Billets qui ont 'vie en entreprise' comme mot-clé.

Méticulosité bancaire

Le questionnaire de «relations avec des pays étrangers» est retoqué par la banque parce que «la date n'est pas sous format mm-dd-yyyy». Ça m'agace et ça me fait rire; je décide d'attendre lundi pour appeler (et dire que dans la mesure où il n'y a pas d'ambiguité possible (pas de mois "23"), il n'y aura pas de correction: cela ou rien. Après tout nous sommes les clients).

Ergo du vendredi au club. C'est l'entraînement le plus dur.
Resto réunionnais. A l'étage il y a de quoi inviter une cinquantaine de personnes. (Toujours à la recherche d'un lieu pour boire un verre pour fêter nos trente ans de mariage.)

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Bibliophore. Dans les livres de poche, le bibliothécaire a écrit sa synthèse au stylo-bille.
Faulkner Le Bruit et la fureur (poche 1966 «Un livre fascinant en partie rapportée par un être à peu près idiot»)
David Lodge, Hors de l'abri (grand format)
Bernanos, Sous le soleil de Satan (poche 1966 «Roman qui conte la double histoire d'une jeune fille et d'un vicaire de campagne aux prises avec le démon»)

Reprise

Ce soir il reste une quinzaine de mails dans ma boîte pro. Je suis contente de moi (cent soixante six le 20 décembre).
J'ai effectué les deux formations obligatoires en ligne qui devaient être suivies «avant le 30 décembre» (loi Sapin 2 et cyber-sécurité): ce n'est pas que ce soit inintéressant mais c'est si lent, si long, que je retarde toujours le moment de m'y mettre.
J'ai un rendez-vous avec la RH groupe demain.
Deux virements effectués le 20 décembre destinés à des achats en bourse ne sont pas passés: il faudra voir ça demain, je n'ai pas ici les mots de passe nécessaire à la connexion. Ça va être difficile de faire le nécessaire avant le 31 au soir (clôture comptable).

C'est à peu près tout.
Sans doute parce qu'O. est absent pendant ses vacances, je commence à comprendre que la vie va être celle-ci désormais, à deux. C'est bizarre, une aussi grande maison, autant de place, pour deux. Je suis déstabilisée, peut-être à cause du contraste brutal six en appartement/deux en maison.

Libérées délivrées

C'est la semaine (notez le progrès par rapport aux trois années précédentes où c'était un mois entier) où le RER A est fermé. Cette année, c'est entre Vincennes et Auber.

Je travaille chez moi, je ne vais que rarement au bureau, une à deux fois par semaine. Chemin classique hier, ligne 1 gare de Lyon puis RER A à la Défense; aujourd'hui départ d'Olympiade (après décapotable et croissant paresseux au café), sortie à Madeleine et marche jusqu'à Auber (ce qui m'a permis de découvrir une boutique Ekyog, la marque qui avait fermé sous notre nez à St Brieuc et que nous pensions cantonnée à la Bretagne).

Si aujourd'hui j'y vais, c'est que doit avoir lieu la bascule de la compta hébergée sur nos postes à une compta totalement déportée, hébergée chez le fournisseur du logiciel: je ne dépendrai plus des techniciens informatiques indifférents à la mutuelle, refusant de consacrer les deux heures annuelles nécessaires à la mise à jour des versions du logiciel.
J'étais inquiète le matin, craignant un os du type "il nous faut absolument un mot de passe administrateur", mais tout c'est bien passé: hourra, nous sommes libres et indépendantes, nous ne dépendons plus de ce bunch of dummies!!

(Maintenant il me reste à payer la facture 2018 de refacturation interne en en déduisant le coût des informaticiens qui n'ont jamais fait leur travail. Incroyable que nous n'ayons jamais été relancées pour cette facture qui dépasse les deux cent mille euros (elle porte sur bien d'autres choses que les deux heures d'intervention informatique: je veux juste ne pas payer le montant exact afin de gêner le lettrage automatique et gripper le système).

Sur Arte, La Fiancée du pirate puis le début de Rubber (mais qui m'en avait parlé?)

Dîner chez Roberta. Pizza aux truffes. Il fait frais.

Mystère postal

Aujourd'hui je suis allée travailler au bureau, en partie pour relever le courrier et y répondre. Une grosse pile de NPAI (n'habite pas à l'adresse indiquée) m'attendait. Lenteur: lettres postées le 3 janvier, revenues à l'expéditeur le 12 août.

Etrange : une lettre postée le 3 janvier à l'intention d'une adhérente décédée le 11 février nous revient le 12 août. Où était cette lettre entre le 3 janvier et le 11 février? Il faut bien admettre qu'elle n'a éte distribuée qu'après la mort de la vieille dame, au moins une semaine, quinze jours après, le temps que les héritiers relouent l'appartement ou la maison, fassent disparaître son nom de la boîte à lettres.
Et ensuite? Où était-elle entre le 20 février et le 12 août? Quand les lettres ont-elles été réellement distribuées?

L'avenir est plein de promesses

Trois meufs à la cafétéria de la boîte, une enceinte de six mois. Je chope la conversation au vol:
— mais tu dois bien te rendre compte qd tu vieillis que tu diminues
— déjà quand tu peux plus te lever de ton lit
— moi je pense que dans quelques années on aura un kit d’euthanasie à la maison.

Un esprit non soupçonneux

Je fais partie du bureau de l'association sportive des entreprises du groupe. Nous avions organisé un déjeuner pour Laurent, le salarié de l'association, qui part à la retraite après quarante-huit ans dans le groupe (et la même entreprise) (comme il a un an de vacances à prendre qui génèrera trente jours de congé supplémentaires et des RTT, il partira avec quarante-neuf ans de carrière).
Cela aurait dû être surprise — nous tous l'attendant au restaurant où l'entraînerait sa collègue sous un faux prétexte — mais il y a eu incompréhension et maladresse et plusieurs se sont retrouvés à midi à papoter dans les locaux de l'association.

Le plus extraordinaire, c'est que Laurent n'a rien trouvé étrange: il voit arriver cinq administrateurs à peu près au même moment, dont deux de Bordeaux, et sa seule réaction est «je suis désolé, il faut que nous partions, Clara a gagné deux places au restaurant et nous allons être en retard. […] Bon allez, à bientôt, enfin peut-être pas, parce que je pars en congé à la fin du mois et je ne reviens pas…»

Et il s'apprêtait à partir car il déteste être en retard.


Restaurant sur le lac au bois de Boulogne. Beaucoup ri et sans doute un peu trop bu pour mon entraînement à l'ergo du soir. Fourbue.

Free sans illusion

Pour une fois j'ai demandé un accusé de réception lors de l'envoi d'un mail. Free m'a envoyé le message suivant lorsque mon message a été ouvert :
Le mail envoyé le xxx 2019 10:03:05 GMT+01:00 au destinatairexxx@free.fr avec l’objet "xxx" a été affiché. Cela ne signifie aucunement que ce mail ait été lu (ou compris). Reporting-UA: 88.178.2xx.xxx

Un coup de fil

Aviron à midi : RER A, La Défense, métro ligne 1.

Sur le quai, coup de fil. C'est la commissaire aux comptes: «Allô, j'appelle pour nous régler les détails de notre venue lundi».
Je balbutie : — Vous venez lundi ?

J'ai complètement oublié. J'avais revu mon agenda en début de semaine, relu des mails: je n'avais rien vu sur les CAC. Je n'avais pris aucune note sur leur venue.
Eh bien voilà.
Elle me propose de décaler sa venue (avec une junior). Je sais combien son emploi du temps doit être serré en ce moment, elle est responsable de mission pour la première fois, c'est une jeune femme, je ne peux pas lui faire ça: «Non non, venez, je vais me débrouiller».

Ma voix n'est toujours pas revenue. Je rame dans le huit pour la première fois depuis un mois.

Jeudi ordinaire

Voiture (bleue) le matin. Partis tard, flemme.

Temps splendide. Barré le huit (entraînement Bruges). Agathe très appliquée à la nage. Rencontré Laura dans les vestiaires (quelle émotion).

Conf call avec les zozos. Silence de mort quand je décris les bizarreries du paramétrage, quand je prédis le bordel jusqu'en septembre s'ils ne font pas appel à nous (nous tous entreprises connaissant nos adhérents), jusqu'en mai sinon.
Eux nous promettent le 15 mars. (Dans leurs rêves. En plus il va y avoir les vacances, moins de monde plus de jambes cassées.)

Dîner au "Temps des cerises".

En rentrant, vidé une étagère encore.

Photo de l'arrière-cuisine : le tuyau noir passe par l'un des trous percés par Darek dimanche. Dans le tuyau, trois fils internet en fibre optique (je ne connais pas le vocabulaire) montent à l'étage. Le boîtier blanc permet d'installer des prises RJ45.

2019-0213-fibre-cuisine.jpg

Retour karmique

Il y a quelques années existaient les clauses de désignation :
Ce mécanisme est le suivant : les entreprises doivent obligatoirement s’assurer auprès d’un ou plusieurs organismes assureurs choisi(s) par les organisations syndicales représentatives des employeurs et des salariés au sein d’une branche professionnelle. En contrepartie de cette exclusivité, l’organisme est tenu de couvrir tous les salariés du secteur concerné, sur la base d’un tarif unique. Les risques sont ainsi « mutualisés » au sein de la branche, comme si elle constituait une seule et même entreprise, alors que selon les défenseurs de ce système, sans celui-ci, les entreprises se verraient proposer des tarifs très différents, en fonction notamment de leur taille et de l’état de santé actuel ou futur de leurs salariés.
Si la mutualisation sur un grand nombres de têtes permettaient de faire baisser les tarifs, en revanche ces clauses rétrécissaient le terrain des assureurs exclus de fait des branches qui ne les avaient pas choisis: chaque assureur avait ainsi sa chasse gardée et ne pouvait empiéter sur celle des autres.
Désireux de gagner des parts de marché, les assureurs ont plaidé pour la fin des clauses de désignation et la possibilité pour chaque entreprise de choisir librement sa couverture prévoyance et santé. Ce fut chose faite en 20131.

C'est alors que les assureurs découvrirent qu'ils avaient eux-mêmes au niveau de la branche assurance un système qui s'apparentait à de la désignation, avec l'affiliation obligatoire au RPP (régime de branche) géré par le BCAC (GIE piloté par dix co-assureurs).

Marche arrière toute, recours devant le conseil d'Etat, le conseil constitutionnel,… Rien n'y fait, la fin de la clause de désignation est confirmée, les assureurs sont désormais libres de choisir la complémentaire santé de leurs salariés, ils ne sont plus liés au RPP.
Le BCAC, inquiet que ses affiliés ne le quitte, décide alors de changer de prestataire de service (pour rembourser les soins et verser les rentes d'invalidité): puisque B2V ne donne plus satisfaction (informatique vieillissante), il choisit en décembre 2017 de le remplacer par Cegedim, à la grande colère des organisations syndicales qui s'estiment mises devant le fait accompli.

2018 se passe sans que nous, opérationnels, ne soyons jamais questionnés sur notre métier et les particularités de nos populations: tout juste une question de transco (transcodification) en décembre qui me paraît étrange, mais personne ne creuse (quoi qu'il en soit en décembre pour janvier c'est déjà trop tard).
Le 4 janvier (retour au bureau), les premiers salariés appellent pour se plaindre.
Cela ne s'est pas amélioré depuis lors. Cegedim le preux qui devait faire oublier B2V le minable fait preuve d'une redoutable incompétence. La grogne grandit.

Vouloir empêcher le départ de ses affiliés en remplaçant un prestataire à bout de souffle par un prestataire qui accumule tant de boulettes2 qu'on se demande s'il le fait exprès… epic fail !





Note
1 : Deux ans plus tard offrir une complémentaire santé à ses salariés devenait obligatoire pour toutes les entreprises (obligation effective à partir de 2016), ce qui donnait tout son sens au libre jeu de la concurrence.

2 : aujourd'hui j'ai reçu le fichier des prestations d'une autre entreprise que la mienne (avec noms des salariés et leurs coordonnées, pas très RGPD)… et un mail adressé à toutes les entreprises adhérentes sans mettre les destinataires en copie cachée… C'est le stress qui leur fait accumuler les erreurs, où ils s'en fichent de façon abyssale?

Déménagement et réemménagement

Je quitte le bureau à 16 heures : des ouvriers viennent déménager nos meubles du quatrième au premier étage. J'emmène mon ordinateur, j'ai obtenu de travailler le plus possible à domicile jusqu'à ce qu'on nous ait trouvé un meilleur emplacement que ce sombre réduit au premier étage qui ne peut être autre chose qu'un lieu de transition.

A. est à la maison pour le week-end ; H. est rentré de Nantes.

Jeu de lits musicaux: nous réintégrons notre chambre abandonnée depuis le 14 janvier, O. reprend son lit et rend le sien à A. Ça fait du bien d'être moins à l'étroit. O. est en train de devenir agressif, le capharnaüm de la maison commence à lui peser. Les ouvriers nous laissent une semaine pour vider le salon (de ses livres) avant de continuer les travaux.

O. a récupéré les cinq Langelot recommandés en début de semaine après avoir perdu une précédente commande pendant les vacances de Noël. Ainsi j'aurai les éditions les plus anciennes à faire relier.
Pour mémoire: Langelot et le gratte-ciel, Langelot chez les Pa-Pous, Langelot et les crocodiles, Langelot et la voyante, Langelot suspect.

Dans les bureaux déserts

Nous sommes les deux seules salariées de A hébergées dans les locaux de l'entreprise B. Par conséquent les bureaux sont déserts puisque que tout B assiste aux vœux de la direction je ne sais trop où.

Et sur le plateau désert je peux crier « CONNARD ! » tout mon soûl.
Ça fait du bien.

C'qui prouve qu'En protestant quand il est encore temps On peut finir par obtenir des ménagements

Hier trois réunions : une pour préparer la conf call avec le prestataire, la conf call, puis une avec les commissaires aux comptes.
Par ailleurs, appris que nous allions déménager. Cela fait longtemps que le projet suivait son cours et nous étions demandeuses: demandeuses d'un endroit plus calme et plus confidentiel.

L'endroit qu'on m'a présenté à midi est une plaisanterie. J'étais si choquée que je l'ai contemplé sans rien dire, sans protester… un recoin sombre devant le couloir menant aux toilettes… Nous proposer cela au moment où nous tenons la mutuelle à bout de bras, faisant face sur tous les fronts… Ça c'est du management intelligent.

Pas beaucoup dormi cette nuit. Ce matin j'ai fait appel au président de la mutuelle. Il nous a réglé ça en deux coups de cuillère à pot (ie, en une heure). Le hic, c'est qu'il est trop tard ou trop tôt pour aller dans le bureau qui nous est maintenant promis pour mai (et là, l'un des plus beaux de l'immeuble: y'a pas d'milieu) et donc nous allons passer deux ou trois mois dans ce trou à rat.

Je me sens si humiliée que j'ai hésité à le raconter ici. Courage !

Sécurité sociale : tous libérés délivrés


Billet technique plutôt à l'usage des vieilles générations : depuis le 1er janvier 20191, plus aucune personne majeure n'est "rattachée" à son conjoint (ou conjointe, mais c'est plus rare).
A priori les enfants majeurs ne doivent plus non plus être rattachés à leurs parents.

— Allô, ma femme a reçu une lettre qui lui dit qu'elle ne m'est plus rattachée… est-ce qu'elle est toujours couverte par ma mutuelle2?

Réponse : oui.

A faire : se créer son propre compte sur Ameli. Vérifier sous l'onglet "mes informations" que le nom de votre complémentaire apparaît dans la case "complémentaire". Cliquer et vérifier que la télétransmission est à "oui".
Si non à l'une de ces vérifications, envoyez (en pdf) une attestation sécu à votre complémentaire en demandant la mise en place de la télétransmission.
Et voilà.

J'en profite pour dire du bien des pharmaciens: heureusement qu'ils sont là, ils servent de relais administratif, de pédagogue, de psychologue, de trésorier/banquier (en acceptant d'attendre des règlements)… Ils aident aux déploiements technologiques comme la carte vitale (mise à jour dans les bornes, explications, etc) ou le dossier médical partagé; et tout ça sans se plaindre. Parfois ils téléphonent aux complémentaires pour aider les plus âgés. Il ne manque plus qu'ils vendent du pain et des timbres…
Une pharmacie par village de plus de mille habitants serait-il une bonne idée? Serait-ce viable? (Quelle taille critique pour qu'une pharmacie soit viable?)


Bref, une journée au téléphone, sans compter le message qui essaie de me mettre la pression: «vous comprenez, c'est TRÈS GRAVE, je n'ai plus de carte TP3». Si elle savait qu'elle me fait juste penser «C'est terrible ce qui vous arrive». (Je suis méchante mais ils m'agacent.)
Ou encore «il me faut ma carte TP car je suis en ALD»: ben non mon coco, ça veut dire que tu es remboursé à 100% donc c'est plutôt un contre-argument (oui, pas pour tout. C'est juste pour dire que cela ne m'impressionne pas.)



Notes
1: après trois ans de période transitoire : loi votée le 31 décembre 2015, donc sous Hollande. Non, c'est pas la faute à Macron (jdcjdr).
2: plus probablement une complémentaire santé, c'est-à-dire un contrat. Une mutuelle est une forme juridique; il y en a de moins en moins par défaut de taille suffisante pour respecter les contraintes légales extrêmement lourdes.
3: Tiers payant

Ambiance

Mail pro reçu à 11 heures :
Bonjour,

Compte tenu des événements liés à la mobilisation des gilets jaunes prévue le week-end des 8 et 9 décembre prochains, nous vous invitons à prendre votre ordinateur portable à domicile vendredi soir afin de protéger éventuellement le matériel en cas d'intrusion des locaux professionnels et de pallier aux éventuelles difficultés d'accessibilité des immeubles Immeuble1 et Immeuble2, lundi 10 décembre prochain.

Cette mesure n'est prise que par précaution et nous espérons naturellement que chacun pourra regagner son lieu de travail normalement ce lundi.

Bien évidemment, nous vous invitons à éviter l'abord des ImmeublesXX ce week-end.

Enfin, un numéro vert sera mis en place pour vous donner des informations sur l'évolution de la situation au cours du week-end : 08xxxxx

Ce numéro serait disponible à compter du dimanche 9 décembre 14h.

Bien à vous.
Ce n'est plus à 1934 que je pense, mais à 1788.
Sauf que ceux de 1788 n'avaient sans doute pas grand chose à perdre, alors que ceux d'aujourd'hui vont tout perdre s'ils incendient les lieux de travail des bonnes poires qui continuent à payer pour eux: ils ne se paraissent pas se rendre compte que leur maigre retraite et la prise en charge à 100% des ALD (affection de longue durée) dépendent entièrement du fait que le reste de la population aille travailler tous les matins.


Je pleurerais bien sur le fait qu'en absence de réforme mes enfants n'auront pas de retraite, mais le plus probable est en fait qu'ils meurent du manque d'oxygène (diesel forever).
Beaucoup de pays réfléchissent aux moyens d'équilibrer les régimes de retraite à l'horizon 2030-2040. A cette date, le vieillissement aura atteint les Etats-Unis et la Chine; au Japon et en Europe, la population de plus de 60 ans sera pratiquement égale à celle de 20 à 60 ans.

Mais les calculs faits précédemment montrent que, même avec des hypothèses favorables, en 2040 la consommation d'énergie et les émission de CO2 auront l'un et l'autre été multipliées par 3 rendant probablement la planète invivable. Quelle est alors l'utilité du rééquilibrage des régimes de retraite ?

Patrick Artus, Flash CDC Ixix n° 185, 16 juin 2004

Salut, c'est pour un sondage

(Phrase d'accroche du Colaroshow, me semble-t-il (ça ne nous rajeunit pas. Cette émission a totalement disparu des mémoires)).

La banque Trucmuche nous a envoyé un lien pour un sondage de satisfaction.
Il y avait une seule question: «Etes-vous satisfait de la banque Trucmuche ?»



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Transport : depuis quinze jours, les problèmes se multiplient matin et soir. Ce matin, tous les RER D terminus gare de Lyon étaient supprimés, puis problème mécanique sur le RER A. Ce soir problèmes mécaniques sur le RER A et D.

La disparition des cadres

Matinée au cercle des Pyramides, un cabinet d’experts dans la législation sociale qui organise régulièrement des petits déjeuners de formation et d’information.

Très intéressant comme toujours. J’avais entendu parler de la fusion Agirc-Arrco, mais je n’en avais pas compris la conséquence: la disparition du statut de cadre, «un statut qui n’existe pratiquement qu’en France», «devenu inadéquat à une époque où l’expertise compte davantage que les capacités d’encadrement».

Beaucoup de contrats de prévoyance qui faisaient référence au statut de cadres (créé en 1947) vont devoir être réécrits. Les cotisations sont harmonisées, certains vont y perdre, d'autres y gagner.

L’avocat fait également allusion au projet de Macron de fondre les quarante-deux régimes de retraite en un seul… et évoque le problème des réserves : certains régimes ont de quoi couvrir dix ans de pension, alors que les réserves de tous les régimes représentent 160 milliards d’euros, soit six mois de pension pour tous les régimes confondus.
Je ne suis pas sûre qu’avec les émeutes actuelles ce soit vraiment le moment d’évoquer cela.

Autre sujet ambivalent : afin d’inciter les personnes à partir plus tard à la retraite, ceux qui auront acquis le droit à une retraite à taux plein en 2019 se verront appliquer une décote de 10% pendant trois ans sur leur retraite complémentaire s’ils partent aussitôt. S’ils partent huit trimestres plus tard, ils auront une surprime de 10%, et ainsi de dix en dix pour douze et seize trimestres.
Evidemment, ce n’est incitatif que si l’on en parle, et le moment ne me paraît pas extrêmement favorable. Donc cela va se faire en catimini, les gens vont partir et se retrouver avec la décote de 10% sans avoir été prévenus, ce qui va générer du mécontentement, etc, etc.


Je passe aux Galeries Lafayettes m’acheter une veste car je suis partie si vite ce matin que j’ai oublié d’en prendre une. Dans l'après-midi, entretien en interne pour un poste de chargée de mission auprès d’un directeur. Je crains d’avoir paru trop indépendante.


Puis allemand. J’ai failli ne pas y aller en me disant que j’étais trop en retard, mais le prof l’était plus que moi: bloqué dans le RER B, grand foutoir tout l’après-midi car un train s’est retrouvé, d’une façon que je m’explique mal, sur les lignes du RER, et il n’était pas évident de le dégager. (L’inventivité en termes d’incidents techniques serait une source d’admiration si elle n’était une source d’agacement).

Désormais un ennemi

Le président ayant été autrement réceptif que le trésorier, je faisais ce matin une présentation de « mon » site aux quatre administrateurs de la mutuelle représentant les entreprises: au président favorable, au trésorier défavorable (mais le président ne sait pas que le trésorier a déjà vu et refusé le site), au secrétaire adjoint qui était le seul à ne l’avoir jamais vu. Le quatrième était absent.

Le président ayant maintenu son enthousiasme devant un trésorier ayant senti le vent tourner, j’ai obtenu le droit d’utiliser le site (c’est-à-dire de le diffuser). Me voilà donc en guerre larvée déclarée avec le trésorier dont j’ai soigneusement évité de croiser le regard pendant la présentation. De même, je n’ai pas répondu à ses «félicitations», faisant celle qui n’entendait rien (je n’étais pas bien sûre de ne pas le fusiller de mon mépris).
Encore un qui ne va pas me pardonner d’être plus moderne, plus rapide, plus vivante que lui.



Le soir, Bouillon Racine avec Pascal et Daphné.

La GABO*

Journée de pont.
Peu de monde. Je télécharge une appli pour mesurer les décibels de l'open space: de quarante à cinquante, "maison calme", "rue calme".

Je commande aussi des bouchons d'oreilles. Je découvre l'univers des bouchons pour motards ou musiciens ou fêtards, je reste pensive devant le casque anti-bruit à trois cents euros. Le plus triste est sans doute ce descriptif de casque pour enfants: plutôt qu'obtenir le silence en classe pendant les devoirs surveillés, mettre un casque anti-bruit
(Le silence studieux durant les interrogations ou les dictées faisaient partie du charme de l'école. Comment expliquer cela à ceux qui ne l'ont jamais connu?)


* GABO : gêne acoustique dans les bureaux ouverts

Bilan de la journée

- Déprimé un expert-comptable en lui apprenant qu'un Français sur quatre n'atteignait pas 65 ans. C'est une stat à laquelle on ne s'attend jamais.

- Ecrit en lettres capitales à une dame d'ARRÊTER de téléphoner à tout le monde tous les jours. Elle est hyper-angoissée au sens médical du terme et ses interlocuteurs lui racontent n'importe quoi pour s'en débarrasser (ce soir ils lui ont donné le nom de quelqu'un parti depuis six ans). Je lui ai interdit de téléphoner avant le 11 novembre (m'écoutera-t-elle? Il le faudrait. Elle va vraiment mal. Sentiment d'impuissance devant tant de détresse.)

- Rencontré les artisans qui devraient rénover la maison pendant un mois. Beau chantier (pour ne pas dire bordel) en perspective.

- Fun fact : il y a plusieurs kilomètres de câbles dans les voitures actuelles (Elon Musk a ramené ce chiffre à cent mètres dans sa dernière voiture).

C'est mal parti, suite

Ou plutôt "fin de partie", comme je dis parfois.

Présentation du site à OR, trésorier de la mutuelle.

Bon. Ça n'a pas l'air sérieux mais c'est sérieux : à l'aide, les geeks; j'aurais besoin de deux articles simples et convainquants qui expliquent
1/ ce qu'est qu'un hébergeur (non ça ne va pas transmettre de virus à vos autres sites hébergés ailleurs)
2/ qu'OVH est un très bon choix.
(pour convaincre des gens qui n'y connaissent rien, n'y comprennent rien, genre me demandent si un tweet retweeté "est libre de droit").

En fait je crois que j'ai déstabilisé OR: «Mais pourquoi tu n'as pas pris un prestataire?»
Lui n'a aucune idée de ce qu'est un site, de comment le faire ou l'installer. Et ça l'ennuie, ce savoir-faire chez moi.


Théologie, caté, boulot, cette semaine est affligeante.

Le Temps des cerises

Tard le soir je rejoins H. et Vincent sur la Butte-aux-Cailles. Ils faisaient passer un entretien d'embauche à partir de vingt heures et cela s'est prolongé.
Débriefing au restaurant: «il est honnête. Ce n'est pas une qualité en entreprise.»

Je découvre le rosé au pamplemousse (rosé / jus de pamplemousse).

En ligne

Journée à m'enregistrer sur des sites de comptabilité en ligne pour les tester.
Je n'ai besoin que de quelque chose de très simple (pas de TVA, pas d'émission de facture, très peu d'encours clients): le problème est que les solutions les plus simples (donc les moins chères) partent logiquement du principe que les utilisateurs de ce genre de logiciels ne sont pas comptables (mais chefs de TPE). Tout est donc très guidé et rigide. Or j'ai besoin d'adapter le plan comptable général au plan des assurances.
Il va sans doute falloir que je choisisse quelque chose de plus cher.

Il fait très chaud. La climatisation est très bruyante (bruit d'un sèche-cheveux, à peu près).

RER D bloqué le soir par un accident de voyageurs (apparemment situation insupportable dans les voitures arrêtées sur les voies. Il faut savoir que l'été, la température atteint facilement 35 à 40 degrés dans les voitures qui stationnent au soleil avant d'être utilisées. Je n'ose imaginer la température dans des wagons remplis de voyageurs immobiles). Je suis restée dans le RER A, H. est venu me chercher à Boissy.

Mon bon coeur

Test cardiaque ce matin à l'aube (8 heures, ce n'est pas si tôt, mais à Nanterre Préfecture un jour de grève, cela demande de l'organisation).
Tout va bien (je m'en doutais). C'est beaucoup moins dur que ce que je redoutais (je suis la génération traumatisée par Goscinny), bien moins dur que n'importe quelle séance en salle de sport.

Tout cela n'est pas gratuit : il y a un projet en vue. J'en reparlerai le moment venu.

J'ai ensuite testé les douches des nouveaux immeubles : mazette, ils n'ont pas lésiné. C'est mieux que ma salle de sport. Carrelage peut-être un peu glissant.

A midi j'ai découvert un accès au toit (j'explore). Cette porte ne devrait pas être ouverte, ne devrait pas rester ouverte.

Privatisation

J'ai réservé une salle de réunion pour moi toute seule, pour être tranquille. J'y ai passé l'après-midi. #mesvoisinssontbruyants
Je sens que je vais le refaire souvent.


Les Allemands ont perdu et tout le monde est bien plus ému que lors de la victoire des Français.

Casque

J'ai essayé de travailler en écoutant de la musique (pour ne pas entendre mes voisins parler cuisine et vacances).
Youtube, Richter, Gould, Bach, Chopin.
Je n'y arrive pas, ça m'abrutit.

Exercice 2017

Conseil d'administration d'arrêté des comptes dans nos anciens locaux. Je laisse la clé de mon ancien bureau que j'avais emmenée avec moi lundi sur la porte.

Du fait de la dernière loi sur la rotation des commissaires aux comptes, le CAC a changé. En un an, trois personnes sur les cinq avec lesquelles j'aimais travailler sont parties.

Le syndicaliste administrateur le plus actif n'est pas là: du fait de la grève il ne pouvait réserver son billet SNCF que vingt-quatre heures à l'avance, il a donc préféré ne pas venir. (Mais pourquoi? Pourquoi réserver son billet au dernier moment était-il si problématique?)

Emménagement

RER à Boissy. J'appuie sur toutes les touches de la télécommande, il y en a quatre. Le portail finit par s'ouvrir, puis la porte du garage, mais je ne sais pas en réponse à quel bouton. Même interrogation une fois dans le garage : il me semble qu'Antoine a dit que sa place était en face de la porte… on verra bien. Je me glisse entre un pilier et un énorme 4x4 Audi : c'est bien simple, on ne voit plus ma toute petite voiture (deux voitures de kéké dans deux styles différents).
RER, extrémité de ligne, je suis assise et c'est plutôt vide, c'était le but. Direction Nanterre Préfecture pour l'emménagement dans les nouveaux locaux.

Je suis seule. (J. est à l'enterrement.) Je ne participe pas au jeu de piste, j'ai déjà donné. Je passe la matinée à déballer les cartons, à mettre de l'ordre. C'est très neuf, très propre, très clair et je me sens très déprimée, perdue au milieu du grand tout. Je pense à cette analyse d'un architecte-urbaniste (impossible de retrouver la référence, c'était un Point-Seuil emprunté à la bibliothèque Malraux, un livre très intéressant sur la façon culturelle d'organiser l'espace) qui mettait en vis-à-vis l'attitude des Américains et des Allemands face à une porte de bureau : pour un Américain, une porte fermée est le signe que vous avez quelque chose à cacher, pour un Allemand une porte ouverte est le signe que vous n'êtes pas concentré, que vous ne travaillez pas.
Je suis un mix : j'aime une porte ouverte (ou un trou béant), mais entourée de murs. Je vis cette obsession du plateau ("open space") comme une bête copie des USA, qui ne réfléchit pas au fait, par exemple, que la productivité française est bien meilleure que l'américaine. Et ce n'est pas parce qu'on baptise quelque chose "Campus" qu'on se retrouve avec le succès de Google… Ça m'agace. Je suis agacée.

L'après-midi s'avance, je vois arriver mes voisins. Je suis si bien ancrée dans mon désespoir que je n'ai pas le réflexe d'aller me présenter — et ils ne viennent pas me voir. C'est peut-être une erreur, c'est sans doute une erreur, pour plus tard. Fatalitas, ce sont des bavards, surtout une : elle jacasse très fort pour fournir très peu d'informations. Comment vais-je pouvoir travailler ici? quelques difficultés à me concentrer sur la relecture du rapport annuel par les CAC.

Je fuis littéralement les bureaux à quatre heures et vais voir Red Sparrow, pour Jennifer Lawrence, bien sûr. Pas mal. A la fois trop elliptique et trop classique, mais plaisant. Pas un hasard que le méchant ressemble à Poutine. J'espère que nous irons le revoir en famille.

Je rentre. Je ne sais pas trop comment récupérer ma voiture. Je passe directement par la porte du garage. J'étudierai demain comment passer par le hall de l'immeuble. (A chaque jour sa découverte, son progrès.)


PS : pour mémoire, c'est aussi le jour de l'emménagement du Palais de justice dans ses nouveaux locaux place de Clichy. La ligne 13 ne va jamais suffire…

Speed

J. toujours si sereine est décomposée ce matin : suicide d'un neveu de vingt-cinq ans. Elle ne sait pas si elle sera là lundi.

Mail du notaire (d'une salariée de l'étude : est-elle notaire, peut-on être salariée notaire (dans la mesure où l'on ne peut être salarié avocat : est-ce la même chose?) pour s'inquiéter de ne pas avoir les fonds : la signature qui doit avoir lieu demain ne pourra pas avoir lieu sans cela.
Quelques coups de fil assez énervés de ma part (cette fille est injoignable depuis janvier et fait preuve d'une désinvolture exaspérante) et quelques mails plus tard, le malentendu est démêlé et le nécessaire est fait. Heureusement qu'à l'inverse notre banquier est réactif.
Et la honte d'être si énervée pour quelque chose de si futile devant la peine de J.

Je termine les rapports annuels à relire pour le conseil d'administration du 20 avril. Je ne comprends pas ce que j'ai fait depuis le 26 mars (comité d'audit), ils pourraient être écrit depuis longtemps. J'ai perdu mon temps, mais à faire quoi?1
Mise en carton de mes affaires personnelles, du clavier, des câbles, de la souris. Je ne reviendrai plus ici.

Allemand. Toujours Tillich. Au détour d'une phrase à traduire, nous apprenons que les professeurs protestants insistent pour appeler les premiers chrétiens les «sectateurs du Christ»: une façon d'insister sur l'origine juive de Jésus (ce qu'on appelle "la troisième quête du Jésus historique": celle qui essaie de le remettre en perspective dans son époque, avec la lente et confuse séparation du reste des juifs dans le contexte del'occupation romaine).

J'apprends, ce qui m'enchante, que l'IPT héberge les orthodoxes de St Serge car l'institut orthodoxe est en travaux. Que c'est beau l'œcuménisme (car si la volonté de s'entendre est réelle, c'est un vrai travail. Dès qu'un sujet de controverse affleure, il faut voir les sourires se figer. Chacun prend sur lui pour expliquer la position de son Eglise, pour prendre la peine d'écouter son vis-à-vis. C'est une belle leçon que d'assister à cela).

En bibliothèque pour préparer le texte grec (que j'ai retrouvé en farfouillant dans mon bazar. Il va falloir ranger un jour). Là encore, qu'ai-je fait de mon temps? J'avais une semaine supplémentaire pour le préparer. Cela devient problématique d'être à ce point désorganisée. Je me rends compte que j'ai malgré tout fait quelque progrès, je vais plus vite. J'aurais pu tenter de traduire Jean sans dictionnaire, mais c'est aussi dû au fait qu'il me soit si familier en français.

Il pleut. H. m'attend rue d'Assas. Nous partons pour Tours. Le coffre est plein avec deux malettes cabines: je garde mon cartable sur les genoux. Sandwich et café sur l'autoroute, pluie, nuit noire. Hôtel.



Note
1 : je m'en suis souvenu les 25 et 26 avril. Je n'avais pas perdu mon temps, simplement mal (pas) géré mes priorités. J'avais avancé pour ne pas dire terminé la liasse fiscale et le dossier annuel pour l'ACPR parce que je n'avais pas envie de me mettre à la rédaction des rapports pour le 20. Ce qui était un désavantage le 12 s'est révélé un avantage le 25…

Classement

Rangement, classement, boîtes d'archive et mise à la poubelle en prévision du déménagement d'avril. Le fait de commence à regarder les offres d'emploi me motive : laisser une situation propre avant de partir.

Mes deux prédécesseurs imprimaient tous leur emails. Les dossiers en sont pleins.

Journée productive

Traité tous les mails accumulés depuis l'hospitalisation d'H. le 14 décembre (méthode Lifo, last in first out1 qui a l'avantage de donner l'impression à un petit nombre de gens que vous êtes très réactif tandis que ceux qui attendent depuis longtemps ont —parfois— oublié qu'ils ont fait appel à vous ou ont trouvé une autre solution entretemps), signé un contrat, corrigé un autre, etc, etc,...

La responsable informatique qui ne répondait pas quand je l'appelais depuis mon fixe (elle voyait mon nom) a décroché quand j'ai utilisé mon portable perso. J'ai essayé de la flatter, pas sûre du résultat.


Note
1 : méthode comptable de valorisation des stocks.

Opération séduction

Petit déjeuner avec le DGA (volonté de transparence, rencontre par petits groupes de dix volontaires) ; goûter festif (crêpes et gauffres et cidre et bonbons) à la place de vœux plus formels (et plus coûteux).
Nous avons beaucoup mangé (quatre gauffres pour ma part) et beaucoup bitché.

Pas grand chose

Des coups de fils, des appels de cotisation, un Doodle pour trouver des dates de conseils d'administration (quatre ans : il aura fallu quatre ans pour qu'ils se décident à utiliser doodle) et l'acceptation du devis de Docapost (hourra, je viens de me débarrasser de ce que je déteste le plus, l'organisation des élections), un pot planifié avec Aline.

Pour donner raison à Catherine Deneuve

Brigitte et Jocelyne discutent dans mon bureau de l'intérêt de travailler au CE (comité d'entreprise) : autrefois, c'était intéressant, mais désormais l'ambiance est très mauvaise, notamment à cause de LM, un petit chef méchant et vulgaire.

Brigitte : Non mais tu t'rends compte ?! Un jour, LM a répondu à Hélène : « Et si t'es pas contente, suce ma bite! » Non mais tu t'rends compte ? T'imagines Nicolas1 dire ça ?
Jocelyne : Tu répondrais oui tout de suite !

Et d'être prises de fou rire (moi aussi).



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Agenda :
Matin jeu de piste à Nanterre préfecture, dans et hors des nouveaux locaux du groupe (il pleut, il fait froid).
Midi rendez-vous à l'aviron avec Jean-Pierre et Dominique : peut-on envisager de faire la coupe des dames sans les rameuses du week-end, uniquement entre rameuses du midi ?


Note
1 : Nicolas est le directeur d'un département, le N+n de Jocelyne : quarantenaire beau, courtois et charmant.

Reprise

Le déménagement de l'ensemble de l'entreprise a lieu ce week-end : il fait de plus en plus froid dans les couloirs, il y a des cartons partout, le mobilier est abandonné dans les salles sans vie.
Nous resterons les dernières, nous partons en avril avec une autre filiale à laquelle appartiennent le président et le trésorier de la Mutuelle.


En sortant du boulot, Tout l'argent du monde. Poignant. Bon suspense quand on ne connaît pas la fin de l'histoire (quand on n'est pas assez âgé pour se souvenir).

La mouche

La Mouche à la cinémathèque. Quelle lecture, quel blog, m'avaient-ils amené à penser qu'il s'agissait d'un film sur les voyages dans le temps ? Pourquoi m'attendais-je à un paradoxe temporel avec une mouche pour témoin ? S'agit-il d'un autre film ? J'aimerais retrouver cette source, il me semble me souvenir d'un mouche au milieu d'un objectif de photo ou de caméra…
En tout cas, anti-spoil : ce n'est pas du tout ça.

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Agenda
J'ai annoncé à mon supérieur que je comptais entreprendre un bilan de compétences. Je ne sais que faire du temps qui me reste :
- prendre un bullshit job très bien payé et me moquer du monde ? Ce serait dans la logique de ma carrière mais j'ai trop envie de me moquer des bullshit jobs eux-mêmes et de ceux qui les prennent au sérieux (y en a-t-il qui les prennent au sérieux ?) pour pouvoir faire cela avec le niveau de componction requis.
Le salaire compte moins en lui-même que pour le marqueur qu'il constitue : j'ai enfin compris que dans le monde du travail, ce n'est pas la compétence en soi qui est respectée, mais le salaire, et je ne veux plus être méprisée par des gens qui m'arrivent à la cheville (cette phrase extrêmement prétentieuse est la conséquence de quinze ans passés sur internet et sept à l'aviron où je ne supporte plus les nuls qui se croient bons) : il est important d'occuper la place que l'on doit occuper, même si par paresse et lâcheté et manque de confiance en soi on aurait tendance à choisir les positions humbles. Les organisations ont horreur du vide et il ne faut pas se plaindre ensuite de voir occupées par des cons des places qu'on n'a pas eu le courage de prendre. Bref, faut se remuer1 ! (mais ici j'ai glissé : il ne s'agit plus de bullshit jobs, mais de postes à responsabilités))

- choisir une voie intellectuelle, sans doute du côté de la traduction. Ce qui me manque pour cela, c'est la conviction : je ne trouverai jamais d'éditeur, je ne gagnerai jamais ma vie avec cela. Je suis défaitiste.

- choisir une voie humanitaire (je me retiens pour ne pas mettre des guillemets un peu partout) en m'investissant dans jrsfrance.org, par exemple. Là, c'est pratiquement du bénévolat. Quoique… la croix-rouge embauche en ce moment, il doit y avoir d'autres postes ailleurs.
J'ai peur d'être déçue, j'ai peur de me transformer en guimauve, je n'ai pas envie d'être compassionnelle, j'ai envie d'agir. Et j'ai peur de me retrouver endoctrinée dans des organisations aux convictions qui me feront rapidement horreur.


En rentrant, H. passe longtemps au téléphone à mettre les choses au point avec P. sur le management des équipes : ça va mal (déjà encore de nouveau). Les neufs personnes vendues avec le logiciel absorbent le choc en mettant la pédale douce alors qu'H. les voudrait déjà à leur maximum de productivité. Il faudrait peut-être prendre en compte les cycles de tension, pression, dépression, compression de l'esprit ou âme humain ; prendre en compte aussi que si H. est au courant depuis plusieurs semaines, les neuf n'ont appris la vente et leur changement de statut il n'y a que huit jours. (Orangina sanguine : « mais pourquoi est-il si méchant ? » ; H : « mais pourquoi est-il si pressé ? » (en réalité je sais pourquoi : cela s'appelle des clients)).

Pendant ce temps je regarde mon éternelle Good Wife : le colonel Chavez et le Vénézuela (épisode 20 de la saison 2) (et je pense à Mélenchon et aux canards sauvages : des bolivars). Hier, l'épisode 18 faisait un étrange écho à l'actuelle polémique qui entoure la promotion du dernier disque de Bertrand Cantat2.


Note
1 : quitte à devenir le nul et le con de quelqu'un d'autre ou de tous les autres. En tout état de cause, cela me paraît inévitable — et pas obligatoirement faux.
2 : Rappel pour les lecteurs du futur : chanteur qui a tué Marie Trintignant en 2003, sans doute par accident, au cours de violences conjugales coutumières.

Tension

Ce matin H. m'appelle angoissé : B. (le patron fou de la boîte qu'il vient de quitter) vient d'apprendre la vente du logiciel, le départ des neuf personnes qui travaillent autour de ce logiciel (commerciaux et développeurs), la transaction et le départ de H. : il est furieux.

H me dit : « la transaction mise sous séquestre par les avocats est datée du 9 octobre. Si B. démet X (le signataire) de ses fonctions dans la semaine, elle ne vaut plus rien. Je perds tout. Je n'avais pas pensé à ça. »

Je ne suis pas douée pour rassurer quand l'exposé des faits est implacable.
— Ecoute, n'y pense pas. Ne pense à rien, pense à autre chose. On verra bien.

Ce que j'en pense réellement : ce serait si étrange que pour une fois nous arrivions au bout d'une transaction, que pour une fois nous ayons de la chance (phrase très fausse : nous avons très souvent de la chance, dans le sens où les choses tournent au mieux. Mais là, cela ressemblerait à gagner au loto, ce qui n'arrive jamais.)

La tension monte

Demain H. doit signer à la fois la vente d'une activité à un futur repreneur et une transaction pour son propre compte afin de mettre fin au contrat de travail dans l'entreprise pour laquelle il travaille depuis sept ans et dont le patron est devenu fou avant de désavouer H. peu après. Je dois avouer que je reste confondue que H. soit resté dans cette entreprise huit mois après cela. Dans un monde normal, la conséquence mécanique d'un tel désaveu aurait dû être de virer H. aussitôt, en février dernier. Mais non : ce n'était pas un désaveu rationnel, c'était la décision d'un fou, et donc la personne à qui B., propriétaire de l'entreprise et fou, a confié la direction de l'entreprise (à la place de H.) s'est appuyée sur H. tout ce temps pour assurer la transition avant son départ inévitable.

Il a également confié à H. le soin de vendre une activité de l'entreprise, activité qui gravite autour d'un logiciel écrit par H. dans les années 2000 au sein de la société d'un ami. Ce logiciel a été vendu une première fois en 2006 à une entreprise de Cholet, puis racheté — sous l'impulsion de H. — en 2010 par son entreprise actuelle.
C'est donc pour ce même logiciel et l'activité qui gravite autour (neuf personnes) que H. a trouvé un repreneur. (C'est aussi le logiciel que H. débuggue depuis un an et demi : il corrige ce qui a été fait par les équipes choletaises entre 2006 et 2010 en s'arrachant les cheveux et pestant beaucoup à cause du code écrit avec les pieds).

Cela fait des semaines que la tension monte. En effet, tout doit rester secret : il ne faut pas que B. découvre que le logiciel va être vendu car il est capable de s'y opposer, il ne faut pas que les salariés le sachent non plus car un ex-salarié (l'un de ceux qui a salopé le code) pourrait se venger en prêtant de l'argent aux salariés actuels qui deviendraient prioritaires dans le rachat de l'activité (se venger : se venger de H. qui s'est débarrassé de lui en lui faisant comprendre qu'il n'était pas à la hauteur. Or cet ex-salarié est d'une part riche, d'autre part persuadé d'être bon).
Depuis trois semaines H. mène trois fronts : la rédaction des documents de vente (valoriser de l'activité sans l'aide des comptables puisque tout est secret (et donc se procurer les documents, les analyser, rédiger le protocole de vente)), la négociation de son propre départ et l'éternel débuggage du logiciel dont se plaignent les clients (et au fur à mesure qu'il débuggue, il comprend mieux ces plaintes… Il n'avait pas pris la mesure des erreurs de code. Ce week-end, découragé, il m'a dit : «J'aurais mieux fait de repartir de mon code-source (avant 2006) pour implémenter ce qu'ils ont ajouté, j'aurais été plus vite qu'à corriger leurs erreurs. Il y en a partout.»)

Depuis trois semaines nous pensons «un mur de briques», comme dans Le Village des damnés, pour ne pas attirer l'attention des dieux… (mon fils va encore dire que je suis superstitieuse… mais c'est aussi une façon de parler d'autre chose, de rire de notre bêtise et de nos craintes). Depuis trois semaines nous attendons que le ciel nous tombe sur la tête, que B. se réveille ou qu'il y ait une fuite auprès des salariés.

Tout doit être signé demain à onze heures et demie.


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Agenda
Yolette de débutants avec quatre garçons dont c'est la deuxième sortie. Amusant de les bizuter un peu pour assoir mon autorité.
Le soir, fin de The dressmaker. Finalement décevant, une fin trop misérabiliste. Début de Camille revient. Une bonne surprise.

La loi interprétée par ceux qui la pratiquent

Quand une entreprise veut se séparer d'une activité majeure, par exemple un département de l'entreprise, un produit qui représenterait une grosse part de son chiffre d'affaires, elle doit prévenir le comité d'entreprise. Celui-ci peut faire une contre-proposition : il est le repreneur prioritaire de par la loi, il peut préempter le bien.

Je suppose que cette loi était bienveillante : elle devait être destinée à prévenir les abus de certains patrons qui vidaient leur entreprise de sa substance, laissant les salariés sans recours.
Cependant, peut-être parce que de nombreux comités d'entreprises ont préempté une activité que de fait ils n'étaient pas capable de gérer, la loi a été changée : elle prévoit désormais que la transaction puisse rester secrète, sans prévenir personne avant sa conclusion — au prix d'une taxe de 2% de la valeur de la transaction à verser au comité d'entreprise.

(Cette explication narrativisée provient d'un expert-comptable qui pratique des cessions. La version officielle, exprimée tout autrement, est-elle celle-ci ? Cela ne correspond pas exactement puisque le lien concerne la vente de l'entreprise elle-même, et non une activité, et parle d'un droit de reprise des salariés, et non du comité d'entreprise… Ou alors cet article d'une remarquable clarté sur l'obligation de consulter le comité d'entreprise ? (mais je n'ai rien vu sur la préemption du bien). Si l'un de vous sait quel est le texte ainsi expliqué par l'expert-comptable, n'hésitez pas à me le signaler en commentaire.)

Sacrée Hélène

La cliente qui était morte a rappelé aujourd'hui.

Une chose en en entraînant une autre, elle me raconte : « Oui alors, j'ai soixante-dix huit ans […], je suis en train de racheter un terrain, parce, que vous comprenez, ils veulent démolir la forge et moi je veux la sauver ; y'avait un nouveau, là, au conseil de quartier, je ne sais pas d'où il venait, il commence avec des propos homophobes, alors moi je lui ai dit tout net : « Monsieur, je ne vois pas en quoi ce qui entre dans leur cul vous fait mal aux dents ». Ils m'ont tous regardée, mais moi j'en ai rien à faire. […] »

Repartir de zéro

Rapporté à la maison (en RER, c'est lourd) la vieille imprimante du bureau destinée à la casse. Tant de choses sont jetées dans ce déménagement, dans l'optique de nous faire travailler plus vite et mieux. Pour l'instant, l'entreprise se débarrasse de sa mémoire. Est-ce une bonne idée ? Dans un sens les gens sont si coincés dans leur façon de penser et d'agir, si effrayés de toute nouveauté qu'il leur faut sans doute un électrochoc ; d'un autre côté… est-ce une bonne idée de montrer aux gens à quel point leur labeur quotidien est expendable, dispensable, éphémère?
De l'éphémère au sans valeur la frontière est si mince, de l'éphémère à l'à-quoi-bon…

Quelques mots d'adieu

Mon chef bien-aimé prend donc sa retraite (enfin, comme tous les vieux cadres de la maison, il doit d'abord éponger six mois de vacances). Voici son dernier mail (nous avons fait un pot d'adieu en tenue de plage et lui avons offert seau en plastique et canne de pêche enfantine):
D’abord un immense merci à toutes et tous pour vos somptueux cadeaux, vos chaleureux messages… Sans oublier vos talents gastronomiques et vos tenues maritimes (et légères ?)…
Côté plage, je serai désormais doté d’un matériel de professionnel qui va me permettre d’aborder sans crainte les concours de château de sable et faire trembler les poissons qui se hasarderont entre le Phare des baleines et le Banc des bûcherons…

Côté cave, je vais pouvoir reprendre contact avec mon ami Bacchus (pour être honnête, je ne l’avais pas complètement perdu de vue !) et, ce sans modération…

Désormais, il ne me sera plus possible de continuer ma provocation préférée (et si délicate), mon fameux (!!!): « je n’aime pas les gens » !!!...

Vous connaissez ma manie des citations… Je ne pouvais donc pas partir sans vous laisser une trace de mes compilations « professionnelles »… Sous forme de florilège… pour chacun et pour tous … Je ne vous épargnerai donc rien… jusqu’au bout !

Nadia A : « Le sport ne fait pas vivre plus vieux, mais fait vivre plus jeune » » (Stephen Leacock)

Denis B : « Il faut s’efforcer d’être jeune comme un Beaujolais et de vieillir comme un Bourgogne » (Robert Sabatier)

Françoise B : « On ne peut empêcher de vieillir, mais on peut s’empêcher de devenir vieux » (Matisse)

Magali B : « Que seraient les êtres humains sans les femmes ? Ils seraient rares, extrêmement rares » (Mark Twain)

Jean-Pierre D : « Chaque homme doit inventer son chemin » (Jean-Paul Sartre)

Catherine D : « Le beau est partout et chaque homme non seulement le voit mais doit absolument le rendre à sa manière » (Eugène… Delacroix)

Véronique D : « Le bonheur, c’est de continuer à désirer ce qu’on possède » (Saint Augustin)

Fabien D : « Vous perdez 100 % des opportunités que vous ne saisissez pas » (Wayne Gretzky)

Guillaume D : « Le changement n’est pas nécessaire à la vie, il est la vie » (Alvin Toffler)

Françoise F : « Les chiffres sont des êtres fragiles qui, à force d’être torturés, finissent par avouer tout ce qu’on veut leur faire dire » (Alfred Sauvy)

Sylvie F : « Il faut abandonner l’idée qu’en matière de dépenses, « plus » est synonyme de « mieux ». (Laurent Fabius)

Jocelyne G : « Le monde déteste le changement, c’est pourtant la seule chose qui lui a permis de progresser (Charles F Kettering)

Hugo G : « La nouvelle génération est épouvantable. J’aimerai tellement en faire partie » (Woody Allen)

Christine G : « La joie n’est pas dans les choses, elle est en nous » (Richard Wagner)

Pierre-Alexandre G : « il y a trois sortes de mensonges : les mensonges, les sacrés mensonges et les statistiques » (Mark Twain)

Sylvie G : « Dans toute statistique, l’inexactitude du nombre est compensée par la précision des décimales » (Alfred Sauvy)

Philippe H : « L’avantage d’être intelligent, c’est qu’on peut toujours faire l’imbécile, alors que l’inverse est totalement impossible » (Woody Allen)

Christelle K : Quoiqu’elle fasse, la femme doit le faire deux fois mieux qu’un homme pour qu’on en pense autant de bien. Heureusement, ce n’est pas difficile » (Charlotte Witton)

Délestras K : « Les performances individuelles, ce n’est pas le plus important. On gagne et on perd en équipe » (Zinedine Zidane)

Violette L : « Les faits sont têtus, il est plus facile de s’arranger avec les statistiques (Mark Twain)

Marie L : « On aime guère le bonheur qui vous tombe, on veut l’avoir fait » (Alain)

Elisabeth L : « La patience est l’art d’espérer » (Vauvenargues)

Valérie M : « Tant que je pourrai voyager autour de ma bibliothèque, je ne me sentirai jamais tout à fait désespéré » (Michel del Castillo)

Christelle R : « Ce n’est pas la force, mais la persévérance, qui fait les grandes oeuvres » (Samuel Johnson)

Danièle R : « Voyager c’est bien utile, ça fait travailler l’imagination. Tout le reste n’est que déception et fatigues » (Céline)

Michèle R : « J’ai décidé d’être heureux parce que c’est bon pour la santé » (Voltaire)

René-François R : « L’art de diriger consiste à savoir abandonner la baguette pour ne pas gêner l’orchestre » (Herbert Von Karajan)

Céline R : « Ce qui fait le charme et l’attrait de l’Ailleurs, de ce que nous appelons exotisme, ce n’est point tant que la nature y soit plus belle, mais que tout nous y paraît neuf, nous surprend et se présente à notre œil dans une sorte de virginité » (André Gide)

Voilà… Je vous laisse quelques citations… Mais je pars plein de belles images de personnes formidables, attachantes, bienveillantes… aimables !

Très bonnes vacances (grandes ou petites) !

Amicalement vôtre.
Le jeu consiste à se représenter les personnes à partir des citations (sont-ce des citations qui les décrivent ou qui leur donnent un conseil? Par exemple, est-ce que Christelle R est obstinée ou à l'inverse velléitaire? Sylvie F, je sais: elle s'occupe des budgets et du contôle de gestion!).
A part une ou deux personnes, je ne les connais pas plus que vous, je ne peux faire que des hypothèses. Mais à l'inverse de vous, je pourrai tenter de les vérifier.

La création de la demande (et son anéantissement)

Nous n'avons plus personne au téléphone. J'ai été arrêtée trois semaines, ma collaboratrice en vacances deux pendant la même période, il y a eu des ponts et des grands week-ends, nous n'avons pas répondu au téléphone tout ce temps-là.
Moralité, plus personne n'appelle.

Cela me fait penser au début de Voyage au bout de la nuit, qui remarque que les Parisiens n'ont pas d'obligations puisqu'ils se promènent dès qu'il fait beau: de même les gens n'ont pas de réelles questions puisqu'ils ne téléphonent que parce que nous leur répondons. Notre sollicitude a créé la demande.
Cela pourrait être également l'illustration d'une démarche commerciale: s'occuper de clients, c'est les habituer à faire appel à vous en cas de besoin — à cela près que nous ne sommes pas une entreprise commerciale.

Quel calme. Je songe avec un peu de regrets que nous allons écrire aux retraités pour l'AG, et qu'ils vont donc nous rappeler (ça ne rate jamais).

Une ancienne collègue

H. m'emmène encore, mais cette fois nous petit-déjeunons ensemble à deux pas du Rond-Point des Champs-Elysées.

Je déjeune avec Anne-Laure, une collègue de l'époque lointaine de la documentation qui est passée à mon bureau vendredi pour régler un problème de remboursement: «toi ici!»
Il y a dix ans c'était alors une jeune professeur qui venait de claquer la porte de l'éducation nationale, c'est étrange de la retrouver ainsi entre MOA et comm interne. Elle me raconte ses tribulations dans le groupe (le récit de déménagements loufoques) et ses problèmes de vue.
Elle me pose une question étrange: comment avoir un rendez-vous aux Quinze-vingts, elle n'y était pas parvenue. Je ne pensais pas que c'était si difficile. Une recherche internet, peut-être? Mais lorsque je le lui suggère, elle me répond que maintenant, avec ses enfants en bas âge, elle n'a plus le temps.

Le soir Oulipo, dans la pizzeria "mauvaise mais moins bruyante" parce que nous sommes nombreux. Sophie veut organiser son anniversaire à Sète, en août. Problème: comment nous loger tous?

Départs

Mon chef (appellation affectueuse: traduire "supérieur hiérarchique") partira le 31 mai, soit six à huit mois plus tôt que je ne l'escomptais. Qui soutiendra la mutuelle dans les projets informatiques à venir?

A midi je vais ramer. Vincent démoralisé nous apprend le départ de trois entraîneurs: deux retournent en province, le dernier part en retraite. Lui qui pensait pouvoir enfin prendre des vacances normales…

Cette année 2017 est vraiment étrange. Tout paraît se déliter au fur à mesure. Je rêve d'escaliers qui s'élèvent au milieu de murs qui se resserrent jusqu'à devenir des étaux.

J'ai perdu ma journée

Journée bizarre : le premier acompte d'IS (impôt sur les société) doit être payé pour le 15 mars, j'ai donc rouvert mon fichier Excel de suivi des acomptes et j'ai perdu ma journée sur un tableau en détectant une erreur de signe (la soustraction d'un chiffre négatif, d'où une addition).

Depuis quatre ans, je me débats dans les acomptes d'IS.
J'ai compris pourquoi cet été: d'une part je pensais qu'il y avait trois acomptes (confusion avec l'IRPP et les tiers prévisionnels) et que le quatrième versement soldait le dû, d'autre part je pensais que le premier acompte, celui de mars, devait se calculer sur le résultat de l'exercice en cours de clôture, donc sur une estimation.
En réalité, pour une année N+1, il y a quatre acomptes sur le résultat N+1 à payer en mars, juin, septembre et décembre N+1 et le règlement du solde de l'impôt dû pour N (en avril N+1); le premier acompte de N+1 se calcule à partir de l'exercice N-1 si N n'est pas clos.
Bref, j'ai passé ma journée à me demander comment il était possible que personne n'ait remarqué que la Mutuelle avait payé quarante mille euros en trop en 2014 (vingt mille à déduire avec une inversion de signe: quarante mille à payer), jusqu'à ressortir en fin d'après-midi tous les grands livres et m'apercevoir que si mon fichier Excel était faux, nos paiements étaient justes.

(Ce billet pénible est destiné à contrôler que j'arriverais à l'écrire.
Par ailleurs, yolette mercredi, jeudi, vendredi, aller-retour dans le petit bras, il y a beaucoup de courant.)

Temps de référence

Dans le RER, debout, j'écoute (malgré moi: j'aurais aimé ne pas être obligée d'entendre) deux jeunes filles d'une vingtaine d'années discuter:
— Tu connais les gorges du Verdon? c'est super beau.
— Ah non, je ne connais rien en France. Je voyage dans le monde entier mais je ne connais rien en France.
— C'est super beau. Evidemment, en été c'est blindé de monde, mais j'y vais en octobre quand ma mère fait sa cure. Tiens, regarde. (Elle lui montre des photos)
— Wouahh, on dirait la Malaisie! Et comment on y va? Y a un aéroport? Un TGV?
Je me retiens de lui dire que s'il y avait un aéroport ou un TGV, ce serait sans doute moins beau, de même que la Malaisie était sans doute plus belle avant qu'elle y aille (ou pas? quel est l'apport du tourisme, cela pousse-t-il et permet-il plus de propreté, d'aménagements?)

La réunion d'encadrement est un flop. Quel ennui. Le nouveau directeur n'a pas jugé bon de se déplacer, de se montrer. La direction est un fantôme, une légende. Les gens ne se mobilisent pas pour des fantômes. On parle toujours de "l'homme providentiel" avec un sourire sarcastique. Cependant il faut admettre que c'est une réalité, un modèle qui a fait ses preuves. La difficulté, c'est ensuite; la transition, l'héritage. L'homme providentiel doit être capable de mettre en place des structures qui lui survivent (ils échouent tous : Périclès, Alexandre, Charlemagne, Frédéric II, Napoléon… Est-on en train de vivre le parachèvement de l'échec de de Gaulle? (c'est la force normative de l'Eglise: réussir à créer des structures pérennes autour d'hommes et de femmes qui marquent leur époque: St François, St Dominique, Ste Thérèse d'Avila, etc. Le politique peine à en faire autant. (Je laisse à d'autres le soin d'en étudier les raisons.)))

Après la réunion, je vais faire de l'ergo (il est trop tard pour monter en bateau, tout le monde est déjà sur l'eau). La course se compose de six kilomètres et demie sur l'eau puis cinq cent mètres d'ergo. En faisant aujourd'hui toute la distance à l'ergo j'obtiens des temps de référence.
Je fais les 6,5 km en 34'40'', soit 2'27 au 500 m. (Ne comparez pas, je ne le note que pour moi, c'est un temps d'une médiocrité ordinaire, un temps de "rameuse loisirs", mais je suis heureusement surprise: il y a un an j'avais du mal à faire deux kilomètres en dix minutes.)
Après cinq minutes de récupération, je fais les cinq cent mètres de sprint en 2'17 (eux se feront vraiment à l'ergo à Lagny, d'où le terme de biathlon: aviron/ergo).

Arrêts maladie

Conseil d'administration le plus rapide de l'histoire : tout le monde est d'accord sur tout, personne ne discute de rien. Nous nous séparons au bout d'une heure, ce qui nous laisse du temps pour cancaner. J'apprends qu'une épidémie d'arrêts maladie s'est répandue parmi les cadres supérieurs depuis l'arrivée du nouveau directeur général. Décidément il y a une conjonction astrale.

Tout cela me permet finalement d'aller ramer. Soleil après la pluie des derniers jours. Davantage de courant, mais encore raisonnable.

Organiser la dispersion de mes cendres

C'est ainsi que mon chef décrit son départ en retraite — dans dix mois environ. Il s'agit de répartir ses différentes tâches qui parfois ne tenaient davantage à sa personnalité qu'à son poste. En l'écoutant ce matin je me disais qu'il allait me manquer, que j'en ferais volontiers «un ami de la famille»: notre type d'humour coïncide.

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Agenda
Puisque les étagères qui nous attendaient à Tours n'atteindront jamais la maison, H. est allé en acheter sept ce soir à Ikéa. Yapuka les monter.

La prof de grec revient le 2 mars. J'ai rouvert ma grammaire.

Risques

Pas grand chose.
Un peu agacée de lire la "revue des risques" écrite par un cabinet d'audit avec le président et le trésorier pour qu'à la fin ceux-ci concluent: «en fait il n'y a pas de sujet».
Ben non il n'y a pas de sujet. S'il y en avait eu, croient-ils vraiment que j'aurais attendu cette mission d'audit pour le faire savoir? Enfin, ça fera plaisir à la commissaire aux comptes.
L'agacement au carré, c'est qu'il y a bien des risques (de disparition de la Mutuelle), trois, que j'ai cités. Mais comme ils ne sont pas "opérationnels", ils n'ont pas été repris.

Il se passe quelque chose au niveau de la paie. Je sens des jeux d'influences sans comprendre entre qui et qui ni pourquoi. La mise en place de la DSN (déclaration sociale nominative) exacerbe les tensions.

A la maison, sur le "plan B.", cela ne va pas mieux. H. s'en veut : «si je n'avais pas attendu, tout serait signé».
Mais à l'époque (les quinze premiers jours de janvier, comme cela paraît loin), il s'agissait de ne pas trahir B., de deviner sa volonté pour ne pas agir contre son gré. Il n'y a pas à s'en vouloir de cela, c'est tout à son honneur.
Maintenant tout semble bloqué: ne pas aller en Amérique, perdre les deux ingénieurs-clé, ne pas pouvoir livrer à temps l'Etat, perdre la face… Comment se faire embaucher ensuite?
Tout paraît si grave. Je lui rappelle que c'est une illusion: personne ne se souvient de rien, personne ne se soucie de rien, il suffit de continuer.
H. a enfin mis Nat au courant. Il était temps.

Vendredi

Encore un beau quatre. Le moment où le bateau quitte le ponton et se retrouve au milieu du courant est un moment de ravissement: à chaque c'est une redécouverte, à chaque fois j'oublie combien j'aime être là, surtout avec trois autres rameurs que je connais maintenant depuis des années. Confiance et fraternité le temps d'une sortie, voilà un sentiment que je n'éprouve plus sur la terre ferme. Marc, Philippe, Jean-Pierre, moi à la barre. Un tour de l'île et un barrage. Un bateau sans doute moins beau que mercredi, mais les conditions sont moins dures, il fait moins froid.

Absurdement je passe l'après-midi à trier et jeter des mails dans mes archives (mais pourquoi?)

Le soir réunion avec les CAC (commissaire aux comptes). (Réunion à 16 heures un vendredi soir. Lol.) J'abandonne mon vocabulaire zazou (celui destiné à ne pas me prendre au sérieux qui fait qu'on ne me prend pas au sérieux) pour utiliser des mots davantage Science-Po (celui qui écrase toute personne ne me prenant pas au sérieux).
Je n'arrive pas à comprendre comment quelqu'un de mon âge peut encore utiliser la rhétorique du yaka faukon:
— Mais il suffit de rapprocher les fichiers puisqu'on a une clé commune…
— Certes, je vous fournis les fichiers puisque vous proposez de nous aider. Mais je vous ferai remarquer que ce qui compte, ce sont les dates d'affiliation et de radiation. Le fait que les personnes apparaissent dans les deux fichiers ne suffit pas. Or le fichier fourni par X ne comporte pas de date.
— Ah…

Ben oui. Sinon nous aurions déjà fait le nécessaire. Que croit-elle ?

Jeudi et vendredi H. a vu son patron B. (sorti de l'hôpital psychiatrique le week-end dernier). Il lui a exposé tout ce qui ne lui convenait pas, exactement comme si B. était (dans son état) normal (mais il n'y a pas d'état normal de B., c'était connu avant, cela ne paraissait pas si grave. Le problème, c'est que la forme juridique de l'entreprise est une SAS, c'est-à-dire qu'il en est le seul actionnaire. Il n'y a personne pour prendre le relais en cas de défaillance de B. maintenant qu'il a révoqué le mandat de mandataire social de H. en sortant de l'hôpital.)

Mort de Henry-Louis de La Grange. Pensées pour Vincent.

Un homme en colère

Bon. Encore un. Encore un que j'énerve spontanément, sans me forcer.
— Tu devrais peut-être changer de poste s'il te met dans cet état. Chaque fois que je t'ai au téléphone tu es exténué ou en colère.
— Mon poste me va très bien. C'est toi qui m'énerves.

Evidemment, de mon point de vue, c'est plutôt moi qui devrais être en colère. Après tout, me dire «mais qu'est-ce que vous faites à la mutuelle?» sous-entendu «vous vous la coulez douce pendant que moi je trime» et «la mutuelle représente 2% de mes problèmes, tu le sais ça?».
Oui je le sais, ça fait cinq ans que tu me le répètes à chaque fois que je t'ai au téléphone. Décidément, c'est moi qui devrais être en colère. Mais il me fait rire.
Bon, mais qu'est-ce qui peut l'énerver comme ça? Je ne représente pourtant pas un grand risque pour lui (nous avons le même patron). Mes mails sont-ils trop bien écrits? Ou peut-être n'apprécie-t-il pas que j'ai commencé subrepticement à faire de la formation continue à ses équipes parce qu'il est incapable de leur transmettre une procédure claire et simple (autrement dit, je téléphone et j'explique directement (gniark gniark. A sa place je n'aimerais pas. Mais je ne suis même pas sûre qu'il s'en aperçoive tant il est loin de ses équipes.)).
Enfin bon.

Trois cartes de vœux (écrites), ce qui fait cinq. Je suis terriblement en retard.

Allemand (cours): J'ai posé la question des fiches de lecture à M. Boss. Ça l'a fait rire : «Laissez tomber. Considérez-les comme des exercices scolaires, académiques.»

Vietnamien (resto): Comme O. à la voiture, H. accepte de passer me chercher à la gare pour me déposer à Montgeron. Vous dînons ensemble et parlons de B., inévitablement. Celui-ci ne veut plus aller aux Etats-Unis. H. est désemparé, exaspéré, il voit tout ce pour quoi il travaille depuis décembre 2014 (avec le soutien sans faille de son patron) s'écrouler. Il pense à tous les engagements qu'il a pris envers des gens qu'il considère maintenant pour certains comme des amis.

Catéchisme: information/formation des parents avant la prochaine rencontre avec les enfants. C'est intéressant de voir les messages que fait passer le prêtre en une heure à des parents un peu déboussolés de tant de nouveautés sur l'œcuménisme, la responsabilité de l'Eglise dans les affaires de pédophilie, l'exégèse et l'ancien testament).

Riposte

Encore une règle du monde comme il va : quand on creuse derrière les réclamations de ceux qui râlent très fort en mettant tout le monde en copie, on trouve souvent une action ayant tendu à profiter du système en ne respectant pas tout à fait les règles. En y réfléchissant, c'est logique, puisque s'ils râlent si fort, c'est que soudain le système leur résiste alors qu'ils sont dans leur droit, alors qu'ils l'avaient fait fléchir quand ils ne l'étaient pas.
Souvent ils font tant de bruit qu'on ne regarde pas de près, on essaie de leur donner satisfaction, d'une part parce qu'ils sont dans leur droit et d'autre part parce que leur tintamare gêne toute réflexion sereine.
Parfois ils dépassent leur but (overkill), ils font tant de bruit qu'on décide d'aller y voir de plus près, il y a un ou deux points qu'on ne comprend pas, il y a des incohérences et on finit par être curieux. Alors on creuse et on découvre soudain que s'ils n'avaient rien tordu, que s'ils s'étaient comportés correctement, leur légitime réclamation actuelle n'aurait jamais eu lieu d'être. Ils ont provoqué leur propre malheur.
C'est avec une certaine satisfaction qu'on expose l'enquête et ses résultats à tous ceux qui étaient en copie de la réclamation initiale et des multiples mails de relance en caractères gras.

C'est quoi ce délire ?

Cette expression me paraît traduire WTF mieux que "Fichaises", qui serait plutôt bullshit, à mon sens.

Il y a quelques temps (six mois, un an?) avait couru la rumeur que la directrice des ressources humaines de notre entreprise allait partir: mobilité dans le groupe ou démission? J'avais émis l'idée qu'elle remplacerait peut-être mon supérieur bien-aimé dont le départ en retraite est proche.
Puis il ne s'était rien passé.
Nous avons appris à midi qu'elle devait bien partir. Elle avait même fait un pot de départ avec ses équipes.
Puis elle était restée.



(Par ailleurs, des rumeurs courent sur le départ d'à peu près tous les cadres de direction alors que le nouveau DG vient d'arriver.

Reprise

Je lis Beowulf.

Journée peu productive. Je n'ai pas eu le courage d'aller ramer. Formalisation de mon entretien annuel. Dans la perspective du départ à la retraite de mon interlocuteur et très-aimé patron, j'en fais une sorte d'héritage spirituel et d'exposé des problèmes de fond à résoudre dans les prochaines années.

Je rentre presque tôt (cela fait partie des bonnes résolutions) et travaille une heure à Laudato si.

L'animatrice du catéchisme passe à la maison (j'ai choisi un soir en l'absence de H.) pour me transmettre les éléments vus en réunion hier pendant que j'étais à l'opéra. Je ne comprends pas bien pourquoi elle a besoin de moi, les parents des enfants catéchisés ont l'air très impliqués.
Quand je pense que je vais faire du catéchisme à nouveau, moi qui étais si soulagée que cela s'arrête… Les enfants m'intimident.
— Tu n'étais pas obligée de dire oui, fait remarquer O.
— Un peu quand même : on ne suit pas ce genre d'études pour garder pour soi ce qu'on apprend.
Je ne lui dis pas que je vois un signe dans le fait que c'est l'année où nous étudions la sacramentaire qu'on me demande d'intervenir sur le déroulement de la messe.

Ciel

Un jeune homme de la plateforme d'assistance de Lille nous a installé proprement le logiciel (version client-serveur) et sa dernière version en environ trois quart d'heure.
C'est mieux que le précédent qui a passé trois jours à ronchonner pour nous l'installer de gingois, sans même songer à mettre à jour les adresses IP de nos ordinateurs qui avaient été changés. (Quand le jeune homme s'en est aperçu, il n'a pas fait de commentaire).

Blague à part, je suis soulagée. Maintenant il reste à trouver une personne qui soit désignée officiellement pour ce travail: sinon ce sera le même cirque à chaque fois.

Départ précipité

Lundi: mail général pour nous annoncer que notre DG part vendredi. Son remplaçant est en cours de recrutement.
Cette boîte devient de plus en plus étrange. Je me souviens d'une époque où il nous était annoncé que «Trucmuche avait souhaité donner une nouvelle orientation à sa carrière»: personne n'était dupe, mais au moins cela sauvait les apparences.
A-t-il déplu? Piqué dans la caisse? Qu'est-ce qui peut justifier une mesure aussi expéditive? (car la rumeur veut qu'il l'ait appris vendredi soir).
Quand je pense que nous avions eu droit à une grand-messe il y a un an pour nous annoncer des lendemains chantants.

Longue journée

Un peu déprimée ce soir. Sans doute la longue journée commencée à cinq heures pour emmener Hervé gare de Lyon (Lui vient de passer dix jours de transes pour terminer un projet où tout est allé mal, dont un développeur-clé arrêté pour une rupture du tendon d'Achille — j'ai toujours peur que son cœur lâche un jour, mais je dramatise trop) et terminée par deux heures d'aviron dans la nuit qui tombe (j'en ai marre d'encadrer les débutants, vivement octobre).

La vérité c'est que je m'en veux. J'ai blessé une jeune femme qui voulait un devis pour une FIVette en lui expliquant mal à propos qu'il fallait se battre contre les exigences tarifaires des médecins.
Longtemps après son départ il flottait une odeur d'hôpital dans le bureau. Je m'en veux.

Calcul de l'acompte d'IS. Je me mélange les crayons entre les années, le premier acompte de l'année N assis sur le résultat N-2 si N-1 n'est pas encore connu, et récupération du trop payé en N-2 au titre de l'exercice N-1 sur le deuxième acompte de N… Je crois que j'ai confondu des tiers (IRPP) et des quarts (IS). (Ce n'est que la deuxième année que nous sommes assujettis à l'IS commun).

Ce soir je découvre la to-do list de Léonard de Vinci qui me fait sourire.

Je m'aperçois que ça fait vraiment longtemps que je n'ai pas regardé mes fils RSS : une vingtaine de billets chez Boule de fourrure, et pour vous remettre du dégueu si cela vous affecte (parce qu'après tout, ce n'est jamais que la vie), encore et toujours le merveilleux blog de F.

J'ajoute ce blog à lire en ces temps troublés («Ma conviction qu’il faut étudier et combattre ce que nous appelions désormais le jihadisme avec les outils de l’historien (et donc avec ceux des sociologues, des géographes, des économistes, des ethnologues, des anthropologues ou des statisticiens) en est sortie confortée, tout comme celle que les commentateurs civils, en raison de leur incapacité bien compréhensible à accéder à des données intrinsèquement secrètes, ne peuvent sérieusement s’aventurer sur le terrain de l’analyse opérationnelle d’Al Qaïda et de ses alliés. Il leur reste, évidemment, quantités d’autres thèmes à explorer, car les tâches ménagères ne sont pas sans noblesse, mais encore faut-il avoir la grandeur d’âme de s’y atteler au lieu de courir les plateaux.»), qui donne également des titres de livres et de films pour ceux qui aiment l'espionnage et la guerre secrète.

Dans un autre genre (complètement!), Otir. Je me demande si Aymeric connaît («parce que là où il y a deux juifs, il y aura toujours trois opinions»).

Une heure du matin. Orage. Déluge. Je me couche.

Un air de jazz

En "civil", costume de lin clair, panama, le grand vigile noir semble sortir d'un film des années 40.

Le syndrôme de la glace au citron

Pendant les vacances dégustant nos glaces en terrasse, nous entendons le dialogue suivant:
— Et qu'est ce qu'il y a dans votre glace au citron meringuée?
— Du citron et de la meringue.


Le 22 juillet, j'envoie un mail: «Monsieur, nous avons bien reçu votre bulletin d'affiliation. Il nous manque 1/ un chèque de xx euros 2/ la preuve de votre adhésion à xx».
Le 8 août (je dépile mes mails lentement) je reçois en réponse à ce mail (bouton "répondre au mail"): «Mon affiliation n'est pas effective. Pouvez-vous me dire ce qui manque à mon dossier?»

Chaud

J'aime bien, malgré les suées dans les transports tandis que des andouilles sur les voies bloquent la circulation des trains.

Un déménagement se confirme: Nanterre Préfecture en avril ou mai prochain. Cela devient n'importe quoi.
Je devrais changer de boulot, chercher vers Melun. Mais j'aime bien celui-ci, j'aime bien m'occuper des gens même s'ils me font râler. Et je m'entends bien avec ma collègue, ce qui n'a pas de prix. Trop d'inconnues pour changer maintenant: le système d'assurance de la branche flageolant qui met en péril la survie de la mutuelle, un supérieur hiérarchique compétent qui aura soixante-cinq ans en 2017, O. qui commence ses études (et donc va les terminer), H. qui ouvre la possibilité de déménager à Tours ou à l'étranger… Je n'ai pas envie de changer maintenant pour tout quitter dans deux ou trois ans.
Ce qui m'ennuie le plus, c'est de m'éloigner de la Seine.

Skiff par 38° à l'ombre (pas d'ombre sur la Seine). Cinq kilomètres, pas plus. Vraiment trop chaud. Il faudrait y aller le soir, mais cela me fait rentrer à neuf heures.

J'ai perdu une des boucles d'oreilles achetées à Mycènes et cela me fait de la peine. En rentrant, l'émission sur le linéaire B avait évoqué Schliemann, l'un de mes héros depuis que j'ai découvert un peu par hasard sa biographie dans un livre France-Loisirs durant mes années de lycée (Des Dieux, des tombeaux, des savants. Le roman vrai de l'archéologie de CW Ceram. La libraire de Mollat qui l'avait lu (parce que vendeuse je le conseillais et vendais beaucoup et cela l'intriguait) avait fait la moue: vulgarisation de bas étage, rien d'extraordinaire, avait-elle jugé. Mais moi ça m'avait fait et me fait encore rêver).

Cas de conscience

Elle était venue en juin pour que nous établissions un devis pour le remplacement de sa prothèse de bras qui était usée et la blessait. Nous nous étions aperçus avec désarroi que les nouveaux modes de calcul lui laissaient la moitié du prix à sa charge (soit plus de quatre mille euros), alors qu'auparavant il lui en restait deux cents. Elle doit gagner le Smic, ou le Smic plus dix pour cent vu son âge.

Elle revient aujourd'hui avec une facture de cent-soixante quinze euros "pour son diabète". Il s'agit d'un patch qui permet de lire la glycémie sans se piquer les doigts. Elle me tend le barème de remboursement de la mutuelle sur lequel sont détaillés les produits que nous remboursons sans prise en charge de la sécurité sociale (la mutuelle ne rembourse que les produits sur lesquels intervient la sécu1, sauf quelques exceptions: contraception, vaccins, lentilles,…) et me dit que cela devrait entrer dans ses catégories-là.
A ce moment-là je la déteste. Elle sait parfaitement que cela ne rentre pas dans la liste détaillée. Elle espère faire pression avec son bras en moins. Elle m'explique que l'Agefip refuse d'intervenir pour sa prothèse, qu'ils acceptent de lui installer une station de travail adaptée et dernier cri, mais pas de prendre en charge sa prothèse. L'assistante sociale essaiera de trouver une solution après ses vacances en septembre. Je lui demande pourquoi elle a fait ça, pourquoi elle a acheté d'abord plutôt que se renseigner (mais je connais la réponse: elle savait que nous dirions non: ce n'est pas dans la liste. Elle a espéré nous attendrir, faire le forcing, une forme de chantage moral). Je lui explique que je suis désolée, que ce n'est pas dans la liste, que nous ne pouvons pas faire d'exception, que les exceptions sont injustes pour tous ceux pour qui nous n'en avons pas fait. Je peux simplement essayer de faire ajouter le produit sur la liste des exceptions pour l'année prochaine.
Elle répond doucement, sans s'énerver, qu'elle n'a pas de chance, que ça tombe toujours sur les mêmes, qu'elle n'a qu'une main à piquer, que six piqûres par jour c'est beaucoup, qu'elle n'a qu'un bras pour tout faire, la vaisselle, se laver, travailler, que ses doigts sont tout abîmés, ne le supportent plus.
Et tandis qu'elle parle et que je réponds mes platitudes, je pense aux consuls anglais ou américains qui ont refusé des visas aux juifs "pour ne pas faire d'exception", je pense à Nabokov décrivant le chaos de la côte d'Azur et je la déteste et je me déteste.


Note
1: ce qui conduit au paradoxe que si la sécu rembourse, la mutuelle rembourse, et inversement: "effet Matthieu" du nom de l'évangéliste, connu en droit social: à ceux qui ont sera donné davantage, à ceux qui n'ont rien sera enlevé le peu qu'ils ont.

Péripéties

Journée de réunions. Je prends (mal mais plus) la mesure de tout ce qui est en train de transformer la France, l'administration française, de l'intérieur. Informatisation et harmonisation à marche forcée. La DSN (déclaration sociale nominative) oblige les entreprises à déposer leur données de paie dans des concentrateurs, ce qui remplace les multiples déclarations de charges sociales et enquêtes, ce qui va également permettre la retenue à la source (de l'IS) (— Mais tu crois vraiment que la retenue à la source va passer? ça fait tellement longtemps qu'on en parle… — La PUMA1 aussi, on en parlait depuis longtemps. — C'est vrai…), le tiers payant généralisé, etc. Tout le monde est en retard sur tout (40 ou 60% des entreprises n'ont pas encore mis en place la mutuelle obligatoire depuis le 1er janvier dernier); de temps en temps une échéance est reculée d'un an quand les professionnels réussissent à démontrer que leur cri d'alarme n'est pas de la mauvaise volonté mais de la panique ou de l'épuisement.
Cette modernisation est fantastique et salutaire, mais les équipes informatiques ne savent plus où donner de la tête. Le risque, c'est un bug majeur. Le risque moindre, c'est ce qu'on connaît: l'engorgement, car pendant que les équipes créent le futur, elles ne s'occupent pas du présent.


Note
1 : votée sans que personne n'y prête attention le 30 ou 31 décembre 2015 pour une prise d'effet le 1er janvier 2016: nous en avons découvert la mise en place et ses conséquences en février…

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Axiome : «On ne va pas tarder à déménager. Chaque fois qu'on refait le hall, on déménage.»
Et de me citer trois exemples par le passé.
Pour moi, tout l'enjeu est de savoir où: pourrai-je encore ramer le midi? L'ICP sera-t-il toujours sur mon chemin de retour?
Rumeur concernant Nanterre. Vingt minutes de plus dans les transports, quarante matin et soir? De plus en plus il va devenir cohérent de travailler de chez soi.

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Je dîne avec O. et avec Paul qui l'héberge.
Paul commente le sujet de bac spécialité maths:
— Oui, il y avait une erreur de signe…
O. l'interrompt: — Moi je ne l'ai même pas vu tellement c'était évident.
— … et on nous l'a signalée au bout de deux heures. Donc l'éducation nationale s'inquiète pour ceux qui sont sortis avant: mais soit t'étais super doué et t'avais tout fini et même démontré pourquoi le signe était faux, soit t'étais tellement nul que de toute façon ça change rien.

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H. assistait à une grand messe américaine où chaque Etat essaie d'attirer les investisseurs sur son sol, et tout particulièrement les créateurs d'emploi. Hiiiiiiiiiii, il a vu Obama en vrai.

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Dernier cours de christologie, dernier cours de l'année. Encore un TG samedi.
Cinq ou six livres en bibliographie estivale. C'est bien une logique de jeu vidéo : à chaque étape le niveau monte.

Les nouvelles technologies et la finance

Réunion des entreprises du groupe cliente de la banque du groupe.

J'ai appris qu'il existait des expériences d'assurance "participative", comme inspeer. Cela m'a éblouie: d'une part je pensais cela impossible vu les obligations posées par l'ACPR, d'autre part c'est revenir aux fondamentaux de l'assurance, quand les armateurs vénitiens partageaient les risques de leurs navires en partance et cela me ravit.
Cela ne concerne que de petites sommes, en l'occurence les franchises non couvertes par les assureurs traditionnels, mais c'est intéressant dans la démarche: cela revient à ressentir à nouveau la mutualisation, la dépendance dans laquelle nous sommes chacun du comportement de tous.


Présence d'un des fondateurs d'Unilend qui prête aux PME et TPE. Quelques commentaires de ce fondateur:

— Nous ne prêtons pas pour des besoins de trésorerie mais pour des projets.

— Embaucher est un projet. 25% des entreprises qui ont emprunté ont embauché. Mais pour une banque, emprunter pour embaucher, ça n'existe pas: vous avez ou pas les moyens d'embaucher. Elles ne prêtent pas pour ça.

— Le dernier défaut de paiement en date d'un prêteur sur la plateforme est un maraîcher de Rambouillet : le centre-ville est devenu piétonnier, des supérettes se sont installées en périphérie, il ne s'est pas payé pendant trois mois puis il a jeté l'éponge. Plus bas, sous son souffle, comme à regret: souvent l'Urssaf y est pour beaucoup et reprenant le sourire, comme ne voulant pas être trop grave après avoir dit une vérité: mais bon, c'est logique, ça leur fait des clients.

— Pour les sommes importantes, nous avons aussi des entreprises dont la banque a atteint sa limite de prêts sur une ligne de crédit donnée: la banque accepte de prêter la moitié de la somme mais demande à son client de trouver l'autre moitié ailleurs. Dans ce cas, les banques sont contentes de nous voir car elles savent que nous prêtons sans arrière-pensée, nous n'essaierons pas de leur prendre leur client.


Le lendemain, je raconte cela à H. qui commente: «En France, les banques prêtent à ceux qui ont déjà. Aux Etats-Unis, c'est une autre conception. La banque et les financiers disposent d'une grosse enveloppe de prêt qu'ils partagent entre deux ou trois cent entreprises. Ils attendent un retour de 40%. Ils ne donnent pas la somme empruntée d'un coup mais la distillent en fonction des résultats. Ils suivent les entreprises mois par mois et arrêtent de les financer dès que les résultats s'éloignent des prévisions. Ils en "tuent" 80%, mais dans celles qui restent, ils en ont une ou deux qui rapportent plus que les 40% globaux attendus.»

Comité d'audit

Je me dis que j'avais peut-être exagéré (répondant à la commissaire aux comptes que j'en avais marre de m'assoir autour de tables pour discuter sans que rien ne change jamais (elle toute fière de son "plan d'audit")) quand dans l'ascenseur, à propos d'une confusion de la responsable de communication et tandis que je me proposais d'aller lui expliquer ce qu'il en était en réalité, Sébastien me demanda en souriant: «tu veux lui casser la geule tout de suite ou plus tard?»

Bon bon bon.

Pointeuse

En arrivant au bureau, je mets mon minuteur sur sept heures trente (je crois que la durée du travail est de sept heures trente-six dans l'entreprise). Je viens d'inventer le pointage personnel.

J'essaie dans un sens de ne pas voler mon patron, dans l'autre de partir plus tôt du bureau.
Premier constat : j'ai du mal à travailler sept heures de suite sans zapper vers autre chose, blogs ou FB. Quand je pense à toutes les heures à la doc où je me suis occupée du blog véhesse et de la transcription des cours de Compagnon…

Quand les changements informatiques courent après les changements réglementaires

J'assiste en ce moment au crash progressif mais régulier du système de santé français. Par système, je n'entends pas "principes", mais "informatique". Nous sommes en pleine régression, terme qui en informatique implique qu'après une mise à jour, les programmes fonctionnent moins bien qu'avant.

Un exemple: la mise en place du décret qui plafonne le remboursement autorisé sur les lunettes en fonction de la correction1.
Avant ce décret, la sécurité sociale vous remboursait entre six et dix euros, transmettait l'information de votre dépense à votre contrat de santé — si vous en aviez un (une "mutuelle", par abus de langage) — et vous étiez remboursé d'un complément selon le barème de votre contrat. Tout cela était automatique2 et prenait une dizaine de jours, ce qui permettait en payant par carte bleue d'être remboursé avant même d'être débité.
Depuis ce décret, les informations télétransmises par la sécurité sociale ne permettent plus de savoir dans quel cas de figure vous êtes (verres simples, complexes, très complexes). Il faut donc attendre le remboursement de la sécurité sociale sur votre compte en banque, puis envoyer facture et ordonnance à sa "mutuelle" (il est important d'attendre: si le gestionnaire de prestations reçoit vos justifs avant d'avoir reçu la notification de remboursement de la sécurité sociale, il risque de vous les renvoyer en vous disant que vos soins ne sont pas remboursés par la sécurité sociale et que donc il ne peut pas vous rembourser… De l'importance de ne pas "stresser le système": ne pas aller plus vite que la musique, attendre que chaque étape ait abouti.)
Cela signifie que l'on revient à un traitement manuel et non plus informatique. Or les entreprises qui gèrent les prestations n'ont pas le personnel suffisant pour gérer cet afflux de papiers, elles sont dimensionnées en comptant sur un fonctionnement normal de l'informatique. Nous assistons donc à une dégradation des durées de remboursement, à du mécontentement, à des cas parfois difficiles en cas de pensions de retraite minimales…
(Tout cela va rentrer dans l'ordre, bien sûr. Cela va prendre deux ou trois ans, le temps que les flux informatiques partant de la sécurité sociale soient mis à jour selon les nouvelles normes de façon à transmettre les données nécessaires.)


Tout ceci n'était qu'un préambule.
«Aujourd'hui […] s'est produit un miracle». L'Urssaf m'a téléphoné spontanément pour m'aider.
Evidemment, il doit lui manquer des milliers d'euros, ça motive. Je m'explique:

En tant que mutuelle, nous payons énormément de taxes, je veux dire des taxes nombreuses et variées (les assurances sont de gros collecteurs d'impôts, enfin, de "contributions indirectes", comme on dit à l'ENA (la différence, ce sont les poches destinatrices: l'Etat pour les impôts, divers organismes pour les contributions)). La taxe de solidarité additionnelle (TSA) est destinée à financer la CMU-C :
A ce titre, vous acquittez la taxe de solidarité additionnelle (TSA). La taxe doit être versée au plus tard le dernier jour du premier mois de chaque trimestre civil via un formulaire spécifique.
Une déclaration récapitulative annuelle doit être transmise avant le 30 juin de chaque année.
Ces documents doivent être transmis à l’Urssaf Ile-de-France avec copie au Fonds CMU.
En début d'année, nous avons été prévenus que cette taxe trimestrielle assise sur le chiffre d'affaires serait à déclarer en ligne (et à payer par virement, ce que nous faisions déjà).
En temps normal, c'est ma colaboratrice qui s'occupe des taxes. Elle n'avait toujours pas réussi à créer un compte en ligne avant que je parte une semaine en Espagne (8 avril). Elle partait ensuite en vacances pour trois semaines et à mon retour j'ai trouvé un mot sur mon bureau me disant que le compte n'était toujours pas créé.
Je n'avais pas envie de m'en occuper. J'ai complété la liasse fiscale et le dossier annuel à remettre à l'ACPR (date limite le 30 avril) sans m'occuper de la TSA, en me disant que nous pleurerions pour qu'on nous remette l'éventuelle pénalité si nous étions en retard par ma faute.
Mardi, j'ai ouvert le courrier en retard pour trouver une lettre de l'Urssaf disant qu'il y avait un report de date: nous avions jusqu'au 2 mai midi pour la déclaration: trop tard, nous étions le 3. Donc j'ai mis cette tâche de côté pour m'occuper des enveloppes T pour l'assemblée générale (et répondre au téléphone!)
Aujourd'hui (mercredi), l'Urssaf m'a appelée. Je résume ce que j'ai déduit de cet appel : personne n'avait réussi à se créer un compte et cette employée de l'Urssaf était en train de contacter une par une toutes les assurances de santé pour récupérer la taxe (pour vous donner une idée des enjeux: nous payons 72.000 euros de taxe trimestrielle pour 4,5 millions d'euros de chiffre d'affaires HT annuels, c'est-à-dire une très petite mutuelle (7500 personnes ouvrant droits)).

La suite est surtout destinée aux informaticiens. Je n'en suis pas une mais je sais que ce qui a été fait indique un gros bord** au niveau de la base de données: ce n'est pas le siret habituel de la mutuelle qui a été utilisé mais un siret particulier créé pour ce besoin précis, le compte utilisateur associé (ie le nom de ma collègue) n'est pas le compte utilisateur habituel, il a été doublonné en "CompteUtilisateur TSA" (ce qui signifie que la base a doublé de volume); bref, tout indique le développement informatique mené à la-va-vite n'importe comment (ce qui implique que nous allons en subir les conséquences pendant des années car l'informatique n'oublie rien et ne pardonne pas: si c'est fait de traviole, les effets pervers s'accumulent).

La dame de l'Urssaf a créé le compte à ma place et m'a donné un mot de passe provisoire à changer à la première connexion. La date limite de déclaration a été repoussée au 12 mai.
J'ai découvert à cette occasion qu'avec les derniers changements bancaires, je pouvais faire des virements de 72.000 euros vers l'extérieur toute seule sans les faire valider par personne.


Note
1 : Il est possible de ne pas appliquer ce plafonnement, c'est-à-dire ne pas être "contrat de santé responsable": dans ce cas les taxes s'élèvent à 13% au lieu de 7% (j'arrondis).
2 : Sauf pour certaines mutuelles qui tenaient absolument à avoir la facture: dans ce cas nous étions déjà dans le cas que je décris ci-après.

Changement de situation.

Cinquante-et-un appels sur mon répondeur en arrivant au bureau ce matin. Nous avons modifié l'échéancier suite à un recalcul de taxe (dans le sens d'une baisse des cotisations), mais le courrier qui est parti automatiquement est celui des avenants : "suite à votre changement de situation…"
Mails et coups de fil inquiets toute la journée: «que se passe-t-il? je n'ai pas changé de situation, je n'ai rien demandé…». J'ai essayé de descendre à une minute par coup de fil.

(C'était une erreur d'aller chez le coiffeur un mardi: cela a été bien trop long, j'ai raté le grec. Alors je suis allée boire un mojito.)

Boire, ça détend

En arrivant au bureau, je suis harponnée par Luc, le responsable de l'association sportive: «Venez voir, il y a une dizaine de bouteilles de whisky dans la benne à papier.»

Il faut expliquer que la mutuelle, l'association sportive et l'assistante sociale sont installées dans un monde parallèle: il faut pousser une porte à partir des couloirs principaux, arriver dans un couloir inattendu dont un un bras mort s'interrompt à la photocopieuse et les casiers du courrier tandis que le bras principal, lui aussi en impasse, permet d'accéder à chacune de ses extrémités à l'association et à la mutuelle (l'assistante sociale est entre les deux).

C'est donc un lieu relativement à l'écart (le plus drôle sont les gens qui n'arrivent plus à retrouver la porte pour sortir du couloir) et inconnu. Une benne à papier, — un chariot—, y a été entreposée car l'assistante sociale part à la retraite et vide ses armoires.

Dans la benne, des cartons de rame de papier A4, cartons idéaux pour ranger des livres en cas de déménagement, ce qui est le cas de Luc: il a voulu en récupérer et s'est rendu compte que chaque carton contenait une enveloppe en papier kraft contenant une bouteille de whisky.

Je déballe tout, expose tout. J'essaie d'imaginer ce qui s'est passé, quelqu'un qui part et a vidé ses armoires? Est-ce la consommation d'un seul ou d'un groupe? Pendant quelle durée, un mois, trois ans? (Le dernier déménagement date de 2013, je suppose que les bouteilles ne sont pas antérieures. Ce qui me frappe, c'est l'absurdité du procédé: il suffisait d'en sortir deux le midi, deux le soir, et en trois jours les bouteilles étaient évacuées. Pourquoi avoir pris ce risque puéril?

Luc est inquiet: «on va jaser». Cela me paraît absurde. Ma question est plutôt: prévenir la RH ou pas? Le fait d'exposer les bouteilles devraient nous prémunir contre une récidive. Est-il utile de provoquer du remue-ménage si cela reste une exception?


Reprise

Pas retrouvé mon pass Navigo ni mon badge ce matin avant de partir (confiés aux garçons avant de prendre l'avion pour ne pas les perdre en voyage…), oublié ma clé de bureau parce qu'elle est sur le même porte-clé que la clé de la voiture et que j'ai pris le bus…
Pas de doute, j'étais motivée pour retourner travailler.

Rien (encore)

Un conseil d'administration rondement mené. C'était celui de l'arrêté des comptes, j'avais prévenu la commissaire aux comptes que nous avions un pinailleur susceptible de prendre longuement la parole — et puis rien, il avait un train ou un rendez-vous, tout a été plié en deux heures (ce qui respecte la loi expérimentale suivante: tout est à peu près prévisible mais rien ne se passe comme prévu).

J'apprends que l'assemblée générale du 28 juin sera précédée d'une assemblée le 21 juin (tant nous sommes sûrs de ne pas avoir le quorum requis): ç'aurait été gentil de me prévenir, malgré tout, détail, c'est moi qui suis en charge des relations avec la poste (fabrication des enveloppes T), le service courrier (mise sous pli) et l'huissier (réception des votes par correspondance). Et puis il faut trouver une salle (l'enfer est dans les détails). Bon bon bon. Moi qui pensais pour la première fois depuis quatre ans avoir maîtrisé les délais, j'ai désormais une semaine de retard.


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Agenda:
Dans les bonheurs du jour, j'ai commandé des livres (est-ce que ça compte?) (et des draps (au bout de quinze ou vingt ans les nôtres se déchirent spontanément et finissent en chiffon pour les rails d'aviron) et des cartouches, mais ça, ça ne compte pas).
Bon évidemment, j'en achète toujours un peu, mais maintenant (à partir d'il y a quelques jours) je sais que je vais pouvoir les ranger: H. fait réaménager l'ensemble des locaux de bureau que sa boîte vient d'acheter et il va récupérer… des étagères, une bibliothèque, qui part à la casse: Noël!! (Vous me direz que nous aurions pu acheter de nous-mêmes des étagères: oui mais non, car cela aurait été entériné officiellement l'idée que j'achète des livres, alors que je jure mes grands dieux que non, j'ai arrêté. Alors que là, ça tombe du ciel, ce n'est pas du tout pareil. (De ma difficulté à ne pas rire quand on me parle de l'homme rationnel et de la rationalité des choix)).

Le luxe de dire ce qu'on a sur le coeur. (Ça surprend, mais ça soulage.)

— Cette semaine, j'ai dit à un mec que quand on veut faire un concours de bites, faut d'abord s'assurer qu'on a la plus longue pour être sûr de gagner.

H. est rentré hier mais nous n'avons pas eu le temps de discuter. Premier repas en famille depuis quinze jours.
— Euh… tu veux dire métaphoriquement ou littéralement?
— Littéralement. Tu sais que dans notre nouvel immeuble, je prends un locataire au rez-de-chaussée? On avait trouvé quelqu'un, on s'était mis d'accord, j'avais dit oui à tout, vingt pour cent de réduction de loyer, j'avais avancé les travaux pour qu'il puisse emménager le 1er juin, je l'avais même invité avec la maîtrise d'œuvre pour qu'il puisse choisir le carrelage…
O. remarque: — Ça va être pratique quand vous allez vous croiser sur le parking avec votre mètre-ruban…
— … et je reçois un mail de son patron qui m'explique que comme le déménagement va lui coûter de l'argent, il veut quatre mois gratuits parce qu'il va avoir des frais.
— Hein? Je ne comprends pas, c'est pas ton problème; s'il ne veut pas déménager, il ne déménage pas.
— Exactement. J'ai failli lui écrire, et puis j'ai décroché mon téléphone et je lui ai expliqué ma façon de penser.
— Il a dû être surpris…
— Il n'a rien dit.

Donc H. (la boîte dans laquelle travaille H.) n'a plus de locataire. Mais il n'est pas inquiet.


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Agenda
Maryvonne est partie en retraite. C'était un pilier de la cafétéria, je l'avais toujours vue (depuis 1996). Le paysage va changer, et l'ambiance (elle bougonnait beaucoup, ces derniers temps).

Ambiance

Entendu à midi à la cafétéria :

—C'est pas k'sa va mieux, mais on s'habitue.

Un nouvel ordinateur

Le groupe a fait une erreur : il m'a laissé un accès à l'organigramme. Je deviens une experte en décryptage de pyramides et de titres, que ce soit pour répondre aux questions des personnes que j'ai au téléphone par erreur ou pour trouver quelqu'un pour résoudre mes problèmes.

Jeudi dernier, j'ai ainsi téléphoné au responsable d'une branche nommée "qualité de services" dans la filiale qui gère l'informatique.
J'avais signalé le 12 janvier à la plateforme interne chargée de gérer les dysfonctionnements informatiques une série de messages d'erreur à l'allumage de mon poste (aimablement, le technicien que j'avais eu au téléphone m'avait prévenue, après avoir pris la main à distance sur mon poste, que celui-ci risquait de ne plus s'allumer un matin). D'autre part Word plante chaque fois que je ferme le dernier fichier ouvert sous Word (depuis que j'ai remarqué cela, j'essaie de laisser un document Word ouvert jusqu'à la fin de la journée — mais parfois j'oublie, je ferme machinalement, et Word plante), mais également quand je rouvre un des fichiers qui a fait planter Word à sa fermeture: de proche en proche, au fur à mesure des jours, c'est peu ou prou tous mes fichiers qui font planter Word à l'ouverture ou à la fermeture. J'en viens à avoir peur d'ouvrir un fichier; la clôture des comptes approche et j'ai les rapports annuels à préparer…

Il est possible que j'ai tapé un peu haut (mais je l'ai aussi fait exprès, j'avais relancé une fois par le canal normal et deux fois plus bas dans la hiérarchie), mais comme la personne a répondu au téléphone et m'a écoutée («puisque vous avez pris la peine de m'appeler…»: c'est à ce moment-là que je me suis demandé qui exactement je venais de déranger…), le soir-même j'avais un informaticien qui tentait une reconstruction de mon disque.
Le lendemain (vendredi), l'opération ayant échoué, on devait m'apporter un nouvel ordinateur entièrement reformaté. Malheureusement, le technicien "a eu des problèmes avec le téléchargement de Word".

Bref, il est venu aujourd'hui. J'ai un nouvel ordinateur. Il ne me reste qu'à demander de nouveau qu'on m'installe le logiciel Ciel compta, qui ne fait pas partie des logiciels standard. Pfff…

Entretien professionnel

Encore une journée "à m'occuper des gens" (répondre au téléphone et aux mails), par opposition à clôturer les comptes (je m'y mets vraiment la semaine prochaine, j'espère aller vite. Le vrai sujet de cette année, c'est l'assemblée générale extraordinaire pour approuver les statuts: comment obtenir le quorum?).

Entretien professionnel en fin de journée (un entretien à quatre heures le vendredi? Sérieusement?), le genre de truc qui m'a toujours fait sourire comme un hochet détestiné à amuser le bon peuple (même si dans le principe ce n'est pas idiot: préparer par la formation l'évolution des métiers des salariés). Enfin bon, ça me permet de papoter agréablement avec quelqu'un dans le groupe depuis aussi longtemps que moi. Elle est référent handicap (je mets ces liens à l'attention des lecteurs qui n'imaginent pas la vie en grande entreprise) et j'en profite pour lui parler d'un vague projet: prendre un chien en formation dans un ou deux ans (comme il faut le rendre au bout de dix-huit mois, j'attends que les enfants aient quitté la maison pour le faire — ou pas : je ne suis pas sûre d'être capable d'un tel engagement sur la durée).

Lire Drieu


Gilles, ligne 14, vers 7h45 à Châtelet.

Encore un conseil d'administration. L'un des administrateurs est fou furieux, je ne comprends rien à sa logique, il se bat deux réunions de suite pour une cause et défend l'inverse la troisième fois alors que nous venons de voter une modification des statuts conforme à ses souhaits précédents…
Nous nous perdons en conjectures: peut-être voulait-il savoir en prêchant contre ses convictions quelle position l'entreprise allait prendre dans des négociations de branche (mais ce n'est pas le lieu pour ce genre de finasserie politique), ou alors, beaucoup plus simplement, comme il vient de province, veut-il faire durer les débats suffisamment longtemps pour justifier son déplacement…
C'est très fatigant.

Pas dans mon assiette ce soir. Je regarde Benjamin Button (première fois que je vois Edgar Cayce cité dans une œuvre grand public). La vie comme une parabole (trajectoire en parabole). Puis Bullitt. Etonnante bande-son. Pas envie d'aller en cours toute la journée demain.

Un témoin du passé

Vu la fille de Philippe F., un collègue de travail de 1998-2001. Elle est passée au bureau me dire bonjour de la part de son père qui avait repéré que je travaillais dans le même immeuble que sa fille et nous avons évoqué des souvenirs. C'est étrange, elle connaît tout le monde alors qu'elle n'avait que douze ans à l'époque. Philippe devait beaucoup parler de la boîte à la maison. Il est vrai que c'était magique. Il est rare que je passe une semaine sans penser à quelqu'un de cette époque, ne serait-ce qu'à cause du célèbre «Connerie!» qu'assénait Jean-Baptiste en réunion devant les consultants qui encadraient le projet… (Il faisait plus d'un mètre quatre-vingt-dix et c'était très impressionnant — et plutôt satisfaisant — de le voir proclamer «Connerie!» de toute sa hauteur.)

Philippe, lui, c'était «Osons!» qu'il prononçait en saisissant son crayon à papier pour noter quelque idée iconoclaste ou décision joyeuse et inattendue, et que je prononce parfois in petto pour me donner du courage. J'en ferais bien une devise — j'en ai peut-être fait une devise.

Nous avons au fond du jardin une Opel qui moisit que Philippe nous avait donné pour que les enfants jouent dedans et avec. Sa fille était venue à la maison lorsque son père nous avait amené la voiture, elle se souvient de mon bœuf aux rognons: elle est donc l'une des dernières témoins de ma cuisine, avant que j'arrête de toucher aux casseroles.

Mercredi morne

Travail sur des séries longues à des fins d'analyse. Fastidieux et intéressant (si, cela peut être les deux à la fois).
La Seine a bien monté, beaucoup de courant. En yolette pour la première fois depuis longtemps (Marc, Jean-Baptiste, Laurence, Yann). Je ne rame plus assez, cela me fatigue. Je me rends compte que je ne connais pas les rameurs "de deux ans", nous formons spontanément des "promotions".
Préparation de l'oral sur St Jean, encore et toujours. Le témoignage comme lieu de la présence.

A 17h45, il fait encore un peu jour. Rien d'exceptionnel, tous les ans à la même date c'est le cas. Je note que je l'ai remarqué. (Et chaque fois je pense à Amiel et à Barthes pestant qu'on ait coupé dans l'édition de son journal les notations météorologiques au-dessus de Genève).

Rien de drôle. Ah si, le dernier acronyme de la sécurité sociale: PUMA, Protection Universelle Maladie (qui surgit de façon intempestive au beaux milieux de la réécriture de nos statuts: comment faire sans la notion d'ayants droits? casse-tête juridique imprévu). Est-ce que cela signifie que le RSI ou la sécurité sociale étudiante, par exemple, vont disparaître (car pourquoi choisir ces régimes qui fonctionnent mal si on peut bénéficier d'un régime qui fonctionne bien?)?

Nuit studieuse, encore.

mercredi soir

Il a fallu à nouveau faire appel à l'informaticien qui était venu mettre à jour Ciel compta le 18 décembre: il n'a pas fait le travail jusqu'au bout et nous avons de nouveau des messages d'erreur. Ce type m'agace par sa lenteur et sa façon de ne pas prendre en compte ce qu'on lui dit; d'autre part, et c'est plus rare (et je l'avoue avec un peu d'embarras), il me répugne physiquement. Quand il a terminé et qu'il est parti, je nettoie tout derrière lui au produit désinfectant, le téléphone et le clavier.

A midi, je l'abandone pour aller ramer, me disant qu'il travaillera peut-être mieux seul, car nous nous portons réciproquement sur les nerfs.
Quatre : Thibaud, Florent, moi, Marie-Françoise. Conseil : ne pas rentrer le menton au dégagé.

Je ne suis pas allée voir la pièce de Benoît.
Nous avons eu une discussion autour de l'APB (admission post-bac), pour souligner à la fois que les prépas, c'était l'horreur, mais c'était passionnant (j'ai découvert au cours de cette discussion que la pulsion qui me faisait dire «si on me le proposait, j'y retournerais tout de suite» a disparu: sans doute grâce à mes études et à Cerisy). Je suis contente d'avoir réussi à arracher H. quelques instants à ses préoccupations pour qu'il consacre quelques minutes au cas d'O. J'ai toujours peur que nous ne nous occupions pas assez du petit dernier, qu'il se sente (qu'il soit) négligé.

Nuit blanche de H. pour le boulot (rencontre américaine demain). Cela n'était pas arrivé depuis des années (à une époque, c'était quasi son mode habituel de fonctionnement).

Fuite en avant

Je commence à me dire que ces cours étaient une erreur. Tout préparer dans la précipitation en lisant le dixième du nécessaire accentue l'impression d'imposture.
La prof est partie dans la narratologie genre hypokhâgne, «le programme du projet narratif est une herméneutique dans un double mouvement d'anabase/katabase»; ce n'est pas désagréable mais elle ne connaît pas l'art de répéter trois fois la même idée sous trois formes pour nous donner la possibilité de prendre des notes; non, elle dicte littéralement son cours. Nous en sortons hébétés, hébétude redoublée (katabase) pour ma part en apprenant que l'oral est prévu le 6 février.

Le 6 février? en casant l'examen de grec 3 mardi en huit et idéalement une rencontre avec ma tutrice avant les vacances de février… (mais cela a-t-il un sens de voir cette tutrice après l'oral ? mais avant, pas le temps de préparer.) Finir le Balzac en cours (je devrais l'abandonner en me promettant de finir plus tard, je sais), lire St Jean, l'article de Culpepper, le livre de Devillers… En trois semaines ? Impossible, je n'ai pas cette discipline, je sature, je finis toujours par papillonner.
Essayons malgré tout.

J'ai l'impression de foncer dans les sous-bois comme un sanglier effrayé. Fini l'espoir de tracer de jolis sentiers rectilignes.


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Par ailleurs, impossible d'appeler "bonheur du jour" le plaisir sadique que j'ai eu à aller m'asseoir en face du chef comptable (de niveau quasi cadre supérieur) qui depuis 2013 met six mois chaque année à nous régler cinq cents euros après de multiples relances (il s'agit de refacturation intra-groupe). Je lui ai apporté un double de mes deux factures (huit cent dix euros tout compris), je me suis assise et j'ai attendu.
— Il va me falloir un peu de temps.
— Prenez le temps qu'il vous faudra.
Quarante-cinq minutes. Quarante-cinq minutes en silence à regarder la nuit tomber dans son dos, deux drapeaux claquer sur une grue au loin, à penser à KungFu et petit scarabée. J'ai estimé que sa fenêtre donnait au sud. Quarante-cinq minutes pour régler deux factures.
— Maintenant cela ne dépend plus de moi. Il faut une double signature.
— Qui signe? Je peux leur porter le parapheur.
— Je ne sais pas…
— Je peux voir votre procédure ?
— Si vous ne me croyez pas…
Il se lève, m'entraîne dans un bureau adjacent, interpelle un collègue:
— Tu peux expliquer à Madame xxx qu'il faut deux signatures?
— A partir d'une certaine somme, cinquante mille euros, il faut une double signature, enchaîne le collègue accommodant.
— Il s'agit de huit cent dix euros, fais-je remarquer d'une voix atone.

En partant, je le fixe dans les yeux et remarque à mi-voix: «quarante-cinq minutes pour huit cent dix euros, je ne connais pas votre salaire mais c'est cher payé.»

Suite

Donc rendez-vous annuel avec mon supérieur hiérarchique (j'ai lu quelque part que ce pensum était remis en cause par certains gourous des relations humaines. Bonne idée.)
En l'occurrence, c'est plutôt intéressant, même si mon chef semble me voir en hippie prêchant la paix parce que je défends le mutualisme (non, je défends la logique: ce n'est pas un contrat d'assurance, c'est une mutuelle).
— Ne vous trompez pas, simplement je n'ai pas l'habitude des représentants syndicaux. Je vis dans un milieu d'ingénieurs, je vise l'efficacité.
— Ah, n'utilisez pas de gros mot !


J'ai récupéré la montre de ma grand-mère. Elle fonctionne enfin, c'était la troisième tentative. Minuscule, aiguilles dorées sur fond doré, je n'arrive pas à lire l'heure avec ma vue déclinante. Mais ça n'a pas d'importance, ça me fait plaisir.


Fini Honeymoon with my brother.
Commencé The Last Lecture de Randy Paush (Le Dernier Discours). Un ingénieur qui n'a plus que quelques mois à vivre écrit un testament de vie pour ses trois enfants entre un et cinq ans: comment réaliser ses rêves d'enfants. (Je ne peux en dire plus, je commence le chapitre deux.)

Lapin

En arrivant devant mon immeuble, je me rappelle soudain que j'avais rendez-vous avec mon chef. Mais aujourd'hui ou demain?

C'était aujourd'hui.
Normalement je devais retourner travailler lundi, mais H. s'est trompé dans les billets de retour et j'ai posé une journée de repos de plus: donc le rendez-vous était le jour de mon retour et non une journée plus tard comme prévu initialement.

Ce n'est pas très grave. Mon chef paraissait détendu au téléphone. Ces périodes de fêtes sont reposantes.

Enfin, pas tout à fait. Quarante-sept messages téléphoniques. Le dernier courrier explicatif que nous avons envoyé est arrivé au moment des attentats. Les retraités sont restés scotchés devant la télé (je suppose. En tout cas c'était très calme au bureau) et ils se réveillent maintenant en recevant l'échéancier mensuel (ce n'est pas comme s'ils ne nous avaient pas envoyé un RIB et une autorisation SEPA). Bon. Pas grave. Plutôt amusant, en fait.

Journée de deuil

Aujourd'hui nous étions censés mettre un drapeau aux fenêtres. Encore aurait-il fallu être prévenu à temps, car qui a un drapeau chez lui à part les supporters de foot?

Enfin, je peux dire avec fierté et surprise que mon immeuble de bureau a arboré un drapeau. Je ne pensais pas qu'il prendrait cette peine: cette entreprise aurait donc des convictions? Elle paraît toujours si terne.

PS : photos sur twitter, système D français, chemises, serviettes, soutiens-gorges, stylo-billes, tout a été bon pour pavoiser les fenêtres, balcons, poches, photos de profil…
L'humour comme résistance.

Agacée

Mardi, la RH a envoyé un mail à toutes les femmes cadres d'un certain niveau. Je l'ai lu avec stupéfaction, j'ai ri, je l'ai commenté à ma collègue, et je suis passé à autre chose.
Mercredi, en revenant de Melun, n'ayant rien à faire en conduisant, j'y ai repensé et une certaine forme de colère s'est installée : qu'est-ce que c'est que ces foutaises, et surtout, pourquoi et comment notre direction groupe peut-elle s'associer à cela? (Je suppose que cela leur permet d'afficher une action supplémentaire dans la lutte pour la diversité ou contre la discrimination (je ne sais plus quelle est la "lutte" à la mode actuellement, ni si ces deux appellations recouvrents exactement les mêmes "combats".) Je suppose qu'il doit exister quelque part un rapport annuel à rédiger, puisque nous avons une "charte de la diversité" et un accord pour l'égalité hommes-femmes (enfin, il me semble. Entendons-nous bien: ce n'est pas que je sois contre, c'est que je souhaiterais moins de chartres et plus d'actes concrets. Est-il normal qu'il n'y ait pas une seule femme dans la direction générale groupe, et que lorsqu'il y en a (c'est arrivé), ce soit toujours à la RH, au marketing ou à la communication? Nous sommes capables de manipuler des chiffres, vous savez (enfin bon).)

Donc voici le mail:
Bonjour à toutes,
Les 14 et 15 novembre prochains, le Groupe sera partenaire de la 2ème édition des journées Happy Happening (suite des rencontres "Aufeminin.com"), un événement pour découvrir, partager et réfléchir aux mutations de notre environnement.

L'objectif ? Révéler (ou réveiller !) la leader qui sommeille en vous !
Happy Happening donnera la parole à une trentaine de speakers, chercheurs, entrepreneurs, artistes, penseurs… pour faire évoluer les mentalités, bousculer les conventions, débattre et ouvrir des perspectives sur le monde de demain.

Monentreprise soutient cette initiative groupe et, dans ce cadre, vous invite à ces journées Happy Happening au Carreau du Temple à Paris.
Venez nombreuses nous retrouver sur le stand Monentreprise pour cet événement solidaire, engagé, participatif et audacieux !
Jusque là, ça va. C'est le programme de la journée qui m'a fait sursauter :
I/ Le programme de l'événement
Happy Brain : un colloque animé par une trentaine d'intervenants emblématiques issus de tous les horizons.
Happy Show : des animations lifestyle, des cours de sport, de relaxation, des dégustations, des concerts, des shows humoristiques…
Happy Brand : une vingtaine de marques offrant aux visiteurs une expérience unique

II/ Sur le stand Monentreprise
Des conférences de coaching RH :
Changer de cap / "oser" se mettre en danger
Comment se construire une image

Des conseils de la diététicienne XXX :
Le déjeuner : des idées pour manger équilibré
Faire ses courses : apprendre à lire les étiquettes
Astuces pour préparer un dîner sain, équilibré et bon

Pour plus d'informations sur les journées Happy Happening et pour l'achat des billets d'entrée, rendez-vous sur le site happyhappening.
Euh… Lire les étiquettes? J'en parle à déjeuner, j'essaie d'évaluer si je suréagis: «Qu'est-ce que c'est que ce truc? Ils veulent faire un blog de filles? Vous croyez qu'ils auraient mis un diététicien dans un salon "pour hommes"? Inutile, répond H., eux, ils savent lire les étiquettes.» (Fou rire autour de la table)

Depuis j'essaie de relativiser, de me dire que les hommes sur "leurs" salons ont aussi droit à leurs futilités, le vin, les voitures, le foot, la bière, (les putes…)
Enfin bon, bis.


Et maintenant, la question qui tue: fais-je part de ma protestation à mon chef? Nous avons pourtant dans le groupe une manifestation plus porteuse de dynamisme (sans compter le mécénat pour le cinéma et les maladies rares, mais ceci n'est pas spécifiquement féminin).


Agenda:
Magnifique lever de soleil sur La Défense.
Pris mon temps à boire un café pain d'épice au Starbuck en attendant que le soleil soit vraiment levé.

Spéculations

Aujourd'hui j'ai vu
Aujourd'hui j'ai vu un administrateur syndicaliste prôner l'assurance (chacun paie pour ses risques) contre la solidarité (chacun met la même somme dans le pot commun qui sert à tous en cas de besoin).
Ah. Et nous allons (nous risquons, mais comme il n'y a pas moyen de discuter, nous allons le laisser faire) sans doute passer de deux tarifs à seize (deux fois huit) pour une population de deux mille huit cents adhérents. (Soyons justes, c'est aussi une conséquence (enfin, une conséquence possible, pas inéluctable) des changements législatifs sur les contrats responsables et le panier de soins.)

Comment expliquer le ridicule d'une telle finesse pour des nombres si petits?
Cela ressemble à calculer Pi avec une précision de six décimales à partir d'une boîte de conserve, d'une ficelle et d'un double décimètre: entre la grosseur de la ficelle, la probabilité de ne pas avoir pris la circonférence circulaire (mais une patatoïde) ni le diamètre au milimètre près, deux décimales seraient une approximation raisonnable entre la grossièreté de la mesure et la précision du calcul (je suis quasi sûre d'avoir expliqué cela quelque part ici).
(En d'autres termes, il suffira d'une personne qui se casse la jambe pour déséquilibrer totalement le résultat technique d'une formule.)

La conclusion de ceci est assez simple : soit le conseil d'administration se lance dans cette folie et j'ai du travail pour longtemps à faire des petits tableaux sur Excel (j'aime bien), soit les employeurs jettent l'éponge et je vais devoir trouver un autre poste (enfin, tout cela à terme, cela va prendre du temps, un ou deux ans).

(Heureusement, concile d'Ephèse, christologie descendante, Nestorius et Cyrille).

Vendredi varié

Deux heures de travail à la bilbiothèque de Sciences-Po (de 8 à 10). J'ai fini le "résumé" de Cerisy (je me demande bien s'il servira à quoi que ce soit) et commencé le grec pour jeudi.

Failli arriver en retard au Caroussel du Louvre (fermeture des portes à 10h30) pour le grand raout de la boîte. Apparemment nous fêtions l'anniversaire d'une ancêtre de l'entreprise actuelle, la société d'assurance la Royale créée en 1816. Quoi qu'il en soit, c'était très réussi. Nous avons si peu l'occasion de nous voir tous — et le champagne était très bon (Demoiselle (What? le site demande si nous avons l'âge légal pour le visiter?!!)

A 16h45, rendez-vous chez un psy pour A. Apparemment le courant a eu l'air de passer et elles projettent de se revoir. A suivre (de loin: d'une certaine façon, cela ne nous regarde pas vraiment).
En sortant, nous croisons une brocante près des Invalides et nous trouvons des œuvres complètes d'Agatha Christie dans la collection Rombaldi (un peu jaunie) qui est un souvenir d'enfance. Nous l'emportons.
Et pour finir, profitant que pour une fois nous sommes ensemble à Paris, H. propose de faire les boutiques et je renouvelle une partie de ma garde-robe : j'ai de plus en plus froid, adieu les robes sans manche. (Maintenant il va falloir que je me débarrasse de ce que je ne mets plus, et j'ai vraiment du mal à faire cela. C'est comme si j'abandonnais de vieux amis. Je vais peut-être stocker dans un carton en attendant de me décider).

Dilemme

Ce moment où, recevant la facture de Cerisy que tu as réclamée, tu te demandes si vraiment tu peux remettre au CE une facture intitulée «Jean Greisch: raison phénoménologique et raison herméneutique» dans l'espoir de récupérer quelques euros en remboursement de ton hébergement.

Et je me demande aussi si vous, ô lecteurs qui ne travaillez pas en entreprise, comprenez le problème ou l'enjeu. L'enjeu, c'est le silence et le vide, c'est la gestionnaire du CE avec qui je parle de (taille de) maison, de camping, d'enfants, qui va m'éviter (paranoïa de ma part? ou expérience accumulée au long des années?), c'est le regard goguenard du délégué CFDT administrateur de la mutuelle qui n'aura rien compris au titre mais en aura tiré la conclusion que décidément je suis barge et prétentieuse. (Lui m'est égal et cela me ferait plutôt rire, mais j'aime bien la gestionnaire du CE.)

Satisfaction du devoir accompli

Dernier jour de boulot pour quatre semaines. Tant mieux, cette histoire de RER m'aura bien gâché la vie (j'ai finalement décalé mes heures: en partant une demi-heure plus tard et en prenant la ligne 1, j'arrivais à la même heure qu'en partant plus tôt et faisant des trajets plus compliqués. Le problème, c'est que même assise dans le métro, il n'est pas possible de prendre des notes, les wagons voitures tressautent trop (plus que dans le RER. Et encore faut-il être assise… (d'où conséquences sur la hauteur des talons, etc)).

Je pars ce soir avec la satisfaction du devoir accompli: ouverture de centaines de lettres, saisie des mandats SEPA, réponses aux clients («oui monsieur, non madame,…» J'ai l'impression d'être dans Vacances romaines), formation des salariés qui parviennent à trouver mon bureau (c'est un labyrinthe — d'un autre côté ce n'est pas mon job, je ne le fais que par compassion: il est donc logique qu'une épreuve attendent les valeureux qui tentent de trouver la connaissance), fichier trimestriel pour l'ACPR, déclaration de la TCA (taxe sur les conventions d'assurance (ma première déclaration en trois ans: il faudra songer à simplifier les tableaux, il y a par ailleurs une erreur dans le calcul du chiffre d'affaires annuel)), arrosage des plantes (si, ça compte), environnement de recette pour la rentrée et la préparation de quelques cas sensibles…
En revanche je n'ai rien fait de ce que j'imaginais faire cette année pendant l'été: pas d'écriture des procédures, pas de document global sur la Mutuelle (commencé sous le titre de Petit dictionnaire de la Mutuelle en référence private joker à Karl Rahner (je me suis aperçue que c'était une mauvaise idée: ce titre trop modeste donne une fausse idée de l'ambition du projet. Tant pis (pour ceux qui connaissent, il s'agirait de correspondre aux exigences de l'ORSA bien que la mutuelle de par sa taille ne soit pas soumise à Solvabilité II)), pas de rangement de mon bureau (le meuble), pas de vidage des armoires…
Donc à tester : faire cela pendant l'année (oui je sais, c'est évident.)

Je suis nulle en sous-entendus

Hier, je parcourais du regard le compte rendu (en comic sans) du dernier CE de Monentreprise par la CGT:
Notre organisation syndicale interpelle la direction sur la rumeur persistante du rachat par Allianz1 d'un réseau d'agents afin de devenir aussi gros qu'Axa.
La direction nous indique avoir entendu la rumeur et nous indique que le patron d'Allianz n'a jamais nié vouloir grossir sur le marché. Sauf que rien n'est à vendre. Faire croire aux salariés que c'est signé, «c'est du grand n'importe quoi!»

En lisant cela, je m'étais dit que la CGT craignait l'émergence d'un concurrent important.
Sur ces entrefaits, la CFDT est passée distribuer son propre compte rendu.
Démenti sur les rumeurs de vente de Monentreprise
La direction a démenti les rumeurs sur le rachat de Monentreprise par Allianz, mais elle confirme la volonté de cet assureur de racheter un réseau d'un millier d'agents.
Ah, c'est cela que cela voulait dire? Je ne l'avais pas du tout compris! Donc nous serions à vendre, vendus? Ou pas?
Je n'y crois pas trop (il n'y a pas de raison objective; jusqu'ici, la maison-mère a toujours vendu quand elle n'avait pas le choix. D'ordinaire elle est plutôt dans une logique de conservation), mais c'est toujours étrange, ces rumeurs qui enflent.


Note
1 : c'est Allianz qui a racheté ma précédente entreprise au groupe dans lequel je travaille actuellement.

Pas grand chose

Un prestataire est venu installer le nouveau poste de travail de J. Il a eu les yeux exorbités lorsque nous lui avons expliqué qu'un technicien de la maison était venu la semaine "installer lotus en client lourd", avait fait planter l'ordinateur, n'avait pas réussi à l'éteindre, avait arraché la prise, n'avait pas réussi à le faire redémarrer, était parti sans jamais revenir…
Lorsque J a téléphoné à la hotline interne, son poste a été déclaré HS et elle a attendu qu'on lui en donne un autre (deux jours sans ordinateur, c'est long dans une fonction administrative).

Passage à la bibliothèque rue Vaugirard pour rendre Deleuze sur le cinéma (cours autour de Bergson). Vélib. Passage à l'ICP pour emprunter des livres: bredouille, horaires d'été, fermée à 18 heures.

Vélib jusqu'à gare de Lyon. Il fait froid. J'aurais juré qu'il y avait un gros saule pleureur à la pointe de l'île Saint Louis. Oui ou non? En tout cas il n'y avait rien ce soir.



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Signe des temps :
Un mouton croisé méduse est arrivé jusque dans nos assiettes. Cela me fait penser à la sirène servie dans un restaurant dans Le bourreau affable.
Cela me donne envie de rire. Nous allons vraiment faire notre malheur, comme ces enfants qui abîment leur jouet préféré puis pleurent «c'est pas moi, j'lai pas fait exprès».

Vendredi

Sortie en double avec Anne-Sophie. Bateau Kokoriko (fierté de se voir attribuer un bateau qui n’est pas les bateaux loisir habituels). Elle aussi me dit de préparer plus tôt (préparer ses pelles). Mentalement épuisée de concentration. Compliment nouveau: bon contrôle du dernier quart de la coulisse (je le note parce que c’est inattendu: c’est la première fois qu’on me dit ça. Ce doit être grâce à Jérôme, et peut-être à mes visionnages Youtube).

Les lunettes de soleil de Clément qui avaient été retrouvées au fond de la cabane ont fini dans la Seine.

J. n’a plus d’ordinateur. J’espère que nous ne venons pas de perdre quatre ans de compta (normalement c’est sauvegardé sur le réseau). Quand J aura son nouveau poste de travail, il va falloir trouver dans le dédale de l’organigramme LA personne habilitée à nous installer le logiciel de compta non répertoriée dans les listes habituelles. Du nawak en perspective.

Le fonctionnement du Comité d'Entreprise

Je suis en train de me rendre compte qu'un Comité d'entreprise est une zone de non-droit.
Il ne doit rendre des comptes qu'à l'employeur, qui généralement n'est pas trop regardant en échange de pas trop de contestation.
Chez nous, nous avons en outre un Comité Inter-entreprises auquel chaque CE reverse 75% de ce qu'il reçoit de son entreprise. La secrétaire du CIE aurait dû quitter le groupe et partir chez A** en 2012 lors de la cession de son entreprise par le groupe: au dernier moment elle a été mutée ce qui lui a permis de rester. Elle habite en province (son poste de travail est en province) et à titre de secrétaire du CIE a droit à un appartement dans Paris payé par l'entreprise. Cela fait quinze ans qu'elle est secrétaire… et dispose d'un appartement tous frais payés à Paris.
Il paraît que cet appartement est un véritable baisodrome, cela ajoute du sel à l'affaire…

Nous nous sommes détestées au premier regard. Elle veille scrupuleusement à l'application des règles d'attribution de subvention aux salariés (c'est bien) avec des passe-droits selon son humeur et ses goûts (c'est mal). Bref, c'est l'autoritarisme du petit chef à qui l'on a confié du pouvoir. Si elle m'embête, je me syndicalise dans son syndicat.

Coucheries

— Non mais tu t'rends compte? Sur sept filles, cinq couchent avec un type de la boîte!
— C'est un peu normal, quand tu n'as pas trouvé quelqu'un pendant tes études, en faisant du sport ou sur internet, tu le trouves au bureau.
— Oui enfin, pas celui qui a quitté une femme et deux enfants pour s'installer avec une jeune…
— Mais ça ne te concerne pas, si?
— Sauf quand le copain vient engueuler le chef d'une des filles parce que ce chef a fait une remarque à celle-ci sans savoir avec qui elle sortait.



C'est encore pire qu'une famille.

Plus Simenon que Balzac

Une assurée de la mutuelle nous téléphone pour s'étonner que son contrat soit résilié, à quoi nous répondons que nous avons reçu une lettre de résiliation en retour de notre avis d'échéance.
Réponse: «ce n'est pas moi qui l'ai envoyée, c'est ma voisine du dessus, elle nous vole notre courrier, à deux voisines et à moi-même, et elle répond à notre place.»

Le retour des comptes

Ma collègue était absente toute la semaine et les salariés m'ont achevée : j'ai à peine eu le temps de commencer l'arrêté des comptes.
Voici donc revenu le temps où je vais parler fiscalité et comptabilité. Cette année je franchis une nouvelle étape: je décris le processus de clôture des comptes en même temps que je l'effectue, le genre de tâche qui me fait toujours penser à cette carte aussi grande que le territoire chère à Lewis Carroll (décrire le monde, décrire parfaitement, intensément, le monde: ou comment la littérature permet de résister aux heures de bureau en ayant l'impression de continuer un projet commencé sous un escalier d'Adrogué).

Amsterdam le soir

Deux abus de pouvoir dans la matinée: le pharmacien qui profite du mécanisme du tiers payant pour escroquer une vieille dame (en comptant sur le fait que personne ne l'écoutera, je suppose) et le syndiqué qui profite de ses relations privilégiées avec les DP (délégués du personnel) pour menacer la RH d'un scandale et exiger le remboursement de frais prescrits.
Enervée.

Thalys sans problème; Amsterdam. Chambre sous les toits qui ne permet pas de lire au lit (pas grave, nous ne sommes pas venus pour lire au lit) et dix ans de Donald Duck reliés — hélas en hollandais (j'aurais dû prendre une photo).

Dans les pommes

Don de sang en entreprise. J'y vais pour découvrir à ma grande surprise que je n'ai pas donné depuis… 1996. Comme le temps passe (j'ai un peu honte).

Vérification de numération (j'ai structurellement un petit nombre de globules rouges): c'est OK. Je préviens de ne pas tirer trop vite car je me suis sentie mal la dernière fois (la raison sans doute pour laquelle je n'y suis pas retournée, entre grossesse et allaitement).

Déjeuner au self, cafétéria, je lis les documents destinés à préparer le TG de dogmatique. Papillons noirs et bouffées de chaleur, je déplace le tabouret de bar contre le mur, je m'appuie dos bien droit, je respire lentement. Je me réveille au sol, je ne sais plus où je suis, je rêvais, cela ne ressemble pas à mon lit, à la mine bouleversée de la jolie Asiatique en face de moi je comprends que je suis tombée du haut du tabouret et que cela a dû être spectaculaire, j'ai la lèvre fendue par mes dents et le genou écorché, j'espère que ma robe n'est pas trop remontée dans la chute, je rassure et remercie tout le monde, me rapproche de la table, range mes papiers, respire, vide ma tasse et me réveille une seconde fois au sol.
Cette fois-ci pas moyen d'y couper, on apelle "la sécurité", fauteuil roulant, je suis embarrassée de me donner en spectacle, il fallait boire beaucoup et ne pas enlever mon bandage qui faisait compression, me dit l'infirmière.
Je dors deux heures à l'infirmerie et réussis à ne pas me faire ramener chez moi en taxi (j'ai à faire à Paris).

Il reste la fascination pour ce moment du réveil et l'impossible reconstitution du moment de la perte de connaissance. Aucun souvenir, rien, comme s'il ne s'était rien passé. Impossible à prévenir, puisque foudroyant et imprévisible.

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Agenda
Book crossing. Restaurant Hôtel du Nord. Thème "les prix littéraires", j'emmène Frédérik Pajak, Manifeste incertain, tome 3.

Modération

Entendu dans le couloir :

— Bonne Année, bonne santé !
— Oui, et un peu de bonheur.

Balzac revisité

La personne chargée de la curatelle est la fille de Monsieur (et de Madame?).

(Eu Madame au téléphone: «Résistez, gagnez du temps, ne signez rien!» (Je me suis permise de donner mon avis car sa voix était assurée. Evidemment, Madame a peut-être été infecte toute sa vie et Monsieur est peut-être enfin heureux; mais enfin, on n'attend pas soixante-dix-sept ans dans ce cas-là, cette histoire sent trop la captation d'héritage.))

La vie comme elle va

Hier

— Dis donc, c'est calme! Pas un fumeur devant les portes! Tu as eu des appels, ce matin?
— Un seul, mais quel! C'est l'amie de la femme d'un assuré qui a appelé. Ça a duré vingt minutes, j'ai eu tous les détails. L'assuré, "notre" assuré, a fait un AVC à soixante-dix-sept ans au milieu d'une partie de jambes en l'air avec sa maîtresse de vingt-cinq ans de moins que lui. Sa femme l'a d'abord gardé à la maison, mais comme elle n'arrivait plus à s'en occuper, il a été placé en institution médicalisée; elle va le voir tous les jours, elle s'occupe de son linge, etc. Eh bien figure-toi qu'il demande le divorce! Alors son amie téléphonait pour savoir ce qu'il en serait de la mutuelle, mais évidemment, la femme est couverte via son mari, s'ils divorcent, elle n'y a plus droit.
— Mais comment peut-il demander le divorce avec son AVC? Il est capable de décider, de signer?
— Attends! Il était placé sous curatelle, et la femme chargée de la curatelle est une amie de la maîtresse: elles lui ont fait signer une lettre demandant à sa femme de plus venir le voir à la maison médicalisée…


Sans doute un abus de pouvoir caractérisé, mais le temps de le faire reconnaître, connaissant la justice française, l'épouse aura tout perdu. Il faut qu'elle refuse le divorce et engage toutes les procédures possibles pour ralentir le processus. Mais avec quel argent?
(Arrête, tu n'es ni assistante sociale ni conseiller juridique.)

Le Quinconce

Je termine le dernier tome du Quinconce et dessine "mon" arbre généalogique.

Journée morne. Je ne suis pas allée ramer. J'ai retrouvée la salle disparue (elle a changé d'étage et de situation dans le nouvel étage). J'espère que le téléphone sera rétabli d'ici vendredi pour le conseil d'administration. Je suis lasse de tout cela. (Il faut que je pense à commander du café).

Problème de RER D hier soir, ce matin, ce soir. Je crois que je vais me remettre aux photos des explications des retards sur les panneaux de la SNCF ou la RATP.

Exemple le 21 octobre (il y a une semaine, début des vacances scolaires. Rien ne fonctionne correctement durant ces vacances.)



Il est 19:05. La phrase d'explication indique:
« Circulation très pertubée dans les deux sens sur l'ensemble de la ligne. Plusieurs incidents sont survenus. Prévoyez un allongement du temps de parcours. Retour à la normale à 21h. »

Livres audio

Au cours de la journée, je dis à un adhérent qui n'a pas sa carte de tiers payant que je ne trouve pas aberrant de payer ses médicaments d'abord, pour être remboursé ensuite (et encore, il ne s'agit que de payer la part non réglée directement par la sécurité sociale).
Il s'étrangle au télephone:
— Mais c'est un jugement de valeur que vous émettez là !
— Oui, tout à fait.
Et je me demande in petto pourquoi il supposait que j'allais reculer devant le fait d'émettre un jugement de valeur. Evidemment que c'est un jugement de valeur, un jugement qui correspond à une certaine idée du bien commun et public, pourquoi cela ne pourrait-il pas être dit? (Il l'a réellement prononcé comme il aurait dit: «Mais vous êtes raciste!» Bizarre.)
(Ajoutons pour ceux qui s'apitoieraient sur cet homme qu'après deux ou trois questions, il s'est avéré qu'il était "à 100%" et donc ne payait rien, carte de tiers payant reçue ou pas.)

Hier matin en me connectant sur l'intranet, j'avais appris que le directeur de l'autre entreprise du groupe hébergée dans cet immeuble partait, après deux ans passés "à redresser les filiales en France". J'avais été surprise, il était étonnant qu'il partît si vite, la boîte allait plutôt bien et il était réputé travailler beaucoup en intervenant à tous les niveaux.
Renseignements pris en prenant le café, il aurait insulté un chauffeur de voiture privée qui aurait porté plainte (ce n'était pas sa première insulte ni la première humiliation publique, mais les affaires en interne avaient été étouffées). Autre rumeur: la drogue (et je pense "coke" car il était connu pour son hyperactivité).

Le soir je passe à la bibliothèque Rilke (Port Royal) chercher la suite de Twin Peaks puisque Charlotte Delbo (place de la Victoire) est fermée. Je vais rendre des livres à Buffon (Jardin des Plantes) et en explorant le rayon des livres audio je suis prise d'une véritable frénésie d'emprunt (totalement impossible d'écouter cela en trois semaines, mais je me suis dit que je prolongerai les prêts (par internet, c'est facile)):
La fille aux yeux d'or, Le Lys dans la vallée, Une Ténébreuse affaire, L'auberge rouge, Le Curé de Tours, La Chartreuse de Parme.
Mais qu'est-ce qui m'a pris?

Journée grise

Pas grand chose. Beaucoup de courant, comme hier. Bruine agréable (contre un ciel bleu d'hier).

Mon patron au téléphone (nous ne sommes pas sur les mêmes sites et je le vois deux fois par an environ). Il a soixante-deux ans, je redoute son départ, il me manquera. Nous discutons stratégie de pouvoir entre syndicats, pas toujours compréhensible quand on cherche simplement à être efficace.
Il me parle d'une loi qui va révolutionner le domaine de la formation: les employeurs vont être tenus de garantir "l'employabilité" de leurs salariés à partir de janvier prochain, le DIF disparaît. Je dois avouer que je n'y comprends pas grand-chose et cela ne m'intéresse pas beaucoup, la formation en entreprise m'ayant toujours paru un "machin". (Serait-il possible de faire passer une semaine à Cerisy en formation? Prené-je le risque de lui parler de ma formation en théologie? (c'est délicat, car je n'ai pas d'objectif professionnel, je ne vise rien d'autre que suivre pour suivre en attendant de découvrir quelque chose en chemin.))

Ce soir je prépare ma valise en faisant confiance aux prévisions météo: il devrait faire beau. J'hésite à emmener l'enveloppe destinée à protéger la capote rabattue : laisserons-nous celle-ci ouverte suffisamment longtemps pour utiliser l'enveloppe qui capote fermée prend de la place dans le coffre? (problème de place pour les bagages).

Carl Lewis

A la caféteria devant moi, des jeunes filles :

— Mais comment tu peux savoir qu'il est mort puisque tu ne sais même pas qu'il existe !?!

CNIL

* Sortie en skiff. Bassin agité.
Dominique a commandé Le Miroir de la mer après ce que je lui en ai dit la dernière fois (moi barrant, elle à la nage). Ça me fait plaisir.

* Retour (ie compte rendu) de l'audit CRIL ou CIL (je confonds les deux : il s'agit du département chargé des obligations CNIL à l'intérieur du groupe. En clair, une équipe interne vérifie si tout est en ordre dans l'éventualité un audit de la CNIL. C'est un audit CNIL sans les conséquences juridiques d'un audit CNIL).

Les principes de la CNIL sont extrêmement énervants lorsqu'on est de bonne foi. Impossible par exemple d'utiliser le n° de Sécurité sociale pour départager des homonymes.
— Vous ne pouvez pas faire ça. Le n° NIR est à l'origine de la création de la CNIL, ils en font une question de principe.
— Mais c'est dans l'intérêt du client, c'est pour éviter d'attribuer le paiement à la mauvaise personne!
— Je sais bien…
— Franchement, c'est stupide. L'origine de tout cela, ce sont les persécutions juives de 1940…
— Oui…
— … et si un gouvernement totalitaire venait au pouvoir, il lui faudrait trois semaines pour réunir les données personnelles aujourd'hui séparées. Et en Allemagne, où ils sont tout de même sensibilisés au totalitarisme, quand on déménage, tout suit, on n'est pas obligé de faire des milliers de démarches. J'ai encore eu la semaine dernière un jeune homme dont la préfecture exige que l'adresse coïncide sur tous les justificatifs qu'il présente pour obtenir son permis de travail. Il doit être bon car il était stagiaire à Lille et a été embauché ici. Comme il habitait le 93 au moment de son embauche il y a deux mois et qu'aujourd'hui il est à Paris, il demande à la DRH de changer l'adresse sur tous ses papiers. Il est venu me voir, j'ai essayé de l'aider pour la Sécu, on s'est rendu compte qu'il était encore immatriculé à Marseille: Marseille, Lille, le 93, Paris, personne ne l'avait prévenu des démarches à faire… Quand on pense à l'homme qui se plaint de phobie administrative…

(Je n'ajoute pas que ce jeune Togolais bégaie un peu. J'ai un peu honte devant lui (honte pour la France), je ne peux m'empêcher de penser qu'il doit penser qu'il est victime de discrimination de la part de la préfecture (il n'a pas l'air de le penser, en tout cas il ne montre rien). J'ai envie de lui parler de Madame Mendès-France mais ne le fais pas. Enfin bref. Parfois je m'énerve.)

Ma CIL ou CRIL sourit. Je sais bien qu'elle est là pour nous aider, pour nous mettre en conformité, nous éviter d'éventuels ennuis.
Il paraît que les cas de fraude à la carte vitale se multiplient et que par conséquent, la CNIL renforce ses obligations. Je ne suis pas sûre que les mentions en bas de contrat sont le moyen le plus efficace pour lutter contre les hackeurs.
Bon, il est possible que ce soit grâce à eux que nous soyons relativement protégés du spam.

Le besoin et l'utile

Petit déjeuner :
— Je songe à t'inscrire à un cours de vingt heures sur un roman de Balzac, nous irions ensemble.
— Bof… si tu penses que j'en ai besoin…
— Besoin, besoin… Tu n'avais pas besoin d'aller à Florence, et cela ne servait à rien. Mais est-ce que c'était inutile ?


Mais ce soir je suis découragée. J'irai seule, c'est inutile, il a raison, cela lui est tellement indifférent, il ne comprend tellement pas de quoi je parle.


Agenda :
Bonne sortie en skiff, un peu tremblante. Ralentir la fin des retours.
60 k€ pour transformer une extraction en fichier xml… Je suis en rage.
Pensées pour Jean à Nantes.

Une certaine sécheresse

J'ai un peu honte, d'un autre côté cela explique tant de choses en si peu de mots :


Brouillon de lettre que j'ai donné à relire pour avis et conseil (sachant que je fais bref car j'ai appris que toute explication provoquait des appels téléphoniques):
En 2015, la Mutuelle met en place la mensualisation par prélèvement de la cotisation annuelle que nous vous réclamions jusqu’ici par chèque.
A cette fin, vous trouverez ci-joint un mandat SEPA à nous retourner complété et signé, accompagné d’un RIB.
Le premier prélèvement interviendra le 10 janvier 2015.

(formule de politesse)


Retour du président de la Mutuelle. En voyant la longueur, je me suis dis qu'il avait fait ce que je craignais: ajouter des explications. Eh bien non.
En 2015, la Mutuelle fait évoluer ses services en mettant en place le prélèvement mensuel de la cotisation. Ce nouveau mode de paiement remplacera le mode de paiement actuel par chèque.

A fin de mettre en place ce service, nous vous prions de bien vouloir nous retourner :
- le mandat SEPA (ci-joint) complété et signé : attestation nous autorisant à mettre en place le prélèvement avec votre établissement bancaire,
- Un Relevé d’Etablissement Bancaire (RIB) de votre compte bancaire sur lequel sera prélevée la cotisation.

Ce service sera mise en place dès 2015 et le premier prélèvement interviendra le 10 janvier 2015.

(formule de politesse)

Seule consolation: j'aurais économisé de l'encre.

Heureusement les syndicats vous défendent

Je précise que l'immeuble fait huit étages. Un ascenseur sur trois sera immobilisé (par roulement) durant la durée des travaux. Ce message concerne les personnes qui pointent.

Mail reçu ce jour:

Madame, Monsieur,

Comme vous en avez été informés par mon précédent message, les travaux de remise aux normes des ascenseurs démarrent ce 25 août sur le site de xxx.

Consciente des «désagréments» liés à ces travaux d’ascenseurs, et en accord avec les Organisations syndicales, la Direction du Groupe a décidé d’accorder, à titre exceptionnel, 2 jours RTT supplémentaires aux salariés de ce site en enregistrements horaires. (Cette mesure ne concerne pas les collaborateurs en « forfait jours ».)

Ces jours RTT exceptionnels seront accordés selon les modalités suivantes :

Pour les salariés en CDI à temps complet ou temps partiel supérieur à 50 % :
- 1 jour à compter du 1er octobre 2014,
- 1 jour à compter du 1er janvier 2015.

Pour les salariés en CDI à temps partiel inférieur ou égal à 50 % :
- 1 jour à compter du 1er octobre 2014.

Pour les salariés en CDD et les salariés nouveaux entrants, ces jours seront accordés :
- au 1er décembre 2014, sous réserve d'une durée de présence de trois mois, de septembre à novembre 2014, et,
- au 1er avril 2015 sous réserve d'une durée de présence de trois mois de janvier à mars 2015.

N’hésitez pas à contacter votre correspondant RH pour de plus amples informations.

Les équipes RH et logistiques comptent sur votre compréhension pour la gêne occasionnée durant cette période de travaux.
D'un côté les personnes qui pointent sont souvent celles qui ont le salaire le plus faible et il est compréhensible d'être attentif à leur sort. D'un autre côté ce degré de pinaillage me laissera toujours pantoise. N'ont-ils pas des sujets plus urgents à traiter?

Productivité

A. travaille un mois en job d'été dans mon entreprise. Ce soir je lui demande négligeamment:
— Alors, tu as bien travaillé aujourd'hui ?
Elle fronce le nez :
— On a fait des origamis toute l'après-midi.
— Quoi ??!
— Oui, j'ai dit que j'avais besoin de la boîte vide de gâteaux pour mettre mes grues et que j'en avais déjà trois cents, et Françoise n'a pas compris ce que c'était, alors je lui en ai fait une pendant qu'elle s'absentait, alors Eva a fait une cocotte pour Elodie et moi j'en ai fait deux pour les garçons… (etc., etc.)

Trois jours

Trois jours à ouvrir le courrier, vider le répondeur téléphonique, trier les mails, activité classique des retours de vacances. Pour répondre à une demande du service de la RH groupe je mets de l'ordre dans les contrats (conditions générales (CG) et conditions particulières (CP) pour régime obligatoire (RO) et régime facultatif (RF) pour les sept à dix entreprises contractantes: je retrouve les originaux signés et jette la moitié du contenu des dossiers (les copies, les doubles non signés, les impressions de mails (WTF?), hop, à la poubelle).
(Ce genre de détails a-t-il vocation à être raconté? Mais que dire d'autre si c'est cela la chair des jours?)

Je pars le matin avec A., je rentre le soir avec elle. Je lui ai donné Salut mon pope mardi, elle finit Du brut pour les brutes aujourd'hui. Elle qui lit si littéralement apprécie cette écriture et ses délires (c'était quitte ou double).

Plus (quoi? pragmatiquement? (c'est pour la rentrée)), je lis Evangelii Gaudium. Le style est un peu plat mais certains passages sur le découragement, la culture (les cultures), la finance, sont étonnants. Le rappel de l'autre, de la communauté, contre une spiritualité individualiste et désincarnée est permanent. Je me demande si le fait que les portes de l'église de Yerres soient désormais grandes ouvertes a un rapport avec cette exhortation (je sais désormais que ce qui me paraissait "une idée du curé" est généralement la traduction pratique de textes du magistère). Il y a dans cette exhortation un appel à l'audace et à la prise de risque en général qui pourrait se traduire pour les églises de France par: mieux vaut être vandalisé que fermé.

Je termine le billet sur Delphes en me disant que je n'ai pas réussi à rendre la longueur des kilomètres due à notre faible vitesse, à l'étroitesse des routes et aux variations d'altitude.

Décidément, je ne fais aucun progrès

Une journée de réunion — conseil d'administration, révision des statuts. Les administrateurs élus parmi les syndicalistes (ils sont en fait élus en tant que salariés et non en tant que syndicalistes, mais les cinq mille votants choisissent des gens connus sur la liste des candidats, donc le plus souvent des syndiqués/syndicalistes) sont persuadés que les représentants désignés par les entreprises adhérentes (dits "membres honoraires") sont "aux ordres de la direction". Ils ne le laissent pas sous-entendre, ils le disent ouvertement.

Je ne comprends pas pourquoi cela m'énerve autant, ou plutôt je le sais, c'est l'injustice et la démesure de l'accusation qui m'exaspère: d'une part les entreprises adhérentes, une fois fixé le montant de la cotisation annuelle, se moquent éperdûment de ce que les administrateurs pouvent décider tant qu'elles n'en entendent pas parler (je veux dire: tant que la mutuelle fonctionne), ensuite le travail des membres honoraires (les seuls à me répondre, à relire les comptes, à préparer les réunions) n'est pas reconnu, enfin il est fatiguant d'être accusé de vouloir saborder une entité pour laquelle on se démène pour justement assurer sa survie.

J'éprouve le sentiment étrange que les membres syndiqués préfèreront tuer la mutelle que la laisser évoluer, devenir autre que ce qu'elle est aujourd'hui (accepter de nouveaux adhérents, en particulier). Et lorsqu'ils l'auront tuée à force de rigidité, ils proclameront: «Nous vous l'avions bien dit, que la direction voulait la peau de la mutuelle». (Et je ris nerveusement).

Ça m'exaspère. L'injustice et l'illogisme m'exaspèrent, et l'ennuyant, c'est que je proteste. Il faut que je fasse des progrès, que je ne dise rien, que je ne réagisse pas. La première précaution, c'est de prévoir une boule quiès la prochaine fois — à cacher discrètement par les cheveux — selon le principe que les bêtises entendues à moitié me tapent moins sur les nerfs. (Je le sais par expérience).

PME en croissance

— Tout de même, ils savent ce qu'ils ont gagné depuis que tu es là.
— Ils savent aussi ce qu'ils ont perdu. Il y a plus d'argent à distribuer dans une entreprise qui vivote que dans une entreprise qui se développe. Je vais te donner un exemple. L'autre jour, le directeur financier nous a annoncé que nous allions faire plus de résultat que prévu. Le patron a dit: «tant mieux, ça fera des dividendes», le syndicaliste a dit: «parfait, ça fera des primes à distribuer» et j'ai dit «super, on va pouvoir embaucher une personne de plus».

(Evidemment, après, le problème est de choisir entre les options. Mais remarquons que l'optique spontanée du syndicaliste n'est pas de partager le travail mais l'argent (pourquoi pas, c'est tout à fait compréhensible. A condition que les mêmes ne viennent pas faire des discours sur le partage du travail, justement.))

Un petit déjeuner fautif

Je voulais m'inscrire à l'un de ces petits déjeuners professionnels organisés autour d'un thème par des entreprises (souvent des cabinets de conseil) qui se constituent ainsi un carnet d'adresse de clients potentiels. Puis j'ai oublié, puis j'ai envoyé un mail hier vers quinze heures et j'y suis allée ce matin sans attendre la réponse, me disant que je m'ajouterai manuellemaent sur la liste des participants.

Le lieu de rendez-vous était dans l'un de ces centres de conférence que les entreprises louent pour avoir de grandes salles. Quand l'intervenante a commencé à parler, je me suis dit que je m'étais trompée de petit déjeuner, et pire, que le sujet de celui-ci ne m'intéressait pas du tout: c'était une veille sur les tendances de la formation professionnelle dans le monde (intervention organisée par Opcalia). (Je n'ai jamais pris la formation professionnelle très au sérieux, et cela doit être très français, car l'intervenante a confirmé que nous étions connue pour cela: ne prendre la formation que pour une obligation légale et non pour un investissement. (Apparemment une loi est en train de tenter de moderniser et de changer cet état d'esprit).
(A la pause, j'ai vérifié à l'accueil: il n'y avait pas d'autre petit déjeuner d'organisé ce matin. Au bureau, un mail m'attendait pour me prévenir que celui auquel je voulais assister avait été annulé.)

J'ai tout de même pris quelques notes. Apparemment la grand'messe internationale de la formation est organisée par l'ASTD. Il y a trois ou quatre conférences par ans dans des grandes villes américaines, rassemblant environ neuf mille personnes dont 40% d'Asiatiques (une dizaine de Français). Ces conférences rassemblent quatre cent cinquante exposants; leur liste à trouver sur le site de l'ASTD permet d'avoir une idée de ce qu'ils vendent et de ce qui se vend.
Le e-learning est en perte de vitesse, les formations sont de plus en plus un mix de formation théorique virtuelle, de préférence des vidéos ne dépassant pas une quinzaine de minutes, et des formations très pratiques en présentiel.

Les formateurs doivent captiver les gens (au sens propre), sinon au bout de dix minutes tout le monde est sur son smartphone (ce qui me paraîtra toujours hautement impoli mais ne paraît choquer personne). La compétence du formateur est remise en cause en permanence par les formés susceptibles de faire des recherches google pendant la formation pour vérifier ce que dit le formateur (!).
De plus en plus, il est demandé de mesurer un ROE (Return on Expectations: prouver que les salariés ont réellement acquis une compétence, par une mesure avant la formation, puis un ou deux mois après (formation à la délégation, par exemple: le formé délègue-t-il davantage après qu'avant?)), voire un ROI (Return on Investment), ce qui est beaucoup plus difficile à évaluer car il n'y a pas de mesure "toutes choses égales par ailleurs" (comment mesurer l'impact d'une formation commerciale si par ailleurs le marché s'est écroulé, il y a eu crise économique, des concurrents ont fusionné?)

Tout ou presque est disponible sur Youtube (l'intervenante ne tenait absolument pas compte des éventuelles problèmes de langues et des niveau des salariés). «Ce que vous avez à faire, c'est repérer sur le net ce qui vous intéresse pour le mettre à disposition des salariés». (Au passage problème du droit d'auteurs: ne pas vendre ce qu'on récupère gratuitement.)
In petto je me suis dit que c'était une piste pour les documentalistes, car trouver la meilleure vidéo sur un thème à partir des tags étrangers servant à l'indexation… pas si simple et surtout très long. Les serious games sont moins à la mode. J'ai noté le nom d'un jeu pour se former à la négociation: The Merchants".

Ce qui est en train d'émerger, ce sont les MOOC (Massive Open Online Course), formations en ligne données par les professeurs de grandes universités, formations gratuites devenant payantes si l'on veut obtenir une certification. (Le modèle économique de ces MOOC n'est pas encore stabilisé: comment diffuser gratuitement des cours en ligne pendant que les étudiants en présentiel paient dix mille dollars l'année?)
Il existe des légendes: les MOOC auraient permis de repérer des ingénieurs nigériens ensuite invités en Californie, etc, etc. (Notes: éclatement des frontières, faites vos MOOC, mettez vos vidéos sur internet, mais attention, pas toutes vos compétences, car que vous resterait-il à vendre?)
En France, deux sont très connues: une formation de Lille en gestion de projet, une du CNAM en management.

J'ai noté par ailleurs une liste de noms et adresses:
coursera
edX
udacity
Carnegie Mellow
Stanford
classe to go
coursebuilder, proposition Google pour créer des MOOC à usage interne (des SPOC).

Dernier point : un formateur doit être sur linkedin et avoir au moins quatre cents contacts (ratio américain). Il faut avoir également des recommandations, donc à la fin de chaque formation, demander aux formés d'aller déposer un petit mot… (et ça m'a paru étrange, déjà que je trouve étrange que les restaurants ou gîtes nous demandent de le faire sur Tripadvisor, mais le demander pour soi quand c'est soi le produit, et non plus la chambre ou la cuisine…)

Jours de congé pour enfants malades

H. a découvert que le droit d'Alsace-Moselle prévoyait qu'un salarié s'absentant pendant un court délai ("un temps relativement sans importance") pour une raison indépendante de sa volonté devait être payé; et qu'il n'y avait pas de limite au nombre de ces absences.
Un avocat consulté a expliqué que les entreprises d'Alsace-Moselle déterminaient une règle de conduite (dans leur règlement intérieur, je suppose) et s'y tenaient (par exemple trois jours par an sans justificatif), quitte à prendre le risque d'un prud'homme de temps en temps.

La réclamation venait en l'espèce d'une salariée travaillant à 80%, donc absente le mercredi, pour un enfant malade. Elle aurait souhaité s'absenter aussi souvent que "nécessaire".
Mon fénimisme s'interroge:
— Mais enfin, l'enfant n'a pas de père?
— Si.
— Et il ne travaille pas en Alsace-Moselle?
— Si.
— Mais alors, si elle prend un jour, lui un, elle ne travaille pas le mercredi, ça fait une maladie de cinq jours, normalement son gosse est guéri, ou c'est très grave.
— Oui mais non, son mari ne peut pas s'absenter, paraît-il.

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En voyant ce matin le numéro de Liaisons sociales, j'ai pensé à elle: voilà la solution à son problème.

Mais j'ai vite oublié cette pensée sarcastique pour simplement rester émue devant cette très belle disposition de loi qui permet de donner ses jours de RTT à un parent d'enfant gravement malade.
La proposition de loi prévoit qu'un salarié peut "renoncer anonymement et sans contrepartie à tout ou partie de ses jours de repos non pris" au profit d'un collègue, parent d'un enfant de moins de 20 ans "atteint d'une maladie, d'un handicap ou victime d'un accident d'une particulière gravité". Les jours "donnés" peuvent être des RTT, des récupérations ou la cinquième semaine de congés payés. Le bénéficiaire garde sa rémunération. Son absence est "assimilée à une période de travail effectif".
Et en cherchant ce soir quelques renseignements, je tombe sur cet article et j'y reconnais bien ce que je déteste dans la gauche. Plutôt que se réjouir de ce que pourront obtenir quelques-uns, elle proteste parce que tous n'y auront pas accès.
La gauche, dans sa passion de l'égalité, a totalement perdu la notion de "faire reculer le malheur", partout où c'est possible, dans la mesure du possible, en attendant de faire mieux.

Ma collègue me racontait qu'elle n'a jamais eu de cadeau de fête des mères: l'instit de maternelle avait trouvé que c'était injuste pour les enfants de divorcés n'étant pas chez leur mère ce jour-là: «Et donc elle a privé tous les enfants pour quelques-uns», concluait-elle.

Nuit

En terminant vers 23 heures, toujours la petite inquiétude de ne pas pouvoir sortir de l'immeuble.

L'air sent le printemps au dessus de La Défense et je pense à Buffet froid.

Déclarer l'IS

Dans la série "le monde ne cesse de m'étonner", j'ai découvert ce soir avant de quitter le bureau que nous devions télétransmettre notre déclaration d'IS (je rappelle que ce n'est que la deuxième année que les mutuelles 45 sont soumises à l'IS de droit commun, d'où mon inexpérience (l'année dernière j'avais mis la liasse sous enveloppe).

J'ai passé du temps à farfouiller car je ne voyais nulle part l'équivalent de ce que nous saisissons en tant que particulier.
Et pour cause: les entreprises doivent passer par des intermédiaires dont la liste est donnée (à partir de cette brochure, cliquez sur le lien "Solutions TDFC avec saisie en ligne"). Ça ne coûte pas très cher (entre cinquante et trois cents euros), mais j'ai quand même une impression de rackett: comment ont été choisies ces entreprises qui télétransmettent les déclarations? A qui appartiennent-elles?
Et pourquoi cette solution? Pour répartir la charge sur des serveurs variés quand tous les comptables se mettront au dernier moment à remplir leur liasse?

(Ce que j'aime aussi, c'est la copine qui me dit quand je lui parle de mes affres (car je vous raconte la fin, mais il y a eu des étapes): «t'as qu'à donner ça à ton comptable». Oui, enfin, que ce soit donné à n'importe qui, il faut bien qu'à un moment donné quelqu'un fasse le boulot, il ne va pas disparaître en passant de main en main. («Le comptable, c'est moi, je fais tout, sauf le ménage, et encore.»))

Le pied bleu

Pour ceux qui ne connaissent pas, c'est (presque) le titre d'un album de Lucky Luke.

Bon, rien à raconter sur cette journée. Je pourrais vous mettre une photo de mon pied jaune violacé, mais il paraît que c'est moche. (C'est moche).

Donc rien. Je continue Döblin, Voyage en Pologne.

Ah si : j'ai peut-être fait un coup de p*** à quelqu'un de la boîte: ayant reçu un message de la logistique me disant que ma commande serait honorée entre une et quatre semaines et qu'il était inutile de les relancer durant cet intervalle (c'est surtout cette phrase qui m'a agacée), j'ai fait suivre le message à mon chef en commentant que quatre semaines était envisageable, mais que c'était la limite. J'ai mis l'émetteur du message en copie.
J'ai reçu un mail dans la journée pour me dire que ma commande était passée.
Je ne sais pas si je suis contente ou embarrassée. Je ne souhaitais pas spécialement passer devant tout le monde, mais je ne pouvais pas me permettre de prendre du retard. Je ne pensais pas que cela aurait un tel effet.

Oubli

Quatre jours m'ont suffi pour désapprendre à travailler.
Vers la fin de la journée, j'ai au téléphone une dame née en 1939 présentant tous les symptômes de Doris (cf. Le Monde de Nemo). Aucune mémoire immédiate, quarante minutes de conversation. Elle comprend, mais elle oublie aussitôt. Je suis désolée de ne vraiment rien pouvoir faire pour l'aider par téléphone. J'essaie de lui faire noter des points de repère, mais elle oublie de regarder sa feuille…

Nathalie Granger. Mazette. L'absurde sans second degré (ou presque: «Votre machine est une 008». Très tongue in cheek, dans ce cas. Après tout, peut-être que je me trompe complètement). Lorsque je regarde ce genre de film, je ne le regarde pas, j'essaie de reconstituer les spectateurs de l'époque dans la salle (mais bien sûr c'est impossible).

Lisa va retourner à Berlin dans quelques semaines. Je n'ai pas l'impression qu'elle ait été très heureuse, très à l'aise, en France. Il faut dire qu'elle avait des collégiens en classe.
J'apprends qu'il y a une cafétéria tout en haut de centre commercial Sonycenter à Berlin, au-dessus du musée du cinéma, et que de là-haut on domine tout Berlin.
Elle m'apporte un magazine, Fluter, qui est envoyé gratuitement dans le monde entier à toute personne en faisant la demande. C'est un magazine né après la seconde guerre ayant pour ambition d'apprendre la démocratie aux Allemands. C'est un journal d'Etat pour l'éducation politique (en français, ça sonne très soviétique): "Magazin der Bundeszentrale für politische Bildung". Il est très critique envers les excès de la mondialisation.

Elle lit Le Piéton de Paris de Léon Paul-Fargue (en allemand).

Compensation ratée

Par politesse, je reste au bureau puisque le CAC est encore là et je rate le cours d'allemand (mais je crois qu'il est resté à cause du calme et de la tranquillité, et qu'il ne s'est pas aperçu que j'étais restée pour lui).

Qu'importe, me dis-je, je vais rentrer chez moi plus tôt et aller voir Monuments Men qui passe dans ma ville.
Eh bien, j'avais beau savoir que Clooney est un mauvais réalisateur, c'est tout de même très mauvais. Au début j'ai cru au croisement inattendu de La grande vadrouille avec Ocean eleven (le syndrome "on est une bande de potes on fait un film") à la sauce américaine, mais c'est vraiment très vide et très lent.
Je me demande quel est le but de ce film. Une visée pédagogique à l'usage des jeunes Américains, afin qu'ils aient vu deux ou trois tableaux dans leur vie?

Décision

En choisissant le prochain livre que je vais faire relier, j'ouvre Carl Schmitt: «Est souverain celui qui décide de l'exception».

Je décide aussi sec d'accorder sa dérogation à l'ancien salarié qui nous a écrit une belle lettre.

Photos de charme

Peu de choses aujourd'hui. Il ne faut jamais, JAMAIS, écrire à ses clients. J'ai répondu au téléphone, à des questions idiotes (des questions qui n'en étaient pas), une grande partie de la journée. («— Sur le papier il y a écrit qu'il faut payer en deux chèques. Est-ce qu'il faut payer en deux chèques? — oui.» Silence. Je ne dis plus rien. «Ah. Ah bon. Excusez-moi de vous avoir dérangée.») Je deviens folle comme une vache exaspérée par des moucherons. (Et je suis seule, ma collègue est en vacances).

Alors pour ne pas rester sur cette note morose je vous propose deux photos de mes archives, prises il me semble sur le boulevard Saint Germain en juin dernier, alors que nous efforcions d'arriver à la librairie polonaise avant l'heure de fermeture.




RIP

Fin des vacances, je reviens après dix jours d'absence. RER et couloirs calmes.
Je me mets au travail.
Une heure plus tard, j'ai l'occasion de revenir sur la page d'accueil de l'intranet de la boîte. Elle a changé, une brève nous apprend la mort le 24 décembre du DRH parti à la retraite au printemps dernier. Il est enterré aujourd'hui dans les Vosges (impossible d'y aller, trop tard). Je suis ébranlée.

C'était un homme qui était déjà en poste quand je suis entrée au G*n en 1996. Il était beau, blond aux yeux bleus dans le genre Robert Redford.
Choc en le revoyant il y a deux ans, vieilli, boursoufflé: comment pouvait-il s'être laissé aller ainsi en ayant tant d'atouts naturels?
— Mais que lui est-il arrivé ?
— Un divorce difficile.
(J'avais pensé à l'alcool, mais après cette mort H. me suggère de la cortisone.)

Quand une partie des activités de mon ancienne société a été vendue en octobre 2012, l'autre partie a été dissoute dans une des entreprises du groupe (comprendre que les effectifs et les portefeuilles clients ont été repris tandis que juridiquement la société d'origine disparaissait). Bien entendu se posait le problème des doublons, de façon d'autant plus épineuse que les personnes étaient haut dans la hiérarchie. Un "plan de départ volontaire" (PDV) a été mis en place, proposant aux salariés d'anticiper leur départ à la retraite. C'est ainsi que "Robert Redford" est parti quelques mois ou années plus tôt qu'il n'aurait dû.

Je ne peux m'empêcher de penser que ça l'a tué, qu'en lui enlevant ce qui l'obligeait à se lever tous les matins et lui donnait une structure, nous l'avons tué.
(C'est idiot, je pourrais tout aussi bien penser qu'heureusement qu'il est parti plus tôt, qu'ainsi il a eu au moins quelques semaines de loisir.)

A suivre

A la machine à café je croise l'agent de sécurité qui stationne dans le hall. Pour dire quelque chose, je lui demande s'il ne s'ennuie pas trop (sous-entendu à ouvrir la porte à ceux qui n'ont pas de badge). Quelques phrases plus tard, après m'avoir parlé de mon chapeau, il me dit:
— J'ai un blog, les gens l'aiment bien. Je vous donnerai son adresse.

Enquête

Les questions sont ici.
Réponses apportées le 1er mars 2015.

1. Oui. Plus exactement j'y suis attachée, ils font partie de cette catégorie dont il ne faut pas se demander si on aime ou pas, il faut y aller, parce que cela nous dépasse. Aller aux mariages, aux enterrements. Si possible aller aux remises de diplômes, aux célébrations. Tout ce qui est rite est important, la perte du sens du rite (fondre sa personne, sa personnalité, dans quelque chose qui tient à la communauté, à l'assemblée) me paraît grave; je crois que les rites manquent aux gens, que les gens manquent de rites, qu'ils en sont inconscients. Bien pire, ils sont persuadés d'être "au dessus ça". Peut-être qu'il faudrait leur dire que c'est les rites qui ont besoin d'eux.

2. Oui, quand il y en a. Leur disparition est un grand regret, leur existence un grand réconfort. (Je pesne à elles, je visualise les images d'Hubble un peu n'importe où, n'importe quand.)

3. Non. Je chante très peu.

4. Très tard, vers quinze ou seize ans, en allant dormir chez une amie dont les parents étaient pharmaciens: mes parents étaient profs et n'avaient que des amis profs (l'horreur).

5. Non. Ou à deux heures près! (Enfin, ça dépend des moments).

6. Je ne suis pas habile, je suis pas patiente. Je prends le temps qu'il faut. Mais je ne le prends pas souvent! (Tricot, travaux d'aiguille).

7. Les deux. Recevoir, peut-être, par paresse: c'est compliqué, d'offrir!

8. Oui. Mais là tout de suite, aucun nom ne me vient. Mais définitivement oui. Je suis très sensible à la voix.

9. Spontanément je dirais oui, mais en fait ce n'est pas si vrai. J'aime être couchée, mais je n'aime pas y aller.

10. Lors du dernier Conseil d'Administration, un administrateur syndicaliste m'a dit que le procès-verbal du CA précédent était très bien. Cela m'a fait très plaisir et surprise car les rapports étaient tendus. Mais je crois que ma chute a changé quelque chose dans leur façon de me considérer (à quoi tiennent les choses!)

Chronique d'une mort annoncée

Réunion ce matin avec mes "Dalton" (dit aussi (intérieurement) "la bande des quatre": ils sont quatre administrateurs qui préparent les conseils d'administration devant moi (avec les chiffres que je leur fournis: moi je suis salariée de la mutuelle, pas élue)).

La mise à mort lente de cette structure vieillotte a été décidée de fait, même si tout le monde se regardait un peu gêné: une vieille dame de 1928, ce n'est pas si facile… Mais vraiment trop de contraintes et trop de frais pour un intérêt minime (les salariés se moquent d'avoir un contrat de santé ou une mutuelle, tout ce qu'ils veulent, c'est une complémentaire qui ne coûte rien et rembourse tout).

Alors dans deux semaines nous ne proposerons pas d'augmenter les cotisations, le résultat de décembre 2014 sera très vraisemblablement négatif, nous puiserons dans les réserves, et quand il n'y aura plus de réserves (dans cinq ans? dix ans?), nous liquiderons la structure.

A moins qu'il se passe quelque chose. Il se passe souvent quelque chose, il est rare qu'un plan se déroule comme prévu sur cinq ou dix ans.

Onomastique

Avoir un nom italien et avoir appelé ses jumeaux César et Alexandre.

(Je regrette qu'il ne soit pas allé au bout de sa logique et qu'il n'ait pas appelé ses enfants Rémus et Romulus.)

La marque




La feuille blanche présente des informations, le rectangle bleu des noms et le numéro du bureau.
L'étiquette grise indique que les personnes du bureau acceptent que leurs chaises soient remplacées.

Et chaque fois que je vois ce signe (répété sur de multiples chambranles), je pense à Ali Baba et aux juifs la nuit de leur fuite d'Egypte.

Le groupe, passé et avenir

Je suis allée écouter une intervention du patron du groupe à la maison des polytechniciens. Je voulais savoir ce qu'il racontait hors de l'entreprise: je suis rassurée, les discours interne et externe sont identiques. Ma seule surprise a été son insitance sur la communication: son coût pour relancer les marques (coût qui a pesé sur le bilan au moment de la crise financière (mais succès de "Cerise")) et sur l'importance d'une erreur de communication comme il s'en est produit cet été. La comm, nerf de la guerre (ou plutôt, déesse à ne pas monter contre soi: peut-être n'est-ce pas pour rien que dans Ulysse, Bloom travaille dans la publicité).

Lors des questions, il a insisté sur l'importance des hommes, tout en faisant remarquer que choisir des individus n'était pas une science exacte. A ce propos il a rapporté l'anecdote suivante: «Vous savez, quand Franck Cammas a remporté la Volvo Ocean Race alors que personne ne s'y attendait, on l'a interviewé à deux étapes de la fin, on lui a demandé s'il était heureux. Il a répondu oui, mais que si c'était à refaire, il y avait cinq coéquipiers (sur onze) qu'il ne prendrait pas (ce qui mettait de l'ambiance pour les deux étapes restantes).»

Ce qui m'est sympathique, c'est son attachement au mutualisme. Il a terminé son intervention par «Jamais les risques n'ont été aussi grands pour une rentabilité aussi faible», à quoi le présentateur a répondu en riant «C'est à cela que l'on reconnaît que vous n'êtes pas dans un groupe capitaliste, car avec de grands risques et pas de rentabilité, vous mettriez la clé sous la porte!»

Ce fut le mot de la fin.

Ontologie fonctionnelle

«Il y a coïncidence entre la christologie ontologique et la christologie fonctionnelle : ce qu'il dit coïncide avec ce qu'il fait.»

In petto je m'étrangle de rire : c'est la définition de la démarche qualité. Dommage que j'ai quitté le domaine, je pense que j'aurais eu du succès en annonçant que la qualité permettait à l'ontologique de coïncider avec le fonctionnel.

Médical, suite

— Je suis venu inscrire ma femme sur ma mutuelle…
— […]
— …parce que vous comprenez, ma femme est enceinte, et le gynécologue, ça coûte 80 euros.
— Mais elle en est à combien de mois?
— Deux.
— Deux? A deux mois, un généraliste suffit, vous savez.
— On en a vu un, il a dit que tout allait bien, mais elle se sent fatiguée.
— Oui, elle est enceinte. Il y a celles que ça fait vomir et celles que ça fait dormir.
— Elle, elle dort.
— Elle a tiré le bon numéro. Vous allez aller voir un gynéco, il vous dira que tout va bien, et il vous prendra 80 euros.

Il est d'accord, il sourit timidement, à peine, je vois bien à son regard qu'il n'osera rien dire à sa femme. Elle a vingt-neuf ans, il a cinq ou six ans de plus, il ne lui refusera rien.

Mais comme je suis quand même gentille même si je n'en ai pas l'air, je lui donne quelques adresses de praticiens et de centres médicaux qui lui coûteront moins cher.

Echange d'amabilités

— Bonjour, je pourrais parler à Mme Rousseau ?
— Bonjour Mme K.
— Ah, c'est gentil, vous me reconnaissez ?
— Oui, à votre façon de vous présenter.
— Et comment est-ce que je me présente?
— Justement, vous ne vous présentez pas: «je pourrais parler à Madame Rousseau».



——————————————
Explication : elle souhaite parler à ma collègue parce qu'elle ne veut pas me parler.

CA

Conseil d'administration. C'est bizarre, personne n'a l'air d'avoir l'instinct de la pertinence d'une extrapolation. On me demande des calculs extrêmement précis à partir de chiffres approximatifs. C'est un peu comme calculer Pi à six décimales près en mesurant la longeur d'une ficelle ayant entouré une boîte de conserve (mon premier calcul de Pi, en primaire. Je peux dire avec fierté que j'avais trouvé 3,14. Espérons que mes estimations du résultat de l'exercice 2014, en ayant entretemps fait bouger absolument tous les paramètres de façon indépendante, aura la même exactitude, ce ne sera déjà pas si mal. (De mes calculs va dépendre l'augmentation de cotisation de l'année prochaine. Comme c'est aussi moi qui prends au téléphone les gens qui pleurent, les conséquences concrètes de mes calculs bizarres vont m'apparaître très vite.))

Mail laborieux à une potentielle prof d'allemand (j'ai décidé de faire dans l'efficace (du moins j'espère)). Ouh que je suis rouillée.

Tard le soir, O m'annonce qu'il ne retrouve pas son portefeuille. Il contenait (ou contient) ma carte bleue et ma carte d'identité. Décidément, la période n'est pas faste.

Journée pénible

Ça doit être une conjonction astrale, il n'y a pas d'autre explication rationnelle.

Ça a commencé par un coup de fil:
— Allô? Je téléphone pour connaître l'état de mon contrat, parce que vous comprenez, pour la CNAV je suis morte.
— …
— La fille m'a annoncé ça sans ménagement, paf, "Madame vous êtes morte", sous-entendu, je n'allais tout de même pas en plus me plaindre.

(Bon je sais, c'est drôle. Enfin non, mais oui, cette dame a du répondant, elle est affectée, mais pas abattue. Le pénible c'était avant et après.)

Ça s'est terminé par un questionnaire à envoyer à l'ACP.
Rejeté. Motif (je copie-colle): "Nous accusons réception du questionnaire 2012 sur l'application des règles de protection de la clientèle de votre organisme. Nos systèmes informatiques ne peuvent le prendre en compte car la version du logiciel Adobe Acrobate Reader utilisée par vos services semble être inférieure à la version 9.1 telle qu'indiquée dans notre instruction. Nous vous remercions de bien vouloir le remplir de nouveau avec une version logicielle supérieure et procéder à un nouvel envoi."
Bref, j'ai tout transféré à la maison et à dix heures et demie, ouvrant mes mails, je me suis souvenue qu'il y avait encore cela à faire avant de dormir…

Mauvaise journée

- Je consulte mes mails perso en arrivant au boulot. Je découvre que l'aîné n'a pas tenu des engagements pour lesquels il avait eu des mails de rappel le 11 septembre (il est si peu fiable que je suis en copie) et pour lesquels il m'avait assuré avoir fait le nécessaire une semaine plus tard quand j'avais posé la question. La date d'échéance est demain… Je sais qu'il va m'assurer qu'il ne peut ABSOLUMENT pas se dégager aujourd'hui pour faire ce qu'il avait promis de faire il y a deux semaines. Mensonges et fuite une fois de plus. Que les autres se débrouillent. Et le plus honteux, c'est que les autres finissent par si bien anticiper ses lâchages qu'ils se sont déjà débrouillés, devant son silence pendant quinze jours ils ont déjà fait le travail, sans attendre de découvrir son manque de parole (je l'apprends par SMS un peu plus tard). Il n'y a plus guère que moi pour encore vouloir y croire. Je suis très profondément démoralisée.

- Période des lettres recommandées pour les mauvais payeurs. Les gens sont étonnants, plutôt que payer et se taire, ou ne pas payer en attendant la résiliation, ils téléphonent pour expliquer qu'ils n'ont pas payé, mais que c'est de notre faute (ils ont raison: si nous ne leur réclamions pas d'argent, ils ne nous en devraient pas).

- Appel de la RH pour obtenir une liste de retraités. Comme j'avais refusé de la donner au CE (c'est pour supprimer des avantages à des retraités au prétexte que leur société d'origine a été vendue), celui-ci est passé par la RH. Je descends expliquer mon point de vue (je n'ai pas de fichier des retraités, je n'ai qu'un fichier des retraités ayant adhéré à la mutuelle, nuance; c'est donc ceux qui ont fidèlement adhéré à la mutuelle de leur ex-entreprise qui vont être pénalisés, et non ceux qui sont partis sans se retourner. Paradoxe et injustice), mais je sais que je vais devoir céder. Et le pire, c'est que je ne peux même pas dire au CE ce que je pense de leur attitude parce que cela sera pris comme l'opinion de la direction et non la mienne propre, et cela provoquera des tensions syndicales.

- Je dois aller chercher une freebox chez un chocolatier de Puteaux (oui, oui). Je découvre en arrivant devant le magasin qu'il est fermé entre treize et seize heures. Je rentre bredouille.

- Deux heures. Coup de fil de la responsable du groupe scout qui veut savoir pourquoi O. ne se réinscrit pas. Je tombe des nues: «Comment? Mais il n'en a jamais été question, il a beaucoup aimé le camp». Et comme c'est envers les scouts que l'aîné n'a pas tenu ses engagements, j'en suis quitte pour boire la honte de trouver des excuses à un dadais de vingt-et-un ans (rien à faire, je me sentirai toujours responsable). Il ne pourrait pas être orphelin, que je me repose?

- Morceau de bleu dans cette journée grise: le type qui doit nous installer une nouvelle version de logiciel comptable depuis le 5 juillet passe enfin. (J'ai découvert avec retard qu'il fallait systématiquement mettre sa chef en copie pour qu'il réponde et travaille). Il vient en traînant des pieds, nous explique que "ce n'est pas son travail". Quand il repart, j'enregistre notre licence sur le site adéquat, ce qui me permet de découvrir qu'il y a une mise à jour à télécharger depuis le 24 juillet (donc il va falloir trouver quelqu'un dans le labyrinthe qui ait les droits administrateur pour nous l'installer, ou rappeler celui "dont ce n'est pas le travail").

- Au moment de partir je passe à la machine à café et décide, pour me détendre de cette journée de m***, de m'installer de l'autre côté du paravent, sur les tables hautes, plutôt que boire mon gobelet à mon bureau. Fatalitas, je croise l'un des représentants du CE présent lors des conseils d'administration de la mutuelle.
— Il faudra que je vienne vous voir, j'ai des problèmes de remboursements de pharmacie qui concernent mars, il s'agit de quelques euros mais c'est pour le principe.
Chaque fois que je le vois, je pense à l'URSS. Il me fait ressentir pourquoi ou comment l'URSS a été possible.

- Je repasse chez mon chocolatier. La freebox que je rapporte tenait dans une boîte à chaussures, celle que j'emporte est une lourde valise de 70x40x40. Je me traîne jusqu'au métro pour découvrir qu'il y a des problèmes de RER.

- Tard le soir, C. à qui j'avais demandé de passer remplir ses engagements coûte que coûte (c'était avant de savoir que d'autres avaient pallié sans heurt son incurie) téléphone pour demander si dans ces conditions, il est encore nécessaire qu'il rentre. Je fais répondre qu'il peut même ne plus rentrer du tout.

Logique des organisations

— Vous êtes bien installées?
La question me plonge dans un abîme de perplexité. Dans ma tête j'entends H. et C. me crier «small talk, small talk», mais c'est plus fort que moi, je ne vois l'intérêt de répondre que sur le fond:
— Nous sommes bien installées dans un endroit sombre et triste.

Nous avons déménagé ce week-end, et la pièce est l'équivalent d'un local aveugle éclairé de lumière jaune toute la journée. Mais nous avons pu conserver tous nos meubles (les archives de la mutuelle depuis les années 60 (mais les procès verbaux des conseils d'administration depuis 1928 (j'aurais dû être archiviste, ces vieilleries me tiennent réellement à cœur))) et nous ne sommes pas trop serrées, nous avons de la chance par rapport à beaucoup.

J'ai ouvert une rangée de boîtes d'archives pour les inventorier, j'ai trouvé des dossiers sur l'organisation annuelle des vaccinations anti-grippales entre 1983 et 1989 et des appels à don du sang pour les rhésus négatifs (J'ai jeté, quand même!). J'ai déplié et mis sous verre (j'ai volé un sous-verre dans le bureau d'à côté) une grande affiche en noir et blanc représentant un jeune homme bouclé aux yeux clairs, «De vous à moi je donne mon sang», appel de mai 1989. Aucun des immeubles cités sur l'affiche n'appartient plus au groupe: Pillet-Will, Chauchat, Drouot, Providence… Je songe à ce livre prémonitoire acheté en novembre 1996 (j'avais commencé à travailler au Gan en août):
J'ai entendu dans un demi-sommeil l'astrologue radiophonique me conseiller d'éviter de sortir de chez moi et, si possible, de ne rien faire ce jour-là. J'ai bu mon café, pris le métro, un rien hagard en effet, et suis arrivé vers les 9 heures 30 à la GAL, Générale d'Assurances Limousines, premier assureur français. Premier assureur français à l'époque, car c'est au passé que je cause.
Comme tous les matins (j'essaie d'être un homme d'habitudes), je suis passé par le service de presse jeter un œil sur les grands panneaux qu'ils confectionnent quotidiennement, avant que nous autres, les lève-tard, nous ne débarquions: ça ressemble à des dazibaos, ce sont des collages des quelques articles intéressants parus dans la presse du jour. Rien de formidable ce matin-là. La GAL n'a pas été vendue pendant la nuit aux Américains (les salariés sont informés en lisant leur journal un beau matin, c'est bien connu; mais je plaisante, la GAL ne peut être vendue). Rien, donc.

Anne Matalon, Petit Abécédaire des entreprises malheureuses, incipit, ed Baleine, juillet 1996
La dernière phrase fait référence à la vague d'OPA hostiles de la fin des années 80 (la grande époque Tapie. C'est aussi l'arrière-fond de Pretty Woman).
Le G** a été vendu en 1998 à Gr**pama.
Je n'ai pas appris que G** eur*courtage était vendu en lisant le journal, mais par intranet. Cela n'existait pas en 1996.

C'est dans ce livre que j'ai vu moquer pour la première fois "le rapport d'étonnement" ou la différence entre un chef hiérarchique et un chef fonctionnel: ouf, il n'y avait donc pas que moi qui avais envie de me moquer…

Vécu une bizarrerie de cet ordre de ce matin. L'un des responsables du déménagement passe dans notre bureau pour s'assurer que tout va bien.
— Oui, oui. Simplement, je suis surprise, le ficus devait rester au douzième, nous en étions convenus, c'était mieux pour lui, pour la lumière…(Un ficus superbe, de deux mètres de haut.)
— Si vous le bougez, si vous en parlez, il va être jeté.
— Comment?
— Oui: avec le déménagement de l'immeuble X. (un immeuble a été vidé et ses salariés viennent ici, d'où les espaces restreints: il faut se serrer), nous avons résilié l'un des contrats de jardinier, donc toutes les plantes qui sont dans ce type de pot sont jetées. Donc si vous voulez le garder, ne dites rien. Vous pouvez même l'emmener chez vous, je vous y autorise.

La main verte

Retour au bureau.

Cet été je me suis appliquée. Pendant l'absence de ma collègue, j'ai emmené son bonsaï à ma mère pour qu'elle lui change la terre et lui taille les racines. Verdict sans appel: «Mais il manque d'eau, il n'a pas de racines! Il faut mettre le pot à tremper une fois par semaine; ne touche pas au bolduc, je l'ai mis pour tenir le tronc le temps qu'il fasse des racines».

Le bonsaï fait de petites feuilles, quelques-unes. Et pendant que j'y étais, j'ai mis à tremper les deux autres plantes vertes (dans la poubelle, l'une après l'autre) une fois par semaine. Elles vont beaucoup mieux. Et j'ai arrosé amoureusement l'orchidée — celle qui s'était obstinée à faire une fleur cet hiver après un premier bouton cassé par un buveur de cidre — à l'eau d'Evian (c'est-à-dire qu'un peu par paresse, j'ai utilisé la petite bouteille que ma collègue avait laissée sur le meuble).

Ce que je ne savais pas, et que j'ai appris ce matin, c'est que cette bouteille contenait du vinaigre blanc.

Un monde qui tourne peu rond

Aviron. Tee-shirts pour les quatre fils de Léopold. La Valse des caïmans de la troupe Green Paradise. Pièce déjantée et "fait maison", choix très éloigné de l'année dernière qui était lui-même très différent de celui de 2011.
Intéressant renouvellement, je me demande ce que sera leur choix l'année prochaine.

En sortant, un viet à Bellevile, à recommander (pièce minuscule, décoration inhabituelle (pour un viet), cuisine présentée avec soin).

H. revient de Tours. Il est hagard. Il me raconte sa semaine : «En fait, ce n'était pas très différent de la pièce. Je reçois un mail d'un inconnu, "J'arrive lundi, il est inutile de prévoir une voiture de fonction. Je viens avec trucmuche, il est d'accord, nous serons deux, la passation des connaissances est assurée". J'appelle Benoît, "C'est qui ce type, t'as embauché quelqu'un sans m'en parler? — Mais non pas du tout". Le type avait pété les plombs, comme nous avions racheté le produit sur lequel il travaillait, il avait décidé de venir travailler chez nous. On a reçu des mails toute la semaine; vendredi il s'est excusé comme s'il se réveillait.»

Plus tard :
— Elle nous a dit que son mari avait acheté un ballon. Nous, on a commencé à délirer, ah ouais, cool, les passes dans le salon…
— …
— mais en fait c'était un vrai ballon, un Zeppellin.

Et un collaborateur à l'hôpital, un divorce pour cause d'indiscrétion FB (le triste de l'affaire, c'est le bébé de six mois), un prototype de puce perdu, un logiciel qu'on n'arrive pas à installer («Je te jure, ils étaient trois spécialistes, pendant trois heures devant l'écran, ils ont tous, je dis bien tous, cliqué sur "non" quand la fenêtre posait la question "Voulez-vous installer ce logiciel?" Il était temps que la semaine se termine.»)

Un an

D'une AG à l'autre : un an que je suis dans ce poste. J'en ai encore pour quelques mois avant de me lasser, c'est varié.

La seule chose qui m'ennuie, c'est que nous allons déménager et passer du plus beau bureau de l'immeuble à l'un des pires, très sombre et orienté au nord. Tenir quatre ans, c'est environ le temps qu'il s'est toujours écoulé entre deux déménagements depuis que je suis dans ce groupe.

Mise sous pli

Huit mille mises sous pli à la main (! oui je sais, jamais je n'aurais imaginé que ce n'était pas mécanique), je passe les détails. Ç'aurait dû partir vendredi dernier au plus tard.

Nous continuons demain. (Ma tête quand ayant dit «Si c'est un problème de livraison, je prends un taxi et j'arrive», je me suis entendu répondre «A Limoges?»: trois jours de perdu pour un appel d'offre pour l'impression de huit mille enveloppes T (obligatoire, c'est dans les procédures), suite à cet appel d'offre choix d'un imprimeur en Charentes (oui, Limoges n'est pas en Charente, je sais. Je ne raconte que ce que j'ai constaté ou entendu), trois jours ensuite à cause d'une livraison totalement fantaisiste où il est impossible de démêler les responsabilités du fabricant de celles du transporteur (de sacrés menteurs, en tout cas)).

Ce qui fait plaisir, c'est que toutes les entreprises adhérentes à la mutuelle ont répondu présentes quand j'ai appelé au secours (littéralement: un mail aux RH intitulé "appel à l'aide"): elles ont toutes détaché quelques personnes une demi-journée. La solidarité fonctionne encore, tout n'est pas perdu.


J'ai embauché mon fils aîné une demi journée.
— Mais tu es responsable, pourquoi tu fais ça?
— Parce que nous ne sommes que deux à la mutuelle, et que quand on est planté et qu'on fait appel à tous, il faut montrer l'exemple.


Sans transition: lire le billet d'Elisabeth sur les fleurs et plumes de la Belle Epoque.

Enfin

Enfin un coup de soleil après un déjeuner en terrasse.

Sinon, gros fail au bureau. Les envois qui devaient être terminés vendredi soir ne le seront que dans une semaine (la mise sous pli est entièrement manuelle! J'étais à mille lieues d'imaginer cela). Nous serons hors des délais légaux. Je me sens vraiment stupide à ne pas m'être méfiée davantage.
Il ne reste qu'à attendre le 25 juin pour me faire descendre en flammes. Bon. Quand le vin est tiré, le lait versé, etc.

Vu mon "chargé de TG". Ça me rappelle ce que mes amis en math sup appelaient "aller à confesse". J'en suis ressortie avec un conseil de lecture: Joseph et ses frères de Thomas Mann "pour cet été".

Je passe à Malraux (la bibliothèque), il n'y a pas le tome (de l'histoire de Joseph) qui m'intéresse. Je prends Abattoir 5.

Retour en Vélib, bords de Seine depuis Bastille jusqu'à gare de Lyon, les berges gardent la marque de la décrue en cours (marques blanches sur les pierres puis plus vertes ou marron plus près de l'eau).

Bon appétit

Derrière moi à la cantine (il faut dire: "restaurant d'entreprise"), j'entends:
— Bon appétit.
— Bon appétit, ô ministres intègres !
— C'est pour Cahuzac que tu dis ça?

Plus tard l'effet sera un peu gâché par l'échange suivant:
— C'est de qui déjà? Rabelais?
— Pantagruel?

C'est amusant, ce transfert d'appétit à Pantagruel. Quelque chose s'est enraciné plus profondément que la connaissance scolaire.
J'aime dans Kill Bill II la méchante qui se réjouit d'avoir l'occasion de se servir de gargantuesque.

Jeudi

Temps magnifique (''for the records''. Je suis encore traumatisée par le temps de l'année dernière. Pauvre Félix.)
Je ne peux pas en profiter pour ramer, car j'y suis allée hier après presque trois mois d'interruption et j'ai la peau du pouce arrachée.

Fini la liasse fiscale, yapluka la faire relire. (Je le rapporte ici parce que c'est tellement satisfaisant de remplir cela de A à Z. La dernière fois que j'avais joué à ça, c'était en 1993, et je n'avais droit qu'au 2059A. Et aux tableaux de conso de l'actif immobilisé. Pas glop, un rouage dans un grand tout. Maintenant je suis le grand tout, mouahahah.)
Et la DAS2.
Demain, enquête à remplir pour la [Drees|http://www.drees.sante.gouv.fr] (dernier jour): il est conseillé de prévoir trois heures… (WTF!!! Ce n'est pas comme si c'était la période de l'année la plus blindée en échéances administratives diverses. Mais enfin, j'espère en profiter pour dessiner des courbes démographiques.)


Finalement Tamar (Genèse 38) et pas les Lamentations de Jérémie pour la dissert de fin d'année. A condition que j'obtienne l'autorisation d'entrer à la bibliothèque de troisième cycle, seul endroit où se trouvent les livres et revues sur le sujet (chic chic chic! j'adore les endroits où je ne suis pas censée mettre les pieds).

Vacances. Deux semaines sans rentrer de cours à minuit. Perspective reposante.



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Pour mémoire : Clément est admissible à la piscine de free.

Besoin de vacances

A quoi reconnaît-on un besoin de vacances? Au fait de décider de compléter dix jours de blog pendant le cours sur Qohélet (oui, le cours intervient après le TG, ce n'est pas heureux); et après avoir fini Gottland, de ne rêver que de reprendre Maudit Karma reçu en cadeau samedi.

Aujourd'hui, j'ai cité Charles d'Orléans dans une réponse à un client («Je suis de tous maulx bien garny, Autant que nul qui soit en France»); je me suis retenue d'utiliser La Fontaine, "La Lice et sa Compagne", dans une autre.

J'ai emprunté un roman polonais sur Jérémie, Les Montagnes de la nuit de Dobraczynski. En le voyant arriver (c'est le charme de la communication en bibliothèque: on ne sait absolument pas ce qu'on commande), j'ai cru à un vieux Signe de Piste. Je ne suis pas bien sûr de le lire mais ça n'a pas beaucoup d'importance. Cela me fait plaisir de le feuilleter.

J'ai découvert dans le catalogue de la bibliothèque qu'il existait un Jérémie par Stefan Zweig.

Boucle d'or

Comptes approuvés en conseil d'administration malgré des problèmes de quorum. Ça avance malgré tout, même si je ne sais plus bien ce que je fais (pas de café aujourd'hui durant les réunions; visiblement j'ai dû remplir les formulaires de commande mais oublier de les envoyer. Je hais l'intendance.)

J'ai l'impression d'être dans Boucle d'or et les trois ours: tout comme dans une grande boîte d'assurance, mais en petit: une petite chaise, une petite assiette, un petit lit: un petit rapport de gestion, un petit rapport de solvabilité, un petit dossier ACP. C'est plutôt amusant; ce qui m'empoisonne la vie, ce sont les échéances.

Demain encore une réunion, un comité financier ("Comment elle s'la pète", comme dirait Danielle croisée dans un ascenseur (elle me manque)): mais non, je ne me la pète pas, un tout petit comité financier, vous dis-je, mais comme un grand, qui dérange trois personnes en asset management. Boucle d'or, vraiment.

O. a réussi à me faire regarder cinq ou six épisode de Big Bang Theory (saison 4). Le problème, c'est que comme c'est en anglais sous-titré anglais, je ne peux pas écrire des billets en même temps (beaucoup de billets d'Alice sont écrits devant des films que j'ai déjà vus).
Pourtant ce soir j'avais prévu soit de dormir, soit de préparer mon oral d'AT de vendredi prochain.

J'ai un petit peu peur

Ce n'est pas que j'ai fait une bêtise, c'est que j'ai fait quelque chose qui ne se fait pas (quelque chose de bien, hein, c'est pour cela que ça ne se fait pas).

En ce moment nous recevons les chèques des retraités (Non, nous ne proposons pas le prélèvement. Oui, nous y songeons (je songe surtout aux centaines de RIB qu'il va falloir saisir en machine. Sujet de réflexion pour juin ou juillet).)

Un homme a joint une carte de visite à son chèque (nous jugeons de l'éducation ou du milieu social aux lettres reçues: les étiquettes autocollantes des fondations pour la recherche sur le cancer, pour la nature, pour médecins du monde, les demi-feuilles blanches pliées en deux pour protéger le chèque et le coupon retour, les quelques lignes d'accompagnement de ceux qui jugent impossible d'envoyer un chèque sans un mot d'accompagnement, même s'il ne dit absolument rien ("Vous trouverez ci-joint deux chèques en règlement…" etc.)). A côté de la signature, en bas de carte, cet homme a ajouté "J'ai 90 ans!"
Et il a répété ces mots sur le coupon-réponse à nous retourner avec le chèque, avec le même point d'exclamation.

Il avait l'air si content d'avoir atteint 90 ans, comme une bonne farce ou un exploit. J'ai montré la carte autour de moi, cela me faisait rire, me changeait des râleurs ("Trop cher!" (nous devons être à la moitié du prix du marché)) ou des déprimés ("J'attends la fin, qu'est-ce que vous voulez faire à mon âge?"). Cela me faisait du bien à l'âme.

Hier je lui ai envoyé des fleurs ("pour votre anniversaire"). J'ai signé de mon nom, en ajoutant "mutuelle ***".
Au dernier moment, j'ai modifié le jour de livraison, j'ai choisi mercredi, jour où ma collègue est absente: s'il téléphone pour remercier, il tombera sur moi.
Mais s'il écrit et que ce n'est pas moi (le plus probable) qui ouvre la lettre?
Je vais passer pour une folle. Evidemment vous, lecteurs, avez l'habitude. Mais je suppose que mes collègues de travail nourrissent encore quelques illusions à mon sujet.

Ce billet non pour que vous exclamiez que "c'est gentil de ma part", mais pour partager mon inquiétude. Je suis un peu stressée. Et pour partager mon regret que les pulsion de gentillesse soient bizarres, qu'il faille les cacher. J'espère qu'il va appeler mercredi et que personne ne saura rien et qu'il n'ira pas le dire à d'autres retraités. Sinon, j'ai bien peur de me faire enguirlander par le conseil d'administration ("Mais tu te rends compte, si cela se sait, ils vont tous attendre des fleurs!" ou "Et tu as payé sur tes deniers? Mais il ne fallait pas!" (version optimiste)). Et de penser à tout cela m'attriste. J'ai agi en sachant tout cela, en sachant que la raison voulait que je ne fasse rien, en envoyant la raison au diable. Mais l'expérience prouve que la raison a toujours raison, et je ne m'y fais pas. En fait ce n'est pas la générosité que je recherche, mais la fantaisie, la surprise, un peu de gaîté. En cela, le conseil d'administration aura(it) parfaitement raison: la fantaisie n'a pas sa place dans le monde professionnel.

(Pas de panique, le plus probable est qu'il ne se passe absolument rien.)

J'ai peut-être parlé un peu trop vite

Une jeune femme m'appelle à la demande du président de la mutuelle. Elle a travaillé sur la mise en conformité de sa filiale avec les recommandations de l'ACP concernant les réclamations clients. Elle doit me transmettre des documents, dans la mesure où la structure que je dirige ne nécessite qu'une mise en place allégée de ce dispositif et que je peux copier ce qu'elle a fait en taillant dans la masse.

Nous prenons rendez-vous téléphonique pour la semaine suivante. Je lui demande alors:
— Pouvez-vous me rappeler votre nom? Il ne s'affiche pas sur mon téléphone.
— H* König.
— Comme le dessinateur de BD?
— Je ne connais pas, on me dit plutôt comme le maréchal. Mais merci, je regarderai ce soir.

En raccrochant, je me dis que j'ai peut-être fait une erreur.

(Elle ne m'en a pas parlé la semaine suivante. Entre nous, mon homonyme proposé est exact, alors que Kœnig n'est qu'approximatif).

Ragots

Entendu à table, au restaurant d'entreprise. Ces jeunes gens appartenaient sans doute à un cabinet de commissaires aux comptes.

— Oui, tu n'es pas très bon en ragots.
— Oui, j'oublie qui, j'oublie quand…
— et même quoi…

Bonne pour le service

Visite médicale au travail.

J'ai trop parlé, dit ce que j'avais sur le cœur quand elle m'a parlé de "prévention" (cette façon des médecins de se réfugier derrière ce qu'ils connaissent pour vous faire peur tandis qu'ils s'effacent quand vous avez besoin d'eux). Je n'aurais pas dû, il m'en est resté comme un goût de gueule de bois pour la journée.

Vaccin contre la grippe, un peu tard dans la saison, mais j'avais raté la vaccination en son temps (un peu compliqué avec mon statut à cheval sur trois entreprises). Fièvre ce soir, en regardant la saison 2 de The Big bang theory.

Relecture du passé

Appris au détour d'une conversation que mon pénultième chef était surnommé "fifilles" (à prononcer mains en avant qui gigotent, bave aux lèvres).

Une fois encore, je n'avais rien remarqué, ou si peu.

Pont

Je fais semblant de me plaindre de devoir aller travailler, mais en réalité j'aime beaucoup ces jours de pont. Tout est calme, l'entreprise silencieuse, partout est assurée une permanence mais les gens ne sont pas débordés: jour idéal pour téléphoner et demander des explications sur des mécanismes et des processus mal maîtrisés, pour avancer sur des sujets un peu délicats.

Sans pitié

Dans l'ascenseur, quelques femmes :

— Pourquoi, tu ronfles?
— Ah non, depuis que je ne fume plus je n' ronf'e plus.
— Moi c'est Mohammed… j'lui dis "tu ronfles!", i'm dit "mais non j' ronf'e pas!" Alors je l'ai enregistré, comme ça j'ai une preuve!




In petto je me suis dit que les progrès technologiques avaient des applications inattendues. Nous n'aurions pas fait cela avec les magétophones et les micros de papa. Trop compliqué. Est-ce que tout devient trop simple?

Résumé

Hier : journée de réunion, à réfléchir à la façon dont nous allons d'abord nous passer d'informatique pendant six mois, puis à la façon dont nous allons la remettre en place.

Aujourd'hui : journée à rattraper ce que je peux de retard («le temps ne se rattrape jamais» dit mon père un soir de Noël quand j'avais six ans. (Et j'avais alors entrepris un raisonnement par récurrence pour parvenir à la conclusion qu'il avait raison)). Coup de fil à Danielle, mon ancienne collègue, qui est en train de mourir d'ennui. Journée des erreurs, il me semble en savoir moins aujourd'hui qu'il y a trois mois. C'est toujours une période troublante, même si cette phase est connue.

Mon beau-père a soixante-dix ans aujourd'hui. Je n'arrive pas à accepter que nos parents vieillissent.

La taxe M*lloir

— Lui, tous les ans c'est la même chose: il se réveille quand il reçoit la lettre recommandée et il est à peine aimable.
— On devrait imputer les frais d'envoi des lettres recommandées aux récidivistes.
— Mais on ne peut pas: qu'est-ce qu'on en ferait comptablement?
— On les passerait en profits exceptionnels. On appellerait cela la taxe sur les cons.
— Ah! Mais on va devenir riches!


Bourne l'héritage: sans grand intérêt cinématographique (une cascade en moto dans les rues de Manille, puisque chaque Bourne se distingue par une poursuite dans une ville différente); prépare le Bourne suivant, dans lequel nos deux héros survivants devraient logiquement se rejoindre pour sauver Pam d'un procès infâmant (je spoile le film suivant).
L'actrice a sans doute fait de l'athlétisme à un bon niveau, elle court avec un style étonnant.
A noter: l'évolution "philosophique". Nous sommes passés d'un embrigadement comportemental à base d'amnésie à une modification génétique (par utilisation d'un virus qui n'est pas sans rappeler le fonctionnement de celui du sida (et donc plutôt un rétrovirus)).


Morne fin de soirée: O. s'est fait voler son téléphone (un vieil iPhone, deuxième génération, souvenirs) au théâtre, A. a oublié son chapeau au cinéma.

Notes

Que raconter? Je ne vais tout de même pas raconter les péripéties du bureau. (L'autre jour, un adhérent de 80 ans m'a raconté comment il avait perdu un œil à huit ans, à cause d'une épine de rose. «Et j'ai fait rentrer ma fille au Gan en 1970, vous vous rendez compte? A l'époque, il suffisait d'aller voir le directeur du personnel, ça s'appelait comme ça à l'époque, et de lui dire: «j'ai ma fille qui voudrait travailler…» Ce monsieur est féru d'internet, il a commencé la micro dans les années 80 (etc, etc: confident ne fait pas partie de nos attributions officielles, mais j'aime bien, même si c'est souvent un peu triste.))

Le plaisir ici, c'est la bibliothèque au-dessus de la cantine: déjeuner tard, puis rester dans la bibliothèque jusqu'à ce qu'elle ferme (14h30).
Aujourd'hui j'ai bien cru que j'allais y être enfermée.
J'étais passée voir s'il n'y aurait pas quelques Vernant ou Dumont sur les présocratiques (c'est étonnant ce qu'on trouve dans les fonds des bibliothèques d'entreprises, car ils sont très peu "désherbés", on y trouve des trésors), je me suis retrouvée à feuilleter (rayon histoire) Le Monde de pierre, ce qui m'a entraînée au rayon littérature à la recherche de Primo Levi (la dernière fois que j'avais cherché, je n'en avais pas vu, et cela me paraissait difficile à croire).
Et j'ai donc trouvé Lilith que j'ai commencé à lire debout (je ne peux rien emprunter avant d'avoir rendu les Tolkien) — et j'ai donc failli me faire enfermer.

Et maintenant Lilith m'accompagne. J'aime beaucoup Primo Levi, pour tous ses autres livre que Si c'est un homme (de celui-là, je ne cite régulièrement à mon fils que l'importance de se raser quand on veut garder prise sur sa vie).

Fun informatique

Si je me mets à travailler sérieusement, je ne vais plus avoir grand chose à raconter, moi!

Finalement je suis embauchée par la boîte B, ce qui fait que j'ai été radiée de A et que toutes mes habilitations si durement acquises sont à rouvrir. C'est allé plus vite que la dernière fois, mais il faut que je recrée tous mes favoris pour la troisième fois puisqu'on ne m'avait pas prévenue et que je ne les avais pas sauvegardés. (La deuxième fois c'était en rentrant de vacances puisque pendant mon absence on avait changé mon unité centrale — sur la précédente était installé SAS dont avait besoin la collègue dont j'ai repris le poste, et comme l'entreprise n'achète plus de nouvelle licence, il fallait qu'elle récupère physiquement son ancien poste.)

Neuvième séance de kiné

On papote. (Kiné méthode douce: massage du doigt, de la peau, du bras… Très peu "d'exercices". Il faut dire que je ne vois pas bien ce que seraient des exercices pour un doigt. Je continue à avoir mal, le nerf est engoncé dans des fibres ligamentaires. Cela reste très supportable, voire oubliable. Mon objectif est que mon doigt ne s'ankylose pas, il doit me servir encore cinquante ans.)

— Ah oui, le G*n… Ça ne va pas fort en ce moment.

Je suis surprise qu'il soit au courant: non seulement cela me paraît très peu médiatisé, mais en outre c'est plutôt Gr**pama qui est cité que le G*n.

— J'ai plusieurs patients du G*n. Quand les entreprises ne vont pas bien, les gens non plus.

Quelques secondes avant de comprendre

En fait, j'ai même failli ne rien remarquer — adresse dans la base de données :

6, rue Gustave Flobaire


Exceptionnellement, j'ai corrigé.

Dernier jour

Stress maximal en pensant à ce qui n'est pas fait (entre le rapport à remettre à l'autorité de tutelle dont on a eu connaissance lundi (lettre de relance qui s'est perdue entre les différentes adresses du groupe) et qui devait être remis le 30 juin (et qui ne correspond pas à notre activité (mais ce n'est pas tout à fait le moment de se mettre à dos ladite autorité de tutelle)), les tables de transco à préparer (changement de système informatique en janvier. Mais est-ce vraiment urgent? Le choix du nouveau système est-il vraiment arrêté? Y a-t-il des informaticiens dans la maison en été? Entre travailler pour rien dans l'urgence et empêcher les autres d'avancer parce qu'on n'a pas fourni à temps les éléments…), le bilan prévisionnel dont on m'a parlé mardi après-midi (lui attendra fin août, je crois) et les demandes des adhérents (on verra ça en fin de journée).

Regret du temps perdu (était-il raisonnable d'aller ramer? de prendre des pots? d'acheter des livres? de faire sept séances (sur dix) de kiné? Trop tard, trop tard, trop tard).

Bon, je ne vais pas aller ramer. (La dernière fois, je me suis arraché un beau morceau de peau, de toute façon, je ne sais pas comment j'aurais fait.)

Mon nouveau bureau

Il est au dernier étage d'un cube, vitré sur deux côtés, est et sud. Il est très lumineux, même par temps de pluie. Et j'ai vue sur la tour Eiffel et un petit morceau de Seine. (Sur la photo, une péniche passe. L'eau est aussi verte que les arbres.)




Dans les toilettes, le novlangue fait rage. J'ai l'intention d'enlever discètement cette affiche et de la remplacer par le numéro de téléphone seul.




Le rez de chaussée (rez de dalle, comme on dit) est au quatrième étage. Je retrouve au premier étage la bibliothèque de 1996. J'y avais emprunté mon dernier Bradbury (La solitude est un cercueil de verre), Madame Bovary et Cervantès en cassettes audio, et découvert Lawrence Block.
J'ai vérifié: Le fil de l'horizon est disponible (introuvable en librairie malgré la mort de Tabucchi). J'ai emprunté le journal de Kafka parce qu'il était placé devant les livres trop serrés sur l'étagère pour lui laisser de la place et l'édition 1972, la première, du Seigneur des Anneaux chez Bourgois, plus confortable à lire que les livres de poche.

J'aime beaucoup les bibliothèques. Je réfléchissais qu'à une époque, c'était finalement le moyen le plus sûr de trouver les livres épuisés.

Inquiétude.

Hier. Réunion dans la tour que je voyais de ma cuisine il y a vingt ans. Etrange. Le quartier s'est appauvri, je crois, s'est "typé" encore davantage (odeur écœurante de la viande à l'étal du boucher, il n'y a pas en vitrine ma pâtisserie préférée dont j'oublie toujours le nom), mais j'ai l'impression qu'il est en passe de modernisation: friches en chantier, appartements neufs à venir, l'ambiance pourrait changer. Après tout, nous sommes à une porte de Paris.

En sortant, je suis impressionnée de contaster l'écart entre ce que j'ai compris et retenu de la réunion, et ce qu'ont compris mes collègues. Je n'ai entendu que ce que je voulais entendre, elles n'ont entendu que ce qu'elles craignaient.
Est-ce dû à mon manque de connaissances sur le sujet, ou à une incapacité à écouter et surtout à croire désormais ce qui se dit?
Je crains que ce soit le cas.

Fin d'après-midi soirée

Un départ un discours une coupe de champagne kiné (mon kiné a un sourire désarmant de petit garçon (je parle trop)) je reviens des clés dans mon sac je n'ai pas fermé la salle vide mais il reste du champagne une coupe Petit Broc un verre de blanc personne des gambas au poivre très bonnes une ou deux surprises bus RER voiture tisane à la sauge plus miel. «Il est temps Frodon» dans mon dos et musique affligeante.

Informatique et vocabulaire

Rien de particulier. Commencé Travers Coda.

Je m'amuse des problèmes de connexion informatique: soit une entreprise A détachant un salarié à une entreprise B (et qui doit donc travailler dans le système informatique de B), sachant qu'à terme son contrat de travail sera repris par C (A disparaît et B ne peut embaucher puisqu'elle mène un plan de départs volontaires), combien de temps faudra-t-il pour que les applications indispensables au travail du salarié détaché soient disponibles avec les identifiants adéquats?

En attendant nous nous débrouillons entre clés USB et impressions d'écran. «La bite et le couteau», ai-je spontanément lâché devant mes deux collègues ébahies qui m'ont fait répéter le premier mot trois fois pour être sûres d'avoir bien entendu. (Je crois que je leur ouvre des horizons stylistiques. J'ai un peu honte, mais elles rient de bon cœur. Alors…)

Danielle craque

… et cela me fait plaisir, car cela prouve que je ne suis pas folle. Quand vous êtes la seule à protester contre des agissements et une situation qui ont lieu au sein d'un groupe, il y a toujours un moment où vous vous demandez si vous êtes folle, complètement parano, si le problème, finalement, ce ne serait pas vous, dans la mesure où vous êtes la seule à protester.

Imperturbablement, malgré la vente, mon patron aidé de son consultant unique et favori a lancé un «plan de continuité d'activité», ce qui consiste à peu près à décider comment continuer à travailler si les bâtiments brûlent ou si les deux tiers des salariés meurent dans une épidémie. Il refuse de prendre en compte le fait que les équipes vont être fondues dans une organisation plus grande tandis que nos locaux ne seront plus ceux-ci (ce qui a tout de même son importance quand on commence à compter les imprimantes et les téléphones).

Le consultant et Danielle (ma collègue) vont à cet effet interviewer les patrons de service. Je suis émerveillée par la courtoisie de tous ces managers, interloqués par l'obstination de mon patron (ils sont un niveau hiérarchique plus bas, mais n'en dépendent pas) mais aimables avec Danielle et P. [le consultant], se permettant tout au plus de faire remarquer que puisque tout cela ne servira à rien, ils vont répondre rapidement car ils ont d'autres chats à fouetter (ce qui dans un contexte de rachat peut se comprendre).
Danielle me raconte le consultant, ses questions, sa façon d'écouter un manager lui expliquer très précisément son métier et ses contraintes, et de reprendre imperturbablement après vingt minutes de discours: «Alors, je mets 50 ou 60 dans cette case?»

Danielle exaspérée en sortant d'un entretien me dit: «J'ai pensé à ma grand-mère. Elle était d'une famille bourgeoise, elle avait des domestiques. Un jour, une petite bonne, Angèle, lui demanda:" Madame, est-ce que je peux ouvert la fenêtre?" Et ma grand-mère de commencer à lui expliquer, grammaire, conjugaison, l'importance de l'éducation, etc. Au bout de vingt minutes, ma grand-mère termine, et Angèle demande: "Mais Madame, vous ne m'avez toujours pas dit si je peux l'ouvert".»
Et Danielle de conclure: «Quand je vois P. répondre à J. [le manager], qui vient de lui expliquer son boulot pendant vingt minutes, je pense à Angèle, dit-elle, prenant une petite voix sotte: mais madame, est-ce que je peux l'ouvert?»

Et moi je ris, soulagée de constater que je n'avais pas rêvé, j'avais bien vu ce que j'avais vu et mes conclusions, bien que rapides, étaient adéquates.

P.A.

Petite Annonce : puisque je reste dans le groupe, je consulte les annonces internes. C'est amusant, cela ressemble aux annonces immobilières, on se projette, on rêve. (J'ai postulé ce soir pour quelque chose que je n'ai jamais fait alors que j'ai l'impression de le maîtriser parfaitement: sensation bizarre et sans doute trompeuse).
N'empêche, j'ai beau me dire que c'est à cause de mon âge et de mes diplômes, je suis vexée de devoir rester dans le groupe tandis que mes deux collègues (53 et 57 ans, formées sur le tas) vont partir à l'aventure.

Futur

Ah ben zut, je retourne à la maison mère. Ou plutôt dans une grande filiale. Bon. D'un autre côté, c'est plus cool pour tout le reste (les absences, les vacances, les cours,…)


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Je me rends compte trois ans plus tard que c'est elliptique. J'explique: mon entreprise étant vendue (à A**ianz), chaque salarié était soit "vendu" avec elle, soit réaffecté ailleurs dans le groupe. J'ai appris ce jour-là que j'étais dans le second cas.

Sujet de maîtrise

Quand K. m'a soumis un sujet dont la problématique revenait à peu près à: «Comment la directive Solvabilité 2, en voulant protéger les assurés d'une éventuelle faillite des sociétés d'assurance, précipite la faillite de celles-ci» (par les charges et contraintes qu'elle fait peser sur elles), je lui ai dit que c'était tout à fait passionnant mais tout de même dangereux.

Après réflexion, une fois que je lui ai eu démontré ce que signifiait ce qu'elle avait écrit (elle ne s'était pas rendu compte de la conclusion logique de son plan), elle a décidé de prendre quelque chose d'un peu plus conventionnel, du type "la régulation des sociétés d'assurance".

(«Avant 2000? Mais c'est beaucoup trop loin!» Je tape rapidement sur Google: «K, il va falloir t'y faire, les premières lois d'encadrement des sociétés d'assurance datent de 1938.») Je lui ai sorti l'un de ces livres que le groupe aime tant, avec des images en noir et blanc de l'après-guerre, les casiers en bois remplis de dossiers, la vie avant l'informatique. Cela l'étonne autant que si je lui montrais une plume et des parchemins. Je l'aime bien parce qu'elle m'écoute raconter ce qu'on m'a raconté (les feuilles de papier carbonne, les papiers pelure jaune et bleu, plus tard les fiches perforées, les pools de secrétaires qui codifiaient les perforations, le bruit infernal des machines à écrire dans les bureaux de vingt ou cinquante (et on se plaint des ''open space'')) sans marquer d'impatience, avec une pointe de scepticisme dans la surprise.

Rendez-vous

Rendez-vous avec la RH. J'allume des pare-feux. Je ne veux nuire à personne, mais je voudrais éviter qu'on me nuise. Le contexte est tout de même délicat.

Discussion à bâtons rompus qui se termine par: «Dommage que vous ne soyez pas venue plus tôt». (J'y avais songé, mais avec ma nonchalance habituelle, mélange de flemme et de fatalisme, j'y avais renoncé. Il a fallu un nouvel éclat mardi en réunion, et l'occasion de travailler avec une personne de la RH qui m'a encouragée à prendre rendez-vous, pour que je fasse la démarche).
Oui, trop tard, tout est signé aujourd'hui, je crois.

Même plus besoin du RER pour perdre mon temps dans les transports

Pour avoir confondu A86 (qui officiellement doit être la A186) et la Francilienne, j'ai fait un détour d'une quarantaine de kilomètres (pour faire bonne mesure, quand j'ai voulu sortir de ce guêpier, j'ai pris l'autoroute A10 dans le mauvais sens, vers Orléans: demi-tour au péage de Dourdan, 1,60 € pour quitter l'autoroute, 1,60 € pour la reprendre) pour aller de Yerres à Massy.
Nous avons avalé du riz cantonnais en courant (15 mn tout compris) au lieu de manger calmement une pizza.
Mais tout cela n'est pas grave, nous avons quand même assisté à Un Américain à Paris.


Ah oui, et puis j'ai commencé La Carte et le territoire. Je m'amuse. C'est reposant après les lectures des dernières semaines. (Le Dictionnaire critique de théologie c'est passionnant aussi, mais pas le même genre.)
Et j'ai fini la peinture de la yolette.


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Mise à jour le 10 juin 2015
(ajout de ce que j'avais laissé hors ligne, sans doute pour ne pas paraître passer mon temps à me plaindre).

Craqué parce que JPL [le consultant] présente comme un succès ce que nous faisions il y a cinq semaines, y compris mettre dans les FDCP ce qui était déjà déposé, ce qu'il nous avait interdit de faire en mars !!

Encore disputée avec MonBoss en réunion. Je sais que j'ai tort sur la forme, cela met en cause son autorité (mais enfin, ce sont des réunions de travail, entre nous, sans personne extérieure au projet), je devrais me taire, je devrais me taire, je devrais me taire. La prochaine fois je mets deux boules quiès et non une (c'est ce que j'ai trouvé pour que les conn*** m'affectent moins (c'est utile les cheveux longs)). Il me vient le soupçon que si tout le monde reste tout le temps si calme, c'est que personne n'écoute. Les gens ont une grande capacité à se perdre dans leurs pensées, à être ailleurs en paraissant présents. Il faut que j'apprenne cela. (Pris rendez-vous avec la RH, ça ne peut plus durer. Je pense à Matoo et à ma "souffrance au travail": il ne faut pas exagérer, ce n'est pas cela, mais la situation est stupide, je veux croire encore qu'il s'agit simplement d'un malheureux concours de circonstances et j'aimerais que nous en sortions tous deux avec un minimum de casse.)

Bribes

Je découvre à midi que je ne devrais pas être là. Quand le médecin des urgences avait dit «Je vous arrête jusqu'au 30», j'avais pensé «Il exagère, me faire reprendre lundi alors que mardi est férié», mais consciente qu'il allait passer sa nuit à soigner des blessés dans des états bien pires que le mien, je n'avais pas protesté.%%% C'était 30 inclus.


Plus tard.
— L'exposition Degas se termine quand? Ma vie est tellement con que je n'en sais rien.
— Je ne sais pas non plus, c'est le genre de truc que je lis sur les murs du métro. Tu n'as qu'à regarder.
Rire confus: — Moi dans le métro je ne vois rien, je pense au refinancement de la dette sociale.
(Et le pire, c'est que je sais que c'est vrai).


Vers 17 heures, je feuillette Paris-Match, un numéro de février peut-être.
«Adjani adore Zahia».
Je regarde Adjani. Quelle bouche laide, à force de toutes se faire bricoler (je viens de voir Carla sur une autre couverture), elles vont réussir à nous donner le goût de vieillir nature.
Je regarde Zahia. Blonde, l'air modeste, yeux noisettes, des seins dont on se demande là aussi s'ils sont entièrement naturels et une cambrure qui me fait mal pour elle. Mignonne.
Je regarde les photos, un truc kisch avec des fleurs et elle à poil, c'est une artiste? Ah non, c'est du Pierre et Gilles, ça y ressemble bien. Mais qui est cette Zahia?
Je lis un peu, les photos ne suffisant pas: pas possible, c'est la Zahia de Ribéry! Mazette, quel chemin parcouru.


18h55. Je démarre la voiture, le présentateur de France-Musique est en train de déclarer: «Marguerite Dura' aurait dit…» (Mais plus tard il remerciera Emmanuel(le) Rause (Mais peut-être est-ce réellement Rause et non Rose?).)

Désemparée

Matinée aux urgences. C. m'accompagne, il conduit.
— C'est bon, tu peux me laisser, tu ne vas pas attendre toute la matinée, je rentrerai en RER.
— Maman, arrête. Il faudrait que tu acceptes qu'on s'occupe de toi.
Les larmes montent. Je sais qu'il ne faut surtout pas attendre cela.



Après-midi à La Défense. J'avais un rendez-vous, il s'avèrera que j'aurais pu m'abstenir de venir.

Je suis absente depuis mercredi dernier. K. m'accueille avec embarras :
— Il y a du nouveau.
— Quoi? Grave?
— Non… Lisez vos mails.

Elle m'explique en quelques mots. Mon patron a attendu que je sois partie, et le mercredi a envoyé des ordres auxquels je m'opposais depuis des mois. Mon projet est mort. Cet après-midi il est venu prendre de mes nouvelles. J'étais en train de regarder le site UGC. Il m'a serré la main.
— Ça va?
— Oui.
— Qu'est-ce que vous vous êtes fait?
— Je suis tombée.

Ce qu'il vient de faire, c'est d'entériner qu'il ne veut pas que je travaille. Je me battais pour travailler, pour faire avancer le projet alors qu'il insistait pour le partager entre trois autres personnes sur lesquelles il n'a pas autorité hiérarchique et débordées de travail par ailleurs. Il a donc envoyé son mail. Je ne sais pas trop ce que je vais faire. Poser des journées de vacances les jours de réunion jusqu'au mois de juillet. Chercher un autre job? Ce qu'il faut savoir, c'est que mon patron ne nous suivra pas lors de la vente de l'entreprise. En effet, en tant qu'appartenant à la direction générale, il est salarié non de la filiale, mais de la maison-mère. Comme il a soixante ans, il ne sera sans doute pas racheté par les repreneurs mais repartira dans la-dite maison-mère, d'où son comportement: il multiplie les signes d'allégeance vers cette maison, tandis que je me battais pour sortir le projet du formalisme imposé par elle, et pour demander aux opérationnels des actes utiles pour la filiale quel que soit le futur.

Je ne me sens même pas réellement en colère, plutôt en deuil. J'aurai essayé. Mais ai-je réellement fait de mon mieux? Sans doute pas, je ne me suis pas assez expliquée, pas assez patiemment. Je m'en veux un peu, vaguement, même si je me dis que les intérêts de mon chef, qui cherche juste à se protéger pour les mois à venir divergent trop des intérêts de la boîte. Je ne sais pas ce que je vais faire. Bloguer, lire. J'ai dit à K. qu'elle pouvait ramener ses documents au bureau et travailler à son mémoire de fin d'études.


Cela a-t-il un rapport? Alors que j'avais marché normalement jusque là, une violente douleur dans le pied droit me fait boîter en rentrant chez moi. Je décide (exceptionnellement, pour tenter d'être raisonnable, à l'encontre de toute la tradition héritée de ma grand-mère paternelle) de retourner aux urgences. Nous en sortons à minuit, ils ont oublié de regarder ma radio, ils m'ont oubliée, cela fait trois heures que nous aurions dû être sortis, et de toute façon je n'ai rien, une toute petite entorse de rien du tout, j'ai honte d'avoir créé tout ce remue-ménage pour si peu, pour rien ("accepter qu'on s'occupe de moi": tu parles, c'est inutile, ça ne marche pas, la preuve: il n'y a rien, pas de problème. Je ne vais tout de même pas m'en plaindre, non?).

Des nouvelles de mon entourage

Suzanne est revenue lundi, contrairement à mes prédictions pessimistes qui repoussaient cela après les élections.

Un étudiant des cours du lundi, militaire, part en Afghanistan.

Mardi déprimant

Les mardis sont le pire jour de la semaine. Dans un sens, il est assez instructif d'essayer de comprendre comment le "pilotage d'un projet" a réussi à si parfaitement démotiver un groupe de personnes de bonne volonté, entreprenant et joyeux.

Si seulement on ne me posait pas de question, si seulement on me laissait traverser les réunions hebdomadaires en silence. C'est terrible ces gens qui veulent absolument votre avis, puis se mettent en colère s'il ne va pas dans leur sens. Que souhaitent-ils, une approbation formelle? Je ne sais pas faire cela, le saurais-je que je ne le ferais pas. Question d'honnêteté vis-à-vis de moi-même. «Romantisme!», comme disait X plus ou moins en forme d'insulte.

Pour le reste la situation est curieuse: mon entreprise est en vente, le groupe qui la possède ne donne aucun renseignement à la direction générale, mon patron, qui en fait partie, est vexé comme un pou et (de ce fait?) fait un déni de la vente («SI l'on est vendu, répond-il à mes objections dans le cadre du projet. Mais si on ne l'est pas?»), on apprend par la presse la ''short-list'' des repreneurs éventuels, puis quelques jours plus tard la proposition du management d'une solution indépendante (comprendre: un montage financier avec quelques grosses sociétés de réassurance qui éviterait de faire disparaître notre enseigne du marché).

Ce matin au café je discutais avec un salarié embauché en 1981, un autre en 1983:
— Un jour on a vu arriver Attali à la cafeteria: «Je peux payer un café en liquide? — Ah non, il faut des tickets. — Et comment on achète des tickets? — Mmm, la vente, c'est le lundi.» Après il en faisait acheter par sa secrétaire, il venait de temps en temps. A l'époque, les directeurs faisaient le tour des bureaux le matin.
— Et l'on touchait chaque année une dotation pour une blouse… Aux archives, j'avais une blouse et deux paires d'espadrilles.

J'aime bien les entreprises. «Rien de ce qui est humain ne m'est étranger», ou plutôt tout ce qui est humain m'intéresse.

Retour

Dure reprise. Je perds mon temps une partie de la matinée, l'après-midi est plus active, j'ai un peu peur d'avoir trop parlé (trop dit la vérité: d'un autre côté, on risque bientôt de me reprocher un "malheur" (comprendre: dysfonctionnement) que les équipes elles-mêmes auront mis en place malgré nos recommandations inverses. C'est drôle, la mécanique humaine. Etrange à observer. Quand je m'ennuie trop en réunion, ou que l'illogisme de tout cela m'entraîne vers l'exaspération, je me dis que je devrais juste décrire, décrire, juste peindre).

RV au Saint Eustache avec Hervé et un de ses collaborateurs.

Point de non retour

Entretien en tête à tête avec mon chef. Dialogue final:

Je : — C'était juste une remarque un peu nostalgique puisqu'on va le perdre maintenant que nous sommes vendus…
Lui: — Vendus? Nous sommes en vente, nous ne sommes pas vendus!
Interloquée devant son ton: — Mais enfin, c'est la même ch…
— Nous sommes vendus, nous sommes foutus, je ne peux pas accepter cela!
??? — Mais enfin, pas du tout, c'est la troisième fois que je change d'entreprise sans en changer; alors vous savez, je ne m'en fais p…
Il me coupe la parole: — En temps que cadre, vous avez un devoir de réserve! Vous n'avez pas à diffuser des bruits de couloir et alimenter les rumeurs!

J'ai quitté son bureau très en colère. Depuis quand parler en tête à tête avec son supérieur hiérarchique d'un sujet sur la place publique consiste à alimenter les bruits de couloir?

Après une nuit, je me sens détachée et amusée. Je ne sais pas ce qu'il rencontre comme problèmes mais visiblement il est bien plus inquiet que moi, même si je ne comprends pas pourquoi (il est à quelques mois de la retraite).

Mais j'ai bien compris: ne plus donner mon donner avis même s'il me le demande («C'est un germain breton mais il ne faut pas le secouer trop fort même s'il le demande»): tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes.

Conduite de projet

Démoralisée. J'ai l'impression de vivre 1984, non seulement les instructions et orientations sont modifiées en permanence, ce qui serait encore compréhensible et acceptable (il est normal qu'un projet évolue en fonction de problèmes non anticipés au début), mais surtout l'antériorité est effacée, c'est l'amnésie permanente, ce qui fait qu'il n'est plus possible (il est interdit) d'expliquer l'état d'une situation par son histoire, les étapes de sa mise en place.

(Comme je m'en plaignais à la maison, H. a répondu d'un lapidaire "C'est pour cela qu'il y a des comptes rendus". Oui, mais tout n'est pas noté dans un compte rendu, on note les objectifs, pas la façon dont on pense s'y prendre pour les atteindre. Or la façon de faire a parfois des conséquences sur les décisions ultérieures. Tout cela m'affecte beaucoup trop.)

Bof

J'ai découvert Retour de l'URSS de Gide. On aurait pu me dire que ça valait 1984.

Je dors.

Mauvaise journée, pleine d'inquiétudes et de nervosité.

Et demain, ennui. Peut-être fun, remarquez: que signifie participer à une "convention groupe" quand sa filiale est à vendre? J'ai le projet de photographier deux ou trois collègues que je ne reverrai sans doute pas.

17° dans cette chambre qui est trop vaste pour être chauffée par un seul radiateur.

Les sept mercenaires ou Les douze salopards?

Cruautés (?)

Une semaine sans écrire ici alors que je ne suis pas en vacances (comprendre: loin d'une connexion internet)$$Et donc du 11 au 16, les billets sont écrits après celui-ci.$$. Cela n'était jamais arrivé depuis le début de ce blog. Le temps est plein comme un œuf; d'autre part je privilégie les moments familiaux au détriment de cet ordinateur. Ce n'est pas une résolution de nouvel an, c'est juste un fait.

Formation lamentable aujourd'hui. Tant pis. Nous sommes grands (comprendre: adultes), polis et de bonne volonté, longtemps nous avons répondu et participé; mais à partir d'un moment, lassés, nous nous sommes tus. L'après-midi fut longue, surtout pour la formatrice je suppose, mais je n'ai même pas ressenti l'habituel pincement de compassion et de culpabilité que je ressens dans les situations semblables.

Formation à l'encadrement des apprenants (comprendre: les étudiants travaillant en alternance. Je n'utilise jamais ce mot qui me fait penser à "mal-comprenants"): «Il y a quelques années nous avions des armées mexicaines de CDD et d'intérimaires, aujourd'hui nous avons des armées mexicaines d'étudiants en alternance.»

— Il y a l'incompétent inconscient, l'incompétent conscient, le compétent conscient, …
— Mais qu'est-ce qu'on fait avec un incompétent inconscient ?
— On le recadre, on lui fait comprendre ce qui ne va pas…
— Oh mais pour lui tout va très bien. Tout va toujours très bien…



Le soir, après cette journée énervante (en ce moment je lis Martimort qui utilise "énervant" dans son sens étymologique), "notre" consultant arrive dans mon bureau pour me faire un résumé de la journée (il ne sait pas que j'en ai déjà eu un à midi par ma collègue préférée qui l'a si bien allumé en réunion (réunion à laquelle je n'assistais pas du fait de ma formation) que désormais je dois passer pour une modérée: merci Danielle!).

Il insiste pour me montrer un schéma powerpoint qu'il vient de finir. Avant d'obtempérer, je retourne dans le dédale des dossiers et sous-dossiers pour lui démontrer (une fois de plus) que c'est parce que nous avons pris le projet à l'envers par rapport à la méthode préconisée que nous sommes maintenant face aux problèmes actuels (ce consultant me rappelle mon cousin urgentiste qui disait des obstétriciens : « ils sont incapables de laisser un accouchement se dérouler normalement. Il faut qu'ils interviennent, c'est plus fort qu'eux ».)

Je regarde le schéma, atterrée, n'osant pas éclater de rire. Je songe: « Seriously ? », qui est devenu le mot de mon aîné.
Je décide de dire la vérité, tout de même; après tout il est presque à son compte, il faut tout de même qu'il prenne conscience de ce que pensent des gens "normaux" de ce genre d'usine à gaz :
— Hum, je suis désolée, je ne le dirai jamais en public, mais ce genre de schéma… hum… c'est un gag, vous n'êtes pas sérieux, c'est exactement ce genre de schéma qui tourne sur facebook…
— Mais pourquoi vous dites ça ?
Je ne peux pas le lui expliquer. C'est au-dessus de mes forces. C'est tellement puéril, appliqué, cela ressemble tellement au schéma du parfait consultant, le truc imbitable que personne dans son bon sens ne regardera ou n'utilisera, qui ne sert qu'à faire un slide pour meubler le temps en réunion et impressionner les gogos…
— Je ne sais pas… Peut-être que je me trompe ? Il est possible que ce genre de schéma vous permette de passer auprès de certaines entreprises, mais je pense qu'il vous bloque l'accès à d'autres.

Après son départ, un peu ennuyée (ai-je été trop catégorique? aurais-je tort?), j'envoie le schéma à H. avec une seule phrase « Sondage : qu'en penses-tu?»
Comme prévu il est pire que moi.
Pour vous faire une idée :

puzzle.jpg


(Ou vivrais-je trop parmi les geeks? cf. le powerpoint karaoké et une explication plus sérieuse, plus flippante (mais peut-être trop sérieuse justement pour une banale vie de bureau) du danger d'analyser la vie à travers Powerpoint.)

Meilleurs vœux

11h30, je papote dans le bureau de Danielle. K. passe la tête :
— Vous savez la nouvelle ?
— Quoi, on est vendu ? dis-je en boutade.
— Oui, allez voir sur l'intranet.

L'intranet annonce que nous sommes mis en vente.

Déjeuner. Les vœux de l'entreprise sont prévus à 13h. Chacun pense aux directeurs : bel exercice d'équilibre qui les attend.

Ils s'en sortiront honorablement, devant une salle bienveillante.
L'histoire est la suivante: ce que nous appelons "les fondamentaux" (le ratio sinistres à primes, la qualité du portefeuille clients) ne sont pas en cause, ils sont mêmes excellents au niveau de notre entreprise d'assurance, et sains au niveau du groupe.

Les sociétés d'assurance ont l'obligation légale de mettre en face de leurs engagements (le règlement des sinistres en cours et à venir) un portefeuille d'actifs réparti selon des règles très précises. Or le groupe a fait trois choix qui se révèlent tous les trois désastreux avec la crise:
1/ il a acheté au prix fort de nombreuses entreprises à l'étranger: la valeur de ces entreprises s'est beaucoup dépréciée et nous devons prendre en compte cette dépréciation potentielle d'actifs ;
2/ il conserve en portefeuille une quote-part inhabituellement élevée d'actions (dont celles de la Société Générale), et là encore il faut enregistrer une dépréciation (les nouvelles normes prudentielles (qui ne sont pas encore entrées en vigueur) imposent un pourcentage réduit d'actions dans la composition du portefeuille et la prise en compte immédiate des moins-values potentielles$$ce qui prouve une méconnaissance du cycle long de l'activité d'assurance (conséquences: la vente massive d'actions par les entreprises d'assurance a accéléré la chute des cours et favorisé l'arrivée de fonds de pension étrangers dans le capital des sociétés françaises (non que cela me préoccupe, mais j'en connais qui n'aiment pas cela$$);
3/ la dette grecque, bien sûr, et les dettes souveraines en général (notons que ma société ne voulait pas d'obligations grecques, mais que le groupe lui en a affectées d'office malgré son refus répété: c'est le groupe qui choisit nos placements; c'est le groupe qui est noté par les agences de notation et toutes les filiales, dont nous sommes, en subissent les conséquences; et c'est le groupe qui nous met en vente aujourd'hui.)

Tout cela fait que le portefeuille d'actifs, avec ses moins-values potentielles, ne couvre plus (ne couvrait plus avant une intervention en chevau-léger de la CDC) les engagements du groupe, d'où l'obligation de dégager de l'argent frais.

Ajoutons pour faire bonne mesure que ces vœux sont également les premiers qui célèbrent notre fusion avec une autre filiale à qui le groupe a imposé ce "mariage de raison" (au printemps dernier, bien avant ces rumeurs de vente qui datent de fin octobre): les voilà en train de s'adapter à cette fusion en se préparant à une vente…
Je songe à une vente aux esclaves. Nous sommes vendus parce que nous sommes les plus profitables, et pour rendre la société plus attractive encore, notre portefeuille d'actifs a été nettoyé de la dette grecque: autrement dit nous sommes désormais et de loin la plus belle filiale du groupe (résultat technique + portefeuille d'actifs).

Le mot de la fin restera à notre directeur général, qui déclarera devant le représentant du groupe venu nous expliquer ce que je viens d'écrire (et que nous savions déjà): « Pierre L. nous a dit que le groupe regrettait de devoir nous vendre, j'attends de vous que vous travailliez à rendre notre société encore plus rentable pour que dans quelques années il le regrette encore davantage. »
C'est fou ce que l'on souffre toujours de se sentir mal-aimé, même lorsqu'on est une société.


Discours, puis petits fours, piste de danse, etc. A chaque fois c'est l'occasion de constater une certaine solitude. Je n'ai rien à dire, je ressens un certain malaise avec la plupart des gens: mais comment font les autres, de quoi parlent-ils, comment trouvent-ils des sujets de conversation? %%% Je crois que je ne saurai jamais faire et j'évite d'y penser pour ne pas ressentir une certaine panique, une certaine désolation de l'âme.


Je pars tôt et je vais voir The Darkest Hour.
Ce n'est pas tout à fait assez noir pour mon moral bas. Mais j'avais envie de voir Moscou et je vois Moscou. Enfin, un certain aspect de Moscou. Film d'action et d'apprentissage. Les enfants, si vous voulez survivre face aux extra-terrestres, surtout apprenez bien votre physique amusante et feuilletez le manuel des Castors juniors.
Les Russes, le Russe, sont russes à n'en plus pouvoir; tous les clichés de l'Américain décrivant le Russe sont là (pas bien éloignés des clichés français ce me semble puisqu'ils me sont familiers, et cela me fait rire), et ce Russe est encore en train de défendre Stalingrad…
L'important face à l'ennemi est de rejoindre sa terre, son pays: même si l'on doit se battre contre un ennemi commun, il est importun de le faire de chez soi.


Oulipo, Ousonmupo, c'est inégal.
Je récupère en cachette (il n'en reste qu'un que j'avais réservé) la Vida tragique d'En Guilhem de B. de Maurice (Chamontin). A suivre.

Non violence

— P** n'est pas disponible pour la réunion RPCA1. Je ne veux pas y aller, je vais leur coller deux baffes. J'avais pensé à vous (il me regarde), mais vous êtes pire que moi… Alors bon, tant pis.


Diffusion de l'organigramme après la fusion avec G** Transports. Enfin, seulement la première page, le reste n'est pas arrêté (ils n'y réfléchissent que depuis mars dernier). Aucune importance, tout le monde s'en moque et attend l'annonce que nous sommes vendus malgré les démentis de la maison mère. Et le lieu du déménagement (ou emménagement). 2012 va être intéressant et curieux.


Note
1 : responsable du plan de continuité d'activité"

Suzanne

C'est la circulaire Guéant sur les étudiants étrangers, vécue IRL, à cela près que Suzanne n'est plus étudiante.

Elle était embauchée en CDI depuis septembre, après un master en audit et finances. Elle travaillait dans l'équipe du projet. Le 15 décembre, la RH lui a appris qu'elle ne devait pas se présenter le lendemain. Motif: sa carte de séjour était arrivée à expiration. Il fallait attendre son renouvellement.

Suzanne n'est pas revenue. Elle attend. Elle ne risque pas l'expulsion, elle prend ça avec philosophie, rend visite à ses frères en Belgique et en Allemagne (elle est camerounaise). Elle se prépare à emménager dans un appartement procuré par le CE de l'entreprise. Elle n'est pas payée. A-t-elle droit au chômage dans un cas comme celui-là? Débat entre nous.

Je n'y peux rien, je n'y suis pour rien, mais j'ai un peu honte.

Mardi

Je fais passer des entretiens. Non, pas d'embauche, plutôt quelque chose comme des interviews: que faites-vous, comment, pourquoi, récupérations des procédures, etc. Cartographie des risques.
Cet après-midi, pour la première fois, cela s'est plutôt mal passé (le genre de personne qui sait tout sur tout et se plaint de ne pas être invité aux réunions d'information). J'ai trouvé la parade. Comme je voyais qu'il lisait tout ce que je notais, je me suis mis à noter mot pour mot ce qu'il disait, entre guillemets, genre: «non, ça ne peut jamais être faux, c'est des maths, c'est forcément juste».
Il s'est un peu calmé.

Ma collègue m'a fait remarquer que j'avais provoqué un blanc en réunion en utilisant le mot tautologie. Elle me parle de sa mansuétude. Je lui propose de remplacer "Bisounours" («elle est très bisounours, Alice» est une phrase qu'elle affectionne) par "irénisme". Je sens que nos réunions de projet vont avoir de plus en plus de gueule.

A vendre ou pas à vendre? Croyez-vous davantage un démenti ou l'absence de démenti?
L'absence de surprise sera la même. En attendant, tout le monde écoute BFM en allant au bureau (sauf moi, mais on me raconte l'essentiel).

Je continue Congar. Je tombe des nues. C'était quelque chose, l'avant Vatican II. On dirait un roman policier, ce n'est que délations et coups fourrés, qui à dit quoi à qui, rumeurs et censure. Je lis éberluée des choses comme: «Régime invraisemblable: policier, autocratique, totalitaire, crétin. Car ce qui me frappe le plus, c'est le crétinisme, l'invraisemblable indigence en intelligence, en caractère. Le système a fabriqué des serviteurs à son image» (Yves Congar, Journal d'un théologien, p.233) (Il s'agit de Rome et du Saint-Office, pour faire court).
Mazette! Je sais bien que ce n'était pas destiné à la publication, mais tout de même!

Comment réussir à se rendre compte de ce qu'était ce monde? Je repense à L'ange et le réservoir de liquide à freins: «Quatre à avoir bénéficié un an de l'enseignement de l'ancien catéchisme, du latin et des mathématiques traditionnelles, ces trois piliers de la sagesse disparus d'un coup sous les effets conjugués, quoique non concertés, d'Edgar Faure, de Mai 68 et du Concile.» (p.261)

Yves Congar est un homme selon mon cœur, entre sa façon de s'insurger contre les wagons réservés et vides dans un train bondé, et celle de s'interroger sur les dessous de son apparente soumission: obéissance ou lâcheté?:

Parfois, ces dernières semaines, je me suis interrogé. Je me suis demandé si, dans l'espèce de simplicité, d'absolu et d'entièreté de ma soumission, il n'y avait pas une solution à trop bon compte, une fuite, malgré tout, facile, hors du combat. [Mon attitude est foncièrement, vraiment et intégralement celle-ci: Qu'ils fassent ce qu'ils voudront! Rendez-vous au Jugement dernier, devant le Véridique. Je leur abandonne toute l'histoire, je n'attends que la Parousie, or ils n'ont pas la Parousie!] Ne suis-je pas dans la situation de quelqu'un engagé dans la Résistance, mais un peu lâche et craintif au fond, et qui, arrêté très tôt, a un certain sentiment de soulagement et presque de satisfaction d'être ainsi retiré, pur et avec les honneurs de la guerre, d'un combat difficile où il laissait désormais les autres se débrouiller comme ils veulent. Je ne voudrais pas être cet homme-là; j'ai une certaine propension à l'être. (Opus cité, p.269-270)

Tout me parle ici, même le rendez-vous au Jugement dernier.



(Parapluie, je n'oublie pas que je te dois une réponse.)

Journée dans un état second

Une boucle d'oreille perdue, chambre fermée à clé pour que la femme de ménage ne passe pas l'aspirateur, dormi sur la moquette, une fois de plus désespérée en réunion (mais qu'est-ce que c'est que ces mots qui paraît-il veulent dire autre chose que leur valeur faciale? (si votre pièce de deux euros est réputée en faire trois soixante quinze, c'est un peu dur à avaler)), après-midi dans la stupeur, Barbe-bleue magnifique, surprenant, dîner, rentrés, retrouvé ma boucle d'oreille.

Politiquement incorrect

Conversations entre assureurs

— Je viens d'une boîte américaine. Les mails étaient filtrés, il leur a fallu du temps pour comprendre que insurance se disait "assurance", et chaque fois que nous écrivions "ass", nous recevions un mail en anglais nous avertissant que nous utilisions des mots non autorisés et qu'une récidive entraînerait des sanctions…
— Ils lisaient vos mails? Et la CNIL ?
— Bah…



Un peu pas écrivable, j'ai hésité, mais je tente (conversation à quatre ou cinq):

— J'ai regardé l'émission sur Hitler hier, j'ai été choquée d'apprendre qu'Hugo Boss avait dessiné les uniformes des SS. Et Ford qui offrait cinquante mille dollars à Hitler pour son anniversaire…
— C'est comme Allianz qui assurait les camps de déportations…
— Oui. Vous imaginez la visite de risque? Vos chaudières m'ont l'air un peu en surchauffe, là…
— Est-ce que vous avez correctement sprinklé vos bâtiments?

Ordre de grandeur

Parole d'assureur:

— Non, mais les incendies de la Saint-Sylvestre, on est à des années-lumières de ce que coûte un retour de week-end !

Des nouvelles du front

J'ai (enfin) IE 8 au bureau, ce qui me permet de consulter et mettre à jour Google agenda (quel progrès).

Je repère quelques collègues: celle qui lit Le portrait de Dorian Gray en anglais, celui qui tient un livre Gallimard poésie (Jacottet) tandis qu'il discute dans le couloir (à croire que c'est son interlocuteur qui vient de lui passer, mais je n'ai pas eu le temps d'observer la scène), celui qui a la réputation d'être un puriste et ne supporte pas les anglicismes (week-end, interview...)

Je suis confrontée à l'homophobie ordinaire, celle des discussions de collègues. Quand je sens que c'est parti pour me déplaire (me faire de la peine), je proclame au milieu de la conversation «j'ai beaucoup d'amis homos, je les aime beaucoup», mais c'est surtout pour ne pas écouter la série de clichés que je sens poindre. Les homosexuels ont l'air de beaucoup choquer ma jeune collègue (condamnation morale), ce qui me surprend autant que du sexisme chez un jeune collègue: rien à faire, dans mon bisounoursisme, j'imagine toujours que ces attitudes sont celles des générations précédentes, qu'elles n'existent pas, n'ont jamais existé, chez les plus jeunes que moi.

Ça n'a rien à voir, je m'en rends compte régulièrement, mais mon préjugé (mon espoir) a la vie dure.

Incompréhension

Journée en réunion. Fébrilité.Ce qui me gêne, c'est de ne pas savoir ce que pensent réellement les autres. Si je pouvais être sûre que personne ne prend tout cela (trop) au sérieux, que nous sommes tous en train de jouer notre rôle avec plus ou moins d'habileté, je pourrais prendre beaucoup de plaisir à cela. Ce qui me tue (à petit feu), c'est de ne pas savoir si certains prennent vraiment tout cela au premier degré, et si oui… comment font-ils? Comment peut-on réellement prendre cela au sérieux, penser que cela a vraiment de l'importance, alors que cela n'apporte rien à personne, que cela ne fait que répondre à des exigences législatives? (exemple: «Nous ne ferons qu'un audit de conformité» signifie «nous vérifierons que la procédure existe, mais nous ne vérifierons pas qu'elle est adaptée, et encore moins qu'elle est appliquée». Mais à quoi, à qui, cela peut-il bien servir? Je les regarde, je songe à Lewis Carroll et Borgès, nous décrirons le monde jusque dans ses moindres détails, notre monde sera entièrement décrit dans nos tiroirs, dans nos armoires, et parce que nous l'aurons décrit et circonscrit, nous croirons le dominer et le maîtriser. Et je songe au Titanic. Décidément, j'ai du mal, cette rentrée ne passe pas. J'ai passé trop de temps au grand air.)

Confusion

Il fait beaucoup plus noir que d'habitude. Et j'ai l'impression d'être plus bas. Je me rendors. Ou je ne me suis pas réveillée, je ne sais pas. Je pense trop peu pour paniquer. Il fait vraiment noir. Je tâte, il y a des murs tout proches, de tous côtés. Je me rendors ou je rêve que je me rendors si j'avais rêvé que je me réveillais. Mais tout de même c'est étrange. Je me remets à tendre les bras, des murs, surface nue, froide et non glacée, quelque chose de doux, mon lit?
C'est alors que je touche quelque chose qui bouge, en plastique.
Ça y est, je sais. Ce n'est pas le matin et je ne suis pas dans mon lit. S'il fait si noir, c'est qu'abrutie par un demi-litre de rosé après une nuit sans sommeil, je suis allée me coucher en boule dans les toilettes, sur ma serviette d'aviron. Je n'ai pas dormi les dix minutes habituelles, mais près d'une heure, d'un sommeil de pierre.

Occupation

Aujourd'hui, j'ai trié des mails.

Et hier?
Aussi.




( lointain écho )

Départ à la retraite d'un directeur

Je n'aime pas les départs, jamais.
Et puis c'était un homme que j'aimais bien. Toute la direction générale va partir dans les années à venir, je me sens déjà orpheline (j'aime qu'on me raconte des histoires, les histoires de l'entreprise. Quand tout le monde sera plus jeune que moi, qui me racontera des histoires?).
Premier discours, niveau groupe; deuxième discours, niveau entreprise; réponse du futur retraité, tout cela si rituel que cela console, avec juste ce qu'il faut d'anecdotes pour mesurer le chemin parcouru (dans l'assurance, notre pain quotidien est le malheur, nous avons donc des souvenirs).

Ce qui m'a fait sourire, c'est le récit des origines: comment cet homme "publiciste" (comprendre " étudiant le droit public) était-il "tombé" dans l'assurance?

«J'avais fini ma maîtrise, je préparais divers concours dont celui de directeur des hôpitaux, je faisais du vélo dans les environs de Marly quand je suis arrivé devant le site de Drouot, absolument magnifique. Alors je suis entré; la secrétaire, très aimable mais un peu dépassée, sans doute une stagiaire d'été, a appelé le DRH, qui a cru que j'avais plus ou moins rendez-vous avec lui… Il était en train de plancher sur un plan de formation de jeunes embauchés, cela m'a intéressé et… […]
Comme dirait mon ami Patrice qui n'a pas pu venir ce soir, on n'est jamais à l'abri d'un coup de pot. J'aurais pu mal tomber, dans la banque, qui sait (rires d'effroi dans la salle), ou dans l'immobilier… (Etc.)»

Traumatisme

Une histoire dédiée aux premières hontes de Fcrank.

Une collègue nous raconte que, son beau-père étant inventeur, elle avait pris l'habitude de répondre à son fils quand il demandait: «Qu'est-ce qu'il fait, papa? — Inventeur, comme papy.»

Et comme le petit garçon s'étonnait:
«— Mais y bricole jamais! Qu'est-ce qu'il a inventé?
— Mais si, tu sais bien, il a inventé l'eau tiède.»

Bien entendu, on demanda un jour en classe à l'enfant: «Qu'est-ce qu'il fait, ton père?»

La langue pardonne peu

Mardi matin, ma collègue m'a déprimée. Depuis le 9 mai elle a sous sa coupe une jeune stagiaire beurette en master d'économie en formation en alternance. La jeune fille est destinée à répondre au téléphone sur des sujets très variés et à écrire des lettres. Ma collègue trouve qu'elle parle mal, qu'elle écrit mal, que ce n'est pas possible…

J'en parle à la jeune fille qui est presque au bord des larmes. Elle a effectivement une élocution que je qualifierais de "sombre", sa voix devient plus grave sur les consonnes, ce qui les fait disparaître. Et elle fait des fautes étranges, se trompant de pronoms dans les phrases, parlant très facilement à la troisième personne…
Mais enfin, il n'y a pas péril en la demeure.
«Je me suis sentie nulle… Je suis pourtant major de ma promo…» me dit-elle en parlant des remarques de ma collègue.
J'ai le cœur serré. Elle n'était pas préparée à cela, elle découvre cette discrimination sociale et la prend de plein fouet.
Je dis à ma collègue, vieille fille: «Tu vas le trouver où, ton mouton à cinq pattes? K. est polie, bien élevée, elle s'habille avec réserve, elle est motivée. Qu'est-ce que tu veux de plus?»

J'ai ramené au bureau un guide de bon usage, à la fois de savoir-vivre et d'écriture. Et un petit livre bleu, un manuel pour apprendre la rédaction datant des années 40 et destiné aux enfants de 6e et 5e de ces années-là.

Bilan professionnel des deux derniers mois

J'ai pris un poste au débotté, pour rendre service, pour remplacer une collègue absente d'abord pour quelques jours et finalement hospitalisée d'urgence. J'ai eu droit à une heure de mise au courant par la personne qui avait d'abord assuré l'intérim, puis roule Mimile, avec ses mots de passe et mes souvenirs de l'application informatique datant de 2001 (ce qui fait un peu peur concernant l'évolution des systèmes de gestion), je me suis débrouillée, mettant tout le monde à contribution, même les clients («Je ne sais pas très bien quoi vous répondre, lisez-moi la lettre que vous avez reçue,…», «Appelez tel numéro, rappelez-moi dans trois jours si vous n'arrivez à avoir personne (c'est les vacances), j'essaierai de trouver une autre solution...», etc), faisant finalement ce que j'aime, la seule chose qui me paraisse réellement utile sur cette planète: faire jouer la solidarité et l'entraide pour trouver des réponses, pour faire en sorte que le monde aille mieux, soit mieux "huilé".
(Et ma foi, ça ne marche pas si mal: une fois que tout le monde est convaincu que votre but est bien de trouver une solution et non de jouer à la patate chaude, ça ne marche pas si mal. Les gens sont plutôt de bonne volonté.)

Ma collègue est revenue jeudi pour deux jours, de façon à pouvoir repartir une semaine en vacances (! : apparemment il n'est pas possible légalement d'accoller ses vacances à un arrêt maladie aussi long (et être en congés plutôt qu'en arrêt maladie lui permet une plus grande liberté de mouvements)). Elle avait prévu de "débriefer" mon travail pendant deux jours, alternant les «Tu as fait un super boulot» tout à fait déplacés et me mettant mal à l'aise par leur flatterie exagérée et les «tu ne pouvais pas le savoir, mais…» Et certes, je ne pouvais pas le savoir.

J'ai tenu tout jeudi, presque tout vendredi… et j'ai craqué à une demi-heure de la fin, quand pour la dixième fois elle répétait devant une pile de dossiers: «C'est super, la pile a bien descendu».
— Non je n'ai pas fait un super boulot. J'ai fait le boulot, c'est tout. J'ai assuré l'urgence, j'ai mis tout le monde à contribution, certains vont être soulagés de te voir revenir parce qu'ils ont tenu deux mois et je ne sais pas si les services auraient pu supporter plus. Mais je trouve extraordinaire de débriefer deux jours mon travail de deux mois quand j'ai eu droit à un quart d'heure pour prendre ton poste. (Encore heureux que je ne l'ai pas tenu comme toi, cela serait franchement vexant pour toi), et non, je ne considère pas que descendre cette pile de dossiers ait la moindre importance: si je n'y ai pas touché pendant deux mois, c'est que ce sont des dossiers "morts", le problème est résolu, il n'y a plus qu'à classer tout cela, et cela ne présente aucun caractère d'urgence.

Elle revient lundi prochain, jour où arrive une stagiaire destinée à l'aider. Mais bien sûr, elle va avoir «tellement de travail», est-ce que je pourrais recevoir la stagiaire? Bon, oui, évidemment (et honnêtement, oui, cela me fait sourire, mais ce n'est absolument pas un problème). Sauf qu'elle me demande tout à trac, au milieu de vendredi après-midi:
— Et quel est ton programme lundi avec la stagiaire? (Euh… rien. J'ai appris il y a trois heures que j'allais l'accueillir et je ne t'ai pas quittée une minute: non, je n'ai pas préparé de programme):
— Je n'en ai pas. Ne t'inquiète pas, je peux parler une journée de notre activité, ce n'est absolument pas un problème (songeant avec un peu désespoir que c'est ce à quoi j'ai été formée, en fin de compte: pouvoir parler en toute situation, pouvoir faire face et tenir, donner le change. Cela me désespère de si bien maîtriser ces ficelles.)


Post un peu con, prétentieux et auto-je-ne-sais quoi, j'en ai conscience. Désolée mais ça soulage.

Et précision : ma collègue travaille très bien, c'est une grande professionnelle. Je lui reproche juste de se donner un peu beaucoup d'importance.
La personne du bureau voisin, qui entend les conversations, me regarde en souriant:
— C'est drôle comme on devine ce que pensent les gens à travers une paroi de bureau, me disait-elle vendredi avant que je ne finisse par exprimer ma pensée.
— Bah, ce n'est qu'une question de style, tentais-je de répondre avec désinvolture, c'est la différence entre les classiques et les modernes: ceux qui ont à cœur de donner l'impression que tout est facile et qu'ils ne travaillent pas, et ceux qui ont besoin d'exposer la sueur.

Maintenant ça suffit

Quand je lis par-dessus l'épaule de mon voisin «X., 57 ans, quatre enfants, s'est immolé par le feu devant son ancienne agence Telecom», je n'ai pas du tout envie de compatir.

J'ai envie de lui donner deux claques ou trois. Ça me met en rogne. On ne se suicide pas à 57 ans avec quatre enfants quand on travaille chez France Telecom. Au mieux ou au pire on fait la grève de la faim dans le bureau de la DRH (Direction des Ressources Humaines). Mais qu'est-ce que c'est que ces histoires ?

Il faut être raisonnable (c'est une citation)

— Et si je trouve du travail, c'est un motif valable pour l'assurance annulation de mon voyage?
— Ecoutez Mademoiselle, je ne connais pas les contrats annulation, je vais vous donner le numéro de notre prestataire spécialisé. Mais tout de même, ça m'étonnerait que ce soit pris en compte. Je vais vous expliquer pourquoi: le principe de l'assurance, c'est de vous couvrir en cas de tuile (si vous me permettez ce mot), en cas de tuile imprévisible: l'assurance ne peut pas jouer si vous êtes à l'origine de l'événement, et de toute façon, trouver du travail n'est pas un événement imprévisible.
— Ah...

Monsieur Indestructible

Vous souvenez-vous du métier de M. Indestructible? Il travaille dans une compagnie d'assurance, dans un box tel que nous les montrent les téléfilms américains, box dont sa musculature déborde de toutes parts, et dans une scène il explique à une petite vieille quels circuits compliqués il faut emprunter pour espérer obtenir une réponse de la compagnie.
(Et son patron de remarquer: «C'est curieux, comment font-ils, on dirait qu'ils ont compris le fonctionnement de notre maison», jusqu'à ce que le manège de M.Indestructible soit découvert et qu'il se fasse licencier.)

Je suis en train de me transformer en M. Indestructible.

Urgence

Imaginez que votre fiscaliste est à l'hôpital pour deux mois, que son supérieur est absent pour deux semaines, et que vous restez le seul interlocuteur lors d'un contrôle fiscal… sans connaître ni la fiscalité, ni les méthodes de classement du fiscaliste hospitalisé, sinon ce serait tricher.

C'est un peu ce qui m'arrive (j'ai transposé en fiscalité pour que ce soit compréhensible pour tout le monde).

La nuit je rêve d'uniformes de pompiers. Un rapport?

Au téléphone je rappelle quelques principes d'assurance: une assurance est un contrat (lisez au moins les exclusions, même si vous ne lisez pas tout) qui prévoit des conditions d'exécution (il faut des preuves, des justificatifs, toujours).
Et une assurance couvre un aléa: quelque chose de soudain, de non-prévisible. S'il n'y a pas risque mais certitude, ce n'est pas de l'assurance.

Cadeau

Morne journée, épuisée surtout, et je me retrouve par un de ces hasards qui sont tellement ciblés que je n'y crois plus à répondre aux réclamations des clients, moi qui ai horreur du téléphone (on dirait que tout le monde autour de moi s'est fait enlever ou est en train de se faire enlever un disque entre les vertèbres sacrées).

Mais ce soir un cadeau m'attendait dans ma boîte aux lettres. Merci Vincent !

Gris

Journée de réunions. Aquarium. Brume. L'horizon disparaît. Brume. Sieste de dix minutes sur la moquette. J'ai si mal aux yeux.
Mon moral remonte vers le soir après un bel exposé sur notre activité. Il y a si peu de hasard. Il y a des séries, des signes annonciateurs, des profils…

Qu'est-ce qui me rend si anxieuse, au point de tomber en léthargie? Est-ce d'avoir posté toutes ces lettres, d'avoir invité ma famille comme je ne l'ai jamais invitée? Je me souviens de la carte de ce cousin surpris qui disait, à propos d'une réunion de l'été 2003: «Alice nous a montré qu'elle savait sourire».
Qui peut comprendre cette phrase aujourd'hui? Même si je ne peux plus réellement comprendre qui j'étais enfant, comment j'étais, même si j'ai toujours l'impression d'exagérer, de déformer, ce genre de phrase me rappelle cependant que je n'ai pas rêvé.
Et inviter les témoins de cette enfance incompréhensible me terrorise.

Colère ce soir. Elle a bullé toute la semaine, à se faire péter les vaisseaux sanguins des yeux (sens littéral) sur sa Gameboy, et maintenant elle me présente à signer un bulletin lamentable qu'elle a conservé dans son sac durant les quinze jours de vacances.
J'ai l'impression d'être dans un téléfilm de TF1.

Toutes les façons de faire dix ne sont pas égales

— Par exemple vous pouvez positionner l'alerte dans dix jours. Attention, le logiciel compte en jours de la semaine, dix jours sept plus trois, pas cinq plus cinq. »

Vent du large

Mon chef, commençant à lire le programme du cycle de conférences auquel je lui demande l'autorisation de m'inscrire au titre de la formation continue:

— «Panorama des relations euro-asiatiques depuis le 18e siècle»? Ah oui, ça aère!




Il a gentiment accepté, même si le rapport avec mon poste est plutôt lointain.

La mélancolie de l'abstème

— Tu ne bois que de l'eau ? Tu sais que tu ne feras jamais carrière dans le groupe ?
— Je sais oui. Aucun espoir d'évolution. Un jour j'ai bu un verre de Salvétat, j'ai été augmenté d'un pouyem…

On ne fait pas le poids

Conversation dans l'ascenseur.

— J'ai été dégoûté, tu te rends compte, au club de XX, ils sont tellement nombreux, que même en loisir ils arrivent à monter quatre ou cinq équipes! Nous, on n'arrive même pas à réunir trois cents kilos pour en faire une.
— Les équipes, c'est au poids? demande, surpris, l'interlocuteur. (J'avais la même question silencieuse).
— Oui, non, enfin oui, mais tu dois composer ton équipe: si tu présentes trois types alors qu'en face ils en présentent quatre, t'as l'air con. C'est pas facile, mais c'est intéressant.

(Je n'ai pas tout compris, mais oui, j'ai trouvé ça intéressant.)

Haldement incorrect

Qu'une noire soit en charge de la lutte anti-blanchiment me fait rire.

Canopée

Au centre de mon nouvel immeuble il y a une jungle et des poissons rouges.

Through the looking-glass

Quand je suis seule dans l'ascenseur, je pense toujours à La Dame de Shanghaï.


Vendredi

Journée qui me rappelle ma classe de terminale. Les statistiques, ça va. Les probabilités, moins.

Mon problème avec les statistiques, c'est un manque de foi. Ou plutôt que je n'ai pas envie que ce soit vrai. Si même les miracles sont prévus, à quoi bon?
Je me fais remarquer en murmurant sans réfléchir "une fonction affine" en réponse à une question du formateur. (Réponse juste, mais c'est surtout la tête de mes collègues qui me fait rire: certes c'était un coup de bol, en même temps ce n'est pas si sorcier.)

Le soir aux cruchons, un nouveau, et une quasi-nouvelle. Chic alors: il nous faut des nouveaux, lentement, comme on incorpore des ingrédients dans une pâte.
Plus tristement, nous apprenons que les propriétaires du Petit Broc changent. J'aimais bien les anciens.

Malade

Journée de réunion, après-midi planante, je rêve éveillée, sans doute à cause des médicaments.


Il y a deux jours, j'avais photographié cela sur la porte du sas menant aux ascenseurs :




Ça m'avait fait rire, mais finalement ce n'est pas idiot.
(Je ne sais pas si on voit bien: la correction précise «Si vous êtes malade ON RESTE CHEZ SOI.»)

Conformité

Un peu agacée, je finis par faire remarquer à la formatrice qu'il me semble peut-être inutile d'ajouter une charte à une charte, que suite à la déontologie et l'éthique, ça commence à faire beaucoup et que les différences ne me paraissent pas évidentes.

J'ai droit à une réponse claire (enfin):
- L'éthique ne concerne que chacun, il n'y a aucune obligation réglementaire à avoir un comportement éthique. On peut pourrir l'ambiance d'un bureau, être infect, cela ne rentre pas dans la sphère professionnelle (enfin, dans une certaine mesure, bien sûr).
- La déontologie consiste à respecter les règles du métier, de l'ordre, du syndicat ou de la corpotation, écrites ou coutumières (on tend de plus en plus à les écrire). Elle peut être l'occasion de sanctions disciplinaires.
- La conformité c'est «savoir où se balade la responsabilité pénale» (sic). Il s'agit de savoir (de suivre, de surveiller) par le jeu des délégations de pouvoir qui représente la personne morale et ira en prison si la loi n'est pas respectée. (Caricature, bien sûr, mais qui permet de comprendre.)

Et soudain je comprends qu'il s'agit moins de soumettre les entreprises à une série de règles absurdes que de définir des responsables et des responsabilités.

Allégorie de l'orchidée

J'avais l'occasion de passer dans mon ex-bureau et j'en ai profité pour faire des scans (dur dur: je m'y suis reprise à trois fois (corruption de fichier au moment de la sauvegarde, jpeg au lieu de pdf, etc.) et je me suis aperçue qu'il me manquait neuf feuilles, de la page 171 à 187. Il va falloir que je revienne).

Le bureau que je partageais avec Sylvie est encombré de plantes vertes. Elle me raconte que la personne qui m'a remplacée a la passion des plantes et ne supporte pas qu'on s'en débarrasse, qu'on les jette. Régulièrement elle ramasse sur le trottoir des orchidées abandonnées là par la DRH.
«J'y pense souvent, me dit Sylvie: quand on a fini de fleurir, hop, sur le trottoir!»


Sylvie avait encore quatre ans à travailler. Avec la réforme c'est devenu cinq ans quatre mois.

Soir

Appris qu'un blogueur très aimé est diabétique. Ça fait un choc. On a beau savoir que cette maladie est connue et maîtrisée, ça fait un choc.

Passé à la Fnac de la Défense pour acheter un livre de classe (un "cahier d'activité"). Comme l'attente à la caisse était longue, pris l'un des livres à proximité, Jean Teulé, Mangez-le si vous voulez.
Je n'aurais pas dû. Le titre est à prendre au sens littéral, terrible histoire d'un village devenu fou un après-midi de défaite, de sécheresse et de beuverie. Envie de vomir, pas tant de dégoût que de désespoir.

Encore une journée étrange, solitaire et lente. Je réfléchissais hier tandis que notre hôtesse évoquait la foule parisienne qu'il m'arrive souvent de passer la journée sans parler à personne, si l'on excepte les sourires, inclinaisons de tête et salutations lors des croisements dans les couloirs.

Technique

Assise à mon bureau, porte ouverte, je saisis une phrase qui émerge d'une conversation de couloir :

« Le marquis de Sade utilisait la badine, c'est souple. »

L'innocence des cœurs purs

— Oui, évidemment, quand on appris la fraude, il y a eu comme un choc, et tout ce qu'on a trouvé à faire, c'est de téléphoner à la personne pour lui dire que ce n'était pas possible, qu'elle n'avait pas pu faire ça, qu'il devait y avoir une erreur, qu'on viendrait en parler lundi. Alors évidemment elle a eu le temps de faire le ménage sur son disque dur et d'effacer les traces. Donc il faudrait maintenant réfléchir à une procédure quand de tels cas se présentent.

Philippe et les voitures

Le musée des Beaux-Arts possède deux portraits de Feydeau et de sa jeune femme, la fille du peintre Carolus-Duran (de mémoire). Ce Feydeau-là ressemble beaucoup à un ex-collègue de bureau, Philippe[1].
Je pense à Philippe en repassant, tandis que Don Draper interdit la pâte à modeler à sa fille, de peur de salir la voiture, ou que sa femme s'étonne devant les enfants: «Papa vous a laissés monter dans la voiture avec du chocolat?». Je pense à Philippe expliquant que le cuir, c'est très résistant (une peau de vache, malgré tout, quand ce n'est pas de buffle), et racontant qu'un voisin à Jersey lavait les coussins de la Rolls à grande eau. Ça me faisait rire.

Suite au rachat de notre entreprise en 2001, et au changement de société que cela avait signifié pour nous tous, et aux primes diverses que nous avions reçues, il s'était offert, sur les encouragements de sa femme, la voiture de ses rêves, une Mercedes. Et lorsqu'il traversait les petits villages de la Manche, sa région natale, il saluait parfois un paysan d'un appel de phare et d'un signe de la main:
— Je leur fournis un sujet de conversation pour les trois semaines suivantes, disait-il en riant. Et fronçant le sourcil, empruntant les expressions du coin: «Mais qu'i c'est-i qu'ça peut bien être?»
Et je riais encore, songeant à ma grand-mère. Je ne connaissais pas alors tante Léonie, sa façon d'envoyer Françoise chercher du sel chez l'épicier pour tâcher d'identifier un inconnu passé dans la rue.

Notes

[1] voir aussi Pierre V, roi du Portugal.

Feignasse !

L'étage s'est vidé durant le week-end. je fais le tour des bureaux, récupère une carte de France, un calendrier, des aimants... Dans l'ancien bureau d'une personne de la DRH je détache une liasse d'éditoriaux photocopiés de je ne sais quel magazine. Il s'agit pour la plupart de conseils comportementaux, mais l'un a retenu mon attention:

Vous voulez donc prendre un jour de congé. Regardons de plus près votre demande. L'année compte trois cent soixante cinq jours. Il y a cinquante deux semaines par an et chaque semaine vous disposez déjà de deux jours de congé. Il vous reste donc deux cent soixante-et-un jours disponibles pour le travail. Comme vous passez seize heures par jour loin du bureau, vous enlevez cent soixante-dix jours, ce qui vous laisse quatre-vingt onze jours de présence. Vous faites chaque jour une pause-café de trente minutes, soit un total de vingt-trois jours par an, ce qui vous laisse donc soixante-huit jours. Avec une pause de midi d'une heure par jour, vous utilisez encore quarante-six jours, laissant vingt-deux jours disponibles pour travailler. En moyenne, vous êtes malade deux jours par an, ce qui vous laisse vingt jours. Comme l'année compte cinq jours fériés et que l'on vous accorde en plus quatorze jours de vacances, il ne reste plus qu'un seul jour pour travailler! Je veux bien être pendu si je vous laisse prendre précisément ce jour de congé!

Déménagements

Au sein du même groupe :
- été 1996 La Défense côté Seine (filiale)
- été 1997 boulevard Haussmann (changement de filiale)
- décembre 2001 boulevard Malesherbes (au siège)
- février 2002 aux environs de la place Saint Georges
- décembre 2003 rue de Washington (changement de service)
- automne 2004 retour boulevard Malesherbes
- automne 2006 déménagement dans une rue adjacente
- mai 2009 La Défense côté Seine (retour dans la filiale de départ, mais pas dans le même immeuble qu'en 1996)


À la fin de cette semaine, je devais déménager du côté de la Grande Arche. C'est reporté à la semaine prochaine, et pour cause: j'ai vu le plateau à midi, rien n'est prêt, au mieux les cloisons ne sont pas posées, au pire c'est la moquette.

Je serai au sud, bureau très lumineux (et fenêtre qui s'(entr)ouvre, enfin!), mais vue sur la dalle de toit du centre commercial. Au loin le mont Valérien ? mais caché par un immeuble.

Profitons donc de la vue actuelle de mon bureau.
Ceci est un coucher de soleil hivernal, photographié comme toujours avec mon téléphone:

Radio-Londres

« Il n'y a pas d'incident dans les DMR. »

Au féminin

Complément suite à un commentaire reçu par mail.

Il y a une auditrice, aussi. Jeune, intelligente. Blonde, forte poitrine. Je me dis que ce ne doit pas être facile tous les jours (de faire comprendre qu'on est pas une potiche). Elle n'a pas l'air d'en souffrir. Peut-être que je date.
Elle mâche du chewin-gum (très discrètement).
Elle s'appelle Annabelle, je complète "Annabelle Lee" sans même y songer, et ma pensée dérive vers Poe et Lolita. Je me demande si elle connaît. Je ne sais pas si j'oserai lui poser la question à la fin de sa mission.

Vagabonde

En réunion depuis le début de la semaine, en "entretiens", plutôt, présente lors des interviews menés par l'audit groupe.

Dans l'ensemble c'est passionnant.
Mais parfois ma pensée vagabonde tandis que je contemple les avant-bras très poilus, et plutôt blonds, de l'homme aux cheveux blancs devant moi (tiens, je reconnais cette cicatrice au coude: un tennis elbow?); ou je m'interroge en regardant les pouces très courts de l'auditeur, si courts que j'ai cru un instant qu'ils leur manquaient une phalange: mais non, les deux phalanges ont la même longueur (donc la première bien plus courte que la norme), et la deuxième est ronde, quasi sphérique, autour de l'ongle.

Matin blême

Tout le monde est réuni autour de la table du petit déjeuner un jour de semaine, ce qui est exceptionnel.
Tout le monde est silencieux, ce qui est également exceptionnel (six personnes, pas un bruit, même pas celui de la mastication.)
Question de ma fille (d'un ton accusateur et moralisant, exactement celui des enfants de la pub Bob l'éponge qui passe au cinéma («Maintenant les parents vous allez vous amuser!» (Qu'on m'amène le réalisateur, que je l'écorche vif. Et tous les adultes qui ont accepté de tourner dans ce truc))): «Mais pourquoi on passe sa vie à la gagner?» Dans un sens je suis soulagée: enfin une question normale. Je lui dis tout de suite qu'il n'y a pas de raison et que vivre est un choix? Je réponds: «A cause d'Adam et Eve.» (Heureusement qu'elle n'écoutait pas sinon je me serais fait engueuler). Et j'ajoute, parce que c'est plus fort que moi et que je pense toujours à cette scène des Sept Mercenaires, quand l'un des héros morigène un petit garçon qui méprise son père paysan et admire les tueurs: «De toute façon la vie c'est très humble, pas très flashy.» (Heureusement elle est déjà partie. Phrase ridicule à prononcer, scène ridicule à raconter, je dois être un peu maso (plonger la tête la première dans sa peur, conversation inattendue dimanche par chat avec une personne rencontrée une unique fois en 2008… Igitur, la peur du noir dont on se souvient le jour. Ahlala la littérature…))

Travaux dans la rue, circulation sur une seule file, le bus slalome. RER en retard, incident mécanique décelé à la sortie des garages, dans l'autre sens une personne est tombée en montant dans une wagon, il a fallu une "intervention", un train est supprimé à cause du retard pris.
Trajet debout, je descends de mes chaussures et fais discrètement le trajet pieds nus (afin d'être stable, de lire sans me tenir ni abîmer le livre (ne pas en casser le dos — ne pas me casser la figure)).
Finnegans Wake. «All the world's in want and is writing a letters». Is There Anybody Out There? Hey! It looks like You're writing a letter! (C'est si facile désormais que nous avons le principe et l'autorisation).

Dernière épreuve, l'ascenseur. Un sur six en panne, comme d'hab. Qui s'arrête à presque autant d'étages que de personnes ascendantes. Portes poussives, qui hésitent à se fermer, prennent leur élan pour accomplir leur jonction en accélérant sur la fin, comme fières d'y parvenir.
J'arrive dans mon bureau en me disant qu'Indiana Jones n'est qu'un petit joueur.

Exprime la féminité qui est en toi.

Il y a deux ans, j'ai suivi une formation pour apprendre à interroger les bases SQL. Le formateur free-lance avait appris l'informatique avec grand-papa, ne cachait pas son mépris pour les utilisateurs (que nous étions) et ses clients (pour lesquels il travaillait par ailleurs et qu'il citait en exemple). Bref, un type désagréable.

Pour le déjeuner, nous nous sommes tous retrouvés à la même table, formateur et formés. Les conversations roulant bon train, nous nous retrouvâmes vite à parler Playstation, internet, blogs, WoW, etc., sauf une ou deux minettes larguées et le formateur, considérant ces jeux d'enfants avec le mépris qu'ils méritaient (mais en fait, largué aussi).
Comme à l'époque je faisais quelques expériences sur WoW, je demandais à mon vis-à-vis combien il avait d'avatars (personnages), et sous quelle forme. Il hésita un peu avant d'avouer qu'il avait deux personnages masculins et une elfe. Je compris son hésitation en voyant un sourire goguenard se dessiner sur les lèvres du formateur, prêt à se lancer dans diverses variations sur les tendances efféminées que révélait ce choix. Je coupai court d'une ou deux phrases le remettant gentiment à sa place.

Aujourd'hui, Caféine m'offre un nouveau point de vue sur la question (ce doit être ça, la pragmatique du discours): «Vous connaissez l'adage des joueurs de MMO non ? "Quitte à regarder un cul pendant des heures, autant qu'il soit sexy…
Voilà qui me fait regretter de ne plus avoir mon formateur sous la main.

Hommes en entreprise - deux scènes

  • 1/
Si au début d'une réunion, alors que les participants (que vous ne connaissez pas) sont en train d'arriver et que chacun est encore debout se présentant un peu maladroitement, celui qui vient de vous serrer la main commence à discuter en descendant sa braguette, puis son pantalon, ne vous inquiétez pas: c'est tout simplement un motard.
(Ce pantalon était si peu visiblement "pantalon de motard", et lui entrait si bien dans la catégorie "cadre supérieur", que je me suis demandé un moment si j'étais bien réveillée.)
  • 2/
Conférence au siège social d'un grand cabinet de consultants. Le jardin est magnifique (j'apprends en tendant l'oreille qu'il est classé), et tandis que je bois un café en le contemplant, un homme catégorie "vieux beau" s'approche:
— Quel jardin, n'est-ce pas!
J'acquiesce. Il enchaîne:
— Vous avez vu le bassin? Je vais protester auprès de la direction: quand je suis arrivé, il y avait trois canards mâles et une seule femelle, ils étaient tous après cette pauvre cane qui n'en pouvait plus, je vais protester pour qu'ils rééquilibrent les sexes…
Pantoise. Je réponds avec prudence:
— Vous savez, la Seine n'est pas loin, je pense qu'ils vont et viennent librement. Et puis ils ne peuvent pas nicher ici, c'est trop à découvert.
Plus tard, je l'entendrai raconter l'anecdote à un jeune homme. Ce n'était donc pas une méthode de drague.


Quand je quitte le bâtiment, il ne reste qu'un canard avec la cane.



Photo prise à 10h30 ce matin.

Mardi, toujours aussi divers

  • matin
Assisté à un magistral cours d'assurance devant des consultants. Une envie de rire. Gonflée à bloc (beaucoup de mal à "redescendre", plus tard).
  • midi
Un loupé. Désolée, Aline.
  • après-midi I
Finnegans dans trois traductions françaises et deux italiennes. Exercice absurde et réjouissant. Tlön jette son gant au visage d'un Italien (je ne sais même plus pourquoi, un problème de goût, d'interprétation).
  • après-midi II
RC au collège de France.
  • soirée
Chez Flatters. Rencontré des contacts FB belges.

Mardi, journée étoilée

  • matin
« Nous sommes les Minidoux de l'assurance. »1

  • après-midi
PZ — Mais... c'est un livre que vous avez dans votre botte! (Le jeune homme est en santiags ou assimilés).
X — Euh, oui…
PZ — Vous transportez toujours vos livres ainsi? Qu'est-ce que c'est?
X — Bel-Ami.
PZ — Ah mais ça tombe bien! Se tournant vers moi: On va pouvoir regarder le lieu de naissance de Maupassant.
Moi — Ah oui. S'adressant à X: Est-ce qu'il était normand, Maupassant?
X — Mais oui, normand, bien sûr.
PZ et moi — Oui, mais on veut dire: est-ce qu'il était né en Normandie?
Je m'empare du livre, l'ouvre vers la fin.
PZ — Les quelques précisions biographiques, c'est plutôt au début.
Moi — Non, c'est un Folio classique… (sourire de connivence)

Nous lisons : Maupassant, né à Dieppe, ou peut-être à Fécamp. Nous remercions le jeune homme éberlué tandis qu'un homme plus âgé qui a rejoint X tente de deviner mes origines à partir de la tessiture de sa voix.

  • soir
Je découvre un jeu absolument génial du CCFD destiné à expliquer l'injustice sociale aux enfants (ou aux grands, mais les adultes, généralement, sont déjà au courant...). Le pays choisi est l'Afrique du Sud.

L'idée est de mettre un bol rempli de bonbons au milieu de la table. Chaque enfant tire une carte et agit en fonction des indications de la cartes.
Exemple:
- 1. Coiffeuse de profession, vous avez été expropriée de votre quartier pour le réaménagement du stade en vue de la Coupe du Monde 2010. Vous avez perdu toute votre clientèle. Ne prenez pas de friandise.
- 16. Anglais d'origine, vous avez diversifié vos investissements entre la Grande-Bretagne et l'Afrique du Sud. Vos affaires prospèrent. Vous pouvez prendre 8 friandises et en manger autant et aussi vite que possible.

Je ris encore d'imaginer la tête des enfants privés de bonbons en train de regarder l'un d'entre eux s'empiffrer.

La conclusion coule de source. Ce n'est la faute de personne (pas des enfants autour de la table), mais: «Les cartes ont été conçues pour que 80 % des joueurs reçoivent 20 % des friandises tandis que les 20 % restant reçoivent le reste, ce qui correspond approximativement à la répartition de la richesse dans le monde aujourd?hui.
L'Afrique du Sud, pays emblématique concernant les inégalités nous interroge sur une meilleure répartition possible de la richesse. Tant que le système ne change pas, un accroissement des ressources n'améliorera pas la situation des « joueurs malchanceux ».





1 : le responsable de l'audit groupe. je pense qu'il voulait dire Minmir (Minimir, mini-prix, mais il fait le maximum).

Euh...

Je viens de recevoir ce mail de la DRH :

Dans le cadre d'une convention signée par le Groupe, impliquant les entreprises de la région parisienne et les ministères concernés, Monentreprise offre la possibilité aux collaborateurs de se faire vacciner contre la grippe A/H1N1 jusqu'à fin février.

PS : « — Que pensez-vous des grogs?
— Ah beaucoup de bien, il faut en prendre huit à dix par jour, dans la proportion de dix gouttes d'eau pour un litre de rhum »

Ethique

Je découvre que Monentreprise s'est "dotée d'une charte éthique" pour afficher son engagement "sociétal".

Dans la première partie de la Charte, elle s'engage à respecter (tout ce qui suit, jusqu'à mes commentaires, est un copié/collé):

1. La Déclaration universelle des droits de l'Homme de 1948 et la Convention européenne des droits de l'Homme


2. Les principes de l'organisation internationale du travail (OIT)

Adoptée en 1998, la Déclaration de l'OIT relative aux principes et droits fondamentaux au travail est l'expression de l'engagement des gouvernements, des organisations d'employeurs et des organisations de travailleurs de promouvoir les valeurs humaines fondamentales - valeurs qui sont de première importance pour notre vie économique et sociale. Il s'agit de :
  • la liberté d'association et la reconnaissance du droit de négociation collective ;
  • l'élimination de toute forme de travail forcé ou obligatoire ;
  • l'abolition du travail des enfants ;
  • l'élimination de la discrimination en matière d'emploi et de profession.

3. Les principes directeurs de l'OCDE à l'intention des entreprises multinationales

Adoptés en 1976, et ayant fait depuis l?objet de plusieurs révisions, les principes directeurs constituent un ensemble de recommandations aux entreprises multinationales dans tous les grands domaines de l'éthique des affaires, dont l'emploi et les relations avec les partenaires sociaux, les droits de l'homme, l'environnement, la divulgation d'informations, la lutte contre la corruption, les intérêts des consommateurs, la science et la technologie, la concurrence, ainsi que la fiscalité.


4. Les dix principes du pacte mondial de l'Organisation des Nations Unies.
  • Promouvoir et respecter les droits de l'homme reconnus sur le plan international ;
  • Ne pas se faire complices de violations des droits fondamentaux ;
  • Respecter l'exercice de la liberté d'association et reconnaître le droit à la négociation collective ;
  • Éliminer toutes les formes de travail forcé et obligatoire ;
  • Abolir le travail des enfants ;
  • Éliminer la discrimination en matière d'emploi et d'exercice d'une profession ;
  • Promouvoir une approche prudente des grands problèmes touchant l'environnement ;
  • Prendre des initiatives en faveur de pratiques environnementales plus responsables ;
  • Encourager la mise au point et la diffusion de technologies respectueuses de l'environnement ;
  • Agir contre la corruption sous toutes ses formes, y compris l'extorsion de fonds et les pots-de-vin.
(Monentreprise a adhéré au Pacte mondial de l?ONU le 7 février 2007.)


5. La Charte de la diversité

En signant cette charte le 26 juin 2007, Monentreprise s'est engagé à :
  • Sensibiliser et former ses dirigeants et collaborateurs impliqués dans le recrutement, la formation et la gestion des carrières aux enjeux de la non-discrimination et de la diversité ;
  • Respecter et promouvoir l'application du principe de non-discrimination sous toutes ses formes et dans toutes les étapes de gestion des ressources humaines que sont notamment l?embauche, la formation, l'avancement ou la promotion professionnelle des collaborateurs ;
  • Chercher à refléter la diversité de la société française et notamment sa diversité culturelle et ethnique dans notre effectif, aux différents niveaux de qualification ;
  • Communiquer auprès de l?ensemble des collaborateurs notre engagement en faveur de la non-discrimination et de la diversité, et informer sur les résultats pratiques de cet engagement ;
  • Faire de l'élaboration et de la mise en oeuvre de la politique de diversité un objet de dialogue avec les représentants des personnels ;
  • Inclure dans le rapport annuel un chapitre descriptif de l?engagement de non discrimination et de diversité : actions mises en oeuvre, pratiques et résultats.


Je ne comprends pas très bien cette rage d'écrire l'évidence: est-ce que respecter la Déclaration universelle des droits de l'Homme de 1948 ne s'impose pas de facto à une entreprise française ?1
Est-ce que le fait d'adhérer à la charte de la diversité ne signifie pas que nous entrons dans un monde contractuel, qui permet(trait) à ceux qui ne signent pas d'échapper à certaines contraintes légales qui spontanément me semblaient s'appliquer à tous, du fait de la déclaration des Droits de l'Homme, justement? Ou n'est-ce que de la publicité, de la communication ? Ou de la sensibilisation ?


Faudra-t-il faire signer à tous les parents allant déclarer leur enfant à la mairie la Convention internationale des droits de l'enfant ?

Et cette phrase: «Chercher à refléter la diversité de la société française et notamment sa diversité culturelle et ethnique dans notre effectif, aux différents niveaux de qualification» me semble ouvrir la porte à la pire des sélections, celle qui ne consiste plus à choisir une personne, mais une couleur, un sexe, une religion.


Note
1 Non, peut-être pas après tout: c'est la Déclaration de 1789 qui est annexée à la Constitution de 1958.

Informatique et Libertés

Journée de formation aux obligations imposées par la CNIL, ou comment ré-inventer la bureaucratie au fur à mesure que le monde se dématérialise.

Les principes sont simples et sains: une entreprise ne doit demander que ce qui lui est utile pour son commerce (inutile de vous demander votre carte grise pour assurer votre maison, votre diplôme de bac pour vous faire un crédit consommation), elle doit détruire ces données à l'issue du délai de prescription (c'est quelque chose qu'elle ne fait pas, qu'elle sait mal faire, qu'elle n'a pas envie de faire), et toute personne doit avoir accès aux données la concernant.
Pour éviter des écarts de langage regrettables, des notations étranges, une entreprise doit conserver à l'esprit que n'importe quel dossier pourra être lu par son client ou par la CNIL: il faut rester correct en toutes circonstances et ne pas se défouler dans les zones de texte libre des logiciels de GRC (gestion de la relation clients) ni laisser traîner des post-its désagréables dans les dossiers papier. (C'est un peu plus subtil que ça: interdit par exemple d'écrire dans un dossier de prospection téléphonique: "ne pas rappeler, cancer en stade terminal", mais écrire simplement: "ne pas rappeler, raisons médicales" (cela pour respecter le secret médical). Une formation n'est donc pas inutile, le bon sens n'étant pas toujours suffisant à garantir la bonne application de la loi.)

Les principes sont donc assez simples et logiques, une fois qu'on a attiré votre attention sur les points délicats.
A partir de là, une organisation tentaculaire a été mise en place. Les données étant le plus souvent traitées par informatique, les entreprises sont censées décrire tout nouveau traitement pour l'envoyer à la CNIL (ce qui fait de la CNIL une gigantesque chambre d'enregistement des systèmes informatiques de la France entière, j'espère que leurs salles d'archives sont bien protégées). La CNIL s'étant aperçu du monstre de paperasse qui risquait de l'engloutir a autorisé les (grandes?) entreprises à conserver ces dossiers dûment complétés chez elles, auprès d'un CIL (correspondant Informatique et Libertés), lui-même régnant sur des CRILs (correspondants relais informatique et libertés désignés au sein de chaque entité, direction ou filiale)1

Bref, il s'agit de ce que je déteste le plus: un boulot administratif très lourd, inutile pour le fonctionnement "réel" de l'entreprise et qui pénalise les entreprises de bonne foi, sachant que celles qui contreviennent à la loi sauront parfaitement le cacher.


Note
1 : On se demande pourquoi la mise à disposition sur simple demande du cahier des charges et des SFD (spécifications fonctionnelles détaillées) de tout traitement informatique n'est pas suffisante.

Mon ex

J'ai trop traîné ce soir, état étrange, discuté une heure avec la personne qui m'a remplacée dans mon ancien poste. C'est drôle, elle m'a décrit un service que je ne reconnais pas, pratiquant intensément la médisance. Il faut croire que devant moi ils n'osaient pas. Ma célèbre "froideur" (lointeur) qui me protège malgré moi… (Il paraît aussi que j'ai laissé un bon souvenir. Voilà qui m'étonne davantage, il faut croire qu'ils aiment être bousculés.)

Ma remplaçante m'a téléphoné le jour d'absence de mon ex-collègue, pour ne pas déclencher de crise de jalousie chez celle-ci. Je me rends compte que j'ai occulté, refusé de voir mais surtout de commenter, pour ne pas médire justement, le défaut de cette ex-collègue, son sentiment d'infériorité poussé jusqu'à la tyrannie, tyrannie qui peu à peu m'avait poussée à ne plus rien dire de mes découvertes de sites, à ne plus partager mes sources d'informations, à ne pas évoquer delicious twitter wiki, autant de dangers à ses yeux (mon amour du web collaboratif vécu comme une bizarrerie et un danger), à cacher mes enthousiasmes (multiples, un rien m'étonne) ; et ce soir, pouvant partager, j'ai passé comme un rien une heure à parler de google, de plan de sites, de publications/rapports/documents, de méthodes de recherches, d'astuces, de revues préférées… J'aurai beaucoup aimé ce métier, et je l'aurai quitté par colère et dépit de ne pas pouvoir travailler correctement.

(Quatre mois que ma remplaçante est en poste… Quand je vois ce que je lui ai montré, je me dis qu'elle a dû en baver.)

Je n'aurais jamais dû

Machine à café, toujours. D'où la conversation est-elle partie? De Liliane Bettancourt et du milliard d'euros... Cash ou œuvres d'art? Garder les tableaux ou les revendre? Et cela dériva un peu, jusqu'à ce que je pense aux récentes ventes des robes d'Audrey Hepburn ou du manuscrit de Laura.

Hélas, je commençai à parler de cette seconde:
— Dans un autre genre, vous avez vu que... ma voix s'éteint, je viens de réaliser que je m'apprête à parler de Nabokov à la machine à café... Euh non, ce n'est pas très intéressant... C'est nul de s'arrêter. C'est encore pire, condescendant, un peu. Mais parler de ce qu'on aime à qui ne l'aime pas, à quoi bon. Je me maudis. La jeune consultante en face de moi me regarde, interrogative, en attente. Et si...? Allons, on ne sait jamais, tentons.
— Le manuscrit de Nabokov a été mis en vente, vous savez, son livre posthume qu'on vient de publier, Laura? Je m'entends dire ces mots, c'est n'importe quoi, quel pourcentage de chances de trouver au hasard des gens intéressés par Laura autour de la machine à café?
A ma surprise, ma joie et mon soulagement, le visage de mon interlocutrice s'anime; miracle, non seulement elle connaît, mais cela paraît l'intéresser:
— Ah Nabokov... Dire qu'on vend son manuscrit une fortune alors que Roman Polanski attend encore en prison!
Ma mâchoire pend. Court-circuit encéphalique.
— Euh... Tellement surprise que je ne réponds pas comme j'aurais pu répondre, et heureusement. Tellement surprise de tant de confusion dans les concepts et les faits que je réponds très doucement, très lentement:
— Mais enfin, ça n'a rien à voir! Nabokov, c'est un livre! Supposant bien sûr qu'elle parle de Lolita. Dans le même temps je songe au livre de Tlön.
— Oui, enfin bon, si, il a fait des choses, il suffit de lire sa biographie.
Tant d'assurance... Jamais entendu parler de ça, mais plutôt de l'inverse, Nabokov affirmant la fiction, reconnaissant cependant avoir pris sur ses genoux des amies de sa fille pour mieux décrire les impressions de Humbert... (Où ai-je lu ça? Dans The annotated Lolita? Je ne sais plus.) Je me trompe? Ou se pourrait-il qu'elle confonde avec les nouvelles de Nabokov, dans lesquelles il parle souvent d'amours enfantines? Elle aurait lu les nouvelles de Nabokov (ce qui suppose un vrai intérêt) et me sortirait de telles énormités (ce qui suppose une ignorance certaine)? Restons à quelques données factuelles:
— Oui enfin, lui il est mort, et personne n'a jamais porté plainte, que je sache.
— Oui...

Nous passons à autre chose.



Complément
Pas réussi à le vendre! Yesss! Bien fait pour Dmitri (je dois avouer que cette vente me choquait: non seulement le livre est publié contre la volonté de son père, mais le manuscrit est vendu tandis que l'encre des premiers exemplaires n'est pas sèche...)

le sens du marketing

Conversation de machine à café (ici, je redécouvre la vie en entreprise, oubliée dans mon poste précédent où la vie entière était phagocytée par le responsable du service: tout devait tourner autour de lui, de sa vie, de ses souvenirs, de son petit-fils. C'était intéressant deux ans, au bout de cinq ça lassait (si au moins il avait partagé son temps de parole... Comme disait une collègue, «il a son heure gratuite de psychanalyse quotidienne»). D'où mon goût pour les ascenseurs et les machines à café) :

— Vous avez vu la pub Gillette? Vous savez, avec Thierry Henry...
— Heu, non.
— Il tenait un ballon à la main... Eh bien, ils l'ont enlevé !
— Mais y sont cons! A leur place j'en profiterais! J'ui f'rais vendre, ch'ais pas, moi, des gants!

Ascenseur de la Défense, encore

Je suis dans un angle de l'ascenseur, dans la tour de l'entreprise. Un homme et une femme entrent, lui grand, les cheveux déjà gris bien que jeune, le visage rouge des gens pâles souffrant du froid, elle petite et vive, les dents irrégulières. Il poursuivent leur conversation en se plaçant chacun contre une paroi, me transformant en sommet involontaire d'un triangle.

Elle : — Je me demande bien comment il a appris ça...
Lui, avec une certaine violence : — Oui, qui est-ce qui lui a raconté ces conneries...?
Puis, après un temps de réflexion : — Moi, je l'ai appris en fouillant dans un placard.

Mais de quoi parlent-ils? D'un changement d'organigramme, d'une réorganisation, d'une suppression de poste? Du prochain déménagement dont les dates restent floues? A quel étage sont-ils entrés, que se passe-t-il dans ce service?
Ils échangent un sourire de connivence, je suis gênée de paraître indiscrète, entre eux renfoncée dans mon angle, je balbutie alors qu'ils croisent mon regard:
— Je ne sais pas de quoi vous parlez, donc ne vous inquiétez pas...
L'homme me regarde droit dans les yeux, sourit, et dit:
— De la découverte du Père Noël.

Quatre ?

Dans l'ascenseur :

— T'as pas vu l'écho ? Ah, ce n'est plus du tout pareil, maintenant le bébé, on ne le voit plus en 3D, mais en 4.

Plus rien ne va de soi

Je découvre mi-agacée mi-amusée "l'exigence de conformité" dans les secteurs de la banque et de l'assurance.

Autrefois, on partait du principe que les individus se lavaient les mains, que les spectateurs écoutaient silencieusement les films au cinéma et que les entreprises respectaient la loi.
Aujourd'hui le ministère de la santé vous apprend à vous laver les mains, les salles de cinéma tournent des clips pour vous apprendre des règles élémentaires de politesse et de nouvelles normes internationales (Solvabilité II et Bâle II) prévoient que les banquiers et les assureurs mettent en place des fonctions pour prouver qu'ils se préoccupent de respecter les lois.

L'heure où les carreaux passent de la transparence au reflet

Phrase fétiche de Passage, phrase que j'aime beaucoup, évoquant l'arrivée de la nuit sans parler ni de la nuit ni du jour.

Chaque jour j'assiste à l'inverse des fenêtres de mon bureau.

Ville imaginaire, tremblante comme de l'eau, dans les carreaux le matin :






Cases illuminées dans la nuit, comme autant de tiroirs:






(Et toujours mes photos minables de téléphone. Désolée pour vous, je les aime ainsi.)

Formule

Troisième décès dans mon entreprise depuis septembre. (Maladies, pas suicides).
Lundi, la comm interne a mis en ligne un message sur l'intranet. Il se termine ainsi :

L'ensemble des collaborateurs de *** assurent son épouse et son fils de leurs plus amicales condoléances.

Amicales?
C'est possible, ça, des condoléances "amicales", dans le cadre professionnel, adressées à la famille d'un des dirigeants de la société?

J'aurais volontiers écrit "navrées". (Est-ce possible?)
Ce que je pense, c'est "impuissantes".

Dyslexie

Chaque matin j'essaie d'entrer dans mon entreprise avec mon passe Navigo.

Chaque soir j'essaie de prendre le métro avec mon badge d'entreprise.

Bilan

Trois morts cette semaine, deux dans ma société, un dans la classe de mon fils.

Je suis fatiguée.

PCA : plan de continuité d'activité

La semaine dernière, formation PCA : comment assurer le fonctionnement minimal vital de l'entreprise en cas d'incendie, de panne des ascenseurs (dans une tour de grande hauteur), de pandémie,…
Très intéressant, très curieux, avec de multiples anecdotes que je songeais à raconter ici — mais j'ai tout oublié. (Par exemple, l'une des personnes mortes dans le récent accident d'avion brésilien était la spécialiste des terminaisons nerveuses de la patte d'écrevisse. C'est sur ce modèle qu'a été conçu le bras articulé de la navette américaine. Ou encore: le jour de l'attentat à Londres en juillet 2005, toutes les personnes en charge des plans d'urgence en cas de terrorisme à Londres étaient… à Paris. Notre formateur ne croyait d'ailleurs pas à un hasard. Mais il croyait que l'incendie du Crédit Lyonnais en 1996 était un vrai incendie — on ne me fera jamais croire ça. Etc.)

Comment savoir ce qu'on vaut en cas de stress avant d'avoir essayé? Les personnes qui font beaucoup de sport, ou de la randonnée ou de la voile, peuvent le savoir: que deviennent-elles, qui deviennent-elles, quand elles sont très fatiguées, qu'il fait froid, qu'elles ont faim? En quelle personne mesquine ou magnifique se transforment-elles?
De mes années à veiller sur des enfants très jeunes, je ne garde que ces réflexes devant quelqu'un qui s'énerve, devient irritable ou méchant: le couvrir, le nourrir, le faire dormir.


Je m'attends à de la malveillance informatique. PCA. Je sauvegarde ce qui compte pour moi, des liens, des listes, des adresses. Tant pis pour le reste.

Zut, c'est encore raté pour 22 heures, et même pour 23.


complément le 9 juillet 2009 : un certain nombre de personnes arrive ici en tapant "plan de continuité d'activité".
Voici un lien officiel afin de bâtir une trame de PCA pandémie en entreprise.
Plus généralement, les fiches du site www.risques.gouv.fr pour préparer la pandémie de grippe.
Et des conseils suisses.

complément le 21 août 2009
Toujours les Suisses : je remets ici un document de Swiss Ré publié en avril 2007.

Paradoxe

Dans une tour dont les fenêtres ne s'ouvrent pas avec un restaurant d'entreprise au sous-sol, les seuls salariés à respirer le grand air dans la journée sont ceux qui sortent fumer.

Ma pire expérience professionnelle

En 1991, j'ai été trois mois responsable paie chez Cedi sécurité (nom commercial: Alarme 2000), une PME familiale à Aubervilliers.

Ce fut très instructif. J'y ai appris que certains commerciaux (nombreux) payés à la comm' se voyaient remettre des bulletins de paie à zéro tandis que d'autres (très peu, deux ou trois) roulaient en Porsche, que la famille du patron avait toujours raison, que les quarante-deux francs nets reversés à l'origine pour contre-balancer l'impact de la CSG ne devaient être décomptés qu'à partir de huit heures de travail (quota que n'atteignaient pas certains étudiants venant tenter le télé-travail) et qu'ils étaient ensuite proratisés en fonction du nombre d'heures de travail et arrondis (ce que ne savait faire aucun logiciel), que les soldes de tout compte devaient être calculés de plusieurs façons afin d'utiliser la plus favorable au salarié, que les trente jours de congés payés étaient des jours ouvrables, que le nombre d'heures de travail par mois était égal à 52 semaines / 12 mois x 39 heures (à l'époque), etc, etc.
J'en ai conservé une profonde horreur de la fonction paie et un grand respect pour les personnes chargées de cette tâche ingrate et très technique.

Les frères du patron travaillaient dans les ateliers, sa belle-sœur dans le bureau en face du mien. Elle était méchante et raciste et fumait comme un poêle (lorsqu'une stagiaire noire est arrivée, elle a mis un petit panneau sur l'une des portes des toilettes: «réservé aux CDI»). Son cocker dormait à ses pieds. Un jour il avait pissé sur le bas de pantalon d'un salarié, et sa maîtresse en riait encore quand elle racontait l'anecdote. Je pense souvent à elle: a-t-elle eu un cancer du poumon?

Mon supérieur hiérarchique m'avait expliqué qu'il y avait tout intérêt à embaucher des personnes de 55 ans: elles avaient si peur de perdre leur emploi qu'elles étaient parfaitement dociles et l'on était sûr de ne pas s'encombrer pour plus de cinq ans au cas où il faille "alléger la masse salariale", comme on dit pudiquement.

Nous allions déjeuner dans un restaurant arabe au milieu des garagistes carrossiers maquilleurs de voitures volées (le mur (de Berlin) était tombé deux ans plus tôt, le vol de voitures était en plein essor), j'avais l'impression de me retrouver à Levallois dans un roman de Gustave Lerouge ou Léo Mallet, c'est l'époque où Gainsbourg est mort, mars ou avril, la serveuse du restaurant a gagné quatre millions de francs au quinté+ avec une copine.


Il y a deux ou trois ans, j'ai rencontré B. par l'intermédiaire de H. (Il est devenu l'autre actionnaire de "ma" société.) Par hasard et par extraordinaire, il avait travaillé chez Cedi comme commercial, vendant des systèmes de surveillance en porte à porte.
Il nous a raconté les pratiques apprises en formation chez Cedi (le forcing, l'intimidation des vieilles dames, etc.) Il nous a donné les critères qu'on leur recommandait de prendre en compte pour choisir leur potentiel client victime durant leur porte à porte: le nain de jardin et la parabole. «Et s'il y avait en plus un portail électrique, nous n'avions pas droit de rater la vente!»

Je pense souvent à cette entreprise. J'en rêve la nuit.

Départ

Vidé mes tiroirs. Il y a si longtemps que je suis partie que je n'éprouve rien d'autre que le stress d'oublier quelque chose.

Effacé mes cookies, mon historique, mes fichiers temporaires. Sauvegardé mes favoris (professionnels). Rempli ma clé USB.

Pris des bonnes résolutions (ne s'autoriser que les twitts du bureau… :-)

Dernière incohérence

C'est encore plus amusant que je ne le pensais: le recrutement pour mon remplacement n'a été lancé que vendredi, ma collègue est en vacances la semaine de mon départ, on m'a demandé (avec des supplications dans la voix, ce qui m'a fait plaisir) s'il était possible que je prépare à l'avance un certain nombre de travaux dont la diffusion est prévue les 15 et 30 mai… sans compter ceux qui sortent après-demain : soit faire en quatre jours le travail de quarante-cinq (ma hiérarchie devrait s'interroger soit sur mon efficacité, soit sur mon sous-emploi).

Lu un livre de bibliothèque verte, ça repose.

Le temps se fait court

Dernière semaine dans mon poste actuel, je viens de réaliser qu'elle ne va comprendre que quatre jours: le temps de boucler les échéances habituelles, à peine le temps de me pencher sur un document que j'ai eu la folie de proposer de préparer pour lundi en huit, dans un domaine que je ne connais qu'en théorie, une théorie étudiée il y a vingt ans.

Aucune nostalgie, aucun regret. Etrange de ressentir à ce point le désir de partir. La seule chose qui me manquera sera mon scanner.

On ne s'est pas déjà vu quelque part ?

Swann retrouvait dans son entourage les visages de tableaux célèbres.
Pour ma part, j'ai tendance à croiser des personnages de séries télé.

Jeudi après-midi, cérémonie traditionnelle des vœux dans mon entreprise. Après les discours, films, interviews, nous nous retrouvons à mille cinq cents sous une lumière tamisée, entre champagne, jus de fraise (excellent) et canapés (toujours pleins d'invention).
Je remarque une femme. Je l'ai déjà vu, mais où ? Visage rond un peu écrasé, donnant presque l'impression d'être moins haut que large, bouche très large…
Il m'a fallu quelques minutes pour comprendre qu'elle me rappelait la pute amie éphémère de Brenda dans Six feet under.

Se noyer dans un verre d'eau

Le webmestre et la documentation de my dear beloved compagny se font taper sur les doigts pour avoir mis en ligne sur l'intranet un document de la CNIL.
Apparemment, des DRH de différentes entités du groupe ont téléphoné au siège parce que le-dit document contredit une synthèse diffusée par la direction juridique.
L'auteur de la synthèse est en vacances (le plus probable est qu'il manque une ou deux phrases explicatives pour faire le lien entre le document brut et la synthèse adaptée à notre cas).
C'est le branle-bas de combat, c'est terrible, c'est épouvantable, il faut retirer ce document de l'intranet, qui a eu l'idée folle et dangereuse de proposer en accès direct un document de la CNIL destiné aux employeurs et aux salariés?
Ma collègue très émotive en est malade, c'est tout juste si elle ne vomit pas d'anxiété.

Toutes ces bêtises me fatiguent.
D'un autre côté, c'est curieux à observer.

Toutes ces années de synchise sans le savoir

Dimanche : rien.

Lundi : soirée chez Rémi. Tout le monde a été très sage. J'ai trouvé le moyen de me disputer avec Flatters sur la théorie de la critique (enfin, lui n'envisageait sans doute pas les choses de ce point de vue). Je me rends compte qu'il devient urgent que je réorganise VS jusqu'au bout, car moi-même je n'y retrouve plus rien. Tout est en chantier, il n'y a plus de logique dans le classement des billets.
J'ai l'impression que mon mail freesurf est grave dans les choux.
Une collègue a perdu sa mère samedi. Sa tante était morte mardi dernier. Elle les enterre respectivement jeudi et vendredi prochains. Son mari a fait un AVC il y a trois semaines environ (il est rentré chez lui, il n'est pas paralysé mais garde des troubles du langage. Il n'a pas conscience de ce qu'il lui est arrivé).
Pourquoi écrire ça ici? Parce qu'il faut que je m'en débarrasse.
Ah oui : dimanche, appris par un faire-part sur la porte de la boulangerie que le boucher de mon ancien village est mort.
Cette mort me hante.
J'apprends que la manie des parenthèses emboîtées jusqu'à l'inintelligible s'appelle la synchise (voir commentaire 83).
Pas écrit sur les blogs, pas répondu aux messages FB, encore moins aux messages freesurf, et pour cause.

Mardi : pas envie de me lever. Depuis que je dors moins bien j'ai besoin de dormir davantage.
J'ai acheté trois livres, j'ai failli, je m'étais promis de ne plus en acheter avant d'avoir lu tous ceux achetés lors de la fermeture de ma librairie.

Latence

Je n'ai pas mes lunettes (je ne m'en sers que pour lire, les livres et les écrans, c'est-à-dire tout le temps, ou à peu près), mais j'ai la flemme de descendre les chercher. De toute façon, je les mets pour éviter de me fatiguer, et à l'heure qu'il est, ça n'a plus grande importance.

J'essaie de me discipliner, de ne pas passer mes journées à twitter et facebooker. J'essaie de ne pas écrire, de ne pas lire, de ne pas penser. Juste agir de façon mécanique, à la chaîne comme employée du tertiaire. Maintenant que la nuit tombe à cinq heures, je n'arrive plus à quitter le bureau. Dès qu'il fait nuit, dès que j'ai l'impression d'être dans une bulle de lumière au milieu de l'encre, je n'ai plus envie de bouger, mais de continuer à être là, dans la lumière dorée en regardant le noir derrière la vitre. Un silence très profond règne.
Je rentre hagarde.
Ce soir je suis arrivée en avance au dojo où je récupère O. Je me suis assise dans le hall et je me suis plongée dans un livre. Des adultes arrivaient peu à peu pour les cours suivants, je relevais la tête quand ils poussaient la porte, alertée par le bruit, sans vraiment les voir; «Bonsoir» me saluaient-ils tous — il s'écoulait quelques secondes avant que je ne réalise qu'ils s'adressaient à moi et que je réponde.
J'étais gênée à chaque fois de prendre conscience de ce temps mort pendant lequel je les avais considérés fixement — sans les voir.

Grand messe

Réunion semestrielle de service. Parmi les choses stupides de la vie, l'obligation de se lever tôt pour ÇA. Si au moins je pouvais faire quelque chose d'utile pendant ce temps-là, coudre des boutons ou tricoter. Je serais bien sage et j'écouterais, promis. Tandis que là, il est fort probable que je m'endorme.

Enfin bon. La pensée du jour est ici.

La lente adaptation des entreprises de services aux évolutions technologiques

Je ne sais plus ce que je voulais écrire. Ça m'agace.

Aujourd'hui, j'ai arrêté de donner le change (au moins dans un domaine): on attendait de moi une liste de liens économiques astucieusement recueillis et chaudement recommandés par moi-même, je n'en ai donné que deux:
- les 300 sites de référence en économie collationnés par Alternatives économiques,
- les 4341 sites tous azimuts rassemblés par l'IAE de Paris Sorbonne.

J'ai bien peur que cela ne plaise pas : en effet, cela prouve que le travail est déjà fait ailleurs et qu'il est stupide de le refaire. Or il est de bon ton de le cacher.
(Une façon de donner une valeur ajoutée à ce travail serait par exemple d'organiser à partir de (certains liens de) ces listes un univers Netvibes[1], mais cela aussi, il faudra(it) que je le cache et que je le diffuse discrètement auprès de mes collègues intéressés. (J'explique pour ceux qui ne voient pas le problème: un univers Netvibes, c'est sur internet, c'est public: puis-je envisager sérieusement de diffuser sur internet la liste des sites que ma société utilise pour recueillir de l'information (ie, des sites aussi confidentiels que la Documentation française[2] ou l'Insee)? Je dois avoir perdu la raison.)


A long time ago, j'ai commencé à travailler en comptabilité. A l'époque, les premiers ordinateurs individuels étaient sur les bureaux depuis deux ou trois ans (avant il n'y avait que des terminaux 3270), on découvrait l'ancêtre d'Excel (Multiplan ou Lotus). Un collègue m'a montré ce qu'était une clôture de bilan «avant»: des bandes papier crachées par les calculatrices à bande agraffées aux pages des cahiers de compte:
— Chaque fois qu'on changeait un chiffre (NB: notamment un montant de provisions, je travaille dans un domaine où l'évaluation des provisions est très technique), il fallait tout recalculer, cela prenait des heures ou des jours.

L'arrivée de Multiplan avait tout changé: tableaux croisés, résultats immédiats (même si certains vieux chefs désorientés vérifiaient les calculs des tableurs avec leur machine à bande), des heures et des heures gagnées, inoccupées: qu'en faire? Je suis arrivée dans les bureaux à la fin d'un âge d'or passé à jouer aux échecs et autres puisque l'ordinateur travaillait désormais à la place des comptables. Je suis arrivée à la fin de cet âge d'or, au moment où l'on commençait à comprendre que ce temps pouvait servir à autre chose, et notamment à vérifier les chiffres, la façon dont ils étaient constitués, ce qui se cachait derrière leur désincarnation (d'ailleurs, peu après, un énorme scandale financier éclata dans cette entreprise).

J'ai l'impression de vivre cela à nouveau, dans un autre domaine: il est devenu absurde de stocker de l'information façon grand-papa, comme si elle était rare; l'enjeu aujourd'hui est de fournir vite et à faible coût la bonne information à la bonne personne au bon moment en s'appuyant (au moins en partie) sur ce qui est fait ailleurs.

Cela vous paraît d'une effarante banalité?
A moi aussi.
Si seulement c'était banal pour tout le monde.

Notes

[1] à partir de celui-ci, d'ailleurs

[2] qui d'ailleurs a son propre univers

A nos morts

Hier, journée à la Défense.

Je contemple longuement la vaste plaque de marbre fixée au mur dans un recoin formé par les couloirs qui se coupent à angles aigus dans cet immeuble moderne des années 70. Elle est gravée de plus de cinquante noms, sans prénom (et cela donne mauvais air à cette plaque, il est plus difficile de donner consistance à ces hommes sans les "Antoine", "Louis", "Armand" habituels), hommage aux salariés morts pendant la guerre de 14-18.
Je ne savais pas que cette filiale du groupe était si ancienne.

Plus tard, en remontant le parvis pour prendre le RER, je m'arrête devant une statue célébrant le courage des Parisiens durant la guerre de 1870 et replacée à sa place originelle en 1983, apprené-je grâce à une plaque, et tout à fait déplacée dans cet environnement, hissée sur une colonne pour atteindre le niveau du parvis. Drôle d'idée, mais émouvante, comme si l'histoire avait réussi à s'imposer malgré tout.

Les faiblesses de la chair

Supplément de L'Express du 29 mai 2008 consacré à la mobilité (en entreprise). Ces quelques phrases concernent les postes à l'international :
Mais attention à la vie de famille, poursuit-elle ! Surtout si l'expatriation a lieu dans certaines régions du monde où, nécessité fait loi, des opportunistes qui y habitent apprécient beaucoup les «Occidentaux», en vue d'une idylle «incidemment» lucratives… «Les divorces vont alors bon train, la vie privée qui existait avant le départ est brisée et souvent la carrière avec», avertit Hélène Lacroix-Sableyrolles. Une grande enseigne de distribution, expatriant ses cadres vers l'Est, aurait d'ailleurs pris la mesure du problème, désastreux d'un point de vue humain, et réviserait avec attention sa stratégie RH promouvant les départs…
Cela me rappelle un récent dîner, aux côtés d'un avocat spécialiste du droit pétrolier. Nous parlions des pays pétroliers, de la richesse et de la pauvreté qui s'y côtoient, j'évoquais le cas Vénézuela que je connais indirectement. La conversation dériva sur les expatriés, mon voisin me confia:
— Les entreprises ont dû mal à garder leurs cadres [occidentaux] dans ces pays-là; les filles sont très belles…

(Oui, oui, c'était la même soirée tact (il vaut mieux toutes les cumuler le même soir) (C'est drôle, il ne me viendrait jamais à l'idée devant un homme d'évoquer un autre homme que je trouverais beau, ou plus beau, simplement par peur de blesser, par gentillesse ou par politesse. Ce n'est même pas réfléchi, c'est instinctif. Parfois j'ai l'impression de ne pas avoir été élevée sur la même planète que mes contemporains. Est-ce une question d'âge, de milieu social, de sexe, de caractère?))

Café du matin, chagrin

La semaine dernière, j'ai mis de l'eau dans le réservoir de la machine à café, j'ai appuyé sur le bouton.
J'avais oublié de mettre un filtre et du café.

Ce matin, je me suis appliquée: j'ai fait pivoter sur le côté le compartiment de la cafetière destiné au café, j'ai mis un filtre dans le compartiment, du café dans le filtre, puis je suis allée chercher de l'eau en laissant le compartiment ouvert, désaxé par rapport au corps de la cafetière.
En revenant, absorbée dans mes pensées, j'ai versé directement l'eau froide sur le café. Le ploc des gouttes tombant sur les prises électriques le long du meuble m'a brusquement réveillée.


PS1 : Sur la folie des femmes.
Dans L'aliéniste, celui-ci juge sa femme folle quand elle se relève la nuit pour comparer l'éclat de deux colliers de couleurs différentes et tenter de choisir celui qui lui va le mieux. Pas un instant l'aliéniste n'entrevoit que s'il avait répondu à la question de sa femme («Lequel dois-je mettre?»), celle-ci ne serait pas devenue folle d'indécision.
Faut-il en conclure qu'observer sa folie était plus intéressant que la regarder et répondre à sa question?

PS2 : Je deviens totalement paranoïaque. Cela m'inquiète.

Est-il temps de (re)devenir sérieuse?

C'est fou ce que les gens ne vous croient pas.

J'ai remis mon CV en ligne. En fait je déteste ça, je ne suis contactée que pour faire ce que j'ai déjà fait (normal), or je voudrais changer, au moins à la marge. J'ai remis mon CV en ligne simplement pour rassurer (peut-être) les boîtes chez lesquelles je postule (avec circonspection).

Inévitablement, je me fais à nouveau contacter par des sociétés de consulting: je confirme, le marché du travail est tendu dans certains métiers.

— C'est pour du consulting? Hmm, je ne voudrais pas vous décevoir, mais nous sommes parvenus à la conclusion que je n'étais pas faite pour ça.
— Que voulez-vous dire? Vous savez, j'entends beaucoup de choses sur ce métier, il n'est pas forcément ce qu'on croit.
— Eh bien, j'ai passé quelques entretiens où l'on m'a fait comprendre que j'étais sans doute un peu trop carrée pour ce métier, un peu trop abrupte. J'ai souvent trouvé que les prestataires qui travaillaient chez nous étaient trop "mous", j'ai compris que c'était une condition du métier, il fallait une certaine rondeur. Et quand j'ai fait un debriefing auprès de mes amis ou en famille, ils m'ont fait remarquer que l'aspect commercial du métier n'était pas pour moi1. Je serais mieux "en face", en entreprise, pour cadrer des prestataires.
— Je commence à voir, une certaine franchise... Mon rôle est donc de vous convaincre de l'intérêt de passer un entretien chez nous.
— Vous ne m'avez pas comprise. Je vous ai résumé ce que je sais pour vous éviter de vous faire perdre votre temps. Mais si vous voulez me voir, je viendrai.

Et à ma grande surprise, je sentais que plus je lui exposais pourquoi je serai un recrutement impossible, plus il avait envie de me recruter.

L'ennui, c'est que si tout ce que je lui ai dit est vrai, sa boîte me fait malgré tout envie: elle est extrêment spécialisée sur une seule fonction dans un seul secteur. J'aime ce qui est très technique.
Mais bon. Je n'ai même pas un tailleur sérieux pour cet entretien.
Un métier vaut-il une garde-robe? Oui, je suppose que oui. Je l'ai fait une fois à vingt-trois ans, je dois pouvoir le refaire.
Mais quel ennui.


1 : En réalité, JM a éclaté de rire en disant «Laisse tomber, Valérie, un consultant, c'est un commerçant à plus de cinquante pour cent, tu ne seras jamais capable de vendre de la merde!» (J'espère ne vexer aucun consultant qui lirait ces lignes. Pour illustrer mon propos, je me souviens avoir provoqué quelques blancs dans la conversation en faisant remarquer à des recruteurs que le bon prestataire, c'était celui qui quittait l'entreprise cliente: sa mission était terminée, il avait mené à bien son projet (ce qui n'empêche pas qu'il puisse revenir pour une autre mission. Mais j'en ai soupé de ses prestataires à demeure dont on sait pertinemment qu'ils coûtent plus cher que deux ou trois salariés (mais ce n'est pas la même ligne comptable))).$$

Pelote

Je commence des billets que j'écrase en écrivant par-dessus ou que je ne mets pas en ligne, à quoi bon ? Je les garde pour moi, seul inconvénient, ils ne sont pas indexés par Google. C'est pratique, Google, pour les aiguilles dans les bottes de foin.

J'ai des courbatures, mal à la gorge, aux oreilles, au dos, les yeux qui pleurent. Pas de fièvre.

J'ai un chef qui nous raconte pour la centième fois ses aventures de G.O. au club Med (moniteur de voile) dans les années 70. Nouveauté de la semaine : les souvenirs liés aux chansons de Carlos qui servaient de jingle pour signaler au bon peuple que le buffet était ouvert.

J'ai réussi à caser "Bises et zou !" en réunion (de spécifications détaillées, pour ceux qui voudraient avoir une idée de l'ambiance).

J'ai une chef qui me charge du compte-rendu de la réunion mais m'accable d'annexes en tout genre, pour le cas où "je serais perdue" (elle ne sait pas ce qu'elle risque, mais j'espère que les autres vont s'amuser, la minutie dans les notes prend des dimensions de révolte dans certaines situations (au moins la première version, je sais bien que tout cela finira poli et vernissé comme d'habitude)).

J'ai deux pages à lire et à colorier (je vous jure que c'est vrai1) selon les critères j'aime/je n'aime pas, c'est vrai/c'est faux (j'ai volé un stabylo bleu au bureau, il me manquait une couleur).

J'ai encore des cartes de vœux à écrire — à la famille, les dernières, je devrais y arriver en regardant Columbo. Finalement je ne vais pas détruire ce que j'avais copié hier. Je vais le mettre en ligne après minuit, ça fera le billet de demain. Demain sera long et sans doute pas très amusant.


Note
1 : ajout en janvier 2018 : le père d'un ami me faisait passer un test de personnalité pour m'aider à changer de boulot.

Fêter Noël en entreprise

A l'instar de Nadine de Rothschild qui a publié un manuel de savoir-vivre en société, la très sérieuse Royal Society for the Prevention of Accidents et le syndicat TUC, au Royaume-Uni, ont édité conjointement un guide de savoir faire la fête en entreprise afin d'éviter que la Christmas Party, événement incontournable chez les Anglais, ne tourne au désastre. «Cela peut sembler une bonne idée après plusieurs verres, mais danser sur les bureaux ou photocopier ses parties intimes lors de la fête de fin d'année avec ses collègues peut se révéler dangereux, avertit fort judicieusement le manuel qui s'engage à fournir les lignes de conduite d'une fête sûre et réussie. Car si la photocopieuse se casse, vous allez passer Noël avec des morceaux de verre dans des endroits douloureux.» Les deux organisations déconseillent aussi aux dirigeants de décorer les locaux avec du gui, de crainte que les baisers échangés ne donnent lieu à des plaintes pour harcèlement sexuel, des fois que... Les ballons de baudruche sont à proscrire en raison de l'allergie au latex, et il faudrait éviter bougies, gâteaux flambés et cigarettes du fait des risques d'incendie. C'est à se demander si on autorise la coupe de Champagne. Que l'on se rassure, à ce sujet, une seule recommandation : se montrer indulgent avec ceux qui ont trop bu...

L'Agefi, 15 décembre 2004 (feue la version papier)


Le guide (ne pas rater en dernière page l'affiche à punaiser sur la porte).

Stratégie d'évitement (morne quotidien, je devrais en faire une rubrique)

Mon chef prend son café de huit heures et demi à neuf heures dix, neuf heures vingt. Il nous fait la conversation durant le même temps, c'est-à-dire, pour résumer, qu'il nous fait le récit de quelques-unes de ses prouesses choisies dans un stock amassé durant un demi-siècle.
Ma collègue infiniment amicale, bien élevée et indulgente lui donne habituellement la réplique, tandis que je me tiens en retrait, n'en pensant pas moins.

Parfois ma collègue est absente.
Alors je reste au café jusqu'à neuf heures dix, pour ne pas arriver trop tôt au bureau.

Le coût des sales cons (ou une certaine lassitude)

Robert Sutton, un professeur américain de management à la Stanford Engineering Scool, a théorisé récemment la notion du "coût total des sales cons" en entreprise (CTSC). A la suite d'un très sérieux article dans la Harvard Business Review, il a rédigé un "petit guide de survie face aux connards, despotes, enflures, harceleurs, trous du cul et autres personnes nuisibles qui sévissent au travail".
Objectif zéro-sale-con, Vuibert.
Jean-Yves Dumay, Le Monde, cité par Le Nouvel économiste du 25 octobre 2007


PS : Une collègue, dont c'est pourtant le métier et le devoir, hésite à signaler ce livre dans la revue de presse interne. Elle craint (elle est sûre, par expérience) que sa brève ne soit censurée par sa supérieure au motif qu'elle contiendra le mot "con".
(Bah, finalement, j'ai tort de m'émouvoir, c'est exactement ce que la Harvard Business School Press a reproché à Sutton.)


PPS: Je m'aperçois que le sous-titre français est bien moins élégant, bien plus "sale con", que le sous-titre anglais: "créer un environnement de travail civilisé et survivre à ceux qui ne le sont pas". C'est dommage.

Un autre monde

Quatre jours chez mes parents.
Lundi, fin de matinée.
Hier, j'ai réussi (ce n'est pas difficile, le difficile serait plutôt l'inverse) à faire pleurer ma mère en faisant remarquer au petit déjeuner après qu'elle eut crié à travers la maison aux enfants captivés par la télévision «Allez-vous laver les dents!» «Tu aurais dû être colonel d'active, tu aurais été bien plus heureuse». C. a précisé «Maréchal des logis chef», papa a ri et ma mère s'est mise à pleurer.
Ce matin, considérant sans doute que j'avais assez dormi (à 9h30, certes, mais je suis rentrée hier très tard de chez ma grand-mère, et puis après tout c'est mon premier jour officiel de vacances), elle a fait entrer le chat dans ma chambre (j'ai entendu la porte qui s'ouvrait et se refermait), chat qui s'est mis à miauler dix minutes plus tard pour sortir.
Je me suis levée.

Après une journée passée hier avec mes tantes soixantenaires et leurs souvenirs de bureau («Ce qui a tué la vie de bureau, ce sont les horaires variables» (Je résume: Les horaires fixes obligeant à être présents de 8 heures à midi et de 14 heures à 18, il se développait une intense vie communautaire entre midi et deux heures, sorties sous les cerisiers, visites aux collègues en congé de maternité, atelier tricot ou crochet. En raccoursissant la pause déjeuner à quarante-cinq minutes, les horaires variables ont entraîné chacune à ne plus songer qu'à rentrer chez elles le plus vite possible.[1] (Et je voyais naître chez elles la nostalgie de cette vie policée et amicale, nostalgie que je comprends si bien en constatant que mes enfants ne connaîtront jamais le plaisir des interminables parties de tarot entre midi et deux en attendant la reprise des cours: il n'ont qu'une demi-heure pour déjeuner)), leurs regrets d'une organisation fixe, plus militaire, je songeais que toute une génération avait sans doute été marquée par sa vie en internat à partir de onze ans, seule manière d'aller au collège quand on habitait dans des communes reculées.
Il y aurait sans doute une étude à mener sur les impacts de la vie en internat sur les comportements sociaux des enfants nés dans les années quarante.

En attendant, n'ayant moi-même aucun goût pour la vie de caserne, je tape ici ma rage d'avoir été réveillée pour rien, au nom d'un principe.

Notes

[1] Un jour, je parlerais de Petit abécédaire des entreprises malheureuses, qui entre autres décrit concrètement les conséquences de 1968 sur la vie de bureau

Mondes parallèles

Dans l'amphithéâtre sombre je m'endors durant la présentation commerciale de Second Life, bizarre dérivé des nouvelles de Bradbury.
Cauchemar, je crie, m'éveille, panique, m'a-t-on entendue?
Non, je n'ai crié qu'en rêve.

J'évite de me rendormir.

Drôle d'occupation

Dans l'ascenseur d'une tour de la Défense appartenant à une grosse société, un groupe visiblement en-déplacement-pour-formation à Paris (valises diverses):

— Ils sont rentrés tard ?
— Je ne sais pas, après nous; ils avaient encore une girafe à finir.

Bah

On s'absente deux jours qui paraissent deux mois, il semble que tout aura changé en rentrant.
Et puis non, rien.

Cruauté

Fin de la journée. L'ascenceur s'arrête, une voix susurre "ouverture des portes", j'entre, "troisième étage, sens descente", la porte se ferme, "fermeture des portes", un homme mince, la quarantaine, plutôt agréable, neutre tendance poli presque avenant, lève les yeux au ciel et dit : «On comprend pourquoi ils ont choisi une voix de femme».
Je le regarde, un peu surprise, je ne dis rien. Il est obligé de continuer : «Parce que ce sont des pipelettes, elles parlent tout le temps».
Je le regarde, enregistre le cliché, ne dis rien. Sans doute ai-je l'air encore un peu surprise, ou peut-être un peu moqueuse.
Je me tais.
Il commence à se décomposer: «Euh, je plaisantais, je ne le pense pas, bien sûr.»
Je le regarde, souris largement et réponds froidement: «Mais si, vous le pensez.»
Il est très très ennuyé, essaie de balbutier quelque chose, de se justifier, de s'excuser, mais trois étages, c'est trop court.
Je sors, ("rez-de-chaussée, ouverture des portes") et bon prince, lui confirme: «Et vous avez raison, ce sont souvent des pipelettes».

Yannick

Il y a quelques années, entre 1996 et 2003, j'ai fait de l'assistance à la maîtrise d'ouvrage en informatique, dite MOA. L'entreprise était petite, trente personnes, j'avais les informaticiens en interlocuteurs directs et cela se passait plutôt bien, compte tenu de mon caractère angoissé et soupe-au-lait. Un jour cependant, impossible de me souvenir pourquoi (démission d'une informaticienne ou montée en charge de l'activité? je ne sais plus), le responsable informatique recruta un prestataire de services qui devait me servir d'interlocuteur unique, lui se chargeant des relations avec les informaticiens. Cela avait l'inconvénient de me couper de cette équipe avec laquelle je m'entendais bien, mais l'avantage de confier le poste à une personne possédant les compétences informatiques que je n'avais pas.

Ce garçon était très grand et portait les cheveux très courts, il avait mon âge et deux petites filles. Il s'appellait Yannick. Je le formais à ses futures fonctions et m'aperçus qu'il avait une étrange haleine: il sentait le vin rouge dès neuf heures du matin. Peu après il m'expliqua qu'il avait une rare maladie génétique du foie, et je mis son haleine sur le compte de la maladie.
Il apparut assez vite qu'il était incompétent. C'était un excellent archiviste qui constituait de superbes dossiers sur lesquels il veillait avec un soin maniaque, à tel point que je ne les consultais qu'en cachette après son départ du bureau. Il rendait toutes les tâches plus longues à accomplir car il fallait attendre qu'il n'ait pas fait son travail pour le faire à sa place et pouvoir ensuite faire le mien.
Un jour en rentrant d'une réunion avec des fournisseurs à laquelle il avait assisté avec Yannick, mon chef me regarda avec embarras et me demanda, entre question et affirmation: — Yannick boit? — Oui. Je n'osais pas te le dire, mais oui.

Malgré cela, et bien qu'on ait prévenu le responsable informatique, il fut embauché en contrat indéterminé.
Ma vie devint doucement un enfer, il fallait faire son travail, le mien, et réparer ses bourdes. Je me rappellerai longtemps du matin où il a oublié les manipulations indispensables entre deux programmes de correction de bugs, programmes que nous avions longuement testés ("recettés") en environnement de développement avant de les basculer en production, et où il me dit pour toute excuse: «Ça arrive à tout le monde de trop arroser un dîner entre amis». (Les programmes générèrent d'autres bugs qui s'ajoutèrent aux précédents, m'obligeant à un ou deux mois de tâches fastidieuses et délicates que je ne pouvais lui confier tant j'avais peur qu'il ne les baclât elles aussi en attendant que les informaticiens écrivissent un autre programme de correction et de rattrapage).
C'est sans doute suite à cette histoire que je lui expliquai ma pensée dans la minuscule cuisine de l'étage, en particulier que je souhaitais qu'il se mît au travail et qu'il arrêtât de boire (je crois qu'exaspérée je me préparais un thé en essayant de l'éviter, redoutant ma propre colère, et que cet inconscient voulut me parler pour justifier l'injustifiable). Je dus parler un peu fort car on me regarda bizarrement quand je sortis de cette cuisine, une collègue moralisatrice me dit qu'«elle n'aimait pas quand je parlais comme ça» (et j'eus l'amère satisfaction de constater que la seule fois où elle travailla avec Yannick, elle alla pleurer auprès de son supérieur dès l'apparition du premier problème).

Peu à peu je ne parlai plus que de Yannick, au bureau, à la maison, il devenait mon obsession, je ne savais plus que faire; je fis une mise au point avec ses collègues de bureau, un bureau d'hommes qui la jouait très «nous les hommes», en leur disant que c'était bien beau de parler cul et foot mais que la véritable solidarité «entre hommes» consistait en l'occurrence à surveiller Yannick; il disparaissait des après-midis au café, la hiérarchie était au courant mais trop lâche ou trop généreuse ou trop indifférente pour agir, sachant que cela aurait consisté à le licencier et donc qu'à aggraver son problème.

Puis notre société fut rachetée par un grand groupe, Yannick partit dans une filiale et moi dans une autre. Son alcoolisme était désormais connu, un collègue qui choisit la même filiale que lui se chargea de le surveiller et de l'aider, la rumeur voulait que sa femme, de guerre lasse, l'ait quitté.

Il y a une semaine j'ai été invitée au pot de départ d'un ancien collègue dans mon ancien service (j'ai été accueillie par un chaleureux «Tiens, ça faisait longtemps qu'on ne t'avait pas vue un verre à la main!».)
J'ai appris que Yannick était mort.

Motivons-nous pour retourner travailler

Ce mail, daté du 25 août, m'attendait:
Bonjour Alice,
j'espère que tu as passé de bonnes vacances.
C'est juste pour te dire de venir avec une petite laine lundi, parce que j'ai eu quelques problèmes avec la clim durant le mois d'août.
J'ai eu TRES froid, et j'ai fait venir les techniciens 5 fois dans le mois (ils me détestent).
Au mois de juillet, j'avais eu le même problème, avec les conséquences inverses : la climatisation ne marchait pas, il faisait TRES chaud. Cela m'était à peu près indifférent, mais le stagiaire qui partageait mon bureau paraissant suffoquer, j'avais fini par appeler un réparateur, beau, ce qui était inattendu mais plaisant. (J'avais d'ailleurs eu la satisfaction qu'il me fît du plat (je me suis crue dans une pub coca-cola): c'est très bon pour le moral.)

Mon problème est le suivant : que mettre pour avoir chaud? (car je ne doute pas qu'il fasse très froid, je connais les caprices de cette climatisation).

Tapons un peu sur les produits Microsoft

J'avais promis à Zvezdo de créer une catégorie spécialement pour ce genre de billets (afin qu'il ne les lise pas), mais finalement... ça l'intéressera peut-être.
C'est un peu ancien — certains connaissent peut-être déjà — mais j'aime bien. Là encore, cela permet de réfléchir au formatage de la (de nos) pensée(s), à nos modes de réflexion. Donc voici Devenez beau, riche et intelligent, avec PowerPoint, Excel et Word.

C'est évidemment un peu exagéré, certains trouveront la critique un peu facile, et l'auteur reconnaît sa mauvaise foi. Cependant, ça me fait toujours rire car tout est loin d'être faux.

Extraits :
Nous pensions naïvement que PowerPoint, Excel et Word, les trois logiciels qui composent la suite Office de Microsoft, n'étaient que de fidèles outils chargés de traduire notre activité. Lorsque vous n'avez pas le choix de votre outil, qui utilise qui ? Petit à petit, c'est notre activité qui est devenue le miroir de Microsoft Office. « Le média est le message », disait je ne sais plus qui.
J'érige donc mon tribunal, évidemment de mauvaise foi, chargeant tour à tour du plus coupable au moins coupable les accusés PowerPoint, Excel et Word5. Chacun est responsable de créer des distorsions dans notre manière d'appréhender le monde. PowerPoint, Excel et Word sont les derniers cache-sexe de l'Incertitude et, par-là, les derniers remparts de la Certitude.
- Power Point
Les structures de présentation standards proposées par PowerPoint sont somme toute calquées sur un scénario Hollywoodien normalisé : camper le décor, créer l'inquiétude, montrer des faiblesses humaines vénielles (« à vaincre sans péril… »), happy-endiser en sauvant l'humanité et sa banlieue à la fin. Sans oublier, comme le suggère Succesful Presentations for Dummies, de placer un gag désopilant toutes les sept minutes. Nous sommes dans le Disney pour adultes : on nourrit le public de ce dont il veut bien se nourrir, c'est-à-dire d'histoires prévisibles de bons (évidement nous/je) et de méchants (forcément everybody else). Et, forcément, c'est nous qu'on gagne à la fin.
- Excel
Un modeste entrepreneur, actionnaire quasi unique de sa propre boite, ne se livre en général pas à cet exercice ridicule [budget prévisionnel à cinq ou dix ans]. À la rigueur, il fait un succédané de business plan, qu'on appelle un budget annuel. Il n'a pas besoin de s'écrire des objectifs à un, trois ou dix ans. Il sait qu'il fait pour le mieux, au jour le jour, essayant de saisir toutes les opportunités possibles avec les moyens dont il dispose et dans le contexte qui est le sien. À la fin de l'année, rétrospectivement, il se dit qu'il a fait une bonne ou une mauvaise récolte. Il continue à vivre selon une logique de paysan.
Mais dès lors que vous montrez votre business à des financiers, vous sortez de l'ère agraire pour entrer dans l'ère industrielle. Vous devez raconter ce qui va se passer dans les trois ou cinq années à venir et jurer-cracher (poliment) que vous croyez à vos chiffres. Il faut une certaine dose d'entraînement ou d'autosuggestion pour ne pas avoir la voix qui tremble à ce moment-là. Au début, jeune naïf, vous pensez que vos interlocuteurs sont normaux et sensés, qu'ils vivent la vie comme vous et moi, une vie où parfois les trains ont du retard, où certains jours on oublie son parapluie alors qu'il pleut. Alors, vous insinuez que, dans votre projet, il pourrait y avoir un doute ici où là, que rien n'est jamais certain, mais que, l'un dans l'autre, vous pensez que votre plan est « jouable ». Malheureux ! À ces mots, votre interlocuteur argentier se redresse dans le capiton de son fauteuil de capitaliste et vous décapite. Bandant du menton, il vous toise et dit sèchement que des millions d'épargnants lui ont confié les économies de toute une vie, et que, jamais, il n'ira investir dans une affaire où des choses imprécises subsistent. « Mentez-moi, jeune homme, vous ne savez pas vendre votre dossier » semble-t-il vous dire.
- Word
Que peut-on reprocher à Word ? Après tout, ce n'est qu'un simple traitement de texte. On écrit des textes depuis des siècles, depuis que consigner par écrit nous a fait sortir de l'insupportable volatilité de la tradition orale. Word est en filiation directe de l'épopée de Gilgamesh, de l'Iliade et l'Odyssée, de la Vulgate, de Gutenberg et de toute cette histoire de la chose écrite qui a extirpé l'humanité de l'ignorance, de l'analphabétisme et de la barbarie.
Et c'est bien pour ça qu'écrire fait peur.
C'est moi qui souligne, bien entendu !

Dessine-moi un caribou

J'ai commencé à surfer sur le net en septembre 2001. J'avais essayé six ans plus tôt, cela m'avait vite agacée, trop de "bruit".

Le six septembre, notre petite société était rachetée à 100% par l'un de ses deux actionnaires, et tandis que le portefeuille clients était basculé dans le système de cet actionnaire, les salariés attendaient d'être réintégrés dans la société de l'actionnaire évincé.

En attendant, nous n'avions rien à faire (cela a duré trois mois). On jouait à Tetris en réseau, j'ai vaguement essayé d'écrire une ou deux pages en html, et j'ai commencé à surfer. Au début je n'avais strictement rien compris, je récupérais conscieusement des adresses dans les magazines. J'ai récupéré celle-ci (enfin, pas exactement, elle a un peu changé, mais le contenu est le même) dans l'Echo des savanes. (J'avais acheté L'Echo des savanes après le 11 septembre à cause d'un dessin de Wolinski qui me coupait le souffle : un poivrot, repoussant comme Wolinski sait les dessiner, disait au patron du bistrot en regardant les avions se diriger vers les tours sur un écran de télévision : «précision, ponctualité… pas du travail d'Arabe, ça»)).

J'espère que vous n'avez pas cliqué trop vite, c'est quand même n'importe quoi, et je n'ai (n'aurais) pas eu le temps de vous prévenir... J'ai toujours rêvé de ce que nous aurions fait des années plus tôt au lycée avec ce genre de passe-temps à disposition pendant les longues heures de cours. Mon préféré est peut-être celuici, mais je n'en suis pas sûre.


Plus sérieux (si je puis dire. Disons : plus ambitieux) il y a lui (je ne sais plus chez qui j'ai piqué ça, il y a déjà longtemps (deux ans?)).
J'aime la fixité des dessins en trois plans, et une action entièrement contenue dans le texte (un peu dommage quand on ne comprend pas tout, mais on ne va pas chipoter (je suis en train de me rendre compte, commentaires de Zvezdo à l'appui, que je ne fais que commenter de l'anglais. Bizarre. Ça va me passer, je pense.))

Celui-là est sans doute mon préféré, avec bien sûr celui-ci.

La fin

Nous étions invités le soir à un cocktail par l'entreprise. Le 5 ou le 6, j'aurais juré que c'était un vendredi, mais maintenant que j'écris cela quinze ans plus tard, je m'aperçois que le vendredi est un 7. Tout est toujours un peu faux.

Durant ce cocktail, nous avons appris que notre société était vendue. Plus exactement, notre équivalent "Vie" était racheté par une grande banque mutualiste, et nous faisions partie des conditions de vente: reprendre également la société "Iard" (incendie et autres risques divers, tout ce qui est assurance de biens par opposition aux assurances de personnes).

Nous aurons le choix entre suivre notre patron qui rejoint la maison-mère ou intégrer les équipes de la banque.

Mon monde s'écroule. C'est fini.
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