Billets qui ont 'vie de famille' comme mot-clé.

Cuisine virtuelle

J'ai parfois parlé de nos conversations dans la cuisine, sans espoir dans donner une idée exacte ou même approchante.

Voici, roulements de tambour, une transcription d'une discussion WhatApps entre les deux frères et la sœur qui donne une approximation du nawak familial.

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[16:36, 6/18/2021] C: [A: Mais Jesus aurait-il eu autant d'impact sur l'histoire s'il n'avait pas été trahi et mis sur la croix ?]
Non, c'est pour ça qu'il a demandé à Judas de le trahir.

[16:37, 6/18/2021] C: Malin le Jésus

[16:37, 6/18/2021] A: Quelqu'un a vu DaVinci Code ici ?

[16:37, 6/18/2021] C: Je l'ai lu et je l'ai promptement effacé de ma mémoire. Je me souviens juste que j'ai vraiment pas aimé.

[16:38, 6/18/2021] A: [C: Non, c'est pour ça qu'il a demandé à Judas de le trahir.]
Autrement dit si on est treize à table, ça veut juste dire que l'un d'entre nous est le personnage qui fera avancé le protagoniste.
Donc….
Qui est qui ?

[16:38, 6/18/2021] A: Le film est fun.

[16:45, 6/18/2021] Cam: [A:Autrement dit si on est treize à table, ça veut juste dire que l'un d'entre nous est le personnage qui fera avancé le protagoniste. Donc…. Qui est qui ?]
Je suis Philippe. Ca veut dire j'aime le cheval.

[16:45, 6/18/2021] C: L'apôtre Phillipe est une nouveauté pour moi 🤔

[16:46, 6/18/2021] Cam: Je crois en Wikipédia.

[16:48, 6/18/2021] C: Moi aussi, je ne connais pas les noms des apôtres par coeur.

[16:50, 6/18/2021] A: J'ai des trucs plus intéressant à apprendre 🤣

[16:52, 6/18/2021] C: Je dis pas que c'est pas vrai, je dis juste que t'es sans doute la personne que j'appellerais si j'avais besoin de quelqu'un pour réciter les 751 pokémons dans l'ordre...

[16:53, 6/18/2021] A: Pour la g1 [première génération] sans doute. Après tu m'en demande trop pour l'ordre. Ça et je n'ai toujours pas eu l'occasion de jouer à un nouveau jeu pokemon depuis XY...

[16:55, 6/18/2021] A: Je les ai mais je n'y ai pas encore joué. J'ai rubis omega mais pas saphir Alpha. Et je n'ai rien après ça. De toute façon il me faut la switch pour jouer au dernier donc ça attendra. Enfin bref, tout ca pour dire que je connais un peu les nouvelles génération grâce au cartes mais je suis à la traine...

[16:59, 6/18/2021] O: [C: Je dis pas que c'est pas vrai, je dis juste que t'es sans doute la personne que j'appellerais si j'avais besoin de quelqu'un pour réciter les 751 pokémons dans l'ordre…]
Français ou anglais ?

[17:00, 6/18/2021] A: J'ai une certaine connaissance des deux mais rien d'extraordinaire.

[17:00, 6/18/2021] O: Je commence à être bon aux noms anglais à force de regarder des vidéos anglaise.

[17:00, 6/18/2021] O: Mais bon rien de Folichon.

[17:01, 6/18/2021] C: Same.

[17:01, 6/18/2021] C: Je pense que je connais les deux premières génération. Après c'est même pas la peine.

[17:01, 6/18/2021] A: Tu regardes des vidéos pkmn en anglais ?

[17:01, 6/18/2021] O: Vi.

[17:01, 6/18/2021] A: Pas moi 🤣

[17:01, 6/18/2021] O: Je regarde des challenges débiles et des speedruns.

[17:02, 6/18/2021] C: Pareil, ça me sert de fond quand je travaille à préparer mes jeux de rôles.

[17:02, 6/18/2021] A: Je fais à peu près tout en anglais mais les animés sont dans leur langue d'origine. J'ai eu un peu de mal à m'habituer au chinois

[17:03, 6/18/2021] O: [C: Pareil, ça me sert de fond quand je travaille à préparer mes jeux de rôles.]
Je t'ai vu t'abonner une fois sur le stream de Keizaron ça m'a fait rigoler (c'était y'a très très longtemps).

[17:03, 6/18/2021] O: [A: Je fais à peu près tout en anglais mais les animés sont dans leur langue d'origine. J'ai eu un peu de mal à m'habituer au chinois]
Les animés pokémons sur chinois ?

[17:03, 6/18/2021] A: Lol

[17:03, 6/18/2021] O: sont*

[17:03, 6/18/2021] C: J'aime bien Keiz. Je le regarde encore de temps en temps. Les cinqo bingo race sont vraiment cools.

[17:03, 6/18/2021] A: Non. Mis à part les films je ne regarde quasiment pas de pokemon

[17:04, 6/18/2021] A: Je suis plus dans les jeux et les cartes

[17:04, 6/18/2021] O: [C: J'aime bien Keiz. Je le regarde encore de temps en temps. Les cinqo bingo race sont vraiment cools.]
Yep.

[17:04, 6/18/2021] O: Y'a des animés de carte pokémons ?

[17:05, 6/18/2021] A: ?

[17:05, 6/18/2021] O: Bah c'est ce que je comprends de ce que tu me dis. 😅

[17:06, 6/18/2021]
affiche pokemon shojo


C: Tu savais qu'il y avait un manga shojo pokémon, qui a genre une quinzaine d'année ? Fuel à cauchemars.

[17:06, 6/18/2021] A: Je vois pas où ça bug. Je ne regarde pas pokemon mis à part les films. Je suis plus dans les cartes et les jeux. Autrement dis pas les animés.

[17:06, 6/18/2021] O: Je ne savais pas. Je sais pas si je suis content de le savoir.

[17:06, 6/18/2021] O: Bah qu'est-ce que tu regardes en chinois tout simple.

[17:06, 6/18/2021] O: simplement*

[17:07, 6/18/2021] A: Et aujourd'hui, quoi que je regarde je privilégie la langue d'origine. Donc quand les animé sont d'origine chinoise, c'est en chinois

[17:07, 6/18/2021] A: Genre Quanzhi Fashi

[17:07, 6/18/2021] O: [A: Je fais à peu près tout en anglais mais les animés sont dans leur langue d'origine. J'ai eu un peu de mal à m'habituer au chinois]
Animés sont en langues d'origine, j'ai du mal avec le chinois.

[17:07, 6/18/2021] C: [A: Genre Quanzhi Fashi]
Ah bah oui, tout à fait, je sais exactement ce que c'est, bien sûr, tout à fait.

[17:07, 6/18/2021] O: D'accord. Je croyais que tu parlais de pokémont.

[17:07, 6/18/2021] O: -t

[17:07, 6/18/2021] A: Versatile mage

[17:07, 6/18/2021] C: Ah !

[17:07, 6/18/2021] O: Ah ça.

[17:08, 6/18/2021] O: J'ai essayé 50 chapitres j'ai décroché.

[17:08, 6/18/2021] C: /me retourne travailler.

[17:08, 6/18/2021] O: Bon travail 🙋‍♂️

[17:08, 6/18/2021] A: Le manga est dur à lire car dispersé. Mais je suis les light novels. Et l'anime est sympa.

Il fait chaud

Nous sommes partis vers 15 heures. Journée noire de départ en vacances, c'est idiot, comment nous sommes-nous débrouillés? Recherche des routes en forêt, Milly, Malesherbes, vallée de l'Essonne, 38°, rien à faire il faut traverser la Beauce. Arrêt à Jargeau, ville très agréable, commerçante à l'ancienne, c'est-à-dire avec tout en centre ville.

Ma sœur et ma filleule. Ma filleule me montre les basketts que je lui ai offertes pour ses vingt ans (ô le temps de la montre ou du stylo-plume), ma sœur m'a apporté mon cadeau de Noël: un parapluie samouraï. Il est magnifique. J'espère faire flipper les agents de sécurité du RER et des grands magasins.

Apéro. Apparemment le virus a simplifié l'année de prise de fonction de ma sœur en tant que proviseur adjoint: elle n'a pas eu d'examens à organiser (une dizaine car elle est en lycée pro).
Moi : — Et le bac en contrôle continu… Jamais je l'aurais eu comme ça.
Ma sœur : — Il y en a plein. Il y en a plein qui ne fichent rien et comptent sur les épreuves finales.
Ma mère : — Le contrôle continu, ça permet de descendre les élèves qu'on n'aime pas.
Ma sœur, d'un ton égal : — Ça n'est pas professionnel.

Nous dormons à l'hôtel, afin de faciliter la gestion des chambres et ne pas avoir trop chaud (éviter le Charybde et Scylla du «Il fait trop chaud. Ouvre la fenêtre. Y a des moustiques.»)

Ensommeillée

Debout une heure au petit matin, ce qui me permet d'écouter les oiseaux au lever du soleil (en réalité, une demi-heure avant que le soleil n'apparaisse). Je continue la lecture du livre du voisin de Thomas Bernhard (en allemand).
Je me recouche, et, fait exceptionnel, H. se lève avant moi plein d'allant (c'est ce qui est exceptionnel), me réveille, me propose de partir au marché pour prendre le petit déjeuner sur place.
What ?
Je suis passablement embrumée. J'apprendrai plus tard qu'il a du travail et qu'il ne voulait pas me laisser faire le marché seule.
C'est gentil.

Entraînement d'ergo (le moral boosté par la sortie sur l'eau hier matin) puis messe (la première depuis longtemps). L'église peut accueillir cinquante-et-une personnes, annonce une feuille sur la porte. Une affiche par banc indique "place autorisée". Il n'y a pas de quête mais un panier à l'entrée (c'était ainsi dans mon enfance, le curé avait l'habitude de faire la quête à la sortie. C'était plus facile de ne rien donner quand on n'avait pas d'argent (il m'arrivait régulièrement d'avoir oublié ma pièce)); les fidèles ne se déplacent pas pour la communion, c'est le prêtre qui remonte l'allée.

Ayant pris soudain conscience que j'avais bel et bien fini mes années de théologie, j'ai réinstallé CandyCrush. Niveau 1650.

J'avais pour projet de ranger et commencer le ménage ce week-end. Ambition déçue.

Premier épidode de la série Tchernobyl.
Je ne peux que conseiller que La supplication de Svetlana Alexievitch. Déchirant. Mais je n'en finirai pas de conseiller Svetlana Alexievitch.

La malédiction du printemps 2020

Tant que nous ne pouvions pas sortir il faisait chaud et ensoleillé. Maintenant que c'est possible il fait venteux, pluvieux et froid. Ce matin, trois rameurs peu expérimenté se sont retournés à cause du vent (le skiff, c'est difficile).
Surtout, plus grave, les cafetiers et restaurateurs sont désespérés: avoir fait tant d'efforts pour installer des terrasses covid-proof...

J'ai rendu mes livres à la bibliothèque de l'ICP.
J'ai récupéré O. qui a arrêté la fac depuis janvier sans nous le dire. Il a craqué ce matin quand je lui ai dit que s'il mentait, il valait mieux qu'on le sache tout de suite. Trois enfants sur trois. Karma? Nous sommes sans doute de très mauvais parents.

Mensonges

Nous sortons ensemble des vestiaires :
— Je viens de mentir en disant que j'étais coincée dans le RER et que j'allais être en retard.
— A ta famille? Pour ne pas dire que tu étais au club?
— Oui.
— Ah… c'est comme quand je paie en liquide pour ne pas qu'on voit que j'ai acheté de nouvelles chaussures.





Bibliophore :
Sans l'orang-outang d'Éric Chevillard (j'ai récupéré de nombreux Chevillard même si je ne suis pas sûre que son écriture systématique ne m'ennuie pas un peu.

Un homme remarquable de Robertson Davies. J'ai lu ce livre en 1996 — et sans doute ce livre précisément, cet objet physique-là. Écriture romanesque agréable pour personnes qui aiment les romans. C'est de moins en moins mon cas, mais il y a dans ce livre deux ou trois phrases qui m'ont marquées ainsi qu'un épisode d'expertise de faux tableau qui me fascine.

Les Choses - Une histoire des années soixante. de Georges Perec. Un exemplaire de 1965, relié, avec le commentaire de la bibliothécaire tapé à la machine et collé sur la première page: «Prix Renaudot 1965. Sylvie et son mari, psycho-sociologues à Paris ne sont pas pauvres mais rêvent de large aisance dans la lassitude d'une vie qui repose sur le désir des choses. Une expérience à Sfax les déçoit et ils espèrent trouver fortune à Bordeaux. Sans véritable intrigue; témoignage sociologique bien observé, confrontant un couple avec son époque, d'une ironie triste, lucide et intelligente, écrit en un style pur et classique, un peu fastidieux. Large public. F.M. 1965»

(Et je vois dans ces notes des bibliothécaires la trace d'une époque où l'on espérait éduquer l'ouvrier ou l'employé de bureau. Mais peut-être que je fantasme.)

Je me souviens que ce livre est une réponse aux Mots de Sartre (1964), suivi de la synthèse Les mots et les choses de Foucault (1966). On savait s'amuser à l'époque.

Hiérarchie

Nous croisons l'assistante sociale qui avait son bureau près du nôtre il y a trois ans. Nous échangeons des nouvelles, ses filles ont grandi, quatorze et dix-sept ans. L'aînée a abandonné les paillettes et le rose pour un look plus lesbienne butch.

— J'ai eu un choc avant Noël. Les filles de mon frère ont un an de moins que les miennes; il m'a annoncé que celle de seize ans était enceinte! Ça m'a fait un choc!… Et puis elle l'avait caché, il était trop tard pour faire quoi que ce soit.
— Au moins ça prouve qu'elle voulait le garder.
— Oh oui. Elle poste des photos sur Instagram, elle parle petits pots… Alors quand ma grande a voulu un piercing, j'ai dit oui tout de suite! Quelques mois plus tôt j'aurais sans doute refusé, mais entre un piercing et une grossesse… vas-y ma fille, fais-toi plaisir, c'est pas grave.



Drame pour plus tard : la bibliothèque a mis à disposition de nouveaux livres dont elle se débarrasse, j'en ai rempli trois sacs que je stocke au bureau. Il va falloir que je soit discrète pour ne pas traumatiser Hervé comme la dernière fois. J'en donnerai les titres au fur à mesure que je les ramènerai.

Incompréhension

— Quoi ? Mais comment pouvez-vous vivre sans passoire ?

Reprise

Ce soir il reste une quinzaine de mails dans ma boîte pro. Je suis contente de moi (cent soixante six le 20 décembre).
J'ai effectué les deux formations obligatoires en ligne qui devaient être suivies «avant le 30 décembre» (loi Sapin 2 et cyber-sécurité): ce n'est pas que ce soit inintéressant mais c'est si lent, si long, que je retarde toujours le moment de m'y mettre.
J'ai un rendez-vous avec la RH groupe demain.
Deux virements effectués le 20 décembre destinés à des achats en bourse ne sont pas passés: il faudra voir ça demain, je n'ai pas ici les mots de passe nécessaire à la connexion. Ça va être difficile de faire le nécessaire avant le 31 au soir (clôture comptable).

C'est à peu près tout.
Sans doute parce qu'O. est absent pendant ses vacances, je commence à comprendre que la vie va être celle-ci désormais, à deux. C'est bizarre, une aussi grande maison, autant de place, pour deux. Je suis déstabilisée, peut-être à cause du contraste brutal six en appartement/deux en maison.

Fin prêts

L'appartement est au cinquième étage, trois chambres agencées autour d'une pièce commune. C'est mignon, un peu kitsch. La cuisine est fonctionnelle, torchons fournis (je le signale car je ne sais plus combien de torchons nous avons achetésdans de telles locations).

La vue sera sans doute splendide, mais pour l'instant il est difficile d'en juger (vue du balcon à huit heures et demie):


Comme il pense ne pas reskier de si tôt, C. n'a pas acheté d'équipement mais l'a loué chez ski chic, qui le lui a laissé en dépôt dans un magasin de Val Thorens.
Journée à louer des skis et acheter des forfaits de remonte-pente. Les grands ont skié l'après-midi. Les filles ont réservé des cours, A. pour la semaine, moi demain matin pour me remettre en jambes. (J'espère ensuite pouvoir suivre les grands sans être un boulet. A voir.) L'oxygène manque à H.
Il a neigé toute la journée. Beaucoup de neige fraîch, le pied.

A cinq heures il fait nuit (soltice, les jours rallongent). Thé et jeu de société, la Fiesta de los muertos. Cam a gagné avec Mathurin Lecter King.
Pâtes. Nous n'avons rien à manger, même pas du beaufort; nous partageons un reste de brioche d'hier matin. En revanche nous avons trois sortes de thé que nous faisons infuser dans des filtres à café. A chacun ses priorités.

Sur les chapeaux de roues

Restée à la maison (home office, ça me fait rire, cet anglicisme utilisé le plus sérieusement du monde), pas envie de braver les départs en vacances dans l'ambiance des grèves.
Traité un maximum de mails inquiets ou angoissés, dans l'idée de permettre à leurs auteurs de passer un bon Noël (ou tout au moins s'il est mauvais, que ce ne soit pas à cause de leur mutuelle).
Acheté quelques cartes de Noël, feuilleté le livre de souvenirs de Simone Veil, L'aube à Birkenau, fait quelques courses pour le dîner en en oubliant une partie je ne sais où (ce qui fait que nous avons mangé une omelette).
Ergo.

Débarassé le lit de A. pour qu'elle puisse dormir ce soir. Passé en revue les papiers qui s'accumulent pour traiter les plus urgent. Zut de zut, impossible de remettre la main sur un PV de 135 euros pour stationnement gênant de janvier dernier (je l'avais contesté, la réponse m'est parvenue il y a une ou deux semaines: contestation rejetée. Mais qu'est-ce que j'ai pu en faire? J'ai peur que ce ne soit passé à la poubelle.) Tant pis, je n'y peux rien maintenant, on verra plus tard.

Je suis défaite, je n'arrive plus à me concentrer, à tenir deux idées ensemble. Envelopper les cadeaux. Préparer ma valise. Prendre une douche. La séance d'ergo a été très dure. Est-ce le ROR1 qui me met dans cet état? Nous attendons O. qui avait un concert, A. est arrivée de Mortagne, nous dînons tard, C&C arrivent ensuite: tout est prêt pour le départ demain matin après les croissants.





Note
1 : je me suis fait vaccinée contre la rougeole lundi, après Tours. Le médecin m'a dit que si je devais avoir de la fièvre (il semblait en douter), ce serait quatre ou cinq jours plus tard.

Le nid vide

Nous n'étions que quatre ce matin (donc trois tours d'île de la Jatte dans l'Hydre de L'Herne (peut-être Lerne. Mais bien sûr je pense aux cahiers)). Vincent a eu la gentillesse de me remonter le moral (je savais bien que mon coup de blues après le test d'hier allait lui être rapporté).

Rendez-vous près de Denfert où H. et O. ont fait deux allers-retours pour amener les cartons de vaisselle et de linge, quelques meubles et surtout l'écran et les ordinateurs. Tout le quartier est bouclé autour de la rue Daguerre: zone piétonne le week-end. Je découvre la chambre d'O. avec curiosité: dix-neuf mètres carrés en rez de chaussée, très haute de plafond comme il l'avait décrite. Le propriétaire exagère, il ne doit jamais faire de travaux, elle est dans son jus des années 70 : moquette moutarde très tachée, hautes fenêtres en simple vitrage laissant passer le froid. Ce sera sans doute très agréable l'été, avec les plantes de la cour. En hiver, c'est sombre, en toute logique pour un rez de chaussée, même orienté au sud.

Nous déjeunons rue Daguerre dans un restaurant qui sert des oreilles de cochon et du parmentier de lièvre (le patron me fait rire car il s'assure que je sais ce que sont les oreilles quand j'en commande. Je suppose que certains renvoient le plat en cuisine.)
Dans la rue, la vitrine du Léopard masqué est éclairée.

Dans la grande tradition des sous-doués des clés, H. a égaré le trousseau de secours confié par le propriétaire. Il les a testées, puis les a mises quelque part. Mais où?

Ce soir nous sommes sans enfant. Vingt-sept ans plus tard. Orphelins, célibataires, veufs d'enfants?

O. s'en va

Courses pour l'emménagement d'O. demain : un tiers pour le ménage, un tiers pour les repas, un tiers pour le plaisir.



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Agenda

Test ergo ce matin. 2000 mètres, mon premier. Extrêmement déçue par mon résultat, au bord des larmes. C'est si difficile à retenir.

Satisfactions

Belle sortie en huit. Voilà quatre fois que Vincent me met à la nage. Si cela continue, je vais être à la nage pour la coupe de Noël (course sur 9 km le 15 décembre à Tours, mais je ne trouve pas de lien sur google).
Cela m'effraie moins que cela ne m'aurait effrayée il y a un an (litote : cela ne m'effraie pas). Les heures passées à l'ergo paient (trois heures par semaine depuis juin, soit 30 à 40 km/semaine si on ajoute les sorties sur l'eau), mais aussi une conférence de Jérémie Azou sur la façon de surmonter les contraintes et une interview de sportif aux JO qui disait que le jour de la course n'était pas différent des autres jours d'aviron tant tout était devenu automatique: le but est donc de tout automatiser, les séances d'entraînement et les gestes.

Lorsque j'ai compris qu'il était possible que je sois à la nage (ce n'est pas sûr, Vincent peut changer d'avis, c'est une composition provisoire), j'ai commandé un compte-coups (stroke rate) pour la cadence. Il était arrivé ce soir, il est tout beau. Reste à apprendre à s'en servir.

L'ambiance a bien changé au sein du collectif au cours des six dernière semaines : plus retenue, plus concentrée, moins dans l'électricité survoltée (ce qui me paraissait factice — mais c'est peut-être simplement que cela ne correspond pas à mon tempérament). Les rameuses régulières sur le huit sont principalement des filles "du midi", c'est-à-dire qui travaillent à la Défense. Les filles du "week-end", celles qui habitent aux alentours, ont une vision davantage loisirs, elles viennent pour rencontrer leurs amis davantage que pour s'entraîner toujours ensemble en essayant d'améliorer leur technique.
Maintenant que chacune a affiché ses priorités (si cela a mis longtemps, c'est qu'aucune ne voulait les verbaliser, il a fallu attendre que cela se dégage de leurs actes), il est plus facile de s'entraîner sérieusement, même si cela fragilise le projet car nous sommes moins nombreuses: dès que l'une d'entre nous a un empêchement, c'est l'effervescence pour lui trouver une remplaçante disponible, motivée, ayant le niveau.

Autre sujet de satisfaction aujourd'hui: O. a enfin trouvé une chambre, à quelques pas de Denfert. Cela me soulage car je ne me fais aucune illusion sur ce qui nous attend en décembre: un blocage total des transports. Au moins lui pourra aller à la fac tout en dormant suffisamment.

Journée en famille

Il s'agissait de fêter avec quelques jours d'avance l'anniversaire de mon père (mais comme en janvier pour celui de ma mère, nous n'avons pas pris de photos de groupe : dommage. Il faut que j'y pense la prochaine fois).
Ma soeur est arrivée vers midi avec sa benjamine, il ne manquait que A. et mon autre nièce. C. était présent avec "son pacs" (ma bru! les mots féminins en u prennent un e sauf bru, glu, tribu, vertu. Quel mot mystérieux appris grâce à M. Bled en CM1 ou CM2. Enfin je peux m'en servir).

Conversation générale et bruyante (le salon fait écho, il faudrait un tapis plus épais), c'était fun. "Ma bru" a des origines polonaises, du côté des lacs de Mazurie, justement. Sa famille parle bien le français car elle a vécu… au Cameroun. C'est inattendu et me fait penser à un article de La mer dans une goutte d'eau.

Devinette

— Comment appelle-t-on quelqu'un qui croit que la terre est plate ?

Une mère has been

O. était parti vendredi après-midi pour Poitiers avec des copains:
— Baptiste m'a dit de prendre mon clavier, mon sac est tout rigide! (trémolo dans la voix genre je suis très malheureux)
— Ah bon, vous allez faire de la musique?
Regard d'incompréhension interloqué.
— Ah non, ce clavier, excuse-moi! (clavier d'ordinateur, pour jouer aux jeux vidéo.)

Il est rentré hier après-midi.
— Alors c'était bien? T'as bronzé?
— Euh non. Pourquoi bronzer?
— T'étais pas dehors? Vous n'êtes pas allés au Futuroscope?
— Mais non. On est allé à la LAN, un concours de Gamers, Baptiste était concurrent.
— LAN? C'est un acronyme?
— Euh non. Euh je ne sais pas.
— Il s'est bien classé?
— Ils sont arrivés en huitième de finale (de LoL, League of Legends).

Clavier = musique, Poitiers = Futuroscope. J'ai des réflexes old fashion. Heureusement que la jeune génération me sert de mise à jour.



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Nuançons : je suis quand même un peu moderne : je suis en train de lui envoyer des sms pour le faire sortir de son lit à… 12h34. (Je ne vais pas ouvrir sa porte car j'ai la flemme de mettre ma chaussure Barouk à trois velcros pour faire cinq mètres).

Promesse

Journée dans les rapports financiers et de conformité, encore.

Soirée entre amis, dans un restaurant résolument carnivore (Le Trassoudaine dans le 13e).

Thème immobilier : les amis parisiens avec jeunes enfants ont acheté au bord de la mer, en dessous de Nantes; les amis bostoniens cherchent à acheter aux US. Nous apprenons la profession de "realtor", un agent immobilier, mais un agent immobilier qui cherche pour vous, en fonction de ce que vous avez décrit, les propriétés qui pourraient vous convenir. Le marché est très tendu autour de Boston et il faut réagir très vite.
— Il faut être attentif: il y a bien une liste des contrôles sur lequel le propriétaire doit s'engager, mais elle est déclarative avec une case "ne sait pas": on se retrouve avec une liste "Y a-t-il de l'amiante? Je ne sais pas", "Y a-t-il du plomb? Je ne sais pas", "Y a-t-il des termites? Je ne sais pas". Donc il faut se débrouiller, ne pas prendre de maison sans historique de factures, toitures refaites, etc.
Je suis surprise. On m'explique que beaucoup de maisons sont en bois et que les murs sont à entretenir très régulièrement — ou alors en plastique imitation bois, beaucoup plus résistant mais beaucoup plus cher.

Plus tard, alors que nous évoquons nos enfants déjà grands, nous voyons soudain K. se raidir: apparemment, avec ses deux fils en couple depuis plus de deux ans et l'un travaillant depuis quatre ou cinq ans, il n'avait jamais pensé qu'il serait grand-père dans un horizon de deux à trois ans. Et lui qui nous expliquait comment acheter une maison dans le Massachussets est soudain en train de l'abandonner pour sauter en catastrophe dans un avion: l'urgence se lit dans ses yeux (I. a l'air beaucoup moins pressée!)

Nous le rassurons:
— Mais non, tu verras, ils seront trop fiers d'avoir un papy américain.
— Oui, tu seras Captain America !
— D'ailleurs le jour où tu es grand-père je t'offre le bouclier.
— Et moi le costume
— Avec le collant, bien sûr.



Je l'écris ici pour m'en souvenir le moment venu.

Profs en voyage

Conversation il y a quelques jours :

A — Il paraît qu'on est des profs atypiques.
B — Pourquoi ?
A — Parce qu'on ne dit rien, on ne se fait pas remarquer.
B — Pourtant, vous devez commencer à savoir des choses dans votre domaine.
C — Vu le genre de voyages1 qu'on fait, on est souvent ceux qui en savent le moins.
A — L'autre fois il y avait une spécialiste en pierres… elle en a ramassé tout le voyage. Fallait voir la tête des douaniers.
A — Un jour dans un voyage quelqu'un a dit qu'il était prof. Au dîner on a fait un tour de table, (ça faisait déjà plusieurs jours qu'on voyageait ensemble), on s'est aperçu qu'on l'était presque tous, mais que personne n'avait rien dit, tout le monde avait été discret.
B — Mais pourquoi ?
A — Parce que les profs ont mauvaise réputation. Même Françoise [la voisine dentiste] dit qu'ils sont terribles, qu'ils savent toujours tous, contestent toujours tout.




Note
1 : des voyages botaniques et zoologiques

Jour tranquille

O absent.
Journée dans le salon (à cause des travaux à venir) à faire des tests informatiques (enfin pas moi…). Le test du nouveau serveur a pris 18 heures. Il ronronne sur le tapis. J'aime bien ce bruit.

Les nouveaux écrans sont sortis des cartons, entourés d'emballages anti électricité statique. H. est heureux, tout est conforme à ses attentes voire les excède.

Je suis installée au dos des écrans :


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Tandis qu'H. transvase les données de l'ancien serveur sur le nouveau, il retombe sur des archives données par son père: deux mariages filmés en 1980 ou 81 dans sa famille en Croatie. Chose curieuse et intéressante, son père a également filmé trente ans plus tard (2011) la partie française de la famille en train de regarder le film initial (les plus petits n'ayant pas de souvenirs, les plus grands ayant oublié), ce qui permet d'avoir du son, et donc le nom des personnes et l'explication des situations.
Mon beau-père a inventé les notes de bas de page cinématographiques.


Le tweet du jour.


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Timidité

— Il fait froid, je me suis mis près d'une rôtisserie.
— Pourquoi tu ne rentres pas ?
— Je ne vais pas rentrer tout seul dans une librairie !



Autre timidité : librairie cahiers de Colette pour une lecture à l'occasion du dernier livre de Marcheschi, L'Alphabet des astres. Pas osé le saluer.
Puis coquillettes-jambon aux Marroniers.
Pour parfaire cette glissade régressive, un Langelot jamais lu attendait dans la boîte à lettres : Langelot et la clé de la guerre.

Tautologie

Dans la cuisine, éclat de rire et jugement sans appel :

— C'est débile tellement c'est con !

Platamonas

Aujourd'hui O. a vingt ans. La semaine dernière, sur le quai du RER, j'avais commencé à lui demander s'il voulait organiser quelque chose, inviter des copains au restau. Devant son manque d'enthousiasme, j'avais réfléchi trois secondes: «Ah mais non, c'est un mercredi, tu préfères être devant ton écran, c'est une soirée avec ta guilde!» Soulagement visible de O., j'avais compris sans qu'il ait eu à m'expliquer, à s'expliquer. «Tu sais, ça irait plus vite si tu me le disais, ce serait plus simple. Ce n'est pas comme si j'allais te faire la morale ou te reprocher quelque chose.» Il avait hésité puis s'était lancé: «C'est juste que… ça me paraît une telle perte de temps…»
Sous-entendu: fêter ses vingt ans. J'ai les enfants les plus pragmatiques du monde.

Vers treize heures, départ pour Orly. Nous prenons l'avions entre quatre et cinq heures. Arrivée après sept heures, une heure de décalage avec Paris. Pas de jolie voiture cette fois-ci, il n'y en a plus, mais une Skoda Octavia bleu roi.
Nous roulons dans la nuit noire sur des autoroutes sans défaut. Plusieurs péages, quelques pièces à chaque fois; cela ressemble à l'autoroute de l'Est (vers Reims) autrefois.

Platamonas, remparts sur la colline, descente raide, hôtel au ras des vagues, chambre itou (bruit pénétrant, impossible de dormir la fenêtre ouverte), restaurant très fréquenté. Nous dînons.

Je suis, nous sommes, en vacances.

Morale en acte

Quatre sans avec Jérôme, le grand fan de pointe. Je ne pensais pas que Vincent nous laisserait sortir ce bateau un jour.

C. dîne avec nous au Temps des cerises. Il se pose un dilemme moral: il n'écrit pas à sa grand-mère, il ne répond pas à ses sms, il n'en a pas envie, ils sont en froid. Mais il sait qu'il le devrait, à lui cela ne demanderait pas un gros effort, à elle cela ferait plaisir. Mais il ne veut pas être hypocrite. Il est choqué par sa cousine, qui elle répond, écrit, visite, parce que, lui a-t-elle avoué sans remords, cinquante euros valait bien quelques concessions.

— Elle écrit juste parce que ça lui fait de l'argent, mais mamie est heureuse. Est-ce que ça vaut mieux? Qu'est-ce qui vaut mieux?

Assurer l'essentiel

Puisque le "petit" (1,93m) revient demain ou après-demain (nous ne savons plus exactement #parentsIndignes) nous sommes allés faire le plein de bières en fin de journée.

Il manquait également des boîtes pour les chats.

Marcelle et Job

Matin en quatre de couple à 9 heures à Neuilly (Anne-Sophie, Isabel, Anne). Tour de l'île la Jatte pour profiter de la fraîcheur relative des arbres. Nous étions encore sur l'eau quand nous avons vu passer les avions pour le défilé. Je ne les avais jamais vus aussi bien — je ne les avais jamais vus IRL le jour J.
J'ai donc vu passer l'avion qui s'est trompé de fumigène (j'aime bien ce genre d'erreur, ça me permet de moins angoisser sur mes projets : rien n'est si grave).
Et aussitôt, bien entendu, c'est le côté sympathique des Français (si si), tous de rire et de s'emballer.

Plus tard j'ai pris le chemin des écoliers pour rentrer en utilisant l'application Michelin réglée sur "le plus court" (Waze ne fonctionne plus du tout. Sa seule obsession est de vous ramener sur les routes sans feu rouge pour aller le plus vite possible. Moi je cherche des rouges ombreuses pour me promener). J'ai donc vu passer les hélicoptères qui doivent venir du sud. Je suis passée devant la mairie de Thiais et dans des quartiers neufs sortis de terre. Travaux du tramway ligne 9. le Grand paris est en train de bouleverser la banlieue; je me demande s'il y a eu autant de chantiers autour de Paris depuis la construction des villes nouvelles dans les années 60.


La nouvelle chargée de catéchisme m'avait contactée début juillet, je lui avais dit ne pas pouvoir la rencontrer avant août (mais pourquoi la rencontrer? Je n'ai rien à lui dire), elle m'a rappelée il y a deux jours, de guerre lasse j'ai cédé, j'ai accepté de la voir aujourd'hui à quatre heures.
Sieste, voiture dans la chaleur écrasante, rencontre à l'oratoire de M***, frais. Il ne sort rien de cette rencontre bien entendu. Pourquoi ai-je une telle horreur des bons sentiments? Je n'aime pas les bons sentiments, je les redoute. Je ne veux que des actes, de l'organisation, de l'efficacité.
Une défense, sans doute.
Je ne supporte pas l'image du catho niaiseux.


C. arrive en fin d'après midi avec CS, que j'ai déjà rencontrée au concert Theo & the Hearts et qui entre-temps a acquis le statut de petite amie. Elle nous fait rire en prétendant appeler leurs futurs enfants Marcelle et Job, ce qui horrifie C. Je m'abstiens de faire remarquer que le seul Job que je connaisse est Job Getcha, archevêque des églises orthodoxes russes en Europe occidentale et me contente de commenter que ce sera plus facile à écrire en maternelle que Pierre-Emmanuel.

Nous passons une agréable soirée sur la terrasse, plus agréable que quinze jours avant où il avait vraiment fait trop chaud (j'avais eu peur que cela ne décourageât C. de revenir).
Je propose plutôt Marcellin et Félicien.
— Mes enfants ne porteront pas un nom de fromage!
— Fun fact : le St Félicien est produit à St Marcellin.
(ou le contraire, je ne suis plus très sûre).

CS possède un humour digne de celui de mon beau-père (les blagues pourries!)

Chaleur

Journée plutôt ratée, il faut le reconnaître, et je le regrette.

Mes beaux-parents voulaient passer pour fêter l'anniversaire de C. qui est venu avec deux amies, Charlotte et Myriam. Nous avons fait l'erreur de déjeuner sur la terrasse et nous n'avons pas tardé à avoir beaucoup trop chaud, sans avoir le courage de rentrer (réinstaller les couverts, etc.)
La conversation est restée languissante tout l'après-midi, Charlotte saignait du nez (j'aurais dû imposer l'eau oxygénée mais je n'ai pas osé), fallait-il jouer aux cartes? pas osé proposer non plus. Tout le monde avait plus ou moins mal à la tête, accablés de chaleur.


Point positif malgré tout : j'ai retrouvé au pressing ma robe grise japonaise que je me désespérais d'avoir perdue depuis avril.

Menace

— Si tu m'embêtes, je vais regarder le foot.

Une journée devant la télé

Traditionnel concert du Nouvel An à Vienne ;
Inside Llewin Davis avec O. : je lui en avais parlé tandis que nous écoutions les podcasts sur Bob Dylan. Toujours perturbée par la boucle temporelle de la fin. Je ne comprends pas, mais so Coen;
Mélodie en sous-sol qu'O. n'avait jamais vu. Je suis gênée par la muflerie de ces films, auparavant je n'aurais pas osé le dire, poids de l'autorité oblige;
concert du Nouvel An de la Fenice sur Arte.

Puis deux mille de belote. Je suis en équipe avec mon père (je soupçonne O. de ne pas avoir voulu se remettre avec moi depuis notre défaite du 26 décembre : je ne suis pas assez chanceuse), nous perdons largement le premier mille, gagnons courtement le second. A. a une chance insolente.

Dix ans plus tard

Les boutons sur le visages de O. prennent un aspect inquiétant. Ils gagnent du terrain et croûtent, je me retiens de lui dire que cela me fait penser au Grand Pouvoir du Schnikel (pas sûre qu'il l'est lu), on dirait une lèpre galopante.
Que faire? Je suis inquiète car l'expérience que rien n'est bénin avec O. Nous sommes samedi 28 octobre, dans trois jours c'est la Toussaint, il n'y aura pas de médecin disponible avant jeudi.

Nous passons à la pharmacie qui nous conseille les urgences de l'hôpital St Louis, réputé en dermatologie.
En route.
Après-midi à l'hôpital. Attente, mais pas si longue (une heure, deux heures?) J'ai repris Balzac dans l'ordre chronologique. L'enfant maudit. Etrange, neurasthénique et romantique. Je découvre que mon tome de Pléiade est déchiré.
O. ressort avec une pommade et des antibiotiques. Fun fact: cet hôpital n'est pas spécialisé en dermatologie, mais comme tout le monde le croit et vient avec des cas particuliers, ils ont fini par acquérir une expertise sur le sujet (c'est l'urgentiste qui a expliqué cela à O.)

Nous passons à la pharmacie. Coup de fil pour rassurer H. puis déjeuner dans une brasserie proche, Le Floréal, où les clients autant que les serveurs ont tous des "gueules", un charme puissant et chaque fois unique, particulier, dans leur visage, leur coiffure ou leurs vêtements.

Puis direction le treizième arrondissement. Nous fêtons les cinquante ans de O. Cette fois-ci, bizarrement dix ans plus tard, c'est nous qui avons amené nos enfants. Ils sont seuls et détonent. Les enfants "des autres" sont adolescents, ils ne sont pas venus.
Je regrette cette erreur, nous n'aurions pas dû les amener. Cela m'a gâché ma soirée: O. est fatigué, je le ramène à la maison avant même le gâteau.

Zut.
(Je suis stupide, pourquoi ne l'ai-je pas fait ramener par sa sœur? Parce qu'elle proclame qu'elle ne veut pas conduire dans Paris?)

Tension

Ce matin H. m'appelle angoissé : B. (le patron fou de la boîte qu'il vient de quitter) vient d'apprendre la vente du logiciel, le départ des neuf personnes qui travaillent autour de ce logiciel (commerciaux et développeurs), la transaction et le départ de H. : il est furieux.

H me dit : « la transaction mise sous séquestre par les avocats est datée du 9 octobre. Si B. démet X (le signataire) de ses fonctions dans la semaine, elle ne vaut plus rien. Je perds tout. Je n'avais pas pensé à ça. »

Je ne suis pas douée pour rassurer quand l'exposé des faits est implacable.
— Ecoute, n'y pense pas. Ne pense à rien, pense à autre chose. On verra bien.

Ce que j'en pense réellement : ce serait si étrange que pour une fois nous arrivions au bout d'une transaction, que pour une fois nous ayons de la chance (phrase très fausse : nous avons très souvent de la chance, dans le sens où les choses tournent au mieux. Mais là, cela ressemblerait à gagner au loto, ce qui n'arrive jamais.)

La tension monte

Demain H. doit signer à la fois la vente d'une activité à un futur repreneur et une transaction pour son propre compte afin de mettre fin au contrat de travail dans l'entreprise pour laquelle il travaille depuis sept ans et dont le patron est devenu fou avant de désavouer H. peu après. Je dois avouer que je reste confondue que H. soit resté dans cette entreprise huit mois après cela. Dans un monde normal, la conséquence mécanique d'un tel désaveu aurait dû être de virer H. aussitôt, en février dernier. Mais non : ce n'était pas un désaveu rationnel, c'était la décision d'un fou, et donc la personne à qui B., propriétaire de l'entreprise et fou, a confié la direction de l'entreprise (à la place de H.) s'est appuyée sur H. tout ce temps pour assurer la transition avant son départ inévitable.

Il a également confié à H. le soin de vendre une activité de l'entreprise, activité qui gravite autour d'un logiciel écrit par H. dans les années 2000 au sein de la société d'un ami. Ce logiciel a été vendu une première fois en 2006 à une entreprise de Cholet, puis racheté — sous l'impulsion de H. — en 2010 par son entreprise actuelle.
C'est donc pour ce même logiciel et l'activité qui gravite autour (neuf personnes) que H. a trouvé un repreneur. (C'est aussi le logiciel que H. débuggue depuis un an et demi : il corrige ce qui a été fait par les équipes choletaises entre 2006 et 2010 en s'arrachant les cheveux et pestant beaucoup à cause du code écrit avec les pieds).

Cela fait des semaines que la tension monte. En effet, tout doit rester secret : il ne faut pas que B. découvre que le logiciel va être vendu car il est capable de s'y opposer, il ne faut pas que les salariés le sachent non plus car un ex-salarié (l'un de ceux qui a salopé le code) pourrait se venger en prêtant de l'argent aux salariés actuels qui deviendraient prioritaires dans le rachat de l'activité (se venger : se venger de H. qui s'est débarrassé de lui en lui faisant comprendre qu'il n'était pas à la hauteur. Or cet ex-salarié est d'une part riche, d'autre part persuadé d'être bon).
Depuis trois semaines H. mène trois fronts : la rédaction des documents de vente (valoriser de l'activité sans l'aide des comptables puisque tout est secret (et donc se procurer les documents, les analyser, rédiger le protocole de vente)), la négociation de son propre départ et l'éternel débuggage du logiciel dont se plaignent les clients (et au fur à mesure qu'il débuggue, il comprend mieux ces plaintes… Il n'avait pas pris la mesure des erreurs de code. Ce week-end, découragé, il m'a dit : «J'aurais mieux fait de repartir de mon code-source (avant 2006) pour implémenter ce qu'ils ont ajouté, j'aurais été plus vite qu'à corriger leurs erreurs. Il y en a partout.»)

Depuis trois semaines nous pensons «un mur de briques», comme dans Le Village des damnés, pour ne pas attirer l'attention des dieux… (mon fils va encore dire que je suis superstitieuse… mais c'est aussi une façon de parler d'autre chose, de rire de notre bêtise et de nos craintes). Depuis trois semaines nous attendons que le ciel nous tombe sur la tête, que B. se réveille ou qu'il y ait une fuite auprès des salariés.

Tout doit être signé demain à onze heures et demie.


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Agenda
Yolette de débutants avec quatre garçons dont c'est la deuxième sortie. Amusant de les bizuter un peu pour assoir mon autorité.
Le soir, fin de The dressmaker. Finalement décevant, une fin trop misérabiliste. Début de Camille revient. Une bonne surprise.

Pas contente

Rentrée pas trop tard pour être là quand le gentil voisin garagiste viendrait ausculter la voiture (il n'a rien trouvé car elle refuse de "dialoguer" avec l'ordinateur. En désespoir de cause il va changer la sonde (quarante euros). Sinon, c'est une pièce de mille euros qu'il faut changer, et comme la voiture doit en coûter mille cinq cents…)
J'ai eu droit à une scène du deux de la part de A. parce que pour ne pas rester les bras ballants, je commençais à ramasser la poignée de tickets de caisse et de prospectus en tous genres qui jonchaient le plancher de sa voiture : il paraît que j'attente à son intimité. Elle me les a arrachés avec force pour les protéger de son corps en déclamant des bêtises — devant le voisin garagiste, la honte. (Mais que fait-elle de ces détritus, que va-t-elle en faire ? j'ai la vision atroce d'un appartement empli de tickets de caisse et de papiers de bonbon. Syllogomanie.)

J'ai sérieusement perdu patience. Je suis fatiguée que nous tenions nos engagements et pas elle, et qu'en outre elle m'accuse de méfaits imaginaires. Il me semble que lorsqu'en quatre ans on a réussi à rendre un rapport sur cinq et effectuer trois stages sur huit (et encore, le dernier grâce à moi, après mon retour, donc in extremis : elle a passé le mois de juillet à faire des puzzles et regarder des mangas) on est tenu à une certaine discrétion dans les récriminations.
Bref. Il ne va pas suffire que sa voiture soit réparée. Pour avoir le droit de rentrer à Lisieux, il va falloir qu'elle termine l'un des deux rapports de stage en cours (rien d'impossible, il faut simplement qu'elle arrête de regarder youtube tous les trente mots).

Loup y es-tu ?

Nous avons passé la journée chez mes parents pour fêter l'anniversaire de H., de ma tante et le mien.

Le soir, nous prenons l’autoroute pour rentrer. J’ai terriblement mal, si mal que j’hésite à demander à s’arrêter. Mais à quoi bon? Il fait froid, ils ne peuvent pas me laisser dans le fossé, il faudra repartir. Comment vais-je faire? C’est insupportable.
J’appelle les enfants à l’aide : «Il faut que vous me fassiez penser à autre chose. Racontez-moi quelque chose, sinon je ne vais pas y arriver».

Alors ils racontent des souvenirs d’enfance. (En particulier, O raconte qu’une nuit il a fait pipi dans le placard tant il avait peur de faire du bruit et de nous déranger. Je suis traumatisée: est-ce que nous étions des parents méchants à ce point-là? — J’étais petit, maman!) C. nous raconte un jeu de colonie de vacances: le loup-garou. Parmi les joueurs, un a tiré la carte du loup-garou, il est le loup-garou. Les autres qui sont les villageois doivent deviner qui est le loup parmi eux. Il y a plusieurs rôles, le paysan, la petite fille, la sorcière, etc, avec des attributs particuliers (certains guérisseurs, d’autres immortels, etc). Les villageois décident dans la journée qui ils tuent (celui qu’ils pensent être le loup-garou, qui participe sans se dévoiler à leurs discussions), le loup-garou tue un villageois chaque nuit. (Si vous voulez jouer, il faudra vérifier les règles, je raconte à peu près).
En colonie, mes trois enfants ont vécu la même expérience: ils paraissaient toujours louches par leurs suggestions, ils se faisaient tuer tout de suite par les autres joueurs.

— Une fois, raconte O., les rôles en présence étaient tels que nous aurions tous pu vivre éternellement sans jamais nous faire tuer. J’ai essayé de leur expliquer comment s'y prendre. Il fallait réfléchir, ils ont préféré me tuer.

Cette phrase va me poursuivre le restant de mes jours, je crois. Quel résumé!

En tout cas, mission accomplie, merci les enfants: leurs récits ont été si passionnants que j’ai réussi à atteindre la maison sans trop penser à mon dos.

Cinquante ans

Sortie en quatre, aller-retour dans le petit bras parce qu'il y a beaucoup de courant. Je suis à la nage (puis Gilles, Olivier, Alexandre).
Il me semble désormais être soit à la barre soit à la nage. Prendre le petit bras à l'envers donne l'impression de ramer dans un miroir, tous les repères sont inversés (comme à l'aviron on recule, il faut se retourner pour la direction — d'où l'importance et la difficulté de la barre. On prend des repères sur le bassin, tout droit à partir de cet arbre, à partir de cette péniche il faut légèment modifier le cap, etc.: soudain tout est inversé.)
Il fait froid, temps à neige.
J'ai cinquante ans, je regarde la Seine courir sous la coque et je rame comme à quatorze ans sur la Loire. Où est passé tout ce temps?

Nocturnal Animals. Je ne veux pas spoiler mais c'est un film sans rédemption. Faire les mauvais choix et s'en apercevoir (toujours) trop tard. Irréversible.

Le soir dîner en famille à l'opportun. Conversations à bâtons rompus et éclats de rire as usual. Nous ne sommes pas sortables, je note quelques regards étonnés.

Et deux histoires drôles que je ne pensais pas raconter, surtout la deuxième (que les lecteurs pudiques s'abstiennent), mais qu'un ultime ajout de ma fille me fait noter ici.

La première est de H: Un père, son fils et ses deux filles dînent ensemble. L'une des filles annonce: «Papa, je suis lesbienne». Bon très bien, pourquoi pas. Mais la deuxième ajoute: «moi aussi» et le père s'exclame: «mais c'est pas possible, il n'y a personne qui aime la bite, ici? — Si, moi», dit le fils.

La deuxième est plus hardcore. C'est un caniche et un doberman qui discutent dans la salle d'attente d'un vétérinaire:
— Pourquoi tu es là, toi?
Le caniche répond: — Ma maîtresse faisait du yoga à poil, j'ai pas pu résister, et…
— Et?
— Ben on va me couper les coucougnettes. Et toi?
— Un peu pareil: ma maîtresse faisait sa sieste à poil, j'ai pas pu résister, et…
— Ah, toi aussi, les coucougnettes?
— Non, moi on va me couper les ongles.

C'est alors que la voix de A. s'élève: «Ne me demandez pas comment je sais ça, mais on ne leur coupe pas les ongles, on leur met des chaussettes.»

It is closing time in the gardens of the West

Comme prévu jeudi ou vendredi, H. a rencontré B. chez son avocate (plus un autre avocat et le patron du cabinet comptable). A l'origine cela devait être une réunion pour décider de ce qui pouvait être sauvé, mais avec le licenciement de Carole, il n'y a plus rien à sauver.

"Ils" ont essayé, pourtant. Nous avions réfléchi aux conditions: reprendre Carole, ouvrir la filiale aux US. Les deux conditions ont été refusées. En revanche, proposition financière mirobolante pour rester malgré tout. Je méprise ces gens qui pensent pouvoir tout obtenir avec un gros chèque. Allez vous faire f***! Tout ça pour que le cirque recommence dans une semaine ou un an… La confiance est définitivement brisée.

H. me rejoint à La Défense. Nous déjeunons ensemble. Nous faisons la liste des personnes à prévenir personnellement, ceux dont il me semble important qu'ils n'apprennent pas cela par la bande, ceux que nous voulons (espérons) conserver comme amis ou au moins connaissances. Six ans, sept ans… Je me souviens de ce jour de juillet ou août 2010, j'allais entrer dans le RER pour rentrer, j'ai H. au téléphone: «Il faut que je te parle.» Quelle solemnité soudain. J'ai eu peur: j'ai fait une conn**? il a fait une conn***? «Que dirais-tu si j'allais travailler à Mulhouse?» Euh… comment avouer que je ne situe pas exactement Mulhouse, là tout de suite maintenant sur un quai de RER. «Euh, rien… si ça te va, pourquoi pas?» (La même année, en septembre, C. devait partir en Suisse.)
And now back home. (Ça me fait penser que je vais pouvoir m'absenter le week-end: j'évitais, sinon nous ne nous voyions plus du tout.)

Nous faisons la liste du matériel qui appartient à l'entreprise et à rendre. Quand je le quitte, il va s'acheter un téléphone. «L'employé m'a proposé de m'aider à configurer mon iPhone, je lui ai dit que je m'en sortirai».

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La chienne que j'ai d'une certaine façon sauvée il y a deux ans (c'est ma fierté) est morte hier soir.

Disparition annoncée

Par une bizarrerie (sans doute de la négligence), après m'avoir traitée comme une indésirable, la S*RC continue à m'envoyer les comptes rendus de ses assemblées générales.

Je signale donc à ceux que cela pourrait intéresser que le site risque de fermer pour une durée indéterminée. Si vous voulez faire des copies de certains documents (je pense en particulier aux versions intégrales des Eglogues (je ne retrouve pas Journal romain), mais aussi à certains articles ou interviews), dépêchez-vous.


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Je ne suis pas allée ramer. Je lis désespérément lentement. H. a invité les voisins pour une galette, je me suis enfuie au bout d'une demi-heure pour continuer de lire. O. et H. ont choisi un abonnement sur un serveur pour héberger vehesse qui lui aussi risque de ne plus être en ligne un certain temps (et être très dépeigné quand il réapparaîtra).

Le soir The Brass Teapot, traduit moins joliment en Cash Teapot. Un joli conte, agéable à regarder, presque pour enfants. Je note le rôle normatif du Seigneur des Anneaux: le héros prend une décision d'ordre moral après avoir comparé la situation à celle de la compagnie de l'anneau: «nous venons de rendre l'anneau à Sauron!» (remarque incompréhensible pour qui ne connaît pas l'histoire de l'anneau). En cela, et comme Harry Potter je pense, Le Seigneur des Anneaux fait désormais partie des mythes du temps présent.

L'annonce de la fermeture du site de la S*RC me fait poser une fois de plus cette question proustienne: ai-je perdu douze ans de ma vie pour quelque chose qui n'en valait pas la peine? Et surtout, surtout, remords lancinant, sont-ce les enfants qui en ont payé le prix?

49/365 RAS

Cela arrive de temps en temps.

Matin : RER D 7h45 puis A puis ligne 1.
Soir : l'inverse

Fausse grasse mat'

O. a un partiel ce matin. Heureusement que je me suis réveillée spontanément car son réveil n'a pas sonné. Décidément, leurs examens m'angoissent plus qu'eux.
En rentrant de la gare, je glandouille un peu puis me recouche. Journée de lecture régressive.

Déménagement

C. déménage, emménage, un camion de douze ou quinze mètre cubes (je ne sais plus, je n'ai pas fait attention). J'ai signé la caution du bail, ça parlait d'immeuble, c'est en réalité le rez-de chaussée d'une petite maison, quatre pièces comme quatre feuilles de trèfle (le bonheur). Curieusement il s'installe à l'autre bout de la ligne de métro qui l'a vu naître, vingt-quatre ans et quatre mois plus tôt.
Voilà, ils sont seuls — et nous aussi; je n'ai jamais compris qu'ils n'aient pas été plus pressés de partir étant en couple.

Qu'avons-nous fait ce premier soir seuls tous les trois?
J'écris cela une semaine plus tard et je ne le sais plus.

Avant de partir, C. a aidé son frère à monter un bureau dans sa chambre désormais vide: O. a maintenant un meuble à sa taille, un plan de travail — et je devrais d'ici peu de temps avoir des étagères: il est temps, les livres s'empilent sur le plancher dans quelques coins.

La quille

Dix-huit ans du dernier, un pot au Café du Métro. J'abandonne la compagnie pour aller en cours, ils souffleront les bougies sans moi (d'après ce que j'ai compris, elles ont beaucoup coulé et il y avait de la cire plein les tartelettes au citron (meringué)).

Skiff autour de l'île de la Jatte pour la première fois.

Bail

Signature du bail de C., je suis présente en tant que caution. Une heure et demie pour lire et signer une liasse de papiers (trente pages? plus?) en deux exemplaires: le moment où les indications juridiques destinées à vous protéger ne font que vous décourager de lire et de vous renseigner sur vos droits.

C. va habiter à l'endroit (à quelques rues près) où habitait ma sœur il y a vingt-cinq ans : «à des années d'intervalles les mêmes motifs…».

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Problème de RER donc je vais au cinéma (attendre que le traffic reprenne).
Divines : entre conte pour enfants et cauchemar. Oulaya Amamra est magnifique.

Longue journée

Un peu déprimée ce soir. Sans doute la longue journée commencée à cinq heures pour emmener Hervé gare de Lyon (Lui vient de passer dix jours de transes pour terminer un projet où tout est allé mal, dont un développeur-clé arrêté pour une rupture du tendon d'Achille — j'ai toujours peur que son cœur lâche un jour, mais je dramatise trop) et terminée par deux heures d'aviron dans la nuit qui tombe (j'en ai marre d'encadrer les débutants, vivement octobre).

La vérité c'est que je m'en veux. J'ai blessé une jeune femme qui voulait un devis pour une FIVette en lui expliquant mal à propos qu'il fallait se battre contre les exigences tarifaires des médecins.
Longtemps après son départ il flottait une odeur d'hôpital dans le bureau. Je m'en veux.

Calcul de l'acompte d'IS. Je me mélange les crayons entre les années, le premier acompte de l'année N assis sur le résultat N-2 si N-1 n'est pas encore connu, et récupération du trop payé en N-2 au titre de l'exercice N-1 sur le deuxième acompte de N… Je crois que j'ai confondu des tiers (IRPP) et des quarts (IS). (Ce n'est que la deuxième année que nous sommes assujettis à l'IS commun).

Ce soir je découvre la to-do list de Léonard de Vinci qui me fait sourire.

Je m'aperçois que ça fait vraiment longtemps que je n'ai pas regardé mes fils RSS : une vingtaine de billets chez Boule de fourrure, et pour vous remettre du dégueu si cela vous affecte (parce qu'après tout, ce n'est jamais que la vie), encore et toujours le merveilleux blog de F.

J'ajoute ce blog à lire en ces temps troublés («Ma conviction qu’il faut étudier et combattre ce que nous appelions désormais le jihadisme avec les outils de l’historien (et donc avec ceux des sociologues, des géographes, des économistes, des ethnologues, des anthropologues ou des statisticiens) en est sortie confortée, tout comme celle que les commentateurs civils, en raison de leur incapacité bien compréhensible à accéder à des données intrinsèquement secrètes, ne peuvent sérieusement s’aventurer sur le terrain de l’analyse opérationnelle d’Al Qaïda et de ses alliés. Il leur reste, évidemment, quantités d’autres thèmes à explorer, car les tâches ménagères ne sont pas sans noblesse, mais encore faut-il avoir la grandeur d’âme de s’y atteler au lieu de courir les plateaux.»), qui donne également des titres de livres et de films pour ceux qui aiment l'espionnage et la guerre secrète.

Dans un autre genre (complètement!), Otir. Je me demande si Aymeric connaît («parce que là où il y a deux juifs, il y aura toujours trois opinions»).

Une heure du matin. Orage. Déluge. Je me couche.

Surnoms

Dic et Dac.
Dick et dur à cuir. Private Joke.

Consternation solitaire

Finalement il n'y a que moi que cela consterne d'être rentrée.
Ceux qui passent la journée à jouer et regarder des séries (vive la fibre!) s'en remettent très bien.



Repassé un peu. Emission sur la rétine.
Candy crush: il faut que j'arrête.
Rangé mon armoire. Jeté des habits.
H. m'a proposé d'aller essayer une MX5 mais il était trop tard: garage fermé.

Enseignements

J'ai compris trois choses: qu'il ne faut pas prendre de vacances avec H. en France (soit il a déjà visité avec ses parents, soit c'est une ville cliente et cela lui rappelle le travail, soit les deux); que ce qui l'intéresse, c'est la tournée des restaurants et éventuellement les musées (peintures entre 1850 et 1950); que ce qu'il aime, c'est se baigner dans une mer chaude (au moins relativement).

En faisant le point, nous sommes également convenus que le moment où nous pouvons prendre nos vacances ensemble est juin: l'époque la plus creuse avec le mois d'août — mais il y a trop de monde au mois d'août pour notre misanthropie commune.

Innocence

— Il existe des lapins nains nains.
— Oui, mon lapin est un lapin toy.

Eclat de rire général.

— Mais pourquoi vous riez ?

Pokémon Go

C'était décousu à l'oral; ça l'est davantage ici: je dépose ce dont je me souviens, mais ce n'est pas forcément dans l'ordre de la conversation.

— L'action Nintendo a explosé jusqu'à ce que les marchés se rendent compte que le jeu ne rapportait rien à Nintendo. A la base, c'est le jeu Ingress, bien meilleur et bien mieux fichu et ils ont mis Pokemon dedans. Dès qu'on met du Pokemon dedans, ça marche du feu de dieu, c'est connu.
— Mais ça marche comment, Pokémon Go? Tout le monde chasse les mêmes ou chacun a les siens?
— Le même Pokémon au même endroit peut être attrapé par plusieurs personnes. Chacun a sa carte personnelle.
— Ils ont dit qu'il y a un Pokémon en haut de l'Everest…
— Mais alors il va y avoir des morts?
— Il y en a déjà eu. C'est pour ça que c'est restreint à la marche à pied, ça se déconnecte si ta vitesse est trop rapide.
— ?? Mais alors, ça fait marcher les gens?
— Oui, la distance moyenne parcourue par les Américains a été multiplié par trois.
— C'est pas possible!
— Si. Il faut deux à cinq kilomètres pour faire naître un œuf selon les Pokémon…
— et Nintendo ne lutte pas seulement contre l'obésité mais aussi contre le système de mesures américain en utilisant le système métrique ce qui fait que la requête Google "conversion km en miles" a explosé
— Moi ce qui m'tue, c'est que tu étais ringard quand tu jouais à Pokémon deuxième génération…

Un Flaubertien qui s'ignore

C. travaille boulevard Bourdon, j'attends qu'il fasse trente-trois degrés.

Dernier bulletin

Excellent bulletin de dernier trimestre d'O.
J'ai envie de pleurer: si seulement il avait compris plus tôt les enjeux, s'il s'était mis à travailler dès le début de l'année, et pas en janvier…

Je me rends compte que je suis en train de revivre mon bac et que c'est sans doute cela qui me fait prendre tout cela tellement au sérieux. Je fais des cauchemars. Il remonte un cauchemar de cette époque: bac de math, distribution des sujets, je ne comprends rien, je n'ai jamais vu ces formules, je suis perdue, j'ai l'impression que je vais être dévorée. Or mes rêves sont très vivants, très réels, hors de toute sensation de rêve. Terreur, pure terreur, et désespoir.
Comment tout cela a pu survivre en moi toutes ces années, ce cauchemar, ou le souvenir de ce cauchemar, revenir maintenant avec force?

Bac histoire géo

— Pour la carte, on a eu l'Afrique, je la connaissais bien. En histoire, on a eu le Moyen-Orient, c'était simple.
— T'es bien le seul à trouver que le Moyen-Orient, c'est simple.


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A chaque jour son atrocité (je le note ici: je ne sais pas s'il sera possible de ressentir dans quelques mois ou quelques années la dimension anxiogène, comme dirait Aymeric, de la période présente (si non, tant mieux)):
assassinat d'une jeune députée britannique faisant campagne contre la sortie de la Grande-Bretagne de l'UE.
Je me demande si l'assassin a mesuré qu'il allait peut-être faire basculer les Anglais contre le Brexit, qu'il était peut-être en train de jouer contre son camp.


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Oulipo. Je note chez Nicolas une certaine désapprobation de l'idée de raconter sa vie sur des blogs.
«Je n'éprouve pas le besoin de tenir mon journal intime en ligne». Mais justement, ce n'est pas intime. L'intime reste dans les marges des billets.
D'une certaine façon, Véhesse expose bien plus qu'Alice car il fait courir le risque du ridicule, alors qu'Alice, c'est simplement le fil des jours — au pire bête, plus que ridicule.
Or le ridicule est plus difficile à affronter, à accepter.

Mauvais réveil, mauvaise journée

Réveillée par O. en plein cauchemar, il faut aller à Boissy à cause des grèves, O. qui devrait commencer à dix heures commence à neuf par un petit déjeuner avec ses professeurs, tous mes calculs de délai sont inadaptés, mon horloge interne déboussolée.

Coiffeur. Bibliothèque de l'ICP pour rendre trois livres. Je découvre la grève des éboueurs. Trains, avions, poubelles, terrorisme, tout coïncide pour faire de l'Euro un fiasco. J'espère me tromper, non par amour du foot mais par nécessité économique.
Je rends trois livres, je vais essayer de lire ma bibliothèque cet été. Exception peut-être, Le Buisson ardent de Greisch, la Correspondance d'Hegel et la quête du Jésus historique de Schweitzer.

Fête des Terminales. O. s'est déguisé en Blondin (Le bon, la brute et le truand). — Ça s'est bien passé? — Oui.
Il n'est pas très disert, ce n'est pas étonnant de sa part, mais en réalité, je le comprends quelques instants plus tard, il est malheureux. Il a eu ses résultats d'APB (admission post-bac), tous les grands lycées l'ont refusé, il est déçu, je m'attendais à cette déception (sans avoir osé le prévenir, espérant un miracle) car ses notes anticipées étaient mauvaises. Mais on a beau s'y attendre, cela fait toujours de la peine de voir son enfant avoir de la peine, et je m'en veux: il aurait vraiment fallu surveiller davantage son TPE, son français, ses études, tout enfin. Ma culpabilité, mon sentiment de responsabilité universelle me quitteront-ils un jour?
Eternellement1 je me souviendrai de la remarque d'Hervé, dans une rare occasion d'épanchement du fond de son cœur toujours si difficile à exprimer, apprenant les notes de français d'Olivier (et l'excellente note de Claire, sa cousine): «j'aimerais tant pouvoir être fier d'eux», et ma réponse: «nous n'avons pas beaucoup donné l'occasion à nos parents d'être fiers de nous».
Tout cela n'est-il qu'un retour de karma? Mais pourquoi nos enfants devraient-ils payer pour notre mauvaise conduite?
Je me rends compte à quel point il est vertigineux d'être sur des rails dès dix-sept ans: un lycée ou un autre, un cursus ou un autre, et c'est tout un avenir qui se dessine dans cette société française si conservatrice si fort qu'elle s'en défende.
La seule façon d'y échapper est sans doute de partir, pour un temps ou pour toujours, à l'étranger.

Le soir j'ajoute à mon blues en feuilletant les feuilles d'impôts des vingt ans précédents. Quelle vie en dents de scie, comme j'ai eu peur, comme cela a été compliqué (373 euros d'impôts en 2010, non imposable en 2000: les frasques professionnelles d'H.)

Mais H. est heureux, il revient de l'ambassade des Etats-Unis et prépare son prochain voyage d'affaires. Allons, tout va bien.


1: ou peut-être pas, car c'est à cela que sert écrire, oublier, l'écrit garantissant le souvenir offrant enfin la possiblité d'oublier (il me semble que Nabokov dit quelque chose de ce genre dans Mademoiselle O. en parlant de crayons de couleur. (Non, vérification faite, il dit que les choses racontées changent de substance.))

Fête des mères

J'ai eu un cadeau, pour la première fois depuis… dix ans, quinze ans? (Nous ne sommes pas très fête des mères, je crois qu'à la génération suivante ce sera totalement oublié.)
J'ai eu un drapeau français. Honni soit qui mal y pense. (C'est un peu grâce à l'Euro (la compétition de foot, pas la monnaie (je précise pour les lecteurs à venir dans dix ans)): drapeaux en vente dans les supermarchés: «Et si on en prenait un pour maman? C'est suffisamment con pour que ça lui plaise.» (Ces jeunes, plus aucun respect)).


Retour à Melun, pour la première fois depuis fin mars. Pluie fine. Nous ne sommes que cinq. Je suis à la nage de la yolette, Franck barre. (Virginie, Vincent, Cyrille).
Des cascades bondissent dans la Seine, toute l'eau drainée sur les côteaux rejoint le fleuve à grand bruit.

Photo sans autre intérêt que montrer la masse verte des arbres. Il y en avait de plus fantômatiques à faire, des dégradés de gris dans la brume, mais je ne pouvais tout de même pas arrêter le bateau pour prendre une photo (de toute façon cela n'aurait rien rendu avec mon téléphone).



Franck a barré toute la sortie, j'ai donc fait l'aller-retour à la nage. L'après-midi, j'ai dormi très profondément, avec l'impression de ne plus pouvoir bouger quand je me réveillais un instant.

Ce soir il pleut de nouveau, avec obstination. C'est impressionnant.

Tarot

Sortie. Emmanuel à la nage, Peter, moi, Pascal. Tant de péniches que nous avons embarqué cinq centimètres d'eau (Emmanuel écopant avec sa chaussure…) Arnaud nous a rattrappés pour nous empêcher de faire un deuxième tour de l'île et nous conseiller de monter vers le barage.

Le soir, tarot à cinq, les garçon, I., H. et moi.
C'est la première fois que nous jouons au tarot à la maison. La dernière fois que j'y ai joué, c'était dans le Tarn, en 2009.
J'ai beaucoup joué au tarot, joué des heures, au lycée, durant les vacances, à Nanterre où j'avais dominé ma timidité pour aborder une table de joueurs à la cafeteria du self, et même au BDE de Sciences-Po. Jusqu'en 2002 je quittais tout pour une soirée de tarot.
Puis j'ai découvert RC et je me suis désintéressée du tarot. J'ai changé d'amis, aussi.

O. réussit une garde contre en s'appelant volontairement lui-même. Je le soupçonne de beaucoup jouer au lycée.


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Agenda
C. vient d'être embauché en CDI. Il commence lundi 30 mai.

Un peu de bleu

Quelques rayons ce matin, et des taches plus claires quand on regarde les arbres. La Seine est encore très haute.

2016-0306-Seine.jpg


Quatre avec Franck, Jacques, Gérard. Franck me fait rire, il a mené un train d'enfer pendant trois mille mètres contre le courant et a épuisé tout le monde. Au retour, je pense que nous n'étions plus que deux à ramener le bateau… (dans le sens du courant, mais contre le vent, un vent puissant et froid). Ce qui me fait moins rire, c'est que dans ces situations difficiles, mon pire défaut s'accentue:
— Alors, c'était comment, votre quatre?
— On penchait pas mal à babord.
— Normal, c'est l'eau: t'as vu la Seine? Elle penche.
— Ah mais oui, suis-je bête!

Sieste comateuse, La Vache au cinéma de la ville. C'est mignon, plaisant. La salle était pleine, ce qui m'a étonnée.

J'emmène A. à la gare. J'essaie de vérifier si elle a compris ce que nous avons tenté de lui expliquer:
— Tu as compris le principe? Il ne faut jamais abandonner une activité ou un engagement certain sous prétexte que cela va gêner un projet incertain. Il sera toujours temps d'abandonner le certain si le projet se concrétise. Parce que sinon, tu te retrouves sans rien, à ne rien faire.
— Je m'étais dit que si je me réinscrivais au badmington, je serais obligée d'abandonner si je trouvais du travail.
— Oui, mais tu n'as pas trouvé de travail et maintenant tu ne fais pas de badmington.
— Mais ça aurait pu arriver.
— Oui, mais l'expérience prouve que non. Ce n'est pas logique, c'est expérimental. Si tu ne nous crois pas, essaie, tu verras bien. On aurait simplement voulu t'éviter de faire les expériences pour que tu gagnes du temps.

(Je n'ajoute pas que l'expérience prouve aussi que les projets incertains se concrétisent davantage quand on n'abandonne rien. Là aussi, cela n'a rien de rationnel, c'est empirique.)

Samedi

Pas grand chose. Je termine le premier Maigret. Je loue la voiture pour les vacances. L'après-midi nous passons un long moment dans la cuisine avec A., à la coacher sur la façon de trouver un job à temps partiel (nous souhaitons qu'elle en trouve un, d'une part parce que son école coûte très cher sans être reconnue en France, d'autre part parce qu'elle a énormément de temps libre et que cela tend à la désocialiser, enfin en prévision du monde du travail: sera-t-elle à son compte ou salariée, dans tous les cas elle va s'apercevoir de quelques réalités qu'elle n'a pas encore perçues).

Je fais l'erreur de parler de House of cards à H. qui en regarde cinq ou six épisodes de suite.

Le soir, sur les instances de H. qui aime beaucoup ce film, nous regardons Le Président, qui me déprime. Nous n'avons plus au pouvoir des magnats des colonies, mais le niveau ne s'est pas amélioré pour autant.

Un vaccin

Un DT-Polio attend dans le frigo depuis septembre (ce qui me vaut quelques moqueries du type "c'est comme le yaourt, ça ne se périme pas"), je prends le temps de me faire vacciner avant le stage d'aviron (je suis prudente face au risque de tétanos). La remplaçante (qui succède à une remplaçante) qui travaille le samedi est encore plus blonde et plus menue avec des yeux d'un bleu plus pâle (genre Sylphide dans Albator) et je me demande comment elle a résisté en internat qu'on dit si dur (ce qui est bien sûr une question complètement stupide: les grands costauds ne sont pas les plus solides, leur métabolisme de base est trop élevé; mais cela me fait prendre conscience de mes préjugés).

Déjeuner au restaurant avec seulement H. et A. J'évoque la possibilité de demander à Red (un contact FB dont j'admire les poèmes) s'il pourrait trouver un ami pour l'accueillir en ranch et elle a les yeux qui pétillent.

Je vais récupérer O. gare de Lyon. Excellente semaine de ski, ce qui me fait plaisir pour sa dernière colo.

Désœuvrement

Ménage avec les garçons en écoutant les vieilles chansons de Renaud (Dans la tire à dédé, j'en ai fait des virées…). Tout de suite c'est plus gai.

Blanquette au restaurant en face de l'église, RER pour gare de Lyon. Dernier départ en colo de ski (sur le thème Dernières R.A.B.).

Humour SNCF (si c'est possible)



Retour à la maison.
Et là, soudain, le vide: rien d'urgent, aucune action qui s'impose, je peux choisir ce que je vais faire. Depuis combien d'années cela n'était-il pas arrivé? Je prends conscience que cela devrait arriver de nouveau de plus en plus souvent. La vie de Benjamin Button, la retombée de la parabole après avoir atteint le sommet. C'est un peu inquiétant, mais quelle liberté.
(Et donc lecture et théologie. Oui, bon, ça ne change pas beaucoup, mais ça change énormément de ne pas y être obligée par un examen, une dissert, ou que sais-je encore.)

Dimanche

Je retourne à Melun pour la première fois depuis trois semaines. Quelle flemme, pas envie d'avoir froid.

J'arrive juste à temps pour entendre «Qui veut faire un quatre?», je dis «Moi» et je me retrouve avec des rameurs de niveau plutôt faible: je vais ramer à la nage d'un bateau pas désagréable dans l'esprit mais cahotique. Il n'y a pas de vent, il ne fait pas froid, mais il y a énormément de courant.

Pour changer, je vous mets une image du ponton. Chaussures de compétiteurs pour la plupart: les bateaux de compétition ont des chaussures intégrées, ce qui pose parfois des problèmes de pointure quand les filles empruntent des bateaux de mecs (le contraire n'arrive jamais).



A midi nous sommes trois, A. est retournée à Lisieux hier soir après une semaine de mauvaise humeur (elle s'est disputée avec une amie et c'est nous qui en avons payé les conséquences) et les grands fêtent la St Valentin à Paris. Je m'habitue à l'idée que l'année prochaine je serai sans doute seule la plupart du temps. Silence de la grande maison vide.
— Peut-être qu'il va devenir rationnel de vendre cette maison?
— Pas avant deux ou trois ans, il faut la remettre en état si nous ne voulons pas perdre de l'argent.


Le soir violente dispute: H. apprend alors que nous sommes en train de goûter (mais oui, cela arrive: nous goûtons!) que j'ai embauché un jardinier. Il m'accuse de l'avoir fait sans lui en avoir parlé: «Mais enfin, tu étais d'accord, c'est toi qui m'a donné son nom! — Oui, mais je croyais que tu voulais qu'il vienne une fois, pas de façon permanente.»
Mais à quoi sert un jardinier une fois quand la végétation pousse tous les jours?

(L'origine du débat était le ménage: prendre une femme de ménage. J'ai répondu qu'entre la femme de ménage et le jardinier, il me semblait que nous pouvions nous charger du ménage. Le problème, c'est que si nous ne nous y mettons pas tous ensemble, je n'y arrive pas, je ne suis pas motivée, après tout je ne suis pas la seule à vivre ici1, il n'y a pas de raison que je le fasse seule (ou alors j'ai besoin d'être vraiment seule, sans personne à la maison, ce qui n'arrive jamais): en une heure, à cinq, nous abattons du boulot! Mais je n'ai jamais réussi à instaurer cette routine.)
Bref, violente dispute un peu ridicule qui nous laisse comme chaque fois honteux et désemparés.

Ménage et rangement car nous accueillons deux amis trois jours. Bénéfice inattendu pour O.: il récupère un ordinateur dans sa chambre (pour faire de la place sur le bureau de H.). Il est heureux.


Note
1 : peut-être aussi que si je l'oublie, mon corps se souvient que les produits ménagers et la poussière le rendent malade. Ce soir encore, ventoline. Raison de plus pour prendre une femme de ménage, me direz-vous. Sauf que je nie le problème, j'espère toujours qu'il va passer, que c'est une illusion. A vrai dire, je pensais prendre jardinier et femme de ménage, je n'imaginais pas que ça coûtait si cher: j'ai réduit mes ambitions de dépenses.

Lundi

Lever 5h30, couture (badges sur chemise scoute (je sais, il devrait les coudre lui-même, mais après tout il est mineur et c'est mon petit dernier, je peux bien coudre si ça me plaît)) en regardant le début de Benjamin Button.
J'emmène la chemise et le nécessaire à couture pour coudre dans le RER: la chemise doit servir demain pour Mardi Gras.

Je commence Saint Grégoire le Grand de Mgr Dagens et j'y vois d'étranges résonnances avec le dernier Houellebecq, des résonnances en creux, bien sûr.

Le soir, la professeur nous a remerciés : «Samedi a été une très longue journée pour moi, mais je dois vous remercier: je ne me suis pas ennuyée une seconde, cela a été passionnant».
Et cela me remue bien plus que des félicitations, un professeur qui nous remercie.

Stage technique BAFA

— Le buta t'oublie.

Panne de réveil

Ça ne m'arrive jamais ou presque. Je vais ramer sans mettre mon réveil. Mais ce matin 9h02. Trop tard, trop tard, pas question que je parte sans mon petit déj et surtout mon thé chaud, quarante minutes pour être à Melun, inutile, en retard, les bateaux seront partis, trop de courant, je ne peux pas faire de skiff, je reste — deux dimanches de suite, un de trop.

Marché, un peu de ménage, un peu de FB, un peu de rien, un dimanche de passé. Et quelques fous rires.

mercredi soir

Il a fallu à nouveau faire appel à l'informaticien qui était venu mettre à jour Ciel compta le 18 décembre: il n'a pas fait le travail jusqu'au bout et nous avons de nouveau des messages d'erreur. Ce type m'agace par sa lenteur et sa façon de ne pas prendre en compte ce qu'on lui dit; d'autre part, et c'est plus rare (et je l'avoue avec un peu d'embarras), il me répugne physiquement. Quand il a terminé et qu'il est parti, je nettoie tout derrière lui au produit désinfectant, le téléphone et le clavier.

A midi, je l'abandone pour aller ramer, me disant qu'il travaillera peut-être mieux seul, car nous nous portons réciproquement sur les nerfs.
Quatre : Thibaud, Florent, moi, Marie-Françoise. Conseil : ne pas rentrer le menton au dégagé.

Je ne suis pas allée voir la pièce de Benoît.
Nous avons eu une discussion autour de l'APB (admission post-bac), pour souligner à la fois que les prépas, c'était l'horreur, mais c'était passionnant (j'ai découvert au cours de cette discussion que la pulsion qui me faisait dire «si on me le proposait, j'y retournerais tout de suite» a disparu: sans doute grâce à mes études et à Cerisy). Je suis contente d'avoir réussi à arracher H. quelques instants à ses préoccupations pour qu'il consacre quelques minutes au cas d'O. J'ai toujours peur que nous ne nous occupions pas assez du petit dernier, qu'il se sente (qu'il soit) négligé.

Nuit blanche de H. pour le boulot (rencontre américaine demain). Cela n'était pas arrivé depuis des années (à une époque, c'était quasi son mode habituel de fonctionnement).

Dimanche

Sortie en quatre. Franck, Sylvie (débutante de l'année), Florence, moi.
Pas de vent, pas de courant, il ne fait pas froid. Je n'ai pas ramé de la semaine et je sens les cuisses qui menacent de crampes.
Plus tard, je m'apercevrai que je me suis écrasé le pouce gauche: il n'est plus que fourmis, comme des dizaines de pointes d'aiguilles.

Nous avons si bien ramé que j'ai oublié de prendre une photo.
Photo quasi en face du club, en attendant que se libère une place au ponton.



Après-midi en famille, avec mes beaux-parents. Un peu dur pour moi, pas de sieste, pas de douche avant tard l'après-midi (car je suis rentrée au moment de se mettre à table).
Couture. Huit boutons de caban et le talon d'une de mes cuissardes.
Grève encore demain, grève également mardi (mais mardi, sera-ce une grève de RER? pas clair) Demain, lever à l'aube pour aller prendre le RER A.

Réunion parents-profs

La dernière, là encore. Le prof d'informatique nous a posé un lapin, ce qui m'a agacée car nous aurions pu avoir un RER plus tôt.

O.: élève intelligent, ouvert, curieux, «qui lit beaucoup» (ôÔ ?? il a surpris le prof d'histoire parce qu'il connaissait les trois lois de la robotique d'Asimov. Cela ne me paraît pourtant pas un grand titre de gloire… (cours d'éducation civique, sujet "l'homme transhumaniste"), qui se laisse vivre, aux résultats moyens…

Je suis ennuyée. Je suis ennuyée parce que H. veut que O. aille en math sup, et ça m'ennuie que ce soit son père qui décide ça à sa place, d'un autre côté, c'est sans doute ce qu'aurait choisi spontanément O. (mais dans ce cas, je devrais être ravie et pas ennuyée: ce n'est pas logique. C'est que j'ai un doute: comment savoir vraiment ce que veut O.? Mais veut-il quelque chose? sans doute pas. Je lui ai conseillé, s'il ne savait pas "ce qu'il voulait faire" (entre guillemets, car cette expression m'a toujours paru stupide et effrayante dans son déterminime et sa fermeture), de déterminer au moins ce qu'il ne voulait pas faire, ce qui est plus facile et très important).


Le film d'hier me court dans la tête. Finalement, c'est la version américaine de L'Idiot. C'est sans doute la métaphore de la construction qui s'écroule (les hypothèques pourries vendues dans des produits notés triple A) qui a facilité le rapprochement, mais le film russe démontre la corruption, le film américain la fraude et la collusion entre ceux qui s'en mettent plein les poches. Et le "petit peuple", les gens de base, sans doute pas bien malins ni très recommandables mais néanmoins des êtres humains, paient les pots cassés.
Huit cents personnes dans l'immeuble russe.
«Vous venez de parier contre l'économie américaine. Un point de chômage en plus représente quarante mille morts.» Pour l'Amérique.
Ajoutons la Chine, l'Islande, les "PIGS" comme s'appellent eux-mêmes les Grecs (Portugal, Italie, Grèce, Spain), etc.

Les Normands attaquent

A. nous a ramené deux bouteilles de cidre qu'elle a mis en bouteille elle-même à la ferme.
— Enfin, ce n'est pas vraiment du cidre, c'est différent, c'est directement sorti du tonneau, il y a du dépôt.
Elle est très inquiète que cela ne nous plaise pas.

Cela nous a beaucoup plu.
Pour le peu que nous en avons bu.
Le liquide de la première bouteille a jailli avec tant de force qu'il a atteint le plafond. Pyjamas, sweats, jambon, assiettes, galettes, plancher, tout a été inondé, il est resté de quoi remplir un verre.
H. a ouvert la deuxième bouteille sur la terrasse, au-dessus d'une grande marmite, ce qui a permis de récupérer davantage de liquide (un peu plus d'un verre chacun). Le reste a nourri les rosiers.

Nous avons beaucoup ri (après avoir épongé).
— C'est l'arme secrète des Normands.
— Et encore, ça, c'est le doux.
Voix de Stallone: — Et si vous continuez, je sors le brut!

Conversation de fin d'après-midi

C : — J. m'a dit qu'elle avait des pastilles Vichy, et qu'elles étaient neuves !
V : — Tu veux dire pas déjà sucées ?
H : — Tu veux sucer ma pastille ?

Bâtons rompus

— Maman, il va lui falloir une stèle, tellement il y a de choses à écrire sur sa tombe.
— Mais non, on fera un écran qui défile.
— Dans ce cas, il ne faut pas qu'on meurt en même temps, il n'y a que papa pour développer ça.
— Et moi j'irai hacker le système.
Gravehacker, c'est pas mal comme nom…


— Mais si, tu te souviens, ce film pas possible, on en a regardé un quart d'heure et j'ai craqué… Avec l'ex de Demi Moore… Kushner, quelque chose comme ça…
Sex Friends, avec Nathalie Portman!
— Oui, sans doute… Franchement, je ne comprends pas, comment peut-on passer de Bruce Willis à ça? Il a du lait qui lui sort par le nez quand on presse…
— Cherche pas maman, il a une grosse teube.
— Je veux bien, mais qu'est-ce que tu fais le reste du temps quand tu te croises?
— Ça n'arrive pas. Tu l'enfermes dans sa chambre avec sa playstation.


Et sinon, il y a ça: on s'inscrit et le système vous alloue une personne à qui envoyer un cadeau anonymement. Par ailleurs vous êtes le destinataire du cadeau de quelqu'un de la liste. C'est ainsi que C. a reçu du chocolat biélorusse et une poudre à la cerise qu'il faudra délayer pour obtenir une sauce. (Je sens que je vais être la seule à oser essayer.)
Il est trop tard pour recevoir des cadeaux cette année (il fallait s'inscrire en novembre, je pense), mais vous pouvez servir de voiture-balai à un laisser-pour-compte, ie envoyer un cadeau à quelqu'un qui devait recevoir un cadeau et n'en a pas reçu. Tenir une promesse à la place de quelqu'un qui ne l'a pas tenue.
C'est un peu compliqué, il faut s'inscrire sur reddit, puis sur redditgift, puis attendre un peu (six heures, douze heures? j'étais si impatiente que j'ai cru que ça ne marchait pas et que j'ai abandonné. Deux jours plus tard C. a vérifié: le site m'avait alloué un destinataire (une destinatrice) aux Pays-Bas).

En trois mots

Marché, sieste, film (L'étudiante et monsieur Henri (dans la salle de ma ville)).

Le soir, trois épisodes de True Detective. Obsédant.

Vendredi varié

Deux heures de travail à la bilbiothèque de Sciences-Po (de 8 à 10). J'ai fini le "résumé" de Cerisy (je me demande bien s'il servira à quoi que ce soit) et commencé le grec pour jeudi.

Failli arriver en retard au Caroussel du Louvre (fermeture des portes à 10h30) pour le grand raout de la boîte. Apparemment nous fêtions l'anniversaire d'une ancêtre de l'entreprise actuelle, la société d'assurance la Royale créée en 1816. Quoi qu'il en soit, c'était très réussi. Nous avons si peu l'occasion de nous voir tous — et le champagne était très bon (Demoiselle (What? le site demande si nous avons l'âge légal pour le visiter?!!)

A 16h45, rendez-vous chez un psy pour A. Apparemment le courant a eu l'air de passer et elles projettent de se revoir. A suivre (de loin: d'une certaine façon, cela ne nous regarde pas vraiment).
En sortant, nous croisons une brocante près des Invalides et nous trouvons des œuvres complètes d'Agatha Christie dans la collection Rombaldi (un peu jaunie) qui est un souvenir d'enfance. Nous l'emportons.
Et pour finir, profitant que pour une fois nous sommes ensemble à Paris, H. propose de faire les boutiques et je renouvelle une partie de ma garde-robe : j'ai de plus en plus froid, adieu les robes sans manche. (Maintenant il va falloir que je me débarrasse de ce que je ne mets plus, et j'ai vraiment du mal à faire cela. C'est comme si j'abandonnais de vieux amis. Je vais peut-être stocker dans un carton en attendant de me décider).

Dernière réunion de rentrée

Réunion de terminale pour le benjamin: ce soir se clôture le cycle des réunions inaugurées il y a bien longtemps avec une rencontre entre équipe et parents à la crèche d'Aubervilliers.
A-C m'a dit qu'elle était à Paris et prenait un train à Montparnasse, je l'ai invitée à venir: après tout O. est son filleul, et elle a un fils qui sera en terminale dans deux ans: cela pouvait l'intéresser (elle est restée une partie de la réunion).

Avouons que je viens surtout pour le speech du directeur, sa voix, son phrasé, sa façon de trouver une façon intéressante de dire ce qu'il dit chaque année, douze à quinze fois puisqu'il y a une telle réunion pour chaque niveau, de la maternelle à la terminale (mais peut-être n'assiste-t-il pas à celles de maternelle).

Le grand sujet cette année, bien sûr, c'est le bac et surtout ce qui vient après, et donc "l'APB", l'admission post-bac. C'est une procédure en ligne qui consiste à donner ses choix entres diverses écoles, universités et formations, en les classant. Il est possible de donner jusqu'à vingt-quatre choix (pour sept cent à huit cent mille inscrits chaque année: vive l'informatique et bonjour la salade), dont six dans des filières "non sélectives" et un dans une filière non-limitée en places (genre le malgache ou l'histoire juive (??!!), il y aurait toujours de la place (je ne suis pas sûre d'avoir compris, je suis quasi-sûre de ne pas avoir compris)).

Il faut donc faire des choix et les classer.
Le directeur nous raconte une étude intéressante: dans un restaurant, quand quelqu'un hésite fortement entre deux plats, finit par en choisir un et que l'on revient de cuisine en disant qu'il n'y en a plus, le plus souvent il ne prendra pas l'autre plat avec lequel il avait hésité. La déception a été trop grande, l'investissement émotionnel trop fort.
C'est pourquoi il invite les élèves à penser en terme de préférences et non de choix. Il s'agit de classer, hiérarchiser, les lycées et formations possibles, et plus de quatre-vingt pour cent des élèves ont un de leur trois premiers choix.

A chacun son Snowden

A a hacké le wifi de l'école et distribué les documents qu'elle a trouvés à ses camarades de classe.
Renvoyée une semaine.

(C'est ça qui est bien avec le privé : ils ne te renvoient pas définitivement, ils ont besoin de clients.)




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Mise à jour le lendemain
Finalement l'école a suréagi à un incident mineur. Cela prouve simplement l'épuisement de l'administration et des professeurs face à une personnalité difficile. (Comme dirait C., «cela leur a pris deux ans, c'est un progrès»).
Il y avait eu des signes avant-coureurs, des commentaires dans ses bulletins trimestriels de l'année dernière qui ressemblaient à ceux du collège. Avec naïveté et paresse, j'avais considéré que c'était désormais son problème, elle était majeure.
Cet été, je lui avais demandé si elle voulait voir quelqu'un pour comprendre, faire des progrès. Réponse: «c'est eux qui ont un problème, pas moi.»
Cette fois-ci, elle ne va pas avoir le choix. Mais ce sera à peu près inutile tant qu'elle considèrera qu'elle n'a rien à changer. Ne s'aperçoit-elle vraiment de rien, ou se joue-t-elle de nous? Se ment-elle ou nous ment-elle? Cela aura été la question de toute son enfance.

Inattendu

Soudain, au petit déjeuner :

— Tu veux te faire tatouer un moelleux au chocolat sur le dos ?

Evidemment

— Aller jusqu'à Moscou en voiture? mais tu es folle, pas question!
— Mais pourquoi? Napoléon l'a bien fait, ça permettrait de se rendre compte.
— Napoléon n'avait pas cinq semaines de congés payés.

Abandonnée

Ils sont partis.
Pendant vingt-quatre heures environ, à peine, vingt heures, nous avons été cinq, et je ne sais même plus de quand datait la dernière fois où cela avait été le cas: deux ans? (je veux dire cinq, pas six).
Ils sont partis: C. va faire un stage de cinq mois dans l'entreprise d'Hervé, A. un CDD d'un mois (normalement cela n'aurait pas dû être elle, H. trouvait qu'il ne pouvait pas décemment prendre deux de ses enfants dans une entreprise de cinquante personnes. Mais les deux étudiants qui auraient dû avoir le poste (le premier, puis le deuxième dans la liste des candidats) se sont tous les deux désistés).
Ils vont dormir chez mes parents à Blois et faire la route tous les matins pour Tours (pendant un mois. Quand C. sera seul, il ne bénéficiera plus de la voiture de sa sœur, il faudra réévaluer la situation: prendre une chambre à Tours? Cela vexera-t-il ma mère? ou cela la soulagera-t-il? (sachant que ce n'est pas incompatible).
Pour l'instant, tout m'inquiète: qu'ils racontent notre vie dans les locaux de la société, qu'ils se disputent "en public" (dans l'entreprise ou chez mes parents), qu'ils s'accrochent avec leurs grands-parents (rien que leur vitalité et leurs rires sont déjà en tel décalage avec cette maison silencieuse et repliée sur elle-même)…

Oui, je suis inquiète. Je tourne comme un lion en cage et O. ne me reconnaît pas, tant et si bien qu'il accepte de regarder avec moi un film dont il n'a jamais entendu parler: Petits meurtres entre amis.
Verdict: «C'est bien, mais pas tous les jours!»

La mort

A. voulait faire des études d'ostéopathie équine. Pour être admise à l'école, il fallait écrire une lettre de motivation. A ma grande surprise, elle avait des arguments extrêmement précis; en particulier, elle expliquait qu'elle ne voulait pas devenir vétérinaire car elle ne voulait pas euthanasier d'animaux.

Elle est à l'école à Lisieux, et cela lui plaît tant, la région et les gens, qu'elle ne rentre jamais, sauf pour les anniversaires ou comme à présent pour un job d'été. Elle a passé le dernier mois dans un haras qui à bien y regarder est surtout une ferme. Elle nous raconte ses aventures (Martine à la ferme) avec son habituelle vitalité et c'est assez étrange de la voir ainsi "boucler" sur nos souvenirs d'enfance qu'elle n'a pas connus:
— Oui alors tu comprends, c'est un veau, enfin une génisse, qui a perdu sa mère à la naissance, il a été élevé au biberon. Il avait rejoint le troupeau et il fallait absolument la séparer, parce qu'elle n'a qu'un an et qu'il ne faut pas que le taureau la saillisse…
— Il y a un taureau dans le troupeau? (De la saillie libre, je ne pensais pas que cela se pratiquait, ou alors par emprunt d'un taureau, quelques jours)
— Oui, et même deux, un jeune et un vieux. D'ailleurs (un autre jour, je vous épargne le contexte) Luc m'a dit: «Paulette, va réveiller le taureau…
— Paulette?
— Oui, il appelle toutes les filles Paulette: «Paulette, va réveiller le taureau et amène le au pré» et il m'a tendu un bâton…
— Et alors, tu lui as donné un grand coup de bâton sur les fesses?
— Euh non, j'ai sifflé et j'ai frappé par terre, il a ouvert un œil et il a fait tout un détour au lieu de passer au milieu de la stabu et si je me mettais sur le côté il allait de l'autre et Luc qui criait «Alors ça vient ce taureau?» «Ça vient, ça vient».
[…]
— J'ai même pas réussi à leur voler un kilo de miel sur les cent cinquante que j'ai aidé à récolter. Si tu veux, il m'a parlé d'une ruchette… (je lui avais dit que j'aurai volontiers eu quelques ruches quand j'avais appris qu'elle avait acquis des notions d'apiculture.)
— Inutile, papa ne veut pas.
— Ce n'est pas que je ne veux pas, c'est interdit en zone urbaine.
— Comment ça, il y en a même sur les terrasses des Champs, ce n'est pas urbain, peut-être? D'ailleurs, je me demande ce qu'elles butinent.
— Aucune importance tant que ce n'est pas du colza!
— Pourquoi, ce n'est pas bon?
— Ça durcit très très vite, c'est impossible à manipuler, on ne peut rien en faire.
[…]
Elle raconte les poulets, la machine à plumer, les coqs de trois ou quatre kilos portés à bout de bras, la conduite du tracteur sur cent mètres:
— L'accélérateur était très sensible, et avec les ornières, ça cahotait, je faisais des à-coups sur la pédale. J'ai découvert que ça allait mieux en me calant au fond du siège (Ce n'est pas que ça cahote moins, c'est qu'alors tu fais partie du système, glisse son frère), mais c'était taille Luc, alors je ne touchais la pédale que de la pointe du pied. […] On a rentré le foin […] On n'a pas le droit d'élaguer en juillet à cause des naissances […]
[…]
— Les agriculteurs avaient bloqué les ponts, il devait livrer des cochons d'Inde à une animalerie, il a mis quatorze heures a faire l'aller-retour Lisieux-Lille.
— Et les cochons d'Inde, ils ont supporté le trajet?
— Oui, c'est l'aller-retour qui faisait quatorze heures. Mais il y a eu des morts dans les lapins béliers, ils supportent très mal la chaleur. Même dans leur bâtiment ventilé, il y a des morts presque chaque matin.

— De toute façon, conclut-elle avec une pointe de regret qui ne l'empêche pas de dévorer le poulet qu'elle nous a ramené de la ferme, ce stage a été très instructif. Je n'ai jamais autant côtoyé la mort que durant ce mois.


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Sortie dominicale : 12 km en skiff.


Retours au bercail

Onze heures. Tout le monde dort. J'ai le temps d'aller au marché.

Midi et demi. SMS de C. qui annonce qu'il arrive (après une semaine d'absence). J'ai passé mon temps sur FB, je ne suis pas allée au marché. J'envoie en réponse «Ne te presse pas, il n'y a rien à manger.» O. commente: «Mais enfin, c'est C., il a grandi à la maison, il sait comment c'est. Ne stresse pas comme ça.» (Nous finirons au restaurant. Très bon d'ailleurs, ouvert depuis huit mois, nous n'avions pas testé. Il risque de nous revoir souvent.)

O. reprend la voiture pour la première fois depuis trois semaines. Nous sommes convenus qu'il me décrit ce qu'il voit au fur à mesure afin que je ne passe pas tout mon temps à lui dire de faire attention dans la crainte qu'il n'ait pas anticipé… (je suis déjà une passagère stressée, et ici s'ajoute une dimension de défi: comme H. est contre la conduite accompagnée, si O. abîme la voiture, j'aurais droit à un soupir entendu (si c'est grave) ou un «je t'avais prévenue» (si ce n'est pas grave): je n'en ai pas envie)).

Nous dînons sans attendre A. qui arrive de Lisieux le jour de l'année le plus chargé en terme de trafic routier. Elle arrive à onze heures (entretemps, O. et moi aurons connu une défaite sans appel à la belote, écrasés par les mains insolentes d'H.), bronzée et joyeuse, avec son chat qui mange désormais des croquettes light (WTF?)

Toujours la même erreur

Rêvé de ma prof de grec. Il faudrait que je m'y mette.
Prévisionnel 2015 par extrapolation du semestriel.
Encore une yolette de débutants. Philippe chef de bateau.
Rocco et ses frères. Une queue de cinquante personnes à la séance de cinq heure et demie, encore plus longue à neuf heures. Quel succès.
Vingt minutes d'attente de mon RER gare de Lyon. Je décide de prendre n'importe quel train et attendre à l'air à Villeneuve. Le temps que j'arrive à Villeneuve et tous les RER pour Melun sont supprimés : bus puis marche.

Comme je m'étonne de ne toujours pas avoir reçu les notes du bac de français d'O, C. m'affirme qu'elles ne sont pas envoyées et qu'il faut les consulter en ligne. Comme il a vu la convocation de son frère qui traînait dans sa chambre, je lui demande de regarder.
6 (écrit), 10 (oral) et 11 (TPE). Je ne suis pas vraiment surprise. Pourquoi suis-je quasi certaine qu'O le savait, le sait, qu'il ne nous l'a pas dit avant de partir en camp scout? Paranaoïa?
Un peu trop de tarot, sans doute. Club Mèd. Pas étonnée, mais vaguement écœurée, et je ne sais même plus si c'est par lui (eux) ou par moi. Indulgence coupable. Lâcheté, paresse, pas la sienne mais la mienne, paresse de surveiller, lâcheté devant l'obligation de dire non si souvent, de devoir se fâcher si souvent. Je réagis, mais toujours trop tard, toujours après coup.

Conseil scout en cas de forte chaleur

Je ne serai pas là pour le départ du "petit" (seize ans, 1,90 m) en camp scout. Je fais une revue de détail et demande des conseils au grand frère.

— Prends du talc, surtout s'il fait ce temps-là : c'est un truc de chef quand on n'a pas le temps de se laver.
— Mais pourquoi?
— Ben pour ne pas coller.

Dissection

Après les fractals et les cafards. Conversation entre nanas acte III.

— Et il t’a parlé de la dissection ?
— Non. Vous avez disséqué un cheval ?
— Oui, à Brighton.
— Pourquoi, c’est interdit en France ?
— Non, mais ils ont un refuge pour vieux chevaux, et quand ils meurent, ils les congèlent.
Moi, incrédule: — On vous a amené un morceau, un cuisseau ?
— On a eu un cœur, un rein… il tenait juste dans ma main. J’ai eu plus de mal avec la tête. Elle était coupée en deux, une moitié pour chaque groupe. La prof a eu besoin de sortir, normalement elle ne peut pas laisser les élèves tout seuls, mais elle les a laissés en leur recommandant de ne pas toucher à la seconde moitié. Ils ont coupé la cervelle en quatre, il y a de l’eau qui coulait pour que ce soit toujours propre, ça s’effilochait dans l’eau, ils ont posé l’œil au milieu des quatre morceaux comme une fleur. C’était beurk (dit-elle réjouie au dessus de ses rognons de veau).
— Attends, j’ai pas suivi… tu faisais partie du groupe ?
— Oui, mais j’ai juste regardé. L’intérieur, c’est super, mais si on voit que c’est un cheval, j’ai du mal. La cervelle était remontée par l’orbite…
— Ah, ça avait fait dépression… Tu devrais vraiment regarder Big Bang Theory, Amy, l’amie de Sheldon, est neurobiologiste, elle est tout le temps en train de découper de la cervelle.
— On devait chercher le nerf optique, et c’est pas facile. Ils ont crevé l’œil… (Changeant de sujet) On a vu un diaphragme, aussi. C’est vachement plus facile à comprendre quand on le voit. C’est très élastique et super solide; si t’as un problème au diaphragme, c’est vraiment un problème. C’est d’un seul tenant, il n’y a que trois hiatus.
— Trois tubes.
— Oui. Veine cave, aorte, œsophage.

Etc. Le hamburger normand (camembert) était très bon.

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Agenda
Le matin concours hippique (6e sur 27, elle a une belle position, une bonne assiette, je ne l’avais pas vue monter depuis six ou sept ans).
L’après-midi Vice-versa (le film).

Conseil en communication

— Il me demande si je veux être citée sous le nom de M**, S** ou vehesse.
— Réponds S**, comme ça tu pourras le montrer à ta mère.
(Pas con, je n'y aurais pas pensé.)

Flûte

Cours de flûte décalé du lundi au jeudi, d'Epinay à Quincy. Quand j'arrive à la maison, j'apprends également qu'il vient d'être déplacé de 20h15 à 19h15. Coup de bol monstrueux que je sois rentrée à temps (il est 18h50).
Nous serons quand même en retard: O. a négligé de se renseigner sur le lieu où nous devions nous rendre à Quincy (ça m'énerve).

Les étymologies incertaines

H — Ça sent bien la citronnelle, hein ?
Moi — Oui, comment t'as fait, t'as trouvé de la fraîche?
H — Non, j'ai utilisé de la mousseline.
Moi — Ah, t'as fait une infusion.
O — ?? Pour moi, de la mousseline, c'était de la purée…
H — Mais non, c'est un tissu très léger, comme de la gaze, comme les sachets de thé, si tu veux.
Moi — Oui, c'est l'inverse, la purée s'appelle mousseline parce qu'elle est légère comme de la mousseline. Si tu trouves "une robe en mousseline" dans un roman, qu'est-ce que tu comprends?
O — …
Moi — Mais je pensais que mousseline, c'était synonyme de gaze.
H — Non, gaze vient de Gaza : il y a toujours eu la guerre là-bas, alors le tissu utilisé sur place pour soigner les blessés a pris le nom de la ville.
Moi — Incroyable, ça c'est de la poisse! Mais tu tires ça d'où, parce que les étymologies fantaisistes, ça court les rues.
H — Alain Rey le matin à la radio. D'habitude je ne retiens pas, mais pour celle-là, j'ai fait exception.

(Bon, au moment d'écrire ici je vérifie sur CNTRL qui n'a pas l'air d'accord, mais je laisse, ne serait-ce que pour la robe en purée mousseline.)


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Agenda
Et c'est reparti, H. veut de nouveau monter une boîte. Nom déposé, logo créé, excitation…
Je ne participe pas, je ne participe plus. Si ça marche, les enfants seront riches, si ça ne marche pas, j'hébergerai la famille dans la moitié de maison qui m'appartient… (Oui, nous sommes mariés en séparation de biens, il avait déjà l'idée de monter sa boîte à l'époque.)

Super héros

Je raconte à table la menace de A. pendant le séjour à Dessau (elle avait disparu dans la maison de Goethe, et comme c'est elle qui avait gardé la clé du casier où étaient toutes nos affaires, nous étions condamnés à l'attendre. Perte de temps et énervement. Au musée suivant, j'exige donc de prendre deux casiers, en lui expliquant que je ne la chercherai pas, rendez-vous à la voiture si elle nous perdait une fois encore.)

Moi — Elle m'a menacée, elle m'a dit que si je la laissais, elle me mettrait dans une maison de retraite sans livre gardée par des mégères, éloignée de tout, et qu'elle ne viendrait jamais me voir!
O. — Pas grave, Super Bâton de Vieilleeeesssssse ! dit O. en tendant le poing à la Superman (depuis ses premières années, on prédit qu'il sera mon (futur) bâton de vieillesse car il m'est très attaché.)
H. — SS, Super Stick? Fais gaffe, ça peut facilement devenir Super Sticky…
O. s'étouffe de rire. Je m'insurge:
Moi — Mais arrête, Baptiste n'a pas l'habitude !

(Effectivement, l'adolescent, invité pour le week-end, nous regarde avec effarement.)

Menus détails

Clément est parti pour le Havre pour la dernière partie du BAFA. Particularité : pas de train jusqu'au Havre, à l'aller comme au retour : car entre Rouen et Le Havre.
Il pleut beaucoup, il va en baver.

Film Jamais de la vie : doucement désespérant.

Malédiction

— Il est nul et feignant. Et pour des raisons historiques, son salaire est à un tel niveau qu'il ne peut pas s'en aller: nulle part il ne retrouve un salaire aussi haut. Et je ne peux pas le virer: il est élu au CE…
(A titre d'info, j'ai rencontré le loustic : même pour prendre l'apéro, il est désespérant.)
— Alors je ne vois qu'une solution…
— Ah ?
— La poupée vaudou.


Quelques jours plus tard :
— J'ai regardé sur internet la fabrication d'une poupée vaudou.
— Hein ??!!!
— Oui, il y a un wikihow sur le sujet.


Quelques heures plus tard :
— J'ai regardé ton site : ce n'est pas sérieux, nulle part il ne mentionne qu'il faut des cheveux ou des ongles de celui qu'on veut marabouter.


Pour ceux que le sujet intrigue, je recommande Rue des Maléfices de Jacques Yonnet et Blood Sympathy de Reginald Hill.

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Agenda
Steve McQueen, Hunger, 2008
déjeuner à l'Auberge de Marrackech avec Olivier.
Clint Eastwood, Mémoires de nos pères, 2006

Probabilités domestiques

Préambule : afin de simplifier les choses, nous achetons toujours les mêmes chaussettes de tennis, les mêmes couleurs, les mêmes logos, les mêmes rayures. Chacun a sa couleur, son logo, ses rayures, cela va vite pour attribuer à chacun ses chaussettes.
La notion de paires a disparu au profit de la notion d'individu appartenant à une famille: si deux chausettes sont identiques, elles constituent une paire, quand une a un trou, elle passe à la poubelle, des paires sont rachetées de temps en temps (ce qui consiste dans notre logique à acheter deux chaussettes identiques à la fois) et je ne m'assure jamais que les chaussettes soient disponibles en nombre pair: la chaussette est devenue individuelle.

Ce matin, j'ai donc eu droit à la déclaration suivante :
— Journée de m** en perspective.
— Ah bon ? Pourquoi ?
— Comme j'ai trois types de chaussettes, si j'en prends quatre, j'ai forcément une paire. Donc je joue, je les prends une à une pour voir si j'ai de la chance, si je vais constituer la paire du premier coup. Aujourd'hui, il m'a fallu quatre chaussettes pour avoir une paire.







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Agenda
Passage à l'heure d'été
Pas d'aviron car il pleut (je ne fais pas vingt kilomètres pour faire de l'ergo).
Journée sur le sujet de dissert. Je découvre que tout ce qu'on étudie semble provenir de Thomas d'Aquin (impressionnant — d'un autre côté, c'est une école dominicaine. Je suis juste en train de découvrir l'eau tiède). Je découvre aussi que mon sujet est peut-être moi un commentaire de Lumen Gentium qu'une mise en cause de l'école française de spirualité (Bérulle).

Est-ce que j'ai une gueule d'alternatif ?

Vendredi matin en écoutant France Musique, j'entends Christel Baras parler d'un casting, celui d'Adèle Haenel (je cite de mémoire, écoutez l'émission pour juger à quel point je déforme): «je cherchais une enfant, j'avais une idée assez précise, une enfant d'un milieu alternatif, une famille où il n'y ait pas la télé, des enfants non formatés…»

J'éclate de rire: ainsi donc nous sommes une famille alternative? Ça alors. Pour moi, "alternatif", c'était intermittent du spectacle, artiste, quoi.

Plus tard encore, en réfléchissant à cette association alternatif/intermittent, j'ai compris que c'était à cause de l'électricité: la seule chose que je connaisse qui soit alternative, c'est le courant, et l'opposé, c'est "continu". Et le contraire de continu, c'est intermittent. CQFD.



Superbe soleil ce matin, peu de rameurs pourtant, sont-ce le froid ou les vacances?
Photo prise à l'aveugle car mon téléphone saturait et ne renvoyait qu'une image noire. (Il faut dire que ce sont des photos toujours prises très vite, en une seule prise, pour ne pas faire attendre les autre.)
11h36 en regardant vers l'amont. Barreur, en me retournant.

Dîner

— Les coccinelles sont des salopes.

Relations filiales

Bien qu'étant une mère angoissée, je mets un point d'honneur à ne pas le montrer (parfois en voyant les réactions de l'aîné devant mes inquiétudes pendant les absences du benjamin, je me dis que je l'ai peut-être trop caché), à ne pas entourer mes enfants de soins excessifs mais au contraire à les pousser à la liberté et à l'indépendance.
Nous n'avons donc des nouvelles de notre fille que de loin en loin, partant du principe que «pas de nouvelle, bonne nouvelle» et que si elle a besoin de nous elle saura nous trouver.

C'est ainsi que le dernier sms reçue de A. datait du 18 janvier à 15h41: «Je pars aujourd'hui [en Angleterre par bateau] et ne reviens que samedi. Je ne sais pas si je serais joignable».
S'en étaient suivis quelques échanges badins (du genre "noyade interdite"), elle était partie, le temps avait passé sans que nous en rendions bien compte et je disais à midi qu'elle devait être rentrée, qu'il faudrait l'appeler, sans doute.

Quand soudain, out of the blue, arrive le sms suivant que j'ai découvert cette après-midi: «Vous pouvez compléter la nourriture de Charlotte par des croquettes pauvres en cendres, riches en fibres et éventuellement de type "aidant les reins". A son âge ça ne lui fera que du bien.»


Comme dirait O., «ma famille me fait rire».
Tout bien réfléchi, il n'a pas tort.

Epic Win

Grande fierté, si, si, si.
A la question de la prof de français (en introduction à un cours sur la poésie, WTF?), « Qu'est-ce qui vous fait rire ? », O. a répondu « ma famille ».

J'aurai donc réussi à ne pas transmettre la tristesse et la morosité de mon enfance.

Repas

— Sans moi vous n'auriez pas eu de dinde.
— Mais avec toi, on était sûr d'en avoir une.

Discussion en attendant les beaux-parents en retard alors que la dinde se dessèche dans le four

— Tu sais que 2015 est une année particulière ?
— A ton sourire je devine que tu veux parler de sa décomposition en binaire.
— Oui. C'est aussi 3737 en octal.
— …
— et 37 est le premier nombre premier non régulier.
— Ah ? Il existe des nombres premiers réguliers ?
— Oui, cela dépend des nombres de Bernouilli, mais c'est un peu difficile de t'expliquer comme ça, c'est une suite, les nombres de Bernouilli ont été définis pour démontrer que le théorème de Fermat s'applique aux nombres premiers (à l'époque où l'on n'avait pas encore la démonstration générale).
(Etc.)

(Je me souviens qu'il existe un nombre infini de nombres premiers irréguliers mais que cela n'est pas démontré pour les nombres premiers réguliers. A vrai dire je n'y comprends pas grand chose, mais je ne savais pas que l'on avait trouvé des régularités aux nombres premiers. C'est plus que largement au-dessus de mon niveau, mais me parler de nombres, c'est comme me parler d'étoiles, ça me fait rêver.)

(Et pour ceux que cela intéresse, la dinde n'était pas sèche, finalement).

Conseil de lecture

Il est possible que ceux qui ont aimé Twin Peaks aimeraient Van de Wetering (Un vautour dans la ville, par exemple).



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Agenda
Planté cinq rosiers, un par pilier. Les garçons ont fait les trous — ça creuse vite, un scout ! (Mine de rien, ça m'a bien soulagée, car creuser est épuisant, et depuis que je suis avec Hervé, c'est toujours moi qui ai planté arbres, rosiers, arbustes (lui la théorie, ayant beaucoup d'idées sur l'utilisation de la pioche, moi la pratique, dans le froid ou sous la pluie (on notera une certaine exaspération de ma part, liée à l'épuisement que m'évoquent ces travaux de terrassement)).

Flegme lexovien

Ce soir en rentrant, mail de mes parents:
«Super ! on vient de recevoir une carte de Claude qui nous dit qu'elle a son permis. On est vraiment très contents. […]»

Aussitôt j'entreprends deux actions simultanées: d'une part je leur réponds: «Hein? Quoi?!! Elle ne nous a rien dit!! Bon, nous dînons, je me renseigne et je vous récris!!» et d'autre part je hurle dans l'escalier: «Vite, une cordée de secours à la boîte aux lettres, c'est urgent».

Clément sort, revient avec un paquet de lettres:
— Qu'est-ce qu'il y avait de si urgent?
— Regarde s'il y a une lettre de Claude.

Oui. Une carte postale: «Le 17/11/14 - Coucou les parents! cette carte postale pour vous dire que je me porte bien et Rosalie [sa chatte] aussi. Pour vous dire également que j'ai passé le permis le vendredi 14 et que j'ai reçu aujourd'hui la lettre disant que je l'ai réussi avec 26 points sur 30. L'auto-école m'a donné mon A, je recevrai le permis définitif sous 4 mois. Bisous Claude»

Ça n'a sans doute l'air de rien pour toi, ô lecteur, mais c'est un véritable coup de théâtre. Lors de notre passage à Lisieux, l'auto-école nous avait laissé entendre que Claude hiérarchisait mal les dangers, qu'elle argumentait et que cela allait être difficile… Le directeur avait décidé de lui faire passer l'épreuve pour qu'elle se rende compte de ce qu'on attendait d'elle en nous disant qu'on avait parfois de bonnes surprises (et Hervé m'avait remonté le morale (antiphrase) en me racontant que sa mère l'avait passé… sept fois).
Claude ne nous avait pas prévenus qu'elle le passait, sans doute par crainte de l'échec. Mais qu'elle n'ait trouvé aucun moyen plus direct de nous prévenir de son succès! (ne serait-ce qu'un mot sur son mur FB).


Dans cet usage furtif de la carte postale, il y a au moins un précédent familial. Me trompé-je en y voyant la marque d'une certaine timidité, l'incapacité à faire part de l'important pour n'aborder que les futilités?

Le pouvoir de nommer

Depuis que j'ai dit à Hervé que sa secrétaire avait des yeux de biche, il l'évoque comme un enfant en train d'ouvrir un paquet au pied du sapin de Noël:
— J'ai une secrétaire avec des yeux de biche…
— Mais enfin, elle les avait déjà avant que je ne te le dise !
— Oui, j'avais vu qu'elle avait de grands yeux, mais maintenant… j'ai une secrétaire avec des yeux de biche…

Encourageant

— Je veux juste que tu sois docteur, pas sainte.

Marchandage

— Papa, est-ce qu'il serait possible que tu m'ouvres internet demain soir, ma guilde fait un raid.
— Demain, alors que tu as passé toutes tes vacances à jouer !!… Et puis il y a école jeudi.

Hésitations. Silence. Faire plaisir ou être strict, sachant que nous avons toujours eu l'occasion de regretter d'avoir dérogé à nos principes. L'exception est diabolique, parole d'expérience.

— Bon. Marchandage time. Qu'est-ce que me lis en échange?
Madame Bovary?
— Tu triches, tu ne l'as pas comme lecture obligatoire?
— Non, il fallait choisir, j'ai lu Une vie.

Et c'est ainsi qu'un raid sur WoW fut échangé contre la lecture de Flaubert.

N'empêche, Olivier est le premier de nos enfants à toujours essayer de nous convaincre. Perso, je n'aurais pas parié trois kopeks sur son succès. Comme quoi, il faut toujours essayer.

Retour

Rentrée en fin de journée après un voyage sans histoire à écouter Proust. Je pensais rentrer quinze heures plus tôt, directement après le colloque, qui s'est terminé strictement à l'heure du fait que certaines personnes prenaient le train.
Hervé part demain à cinq heures du matin.
Mauvaise conscience.

Gestion domestique

Soit un panier de linge repassé déposé sur la table du salon dimanche soir.
Je découvre que le chat, inévitablement, s'est couché sur le pantalon couronnant la pile, y déposant moult poils et sans doute œufs de puce (petits points blancs).

Que faire ?
— armé d'une brosse collante, nettoyer le pantalon, puis distribuer le linge entre ses différents propriétaires (rien n'est pour moi, mes robes sont sur cintre, non pliées) ;
— la même chose, mais en vitupérant ;
— rien, après tout, ce linge n'est pas pour moi.

J'ai choisi la dernière solution, en prévenant les enfants que je n'étais pas là ce week-end, et que sans doute leur père serait furieux de l'état de son pantalon (on pourrait argumenter qu'il n'avait qu'à le ranger avant de partir. Question théorique: le fait que le père de famille s'absente la semaine pour nourrir sa famille le dispense-t-il des tâches domestiques, sachant que le reste de la famille n'a pas moins de contraintes horaires, même si moins rémunératrices? (Je pense que non, ne serait-ce que pour des raisons d'exemplarité, mais il argue de sa fatigue pour se défiler, et je voudrais éviter que cette fatigue ne se transforme en épuisement.))

Une matinée perdue

Je rentre à une heure et quart. La table de la cuisine est dans le même état que lorsque je suis partie, la brioche en moins. Les garçons en pyjama jouent à League of Legend en se parlant de la chambre au salon. Hervé est à l'étage, il n'a pas fait de courses visiblement (il fait si beau, je m'attendais à un barbecue).
Je mets la table sur la terrasse, je sors ce que nous avons dans le frigo, je pense à ma matinée sur l'eau, à la Seine magnifique, aux arbres à peine roux, à la température idéale, et je ne peux m'empêcher de les plaindre d'être restés au lit.

Hôte

En juin, ma mère avait demandé à H. si nous pouvions héberger le beau-frère d'une amie à elle. Ma mère, toujours drama-queen: «parce que tu comprends, il est titulaire pour la première fois, avant il travaillait avec des adultes, il va se retrouver en lycée professionnel, j'ai un mauvais pressentiment, il est nommé à Y*rres alors qu'il habite P*zenas, comment il va faire, (etc, etc)».
Sans y réfléchir à deux fois H. avait dit oui, nous pouvions le dépanner, cela semblait naturel, il faut s'entraider, nous avons une grande maison; après tout H. avait campé un mois chez une copine en arrivant à Paris, et ma sœur deux mois chez nous.
Plus tard j'ai eu ma mère au téléphone et j'ai découvert que l'homme en question avait quarante ans, ce qui n'était pas le jeune homme en détresse que j'avais imaginé.

En juillet, il était venu prendre l'apéritif pour faire connaissance. Il était accompagné de son frère habitant Etampes, de sa belle-sœur habitant Vincennes (oui, ils ne vivent pas sous le même toit), de sa femme et de ses deux enfants de sept et neuf ans. Nous avions discuté de tout et de rien pendant trois heures et ils étaient repartis.
J'avais trouvé bizarre qu'il ne squatte pas chez son frère l'été afin de trouver un studio dans les environs. J'avais trouvé bizarre qu'il n'habite pas chez son frère plutôt que chez nous à la rentrée en se faisant les heures de transport nécessaires tous les jours (à la guerre comme à la guerre). J'étais jalouse de la qualité de vie que nous allions lui offrir, bien meilleure que la nôtre: aller au lycée à vélo, travailler à deux kilomètres de chez nous à vol d'oiseau.

Maintenant il est là, du dimanche soir minuit au vendredi huit heures du matin. Il n'est pas désagréable, même s'il m'agace par son manque de jugeotte (je lui demande de se charger d'acheter du pain — je dois lui répéter chaque fois, le soir où j'oublie il ne le fait pas; il nous prépare un gratin dauphinois de sa propre initiative — et épluche un kilo de pommes de tere pour six personnes dont deux garçons de seize et vingt-deux ans (ajoutons que ce genre d'estimation, à mon sens, tombe exactement dans ce qu'il doit apprendre à ses élèves).
Je découvre des choses sur moi-même. Je découvre à quel point mon enfance m'a traumatisée, à quel point j'ai du mal à supporter un professeur de lycée professionnel à ma table le soir, après une journée de travail: c'était le métier de mes parents que cela a rendu très malheureux, la maison était atrocement triste; je découvre que je fais une véritable allergie aux professeurs de lycée (et je me dis qu'une fois de plus, c'est toujours ce qu'on redoute qui arrive. C'est fascinant (même si je ne savais pas que je le redoutais)). Il a presque des vertus cicatrisantes car lui semble heureux de ses élèves, de ses collègues, de son métier. Cela semble l'intéresser, voire le passionner, ce qui me fait plaisir, contrebalance les mauvais souvenirs qu'il fait remonter par sa seule présence.
Il ressemble à ces personnages de film gentils, discrets, nonchalants, dont on ne peut se débarrasser. Dois-je lui demander où en sont ses recherches d'appartement?

— Oui, pour son propre bien, me répond Jean, spontanément. (Et cette spontanéité me rassure et m'encourage).

— Est-ce qu'il vous dérange? me demandent mes compagnons de table. (Je leur ai exposé le problème pour avoir leur avis car je me sens égoïste. On veut faire sur couchsurfing, on se demande si on ne pourrait pas accueillir une ou deux adolescentes parmi les chrétiens d'Orient, et on ne supporte pas un gentil prof… Quand je pense aux gens qui cachaient des Juifs au péril de leur vie pour une durée indéterminée…)
— Un peu. Nous avons aussi la copine de mon fil à la maison; c'est ridicule, mais ça pose des problèmes de serviettes de toilette, je n'ai pas la place de les faire sécher… J'ai réorganisé les salles de bain en garçons/filles quand H. n'est pas là, O. lui a laissé sa chambre en attendant que A. retourne à Lisieux et il campe au grenier (mais il ne se plaint pas. Ce qu'il y a de bien avec les enfants, c'est que tout leur semble naturel, tout est toujours possible. Mais il est en première, il n'a plus de bureau, où va-t-il faire ses devoirs?) Surtout, je ne peux plus me promener "en queue de chemise", comme disent les québéquois, et puis on ne peut plus se laisser aller en bout de course, sortir les pâtes le mercredi jeudi vendredi une fois que les provisions du marché sont épuisées, vivre comme ça vient avec notre façon très personnelle de hiérarchiser les choses et les événements importants à nos yeux…

Bon, je vais lui demander demain s'il a commencé à démarcher les agences immobilières (je sais que non). Il faut qu'il soit parti en février («surtout ne lui dis pas ça, sinon il va rester jusque là!»), car A. n'a pas les mêmes dates de vacances que nous et nous n'aurons plus de chambre à prêter (je ne vais pas refaire camper un enfant pour lui faire de la place).


Agenda
- sortie en skiff. Magnifique bassin, temps magnifique. En nage tout l'après-midi et encore maintenant que je tape ces lignes.
- passage à l'expo Marcheschi. Des pétrés beaucoup plus noirs qu'avant. Pas osé demander le prix.

Samedi

- Réveil en sursaut à 5h20: je n'ai pas entendu O. se lever (il aide un vendeur de fruits et légumes au marché). Je le réveille et me recouche. Rebelote à 8h10, je viens de me souvenir qu'A. a dit qu'elle allait à Grosbois ce matin, or nous avons rendez-vous à 11 heures chez le médecin, est-elle partie, je ne l'ai pas entendue (Réponse: oui. Mais elle a laissé un mot pour dire qu'elle reviendrait à temps. Qui aurait dit que j'aurais un jour des enfants si matinaux?)
Ainsi donc, les enfants petits me réveillaient parce qu'ils faisaient du bruit, les enfants grands parce qu'ils n'en font pas. Je ne sortirai jamais de mon qui-vive.

- Médecin. Trois personnes, trois rendez-vous, j'ai bien retenu les leçons de Jaddo et du Dr Borée (de l'influence des blogs sur la vie quotidienne). Trois consultations pour des certificats de sport (fini le temps où je faisais ça en envoyant un chèque par la poste à notre médecin: j'ai trop regretté en décembre dernier de n'avoir aucun suivi "banal" sur le carnet de santé d'O., pas trace de son poids ni de sa taille, rien, alors qu'il a grandi si vite) et pour déclarer un nouveau médecin référent, le nôtre étant parti à la retraite.
Le samedi c'est la remplaçante («Je ne peux pas être référente, mais je vais sans doute reprendre bientôt le cabinet» dit-elle en remplissant les imprimés du nom de la titulaire), je l'aime bien, elle est petite, blonde, un diamant dans (sur?) le nez, elle respire l'énergie, j'ai l'impression que nous allons partir faire un jogging ensemble. Je l'ai trouvée dans la liste des lecteurs de Prescrire.
J'avais un peu peur qu'elle m'envoie passer un test d'effort pour l'aviron, mais non. Elle a l'air toute heureuse que je fasse ce sport. Je monte sur la balance.
— Votre balance est gentille, lui dis-je.
— Ah?
Elle s'approche soupçonneuse, enlève ses claquettes et monte dessus:
— Non, elle n'est pas gentille.
N'empêche que sur la sienne je pèse autant avec mon jean en ayant mangé une brioche familiale qu'à poil à jeun sur la mienne. (En réalité, ce qui compte, c'est de pouvoir remettre mon tailleur Mugler acheté en 1987. Les cuisses coincent encore.)

- Je lis Boulgakov. O. dort, épuisé. A cinq heures, passage chez le bijoutier pour acheter un cadeau pour les trente ans d'une salariée des premières heures (cadeau personnel de H. qui me demande de signer avec lui la carte d'accompagnement: sa boîte commère beaucoup). Ce bijoutier a un look étonnant, petite moustache et costume à rayures, on dirait un maquereau dans un film des années 60. A six heures nous récupérons cent dix baguettes pour les cinquante ans du groupe scout.

- Le soir, barbecue scout. Nous ne resterons pas longtemps, notre apparition fut symbolique.
J'entends O. rentrer à minuit passé.

Le besoin et l'utile

Petit déjeuner :
— Je songe à t'inscrire à un cours de vingt heures sur un roman de Balzac, nous irions ensemble.
— Bof… si tu penses que j'en ai besoin…
— Besoin, besoin… Tu n'avais pas besoin d'aller à Florence, et cela ne servait à rien. Mais est-ce que c'était inutile ?


Mais ce soir je suis découragée. J'irai seule, c'est inutile, il a raison, cela lui est tellement indifférent, il ne comprend tellement pas de quoi je parle.


Agenda :
Bonne sortie en skiff, un peu tremblante. Ralentir la fin des retours.
60 k€ pour transformer une extraction en fichier xml… Je suis en rage.
Pensées pour Jean à Nantes.

Vie quotidienne

Anniversaire de ma sœur (je n'arrive pas à admettre qu'elle vieillisse).

C'est la rentrée. Repas traditionnel au Wajda avec le dernier encore au lycée (chaque année, déjeuner ici le jour de la rentrée. C'est un restaurant que Tlön m'avait fait découvrir ce jour-là. Je me souviens qu'Hélène "de Fayard" était entrée avec un homme et me découvrant dans la petite salle, avait fait signe au garçon de l'installer loin de moi. Nous étions en froid depuis la sortie du Journal de Travers. Je crois ne pas l'avoir revue depuis).

J'ai acheté un galet creusé pour contenir une bougie (voilà que je fais dans le zen, manquait plus que ça (c'était non prémédité, le galet était en vitrine. Un autre proclamait «j'ai une mémoire admirable, j'oublie tout». Et je pense que ce n'est pas faux).

Passée chercher des billets à la cinémathèque. Première fois que j'y mettais les pieds. Elle est exactement en face de la grande bibliothèque, de l'autre côté du fleuve. Je me demande si elle n'est pas exactement au milieu des deux tours Est et Ouest.

A. était à Nancy (Vandœuvre) aujourd'hui pour accompagner l'écurie à une course (le cheval était favori mais a fauté (comprendre: a galopé durant une course de trotteurs)). Nous hébergeons ce soir une amie à elle qui n'avait plus de bus pour rentrer chez elle. En revanche C et I sont absents pour une semaine, ils font du cat-sitting (pour continuer la rubrique: "qui dîne et dort à la maison ce soir").

Il a fait beau.

Divers

- Réglé les détails de la garde d'un chaton dans la matinée (JA bon ange des petites bêtes, qui l'eût cru);

- ramé dix kilomètres AU SOLEIL. Très bon quatre;

- je suis à Florence ce soir (non sans être un peu ennuyée de laisser aux enfants le soin de s'occuper de la personne que nous allons héberger un certain temps (combien de temps?): il est arrivé jeudi, je lui avais demandé quand il repartait en précisant que c'était pour organiser les repas, il avait répondu qu'il arriverait les dimanches vers 23 heures et repartirait les vendredis tôt le matin. Il avait juste oublié de préciser que par exception avant la rentrée (il est prof) il souhaitait rester ce week-end. Donc il reste, mais sans nous. C'est un peu étrange, mais il n'avait qu'à répondre précisément à ma question précise (c'est surtout pour les enfants que ça m'ennuie, bis. Mais enfin trois sur quatre sont majeurs, et ils savent (bien) cuisiner)).

Déprime

A 8 heures au centre d'entraînements des trotteurs de Grosbois. A. en repart deux heures plus tard avec une convention de stage signée pour septembre. Elle s'est bien débrouillée.

A la recherche de Vivian Maier en famille. Je l'ai imposé, il me semblait qu'il n'était pas inutile que les aînés aient vu ça, et le plus jeune entre en première l'année prochaine.

Dispute à déjeuner. Que je culpabilise parce que nous allons voir mes parents trois jours par an et ne sommes même pas capables de leur envoyer (à leur demande) une photo souriante des trois enfants réunis a l'air incompréhensible à tous. Et m***!!!
Dans un état non ressenti depuis longtemps: cette envie de ne plus exister, et surtout de n'avoir jamais existé.

Assomption

— Est-ce que je peux aller à la messe sans avoir droit à une remarque sarcastique?
Dans un sens je me moque de la remarque sarcastique, dans un autre, c'est lassant. En fin de compte, j'ai droit à plus de remarques blessantes dans mon entourage proche qu'ici, sur internet, ce qui confirme l'hypothèse d'Agatha Christie que les gens prennent moins de précaution en famille (voir Un cadavre dans la bibliothèque).

Comme le matin même j'ai lu cela sur Postsecret,





je reste songeuse devant le prêche du curé encensant "l'amour d'une mère". C'est bizarre, cette idéalisation de la famille par l'Eglise, ne savent-ils pas que c'est le lieu où l'on se déchire le mieux?
(Peut-être que si: «[…] il s’agit […] de la cellule fondamentale de la société, du lieu où l’on apprend à vivre ensemble dans la différence […]» Evangelii Gaudium, §66. Ou pas.)


Agenda pour mémoire:
- barbecue chez les voisins. Il fait froid et pluvieux, quel drôle de mois d'août.
- un film nawak dans la catégorie eau-de-rose comique 1, La proposition. Avouons que l'amour que Raj (de The Big Bang Theory) porte à Sandra Bullok a attisé ma curiosité. C'est détendant.
Nous perdons beaucoup de temps ensuite à regarder les préview de ses films disponibles sur l'Apple TV. Comme dirait quelqu'un à propos de Tom Cruise, «elle a l'air de faire toujours le même film». On devrait les faire jouer ensemble, chacun dans son type de films, pour voir (exercice à contraintes).


1: J'y pense, la dénomination officielle doit être "comédie sentimentale".

Les gardiens de la galaxie

Puisque H. avait un rendez-vous à Paris, nous nous sommes tous retrouvés à Montparnasse pour aller voir Les gardiens de la galaxie. (Décidément, sortir avec mes garçons et mon mari me donnent l'impression d'être accompagnée de mes gardes du corps).

Chaude recommandation pour ceux qui aiment le genre steampunk/SF/Marvels.
L'intrigue est un peu trop compliquée pour moi (je m'embrouille vite dans les visages et les noms), mais en se contentant du principe simple «les ennemis des héros sont les méchants, leurs amis sont les gentils», on s'en sort très bien.
C'est à la fois de toute beauté (décors baroques façon steampunk/Blade Runner/Valérian), bourré de clins d'œil (bien qu'il soit possible que ce soit en réalité l'inverse, puisque ce film est tiré de Marvels très anciens: est-ce Groot qui ressemble à Chewbacca (par exemple), ou l'inverse?) et très amusant (—Laisse tomber, les métaphores lui passent au-dessus de la tête. —Rien ne passe au-dessus de ma tête, je suis trop rapide).


Crêperie, retour.
Nous les filles qui travaillons à La Défense et nous levons à six heures dormons debout.

Jeudi ensoleillé

Forte chaleur, trois ou quatre machines en conséquence.

Marché (à vélo), cuisine, j'épluche de la rhubarbe, j'équeute des haricots verts et je découpe des concombres devant Ricœur. Un peu de rangement. En fin de journée, je transbahute le bazar de la chambre de O. sur mon lit… Ce soir je vais le monter d'un étage.
Je confie à A. le soin d'étudier le guide bleu pour la semaine prochaine.

O. rentre de Corse vers neuf heures. Il est brûlé au second degré sur la poitrine (cloques). C'est impressionnant.
Les trois à la maison, ça faisait longtemps. Et donc éclats de rire et éclats de voix sur la terrasse dans la nuit qui tombe. (Après un camp scout et une colo, l'important est de les nourrir!)

Locataire

A priori, nous allons héberger un parfait inconnu en septembre. Ça tombe bien, j'envisageais de m'inscrire sur le site de couchsurfing. J'espère simplement qu'il ne sera pas trop surpris que la maison soit vide si souvent. Finalement, la personne qu'il risque de croiser le plus souvent est I.

Résumé de H:
— Et qui vit chez vous?
— La copine de mon fils et le beau-frère d'une connaissance de ma belle-mère.

J'espère qu'ils s'entendront.

Pas mon jour

Un syndicaliste m'a fait remarquer que je n'avais pas mon mot à dire en conseil d'administration puisque je n'étais pas élue. Il a raison il a raison il a raison (mais c'est moi qui rédige le procès-verbal, héhé.)

Mail reçu de FB
Titre : Quelqu’un a signalé votre photo pour nudité ou pornographie.
Statut : Cette photo n’a pas été retirée
Détail : Votre photo a été signalée en raison d’une infraction aux standards de la communauté de Facebook pour nudité et pornographie. Étant donné qu’elle n’enfreint pas ce standard, elle n’a pas été supprimée.

Quelques explications pour ceux qui ne connaissent pas FB: il est possible de "signaler" (dénoncer) les photos ou commentaires que l'on trouve déplacés ou illégaux (incitation à la haine, à la pédophilie, etc). FB s'est fait connaître pour son obsession anti-seins, qui l'a conduit parfois à mettre hors ligne des groupes de soutien contre le cancer du sein ou pour l'allaitement (sans compter la mise hors ligne de photos de tableaux de grands maîtres).

Le mail que j'ai reçu indique que quelqu'un a dénoncé ainsi une de mes photos, mais qu'après examen FB n'a rien trouvé à redire à ce que je publiais (le contraire m'eut étonnée). Malveillance, erreur (un clic est vite arrivé)? Je ne sais.

En arrivant le soir devant ma maison aux volets clos, je réalise que je n'ai pas mes clés. J'attends un instant dans la voiture puis je vais chercher de l'essence (toujours ça de fait) et O. à la gare: lui a ses clés (j'en suis sûre car nous sommes partis en retard ce matin parce qu'il les cherchait). Lorsque nous revenons les volets sont ouverts, C. était à la maison tandis que j'attendais dans la voiture.

Remarques en passant

— Tu ne connais pas Jennifer Aniston !??
(Exclamation après la bande annonce du film Pas mon genre).
Mais il connaît Gigi l'amoroso, il cite Comme un ouragan («J'ai essayé de remonter le RER comme un ouragan») et Simon and Garfunkel.
Drôle d'éducation.

Aviron. Depuis que nous avons changé d'horaire, qu'il fait jour quand je quitte La Défense, je me rends compte à quel point mon bureau est sombre: j'ai l'impression de sortir d'une cave quand je franchis la porte de l'immeuble. C'est pesant à la longue, et ramer, c'est constituer des provisions de lumière.

Quotidien

Une heure et demie de grec, une heure et demie de jardinage. Pris une (grosse) tige du rosier grimpant sur la tête, j'ai mal ce soir. Et le pied n'a pas très bien supporté la station debout si longtemps.
Soufflé au fromage.

Agacé ma mère en refusant de partager son angoisse: «Tu t'es occupée de trouver où dormir pour le mariage d'Alexis?» (dans le Lot le 31 mai). Euh non, on verra au dernier moment, peut-être, sans doute. Au pire nous irons dormir un peu plus loin, nous avons une voiture: «parce que tu comprends, c'est vraiment un endroit paumé, et c'est un week-end touristique».
Un coup de google maps plus tard, il s'avère que c'est à dix kilomètres de Cahors. Mon dieu, mais quelle drama queen.

Déception

Donc conseil d'administration et approbation des comptes.
Puis déjeuner avec le big chef RH du groupe. La question posée met en lumière les arbitrages en jeu: sachant que le groupe n'est plus riche, s'il dégage un peu d'argent à distribuer aux salariés, à quel domaine doit-il de préférence l'allouer: la santé, la retraite, la participation, l'intéressement,…?

Je paie l'IS en ligne avant de partir en congés pour le reste de la semaine et j'ai la désagréable surprise de constater que la feuille de calcul de la CVAE en ligne ne donne pas le même résultat que celui que j'avais obtenu. Je ne comprends pas leur calcul (sachant que la mutuelle bénéficie d'une assiette dérogatoire). Zut, si j'avais su qu'elle existait, j'aurais utilisé cette feuille de calcul dès le début. Sauf que je ne sais pas si elle était accessible avant d'avoir payé l'IS… Bon, je verrai l'année prochaine.

Je rejoins H. et O. au conservatoire. Examen de second cycle de flûte. O. est déjà passé, son professeur et H. sont confiants.
Patatras, échec pour la deuxième fois (l'année dernière il l'avait présenté trop tôt, nous savions qu'il avait peu de chances, la déception était moins grande). Les explications du jury sont du type «trop scolaire», mais le professeur de flûte n'est pas convaincu, limite en colère: «ce sont aussi des choix esthétiques».
Je m'inquiète qu'O. abandonne. A tort finalement, il veut continuer l'année prochaine. Il encaisse bien.

Départ en colonie

Samedi : je m'y suis prise si tard pour réserver cette semaine de ski que le départ ne s'effectue pas en train, mais en bus, ce qui m'inquiète beaucoup (le nombre d'accidents de bus… et l'accident de Beaune, jamais oublié (heureusement que j'ai ce blog, parce que je ne veux pas parler de mon angoisse autour de moi)).

Mais comme j'écris cela dimanche (en regardant Wasabi, ce qui n'aide pas à la concentration), je sais qu'Olivier est arrivé. Il ne reste plus que le retour.

Après les péripéties des dernières semaines, je n'ai plus confiance en rien et je vérifie tout: la taille de la combinaison, le nombre de chaussettes, les slips, la crème solaire… Pire que l'année dernière puisque je repère plusieurs vêtements non marqués: apparemment, l'année dernière je l'avais laissé faire sa valise sans rien vérifier (mais l'année dernière c'était des vacances quasi familiales, avec le CE de la boîte: toujours les mêmes enfants et les mêmes accompagnateurs, pas grand risque de perdre grand chose. Cette année c'est différent: UCPA).
Je marque les gants avec des étiquettes tissées à l'ancienne (j'y ai toujours été attachée, j'ai passé des heures (des nuits) à coudre ces étiquettes au long des années, y compris sur les paires de chaussettes et les slips. Sans doute à psychanalyser: le soin du linge comme marque d'un amour qui ne peut réussir à se verbaliser (et si je m'étends ce soir, c'est sans doute que c'est plus ou moins la dernière fois que je couds ces étiquettes)) en regardant un film un peu déprimant, About Schmidt.

Bus porte Bagnolet, à minuit. Nous rentrons, et je termine la soirée en usant mon inquiétude en regardant Le dernier roi d'Ecosse, coloré et fascinant.

Diderot

Cinq à six heure sur L'Encyclopédie. J'apprends entre autes qu'elle a été caviardée par Le Breton, sans que l'on sache exactement quel est le nombre d'articles mutilés. Hevétius et Damiens lui ont fait beaucoup de tort, Malesherbes et Sartine l'ont sauvée.

Minuit. J'avais malgré tout pensé faire autre chose de mon week-end.

Avis de tempête

Le téléphone bippe à six heures, moi qui pensais pouvoir dormir une heure de plus que d'habitude. Je regarde le SMS:
— Est-ce que c'est vraiment une comme idée d'aller a l'école pas ce temps
Je suis un peu ahurie. En voilà une question qui ne se pose pas. je réponds debout dans le noir près de la fenêtre, dans le flou de mes yeux sans lunette en espérant que le correcteur orthographique corrigera mes gros doigts.
— Tu es sérieux? Oui, bien sûr (que c'est une bonne idée). Il ne faut pas se laisser abattre si facilement.
— Je sais juste en entendant ce truc dehors, j'ai vraiment pas envie de sortir.

Je le laisse à ses affres et je me recouche.

Modestie

— Tu as vu que dans le logiciel Pages il y a un modèle pour petite annonce, avec les languettes prévues pour le numéro de téléphone?
— Oui, mais je n'ai pas réussi à m'en servir.
— …?
— Je n'arrive pas à écrire "jeune fille sérieuse".

Le dernier fils

Rencontre parents-profs.
O. m'avait dit que la prof de français ne l'aimait pas.
La vérité, c'est qu'elle a donné fin septembre un travail à faire en groupe. O. n'a rejoint aucun groupe et n'a rien fait. Est arrivé Noël et il n'avait pas rendu son devoir (la prof voulait une présentation originale (vidéos, etc) sur le thème des Lumières). La prof a accepté la rentrée comme dead line. O. n'a rien fait pendant les vacances, ne nous a parlé de rien.
Comme il a été malade, la prof lui laisse une dernière chance avant le zéro: rendre un travail sur l'Encyclopédie.
O. s'en fout. Si je n'avais pas été là ce soir, si je n'avais pas appris ces détails, je suppose qu'il n'aurait rien fait.
Je l'ai vu mentir, à la prof ou moi-même, en présence de l'autre qui pouvait démentir ce qu'il était en train d'affirmer.

Maintenant j'ai une présentation de L'Encyclopédie à préparer pour avant les vacances de février.

En ville

Train à Austerlitz, brume, Blois, une toque avec de la fausse fourrure et une tortue cale-porte, anniversaire de maman, Sleepy Hollow (en français car nous avons cru à un défaut de sous-titrage: en fait il fallait cadrer l'image), Blois, quatre jeans, des cartes de vœux («Comment, trente euros de cartes de vœux?» Ça me fait rire quand je vois l'argent dépensé en films nuls qu'on pourrait emprunter), un Montblanc pour un anniversaire en avril.

Blois s'améliore, un bar avec de la Guinness, un magasin Arthur pour les pyjamas, un magasin de chapeaux, un magasin d'antiquités fermé depuis le 31/12/2004 (neuf ans de poussière sur les objets exposés en vitrine)…

Je vais louper la journée d'introduction à la philosophie demain, mais le titre porte sur l'herméneutique, et j'ai dans l'idée que je sais à peu près de quoi il s'agit. Pas grave. En revanche il faudrait que je commence à me préoccuper de mon oral du 23 janvier et de l'écrit de grec du 25 (ça va être sanglant, je suis dans les choux).

Journée couture

Repassage, ourlets de pantalons, raccommodage, devant successivement Insaisissables (que je n'avais pas beaucoup aimé, mais A. voulait le montrer à I.), Fire with fire (un Bruce Willis sans Bruce Willis — et sans intérêt) et la Scandaleuse de Berlin, avec Berlin en ruines et Dietrich et l'Iowa dont nous avons contemplé la vacuité il y a deux jours dans le film Michael. Le marché noir ressemble aux descriptions de Primo Levi dans La Trêve.

Ce qui est intéressant dans ces deux derniers films (La Scandaleuse de Berlin et Fire with fire), c'est qu'ils constituent des sortes de leçons d'instruction civique à l'usage des jeunes générations (thèmes : la justice (dans ses deux sens d'application du droit et de rétribution) et le respect des institutions). J'épate O. en prévoyant la fin de Fire with fire, j'essaie de lui expliquer les formalistes russes, les structures narratives du conte, l'application que l'on peut en faire dans la plupart des films commerciaux américains, mais je crois que j'échoue à l'intéresser… (remarque tongue in cheeks).

A. est retournée à Lisieux avec son chat.

Noël

Mes parents et mes beaux-parents arrivent à midi. Comme nous avons paressé les jours précédents, le branle-bas de combat est sonné: ménage pour tous tandis qu'H. se met aux fourneaux. A l'heure dite tout est à peu près prêt, c'est l'avantage des ados sur les enfants plus jeunes.

Journée sereine (commentaire qui paraît innocent mais qui représente des années d'évolution souterraine) qui se termine comme souvent désormais par des mille de belote: j'ai découvert en mon père un joueur averti, ce qui prouve qu'il doit jouer souvent au club de tennis quand sa santé ne lui permet pas d'aller sur le terrain.

C. reçoit trois livres de blagues navrantes, du genre «Un poussin égale deux», ce qui alimente la conversation pendant de nombreuses minutes.

Je souhaitais un iPod pour écouter mes podcasts et mes livres, je me retrouve un peu désemparée avec un iPhone. Je n'ose expliquer ce qui m'inquiète: que je m'y habitue trop et ressemble à tous ces voyageurs de RER le nez dans leur écran, que je cesse de lire, moi qui lis déjà si peu et si insuffisamment.

Que faire pendant ses vacances ?

Eh bien par exemple, passer deux heures chez Boulanger à faire des paquets cadeaux.


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Grâce à l'apple TV, montré à H. Margin Call et Inside Job. (Avis à ceux qui ne connaissent pas: il vaut mieux les voir dans l'autre sens).
Il faut bien avouer que Blue Jasmine ne me fait ni chaud ni froid. Je peux tout au plus penser "bien fait". C'est un conte très moral que nous raconte Woody Allen. La sœur "pauvre" me rappelle le personnage d'Yvonne dans La Chinoise. Elles représentent la sagesse (une certaine sagesse, celle des innocents, celle qui s'ignore) mais aussi la résignation. Que les deux puissent se confondre me met en colère et me fait peur.

Retour

O. revient de Florence.

Je pensais que le train arrivait de Milan à 10h21, mais c'est à 10h11. Comme il n'y a des RER que tous les quarts d'heures, j'arrive en catastrophe gare de Lyon à 10h07. Train en provenance de Milan à 10h41 voie 25: les informations que j'ai seraient-elles fausses? Ont-elles été corrigées la semaine que mon fils était absent de l'école? Je téléphone à la maison puisque la feuille contenant les-dites informations est restée dans la cuisine. Y a-t-il précisé un numéro de train? Non.

Je reçois à ce moment-là un SMS: «Nous sommes à Villeneuve-St-Georges». Deux SMS plus tard, je comprends que j'ai confondu les panneaux de départ et d'arrivée, et que le train arrive bien à 10h11 — à cela près qu'ayant pris trois heures de retard à Milan, il arrive… à 10h41 voie I.

Bon. O. va bien, il ne s'est pas évanoui de faiblesse dans les musées, il a même l'air un peu moins maigre qu'en partant (ça doit être une illusion d'optique).

La loi c'est la loi

Coup de fil de C. (majeur) qui a emmené son frère O. à l'hôpital pour sa visite de contrôle:

— Tu as un fax? Parce que sans procuration, ils ne me laissent pas le ramener, il reste à l'hôpital.


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Agenda : Soirée adaptation cinématographique avec les anciens Sc-Po. Je présente La Trève pour le plaisir de revoir Le voyage de Primo Levi.
Je continue mon observation de moi-même en situation sociale. Dire ou ne pas dire ce qu'on pense, et comment le dire.
Je ne suis pas sûre d'avoir été très douée ce soir.

Une journée à l'hôpital

Vendredi dernier, quarante de fièvre le matin.

Samedi, rien.

Dimanche, quarante de fièvre le matin.

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Lundi.
Quand au petit matin, votre fiston qui vous a réveillé à cinq heures parce qu'il avait envie de vomir, vous avoue qu'il n'a pas dormi tant il avait mal au ventre et vous dit avec le petit sourire de celui qui sait que c'est ridicule mais qui ne peut pas s'en empêcher: «Je me sens mourant», vous vous dites que vous êtes peut-être en train de louper quelque chose.

Direction les urgences à sept heures du matin, en train de visualiser l'opération pour une péritonite alors que nous l'avons bourré d'aspirine depuis une semaine et qu'il a bu toute la nuit…

Urgences. Ah non, pas celles-ci, il a moins de seize ans, urgences pédiatriques (ce qui fait que l'infirmière plus petite que moi m'a demandé de le mesurer, elle ne pouvant atteindre le mètre quatre-vingt-dix de la toise).

Prise de sang, attente des résultats, radio des poumons, tension à 8/5. Mais ce n'est pas une péritonite.

Finalement, infection du poumon gauche (suffisamment développée pour que la douleur irradie le ventre) et déshydratation. Ils ont failli me garder mon bébé une nuit pour le perfuser, mais comme nous avions l'air sérieux, j'ai eu le droit de le ramener à la maison. Visite de contrôle mercredi.

Une journée à la maison

O. a tant de fièvre (40° le matin) que je décide de rester à la maison. Je peine à trouver un médecin. La journée s'étend devant moi, vide. Mandela est mort. Je ne sais plus comment je l'ai occupée, à cela près que j'ai soudain découvert que j'avais complètement oublié la queue de bœuf mise à mariner sur la terrasse: quinze jours à tremper dans le vin rouge, elle ne paraît pas avoir faisandé. Je sors faire des courses (j'hésite à acheter un sapin, l'avenir prouvera que j'ai tort).

Passage chez le médecin («Vous êtes végétarien?» devant la maigre carcasse de mon fils) qui le congédie avec du Doliprane et la recommandation de manger des kiwis. Comme j'ai parlé du départ à Florence dimanche (tout mon être est tendu dans le but qu'O. puisse y participer), le médecin prescrit un antibiotique «à prendre à partir de mardi si ça ne va pas mieux». Elle n'a pas tenu compte de mon insistance sur le fait qu'il y avait probablement une infection, qu'autant de fièvre au lever n'était pas normal, que c'était déjà le cas le week-end dernier… Toujours cette impression de ne pas être entendue au sens le plus littéral, comme si mes paroles ne résonnaient que dans mon crâne. Etrange solitude, étrange impuissance. Le problème des timides ou d'une trop grande confiance dans l'institution: elle est médecin, elle sait ce qu'elle fait, je ne vais pas déranger…

Passage à la pharmacie, à la mairie (pour la carte d'identité à refaire: O. va partir en Italie avec un passeport périmé, coup de poker), retour à la maison, je prépare la queue.

Le soir je dois croiser C. pour lui tendre son sac de sport sur un quai de métro, puis rejoindre Patrick pour dîner avant d'aller au concert de Zvezdo. Tout est minuté, je quitte la maison la queue mitonnant sur le feu, O. endormi la respiration enfiévrée.
Je perds trois quart d'heure en aller/retour parce que j'ai oublié mon téléphone (pour une fois indispensable pour ne pas rater C. puis retrouver Patrick).

J'arrive essouflée, nous dînons en courant. Concert joyeux.
Patrick me ramène et me donne les livres qu'il a récupérés pour moi à Nantes. J'ai la joie d'y trouver troix Jérémias.

- Sesbouë, La résurrection et la vie
- Joachim Jérémias, Paroles de Jésus - Le sermon sur la montagne - le Notre-Père
- Joachim Jérémias, Les paraboles de Jésus
- Joachim Jérémias, Théologie du nouveau testament - I. la prédication de Jésus
- Auguste Valensin, La joie dans la foi
- François Mauriac, Vie de Jésus
- Jean-Paul Marcheschi, Goya, voir l'obsur

Coup de chaud

Le fils pas rentré, le téléphone à trois heures du matin, la tête qui réfléchit pendant que les jambes dévalent l'escalier: non, il n'a pas pris la voiture.

C'était un fax.

Lauréat

— Aujourd'hui on a fait un concours de blagues nulles et j'ai gagné: «C'est l'histoire d'un type qui entre dans un café, et plouf!»

Jamais deux sans trois.

A. voulait prendre le train de neuf heures et demie et donc le RER à huit heures vingt. Un peu agacée, je lui ai fait remarquer que nous souhaitions dormir et que je ne voyais pas l'utilité de partir si tôt. Nous avons transigé et c'est son frère qui s'est levé pour l'emmener. Elle est partie avec sa chatte et ses bagages.

A onze heures et demie, alors que je suis en train de terminer les divers rangements et vaisselles, A. téléphone : elle est à la porte, elle a oublié ses clés à la maison.
Je suis impressionnée : électricité le 3 novembre, eau le 7 (oui, le jour de son anniversaire, eau coupée: nous pensions que celle-ci était comprise dans les charges mais l'agence s'était trompée), clés le 11. Une sorte de série parfaite.


Elle laisse le chat et ses paquets chez la voisine, revient à Saint Lazare où nous lui apportons ses clés (arrivée du train à Paris à 15h15. Départ pour Lisieux à 17h35. Vers vingt heures, elle est enfin chez elle, avec sa chatte et de l'eau, rétablie pendant son absence).

Blanquette de veau

Fête familiale pour les dix-huit ans, plus une amie allemande venue de Hambourg (c'est toujours un peu étrange, ces gens qui traversent la moitié de l'Allemagne pour répondre à une invitation tandis que d'autres ne peuvent prendre le RER vingt minutes) et une amie de terminale.

Quelques mille de belote, entre les jeunes (huit ans, deux fois quinze ans et dix-sept) et les moins jeunes (mon père, mon beau-père, mon benjamin et moi). La relève est assurée.

Un peu surprise par le père de l'amie de terminale : il travaille dans les assurances, a fait de l'aviron en compétition et connaît la vie de Nabilla (et de Kim Kardashian: heureusement que j'ai Twitter et FB pour avoir une idée de qui sont ces braves dames). Mais comment a-t-il réussi à nous apprendre tout cela naturellement en dix minutes sur le pas de la porte (sachant que je n'ai rien dit sur l'aviron, même quand il en a parlé (trop de coïncidences me rend muette))?

Branle-bas de combat

Grasse matinée (c'est suffisamment rare pour que je le note) et après-midi à compter les assiettes, à vérifier le nombre de chaises que l'on peut mettre autour de la table, à préparer les lits de fortune et à faire le ménage.

Comme d'hab, je me retrouve avec une allergie aux produits ménagers (le masque acheté au rayon bricolage ne sert à rien: j'aurai essayé (et puis c'était drôle)).

Souvenirs

En quatrième, H., mécontent du retard systématique de A. le mercredi pour aller au conservatoire, lui avait fait des reproches. Défense de A.: des troisièmes l'empêchaient d'emprunter l'escalier (très long et abrupt, genre Montmartre) permettant de rejoindre rapidement la ville à partir du collège, ou au contraire la poussaient dans les marches.
H. s'était posté en voiture pour observer le manège et vérifier les éventuelles exagérations; il avait quasi littéralement attrapé par le col le meneur («Eh M'sieur, vous m'faites mal!») et l'avait traîné chez le proviseur adjoint.

Il n'y avait plus eu de problèmes malgré mes craintes de représailles; mais un soir, en avril sans doute (il faisait jour), en rentrant du travail, j'avais trouvé dans le jardin la voiture le pare-brise arrière volé en éclats comme fracassé par une batte de base-ball. Nous avions porté plainte.
Il n'y a jamais eu d'explication, mais le policier de garde nous avait dit que le plus probable, c'était «une vengeance de gamins». Toujours est-il qu'il n'était pas simple de trouver la bonne attitude: ne pas paniquer les enfants tout en prenant quelques mesures pour les protéger. Depuis cette époque, nous n'avons jamais laissé la maison vide lorsque nous partons en vacances.

Et donc lorsque A. s'est fait voler ses clés au début de la troisième, cela pouvait être tout aussi bien une blague ayant pris des proportions involontaires qu'un acte de malveillance laissant présager une suite désagréable.

Grâce à Dieu, il n'est rien arrivé et tout cela est loin, si loin qu'il a fallu que je fasse quelques recherches pour reconstituer la chronologie.

Satisfaction et soulagement

J'appelle H. :
— Tu n'as pas oublié l'anniversaire de A. ?
— Non, mais je n'ai pas réussi à la joindre.
Silence retenu au bout du fil. Je reprends :
— On a réussi, on a réussi !
— C'est exactement ce que je pensais : ça y est, on a réussi !

A. a dix-huit ans aujourd'hui. Difficile d'expliquer notre soulagement, cette impression d'avoir traversé l'Atlantique à la nage.

Naissance
Tout va bien, bébé très calme, qui arrêtera de pleurer quand je lui ajouterai une couverture (évidemment, elle est née en novembre).

Première année de maternelle
C'est une petite école, une classe par niveau, donc trois classes de maternelle. C. y a fait ses premières années, il est maintenant au CP.
A. est entrée à l'école en septembre, un peu avant la naissance de son petit frère. La maîtresse des petits, qui est aussi la directrice, n'a pas le dessus avec elle et me demande de la reprendre l'après-midi.
A Noël, elle me prend à part pour me confier d'un air grave et plein de componction: «Vous savez, A. me dit que son frère la bat».
C., son frère, a six ans. La directrice l'a eu trois ans dans son école. Elle vit au quotidien avec la petite sœur. Et elle est capable de me raconter cela sérieusement?

Deuxième année de maternelle
Changement d'école. Premier jour en deuxième année de maternelle.
A. ne veut pas faire la sieste. Elle s'échappe et sort dans la cour. Quelqu'un la croise, petite fille de quatre ans en culotte seule dans la cour déserte.
— Qu'est-ce que tu fais là?
— Tu n'as rien à me dire, ce n'est pas toi qui t'occupes de moi.

Une seule année, celle de CM2, nous ne serons pas convoqués par l'instituteur ou le professeur principal. Elle se fera détester à l'école, en colonie. D'année en année au collège je craindrai davantage que cela finisse par de la vraie violence de la part de ses camarades et c'est avec soulagement que je la verrai prendre le chemin du lycée. Elle organisera la circulation et l'appel des secours dans son bus scolaire le jour où une élève fera une crise d'épilepsie (tandis que les adultes paniqueront. Elle avait treize ou quatorze ans). Elle provoquera le désarroi de la prof principale en première en refusant de signer son inscription au bac, prof qui la traînera chez la psy qui refusera de la voir après trois visites devant son manque de coopération (cela était déjà arrivé en troisième année de maternelle).
Nous devons une très fière chandelle aux professeurs et aux élèves de son lycée, qui l'ont réconciliée avec ses contemporains, lui ont démontré que la terre entière n'était pas son ennemi.
Et je garderai toujours de la rancune et de la tristesse envers tous les "adultes" (nos parents, la famille) qui nous jugeaient "trop durs" mais refusaient de s'occuper d'elle quelques heures. Parce qu'ils avaient essayé une fois et ne voulaient pas recommencer. Tous ceux qui baissaient les bras mais "savaient" que nous avions tort et qu'il fallait s'y prendre autrement.

Et voilà. Elle a dix-huit ans. Yippeee, nous sommes libres!!!
Et elle est radieuse, heureuse à Lisieux (mais si, c'est possible (la preuve)) et dans sa formation d'ostéopathie chevaline.
Et moi, je n'en reviens pas que nous ayons tenu le coup.



Bon d'accord, j'ai conscience que c'est ridicule, qu'elle était intelligente et en bonne santé, non fumeuse, non buveuse, non fugueuse, et que j'exagère. Mais nous en avons bavé quand même.

Pour mémoire

Achat d'un tapis pour cacher le trou du plancher. (Retour dans le RER avec mon tapis sous le bras. Assez lourd, c'est un tapis kazakh, rouge à points noués)
La copine de C. dîne à la maison.

Retour

Fin des vacances. A. rentre à Lisieux.

Elle téléphone au milieu du dîner. Elle a branché son téléphone déchargé dans le couloir. Il n'y a plus d'électricité dans son appartement. H. se frappe le front:
— J'ai oublié! J'ai oublié de contacter EDF! Je les ai appelés, ça ne répondait pas, et j'ai oublié de rappeler.

L'électricité a donc été coupée pendant les vacances. Plus de chauffage, plus de lumière.

Elle va dormir chez une copine en attendant.

Médical

Notre médecin généraliste se moque de nous.

— Il m'a dit: «Vous êtes les seuls patients qui venez me voir quand la mononucléose est finie».
— Et si nous étions allés le voir plus tôt, cela aurait changé quelque chose?
— Rien. On ne peut rien faire contre une mononucléose, il faut attendre.

(Ouf, ça me fait toujours un remords de moins. O. était continuellement malade depuis avril (rhume sur rhume, otites, etc, rien de grave, mais continuel). Après avoir essayé pas mal de perlimpimpins, du magnésium aux oligo-éléments, j'avais fini par vouloir qu'il voit notre médecin. Pas si simple: celui-ci était absent pendant l'été, il sera en retraite en janvier prochain, et il est surbooké au présent… Mais impossible d'aller voir un médecin au hasard pour expliquer que vous venez pour une succession de rhumes. Je les connais, ils ne vous prennent pas au sérieux, ils sont persuadés que vous êtes "une mère inquiète", impossible d'avoir une vraie discussion. Ça m'agace.)

Râler

Quatre opérations administratives à faire ce matin :
- faire des photos d'identités
- récupérer une nouvelle carte bleue puisque l'actuelle arrive à expiration
- faire refaire les deux cartes d'identité perdues.

Problème imprévu pour O. (le deuxième: le premier était d'avoir découvert qu'en cas de perte, une nouvelle carte coûtait vingt-cinq euros (sinon elle est gratuite)): parce que le passeport qu'il présente pour prouver son identité a expiré en juillet, il lui faut un extrait de naissance.
Donc il faut rentrer à la maison, faire la demande, et revenir à la mairie un samedi ouvert (pas les deux suivants). Ça m'agace, je n'y peux rien, ça m'agace vraiment, ces gens qui n'ont rien d'autre à faire que me faire perdre mon temps dans des allers et retours stériles. Qu'est-ce que ça peut bien faire que le passeport soit périmé depuis deux mois s'ils ont la personne devant eux?

En rentrant, O. commente: «trois opérations réussies sur quatre, c'est pas mal!»
Et pleine d'admiration, je me dis qu'il faut vraiment que j'arrête de râler.

Dimanche

J'alterne déplacement/rangement/classement de livres et sieste, toute la journée. La fièvre tombe.

Cinéma à Yerres. Elle s'en va. La France que je connais et que j'aime. Les routes entre Lisieux et l'Aigle, entre Saint-Etienne et Bourg-en-Bresse.

Le soir, repas dont nous avons le secret, dans le genre souk sans logique, à la fois imprévisible et habituel.
A. rit tellement qu'elle s'assoit près du lave-vaisselle et n'arrive plus à se relever. Quant à moi, rire me fait mal aux poumons et je suis à la limite de m'étouffer.

Rhume

Et c'est à peu près tout pour cette journée. Récupéré des (extraits de) Targums (avec un dialogue d'arbres qu'il faudrait que je scanne pour M. Pic: quel arbre acceptera-t-il de servir de gibet à Haman? Tous se défilent, seul le cèdre accepte).

Deuxième cours à l'Institut Goethe. Expérience de l'aphasie.

Chassée du salon par le retour du fils prodigue, je squatte le bureau de ma fille. Où irai-je pendant les vacances prochaines?

Mauvaise journée

- Je consulte mes mails perso en arrivant au boulot. Je découvre que l'aîné n'a pas tenu des engagements pour lesquels il avait eu des mails de rappel le 11 septembre (il est si peu fiable que je suis en copie) et pour lesquels il m'avait assuré avoir fait le nécessaire une semaine plus tard quand j'avais posé la question. La date d'échéance est demain… Je sais qu'il va m'assurer qu'il ne peut ABSOLUMENT pas se dégager aujourd'hui pour faire ce qu'il avait promis de faire il y a deux semaines. Mensonges et fuite une fois de plus. Que les autres se débrouillent. Et le plus honteux, c'est que les autres finissent par si bien anticiper ses lâchages qu'ils se sont déjà débrouillés, devant son silence pendant quinze jours ils ont déjà fait le travail, sans attendre de découvrir son manque de parole (je l'apprends par SMS un peu plus tard). Il n'y a plus guère que moi pour encore vouloir y croire. Je suis très profondément démoralisée.

- Période des lettres recommandées pour les mauvais payeurs. Les gens sont étonnants, plutôt que payer et se taire, ou ne pas payer en attendant la résiliation, ils téléphonent pour expliquer qu'ils n'ont pas payé, mais que c'est de notre faute (ils ont raison: si nous ne leur réclamions pas d'argent, ils ne nous en devraient pas).

- Appel de la RH pour obtenir une liste de retraités. Comme j'avais refusé de la donner au CE (c'est pour supprimer des avantages à des retraités au prétexte que leur société d'origine a été vendue), celui-ci est passé par la RH. Je descends expliquer mon point de vue (je n'ai pas de fichier des retraités, je n'ai qu'un fichier des retraités ayant adhéré à la mutuelle, nuance; c'est donc ceux qui ont fidèlement adhéré à la mutuelle de leur ex-entreprise qui vont être pénalisés, et non ceux qui sont partis sans se retourner. Paradoxe et injustice), mais je sais que je vais devoir céder. Et le pire, c'est que je ne peux même pas dire au CE ce que je pense de leur attitude parce que cela sera pris comme l'opinion de la direction et non la mienne propre, et cela provoquera des tensions syndicales.

- Je dois aller chercher une freebox chez un chocolatier de Puteaux (oui, oui). Je découvre en arrivant devant le magasin qu'il est fermé entre treize et seize heures. Je rentre bredouille.

- Deux heures. Coup de fil de la responsable du groupe scout qui veut savoir pourquoi O. ne se réinscrit pas. Je tombe des nues: «Comment? Mais il n'en a jamais été question, il a beaucoup aimé le camp». Et comme c'est envers les scouts que l'aîné n'a pas tenu ses engagements, j'en suis quitte pour boire la honte de trouver des excuses à un dadais de vingt-et-un ans (rien à faire, je me sentirai toujours responsable). Il ne pourrait pas être orphelin, que je me repose?

- Morceau de bleu dans cette journée grise: le type qui doit nous installer une nouvelle version de logiciel comptable depuis le 5 juillet passe enfin. (J'ai découvert avec retard qu'il fallait systématiquement mettre sa chef en copie pour qu'il réponde et travaille). Il vient en traînant des pieds, nous explique que "ce n'est pas son travail". Quand il repart, j'enregistre notre licence sur le site adéquat, ce qui me permet de découvrir qu'il y a une mise à jour à télécharger depuis le 24 juillet (donc il va falloir trouver quelqu'un dans le labyrinthe qui ait les droits administrateur pour nous l'installer, ou rappeler celui "dont ce n'est pas le travail").

- Au moment de partir je passe à la machine à café et décide, pour me détendre de cette journée de m***, de m'installer de l'autre côté du paravent, sur les tables hautes, plutôt que boire mon gobelet à mon bureau. Fatalitas, je croise l'un des représentants du CE présent lors des conseils d'administration de la mutuelle.
— Il faudra que je vienne vous voir, j'ai des problèmes de remboursements de pharmacie qui concernent mars, il s'agit de quelques euros mais c'est pour le principe.
Chaque fois que je le vois, je pense à l'URSS. Il me fait ressentir pourquoi ou comment l'URSS a été possible.

- Je repasse chez mon chocolatier. La freebox que je rapporte tenait dans une boîte à chaussures, celle que j'emporte est une lourde valise de 70x40x40. Je me traîne jusqu'au métro pour découvrir qu'il y a des problèmes de RER.

- Tard le soir, C. à qui j'avais demandé de passer remplir ses engagements coûte que coûte (c'était avant de savoir que d'autres avaient pallié sans heurt son incurie) téléphone pour demander si dans ces conditions, il est encore nécessaire qu'il rentre. Je fais répondre qu'il peut même ne plus rentrer du tout.

La guerre du pain

— Non, parce que tu comprends, j'aurais du pain aux graines demain au petit déjeuner si je me lève avant C.
— Si c'en est à ce point-là, prends la demi-baguette et monte-la dans ta chambre pour la nuit.

Actualités

En ce moment, ça se passe ici ou ici ou encore ici.

Mes cours ont repris la semaine dernière avec Yara Matta. C'est un pur bonheur difficile à transmettre. C'est un tissu de références et de citations croisées, non plus des allusions obscures et déstabilisantes à des textes en akkadien, égyptien ou assyrien, mais une circulation rapide dans les textes du Talmud, Targum, etc. Circuler de versets en versets via un mot ou un thème lors d'un commentaire rabbinique s'appelle "faire un collier".
Et tandis que Yara Matta nous explique le contenu des offices à la synagogue et leur évolution, la similitude avec la liturgie latine éclate (deux lectures, introduction d'un psaume après 70 (concile de Yabneh), une homélie). Cela ne semble pas avoir deux mille ans mais cinquante ou dix, c'est hier ou aujourd'hui. La liturgie comme immobilisation du temps, éternité. Nos deux traditions si proches sont sœurs et la douleur de la destruction des juifs d'Europe remonte, tant de haine tant de siècles, à l'image des nombreux frères ennemis de l'Ancien Testament, et tout cela alors que nous sommes les mêmes, nés des mêmes récits.
Il y a une douleur et une joie dans ces cours, dans ce cycle de théologie, que je ressens très profondément mais que je ne sais pas exprimer. La façon dont le temps boucle, de l'an zéro aux années 1940, est pour moi une évidence. Nous vivons après la fin du monde, ou d'un cycle.

Deux références:
La traduction du Targum du Pentateuque (Torah en araméen) en français par Roger Le Déaut
et Ephraïm Urbach, Les sages d'Israël, qui, selon les termes de Yara Matta, est «à lire l'été. C'est un gros pavé mais très agréable à lire, qui couvre la période des Tanaïm jusqu'au 5e siècle».

Rentrée (bis)

Rendez-vous chez le dentiste, pour moi et pour O. Je ne suis pas venue depuis au moins sept ans, date de l'informatisation du cabinet. Le dentiste sort des morceaux de tartre de mes gencives, j'ai l'impression d'être un vieux lavabo encrassé.

J'accompagne O. qui entre en seconde (mon dernier entre au lycée. Les années heureuses, le lycée, à venir). Nous déjeunons rituellement chez Wajda découvert il y a quelques années grâce à PZ. Je ne sais pas si c'est un effet de crise, mais c'est vide.

J'ai rendez-vous avec lui à la sortie des cours pour qu'il choisisse des lunettes et un chapeau. En attendant, je vais au cinéma, profiter du festival Lino Ventura au Despérado.

Et en attendant le début de la séance, j'explore l'étal du bouquiniste mitoyen.
- Kafka, Le procès
- Kafka, Le Château (il manque des pages à mon poche)
- John Cooper Powys, Autobiographie, parce que c'est un auteur favorie de Patrick
- Esprit, décembre 1962: mort de Louis Massignon, un article sur le mur de Berlin, un article d'Althusser, la crise de Cuba, la guerre d'Algérie, un article sur Char, un autre sur Godard
- Mercure de France, avril 1965, Michel Butor, Denis Roche, "le parti pris des mots" par Genette et et et… "Dix poèmes de Mao Tsö-tong"
- Petite Chronique d'Anna Magdalena Bach
- Albert Simonet, Touchez pas au grisbi (à cause des Tontons flingueurs)
- Limonov, Histoire de son serviteur, parce que cet auteur est étrange, mais pas désagréable.

Dernier domicile connu: Paris des années 70, rue des couronnes, Marlène Jobert qui court, qui volète, derrière Lino Ventura durant tout le film, le malaise d'une société toute entière face aux puissants (la police qui devrait protéger la société n'est elle-même pas à l'abri des puissants), la fin sans espoir, pas d'issue.

Petite digression à propos de la première mission de Marlène Jobert, appât à pervers dans les cinémas. La première fois que j'ai connu ça, c'était dans ces cinémas permanents des boulevards qui n'existent plus (1985?). C'était Il était une fois la Révolution. Je ne sais plus ce que j'ai fait, mais je sais que je n'ai jamais fui (quitté la salle) devant ce genre d'attitude.
Cela m'est arrivé à nouveau lors d'Essential Killing et deux films plus récents. Ça me fait rire, je n'ai plus l'âge, on voit bien que les salles sont obscures. C'est étrange, on comprend tout de suite que l'attitude de notre voisin n'est pas saine, mais cette compréhension est intuitive, instinctive, très difficile à étayer sur des faits matériels. Généralement c'est un homme qui s'assied dans le siège à côté de vous alors qu'il y a de la place ailleurs — en tout cas suffisamment pour laisser une place d'écart, comme il est coutume. Puis le coude prend trop de place. Mais est-ce qu'il prend vraiment trop de place, ou est-ce une illusion, de la paranoïa? Qu'est-ce qu'un coude normal? On ne se souvient plus, on n'a jamais fait attention.
Désormais je simplifie: soit je demande «Pourriez-vous me laisser un peu de place? votre coude me gêne», soit si mon sac le permet (sil est souple), je le mets sur l'accoudoir en tampon et je m'installe. L'homme met entre trente secondes et trois minutes à changer de place. Généralement il quitte la salle, me confortant dans mon diagnostic: je n'étais pas paranoïaque, le film ne l'intéressait pas.

Je récupère O.
Vélib. Choix de lunettes, d'un chapeau, de chaussures. Les deux premières emplettes prennent une heure chacune (confusion devant le choix), la dernière dix minutes (le magasin ferme).

Nous rentrons en restant sur la rive gauche de la Seine. Mon idée était de montrer à O les quartiers que j'aime tant, les friches industrielles que j'ai tant suivis durant les grèves de 2009 avec C. Mais tout s'est beaucoup construit. Pont du Port à l'anglais. Je dis à O: «Tu vois, il y a quelque part un idéal de vie qui consiste à habiter ces maisons [meulières minuscules] en allant prendre son café tous les matins au café», je songe à San-Antonio ou Auguste Pichenet, il répond «je comprends» et je sais que c'est vrai.

Dans les petites rues de Villeneuve-Saint-Georges je manque d'écraser un chat roux. Je pile, je cale. Un Arabe hilare me félicite pouce levé, un autre me dit «fallait l'écraser». A la maison, H est furieux, le camion est chargé, A n'avait pas préparé grand chose.

Fatigant

— On a essayé des lits toute la journée, j'chuis crevé !

Deux jours

-mardi : repris mes habitudes d'été en prenant une carte au club de sport de Yerres. Mais cette année je n'ai pas l'intention de faire de muscu, juste d'aller me faire cuire à l'étouffé le soir au sauna (j'aime beaucoup cela). Le club d'aviron de Neuilly est fermé l'été, je vais essayer d'aller à Melun.
Passé beaucoup de temps sur le site du centre Sèvres à rêver sur ce que je pourrais suivre en plus discrètement (17-19h, ça ne se verrait pas, non?)

- mercredi : vu Fraternellement: y a-t-il une "esthétique hispanique", j'ai l'impression de toujours retrouver cette tension extrême entre des personnages prêts à s'entretuer (Mes chers voisins) ou tout au moins à profiter des faibles (Les vieux chats). Bref, un film intéressant, dont on découvre sans surprise au générique de fin qu'il s'agissait à l'origine d'une pièce de théâtre.
J'ai trouvé le Memento de grammaire allemande de Jean-Nicolas Wagner à la BNF. 40 euros pour un pdf, ça me paraît beaucoup. Pourrais-je le consulter sur place, réaliser ce vieux rêve d'obtenir enfin un accès à la BNF? (Chaque fois jusqu'ici j'ai été refoulée vers d'autres bibliothèques; c'est ainsi que j'avais obtenu une carte de la bilbiothèque historique de Paris à une époque où il fallait justifier de ses recherches pour pouvoir y entrer (aujourd'hui c'est plus facile, ils ont dû s'apercevoir qu'il n'y a pas de horde déferlante prête à investir la-dite bibliothèque: l'heure est à la séduction plutôt qu'à la répulsion)).


Note pour les amis IRL : studio loué à Lisieux.

Trois jours

- samedi sous tension. H. a très mal supporté mon séjour en Grèce. Ce n'était pourtant pas la première fois que je m'absentais, Chantilly en 1998 (les jésuites, déjà), Cerisy en 2008… Ces cours de théologie sont-ils si envahissants, ou se sent-il envahi?
— Je n'aime pas ce que tu es en train de devenir.
Cela m'intrigue. Je n'avais pas l'impression de changer, juste de changer de lectures, oui. Et de lire plus, oui. Mais sinon, rien de particulièrement neuf. Comment être objective?

J'achète Paris-Match avec George en couverture.
Nous récupérons O. brûlé par le soleil.

- dimanche plus doux. Je ne fais rien, un peu dormir peut-être. Coup de fil à ma mère (que je n'ai pas appelée depuis longtemps (un mois?) je le reconnais) empli de silences significatifs (—Qu'est-ce qu'il y a? Ça va pas? —Rien, ça va… soupir, reniflement. Prudente, je change de sujet.)

Retour de C., nous sommes cinq pour la première fois depuis longtemps. Il a l'air un peu traumatisé par son camp:
— A quoi reconnaît-on un anim de 6-9 ans?
— ?
— Si tu mets la musique de Oui-Oui dans une foule, c'est le seul à chanter.
Oui, il a l'air traumatisé.

- lundi. J'arrive au bureau, pas de badge, pas de clé. J'étais motivée pour revenir, aucun doute.
Ostéopathe. (Le mal à l'épaule est désormais handicapant). Il passe une heure à remettre des trucs droits. Il est doué mais il parle tout le temps, est-ce pour dissoudre l'angoisse des patients? (Mais moi, les manipulations ne m'angoissent pas). Il m'explique très très entre autres que la base de la queue chez le mammifère est un centre de l'équilibre et que beaucoup de choses se jouent au niveau du sacrum.

Gold. J'ai d'abord pensé à Dead Man à cause de la musique. Puis à Aguirre quand l'indien dit «La forêt mange les chevaux» (et que les deux films soient allemands, est-ce significatif?). Des paysages grandioses, une histoire relativement prévisible au fur à mesure qu'elle progresse.

Le sens de l'honneur et du devoir

Nous avons fini par voir Les sept samouraïs à Montreuil, où j'ai découvert qu'étaient programmés pour l'été Grease et Les Avengers: yeah!!

Film assez différent de mes souvenirs (un peu lointains) des Sept mercenaires: pas de tension ou de rivalité entre les samouraïs, un aspect farce qui m'a fait songer à Shakespeare.

En sortant, A. exprime son incompréhension devant le geste de la femme de Rikichi, préférant mourir que retourner avec son mari.
— C'est parce qu'elle a honte. Elle a été violée par les bandits, elle est déshonorée.
— Mais pourquoi? C'est pas de sa faute.

De même elle ne comprend pas l'attitude de Shino tout à la fin.

La même me disait il y a quelques semaines à propos de Vacances romaines: «C'est pas un film, il n'a pas de fin, pas de happy end, rien.
— Tu sais, les happy end, il faut les abandonner à partir d'un certain âge. Mais si, c'est une très belle fin, ils ne sont pas du même monde, elle a des responsabilités, elle représente plus qu'elle-même, elle se sacrifie par sens du devoir et conscience de sa place, et lui le comprend très bien, il l'a toujours su.»
Evidemment, je ne l'ai pas convaincue.

Dans le même temps je songe au prince des Asturies et à son épouse et je me dis qu'il ne serait plus possible de tourner Vacances romaines. Est-ce que pour autant mille à deux mille ans de récits sont devenus incompréhensibles?
Ce qui me fait sourire parfois, c'est de me dire que la culture musulmane telle qu'elle subsiste encore aujourd'hui en Occident est sans doute la plus à même à comprendre "naturellement" certains textes de la littérature occidentale.


Pour mémoire:
Appris que la maison de mon oncle était en vente. Encore du passé qui devient définitif. J'en suis très affectée.

Week-end

- Samedi
Star Treck en famille. Un peu décevant. Puis des courses (aux Halles un samedi, une idée de l'enfer, mais de toute façon avec les départs en vacances, ce n'était pas plus idiot qu'ailleurs). Chaussures de montagnes, chaussures de bateau, anti-moustiques, lampe frontale, machine à laver le linge, thés.
Il fait enfin beau.
Départ demain à l'aube de C. pour sa colo jusqu'au 17. Je ne serai pas là à son retour, et il repartira en mon absence. Nous avons malgré tout réussi à nous quitter sur une dispute.

- Dimanche
FB, marché, sieste pendant que H. passe la terrasse au karcher avec André, apéro de 17 heures à barbecue tard dans la nuit.

Paradoxe spatio-temporel

A : — Et donc en conclusion de ma dissert j'ai dit que bien que Rousseau parle comme Yoda…
V : — Plutôt l'inverse, non? Yoda parle comme Rousseau?
O : — Ça dépend. Après tout c'est dans une galaxie lointaine…

Matinée déroutée

Comme l'école du plus jeune est en travaux, il doit passer le brevet des collèges dans un établissement inconnu, près de République. Je l'accompagne mais ne peux juger de la dalle mouillée de la nouvelle place puiqu'il pleut.

(Révision deux jours avant au cours du dîner:
Moi: — Tu dois te relire trois fois, en te consacrant à chaque fois sur un contrôle particulier, lesquels?
O. — L'accord du sujet et des verbes
Moi: — Oui
O. — L'accord des groupes nominaux
Moi: — Qu'est-ce que tu veux dire?
O. — Le féminin, le pluriel, les adjectifs
Moi: — Oui. Et?
O: — Euh…
Moi: — les é "é" et les é "er". Quel le truc?
O: — On remplace par dormir ou endormir.
Moi: — OK.
Moi: — Et j'en ajoute un dernier, contrôler futur et conditionnel. Comment tu fais ça?
O. — …
Moi: — En changeant de personne: il fera, il ferait.
C. — Ou alors, tu vérifies si tu peux mettre un subjonctif imparfait derrière. Si oui, c'est du conditionnel.)

Je m'inscris à l'ICP pour l'année prochaine. Soudain j'ai peur, l'année me fait peur, le programme m'effraie, j'ai l'impression que je n'y arriverai jamais. Je demande à m'inscrire également en allemand théologique à l'institut protestant (il existe un partenariat), je ne suis pas sûre qu'ils me prennent et s'ils acceptent, je ne suis pas sûre d'avoir le niveau.

Deux examens médicaux, tout est normal, je n'en ai jamais douté (je suis venue ici il y a un mois avec une question, j'ai écopé de trois examens sans rapport avec ma question mais leur permettant de m'inscrire dans leur foutues petites cases "prévention", et je repars avec ma question à laquelle personne n'a essayé de répondre. Je ne pense pas revenir avant six ans, à quoi bon? Ils n'écoutent pas, leurs préoccupations ne recoupent pas les miennes.)

Bibliothèque. Beauchamp. Le soir La marque des anges.

Remise des prix

Des catégories un peu inattendues (prix de l'amitié, prix du CDI, etc).

Claude a reçu le prix de la bibliothèque pour la variété de ses lectures et de ses centres d'intérêt. Cela me fait tellement plaisir pour tant de raisons différentes, à commencer par sa tendance à se dénigrer et à se comparer à ses frères.

Je suis contente, c'est la pianiste qui accompagnait la pièce de théâtre à la façon d'un film muet qui a été récompensée dans la troupe (cela a dû être difficile de choisir!).

The Bay

J'y suis allée à cause de Chasepeake Bay, bien sûr.
C'est un film qui mérite d'être vu, construit avec soin, que son affiche, orientée "film d'horreur" va desservir. Dommage, je le regrette vraiment.

L'aspect "terreur" est tamisée par le fait que c'est une survivante qui raconte. La technique "caméra à l'épaule" fait penser à Cloverfield. Les indices sont donnés peu à peu puis liés les uns aux autres. Le suspense est entretenu en nous avertissant de la mort prochaine des uns et des autres. Les détails sont soignés, comme les taquineries du savant contre l'accent français de sa collègue.

Sinon bien sûr il y a quelques incohérences (les symptômes changent à travers le temps, et il me semble impossible de remplir la baie d'eau de Javel!) Mais ça n'a pas d'importance.

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Agenda :
Le soir je rejoins A. à l'hôtel vers Alésia (épreuve de math à 8 heures demain, nous ne prenons pas le risque qu'un dysfonctionnement du RER lui fasse rater son bac) et nous dînons dans un petit restaurant, Le Maine Bar (2 rue des plantes), à la déco vieillote (vieilles affiches, carrelage petits carreaux) et aux plats soignés (genre carpaccio de tomates aux écrevisses).

Pas d'ordinateur, je m'endors comme une masse à neuf heures et demie.

Astucieux

Nous avons mis les enfants dans un lycée privé parisien.
Avantages: une vie plus douce, plus policée (exemple: effarement de nous parents quand ils nous ont déclaré avec satisfaction qu'ils pouvaient laisser leur sac dans la cour sans surveillance sans qu'il soit vandalisé: pour eux cela tranchait avec ce qu'ils avaient connu jusqu'alors (mais nous n'étions pas au courant: eux pensaient que c'était normal et n'en avaient jamais parlé)) et des adultes omniprésents pour prendre soin d'eux (c'est vraiment le terme: je suis très impressionnée par l'accompagnement (ie, plus que de "l'encadrement") dont les enfants bénéficient, je n'ai jamais connu ça).
Inconvénient: beaucoup de transport, une heure de "pendulation" matin et soir tandis que la plupart des élèves habitent à dix minutes du lycée. La politique en fait de retard le matin est stricte depuis trois ou quatre ans car de plus en plus d'élèves arrivaient en retard pendant les vingt premières minutes du premier cours de la journée.

Ce matin A. reste à la maison pour la semaine de révision avant le bac (déjà! c'est incroyable, je n'ai rien vu venir).

Je dis à O. : — Dépêche-toi, ce matin, on ne pourra pas dire que c'est à cause de A. que nous sommes en retard.
— De toute façon, j'ai trouvé le truc: quand j'arrive en retard à huit heures, je dis que je suis désolé, que nous sommes partis en retard de la maison, à sept heures au lieu de sept heures moins le quart. Les profs me regardent et me laissent entrer.
— Toi et tes yeux de Chat potté!
— Je ne fais que dire la vérité.

Trois jours

Mouillés.

- samedi. Rien de notable. J'emprunte un Gaston en allemand à la bibliothèque, mais hélas, pas de "Rhôgnutdju" qui permette d'avoir une idée de la traduction. H. plein de bonne volonté décide de tondre (quand j'arrive chez moi je songe à Houellebecq dans La carte et le territoire disant au narrateur: «Vous reconnaîtrez ma maison, le jardin n'est pas entretenu»); il est sauvé par la pluie.

- dimanche. Messe de Pentecôte dans une église comble du fait des premières communions. Le prêtre confie la lecture de l'Evangile à un pasteur dans l'assistance (je suppose que c'est un parent des premiers communiants), j'ai une pensée pour Vatican II et tout ce qu'il a rendu possible. Prêche: «J'étais hier à la cathédrale d'Evry où une centaine d'adultes entre vingt et quatre-vingts ans faisaient leur confirmation. Il y avait un homme de quatre-vingts ans qui faisait sa première communion». Pensée pour les conversions à l'islam qui font couler de l'encre. (Pour ceux qui ne le savent pas, la confirmation est le sacrement qui confirme le baptême: le catholique adulte confirme qu'il accepte les engagements que ses parents et parrains avaient pris lors de son baptême.)
Frites à la patate douce : pas bon (sucré) mais source de rires. Chute brutale de C. sur la terrasse trempée et gluante (noire, une sorte de moisissure due à l'eau qui ne s'écoule pas, les maçons ont oublié de la construire très légèrement en pente) dans l'après-midi. Il en sera quitte pour boîter. J'espère que la main n'est pas cassée. Mes beaux-parents arrivent trop tard pour que nous les entraînions voir The Grandmaster que j'avais envie de revoir.

- lundi. Matinée grecque, à essayer de démêler le passif du moyen, les verbes actifs au futur moyen, les verbes moyens à l'aoriste en thé, etc. Il faut bien reconnaître que je mélange un peu tout. Examen le 8 juin.
Upside Down. N'y allez pas.
Nous récupérons O. trempé et épuisé. Il vient de passer trois jours sous la tente et sous la pluie («Le problème de Jambville sous la pluie, c'est que ce n'est plus que de la gadoue. Celles qui étaient en Uggs ont pleuré» (Comme je trouve ces bottes mochissimes, j'ai pensé: «Bien fait!»)). Il a des brûlures et des ampoules aux mains. Il s'endort devant le feu.

Trois enterrements et une naissance (ou conversation avec ma mère)

Lundi j'appelle ma mère que je n'ai pas eu au téléphone depuis son retour de vacances.
De plus en plus souvent je téléphone plutôt qu'écrire alors que j'ai horreur de cela. La raison en est paradoxale: c'est pour ne pas donner de nouvelles. Elle ne sait rien de mes études en théologie, rien de mes blogs, rien de mes lectures, et je n'ai pas envie de parler des enfants car la situation m'attriste. Or si j'écris, il faut bien que je trouve un sujet; alors que si je téléphone, c'est elle qui parle, problem solved.

J'ai donc appris en quelques minutes la mort de la tante Paulette (que j'aimais bien, elle venait de Brantôme (les deux propositions apposées n'ont pas de lien causal)). Elle avait plus de 90 ans, c'était dans l'ordre des choses (commentaire de ma mère: «Il ne reste plus beaucoup de belles-sœurs de mémé» (tandis que ma tante m'avait dit trois jours avant «Il ne reste plus qu'un frère et une sœur» (sur treize, note de la rédaction))); puis celle d'une petite-cousine de papa «à 56 ans, tu te rends compte, c'est jeune, elle était en fauteuil roulant depuis plusieurs années, je n'ai jamais bien compris quelle était sa maladie»; et enfin celle d'une fille de Marila: « Tu te rappelles de Marila? (évidemment que je m'en souviens), eh bien elle avait une fille, tu sais, en 81, on lui envoyait de la bouillie (en Pologne, NdR), eh bien elle s'est mariée le 6 avril et elle s'est tuée en voiture le 8!»
Ma mère de conclure: «Tous ceux qui étaient au mariage se sont retrouvés à l'enterrement».

Quel était le mot qu'utilisait Compagnon? Shadenfreude?

Et moi de me demander in petto quel sort poursuit désormais la branche maternelle de mon père.

Ma mère continue (ou fait des incises, je m'y perds):
— Oui, on a été au courant par le cousin qui fait des recherches généalogiques. D'ailleurs ça le désespère que ça n'intéresse personne de notre côté. Parfois il me dit «il n'y aurait pas un fils de Joseph que ça intéresserait, L., par exemple?»
— Tu sais, L., ses enfants sont trop petits, entre l'aîné et les jumeaux, ça m'étonnerait qu'il ait le temps de faire autre chose pendant quelques années encore.
— Surtout qu'ils en attendent un quatrième, encore un garçon.

Et voilà comment j'apprends les grossesses dans ma famille. Cela me fait toujours un peu de peine de voir que les naissances sont moins un sujet que les morts.

(Pour mémoire, l'un des jumeaux a un nom proustien: Céleste.)

Lassitude

Coup de fil à 18h. Le plus jeune exclu une journée du collège pour bagarre (ayant entraîné le port d'une minerve, tout de même). C'est arrivé vendredi il y a huit jours, il n'avait rien dit.
Cela après avoir eu au téléphone la fiscaliste qui a découvert une retraitement imprévu (en notre faveur, encore heureux) et avoir perdu le mot de passe pour répondre à l'enquête drees (je l'ai changé puis je l'ai oublié).
De toute façon j'oublie tout en ce moment. Et je perds tout (la montre que mon père avait gagnée au tennis et qu'il m'avait donnée en août 1986. A l'époque il n'y avait pas de bracelet de couleur pour des montres pareilles.)
Bref, pas eu le temps d'aller voir Hannah Arendt à 16h30 comme je l'espérais.

Et H. qui ne rentre pas. Revient à travers les années la peur de l'accident de voiture.
Je vais me coucher.

Anomalies domestiques

Après les journées rangement, j'avais pris une journée pour faire le ménage.

Tant mieux, puisqu'à quatorze heures H. me téléphone de Tours pour me dire qu'il sera là ce soir avec un collègue et que le collègue dormira à la maison parce qu'il n'y a plus une chambre d'hôtel de libre dans la région parisienne.
Dans un monde normal, le collègue (subordonné) aurait pris le train tôt demain matin.
Nous ne sommes pas dans un monde normal.

Bon, je vais de ce pas cuisiner une pintade au chou.

Retour à la normale (?)

Pour la première fois depuis des semaines, je me retrouve à mon bureau — rangé et épousseté — pour taper quelques lignes. Depuis que j'ai ce portable, je m'installe le plus souvent dans mon lit ou devant un film — évidemment je n'écris pas les mêmes choses.

Réveillée ce matin sur un mauvais rêve: devoir de grec, tout le monde a fini, je suis seule dans la salle, la feuille du sujet est coupée en deux, il me manque le bas, je ne sais pas ce qu'il faut faire, quelles sont les questions.
(Je ne fais que des mauvais rêves en ce moment, qui font peser une inquiétude sourde sur les journée. Lundi dernier, René.)

J'ouvre Taubes au hasard parce qu'il traîne dans la cuisine (la voix de cet homme, même à travers la traduction, est extraordinairement proche (il faut dire qu'en l'occurence il s'agit de transcription de conférences, ce qui ajoute à la proximité). J'ai hâte de réussir à le déchiffer en allemand: est-ce qu'il en sera de même (ou sera-ce mieux?), ou la langue constituera-t-elle un obstacle? — Je le redoute mais je n'y crois pas):
Je dirais qu'il existe deux modes du philosopher (pardonnez-moi d'être dogmatique, mais la discussion va bientôt se terminer et je m'en sortirai indemne). Il y a tout d'abord le mode antique, qui dit au fond ceci: la vérité peut difficilement être atteinte, elle n'est accessible qu'à quelques-uns, mais elle existe toujours. C'est, en gros, le problème de Platon et d'Aristote. Il existe un autre mode du philosopher, que j'appellerait celui qui est passé par le Christ. Hegel dit que la vérité ne peut être atteint que difficilement et qu'elle doit parcourir toute l'histoire, mais qu'ensuite la vérité est là pour tout le monde.1

O. revient du ski et est proche de la brûlure au second degré sur le menton (ça croûte).
Clément revient de son stage de BAFA, enchanté.
Repas animé ce soir après cette semaine si silencieuse, une histoire de banane dans l'oreille et de pompe à essence (— Oui, ça me rappelle la blague du type qui va tout nu à un bal masqué. "T'es déguisé en quoi?" lui demande un copain. "En pompe à essence").






1 : Jacob Taubes, La théologie politique de Paul, p.119 (Seuil, coll. Traces écrites)

Vide

Ce soir, petit coup au cœur en arrivant à la maison: portail fermé, je suis la première (il est sept heures à peine).
Je compte sur mes doigts, un au conservatoire, l'autre en cours de physique, le troisième dont je ne sais même pas s'il rentre… (mais je ne savais pas non plus qu'il ne serait pas là).
Je fais la cuisine, je range, j'attends. Cette maison n'est pas souvent vide. Les chats tournent en rond.



Aujourd'hui ma grand-mère aurait eu quatre-vingt-dix-sept ans. J'aurais dû téléphoner à ma tante.

Lundi bizarre

Journée vraiment bizarre, entre chaud et froid, entre assurés mécontents ou ravis, entre notes bonne ou médiocre, entre bonne et mauvaise nouvelles.

J'ai l'impression que je me suis grillée auprès de mes camarades de la catho à expliquer qu'il était hors de question que j'aille défiler contre le mariage homo, que je n'étais pas d'accord avec eux (« Comment, tu ne crois pas que c'est important, un père et une mère, pour un enfant ? » (Evidemment, j'ai répondu en exagérant mes positions, en faisant de la provocation, c'est plus fort que moi. En réalité, je ne sais pas ce qui est important pour un enfant (à part de l'attention, mais en donne-t-on jamais assez ? Ou trop ? Le dit-on trop, ou pas assez ?). Tout me paraît foirer, quels que soient les efforts qu'on y met. Mais je dois être découragée. En tout cas, ne comptez pas sur moi pour venir brandir mon couple (marié à l'église) avec enfants (baptisés) comme exemple à la face du monde. J'ai trop conscience de tous ses dysfonctionnements. Mais ce doit être constitutif de toute œuvre humaine. (Le même soir, à propos de la Bible : « Vous ne trouverez pas un héros sans défaut dans la Bible. Tous ont quelque chose à se reprocher. » Dans un sens c'est rassurant. Eloge de l'imperfection, combat avec l'ange. Boîter.)))

Le soir, C. qui avait disparu depuis quatre jours (un peu à la manière des chats qui partent traîner) réapparaît. Il partirait —peut-être— en Islande. L'anglais du mail est bien trop chantourné pour permettre une certitude, sauf une: ce ne sont pas des Américains qui écrivent ainsi. (Comment ne pas être compris à force d'être poli.)

Ce qui me fait penser que j'ai vu la professeur de français de O., qui m'a appris un défaut que j'étais loin de soupçonner: O. écrit chantourné, justement. « Il faudrait qu'il se dise qu'on écrit pour être compris. » Et je me dis que O., le diplomate de la famille qui a appris à naviguer à vue dans le champ miné que constitue n'importe quel repas chez nous (trop de taquineries (mais de belles parties de rire quand ça ne tourne pas au drame)) ne doit plus savoir appeler un chat un chat.

Une motivation inattendue

O. doit faire un stage en entreprise d'une semaine. A ma grande surprise, il a décrété qu'il voulait le faire en librairie.
J'ai donc demandé à Julien s'il prenait des stagiaires au Tumulte des mots: réponse oui.

Nous sommes passés faire signer la convention de stage. Le libraire pose une ou deux questions («Pourquoi la librairie?»), je m'éloigne un peu pour que O. réponde sans se sentir surveillé, j'entends «…bordel…» à plusieurs reprises, mais qu'est-il est en train de raconter?

En sortant, je lui fais une remontrance: «N'utilise pas le mot bordel comme ça, voyons: bazar, capharnaüm si ça t'amuse, ou désordre même si c'est plus faible… Mais qu'est-ce que tu as dit?
— Il voulait savoir pourquoi je voulais venir en librairie, j'ai dit que la librairie de Yerres était toujours en bordel, alors je voulais voir comment on organisait tout ça, comment on s'y retrouvait.


So much pour la vocation littéraire. (J'espère que O. n'a pas été déçu, Le Tumulte des mots est très bien rangé. J'espère qu'on lui fera déballer et classer beaucoup de cartons.)

Retour aux fondamentaux

Je ne lis plus, je ne blogue plus, je regarde avec O. des vieux films qu'il na jamais vus. Vieux films dans tous les sens du terme, car ce sont souvent encore des cassettes. Cela donne un certain charme aux Indiana Jones, l'image déformée, un peu pixellisée, sur le grand écran plat prévu pour des supports plus modernes.
Mais pour Usual suspect, c'est plus gênant.

C'est très agréable de regarder ce film à côté de qulequ'un qui le découvre.

Fin de week-end

Fin de partie. Définition du week-end: moment très occupé où l'on ne fait rien (où rien n'est fait, rien n'avance).

Une tarte aux pommes, une potée au chou, le marché, les courses (au marché on achète de quoi manger; les courses, c'est pour le fond, le lait ou les boîtes chat), lu debout dans un Carrefour Market un magazine détaillant la vie d'Elizabeth II et de ses enfants (comme le temps passe), failli l'acheter pour envoyer les cartes postales de la fin à Patrick, mais ce n'étaient pas mes photos préférées de Kate, avec le chien du régiment irlandais ou en joueuse de hockey, appris à l'occasion des choses très utiles, comme le fait qu'à la prochaine génération tous les héritiers de trônes européens étaient des hommes sauf Victoria de Suède, mais qu'à la génération suivante c'était l'inverse, engueulé avec un restaurateur, copiné avec un autre, oublié un chapeau (pas le mien mais c'est embêtant quand même), dormi sur un parking (ça devient une habitude), avancé dans Clarel, joué un mauvais tour à mon beau-père passé à l'improviste à la maison (enfin non, H. le savait mais avait oublié de nous prévenir) et qui devait s'attendre à ce que nous fêtions son anniversaire (nous lui fêtons dans deux semaines avec toute la famille mais il ne le sait pas: embarrassée d'imaginer sa déception), reçu un mail très étrange d'un rameur qui me fait craindre pour l'avenir du club tel qu'on le connaît aujourd'hui, retrouvé une blouse de chimie, cousu une étiquette nominative dessus, taillé une barbe. Et quelques broutilles.

Doxa et épistémé

C'est très étrange d'avoir en face de soi quelqu'un qui semble considérer que les mathématiques relèvent de l'opinion et qui défend ses erreurs comme un avocat défendrait une cause.

Un peu désespérant, en fait.

Fini la couture et le rangement des cours de l'année dernière. Retrouvé la liste des livres à lire à la Toussaint. Un peu ennuyée, j'ai la septième édition du Nouveau Testament en grec, dois-je acheter la vingt-septième, celle que nous recommande la prof? (Oui c'est l'appareil de notes qui change. Mais je ne pense pas m'en servir de sitôt.)

Achat de yoyo

Je me suis souvenue qu'aux Etats-Unis, O. cherchait un yoyo dans toutes les boutiques de souveuniirrs où nous passions.

Trouvé une adresse rue Hermel, c'est très discret, au fond d'une cour. (Au passage, je découvre que le yoyo a l'air technique).
La rue Hermel est aussi la rue d'un bibliothèque municipale, j'étais venue chercher ici des références à des lettres de Proust du temps où j'assistais au cours de Compagnon. J'en ressors avec deux Vernant, mais c'est une erreur: Vernant m'agace, je n'arrive pas à le lire.

Dans cette bibliothèque, La Jeunesse de Pouchkine est indiquée "en réserve". Pas le temps de le demander. Des machines permettent d'enregistrer les livres que l'on emprunte. Je n'aime pas ce genre d'évolution.

Au total une bonne soirée à trois.

Chance

Samedi, dimanche: temps radieux et douceur d'automne.

Deux mille de belote, perdus tous les deux. Evidemment, je suis avec C, et celui qui a de la chance, c'est O.
Ce qui n'empêche pas H. de s'exclamer l'une des rares fois où j'ai du jeu:
— Mais tu as une chance de cocue!
— Tu es le mieux placé pour en juger.

N'empêche, c'est triste d'avoir aussi peu de jeu durant deux mille de belote.


Engueulade avec R, prévisible: c'est pour cela que je n'ai pas appelé dimanche midi mais dimanche soir. Combien de temps cette fois-ci? Six mois, un an, toujours?
Mise au point avec les enfants — sans doute inutile comme les autres, mais au moins cette fois, ils connaissent exactement le fond de notre pensée. Tout cela est sans issue autre que le temps qui va passer; et le savoir (qu'il y aura une issue mais qu'il ne sert à rien de vouloir l'atteindre avant l'heure) est une bizarrerie de plus.
Deux ourlets et trois boutons en regardant Mr & Mrs Smith.
Une tarte à l'oignon.
Ma mère me donne des nouvelles de Daniel et de ma grand-mère entrée à l'hôpital hier (c'est ma tante qui m'inquiète). Un peu de gossip: l'un des traders impliqués dans le scandale du Libor est le fils d'une lointaine connaissance à eux.

Rangements

Sur le front C.,nous glissons de Manon Lescaut au Contrat de mariage (la fin, quand Paul part aux Indes tenter de reconstruire une fortune dilapidée). Ah les colonies, c'était quand même le bon temps pour trouver une solution aux problèmes domestiques.

L'une des conséquences collatéralles est que les mangas et les DS ont été virés de la maison, direction les sous-sols d'un ami compatissant. Pauvres A et O:
— Mais on n'a rien fait, nous!
— C'est vrai, et ce n'est pas une punition. Nous cherchons juste ce que nous avons fait de travers, pour que cela ne se reproduise pas.

Le positif, c'est que je récupère deux étagères (les meubles, pas deux rayonnages) pour mes livres, et j'en avais bien besoin (non, il n'y avait pas deux étagères de mangas, nous avons viré d'autres choses!).
Le négatif, c'est que je n'ai pas eu le temps de mettre de l'ordre dans tout mon fatras en une journée. Je vais donc commencer l'année (demain, reprise des cours) avec une maison non rangée.
"Je n'aime pas".

L'aîné

Il a raté son année d'études à la fac en France, après avoir abandonné son école en Suisse l'année dernière. (Et encore, je ne savais pas encore qu'il ne s'était même pas présenté aux examens.)

Il a eu un accident avec la voiture et n'a même pas pris la peine de la nettoyer avant de l'amener à l'expert («Mais tu m'avais dit de ne pas trop en faire!» (je l'aurais tué)) et n'a pas fourni les justificatifs d'entretien à l'assurance pendant notre absence. (Moralité: la voiture passe à la casse).

Lui trouver un logement et un emploi.
Qu'il passe le BAFA scout, qu'il réussisse au moins quelque chose!

L'horreur, c'est de devoir me dire qu'H. avait raison, que nous n'aurions pas dû faire ce que nous avons fait pour ce gosse. Je n'arrive pas à le ressentir, il me semble normal d'avoir fait tout ce que nous pouvions pour lui (conséquences positives: Claude est entrée l'Alsacienne et Hervé s'est remis au travail).
(Ai-je péché par orgueil, à mettre mon fils à l'Alsacienne? J'étais juste heureuse de lui donner ce que j'aurais aimé avoir, cela me paraît légitime. Qui donnera des pierres à son fils qui réclame du pain? (Mais Hervé n'était pas d'accord avec ça. Mais lui-même a-t-il jamais mesuré tout ce que son père lui avait donné alors qu'il était en train de rater sa première année à l'Enserb, ou même en sup et en spé? En voyant Clément pleurer hier sur Emma, je me rappelais Hervé amoureux en train de pleurer sur Angelina. Mais je ne peux pas le dire à Hervé, il ne le reconnaîtra jamais).
J'ai peut-être péché par orgueil? Oui, aussi. Mais pas que.)

Mais maintenant c'est le temps de la justice et non plus de la charité.
Que devons nous faire?

L'indulgence coupable des mères

Finalement, ma tante et H. avaient raison. (Je n'en doutais pas vraiment —disons que je pensais que leur opinion se défendait sous un certain point de vue—, mais finalement quel que soit l'axe de vue choisi, ils ont raison.)

Retour à la maison

On pourrait croire que trois semaines sont un délai suffisant pour laver sept à huit serviettes de toilette et déposer un chèque à la banque.

Apparemment non.

(Je passe sur le reste.)

Ghost Dog pour recaler le décalage horaire.

Triste constat

— Ce ne sont pas les fourchettes qui manquent, ce sont les neurones.

Mal à l'aise

Pété un boulon à la poste de La Défense (j'ai pris quelques photos pour Flickr mais pas réussi à les récupérer sur mon téléphone hier soir).
Chaque fois que j'y vais, quelqu'un est en train de se faire vendre un Chronopost vingt-trois euros sous prétexte que cela arrivera le lendemain (on ne leur dit pas qu'il faut que ce soit posté avant midi, onze heures, dix heures…) Avant, il suffisait d'un à deux francs cinquante, nous n'avions pas de promesse, mais cela arrivait le lendemain.
(Ce n'est pas pour cela que j'ai pété un boulon, mais parce que l'automate me demande, quand je veux acheter un timbre (une vignette), si "j'accepte les conditions générales de vente", et comme j'ai une enveloppe contenant deux livres qui s'est perdue, j'ai demandé à voir ces conditions (non seulement je paie pour des lettres qui n'arrivent pas, mais en plus on insinue que c'est de ma faute: je n'ai pas "respecté les conditions générales de vente". Manque de bol, le type derrière son comptoir panique, il ne les a pas, elles sont en ligne, il ne peut pas les imprimer, etc, etc.).
En face, sous le Cnit, tous les guichets sont fermés, un automate est en panne, une affiche m'annonce que la poste est à mon service (c'est ce que j'ai pris en photo. Mais tout marche si mal que ce sont des vidéos qu'il faudrait.)

Lu Une sale rumeur d'Anne Fine (parce que je suis allée rendre iWoz et Limonov). Je sais pourtant qu'il ne faut pas lire Fine, personne n'a une vision plus méchante, plus désespérante des rapports humains. Mais elle m'a fascinée autrefois en décrivant le divorce comme la dissolution du passé (la perte des souvenirs communs, l'absence de quelqu'un pour se souvenir ensemble) (dans les Confessions de Victoria Plum? Je ne sais plus) et je la lis chaque fois que je tombe sur un de ses livres.

En rentrant, pris une photo de ce que je vois en franchissant le seuil de ma maison. Home sweet home, j'aperçois la moitié de la table de la cuisine, deux tasses, des fruits, tout exactement dans l'état où je l'ai laissé le matin (sachant que je mets les fruits en évidence sur la table pour qu'ils soient mangés: tout ce qui n'est pas sous leurs yeux est oublié (tout reste rangé dans le frigo est destiné à la poubelle au bout de quatre jours de purgatoire)). («Mais maman, pourquoi tu as toujours l'air exaspéré?»)
Ma fille a passé la journée ici. Elle est en peignoir (elle a quitté son pyjama à dix-sept heures, cafte son frère), le linge mouillé est dans la machine, elle n'a pas rangé la table (ah si, elle a mis le lave-vaisselle à tourner (mais sans le vider ensuite): effort de la journée, mettre de la lessive dans un compartiment et appuyer sur un bouton). Que me disait-elle hier qui m'a serré le cœur, car je sais qu'elle a raison? «Soit on s'engueule, soit tu es distante».
Oui, distante. Pour ne pas l'engueuler, c'est exact. On allume les pare-feux qu'on peut.

Plus tard, avant de monter, je dérange A. sur l'ordinateur: «Tiens, je t'ai pris Proust en poche au CE». Je vois ses épaules s'affesser, ça fait un an qu'elle proclame qu'elle veut lire Proust, elle l'a commencé dans la Pléiade en janvier (contre mon avis, c'est bien trop dur pour elle), ce qui lui a permis de ne rien lire d'autre pendant quatre mois. Elle n'est jamais venue à bout de Du côté de chez Swann, et j'ai apris mi-mai qu'en fait ce tome était une lecture imposée par la prof de français. Je lui ai conseillé vingt fois d'abandonner la Pléiade et de le prendre en poche, moins décourageant. Las.
Aujourd'hui je l'ai trouvé au CE, je le lui ai ramené. On ne sait jamais. (La fille des "on ne sait jamais". Ce n'est même pas une question d'espérer. Keep pushing, voilà tout. Faire sa partie. Est-ce que cela à un sens? (Je ne veux pas dire localement, au niveau de mon cas particulier, mais au niveau du principe? Ou est-ce juste bête, vaguement pathétique et stupide dans son obstination aveugle?)[1])

Je mange des céréales, me fais un thé, vide le lave-vaisselle en papotant aviron avec C., abandonne la cuisine. Qu'ils fassent ce qu'ils veulent, qu'ils mangent ce qu'ils veulent. Après tout, ils sont en vacances, et pas moi.



O. est parti en camp scout (il n'a pas plu, il n'a pas plu!) en oubliant ses tongs (les lui envoyer ou pas, telle est la question (ô la poste)), C. a testé le club d'aviron .

Notes

[1] Mais bien sûr, il n'y a pas que ça. C'est aussi minimiser les remords sur ce qui demande le moins d'efforts, tandis que courent ceux nés de la paresse et de l'égoïsme, tout ce qu'on aurait dû faire ou qu'on se demande si on aurait dû le faire et si on l'avait fait en serait-on là (qu'a-t-on raté? Mais on le sait, ce qu'on a raté, ou on croit le savoir, et l'on sait aussi qu'on referait la même chose (ou qu'on ne ferait toujours pas ce qu'on devrait faire (enfin qu'on devrait peut-être faire, qu'on aurait peut-être dû (car après tout, qu'est-ce que ça changerait, aurait changé?), par paresse, oui, ou découragement, à-quoi-bonisme. Mais malgré tout, on essaie encore un peu, par sursaut, par réflexe, parce qu'on ne sait jamais) (et on se dit qu'on est en train de réécrire les romans d'introspection psychologique du XIXe siècle et que… bah…))).

Configuration inédite

Seule avec les deux garçons, tous les trois dans le salon. L'un mange du gâteau au chocolat en faisant beaucoup de bruit, la pendule fait tictac, le dernier se concentre devant un jeu sur l'iPad oublié par son père. Je bois mon thé.

Tensions

Week-end très dur d'engueulades. Trop de tensions, entre les bilans comptables d'association et les disserts non rendues.

J'emmène les enfants à Sainte-Geneviève-des-Bois, je fais le marché, la cuisine, et la matinée s'est dissoute dans le thin air absolument sans trace, inutile.

Comment pourrir les vingt ans d'un jeune homme

Il y a vingt ans, ma tante (vieille fille sans enfant) ne m'avait pas parlé pendant un an parce que j'avais accouché à la maison. Peut-être que si je ne lui avais pas envoyé une carte d'anniversaire en avril suivant nous n'aurions plus eu aucun contact.

Cela lui aurait évité d'envoyer un chèque de quatre cents euros à mon fils pour ses vingt ans en lui donnant une foule de petits renseignements sur sa vie quotidienne et en glissant incidemment parmi eux «J'aimerais bien avoir un ou deux coups de fil par an; sinon je considèrerai que tu as "rompu les ponts" avec moi. Cela me fera de la peine mais tant pis.»
(Sur le fond elle n'a sans doute pas tort, à cela près que que c'est plutôt contre-productif. Il faut savoir que C. ne peut pas toucher à la télé parce qu'il a cassé la télécommande quand il avait sept ans et qu'elle lui dit quand elle le voit qu'«il lui fait peur» parce qu'il fait un mètre quatre-vingt-cinq et elle moins d'un mètre cinquante.)

Désarçonné, choqué parce qu'il ressent comme du chantage moral1 (du moins je le suppose, puisque pendant ce temps j'étais à Porto), C. montre la lettre à son père qui, fatigué par sa semaine mais aussi par vingt-six ans de ce genre de relations2 et formaté par notre vieille éducation qui veut que nous respections nos aînés, se met à chapîtrer C. sur son égoïsme et autres défauts (apparemment ce fut un panorama large et complet de tous les défauts qu'il trouve à tout le monde sauf à lui-même, dans la grande tradition proustienne3).

— Merci beaucoup, charmant anniversaire.
Désorienté par cette semaine de quatre jours, H. pensait être jeudi et l'avait oublié.


Notes
1 : C'est une vieille coutume familiale.
2 : date à laquelle nous nous sommes rencontrés
3 : «Et à la mauvaise habitude de parler de soi et de ses défauts il faut ajouter comme faisant bloc avec elle, cette autre de dénoncer chez les autres des défauts précisément analogues à ceux qu’on a. Or, c’est toujours de ces défauts-là qu’on parle, comme si c’était une manière de parler de soi, détournée, et qui joint au plaisir de s’absoudre celui d’avouer. D’ailleurs il semble que notre attention toujours attirée sur ce qui nous caractérise le remarque plus que toute autre chose chez les autres.» A l'ombre des jeunes filles en fleurs Noms de pays: le pays (Je lis Proust comme une histoire de famille.)

Bénédiction

— Bonne journée maman; bon vol, ne meurs pas !


Mais c'est quoi cet enfant aussi stressé que moi?

Véritable phrase prononcée véritablement au cours d'une conversation qui semblait "normale"

— Je ne suis pas en état de ressembler à une pompe à vélo.

Ma fille, cette spécialiste de Flaubert

«Aujourd'hui, dans cette île, s'est produit un miracle.»
C'est l'impression que j'ai ce soir.

Hier soir, la rumeur courait durant la représentation que ma fille avait décrété qu'elle n'irait pas passer l'oral blanc du bac de français organisé avec beaucoup de soin par l'école qui fait appel à des professeurs étrangers à l'établissement pour une meilleure "mise en condition".

Comme c'était une rumeur, nous n'étions pas censés l'avoir entendue, et ce matin, j'ai donc fait comme si de rien n'était, contrôlant son look (qui mélange parfois les codes…) et ce qu'elle emportait dans son sac, lui souhaitant bonne chance. (Oui, je materne, mais j'ai des raisons).
J'ai passé la journée dans l'angoisse d'un coup de fil m'apprenant qu'elle avait fait un caprice ou un scandale (beaucoup de bruit quoi qu'il en soit).

En fait, elle s'est finalement présentée à l'épreuve (après avoir échangée son passage à 14h30 contre celui d'une amie à 18 heures); et elle a passé son temps à papoter sur Madame Bovary avec une professeur spécialiste du sujet, faisant état de sa lecture de l'article de Nabokov sur ce livre, de sa connaissance de l'édition raturée de Madame Bovary (une édition amusante car elle pousse à ne lire que ce qui est barré), de sa sensibilité au mouvement et à la couleur, au dynamisme des passages pris unitairement par contraste avec l'immobilité du tout…

WTF?
(Vous n'imaginez pas mon soulagement, je l'imaginais déjà renvoyée de l'école.)

Le creux (au creux de l'estomac)

— Et aujourd'hui il y a un chemin de croix à 15 heures. Tu sais ce que sait, je crois que Jacqueline t'y avait emmenée une fois quand tu était petite.
— Je ne sais pas. C'est comme le FRAT? Ou le pélerinage à Chartres, c'est ça, un chemin de croix?

Ce qui me pèse le plus, c'est cette impression de n'avoir rien transmis, rien, rien, rien. Des milliers de mots en vain. Parfois je choque, on me trouve égoïste ou je ne sais quoi quand je choisis de partir seule faire quelque chose qui me plaît en laissant ma famille derrière moi. Mais à quoi bon? Je vois ces jeunes parents se consacrer avec passion à l'éducation, à la "culture" (dieu que je hais ce mot) de leurs bambins, je les regarde avec curiosité: est-ce que vraiment ils y croient? Et si par hasard eux obtenaient un résultat? (C'est peut-être moi, juste moi, qui suis très nulle; c'est le plus probable.)

Difficile adaptation

Cours le matin (en retard, en retard), "confesse" (comme on disait en prépa) l'après-midi (c'est assez drôle, quand on y pense (mal à l'aise, impression d'avoir cabotiné)), La taupe ensuite (très bien. J'avais peur de ne rien comprendre, mais très bien, juste assez peu bavard pour qu'il reste de l'indécidable).

Atmosphère détestable quand je rentre, je sens que les week-ends de mars vont être durs. (L'agenda se charge. Combien de personnes à table au repas suivant, combien de personnes à dormir à la maison, ça varie tout le temps, au gré du sport, des scouts, des films, de l'oulipo, des rendez-vous professionnels, j'aime bien ce tranquille va-et-vient, les gens qui se croisent sans obligation, H. ne supporte pas ça, il est si peu à la maison qu'il faudrait que tous soient là quand il est là.)

Qui a besoin de parler ?

Lors de la réunion parents-professeurs de ma fille il y a une semaine, nous avons eu la surprise d'apprendre que la professeur de biologie ("SVT") avait envoyé notre fille chez la psychologue scolaire, interloquée que celle-ci refuse de signer les papiers d'inscription au bac. En effet, A. est tétanisée de peur à l'idée de passer le bac, tétanisée par la peur de l'échec, tant et si bien qu'elle refuse d'apprendre ou même de considérer toute chose nouvelle qu'elle ne comprend pas immédiatement. L'idée de travail, de progrès acquis durement, lui est étrangère (mais cela est vrai pour les garçons également, pour d'autres raisons.)

Nous tentions depuis une semaine de joindre la psy de façon à savoir quelle conduite nous devions adopter (en effet, nous sommes censés n'être au courant de rien puisque A. a demandé à ce que nous ne soyons pas avertis). Je voulais savoir en particulier si nous devions prendre rendez-vous avec quelqu'un en dehors de l'école.

J'ai eu la psy au téléphone aujourd'hui.
J'ai un peu honte.
Je crois qu'il n'y a que moi qui ai parlé, (ça tombe bien puisque A. veut que nous soyons laissés à part. En fait la psy la voit demain, mais cela lui a échappé, elle n'avait pas l'intention de me le dire), je me suis en quelque sorte effondrée («je vois que cela vous affecte profondément»). J'ai dressé le tableau familial, la malédiction maternelle du matriarcat (ma mère et ses deux sœurs vieilles filles, ma mère ayant deux filles, ma sœur divorcée ayant deux filles), mon impression de voir se précipiter en ma fille tous les défauts des femmes de la famille (moi compris, mais aussi ma belle-mère), mon chagrin à n'avoir jamais été soutenue par les "adultes" autour de moi, tous trouvant toujours des excuses pour nous trouver trop durs («elle est petite», «ça passera», «c'est l'adolescence») (cependant refusant de prendre ma fille en vacances) et aucun pour s'apercevoir de la difficulté de décider que faire, et pour ma part, du remord et de la culpabilité (mais ça je ne l'ai pas dit), est-ce que je suis assez présente, ai-je envie de l'être davantage? (Non, la réponse est non. Mes livres, mes études,…)

Allumer un feu

Allumé deux kleenex pour vérifier si oui ou non la cheminée dans ma chambre est utilisable.

Expérience non concluante. Tant pis, je continuerai après dîner. Je prépare mon feu, une boîte d'œufs, des brindilles, un plateau de fromage en osier, une planche, une bûche, le tout calé en pyramide dans le coin de la cheminée.

Dîner. Bortsch et conversation.

— Ça sent le brûlé, non?
Oui, ce sont les kleenex. Mais sait-on jamais…
Je monte.

Tout l'étage est envahi par la fumée. Les kleenex mal éteints ont allumé les brindilles. La preuve est faite que la cheminée est bouchée. Le feu flambe, j'ouvre les fenêtres de part et d'autre de ma chambre (en pensant que le courant d'air, c'est justement ce qu'il faut éviter en cas d'incendie (mais enfin, le feu est dans la cheminée)), je descends chercher de la litière pour chat (ce qui ressemble le plus à du sable) et j'éteins mon feu.

Il faut aérer toutes les pièces de l'étage. Les literies vont sentir le feu de camp pendant des semaines.

Surtout, je voulais faire du feu parce qu'il faisait froid. 15° dans ma chambre, très mal chauffée par manque de radiateurs.
10° après aération.
Fail.

Dimanche

Fini la deuxième manche, retrouvé mes pelotes de laine.

Une terrine de queue de bœuf, des joues de porc aux lentilles, du bortsch.

Une demi-saison de SFU (la 4e).

Cette année le sapin va "passer" janvier.

Progrès

— Si vous êtes sages, demain j'achète du polystyrène.
— Ouaiaiaiiis!!!

Renversé mon verre de riesling dans mon chausson. C'est ennuyeux j'espérais le boire.

Plus de douleurs dans les articulations ce soir.

Red runners

Jeudi dernier, après une conférence sur l'Europe, encore une conversation entre nanas:

— Alors ça y est, vous les avez reçues?
— Non, parce que tu comprends, ils les livrent le vendredi, et donc elles arrivent un samedi, et comme la dame du laboratoire en a peur, on ne peut pas les faire arriver à l'école; il faut que l'un d'entre nous les reçoivent chez lui, et qu'on les amènent ensuite. La mère de Sarah est d'accord pour l'amener un matin en voiture, donc elles vont arriver chez Sarah, il faut qu'on téléphone pour demander si exceptionnellement ils peuvent livrer le jeudi pour qu'elle les amène le vendredi.
— Tu veux dire que vous n'avez toujours pas commencé? Mais il se termine bientôt votre TPE?
— Il y a encore quatre semaines avant Noël, et puis tout janvier. On a rédigé tout ce qu'on a trouvé comme doc… *silence, sourire embarrassé* Simplement il y a un problème…
— Quoi?
— L'école ne veut pas les garder pendant les vacances de Noël…— là, je le sens mal — est-ce que je pourrais les garder à la maison?
— Tu veux qu'on garde des blattes pendant les vacances de Noël ??!!!
— Ben oui, l'école n'en veut pas. Mais elles sont toutes petites, et elles ne grimpent pas aux vitres, on les a choisies exprès pour ça. Elles sont rouge vif, ce sont de toutes petites blattes.
Oh mais alors ça change tout, si elles ne grimpent pas au vitres... Evidemment, suis-je sotte, ELLES NE GRIMPENT PAS AUX VITRES, nous sommes sauvés.
— Et tu veux les mettre où? Dans le salon je suppose? dis-je en matière de plaisanterie mais déjà épouvantée par sa réponse.
— Euh… j'avais songé à les mettre derrière le lave-vaisselle…
Oui, chez nous, le lave-vaisselle en panne est dans le salon depuis plusieurs semaines. Notre vie est trop spirituelle pour s'arrêter à ces détails pratiques.
— Pourquoi pas dans la cabane? Ou dans la chaufferie?
— Dans la cabane? Ah oui, on pourrait essayer.
— Sauf que dis-je réfléchissant à voix haute elle risquent d'avoir froid.
— Si elles ne sont pas bien, on les mettra dans la chaufferie pour qu'elles soient plus confortables.
— Oui, tu as raison il faut que tes blattes soient confortables. (WTF???)
— D'ailleurs, il va falloir qu'on demande aux parents s'ils ont un drap noir.
— ???
— Oui, elles n'aiment que le noir, faut qu'on entoure l'aquarium.
Ah mais oui, naturellement, ou avais-je la tête?
— Tu veux savoir combien elles peuvent avoir de descendance?
— Non.
— Et puis, c'est increvable. Si tu leur coupes la tête, elles vivent encore une semaine. Et il ne faut pas les stresser, sinon elles expulsent leurs oothèques. Toi, tu les écrases, tu crois que c'est fini, mais en fait, elles ont expulsé leurs oothèques, et quelques jours plus tard tu te retrouves avec…
— Non, je ne veux pas savoir.

Plus tard dans le RER:
— Mais qu'est-ce que vous allez faire comme expériences, avec vos blattes?''
Elle rougit un peu.
— Tu ne veux pas savoir.
— Mais si!
— En fait elle se comportent comme les hommes, elles n'ont pas de cycle, elles baisent n'importe quand.
Je la contemple en silence, abasourdie.
— Vous allez regarder fucker des cafards?
— Oui, elles ont une parade de deux heures, qui évolue avec le niveau de leurs phéromones [NB: c'est le sujet du TPE: les phéromones, pas les blattes]. On va les observer, les filmer…
— Ça va être pratique, dans le noir.
— Sous de la lumière rouge. Enfin, si on a beaucoup de chance, parce qu'on a TPE une fois par semaine, il faudra que ça tombe bien.

Etc., etc.

Le pont

Monet à l'Orangerie en famille (une première). Collection permanente, exposition sur les peintres espagnol (bien).
Déjeuner en terrasse dans le jardin des Tuileries. Courses diverses dans la foule parisienne, ce que j'évite, habituellement.

L'aîné - florilège

  • 15 octobre 2011
Dispute avec Clément qui me dit "qu'il se demande s'il veut aller aux Etas-Unis cet été". Je lui dis que ce n'est pas un choix et qu'il y en a marre qu'il obtienne toujours ce qu'il veut sans que nous n'ayons rien en retour.
Au fond de moi je sais qu'il faut qu'il vienne mais aurai-je le courage de le lui imposer?

Il me répond alors que "je n'ai pas le choix". Nous sommes dans la voiture pour aller faire les courses. J'arrête la voiture: "Tu descends ou tu t'excuses". Il s'est excusé.

  • 16 octobre 2011
Hervé m'apprend que C. n'a pas apporté le disque dur à Rhotull alors que je l'avais rappelé à C. tous les jours de la semaine. => C'est bon, il viendra aux US avec nous, ça suffit1.

  • 22 octobre 2011
Tandis que je reçois le courrier de l'Alsacienne pour le voyage des premières à Berlin de A., C. murmure: "je regrette de ne pas y être allé". (Je ne dis rien mais quitte la pièce, furieuse2.) (Je vais inscrire A d'office.) (Mais à la réflexion, avait-on l'argent à l'époque?)

  • 26 octobre 2011
Clément tire la tronche ce matin.
moi: — Tiens, Daniel [le voisin] a encore changé de voiture?
C : — J'en sais rien.
Ça me fait sourire, sa mauvaire humeur cyclothimique m'exaspère donc je souris: — On dirait Claude.
— Oh mais va te faire foutre! J'en ai marre à la fin.

J'abandonne la voiture, moteur allumé, que je conduisais, et je vais prendre le bus (il est 7h20).


Note
1 : note en janvier 2017 : des années après ça paraît une étrange punition! Il s'agissait simplement qu'il soit avec nous et arrête d'en faire à sa tête, sans jamais nous prendre au sérieux.
1 : parce qu'à l'époque il avait catégoriquement refusé d'y aller malgré mon insistance.

Dans la série des explications qui n'expliquent rien

— «Aussi improbable que du Metallica dans une playlist de Maïlé Çaillllrus»… C'est quoi Maïlé Çaillllrus?
— Une horreur. M,i,l,e,y C,i,r,u,s.
— Ah, Milé Cirus…
— Maillley Çaïrus. Elle est à la musique ce qu'Attila est au jardinage.

(J'ai quand même fait une recherche.)

Le retour du fils prodigue

Il a grandi, il a mué (c'est étrange), et il m'étonne à parler français avec tant de fluidité après dix semaines en Allemagne.

Transmission des valeurs

Si votre fille termine sans sourciller un devoir d'anglais (écrire un mail à une amie au Kenya, d'après ce que j'ai compris) par « I will be back», il est possible que vous ayez réussi à transmettre quelque chose.

Dentifrice

La chatte miaule devant le frigo, feignant le désespoir:

— Mais enfin, tu ne vas pas donner de la pâtée à ce chat. Elle n'a pas faim, elle vient de manger une souris.
— Mais si, c'est pour avoir meilleure haleine.

Euh...

— Quelle heure il est… Juste 21 heures 03… Bon j'y vais, on peut faire naître une licorne à 21 heures 11 et 8 heures 11, à condition d'avoir deux parents licornes de la même race, et dans ce cas on a une chance sur six d'avoir une licorne (j'en ai déjà une).

Point de vue

— Et ils ont même fait un film le dernier jour!
— Tu veux dire que tu vas être sur internet? Tu vas être célèbre?
— Ah non alors, j'ai tourné le dos quand ils me filmaient, pas question que ma figure s'étale partout sur internet!
— Partout, relativisons… Comme ça ce sera ton cul, ce sera beaucoup mieux!

Action !

mercredi: Fame
jeudi: Le Milliardaire => A. déteste et s'ennuie.
vendredi: Crocodile dundee => découvert que A. aimait les films d'action. Les films ont beaucoup changé depuis le 11 septembre 2001. Toujours ce tressaillement en voyant les tours.
samedi: Terminator 2
dimanche: Piège de cristal
lundi: 58 minutes pour vivre (heureusement qu'on a encore un magnétoscope).
mardi: Die hard 3.
mercredi: La mémoire dans la peau

Le reste du temps, classé des livres, trié des vêtements, écouté L'Iliade avec beaucoup de surprise. Quelle structure intéressante et inattendue.



Ma tante au téléphone:
— Oui, tes parents vont au Mans chez des amis, enfin non, des gens rencontrés en voyage et avec lesquels ils vont repartir.
— Si mes parents vont les voir deux jours et partent avec eux, je pense que tu peux les appeler des amis.
— Mais je ne sais pas qui c'est, je ne les ai jamais rencontrés, moi.

(Sur le coup, je l'avais trouvée vraiment bizarre, comme si elle était chargée de certifier l'honorabilité des rencontres de mes parents (Tout ce petit monde a plus de soixante ans). Mais en écrivant ces quelques lignes, je me dis qu'elle a peut-être craint que je pense que c'était des amis à elle. Mais même ça, c'est bizarre. (Flora et Céline, mes tantes me font penser à Flora et Céline).

Et je me suis fait une déchirure musculaire à la cuisse droite. Une pas grave, de celles qui empêchent d'enchaîner les marches d'un escalier. En peignant la clôture. Je ne comprends pas ce qui a pu provoquer ça.

Fail

— «Ma petite théière remplit à peine six tasses»... c'est une phrase mémotechnique pour se souvenir... de quoi, déjà? J'ai oublié.

Rentrée

Ongles et franges coupés (penser à prendre un coupe-ongles, une lime, des ciseaux, la prochaine fois).
Trois lessives (rouge, foncé, blanc).
Le marché.
Un crumble à la rhubarbe.
FB beaucoup trop vite (on dirait que les accents circonflexes ne s'affichent plus), les mails... je ne suis pas sûre d'avoir le courage.

Projets

Le temps de rien, valises non bouclées, et même pas ébauchées.

La voie cruelle me fait pleurer de regret, quel gâchis: «L'Afghanistan, cette Suisse orientale» (1939).

Aujourd'hui Voltaire à Cirey et lundi, institut Joyce, une journée entière! Il va falloir parler anglais…

Mais pour le moment ranger un peu. Tout le monde dort encore. Puis les réveiller, faire les valises, partir. Se hâter lentement, je sais faire. Je n'ai pas de jeu de quatre aiguilles n°3. Mais j'ai retrouvé un sac à livres à broder que je pensais perdu.

De retour

Peint la clôture (à trois, plutôt fun), fait des machines, mangé des treets («Des M&M's, maman!»), lu Ella Maillart.

C'est à peu près tout.

Ah si : et préparé des listes.

Mille-pattes

Acheté cinq paires de chaussures d'un coup pour la même personne:

- des basketts "tout venant" pour tous les jours (et comme il prend la même paire depuis quatre ans, j'ai l'impression étrange que les chaussures grandissent avec lui);

- des basketts pour le handball (la paire la plus chère des cinq, et à mon avis pour des raisons purement marketing, parce qu'entre volley, hand, ping-pong, je vois mal pourquoi ce ne sont pas les mêmes chaussures: je soupçonne que nous payons l'étiquette);

- des tongs (rouges assorties au maillot de bain);

- des bottes en caoutchouc (pour la pêche ("pour milieux humides" (lol — j'adore les précisions sur les petits panneaux));

- des water shoes (chaussons d'eau? pour sports aquatiques (? sports d'eau? sports mouillés, sports mouillants?)


Récompense: il m'a offert une glace sur son argent de poche.

Vendredi 15

Aménagé (de façon non préméditée, parce que H. veut «que je fasse lire O.», comme si c'était quelque chose qui se décrète), une étagère de livres à lire selon cette liste, c'est-à-dire que j'ai passé une heures à réunir les livres que nous possédons déjà sans avoir besoin de rien acheter (évidemment, ce sont les moins "drôles", les plus classiques, ceux qui se trouvent assez naturellement dans n'importe quelle bibliothèque si l'on excepte Les aigles décapités provenant d'une lecture scolaire d'un aîné ou Les bébés de farine, rescapé des années où j'achetais des livres pour enfants (très bon livre). (La grâce au désert fait partie de la liste, chic!)).

Mon but est moins «de faire lire» que de démontrer qu'un effort minime et régulier permet d'abattre beaucoup de travail: un livre par semaine, cinquante-deux livres en un an, sans s'en apercevoir (bon évidemment, je triche, tous ne se lisent pas avec le même effort).

J'ai pu constater que j'ai perdu toute crédibilité aux yeux de ma fille depuis que je lui ai avoué que je n'ai pas lu plus de la moitié de la bibliothèque:
— Tu as trouvé tous ces livres aussi vite?
— Euh oui. Je ne comprends pas où elle veut en venir. Ce n'était pas très difficile.
— Ah bon. Je ne pensais pas que tu savais ce que tu avais puisque tu ne les lis pas. Je la contemple, décontenancée. Il faudrait que je lui explique que non seulement je sais quels livres j'ai dans ma bibliothèque (Quoique... en ces temps de classement et chambardement, j'ai mis la main sur un Pages choisies de Descartes annotées par Paul Valéry dont je ne me souviens absolument pas), mais qu'en plus je me souviens du lieu de leur achat (ou du don ou du cadeau) et de son motif (parfois très irrationnel, là n'est pas la question)). (Oui, ce tome de Fanny vient de chez ma grand-mère, et ce papier rose est celui qui servait à envelopper les fromages qu'elle fabriquait.)

Un peu surprise qu'on conseille La vie devant soi à des enfants de treize ans. Un certain nombre de nuances va leur échapper, euphémisme («Madame Rosa se défendait à Alger»: O. ne va pas comprendre, et ne va même pas s'apercevoir qu'il ne comprend pas). Et les fautes de français aussi, les barbarismes d'un petit Arabe... Je me souviens de mon émerveillement à constater la gradation dans la langue, qui devient de plus en plus maîtrisée au fur à mesure que l'enfant grandit.

Mis quelques livres en carton (des tables de trigonométrie, des livres de mathématiques appartenant à mon oncle ou même à mon grand oncle (un Lavisse s'arrêtant après la guerre de 1870, promettant la paix sans oublier ces centaines de milliers de Français en exil de leur patrie...)), prévu d'en donner d'autres, dégagé de la place. Conservé une France et une Europe physiques à portée de main dans les étagères, avec l'espoir toujours déçu de lire ces livres de géographie (durant les voyages en voiture, peut-être?)
Le drame de classer les livres, c'est qu'on les feuillette et donc on les lit (ces Contes du lundi... cette page sur le chauvinisme des Bavarois... ça a l'air très intéressant...)
Retrouvé mon gros Rilke (tout la prose en un volume aux éditions du Seuil) que je me désespérais d'avoir perdu, pensant même l'avoir vendu dans un accès de fanatisme (genre «désormais je lis en allemand»), sagement à sa place: mais comment ai-je pu ne pas le voir?

Vers le soir, karchérisé la clôture, côté jardin, côté rue (demain peinture!) Les herbes folles ont envahi la place occupée par la haie de thuyas coupée à l'automne. J'ai désherbé une bande d'un mètre sur douze, débrousaillé plutôt, à la bêche ou à la pioche. Avantage de l'aviron : pas d'ampoule.

Relu en passant, je ne sais plus quand, Les lettres de mon petit frère de Christophe Donner, achetées par moi, pour moi, il y a bien longtemps. Surprise par la dédicace, A Hervé Guibert. Décidément, il existe bel et bien un sixième sens, un cercle magique.

Ah oui: et trouvé une réponse pour les enfants qui me demandent «Mais à quoi ça sert, de lire?»
Ça sert à appartenir à une société secrète dont les membres se reconnaissent entre eux et dont le lien de fraternité est invisible aux autres, à ceux qui n'y appartiennent pas .
C'est un vrai club secret (et ça, c'est une idée qui va plaire à O., surtout quand C., après une seconde, reconnaît: «C'est pas faux», et que A. sourit.)

Musculation

Emmené A. en salle de sport. Elle a moins râlé que je ne le redoutais, le sport est décidément euphorisant.
Je mange trop.

Partage

— Moi je sais faire la tarte aux navets
— Moi je vais apprendre à mettre les quenelles dans un four pas assez chaud…
— Et moi les frites !
—Mais qu'est-ce que vous faites ?
— On se partage ton héritage culinaire.

Une langue encourageante

— Comment on dit fail en allemand ?
Les deux correspondants allemands (12 et 14 ans) se consultent et délibèrent :
— Il n'y a pas de mot pour ça.
— Mais si je fais un salto arrière et que je m'écrase ?
— Tu feras mieux la prochaine fois.

Particularité, sans doute

Evidemment, il est difficile de juger soi-même de ses particularités. Mais j'ai l'impression que notre façon de vivre dans le silence est assez inhabituelle: ni télé, ni radio, peu de films, peu de téléphone, pas de MP3, rarement de la musique.
(Réflexion suite à la vision de six minutes de Youtube pour ne m'apercevoir qu'à la fin que j'avais coupé le son, et qu'il y avait une musique "d'ambiance" sur les images que je venais de voir).

Peut-être une idée de la barbarie. Ou de la solitude. Ou de la sérénité.

Conversation entre nanas

— On a acheté des fringues, puis on est allé manger une flameküche chez O'Neill en attendant l'heure de la pièce.
— Je vois, une discussion entre nanas…
— Tout à fait. Elle m'a expliqué la courbe de von Koch. «Tu sais ce que c'est que le Flocon de von Koch? Javais compris le Faucon de Folcor et je croyais à de la SF…
— Non.
— C'est une figure au périmètre infini mais à l'aire finie. J'ai un triangle équilatéral, et sur chaque côté j'ajoute des triangles équilatéraux dont la hauteur fait un tiers de la hauteur du grand triangle. J'ai appelé SO l'aire du grand triangle et (etc…). Et quand je suis allée voir ma prof, elle a détruit cinq heures de calcul en trois minutes: «alors tu sais que l'aire des petits triangles est égale à un neuvième du grand… — Mais pourquoi madame? — Mais si, tu as vu l'année dernière que s'il existe un rapport k entre les hauteurs de deux triangles, le rapport entre leurs aires est de k au carré, donc l'aire de ta figure totale…» (etc).


J'ai fait un tour dans l'un de mes blogs préférés.
Billets citant la courbe de Koch.
La construction du Flocon est disponible sur wikipédia.

Fin de week-end (fin de partie)

C. manque son train pour la Suisse et nous annonce dans le même élan qu'il veut rester en France. Ça tombe bien, je manquais d'un jardinier.

Bilan du week-end

— Tu crois qu'on aura des vacances, un jour?
— Tu veux dire un truc où on se repose? Tu rigoles!
— Non, je veux dire un truc où on fait ce qu'on n'a jamais le temps de faire.

Bilan de la semaine

- Mardi Ulysses (de Joyce) et la musique, les dernières découvertes à ce sujet, la pointe de la recherche due à la découverte d'une source il y a deux ans environ.
Puis Guinness.

- Jeudi Oulipo : nous avons dit beaucoup de bien de La Syllabe et l'écho d'Alain Chevrier. Et pour répondre à une question que nous nous posions, oui, le livre est réimprimé (éclats de rire à apprendre que Chevrier est classé parmi les auteurs pornographiques à cause du Sexe des rimes).

- Vendredi Marcheschi, une lecture de Camille morte et une projection du très intéressant Vers la flamme.
Plaisir de voir Rémi en pleine forme. Donc (pour ne pas oublier) enterrer la sculpture marcheschienne avec les cendres de Rémi, en Grèce (lieu à repréciser), et boire une bouteille de rosé à sa santé (l'enterrer elle aussi ayant semblé dommage)).
Le reste du temps nous avons parlé culture et civilisation, bien sûr.

- Samedi Le Misanthrope (admirablement joué à un tarif défiant toute concurrence), avec un plaisir très vif, à la fois à cause de la jeunesse, de la beauté, du professionnalisme de ces acteurs en herbe, et à cause de l'impression de découvrir Molière, la profondeur de Molière (frappée par les résonnances avec La Fontaine: il faudra que je vérifie la chronologie, les influences possibles, et dans quel sens.)

Départ en colonie

discussion à bâtons rompus en allant prendre le train :

— ...
— Ouh la! Papa Freud va avoir du travail !
— C'est qui ?
— C'est le père de psychanalyse.
— Qu'est-ce que c'est, la psychanalyse ?
— Tu t'allonges sur un divan et tu dis du mal de ton père et de ta mère.
— Ouh lala, va y avoir beaucoup de choses à dire ! dit-il, ravi.
— C'est bien ce qui me fait peur. dis-je, pas si rassurée.

Gris

Journée de réunions. Aquarium. Brume. L'horizon disparaît. Brume. Sieste de dix minutes sur la moquette. J'ai si mal aux yeux.
Mon moral remonte vers le soir après un bel exposé sur notre activité. Il y a si peu de hasard. Il y a des séries, des signes annonciateurs, des profils…

Qu'est-ce qui me rend si anxieuse, au point de tomber en léthargie? Est-ce d'avoir posté toutes ces lettres, d'avoir invité ma famille comme je ne l'ai jamais invitée? Je me souviens de la carte de ce cousin surpris qui disait, à propos d'une réunion de l'été 2003: «Alice nous a montré qu'elle savait sourire».
Qui peut comprendre cette phrase aujourd'hui? Même si je ne peux plus réellement comprendre qui j'étais enfant, comment j'étais, même si j'ai toujours l'impression d'exagérer, de déformer, ce genre de phrase me rappelle cependant que je n'ai pas rêvé.
Et inviter les témoins de cette enfance incompréhensible me terrorise.

Colère ce soir. Elle a bullé toute la semaine, à se faire péter les vaisseaux sanguins des yeux (sens littéral) sur sa Gameboy, et maintenant elle me présente à signer un bulletin lamentable qu'elle a conservé dans son sac durant les quinze jours de vacances.
J'ai l'impression d'être dans un téléfilm de TF1.

La bataille de Pharsale

— Je ne peux pas lire ton livre. Je n'y comprends rien.
— Bon, amène-le. (dont acte). Vas-y, lis à haute voix et arrête quand tu ne comprends pas.
— Ben la première phrase : «Tous les pouvoirs tombés accusent de leur chute les complots de leurs adversaires ou les intrigues de leurs successeurs.» Je me mords les lèvres pour ne pas rire. Oui évidemment, je ne m'étais pas rendue compte... Les "pouvoirs tombés", ça veut dire quoi?
— Les pouvoirs, ça désigne les gouvernements, les rois, les empereurs. Et tombés, à ton avis?
— …
— C'est la perte du pouvoir, par la révolution, la guerre, etc. Les pouvoirs tombés, ce sont les gouvernements qui ont perdu le pouvoir.
— "accusent de..." C'est pas français, accuser "de".
Je ne comprends pas ce qu'elle veut dire. Le "de" la gêne, mais pourquoi?
— Comment se construit le verbe accuser ?
— Qu'est-ce que tu veux dire ?
— Manger quelque chose, plus complément direct; pleuvoir est intransitif, il n'accepte pas de complément, il pleut; offrir… on offre quelque chose à quelqu'un, complément d'objet direct, complément indirect… Comment se construit le verbe "accuser" ?
— Euh, accuser quelqu'un de quelque chose ? Mais il a fait une faute, il a inversé les deux compléments !
— Mais non, c'est ça la littérature. L'inversion est sans doute dû au fait que le complément d'objet direct est très long. Alors, ils accusent qui? (réponse balbutiée) et de quoi?





Commentaire à la relecture quatre ans plus tard: il s'agissait de la première phrase de Histoire des deux Restaurations. Le titre du billet est une référence à la version latine corrigée par le père dans La bataille de Pharsalle.

Tête en l'air

C. arrive à Lausanne et nous téléphone : il a oublié ses clés à la maison. Il me reste à les lui poster.

Transes

— On ne reste pas pour le voir décoller ?
— Mais non, ce n'est pas la peine, ça t'évitera de le voir exploser.

C'était destiné à me faire rire. Cela ne m'a pas fait rire. J'ai pensé à l'Espagne (quand je l'ai engueulé il s'est avéré qu'il ne connaissais pas cet accident) et l'effroi m'a saisie.

Quelques heures plus tard, en rentrant à la maison:
— On allume la radio pour savoir s'il y a eu un accident?
— Ecoute, s'il s'était passé quelque chose, le téléphone serait en train de sonner.
— Ah oui, tu as raison.

Cette parole m'a enfin tranquillisée. Mais la terreur a laissé son empreinte en moi.

Homonymes

— Tu as vu, j'ai un tee-shirt Foucault !

M., plutôt surprise, vérifiant qu'elle a bien entendu :
— Jean-Pierre ?

Résumé

- Réunion absconse sur l'informatique, la fraude interne et la sécurité. J'ai des courbatures suite à la sortie d'hier, j'ai beaucoup de mal à rester assise. Je m'endors. Je m'agite pour ne pas m'endormir.

- Une pinte et demie de Guinness et des livres. Je suis rentrée si tard au bureau que certains en partaient quand j'y suis revenue. (Aveu embarrassant).

- Reçu l'Anthologie de la poésie française de Gide en Pléiade. A première vue, c'est une source importante des citations qu'on trouve dans Journal d'un voyage en France, et plus tard dans Théâtre ce soir.
Importance aussi de «Salut, ô belle nuit» de Chénier.

- De belles photos de ce week-end.

- Vexé ma fille en lui disant qu'elle avait inventé l'anti-dopage.



Dans mon sac, le soir (j'ai les coudes douloureux depuis deux mois):
- James Joyce, Ulysses
- Sergueï Eisenstein, MLB
- Jean Echenoz, Jérôme Lindon
- Félicien Marceau, Balzac et son monde
- Claude Mauriac, Qui peut le dire ?

Mou, si mou

J'ai appris ce soir que ma fille prenait des anti-stress avant d'aller en cours de sport.




C'est à peu près inutile puisqu'il s'agit d'un placebo homéopathique que je lui avais acheté pour maîtriser sa panique l'année dernière à l'approche d'un examen de piano qu'elle avait mal travaillé (elle ne sait pas que c'est un placebo). Mais tout de même, de l'anti-stress avant le sport...

Programme

Matinée avec une quarantaine de gosses (12 ans). Fait. Il reste l'après-midi crêpes en club de sport, la leçon de catéchisme et la pièce sur Foucault.





Ensuite c'est lundi.

Le choix du carrelage

Nous avions sélectionné sur internet des carreaux de station de métro (blancs, biseautés, avec une frise noire) ou quelque chose de provençal qui m'évoquait un peu l'affiche de l'exposition Willy Ronis de cet été.

Finalement ce sera de minuscules nœuds bleus sur fond blanc, très Petite maison dans la prairie.

Une existence tragique

A., quinze ans :
— Mais je ne veux pas porter de lunettes !
— Tu pourras peut-être avoir des lentilles, si tes yeux ne sont pas trop secs.
— Ça m'étonnerait, j'ai trop pleuré, il ne me reste plus de larmes.

Papiers peints

A midi : fondue au fromage. Malaaades...

Mudac: musée du design et d'art contemporain.
Amusant.



PS: Le Monde de la Jungle.
Hier : Là-Haut et Le Monde de Nemo

Mixing my references

— C'est le bateau qu'on a pris pour aller à Evian.
— Ah bon? Qu'est-ce que vous avez fait à Evian? Vous avez bu de l'eau?
— Non, on a mangé une pizza.



Vevey par le train. Il fait très froid.

Passer la douane

Vendredi soir 24 décembre, vers cinq heures du soir.

Abrutie par une à deux heures de conduite dans des conditions épouvantables (50 à 70 km/heure entre Pontarlier et la frontière suisse derrière des automobilistes plus que prudents, pluie gelant sur le pare-brise, impossible à chasser avec les essuie-glaces, nuit tombant), j'interprète mal le geste de la douanière suisse qui souhaite que je m'arrête et j'avance. Mécontente, elle nous fait signe de nous garer:
? On s'arrête quand un douanier demande de s'arrêter.
Nous n'essayons même pas de nous expliquer.

Elle est jeune, blonde et pas contente. Elle demande à voir le coffre. H. descend.
? Vous avez de l'alcool ?
? Oui, deux bouteilles de champagne, nous allons fêter Noël avec notre fils. Ah, et deux bouteilles de rouge, nous venons de Beaune.
? Et là-dedans?
? Ce sont des bouteilles de jus de fruit.
? Ouvrez !
H. s'exécute. Ce sont des bouteilles de jus de fruit achetées le matin même à un producteur au marché de Beaune.
? Vous avez de la viande?
? Du foie gras. (H. montre. Je suis au volant, nous suivons les gestes au bruit. Je pense que devant l'innocence de notre coffre, avec ses deux valises et ses cadeaux de Noël soigneusement enveloppés, la jeune douanière commence à regretter de nous avoir arrêtés.)
? Pas de viande rouge ?
? Non.
? Et ces herbes, qu'est-ce que c'est ?
? Du persil, et des mandarines, nous sommes passés au marché ce matin.

In petto, j'admire le sang-froid de H., qui n'a mis aucune ironie dans sa réponse. La douanière nous laisse repartir.



Ce n'est que deux jours plus tard, en racontant l'incident, que nous découvrirons que le sang-froid de H. n'avait rien de méritoire: l'allusion à l'herbe lui avait totalement échappé (et nous avions des champignons: cèpes et champignons de Paris...)

Si la douanière ne s'était pas laissée entraîner par son mécontentement et s'était contentée d'appliquer les règles de base de son métier, elle aurait eu de quoi nous refouler en France: nous avions oublié les papiers d'identité des enfants. Elle ne nous les a pas demandés.

Marque-pages

«Attends, je sauvegarde ma page», dit-il en glissant une carte dans son livre ouvert.

Statistiques et projets

— Vous préférez aller voir Harry Potter ou Henry V? (choix dicté par des contraintes compliquées, en particulier des horaires serrés. Sinon, c'était Le Guépard d'autorité.)
Les yeux de O. brillent de plaisir devant un bonheur inespéré (oui, je pense qu'il n'y croyait plus) : — Harry Potter !
A. furieuse : — Ni l'un ni l'autre !
— Hum, 50% de satisfait (un "s" ou pas? (une "s" ou pas?)), ce n'est pas si mal. Quand vous étiez petits, on considérait que si l'un de vous trois était content, c'était déjà très bien.
— Un tiers... Finalement, maintenant qu'on n'est plus que deux, ça augmente la satisfaction! Et réfléchissant...: Et quand je serai tout seul...
— Et quand tu seras tout seul je te traînerai partout où j'aurai envie d'aller.
— Noooonnn !!!



Harry Potter et les reliques de la mort I : tout de même étonnant qu'on ne voit jamais la cape d'invisibilité (je me comprends...). De très beaux paysages. Un peu surprise que personne ne se soit avisé que le plus bel atout de Daniel Radcliffe était son sourire, et qu'obstinément il ne sourit jamais depuis trois ou quatre épisodes. Avec O., je fais des paris sur la scène sur laquelle va s'interrompre cette première partie. Combien de personnes dans la salle qui n'ont pas lu le livre, qui ne sont pas capables de compléter ce qui manque, ou d'enregistrer les variations avec le texte? (C'est d'ailleurs très instructif: qu'est-ce qui est indispensable, qu'est-ce qui peut être transformé, qu'est-ce qui peut être oublié? Souvent le "sentimental", l'enterrement de l'œil de Folœil ou le cadeau du faux pendentif à l'elfe de maison.)

Yu-Gi-Oh

— Il ne faut pas se faire avoir : parfois ils vendent des éditions spéciales, on croit que c'est des decks, en fait c'est juste trois boosters.

Remise en perspective

Rentrer à 22h32 pour se rendre compte que :
1/ votre mari n'est pas là (pas de panique, honorable lecteur, sans doute une compétition de ping-pong);
2/ que les deux gosses restants sont déçus de vous voir paraître si tôt, car ils espéraient regarder la dernière partie du Seigneur des anneaux tranquilles.

«Bon OK. Vous faites comme si je n'étais pas rentrée, et je fais comme si vous n'étiez pas debout.»

Malédiction

— Tu vois, par exemple, l'année prochaine, le 11 novembre, ce sera un vendredi. Eh bien je suis sûr que ce sera le jour où j'aurais le moins de cours, parce que cette année, c'est le jeudi.

Interminable

Lire Die unendliche Geschichte au rythme d'une page par jour risque de prendre un certain temps (cinq cent cinq pages, débrouillez-vous avec les bornes).

Mère indigne

— Mais qu'est-ce que t'as sous l'?il ?
— C'est rien, maman, t'inquiète pas, c'est juste un copain, il a pas fait exprès ch't'assure, y m'a donné un coup mais t'inquiète pas, les lunettes n'ont rien.




Pour mémoire, il s'est fait casser ses lunettes en janvier dernier (tombées pendant que l'autre gosse lui mettait la tête entre les genoux «Mais c'est pas de sa faute, il faut rien dire, il a pas de chance en ce moment, déjà il a fêlé la vitre de la porte du conservatoire» (J'ai vu les parents, effectivement, c'est sans doute pas de chance, pas une brute), et mercredi, démonter et vandaliser son vélo sur le stade.

Orthodontie

— Tu as des élastiques oursons ? Bon, je vais te donner des béliers.

Samedi

Acheté des robes à A. Tout se passe à l'inverse de ce que je lis partout: j'ai l'impression que l'adolescence est un âge où les enfants ont envie qu'on les colle, que surtout on ne les lâche pas, qu'on ne les laisse pas seuls, qu'on ne les laisse pas tomber. Ils ont beau râler comme des putois, leurs réactions prouvent l'inverse de ce qu'ils proclament.
Ou alors c'est juste A.
Mais je crois que j'aurais bien aimé aussi qu'on s'occupe de moi.

Fatiguée. Doigt surinfecté. Le bain d'Hexomédine dessèche la peau et décolle le vernis à ongle. Amusant.

Détente

C'est la première fois depuis une éternité que je reste à la maison pour un enfant malade (je n'arrive pas à me souvenir de la dernière fois: il y a dix ans, quinze ans? Est-ce que je l'ai jamais fait pour un autre enfant que l'aîné?)

C'est cool.

Mauvaises lectures

O., douze ans :
— Ça veut dire quoi, enlarge your penis ?



Plus tard nous avons trouvé l'origine de cette question : chute d'un conte de fée dans le dernier Fluide Glacial.

Quelques surprises

— J'ai fini Tristan et Iseult, mais je ne vois pas le rapport avec Florence.
— Mais ça n'a pas de rapport avec Florence, c'était pour ton thème sur le Moyen-Âge!
— Je me disais aussi...

A. lit vite, très vite, et elle m'en redemande, elle semble prête à lire tout ce que je pourrai lui donner, je n'en reviens pas. En désespoir de cause (cela m'a paru malgré tout moins indigeste que le Que sais-je sur l'histoire de Florence) je lui ai donné L'Œil du Quattrocento ce matin, en espérant ne pas la dégoûter (ça a l'air d'aller) et je suis allée faire des provisions à midi. (Bon prétexte pour ne pas aller ramer. Il faudrait quand même que j'y retourne, sinon je ne sais pas très bien comment je vais tenir la randonnée sur le lac d'Annecy dans moins d'un mois).

Exposition sur Anouilh dans le hall de la mairie de IIe (pas le temps de regarder).
Un pepper hambuger au Saint John près de la Seine à Neuilly.

A. m'appelle. Puisqu'elle ne fera pas de chinois (problème d'emploi du temps), elle voudrait s'inscrire en informatique. Euh... bon. (Dans un sens ça me fait plaisir (mon côté militante MLF, si vous voyez ce que je veux dire). Dans un autre, cela me fait peur, elle a tellement tendance à se comparer à son frère).

(Complément le soir à dîner :
— Tiens, j’ai rencontré un proustien aujourd’hui.
— Un proustien ?
Rien n’est très clair dans ses explications, je ne comprends pas comment elle a été identifiée comme personne à qui parler de Proust. Aurait-elle parlé de la maison de tante Léonie? Je retiens qu’une visite ayant fait à l’époque l’objet de toutes les résistances devient moins d’un mois plus tard un sujet de gloriole.)

Réunion de collège pour O. Dieu que je déteste le collège, les années de collège, tout ce qui est collège. Beaucoup de profs nouveaux. Les profs de biologie (SVT, pardon) et de physique me font rire, ça ne m'étonnerait pas qu'ils en soient, l'un dans le genre Pierre Joubert, l'autre dans le genre gueule cassée (avec un indéfinissable accent de l'est). Pas mal. Le prof de gym explique benoîtement qu'un élève dispensé de sport n'est pas dispensé de cours, nuance. Il fait se pâmer toutes les MILF de la salle.

Zut, j'ai oublié de passer chez Mme V.
Zut de zut.

Gay friendly

— Si tu as une copine, tu peux me virer de tes amis FB.
— Et si j'ai un copain, maman, je ne te virerai pas.

Fous rires. Départ.

Irréversible

O. est très triste du départ de son frère :
— Plus rien ne sera jamais comme avant.

Et parce que j'ai tendance à dramatiser, parce que j'ai connu ainsi des ruptures, j'ai l'impression que son enfance est terminée, à douze ans à peine.

Sans compter que sur le fond, il a raison.

Journée tranquille

Fin du repassage.
Fin du papier peint dans la chambre d'O.
Fin de tous les épisodes de Mad Men dont je dispose.
Je me souviens de Bruce nous expliquant, dans la cuisine d'Aubervilliers en 1992, les mutations de l'Amérique entre 1950 et 1960: «Les années 50 c'était comme Happy Days, "Hello, Dad, hello Mum", et dix ans plus tard: "Fuck you Dad!". Personne n'a rien compris.»

A la maison

Bricolage. Choix de papier peint. Arrachage de moquette. Allergie à la poussière. Repassage. Mad Men saison 2 (je m'obstine). Dispute stupide à partir de la blague classique du "comble pour un jardinier" (faire rougir ses tomates en leur montrant ses fesses). J'ai le chic pour les disputes stupides.

Grumpff !

Moi à C. : — Quand tu m'as secouée pour me réveiller, j'étais en train de te parler. Je t'expliquais quelque chose, je n'arrive pas à me souvenir quoi.
A. : — Tu veux dire que même en rêve tu donnes des explications ?

Vacances

— Et tu construis quoi ?
— Je ne construis pas, je comble !
— Tu combles en faisant des trous ? Il est pas près d'être fini, ton chantier !
— Les trous, c'est pour remplir: il s'agit de remplir d'un mélange de béton, de cendres et d'eau les anciennes carrières de Paris qui s'affaissent. Ça s'appelle du coulis, je trouve ça joli…
— Tu fais des trous pour combler des carrières avec du coulis ?!…

Folie II

De nouveau la directrice. Très longue conversation. En huit jours, A. leur a offert un pot-pourri de son savoir-faire, un florilège de ses meilleurs moments. Je suis anesthésiée, navrée qu'elle fasse subir cela à un groupe de vingt-huit enfants, cinq animateurs, venus passer dix jours à pratiquer leur passion. J'ai proposé qu'ils la mettent dans un train et la renvoient à la maison mais il est trop tard, le stage se termine vendredi.

La directrice a téléphoné dans un but thérapeutique, pour s'épancher elle. Ça fait plaisir d'avoir affaire à quelqu'un qui ne s'est pas laissé embobiner, et qui a les mêmes analyses que nous.
Une nouveauté cependant: au lieu d'évoquer un traitement psychologique (ce que fait habituellement la plupart des gens), elle propose d'explorer une piste neurologique, à commencer par des examens sanguins approfondis.

Je n'imagine pas me lancer là-dedans, mais j'en parlerai quand même à notre médecin. Après tout…
Ce serait bizarre de se retrouver dans un cas bénin de L'homme qui prenait sa femme pour un chapeau.

Pas de miracle

Il y a dix jours dans la cuisine je remplissais machinalement le dossier du stage de chant qu'allait suivre ma fille. Celle-ci était présente, et je commentais en écrivant : « Vaccins... à jour, allergies... non, traitement médical... non, observations particulières...»
Je relève la tête : «Tu vois, j'hésite toujours: est-ce qu'il vaut mieux les prévenir de ton caractère, ou est-ce qu'il faut te laisser ta chance? J'ai prévenu une fois, depuis je ne le fais plus.»
Et plus loin : — Ah, et si ça se passe mal, ils peuvent te renvoyer, le voyage est à notre charge.
Elle commente : — Triste.

Ce soir nous avons reçu ce mail :
Bonjour Madame,
Bonjour Monsieur,
Je me permets de vous contacter pour vous prier de m'appeler sur mon portable au 06 xxx.
L'horaire le plus propice pour moi serait vers 20h.
J'aimerais m'entretenir avec vous au sujet de A.
Rien de gravissime, rassurez-vous.
En vous remerciant par avance,
cordialement,
Isabelle X
Directrice du séjour XXXXXX
Non, rien de gravissime et rien de nouveau pour nous (la directrice, par contre, voulait s'assurer que c'était "normal". Normal, je ne sais pas, mais ordinaire, oui).
Simplement une déception et du découragement, et l'assurance désormais que A. se sera rendue insupportable dans son prochain lycée au bout d'une semaine. Dans cette colonie, cela a pris cinq jours.

Je me suis servie un verre.

Contente

Je ne développerai pas, mais ce soir, tout baigne (non, je ne parle pas de la température). Journée de réussite, mieux que si j'avais pris de la Felix felicis. A tel point que je suis passée (en vélib) vérifier s'il n'y avait pas une chambre à vendre rue Crémieux.

Douche tiède-froide et au lit pour travailler à la fraîche demain.

Ni oui ni non

Contexte:
Une orthodontiste a posé un appareil à ma fille en octobre 2008. Neuf cent quatre vingts euros par semestre (comme la mutuelle rembourse (après une avance des fonds de six mois tout de même), je n'ai pas refusé l'appareil transparent que préférait ma fille), une visite tous les trois mois (de dix minutes), quatre cent quatre vingt dix euros à chaque fois "par facilité de paiement".

Nous nous sommes rencontrées ce soir pour mettre les points sur quelques i car les dates ont dérapé, nous sommes loin des semestres initiaux, et elle essaie de recoller aux dates prévues, y compris en rapprochant les dates des visites de façon absurde (deux visites à un mois d'intervalle, parce que les précédentes avaient cinq mois d'écart, est-ce que cela a un sens?) L'atmosphère est tendue.

L'orthondiste m'assure que les semestres sont des forfaits à 980 euros. Elle insiste sur les mots "forfait semestriel", imposé par la Sécurité sociale. Je reformule : «Vous voulez dire que même si ma fille ne vient pas, je vous dois 980 euros?»

Elle ne répond pas franchement, ni oui, ni non, mais par une phrase: «Ce sont des forfaits accordés par la Sécurité sociale. Vous êtes couverts jusqu'aux dix-huit ans de l'enfant, je vais continuer à contrôler sa dentition pour m'assurer de la stabilisation des soins.»
Je reformule:
— Vous voulez dire qu'une fois que j'aurai payé le dernier semestre indiqué sur l'échéancier, en février 2011, vous continuerez à la soigner gratuitement jusqu'à ses dix-huit ans? Mais ça change tout, je n'avais pas du tout compris ça.
— Evidemment, vous n'écoutez rien.

Je m'empare de l'échéancier: «Eh bien, je vais le préciser clairement, vous allez signer, et je vous laisse votre chèque de 980 euros». Je commence à écrire.
Elle m'arrache la feuille: «N'écrivez pas sur mes originaux. Nous ne pouvons pas travailler dans la défiance; je vais vous faire signer une décharge et je vous rends votre dossier.»

Tant mieux, c'est ce que je souhaitais. Mais tout de même, je m'interroge: est-ce qu'elle était en train de me raconter n'importe quoi, est-ce que j'ai mal compris ou est-ce que c'était vrai? Est-ce que les 980 euros sont dûs même en absence de visite, est-ce que les cinq semestres qu'il était prévu que je paie auraient couvert l'ensemble des suites du traitement jusqu'aux dix-huit ans de ma fille? (Je ne le crois pas, je pense qu'elle racontait n'importe quoi pour m'enfumer, mais j'aimerais bien savoir ce qu'il en est.)

Tradition culinaire

Quand vous faites un "gâteau" au chocolat en faisant fondre quatre plaquettes avec du beurre et de la crème, et que vous faites resolidifier le tout au frigo, vous savez que le livre de recettes était anglais.

Dîner

— Maman, je vais te tuer !
— Chic, enfin tranquille! Vous n'aurez qu'à vous débrouiller sans moi!
— O., au lieu de tuer ta mère, si tu mettais la table?
— Trop tard, elle m'a pris dans ses bras.


****
Bon. Ceci, quand même, via le twitter d'IsaVodj : Helen Thomas: "Jews, go back to Poland" RT @ARTnewsmag An Israeli artist thought of that 2 years ago.

Chuck Norris au petit déjeuner

Nietzsche a dit «Dieu est mort».
Dieu a dit «Nietzsche est mort».
Chuck Norris a dit «Merci qui ?»


Jésus multiplia les pains et ils mangèrent.
Chuck Norris multiplia les pains et ils mangèrent grave.


Chuck Norris fait pleurer les oignons.


Etc. Ça réveille.

Complainte à l'eau chaude

… un bain-marie
on ne savait pas ce que c'était
on a chanté l'Avé Maria.
Mais un bain-marie
ce n'est pas du tout laver Maria…

Calme

La plus tranquille des journées depuis une éternité.

Gâteau aux noisettes.

Matin blême

Tout le monde est réuni autour de la table du petit déjeuner un jour de semaine, ce qui est exceptionnel.
Tout le monde est silencieux, ce qui est également exceptionnel (six personnes, pas un bruit, même pas celui de la mastication.)
Question de ma fille (d'un ton accusateur et moralisant, exactement celui des enfants de la pub Bob l'éponge qui passe au cinéma («Maintenant les parents vous allez vous amuser!» (Qu'on m'amène le réalisateur, que je l'écorche vif. Et tous les adultes qui ont accepté de tourner dans ce truc))): «Mais pourquoi on passe sa vie à la gagner?» Dans un sens je suis soulagée: enfin une question normale. Je lui dis tout de suite qu'il n'y a pas de raison et que vivre est un choix? Je réponds: «A cause d'Adam et Eve.» (Heureusement qu'elle n'écoutait pas sinon je me serais fait engueuler). Et j'ajoute, parce que c'est plus fort que moi et que je pense toujours à cette scène des Sept Mercenaires, quand l'un des héros morigène un petit garçon qui méprise son père paysan et admire les tueurs: «De toute façon la vie c'est très humble, pas très flashy.» (Heureusement elle est déjà partie. Phrase ridicule à prononcer, scène ridicule à raconter, je dois être un peu maso (plonger la tête la première dans sa peur, conversation inattendue dimanche par chat avec une personne rencontrée une unique fois en 2008… Igitur, la peur du noir dont on se souvient le jour. Ahlala la littérature…))

Travaux dans la rue, circulation sur une seule file, le bus slalome. RER en retard, incident mécanique décelé à la sortie des garages, dans l'autre sens une personne est tombée en montant dans une wagon, il a fallu une "intervention", un train est supprimé à cause du retard pris.
Trajet debout, je descends de mes chaussures et fais discrètement le trajet pieds nus (afin d'être stable, de lire sans me tenir ni abîmer le livre (ne pas en casser le dos — ne pas me casser la figure)).
Finnegans Wake. «All the world's in want and is writing a letters». Is There Anybody Out There? Hey! It looks like You're writing a letter! (C'est si facile désormais que nous avons le principe et l'autorisation).

Dernière épreuve, l'ascenseur. Un sur six en panne, comme d'hab. Qui s'arrête à presque autant d'étages que de personnes ascendantes. Portes poussives, qui hésitent à se fermer, prennent leur élan pour accomplir leur jonction en accélérant sur la fin, comme fières d'y parvenir.
J'arrive dans mon bureau en me disant qu'Indiana Jones n'est qu'un petit joueur.

Un peu surprise

Soirée à l'opéra de Massy, selon une tradition désormais bien établie.

Hum. Faire reprendre en bis par des collègiens une chanson célébrant le droit de cuissage… On se réconforte en se disant (en espérant) que les enfants n'ont pas compris ce qu'ils chantaient.

Vexée

L'équipe française de handball a été bloquée en Islande1.

— Ils ont dû rentrer en voiture…
— Ça ça m'étonnerait!

Eclats de rire général. La personne qui a prononcé la phrase se renfrogne.



1 : par l'éruption du volcan Eyjafjallajökull.

Caramba, encore raté !

O. (11 ans) : — Mais pourquoi Alice dit qu'il est arrivé six choses impossibles? Puisque c'est arrivé, ce n'est pas impossible?
Aaaahhh… se pourrait-il que? Je suis contente. — Tu as raison, le livre Alice est plein de choses comme ça qu'on ne voit pas dans le film. C'est pour ça qu'on le donne aux enfants mais qu'en fait, ce sont les adultes qui l'aiment. Par exemple elle demande au chat quel chemin elle doit prendre. Le chat répond que ça dépend où elle veut aller. Alice dit: "n'importe où", et le chat répond: "alors n'importe quel chemin fera l'affaire".
O. rit.
— Attends, je crois qu'on a Alice quelque part, quelqu'un vous l'a offert.
Comme je suis très motivée, je le trouve en quelques secondes. Je le lui tends, il le feuillette, le tient avec embarras, ne sait pas quoi en faire. Je tends la main:
— Ça va, j'ai compris, rends-le moi. Inutile que tu le prennes pour me faire plaisir et qu'il traîne dans ta chambre. Je préfère le ranger.

O. n'a jamais commencé un livre s'il n'y était pas obligé. Et encore moins terminé.

Trop culte

— O., tu ne crois pas que tu devrais lire un peu?
— Mais pourquoi?
— Je ne sais pas, pour te cultiver…
— Mais je suis déjà beaucoup plus culte que les autres !

Les moyens du bord

— Aujourd'hui comme on n'a plus de grenouilles, on va disséquer des poissons panés.

Coalition

Je crois que je vais bientôt assister au retournement d'une règle de vie sociale.

La règle est la suivante: les râleurs, les emmerdeurs, obtiennent ce qu'ils veulent; non parce qu'ils ont raison de le demander, mais parce qu'on est plus tranquille en le leur donnant. (Illustration: le gosse braillard à qui son père propose une trotinette pour le faire taire (tête déconfite de son grand frère, six ans, bien sage "Et moi?", murmure-t-il (il aura sa trotinette, je crois (scène vécue à Décathlon)), la collègue pénible qui obtient son bureau près de la fenêtre, l'invitée qui bouleverse le plan de table soigneusement réfléchi, ma sœur qui m'a condamnée au jambon/coquillettes toute mon enfance, etc.)

Bref, il existe ce que j'appelle "la prime à l'emmerdeur" (et depuis que je l'ai repérée, j'essaie d'être attentive à ceux qui sont discrets, silencieux, souriants. Je milite pour une digue contre les emmerdeurs et une prime aux gentils.)

Cependant l'effet peut se retourner. L'emmerdeur doit prendre garde à ne pas exaspérer TOUT le monde en MÊME temps contre lui.
Je crois que c'est ce que vient de faire ma fille.

Relations

« Chez moi, il y a une invitation de la reine d'Angleterre sur le frigo. »

Wow, suite

— Alors il y a un mort-vivant qui m'a demandé si je jouais souvent aux RPG. Je lui ai dit oui, mais que mon BG était un peu faible. Beau Gosse, il m'a demandé? Non, je lui ai dit, BackGround.

— Parce que tu comprends, pour Pâques, tu peux devenir un lapin; et ça dure une heure. Moi je croyais qu'on enfilait juste un costume de lapin, mais non, tu deviens un lapin...

En torche

Clément : Si je disparais entre vingt et trente ans, c'est pas que je vous en veux, c'est que je vous aurais oubliés.
Moi : Tant pis. Comme je le rappelais à quelqu'un, les petits d'animaux s'en vont et ne reviennent jamais.
Hervé : — Oui enfin... L'homme est connu pour avoir plus de besoins affectifs que le ver de terre.
Moi : T'en sais rien. Qu'est-ce que tu sais des besoins affectifs des vers de terre?…
Hervé : Oui, t'as raison, j'ai bien connu un lombric…
Clément : … il s'est suicidé sur un hameçon…




Hervé et Clément partent visiter l'école polytechnique de Lausanne.

Retour de colonie de ski

« Ils ont fait deux groupes, les glacés et les givrés. »

Projet

— Et toi, tu veux des enfants quand tu seras grand ?
— Ch'ais pas. J'vais essayer.
— Oh, essayer c'est sympa. C'est réussir qu'est embêtant.

Coup de jeune

Durant les vacances de Noël, chez mes parents, je décroche le téléphone (parce que je n'en supporte pas la sonnerie):

— Allô, Madame S. ?
— Non, je suis sa fille.
— Est-ce que je pourrais parler à ta maman ?

Les Sims (version décousue)

Conversation (si on peut dire) de dîner: on m'a fait entrevoir les Sims. (Et toujours, sous ces artefacts, je cherche à saisir ce monde, que je ne comprends pas, qui ne m'intéresse pas et me fascine: que peut-on appréhender du présent et du futur à partir de ce qui est donné dans les jeux?)

— Moi la fille était un peu plate alors j'ai installé un plug-in pour lui faire gonfler les seins.
— ???!!
— Mais non, c'est pas dans la version de base, c'est des geeks qu'ont développé ça!

— Non, mais si tu le laves pas, le besoin hygiène i tombe à zéro et y devient tout vert, il moisit et il meurt. La mort vient avec sa grande faux et spflatch!

— Tu peux faire crac-crac ou tu peux faire des enfants (faire crac-crac, c'est avec préservatif, les enfants c'est sans).
— Oui, et pour faire crac-crac, il ne faut pas dormir!
— Oui, les deux sont sur le lit, et il faut inscrire "détente" sur chacun, et alors tu as le choix "crac-crac" qui apparaît.
— Et si les deux sont sur le canapé et qu'il y a "détente" sur les deux, il peuvent s'embrasser.

— La mort peut devenir ton amie. Moi je l'ai draguée, et j'ai baisé avec la mort.

— Tu as des objectifs de vie, ce qu'on appelle des objectifs à long terme. Parmi les objectifs, il y a "briser le cœurs de dix sims". Moi j'adore, je suis "malveillant, charismatique et baiseur magnifique".
— Baiseur? Embrasseur?
— Oui.
— Et pour briser les cœurs, tu convoques tous tes amis à la même heure, ils se disputent et ils s'en vont. Lol.

— Je voulais que mes enfants pirates un ordinateur. C'était des jumeaux de dix ans, normalement tu as des objectifs de vie quand tu deviens ado; ils ont piraté l'ordinateur et après l'un des deux avait "PDG" comme objectif de vie possible, et l'autre "voleur". J'ai pas compris...

— Je n'ai pas beaucoup d'amis, mais je n'ai pas compris, je suis allée dans un cimetière, j'ai parlé avec des fantômes, et depuis j'ai pleins d'amis nouveaux...

La mort du Père Noël

En 1951, l'Eglise brûle le Père Noël à Dijon : non au culte païen. Un lecteur a retrouvé des traces de l'analyse de Claude Lévi-Strauss.

Pour ma part, la débauche commerciale, les Pères Noël par dizaine dès début décembre (ce qui est à peu près inexplicables aux enfants), la compétition des grands-parents au pied du sapin afin d'être ceux qui offriront le cadeau à la fois préféré (compétition pour l'amour des petits-enfants) et le plus cher, le plus grand, le plus clinquant1 (compétition d'ordre social) m'ont écœurée depuis longtemps. Je crois que si la famille et l'école ne s'étaient pas chargés de me rappeler qu'il y avait un « secret » du Père Noël à cacher aux enfants, j'aurais totalement oublié de transmettre cette tradition, je n'y aurais même pas pensé : cadeaux mercantiles échangés le 24 ou le 25 décembre, voilà tout.

Une légende pour être légende a besoin d'autre chose que de publicités télévisées et de statistiques de consommation de l'INSEE.





1 ou tout au moins ne pas être celui qui offrira le cadeau le plus petit et le plus terne.

Parents indignes

Dimanche soir. Plus rien à manger, frigo vide (évidemment, puisqu'au lieu de faire les courses hier après-midi nous avons réhabillé ce blog).

Parfois je me demande quelles séquelles va laisser sur les enfants le fait de vivre dans une maison pas rangée, sans ménage, le fait de se faire eux-mêmes des pâtes toutes les fois où nous préférons faire autre chose que la cuisine, de nous servir de banque (ie on leur taxe leur tirelire) chaque fois que nous avons un besoin urgent d'argent liquide (car nous avons été trop étourdis pour prévoir nos retraits d'argent...), dans une maison où seuls comptent les livres, les ordinateurs, le ping-pong...

Bon après tout, on n'en est pas encore (quoique, finalement,...ça ne leur déplairait peut-être pas d'en être là.)

Back to basic, je vais aller faire une Floraline.

Résumé

- jeudi
Oulipo. J. tombe devant la BNF et se casse un doigt. ''Annette'', pièce de Jacques Jouet.
Dominique annote et corrige quelques points de ce blog (depuis le 25 mai. Au besoin il laissera des commentaires anonymes pour que je corrige ou complète mes billets). Il m'apprend que ''Laura'' de Nabokov est sorti (est trouvable sur le net) en livre (et donc pas en cartes à organiser soi-même: dommage).
Toujours le même bonheur de la pizzeria post-BNF.
J'apprends qu'une contrepétrie ne doit pas être trop compliquée pour être "pure".
Contrepétrie impure, donc (et classique) donnée par Elisabeth: "L'aspirant habite Javel" 1.

- vendredi
Ma fille se fait voler son sac au collège, avec les clés et l'adresse de la maison. C'est le x-ième incident la concernant. Je commence à être réellement inquiète, elle est visée, je crois qu'il va falloir la changer d'établissement avant que le pire n'arrive (il n'arriverait peut-être pas, mais qui prendrait ce risque?)
Je retrouve mes complices au café pour une nouvelle séance de lecture des Eglogues. Le soleil levant d'Auckland dans l'écran du portable connecté en wifi. C'est beau la technologie, mais je suis encore plus émue d'avoir une amie qui vit toujours demain.
Le soleil de demain brille déjà, et au printemps.

- samedi
DT polio. Fièvre pour le week-end. Qu'ai-je fait le reste de la journée?
Ah si, on songe à moi pour l'équipe d'aumônerie... Voilà aut' chose... je m'étais dérobée il y a six ans, cette fois-ci je suis bel et bien reprérée. Je me lancerais bien dans une licence de théologie.


1 - On notera au passage l'ode à la main gauche de J.

Les madeleines ont bien changé

— Schrunch, mscrunch... J'aime bien le bruit que tu fais quand tu manges tes céréales, ça m'accompagne depuis que je suis tout petit.

Les jeunes ont encore du vocabulaire

A : — Mais t'es à poil !
B : — Non, j'ai un slip.
A : — Hum, il reste encore du poil.
C : — T'as le persil qui dépasse du cabas ?

Arrrggghhh !!

Relecture de rapport de stage : «Deborah et Marc sont venu(e)s... »

— Mais enfin, non! Le masculin l'emporte! Tu as déjà vu des textes avec un "e" entre parenthèses?
— Oui, sur les papiers administratifs.

Constat

Le feu flambe. J'appuie mes pieds contre le pare-feu : «Tiens, je vais faire sécher mes chaussons.»
Je me plonge dans mon livre.

Quand je relève la tête, je constate qu'un mince filet de fumée s'échappe du chausson droit. Je le retire précipitemment de la grille, l'enlève, le retourne. Le tissu a l'odeur de brûlé moite qui sélève de certains repassages à fer trop chaud.
— Mais la semelle brûle! Et en plus il n'a même pas séché!
— Décidément, ta vie est un échec.

Le parfum de la dame en noir

— Au fait, ce que tu appelles "sentir la maman", c'est du Chanel n°5.

Une soirée

Je rentre, tu m'aideras pour mes champs intertextuels?, FB (urgent) (oh, des photos!), mails (oh, un mot de S, un mot de G!), douche, mon araignée apprivoisée n'est pas devant le lavabo, étendre une machine, sortir les poubelles, ranger les manteaux, aller chercher le courrier (oh une carte postale!), le lire, ranger les chaussures, ranger les sacs, vider le lave-vaisselle (pas toute seule), dîner, faire la vaisselle, envelopper le cadeau pour les huit ans de Côme que j'enverrai en même temps que celui pour sa petite sœur née le 30 juin: mais non je ne suis pas en retard.

Je m'endors au clavier. Merveille de l'amitié et de la littérature qui fait que samedi résonne encore. En retard sur tout, comme d'habitude. Tant pis.

La vertu non récompensée

Depuis quelques semaines que nous essayons de mettre un peu d'ordre dans les papiers, dans les pièces, dans la vie en général, les pépins ne cessent de pleuvoir; à croire que décidément la seule façon de vivre valable pour nous, c'est de courir au milieu du chaos, sauter par dessus le ravin pour échapper aux flammes, gravir l'escalier qui disparaît sous nos pas, s'engager sur la corde raide sans regarder l'abîme, courir plus vite que les ennuis sans regarder ni à droite ni à gauche, et surtout ne pas ralentir pour bêtement prendre le temps de faire son lit ou la vaisselle.

Je songe à certaines vies si réglées, si rangées, aux tantes vieilles filles qui racontent sur leurs cartes postales la tonte de la pelouse (j'allais écrire le tondage, Ségolène sors de mon corps!) et la visite annuelle du chien chez le vétérinaire, et dont le grand événement de leur vie a été le jour où leur voiture a été volée. Je songe à nos cinq ou six vols de la voiture ou dans la voiture, l'année où tout le monde (sauf moi) a eu droit à son plâtre ou ses points de suture, aux divers problèmes financiers résultant de la conjonction d'un rappel d'impôts, d'un changement de mutuelle et, plus exotique, d'un changement de régime de sécurité sociale, je me dis que ça les rendrait folles mais que dans le fond, tout cela n'est pas grave. Ce n'est pas grave, «tant que la santé va, tout va»1, ça passera, et de toute façon, nous sommes mortels.

Mais c'est fatigant. Il faut s'en occuper, tout se passe comme si le temps gagné grâce à la mise en ordre du quotidien devait se perdre dans le traitement de l'exceptionnel.

Faut-il arrêter de mettre de l'ordre, faut-il, en application de la loi du chaos2 mais à l'encontre des préceptes issus de générations de vies ordonnées et méticuleuses, vivre plus ou moins au jour le jour, comme nous le faisons depuis dix ans, et arrêter de vouloir ressembler à une famille modèle? (En moi le fantasme de la famille modèle combat l'horreur de la famille modèle; j'aimerais y ressembler mais cela m'ennuie d'avance: est-ce cela qui génère les ennuis?)


Notes
1 : Ce cliché a arrêté de me faire sourire depuis que j'en ai expérimenté la profonde vérité: quand la santé ne va pas, non seulement le présent s'arrête, mais le futur se fige.
2 : «je me garde […] d'attirer l'attention des implacables gardiens des lois de l'entropie. En outre, je laisse toujours une partition a l'état de chaos complet sur mon disque. Ce sacrifice aux dieux du désordre m'a jusqu'à présent évité leurs foudres.»

Une journée

Parfois je me dis que je devrais écrire l'emploi du temps réel d'une de mes journées, pour les lecteurs qui me rêvent.
Mais quelle déception, aussi.

Depuis une semaine, nous vivons tous dans le salon, chassés de l'étage par la poussière et les vêtements (les vêtements contenus dans la pièce à poussière ayant migré vers les pièces moins poussiéreuses). Je n'arrive pas à écrire dans le bruit (pardon: la musique — ou Proust: je défie quiconque d'écrire en écoutant la mort de la grand-mère).
Aujourd'hui j'ai acheté des boules Quiès.
Il faut que j'aille les chercher.

Décalage

O., 10 ans, revient de colonie de vacances.
— Ils ont trouvé que je parlais bizarrement.
— Ah bon ?
— Oui, ils ne comprenaient pas quand je disais «Puis-je»: «Puis-je avoir le broc?»
— Mmm. Et c'est tout ?
— Oui… euh… ah non, il y a aussi les monos, ça les rendait fous que je les vouvoie.

Parfois j'ai l'impression de n'élever mes enfants que pour les rendre inadaptés au monde.

Désordre

La maison s'enfonce dans l'informe.
Il faudrait que je songe à sortir le sapin de Noël (une semaine qu'on a enlevé les décorations, il perd toujours ses aiguilles aux milieu du salon).

Il faudrait beaucoup de choses.

Le devoir de math

— Et les courbes, tu les as tracées?
— Euh... oui...
— Et qu'est-ce que tu constates? Tu as regardé où elles se coupaient?
— C'est que... j'ai un problème, j'ai mal choisi l'échelle, le point d'intersection est hors de la feuille.
[??!!?]
— ?!! Et tu n'as pas recommencé ton dessin?
— Euh... non...

Quelques temps plus tard, l'ensemble du devoir (à rendre pour le lendemain) est terminé.
— Je peux aller sur l'ordinateur?
Nous avons été si échaudés de tant de façons que désormais l'ordinateur des enfants est coincé à portée de regard de nos deux bureaux: plus question de jouer à n'importe quoi jusqu'à n'importe quelle heure.
— Si tu as terminé, bien sûr.

Deux heures plus tard, pris d'un doute soudain (nous avons vraiment été échaudés), H. demande:
— Et ce devoir, je peux le voir?
— C'est que... j'ai pas terminé de le recopier.

Et c'est ainsi que jeudi soir, lorsque je rentrai à minuit et demie, il y avait de la lumière derrière les volets de C.: il recopiait son devoir qui aurait dû être fini deux heures plus tôt.

Blues (artificiel)

Je savais que prendre ce médicament me déprimerait et ça n'a pas raté (on ne me croit jamais).
Y a plus qu'à attendre que l'équilibre se rétablisse, mais ça m'agace d'avoir le moral dans les chaussettes pour une raison aussi facilement évitable.


En attendant la maison se transforme en tripot, tout le monde sait jouer à la belote. J'ai découvert un blog qui me paraît faire écho au Doigt coupé de la rue du bison.
Cet été nous passerons au tarot (à cinq).

Je suis comme ça, moi ?

Demain, l'un des enfants participe à une compétition de karaté pour la première fois. Nous ne savons pas encore qui l'accompagnera.

— Prends maman, elle est très forte pour repérer les faiblesses de l'adversaire: «Tu vois lui? Il boîte, vas-y, frappe dans la jambe!»
Ils éclatent tous de rire (ils sont méchants).
— Ben dis donc, j'espère que tu ne suivras pas de psychanalyse, ça serait joli!

Emplettes

Assisté à l'essayage d'une dizaine de jeans, d'une poignée de manteaux, de quelques pulls.
Marché des heures dans la foule et le bruit.
Je suis vannée. Tant pis pour la remarque pétillante censée égailler un blog.

Quelques pluriels

H. contemple la feuille sur laquelle il vient d'écrire quelques mots.

— Ça ne va pas?
— Non, je me demandais juste s'il fallait un s à pied.
— Et alors?
— Alors non, des doigts de pied, sans s.
— Ça dépend combien il y a de doigts. A partir de six, il faut un s. Deux doigts de pied, sans s; six doigts de pieds, s. Si tu mets un s à deux doigts de pieds, on sait tout de suite qu'il s'agit d'un orteil par pied.

Silence.
— D'ailleurs, quatre fers à cheval, cinq fers à chevaux.

Week-end

H. commence la lecture de Pale Fire. Je tourne autour du canapé, impatiente et nerveuse à la façon dont les vieux films nous montrent les pères en devenir dans les couloirs des maternités.

Le genre de week-end dont je me suis fait une spécialité: prévoir tant de choses à organiser que pour échapper à la pression je glandouille — quatre ou cinq ou six épisodes de Six Feet under. Cette folle de Lisa me fait penser à une blogueuse — dont je taierai le nom.

Vendredi soir, réunion de parents d'élèves de première. J'apprends que les élèves doivent présenter au bac une liste de lectures personnelles en plus des œuvres étudiées en cours. Je concocte depuis deux jours la liste de mes rêves, que faire avaler à mon fils, Wilde, Corbière, Laforgue, Stendhal malgré tout, Vassili Grossman, je tenterai bien les pastiches ou les articles de Proust, et les cours de Nabokov sur la littérature... Et du théâtre grec, les tragédies, qui me paraissent suffisantes à expliquer l'ensemble des situations humaines.

Nous avons de nouveau des radiateurs, les tuyaux de raccordement sont d'un rose noirci que je trouve plutôt joli, les radiateurs sont trop blancs contre les murs sales. Nous n'aurons plus à amasser des couvertures la nuit et à nous réfugier devant la cheminée le jour.

Niveau culturel

J'ai épaté ma fille en répondant à toutes les questions des enveloppes d'apéricubes (heureusement, parce qu'il y a quelques jours, j'avais baissé un grand coup dans son estime quand elle avait appris que je n'avais pas lu tous les livres de la bibliothèque).

Journée confuse

C. s'est cassé le petit doigt en le cognant sur le rebord d'un lit : deux heures aux urgences pour une radio et une attelle. Je lis Des souvenirs de Conrad en attendant dans la salle d'attente.

J'ai ramené le passeport de A. à la mairie: elle porte un prénom "mixte", la préfecture l'a déclarée de sexe masculin, malgré la photo, le second prénom, l'extrait de naissance, les renseignements dûment donnés.
C'était arrivé à mon cousin prénommé Alexis, déclaré de sexe féminin sur les registres de l'état-civil (Pourquoi? Nul ne le sait.) On s'en était aperçu au moment où il aurait dû faire ses trois jours.
Incidemment, c'est aujourd'hui l'anniversaire de ce cousin.

Variations

Il me semble entendre dans cette conversation un écho de celle-ci, même si ce n'est pas le même angle, ni la même catégorie de protagonistes :

Le père, contemplant le fils : — Trente secondes de plaisir, trente ans d'emmerdes !
La mère : — Trente secondes… c'est pas si mal.
Le fils (16 ans) : ? Trente secondes, vous êtes si nuls que ça ?
La mère : — Ça dépend de ce qu'on compte.
Le père : — C'est comme dans les accouchements, on compte à partir du moment où la femme crie.
La mère : — T'as pas honte de dire ça comme ça devant lui ?

Etc.

Quand vous vous taisez, votre mari lève le nez

Puisque cette note a été diversement interprétée, je vais donner l'arrière-plan personnel dans lequel s'inscrit ce minuscule incident.

Je me souviens très précisément d'un collègue avec lequel j'étais en train de plaisanter qui me dit : «En somme, quand vous arrêtez de parler, votre mari sort la tête de son journal pour voir ce qui se passe».
J'avais ri de bon cœur.

Rentrée à la maison, je racontai l'anecdote à H. qui à ma grande surprise se fâcha: ces clichés étaient insupportables, c'était inadmissible d'être aussi conventionnel, etc.
Je restai stupéfaite, à me demander si finalement mon collègue n'aurait pas eu au moins un peu raison (puisqu'il provoquait une telle colère), alors que j'avais pris ses mots comme une taquinerie destinée à se moquer de mon infatiguable bavardage.


PS : en recherchant le mot steampunk chez Caféine (l'endroit où je lai rencontré pour la première fois) pour savoir si je pouvais l'appliquer à Indiana Jones (non), j'avais trouvé ça, qui ne devrait pas plaire à Holly.

Projet professionnel (et Clément)

Cette fois-ci, Clément a dépassé les bornes. Je laisse tomber. Qu'il se débrouille. Et si tout lui pète dans les mains, tant pis.

Encore un entretien, hier. Et tout ce qu'ils voient, c'est ma vacuité, mon manque de désir, la futilité de tout cela. Peuvent-ils réellement croire qu'on puisse être enthousiaste à l'idée de paramétrer des logiciels ou de faire de la comptabilité IFRS?

Je vais faire autrement. Je vais m'investir dans l'A*BS, et aller me promener dans le groupe pour faire de la formation : je me fixe un objectif d'une demi-journée par semaine. Il faut également que je lise la presse professionnelle (en documentation) et sans doute que je me forme un peu au web. Je pourrais peut-être trouver quelque chose au CNAM sur ce sujet.

Ne faites pas lire les enfants

Vous connaissez la BD Mafalda. Un strip fait fureur en ce moment à la maison:

Première case : Mafada voit sa mère assise sur une chaise, pensive.
Deuxième case: Elle s'approche de sa mère et lui dit : «Ne t'inquiète pas maman, je vais faire des études et je ne serai jamais une femme médiocre et frustrée comme toi».
Troisième case : Mafalda a quitté la pièce. Elle déclare avec un grand sourire: «Ça fait du bien de rassurer sa maman».
(Dernière case : la mère seule et désespérée se tient la tête à deux mains).

C'est fou ce que j'entends souvent «Ça fait du bien de rassurer sa maman» ces derniers jours.

Semaine 17

Samedi 19 avril

Levée état caoutchouteux. Tellement à la bourre qu'on a fini au chinois. Après-midi dans un gymnase de Ste-Geneviève-des-Bois. Dans les tribunes, un canapé et un fauteuil en velours râpé. Je m'endors dans le fauteuil. Il n'y a pas de micro, l'atmosphère est étrangement calme malgré le poc obsédant des balles, je dors. Plus tard, un père et son fils de huit ans jouent à la DS sur le canapé. Le père refuse de jouer en réseau, il ne veut pas se prendre une tôle, avoue-t-il en riant.
Il fait beau, la municipalité de Sainte-Geneviève a dû recevoir une dotation en tulipes. Elles sont magnifiques.

Dimanche 20 avril

On m'a laissé dormir. Je ne me souviens de rien.

Lundi 21 avril

Bêche et pioche. Ampoules. Chaque fois je pense à Martine, qui m'avait dit que l'un des passages qui l'avait le plus impressionnée dans Autant en emporte le vent (le film) était celui où Rhett saisit les mains de Scarlett venue lui rendre visite en prison et s'aperçoit aussitôt qu'elle a travaillé la terre et comprend qu'elle est dans la misère: les mains d'une vraie dame sont blanches et douces.

Mardi 22 avril

Je range l'étage en laissant tourner Out of Africa. Je connais si bien ce film que les dialogues me suffisent à voir les images. J'aime profondément la voix de Meryl Streep qui intervient en off dans la bande-son.
Mail de Thessalonique: c'est oui !
Corvée de pluches. Gratin dauphinois (du lait des pommes de terre de la crème, jamais de fromage). Beaux-parents.
Lorsque je fais remarquer à H. que nous avons dix-huit ans de mariage depuis la veille, il s'exclame avec conviction: «Putain!!!». Parfois j'aimerais avoir droit à des réponses de roman-photos (mais résisterais-je alors à la tentation de me moquer?)

Mercredi 23 avril

Dans le RER, malendus agaçants avec notre voisine de banquette qui veut à toute force faire la conversation. Elle suppose: «? Journée à Paris pour une sortie culturelle?» Euh non, pas exactement: j'abandonne les monstres qui vont voir Bienvenue chez les Ch'tis pour ensuite manger au MacDo puis lire des mangas à la Fnac jusqu'à six heures du soir. Je me tais, je ne veux pas l'horrifier. Me font rire et m'agacent, ces gens qui veulent construire des enfances parfaites à leur progéniture. Je veux lui donner du n'importe quoi et de la liberté, afin qu'elle se fabrique des souvenirs.
Le coiffeur me trouve une ressemblance avec Adeline, je ris, et encore plus en tapant ces lignes après avoir cherché une photo. Je regarde des photos de Gilardi dans Gala, et d'autres de J-Lo et de ses jumeaux (Rien de plus faux que ces photos, une mère de jumeaux ne ressemble pas à ça, et si elle y ressemble, c'est dommage). Je viens dans ce salon parce que les coiffeurs sont adorables. La shampouineuse est une jeune grosse blonde à la poitrine abondante, pas du tout 8e arrondissement, du genre à mettre en toute inconscience un soutien-gorge noir sous un haut rose trop transparent qui la boudine. Elle aussi est très gentille. J'aime les gens gentils, ils me rassurent, je peux traverser tout Paris uniquement pour retrouver des commerçants gentils (et puis il faut boycotter les cons).
Je passe à la librairie, mes livres sont arrivés, je commence dans Vie politiques le chapitre sur Isak Dinesen, l'écriture d'Hannah Arendt est toujours aussi concise. (Et ce soir, en vérifiant l'orthographe de "Meryl Streep", je tombe sur cette phrase extraordinaire de Wikipédia à propos de Karen Blixen: «Sa syphilis semble avoir été guérie de son vivant mais pourrait avoir été une cause de sa mort.»)
Vélib. Il fait beau. Arrêtée au feu devant l'Assemblée nationale, je contemple la Seine et les toits gris du Louvre qui flottent au-dessus des frondaisons des arbres le long des quais. Paris.
Trois livres dans les bacs de Gibert, je confonds Le Ranch de Flicka et L'herbe verte du Wyoming (zut) et je trouve Le Jeu de la dame en grand format. T. le connaît, ça me fait plaisir.
Cantine, rires, peine d'amour, vélos, côte, librairies, il faudrait sans doute que je recharge mon compte Vélib, ma carte ne me permet plus de retirer de vélo. J'arrive en retard chez Mariage.
Ma mère arrive ce soir, stress. Ne pas y penser.

Jeudi 24 avril

Journée dans le jardin. Epuisée à midi par une matinée de piochage, j'ai honte. Jardiner une journée n'est pas qu'une utopie d'emploi du temps, c'est également une utopie physique: je n'en suis pas capable.
Sieste. Je commence L'Aliéniste.
Je tonds malgré tout la pelouse l'après-midi. Peu de temps après, il pleut. Je coupe mes ongles très courts pour me débarrasser de la terre et des traces d'herbe (je découvre sur wikipedia des précisions kâmasûtriennes sur l'usage des ongles... (mdr)).

Vendredi 25 avril

Nous ne sommes pas retournées travailler au jardin. Perdu la matinée je ne sais comment, en parlant avec ma mère, je suppose (ou en l'écoutant). Nous ne nous sommes pas disputées, nous ne nous sommes pas disputées, elle n'a pas pleuré, tralala...
L'après-midi, maman veut rendre visite à une amie opérée à l'hôpital Pitié-Salpêtrière, elle craint de se perdre dans le RER, je l'accompagne. L'opération est impressionnante, ouverture de la boîte cranienne pour atteindre l'arrière de l'?il, un énorme bandage entoure la tête de l'opérée, on se croirait dans un film. Délicatement, la panseuse a laissé une oreille accessible. L'amie de maman n'a pas perdu son humour (assez remarquable vu les tribulations de sa vie par ailleurs). J'apprends que c'est elle qui m'a portée sur les fonts baptismaux en l'absence de ma marraine.
Nous rentrons de la gare à pied. Soleil. Maman part. Deux jours sans se disputer. Elle a même paru apprécier les périodes de délire que sont (souvent) les repas. A retenir des conversations du déjeuner: dans l'hémisphère sud, le soleil se trouve de l'autre côté de l'écliptique, il convient d'en tenir compte lorsque qu'on essaie de planter sa tente au mieux pour la sieste (souvenir d'un voyage de ma mère au Bostwana).
H. est rentré furieux d'un passage chez les revendeurs Apple rue du Renard: son écran 30 pouces vire au vert depuis deux ou trois semaines, en anglais le bug s'appelle "dancing pixels". Verdict: le défaut est connu, cet écran n'est pas réparé, les revendeurs en font l'échange standard, s'il n'est plus sous garantie, cela revient à en acheter un neuf... Une petite fortune. Quelques recherches sur Internet plus tard, nous trouvons la cause du problème et sa solution (c'est si bizarre que je l'écris ici, dans l'espoir de rendre service à quelques geeks égarés): l'écran chauffe trop, il convient donc d'en régler la luminosité et la bande passante (voir la réponse de Richard Jacobson ici (le 27 octobre 2005)), le logiciel de contrôle de l'écran se télécharge ici.
Je ramasse Le Jeu de la dame qui traîne sur la table du salon, H. l'a relu hier, je l'ouvre, je m'y plonge, je prépare du thé.
Je me demande si je vais bloguer ce soir, moins on blogue, moins on blogue, je ne sais plus si j'ai envie/le courage d'être sérieuse ou pas, par instants je voudrais ne connaître aucun de mes lecteurs pour me sentir libre de pondre soit des posts à mourir d'ennui, soit des posts total délire, mais je sais bien que les quelques personnes avec qui j'ai "naturellement" envie de discuter désormais sont toutes des blogueurs ? ce qui n'est pas sans poser quelques problèmes avec toutes les autres (je m'ennuuuiiiie. Rien à leur dire).
Je décide de me plonger dans cette recension lacunaire, temps qui passe. Il s'agit d'écrire ou de cesser d'écrire. Il n'y aura pas, as usual, de juste milieu ("le sens de la mesure", dirait le psychiatre dans Mrs Dalloway).
Pendant que je tape ces lignes, H. et C. hurlent de rire en lisant les commentaires de ce post (si vous m'offrez le T-shirt trollesque des commentaires, je jure de le porter). C'est très geek, ce soir.

Soirée paisible

Eu A-C au téléphone, longuement. Désormais elle dit de Jean qu'il est attardé. Il bave un peu. Il va être opéré pour un testicule non descendu le 22 avril. Je me suis engagée à aller la voir durant ma semaine de vacances. Il faudra que j'y pense.

Les enfants jouent à Puissance 4 dans la chambre d'Olivier. Je suis heureuse ("mauvais riz"), quelle vie paisible, j'ai souhaité si souvent qu'ils jouent ensemble ainsi, ils étaient trop petits. Nous sommes trop pressés. Dieu, quelle bénédiction, ces enfants si gentils, solidaires, en bonne santé. Comment assez vous remercier?

J'ai identifié un nouveau dysfonctionnement de moi-même : j'ai du mal à envisager de faire un métier qui me plaît dans un domaine qui me plaît et être payée. Bah…

Il faut que je descende dire au revoir, me démaquiller. Je n'étendrai pas le linge ce soir. Demain matin, réunion préparatoire au pélerinage de Chartres, le soir concert de Claude et des problèmes vestimentaires en perspective. Quand vais-je transcrire Proust?

Il n'y a plus de raison de surfer. Les amis n'écrivent plus.

Le paradoxe de Zénon

— Mais tu ne t'es pas mis en pyjama !
— J'ai commencé…
— Viens voir ici… fais voir.
Il approche, je regarde son pantalon, il est exactement dans la tenue dans laquelle je l'avais laissé.
— Hmm... tu as commencé ?
— J'ai essayé de commencer.

Espace extensible

— Tu as fait tes devoirs ?
— Non, il faut d'abord que je finisse de ranger ma chaise.

Situation I

Lorsque j'étais en terminale, je lisais Fanshen, je ne sais plus pourquoi. Le midi, je m'échappais du lycée, je lisais en marchant, j'allais jusqu'à la basilique, je m'installais dans la nef, je lisais dans l'odeur d'encens.





Parce que j'ai été très malheureuse au collège et que C. était très malheureux au collège, je l'ai sorti de là et je l'ai mis dans une boîte privée. Depuis il n'est plus malheureux, il vit avec décontraction, un club Med permanent, en quelque sorte.
H. est furieux, râle à cause du prix et du je-m'en-foutisme de C. La seule façon de le faire taire (et encore, ce n'est pas sûr), c'est que je puisse financer cette école sur mes deniers (ou remettre C. dans le public (mais je n'aime pas l'échec)). Donc il faut que je change de boulot, que je retourne faire ce que je détestais, parce que cela paie mieux.
Et tout ça juste parce que je suis têtue, car si C. m'en sera peut-être vaguement reconnaissant, il ne fera pas le moindre effort pour autant, et H. regrettera que le surplus de recettes serve à "payer cette école pour gosses de riches".
J'en ai marre.

Mes lunettes

Mardi soir dans le métro, je tire mes lunettes de leur étui, j'ai dans la main une branche et un verre, elles se sont cassées au niveau du pont qui réunit les deux verres, la soudure a cédé.
La femme sombre et trop maquillée en face de moi ne peut retenir un sourire, je lui en veux, j'ai cassé mes lunettes.

Ma première paire datait de novembre 99, je m'en souviens très bien, ç'avait coïncidé avec les 35 heures: ayant étourdiment déclaré que lorsque je les mettais, je devenais si concentrée que je n'entendais plus rien (ce qui est toujours vrai, d'ailleurs, mais moins), Philippe avait ri et déclaré que c'était la solution des 35 heures: des lunettes pour la productivité.
Je les ai perdues lors d'une algarade dans le métro, en septembre 2006.

Lorsque je suis retournée chez l'ophtalmo, j'ai eu la fierté de constater que ma vue n'avait pas bougé (je surveille tous les signes du vieillissement, cheveux blancs, empâtement, raidissement, douleur, changement de la vue, avec curiosité et inquiétude: qu'est-ce que ça va donner? Toujours cette vie qu'on est obligé de vivre du premier coup, sans entraînement ni expérience). J'ai choisi des lunettes prune, en titane.

H. m'a dit le soir que s'il y avait tant d'objets en titane qui circulaient actuellement, c'est qu'on démantelait les sous-marins nucléaires russes. Un abîme s'est ouvert, le même que celui qui s'ouvre quand j'essaie d'imaginer un nombre décimal de plus entre deux nombre décimaux, ou les étoiles derrière les étoiles, est-ce que le métal de mes lunettes avait connu les profondeurs de la mer baltique, les grandes pressions, qu'avait-il vu que je ne saurai jamais?

Hier au petit déjeuner C. m'a dit que j'étais un monstre: j'avais grillé un ordinateur (par imposition des mains) et cassé des lunettes en titane.

Etourdie

Hier, dîner de post-réveillon avec mes beaux-parents, feu dans la cheminée, potage de poireaux et foie gras.

Au milieu du repas, j'ai trop chaud et commence à enlever mon pull quand une idée me traverse l'esprit tandis que j'ai déjà la tête cachée par le vêtement; je rabaisse précipitamment les mains pour me tâter les côtes et m'exclame étourdiment :
— Ouf, j'ai eu peur de n'avoir rien dessous.
Les têtes se sont tournées, tout le monde s'est tu puis a éclaté de rire tandis que H. et moi devenions tout rouges.

Certains repas sont plus fatigants que d'autres

— Il m'a insultée; il m'a traitée de conique!

— La structure du centre Beaubourg est globalement tubulaire, localement cylindrique.

— Donc pour toi, aucun problème entre l'œuf et la poule?
— Aucun, on a toujours d'abord un œuf.
— Mais comment tu as l'œuf?
— A la base, par un lézard. Enfin bon, sauf du point de vue théologique, dans ce cas, on a d'abord une poule: Dieu a créé la poule.

— On est tous des cônes.

— Mais Louis XIV était enfant, sa mère était gérante...
— Gérante?
— euh...
— Celle-là, je te jure que je la mets sur mon blog.

Un lapsus

C. m'envoie une carte postale de Florence. Le cachet de la poste porte la date du 19 octobre.

C. a daté sa carte du 18 mai, et cela suffit à m'apprendre que le voyage fut heureux.

Crédulité zoophile

— Arrête de bâiller comme ça, on dirait un hippopotame!
— Je sais, c'est comme ça que j'ai séduit ton père. En frétilant des oreilles, aussi.
— C'est vrai ?

Dimanche ferroviaire

8 h – lever. Dernières vérifications des valises, ce qui n’empêchera pas d’oublier lunettes de soleil et tongs de A. (J’ai comme l’impression que cela ne va pas lui manquer (hélas)).

9h30 – départ

10h35 – arrivée à la gare Montparnasse. J’y abandonne C., et lui abandonne mon livre Les aventures d’un tee-shirt dans l’économie globalisée puisqu’il a oublié le sien. (Il a quand même cinq heures de train à endurer). Cela va lui donner un petit air alter-mondialiste… M’étonnerait qu’il en lise plus de cinquante pages, mais un livre, c’est comme un doudou : une affaire de présence.
Pour la peine j’erre une demi-heure dans la librairie de la gare et repars avec Notes d’un souterrain de Dostoïevski.

11h30 – Je gare la voiture gare d’Austerlitz. Je prends les bagages de O. Nous traversons le pont Charles de Gaulle à pied.

11h50 – Nous arrivons gare de Lyon au lieu de rendez-vous de départ de colonie de O. Une heure et quart à attendre, les organisateurs ont prévu large. Nous émargeons puis allons prendre un café. La voie du train n’est toujours pas indiquée. Notre voisin de table a un tatouage étonnant sur tout le bras droit, un motif de rectangles très art contemporain, Mondrian en noir et blanc. Voilà qui change des motifs celtiques ou hindous.
J'achète les billets pour A. et moi, en pestant contre les écrans tactiles qui restent impassibles sous mes doigts. Ce n’est qu’après dix minutes et plusieurs tentatives que je découvrirai qu’il faut effleurer l’écran et non appuyer dessus comme une malade. A. est écroulée de rire.

12h50 - Nous retraversons la garde de Lyon puisque bien entendu la voie du train est la plus éloignée possible du point où nous avions rendez-vous. Je préviens O. : « Nous ne resterons pas jusqu’à ton départ, sinon nous allons rater notre train. — C’est pas grave. » Visiblement la seule chose qui lui importe, c’est qu’on s’en aille le plus vite possible, qu’il puisse enfin lire son Picsou tranquille.

13h10 - Retour à la voiture gare d’Austerlitz, je récupère les bagages de A. Nous trouvons des places dans notre train.

13h35 – Départ pour Blois.

21h21 – Gare de Blois, je rentre seule à Paris. Le train a dix minutes de retard. Je m’installe où il reste de la place, dans l'un des quatre fauteuils centraux des voitures. En face de moi un jeune homme avec un coup de soleil (beaucoup de coups de soleil en général, les gens ont vraiment voulu profiter de cette première journée ensoleillée), à côté de moi au jeune homme le bras dans le plâtre. De l’autre côté de l’allée, une famille occupe les quatre sièges, lui, géant, elle, très jolie, enceinte de cinq mois environ, et une fille et un garçon très blonds de 18 mois et trois ans. Ils sont calmes. Ils s’énerveront peu à peu, c’est inévitable, il est tard, bien trop tard pour eux.
Je commence Dostoïevski en négligeant la préface de Todorov.
Le petit garçon se met à chanter très fort « Papa a pété, papa a pété », les parents ne réagissent pas (ils ont raison), la petite fille joue à la dînette, son frère veut manger du bébé, le père s’insurge, la mère rit, je pense à Swift. Ils sont bruyants et incohérents, le jeune homme à côté de moi les regarde avec ébahissement, bouche ouverte, œil exorbité. Il n’est pas près d’avoir des enfants.
La petite fille pleure, j’essaie de dormir.

La petite fille pleure de plus en plus fort, le père est totalement inerte, la mère très calme, toujours aussi jolie (mais qu’est-ce qu’elle fait dans cette galère ?), déplie une poussette dans l’allée, y met sa fille et tente de la calmer en marchant.
Quelques minutes passent, elle revient, le train s’arrête à Orléans, les deux jeunes hommes descendent, j’ai les quatre places pour moi seule, la poussette bloque le passage, le couple qui vient de monter ne peut pas avancer.
Et c’est la catastrophe.
Il reconnaît la famille de l’autre côté de l’allée, s’exclame, s’embrassent, parlent en français, en italien, tout le wagon en profite, le vacarme est ahurissant, ils s'installent en face de moi sans un regard et continuent à parler avec l'autre côté de l'allée. J’attends un peu, au cas où ils reviendraient à la raison et adopteraient un ton plus mesuré.
Las.
Je me lève et vais m’installer exactement à la même place dans l’autre partie du wagon. J’essaie de dormir. Le train est déjà en train de s’arrêter aux Aubrais, l’homme en face de moi rassemble ses affaires, je remarque ses mains, énormes, enflées, rouges, pelées, mais qu’a-t-il fait, la brûlure semble monter jusqu’aux coudes, il y a des tâches rouges sur les biceps. Ce n’est pas possible, il a voulu égoutter les frites à la main… Le voir saisir ses affaires avec cette peau à vif me fait mal, il ne paraît pas souffrir.

Le train repart, le compartiment est calme, de l’autre côté de l’allée, à la place de la famille infernale, se trouvent deux jeunes hommes, l’un regardant une vidéo, l’autre lisant Courrier international.
Je dors.
Je suis réveillée par une voix, malédiction le DVD est fini et l’homme téléphone, interminablement, à voix haute, il est 23 heures passées, il raccroche, demande à son copain de rappeler la fille avec laquelle il était en conversation, il veut obtenir qu’elle les invite à venir dîner quand ils arriveront à la gare parce qu’il n’a pas envie de manger des tagliatelles, son copain résiste, il doit trouver comme moi que cela n’est pas tout à fait poli, la conversation s’éternise, je suis prodigieusement agacée par cette muflerie tous azimuths, je me lève encore et vais m’installer en première (après tout les contrôleurs sont passés). Je m’endors pour de bon.

Je suis chez moi à minuit.

Douce et Barbe-bleue

Les CHAM (classes à horaires aménagés musique) de l'Essonne ont chaque année un "projet" qui se termine par une représentation à l'opéra de Massy. La participation des élèves se faisant sur la base du volontariat, j'y avais échappé l'année dernière pour cause de mise en scène avant-gardiste, ai-je cru comprendre: «Souffler devant tout le monde sur une balle de ping-pong, c'est trop la honte!»
Il y a deux ans j'avais vu une représentation de Carmen, agréable mais qui ne m'a pas laissé grand souvenir, il y a trois ans Porggy and Bess.

La représentation d'hier soir fut la meilleure de ces trois expériences. Il s'agissait de la réécriture de l'histoire de Barbe-bleue, Douce et Barbe-Bleue: quelques jeunes filles qui s'ennuient décident d'écrire un conte. Il faudra qu'il commence par «Il était une fois» et se termine par «ils se marièrent et eurent beaucoup d'enfants». Oui ou non? Le chœur n'est pas d'accord. L'histoire se déroule, Douce épouse Barbe-bleue, se montre trop curieuse (et c'est encore une histoire de clé), est condamnée à mort. Sa sœur Anne arrive, puis l'histoire bifurque, j'attendrai en vain ma réplique préférée «je ne vois que le soleil qui poudroie et l'herbe qui verdoie», les frères n'arrivent pas, Anne voit des bergers, des moutons, point de poudroiement ni de verdoiement.

Le chœur-pousse-au-crime présentera successivement des ciseaux, un katana puis une tronçonneuse à Barbe-bleue («mais c'est n'importe quoi», s'exclame Barbe-bleue, et je ne lui donne pas tort), et Douce mourra dans d'atroces tressaillements.





Le chœur chantera alors son regret : «Les histoires à l'eau de rose ont cependant quelque chose qui nous plaît…»


Ce fut une belle représentation. J'ai l'amour particulier des costumes, des rideaux qui se transforment l'un en manteau pour Barbe-bleue, l'autre en robe de soirée puis, retourné, en robe de mariée, le troisième en jupes pour quatre péronnelles avant de devenir des casaques de mousquetaires, sans compter la table du salon qui servira de jupe à panier à la mère de Douce…

Le mystère des valises qui ne ferment plus

Je ne sais si c'est le rhume rapporté de vacances (dû à l'air marin, au parfum des glycines, à la pressurisation de l'avion?), l'âge (puisqu'on dort moins en veillissant, c'est bien connu) ou la preuve que j'ai assez (trop?) dormi pendant les vacances, mais je suis réveillée depuis une heure et je n'arrive pas à dormir.

Un post un peu exhibitionniste pour se remettre en jambes. Il s'agissait à l'origine de comprendre pourquoi les valises ne fermaient plus au retour ("Je ne comprends pas, on n'a pourtant rien acheté").

Sont donc revenus dans nos bagages sans être partis avec nous quatre chemises, une chemisette, un chemisier, une robe, une cravate, une paire de chaussures pour homme (mais une autre a été jetée sur place: compensation), une paire de chaussures pour femme (pour aller avec la robe), Les élégies de Duino aux éditions Rivages, bilingue, commentées par Hannah Arendt, irrésistible (acheté au départ à Roissy, prise de la crainte soudaine de manquer de lecture avec "seulement" Le Journal de Travers (!)), Souvenirs du monde, Ricordi di un tempo perduto d'Elisabeth de Gramont (le titre en français repéré à la devanture d'une librairie d'occasion m'a fait espérer un livre en français, le livre est en italien mais le libraire était si aimable dans un français si parfait à l'accent si charmant que je n'ai pas eu le cœur de ne pas acheter le volume, je l'ai pris en me disant que je pourrais toujours l'offrir… Mais finalement les photos à elles seules valent la peine «a destra: Corise de Noailles, nata de Gramont, sorellestra di Elisabeth de Gramont. È considerata la prima sport-woman in Francia»), des spaghettis n°13 ("Aaaaah, on n'en trouve pas en France, ils s'arrêtent à 11!"), un maillot de foot du Brésil n°9 Ronaldo (je sais, je sais), deux petites briques de crème italienne "panne" (on en trouve difficilement en France chez certains traiteurs italiens), une bouteille de shampooing (même marque qu'en France, mais tandis qu'en France il est indiqué "au lait", en Italie il est précisé "au lait végétal" (?)), des ciseaux à ongles, des kleenex, de l'aspirine, de l'efferalgan, du spray pour la gorge, de la vitamine C (la pharmacienne ne parlait qu'italien (nous avons trouvé les Vénitiens adorables, jamais je ne serais aussi patiente qu'eux avec les hordes de touristes (à leur place, je créerais des endroits réservés aux citoyens (d'ailleurs ce n'est peut-être pas pour rien que c'est la Guidecca qui se repeuple))), un crayon souple de 60 centimètres de long, rouge, une gomme souple en forme de long boudin (25 cm) vert fluorescent, un crayon se terminant par un gens d'arme en métal, un canon taille-crayon, un tee-shirt noir brodé du lion de Venise taille M, c'est-à-dire n'allant à personne, une reproduction des Noces de Cana du Tintoret et le lot de dix cartes postales des Titien de la sacristie de Santa Maria della Salute, un miroir convexe comme celui des Époux Arnolfini (boutique Canestrelli à deux pas du rio de La Toletta, Dorsoduro 1173), une bouteille poussiéreuse d'encre Montblanc couleur bordeaux (pas vraiment en vente, je pense, elle décorait la vitrine d'un tabac sans doute depuis longtemps. Me voilà tranquille pour trois ans (le temps d'une bouteille) (cette couleur n'est plus vendue en France)), un arc en plastique rouge et trois flèches qui ont servi à attaquer l'Arsenal (si, si), une dague en plastique, des fils à scoubidou et Venise: une invention de la ville (XIIIe-XVe) (après une discussion sur les égoûts et les contraintes urbanistiques propres à Venise).

Outils

Je m'absente donc une semaine. Je n'ai pas eu le temps d'installer (de faire installer) un anti-spam sur ce blog donc pas de panique s'il est brutalement envahi par n'importe quoi, je ferai le ménage en rentrant. (C'est une évidence, mais comme je déteste voir le blog des autres soudain envahi de mauvaises herbes, j'ai à cœur de vous prévenir).

Je ne sais pas si je pourrai écrire. Il y aura des e-cafés, bien sûr, mais la difficulté n'est pas technique : en vacances comme en week-end, le temps ne m'appartient pas, ce sont les moments où je suis le moins libre. C'est le temps de la contrainte. Il ne faut pas trop que j'y pense.
On va dire que le besoin de vacances me rend pessimiste.
Enfin, on verra bien.


PS : J'ai hésité sur le livre à emporter : les cinq tomes restant du Vicomte de Vaullabelle ou Journal de Travers? Finalement j'emporte le tome I de celui-ci, uniquement pour ne pas être trop à la traîne de vos lectures conjointes… Cela m'ennuie parce que je sais que chaque page va faire naître des correspondances que j'aurai envie de vérifier et que je n'aurai ni ma bibliothèque ni Vaisseaux brûlés sous la main.

À ce propos, pour ceux que cela amuse, je signale qu'il est toujours intéressant de faire une recherche sur un ou des mots dans Vaisseaux brûlés. (Utilisez le point d'interrogation en marge de droite).

Règle de vie

— Mais pourquoi m'as-tu demandé de descendre ?
— Parce que pipe.
— Parce que quoi ?
— Pas d'initiatives, pas d'emmerdes.

Les traditions se perdent

— C'est un volcan que tu es censé faire dans ta purée, pas une tête de mort !
[…]
— Un peu de sauce dans tes orbites ?

Lucia di Lammermoor

La mise en scène est terrifiante ou stupide, si la chanteuse s'en sort sans une entorse ou une fracture avant la fin des représentations, ce sera un miracle.
Elle chante magnifiquement, pourquoi lui demander de courir, de traîner des cordes, de faire de la poutre? C'est un test, une épreuve pour Intervilles?
Heureusement, elle chante magnifiquement, et l'on finit par oublier tout le reste.

J'ai pleuré comme une Madeleine.


(— Mais c'est idiot, elle n'avait qu'à se sauver et à épouser qui elle voulait.
— Ma chérie, les tragédies sont toujours très bêtes, il suffirait de ne pas se préoccuper de son devoir, de sa famille ou de sa patrie, pour qu'il n'y ait pas de tragédie. C'est d'ailleurs pour cela qu'il n'y a plus de tragédie. Tu comprends?
Elle n'a pas l'air convaincue.)


ajout le 14 décembre 2009
Trois ans plus tard, mon fils se souvient surtout que je me suis exclamée à un moment de la mise en scène: «Mais ils forniquent dans la brouette!»

Au bon goût de brûlé

Question à O., sept ans:

— Et tu sais ce que ça veut dire, S.P. ?
— Saveur pompier !

Comment RC a changé ma vie

Si j'avais lu Renaud Camus à vingt ans, je n'y aurais sans doute rien compris et l'aurait refermé pour longtemps, voire pour toujours. J'avais vu son nom plusieurs fois sur les rayonnages des librairies ou des bibliothèques: quand même, fallait douter de rien pour s'appeler Camus et écrire sous ce nom en espérant être lu!

En flânant sur le site me revient à la mémoire la réflexion de Eudes : il faut que les livres de Renaud Camus arrivent au bon moment dans notre vie. Il s'agit vraiment d'une rencontre, c'est très étrange. C'est sans doute à rapprocher des divers messages de remerciements ici et là sur le site, Eudes, Gab, Frédéric, Henri, Jean Paul,… (Pardonnez-moi d'ainsi nommer, mais je veux illustrer que cela n'arrive pas une fois par hasard: cela arrive souvent, à l'échelle du nombre de personnes intervenant sur le site).

Renaud Camus a sans doute changé ma vie. Je crois qu'il a surtout changé la vie de mon entourage:
C — Mais en fait, ça fait combien de temps que tu lis Renaud Camus?
Moi — Un an et demi
C — Seulement un an et demi ?!
H — Heureusement pour nous!

Il n'a pas tort, mon Dieu, il n'a pas tort.

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Ce billet était à l'origine un message sur le site de la SLRC.
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