameur)). Double canoë avec Dominique, Tristan a joué la prudence.

Le soir je fais chercher mon chapeau gris puis (c'est sur mon chemin), je passe à la Procure. J'erre longtemps, rien ne me repose autant. Je trouve un (le?) livre de mon prof d'allemand. Je découvre, ce que j'avais entraperçu sans en prendre la mesure, que c'est un philosophe spécialiste de Tillich: c'est généreux, pour une poignée (au sens propre: cinq) d'étudiants adultes dont trois sur cinq n'ont pas l'intention de devenir pasteur: cette capacité à fournir des cours de haut niveau à des amateurs avides de connaissances sans utilité immédiate me sidère. Quelle chance pour nous, quelle irrationalité (inefficacité, mauvaise allocation des ressources?) pour la société. Ou pas? Y a-t-il un espoir de retour sur investissement à long terme, un retour que personne n'imagine ou ne comprend? (à ce moment-là de mes réflexions, il y a toujours un étudiant terre à terre pour me faire remarquer ces cours, nous les payons).

J'hésite devant le rayon St Thomas. La Somme existe en dizaines de fascicules noirs (repris sous les titres communs: "les actes humains", "la grâce", etc), bilingue latin, ou en cinq forts volumes. Le traité des vertus en petit format n'est pas en rayon, et le gros volume coûte 122 euros… et je ne suis pas sûre de le lire. Tant pis. Je le feuillette un peu, c'est toujours la même découverte et le même souffle coupé devant une œuvre systématique qui a voulu couvrir tout le champ des possibles. Quelle ambition et quelle réussite. Comment a-t-il fait pour écrire autant (à la plume!) Et comment se fait-il que je n'arrive pas à lire ce que lui a trouvé le temps d'écrire?

Acheté :
- Père Matta El-Maskîne, L'expérience de Dieu dans la vie de prière
- frère Didier-Marie, Atlas Thérèse d’Avila
- Une année avec Saint Augustin
(et toujours dans mon sac l'éternel Beowulf que je n'en finis pas d'annoter.)

Je sors sous l'averse, il pleut de plus en plus fort, je suis trempée comme une soupe (j'ai toujours supposé que c'était une sorte de métonymie, qu'on voulait parler du pain: trempée comme le pain qu'on mettait dans la soupe).
J'étends tout en arrivant, je bourre les chaussures et j'enveloppe mes gants de journal.

Les vraies femmes

Moment de stupeur et d'embarras quand je rends les quatre Taniguchi et L'Arabe du futur, t.3, empruntés la semaine dernière.
— Et il faut combien de temps pour lire cela? me demande un homme à mes côtés devant le bureau de la bibliothécaire.
J'évalue, je tends la main vers les volumes: «Ces deux-là en une soirée, ces deux-là, chacun une soirée (cela correspond aux dates d'emprunt), celui-là une soirée».
L'homme fait une mimique que je ne comprends pas, la bibliothécaire qui le voit de face commente : «Y'a du niveau», je me demande si elle se moque de moi puis je me rends compte que l'homme est impressionné, ce qui m'embarrasse (si j'avais soupçonné cela, j'aurais dit autre chose) et je murmure: «c'est des BD, quand même…»
(Si je raconte cela, c'est pour illustrer ma difficulté à trouver mes repères entre les personnes que je fréquente qui trouvent déshonorant d'ouvrir une BD et celles que je croise que cela impressionne… La plupart du temps je cache ce que je lis, mais là, je ne m'y attendais pas, j'ai été prise de court.)

Je pense que j'ai dissipé le cours d'allemand (mais le prof, de retour d'une rencontre au centre orthodoxe St Serge où il avait bu de la vodka pour l'entrée en Carême (ce que je n'ai d'ailleurs pas compris: ils ont Noël plus tard que nous et le Carême plus tôt?), était déjà bien guilleret) en apprenant à la classe l'existence de Bescherelle ta mère (sur le fond, ça me paraît important qu'un philosophe et des élèves qui se destinent à devenir pasteurs aient connaissance de cela (au départ, nous parlions du Bescherelle à une élève allemande qui vient à cet atelier pour perfectionner son français)).

A 19 heures était donnée à la librairie Palimpseste une lecture d'extraits de Sauvé et des Vraies femmes. J'avais déjà entendu (en entier) la première pièce, il me restait à découvrir la seconde, horripilante comme de juste. (Et je songe à ce billet qui m'a profondément marquée : tout cela est si proche, proche à nous toucher).

Evidemment, il était machiavélique d'organiser une lecture dans une librairie. Je n'y entre plus pour ne plus acheter. Mais bast, après tout, maintenant nous avons des étagères. Je vais donc faire la liste des livres que je portais en rentrant, exercice auquel je ne me livre plus, par embarras d'être dans l'ostentation:
- Riad Sattouf, L'Arabe du futur, tome 1 et 2 empruntés à la bibliothèque du CE le midi;
- JRR Tolkien, Beowulf, que je n'en finis pas de lire, cantonné qu'il est aux heures de transport que je passe dans mon smartphone;
- le Théâtre complet d'Anne Charlotte Leffler traduit par Corinne François-Denève, qui était la raison pour laquelle j'étais ici (je songe à offrir ce livre au responsable de l'atelier théâtre de l'école alsacienne, et aussi à la jeune fille qui a monté Les mains sales l'année dernière);
- livre vu et acheté sans préméditation : A la recherche de La recherche, notes de Joseph Czapski sur Proust au camp de Griazowietz (1940-1944), sous la direction de Sabine Mainberger et Neil Stewart. Je le vois, je pense à Dominique, je le feuillette, des textes en allemand que j'ai l'impression de comprendre un peu et des photos de mind-mapping, je l'achète;
- livre vu et acheté sans préméditation : Le traité des équitations, parce qu'il cite le nom de La Guérinière dans son introduction et parce qu'il est écrit par un roi. Je le destine à A.
- livre recherché : je prends l'Arno Schmidt en rayon que je n'ai pas : Le cœur de pierre, parce que le but est d'être capable de le lire en allemand un jour.
- livre recherché : j'ai tenté de me souvenir du titre de Delbo cité par Guillaume, et dans le doute, j'ai pris les trois aux éditions de Minuit présentés sur table: Aucun de nous ne reviendra, Une connaissance inutile, Mesure de nos jours. (finalement c'était les trois, trois tomes d'Auschwitz et après. Comment expliquer la place de "la destruction des juifs" dans ma vie? Il est au cœur de l'interrogation religieuse, les Psaumes comme un gigantesque mensonge, la plus fantastique des blagues, une souffrance permanente pour qui ne peut cesser de croire sans comprendre le sens de cette trahison de Dieu— si on croit).

Traquenard

J'avais soigneusement planifié de ne pas aller à la kermesse de la paroisse. Las, O. m'a appellé pour que je passe chercher son sac sur le stand scout pendant qu'il allait ramasser dans la ville les indices du jeu de piste de la journée.

J'ai donc acheté des livres:
- un bibliothèque verte, La voûte invisible de Philippe Ebly. C'est un auteur qui est apparu alors que je ne lisais plus de bibliothèque verte, c'est un auteur "de ma sœur", que j'ai lu par désœuvrement. Elle a emporté ses livres, c'est donc par désir de le retrouver (une petite heure, c'est le temps que la lecture m'a prise. L'équivalent de manger des Haribo, sans les calories).
- Paul Féval, Le Bossu, puisque O. ne l'a jamais lu (pas vraiment sûre qu'il le lira, mais bon).
- Cendrars, Anthologie nègre, parce que j'ai beaucoup lu Cendrars et que Tlön me l'a rappelé.
- Tony Duvert, Récidive, parce qu'on ne laisse pas un Duvert (mais comment un tel auteur peut-il se retrouver dans des cartons paroissiaux?
- Ricardo, Des principes de l'économie politique et de l'impôt. J'ai lu soit Ricardo, soit Pareto, en introduction à l'économie. J'avais beaucoup aimé. J'aimerais retrouver ce livre mais je ne me souviens ni du titre, ni de l'auteur. Ricardo ou Pareto?
- Jack London, La croisière du Snark, parce que je ne résiste pas au mot "Snark";
- Vladimir Volkoff, Les faux stars, parce que c'est l'auteur de Langelot;
- Mère Marie Skobtsov, Le sacrement du frère, parce que j'ai entendu parler d'elle un matin sur France Musique par Sœur Sophie de Jésus en allant à l'aviron: une sainte orthodoxe comme il n'y en aura jamais chez les catholiques, divorcée, remariée, avec enfants, révolutionnaire, morte à Ravensbrück… Et j'aime la collection "le sel de la terre" des éditions du Cerf.

Le tout pour 4,50 euros, ce qui me fait de la peine.

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Agenda
Comme je voulais vraiment sortir en skiff, je suis allée à Melun à huit et demie. Je me suis fait aider par un passant pour sortir mon bateau car les autres rameurs étaient déjà sortis.
Il fait doux et gris. Les hirondelles sont encore là. Trois hérons. Un vol en V d'oies ou de canards.

A dix heures, revenue au ponton, je culpabilise un peu en voyant les autres sortir une yolette pour les débutants de l'année, mais pas beaucoup. La politique de matériel pour les loisirs commence à m'agacer: il y en a si peu, si mal entretenu, qu'aucun rameur nouveau ne va payer près de 400 euros pour s'inscrire dans ce club. Or comment faire vivre un club sans une bonne base de pratiquants loisir adultes?



Un Petit Boulot. Bien. Rappelle Le Couperet. Duris a beaucoup de charme, mais il se tient si droit que je me demande s'il a mal au dos. Ou aurait-il une formation de danseur classique?

Messe. Devant l'église des policiers municipaux. Même malaise que devant les vigiles partout en France: voilà des gens payés un peu plus que le Smic pour se faire tuer pour moi.

Un déjeuner

TG sur Origène, les trois niveaux de lecture. Je l'ai lu il y a un peu trop longtemps et je n'ai pas formalisé mon travail par écrit, ce qui fait que j'ai un peu de mal à suivre.
Et je ne suis pas à l'aise avec le schéma décrit par la chargée de TG, il me semble que l'arbre des lectures ne se déploie pas au bon niveau. Tant pis.

Comme la chargée de TG trouve le dossier "léger", elle nous libère une heure avant la fin et je passe une heure à la Procure. Je craque pour Les Pères grecs et les Les pères latins de Campenhausen et les tomes 1 et 2 de L'histoire des conciles œcuméniques respectivement d'Ortiz de Urbina et Camelot. (Toujours cette illusion que les livres vont résoudre les problèmes. A quoi bon si je ne les lis pas?) Je me donne bonne conscience en me disant que cela ne coûte rien puisque je paie avec les bons cadeau du CE pour Noël.

Déjeuner chez Zvezdo qui a malicieusement invité Thomas, un délégué syndical marseillais de ma boîte (et néanmoins ami!). Nous discutons boutique (j'espère que nous n'avons pas trop ennuyé nos hôtes) et potinons, Thomas est très drôle quand il parle de ses histoires de famille (corse), il nous raconte l'association entre lui et ses frères et sœurs avec les enfants du compagnon de sa mère («On se détestait mais on a fait alliance pour que nos parents se séparent. On a été infernaux». Brrr, en tant que parent, j'en ai froid dans le dos).

La position de Thomas sur le syndicalisme est proche de la mienne: plutôt que toujours se plaindre, agissons. C'est vrai, c'est tout à fait ce que je pense, mais ce qui me retient (de me syndiquer), c'est la perspective d'encore me disputer avec tout le monde et d'encore me faire détester. Je suis fatiguée de cela, je souhaite être tranquille. (Mais il a raison.)

Je vais ensuite voir Merci patron, sur les conseils de Françoise. J'en sors sonnée, avec une envie de rire et de hurler de colère.
Allez-y, mais surtout, ne lisez rien avant, allez-y sans aucune information, découvrez le film dans la salle (un bon film d'espionnage, un mauvais sitcom, une bonne ou une mauvaise farce. Je ne veux pas spoiler et pourtant, il y en aurait des commentaires à faire. Dégoût et rires.)


Plus tard dans la voiture en rentrant, la radio m'apprend que PUF a installé rue Monsieur le Prince une imprimante qui vous "cuit" votre livre en cinq minutes à condition qu'il fasse moins de huit cents pages. Le catalogue PUF et tous les livres libres de droit sont disponibles.
Qu'est-ce que ça va changer? Cela devrait tout changer. Par rapport à une librairie traditionnelle, cela suppose que l'on sache exactement le livre que l'on veut. Comment se faire connaître quand on sera nouvel écrivain?

Roubaud

Le soir je vais écouter Roubaud à la maison de la poésie. En attendant d'entrer dans la salle, j'achète quelques livres à la librairie quasi-portative qui se trouve sur place: Les arbres de Marina Tsvetaieva pour l'étonnant format des éditions Harpo (encourager ceux qui prennent des risques), Conversations avec Kafka de Janouch, Ode à la ligne 29 des autobus parisiens de Roubaud (Minaudier, Régniez, Roubaud, je ne lis plus que du Tripode en ce moment) et Mandelstam, De la poésie. Le libraire me déclare avec satisfaction: «je valide tous vos choix», ce qui me fait sourire: ce n'est pas comme si l'ensemble des livres qu'il vend n'était pas du même tonneau.

Elisabeth, Maurice, Françoise dans la salle. La voix de Roubaud magnifique et ferme, la lecture nuancée et drôle, parfaite. Roubaud raconte la façon dont a été édité son premier livre: livre accepté, puis long silence, puis précipitation de l'éditeur qui veut imprimer immédiatement ce qu'il a en main que lui, Roubaud, considérait comme une ébauche. Mais jeune écrivain, il n'a pas osé protester de peur de remettre en cause l'acceptation du texte et le livre est paru ainsi: «Je me suis dit que je publierai tous mes livres ainsi, non terminés, et ce que je vous présente aujourd'hui, ce sont les compléments à ces livres inachevés». Anecdotes biographiques en éclats.

En sortant, je croise Jean-Paul Marcheschi que j'avais repéré dans la salle mais que je n'aurais pas osé aborder de moi-même (jai si peu de choses à dire). Il me salue et comme il attend des amis, nous discutons assez longuement, des mystiques, de FB, etc. Il montre toujours la même gentillesse et reste toujours aussi discret sur sa situation, tout juste me dit-il qu'il expose actuellement au 3 rue de Thorigny. J'ai le cœur serré, j'aimerais tant qu'il soit reconnu de son vivant. (Si je lui achetais un tableau, ma sœur accepterait-elle de "l'héberger"? Car je ne pourrais pas le prendre à la maison.) J'ai tant de mélancolie en le contemplant, que pense-t-il de RC, de l'évolution de RC? L'avait-il comprise depuis longtemps, cela lui brise-t-il le cœur ou cela lui est-il indifférent? Voit-il Rémi parfois, en discutent-ils? Autant de questions que je ne poserai jamais.

Je retrouve Elisabeth (dont nous conclurons qu'elle n'a que deux états, outrée ou hilare), Maurice, Françoise et des pataphysiciens à deux pas, au Quincampe, une adresse à retenir. Je me permets de dire du bien de Qu'est-ce qu'on a fait au bon Dieu? (toujours cette difficulté à défendre le cinéma populaire dans une assemblée intello) tandis qu'on me conseille Merci patron.

Grève

Grève, ça faisait longtemps.
C'est le jour que je choisis pour oublier ma carte Navigo. Je rachète donc un carnet de tickets, car c'est aussi le jour que j'ai choisi pour aller chercher des livres à la bibliothèque de l'ICP (c'est la lecture de Sur les psaumes qui m'a donnée des indications bibliographiques).

J'emprunte:
- Epektasis, mélanges offert au cardinal Daniélou (je vois arriver avec stupéfaction un livre de la taille d'un petit Larousse. Chapeau les éditions Beauchesne!)
- M.Canévet, Grégoire de Nysse et l'herméneutique biblique (je découvre la beauté physique des éditions augustiennes, l'encre et le papier)
- Balthasar, Présence et pensée, sur Grégoire de Nysse, un Balthasar qui paraît accessible.

Grève, donc.
Le matin, pas beaucoup plus de monde qu'un jour où deux trains ont été supprimés.

Le soir, ce fut plus comique. J'arrive en courant (pfff pfff) avec deux minutes d'avance sur le quai gare de Lyon pour attraper le dernier train qui part ce soir (21h45). Comme je l'avais anticipé (car c'est habituel mais attention, ce ne doit pas être considéré comme acquis, cela reste aléatoire, arbitraire, dans la grande tradition ératépéessencéef), le train ne part pas aussitôt.
Finalement, il partira avec quarante-cinq minutes de retard. J'aurais pu manger tranquillement mon dessert.

Car ce soir, il y avait cross booking, heureusement à deux pas de la gare de Lyon, sur le thème de l'humour et l'ironie chez les auteurs contemporains (l'organisatrice adore ajouter "contemporain". Impossible de creuser les sillons de la littérature classique, toujours elle nous impose les "contemporains".) J'ai présenté Hervé Le Tellier, Les amnésiques n'ont rien vécu d'inoubliable. Dommage que cette rencontre n'ait pas lieu un peu plus tard, après la parution de Moi et François Mitterrand, à venir dans les prochaines semaines.
Je l'ai présenté en courant et la première car il était déjà neuf heures, nous avions pris beaucoup de retard. Gentiment, le restaurateur m'a amené tous les plats quasi ensemble et je me suis brûlée avec mon crumble aux pêches. J'ai tout avalé et suis partie en courant (sens littéral).

Retour à Noisy

Réunion d'équipe dans l'est parisien. (Dans l'ascenseur je croise Philippe, coïncidence).

Je ne connais pratiquement personne puisque nous n'appartenons pas à la même entreprise et ne travaillons pas sur les mêmes sites (un peu n'importe quoi, mon rattachement sur l'organigramme). Moment joyeux qui permet de mesurer le chemin parcouru et d'entrevoir les problèmes concrets que peuvent poser des décisions qui paraissent pourtant simplificatrices (par exemple, j'apprends que le matricule unique (qui suit un salarié à travers ses tribulations dans les diverses entreprises du groupe) pose des problème d'historique aux entreprises quittées par ce salarié: celles-ci perdent toutes les infos concernant ce salarié, car les données suivent le salarié dans sa nouvelle affectation, d'où des difficultés de contrôle de gestion. Rien d'insurmontable, évidemment, mais trente ans plus tard, je suis toujours étonnée par les conséquences que peuvent avoir des décisions paraissant aller de soi (un matricule unique, ça paraît tout de suite plus simple: eh bien non)).

J'apprends aussi les conditions de la dématérialisation des bulletins de salaire: ils doivent être déposés dans des "coffre-forts sécurisés", et à l'heure actuelle seuls la Poste et la Caisse des Dépôts proposent ce dispositif.

Quelques remarques (j'appartiens au service "Rémunérations et avantages sociaux") font clairement comprendre à ceux qui auraient eu encore des doutes que la retraite par répartition est en train de mourir: la question est de savoir ce qu'il vaut mieux proposer aux salariés, pour leur avenir (rôle social de l'entreprise, souhait d'être attractif à l'embauche, mobilisation de sommes à placer sur le marché financer) sans que cela ne coûte trop cher à l'entreprise (l'abondement, la loi Macron, etc).

Je rappelle avec le pessimisme qui me caractérise que les retraites par capitalisation ont fait faillite dans les années 30 et que c'est pour cela que le système par répartition a été mis en place: l'un n'est pas plus sûr que l'autre. Les coups de fil de retraités que je reçois semblent prouver une chose : il faut être propriétaire de son toit et il ne faut pas vivre seul (en couple, en fratrie, entre amis, en famille…), cela permet les économies d'échelle.

Je rentre tôt ce qui me permet d'aller voir Avé César des frères Coen. En attendant le début de la séance je découvre que la ville a mis en place des étagères de troc de livres. Je prends Le chêne et le veau, un Anatole France, une biographie de Reinhart Heydrich et Une saison d'anomie de Wole Soyinka. Je pourrai y ramener un ou deux livres (pas grand chose car je n'ai pas beaucoup de livres superflus).

Le Coen fait partie des non-films tels que les deux frères en font régulièrement, tous les deux ou trois films, un truc kitsch sans queue ni tête (le répertoire des clichés du cinéma en 1945) dans lequel je ne peux m'empêcher de voir un grand amour du cinéma malgré tout.
Surprise : deux films de suite qui commencent par un visage du Christ (Les 8 salopards): c'est le nouveau must?

Samedi

Matinée sur Nietzsche et L'Antéchrist.
Au bout de cinq ans, c'est vraiment un grand plaisir de se retrouver à une dizaine pour parler du dossier que nous avons préparé. Nous avons un niveau homogène (ceux qui n'avaient pas un niveau de formation initial suffisant ont abandonné) et des expériences de la vie différentes, ce qui permet de vrais croisements de point de vue. C'est très intéressant.

Achat du cadeau de Noël de C., flameküche avec A. qui arrive de Lisieux.
Nous passons devant la librairie polonaise en retournant à la voiture. J'y entre en me disant qu'y acheter quelques livres la soutiendra financièrement. J'en ressors avec un peu plus que prévu:
- deux pavés pour les Noëls de ma sœur (les quatre Pajak) et de ma fille (une intégrale de Sherlock Holmes)
- Arno Schmidt, Scènes de la vie d'un faune (je voulais prendre aussi Histoires, mais je me suis trompée)
- Sebald, De la destruction, Sebald, que je dois lire depuis que Compagnon en a parlé,
- Mendelstam, Le bruit du temps, parce que j'aime profondément Mendelstam (merci Aline de me l'avoir fait découvrir)
- Minaudier, Poésie du gérondif, parce qu'il était dans mes intentions de lectures depuis ce billet et que je n'ai pas résisté en le voyant sur les rayons (ce qui confirme que la librairie polonaise est une bonne librairie pour avoir cela en stock)
- Svetlana Alexievich, La supplication, parce que GEF a dit jeudi qu'il avait fermé ce livre avant la fin tant c'était atroce (témoignages sur Tchernobyl. Cela m'a fait penser au Livre noir de Grossman et Ehrenbourg, le pire livre que j'ai lu à ce jour). Curiosité malsaine? Non, je ne crois pas. Comme un chant de larmes au dedans de moi.
- Jane Sautière, Dressing, totalement inconnu, sur les conseils de la libraire (mais puisqu'elle m'avait dit que Poésie du gérondif était très bien, j'ai pris le risque, moi qui écoute si rarement les libraires).

Rentrée. Je dois écrire une dissert ce week-end et je n'ai toujours pas commencé.
J'ai réservé un hôtel pour le 18. J'ai fini l'histoire d'Agnès et Margaret.
Lu le journal en ligne de RC pour la première fois depuis longtemps. C'est épouvantable. Cet homme est véritablement fou, enfermé dans son obsession.

La bibliothèque

Un peu par hasard, je passe devant un minuscule un peu miteux magasin d'antiquités 8 rue Notre-Dame-des-Champs (à deux pas du métro Saint-Placide). Il y a quelques livres sur une table devant la vitrine, et des piles couvrent entièrement une table à l'intérieur.

Je ne sais plus quel titre m'a attiré. Trois collections de Minuit entourés par un élastique, je pense. En m'approchant, je constate qu'il s'agit des trois tomes de La Philosophie des formes symboliques de Cassirer. C'est alors que je vois mon bien-aimé Autour de Platon d'Auguste Diès.

J'entre dans la boutique et je regarde systématiquement toutes les piles. Je suis émue, il est évident que tout cela provient de la bibliothèque d'un seul homme. Linguistique (Hjelmslev, Jakobson), philosophie (Husserl, Heidegger), théâtre grec, poésie… Il se dégage de tout cela une grande cohérence, c'est toute une vie qui passe dans mes mains. Je voudrais tout prendre pour ne pas séparer les livres. Je repars avec dix-sept (c'est lourd).
Allez-y, il en reste!

(Ce soir je découvre un nom et une adresse tamponnés dans le Diès: Alain Huraut rue Boissonade à Paris. L'antiquaire m'a dit qu'il s'agissait d'une bibliothèque retrouvée dans un grenier, que le propriétaire était mort depuis plusieurs années. S'agit-il de l'auteur d'Aragon prisonnier? Rien ne le laissait penser dans les livres rassemblés sur la table, débordant en piles sur le sol.)



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Agenda
Donné trois heures de cours sur les fondamentaux de la comptabilité générale.
Acheté des ballerines rouges chez Repetto pour remplacer les Arche blanches qui ont plus de dix ans et dont C. m'assure qu'elles sont trop abîmées pour être portées hors de la maison.
Acheté les livres "de devoir de vacances" pour l'année de christologie à venir. Je découvre que sœur Dominique (Waymel) est docteur en physique atomique et moléculaire (!!) (et docteur en théologie, bien entendu).

Liste des livres portés à bout de bras en rentrant chez moi:
- Nabokov, Ada ou l'Ardeur, Folio (en cours de lecture)
- "Le" Fayel, Comptabilité générale (1986/87)
- Le nouveau plan comptable de la mutualité
- Ratzinger, Jésus de Nazareth, tome I (Je trouve cette intéressante critique qui prend des distances avec les présupposés retenus (je la note ici car cela me permettra de lire sans distance, justement, en sachant que je pourrais ensuire revenir à cet article.))
- Ratzinger, L'enfance de Jésus
- Sesbouë, Pédagogie du Christ : Eléments de christologie fondamentale
- Souletie, Les grands chantiers de la christologie
- Marguerat (dir), Introduction au Nouveau Testament
- Bakhtine, Esthétique de la création verbale, 1984
- Jean-Baptiste Vico, Principes de la philosophie de l'histoire, 1963. A cause de Joyce ou pour Joyce. Et Daniel Ferrer.
- Louis Hjelmslev, Prolégomènes à une théorie du langage, Essais linguistiques et Le langage.
- Jakobson, Essais de linguistique générale I et II, 1963 et 1973 pour compléter Benveniste qui vient d'Aline. Pour Ferrer (je voudrais retrouver les références de cette langue théorisée avant qu'elle ne fût découverte dont il nous avait parlé) et A-C Baudoin (qui nous parle tout naturellement des règles de transformation des sons).
- Humbolt, Introduction à l'œuvre sur le kavi
- Cassirer, La Philosophie des formes symboliques
- A.Diès, Autour de Platon
- Koyré, La Révolution astronomique : Copernic, Kepler, Borelli, 1961
- Husserl, Expérience et Jugement
- Heidegger, Qu'appelle-t-on penser ?, 1951
- Roubaud, Le Grand Incendie de Londres, 1989
- Theodor Lessing, La haine de soi ou le refus d'être juif

Ue fille sur un fil

Après l'échec d'hier, repassé à la bibliothèque (ça n'a l'air de rien dit comme ça, mais c'est compliqué en l'absence de la correspondance ligne 1-ligne 12 à Concorde. Ligne 6 à Charles de Gaulle puis 12 à Pasteur).

Le Marcel Gauchet et Karl Jaspers de Ricœur en accès libre est emprunté, celui de la réserve est introuvable, sans doute mal classé. Je repars avec de quoi m'occuper malgré tout (vu la vitesse désespérante à laquelle je lis):
- Ricœur et Changeux, La nature et la règle,
- Pierre Gibert, Une théorie de la légende (sur Gunkel),
- Auguste Diès, Autour de Platon, encore. Mais cette fois-ci j'espère bien le finir.
A rendre le 21 septembre : l'année prochaine les cours reprennent plus tard.

Vélib. Jardin Tino Rossi, de Bastille à gare de Lyon, sur les bords de Seine, le plus heureux des jardins dès qu'il fait beau.
Je remarque une fille en robe orange à fines bretelles qui marche devant moi. Plus tard (ai-je fait un détour? Comment se fait-il qu'elle m'ait devancée? Ou était-elle à vélo? Je ne me souviens de rien. J'ai de nombreuses absences en ce moment, ça m'inquiète un peu) je la vois embrasser un garçon et se diriger vers un ruban de chantier entre deux arbres.
Ce n'était pas un ruban de chantier. C'était un fil.


Des livres

Retourné ramer pour la première fois depuis un mois. Double scull avec "une très bonne" rameuse. Pas trop tremblant. Les poissons heureux sautent hors de l'eau. L'un d'entre eux a tapé dans ma pelle.

Tellement accablée de fatigue et de chaleur que je m'endors à mon clavier.

Passé dans l'ancien appartement de Matoo. Je n'avais pas réalisé que c'était juste en face du bar où j'ai vu des matches de coupe du monde.
Matto déménage et a proposé à ses amis FB tous les livres qu'il n'emmenait pas avec lui (j'espère qu'il ne s'est fâché avec personne car il a froidement proposé en don des livres reçus en cadeau. Mais il me semble qu'on pardonne tout à Matoo, surtout quand c'est fait avec autant de franchise). Il a été très systématique, postant la liste des livres proposés, les réservant selon la logique premier arrivé, premier servi, et organisant le tout avec beaucoup de sérieux. Je découvre avec effarement des sacs soigneusement étiquetés avec le noms des preneurs et les livres laissés pour compte. Quel travail!
J'hésite devant un grand et gros livre de photos sur Hitchcock, mais personne ne le regardera à la maison. Inutile.

Je rentre chargée comme un baudet:
- Averroès, Discours décisif
- Anthologie de la poésie yiddish. Je ne comprends pas qu'il donne cela.
- Edmund White, Ecorché vif. C'est un pari, je ne connais White que de nom.
- Toni Morrison, Beloved. J'avais beaucoup aimé ce livre très dur, emprunté à la bibliothèque au moment de la naissance d'A., peut-être le seul livre "sérieux" (littéraire) lu entre 1992 et 2000. (Le seul qui me vienne spontanément à l'esprit en tout cas).
- Guide du Paris savant. Un livre que j'avais offert et que je suis très heureuse de récupérer car je ne l'avais pas! (emprunté à l'origine à la bibliothèque de Rhotull).
- Tristan Egolf, Le Seigneur des porcherie. L'auteur était un grand ami d'un couple américain rencontré chez R. en 2004. Je me souviens de R. me disant «Je ne m'étais pas rendu compte à quel point ils étaient proches».
- David Lodge, La chute du British Museum. Lu en anglais en 1991 ou 1992, à une époque où Lodge était peu connu en France. J'ai prêté et perdu ce livre.
- David Lodge, Un tout petit monde. Sans doute le plus connu de Lodge, que je n'ai jamais lu, par snobisme j'en ai peur.
- Norman Spirad, Rêve de fer. A cause d'Emmanuel Carrère.
- Isaac Asimov, Moi, Asimov. Pour H., évidemment.
- TS Eliot, La terre vaine. Incontournable, une bénédiction qu'il vienne ainsi à moi.
- Vladimir Nabokov, Invitation au supplice. Je prendrai tous les Nabokov qui passeront à ma portée.
- Antonio Lobo Antunes, La mort de Carlos Gardel. Idem.
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Le soir, mail de Michel : photo de Françoise Frenkel

Samedi

TG sur les hérétiques du XIe et XIIe siècles. Je crains l'histoire, car contrairement à ce que je pensais à l'école primaire, elle change sans arrêt. Je n'ai jamais vu une matière dont les conclusions soient aussi souvent remises en cause.
Bref, aujourd'hui, nous en sommes à "c'est l'orthodoxie qui crée les hérétiques". Autrement dit, les hérésies vaudoises, cathares et autres ne remettaient pas en cause les canons de la foi, mais l'Eglise. Ils sont/seraient les conséquences de la réforme grégorienne. C'est très intéressant et pose beaucoup de questions à la fois sur la réalité de ce qui s'est passé (le saura-t-on jamais, pouvons-nous quoi qu'il en soit comprendre ce qui se passe dans une société?) et les volontés ou désirs des chercheurs parvenus à ces conclusions. Je ne peux m'empêcher de me demander ce qu'on dira dans trente ans. Y a-t-il un moment où ce genre de recherches se stabilisent? Le moindre parchemin peut tout jeter à bas (ce qui est vrai également en exégèse).

Très étonnamment, l'un d'entre nous s'emballe dans une dénonciation de l'Inquisition alors que le prof expliquait qu'il s'agissait d'un changement de modèle juridique, passant de la procédure accusatoire à la procédure inquisitoire (recherche de la vérité par le juge). Notre coreligionaire parle cinq minutes dans un silence amusé puis ennuyé. Le prof est très embarrassé.

En attendant Hervé, je lis debout à La Procure quasi l'intégralité de Des milliers de places vides. Une réelle enquête d'archiviste menée par un directeur d'école auteur de romans policiers (la vigueur de son style prouve son habitude d'écrire).

Tout Aristote pour environ soixante euros (plus de deux mille pages en papier bible). Non, je ne le lirai jamais. Je feuillette la Somme thomiste en bilingue et me rabats sur La «Somme» de Saint Thomas de Torrell et le Chenu sur le même sujet en point Seuil. Je prends Le Christianisme comme style car ce titre m'a proprement enchanté quand je l'ai entendu pour la première fois il y a une semaine.

Il pleut, je n'ai pas de parapluie. Hervé arrive. Déjeuner, courses (de Noël). Night Call avec des amis. Glaçant.
Dîner, souvenirs et éclats de rire.

Des livres

Mon ordinateur souffle comme un bœuf et je ne sais que raconter à propos d'aujourd'hui. (Ah si, ma voiture va sans doute arriver plus tôt que prévu (la semaine prochaine). Mais comme les horaires de livraison sont de 9 à 16 heures en semaine à Brie-Comte-Robert, je me demande comment je vais la récupérer. En effet je prévois de suivre des cours sur Congar qui vont m'obliger à poser des demi-journées de congé; il m'en reste tout juste assez; je ne peux pas me permettre d'en gâcher une pour aller chercher une voiture.)

P. m'a rendu des livres, et mine de rien, je contemple impressionnée ces quelques tomes qui constituent un concentré de grandeur humaine et littéraire: Carnets de guerre de Grossman, Voyage en Pologne de Döblin, auxquels il a ajouté Récits d'un jeune médecin de Boulgakov («mais il n'est pas complet par rapport à la Pléiade, je suis déçu»).

Ajoutons L'événement Vatican II de John W. O'Malley pour essayer de me mettre "naturellement" (je veux dire sans y penser, sans effort) les dates du Concile en tête et le tome I de La Patrouille des Castors qui ressort en kiosque.

Moralité je tiens mon livre en cours à la main , il ne tient plus dans mon cartable (Max Weber et Karl Marx de Löwith. Si je comprends bien la préface, Löwith a été le premier à établir ce parallèle qui a été souvent repris ensuite. (Ce n'est pas dans la bibliographie mais une tocade personnelle avant le cours de sociologie)).

Pas le courage de rattrapper des billets ce soir.

Deux fois Vivian Maier

Je me lève et m'habille comme pour aller bosser: A. commence ce matin un boulot d'été dans mon entreprise et je l'accompagne jusqu'à la Défense pour la rassurer (et lui expliquer les cinq manières de s'en échapper en cas de problème de transport (ligne 1, ligne A, bus 73, train vers Saint Lazare, tram vers n'importe où pour trouver un métro (je ne lui parle pas du Vélib, elle ne maîtrise pas assez Paris))). Cela me fait un prétexte pour passer en bibliothèque.

A la recherche de Vivian Maier dont j'ai entendu parler un matin à la radio (j'aime les documentaires). Les premières photos coupent le souffle, la jeunesse de l'inventeur fait plaisir, je remarque qu'il s'agit encore de ces hasards qui laissent une place à l'expérience: ce jeune homme avait l'habitude des brocantes et de l'évaluation du bric-à-brac, un autre n'aurait peut-être pas compris la valeur de ce qu'il voyait ou se serait peut-être découragé devant l'énormité de la tâche. Tandis que lui ne recule devant rien: téléphoner à des numéros de téléphone incomplets en essayant tous les indicatifs de la ville de Chicago, passer des nuits sur internet à tenter de reconnaître un clocher de village photographié cinquante ans avant… Ce jeune homme est attachant. Me fait sourire sa déception que les photos ne soient pas acceptées par les musées, "l'institution", comme il dit. Il n'a pas compris que les musées ne font qu'entériner l'engouement du public et la reconnaissance des collectionneurs. On ne commence pas dans un musée, on finit dans un musée.
Je parle beaucoup de John Maloof parce que je veux pas parler de Vivian Maier, je ne veux pas spoiler. Son look me rappelle un peu Simone Weil, sa personnalité un peu Annemarie Schwarzenbach (par association très libre). Allez voir le film. J'en suis ressortie le cœur déchiré, un peu déchiré, doucement déchiré, en sachant d'une certaine manière que c'était inéluctable: une vie de solitude et de silence qui se termine dans la solitude et le silence — même si à soixante-dix ou quatre-vingts ans elle l'a peut-être regretté. Fallait-il, faut-il exposer ses photos qu'elle n'a jamais montrées? c'est la question lancinante que se pose John Maloof, et peut-être n'a-t-il tourné ce film pour y trouver une réponse et apaiser sa conscience.

Je déjeune en terrasse au café Beaubourg — j'abandonne le Pouy sur mon siège — un Red Lady, du thon pour le comparer à celui de Dimitri, un autre Red Lady, et c'est un peu ivre que je rejoins un vélib pour entamer ma tournée des bibliothèques: d'abord l'ICP qui ferme pour deux semaines.





Je prends tous les livres disponibles (visiblement un autre étudiant a fait une razzia sur la bibliographie. Il faudrait aller rue Cassettes, mais je ne suis pas sûre d'avoir le droit d'emprunter à la bibliothèque de droit canonique) plus une nouveauté, Si j'avais su de Stanley Cavell après l'avoir feuilleté (je laisse tomber les Duhem sur la science grecque (pour A) mais je reprends l'Auguste Diès Autour de Platon qu'il faudra que j'achète un jour tant je l'aime. J'emprunte des Max Weber, ils ne sont pas sur la bibliographie de l'année prochaine, mais je sais par expérience qu'il vaut mieux revenir aux sources (lire Saussure, urgent!), et comment faire de la sociologie sans lire Weber? Plus de place pour le Löwith sur Weber, mais tant pis, je dois de toute façon passer à Melville pour Le Diable par la queue recommandé par Laurent. (Löwith vulgarise à mon niveau, il m'aide à ne pas avoir peur).





Je me rends compte que l'un des livres que je veux est ici en réserve, alors qu'il est en accès libre à Buffon où je dois passer prendre un livre que j'ai fait venir de la réserve centrale. Finalement j'aurais pu m'abstenir de venir ici, je repars avec le DVD et le Löwith, les deux n'étaient pas si urgents.
Il fait très lourd et très chaud, c'est assez désagréable.





Rue Buffon je prends les livres qui me manquent. En cherchant autre chose dans les rayons (je clopine, il fait chaud, je commence à avoir sérieusement mal au pied dans mes chaussures à talons pas tout à fait prévues pour ça) je tombe sur Le Savoir grec (dictionnaire critique) de Jacques Brunschwig, qui devrait convenir pour A. qui cherche des informations sur la science antique. J'échange des sms avec H. qui me propose de voir un film. Je lui dis de choisir ce qu'il veut en suggérant malgré tout Vivian Maier sans lui dire que je viens de le voir. En enregistrant les livres pour le prêt, je m'aperçois que j'ai exagéré la contenance de mon sac et que je vais avoir un problème, ce qui se confirme quand j'arrive devant un vélib: impossible de tout faire tenir dans le panier du vélo. Je finis par y déposer directement le Cavell, le dictionnaire et un troisième volume dans le panier et garde mon sac à la main. Le tout est assez lourd, et ajouté aux talons, compose un équipage malhabile et instable. H. choisit Vivian Maier, il m'attend au Bert's des Halles.

Je suis la Seine, et en passant devant la rampe de la Bastille, je ne résiste pas à la tentation de descendre au bord de l'eau: pour une fois que j'ai l'occasion de faire le trajet dans ce sens-là, et de jour, je vais pouvoir déterminer à quel endroit je peux descendre sur les berges pour y rouler le plus possible quand je rejoins la gare de Lyon.
Foule et pavés. Comme je le craignais, je me heurte à un escalier et je dois faire demi-tour. (Je sais maintenant qu'il faut descendre à peu près en face de la rue de Pontoise, au niveau de la pointe de l'île de la Cité).





Je gare mon vélib près de la Bourse (pas de place plus près), m'aperçois avec horreur que les secousses ont beaucoup abîmé la couverture du Cavell qui était tout neuf (c'est le défaut des vélibs, l'acier des paniers blesse le cuir des sacs (j'enveloppe mon cartable dans un tissu quand je prends un vélib. Je ne me suis pas méfiée pour des livres. Zut et zut.)), descends péniblement dans le cœur des Halles (tous les escaliers mécaniques sont arrêtés). En me voyant arriver boîtante les bras chargés de livres, les yeux de H. s'arrondissent, il rit, «je savais que cela se terminerait comme ça, c'est pour ça que je suis venu en voiture, pour te ramener. Mais tout de même, en vélib, tu es folle! Tout ça pour lire le quart du premier!» (je suis attristée qu'il ait sans doute raison) et me prend tous les livres pour les porter dans la voiture. Je bois une demi-Badoit en l'attendant. Je suis épuisée, et surtout très ennuyée pour le Cavell.

Et donc A la recherche de Vivian Maier une deuxième fois. (Ne faudrait-il pas traduire "Enquête sur Vivian Maier"? "Finding", c'est déjà avoir trouvé, "à la recherche" n'est-ce pas plutôt "looking for"?)


La liste des livres :
- L'Idiot (livre en cours)
- Pape François, La joie de l'Evangile. Trois cents pages, quand même. Moi qui avais espéré un livre court…
- Auguste Diès, Autour de Platon. C'est la troisième fois que je l'emprunte. Un jour je le finirai. Mais je l'aime.
- Max Weber, Le judaïsme antique et Sociologie de la religion. J'aurais peut-être dû commencer avec le protestantisme. Tant pis, trop tard.
- Stanley Cavell, Si j'avais su
- Karl Löwith, Marx Weber et Karl Marx
- Danièle Hervieu-Léger, Catholicisme, la fin d'un monde. En le feuilletant, je me demande s'il ne faudrait pas lui opposer Le Mystère français de Todd et Le Bras.
- Paul Beauchamp, L'un et l'autre Testament, tome 2. J'ai lu le premier, très péniblement, l'été dernier. J'espère que la lecture de celui-ci sera plus rapide.
- Que sais-je?, Dominique Le Tourneau, Le droit canonique
- André Vauchez, La Spiritualité du Moyen Âge occidental. Ouf c'est petit. Points Seuil.
- Geoffrey Lloyd et Jacques Brunschwig, le Savoir grec. (Pour A.)

Samedi

TG sur Kant dans la matinée. Sur quoi fonder les vérités transcendantales?

En attendant H., je passe à la Procure. Je finis par avoir honte de tous les livres que j'achète et me dépêche de payer avant qu'il n'arrive.

- Jean-Claude Michéa, Les mystères de la gauche. J'aime bien Michéa depuis son livre sur Orwell.
- Judith Butler, Qu'est-ce qu'une vie bonne?
- Charles Taylor, Les sources du moi, pour la dissert de philo, en remerciant Compagnon qui me l'a fait connaître.
- Emmanuel Lévinas, Difficile liberté. Parce que lorsqu'on a un prof lévinassien, il faut au moins citer Lévinas en conclusion, même s'il ne l'a pas donné dans la bibliographie.

Je retourne voir Dallas Buyers Club avec H. qui veut le voir.
— Dieu, aide-moi.
— Mais Il t'aide. J'ai le Sida, papa.
Plus frappée encore que la première fois par l'illogisme absolu qui consiste d'interdire à des gens condamnés à court terme de prendre des médicaments au prétexte que ceux-ci sont mauvais pour leur santé!

Encore une robe. Pas celle que je préférais au niveau couleur, mais la mieux au niveau forme. Or il faut toujours choisir la forme.

Deux fois Wes Anderson

Nous sommes retournés voir en famille The grand Budapest Hotel (je dis retourner car j'y étais allée mercredi avec Patrick (d'ailleurs j'en profite pour lui dire deux mots du début : un écrivain, le premier narrateur, nous explique qu'il est inutile pour un écrivain d'avoir de l'imagination: dès qu'il est su qu'il raconte des histoires, les gens lui apportent leurs histoires.)

Film beau, au sens premier: beauté des images, des décors, des costumes, des paysages, des hommes, de la jeune fille.

Film drôle, ludique, allègre, Tex Avery ou Charlot dans un pays imaginaire, Zembla ou Zubrouwska ou Caronie.

Histoire simple, un amour, un meurtre, un héritage, une évasion, mais tout cela très vivement mené, avec de nombreux rebondissements, à la fois logiques et imprévisibles.

Une merveilleuse utilisation de la musique et de la poésie, une caméra fixe quand les sujets traversent (souvent) l'écran de gauche à droite et de droite à gauche, une image en travelling quand le déplacement traverse l'écran verticalement.

Et puis, devant la brochette d'acteurs de ce film, on se dit que ce doit être une joie de travailler avec Wes Anderson, que tous doivent lui dire oui, même pour un tout petit rôle.



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Agenda
Passé à la Fnac. Didier Goux sur les tables. Acheté Pereira prétend (pour le prêter), Mathématiques congolaises, L'art du zen et du tir à l'arc.
Fait l'erreur de nous éloigner des Halles pour dîner dans une brasserie =>rentrés bien trop tard, fatigués, une partie du bénéfice de la joie emmagasinée évaporée.

Emotions contradictoires

Appris un suicide, une mort, et une future naissance. Ai pu recommander (pour le suicide en entreprise) psya dont on m'avait expliqué l'intérêt le matin même (prendre en charge les équipes secouées par la nouvelle).

(Comment le dire sans que cela sonne cyniquement: la naissance concerne des amis proches, tandis que je ne connais pas les morts directement, ce sont des amis ou des connaissances d'amis (je le note ainsi pour que les lecteurs qui me connaissent IRL ne s'inquiètent pas).)

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Agenda
J'ai demandé la différence entre les protestants orthodoxes et les protestants libéraux. La scission date du XVIIe ou XVIIIe siècle à peu près. Les premiers lisent la Bible à travers Calvin et Luther, les deuxièmes accordent davantage de place à la modernité, à la culture, à la politique. Les premiers sont appelés en Allemagne "alte reformierte kirche", en France protestants évangéliques (traduction d'"evangelischen Kirche", à ne pas confondre avec "evangelikaner Kirche" (et je me demande si les traductions des journaux font toujours la différence)) et les seconds protestants libéraux.
Karl Barth était un "néo orthodoxe", un libéral ayant redonné toute sa place à l'Ecriture, en récusant le politique et le culturel.

A. est rentrée d'Angleterre. Pluie dans les rues de Brighton mais pas d'inondation. Ferry retardé deux jours pour cause de tempête.

Dans mon sac:
- Fantômette et le trésor du pharaon que je lis machinalement en rentrant pour me détendre
- Langelot et l'avion détourné
- La terrasse de Malagar
, de Claude Mauriac, que j'aurais dû terminé dans la journée
- The Importance of Being Earnest and others plays de Wilde
- Discours de la méthode que je pensais entreprendre à la fin de la Terrasse
- L'islam que j'aime, l'islam qui m'inquiète de Christian Delorme, qu'on m'a rendu.

Une journée à la maison

O. a tant de fièvre (40° le matin) que je décide de rester à la maison. Je peine à trouver un médecin. La journée s'étend devant moi, vide. Mandela est mort. Je ne sais plus comment je l'ai occupée, à cela près que j'ai soudain découvert que j'avais complètement oublié la queue de bœuf mise à mariner sur la terrasse: quinze jours à tremper dans le vin rouge, elle ne paraît pas avoir faisandé. Je sors faire des courses (j'hésite à acheter un sapin, l'avenir prouvera que j'ai tort).

Passage chez le médecin («Vous êtes végétarien?» devant la maigre carcasse de mon fils) qui le congédie avec du Doliprane et la recommandation de manger des kiwis. Comme j'ai parlé du départ à Florence dimanche (tout mon être est tendu dans le but qu'O. puisse y participer), le médecin prescrit un antibiotique «à prendre à partir de mardi si ça ne va pas mieux». Elle n'a pas tenu compte de mon insistance sur le fait qu'il y avait probablement une infection, qu'autant de fièvre au lever n'était pas normal, que c'était déjà le cas le week-end dernier… Toujours cette impression de ne pas être entendue au sens le plus littéral, comme si mes paroles ne résonnaient que dans mon crâne. Etrange solitude, étrange impuissance. Le problème des timides ou d'une trop grande confiance dans l'institution: elle est médecin, elle sait ce qu'elle fait, je ne vais pas déranger…

Passage à la pharmacie, à la mairie (pour la carte d'identité à refaire: O. va partir en Italie avec un passeport périmé, coup de poker), retour à la maison, je prépare la queue.

Le soir je dois croiser C. pour lui tendre son sac de sport sur un quai de métro, puis rejoindre Patrick pour dîner avant d'aller au concert de Zvezdo. Tout est minuté, je quitte la maison la queue mitonnant sur le feu, O. endormi la respiration enfiévrée.
Je perds trois quart d'heure en aller/retour parce que j'ai oublié mon téléphone (pour une fois indispensable pour ne pas rater C. puis retrouver Patrick).

J'arrive essouflée, nous dînons en courant. Concert joyeux.
Patrick me ramène et me donne les livres qu'il a récupérés pour moi à Nantes. J'ai la joie d'y trouver troix Jérémias.

- Sesbouë, La résurrection et la vie
- Joachim Jérémias, Paroles de Jésus - Le sermon sur la montagne - le Notre-Père
- Joachim Jérémias, Les paraboles de Jésus
- Joachim Jérémias, Théologie du nouveau testament - I. la prédication de Jésus
- Auguste Valensin, La joie dans la foi
- François Mauriac, Vie de Jésus
- Jean-Paul Marcheschi, Goya, voir l'obsur

Rentrée (bis)

Rendez-vous chez le dentiste, pour moi et pour O. Je ne suis pas venue depuis au moins sept ans, date de l'informatisation du cabinet. Le dentiste sort des morceaux de tartre de mes gencives, j'ai l'impression d'être un vieux lavabo encrassé.

J'accompagne O. qui entre en seconde (mon dernier entre au lycée. Les années heureuses, le lycée, à venir). Nous déjeunons rituellement chez Wajda découvert il y a quelques années grâce à PZ. Je ne sais pas si c'est un effet de crise, mais c'est vide.

J'ai rendez-vous avec lui à la sortie des cours pour qu'il choisisse des lunettes et un chapeau. En attendant, je vais au cinéma, profiter du festival Lino Ventura au Despérado.

Et en attendant le début de la séance, j'explore l'étal du bouquiniste mitoyen.
- Kafka, Le procès
- Kafka, Le Château (il manque des pages à mon poche)
- John Cooper Powys, Autobiographie, parce que c'est un auteur favorie de Patrick
- Esprit, décembre 1962: mort de Louis Massignon, un article sur le mur de Berlin, un article d'Althusser, la crise de Cuba, la guerre d'Algérie, un article sur Char, un autre sur Godard
- Mercure de France, avril 1965, Michel Butor, Denis Roche, "le parti pris des mots" par Genette et et et… "Dix poèmes de Mao Tsö-tong"
- Petite Chronique d'Anna Magdalena Bach
- Albert Simonet, Touchez pas au grisbi (à cause des Tontons flingueurs)
- Limonov, Histoire de son serviteur, parce que cet auteur est étrange, mais pas désagréable.

Dernier domicile connu: Paris des années 70, rue des couronnes, Marlène Jobert qui court, qui volète, derrière Lino Ventura durant tout le film, le malaise d'une société toute entière face aux puissants (la police qui devrait protéger la société n'est elle-même pas à l'abri des puissants), la fin sans espoir, pas d'issue.

Petite digression à propos de la première mission de Marlène Jobert, appât à pervers dans les cinémas. La première fois que j'ai connu ça, c'était dans ces cinémas permanents des boulevards qui n'existent plus (1985?). C'était Il était une fois la Révolution. Je ne sais plus ce que j'ai fait, mais je sais que je n'ai jamais fui (quitté la salle) devant ce genre d'attitude.
Cela m'est arrivé à nouveau lors d'Essential Killing et deux films plus récents. Ça me fait rire, je n'ai plus l'âge, on voit bien que les salles sont obscures. C'est étrange, on comprend tout de suite que l'attitude de notre voisin n'est pas saine, mais cette compréhension est intuitive, instinctive, très difficile à étayer sur des faits matériels. Généralement c'est un homme qui s'assied dans le siège à côté de vous alors qu'il y a de la place ailleurs — en tout cas suffisamment pour laisser une place d'écart, comme il est coutume. Puis le coude prend trop de place. Mais est-ce qu'il prend vraiment trop de place, ou est-ce une illusion, de la paranoïa? Qu'est-ce qu'un coude normal? On ne se souvient plus, on n'a jamais fait attention.
Désormais je simplifie: soit je demande «Pourriez-vous me laisser un peu de place? votre coude me gêne», soit si mon sac le permet (sil est souple), je le mets sur l'accoudoir en tampon et je m'installe. L'homme met entre trente secondes et trois minutes à changer de place. Généralement il quitte la salle, me confortant dans mon diagnostic: je n'étais pas paranoïaque, le film ne l'intéressait pas.

Je récupère O.
Vélib. Choix de lunettes, d'un chapeau, de chaussures. Les deux premières emplettes prennent une heure chacune (confusion devant le choix), la dernière dix minutes (le magasin ferme).

Nous rentrons en restant sur la rive gauche de la Seine. Mon idée était de montrer à O les quartiers que j'aime tant, les friches industrielles que j'ai tant suivis durant les grèves de 2009 avec C. Mais tout s'est beaucoup construit. Pont du Port à l'anglais. Je dis à O: «Tu vois, il y a quelque part un idéal de vie qui consiste à habiter ces maisons [meulières minuscules] en allant prendre son café tous les matins au café», je songe à San-Antonio ou Auguste Pichenet, il répond «je comprends» et je sais que c'est vrai.

Dans les petites rues de Villeneuve-Saint-Georges je manque d'écraser un chat roux. Je pile, je cale. Un Arabe hilare me félicite pouce levé, un autre me dit «fallait l'écraser». A la maison, H est furieux, le camion est chargé, A n'avait pas préparé grand chose.

Bibliothèque Audoux

L'année dernière (année scolaire : 2011-2012), j'avais acheté beaucoup de livres, en partant du principe que puisque nous étions cinquante, ils seraient tous empruntés quand j'en aurais besoin.
Cette année, nous avons eu davantage de bibliographies, donc des choix plus étendus, et j'ai pris l'habitude de vérifier systématiquement la disponibilité des livres via les catalogues en ligne, à prendre à la bibliothèque de Paris ce qu'il était possible, à sauvegarder mes listes dans "mon compte", bref, à faire des bibliothèques des outils de travail.
J'ai découvert au passage que les livres n'étaient pas empruntés: étais-je la seule à travailler? à connaître l'importance des bibliographies? ou les autres s'étaient-ils mis à leur tour à acheter, découragés, me laissant le champ libre?

Toujours est-il qu'en revenant de Grèce je me suis inscrite à la partie "vidéo" et j'ai réservé des DVD (la plupart était sortie, les DVD font davantage recette que les livres). (L'intérêt des réservations, c'est que vous êtes prévenu par mail quand le livre ou DVD est disponible).

J'arrive bibliothèque Marguerite Audoux, j'erre un peu, feuillette un livre de Marc Rastoin sur table, récupère mon DVD, Yeshayahou Leibovitz, nul n'est prophète en son pays, je passe au guichet le faire enregistrer…
Je ne sais pas ce qui s'est passé. Le bibliothécaire est-il un passionné de Leibovitz, agit-il toujours ainsi parce que c'est de son métier qu'il est passionné, toujours est-il qu'il me demande:
— Vous savez que nous avons ses livres, aussi?
Je balbutie — Euh non, je ne les ai pas vus sur le catalogue. (Depuis, j'ai compris pourquoi: l'auteur est orthographié "Leibowitz".)
Il écoute à peine — Si, si, en bas, rayon judaïque, vous connaissez?
— Heu non, c'est la première fois que je viens. (C'est faux, j'étais venue écouter ici une amie de Marie Borel, Oscarine Bosquet.)

Je fais un tour pour trouver l'escalier, je descends, j'erre encore (comprendre: je regarde ce qui s'offre), quand soudain un homme jaillit avec un livre et me le fourre d'autorité dans les mains: «Tenez».
C'est le bibliothécaire de l'accueil. Il est descendu plus vite que moi, par un autre chemin, il me tend une étude sur Leibovitz.
Je l'ai prise.

Donc dans mon sac:
Olivier Hirschbiegel, La Chute
Emil Weiss, Yeshayahou Leibovitz
William Boyd, La vie aux aguets
Yeshayahou Leibowitz, La foi de Maïmonide
Yeshayahou Leibowitz, Les fondements du judaïsme
Yeshayahou Leibowitz, Corps et esprit
Jean-Marc Joubert, Leibowitz : Une pensée de la religion
et mon Taubes, La théologie politique de Paul

Rendez-vous pour voir Témoin à charge. Aussi bizarre que cela puisse paraître, je n'avais jamais vu Marlène Dietrich jouer.

Samedi

Un peu sonnée après l'examen de grec, beaucoup plus difficile que celui de janvier (j'ai oublié de dire que nous ne faisons que de la version, ce qui permet aussi de comprendre comment nous parvenons à faire en un an ce qui en prend plusieurs à la fac).

Je rejoins H. devant La Procure. Malgré mes réticences (car je sais comment cela va se terminer), il insiste pour que nous traversions le marché de la Poésie.
J'ai la surprise et le plaisir de découvrir un stand entier (ou presque) consacré à Maurice Carême.
Nous croisons Bernardo. Nous passons de stand en stand. Je ne veux m'arrêter nulle part parce que je sais que la vie est si dure pour ces éditeurs que je me sens une obligation d'acheter quelque chose.
Il est tard, je n'ai pas le temps de m'arrêter au stand de Fata Morgana, ni à celui des Editions de la salle de bain voir s'il y a des Pranchères ou des Régniez pour compléter mes collections. Je repasserai demain.

Et donc (quand je disais que je savais comment tout cela se terminerait):
- Maurice Carême, La bille de verre;
- Maurice Carême, Le jongleur;
- Marie Borel, Le léopard est mort avec ses tâches;
- Michel Clavel, De ma main gauche (je n'avais pas compris que c'était à prendre littéralement!);
- Jacques Roubaud, Ma vie avec Lacan (un récit si minimaliste qu'il illustre qu'avoir un nom permet d'être publié!);
- David, Psaumes pénitentiels (Orphée : bilingue hébreu);
- William Carlos Williams, Asphodèle (Orphée, bilingue anglais);
- Jean Richepin, La Chanson de gueux (Orphée);
- Lewis Carroll, Jabberwocky et ses huit traductions de la première stophe publié au Castor astral (j'en prends deux, un pour offrir).

Sieste (deux heures contre cinq la semaine dernière: en progrès).

Orages. Durant le dîner je regarde par la fenêtre et remarque une poutre en travers du portique. J'essaie de comprendre et découvre avec horreur que notre petit chêne s'est déraciné. Il s'était planté seul et avait poussé à un endroit imprévu, nous n'avions pas eu le cœur de l'arracher quand il avait un an. Il devait en avoir sept ou huit, je craignais que notre voisin nous le fasse arracher quand il menacerait de son ombre son potager.
Problem solved. Mais que s'est-il passé? Trop de pluie? Des racines peu profondes? Du vent?
Nous avons le cœur gros. J'étais heureuse d'avoir un chêne qui s'était planté de lui-même chez nous. Une impression enfantine d'élection.


Aussi lourd qu'un âne mort

Journée de transition bibliophore, je rends des livres en bibliothèque. Je réorganise mon sac au petit déjeuner, je sors mes livres et tout le monde rit au fur à mesure que je plonge la main et la ressort, la plonge, et la re-ressort, la replonge, et la re-re-ressort…

- David Fulmer, Rampart street. Je l'avais pris pour H. mais il n'a pas attisé sa curiosité, donc je le rends.
- La Création dans l'Orient ancien, à rendre dans une autre bibliothèque (TG d'hier).
- Michel Younès, Pour une théologie chrétienne des religions, à rendre (TG de samedi).
- deux lexiques de grec (le même lexique, mais avec cinquante ans d'écart entre les éditions: très différents en pratique) (pour notre dernier cours: ce soir c'est le dernier cours de l'année).
- le Nouveau Testament en grec.
- Denis Dupont-Fauville, Saint Hilaire de Poitiers, théologien de la communion (pour le lire!)

Au retour, j'ai rendu quelques livres et j'en ai acheté deux autres.

- Denis Dupont-Fauville, Saint Hilaire de Poitiers, théologien de la communion
- Paul Ricœur, L'herméneutique biblique (traduit de l'anglais, ah tiens)
- Curzio Malaparte, Viva Caporetto!, un peu par hasard parce qu'il était sur une table de la librairie. Premier livre de Malaparte, première traduction en français, trois fois saisi et censuré, récit sur la première guerre mondiale
- les deux lexiques de grec
- le Nouveau Testament

Le soir un homme me dit gentiment en sortant du RER à minuit :«Vous devriez mieux fermer votre sac» (tip: ce sac ne ferme pas, il a une forme de cabas, je l'ai choisi pour cela). Je le regarde, contemple sous ma main qui tient les poignées les tranches des livres et imagine la tête de celui qui découvrira ce qu'il vient de me voler. Je pars vers le parking en soupirant un peu.

La Maison de la radio

Grand plaisir durant ce film — et frustration.

Que des gros plans, pas de recul, une difficulté pour se situer dans l'espace pour le spectateur, pas de noms (sauf durant le générique, mais alors en vrac), pas de point de repère.
Oui, une frustration à la mesure de la joie éprouvée, de l'étonnement devant les chanteurs, les drôles de bricoleurs, les kilomètres de couloir, les micros, etc.


Le matin, j'étaits passé au Virgin (ouvert avant huit heures à la sortie du RER de la Défense) pour acheter le Coran dont j'ai découvert hier soir que j'en avais besoin demain pour le TG sur l'islam. Je choisis la traduction de Malek Chebel parce que la prof nous a dit de préférer les traductions faites par des musulmans.
A la caisse, je prends le dernier Emmanuel Todd et hervé Le Bras parce qu'il contient beaucoup de cartes de la France. Etonnant, à ce que je comprends en lisant la presse, cela semble un hommage aux valeurs du catholicisme enracinées au plus profond des consciences.

A la librairie de l'église de La Défense j'achète Un huluberlu dégingandé et une demi-portion parce qu'il dégage une énergie communicative. Pourtant il ne s'agit pas d'un sujet facile: le handicap moteur cérébral.

Chez Aline

J'ai fini sa bouteille de whisky, j'ai bu la canette de Guinness qu'elle avait prévue pour moi, j'ai caressé le chat et j'ai emporté ses livres.

Merci Aline!

Qu'en faire?

Hier Patrick m'a fait un étrange cadeau : l'année 2011 de ce blog repris dans un livre, "les mois à l'endroit".

Sensation étrange. C'est plaisant, c'est flatteur, je découvre que j'aime me relire et j'ai honte de cette complaisance; en même temps j'ai aussitôt des envie de corrections, ou plutôt d'ajustements, des précisions de contexte à apporter qui me semblaient inutiles sur le blog, éphémère par essence.
Qui dit quoi à qui dans quelles circonstances, cela paraît soudain beaucoup plus important dès que c'est imprimé. Il devient plus important d'être compris.

Mais que faire de cet objet? Je ne peux pas le faire lire à ceux qui ne connaissent pas le blog (et un livre non lu, c'est triste. J'ai toujours prêté mes livres, moins pour les lecteurs que pour les livres, pour qu'ils sortent des étagères, qu'ils respirent — parfois j'emprunte un livre à la bibliothèque uniquement pour qu'il sorte), et il est inutile de le faire lire à ceux qui lisent ce blog (et pour le coup ce serait bigrement prétentieux).
Impression étrange d'avoir dans les mains un objet absolument inadapté — et j'en suis embarrassée car j'en suis l'auteur.



Il y avait d'autres cadeaux:
- Les psaumes traduits (adaptés?) par Paul Claudel
- … le pivert nu et les tomates vertes… et Oulipotages de Jacques Theillaud (un ami FB)
- la correspondance Hawthorne-Melville que je n'avais pas trouvée cet été : D'où viens-tu, Hawthorne?

Bibliothèque de Bois-le-Roi, II

Une caisse était posée devant la porte avec une affiche : "livres donnés par nos lecteurs pour nos lecteurs". Que des biographies. J'ai pris tout ce que je pouvais mettre dans mon cartable, honteuse d'emporter presque la moitié des livres et souhaitant le dissimuler.

Donc :
- Guislain de Diesbach, Madame de Staël, parce que Patrick m'en a rapporté un digest de Coppet ;
- Dirk Van der Cruysse, Madame Palatine, princesse européenne, parce que Laurent m'a dit que c'était elle l'auteur d'un cri qui m'avait particulièrement marquée (« Pas le couvent, pas le couvent ! ») (ce livre est énorme) ;
- Jean-Pierre Poirier, La véritable Jacqueline Auriol : Voler pour vivre, parce que Jacqueline Auriol et Hélène Boucher sont mes héroïnes depuis toujours (et puis il y a des photos) ;
- Frédérique Lebelley, Duras, le poids d'une plume, parce que ça me plaisait d'avoir un autre avis que celui de Laure Adler (même si, Duras l'ayant relu, ce ne doit pas être biaisé du tout. Mais cela m'amuse).

J'ai laissé le récit de Catherine Allégret sur Montand et Signoret (pour ma mère), parce que décidément, plus rien ne tenait dans mon cartable.

Je me suis inscrite. Ils m'ont précisé que l'inscription pour les enfants était gratuite. J'ai répondu que c'était moi qui lisais les livres pour enfants, que j'adorais ça (pourquoi ne puis-je jamais m'empêcher de me présenter comme simplette ? Sur le coup ça m'amuse, mais après je me plains qu'on me prenne pour simplette. A corriger).

Travaillé sur la Bible (les occurrences du mot mashiah, "frotté d'huile", dans l'AT). Pas fini, il va encore falloir me lever très tôt cette nuit.

Fini L'Ange au regard vide.

Première neige

8h, messe à Notre-Dame (l'église est bien chauffée); 9h, bibliothèque rue d'Assas (Platon, Phèdre, le père Caffarel sur la prière); 10h30 achat de Dc Martens aux Halles; 11h15, chapeau à la Cerise sur le chapeau; 12h, allemand (raté la première heure. Préparé aucun devoir à la maison); 14h, vingt-deux siècles de littérature grecque en trois heures et quart (professeurs qui ne lisent pas leurs notes, alleluia); 18h, bibliothèque Mouffetard (trois livres en retard); 18h45, salon du livre à l'EA.


Dans mon sac, le matin :
Platon, Le Banquet et Phèdre, GF 1964 (traduction Emile Chambry)
Léo Strauss, Sur une nouvelle interprétation de la philosophie de Platon (à rendre à Mouffetard)
Friedrich Nietzsche, Introduction à la lecture des dialogues de Platon (à rendre à Mouffetard)
Auguste Diès, Autour de Platon (à rendre à Mouffetard)

Le soir :
Platon, Le Banquet et Phèdre, GF 1964 (traduction Emile Chambry)
Henri Caffarel, La prière, rencontre avec Dieu
Platon,Phèdre, GF 1989 (traduction Luc Brisson)
Jacob Taubes, En divergent accord : à propos de Carl Schmitt (rendu par Patrick)
Michel Rocard, Mes points sur les i : Propos sur la présidentielle et la crise (pour H.)

Mercredi

Peu de choses à raconter. Commencé et laissé tomber un billet destiné à démontrer que la nationalisation, c'est le mal. Casino royal encore[1]. Une purée mousseline ratée (pas par moi), c'est vraiment mauvais mais c'est une source de rires inextinguibles.



Dans mon sac, le matin (je pensais passer à la bibliothèque Mouffetard, puis j'ai changé d'avis):

Platon,Le Banquet et Phèdre, GF 1964 (traduction E. Chambry)
Léo Strauss, Sur une nouvelle interprétation de la philosophie de Platon (à rendre rue Mouffetard)
Friedrich Nietzsche, Introduction à la lecture des dialogues de Platon (à rendre rue Mouffetard)
Yves Courrière, Sur la piste du lion (à rendre à la bibliothèque du CE)
Jean Barraqué, Debussy, (à rendre à la bibliothèque du CE)
Aglaïa, autour de Platon. Mélanges offerts à Monique Dixsaut (à rendre)

Le soir:

Platon,Le Banquet et Phèdre, GF 1964 (traduction E. Chambry)
Léo Strauss, Sur une nouvelle interprétation de la philosophie de Platon (parce que j'irai à Mouffetard vendredi)
Friedrich Nietzsche, Introduction à la lecture des dialogues de Platon (parce que j'irai à Mouffetard vendredi)
Jean-Marc Potdevin, Les mots ne peuvent dire ce que j'ai vu (rendu par Patrick)
Leonardo Sciascia, Actes relatifs à la mort de Raymond Roussel (offert par Patrick)
Aglaïa, autour de Platon. Mélanges offerts à Monique Dixsaut (je voulais le laisser au bureau en attendant de passer à la bibliothèque, mais j'ai prolongé le prêt à distance).

Notes

[1] Bond sort de l'eau comme Bo Derek Ursula Andress. La musique utilisée durant les scènes romantiques de la dernière partie vient d' Out Africa, ce qui pour moi court-circuite le film.

Moisson de la journée

Un polycopié de Clarel (introduction et notes incluses), Les Falaises de marbres (quatorzième édition de 1943 !!) et d'énormes chaussons Guinness qui ont rendu jaloux nos voisins de table. (A celui qui voulait me les piquer, il a fallu que j'explique qu'il avait les pieds trop grands, ce qui était sans doute un mensonge car ils (les chaussons) me paraissent extensibles.)



R est entré au PI. Cela me met le moral dans les chaussettes, d'un autre côté je suis curieuse de voir combien de temps il va résister à leur bêtise.

Déstabilisée

Le temps est passé si vite. Je savais que A. devait partir vers le 20; en fait c'est aujourd'hui, à deux heures. J'en suis toute décontenancée: elle n'a rien dit ce week-end, rien dit hier, juste écrit sur le tableau l'heure et la date de son train de retour. Somme-nous des parents si absents? J'en suis retournée.

Comité financier à onze heures. Curieux.

Demain c'est l'anniversaire de O. Je passe dans les BDtèques de la rue Saint-Jacques et du boulevard Saint-Germain (tiens, Valérian est sorti en œuvres complètes. Les nôtres sont si abîmés.) Rien ne me convient pour lui.
Inévitablement je me retrouve à la librairie Compagnie. J'achète le Ricœur sur l'être et l'essence chez Platon que je n'avais pas pris dimanche dernier (trop abrutie, trop fatiguée, mais depuis je ne pensais qu'à lui) et Socrate de Thibaudet (un posthume, 2008: ça alors!). Je reconnais dans ces achats une déformation de mes années d'étudiante, quand j'avais l'illusion inconsciente qu'acheter un livre allait me permettre de le "posséder", d'en posséder le contenu, sans le lire, sans l'étudier. Le danger revient; le besoin de se rassurer, je suppose.

Journée

Une de ces sorties qui me fait penser que ce n'est pas la peine que j'insiste, que je n'y arriverai jamais.
Exercice, pelles au carré, rien n'y fait. Mais comment ramais-je en double quand j'avais treize ans? Je me souviens que je sortais du bateau furieuse, que j'en voulais au monde entier et surtout à moi-même, bien sûr (mais comment s'éloigner de soi-même quand on ne se supporte plus?). Ça n'allait pas.

Passée le soir chercher vingt-cinq fascicules de la Bible de Jérusalem édités dans les années 50. Je voulais vérifier la numérotation des psaumes par rapport à la liturgie orthodoxe, et comme je l'avais compris, elle est alignée sur la numérotation de la Vulgate, et non la numérotation hébraïque retenue par les Bibles que je possède.
J'aime bien la Bible en fascicules, ça redevient humain, accessible. Les tomes sont tachés de rouille mais ne sentent pas l'humidité.

Soit dans mon sac:
vingt-cinq fascicules bibliques;
Ty-Puss d'Ella Maillart (c'est un cadeau de Patrick pour A.);
Le Temps presse de Jacob Taubes (parce qu'il était au bureau et que j'en ai besoin demain matin);
La réforme liturgique du métropolite Cyprien de Kiev de Job Getcha (que je lis (non, pas totalement par folie, mais pour m'imprégner du vocabulaire))
Petit abécédaire des entreprises malheureuses d'Anne Matalon qui était dans un placard de mon ancien bureau et que je ramène à la maison.

Mon nouveau bureau

Il est au dernier étage d'un cube, vitré sur deux côtés, est et sud. Il est très lumineux, même par temps de pluie. Et j'ai vue sur la tour Eiffel et un petit morceau de Seine. (Sur la photo, une péniche passe. L'eau est aussi verte que les arbres.)




Dans les toilettes, le novlangue fait rage. J'ai l'intention d'enlever discètement cette affiche et de la remplacer par le numéro de téléphone seul.




Le rez de chaussée (rez de dalle, comme on dit) est au quatrième étage. Je retrouve au premier étage la bibliothèque de 1996. J'y avais emprunté mon dernier Bradbury (La solitude est un cercueil de verre), Madame Bovary et Cervantès en cassettes audio, et découvert Lawrence Block.
J'ai vérifié: Le fil de l'horizon est disponible (introuvable en librairie malgré la mort de Tabucchi). J'ai emprunté le journal de Kafka parce qu'il était placé devant les livres trop serrés sur l'étagère pour lui laisser de la place et l'édition 1972, la première, du Seigneur des Anneaux chez Bourgois, plus confortable à lire que les livres de poche.

J'aime beaucoup les bibliothèques. Je réfléchissais qu'à une époque, c'était finalement le moyen le plus sûr de trouver les livres épuisés.

Week-end

J'ai enfin déballé le sac de livres amené par Patrick mi-janvier. Sous des livres de théologie, j'ai trouvé des trésors datant de 1977 (des inédits de Robbe-Grillet, des interviews de Claude Simon, etc), le petit Celse, une très jolie édition du Chat Murr en allemand: merci beaucoup Patrick, tu devais te demander pourquoi je ne t'en n'avais pas parlé, c'est que je n'avais pas encore vu.

Pour le reste, plomberie remise à neuf et révisée. Apparemment il ne sera plus possible de démonter la porte des WC et de la sortir de la pièce: entre les étagères de poches et le nouveau (minuscule) lavabo, il n'y a plus la longueur de diagonale nécessaire (en même temps, quelle importance, qui veut démonter la porte des WC?)

Anniversaire

Fidèlement, Patrick m'a souhaité mon anniversaire, en s'excusant de n'offrir (presque) que "des livres utiles".
Tant mieux, tant mieux, je n'ai pas de place pour les livres inutiles, et cela fait autant d'argent économisé.

- RC, Roman Roi
- Dictionnaire critique de théologie sous la direction d'Yves Lacoste
- Dictionnaire des théologiens (avec les timbres extraordinaires de l'enveloppe d'envoi)
- Peintures murales de la France gothique avec une introduction d'Yves Bonnefoy

+ Témoins de la Parole de la Grâce = un sac plutôt lourd.

Acheté en novembre à Nantes

A Nantes se tient une kermesse de la paroisse dans laquelle sont dispersés les bibliothèques des prêtres décédés au cours de l'année. C'est assez mélancolique.

Un ami nantais m'avait choisi des livres un peu à l'aveugle, puisque je n'ai pas grande idée de mes besoins. Ils sont parfaits, ce sont des livres de fond de bibliothèque.

Code de droit canonique (latin-français)
Nouveau testament (en grec)
Concile Vatican II, constitutions, décrets, déclarations (français et latin)
— Congar: Jalons pour une théologie du laïcat
— Congar: Vraie et fausse réforme dans l’Église
— Congar: je crois en l’Esprit saint
— Saint Augustin: Commentaire de la première épître de saint Jean (bilingue)
— Auguste Valensin: Textes et documents inédits



Par ailleurs, reçu Témoins de la Parole de la Grâce de Philippe Bossuyrt et Jean Radermakers.

Vice soigneusement dissimulé

— Quand on me demande si j'ai fait les soldes, je n'ose pas répondre que je garde mon argent pour acheter des livres.
— Tu as raison, il vaut mieux pas.


(Dieu que certains livres épuisés coûtent cher.)

Bibliographie (devoirs de vacances)

J'ai perdu le 18 juin la bibliographie donnée pour préparer l'année de théologie, mais ce soir je retrouve des notes prises de mémoire à la fin d'un numéro de Communio dès que je m'en suis rendue compte:

- Jean Delumeau et Monique Cottret, Le Catholicisme entre Luther et Voltaire
- Jésus collection Que sais-je?
- Daniel Marguerat: Le Dieu des premiers chrétiens
- Bernard Sesbouë, Christ, seigneur et fils de Dieu
- François-Xavier Durrwell, Jésus fils de Dieu dans l'Esprit saint

Rapporté

(Mulhouse) des leggings à trous ("découpe au laser"); Que sais-je? Histoire de la Pologne; Que sais-je? Les guerres de religion; Stevenson, Othon; Romain Gary, Ode à l'homme qui fut la France; de l'encre Mont-Blanc bordeaux; (Bâle) un mobile; (Zurich) Fritz Senn, Joycean Murmoirs; des chaussures de tennis camouflées en chaussures de ville (streetwear?); (Saint Gall) La bibliothèque abbatiale de Saint-Gall; un tapis de souris; (Appenzell) du fromage (à consommer tout de suite et sous vide, pour emporter); du miel; des fruits secs dans du miel (mon vice); (Vadouze) des bâtons de marche en fibre de carbone; (col du Julier) de la viande des Grisons; du pain des voyageurs (pain extrêmement nourrissant fourrés aux fruits secs (nous ne le savions pas, nous l'avons découvert en le découpant. C'est l'équivalent du lembas elfique (en plus lourd))); (Soglio) du shampoing (par besoin, si, si (et il est très bien)); de la crème de marron; (Rarogne) de l'eau de la fontaine sous l'église dans une bouteille d'Appfelshorle; Rilke, Das Studenbuch; (Sierre) Rilke, Poésie aux éditions du Seuil; Rilke - Tsvetaïeva - Pasternak. Une amitié russe / Russische Freundschaften; (le long de la route valaisienne) des abricots; de la confiture de cerises; de la confiture d'abricots; (Neuchâtel) des chocolats dans la pâtisserie Suchard; François Mauriac, Blaise Pascal et sa sœur Jacqueline (parce que je n'arrive pas à lire la biographie que je possède); André Maurois, À la recherche de Marcel Proust (parce que Pascal dit toujours que c'est le meilleur livre sur le sujet); Václav Havel, Interrogatoire à distance; Pouchkine, La dame de pique et La fille du capitaine; (Mulhouse) un manteau rouge; un sweat Chaperon rouge; une robe sorcière; un maillot de bain; (Colmar) un tirage des cochons de Schongauer, un jeu de cinq aiguilles n°3.

PS: J'avais emmené un assortiment de livres correspondant aux différents auteurs que nous devions croiser durant le voyage; la prochaine fois j'emmènerai vide le sac dédié aux livres.

Kermesse (dimanche dernier)

Peu de livres, très peu de livres, et en fort mauvais état. Je trouve des Rouge et or souveraine. Je les achète pour les "sauver". Je ne me lasserai jamais des bibliothèques Rouge et or.

- Alain Bombard, Naufragé volontaire, en poche (la dernière fois que je l'ai eu, c'était en bibliothèque verte);

- Anthony Buckeridge, Bennet et les grenouilles, toujours dans l'espoir de faire lire le petit dernier

- Lieutenant X, Langelot et le plan Rubis, parce que je les achète, parce qu'une Libanaise m'a contacté sur FB à cause de Langelot;

- Aranka Siegel, Sur la tête de la chèvre, épuisé. J'ai le tome 2, La grâce au désert, je les ai lus tous les deux entre 1992 et 1994, à la bibliothèque de Levallois-Perret, à l'époque où je ne lisais plus que des policiers et des livres pour enfants. Deux livres magnifiques (une adolescente juive hongroise en 1942);

- Charles Dickens, Olivier Twist, en bibliothèque verte, abrégé (oui je sais. Honni soit, etc);

- Frances Burnett, Petite Princesse'' et ''Le petit lord Fauntleroy, en rouge et or souveraine, donc;

- Philippe et Jacques Mahuzier, les Mahuzier au Canada, parce que je ne peux pas laisser échapper un Mahuzier.

Bruxelles

- Albert Lavignac, Le voyage artistique à Bayreuth, parce que Daniel Ferrer le cite souvent;

- Luis Borgès, L'auteur et autres textes, un livre neuf, bilingue (je n'apprendrai jamais l'espagnol, mais qu'importe), parce qu'un Borgès, pourquoi pas, ce n'est jamais perdu, c'est du fond de bibliothèque;

- Michel Mesnil, Kenji Mizoguchi (Seghers 1965), parce qu'il y a bien longtemps on m'a emprunté (je sais qui) le Mizoguchi aux éditions du Cerf (et le Louise Brooks) qu'on ne m'a jamais rendu;

- Lorand Gaspar, Histoire de la Palestine, (1978), parce que depuis que j'ai lu Le Figuier, je ne laisse jamais passer un livre Maspéro. Et puis Gaspar, Gaspard de la nuit, Gaspard des montagnes, Gaspard le rat…;

- Albert Mahuzier, à la poursuite des Gorilles, (dédicace de l'auteur), parce que je ne connaissais que Les Mahuzier en Afrique de Philippe Mahuzier, et que visiblement c'est le livre père, à tous les sens du terme, et que ces Mahuziers m'ont autant accompagnée que les Signes de piste;

- Jacob Boehme, Confessions, et si je dis que c'est parce que je sais que je le confonds avec Boecke, un personnage d'Hugo Pratt dans Fable de Venise, qui comprendra?

- Maître Eckhart, Conseils spirituels, parce que parce que, Alain de Libéra et Urs von Balthazar et ma prof de philo et toute la vie qui précipite…, et la couverture qui me semble être exactement une carte postale envoyée par Philippe;

- Charles Péguy illustré par Nathalie Parain, Cinq prières dans la cathédrale de Chartres, Sainte Geneviève, Jeanne d'Arc, à cause d'un retour de plieux.

L'inconvénient de tout ceci, c'est qu'ayant été acheté le matin, il a fallu le porter le reste de la journée dans mes déambulations au sud de Bruxelles.


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Agenda
Thèse de Tristan Storme
Failli manquer mon TGV au retour

Résumé

- Réunion absconse sur l'informatique, la fraude interne et la sécurité. J'ai des courbatures suite à la sortie d'hier, j'ai beaucoup de mal à rester assise. Je m'endors. Je m'agite pour ne pas m'endormir.

- Une pinte et demie de Guinness et des livres. Je suis rentrée si tard au bureau que certains en partaient quand j'y suis revenue. (Aveu embarrassant).

- Reçu l'Anthologie de la poésie française de Gide en Pléiade. A première vue, c'est une source importante des citations qu'on trouve dans Journal d'un voyage en France, et plus tard dans Théâtre ce soir.
Importance aussi de «Salut, ô belle nuit» de Chénier.

- De belles photos de ce week-end.

- Vexé ma fille en lui disant qu'elle avait inventé l'anti-dopage.



Dans mon sac, le soir (j'ai les coudes douloureux depuis deux mois):
- James Joyce, Ulysses
- Sergueï Eisenstein, MLB
- Jean Echenoz, Jérôme Lindon
- Félicien Marceau, Balzac et son monde
- Claude Mauriac, Qui peut le dire ?

Senso

Senso, pour des raisons églogales évidentes. «La saison commence à La Fenice» doit venir de là.

Venise comme je l'ai vue en 1986 et comme elle n'existe plus, maintenant qu'elle est repeinte et pimpante.
Des intérieurs comme des décors d'opéra, des extérieurs dans la même tonalité que les fresques de la villa de campagne.


Je passe à la librairie Compagnie. L'émotion parmi les livres est plus grande qu'autrefois. Elle grandit. D'une certaine façon, lire me devient de plus en plus difficile, car chaque mot sur la page m'étonne. Ce n'est même plus «qu'est-ce qu'un nom?» mais «qu'est-ce qu'un mot?», comment se fait-il que ces signes aient un sens? (Et que je sois de plus en plus attachée aux versions bilingues n'est pas un réflexe de puriste, mais un besoin de rêver.)

J'étais venu chercher le Tristan Storme mais il n'est plus en rayon. Patrick a raison, il faut acheter quand on hésite. Je repars avec
- Parménide de Heidegger
- L'eschatologie occidentale de Jacob Taubes
- La logique sans peine de Lewis Carroll
- Loin de Byzance de Joseph Brodsky
- la querelle des universaux d'Alain de Libera

Un jour je lirai tout cela. Un jour je fermerai les portes et je lirai ma bibliothèque.


ajout le 29/01
J'écoute Sodome et Gomorrhe. Les remarques du narrateur à propos de la lettre de M. de Charlus à Aimé me semblent assez bien résumer Senso, avec la comtesse en M. de Charlus.

[...] il [Aimé] reçut une lettre fermée par un cachet aux armes de Guermantes et dont je citerai ici quelques passages comme exemple de folie unilatérale chez un homme intelligent s’adressant à un imbécile sensé. [...] Elle [la lettre] était, à cause de l’amour antisocial qu’était celui de M. de Charlus, un exemple plus frappant de la force insensible et puissante qu’ont ces courants de la passion et par lesquels l’amoureux, comme un nageur entraîné sans s’en apercevoir, bien vite perd de vue la terre. Sans doute l’amour d’un homme normal peut aussi, quand l’amoureux, par l’intervention successive de ses désirs, de ses regrets, de ses déceptions, de ses projets, construit tout un roman sur une femme qu’il ne connaît pas, permettre de mesurer un assez notable écartement de deux branches de compas. Tout de même un tel écartement était singulièrement élargi par le caractère d’une passion qui n’est pas généralement partagée et par la différence des conditions de M. de Charlus et d’Aimé.

Suite de l'étalage

Quand on ne peut plus raconter le personnel parce qu'il est privé ni l'amical parce que ce n'est pas autorisé, il ne reste plus grand chose à raconter. Le RER et la neige, peut-être? (Ce n'est même pas que j'ai peur de lasser "mes" lecteurs, c'est que je m'en lasse moi-même (enfin pas de la neige, j'aime bien).

  • aller

RC, Kråkmo

  • retour

RC, Kråkmo
RC, Travers
Lewis Mumford, Herman Melville
Michel Clavel, Le petit livre à offrir à un amoureux des mots
Jacques Perry-Salkow, Anagrammes
Jacques Perry-Salkow et Frédéric Schmitter, Mots d'amour secrets
Michel Francesconi, La vitesse à laquelle nous oublions est stupéfiante
Lieutenant X., Langelot contre six
Agatha Christie, Death in the Clouds

Incohérence très peignée

Neige. Le trafic de livres s’intensifie.

Je sais que ce genre de billet est un poil "obscène", comme dirait un auteur que je pratique. Mais bon, le côté improbable de cette liste, son incohérence ou demi-cohérence, m'amuse. Chaque livre est là pour une raison précise, mais le total est étrange.

  • Aller

- Monica del Soldato, Pasta, alle Rezepte
- Gershom Sholem & Leo Strauss, Cabale et philosophie
- Joseph Malègue, Augustin ou le Maître est là
- un paquet cadeau
- un futur paquet cadeau
- Erik Neveu, L’idéologie dans les romans d’espionnage
- Gérard de Villiers, Le Gardien d’Israël
- Gérard de Villiers, La Panthère d’Holywood
- Gérard de Villiers, L’ordre règne à Santiago
- RC, Kråkmo

  • Retour

- RC, Kråkmo

De Jacqueline de Romilly à Leo Strauss

A la mémoire de Jacqueline de Romilly.

C'est parce que j'étais en train de lire Jacqueline de Romilly que j'ai choisi Leo Strauss quand il s'est agi de soutenir les éditions de l'éclat. [1]
Et à cause de Gershom Scholem, bien sûr.

Donc jeudi soir, sous la neige, protégés par un sac en tissu de la librairie portugaise:

  • Gershom Scholem & Leo Strauss, Cabale et philosophie
  • Leo Strauss, Le discours socratique de Xénophon suivi de Le Socrate de Xénophon
  • Leo Strauss, Sur "le Banquet"
  • Leo Strauss, Socrate et Aristophane

Notes

[1] (La méthode pour commander n'est pas très claire. Voir ici les librairies amies ou utiliser Lekti-ecriture.)

Cruchons

J'ai appris que dire La Fenisse faisait quand même un peu plouc (quand je ne sais pas prononcer, je prononce à la française, le duc de Buckingant n'est nullement une surprise pour moi); qu'au Moyen-Âge la Bible et les textes sacrés étaient entourés de leurs commentaires et de leurs annotations, sur la page même (ce qui me fait penser à la Torah. En ce moment je me heurte sans cesse à des remontées du Moyen-Âge, est-ce la lecture de Kantorowicz qui me rend réceptive (non, je ne veux pas dire que la Torah vient du Moyen-Âge, je pense à la patristique)), et que des dragonnades ont eu lieu sous Louis XIV (je mettais cela beaucoup plus tôt).


Cruchons très peu productifs, ce qui me met toujours mal à l'aise, comme si je trompais les participants, comme si je ne tenais pas une promesse.
Rencontré Bashô, ce qui confirme ma thèse qu'on finit toujours par rencontrer les blogueurs ou les commentateurs quand on est fidèle suffisamment longtemps.
Bashô recommande le film La femme aux cinq éléphants (les horaires sont un peu restrictifs). Je lui ai parlé de FB, partagée entre deux sentiments: c'est si pratique pour communiquer, partager des liens, aller vite (je me rends compte que je suis "piquée à la vitesse"); cependant faut-il encourager ce lieu qui nous fait vivre dans des maisons de verre et développe la paranoïa?

Les livres continuent à venir à moi, deux Nabokov et une Bible en hébreu. Je les ai laissés au bureau, mon sac était bien trop lourd ce soir. Merci aux généreux donateurs.


— Tu as vu? J'ai acheté un sac plus grand pour les Eglogues!
— Ce qui me gêne, c'est qu'il soit ouvert, on peut te voler.
— Tu crois qu'il y a grand risque? Je le regarde, dubitative.
— Tu veux dire que c'est à souhaiter?







Une conversation m'a fait me souvenir qu'à l'issue d'une semaine de conférences sur le roman au XXe en 1998, je m'étais dit découragée que je n'y arriverais jamais, que je partais de trop loin, que j'avais trop de lacunes. J'avais refermé mes livres. Aujourd'hui ces mêmes lacunes ne me dérangent plus (je veux dire que je les regrette mais je les assume), je sais que c'est en partie dû à l'accueil si généreux que j'ai reçu à Cerisy, aux gens qui ne m'ont pas considérée comme une intruse, et en partie à mon intérêt pour RC, qui me permet d'oublier tout ce que je ne sais pas pour ne penser qu'à chercher.

Prague à La table russe

Une gomme Kafka, des cartes postales et une boîte d'allumettes ;

  • 19th Century Art in Bohemia ;
  • Harald Salfellner, Franz Kafka et Prague ;
  • Monet - Warhol. Mistrovská díla z Albertina museum a Batlinerovy sbírky.

et puis Alix de Saint-André, L'ange et le réservoir du liquide à freins, qui aussitôt me fait me demander pourquoi j'ai quitté la Loire.

Vade retro

L'injonction "Achète le livre si tu hésites" fait qu'il va me falloir éviter les librairies avec plus de soin que les pâtisseries (c'est plus ruineux).

J'ai visité le musée judaïque, puis en attendant le début de la conférence de Ginzburg, j'ai traîné un peu au Cahiers de Colette et mangé une salade.

Bilan:
- Karl et Rosa, de Döblin (j'ai tant aimé Alexanderplatz);
- Le livre noir sur l'extermination des Juifs en URSS, de Grossman et Ehrenbourg, qui m'avait rendue malade à sa sortie en 1993. J'ai hésité, et donc...

Marais

A midi passée chercher mon billet pour Ginzburg au musée du judaïsme. Prétendre que lorsqu'on hésite à acheter un livre il faut l'acheter est criminel. Flâner à la fois vite (peu de temps, pause déjeuner) et longtemps dans la librairie, avec toujours les larmes qui montent dans l'accumulation de ce genre de livres. Pensées incorrectes, est-ce que tous les salariés sont juifs, le musée respecte-t-il les obligations légales de diversité? (Je deviens bizarre, c'est qu'on doit beaucoup m'embêter.)

Comme Emmanuel Régniez avait attiré mon attention sur les 70 ans de la mort de Walter Benjamin, comme j'avais relu le matin même mes quelques mots sur la correspondance Strauss/Scholem, je vérifiai les livres de Gershom Scholem. J'ai acheté tout ce qu'ils avaient, je crois.

  • Gershom Scholem, Fidélité et utopie (je suis contente, je crois qu'il est épuisé);
  • Gershom Scholem, Sur Jonas, la lamentation et le judaïsme (Jonas, celui qui reproche au Seigneur d'être trop indulgent);
  • Gershom Scholem, La kabbale (inévitable);
  • Gershom Scholem, Benjamin et son ange (quand même);
  • Gershom Scholem, Walter Benjamin, histoire d'une amitié (l'amitié entre les grands hommes me fascine, me console, me réconforte);

et un livre que j'avais en son temps hésité à acheter en grand format. Je l'ai pris en poche:

  • Avraham b. Yehoshua, Le Responsable des Ressources humaines. (J'ai commencé par celui-là, bien sûr, abandonnant Frédéric II pour quelques heures.)

Tourné un peu en songeant à ma tentation de tenter d'apprendre l'hébreu, [en songeant] qu'il faudrait qu'un jour je raconte "mon histoire juive", [en songeant] que je semblais condamnée à (ou incapable de ne pas) retourner sur mes traces pour explorer chaque chemin abandonné trop tôt, [condamnée à] tous les reprendre pour vérifier que c'est avec raison qu'ils avaient été abandonnés. Chemin après chemin, il n'en reste plus beaucoup, je crois. Va venir le moment où il faudra avancer sans se retourner, où il n'y aura plus rien sur quoi se retourner, tous les souvenirs présents, vivants.



Le soir, bibliothèque historique de la Ville de Paris. Daniel Ferrer et Jean-Jacques Labia, l'incroyable projet de Balzac et Stendhal, réécrire La Chartreuse de Parme à quatre mains. Comme d'habitude j'ai davantage appris en une heure qu'en vingt ans. C'est très étrange, la façon dont le creusement du détail permet de peindre des panoramas entiers. A regarder une seule ligne d'écriture, des pans tombent, Balzac était bibliophile, Stendhal non, qui pouvait prendre des notes sur un livre ou y rédiger un contrat. Détail sans intérêt littéraire, mais détail qui donnera un relief à certaines réactions des personnages. Cela minuscule détail parmi une foule de précisions plus directement dans le sujet, la bataille de Waterloo et celle de Wagram, «Waterloo fut la Berezina de Balzac», ses Scènes de la vie militaire restées au stade éternel de projet; reproches et compliments, compliments qui sont des reproches et inversement, qu'est-ce que le style... Mais enfin il semble qu'ils s'aimaient bien.

Que j'aime cette bibliothèque. C'est drôle de se dire qu'au même moment dans Paris doivent se tenir des dizaines de conférences identiques, professeurs invités par des associations des amis de Trucmuche, tout cela gratuit, gratuit, qu'ai-je fait de ma jeunesse, ils me font rire ceux qui regrettent leurs nuits blanches et leurs beuveries, s'ils savaient ce que je regrette, ils seraient horrifiés.



J'ai sommeil. Ménage dans la dropbox, mails, j'ai sommeil, je finis mon thé, le linge est étendu. Je ne vais même pas avoir le courage de lire.

La kermesse

- Maurice Merleau-Ponty, Sens et non-sens - édition Nagel (7e édition)
- Amours grecques (Anthologie palatine Livre XII - traduction par Yvan Quintin) - Publications Orientalistes de France
- Rainer Maria Rilke Lettres à une amie vénitienne - Arcades Gallimard
- Rainer Maria Rilke, Requiem - Fata Morgana
- André Maurois, Le Monde de Marcel Proust - Tout par l'image, Hachette
- Jules Romain, Knock - Poche1958
- Reinaldo Arenas, Avant la nuit - Babel Actes Sud
- Cavafy, Œuvres poétiques - Imprimerie nationale
- Léon Tolstoï, Anna Karénine - poche 1960
- André Gide, La symphonie pastorale - folio
- André Gide, la porte étroite - poche 1959
- Michel Pierssens, Lautréamont éthique à Maldoror - Presses universitaires de Lille
- Guide bleu Italie 1962
- Guides Modernes Fodor Afghanistan 1972
- Iran - Nagel 1971
- Islande - Nagel 1985
- Le monde en images L'Italie - éditions Odé

Bibliophore

  • aller

Michel Francesconi, La vitesse à laquelle nous oublions est stupéfiante

  • retour

Michel Francesconi, La vitesse à laquelle nous oublions est stupéfiante
Dominique Fernandez, Le dernier des Médicis
Sarah Frydman, Contessina
Sarah Frydman, Le Lys de Florence
Sarah Frydman, Lorenzo ou la fin des Médicis
Magdalena Nabb, Le gentleman florentin
Rolf C. Wirtz, Florence

Bibliophore

  • Aller

- Adorno, Des étoiles à terre (à rendre avec trois semaines de retard)
- Claude Mauriac, Le Temps immobile, tome I
- Agatha Christie, La fête du potiron, que lit A.

  • Retour

- Claude Mauriac, Le Temps immobile, tome I
- Agatha Christie, La fête du potiron
- Ernst Kantorowicz, Frédéric II (envie irrépressible depuis l'Italie)
- Jacqueline de Romilly, La Grèce à la découverte de la liberté
- Michael Baxandall, L'Œil du Quattrocento

Cruchons

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    - ''Passage
    - La Folle Vérité
    - les romans de Virginia Woolf en un seul tome dans le livre de poche
    - Journal de Travers tome 2
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    - ''Passage
    - La Folle Vérité
    - les romans de Virginia Woolf en un seul tome dans le livre de poche
    - Journal de Travers tome 2
    - Duane Michals dans la pochotèque
    - Les Gommes
    - Binger, Du Niger au golfe de Guinée
    - Claude Mauriac, Travaillez quand vous avez encore la lumière

Des livres

- RC, L'Amour l'Automne
- Claude Lanzmann, Shoah (coffret livre + DVD)
- RC, Journal de Travers tome 2
- Philippe Lejeune, Signes de vie (le pacte autobiographique)
- Sébastien Hubier, Littératures intimes
- Michel Foucault, Dits et écrits I - 1954-1988 (pour "Qu'est-ce qu'un auteur?")
- Philippe Sollers, Le Parc

offert par Aline
- Ossip Mandelstam, Le Timbre égyptien

Mon cartable ne fermait plus. Un peu compliqué.

Librairie Galignani

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Gide, Louÿs, Valéry : Correspondances à trois voix

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Gide, Louÿs, Valéry : Correspondances à trois voix
Renaud Camus, Demeures de l'esprit, Grande-Bretagne II & Irlande
Roland Brasseur Je me souviens encore mieux de je me souviens
Edmondo de Amicis, La tentation de la bicyclette
Jules Renard, Leçons d'écriture et de lecture
Lucien Suel, La patience de Mauricette

rue Saint-Guillaume

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Alfred Döblin, Berlin Alexanderplatz

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Alfred Döblin, Berlin Alexanderplatz
Jean-Yves Pranchère, L'autorité contre les Lumières
Gershom Scholem, Leo Stauss, Cabale et philosophie

Quai 234

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Alfred Döblin, Berlin Alexanderplatz

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Alfred Döblin, Berlin Alexanderplatz
Jean-Paul Goujon, Dossier secret Pierre Louÿs-Marie de Régnier, éclaboussé de quelques gouttes de bière
Jean Starobinski, Les mots sous les mots

Quelques dons

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- Correspondance à trois voix, Gide-Louÿs-Valéry
- Etty Hillesum, Une vie bouleversée suivie de Lettres de Westerbork
- Jules Supervielle, L'enfant de la haute mer (l'un des deux pour P., je ne sais pas lequel).

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P. est arrivé chargé de livres. Quelques-uns viennent de la bibliothèque de X., deux de la sienne, vieux compagnons qu'il me cède, soit:
- Novalis, Henri d'Ofterdingen, magnifique coïncidence que cette "Fleur Bleue";
- Elie Faure, Les Constructeurs.

Puis:
- François Mauriac, D'un bloc-notes à l'autre;
- Claude Mauriac, Travaillez quand vous avez encore de la lumière;
- Anne Wiazemski, Jeune fille;
- Paul Valéry, André Fontainas, Correspondance 1893-1945

et :
- Correspondance à trois voix, Gide-Louÿs-Valéry
- Jules Supervielle, L'enfant de la haute mer.

Kermesse de la paroisse I

J'aime cette kermesse du mois de septembre qui me permet d'acheter des livres de poche vieux. J'aime les livres de poche vieux.

Cette fois-ci il y en eut un peu moins que les années précédentes. Une dame m'a tourné autour: «Les romans plus récents sont sur l'autre table...» (Je ne cherche pas des romans. Je ne cherche pas du récent), et comme je regardais les volumes blancs de la collection des prix Nobel: «Oh c'est très bien. Ce sont les prix Nobel... enfin les anciens... Mais c'est très bien!» (Je sais).
J'ai résisté à la pulsion d'acheté le volume de Pontoppidan dont nous parle régulièrement RC (car je ne l'aurais pas lu) et je n'ai pas pris les deux tomes de la Bhagavad Gîtâ parce qu'ils étaient traduits de l'anglais (trois euros).

Donc (je les prends dans l'ordre où ils m'arrivent sous la main):

  • Wodehouse, Sonnez donc Jeeve, pour le lire puis le donner à Tlön. Je l'ai pris à cause de l'édition: la découverte (??);
  • Louis Massignon, L'hospitalité sacrée, à cause de ce site, à cause d'Henri Corbin, à cause de RC (l'hospitalité), à cause de Jean-Yves (la religion et la théologie);
  • Hans Urs von Balthasar, Elisabeth de la Trinité et sa mission spirituelle, encore à cause de Jean-Yves, mais aussi parce que ma prof de philo prépare une thèse de théologie sur Balthasar (la première femme française admise à préparer un doctorat en théologie, je crois (à vérifier));
  • Emile Ajar, La Vie devant soi, parce que j'aime ce livre;
  • Anatole France, L'île des pingouins, grâce à Tlön et à cause du président Damien;
  • Henry de Montherlant, Les jeunes filles et le Maître de Santiago, à cause de RC, mais aussi de mes années de lycée, durant lesquelles j'ai lu beaucoup de Montherlant (le théâtre);
  • Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra, parce qu'il était pratiquement neuf, que je ne savais pas si je l'avais et que le projet est de lire tout Nietzsche;
  • Nabokov, Le Guetteur. Un Nabokov que je n'ai pas, et en français. (Pratique. Moins bien, mais pratique);
  • Sacha Guitry, Mon père avait raison suivi de Désiré, parce que Tlön m'envoya un jour de déprime une vidéo géniale;
  • Marguerite Duras, Un barrage contre le Pacifique, à cause de Jérémy;
  • Brantôme, Les dames galantes, à cause de RC;
  • Jules Supervielle, L'enfant de la haute mer. Pour l'offrir. Il contient l'un des plus beaux contes de Noël que je connaisse. (Pour Patrick?)
  • Etty Hillesum, Une vie bouleversée, parce qu'il m'est absolument insupportable de voir ce livre-là vendu dans une brocante. Pour Patrick s'il ne le connaît pas (sinon pour Jean-Yves, mais il n'aura pas le temps de le lire);
  • Emmanuel Renault, Ste Thérèse d'Avila et l'expérience mystique, collection "maîtres spirituels". Parce que c'est ma sainte préférée et que ce livre n'est pas trop effrayant.

Les Eglogues à Chartres

  • Aller

- RC, Journal de Travers I et II pour Jérémy
- Jean-Yves Pranchère, L'autorité contre les Lumières pour Patrick
- Sebastian Haffner, Histoire d'un Allemand, pour Patrick
- Recueil de l'académie des jeux floraux, 1993, pour Philippe
- Barthes dans L'Arc
- Melville dans L'Arc, (J.)
- Nabokov dans L'Arc, (J.)
- Duane Michals, (J.)
- Mahler dans L'Arc
- Robbe-Grillet, colloque à Cerisy 1976
- Robbe-Grillet, Projet pour une révolution à New York
- Robbe-Grillet, La maison de rendez-vous
- Robbe-Grillet, Les Gommes, (J.)
- Otto Rank, Don juan et le double
- Perec, W ou les souvenirs d'enfance
- Nicole Lapierre, Changer de nom, (M.)



  • Retour

- André Gide, Les caves du Vatican, donné par Tlön
- Malègue, Augustin, ton maître est là, emprunté à Patrick
- Trackl chez Seghers, emprunté à Patrick
- Barthes dans L'Arc
- Mahler dans L'Arc
- Robbe-Grillet, colloque à Cerisy 1976
- Robbe-Grillet, Projet pour une révolution à New York
- Robbe-Grillet, La maison de rendez-vous
- Otto Rank, Don juan et le double
- Perec, W ou les souvenirs d'enfance

Abiblie

Partie trop vite, partie sans livre.

Acheté les sirènes de Bagdad de Yasmina Khadra dans un relais H, suite à des commentaires lus chez un ami FB.

A midi, Paul m'a apporté L'anthropologie sociale du Père Gaston Fessard de Frédéric Louzeau. Je ne lui ai pas dit — mais c'est peut-être pour cela qu'il me l'a apporté —, mais je ne lui rendrai sans doute pas.

samedi 1er août 2009

Retour, à peine plus chargée.

Roland Barthes, Le Bruissement de la langue
Roland Barthes, Mythologies
Roland Barthes, Le Degré zéro de l'écriture
Reginald Hill, Midnight Fugue. fini le 22 juillet.
Friedrich Nietzsche, Naissance de la tragédie. fini le 26 juillet.
Le guide vert Midi-Pyrénées
Jakob Arjouni, Happy birthday, Türke!. fini le 27 juillet.
Balzac, Pléiade tome 1
Jean-Yves Pranchère, L'autorité contre les Lumières
RC, Théâtre ce soir
RC, Demeures de l'esprit, Sud-Ouest, acheté à Castres le 23 juillet
Charles-Louis Philippe, La mère et l'enfant. Le père Perdrix, acheté à Albi le 25 juillet
Eugénie de Guérin, Journal, acheté au Cayla le 29 juillet
Maurice de Guérin, Le Centaure, acheté au Cayla le 29 juillet.

dimanche 19 juillet 2009

Départ de Paris pour deux semaines de vacances

Roland Barthes, Le Bruissement de la langue
Roland Barthes, Mythologies
Roland Barthes, Le Degré zéro de l'écriture
Reginald Hill, Midnight Fugue
Friedrich Nietzsche, Naissance de la tragédie
Le guide vert Midi-Pyrénées
Jakob Arjouni, Happy birthday, Türke!
Balzac, Pléiade tome 1
Jean-Yves Pranchère, L'autorité contre les Lumières
RC, Théâtre ce soir

vendredi 10 juillet 2009

  • pour lire

Jakob Arjouni, Happy Birthday, Türke! (dans le métro)
Friedriech Nietzsche, La Naissance de la tragédie (une heure tranquille)
Deutsch Synonyme

  • Détour pour porter à Jérémy les livres confiés par Marie à la dernières soirées des Eglogues

RC, Rannoch Moor
RC, Corée l'absente

mardi 7 juillet

Catégorie dédiée à Dominique, qui me demande quand il me rencontre : «Alors, qu'est-ce que tu as dans ton sac aujourd'hui

  • Aller

Joseph Conrad, Des souvenirs
Jakob Arjouni, Happy Birthday, Türke!
Friedriech Nietzsche, La Naissance de la tragédie
Deutsch Synonyme

  • Retour

Jakob Arjouni, Happy Birthday, Türke!
Friedriech Nietzsche, La Naissance de la tragédie
Deutsch Synonyme
Arno Schmidt, Cosmas ou la Montagne du Nord (bibliothèque Malraux)
André Gide, Pierre Louÿs, Paul Valéry, Correspondance à trois voix (bibliothèque Malraux)
Allan Bloom, L'âme désarmée - Essai sur le déclin de la culture générale (bibliothèque Malraux)
le catalogue de l'exposition Roland Barthes 2002-2003 au centre Pompidou
Claude Mauriac, Bergère ô tour Eiffel - Le temps immobile 8.

D'autres livres

Hier - Seule distorsion dans une journée morne, passage dans deux bibliothèques différentes, la première parce qu'un livre commandé la veille doit m'arriver de la réserve (en Normandie, je crois), la seconde parce qu'il y a urgence.

(Nouvelle contrainte: ne plus parler que de livres promenés éternellement sans jamais être lus.)

- Hermann Broch, Création littéraire et connaissance, pour préparer juin ;
- Honoré de Balzac, Le Contrat de mariage, pour préparer samedi ;
- Guido Fuga et Lele Vianello, Les balades de Corto Maltese, pour préparer avril.

Le futur n'a qu'à bien se tenir.

Quelques livres

Je trouve un Carmen à deux euros qui contient "la Vénus d'Ille" (c'est la commande qu'on m'a passée) à la devanture d'une librairie d'occasion.
Dans les boîtes je trouve également un Zazie dans le métro (je n'ose pas avouer à Elisabeth et Dominique que je ne l'ai pas lu), La fin des Ambassades dont Camus a parlé à Bordeaux, et… La Princesse de Clèves, en poche de 1958, préfacé par Louise de Vilmorin (je n'en ai que la cassette, le livre lu par Michèle Morgan).

Quatre livres, huit euros, je n'avais même pas les deux initiaux. J'ai la flemme de trouver un distributeur de billets.
Tant pis, je rentre, je vais bien trouver à l'intérieur de quoi arrondir la somme afin de payer par carte.
Je ressors avec Considérations inactuelles 1 et 2 en édition bilingue, tout ça parce que lorsque PB m'a lancé par boutade: «Vous pouvez aussi lire Nietzsche avec lui et le traduire», j'ai juste songé: «Ah tiens, c'est une idée, je n'y aurais pas pensé».

Bibliophore

Nous riions un jour entre blogueurs de notre propension à ne jamais partir en vacances deux jours sans emmener trois livres (le livre en cours, un plus léger et maniable si les circonstances faisaient que le livre en cours ne pouvait être lu, un troisième au cas où les deux autres soient lus trop vite, (et autres variations)), trois livres qui devenaient une petite bibliothèque si l'absence devait atteindre la semaine ou les quinze jours (peur de manquer, désir de profiter, espoir, faim, soif, sensation de la présence, besoin d'être rassuré, peur de la solitude, que sais-je).

Peu à peu je m'aperçois que je suis en train de reproduire le phénomène au quotidien. Je promène des livres toute la journée, tous les jours. Le gros et difficile que je lis comme la mer monte, avançant de dix pages, reprenant six pages plus haut, avançant de dix pages, au rythme des interruptions dues aux transports1, le petit commencé dimanche, trouvé par hasard dans une bibliothèque et que «je devrais vite terminer puisqu'il est écrit gros», le Susan Sontag parce qu'il faut que je fasse des photocopies, La Chambre claire pour retrouver les citations de Compagnon…

Je n'en sens pas le poids.



Note
1 : Et je songe le cœur serré à l'injonction de Rosenzweig, «il faut lire vite», puisque les livres se comprennent à partir de la fin.

Sac de dame

Pour ne pas abîmer mes livres, je tends à privilégier les cartables.

Mon voisin de bus (inconnu) se penche sur mon cartable ouvert:
— Votre sac est bien rangé.
Je ne comprends pas ce qu'il veut dire:
— Je ne comprends pas, qu'est-ce qu'il a de spécial ?
— Rien. Pour un sac de femme il est bien rangé.
Je ne lui ai pas expliqué qu'il était impertinent, indiscret et pétri de préjugés.
Le plus étonnant est que la scène s'est répétée pratiquement à l'identique à quelques jours de là — à cela près que j'ai compris tout de suite.


Comme on se moquait de mon absence de "sac de dame", j'ai fini par trouver chez Loxwood le modèle idéal pour transporter des livres. Il existe en plusieurs tailles, plusieurs matières, plusieurs couleurs, qui changent à chaque saison (mais la forme reste la même).
Problème: les jours de pluie ou de neige.



2009-0203-sac-de-dame.jpg


Vendredi dernier : jour d'Eglogues.

Librairie Tschann

Une razzia chez Tschann, j'avais un peu bu. Ils ont le plus beau rayon de poésie que j'ai vu à ce jour dans la capitale, il faut dire que j'aime les livres aux formats étranges et aux pages non coupées.
  • Gilles Deleuze et Félix Guattari, Mille plateaux, parce que Guillaume m'a recommandé "Rhizome", et que ce livre d'occasion coûte plus cher que Mille plateaux neuf.
  • Mohammed Choukri, Paul Bowles, le reclus de Tanger à cause de la phrase obsessionnelle dans L'Amour, l'Automne, sur Gertrude Stein qui l'a "lancé" (ou pas).
  • Jacques Dupin, Échancré, cité dans L'Amour, l'Automne, mais surtout, du même, je découvre alors qu'il n'en est pas parlé, Écart.
  • Ezra Pound, Les Cantos, en bilingue (un vieux projet oublié jusqu'à ce que je vois ce livre).
  • Michel Foucault, Raymond Roussel
  • Maurice Sachs, Alias
  • Gilbert Lascault, Le Petit Chaperon Rouge, partout, pour ma sœur
  • René Char, Les Matinaux, pour La parole en archipel




PS : Je précise cinq ans plus tard : invitée par Tlön chez Wajda. Ce restaurant deviendra plus tard le lieu des repas de rentrée avec Claude et Olivier.

Librairie La Madeleine

Impossible de me souvenir pourquoi je suis passée devant la librairie. Je l'évite depuis que le libraire dresse un étal sur le trottoir. J'ai donc trouvé dans les livres d'occasion
  • Jonathan Swift, Récit complet et véridique de la bataille qui se fit vendredi dernier entre les livres anciens et modernes en la bibliothèque Saint-James aux éditions Belles-Lettres : un exemplaire invendable offert à l'origine en cadeau pour l'achat de deux ou trois volumes de la collection.
Et
  • Hector Biancotti, Jorge Luis Borges, 14 juin 1986 (une plaquette minuscule aux éditions Sables) pour Tlön
  • Isaac Metzker , « Estimable rédacteur en chef…» qui paraît si drôle (mais en fait est poignant)

Librairie La Madeleine

  • Romain Gary, Lady L., toujours pour C. Un roman à l'écriture un peu artificielle mais surprenant à la première lecture.
  • François Truffaut, Les films de ma vie, parce que forcément, à lire Tlön et les autres, je finis par avoir envie d'avoir l'air moins bête.
  • Vassili Grossman, Carnets de guerre - De Moscou à Berlin, 1941-1945, parce Grossman est irrésistible. Je m'aperçois qu'avec ses petites lunettes et son air rêveur, il ressemble à Patrick.
  • Antoine Compagnon, Proust entre deux siècles, parce que je me suis soudain demandé lors des derniers cours si Compagnon ne trichait pas, s'il ne nous résumait pas son livre… (un premier feuilletage semble établir que non).
Dans les exemplaires soldés de mon libraire:
  • Jean-Paul Sartre, Huis clos, pour remplacer le mien qui part en lambeaux.
  • George Steiner, Réelles présences
  • Emmanuel Lévinas, Autrement qu'être ou au-delà de l'essence
Pour divers cadeaux que je projette :
  • RC, Eloge du paraître (x3)
  • RC, Le département du Gers (x2)
  • RC, Vie du Chien Horla

Librairie La Madeleine

Billet (et quelques autres) en hommage à ma chère librairie de la Madeleine, qui ferma durant l'été 2007.
  • Martin Heidegger, Approche de Höderlin: impossible de résister à un livre qui réunit deux tels noms.
  • Joseph Moreau, Spinoza et le spinozisme: un Que sais-je, je déteste les Que sais-je. Acheté dans l'espoir (utopique) de le lire et d'y comprendre quelque chose.
  • Ludovic Roubaudi, Le 18 : au dilettante, pour remplacer le banal Folio acheté il y a quelques mois (contient une dédicace de Roubaudi à mon libraire).
  • Guiseppe Montesano, Dans le corps de Naples: à cause du titre et de mon voyage à Venise.
  • Rick Bass, Là où se trouvait la mer: parce que les pages sont tachées de café et que personne ne l'achètera.
  • Michel Serres, Esthétiques sur Carpaccio: j'ai un préjugé défavorable concernant Michel Serres, j'aime beaucoup Carpaccio, je ne sais rien de lui, le livre est mince (et gondolé), il sera vite lu, ce sera toujours ça d'appris.
  • J.M.R. Lenz, Cours philosophiques pour âmes sentimentales: le titre me fait rire et me rappelle d'autre part Cours de philosophie en six heures et quart de Gombrowitz. Même éditeur.
  • Thomas de Quincey, De l'assassinat considéré comme un des beaux-arts.
  • Leo Perutz, Le cavalier suédois: je sais que tous les Perutz sont bien même si je n'en ai lu aucun.
  • Ella Maillart, La voie cruelle, parce qu'il me semble que c'est ce livre que Catherine Rannoux identifie dans Fendre l'air, des choucas tournoyant devant une muraille "l'image pousse son cri", Saint-John Perse et Robinson Crusoë…
  • Annemarie Swarzenbach, Où est la terre des promesses: ces deux femmes me font rêver et comment résister à un sous-titre comportant le nom d'Afghanistan?
  • Andreï Guelassimov, La soif: la quatrième de couverture parle de Tchétchénie, d'ivrognerie… Pour compléter le tableau d'Anna Politkovskaïa et en hommage.
  • Rosamond Halsey Carr, Le pays des mille collines: mais où ai-je entendu ce titre? Parce que j'aime passionément La ferme africaine.
  • Paul Veyne, Sénèque, une introduction.
  • Fred Vargas, Pars vite et reviens tard, pour H., qui ne sait plus où est son exemplaire.
  • Les portraits de Renoir


Au moment de payer, le libraire me demande timidement de lui régler en espèces les livres soldés: il vend en fait des livres personnels. Il regarde un à un ceux que j'ai choisis:
— Ah oui, ça c'était très bien... Oui, celui-là, c'est pas mal, très violent (le livre sur Naples)…
— S'ils vous manquent, je vous les prêterai. (Je pense au militaire de Milady, obligé de vendre ses livres, puis sa jument. Ici, il ne s'agit que d'un manque de place, je crois).
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