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Bilan et prospective





Bonne année 2020.2

Retour au cinéma, retour en salle de sport

Encore le réunionais, comme si c'était la cantine.

Le cinéma de la ville a rouvert. Les choses de la vie. Je n'avais jamais vu ce film. Je n'en connaissais que la parodie de Gotlib.
J'aime les robes de Courrèges.
Voilà. Ce sera toute ma critique. Les images sont très belles, le montage intéressant, le suspens bien tenu.

Retour en salle de sport. J'avais été prudente, j'avais prévu de reprendre à partir du programme d'entraînement de septembre dernier.
C'était encore trop ambitieux. Il faut reprendre le programme de juin dernier, après l'opération du pied. Je ne pensais pas avoir perdu à ce point là.
Le responsable/entraîneur présent a été adorable, il a échangé l'ergo (machine à ramer) quand je lui ai expliqué que celui qui avait été choisi (le seul sur les quatre opérationnels hors covid) ne me convenait pas.
Sinon plus de douche, moins d'appareils de fitness, un appareil sur deux accessible. Et l'inscription obligatoire pour les cours collectifs.

C'est l'endroit où j'ai le plus de risque d'attrapper la maladie, je pense. Cette impunité dont on croit bénéficier quand on fait du sport et qu'on est en forme.

Il fait toujours très chaud. Le treillage pour les rosiers est arrivé. Yapuka le monter.

Indécence

H. continue de relancer ses anciens serveurs, trier ses disques durs (j'annonce fièrement que j'ai une copie du Mac de RC de 2007 et l'intégralité du site la SLRC en date d'octobre 2006). Il m'annonce qu'il a L'enfer de Dante en epub (je le traite de snob) et éclate de rire quelques minutes plus tard: «Ah, et puis dans le dossier films de Q, j'ai L'indécente aux enfers


Pendant que j'y suis je vous mets une photo pêchée chez Matoo : restez à l'intérieur.

Rangement

Après deux jours de recherche dans the room of requirement (bien plus encombrée que sur cette photo), nous avons remis la main sur la connectique de l'écran et de l'appleTV.

Pendant que H. en profitait pour jeter des kilos de papiers (et retrouver quelques souvenirs, comme le livre des logiciels Macintosh Apple de 1983), je reclassais les DVD. Comme nous avons hérité d'une partie de ceux de nos amis partis aux US, il y en a beaucoup dont je ne savais pas que nous les avions. Nous pouvons tenir quarante quarantaines.

Une douzaine de DVD ont été mis de côté, je les abandonnerai dès que possible dans le RER ou dans l'entreprise. Il paraît que Shaolin contre Wu Tong est le nanar absolu.


Un samedi de couleuvre

En yolette le matin. Le courant est rapide et l'eau brunâtre. Demain les sorties sont annulées à cause de la tempête. Je préviens aussitôt Hervé car je sais qu'il a réservé un restaurant près de Neuilly, ce qui devient inutile.

Des films l'après-midi. Je finis Collatéral (bof), par hasard je regarde L'invité d'une grande violence sociale et pourtant comique, je re-regarde La nouvelle vie de Paul Sneijder que j'avais beaucoup aimé à sa sortie (c'est parce que faisais des recherches sur Thierry Lhermitte que je suis tombée sur L'invité).

La mule

Pas désagréable mais un peu bof. J'ai préféré de loin Barry Seal.



Rentré avec O. (qui a renversé son thé dans son sac de sport mais c'est une autre histoire) dans un RER dont le conducteur aimait le foot (il nous a expliqué que certes le train était en retard mais que nous serions à l'heure pour le match (quel match?). Il a diffusé de la musique dont j'ai supposé que c'était l'hymne d'un club).

Jour tranquille

O absent.
Journée dans le salon (à cause des travaux à venir) à faire des tests informatiques (enfin pas moi…). Le test du nouveau serveur a pris 18 heures. Il ronronne sur le tapis. J'aime bien ce bruit.

Les nouveaux écrans sont sortis des cartons, entourés d'emballages anti électricité statique. H. est heureux, tout est conforme à ses attentes voire les excède.

Je suis installée au dos des écrans :


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Tandis qu'H. transvase les données de l'ancien serveur sur le nouveau, il retombe sur des archives données par son père: deux mariages filmés en 1980 ou 81 dans sa famille en Croatie. Chose curieuse et intéressante, son père a également filmé trente ans plus tard (2011) la partie française de la famille en train de regarder le film initial (les plus petits n'ayant pas de souvenirs, les plus grands ayant oublié), ce qui permet d'avoir du son, et donc le nom des personnes et l'explication des situations.
Mon beau-père a inventé les notes de bas de page cinématographiques.


Le tweet du jour.


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Le jeu

"Après-midi piscine" ou "rien", pour la déclaration de guerre de 14 (Kafka) ou le 14 juillet 1789 (Louis XVI). C'est souvent cité pour illustrer un manque de clairvoyance devant les événements historiques.
Mais je découvre une autre explication possible: une telle navrance que l'on préfère parler d'autre chose.

Parlons d'autre chose.

Tellement pas le moral que j'ai séché l'atelier de ce soir pour aller au cinéma.
Vu Le Jeu, dîner entre quatre amis et leurs conjoints qui décident de lire à haute voix toutes les notifications qui arrivent sur leurs téléphones pendant le repas.
La bande-annonce m'avait plu mais je craignais la catastrophe franchouillarde. En réalité le film est de bonne tenue et montre bien la fragilité psychologique, les désirs toujours inassouvis et inavouables, les tensions familiales et — surprise pour moi pour qui ce n'est plus un sujet — l'homophobie larvée ou pas du Français moyen (d'un type de Français moyen). Il y a quelque chose de shakespearien dans ce film, pas le Shakespeare des tragédies mais celui des comédies amères où la fin nous explique que même si ce n'est pas facile, il faut continuer à vivre de notre mieux.

Encore des doubles

Matin
Liturgie des Rameaux : depuis combien de temps n'avais-je pas assisté à cette messe ? Longtemps sans doute, car je découvre (comment est-il possible que je ne le découvre que maintenant? Sans doute suis-je devenue très sensible à la forme de la liturgie) qu'il se lit ce jour-là deux évangiles, le récit de l'entrée victorieuse à Jérusalem (les Rameaux) et le récit de l'arrestation, du jugement, des brimades, de la crucifiction et de la mort.
Trente-cinq minutes suffisent à illustrer la versalité de la foule, des acclamations enthousiastes à la mise à la mort. Quel raccourci.


Catéchisme. (Je ne peux m'empêcher de commenter les lectures, de m'assurer qu'ils ont compris ce qui s'est passé: vade mecum de la protestation minimale. Ne pas hurler avec les loups («si vous n'êtes pas d'accord, partez. Il ne faut pas forcément dire quelque chose, ça ne sert à rien de se faire tabasser. Mais si vous n'êtes pas d'accord, partez. Ne soyez pas complices.»)
Le thème du jour est le juste (six illustrations : Blandine et les lions, Chambon-sur-Lignon, Martin Luther King, les moines de Tibririne, le père Popielusko et Albeiro Vargas que je découvre). Triste coïncidence, j'évoque Arnaud Beltrame.


Après-midi.
Trente ans de la Fondation Gan pour le cinéma. Il y avait des places à gagner. Pour multiplier mes chances je me suis inscrite à plusieurs séances. Je me retrouve donc avec deux fois deux places, et comme hier, je suis seule.

L'année suivante d'Isabelle Czajka. Anti-film, sans événement, pendulation dans la banlieue sur fond de magasins entrepôts.
Le spectateur attend. Il attend qu'il se passe quelque chose. Le professeur de français, le moniteur de tennis, l'agent immobilier : un premier amour? Et puis non. La pièce de théâtre, un succès, quelque chose? non plus. Une amie qui part pour l'été. La perte du sac avec les affaires du lycée, un déménagement. Et puis l'âge adulte, sans emphase.
Film très impressionnant par sa maîtrise de la temporalité qui passe par les paysages, la disparition du paysage absorbé par les magasins entrepôts. Le temps vu à travers les saisons et les vêtements.

Anaïs Desmoutier et Ariane Ascaride après la séance soulignent le parti pris délibérément anti-hystérie du film. La banlieue est le lieu où l'on devient invisible, où il ne se passe rien. Absence de centre, absence de relation. Solitude monstrueuse elle aussi avalée par l'environnement.
Film très surprenant.

Le deuxième film est très différent. La loi de la jungle est un film déjanté, un hommage à la Guyane, une critique des bureaucrates et des financiers qui nivellent le réel sous des chiffres et des normes. C'est une dénonciation beaucoup plus radicale qu'il n'y paraît de la société, de sa folie et de sa cupidité.
— Je ne suis pas comme toi, moi, je ne suis pas payé au physique.
— Tant mieux pour toi car tu ne gagnerais pas lourd.
Antonin Peretjatko et Vincent Macaigne interviennent à la fin de la séance. Ils ont eu beaucoup de chance : tous les animaux, les chenilles, les araignées, les insectes, sont vrais, survenus au bon moment (la luciole aux yeux verts). Le film a été tourné à la limite de la saison des pluies car la forêt est plus belle, verte, luisante (et non poussiéreuse), Peretjatko a choisi de tourner chaque fois qu'il voulait tourner, sans attendre qu'il pleuve ou fasse soleil.
Il dénonce la tendance des entreprises à remplacer des salariés par des stagiaires, paupérisant toute une génération.
Vincent Macaire intervient à plusieurs reprises, très nature. Comme pour Anaïs Demoustier, je suis surprise par le volume de son corps, plus menu en réalité qu'à l'écran.

Au total, de belles découvertes. J'avoue que j'avais très peur de tomber sur des films dickensiens du type Y aura-t-il de la neige à Noël? (une autre fondation Gan) qui m'ennuient (bref, pas mon genre).
Pas du tout et tant mieux.

Pentagon Papers

La journée s'est terminée à temps, avant que je ne morde quelqu'un.
Je feuillette les annonces de Linkedin comme un catalogue de jouets avant Noël : plus de banque, plus d'assurance, n'importe où sauf dans le 92, 93, 95. Mais bon. Pour l'instant ce n'est que du feuilletage.

Pentagon Papers. Deux remarques non cinématographiques :

- plaisir des rotatives et des caractères en plomb. Je soupçonne Spielberg de n'avoir fait le film que pour cela, pour le plaisir de réveiller ou reconstituer ces machines endormies (ô le tremblement des meubles dans les étages quand les rotatives se mettent en route à deux heures du matin… Cette magie avait disparu avant internet, cela faisait longtemps que les imprimeries avaient été exilées en banlieue).

- Comme parfois, voire souvent désormais, Spielberg donne une leçon d'histoire, un cours de droits civiques. Ici cela porte sur deux sujets : le premier, évident, est celui de la liberté de la presse, le droit à l'information et à la vérité. La mise en scène de l'amitié entre les dirigeants politiques et les propriétaires de journaux m'a fait songer que c'était peut-être ce qui avait manqué à Edward Snowden : il ne faisait pas partie du même monde… Bien entendu, le film est destiné à renvoyer à l'époque actuelle, l'époque Trump, aux fake news, à l'implication de la Russie dans les dernières élections, etc. Le film se termine sur le cambriolage de l'immeuble Watergate qui aboutira à la démission de Nixon : sous couvert d'un film historique, Spielberg indique son espoir que la presse fasse son travail aujourd'hui comme en 1972 et abouttisse si possible au même résultat.
Par ailleurs, il traite le sujet de la transparence des femmes, des femmes riches oisives s'occupant de l'aspect mondain de la vie maritale (Mrs Dalloway), des femmes non prises au sérieux, ignorées, mais faisant face, devant faire face à leur corps défendant, quand les circonstances l'exigent. J'ai souri en constatant que Spielberg n'avait pas pris le risque que les spectateurs ne comprennent pas : la femme de Ben Bradlee, le rédacteur en chef, explique ce qui est en train de se passer : « Toi, tu ne risques rien, au pire ta réputation en sortira grandie ; elle, elle est seule et elle risque tout » (et Spielberg fait expliquer cela par une femme). Empowering women. Heureuse coïncidence (pour lui) qui fait sortir ce film peu après le scandale Harvey Weinstein: à croire qu'il en est pour les prises de conscience sociales comme pour les découvertes scientifiques : un moment où les temps sont mûrs, un moment où différents événements ou artistes ou scientifiques convergent.

Jumandji II

Je quitte tôt le bureau pour aller voir Jumandji 2 (je suis fan du premier dont je regarde régulièrement la cassette pixellisée sur notre écran trop grand.)

A mon sens c'est une réussite : « Mais qui joue encore aux jeux de plateau ? » Et le jeu, réactif, de s'adapter de lui-même en jeu vidéo. L'action ne se passe donc pas dans notre monde comme dans le premier, mais dans le jeu lui-même, avec toutes les caractéristiques d'un jeu vidéo, une quête, des niveaux, des vies à utiliser (trois, ou plutôt deux, car si vous perdez la troisième, vous êtes mort). La réussite du film tient en quelque chose de fragile, difficile : une maladresse simulée, celle du joueur qui joue imparfaitement à un jeu dont il ne connaît pas les règles.

Notons des allusions à Indiana Jones et aux Gardiens de la galaxie et un cours de séduction (« Il faut que tu te touches tout le temps tes cheveux et que tu te mordilles les lèvres »).

La mouche

La Mouche à la cinémathèque. Quelle lecture, quel blog, m'avaient-ils amené à penser qu'il s'agissait d'un film sur les voyages dans le temps ? Pourquoi m'attendais-je à un paradoxe temporel avec une mouche pour témoin ? S'agit-il d'un autre film ? J'aimerais retrouver cette source, il me semble me souvenir d'un mouche au milieu d'un objectif de photo ou de caméra…
En tout cas, anti-spoil : ce n'est pas du tout ça.

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Agenda
J'ai annoncé à mon supérieur que je comptais entreprendre un bilan de compétences. Je ne sais que faire du temps qui me reste :
- prendre un bullshit job très bien payé et me moquer du monde ? Ce serait dans la logique de ma carrière mais j'ai trop envie de me moquer des bullshit jobs eux-mêmes et de ceux qui les prennent au sérieux (y en a-t-il qui les prennent au sérieux ?) pour pouvoir faire cela avec le niveau de componction requis.
Le salaire compte moins en lui-même que pour le marqueur qu'il constitue : j'ai enfin compris que dans le monde du travail, ce n'est pas la compétence en soi qui est respectée, mais le salaire, et je ne veux plus être méprisée par des gens qui m'arrivent à la cheville (cette phrase extrêmement prétentieuse est la conséquence de quinze ans passés sur internet et sept à l'aviron où je ne supporte plus les nuls qui se croient bons) : il est important d'occuper la place que l'on doit occuper, même si par paresse et lâcheté et manque de confiance en soi on aurait tendance à choisir les positions humbles. Les organisations ont horreur du vide et il ne faut pas se plaindre ensuite de voir occupées par des cons des places qu'on n'a pas eu le courage de prendre. Bref, faut se remuer1 ! (mais ici j'ai glissé : il ne s'agit plus de bullshit jobs, mais de postes à responsabilités))

- choisir une voie intellectuelle, sans doute du côté de la traduction. Ce qui me manque pour cela, c'est la conviction : je ne trouverai jamais d'éditeur, je ne gagnerai jamais ma vie avec cela. Je suis défaitiste.

- choisir une voie humanitaire (je me retiens pour ne pas mettre des guillemets un peu partout) en m'investissant dans jrsfrance.org, par exemple. Là, c'est pratiquement du bénévolat. Quoique… la croix-rouge embauche en ce moment, il doit y avoir d'autres postes ailleurs.
J'ai peur d'être déçue, j'ai peur de me transformer en guimauve, je n'ai pas envie d'être compassionnelle, j'ai envie d'agir. Et j'ai peur de me retrouver endoctrinée dans des organisations aux convictions qui me feront rapidement horreur.


En rentrant, H. passe longtemps au téléphone à mettre les choses au point avec P. sur le management des équipes : ça va mal (déjà encore de nouveau). Les neufs personnes vendues avec le logiciel absorbent le choc en mettant la pédale douce alors qu'H. les voudrait déjà à leur maximum de productivité. Il faudrait peut-être prendre en compte les cycles de tension, pression, dépression, compression de l'esprit ou âme humain ; prendre en compte aussi que si H. est au courant depuis plusieurs semaines, les neuf n'ont appris la vente et leur changement de statut il n'y a que huit jours. (Orangina sanguine : « mais pourquoi est-il si méchant ? » ; H : « mais pourquoi est-il si pressé ? » (en réalité je sais pourquoi : cela s'appelle des clients)).

Pendant ce temps je regarde mon éternelle Good Wife : le colonel Chavez et le Vénézuela (épisode 20 de la saison 2) (et je pense à Mélenchon et aux canards sauvages : des bolivars). Hier, l'épisode 18 faisait un étrange écho à l'actuelle polémique qui entoure la promotion du dernier disque de Bertrand Cantat2.


Note
1 : quitte à devenir le nul et le con de quelqu'un d'autre ou de tous les autres. En tout état de cause, cela me paraît inévitable — et pas obligatoirement faux.
2 : Rappel pour les lecteurs du futur : chanteur qui a tué Marie Trintignant en 2003, sans doute par accident, au cours de violences conjugales coutumières.

Le Redoutable

Des amis en avaient dit le plus grand bien, mais (le personnage de) Jean-Luc Godard est trop insupportable pour que je le supporte. Short fuse, je n'aurais jamais supporté tout cela si longtemps, même si le film joue de l'agressivité godardienne en en maintenant l'ambiguïté : Godard conscient ou inconscient, metteur en scène de lui-même ou se dévoilant sans le savoir? Quelle vérité de l'homme ?
Jolis décors, jolis vêtements, jolie bande-son, jolie Stacy Martin.

J'avais bien aimé La Chinoise, vu en 2013, que j'avais trouvé "redoutablement" moqueur. Interprétation quarante-cinq ans plus tard. S'il n'est pas moqueur mais sérieux, alors il est très bête.

Serrement de cœur en apprenant quatre jours plus tard qu'aujourd'hui 5 octobre, Anne Wiazemski est morte.


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Agenda
H. a acheté une Dacia pour A. Nous achetons une voiture neuve pour échapper aux futures réformes qui vont conduire à la casse les voitures trop polluantes et trop gourmandes.
Des ouvriers sont passés : devis pour poncer et habiller l'escalier qui m'avait déjà semblé dans un piteux état quand nous avons acheté la maison il y a dix-huit ans.

Dunkerque

Dunkerque, ce sont les taxis de la Marne version maritime.

Tandis que je regardais le film et les morts absurdes, je pensais au Colonel Paillole qui parle de pagaille, de pétaudière et de hiérarchie décomposée : si ce qu'il raconte est vrai (et je pense que oui, la bêtise, l'inefficacité et la paresse étant très partagées), tout cela aurait pu être évité, ou rendu beaucoup moins grave.
(Finalement, le manque de réaction devant les informations de Hans-Thilo Schmidt fait penser au manque de réaction devant les informations concernant la future destruction des tours du WorldTrade Center. Combien d'autres informations graves inutilisées, en ce moment-même ?)

Sorties en 2017

1er janvier : William Friedkin, Killer Joe au Grand Action avec H.
4 janvier : William Forsythe, Impressing the czar, Semperoper Ballet Dresden, Aaron S. Watkin à Garnier.
7 janvier : Marivaux, La dispute; la colonie; les acteurs de bonne foi au profit de l'association Retina.
21 janvier : Jim Jarmush, Paterson à Yerres avec H.

5 février : musée des Beaux-Arts à Nancy, musée des ducs de Lorraine
9 février : Tom Ford, Nocturnal Animals, 2016
21 février : Anne Charlotte Leffler, Les vraies femmes, Alfhild Agrell Sauvé, lecture par la compagnie Benoît Lepecq à la librairie Palimpseste

4 mars : château d'Angers (tapisserie de l'Apocalypse), château d'Oiron
5 mars : église de Cunault, abbaye de Fontevraud, cathédrale de Tours
8 mars : Anne Charlotte Leffler, Les vraies femmes, lecture par la compagnie Benoît Lepecq à la bibliothèque nordique
23 mars : Aki Kaurismaki, L'autre côté de l'espoir

20 avril : Les faux-british, texte de Henry Lewis, Henry Shields, Jonathan Sayer, mise en scène Gwen Aduh
23 avril : Theodore Melfi, Les figures de l'ombre. Avec "les voisins", pour ne pas attendre le résultat des élections scotchés à la maison
29 avril : château de Fontainebleau

3 mai : Raúl Arévalo, La colère d'un homme patient, 2016
6 mai : Martin Granger à la Cave à Bananes. Générateur de critique de danse contemporaine
8 mai : James Gunn, Les gardiens de la galaxie, II, 2017
9 mai : Jordan Peele, Get out, 2017
10 mai : Terence Davies, A Quiet Passion, (Emily Dickinson), 2017. Mauvais
19 mai : Kim Seong-hoon, Tunnel, 2016. Pas mal si on ne tient pas compte d'un certain nombre d'invraissemblances
22 mai : lecture mise en scène de Ah l'amour ! d'Anne Charlotte Leffler
29 mai : Guy Ritchie, Le Roi Arthur, 2017. Bof. Histoire minimale, bcp de combats, un peu de magie. A éviter.

4 juin : Palazzo Pubblico de Sienne, basilique St François, Santa Maria della Scala de Sienne (vu que le rez-de-chaussée)
5 juin : musée étrusque Guarnacci, Palais des Prieurs de Volterra
13 juin : jardin Rodin
19 juin : Valérie Lemercier, Marie-Francine. Mignon.

1er août : musée Hergé. Nous y passons trop de temps, trop tard pour Rimbaud.

14 septembre : Charles Laughton, La nuit du chasseur.
15 septembre : Doug Liman, Barry Seal, 2017. Excellent, peut-être pas dans l'art cinématographique (mais je me tape de l'art cinématographique) mais dans le pseudo documentaire historique, à la manière de Vingt ans après et la Fronde : le Cartel de Medellin, l'Irangate, le second choc prétrolier,…
19 septembre : Barry Seal une deuxième fois, la première heure, en attendant d'aller fêter l'anniversaire d'O.
21 septembre : Tommy Wirkola, Seven sisters. Pas mal. Sans doute pas à revoir, mais au moins à voir.

5 octobre : Michel Hazanavicius, Le Redoutable, 2017. Pas vraiment mon genre, le personnage principal est trop insupportable pour que je supporte un tel film. Quelques jours plus tard j'apprendrai la mort d'Anne Wiazemski ce jour-là.
6 octobre : Eric Toledano et Olivier Nakache, Le sens de la fête, 2017. Sans grand intérêt malgré les commentaires plutôt bon sur allô ciné.

3 novembre : Ruben Östlund, The Square, 2017. Intéressant, touchant.
14 novembre : Roman Polanski, D'après une histoire vraie, 2017. Bof.
15 novembre : Andreï Zviaguintsev, Faute d'amour, 2017.
24 novembre : Janaceck, De la maison des morts,

Une grosse erreur dans Dr Strange

— Non mais tu comprends, C7-C8, ce n'est pas possible: les mammifères n'ont que sept cervicales, à une ou deux exceptions près.

Samedi

Nous avons perdu du temps avant de monter en bateau, tant et si bien qu'il faisait déjà chaud alors que nous étions arrivés au club à neuf heures et demie.
Je suis fatiguée du mauvais état du matériel de Melun. Il faudrait les bateaux de Neuilly sur le bassin de Melun. Je crois que je vais insister pour monter en skiff la prochaine fois.
Moi à la nage, Stéphane, Patricia, Jean-Luc.
Pas de photo, j'avais oublié mon téléphone.


Le soir, grave erreur: nous allons voir Rester vertical à Montreuil. Le plus intéressant finalement, c'est d'observer la façon dont les critiques et commentaires de la presse restent strictement factuels, s'abstenant ainsi discrètement de donner leur avis.
Nous avons désormais un cri de guerre: «Bêêêhh !!»

Mr Gaga : sur les pas d'Ohad Naharin

J'ai découvert que de tous les arts dits contemporains (y compris le nouveau roman), seule la danse me paraît aller de soi.
Documentaire sur Ohad Naharin. Toujours la même question sur ce genre de film: d'où viennent certaines images; qui a tourné, et pourquoi, les images sur l'enfant à la fin, par exemple? Est-ce que cela s'est produit alors que quelqu'un filmait ce jour-là pour une autre raison? ou est-ce de la mise en scène, la reconstitution d'une situation qui a réellement eu lieu un autre jour?

Entre tyrannie et exultation. Je ne peux pas juger, mais simplement dire que j'ai aimé.


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encadrement des débutants : Jean-Michel à la barre, Jérôme et moi planqués au un et deux. Camille et Arnaud.

Pluie

Longue matinée à me demander ce que je vais faire, pour finalement ne rien faire. Mésanges huppées au-dessus de ma tête pendant le petit déjeuner sous l'épicéa. Sortent-elles du nid?

Le Jodie Foster, Money Monster. Le style de Georges Clooney me rappelle celui de Cary Grant (dans La mort aux trousses, dans Arsenic et vieilles dentelles): la façon d'écarquiller les yeux, la mobilité du visage, les gestes trop grands, comme une pantomime. Film moyen, ni bon ni mauvais. Pour se protéger de la pluie.

Déluge à deux heures. Les invités du mariage courent sous la pluie. Orage. Pluie continue, linge trempé.
Tant pis, j'irai le chercher demain. Je songe aux mésanges du matin, comment vont-elles?

Préparation du TG. Sur le sacrifice. Je suis perplexe.

Documentaires (ou non-fictions)

Depuis le début de l'année, Aymeric propose sur FB et twitter un top 5 par jour, sur un sujet qu'il choisit.

Le 21 mai, il s'agissait du top 5 des non fictions filmées.

Je recopie ici son top 5 ainsi que les suggestions de ses contacts FB, pour mémoire (LAV : liste à voir en parallèle de PAL, pile à lire).
J'ai regroupé les titres selon les auteurs des commentaires (j'en conserve les noms par ailleurs, mais comme il s'agit de pseudos FB qui pour la plupart n'ont pas la moindre idée de mon existence, j'anonymise. J'attribuerai les commentaires à leur auteur sur simple demande de celui-ci).

Top 5 d'Aymeric:
1. Shoah - Claude Lanzmann
2. Sans Soleil - Chris Marker
3. Pourquoi Israël - Claude Lanzmann
4. Veillées d'armes - Marcel Ophuls
5. Agnès de ci de là Varda - Agnès Varda

Citizen 4

L'Ordre
- Jean Daniel Pollet
Une partie de campagne - Raymond Depardon
Heartworn highways - James Szalapski
When We Were Kings - Leon Gast
La Sortie de l'usine Lumière à Lyon - Louis Lumière

The Cramps- Live at Napa State Mental Hospital

Civil war
de Ken Burns.
Les statues meurent aussi de Resnais et Marker
Dead Birds de Garner

The Fog of War
et The Unknown Known d'Errol Morris
Into The Abyss de Werner Herzog

Le Voyage de Primo Levi
La femme aux cinq éléphants

Les frères Taviani - César doit mourir
Dreaming by numbers
Looking for Richard

A la recherche de Vivian Maier

La Reprise du travail aux usines Wonder
Le fond de l’air est rouge
L’Heure des brasiers.

Nanouk
et L’Homme d’Aran

Wiseman

Nick's Movie de Wenders
Trop tôt trop tard des Straub
Hôtel Terminus de Marcel Ophuls
Dziga Vertov (L’Homme à la caméra)

Titicut Follies (Wiseman)
Rencontres au bout du monde (Herzog)
Nanouk l'Esquimau (Flaherty)

The Art of Killing Joshua Oppenheimer


Je crois que les documentaires sont toujours attachants, car ce qui nous est montré, c'est l'attachement du réalisateur à son sujet, quel qu'il soit. Ce que nous aimons, c'est l'attachement, la dévotion, la dédication.

Samedi

Oral d'exégèse à 10h40, donc. Il s'agit d'un exposé sur un extrait (péricope) de St Jean à choisir, présenter, problématiser (le grand mot). Pas d'explication linéaire. J'ai l'impression de revenir en hypokhâgne, ce n'est pas désagréable. Ce qui est infiniment plaisant, c'est la façon dont chaque verset résonne avec des dizaines d'autres, soit dans Jean, soit dans l'Ancien Testament (point de méthode que j'ai déduit sans en comprendre véritablement la cause: éviter de rapprocher Jean des synoptiques, à moins d'être en train de travailler sur ce point).
Lever à quatre heures pour écrire cet exposé. Exposé. («Vous tenez un sujet de mémoire»: je n'en demandais pas tant.) Puis mojito. Puis Les 8 Salopards.

Je n'avais pas revu de Tarantino depuis Inglorious Bastards qui m'avait coûté ma confiance en les cinéphiles. J'avais entendu dire qu'il était lent, un peu ennuyant dans la première partie, et j'y allais en me souvenant de l'hallucinant dialogue sur le pourboire du début de Réservoir Dogs.
Le début de ce film-ci, le Christ, la miséricorde, rappelle l'ambiance de True Grit, le suspense: qui sera du côté du bien, qui du mal, qui soutiendra le faible (mais qui est le faible dans ce film de Tarantino, comment compter les huit salopards parmi les neuf personnages? C'est sans doute la seule question intéressante de ce film), un cheval blanc, sept chevaux noirs, un Noir, sept Blancs et une Blanche (ou sept Blancs et un Mexicain), pas tant la conquête de l'Ouest que la guerre de Sécession et toutes les haines que la paix n'a pas apaisées, mais aussi les morts noirs contemporains de Baltimore et d'ailleurs et «Black Lives Matter».
A l'inverse de ce que j'ai pu entendre, c'est la seconde partie qui m'a lassée. Tarantino doit avoir passé un contrat avec un vendeur d'hémoglobine. Cela en devient ridicule.

Rentrée. Dormi. Mangé des crêpes (c'est bien, les grands enfants. Ça prépare les crêpes, ça achète la confiture, ça fait cuire les crêpes). Beaucoup ri.

Réunion parents-profs

La dernière, là encore. Le prof d'informatique nous a posé un lapin, ce qui m'a agacée car nous aurions pu avoir un RER plus tôt.

O.: élève intelligent, ouvert, curieux, «qui lit beaucoup» (ôÔ ?? il a surpris le prof d'histoire parce qu'il connaissait les trois lois de la robotique d'Asimov. Cela ne me paraît pourtant pas un grand titre de gloire… (cours d'éducation civique, sujet "l'homme transhumaniste"), qui se laisse vivre, aux résultats moyens…

Je suis ennuyée. Je suis ennuyée parce que H. veut que O. aille en math sup, et ça m'ennuie que ce soit son père qui décide ça à sa place, d'un autre côté, c'est sans doute ce qu'aurait choisi spontanément O. (mais dans ce cas, je devrais être ravie et pas ennuyée: ce n'est pas logique. C'est que j'ai un doute: comment savoir vraiment ce que veut O.? Mais veut-il quelque chose? sans doute pas. Je lui ai conseillé, s'il ne savait pas "ce qu'il voulait faire" (entre guillemets, car cette expression m'a toujours paru stupide et effrayante dans son déterminime et sa fermeture), de déterminer au moins ce qu'il ne voulait pas faire, ce qui est plus facile et très important).


Le film d'hier me court dans la tête. Finalement, c'est la version américaine de L'Idiot. C'est sans doute la métaphore de la construction qui s'écroule (les hypothèques pourries vendues dans des produits notés triple A) qui a facilité le rapprochement, mais le film russe démontre la corruption, le film américain la fraude et la collusion entre ceux qui s'en mettent plein les poches. Et le "petit peuple", les gens de base, sans doute pas bien malins ni très recommandables mais néanmoins des êtres humains, paient les pots cassés.
Huit cents personnes dans l'immeuble russe.
«Vous venez de parier contre l'économie américaine. Un point de chômage en plus représente quarante mille morts.» Pour l'Amérique.
Ajoutons la Chine, l'Islande, les "PIGS" comme s'appellent eux-mêmes les Grecs (Portugal, Italie, Grèce, Spain), etc.

Cabinets d'audit, agences de notation et vieille rancune

The Big Short à La Défense. J'avais préféré Margin Call, à voir avant Inside Job. En fait, j'avais compris très tôt le mécanisme de la crise grâce à mes "petits déjeuners de la finance" expliqués par des banquiers (je retrouverai la date dans ce blog: en 2008, sans doute, quand je travaillais encore à la doc).

J'attendrai le reste de ma vie la chute d'une agence de notation, n'importe laquelle. Et ce jour-là j'arroserai ça à rouler sous la table.
Ça peut arriver. Après tout, Andersen est bien tombé. (Comme il est difficile d'expliquer à quelqu'un qui n'est pas de ce monde-là la haine que suscite, que suscitait, en moi ceux qu'on appelait les "big six" (Arthur Andersen, KPMG, Ernst and Young, Coopers and Lybrand, DTTI (ex-Touche Ross), Price Waterhouse), ceux qui nous courtisaient à la sortie de Sciences-Po, et que, rien qu'à voir quels étudiants ils attiraient — les plus prétentieux, les plus méprisants, les plus imbus de leur personne — je savais qu'ils étaient, qu'ils seraient (dans mes années professionnelles à venir) mes ennemis héréditaires. (Et cette intuition s'est confirmée: gens inutiles pleins de morgue payés très cher brassant beaucoup de vent — il aura fallu attendre V., élève dans ma promo à l'ICP et associé de l'un de ces grands cabinets, V. si réservé, aimable, prévenant, (le prince de la gougère au fromage) pour que je me dise que peut-être, il y avait quelque chose à sauver dans ce monde que je méprise (quelle est la phrase, déjà? «Certains rêvent de penthouses, de grosses voitures et de strip-teaseuses, d'autres de chalets isolés qui leur permettront de ne jamais croiser les premiers»)).

Phrase à retenir du film: «Ils ne sont pas stupides, ils s'en moquent. Ils savaient que les contribuables paieraient les pots cassés.»


Sans rapport et sans transition:
Ce matin, j'ai cherché quelques auteurs à télécharger sur mon téléphone, des auteurs pour la plupart libres de droits (je choisis des œuvres complètes entre un et trois euros, parce que tout travail mérite salaire). C'est amusant de constater ce qui m'est venu à l'esprit (en choisissant les langues que je lis: français, anglais, péniblement allemand):
- Berlin Alexander Platz (en allemand)
- Derrida par Peeters (lors d'une recherche sur Derrida)
- Tristam Shandy
- The Golden Bough
- De l'origine des espèces (Darwin en français)
- Tout Dickens, tout Swift, tout Carroll, toute la poésie de TS Eliot, Ulysses, Don Quichotte dans la traduction récente, les Mémoires de St Simon en deux tomes, tout James, tout Wilde, tout Poe, tout Baudelaire, tout Rimbaud, tout Chateaubriand, tout Proust (ou presque: pas Jean Santeuil et deux œuvres non libres de droits), tout Flaubert.

C'est un vertige que tout cela prenne si peu de place. Mon téléphone me devient très précieux, je le contemple avec respect: ce n'est pas possible (trois ans plus tard, elle comprit ce qu'était un iPhone… (mais enfin, qui ici a vu en 1989 un informaticien excité comme un pou à l'idée de posséder un disque de 60 Mo? J'ai quelques excuses à ne pas m'habituer. L'évolution a été proprement phénoménale.))

J'avais déjà téléchargé tout Hugo et tout Verne, Moby Dick, tout Kafka, Apologia pro Vita Sua et Balzac au compte-goutte (je le lis sur mon téléphone dans la journée, et le soir je lis les introductions et les notes dans la Pléiade.)

Vivrai-je assez longtemps? Curieusement, il me semble que je dois pouvoir tout lire. Pour la première fois, ça me paraît possible. (J'ai oublié Homère.)

Il me manque les Russes, des Russes. Mais je ne lis pas le russe. Et Tabucchi.

Belmondo

Boire un Lagavulin en famille en regardant Le Cerveau (tout cela à cause d'un reportage vu par hasard cet après-midi sur la carrière de Belmondo (nous sommes partis en retard, impossible de nous en détacher: le petit cireur de chaussures de L'homme de Rio devenu adulte, les béquilles vraies béquilles (jambe cassée) dans Le Magnifique, le chariot qui se détache dans la cascade entre deux immeubles dans L'homme de Rio un véritable accident,…)).

L'idiot

Film russe. (Surtout ne pas regarder la bande-annonce, elle montre trop de choses).
Si Léviathan m'avait fait penser à Job, celui-ci m'a plutôt évoqué Le Revizor.

Ce film est moins intense que Léviathan, sans doute moins réussi, mais il pose cette question étrange des âmes claires dans les contrées noires. Pourquoi cette persistance du bien? Cela m'a rappelé une conversation le jour de notre départ de Boston à propos de Star Wars: sur les sites de jeu, les gens préfèrent être des siths que des jedi, «parce que, tu comprends, les jedi, ils perdent. Ce sont les siths qui gagnent».
Mais rien à faire, il reste toujours un jedi ou un idiot dans un coin.
Wishful thinking ou sagesse ancestrale ?

Je fais ma liste de "résolutions" et c'est toujours la même: travailler plus. Je ne travaille pas assez. Moins de films, moins de FB, plus de livres.

Films vus en 2016

1 janvier - Yuri Bykov, L'Idiot ! «Il y a de la lumière en lui» (citation de Star Wars)
David O. Russell, Joy. Nul. Plaisir et surprise de voir Isabella Rossellini

3 janvier - François Truffaut, Tirez sur le pianiste (DVD)
Gérard Oury, Le Cerveau, 1969 (DVD)

10 janvier - Spielberg, Les aventuriers de l'Arche perdue. Indiana Jones I. Avec H et O. J'avais oublié beaucoup de choses, comme d'habitude. Ce que je préfère, c'est la musique.

16 janvier - John Carpenter, New York 1997. Intéressant, surtout la dernière minute. (cité par un ami de PZ sur FB

17 janvier - Robert Donalson, No Way Out, une remcommandation de PZ. Plaisant. Une deuxième fois avec Hervé.

20 janvier - The Big short à La Défense.
puis L'Homme de Rio avec O. qui ne l'a jamais vu.

6 février - Tarantino, Les 8 salopards

12 février - David Fincher, Benjamin Button puis Peter Yates, Bullit.

14 février - Clint Eastwood, Honkitonk Man

18 février - les frères Coen, Avé César. parmi les non-films des frères Coen, mais ce n'est pas grave.

21 février - Buñuel, La mort en ce jardin.

24 février - Tom McCarthy, Spotlight. Enquête sur les prêtres pédophiles de Boston. Il faut mettre fin au célibat des prêtres, c'est urgent.

5 mars - Henri Verneuil, Le Président. Déprimant.

6 mars - Mohamed Hamidi, La vache. «Tu m'écriras d'autres lettres?» «Mes hommages à Madame votre grand-mère». C'est sympa, comme film, et n'en déplaise à certains, c'est sympa, les films sympas. (Pas de gros rires, pas de gros gags, pas de miracles, mais des réactions humaines et en sourdine, sans insister, uniquement pour les spectateurs qui y pensent, la comparaison entre le dénuement d'un village du bled et "les problèmes de riches".)

12 mars - François Ruffin, Merci, patron! Incroyable. Incroyable, incroyable, incroyable.
Le soir, deux films avec Sophie Marceau, Anthony Zimmer et Un bonheur n'arrive jamais seul.

13 mars - François Ruffin, Merci, patron!: j'ai insisté pour que tout le monde le voit, nous y sommes retournés en famille.

27 mars - Afonso Poyart, Prémonitions (apple TV): la classique question du droit à faire mourir pour éviter la souffrance.
Plus tard, Adam Brooks, Un jour peut-être. Le genre de film nunuche que je regarde pour faire plaisir à H. Rachel Weisz est très jolie. Un côté Flaubert: la blonde fade, la brune piquante, la rousse ironique.

28 mars - Daniel Espinosa, Sécurité rapprochée. Je l'avais vu au cinéma, j'avais trouvé le héros mou, inexpressif (Ryan Reynolds n'est décidément pas mon genre) mais j'avais envie de revoir la savane de l'Afrique du Sud.

30 mars - Atom Egoyan, Captives. Réseau pédophile et sadisme psychologique. Tout est dans la suggestion, rien dans la vision. Sobriété.

avril, Limitless; Sergio Leone, Il était une fois dans l'Ouest

avril, Dans la tête de John Malkovitch. Intéressant mais bof

28 avril, Sergio Leone, Il était une fois la révolution: à la fin, les gens comme nous, ils meurent.

18 mai, Civil War (un Avenger). En famille.

22 mai, Almodovar, Julietta. Avec H.

10 juin mai, Paolo Virzi, Folles de joie, 2016. Elle sont folles, c'est certain. J'ai pensé, dans un autre genre, à Une vie volée dans lequel j'ai découvert Angelina Jolie. Film tenu à bout de bras par Valérie Bruni-Tedeschi, avec beaucoup d'énergie.

11 juin, Eric Lavaine, Retour chez ma mère, 2016. Joli film sur la famille. Les dialogues sonnent à peu près juste, ce qui n'est pas si simple. Avec C et I.

05 juin, Shane Black, The Nice Boys, 2016.

08 juillet, Nicolas Winding Refn, The Neon Demon, 2016. Le film qu'on a si honte d'avoir vu qu'on n'ose pas regarder ses voisins quand la lumière se rallume. En résumé: le sacrifice de la vierge sur l'autel de la beauté.

10 juillet, Pascal Bonitzer, Tout de suite, maintenant, 2016. Bien. Deux générations d'acteurs, c'est étrange de se dire que nous ne verrons pas vieillir la plus jeune (ou du moins qu'ayant ving-cinq ans de moins que moi, elle me paraîtra toujours jeune).

19 juillet, Jean-Luc Godard, Masculin féminin.

21 juillet, Cesc Gay, Truman.

22 juillet, Tomer Heymann, Mr. Gaga: sur les pas d'Ohad Naharin.

31 juillet, Sébastien Marnier, Irréprochable. Bon film.

août, Fred Cavayé, Pour elle. Pour Olivier. C'est vraiment un bon film. Apple TV à St Rémy.

août, Gérard Oury, La Grande Vadrouille, 1966. Pas ce que je préfère. Apple TV à St Rémy.

21 août, Jean-Jacques Annaud, Coup de tête. A Digoin. Très bonne surprise. Dewaere charmeur.

26 août, Justin Lin, Star Treck sans limite, 2016. Mignon.

27 août, Alain Guiraudie, Rester vertical, 2016. Bêêêhhh.

28 août, Les gardiens de la galaxie. Une fois de plus. J'adore les décors, je n'ai jamais vu de décors aussi soignés. Apple TV.

29 août, les frères Coen, The Big Lebowski, 1998. Pour O qui ne l'avait jamais vu. Je n'accroche pas avec ce film. DVD.

3 septembre, Malik Bendjelloul, Sugar Man, 2012, sur l'insistance d'Olivier. Quand la réalité devient magique. Documentaire. Apple TV.

4 septembre, Maren Ade, Toni Erdmann. 2016. Film allemand. (Il devient de plus en plus évident que les films américains sont tous les mêmes).

15 septembre, Uda Benyamina, Divines, 2016.

17 septembre, Philippe Lioret, Le fils de Jean, 2016.

18 septembre, Pascal Chaumeil, Un Petit Boulot, 2016.

30 septembre, en cassette seule sur le canapé: Irwin Allen, John Guillermin, La Tour infernale, 1974.

4 octobre, Pierre Granier-Deferre, Adieu Poulet dans une définition atrocement pixellisée sur Youtube

7 octobre, Harry Potter, le dernier. DVD

8 octobre, David Fincher, Fight Club, DVD.

9 octobre, Harry Potter IV, DVD : je crois que je ne l'avais jamais vu (pas une grosse perte)

15 octobre, Sydney Pollack, Absence de malice, Kodi.

[…]

L'arbitrage, DVD.
Dr Strange
Miss Peregrine et les enfants particuliers
Dead Man avec Olivier. DVD. Je ne sais pas ce qu'il en a pensé.
Alliés puis RED (Apple Tv) pour se remonter le moral tellement c'était mauvais.

26 décembre, Rogue One

du 23 au 29 décembre, la saison 1 de Sense8 en utilisant Kodi.

Trois parts

Matinée sur Cana, Jn 19, 25-27 et Ap 12.
La professeur : «Ah oui, "spectre de fer"… Regardez dans Genèse 49, la bénédiction de Jacob, je n'y avais pas pensé».
Ces professeurs qui non seulement connaissent la Bible par cœur, mais les chapitres ou les versets, et font des associations à partir de quelques mots, scrupuleusement traduits par les mêmes mots à des pages d'écart… Comment fait-on? Suffit-il de lire beaucoup, souvent? — Mais je ne retiens pas les chapitres ou les versets.

Lire avec des yeux neufs. Quasi impossible (sauf quand je traduis. Alors tout me paraît neuf). Lire les noces de Cana et découvrir pour la première fois — grâce aux questions posées — qu'il n'y a qu'un nom propre dans la péricope. Apprendre que ce récit n'apparaît que chez Jean. Etc, etc. Apocalypse 12 fait écho à la Genèse, au moins en partie.


Suite du colloque. Des envies d'Arabie et de Moyen-Orient, une nostalgie de ce que je n'ai pas connu. Comment peut-on être nostalgique de ce qu'on n'a pas connu?
Photos de Jérusalem et autour datant d'avant 1920. Plaques de verres. Trésor des communautés religieuses.

Starbucks (pour attendre. J'adore leur café au lait de saison, au potiron, au pain d'épice…) en lisant Les aventurières du Sinaï.
Le pont aux espions. Je me souviens de notre surprise à Postdam: il est très court.
Un beau film, mais qui me donne trop cette impression de "catéchisme à l'usage des jeunes Américains". C'est un aspect que je trouve à la fois sympathique et démodé, il me manque un peu de cynisme, c'est vraiment trop gentil.
La douleur est de voir la façon dont est traité l'espion russe et de songer à Guantanamo (Essential Killing en forme de gifle).

Dimanche

Bien failli ne pas aller ramer: une voiture qui ne démarrait pas, l'autre qui n'avait plus d'essence alors que j'étais déjà en retard. Mais il faisait si beau, c'est si important de profiter de tout cela, avant le mauvais temps et les crues.

Yolette de couple: Franck, Stéphane, Carole, moi, Yannick.
Trois photos de suite pratiquement au même endroit. Coup de chance.





Spectre. La salle de ma ville est pleine. Bien moins trépidant que le précédent, pas de scène marquante même si je suppose que les courses poursuites sont des chefs d'œuvre de précision. Il y a vraiment trop de données sorties d'un chapeau (comment M. sait-elle qu'il faut assister à l'enterrement du mafieux? Comment connaît-elle ce mafieux? Est-il vraisemblable que Bond ne neutralise pas la caméra du roi pâle? etc, etc…)
L'inquiétude mise en scène est celle que nous sommes en train de vivre: doit-on accepter la collecte de l'information au prix de la disparition de toute vie privée, à laquelle s'ajoute la question classique: doit-on admettre un gouvernement fort au prétexte de rétablir et maintenir l'ordre et la paix? (mais peut-être faudrait-il problématiser la différence entre l'ordre et la paix).

Bataille autour de la tarte aux pommes quand soudain la voix du chef scout s'élève:
— La seule raison de regarder dans l'assiette de ton voisin, c'est de vérifier qu'elle est suffisamment remplie.
Ça m'a fait rire. Les principes simples, c'est structurant.

Seul sur Mars

Beaucoup dormi. Pas ramé, non que je n'ai été levée à temps, mais j'ai eu peur de la semaine à venir si je ne récupérais pas suffisamment aujourd'hui.

Un peu honte de ne pas avoir profité davantage du temps hors de saison qui s'offre encore. Les fleurs de néflier attirent les papillons, leur parfum ressemble au jasmin.

Seul sur Mars au cinéma municipal. Encore de la pub pour devenir ingénieur: vous saurez faire pousser des patates, synthétiser de l'eau, fabriquer des bombes, utiliser un code hexadécimal pour dialoguer avec la terre quand tout le reste sera KO.
Point géopolitique intéressant : c'est la Chine qui propose son aide, pas la Russie.
Point mythologie et nostalgie (je songe toujours à Barthes quand je vois ce genre de film): comme dans Les gardiens de la galaxie, le disco est la musique de référence.

On passe un bon moment, c'est meilleur que Gravity.

Petite journée petit moral

J'écris cela sur l'iPad de la maison -- première fois que je m'en sers, je déteste mettre mes doigts dans l'écran pour écrire, mais j'ai oublié mon portable à Blois mercredi.

Je mets en ligne des notes — à développer ou pas — depuis début septembre.

Le nouveau stagiaire: entre thèmes zemmouriens (la perte de repères des hommes) et art or manliness (le mystère du mouchoir en tissu: — A quoi ça sert? Je n'ai jamais compris. — Ça sert à être donné.)

L'ultime secret du Christ: intéressant et bien fait — mais c'est incroyable l'ignorance commune que ce livre semble démontrer.

U.N.C.L.E: utilisation de la musique comme Sergio Leone et Wes Anderson. C'est reposant, un film sans cascade et sans scène de cul explicite.

Brume

Début d'automne. Brume au dessus de la Seine. Premières rousseurs.
Peu ramé, peut-être trois kilomètres, mais c'est toujours plus que jeudi où je n'avais que barré. Formation des débutants.

Retournés voir Agents très spéciaux avec C. et I. La bande-son est vraiment très bonne et l'utilisation des clichés parfaitement orchestrée. Quel sens du tempo, légèrement ralenti. Le James Bond des années 2010-2020.

Kitsch

J'ai récupéré mon tableau. Je n'ose en mettre une photo en ligne. Mais ça me fait plaisir.
Maintenant, il faudrait que ce tableau devienne suffisamment associé à moi pour que l'un des enfants souhaite le récupérer à ma mort. Est-ce possible? En attendant, je l'ai posé à côté de mon bureau, contre l'étagère. L'encadreuse a gentiment et très soigneusement recopié au dos du cadre tous les renseignements écrits le long de l'affiche. Ce n'est pas parce que celle-ci date de 1939 que cela signifie que mon grand-père l'a achetée cette année-là (je ne peux m'empêcher de penser que le cadre argenté est une idée à lui. C'était son style). Je ne saurai jamais.

Agents très spéciaux - Code U.N.C.L.E avec A. et O. Etonnament bon (je veux dire que je ne m'attendais pas à ce que ce soit si bon).

Les Noces funèbres

Ce soir, O., tout surpris d'apprendre que je n'avais jamais vu Les Noces funèbres (un film que les enfants ont regardé en boucle à sa sortie), a décidé que ce serait le film de la soirée.

L'histoire est agréable en ce que l'issue est imprévisible, puisque les personnages principaux sympathiques sont en nombre impair (le quatrième est le méchant, donc il va "perdre". Mais quel couple sera-t-il finalement formé? Difficile de décider ce que va choisir le scénariste.)






Ce soir (tard, après la fin du film), retour de H., C et A au bercail après dix jours d'absence.

Leningrad Cowboys Go America

Film du soir avec O., toujours en repassant.
Impossible de me souvenir où et comment j'ai découvert ce film. Une seule certitude, ce n'était pas en salle et les DVD n'avaient pas encore monopolisé le marché. Etait-ce une cassette trouvée chez Rhotull?
En tout cas, je sais que c'est lui qui plus tard me l'a copiée en format DVD grâce à du matériel de l'armée (ce n'était pas si facile à l'époque, nous sommes en 2002 ou 2003).

Voici les premières minutes du film. Des paysages gelés et un air slave. Comment vouliez-vous que je résiste?







Ici la bande-annonce, ou presque. Un road movie et de la musique. Tout ce que j'aime.
(Bonus: le garagiste blond, c'est Jim Jarmusch.)



La Crise

Il y a longtemps que je cherchais un film avec Vincent Lindon. Ça parlait de racisme, mais je ne me souvenais absolument pas du titre.

J'avais vu passer sur FB la célèbre scène avec Maria Pacôme, mais je n'avais pas fait le lien tant ce n'est pas cela qui m'avait marquée. Ce qui m'avait marquée, c'était les scènes douces-amères autour du "Rémi" (RMI), et je n'ai reconnu le film qu'en voyant dans un commentaire le passage sur le racisme.

Donc ce soir j'ai déclaré à O. que nous allions regarder La Crise. J'ai été effarée de constater à quel point il s'appliquait encore exactement à la situation actuelle, peut-être plus encore qu'en 1992 (le passage sur la malbouffe est sans doute plus un sujet de préoccupation aujourd'hui qu'à l'époque). Il ne manque que la tonalité terrorisme-djihad.

Quand ai-je vu ce film? Après 1999, puisque nous étions déjà dans la maison. Je me demande à quel point la grande tirade de Zabou m'a influencée (les enfants étaient petits et j'étais très fatiguée) dans ma décision de ne plus faire ce qui ne semblait compter pour personne: ne plus repasser les torchons, ne plus plier les slips, ne plus apparier les chaussettes, passer le balai de temps en temps, mais uniquement quand ça me chantait,… bref, une véritable grève qui d'ailleurs ne s'est pas beaucoup vu puisque tout le monde, il faut le dire, se fiche un peu d'une maison propre et rangée tant qu'il peut être tranquille dans son coin à poursuivre son activité préférée.
Et que celui qui ne s'en fiche pas vienne me voir, nous ferons les corvées ensemble. (Aujourd'hui, les choses ont changé, les enfants étant grands, nous pouvons faire le ménage en équipe. Mais je refuse d'avoir l'impression d'être la seule à être punie en passant tristement la serpilière le week-end).

Et pour sourire à la fin de cette tirade MLF, précisons que je l'ai regardé en repassant…

Amy

D'Amy, je ne connaissais que ce clip chez Cafeine (c'est même comme cela que je l'ai connue) et l'annonce de sa mort chez mon oncle alors que nous fêtions les soixante-dix ans de celui-ci et dans le même temps — avant, après? — la terrible nouvelle de la fusillade en Norvège.

Le film Amy Winehouse est terrible, assez lent au début, montage de films d'amateurs, puis plus rythmé au fur à mesure que les archives deviennent "officielles" (télé, concerts, etc). Il n'a sans doute pas été monté dans ce but, mais le spectateur ne peut s'empêcher de distribuer des bons et surtout des mauvais points aux personnages à l'écran, le mari, le père, le garde du corps, les copines d'enfance, le producteur, etc. Nous sommes tellement désolés puisque nous connaissons la fin, certaines images sont si cruelles qu'elles laissent perplexes: vraiment, son entourage n'a rien fait?
Et quel réquisitoire contre la drogue.

La table de nuit

Ce qui m'a fait sourire, en fait, c'est que je n'ai pas encore quatre-vingt-dix-sept ans, et ma table de nuit est beaucoup plus petite, mais elle ressemble déjà beaucoup à ça: une lampe d'architecte bleue (pour lire au lit), un tube d'homéoplasmine (à cause de ma brûlure au doigt ou parce que je n'avais plus de Vicks? je ne sais plus), la boîte de cigarettes de couleur (pour contenir des micro-pinces à cheveux et des boules quiès en mousse), un coupe-ongles (il ne devrait pas être là (la plupart du reste non plus, remarquez)), un dessous de verre acheté à Carnac en revenant du mariage de Matoo (pour poser le thé), une bouteille de Synthol (contre les piqûres d'insectes), deux pipettes de larmes artificielles, une ouverte l'autre non (pour mes débuts d'allergie (démangeaisons) ou pour me réveiller les matins où c'est dur)), l'inhalateur en cas de menaces de crise d'asthme (quand les poumons sifflent certains soirs), un tube de lait auto-bronzant (il ne devrait pas être là — tentative de raccord de bronzage sur les pieds — ça n'a pas marché), un bocal de confiture Bonne Maman rempli de bonbons au miel (aussi pour prévenir les crises d'allergies), posé dessus un pot de Vicks (idem: tout est fait pour ne pas permettre à la crise respiratoire de se déclencher et de s'installer), la carte de bibliothèque de Yerres, une pile de petits cartons sur lesquels sont inscrites des tâches à accomplir si possible quotidiennement (si j'en fais deux ou trois c'est déjà bien — genre bloguer et faire du grec), une bouteille de spray pour la gorge, une bouteille de vernis sans doute solidifié (avec la chaleur — à vérifier), ma chaîne avec la croix en argent de Pologne et le cœur offert par la mère de Frédérique, les boucles d'oreilles achetées à Mycènes, une lime à ongle, un critérium publicitaire Mercure, une bouteille de spray pour le nez (je n'aime pas ça, c'est trop fort — mais j'étais en rupture de spray pour la gorge), un gobelet souvenir de la rando sur l'Erde rempli de stylos et de feutres (j'ai toujours besoin de stylos), un vaporisateur noir d'huile prodigieuse Nuxe (j'adore l'odeur du chèvrefeuille), un presse-papier Love d'Indiana offert par P. (je ne sais plus très bien pourquoi il a été descendu, normalement il est près du bureau), un chapelet ramené par mon grand-père de Lourdes.



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Agenda
Je rejoins Hervé, Isabelle et Olivier pour voir A Touch of Zen.
Quand je récupère ma voiture à Villeneuve-St-Georges, quelqu'un a rayé le côté conducteur. Mal dormi.

Tout s'achète

Ouvert le courrier pendant deux heures (eh oui: des centaines de lettres) en écoutant Albertine disparue (deux premiers CD). Sidérée toujours par la muflerie des lettres envoyées par le narrateur à Albertine. Peut-il réellement s'agir du récit transposé de l'amour de Proust pour un ami, pouvait-il réellement traiter qui que ce soit ainsi, littéralement l'acheter, et ne pas être choqué de l'acheter? C'est incroyable. Et quelle bassesse.

Cet amour insupportable qui n'est que désir de possession, qu'est-ce que je déteste cela.


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Agenda
H. me récupère à Neuilly. Paris est désert. La isla minima, film amer et lent, entêtant.

Der Samouraï de Till Kleinert

N'y allez pas.

12, 13, 14, 15, 16

- Vendredi soir, prière œcuménique à St Julien-le-pauvre. Je croyais que c'était une église orthodoxe, en fait elle est catholique-melkite.

- Samedi, dimanche et lundi : fin de la dissertation d'ecclésiologie en perdant beaucoup de temps à ne rien faire (Au début de l'année elle devait être rendue le 26 mai. Le 26 mai il me restait à écrire l'introduction et la conclusion. J'ai alors appris qu'elle était à rendre le 8 juin. Et c'est ainsi que je l'ai rendue le 15. C'est maladif (sérieux : je me dis qu'il faut que je me fasse soigner, j'ai un problème avec les échéances)).

- Dimanche H. a démissionné de son poste de trésorier du club de ping. La fin d'une époque (nostalgie: depuis combien d'années, neuf ans, dix ans? Les championnats de France pour accompagner les enfants, les compétitions le vendredi soir, les montages vidéo pour attirer des adhérents,… tout cela vite vite, en catastrophe, en retard en retard…)

- Mardi. Je fête ça en allant au ciné et m'ennuie comme un rat mort devant Desplechin. Le mal de mer devant autant de gros plans. Et il caille dans la salle.
Je rentre et fais des paquets-cadeaux devant Les Tribulations d'un Chinois en Chine.

Vendredi

Sortie en yolette de pointe. Jérôme barreur, moi à la nage, c'est-à-dire lui faisant face. Jérôme montre beaucoup d'inventivité dans les exercices. Il nous fait ramer pieds non attachés. Je commente:
— Jérôme est sadique.
— Mais non, j'ai appris ça d'un rameur déviant.
Et je me tais, méditant sur les déviances possibles qui ne sont pas du sadisme. Quand soudain la lumière se fait:
— Tu veux dire de la ville d'Evian?

Vu San Andréas. Il y a deux scénarios américains possibles pour ce genre de film: soit le père part sauver sa fille, soit il va être confronté au fait de devoir reconnaître que son fils a grandi et est devenu son égal, son alter ego (et un troisième scénario pour une autre catégorie de film : le fils qui se bat avec l'image du père disparu).
C'est tellement convenu qu'on regrette presque qu'il y ait un scénario: pourrions-nous avoir les images sans diégèse, please?
Le sauvetage des dix premières minutes coupe le souffle (non, je ne parle pas des manipulations cinématographiques, mais des véritables cas qui doivent se produire. Quel endroit inhospitalier, pourquoi être allé s'aglutiner là-bas?)
Tremblements de terre: pour une fois, la poussière n'est pas oubliée (impression de voir des dizaines de septembre 2001) et j'ai été impressionnée par le soin mis à la représentation des déchets.


Si fatiguée par la laideur que je la photographie : descente vers le RER A aux Halles



Menus détails

Clément est parti pour le Havre pour la dernière partie du BAFA. Particularité : pas de train jusqu'au Havre, à l'aller comme au retour : car entre Rouen et Le Havre.
Il pleut beaucoup, il va en baver.

Film Jamais de la vie : doucement désespérant.

Spoil

— En sortant de Kingsman, j'ai dit à I. en longeant la file de ceux qui attendaient pour la prochaine séance : «C'est quand même con qu'il meure à la fin!»

Dormir

Je viens de découvrir (je n'y avais jamais fait attention) que le réalisateur de My own private Idaho est Gus Van Sant.
Je rêve de revoir ce film à cause de la narcolepsie.


(Zut, je m'aperçois ce soir en regardant mes mails que j'ai raté un de mes bien-aimés cours de grec. D'un autre côté, je n'avais pas du tout le temps d'y travailler, ce n'est pas pour rien que je m'étais autopersuadée que le prochain cours était en mars.)

Alan Turing

Ayant reçu à vingt ans le surnom de «bonne vieille machine de Turing» (ne vous faites pas d'illusions, il ne s'agissait pas de qualifier mon génie mais ma propension à ne traiter qu'une tâche à la fois et à ne passer à la suivante qu'une fois la précédente achevée (tandis qu'un ordinateur moderne avance aussi loin qu'il le peut sur une tâche puis travaille à autre chose en attendant vos prochaines données ou instructions — un ordinateur passe énormément de temps à attendre (d'où la possibilité d'allouer ces temps morts à des programmes nécessitant d'énormes puissances de calcul)) — mais il me semblait avoir déjà parlé de ce surnom — mais je n'en ai pas retrouvé la trace ici.)

Je suis allée voir The Imitation Game en me demandant avec curiosité comment il était possible de faire une heure et demie de film sur de la cryptographie.
Les ficelles narratives sont classiques (je ne me pose pas la question de la "véracité" de la biographie, forcément ténue, styliséee): non pas le poète maudit mais le génie incompris à la limite de l'autisme, tressage de trois unités de temps, tensions dues au secret, information et désinformation, bêtise du militaire contre intelligence de l'Intelligence Service. (Je ne dis rien de l'homosexualité de Turing qui causa sa condamnation et sa mort, car que dire?)
Cela fait un film didactique qui permet de comprendre (pour ceux que cela intéresse) que le titre fait référence à l'une des premières séquences de Blade Runner.

Concernant la machine de Turing, vous trouverez ici une vidéo longue que j'aime bien (il en existe des versions courtes, de deux à six minutes).
Concernant Enigma, des explications ici et ici en pdf.

Peur sur la ville

Tandis que le générique défile sur l'écran, nous remettons nos manteaux. Un très vieux monsieur demande à une très vieille dame :
— Voulez-vous que je vous raccompagne? Il y a des terroristes dehors, il ne faut pas sortir la nuit.
— Oh non, vous êtes gentil, j'habite dans le quartier, ce n'est pas loin.

Plus tard je les rattrape au moment où ils se séparent, prenant la rue des Ecoles en sens opposés.
— Bonne soirée, qu'elle soit plus légère que ce film!, dit la vieille dame.

Cela ne devrait pas être difficile d'être plus gai que La femme d'à côté.

Bonnes résolutions

- ne jamais commenter de cinéma sur FB
- FB toujours : ne jamais commenter un article sans l'avoir lu intégralement
Toute personne lisant ces lignes est encouragée à me rappeler ces résolutions sur FB si j'y faillis.

- lire les Evangiles en allemand
- lire Ricœur (commencer à)
- lire Balzac (commencer à)

Films vus en 2015

2 janvier - James Gunn, Les Gardiens de la Galaxie, 2014. C'est vraiment le Cape et d'épée contemporain. Décors so Valérian.

3 janvier - François Truffaut, L'Histoire d'Adèle H., 1976.

9 janvier - en salle - François Truffaut, La femme d'à côté, 1981.

11 janvier - François Truffaut, La Mariée était en noir, 1968.

Robert Zemeckis, Retour vers le futur 1, 1985. En famille.

13 janvier - en salle - François Truffaut, La Peau douce, 1964.

14 janvier - en salle - Damián Szifron, Les Nouveaux Sauvages, 2015. Tempo particulier des films argentins, comme s'ils ne respiraient pas à la même vitesse.

17 janvier - Robert Zemeckis, Retour vers le futur 2, 1989. En famille.

20 janvier - en salle - Tim Heidecker et Eric Wareheim, Tim and Eric's Billion Dollar Movie, 2011

21 janvier - Sydney Pollack, L'ombre d'un soupçon, 1999. Difficile de faire plus ennuyant.

22 janvier - J. J. Abrams, Super 8, 2011. Film archi connu pour bricoler en même temps. Elle Faning est née en 1998!

23 janvier - Tom Savini, La nuit des morts-vivants, 1990.
- Francis Palluau, Bienvenue chez les Rozes, 2003. Ce film me fait beaucoup rire.
- Billy Wilder, Sabrina, 1954.

24 janvier - Gary Fleder, Le Maître du jeu, 2003.
- Robert Aldrich, Les douze salopards, 1967.

25 janvier - Claude Chabrol, Poulet au vinaigre, 2005. Ce film m'ennuie. Voir Pauline Lafont est à jamais un crève-cœur.

28 janvier - en salle - Jean-Paul Rouve, Les souvenirs, 2014.
- Robert Zemeckis, Retour vers le futur 3, 1990. en bricolant, pas vraiment regardé. Un peu perdue, trop longtemps qu'on a vu le 2.

29 janvier - John Schlesinger, Marathon Man, 1976.

6 février - en salle - J. C. Chandor, A Most Violent Year, 2014.

13 février - en salle - Morten Tyldum, The Imitation Game, 2014. Décevant.

15 février - Georges Lautner, Les Tontons flingueurs, 1963. Baptiste ne l'avait jamais vu.

18 février - en salle - Gus van Sant, Prête à tout, 1995. La grand-mère de Gone Girl.

28 février - Michel Gondry, Conversation animée avec Noam Chomsky, 2014. J'aurais préféré un interview classique avec Chomsky dans un fauteuil.

7 mars - en salle - Alejandro González Iñárritu, Birdman, 2015. Barthes cité. Holywwod-cinéma-fric /Broadway-théâtre-art. Une opposition trop américaine pour vraiment m'intéresser. Mais c'est joliment givré et c'est peut-être aussi une réflexion sur la vieillesse (le fait de vieillir).

14 mars - en salle - Vincent Garenq, L'enquête, 2015. Une bonne surprise.

21 mars - en salle - Damien Chazelle, Whiplash, 2015. Sans grand intérêt. Avec les D. pour les vingt ans de Guillaume.

28 mars - en salle - Tim Burton, Big Eyes, 2015. Il ne reste pas grand chose de la patte Tim Burton dans ce film, cela ressemble à Dans l'ombre de Mary. Un nouveau goût holywoodien pour les yeux exhorbités (cf Birdman).
- J.J. Abrams, Mission impossible III, 2006. L'histoire est faiblarde, le reste classique. Belles images de Shangaï

2 avril - Doug Liman, Edge of tomorrow, en bricolant, en bloguant (je l'ai vu trois ou quatre fois). Je n'arrive pas à écrire le 27 mars.

4 avril - en salle - Un homme idéal, 2015. Prenant, malgré mon peu d'appétence pour ces demeures luxueuses qu'on se sent obligé de nous présenter. Un air anglais.

5 avril - The Big Bang Theory saison 6, 1 à 3

6 avril - Michel Munz, Gérard Bitton, Erreur de la banque en votre faveur. 2008. Mériterait d'être plus connu, dans le genre film sans prétention mettant en évidence des dysfonctionnements que nous connaissons sans avoir envie de trop y réféchir. «Les gens comme nous savent que cent millions d'euros permettent juste d'en gagner deux cents de plus», tandis que quelques dizaines de milliers permettent de payer des vacances, une chambre pour le benjamin ou une place en maison de retraite.

11 avril - en salle - Glenn Ficarra et John Requa, Diversion, 2015. C'est lent, c'est creux, c'est nul. C'était vraiment pour faire plaisir à Antoine. Le seul intérêt du film est de constater la traduction de "Focus" par "Diversion", qui est une bonne traduction.

15 avril - en salle - Umberto Pasolini, Une belle vie, 2015. Je regrette qu'ils n'aient pas eu le courage de traduire Still Life par Nature morte.
- Mike Nichols, La guerre selon Charlie Wilson, 2007. Ce qui manque à toutes les guerres américaines depuis 1945, c'est un plan Marshall.

21 avril - Steven Spielberg, La guerre des mondes, 2005 : comme d'habitude, un film déjà vu pour faire autre chose devant — ici, bloguer.

25 avril - en salle - Joss Whedon, Avengers 2, 2015. Pas d'histoire, beaucoup de psy, des combats trop brouillons pour être suivis à l'œil…
- Anthony et Joe Russo - Captain America 2. Le soldat de l'hiver, 2014, pour en regarder un bon après le nul de l'après-midi.
- The Big Bang Theory saison 6, 4 à 6

26 avril The Big Bang Theory saison 6, 7 à 10

1 mai - Steve McQueen, Hunger, 2008
- Clint Eastwood, Mémoires de nos pères, 2006

2 mai - en salle - Pierre Jolivet, Jamais de la vie, 2014

7 mai - en salle - Richard Berry, Nos femmes, 2015. Plaisant mais poussif, poussif mais plaisant.

8 mai - en salle - Giulio Ricciarelli, Le Labyrinthe du silence, 2015. A voir.

10 mai - The Big Bang Theory saison 6, 7 à ??. Très drôle. Ils arrivent encore/toujours à se renouveler

21 mai - The Big Bang Theory saison 6 suite

22 mai - The Big Bang Theory saison 6 fin

29 mai - en salle - Brad Peyton, San Andreas, 2015. En voyant la fin, j'ai pensé à la Louisiane et Katharina… Il vaut sans doute mieux habiter la côte Ouest que la Louisiane.

29 mai - George Miller, Mad Max, 1979.

?? - George Miller, Mad Max II, 1981.

13 juin - George Miller, Mad Max III, 1985. Bien nul.

25 juin - Steven Spielberg, Jurassic Park, 1993. Extraordinaire comme on reconnaît la "patte" Spielberg. La scène finale dans la cuisine est celle de la cave dans La guerre des mondes.

16 juin - en salle - Arnaud Desplechin, Trois souvenirs de ma jeunesse, 2015. Je me suis beaucoup ennuyée, même si certaines scènes recoupent mon expérience. Sans doute ce genre de films me donne trop envie de hurler contre moi-même pour que je puisse les apprécier.

30 juin - en salle - George Miller, Mad Max, Fury Road, 2015. Magnifique. Images somptueuses sorties de BD SF, bande-son extraordinaire.

2 juillet - en salle - Alan Taylor, Terminator, Genisys, 2015. Sans intérêt.

3 juillet - en salle - George Miller, Mad Max, Fury Road, 2015. avec Hervé.

?? juillet - en salle - George Miller, Mad Max, Fury Road, 2015. Une envie de le revoir, encore. Pour le visage de madone de Charlize Theron.

16 juillet - en salle - Till Kleinert, Der Samouraï, 2015. Navet prétentieux et gore.

20 juillet - en salle - Jean-Luc Godard, Une femme est une femme, 1961.

21 juillet - en salle - Luchino Visconti, Rocco et ses frères, 1960. Copie restaurée + scènes censurées lors de sa sortie. Christique.

?? juillet - Howard Hawks, Les hommes préfèrent les blondes, 1953. Je n'aime pas la voix d'enfant et les minauderies de Marilyn Monroe.

29 juillet - Wes Anderson, The Grand Hotel Budapest, 2014. Avec Olivier opéré des dents de sagesse le matin même.

30 juillet - Donald Petrie, Miss Detective, 2000. Pour détendre O. avec une bêtise. J'aime bien ce film, il est plein de bons sentiments, des bons sentiments pleins de bon sens.

2 août - Danny Boyle, Petits meurtres entre amis, 1994. Avec Olivier qui me voit désemparée devant la maison soudain vide.

4 août - Denys de La Patellière, Un taxi pour Tobrouk, 1961. Avec Olivier qui ne l'avait jamais vu. En repassant.

6 août - en salle - Alberto Rodriguez, La Isla Minima, 2014. Avec Hervé. Bien.

7 août - en salle - King Hu, A Touch of Zen, 1971. Avec Hervé, Olivier et Isabelle. a dû inspirer Kung Fu Panda.

10 août - en salle - Asif Kapadia, Amy, 2015. Avec Olivier. Désespérant.

11 août - Coline Serreau, La Crise, 1992. Avec Olivier. N'a pas pris une ride.

12 août - Aki Kaurismaki, Leningrad Cowboys Go America, 1989. Avec Olivier qui a beaucoup aimé.

13 août - Tim Burton, Les Noces funèbres, 2004. Avec Olivier et Isabelle.

15 août - en salle - J.J.Abrams, Mission Impossible IV, 2015. Avec Hervé, Olivier, Claude. Dans les normes.

16 août - en salle - Deniz Gamze Ergüven, Mustang, 2015. Hervé, Olivier, Isabelle. Il faut le voir.

18 août - les frères Coen, O'Brother, 20009. Hervé et Olivier qui ne l'avait jamais vu.

19 août - William Wyler, Comment voler un million de dollars, 1966. Hervé et Olivier.

20 août - Ettore Scola, Qu'il est étrange de s'appeler Federico , 2013. Hervé et Olivier. Décevant.

24 août - Tim Burton, Sweeney Todd, 2007. Gore. Il ne se passe pas grand chose, en réalité. Court conte allongé par les chansons.
puis (après avoir appris l'accident d'A.) Hal Needham, Cannonball, 1981.

24 août - en salle - William Friedkin, The French Connection, 1971. Etrange construction. Je ne pense pas qu'on oserait aujourd'hui tourner un film ainsi.

25 août - James Mangold, Knight and Day, 2010. Très bien, mignon.

26 août - Alfred Hitchcock, L'inconnu du Nord-express, 1951.

27 août - The Big Bang Theory saison 7, 1 à 5. L'ordinateur branché sur grand écran.

31 août - Jean-Pierre Améris, Une famille à louer, 2015. Mignon. Creux mais mignon. Structure du conte où chacun doit découvrir (surprendre) l'autre dans tous ses états.

11 septembre - John Sturges, Règlements de comptes à OK Corral, 1957.

12 septembre - Curtis Hanson, In her shoes, 2005. Plus intéressant que je n'aurais cru. Je croyais à une variation sur Dans la peau d'une blonde, c'est en fait l'histoire du lien entre deux sœurs soudées.

12 septembre - Jaco van Dormael, Le tout Nouveau Testament, 2015.

12 septembre - Neil Jordan, début d'Entretien avec un vampire, 1994. Je m'ennuie un peu. Trop répétitif. Nous arrêtons au milieu.

13 septembre - Sidney Pollack, L'interprète, 2005.

3 octobre - en salle - Guy Ritchie, U.N.C.L.E.

4 octobre - en salle - U.N.C.L.E.

?? octobre - True detective, 1,2- noir

10 octobre - en salle L'étudiante et M. Henri
True detective, 3, 4, 5

11 octobre - True detective, fin

16 octobre - Citizen four

23 octobre - en salle - Le nouveau stagiaire et U.N.C.L.E.

24 octobre - en salle - Ridley Scott, Blade Runner

25 octobre - Le jour d'après, Indian Palace, Independance day, San Andrea

30 octobre - Yórgos Lánthimos, The Lobster, 2015. Une horreur. Orwellien, oui, "ne le faites pas à moi, mais à elle".

Trop de nanars. Adieu Berthe, Si j'étais riche, Spectre, Le Labyrinthe I, Le Labyrinthe II (la terre brûlée), Shutter Island, Ghost writer, À bord du Darjeeling Limited (très décevant)

J'ai perdu le fil. Le Pont aux espions, le dernier Star Wars, le dernier James Bond. Tant pis. J'ai regardé trop de films cette année, perdu trop de temps. Je rends ma carte UGC en janvier.

Samedi

TG sur les hérétiques du XIe et XIIe siècles. Je crains l'histoire, car contrairement à ce que je pensais à l'école primaire, elle change sans arrêt. Je n'ai jamais vu une matière dont les conclusions soient aussi souvent remises en cause.
Bref, aujourd'hui, nous en sommes à "c'est l'orthodoxie qui crée les hérétiques". Autrement dit, les hérésies vaudoises, cathares et autres ne remettaient pas en cause les canons de la foi, mais l'Eglise. Ils sont/seraient les conséquences de la réforme grégorienne. C'est très intéressant et pose beaucoup de questions à la fois sur la réalité de ce qui s'est passé (le saura-t-on jamais, pouvons-nous quoi qu'il en soit comprendre ce qui se passe dans une société?) et les volontés ou désirs des chercheurs parvenus à ces conclusions. Je ne peux m'empêcher de me demander ce qu'on dira dans trente ans. Y a-t-il un moment où ce genre de recherches se stabilisent? Le moindre parchemin peut tout jeter à bas (ce qui est vrai également en exégèse).

Très étonnamment, l'un d'entre nous s'emballe dans une dénonciation de l'Inquisition alors que le prof expliquait qu'il s'agissait d'un changement de modèle juridique, passant de la procédure accusatoire à la procédure inquisitoire (recherche de la vérité par le juge). Notre coreligionaire parle cinq minutes dans un silence amusé puis ennuyé. Le prof est très embarrassé.

En attendant Hervé, je lis debout à La Procure quasi l'intégralité de Des milliers de places vides. Une réelle enquête d'archiviste menée par un directeur d'école auteur de romans policiers (la vigueur de son style prouve son habitude d'écrire).

Tout Aristote pour environ soixante euros (plus de deux mille pages en papier bible). Non, je ne le lirai jamais. Je feuillette la Somme thomiste en bilingue et me rabats sur La «Somme» de Saint Thomas de Torrell et le Chenu sur le même sujet en point Seuil. Je prends Le Christianisme comme style car ce titre m'a proprement enchanté quand je l'ai entendu pour la première fois il y a une semaine.

Il pleut, je n'ai pas de parapluie. Hervé arrive. Déjeuner, courses (de Noël). Night Call avec des amis. Glaçant.
Dîner, souvenirs et éclats de rire.

Ce que le pouvoir fait aux hommes

Nous regardons machinalement Week-end royal. Je pensais avoir emprunté un gentil navet historico-romantique, c'est en fait un peu plus compliqué que cela: plus ennuyant (très lent, sans péripétie) et plus politique et psychologique.
En un mot, on y découvre que même paralysé, Roosevelt était un homme à femmes (a womanizer). Le personnage tel que joué par Bill Murray est tout à fait attachant.

Je ne me souviens plus de la phrase du scénario qui a provoqué la réfexion suivante d'Hervé:
— Les tentations sont nombreuses et je comprends qu'on y succombe. On est tellement détesté quand on dirige qu'on a soif de marques de tendresse.



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Agenda

Macbeth au théâtre du Soleil par Ariane Mouchkine. Je n'ose avouer que j'ai été un peu déçue. Je crois que je préfère les théâtres de bric et de broc, où le manque de moyen oblige au minimalisme, où la salle est si petite que les comédiens sont comme les frères des spectateurs.
Très bon Macbeth, guilleret, presque drôle dans sa résistance des dernières heures.
La méthode utilisée par lady Macbeth pour convaincre son loyal mari est tout à fait convaincante.

Samba

Voir Samba à Yerres me donne envie de me lever dans la salle pour gueuler: «Vous ne voulez pas de ces Noirs chez nous? Votez Dupont-Aignan!»

Mais je me retiens. Et puis ceux qui sont venus voir Samba sont probablement ceux qui ne votent pas Dupont Aignan…

L'histoire est gentille, Charlotte Gainsbourg terreuse à faire peur (à mon avis ça ne tient pas debout trois secondes, impossible qu'elle retrouve son poste dans une boîte où elle a fracassé un portable sur la tête d'un mec), il y a quelques bonnes répliques.

Mais si l'on ne s'attache ni à l'intrigue, ni aux côtés ripolinés du film (qu'ils sont propres et peu regardants, ces pauvres, prêts à perdre une paire de pompes ou un manteau (je lis Le Quinconce, absolument sordide dans sa description de la misère)), le côté documentaire est terrifiant, de la plonge aux travaux de BTP (pas étonnant que les travaux de carrelage ou de maçonnerie soient toujours mal faits!) en passant par les centres de tris de déchets (un côté Wall-e)… Le film montre bien l'hypocrisie du système, entre les employeurs qui trouvent là une main d'œuvre corvéable à la journée, sans contrat, et l'administration qui délivre des OQTF (obligation de quitter le territoire français) en ouvrant le portail du centre de rétention…

Auto-analyse face au récit

Gone girl me fait comprendre quelque chose sur moi-même, sur "mon genre": les histoires (les récits, diégèses, choisissez le mot en fonction de vous-même) dont les héros font leur propre malheur me laissent indifférente (exemple: Madame Bovary). (L'écriture, l'écriture!! oui, mais l'écriture est en quelque sorte un pré-requis, "c'est normal", si c'est mal écrit je ne lis pas, donc ce n'est pas un argument décisif pour pousser à l'enthousiasme.)

M'intéresse la réaction du héros face au destin, plus prosaïquement aux tuiles qui lui tombent sur la tête, sa façon de naviguer à vue parmi les embûches de la vie (résoudre les problèmes, survivre, ma grande passion (pas très romantique, désolée (mais pourquoi le romantisme a-t-il tant la cote?))).

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Pour revenir à Gone Girl (attention, ne pas lire la suite si vous avez l'intention d'aller voir le film, ce serait vraiment dommage d'avoir un aperçu de la fin ailleurs que devant l'écran), il souffre à mon avis de deux défauts de construction (ce qui ne l'empêche pas de présenter un suspense haletant porté en particulier par une actrice excellente):

Il m'embarrasse un peu d'exprimer le premier, car j'en tiens pour "la suspension d'incrédulité", et donc je n'avance qu'avec prudence le reproche de manque de rigueur. Mais alors que la première moitié ou les deux tiers du film sont construits mathématiquement, implacablement, un peu à la façon de L'Invraissemblable Vérité ou Le Crime était presque parfait, la fin nous montre un incompréhensible relâchement des enquêteurs: quid du voisin qui appelle Nick au début du film (s'il a appelé parce que le chat était dehors, détail infime, n'aurait-il pas remarqué la voiture d'un kidnappeur, détail autrement intrigant?), quid de l'emploi du temps du kidnappeur, n'était-il pas au bureau à l'heure du crime? Et surtout, quid de la phrase d'Amy (de mémoire, très à peu près): «j'ai besoin de trois choses: que tu confirmes les achats par carte bleue, que tu dises que tu t'es servi du bûcher pour stocker les affaires et… (j'ai oublié)»: si Nick avait réellement l'intention de trouver une faille, ne se serait-il pas emparé de cet aveu de faiblesse, de cette liste de points faibles, pour les étudier ou les rapporter à l'inspecteur?

Ce qui m'amène au deuxième défaut, à mon avis plus gênant: si l'on considère (hypothèse) que Nick reséduit Amy en lui déclarant "je t'aime" via les écrans de télévision, si l'on considère que l'idéal d'Amy est un homme qui lui ment (après son retour, dans leur maison, elle lui déclare qu'elle aime ce qu'il est redevenu pendant sa disparition, c'est-à-dire menteur, ou plutôt homme mettant sa vie en scène à la façon d'une pièce de théâtre, véritable pièce du fait de la présence des caméras donc de spectateurs), alors ce "re"-devenu implique qu'il lui a (beaucoup?) menti en début au début de leur relation, qu'il s'est beaucoup mis en scène derrière sa déclaration "no bullshit", deux doigts sur le menton.
Or cela, on ne le voit pas. La seule image du début de leur relation vient du journal d'Amy, et elle décrit un début idyllique, sans que nous sachions si c'est une construction à l'intention des lecteurs du journal (et à ce moment-là, à l'intention des candides spectateurs du film). Comment était le Nick du début de leur relation, qu'en a-t-elle pensé, s'est-il mis en scène et le savait-elle? Amy est-elle juste folle à lier, psychopathe, comme semblent le montrer ses aventures précédentes, ou a-t-elle souffert de la décomposition d'un homme qui en redevenant vrai (retour au pays et à la mère) la décevait profondément, elle qui ne vivait que par le mensonge et la mise en scène de sa vie depuis l'enfance (Amazing Amy)?
Peut-on considérer qu'alors qu'elle avait pour but de punir son mari, elle s'aperçoit avec surprise au cours du processus qu'elle a réussi à le rendre de nouveau conforme à ce qu'elle aimait en lui? Une Pygmalion monstrueuse ayant pour but de modeler une statue à son image? («C'est ce que fait le mariage» : créer des monstres? ou low key plus simplement donner naissance à des acteurs?)
(Si l'on voulait une morale positive excessivement tirée par les cheveux vu la tonalité du film, ce serait «le mariage est une séduction à réinventer en permanence» (ce tour de passe-passe en clin d'œil amical à PZ). (Et si l'on veut revenir au film, il faut continuer par: «N'échouez pas, sinon, gare!»))
Il manque un point de vue extérieur sur le début de leur histoire pour consolider l'ensemble de l'intrigue, un parallélisme qui mette la fin et le début en regard.

Refroidis d'Hans Petter Moland

Je me suis bien amusée pendant ce film dont le scénario est hyper classique : deux gangs s'entretuent suite à l'intervention d'un quidam qui mène sa guerre personnelle contre le chef de l'un d'eux.

J'ai retrouvé cet humour scandinave que j'aime tant (cf. Aki Kaurismäki), avec des dialogues inattendus et des scènes de torture (Reservoir Dogs), une remarque sur les noms des mafieux (Ghost Dog), des remarques croisées sur les cultures (les Serbes commentant les Norvégiens commentant les Suédois et les Danois, un "Chinois" japonais danois (spoil, désolée)), des voitures, des chasse-neige, un divorce, des amoureux, trois fils, des croix austères ou luxuriantes selon qu'elles sont protestantes ou orthodoxes, et beaucoup, beaucoup de morts (une vingtaine? C'est la guerre.)



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Agenda
PHP a quitté la maison en fin d'après-midi. Nous allons pouvoir de nouveau laisser les portes des chambres ouvertes pour la libre circulation des chats.

L'affaire de la cuillère à glace

— Tiens, Véronika nous a rendu deux bols et la nappe grise.
— Ah très bien. Tu lui as rendu la cuillère à glace ?
— Non, j'ai oublié. De toute façon, elle avait cru que tu étais sérieuse quand tu avais dit que cette cuillère était si bien que tu allais la garder.
— Quoi ??!!!


Entre ceux qui ne croient rien de ce que je dis et ceux qui croient n'importe quoi… Mais là, ce serait du vol, non? «Tiens, ça, ça me plaît, je le garde». Et elle n'est pas choquée? Ou elle ne le dit pas? (sans doute pas, puisque je suis invitée à l'anniversaire de son mari bientôt. Je crois que je vais ramener quelques verres en cristal, eux aussi me plaisent).



Agenda
Nouvelles de la Seine : il fait froid, pluvieux, venteux. La Seine secoue beaucoup. Les peupliers sont jaunes.
Hervé voulait revoir Pride : complet. Donc Horns, que voulait voir Clément. Dispensable mais pas catastrophique (pour ados).

Mardi 23

Quatre Impromptu à midi. Des problèmes d'équilibre (cette compensation du corps à tribord pour une pelle qui plume à babord: m'en déferai-je jamais?) mais une belle sortie. Première fraîcheur d'automne sous un soleil resplendissant.
Il me reste des traces d'oppression dans la poitrine, mais elles sont en train de disparaître — lentement.

Journées de bureau très calmes en ce moment: aucune réponse des administrateurs à mes mails, aucune décision de prise. Je sais déjà que nous allons avoir une fin d'année épouvantable, quand tout sera décidé et urgent — et je ne peux rien y faire, sauf avancer sur le fond (il y a toujours du travail de fond à avancer — heureusement).

Hervé revient de Mulhouse après avoir inauguré le Wifilib (l'équivalent de trois ou quatre lignes ADSL, dans la rue et gratuites, bien mieux que la 3 ou 4G, me dit-il) et me propose d'aller voir "une comédie anglaise", Pride.
Anglaise je veux bien, mais certainement pas une comédie. Le pendant anglais et optimiste de Dallas Buyers Club, une histoire que je n'aurais pas cru possible si elle n'était avérée. Surprenant et émouvant, parfois proche de la caricature ou du cliché, mais la vraie vie concernant ces sujets (grève des mineurs et lutte LGBT) est elle-même caricaturale.
Même si ce n'est pas son sujet principal, ce film montre bien le grain de folie et de joie que les gays sont susceptibles d'apporter au quotidien, joie et gaieté si attirantes quand, sans connaissance de ce milieu-là, on cherche juste à échapper à la grisaille ou à résister au désespoir. Le merveilleux est que cela ne réside qu'en une façon de se comporter et d'envisager la vie, la grisaille de l'existence n'a rien d'ontologique.
Rappel des années Thatcher, du début du sida, mesure du chemin parcouru par les LGBT depuis 1984 — et du chemin restant à parcourir.

Un dimanche entre amis

Expendables 3 que j'ai envie de qualifier d'émouvant. (Il faut avoir grandi avec les acteurs pour penser cela, je suppose).

Déjeuner au Au pied de cochon.

Promenade aux Tuileries où nous observons diverses attractions: une bulle qui flotte sur l'eau dans laquelle la victime est enfermée et tente désespérément d'avancer (mais la bulle tourne sur place, supplice du hamster dans sa roue), deux sièges montés sur un ressort puissamment armé qui une fois libéré les projette vers le ciel (bon entraînement de cosmonautes). Nous arrivons trop tard devant le Jeu de Paume pour visiter les expositions.

Au retour nous passons par le centre des Tuileries, puis la pyramide du Louvre, la place carrée, ma préférée. Nous émergeons de l'autre côté.
— Quelle est cette église ?
— C'est St Germain l'Auxerrois.
— Celle qui a donné le signal de la Saint-Barthélémy.

Ce n'est que tard le soir que je me rendrai compte que nous sommes le jour de la Saint-Barthélémy.

Winter sleep

J'ai vu une Palme de Cannes au cinéma!

Je me demande si ce n'est pas la première fois. Il y a toujours un tel battage autour que ça m'agace. Mon snobisme est l'anti-snobisme. Mais quand j'ai su qu'il s'agissait du réalisateur d'Il était une fois en Anatolie
C'est le même confinement, la même impression de pièce de théâtre: lieux clos et dialogues. J'ai préféré le précédent, moins intimiste. Une fois encore, j'ai oublié que je ne connaissais pas la langue, j'ai fermé les yeux en pensant continuer à comprendre, tant les situations sont connues, ont quelque chose d'universel.

Je ne sais pas si c'est un film à recommander. Ce n'est pas drôle, mais ce n'est pas triste. «C'est la vie», aurait dit ma grand-mère.

Choisir un film

On ne vit que deux fois avec le benjamin. J'ai la surprise de découvrir que le script est de Roald Dahl.

J'avais suggéré Les experts mais je n'ai pas su convaincre avec ce film peu connu qui me fait beaucoup rire et qui en même temps présente la nostalgie en feuilleté, celle des années 50, 70, 89…

Les gardiens de la galaxie

Puisque H. avait un rendez-vous à Paris, nous nous sommes tous retrouvés à Montparnasse pour aller voir Les gardiens de la galaxie. (Décidément, sortir avec mes garçons et mon mari me donnent l'impression d'être accompagnée de mes gardes du corps).

Chaude recommandation pour ceux qui aiment le genre steampunk/SF/Marvels.
L'intrigue est un peu trop compliquée pour moi (je m'embrouille vite dans les visages et les noms), mais en se contentant du principe simple «les ennemis des héros sont les méchants, leurs amis sont les gentils», on s'en sort très bien.
C'est à la fois de toute beauté (décors baroques façon steampunk/Blade Runner/Valérian), bourré de clins d'œil (bien qu'il soit possible que ce soit en réalité l'inverse, puisque ce film est tiré de Marvels très anciens: est-ce Groot qui ressemble à Chewbacca (par exemple), ou l'inverse?) et très amusant (—Laisse tomber, les métaphores lui passent au-dessus de la tête. —Rien ne passe au-dessus de ma tête, je suis trop rapide).


Crêperie, retour.
Nous les filles qui travaillons à La Défense et nous levons à six heures dormons debout.

Ce sera une Coccinelle

Ecrit les 29, 30, 28 juillet. Ça n'a l'air de rien, mais avec les diversions FB et le petit déjeuner à prendre en famille, ça m'a pris la matinée.

Calcul de cote Argus et autres comparatifs, panique pour retrouver les justifs demandés pour le prêt (ah oui, c'est vrai, plus d'avis d'imposition, j'ai désormais tout sur internet. Ah zut, la facture d'eau est annuelle, trop vieille, et m***, quel le mot de passe pour le site EDF? Et l'imprimante qu'imprime pas… pourquoi imprimer d'ailleurs, l'intérêt ne devrait-il pas être de tout faire transiter par mail?)
Bref, Coccinelle décapotable noire (très salissant paraît-il, je m'imagine bien en train de la passer à la peau de chamois tous les week-ends…) livrée entre le 28 septembre et le 28 octobre. Dommage, j'aurais bien aimé l'avoir pour le 21.

Under the skin suite à l'enthousiasme d'Emmanuel. Tellement sonnés (film noir au sens littéral (mal aux yeux et à la tête) épouvantablement long. Belles images de mer et de fondrières (ça représente une minute de film). Le plus intéressant est la musique — insupportable mais intéressante)) par l'ennui et le sérieux de ce film que nous dînons sur place en terrasse au Saint Eustache, le temps de se réhabituer à la lumière.
Désormais je saurai interpréter le silence gêné de mes amis cinéphiles. (J'avais été surprise de l'absence de commentaire ce soir-là, eux habituellement si diserts.)

Le pied

Quand O. avait vu un ostéopathe en novembre dernier, celui-ci lui avait dit qu'il avait une jambe plus courte que l'autre et qu'il lui faudrait sans doute des semelles. Mon beau-frère nous a donné en mars l'adresse de son kiné, qui travaille pour de grands clubs de sport et l'INSEP: «il a changé ma vie, depuis je n'ai plus mal au dos».
Nous avions rendez-vous à midi. «Mais pourquoi vous vous habillez? — Parce que c'est dans le 17e.»
En voyant la salle d'attente, O. commente en souriant: «Ah oui, je comprends pourquoi vous vous êtes habillés».

Un examen sur une planche électronique mesurant les appuis des pieds au sol montre que O. fait porter 75% de son poids sur le pied gauche, et cela sur deux orteils (au total cinq orteils supportent son mètre quatre-vingt-dix: les deux plus gros de chaque pied et un petit isolé à droite).
Le rendu à l'écran de ces mesures est impressionnant. Les semelles sont moulées aussitôt (bonne odeur de colle et de résine) et O. ressort transformé: «je ne tombe plus!» (Quand un grand dadais de quinze ans vous dit qu'il tombe quand il s'appuie sur sa seule jambe droite, vous ne le prenez pas tout à fait au sérieux. Vous pensez non pas qu'il exagère (pas le genre de O.), mais qu'il décrit mal ses sensations. Parents de peu de foi… (Je suis soulagée d'avoir fait quelque chose à temps: à qarante ans, le frère de H. vient de découvrir qu'il n'a plus de cartilages aux genoux, usés par une mauvaise position des appuis au sol.))

Pour info : si vous songez à ce genre d'examen, faites-vous prescrire une ordonnance pour des semelles orthopédiques (au pluriel) par un médecin pour se faire rembourser par la sécurité sociale (ce que nous ignorions).

Nous déjeunons dans une bonne brasserie de quartier (O Sud Ouest Café), passons à la Fnac m'acheter un écran (depuis que j'ai mon portable j'ai beaucoup de mal à écrire quoi que ce soit de long, l'écran est petit lorsque j'ai besoin de nombreuses fenêtres ouvertes) et allons voir Qu'est-ce que j'ai fait au bon Dieu? que O. et H. n'ont pas vu. C'est fou le nombre de films que je vois deux fois, une fois pour ne pas prendre le risque qu'ils disparaissent des écrans avant que nous nous décidions à y aller et une fois parce que les autres veulent le voir.

Vers minuit je passe sur FB pour découvrir que Laurent m'invite à aller voir une exposition à Rouen jeudi ou vendredi. C'est un court préavis pour H. Bon, on verra demain.

Deux fois Wes Anderson

Nous sommes retournés voir en famille The grand Budapest Hotel (je dis retourner car j'y étais allée mercredi avec Patrick (d'ailleurs j'en profite pour lui dire deux mots du début : un écrivain, le premier narrateur, nous explique qu'il est inutile pour un écrivain d'avoir de l'imagination: dès qu'il est su qu'il raconte des histoires, les gens lui apportent leurs histoires.)

Film beau, au sens premier: beauté des images, des décors, des costumes, des paysages, des hommes, de la jeune fille.

Film drôle, ludique, allègre, Tex Avery ou Charlot dans un pays imaginaire, Zembla ou Zubrouwska ou Caronie.

Histoire simple, un amour, un meurtre, un héritage, une évasion, mais tout cela très vivement mené, avec de nombreux rebondissements, à la fois logiques et imprévisibles.

Une merveilleuse utilisation de la musique et de la poésie, une caméra fixe quand les sujets traversent (souvent) l'écran de gauche à droite et de droite à gauche, une image en travelling quand le déplacement traverse l'écran verticalement.

Et puis, devant la brochette d'acteurs de ce film, on se dit que ce doit être une joie de travailler avec Wes Anderson, que tous doivent lui dire oui, même pour un tout petit rôle.



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Agenda
Passé à la Fnac. Didier Goux sur les tables. Acheté Pereira prétend (pour le prêter), Mathématiques congolaises, L'art du zen et du tir à l'arc.
Fait l'erreur de nous éloigner des Halles pour dîner dans une brasserie =>rentrés bien trop tard, fatigués, une partie du bénéfice de la joie emmagasinée évaporée.

Les Grandes Ondes (à l'ouest)

A l'ouest? Comme dans "être à l'ouest"? En tout cas, si ce n'est pas le cas, ç'aurait pu l'être.

Ce n'est pas un "grand" film, donc impossible de dire que c'est formidable, merveilleux, etc. Mais c'est drôle, joyeux, entraînant, avec une bonne dose d'absurdité qui représente malgré tout une certaine sagesse, vue de loin, en reculant pour avoir une vision d'ensemble. C'est un bon pastiche 2010 des années 70, quelque chose qui m'a fait penser au Jean Yann de Tout le monde il est beau, en moins caustique, plus farfelu. La bande-annonce est représentative.

La Suisse, le Portugal, la drague, les seins nus (cela pour X qui se reconnaîtra), Marcel Pagnol, le mini-bus Volkswagen, le nagra, la révolution.

La fin évoque en voix off les révolutions actuelles (il s'agit des protestations contre les conséquences économiques de la crise), et c'est une cruelle ironie d'apprendre ce soir justement les morts à Kiev (six morts durant la révolution des œillets au Portugal en avril 1974).


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Vu Lisa au forum des Images. Il y aura un festival de films sur Berlin à partir du 1er mars.

César doit mourir des frères Taviani

Parce que ce sont des Italiens qui jouent, la pièce semble écrite en italien et les acteurs paraissent parler de leur grand-père.

Parce que les répliques de Jules César ne nous sont pas familières et que ce sont des mafieux ou des assassins qui jouent, on ne sait plus en entendant certaines répliques si elles font partie de la pièce, des dialogues du film ou si ce sont de véritables échanges entre les prisonniers, échanges pris sur le vif qui n'auraient pas été coupés au montage.
Qu'est-ce qui est "vrai", qu'est-ce qui est faux? Rarement réalité et fiction se seront aussi étroitement mêlées (nappage, dirait RC). Et de quoi parle-t-on quand on parle de réalité? Le jeu est réellement toute la vie, puisque les acteurs n'ont pas d'autre vie que celle d'acteurs:

— On reprend, ne perdons pas de temps.
— Tu sais, ça fait vingt ans que je suis en prison, alors moi, perdre du temps…

Résolution :(

Ce soir j'ai récupéré Kaos vu à sa sortie et que je rêvais de revoir.
Maintenant il va falloir trouver le moment favorable pour le regarder… (J'ai également César doit mourir qui n'est passé que quelques jours à Paris au printemps dernier au MK2 Beaubourg en journée (pour ceux qui ne connaissent pas: cela signifie qu'il est à peu près impossible à voir sauf à poser une demi-journée de congé)).

Films vus en 2014

DVD et vidéos
- 1er janvier - Robert Schwentke, Red, 2010; Dean Parisot, Red 2, 2013; Asger Leth, Dos au mur, 2012. Je recommande les deux premiers pour une soirée tranquille avec le sourire.

- 2 janvier - Norah Ephron, Michael, 1996 - Comment dire? c'est nul et plaisant, avec de beaux paysages de l'Iowa (c'est vide).

- 3 janvier - Louis Leterrier, Insaisissables, 2013 (que je n'avais pas beaucoup aimé, mais A. voulait le montrer à I.); David Barrett, Fire with fire, 2012 (un Bruce Willis sans Bruce Willis — et sans intérêt) et Billy Wilder, la Scandaleuse de Berlin, 1948.

- 5 janvier - Paul Greengrass, La Vengeance dans la peau, 2007, pour faire plaisir à O. puis Robert Zemeckis, La mort vous va si bien, 1992, associés à des souvenirs précis (dont l'achat du manteau dont j'ai parlé ici).

- 10 janvier - Christian Petzold, Barbara, 2012.

- 11 janvier - Tim Burton, Sleepy Hollow, 1999. Avec O. qui l'a reçu à Noël. Je ne me souvenais plus qu'il y avait autant de morts, mais c'est après ce film que j'ai arrêté d'aller voir les Burton. La vierge de Nuremberg hante encore mes cauchemars.

- 12 janvier - les frères Taviani, César doit mourir, 2012. Fiction et "réalité" étroitement nappées.

- 17 janvier - Pascal Thomas, Le crime est notre affaire, 2008. Mauvais, dommage, j'aime bcp Frot. Mais mauvais.

- 26 janvier - Dean Parisot, Red 2, pour la deuxième fois, mais pour la bonne cause.

- 29 janvier - Margarethe von Trotta, Rosenstrasse, 2003. Les salauds ou les héros, quel autre choix pour filmer ce thème?

- 1 février - Woody Allen, Manhattan. Une amie était fan de ce film à 17 ans, je ne l'avais jamais vu. Qu'est-ce que ça parle. Qu'en aurais-je pensé à 17 ans?

- 15 février - Alexander Payne, Monsieur Schmidt, 2003. Ce film entre dans la catégorie des films, souvent américains, destinés à nous faire accepter et aimer nos vies médiocres et inutiles. Donc film sans doute pas inutile, mais qui me donne envie de ricaner avec cynisme.
Kevin Macdonald, Le dernier roi d'Ecosse, 2006. Pas mal du tout. James McAvoy très séduisant avec ses yeux trop bleus. L'Afrique envoûtante et repoussante.

- 16 février - Gérard Krawczyk, Wasabi, 2001. Un film vu et revu, du nawak pour se détendre.

- 2 mars - Neil Burger, Limitless, 2011. Pour essayer de me remotiver. Couture, bouton, accroc, etc.

- 8 mars - Costa-Gavras, Le couperet, 2005.

- 10 mars - les frères Taviani, Kaos. Tellement simple et poignant. Cette âpreté de la vie et des paysages, cette façon d'accepter d'être broyé par la vie pour tirer sa dignité de cette façon d'accepter.

- 12 mars - Wes Anderson, Bottle Rocket, 1996. Ennuyant. Où l'on comprend comment devient un bon cinéaste: en étant d'abord médiocre, puis en s'améliorant.

- 21 mars - Gregory Hoblit, La Faille, 2007. Bon polar psychologique. Avec Anthony Hopkins et Ryan Gosling.

- 6 avril - Soren Sveistrup, fin de Killing, 2011, regardé sur plusieurs soirées.

- 18 avril - fin de la saison 2 de Killing. J'ai l'impression que le réalisateur a beaucoup regardé 24 heures chrono: accumulation de situations qui fait qu'on ne sait plus exactement si tout est cohérent. Noyade interne.

- 20 avril - Joon-ho Bong, Snowpiercer, 2013. Pour le montrer à H. Mais cela ne lui plaît pas. Je ne comprends pas, cela ressemble tant à ce qu'il regarde.

- 21 avril - Martin Brest, Le temps d'un week-end, 1992. Al Pacino en aveugle.

- 26 avril - David Simons, Ed Burns, deux premiers épisodes de The Wire, 2002.

- 8 mai - Commencé à regarder Black Mirror.

- 1 juin - Eli Craig, Tucker & Dale fightent le mal. De retour du mariage d'Alexis. O. le voit pour la première fois.

- 30 juin - Ettore Scola, Le Bal, 1984. Un peu déçue par rapport à mes souvenirs. Je me suis aperçue en cherchant les sous-titres que c'est un film muet.

- 10 juillet - Martin Campbell, Casino royal puis Quantum of solace en bloguant. Je me suis endormie devant pour me réveiller vers quatre heures du matin sur le canapé.

- 28 juillet - Gérard Oury, Le Cerveau, 1969. Paris en 1969, les voitures de 1969.

- 29 juillet - Brad Bird, Protocole fantôme, 2011. Une envie venue d'un extrait vu l'après-midi à la Fnac (revoir Dubaï).

- 30 juillet - J. Lee Thompson, Les Canons de Navarone, 1961. La Grèce, Grégory Peck et la responsabilité de celui qui dirige.

- 4 août - Philippe de Broca, Le Diable par la queue, 1969. Tous les cinq (rare).

- 6 août - Gilles Grangier, Le Cave se rebiffe, 1961. Tous les cinq, bis.

- 8 août - John McTiernan, Basic, 2003. Pour le montrer aux garçons.

- 8 août - Alfred Hitchcock, Fenêtre sur cour, 1954. Avec A. qui ne l'avait jamais vu en entier.

- 10 août - Duncan Jones, Source Code, 2011. Vieilles ficelles mais pas désagréable.

- 10 août - Paul Feig, Les Flingueuses, 2013. Drôle. Là aussi vieilles recettes. En cousant une pièce au pantalon de C.

- 12 août - Neil Burger, Limitless, 2011. En bloguant, je le connais par cœur. Aussi pour comparer aver Lucy: ici l'idée d'utiliser ses capacités cérébrales à fond est traitée d'une façon crédible qui donne envie de tenter l'expérience.

- 14 août - Robert Zemeckis, Qui a peur de Roger Rabbit, 1988. En fait je ne supporte pas ce film, il est trop imprévisible.

- 15 août - Anne Fletcher, La proposition, 2009. Ça détend.

- 16 août - Donald Petrie, Miss Detective, 2000, suivie de Miss FBI de John Pasquin en 2005. Le deuxième plus faible que le premier.

- 17 août - Seth Gordon, Comment tuer son boss, 2011. Gentil mais bof. Nous parvenons à la conclusion que quelle que soit la catégorie, nous avons sans doute vu les meilleurs films.

- 19 août - Lewis Gilbert, On ne vit que deux fois, 1964, avec O. qui rit devant un tel étalage de clichés sur le Japon («En 1964, ce n'était peut-être pas des clichés… Peut-être que ce film a répandu les clichés.» (comment savoir?)).

- 21 août - Georges Lautner, Ne nous fâchons pas, 1966, pour C. qui ne l'a jamais vu. A. fait la tête quelque part dans la maison.

- 23 août - Fred Schepisi, Six degrés de séparation, 1993 - Un film très étonnant, un charme vénéneux qui laisse désemparé. Will Smith merveilleux.

- 24 août - Georges Lautner, Est-ce bien raisonnable?, 1981, gentil. Pour l'affolante jeunesse de Lanvin et Miou-Miou.

- 2 septembre - David Lynch, Twin Peak, épisode pilote.

- 13 septembre - Rainer Werner Fassbinder, Berlin Alexanderplatz, épisode 1. En cousant des badges sur la chemise scoute d'Olivier.

- 14 septembre - David Lynch, Twin Peak, épisode 1.

- 20 septembre - Twin Peak, 2.

- 24 septembre - Twin Peak, 3.

- 28 septembre - Twin Peak, 4 et 5. Seule, Hervé abandonne.

- 30 septembre - Twin Peak, 6 et 7. Je me dis qu'à la fin de la série, vu le nombre d'incendies et d'assassinats, Twin Peaks sera rayé de la carte.

- 1 octobre - Twin Peak, 8 (1 saison 2).

- 3 octobre - Twin Peak, 9 (2 saison 2).

- 10 octobre - Twin Peak, 10 (saison 2).

- 11 octobre - Twin Peak, 11, 12 (saison 2).

- 12 octobre - Twin Peak, 13, 14, 15 (saison 2).

- 22 octobre - Twin Peak, 16 (saison 2).

- 20 novembre - Steven Spielberg, La guerre des mondes, 2005. Saisissant. Très beau visuellement.

- 20 novembre - Twin Peak, 17, 18, 19 (saison 2).

- 21 novembre - Twin Peak, 20, 21 (saison 2).

- 22 novembre - Roger Michell, Week-end royal, 2013.

- 23 novembre - Twin Peak, 22 (saison 2).

- 29 novembre - Twin Peak, 23 à 27 (saison 2).

- 7 décembre - Claude Chabrol, Les fantômes du chapelier, 1982.

- 7 décembre - Wim Wenders, Don't come knocking, 2006. Superbe bande-son.

- 20 décembre - Star Treck, saison 1, disque 2, "L'imposteur"

- 27 décembre - Rich Moore, Les mondes de Ralph, 2013.

- 27 décembre - Phil Lord, La grande aventure Lego, 2014.





au cinéma
- 2 février à Yerres - Hayao Miyazaki, Le vent se lève, 2013. Romantique.

- 10 février à Yerres - Jean-Marie et Arnaud Larrieu, L'amour est un crime parfait, 2014. Cela pourrait le Shame français, mais avec l'incapacité de traiter le sujet de façon austère: toujours le côté un peu kitsch, un peu théâtral, un peu psy, des scénarios français, comme si on avait peur d'être dépouillé, aride. Mais bien, malgré tout. Marion Duval magnifique dans les premières minutes.

- 18 février - Lionel Baier, Les Grandes Ondes (à l'ouest), 2014. Bien, très bien même, dans le genre loufoque.

- 24 février - Pawel Pawlikowski, Ida, 2014. Intense et épuré.

- 26 février - Wes Anderson, The Grand Hotel Budapest, 2014 avec Patrick. Beau et amusant, réjouissant.

- 1 mars - Wes Andersen, The Grand Hotel Budapest, 2014 avec H. et O. Le même plaisir, en ayant le temps de regarder davantage.

- 8 mars - Jim Jarmush, Only Lovers Left Alive. Jarmush creuse ses sillons. Musique et errance. Baroque, précieux, étouffant. Et puis des annonces prophétiques: «La guerre de l'eau a commencé ou ils en sont encore au pétrole?… Detroit revivra, il y a de l'eau, ici.» Un film en colère, beau et sombre. La bande son est de toute beauté.

- 9 mars à Yerres - John Wells, Un été à Osage County. Comme si on avait concentré tous les secrets de famille en un seul film: ça fait beaucoup.

- 15 mars - Jean-Marc Vallée, Dallas Buyers Club, 2014. J'y allais en grande parti pour McConaughey qui m'avait beaucoup plu dans La Défense Lincoln: Dieu ce qu'il a maigri! Le film est bien, il m'a replongée dans l'angoisse diffuse (diffuse car j'étais loin de tout cela, tout en sachant qu'un ami du jour au lendemain pouvait être séropositif) de ces années-là, quand on comprenait mal ce qui se passait et comment lutter. (Pensé à Reagan, aussi, son silence et son inaction).

- 19 mars à Yerres - George Clooney, Monuments Men, 2014. Mauvais. A peine un film.

- 29 mars - Jeffrey Schwarz, I am Divine, 2014. Un documentaire réalisé avec soin. Interview d'amis, de parents, images d'archives. Beaucoup de tendresse et d'affection qui éclairent en nuance la timidité et l'extravagance d'un homme qui voulait tant être une grande vedette du cinéma.

- 30 mars à Montgeron - John Lee Hancock, Dans l'ombre de Mary, 2014.

- 5 avril - Jean-Marc Vallée, Dallas Buyers Club, 2014. Avec Hervé.

- 9 avril - John Turturro, Apprenti gigolo, 2013.

- 10 avril - Alexander Payne, Nebraska, 2013.

- 12 avril à Yerres - Anthony et Joe Russo, Capitaine América, 2014. Pas mal, moins pire que je craignais.

- 14 avril - Marguerite Duras, Nathalie Granger, 1972. Pffff…

- 15 avril - Hiner Saleem, My Sweet Pepper Land, 2013. Un western musulman, sur les frontières orientales de l'Europe.

- 16 avril - Steve McQueen, 12 Years a Slave, 2013. Avec O.

- 17 avril - Cécile Telerman, Les yeux jaunes des crocodiles, 2014.

- 19 avril à Montgeron - Jean-Stéphane Bron, L'expérience Blochet, 2014.

- 21 avril - John Turturro, Apprenti gigolo, avec H. et C. dans une petite salle à Créteil.

- 22 avril - Xavier Dolan, Tom à la ferme. Homophobie et symdrome de Stockolm

- 25 avril - Camille Delamarre, Brick Mansions, 2014. Pour amateur de cascades et de corps à corps, indifférent au scénario. (Et dans ce cas, très bien)

- 17 mai - Mathieu Amalric, La chambre bleue, 2014. Montage progressif très intéressant. Belles images de nu.

- 21 mai - Rachid Bouchareb, La Voie de l'ennemi, 2014. Nul. (vu un peu par hasard, le film que je voulais voir avait commencé).

- 13 juin - Jean-Pierre et Luc Dardenne, Deux jours, une nuit, 2014. Pas trop mon genre, mais bien pensé, sur le courage de vivre, les choix (garder une prime pour nourrir son bébé ou pour refaire sa terrasse, c'est le même geste mais pas le même choix).

- 17 juin - Diao Yi'nan, Black Coal. J'ai pensé aux films noirs américains des années 40, tourné avec l'âpreté d'aujourd'hui.

- 18 juin - Panos H. Koutras, Xénia. J'aurais aimé dire beaucoup de bien de ce film attachant, mais il devient vraiment trop n'importe quoi. Pour amateur d'Eurovision.

- 30 juin à Yerres - Philippe de Chauveron, Qu'est-ce qu'on a fait au bon dieu?, 2014. On m'en avait des compliments avec raison. Les préjugés racistes sont systématiquement abordés. Plus intéressant encore, je trouve, la différence entre les femmes, qui vont faire le nécessaire pour que leurs enfants soient heureux à leur façon, même si ce n'est pas ce qu'elles auraient souhaité, et les hommes, qui veulent absolument que les choses se passent comme ils l'ont décidé. Finalement, c'est l'universalité de l'autoritarisme des chefs de famille qui est mise en scène, au-delà des couleurs et des religions.

- 1 juillet - Clint Eastwood, Jersey Boys, 2014. Des longueurs. Il faut venir avec sa propre nostalgie, ses propres souvenirs, pour voir à travers ce film la naissance du rock'n roll etc.

- 2 juillet à Yerres - Hossein Amini, The two Faces of January, 2014. Bien. Son défaut serait d'être trop classique, comme un exercice hitchcockien adroitement exécuté.

- 8 juillet à Yerres - Doug Liman, Edge of Tomorrow,2014. Beaucoup aimé le montage, les expressions de Tom Cruise, la façon dont il tombe amoureux. Exactement ce dont j'avais envie, une bluette musclée. Cerise sur le gâteau, Cruise est pour ainsi dire immortel à la fin du film (même si cela n'est guère souligné). Revu le 9, me donnant l'impression du temps en boucle décrit dans le film (et encore le 11, avec H. cette fois-ci).

- 29 juillet - Philippe de Chauveron, Qu'est-ce qu'on a fait au bon dieu? avec H. et C.

- 2 août - Charlie Siskel et John Maloof, A la recherche de Vivian Maier, 2014. Un film qui vous remue. Une envie de voir ses photos en sortant. (Vu deux fois, une fois seule le matin, une fois avec H. l'après-midi).

- 3 août - Alfred Hitchcock, La mort aux trousses, 1959. Sortie à cinq.

- 5 août - Jonathan Glazer, Under the skin, 2014. Plus jamais ça.

- 9 août - Luc Besson, Lucy, 2014. Dispensable. Deux nanars pour Scarlett Johansson, pas dans le même genre. (Sortie à cinq).

- 13 août - James Gunn, Les gardiens de la galaxie, 2014. Recommandé, très beau et amusant. (Sortie à cinq).

- 16 août - Charlie Siskel et John Maloof, A la recherche de Vivian Maier, 2014. Pour la troisième fois, cette fois-ci tous ensemble.

- 22 août, Nuri Bilge Ceylan, Winter Sleep, 2013. Je n'oserai pas dire ailleurs qu'ici (un peu planquée) que cela m'a rappelé le mécanisme implacable de nos disputes.

- 24 août - Patrick Hughes, Expendables 3, 2014. Entre amis. Verrons-nous dans trente ans les "jeunes" faire la suite en tant que "vieux"? Ce serait bien. Belle histoire d'amitié et d'estime, à l'écran certes, mais surtout derrière.

- 25 août - James Gunn, Les gardiens de la galaxie, 2014. En VF, à la Défense. Je ne sais pas pourquoi j'ai fait ça, c'était inutile.

- 8 septembre - Jeremy Saulnier, Blue Ruin, 2013. Je ne sais qu'en penser. C'est à la fois bien et déjà vu si souvent. ni décevant ni enthousiamant.

- 12 septembre - John MacTiernan, A la poursuite d'Octobre rouge à la cinémathèque avec H. et A. qui le voit pour la première fois. Copie très sombre.

- 15 septembre - Thomas Lilti, Hippocrate, 2014. Déçue par rapport à ce que j'avais lu dans les critiques de spectateurs. Tend vers le niais. Reda Kateb à suivre.

- 19 septembre - Sergio Leone, Le bon, la brute et le truand. Pour l'anniversaire d'O.

- 23 septembre - Matthew Warchus, Pride. Le pendant anglais et quasi optimiste de Dallas Buyers Club.

- 1 octobre - Andrei Zvyagintsev, Leviathan. Job. Pourquoi Dieu protègent-ils les méchants?

- 5 octobre, Alexandre Aja, Horns, fantastique adolescent.

- 7 octobre, Hans Petter Moland, Refroidis, joyeux et sinistre.

- 20 octobre, David Fincher, Gone Girl, 2014. Haletant jusqu'aux deux tiers, puis je ne me suis plus vraiment sentie concernée par ce jeu de séduction délétère. Du sado-masochisme psychologique.

- 25 octobre, Éric Toledano et Olivier Nakache, Samba, 2014. Ça ne casse pas trois pattes à un canard. Gentil, mais aussi effrayant si l'on n'en considère que l'aspect documentaire.

- 19 novembre, Andrzej Wajda, L'homme du peuple, 2014.

- 26 novembre, Michaël R. Roskam, Quand vient la nuit, 2014. J'y suis allé parce que j'avais aimé Bullhead. J'aime également celui-ci, sa sobriété, sa timidité, sa brutalité souterraine.

- 31 décembre, Cédric Jimenez, La French. Pour les assiettes et le papier peint. Sinon, trop long mais sympathique. On se dit avec une pointe de regrets qu'il existe une poignée d'acteurs français qu'on verrait bien jouer plus souvent.

Que faire pendant ses vacances ?

Eh bien par exemple, passer deux heures chez Boulanger à faire des paquets cadeaux.


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Grâce à l'apple TV, montré à H. Margin Call et Inside Job. (Avis à ceux qui ne connaissent pas: il vaut mieux les voir dans l'autre sens).
Il faut bien avouer que Blue Jasmine ne me fait ni chaud ni froid. Je peux tout au plus penser "bien fait". C'est un conte très moral que nous raconte Woody Allen. La sœur "pauvre" me rappelle le personnage d'Yvonne dans La Chinoise. Elles représentent la sagesse (une certaine sagesse, celle des innocents, celle qui s'ignore) mais aussi la résignation. Que les deux puissent se confondre me met en colère et me fait peur.

Samedi

TG le matin, l'Antre deux, puis Le dernier des injustes.

Quand H. arrive au restaurant, il me dit que O., quinze ans, est si malade (fièvre) qu'il a hésité à le laisser seul.

Jeudi

Pas d'aviron, j'ai été retardée par un salarié qui a fait du zèle en voulant précéder les négociations syndicales et se retrouve coincé entre la bonne caisse de sécu et la mauvaise mutuelle.

J'ai compris il y a quelques semaines que je ne pourrai jamais être satisfaite de ce que je fais ici. Il restera toujours des loose ends. Comme m'a dit H. un jour, j'aurais dû être cordonnier: avoir fini une belle paire de chaussures, ça doit être satisfaisant. Ce soir, je me demande s'il arrivait à mes grands-parents de voir approcher l'hiver avec l'angoisse de ne pas avoir fini de labourer tous les champs nécessaires, de ne pas avoir ensemencé tout ce qu'ils voulaient ensemencer.

J'ai donné rendez-vous à Lisa au bar du forum des images et elle se perd un peu en venant (elle a demandé à une passante où était la rue du cinéma qui lui a répondu que ça n'existait pas). C'est très calme. Nous corrigeons le mail que je dois envoyer à N. Stricker pour lui demander quel niveau d'allemand elle requiert pour assister à son cours (dans la brochure de l'IPT, elle recommande qu'on lui écrive en cas de doute sur ce point).

Snowpiercer. Bien plus inventif que je n'aurais cru, à côté de quelques grands ressorts traditionnels du genre. Je recommande.

Mal entendu

— Ah non, après je lis La Genèse.
— C'est de qui ?

Et mon cerveau, petit soldat, de se mettre à chercher, tandis qu'une autre partie crie «nooonn, ne cherche pas». Processus contradictoire qui me coupe le souffle.



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Agenda

Un manteau pour O.

Bibliothèque Melville (pas très pratique, cela me déroute) pour rendre un film. J'en profite pour repartir avec Löwith (ce qui retarde la lecture de La Genèse, puisque je me mets à le lire aussitôt. En effet, grande nouvelle, j'ai fini Beauchamp, L'Un et l'autre testament T1, sur lequel je peinais depuis deux mois. Si j'ai bien compris, Beauchamp cherche dans l'AT l'annonce de la nouvelle alliance après l'ancienne, celle de l'Exode (ce qui est différent de ce qui est souvent pratiqué, éclairer le NT par des références à l'AT, ce qui est beaucoup plus simple puisque les auteurs du NT connaissaient parfaitement l'AT.)

Le film Jérusalem avec Nicole à La Géode. Un peu déçue, je pensais voir davantage de paysages (puisqu'on parlait de vision aérienne). En fait c'est surtout un film sur les trois religions qui se partagent moins d'un kilomètre carré, présentée chacune à travers une jeune fille. C'est sans doute un appel à la paix, mais qui insiste sur le mur de silence entre les communautés. Vivre ensemble sans se connaître, sans se parler, en s'ignorant. Cela n'est pas un message d'espoir.

Vendredi

- Trafic aérien au-dessus de La Défense à 8 heures du matin



- Barbecue à l'aviron.

- Runaway train. Les valeurs américaines, de la vitesse et de la neige. Quand j'entends Manny en cavale dire à son jeune complice qui rêve d'Accapulco et de jolies pépés: «—Tu trouveras un boulot et tu astiqueras et tu ne regarderas pas ton patron dans les yeux et quand il te dira que tu as mal astiqué dans le coin, tu ne répondras rien et tu frotteras le coin. —C'est impossible, je ne ferai pas ça, et toi, tu ne le ferais pas. —J'aimerais avoir le courage de le faire», je pense à Beauchamp, à la Loi et au décalogue.

A. le soir à la maison. Le niveau sonore augmente brutalement. Mais c'est plus gai.
Elle s'est moquée de moi parce que je ne prévoyais qu'un livre pour ce week-end (sur la liste que je prépare pour ne rien oublier: «Mets un "s" à "livre", maman».) J'ai refusé: c'est moi qui porte (et puis surtout, il est toujours possible que nous en achetions sur place. Cela, je ne le lui ai pas dit).

Deux films

J'ai feuilleté L'officiel des spectacles en me demandant ce que Marc serait allé voir. C'est fou le nombre de films que j'ai notés: Annonces, Dans un jardin je suis entré sur le Moyen-Orient, Miele sur l'euthanasie, The Way sur Compostelle, Les Conquérants sur le Graal… Est-ce toujours comme ça et mon œil a changé (il voit ce qu'il ne remarquait pas), ou se passe-t-il quelque chose en ce moment?

Annonces d'abord parce que j'ai peur qu'il ne passe pas longtemps. Où trouve-t-on, et comment, des femmes comme celles-ci, avec un telle bagage? Quatre alphabets, grec, arabe, hébreu, latin. Trois langues, hébreu, arabe, français. Le Liban: pas d'anglais. Des souvenirs de filiation. Tout tourne autour de la maternité, mais une maternité sans les pères, ce qui me met mal à l'aise. J'aurais été très malheureuse de ne pas avoir de père.
Presque à la fin apparaît Barbara Cassin. Elle dit que Lyotard lui a dit qu'elle s'occupait des Grecs pour ne pas s'occuper des Juifs. Elle redit cette phrase que j'aime tant: «En Grèce, vous pouvez croiser un dieu, c'est même assez courant». (Ou alors je viens de trouver par hasard le film qu'évoquait Marc?) Elle dit une chose qui ne m'avait jamais effleurée: que les dieux grecs mettaient les femmes enceintes tout le temps (voilà qui inscrit Marie dans une lignée, c'est bizarre de penser ça. Les dieux grecs pour moi sont tellement païens. Deux lignes qui ne se rencontrent pas). elle parle d'en-thou-siasme, être habité par un dieu, et cela me fait plaisir, parce que c'est le commentaire de mon chargé de TG l'année dernière me concernant: "enthousiaste".

Le film ne dure qu'une heure. En sortant j'étudie L'officiel et m'aperçois que j'ai juste le temps de voir Les Conquérants au Mk2 Hautefeuille.
Ce film m'a amusé, il m'a plu. Rien d'extraordinaire, il tourne autour une idée loufoque — retrouver et déplacer le graal porte malheur. De bons moments sur les terrains de foot (citation de Marcel Gauchet de l'entraîneur à son équipe, si si. Autre citation: «Vous êtes là pour créer du lien. Celui qui n'a pas compris ça n'a rien à faire ici»), des paysages basques, un beau sein (pour les amateurs). Une chose un peu étonnante, c'est que le graal est totalement déconnecté de sa dimension chrétienne. A côté du collier africain porte-bonheur, ce n'est qu'un talisman de plus, sans histoire (je veux dire sans récit). C'est étonnant d'évacuer ainsi la foi pour ne garder que la magie, comme si la magie était moins dangereuse (à évoquer) que la foi. J'y vois un retour aux superstitions, mais je suppose que la plupart des gens y voient un progrès.

Problème de RER. Je lis L'interprétation de la Bible dans l'Eglise en souriant (de surprise) d'y découvrir un exposé des différentes méthodes de lectures, dont la sémiotique greimassienne, que ma professeur d'hypokhâgne refusait de nous expliquer comme "trop compliquée". (J'ai encore dans ma bibliothèque une étude par le Groupe d'Entrevernes — jamais lu.)

Frau Junge

Regardé l'interview de Traudl Junge, la secrétaire d'Hitler (Dans l'angle mort) et le début de celui d'un des gardes du corps encore vivant, Rochus Misch (il s'agit d'un DVD joint à celui de La Chute) en équeutant des haricots beurre (je n'aime pas les haricots beurre).

Le contraste entre ces deux personnes est très impressionnant. Frau Junge se souvient de tout avec précision, elle a beaucoup réfléchi, elle exprime des regrets et des remords de son insouciance. Selon ses propres mots, elle a beaucoup de mal à se pardonner.
Rochus Misch ne répond pas à certaines questions, n'emploie pas certains mots. Quand on lui demande «Quelle était l'atmosphère du bunker les derniers jours?», il répond que le bunker était très petit, que ce n'était pas un lieu pour vivre. C'est d'ailleurs l'une de ses phrases favorites. Est-ce dû à son âge? Concernant la mort des enfants de Goebbels, il n'emploie jamais les mots "mort" ou "poison", malgré l'intervieweur qui reprend à chaque fois ces mots dans ses questions.

La Chute ou Frau Junge font naître la pitié: tout cela paraît effectivement si pitoyable. Me vient le désir, le besoin, de re-regarder Lanzmann. Neuf heures. Pas le temps, et surtout pas pendant les vacances, avec des témoins. Je regarde ça seule, la nuit, comme une prière, ou presque. Une longue lamentation.



HVAO

Jeudi

Frances Ha. J'aime pas les boulets, Madame Bovary, La maman et la putain, Frances Ha. J'aime pas les boulets, les gens qui gâchent leur vie, qui font n'importe quoi. Ça me gonfle. Je retiens une phrase: «je ne suis pas bordélique, j'ai mieux à faire».

Fini le rangement et le ménage. Vu le nombre d'araignées aspirées, nous devrions être envahis de moustiques.

Trois jours

- jeudi
Coup du fil du matin, chagrin.

Ramé le soir à Melun, bassin superbe, mais il ferme quinze jours: raté pour mes beaux projets.
Il y a un piano en libre service à la gare de Lyon, une vieille dame y joue quand j'y passe, droite comme un i. Elle est remplacé par un jeune homme. Ah, quelle bonne idée, enfin!

- vendredi
Passage en coup de vent aux bibliothèques Malraux et de l'ICP. Je m'inscris en médiathèque, visiblement les DVD sont beaucoup plus demandés que les livres.
Insaisissables en famille. Un peu décevant malgré tout, le jeu sur le cinquième cavalier aurait pu être beaucoup plus développé.

- samedi
Gare Montparnasse, courses, sieste, rien fait de la journée.

Deux jours

-mardi : repris mes habitudes d'été en prenant une carte au club de sport de Yerres. Mais cette année je n'ai pas l'intention de faire de muscu, juste d'aller me faire cuire à l'étouffé le soir au sauna (j'aime beaucoup cela). Le club d'aviron de Neuilly est fermé l'été, je vais essayer d'aller à Melun.
Passé beaucoup de temps sur le site du centre Sèvres à rêver sur ce que je pourrais suivre en plus discrètement (17-19h, ça ne se verrait pas, non?)

- mercredi : vu Fraternellement: y a-t-il une "esthétique hispanique", j'ai l'impression de toujours retrouver cette tension extrême entre des personnages prêts à s'entretuer (Mes chers voisins) ou tout au moins à profiter des faibles (Les vieux chats). Bref, un film intéressant, dont on découvre sans surprise au générique de fin qu'il s'agissait à l'origine d'une pièce de théâtre.
J'ai trouvé le Memento de grammaire allemande de Jean-Nicolas Wagner à la BNF. 40 euros pour un pdf, ça me paraît beaucoup. Pourrais-je le consulter sur place, réaliser ce vieux rêve d'obtenir enfin un accès à la BNF? (Chaque fois jusqu'ici j'ai été refoulée vers d'autres bibliothèques; c'est ainsi que j'avais obtenu une carte de la bilbiothèque historique de Paris à une époque où il fallait justifier de ses recherches pour pouvoir y entrer (aujourd'hui c'est plus facile, ils ont dû s'apercevoir qu'il n'y a pas de horde déferlante prête à investir la-dite bibliothèque: l'heure est à la séduction plutôt qu'à la répulsion)).


Note pour les amis IRL : studio loué à Lisieux.

Trois jours

- samedi sous tension. H. a très mal supporté mon séjour en Grèce. Ce n'était pourtant pas la première fois que je m'absentais, Chantilly en 1998 (les jésuites, déjà), Cerisy en 2008… Ces cours de théologie sont-ils si envahissants, ou se sent-il envahi?
— Je n'aime pas ce que tu es en train de devenir.
Cela m'intrigue. Je n'avais pas l'impression de changer, juste de changer de lectures, oui. Et de lire plus, oui. Mais sinon, rien de particulièrement neuf. Comment être objective?

J'achète Paris-Match avec George en couverture.
Nous récupérons O. brûlé par le soleil.

- dimanche plus doux. Je ne fais rien, un peu dormir peut-être. Coup de fil à ma mère (que je n'ai pas appelée depuis longtemps (un mois?) je le reconnais) empli de silences significatifs (—Qu'est-ce qu'il y a? Ça va pas? —Rien, ça va… soupir, reniflement. Prudente, je change de sujet.)

Retour de C., nous sommes cinq pour la première fois depuis longtemps. Il a l'air un peu traumatisé par son camp:
— A quoi reconnaît-on un anim de 6-9 ans?
— ?
— Si tu mets la musique de Oui-Oui dans une foule, c'est le seul à chanter.
Oui, il a l'air traumatisé.

- lundi. J'arrive au bureau, pas de badge, pas de clé. J'étais motivée pour revenir, aucun doute.
Ostéopathe. (Le mal à l'épaule est désormais handicapant). Il passe une heure à remettre des trucs droits. Il est doué mais il parle tout le temps, est-ce pour dissoudre l'angoisse des patients? (Mais moi, les manipulations ne m'angoissent pas). Il m'explique très très entre autres que la base de la queue chez le mammifère est un centre de l'équilibre et que beaucoup de choses se jouent au niveau du sacrum.

Gold. J'ai d'abord pensé à Dead Man à cause de la musique. Puis à Aguirre quand l'indien dit «La forêt mange les chevaux» (et que les deux films soient allemands, est-ce significatif?). Des paysages grandioses, une histoire relativement prévisible au fur à mesure qu'elle progresse.

Le sens de l'honneur et du devoir

Nous avons fini par voir Les sept samouraïs à Montreuil, où j'ai découvert qu'étaient programmés pour l'été Grease et Les Avengers: yeah!!

Film assez différent de mes souvenirs (un peu lointains) des Sept mercenaires: pas de tension ou de rivalité entre les samouraïs, un aspect farce qui m'a fait songer à Shakespeare.

En sortant, A. exprime son incompréhension devant le geste de la femme de Rikichi, préférant mourir que retourner avec son mari.
— C'est parce qu'elle a honte. Elle a été violée par les bandits, elle est déshonorée.
— Mais pourquoi? C'est pas de sa faute.

De même elle ne comprend pas l'attitude de Shino tout à la fin.

La même me disait il y a quelques semaines à propos de Vacances romaines: «C'est pas un film, il n'a pas de fin, pas de happy end, rien.
— Tu sais, les happy end, il faut les abandonner à partir d'un certain âge. Mais si, c'est une très belle fin, ils ne sont pas du même monde, elle a des responsabilités, elle représente plus qu'elle-même, elle se sacrifie par sens du devoir et conscience de sa place, et lui le comprend très bien, il l'a toujours su.»
Evidemment, je ne l'ai pas convaincue.

Dans le même temps je songe au prince des Asturies et à son épouse et je me dis qu'il ne serait plus possible de tourner Vacances romaines. Est-ce que pour autant mille à deux mille ans de récits sont devenus incompréhensibles?
Ce qui me fait sourire parfois, c'est de me dire que la culture musulmane telle qu'elle subsiste encore aujourd'hui en Occident est sans doute la plus à même à comprendre "naturellement" certains textes de la littérature occidentale.


Pour mémoire:
Appris que la maison de mon oncle était en vente. Encore du passé qui devient définitif. J'en suis très affectée.

Monstres Academy

Ce n'était pas le film que j'aurais aimé voir avec O., mais ça lui faisait plaisir, alors pourquoi pas.

Rites et traditions des campus américains, cela m'a fait pensé à Hit Girls (! je suppose qu'il est rare que les mêmes personnes voient ces deux films), dans l'ensemble c'est assez ennuyant (mais O. a aimé).

Cependant, il aborde un sujet que j'ai rarement vu évoqué en littérature ou dans des films: le fait que le travail ne fait pas tout, il faut aussi des aptitudes (généralement, le sujet est traité dans l'autre sens: un personnage avec aptitudes qui ne travaille pas). Il s'agit donc d'un dessin animé où le personnage principal échoue. C'est inhabituel (le spectateur attend jusqu'au bout le coup de théâtre qui permettra le happy end. Il n'y a pas de coup de théâtre. La fin est réaliste, sans coup de théâtre, mettant en avant ce que rend possible le travail).

Curieusement, je venais de finir un livre qui abordait à la marge le même sujet: Paul Fournel racontant son amour pour Anquetil: «J'avais dix ans, j'étais petit, brun et rond, il était grand, blond et mince et je voulais être lui.» (Anquetil tout seul, Points Seuil, p.12) Pour Paul Fournel non plus, il n'y aura pas de coup de théâtre. Il y aura déplacement, il découvrira la littérature.

Privés de Kurosawa

J'avais asticoté O. pour qu'il me rejoigne à Paris pour aller voir Les Sept Samouraïs. Il avait fini par accepter, in extremis. Rendez-vous rue Champollion pour la séance de 17h20.
J'arrive la première et découvre que je me suis trompée: c'était 20h20, la séance de 17h était à 17h05. Trop tard pour ce film dans cette salle, je cherche des films visibles (ie, susceptible de plaire à O.) à 18h, je trouve un autre Kurosawa au Grand Action ou un "film noir" à l'Action Christine. Je donne le choix à O. quand il arrive, il choisit le Kurosawa.
En arrivant devant l'Action Christine, je découvre que j'ai interverti les cinémas.

Il y passe également un festival Jerry Lewis, et O. préfère cela à un film noir. C'est ainsi que nous avons vu Un galop d'enfer. Plaisant. J'ai toujours peur du genre comique, certains films ou séries me mettent très mal à l'aise. Jerry Lewis est attachant car gentil, benêt.

Week-end

- Samedi
Star Treck en famille. Un peu décevant. Puis des courses (aux Halles un samedi, une idée de l'enfer, mais de toute façon avec les départs en vacances, ce n'était pas plus idiot qu'ailleurs). Chaussures de montagnes, chaussures de bateau, anti-moustiques, lampe frontale, machine à laver le linge, thés.
Il fait enfin beau.
Départ demain à l'aube de C. pour sa colo jusqu'au 17. Je ne serai pas là à son retour, et il repartira en mon absence. Nous avons malgré tout réussi à nous quitter sur une dispute.

- Dimanche
FB, marché, sieste pendant que H. passe la terrasse au karcher avec André, apéro de 17 heures à barbecue tard dans la nuit.

Dernier cours

Dernier cours ce soir. Un pique-nique improvisé est prévu à partir de 19 heures, mais je préfère aller au cinéma (c'est aussi ce que je faisais le mercredi avant les cours d'islam).

Broken city, très bien.

A la fin du cours, nous avons la surprise d'entendre O.Artus nous dire : «C'était la première fois que j'enseignais en Cycle C, je suis admiratif que des laïcs ayant une vie professionnelle s'investissent ainsi en théologie, je vous félicite.»
Nous le remercions. (Mon opinion est que c'est un grand timide, tenant ensemble beaucoup d'humilité et une grande assurance.

Films vus en 2013

Au cinéma
Comme je commence cette liste le 19 juin, elle n'est ni dans l'ordre ni exhaustive.
Je donne ma critique en ayant conscience de davantage me définir que définir les films.

- Christopher McQuarrie, Jack Reacher - avec Tom Cruise - C'est mauvais.

- Ben Affleck, Argo - Travail consciencieux. Suspense et histoire. Impression de revivre un morceau d'enfance.

- Kathryn Bigelow, Zero Dark Thirty - embarrassée. Est-il normal de nous montrer cela? Cela ressemble à de la propagande. Et la mort de Ben Laden reste à mes yeux un assassinat (j'aurais préféré un tribunal).

- Tommy Wirkola, Hansel et Gretel - un conte steampunk. C'est surtout que je trouve Gemma Aterton irrésistible.

- Sam Raimi, Le Monde fantastique d'Oz - cette fois-ci, c'est Mila Kunis qui est très jolie.

- Dustin Hoffman, Quartet - déçue. Sans intérêt. Le meilleur moment est le générique de fin.

- Justin Zackham, Un grand mariage - Pourquoi suis-je allée voir cette bouse? En réalité, je n'aime pas les comédies américaines. Elles se ressemblent toutes.

- 13 avril - Philippe Godeau, 11.6 - A voir absolument. Le film (français) qui aurait dû devenir célèbre (critique sociale, force de caractère et ironie d'un homme. Décapant).

- John Moore, Die Hard IV - Nooonnn!!!

- Jeff Nichols, Mud - Bof, j'avais préféré de loin l'excellent Take Shelter.

- Margarethe Von Trotta, Hannah Arendt - une introduction comme une autre si vous ne connaissez ni le sujet ni l'auteur. Dans le cas contraire, dispensable, mais dans le cas contraire, vous aurez envie de voir un film sur Arendt.

- Jason Moore, Hit Girls - Pourquoi pas. Mais bon.

- Nicolas Philibert, La maison de la radio - j'aurais aimé être sans réserve. Mais pourquoi si peu d'explications? Le concept de Microcosmos a ses limites, je suis fatiguée de le voir appliqué systématiquement.

- Steven Soderbergh, Effets secondaires - sans intérêt.

- Wong Kar-Wai, The Grandmaster - j'ai beaucoup aimé. Romantique et mélancolique dans un sens qui me convient.

- Ann Hui, Une vie simple - même acteur. Un film qui sonne juste.

- Gus Van Sant, Promised Land - ennuyeux et peut-être nécessaire (dommage qu'il soit ennuyeux). J'aime les paysages au cinéma (Tu l'as déjà dit, Charles).

- Joseph Kosinski, Oblivion - SF avec Tom Cruise. Un bon film commercial comme savent en faire les Américains. L'amour triomphe des méchants. La justice triomphe du mal.

- Juan Solanas, Upside Down - plein de bonne volonté. Mais vraiment trop sucré, trop incohérent et trop prévisible. (sans compter que physiquement, cela ne tient pas la route: pour qu'il y ait gravité, il faut que les masses tournent, on ne peut donc établir des immeubles entre les deux.)

- Shane Black, Iron man III - Pas vu le II. Meilleur que le I. A voir, je crois.

- David Lean, Le pont de la rivière Kwaï - Incontournable.

- Germinal Alvarez, L'autre vie de Richard Kemp - Polar légèrement SF tout à fait honnête.

- Nicolas Winding Refn, Only God forgives - Bon, très bon, même (mais je comprends qu'on en n'ait peu parlé : plutôt dérangeant).

- Jan Ole Gerster, Oh Boy - Le meilleur vu cette année.

- Barry Levinson, The Bay - Fort. Une catastrophe écologique tournée à la façon de Cloverfield (l'histoire d'amour en moins). A voir. Si les cinéastes américains commencent à s'emparer de ce sujet, nous nous en sortirons (je crois beaucoup aux films américains comme instruments de propagande).

- 24 juin - Mohamed Hamidi, Né quelque part - les scènes de groupes drôles, joyeuses, les scènes centrées sur un acteur plus maladroites. Evite les trop gros clichés, ne moralise pas. C'est déjà ça. Film pas très bon en tant que film, mais pour lequel il est possible d'être indulgent sans se sentir démagogue.

- 27 juin - Sylvain White, La marque des anges - Miserere. Dommage que la bande son ne soit pas davantage soignée, il y avait pourtant matière. C'est un bon polar; ce qui m'agace, c'est le manque d'attention aux détails. Il n'est pas possible qu'une danseuse classique professionnelle habite dans un tel taudis avec Depardieu dans de tels vêtements. C'est agaçant ce manque de cohérence. Deuxième film en peu de temps avec éclatement des tympans (L'autre vie de Richard Kemp).

- 1 juillet - Allen Hughes, Broken City - Très bon polar noir, de facture classique. Particulièrement recommandé aux amoureux de New York (pour tenter de reconnaître les différents lieux).

- 2 juillet - Chris Wedge, Epic: La Bataille du royaume secret - Très joli.

- 6 juillet - J.J. Abrams, Star Treck - Into Darkness - Mon premier Star Treck. Je ne m'attendais pas à quelque chose d'aussi impulsif et affectif; c'est presque une apologie du cœur contre la raison. L'intrigue est mince.

- 8 juillet - Marc Forster, World War Z - Ils m'agacent à la fin avec leur "il faut protéger ma famille". Film sans intérêt. Pourquoi continué-je à aller voir ce genre de truc? Parce que je sais que de temps en temps il y en a un bon, et que celui-là vaut le déplacement (ex: les Bourne avec Matt Damon). Il faut que je développe mon sixième sens pour détecter les bons.

- 9 juillet - Alain Resnais, France, L'année dernière à Marienbad - Dormi une partie de la séance. Noté malgré tout les répétitions (comment ne pas les remarquer!) et les transformations qui inversent les dialogues des personnages, font passer les mêmes phrases de l'un à l'autre. L'invention de Morel est-elle une source de la diégèse ou de la mise en scène?

- 10 juillet - George Marshall, Un galop du diable - Le charme de Jerry Lewis est son innocence.

- 11 juillet - Dan Scanlon, Monstres Academy - Ennuyant. Cependant, pour une fois, un film sur les vocations qui échouent non par manque de travail, mais par manque de dispositions naturelles. C'est rare.

- 27 juillet - Tobias Lindholm, Hijacking - Pas mal. Pas de défaut objectif mais pas non plus enthousiasmant. Un film sur l'attente, l'attente qui dure, sans autre événement que l'attente… Pensé à (pensée pour) la famille enlevée en Afrique avec des jeunes enfants.

- 29 juillet - Thomas Arslan, Gold - Dead Man par la musique, Aguirre par la folie qui naît dans et par la nature. Des paysages grandioses, une histoire relativement prévisible au fur à mesure qu'elle progresse. Difficile d'écrire "plaisant" pour ce film austère, mais quelque chose de cet ordre malgré tout.

- 31 juillet - Javier Gorleri, Fraternellement - Y a-t-il une "esthétique hispanique"? j'ai l'impression de toujours retrouver cette tension extrême entre des personnages prêts à s'entretuer (Mes chers voisins) ou tout au moins à profiter des faibles (Les vieux chats). Bref, un film intéressant, dont on découvre sans surprise au générique de fin qu'il s'agissait à l'origine d'une pièce de théâtre.

- 2 août - Insaisissables - Scénario trop en surface, pas assez travaillé, trop simpliste après avoir donné l'impression (l'espoir) d'un deuxième ou troisième degré.

- 8 août - Noah Baumbach, Frances Ha - Le film new-yorkais qui veut avoir l'air new-yorkais. Le film intelligent qui veut montrer qu'il est intelligent dans sa fantaisie. Tout cela m'ennuie. Je me suis ennuyée. C'est en fait l'exact inverse de Oh boy: un personnage a priori aimable qu'on se prend à détester.

- 12 août - Claire Denis, Les salauds - Je me suis ennuyée pendant, j'ai été écœurée à la fin. Tout est illogique, ce n'est plus de la suspension d'incrédulité qu'il faut au spectateur, c'est la perte de tout bon sens ! (le médecin qui constate qu'il faudrait recoudre et réparer le vagin d'une mineure ne lance aucune alerte ? l'oncle auquel on dit ça ne cherche pas une explication à tout prix? C'est quoi ces gens? ou alors c'est un conte. Mais qui rime à quoi?). Par ailleurs trop de gros plans m'évoquent toujours Gulliver chez les géants et sa descriptions des pores de la peau.

- 13 août - Billy Wilder, Témoin à charge - Allez-y.

- 16 août - Gore Verbinski, Lone Ranger - Une bonne surprise. Une bande-son intelligente, de belles cascades ferroviaires.

- 19 août - Joss Whedon, Les Avengers - Chic, je l'ai enfin vu au cinéma. Et je l'ai enfin vu en entier, je me suis toujours endormie quelques minutes (différentes à chaque fois) devant le DVD. J'aime beaucoup Mark Ruffalo.

- 20 août - Neill Blomkamp, Elysium - Très dispensable (une proposition de C. Nous n'avons pas dit non.) Je vais faire lire Le Meilleur des mondes et 1984 aux enfants.

- 24 août - Ferzan Özpetek, Magnifica Presenza - Film tendre, tout en douceur.

- 25 août - Billy Wilder, Sept ans de réflexion - Marilyn un peu trop idiote, le tout un peu trop léger, mais de bonnes répliques. Indispensable une fois.

- 3 septembre - Henri Decoin, Razzia sur la chnouf (1955) -

- 4 septembre - José Giovanni, Dernier Domicile connu (1970) - Paris en 1970 (22 rue des couronnes), et Marlène Jobert comme un moineau courant, voletant, derrière Lino Ventura. Un film triste, sans espoir.

- 10 septembre - Claude Sautet, Classe tous risques (1960) - Ambiance familiale, monde sans pitié et trahison. Belmondo et Ventura.

- 27 septembre - Nurith Aviv - Annonces (2012) - Mais où et comment trouve-t-on des femmes pareilles?

- 27 septembre - Xabi Molia, Les Conquérants (2013) - C'est bien. Logique, drôle (Marcel Gauchet cité aux footballeurs…), beaux morceaux de France, pas de pathos, pas de "message", sauf qu'il faut continuer.

- 4 octobre - Andrei Konchalovski, Runaway Train - Beaucoup aimé.

- 11 octobre - Denis Villeneuve, Prisoners - Fort.

- 13 octobre, avec H. à Yerres - Emmanuelle Bercot - Elle s'en va - Catherine Deneuve joue mal, le jeune garçon joue bien, c'est un plaisir de retrouver Claude Gensac. Le deuxième personnage principal est la France, les routes de France. J'ai aimé.

- 16 octobre - Sharon Bar-Ziv, Room 514 - Trop elliptique, trop de choses, d'allusions, de non-dits, que je n'ai pas compris. Je remarque que les distances spatiales acceptables entre les personnes semblent bien inférieures à celles qu'on respecte en France.

- 18 octobre - Woody Allen, Blue Jasmine - Bof. Plus que bof. La seule chose qui pourrait m'intéresser est le coup de théâtre de la fin, l'aspect "karmique" de la situation (qui me rend encore plus insupportable cette femme, incapable de supporter ce qu'elle a elle-même provoqué. Capricieuse, c'est précisément le mot. Capricieuse. Cela m'intéresse aussi peu que la jalousie.)

- 25 octobre - Marc Boreal, Ma maman est en Amérique, elle a rencontré Buffalo Bill. Vu ce film par erreur, je n'avais pas compris que c'était un dessin animé. Ce n'est pas mal du tout, charmant, mais bon, un peu déçue, j'aurais préféré voir autre chose.

- 26 octobre - Albert Dupontel, 9 mois ferme - Excellent, jamais trop poussé tout en restant dans l'extravagance Dupontel.

- 31 octobre - Bong Joon Ho, Snowpiercer - Heureusement surprise. Le début a un air de Ferme des animaux (la révolution), nous avons ensuite Prométhée (le feu), une remontée vers le paradis perdu, et je ne spoile pas davantage. Ecologique dans son genre, qui pose le problème vital de l'écosystème.

- 1 novembre - Jean-Luc Godard, La Chinoise (1967) - Film indécidable.

- 8 novembre - les frères Coen, Inside Llewin Davis - Le pendant masculin de France Ha. A croire que le passage n'est plus de l'enfance à l'âge adulte, mais de l'âge adulte à l'âge adulte. On s'ennuie.

- 11 novembre - Alfonso Cuarón, Gravity - Dans le genre palpitant, je préfère Stallone combattant le Vietcong avec un cure-dents. Mais bon, pourquoi pas. C'est vrai que s'agissant de paysages à couper le souffle, je préfère Hubble. De l'espace comme la mer: l'aide n'a pas de frontière, chacun doit assistance à un navire en détresse.

- 14 novembre - Christophe Offenstein, En solitaire - De très belles images, mais je suis déçue. Un solitaire sans solitude, un film qui manque d'âpreté, qui n'est pas assez dépouillé. Il est réduit à un téléfilm. Je songe à Gordon Pym (épuisement de toutes les péripéties possibles) et à Conrad (Souvenirs, barrer son bateau à l'oreille (le vent dans la voilure), la mer sans gratitude, féroce, dangereuse).

- 30 novembre - Claude Lanzmann, Le dernier des injustes. Lui aura droit à une entrée sur VS, quand j'aurai le temps.





DVD et vidéos
Liste commencée pendant l'été.

- 5 août - Otto Preminger, Laura

- 5 août - Alfred Hitchcock, Agent secret

- 5 août - Don Siegel, Evadé d'Alcatraz

- 17 août - Oliver Hirschbiegel, La Chute - Un film plutôt mauvais, en fait, qui ne vaut que parce qu'on sait que la secrétaire a été témoin à 25 ans: nous voyons quelque chose qui a dû se passer à peu près comme ça. Nous touchons un reflet de la vérité. Il faut maintenant que je regarde l'interview de la vieille dame.

- 18 août - Jonathan Lynn, Mon voisin le tueur - un film familial que nous connaissons par cœur. «— J'essaie de faire souffrir le moins possible. - Moi aussi.» «Vous avez tué dix-sept personnes et vous trouvez que ma femme n'a pas un bon fond?»

- 21 août - les frères Wachowski, Bound - vidéo d'une qualité lamentable, mais film beau (par la beauté d'une actrice) et éprouvant. La première fois que je l'ai vu, c'était en rentrant de l'enterrement de mon grand-père, mars 1997. Mais qu'avions-nous fait des enfants? Je ne sais plus.

- 22 août - Joseph Cedar, Footnote - C'est très fort: une enquête philologique inattendue (je veux dire qu'on ne l'attendait pas, au bout de trois quart d'heure de film). Bande-son magnifiquement adaptée.

- 26 août - DVD accompagnant La Chute: interview de Traudl Junge, la secrétaire d'Hitler (Dans l'angle mort) et début de celui d'un des gardes du corps encore vivant, Rochus Misch.
Philippe de Broca, Le Magnifique en famille (à cause de Sept ans de réflexion) puis L'As des as (Gérard Oury) pour faire plaisir à A. Je crois que je ne peux plus regarder de fiction sur le sujet, surtout en ayant vu l'interview de la secrétaire d'Hitler le matin même.

- 27 août - Mike Newel, Donnie Brasco - Palpitant. Le problème, c'est que devant les DVD je bricole, donc je ne suis jamais totalement concentrée.

- 28 août - Clint Eastwood, Impitoyable

- 30 août - David Fincher, The Social Network

- 31 août - Henri-Georges Clouzot, Quai des orfèvres

- 1 septembre - suite du DVD accompagnant La Chute: fin de l'interview de Rochus Misch et début de celui de l'aide de camp Bernd Freytag von Loringhoven.

- 8 septembre - Emil Weiss, Yeshayahou Leibowitz - Il faut que je le transcrive. C'est difficile d'écouter un film en hébreu.

- 12 septembre - Jean-Luc Godard, A bout de souffle, partiellement (j'ai dû aller chercher Olivier).

- 13 septembre - Henri-Georges Clouzot, Le Corbeau

- 14 septembre - John Sturges, Les Sept Mercenaires - Je dois avouer que j'ai toujours eu un béguin pour Bronson (Belmondo était ce qui approchait le plus Bronson en version française) puis Stanley Kubrick, Docteur Folamour.

- 15 septembre - fin d'A bout de souffle - C'est vraiment très beau, visuellement très beau, + charme de l'accent de Jean Seberg. Evidemment cœur serré à regarder Jean Seberg. Je me souviens de l'annonce de sa mort, entendue à la radio. Peut-être était-ce à cause de Romain Gary et de La vie devant soi, dont l'anecdote m'avait tant frappée.

- 20 septembre - Pablo Giorgelli, Les Acacias - Mais comment ont-ils fait avec le bébé ? C'est bien.

- 22 septembre - Robert Thalheim, Et puis les touristes - ce film si tranquille, tellement "en retrait de la main", m'impressionne toujours autant. Il représente pour moi toute la soif de la jeunesse de l'est et l'atonie de celle de l'ouest.

- 26 septembre - Marc Rothemund, Sophie Scholl, les derniers jours (toujours Marc qui me poursuit).

- 29 septembre - Frank Darabont, La ligne verte (1999).

- 4 octobre - John Huston, Le Faucon Maltais (1941).

- 6 octobre - Alain Berbérian, La Cité de la peur (1994). avec O. qui voulait le regarder parce que ces copains en parlent tout le temps. C'est nul mais c'est fait pour.

- 8 octobre - Fabián Bielinsky, Les 9 Reines (2000). Je l'avais vu à Toulouse quand je passais le DEUG de philo, je voulais le montrer à H. J'aime bien ce film.

- 20 octobre - James Cameron, Terminator II (1991). Une moitié après la dispute (Olivier avait commencé à le regarder sans nous). Le meilleur des Terminator, assurément. Le premier film de ce genre (genre actions) que j'ai vu (à Aubervilliers, enceinte de Clément). Le premier d'une longue série.

- 25 octobre - Jonathan Mostow, Terminator III (2003). C'était donc dans celui-ci que se trouvaient les cascades en camions qui m'avaient tant marquées.

- 28 octobre - Thomas Carter, Coach Carter (2005). La version du Cercle des amis des poètes disparus pour Noirs et pauvres. Pas désagréable.

- 30 octobre - François Truffaut, La sirène du Mississippi (1969). Je me souvenais de ce film, il était resté gravé en moi plus de vingt ans, le début («votre mensonge est plus beau que le mien») et la fin (la disparition dans la neige).

- 1er novembre - Guy Ritchie, Sherlock Holmes, 1 (2009) et 2 (2011), matin et soir.

- 3 novembre - Jim Sheridan, Dream House (2011). Sans doute le film dans lequel David Craig a rencontré sa femme. Un film intéressant, après un début agaçant car incompréhensible.

- novembre - Barry Levinson, You don't know Jack (2012). Avec Al Pacino, mon préféré. Le film est peut-etre bon, mais il me gêne plus qu'il ne m'emballe.

- 9 novembre - Matthew Vaughn, Layer Cake (2004). Comme le Snatch, c'est-à-dire bien moins bon que le premier du genre, Arnaques, crimes et botanique. Daniel Craig ressort par sa netteté, sa façon de tenir son dos. Musclé finement, c'est dommage qu'il est été alourdi pour les James Bond.

- 11 novembre - Kung Fu Panda (2008). Le film que les garçons acceptent de voir vec nous après le départ de tout le monde.

- 21 novembre - François Truffaut, Le dernier métro (1980). L'art du cadrage à quelques minutes de la fin, les images de l'hôpital, de Depardieu blessé. C'est à peu près tout, un film sur le cinéma, assez convenu, avec de bons acteurs.

- 28 novembre - Davide Ferrario, Le Voyage de Primo Levi (2008). Le film est plus récent que je pensais et "grâce à" la crise, on peut penser que cela n'a pas beaucoup changé. Voir le film juste après avoir vu le livre n'est pas une bonne idée, il manque trop de détails, d'anecdotes. Je ne me souvenais pas de l'intervention de Wajda. La place Ronald Reagan et le boulevard Jean-Paul II à Cracovie

- 8 et 9 décembre - Claude Lanzmann, première partie de Shoah

- 9 décembre - Francisco Rossi, La Tregua. Italien sous-titré italien! Décevant. Pas si mal, mais décevant.

-13 décembre - The Big Bang Theory - Une bonne partie de la saison 4. Je commence à me détendre.

- 17 décembre. suite de la saison 4 et début de la 5. Toute la matinée en commentant sur FB.

- 20 décembre. suite de la saison 5.

- 21 décembre - Brad Furman, La Défense Lincoln (2011). Premier film avec l'Apple TV.

- 22 décembre. J. C. Chandor, Margin Call (2011) et la moitié d'Inside Job (Charles Ferguson, 2010)

The Bay

J'y suis allée à cause de Chasepeake Bay, bien sûr.
C'est un film qui mérite d'être vu, construit avec soin, que son affiche, orientée "film d'horreur" va desservir. Dommage, je le regrette vraiment.

L'aspect "terreur" est tamisée par le fait que c'est une survivante qui raconte. La technique "caméra à l'épaule" fait penser à Cloverfield. Les indices sont donnés peu à peu puis liés les uns aux autres. Le suspense est entretenu en nous avertissant de la mort prochaine des uns et des autres. Les détails sont soignés, comme les taquineries du savant contre l'accent français de sa collègue.

Sinon bien sûr il y a quelques incohérences (les symptômes changent à travers le temps, et il me semble impossible de remplir la baie d'eau de Javel!) Mais ça n'a pas d'importance.

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Agenda :
Le soir je rejoins A. à l'hôtel vers Alésia (épreuve de math à 8 heures demain, nous ne prenons pas le risque qu'un dysfonctionnement du RER lui fasse rater son bac) et nous dînons dans un petit restaurant, Le Maine Bar (2 rue des plantes), à la déco vieillote (vieilles affiches, carrelage petits carreaux) et aux plats soignés (genre carpaccio de tomates aux écrevisses).

Pas d'ordinateur, je m'endors comme une masse à neuf heures et demie.

Oh Boy

Noir et blanc. Plastiquement beau, de plus en plus beau au fur à mesure que le film avance.

Ce n'est pas un film rationnel, ce n'est pas un film sentimental. C'est un film qui émeut en touchant l'affect, pas les sentiments (quelle est cette nuance, je ne sais).

Je spoile un peu, mais ça n'a guère d'importance.
C'est l'histoire d'un type qui voudrait boire un café.
Le héros est un looser: cela fait deux ans qu'il glande à Berlin en prétendant travailler son droit. Son père s'en aperçoit et lui coupe les vivres. Début de l'errance.
Il ne sais rien faire, mais il est bien élevé et poli, ne profite jamais d'une situation et ne repousse personne (toutes les faiblesses d'une bonne éducation non soutenue par une situation sociale, pensé-je) : par conséquence les gens se confient à lui.

A un moment donné, il commence à dire: «Parfois je trouve les gens bizarres, et puis je me dis que comme ils sont tous bizarres, ce doit être moi qui suis bizarre». La confidence est interrompue, mais nous spectateurs dans la salle avons envie de nous précipiter à travers la toile pour le rassurer: «Non je t'assure, tu es le seul "normal", les autres sont vraiment bizarres, tu ne rêves pas».
Histoire allemande en filigrane, le film sur le nazisme bourrés de clichés, le vieil homme qui revient à Berlin après avoir passé sa vie à l'étranger et raconte ses souvenirs: «Et je chouinais, tu sais pourquoi? Parce qu'avec tout ce verre je ne pourrais plus faire de vélo.»

Un très beau film sur la rencontre, les rencontres, ce mystère que demeure l'autre qui ne peut sortir de son corps pour se dévoiler pleinement (et pourtant, tentative: voir le spectacle de danse).

Une histoire simple : faut-il interdire ce film au plus de 50 ou 60 ans?

Ou plus généralement à toute personne ayant un être aimé en train de vieillir, et finalement de mourir?

Le film débute par quelques minutes qui montrent la vie quotidienne, puis c'est l'accident cardiaque et l'entrée en maison de retraite.

C'est à ce moment-là que j'ai entendu derrière moi: «Je me demande si c'est un film pour nous», et en tournant un peu la tête, j'ai aperçu deux femmes élégantes aux cheveux blancs.

Choc de l'entrée en maison de retraite, description qui rejoint les témoignages directs que j'ai reçus; puis, toujours concordant avec ce que j'en connais, les habitudes, les plis, les amitiés, l'apprivoisement réciproque, ce monde totalement étranger qui devient quotidien.
C'est bien sûr aussi, ou surtout, la gratitude d'une famille pour une femme qui a vécu à son service pendant soixante ans.

J'ai pensé à Kieslowski, surpris d'être apprécié hors de Pologne, qui disait qu'il avait compris un jour qu'avoir mal aux dents ou être amoureux, c'était la même chose partout sur terre, et qu'il était donc possible de faire des films pour les hommes partout sur terre.
Ce film montre que vieillir prend des formes très similaires dans les villes occidentalisées.

A la fin du film, les deux femmes derrière moi reniflent. Elles parlent de France Inter, qui selon elles aurait raconté n'importe quoi en n'ayant vu que quelques minutes du film. Je ne comprend pas si elles regrettent de l'avoir vu ou pas, elles sont profondément touchées par la relation entre les deux personnages principaux, la vieille domestique et le garçon qu'elle a élevé et qui était son préféré.
In petto je me dis que si ce film décrit un miracle, ce miracle est le sentiment de reconnaissance de cet homme envers la vieille femme, cette façon naturelle d'envisager un bienfait comme le retour naturel, spontané, inévitable, d'un bienfait («elle a pris soin de moi, je prends soin d'elle»).

Non, la gratitude ne va pas de soi. Comment se nomme le contraire d'oublier, le fait de continuer à penser à quelqu'un (non, pas se souvenir, se souvenir, c'est penser à quelqu'un dans une situation ou un état passés), le fait de continuer à prendre soin et se préoccuper même lorsque cette personne n'est plus là au quotidien? Comment s'appelle le contraire de "Loin des yeux, loin du cœur"? C'est cela, l'amour?

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Agenda : dernier cours sur l'islam, un peu houleux. La prof rappelle que la première condition du dialogue est l'écoute (non, elle ne parle pas des chrétiens et des musulmans, mais des élèves de la classe).
Je me rends compte que le dialogue inter-religieux ne m'intéresse pas vraiment: ce n'est pas la religion de l'autre qui m'intéresse, mais l'autre, la personne, sa vie, ses soucis, ses rêves. Sa religion par contrecoup, mais pas en objet premier.

Oblivion

Pas le moral ce matin, tant et si bien que je passe du temps sur les sites paléo (je découvre des sites en français, belge et québécois (des recettes, youpi! le problème ce sont les ingrédients introuvables en France et le temps passé à convertir les unités de mesures). Ce qui me plaît, c'est le côté expérience. Ce qui me donne confiance, c'est la phrase "Essayez un mois, vous verrez bien": cela sonne juste. J'ai un souvenir précis de mon adolescence quand je faisais du sport jusqu'à avoir des voiles noirs sur les barres asymétriques et je sais très bien ce que je ne veux pas revivre. Donc je peux me permettre les expériences, je sais que si cela ne fonctionne pas, je le saurai très vite. Et inversement.

Et toujours parce que je n'avais pas le moral, je suis allée voir Oblivion à midi. C'est un film qui se laisse regarder, avec tous les ingrédients de la science-fiction (le pouvoir des livres (Ray Bradbury), les envahisseurs, la terre inhabitable (une pensée pour Wally, avec la fleur dans une boîte de conserve), la valeur du sacrifice (un petit côté Armaggedon)). C'est également un film terriblement américain, destiné au public américain: la nostalgie, c'est le Rockfeller Center, le football américain et la casquette "NY". (Mais les livres, ce sont lais de l'ancienne Rome (Macaulay) ou Conte de deux cités, entraperçu sur un dos (Dickens, comme dans Au-delà)).
J'aurais une réflexion d'ordre générale, mais pas maintenant, je ne veux pas spoiler.

En tout cas, ce film m'a remonté le moral; peut-être parce qu'il met en scène ce paradoxe sans cesse mis en scène: nous, individu ou humanité, sommes toujours sur le point d'être détruits, par des forces intérieures ou extérieures à nous-mêmes, mais nous possédons des forces de résistance insoupçonnées et inconscientes, intérieures ou extérieures. (Pourquoi et comment ces forces? Ce sera mon étonnement perpétuel.)
Nous sommes indestructibles, en dépit de nous-mêmes.

J'aime bien Tom Cruise. Il me fait de la peine et attise ma curiosité, pourquoi lui dans une secte? Quelle faiblesse interne, quelle blessure?

L'ensemble, paléo + cinéma, a été très mauvais pour ma productivité de la journée.

The Lebanese Rocket Society

Rangé, classé, pris le parti de remplir les deux tableaux que je devais envoyer le 30 avril au plus tard demain matin.

The Lebanese Rocket Society: un documentaire repéré dans la rubrique "nouveaux films" de L'officiel des spectacles. Dans les années 60, un professeur de mathématiques qui rêve de fusée décide d'en construire avec les moyens du bord. Le film commence sur l'impossibilité du film: la disparition des archives dans la guerre ou dans l'abandon (une archive présente dans des centaines de bobines de films d'actualité non indexées est comme perdue), l'absence de souvenirs de la population.
Puis les deux journalistes rencontrent les protagonistes de l'époque et le récit prend corps. Dommage qu'ils n'aient pas eu une cuiosité de scientifique car ils ne posent aucune des questions que j'aurais posées au professeur Manoug Manougian qui travaille aujourd'hui en Floride (quels calculs? quels échecs? quelles pistes suivies?). Nous apprenons simplement qu'en l'absence de carburant au Liban, il décide avec ses étudiants de le fabriquer lui-même avec ce qu'il trouve à l'université. Les premières fusées sont construites avec des tubes trouvés dans le commerce.

Le film met en tension les recherches passionnés d'un groupe de jeunes gens, l'intérêt à peine dissimulé des militaires… et les questions que se posent les nations proches ou lointaines.
Puis survient la guerre entre Israël et l'Egypte, le départ et le retour de Nasser, etc. Ici quelques images nous remettent dans le contexte de James Bond ou de SAS. Le groupe d'étudiants et de professeurs doit arrêter ses recherches, trop ambigues.

L'étonnant, c'est que personne ne s'en souvient. Ce fut pourtant une grande affaire dans les années 60, rassembleuse de la nation libanaise; un timbre avait même été émis: un appel à témoignage au cours d'une émission de radio ne reçoit aucun écho. Tout le monde est-il mort ou émigré? Cette disparition de la mémoire à si courte échéance est impressionnante.

Le film se termine par une utopie en dessin animé qui dure cinq minutes (mais qui paraît beaucoup plus long): ce qui se serait passé si la Lebanese Rocket Society avait prospéré. Pour un Français, cela gâche un peu le film, mais je suppose que c'est le moteur du film: la nostalgie, "ce qui se serait passé si…", le désir d'un Liban heureux, uni et paisible.

Pour tous ceux qui ont fait des études d'ingénieurs, pour ceux qui aiment l'histoire et les documentaires et ceux qui aiment le Liban. Cela devrait faire beaucoup de monde.

Hannah Arendt (le film)

Que des dialogues, bien sûr, avec l'accent allemand parlant anglais.
Je me demande si l'appartement d'Arendt donnait ainsi sur l'East River.
Je ne sais pas s'il est possible de rendre le scandale de l'époque. Hannah Arendt a perdu tous ses amis dans cette affaire. Toutes les correspondances s'interrompent à ce moment-là (je feuilletais l'autre jour celle d'Arendt-Scholem: elle s'arrête en 1963). Le film illustre cela avec Hans Jonas et Kurt Blumenfeld.

L'idée développée est que ce qui nous rend humain est la pensée. Eichmann et ses pairs ont cessé d'être humain car ils ont cessé de penser. Ils se sont contentés d'appliquer des ordres.
Cela me paraît faux : Heidegger n'a jamais cessé de penser, cela ne l'a pas empêché d'errer.
Ni l'intelligence ni la culture ne protègent du mal (dans son application quotidienne: la méchanceté) ni de la bêtise.

Ce qu'essaie d'articuler Hannah Arendt, c'est la médiocrité d'un homme avec l'efficacité et l'atrocité du système mis en place. Un taylorisme poussé à l'extrême, finalement. Chaque artisan intervenant dans la construction d'une cathédrale ne devait pas être bien malin non plus. Ce qui manque à l'artisan ou à Eichmann, c'est le recul pour juger de l'ensemble.
Mais si Eichmann ou les autres avaient eu ce recul, auraient-ils agi autrement? Je ne le crois pas, au moins pour la majorité d'entre eux.1
Qu'est-ce qui rend humain? L'attention à chacun, individuellement. Le refus de traiter une personne selon la catégorie où on la place.

Crime contre l'humanité: j'ai compris soudain qu'il ne s'agissait pas de crime contre "l'humanité, communauté d'hommes", mais crime contre "l'humanité, ce qui constitue la qualité d'homme, la qualité d'appartenir à l'humanité"; crime de déni d'humanité.
La particularité de ce crime, c'est qu'il s'applique autant au bourreau qu'à la victime: le bourreau dénie la qualité d'homme à la victime, mais ce faisant il se la dénie également. En ne sachant pas reconnaître un pair, il pert la qualité de pair. En un sens on juge le bourreau pour quelque chose qu'il s'est infligé à lui-même.
Peut-on juger un homme comme un homme quand il s'est lui-même retiré la qualité d'homme? Sa seule place ne serait-elle pas le zoo? Mais si nous décidions cela, deviendrions-nous comme lui, en lui niant sa qualité d'homme?



Note
1 : Je triche un peu en disant cela, car je suis persuadée que malgré leurs dénégations, ils étaient au courant. Si même les personnes enfermées dans les ghettos de Hongrie étaient au courant, comment les dignitaires berlinois ne l'auraient-ils pas été? Je crois que c'est Himmler qui avait vu les Einsatzgruppen à l'œuvre et disait à tout dirigeant allemand: «N'y allez pas, n'allez pas voir ça» (la référérence est à retrouver dans Raul Hilberg).

Le pont de la rivière Kwaï

Matinée sur des sites de… teeshirts : spreadshirt, redbubble, I' m voting tea party, woot, 80stees, ça me fait rire (un rien m'amuse).

Commencé à écrire sur Tamar (je me suis aperçue que j'avais perdu ma dissert de l'année dernière sur tradition et révélation. Il faudra que je fouille dans ma clé USB sur laquelle je sauvegarde de temps en temps en vrac, générant quantité de doublons qui font que je n'ose plus l'ouvrir).
Cette deuxième année représente de grands progrès sur la maîtrise du temps, avec plus de rigueur et de discipline, à tel point que j'ai entendu H. regretter le temps où je perdais mon temps sur internet!!! (comme quoi tout est possible, même l'incroyable. Contexte: je me plains de tout perdre et de tout oublier. Il me répond: «Normal, tu fais trop de choses. Moi: —Tu plaisantes, j'en fais beaucoup moins, plus de blogs, plus de FB, j'ai beaucoup concentré mes activités. H: —Justement, surfer et glander, ce n'est pas fatigant.»)

Le pont de la rivière Kwaï. Je ne l'avais vu qu'une fois en cassette vidéo, j'en gardais un souvenir flou (deux images, "le four" du camp et le jardin paradisiaque du commandement britannique). Quelle perfection dans la construction narrative, tout le nécessaire, rien que le nécessaire, au moment qui convient.

Dîner chez Jaffar. Nous sommes clients depuis longtemps. Lorsqu'il avait fermé en 2010, j'avais cru que les charges avaient tué un petit restaurant de plus: j'ai la surprise de découvrir qu'il est recommandé par un journal de Chicago!

The Grandmaster

Je ne sais si ce film trouvera son public (comme on dit): ceux qui attendent du kung-fu seront en partie déçus, ceux qui aimeraient ce film n'iront peut-être pas le voir (le "peut-être" porte sur le nom du réalisateur, Wong Kar-Wai, qui, je le suppose, a ses fidèles).

Beauté des images, ellipses. Comme pour une oreille européenne tous les noms se ressemblent, le spectateur est totalement perdu au bout d'une demi-heure et démêle les fils grâce à son habitude des récits: nord, sud, la gradation des épreuves, le méchant prétentieux, la fille liée par sa condition de femme qui s'en délie en se liant par un vœu plus contraignant, et l'histoire en marche qui broie les histoires individuelles. J'ai eu le temps de penser à Autant en emporte le vent avant que la musique d'Il était une fois l'Amérique me ramène sur les traces d'une fresque plus contemporaine.
C'est un film de patience et un film sur la perte, sur la mémoire et la tradition perdues.

Promised land

Pas un grand film, mais des questions mélancoliques.

L'agriculture peut-elle faire vivre une région, une région peut-elle vivre sans industrie?
Faut-il fuir la terre, la campagne, la brûler au nom des besoins en ressources naturelles? («Mais où irons-nous, tous?»)
«Nous savons pourquoi vous êtes là: parce que nous sommes pauvres.»
«Les temps ont changé.»

Matt Damon prend le bus. Je parcourrais bien les Etats-Unis en bus. Maintenant je sais que les films donnent une image fidèle des paysages américains.
Pensée pour les petites usines électriques ("plants") sur les bords de magnifiques petites criques bleues du Massachussets, ou pour la centrale nucléaire sur la crête.
Le rapport des Américains à l'environnement n'est pas le nôtre, mais le pays est si grand qu'on a l'impression qu'il en restera toujours des pans intouchés.


J'ai repris une carte UGC. C'est la seule chose qui me permet de me reposer.

Une journée bien remplie

C'est l'anniversaire de H. Nous avions prévu de nous retrouver le midi après mon TG et de passer l'après-midi à Paris.

Sauf qu'en arrivant à l'école à neuf heures, je m'aperçois que je me suis trompée d'horaire: le TG est à deux heures de l'après-midi. Je téléphone en catastrophe à la maison (H. dort encore). Puis j'ai une matinée à tuer. (Je ne me décide pas assez vite, un aller-retour de loose aux Halles, les films ont déjà commencé, trop tard. Je reviens à Odéon.)
Café "les éditeurs". Il fait beau, des gens petit-déjeunent en terrasse. Je lis le Coran et le dossier que la prof nous avait distribué lors du premier cours.

Puis je vais voir 11.6. Très bon film, taciturne. La volonté froide et incompréhensible d'un homme, son humour et sa rage, aussi. Quel dommage qu'il n'ait pas davantage de bouche-à-oreilles. Peut-être fait-il un petit peur, un vrai Robin de Bois, qui remet le système en cause et se venge des patrons. il ne faudrait pas que cela donne trop d'idées.
François Cluzet choisit très bien ses scénarios. Mon père est une femme de ménage était également très intéressant dans ce qu'il disait de la société française.

Après-midi de TG. Absolument passionnant. Intervention d'un jeune professeur qui nous explique l'islam de l'intérieur, dans sa version pieuse et recueillie, à la recherche de la paix intérieure. Un soufi sunnite.
Je ne résume rien (déjà que lui a condensé six ans d'études en trois heures) mais donne cette simple indication: islam "i" minuscule désigne la religion, Islam "I" majuscule désigne l'ensemble de la culture et de la civilisation développées autour de la religion.

La Maison de la radio

Grand plaisir durant ce film — et frustration.

Que des gros plans, pas de recul, une difficulté pour se situer dans l'espace pour le spectateur, pas de noms (sauf durant le générique, mais alors en vrac), pas de point de repère.
Oui, une frustration à la mesure de la joie éprouvée, de l'étonnement devant les chanteurs, les drôles de bricoleurs, les kilomètres de couloir, les micros, etc.


Le matin, j'étaits passé au Virgin (ouvert avant huit heures à la sortie du RER de la Défense) pour acheter le Coran dont j'ai découvert hier soir que j'en avais besoin demain pour le TG sur l'islam. Je choisis la traduction de Malek Chebel parce que la prof nous a dit de préférer les traductions faites par des musulmans.
A la caisse, je prends le dernier Emmanuel Todd et hervé Le Bras parce qu'il contient beaucoup de cartes de la France. Etonnant, à ce que je comprends en lisant la presse, cela semble un hommage aux valeurs du catholicisme enracinées au plus profond des consciences.

A la librairie de l'église de La Défense j'achète Un huluberlu dégingandé et une demi-portion parce qu'il dégage une énergie communicative. Pourtant il ne s'agit pas d'un sujet facile: le handicap moteur cérébral.

Pâques

Le monde fantastique d'Oz. Assez lent à démarrer, une trame narrative parfois trop lâche (incohérences ou manques de détails pour lier deux événements), mais de très jolies images, des couleurs très vives, un héros aux multiples défauts, prétentieux et séducteur, trois sorcières, rouge, verte, blanche, la rouge incontestablement la plus jolie.

En mineur (mais nous pourrions aussi dire que c'est le "message" du film si nous voulions à toute force qu'un film ait un message), c'est une ode à la science, plus précisément au cinéma: le magicien, c'est Edison.
(Et je songe à Lewis Mumford, qui lie Moby Dick à la science, qui le définit comme l'alliance de la science et de l'imagination rendue possible par le XIXe siècle.)

La fin m'a laissé une étrange impression, j'ai pensé "C'est ainsi que naissent les religions", mais aussi "il ne faut pas désespérer Billancourt", en voyant Oz, la sorcière, la poupée de porcelaine, le majordome et le projectionnisme se mettre d'accord pour ne pas dévoiler la vérité afin que le peuple conserve sa confiance et sa force quand les méchantes sorcières reviendront «car elles reviendront», dit Oz, ce qui nous prépare déjà à une suite. (Ozimandias, ça commence aussi par Oz (pour ceux qui connaissent The Watchmen)).


Le soir, encore un disque de The Big Bang Theory. J'avance dans la saison 2. Penny évolue, elle résiste, elle est le regard extérieur sur ce groupe endogamique de chercheurs. Je crois que ce qui me tient dans cette série, c'est l'amitié entre les quatre garçons qui survit à toutes leurs brutalités de langage, à leur franchise asociale.%%% Les réalisateurs sont tout de même très allumés.

Vendredi Saint

Pas de messe le Vendredi Saint (je ne le savais pas).

Ce qu'aura vraiment changé mon cours d'allemand du vendredi matin, ce sont les deux heures de bibliothèque avant. Deux heures, ce n'est rien, mais ça change tout, deux heures tranquilles entre les livres à réfléchir, à songer, à me perdre. Il fait très beau aujourd'hui.

Je circule entre les rayons, enregistre du regard des usuels (s'ils sont "usuels", c'est que nous devrions tous les avoir tous lus, non?), constate une fois de plus que les livres de la bibliographie ne sont pas empruntés (tant mieux pour moi (c'est tout de même très mystérieux, suis-je la seule à utiliser la bibliothèque?)), cette fois-ci une grande partie de la bibliographie n'est pas accessible aux étudiants de mon niveau (les livres sont dans une autre bibliothèque qui ne nous est pas ouverte à moins d'une dérogation par notre professeur — je ne vais pas me faire remarquer à ce point-là), je photocopie quelques pages de la Septante (notes sur la traduction de l'hébreu au grec), chapitre 8 de L'Ecclésiaste.

Travail avec la concordance. "Devenir" n'apparaît jamais dans Qohélet.
Je pense à C. qui m'a dit hier soir, à sa classique façon étourdie (ce garçon ne pense-t-il jamais à ce qu'il dit? C'est étonnant, de ne pas apprendre la prudence à ce point-là): «jouer à un jeu flash c'est inutile, mais pas plus que de faire de la théologie»; j'y pense en me disant que j'ai échangé le mépris de mes parents contre l'indifférence de mes enfants et que cela m'est désormais, à moi aussi, très largement indifférent.

Tout aussi inutile? Oui, certes, mais je doute que le néant dans lequel on fond et se fond en jouant à un jeu flash apporte autant de bonheur apaisé que la sensation de rejoindre une pensée millénaire, à la fois à sa source et dans l'étendue de temps qui a séparé cette source du moment présent, cette conversation ininterrompue de penseurs commentant l'indicible: «Qui est comme le sage? Qui sait expliquer quelque chose?»

Allemand (cours). Libanais (restaurant). Bureau. Je continue à résorber du retard en attendant mardi de me mettre sérieusement à calculer le montant de l'IS et rédiger la liasse fiscale (je dois contacter l'huissier pour organiser les votes à l'AG. Je ne sais pas ce que je dois lui demander. Réserver les salles, commander le café (ce que j'aime le moins dans mon boulot: commander le café. Tout ce qui est intendance me submerge)).

Je sors tôt et vais voir Queen of Montreuil. (Je devrais peut-être reprendre une carte UGC, finalement.) La fin est un peu bâclée (trop rapide), mais il y a de beaux moments. Jeu sur les langues. Désarroi du veuvage. (Ça m'agace, cette obligation que nous aurions de nous consoler vite. Quand sera-t-il officiellement reconnu que la dernière chose que souhaite une personne en deuil, c'est se consoler vite? Nous avons le droit d'avoir du chagrin longtemps, zut à la fin!)

Deux films

Hansel et Gretel : un conte délicieusement steampunk, de beaux héros, une histoire linéaire à la façon des contes, quelques secondes de Belle et la bête, le tout en une heure et demie, sans longueur ou délayage: parfait (seul défaut: la 3D, enfin, les lunettes).

Zero Dark Thirty: ce film me met mal à l'aise comme tous les docufictions dont on ne sait plus très bien ce qui est vrai et ce qui est faux (la femme obstinée du film était-elle une jeune femme rousse, un vieux noir bossu, ou une équipe, comme je tendrais à le croire?). Il rend très bien le temps qui passe et le vide du temps qui passe, sa longueur, les indices minuscules auxquels il faut se raccrocher, la tentation de l'abandon, l'abandon insidieux, de fait, et il rappelle les attentats survenus en dix ans (combien d'arrestations silencieuses depuis la récupération des archives dans la maison de Ben Laden? Pas d'attentat majeur depuis cette date, il me semble).

Je suis ton père

Non, ce n'est pas une citation tirée de Star Wars, mais du dernier Die Hard. (Comment dire: moins nul que ne le dise ceux qui l'ont détesté, mais pas bien bon, faut l'avouer (ma justification: accompagner ma fille au cinéma après sa journée d'appel civique. Parce qu'après Die Hard 4, je n'avais pas l'intention de voir jamais les suivants). Manque de soin dans les détails, l'histoire ne tient pas la route, mais ce n'est pas vraiment cela qu'on vient voir.)
La citation en entier: «Je suis ton père, ne l'oublie pas.»

C'est avec Le Roi Lion que cette obsession américaine du père m'était soudain apparue comme une évidence, de Top Gun à The tree of Life (sans compter le prochain Ryan Gosling).

A venir, une histoire de zombie amoureux (il faut croire que Twilight a donné l'envie d'explorer le filon). Ça a l'air fun (Warm bodies!!)

Osée et Argo

Le matin, Osée. Deux heures d'hébreu, en fait; conséquence d'avoir un professeur bibliste (la fleur, le taureau, le ventre maternel, la compassion, quelques millimètres de différence entre je et il, un jambage plus ou moins allongé).

Comment s'appelle les mmmh du cèdre du Liban? Pas les feuilles, pas les aiguilles, c'est autre chose, nous dit le professeur1. (Au secours, monsieur Pic!).
Le Liban, le paradis. Pleurer le Liban.

Puis Argo, in extremis, j'avais abandonné l'espoir de le voir.
Film haletant. Images des années 70 (j'aime). Souvenirs des otages, mais aussi du shah, avant, dans Paris-Match, avec les images de Beyrouth et de Jackie Kennedy. Je lisais au bord de la piscine parmi les orangers mes premiers récits de torture.
Mea culpa américain, la vérité est dite en début de film, rappelée une ou deux fois dans les dialogues.


Film haletant, disais-je.
— Tu crois qu'ils vont s'en sortir?
— Tu sais, l'époque a besoin de mythes, pas d'échec. Je ne crois pas qu'ils auraient tourné en ce moment un film sur un échec américain en Iran2. (Le lendemain, l'oscar viendra appuyer mon analyse).





1 : S'est-il trompé? Je ne trouve rien en ce sens sur Google. Songeait-il à un autre arbre? Il décrivait quelque chose de palmaire, de palmé.
2 : Il aurait fallu un Kubrick pour cela, pensais-je en me souvenant de Dr Folamour.

Bilan

Samedi : True Gritt, Sherlock Holmes 1 & 2, une partie d'Il était une fois l'Amérique, interrompu par La Dame de fer (Merryll Streep impressionnante, mais film totalement décousu qui n'arrive pas à captiver).

Dimanche : Fin d'Il était une fois l'Amérique. Saison V de The Big Bang Theory.

Dimanche. Je lis La lettre perdue de Martin Hirsch (deux heures), j'y croise en début de livre le Lignon, vu la veille chez La Fontaine (L'Amour est mort, le pauvre compagnon Fut enterré sur les bords du Lignon) et dans les dernières pages l'une des phrases du film La Dame de fer: il faut choisir en être quelqu'un et faire quelque chose. (Hirsch donne la source mais je ne m'en souviens plus.))

Amsterdam

A Roissy nous avions été arrêtés quatre kilomètres avant l'aéroport, cette fois-ci le TGV s'arrête peu avant Shiphol dans une grande odeur de brûlé. Je suppose que ce sont les freins, mais plus tard une annonce parlera d'une avarie au moteur.
Nous attendons. Je trie des photos, les renomme. Je perds la notion du temps.
Quarante minutes plus tard nous repartons lentement, nous nous arrêtons. Minutes immobiles. Annonce («Grâce au travail admirable de notre mécanicien nous pouvons repartir» (ce qui doit être vrai)). Le silence dans le wagon est impressionnant. Le train roule, s'arrête, repart, lentement. Les gens font des plans (descendre à Shiphol pour prendre un taxi?), le train accélère, nous avons plus d'une heure de retard, tout semble redevenu normal, nous arriverons à Amsterdam à qinze heures au lieu de treize heures trente.

Il fait gris mais doux. Taxi jusqu'au bed and breadfast. "Adrian" (je suppose, puisque c'est le nom du B&B) nous demande si nous étions dans le train qui a pris feu. What? Il nous explique que les Hollandais ont la passion des feux d'artifice et que certains ont fait partir des pétard dans un TGV qui a pris feu… Voilà qui explique pourquoi aucune motrice n'est venue nous remorquer, il y avait urgence ailleurs. Peut-être même que le moteur n'était pas touché, mais plutôt le secteur électrifié, ce qui expliquerait pourquoi nous nous sommes remis à rouler plus vite à partir d'un certain moment… enfin bref, nous ne saurons jamais.

Le choc de la maison dans laquelle nous entrons, ce sont les escaliers. Je tombe immédiatement amoureuse de ces escaliers impossibles, verticaux, presque des échelles, chaque marche permettant de ne poser que la plante des pieds. On comprend que la Flamande valse à cent ans si elle a monté et descendu toute sa vie des escaliers de ce genre.
Je pense aux échelles de meunier, ce qui correspondrait assez bien aux moulins du pays; notre hôte (landlord) penche pour une explication plus maritime: les architectes des maisons étaient des constructeurs de navire, ils ont pensé les escaliers des habitations comme ceux des coursives. Il est bavard (je pense à Philippe qui n'aime pas les B&B pour cette raison. Bah, c'est un peu ennuyant, mais c'est aussi amusant. J'aime autant savoir comment les gens vivent que visiter les musées. Les meubles passent par les fenêtres, et depuis quelques temps, les brancardiers n'ont plus le droit non plus d'utiliser les escaliers: les gens sont évacués par échelle de pompiers. Fun! (Je me demande s'il faut expliquer par les escaliers que les accouchements ont lieu si souvent à la maison en Hollande!)

Qu'avons-nous appris encore? Que si le vélo était si populaire, c'est peut-être parce que la reine Wilhelmine aimait faire du vélo («Elle se sentait sans doute libre, plus libre que dans ses landaus conduits par des cochers», nous confie notre hôte dont la projection psychologique me fait rire intérieurement), que c'était donc un moyen de locomotion aristocratique «tandis qu'en Turquie par exemple, c'est méprisé, parce que résersé aux pauvres, alors que chez nous c'est noble», et que les immigrés doivent apprendre la langue… et à faire du vélo, «ce qui lutte contre l'obésité». Cette dernière précision m'impressionne: apprendre à faire du vélo, signe d'une volonté d'intégration… Voilà qui est très fort, et un moyen comme un autre de lutter contre le tchador.

La chambre est au dernier étage, à côté du patio aménagé en cuisine/salon. Le frigo est rempli (lait, œufs, charcuterie, salade) à notre disposition; livres, DVD, la confiance règne (je suis si fatiguée de la méfiance française institutionalisée que je note la confiance partout où je passe. C'est sans doute ce qui me manque le plus au quotidien, cette douceur de faire confiance à ces contemporains).

Nous sortons, aller-retour dans la ville, il fait nuit, guirlandes de Noël, canaux. Je propose d'aller voir Jack Reacher. La caissière passe à l'anglais avec beaucoup de naturel, elle nous demande où nous voulons être assis, les places sont numérotées (ceci au titre des little differences). Tous les films sont en VO sous-titrés, et elle nous le dit avec une telle assurance que j'ai l'impression que c'est la règle, même pour la télé: le doublage en néerlandais serait-il inconnu?

C'était une erreur. Enfin, si le but était de voir un bon film, c'était une erreur. En revanche, s'il s'agit d'établir la liste des erreurs à ne pas commettre (la caméra qui s'arrête trop longtemps, le héros impassible, etc), cela peut être utile. On dirait un Clint Eastwood raté.
Dans le contexte de la tuerie de l'école du Massachussetts, ce film prend une autre dimension. Je suis surprise que sa sortie n'ait pas été différée.

Dernier jour de travail en 2012

Skyfall le matin pour la quatrième fois (le 3 novembre, le 8 décembre en attendant O. en formation secouriste; le 15 décembre après l'oral de philo, aujourd'hui avant d'aller travailler. Je suis droguée à la nostalgie de ce film, à la couleur de la ville en ruine et de la lande écossaise, au passage brutal du mot "ombre" à l'image de la mer sous un soleil éclatant.

Repris Clarel. Puis travaillé jusque tard. Problèmes de RER pour rentrer.
Starbuck.

Retour

Partie sans téléphone, sans montre, sans livre.
Horaire de RER de week-end, un RER de supprimé, quarantes minutes d'attente.
Pas de livre, temps pur perdu.

Le soir, Bond se marie avec la demoiselle de Chapeau melon et bottes de cuir (Au service secret de sa Majesté, je crois). George Lazenby ressemble au San Antonio sur les couvertures des vieux San-Antonio. Je n'aime pas ce genre.

J'ai lu un peu autour des Bond tournés avec Daniel Craig. Il est stupide de vouloir à toute force expliquer qu'ils se passent "avant" les autres, à quoi bon, qui a besoin de ce genre de justification?
Les Bond sont la démonstration éclatante qu'un film nous montre autant l'époque où il est tourné que les scènes qu'il filme. Si aujourd'hui il n'y a plus de gadgets technologiques, c'est que nous avons tous tous les gadgets technologiques dont peut avoir besoin Bond: un iPhone remplacerait la photocopieuse de 1969 et le GPS la carte embarquée d' Opération Tonnerre. Dans le même mouvement, nous abandonnons le héros plastique genre "Ken de Barbie" pour quelqu'un qui a des sentiments qui en font à la fois la fragilité et l'intérêt: qu'est-ce que cela nous dit de notre époque?

Apocalypse

Je ne sais pas ce que je trouve le plus dommage: que la fin du monde nous fasse rire, ou que certains la prennent au sérieux.

Pour suivre quelques fins du monde et quelques mondes d'après la fin.

Dimanche

7h50 - Gel sur la voiture au point que je pense ne pas pouvoir partir (silicone sur les joints).

9h - L'analogie, que peut-on dire de Dieu, (peut-on en dire quelque chose?), la théologie négative.

13h - Un anniversaire, un après-midi de tarot. (J'ai gagné, mais il faut dire que les autres avaient des réflexes de joueurs de belote. Chez moi, le tarot, c'est comme l'allemand, dès que je m'y remets, certains réflexes reviennent.)

20h40 - Casino royale. Je deviens sentimentale en vieillissant, je vais finir par aimer les films avec de jolies jeunes femmes sur les poitrines puissantes des hommes amoureux. (Ou alors c'est la lecture du Banquet qui m'influence.)
(Badinage. James Bond badine.)

Skyfall

Un James Bond qui m'a beaucoup plu.
Normal, dit PZ, ce n'est pas un James Bond. Et effectivement, les Bourne sont passés par là, Skyfall est un film construit et non une suite de situations liées par un lien ténu. Recentrage sur les personnages, ce n'est plus le monde qu'on sauve, c'est M. qu'on juge. («Avez-vous médité sur vos péchés?») Mais toujours pour la gloire de l'Angleterre.

Un Bond psychanalytique et un méchant excellent.

Je veux voir Q à poil, je veux savoir si c'est un faux maigre.
(Et pour énerver James Bond (une colère toute intérieure), il suffit d'abîmer son Austin Martin.)

Le français a la cote, entre Looper qui commence en français (ou presque) et la mère de James Bond qui est française. Ça change d'il y a quelques années après la guerre d'Irak, quand le traître n'était plus allemand, mais français.

Tendance actuelle: les "vieux" n'ont pas envie de passer la main, ou tout au moins pas sans que la jeune génération rende hommage au travail accompli et reconnaisse que leurs méthodes ont/avaient parfois du bon.

Journée perdue

Très classiquement, rien fait de ce que j'aurais dû faire. Cela va devenir gênant.

Vu Un après-midi de chien (référence incompréhensible en français: "dog day", c'est le contraire d'un froid de canard, c'est une chaleur de chien (quelle expression en français?)) sur les conseils de Jack Krick rencontré à Philadelphie. Le visage poupin d'Al Pacino, la sueur ruisselant sur les acteurs. Mariage gay, mais oui (1972), et hold-up pour payer l'opération d'un transsexuel. On ne fait pas plus dans l'actualité.

Vu quelques minutes du premier Star Wars, mais qui ne ressemble plus du tout à mon souvenir, maintenant brillant et coloré sur un grand écran plat, à l'époque pixellisé et fumeux sur les murs du salon, cassette projetée via un énorme projecteur emprunté aux militaires (chut). Trop brillant, trop propre, trop parfait, rendez-moi mon vieux film!

Looper

Je ne sais pas trop quoi en penser. Hyper violent par instants, quasi romantique à d'autres, impression de voir l'ancêtre de L'Armée des douze singes ou de Blade Runner.

Amusant de constater que pour choisir un Bruce Willis jeune, ils ont cherché un acteur ayant la même courbe de nez.

Amour, sacrifice, rédemption. Mythe irréductible, visiblement.

Au film, il manquera pour devenir lui-même mythique une musique personnelle, un reminder comme une signature.

La taxe M*lloir

— Lui, tous les ans c'est la même chose: il se réveille quand il reçoit la lettre recommandée et il est à peine aimable.
— On devrait imputer les frais d'envoi des lettres recommandées aux récidivistes.
— Mais on ne peut pas: qu'est-ce qu'on en ferait comptablement?
— On les passerait en profits exceptionnels. On appellerait cela la taxe sur les cons.
— Ah! Mais on va devenir riches!


Bourne l'héritage: sans grand intérêt cinématographique (une cascade en moto dans les rues de Manille, puisque chaque Bourne se distingue par une poursuite dans une ville différente); prépare le Bourne suivant, dans lequel nos deux héros survivants devraient logiquement se rejoindre pour sauver Pam d'un procès infâmant (je spoile le film suivant).
L'actrice a sans doute fait de l'athlétisme à un bon niveau, elle court avec un style étonnant.
A noter: l'évolution "philosophique". Nous sommes passés d'un embrigadement comportemental à base d'amnésie à une modification génétique (par utilisation d'un virus qui n'est pas sans rappeler le fonctionnement de celui du sida (et donc plutôt un rétrovirus)).


Morne fin de soirée: O. s'est fait voler son téléphone (un vieil iPhone, deuxième génération, souvenirs) au théâtre, A. a oublié son chapeau au cinéma.

Starbuck

Si nous sommes rationnels, nous nous demanderons où sont passées les mères (mère des enfants de l'avocat, mères biologiques des enfants de Starbuck).

Si nous sommes intello, nous noterons la réflexion sur l'identité et l'acceptation de soi-même, de "no soy David Wozniack" à "je suis David Wozniack", en passant bien sûr par la quête des enfants pour connaître leur origine.

Si nous sommes sentimentaux, nous noterons le rôle fondamental de la famille.

Si nous avons juste envie de passer un bon moment, nous nous contenterons de rire de bon cœur devant autant d'absurdité et de gentillesse, "une source infinie de bonheur", l'histoire d'un looser qui veut devenir ange gardien: «J'avais entrepris d'essayer de réussir ma vie, je ne pensais pas que ce serait aussi taf».

(comprendre "dur" = tough (ah oui, parce qu'en plus, c'est québécois, et j'aime ça.))

Expendables 2

Les dialogues, c'est pas son truc, à Stallone.

Film entièrement destiné à ceux qui ont vu les autres, les Terminator, Die Hard, etc. Film nul et émouvant parce qu'il ne nous déçoit jamais: exactement ce qu'on attendait, les situations mélo avec beaucoup de testostérone (ah, ce côté fleur bleue des gros bras), les invraisemblances qui permettent à chacun de retrouver tous les autres à tout moment avec une facilité déconcertante (tout ce petit monde passe son temps à tomber du ciel, par avion ou par pur effet de montage cinématographique), et quelques phrases cultes («Ça suffit, tu es déjà "be back" suffisamment souvent, à mon tour!» ou «Mais c'est une pièce de musée! — Nous sommes tous des pièces de musée»).

Church, le personnage de Bruce Willis, s'appelle Chapelle en français.

Je ne spoile pas l'arrivée de Chuck Norris.

Et rappelons qu'il n'y a pas d'effets spéciaux dans tout ça: c'est tourné «à l'ancienne» (traduction de classics dans les sous-titres) de bout en bout, hôpital compris pour les acteurs. (C'est ce qui m'avait impressionnée pour Expendables 1: apprendre que les acteurs y allaient de bon cœur, portaient leurs coups, en un mot n'étaient pas tout à fait raisonnables, voire totalement frapadingues.)


Défaut majeur: UGC les Halles doit croire que nous sommes tous sourds, la bande-son est diffusée vraiment trop fort.

La guerre des Roses et Les femmes du bus 678

Hier.

Pour évacuer un peu de ma frustration et de ma violence, je regarde La guerre des Roses, l'un des films les plus violents que je connaisse, une histoire de divorce qui n'est pas une bluette sentimentale, malgré un début trompeur, très "Harlequin". C'est un vieux film, je spoile.
Elle s'aperçoit un jour que son mari lui téléphone des urgences en se pensant à l'article de la mort que cette annonce ne la plonge pas dans la tristesse mais dans le soulagement (ce qui est très violent, certes, mais franc, objectif). Elle décide de divorcer.
Le mari profondément blessé refuse de quitter la maison. Il en obtient le droit grâce à une loi qu'exhume son avocat. Suit une guerre des tranchées dans les pièces et les couloirs.
Chacun rivalise de mesquineries et d'humiliations pour décourager l'autre, mais avouons que la femme est bien plus salope que le mari.
Concernant le mari, ce qui est parfaitement mis en scène, c'est sa radicale incapacité à admettre que sa femme ne veut plus de lui: c'est impossible, au fond d'elle elle doit l'aimer encore, cette conviction guide tous ses actes, il ne peut admettre qu'elle veuille être seule, tranquille, débarrassée de sa présence.

Aujourd'hui.

Je vais voir Les femmes du bus 678 et je retrouve cette même lutte pour avoir la paix. Laissez-nous tranquilles, laissez-nous vivre, oubliez-nous.
Nous sommes en Egypte et le contexte est évidemment très différent, beaucoup plus physique, brutal et généralisé à la société entière (alors que La guerre des Roses illustre un cas particulier).
Trois femmes, une pauvre avec enfants, une mariée d'une famille aisée et une fiancée d'une famille plutôt aisée également, subissent ou ont subi un harcèlement sexuel ou des violences sexuelles (dans le bus, sur un stade de foot, dans la rue). Il s'agit pour elles de savoir comment se défendre alors que personne n'est prêt à les aider, que leur famille fait pression pour éviter le scandale.
(En voyant ces trois femmes, je pense à Marx et à la lutte des classes, ou plutôt au Tiers-état: comment une population aussi hétérogène, avec des contraintes et des ressources si différentes, peut-elle faire front commun? Scène dans laquelle la plus pauvre, voilée, accuse la plus riche d'être à l'origine, par sa tenue libre et ses cheveux détachés, du harcèlement universel des hommes.)
Ici, comme dans Il était une fois en Anatolie et dans une moindre mesure dans Une séparation, c'est un policier qui a le rôle du sage, celui qui comprend, se tait, mais essaie de protéger qui doit l'être et de favoriser la justice et la droiture.

Je reste émerveillée par la façon dont ces films du Proche ou Moyen-Orient (Une séparation, Les femmes du bus 678) mettent en scène les rapports homme-femme, la façon dont ils comprennent et montrent ces femmes lassées qui un jour disent non, à la présence, aux rapports sexuels, à la pression continuelle. Elles partent ou elles restent, mais elles disent non. Elles sont entendues ou pas, comprises ou pas (plutôt pas, sauf par une poignée d'hommes attentifs; c'est bien l'attention à l'autre qui est au centre du débat (dans La guerre des Roses, le manque d'attention du mari avant le divorce est caricatural)), mais elles disent non. Elles veulent être tranquilles, ne pas être dérangées dans leur corps, ne pas être surprises par l'intrusion d'un autre corps dans ou sur leur corps (car il s'agit tout simplement de cela: de la surprise d'une main étrangère ou d'une main non désirée qui se pose sur vous: insupportable, comment ne pas le comprendre?)

En Occident, ou tout au moins en France, nous sommes persuadés d'être loin de ce schéma. Or c'est faux. L'idée inconsciente de la plupart des hommes, c'est que les femmes ont beau proclamer leur désir d'indépendance, elles ne souhaitent que l'homme (cf. Rousseau et son idée d'une femme soumise à un désir irrépressible). J'en veux à toute la peinture occidentale, tous les Fragonard et tous les Watteau, à toutes les Pompadour et toutes les maîtresses royales (le tableau Mademoiselle O'Murphy me dégoûte, mais je n'ai pas tout à fait le droit de le dire: je vais faire rire, je le sais; il faut que je sois prête à supporter ces rires et ces airs supérieurs sans rien avoir à répondre: si ce que je dis n'est pas compris, qu'ajouter?), qui sont peut-être à l'origine de cette idée culturelle: la femme au fond d'elle-même, même quand elle ne le sait pas, est toujours consentante, comme Mme Rose est dans l'esprit de son mari forcément amoureuse, même inconsciemment.
C'est faux.

Moonrise Kingdom

Moonrise Kingdom : drôle, beau, inattendu, enlevé, émouvant, stylisé… Et la musique.


Ma serviette 42 est arrivée. Elle est très discrète.

Les vieux chats

(J'ai résilié ma carte UGC illimitée: je la rends à la fin du mois. Mon idée était d'aller ramer davantage, mais avec mon doigt…)

Film chilien ou argentin. Un vieux couple, la fille de madame (pas de monsieur) hystérique, l'amie de la fille (donc lesbienne) plus posée, plus raisonnable.
Drame, la fille veut obtenir quelque chose de sa mère (no spoil), la mère ne veut pas, mais elle est par ailleurs en train de perdre la tête.
Fantastique actrice que cette vieille dame, rien ne nous permet de savoir quand elle est elle-même ou quand elle a une "absence", comme elle dit. Mystère d'un visage muet: que se passe-t-il derrière le mur de la peau? Interrogation sans réponse.

Un peu trop de gros plans, dommage.
J'aime sortir du cinéma américain aux corps et aux décors si souvent identiques y compris dans leur diversité (c'est sans doute cela qu'on appelle une "esthétique").

Towel day

Programme du jour de la serviette vendredi 25 mai 2012 (des explications ici).

Cette année j'ai commandé ma serviette.



ajout le soir: vu Babycall. Film fantastique. On en sort secoué, mais aussi avec l'impression vague d'avoir été floué: la tentative de démêler ce qu'on vient de voir ne donne pas satisfaction. Visage mobile de l'actrice aussi contrasté que le ciel, du sourire à l'angoisse.

Rumeurs du monde (financières)

Margin Call (quelques problèmes, j'avais pris un billet pour Le Prénom, j'ai changé d'avis devant la salle, me suis installée dans celle de Margin Call, l'ouvreur m'a poursuivie dans la salle quasi-vide, j'ai refusé de sortir, j'ai eu droit à un sermon à la sortie… Pfff.)

Margin Call. Film honnête, brochette d'acteurs connus, Kevin Spacey sort de ses rôles de salaud pur dans lesquels il semble s'être spécialisé dernièrement. Le plus appréciable dans ce film est sans doute son manque de manichéisme, il s'agit juste de sauver sa peau en décidant qui sacrifier — et en en informant honnêtement les sacrifiés (oui, cela fait une différence).

Quelques remarques morales (as opposed to techniques ou esthétiques):

- un plaidoyer pour les traders: «Nous permettons aux gens de vivre au-dessus de leurs moyens, de s'acheter les voitures qu'ils ne peuvent pas se payer. Ils ne veulent pas s'en souvenir. Si nous nous trompons1, ils se moqueront de nous, mais si nous avons raison, ils nous haïront.»
(Emission sur la Suisse, paradis fiscal, sur France Inter dimanche matin. J'en entends des bribes: «Pourquoi les pays occidentaux ne font pas pression sur la Suisse, puissance moyenne, pour arrêter la fuite des capitaux? Parce que les hommes d'influence de chaque pays participent à cette fuite.» (cf. la chute du gouvernement Herriot en 1932.

- opposition finance / monde réel: construire un pont / jouer avec un ordinateur: qu'est-ce qui est le plus utile? (cf. remarque ci-dessus et ce film).

- «Quand on est le premier à atteindre la porte, cela ne s'appelle pas de la panique.»

- «Nous n'avons pas le choix». Voilà qui me choque. Est-ce dans l'éthique protestante, dans les valeurs américaines? je ne crois pas (je suis sûre que non). J'ai cru un moment que ce n'était que des paroles consolatrices destinées à un personnage. Mais elles sont répétées à plusieurs reprises.
Nous avons le choix, mais le choix droit nous fait ressembler au père de Sebastian Haffner1 dont l'attitude honnête le condamnait au ridicule: avoir sa conscience pour soi mais paraître (être) un loser, il y faut beaucoup de courage, de principes, ou la foi.


Je n'ai pas d'idée précise sur les relations économiques, mécaniques, entre la crise américaine et la crise de la dette grecque, mais regarder un film où les personnages décident en toute conscience de précipiter le monde dans la crise pour sauver leur peau ne manque pas de sel quand on appartient à une société en train d'être vendue suite aux pertes dues à la dépréciation des obligations grecques. Une envie de rire ou sourire, relativisons (cf. la longue litanie des crises financières égrenée par Jeremy Irons.).
Je repense à 1991, à mon collègue dont le voisin cadre supérieur ne parvenait pas à retrouver du travail, il me semble n'avoir jamais vécu que dans un pays en crise (trois millions de chômeurs un peu après mon bac), apprenant parfois avec surprise deux ans après que deux ans avant, le pays connaissait une période de prospérité (comprendre: 2% de croissance). Apprendre cela me donnait toujours l'impression d'être, d'avoir été, flouée: pourquoi ne m'avait-on pas dis pendant la prospérité que nous étions prospères?


Note
1 : dans le fait que ces traders sont en train de tout vendre à perte pour sauver ce qui peut l'être; précipitant ainsi la faillite de tous les autres.
2 : «Enfermé dans la devise "Un fonctionnaire prussien ne spécule pas", il n'acheta pas d'actions. Je considérais cette attitude comme la marque d'un esprit étrangement borné, surprenante chez cet homme — un des plus intelligents que j'eusse connus. Aujourd'hui, je le comprends mieux. Rétrospectivement, je puis ressentir un peu du dégoût que lui inspirait "cette monstruosité", et l'aversion irritée qui se dissimulait derrière une platitude: ce qu'il ne faut pas faire, on ne le fait pas. Malheureusement, les conséquences pratiques de ces principes élevés dégénéraient parfois en farce.» Histoire d'un Allemand

Buffet froid de Bertrand Blier

Ça fait longtemps que je voulais le voir — parce que mes parents étaient partis avant la fin un été que nous étions à la Baule. Il passait hier au cinéma de ma ville; j'ai été seule dans la salle durant dix minutes avant le début de la séance, puis une femme est arrivée. Buffet froid ne fait pas recette le jour de Pâques.

J'aime voir la Défense déserte. La station n'a guère changé, ce ne sont plus les mêmes rames et les sièges ne sont plus rouges mais verts RATP.
Je n'ai pas reconnu la tour dans laquelle se passe l'action. J'ai entraperçu un panneau "Brie-Comte-Robert" "Boissy-Saint-Léger", ce qui nous entraîne loin de la Défense.
J'aime beaucoup les papiers peints et la tapisserie "Le corbeau et le Renard" au-dessus du lit, en deux pans symétriques.

— Je vous présente l'assassin de ma femme. (L'inspecteur et l'assassin se serrent la main)

— Vous n'avez jamais tué personne, vous?
— Si, si, quelques erreurs de diagnostics…

Carole Bouquet a l'air folle, les yeux étrangement décentrés.

Mes parents devaient attendre Les Tontons flingueurs à cause de Michel Serrault et Bernard Blier. Ça a dû leur faire un choc.

2 days in New York

Film dispensable là encore. C'est amusant, alors qu'il m'a semblé moins insupportable que 2 days in Paris, je me sens beaucoup moins indulgente. Les hystériques, très peu pour moi. Quand on ne supporte pas sa famille, on la tient à distance.

Quelques questions amusantes/intéressantes: vendre son âme ne porte pas à conséquence. Ou bien si?
Les dialogues de Mingus avec Obama.

Mais enfin, ça ne suffit pas à sauver le tout. C'est pénible et franchouillard.

(Pourquoi être allé le voir? Les horaires correspondaient, et puis après Le skylab, je voulais voir comment Julie Delpy évoluait.)

Quelques liens

Ça ne s'arrange pas : plusieurs jours sans même pouvoir arriver devant cet écran. Voici quelques liens thésaurisés avant de compléter les jours précédents (de dimanche à ce soir):

l'odeur des livres en bouteille

quelques pas de danse au ralenti

des raisons d'être optimiste

des portraits d'artistes, de savants, de chanteurs…

450 films libres d'accès (Wells, Lang, Tarkovsky, le premier court-métrage de Lynch, etc)

un projet obsessionnel en blanc (dédié à Guillaume) qui aime les obsessions (je le comprends)

le dessin technique d'une brique de lego

des ordres de grandeur démographiques: équivalence entre la population de mégalopoles et celle de quelques Etats d'Amérique

un peu de bisounours israëlo-iranien (irénisme, dirais-je à ma collègue en manque de gros mots)

l'histoire de la page de Google (conte pas du tout moral, l'incompétence récompensée)

le hashtag #jenaipasportéplainte : contre le silence qui suit un viol

un jeune blog qui raconte des histoires d'enfance, et qui m'intrigue, parce que les histoires sont assez longue: va-t-il tenir le rythme?

trajet de la Comté au Mordor (ne faites pas comme mon fils, regardez les lieux traversés)

écouter des auteurs (anglais) morts (pastiche en anglais).

Difficile adaptation

Cours le matin (en retard, en retard), "confesse" (comme on disait en prépa) l'après-midi (c'est assez drôle, quand on y pense (mal à l'aise, impression d'avoir cabotiné)), La taupe ensuite (très bien. J'avais peur de ne rien comprendre, mais très bien, juste assez peu bavard pour qu'il reste de l'indécidable).

Atmosphère détestable quand je rentre, je sens que les week-ends de mars vont être durs. (L'agenda se charge. Combien de personnes à table au repas suivant, combien de personnes à dormir à la maison, ça varie tout le temps, au gré du sport, des scouts, des films, de l'oulipo, des rendez-vous professionnels, j'aime bien ce tranquille va-et-vient, les gens qui se croisent sans obligation, H. ne supporte pas ça, il est si peu à la maison qu'il faudrait que tous soient là quand il est là.)

Motifs

Tandis que certains s'enthousiasment pour les hystériques (Melancholia, Millenium, A Dangerous Method), je m'interroge sur la figure du solitaire errant (Drive, Shame, Detachment) accompagnant la femme interdite (ou à protéger — est-ce la même chose?) (la jeune mère, la sœur, la très jeune fille).

Detachment : j'ai pensé à Taxi Driver dans une violence plus feutrée (mais il y a si longtemps que j'ai vu Taxi Driver que c'est peut-être totalement idiot).

Samedi

Vendredi soir Bartok, samedi matin le discours de Paul aux Athéniens, samedi après-midi La Colline aux coquelicots.

Bibliothèque verte ou rose (Paul-Jacques Bonzon), très grande beauté du dessin, des arrières-plans, les carreaux de la paillasse dans la cuisine, le gros plan sur le brûleur de la cuisinière, les beignets de poisson qui cuisent, la mer, les arbres, le feuillage des arbres. Je n'aime pas les visages des mangas, ces expressions qui se résument à deux ou trois, larmes, sourire, rire et cri (ça fait quatre).

Divers

Parlez-moi de vous : bon film tourné "à l'ancienne" (un peu ce qu'est devenu Troyat pour la littérature). J'aime beaucoup Karine Viard en phobique et control freak (comment dit-on en français?). Une représentation valable de certains intérieurs de banlieue bourrés à craquer.

L'alcool fait monter une désespérance qui donne envie de boire encore davantage.

Je vais aller écrire des cartes de vœux en regardant La guerre des Roses. Ou Les chèvres du Pentagone. Enfin bref, n'importe quoi sans importance et pas trop long qui me permette d'écrire.

Meilleurs vœux

11h30, je papote dans le bureau de Danielle. K. passe la tête :
— Vous savez la nouvelle ?
— Quoi, on est vendu ? dis-je en boutade.
— Oui, allez voir sur l'intranet.

L'intranet annonce que nous sommes mis en vente.

Déjeuner. Les vœux de l'entreprise sont prévus à 13h. Chacun pense aux directeurs : bel exercice d'équilibre qui les attend.

Ils s'en sortiront honorablement, devant une salle bienveillante.
L'histoire est la suivante: ce que nous appelons "les fondamentaux" (le ratio sinistres à primes, la qualité du portefeuille clients) ne sont pas en cause, ils sont mêmes excellents au niveau de notre entreprise d'assurance, et sains au niveau du groupe.

Les sociétés d'assurance ont l'obligation légale de mettre en face de leurs engagements (le règlement des sinistres en cours et à venir) un portefeuille d'actifs réparti selon des règles très précises. Or le groupe a fait trois choix qui se révèlent tous les trois désastreux avec la crise:
1/ il a acheté au prix fort de nombreuses entreprises à l'étranger: la valeur de ces entreprises s'est beaucoup dépréciée et nous devons prendre en compte cette dépréciation potentielle d'actifs ;
2/ il conserve en portefeuille une quote-part inhabituellement élevée d'actions (dont celles de la Société Générale), et là encore il faut enregistrer une dépréciation (les nouvelles normes prudentielles (qui ne sont pas encore entrées en vigueur) imposent un pourcentage réduit d'actions dans la composition du portefeuille et la prise en compte immédiate des moins-values potentielles$$ce qui prouve une méconnaissance du cycle long de l'activité d'assurance (conséquences: la vente massive d'actions par les entreprises d'assurance a accéléré la chute des cours et favorisé l'arrivée de fonds de pension étrangers dans le capital des sociétés françaises (non que cela me préoccupe, mais j'en connais qui n'aiment pas cela$$);
3/ la dette grecque, bien sûr, et les dettes souveraines en général (notons que ma société ne voulait pas d'obligations grecques, mais que le groupe lui en a affectées d'office malgré son refus répété: c'est le groupe qui choisit nos placements; c'est le groupe qui est noté par les agences de notation et toutes les filiales, dont nous sommes, en subissent les conséquences; et c'est le groupe qui nous met en vente aujourd'hui.)

Tout cela fait que le portefeuille d'actifs, avec ses moins-values potentielles, ne couvre plus (ne couvrait plus avant une intervention en chevau-léger de la CDC) les engagements du groupe, d'où l'obligation de dégager de l'argent frais.

Ajoutons pour faire bonne mesure que ces vœux sont également les premiers qui célèbrent notre fusion avec une autre filiale à qui le groupe a imposé ce "mariage de raison" (au printemps dernier, bien avant ces rumeurs de vente qui datent de fin octobre): les voilà en train de s'adapter à cette fusion en se préparant à une vente…
Je songe à une vente aux esclaves. Nous sommes vendus parce que nous sommes les plus profitables, et pour rendre la société plus attractive encore, notre portefeuille d'actifs a été nettoyé de la dette grecque: autrement dit nous sommes désormais et de loin la plus belle filiale du groupe (résultat technique + portefeuille d'actifs).

Le mot de la fin restera à notre directeur général, qui déclarera devant le représentant du groupe venu nous expliquer ce que je viens d'écrire (et que nous savions déjà): « Pierre L. nous a dit que le groupe regrettait de devoir nous vendre, j'attends de vous que vous travailliez à rendre notre société encore plus rentable pour que dans quelques années il le regrette encore davantage. »
C'est fou ce que l'on souffre toujours de se sentir mal-aimé, même lorsqu'on est une société.


Discours, puis petits fours, piste de danse, etc. A chaque fois c'est l'occasion de constater une certaine solitude. Je n'ai rien à dire, je ressens un certain malaise avec la plupart des gens: mais comment font les autres, de quoi parlent-ils, comment trouvent-ils des sujets de conversation? %%% Je crois que je ne saurai jamais faire et j'évite d'y penser pour ne pas ressentir une certaine panique, une certaine désolation de l'âme.


Je pars tôt et je vais voir The Darkest Hour.
Ce n'est pas tout à fait assez noir pour mon moral bas. Mais j'avais envie de voir Moscou et je vois Moscou. Enfin, un certain aspect de Moscou. Film d'action et d'apprentissage. Les enfants, si vous voulez survivre face aux extra-terrestres, surtout apprenez bien votre physique amusante et feuilletez le manuel des Castors juniors.
Les Russes, le Russe, sont russes à n'en plus pouvoir; tous les clichés de l'Américain décrivant le Russe sont là (pas bien éloignés des clichés français ce me semble puisqu'ils me sont familiers, et cela me fait rire), et ce Russe est encore en train de défendre Stalingrad…
L'important face à l'ennemi est de rejoindre sa terre, son pays: même si l'on doit se battre contre un ennemi commun, il est importun de le faire de chez soi.


Oulipo, Ousonmupo, c'est inégal.
Je récupère en cachette (il n'en reste qu'un que j'avais réservé) la Vida tragique d'En Guilhem de B. de Maurice (Chamontin). A suivre.

Des films

. Bruegel, le moulin et la croix. Une Passion, non en Israël occupé par les Romains, mais en Hollande occupée par les Espagnols. Une grande réussite "plastique" (quel mot utiliser? Je ne sais pas.) Une grande réussite pour un film qui n'est pas un film.
Rutger Hauer. Ah, Rutger Hauer… Tears in the rain for ever.

. Le Havre. Un film pour les amateurs de Kaurismaski, ceux qui le connaissent déjà bien. Les autres seront désarçonnés. C'est un conte de Noël, dépouillé, stylisé, une épure. Le temps fond, le commissaire demande une bouteille de vin de 2005, mais le dernier taxi… une Peugeot des années 1950? Daroussin se promène dans le film à la manière du héros des Gommes, et les montants de la rampe d'escalier de l'hôpital sont peints en rouge. (Je veux bien être damnée si aucun hôpital de France porte si loin le souci du détail.)
Compositions et couleurs d'Edward Hopper, dialogues de Carné, lumière et personnages de Kaurismaki.

. A Dangerous Method. Qu'est-ce qui est dangereux? La psychanalyse, ou le fait de coucher avec une patiente? Ce film m'a déçue de la même façon que m'ont déçue le Nietzsche de Cavani ou le Cavafy et le Wiggenstein de je ne sais plus qui. J'en attends trop, sans doute, et je sors en ayant terriblement peur de prendre pour vrai un détail fictionnel.
Keira Knightley est formidable; et ne serait-ce que pour le plan nous montrant Jung invité chez Freud se servant du gigot de façon indécente tout en dissertant sur le sexe (avant déplacement de la caméra), il vaut la peine d'être vu.

Les films qui m'ont marquée en 2011: Incendies, de très loin, Il était une fois en Anatolie, Essential Killing et de la tendresse pour Shame.
Une mention spéciale, à part, pour ''The Social Network''.


PS: et pour mettre un peu de gaieté dans ces films sombres, Faites le mur, grand éclat de rire.

Story of my life

— Mon pauvre ami ! Vous êtes la perpétuelle victime de l'esprit querelleur de vos contemporains. Hein ! On vous cherche, on vous provoque, on vous persécute ! Une sorte de fatalité. C'est bien ça ?





— Alors qu'est-ce qu'on fait? On continue dans la grâce?
— On va aviser. Mais aviser dans le calme, à tête reposée. Faut se méfier de nos nerfs.

Six jours

Vu deux films, tricoté une écharpe, lu un demi-livre. C'est déjà beaucoup plus que d'habitude.
Ecrit aucune carte postale ni carte de v?ux, ce qui est tout à fait inhabituel.
Rêvé sur des catalogues de tricot en me disant que ce n'était pas raisonnable. René Girard à l'?uvre: ma nouvelle collègue tricote beaucoup.
Malade à force de poils de chien. «Pourtant, les poils de chien sont très peu allergènes». Certes, mais je soupçonne qu'à défaut d'être nicotinisés, les poumons de mes parents sont poilus.

Je n'ai rien de particulier à raconter, mais j'ai beaucoup de billets ou sujets en retard. Je fais une liste, j'essaierai de les traiter au fur à mesure.
- Suzanne le 28/12/11
- Le Havre, A Dangerous Method le 05/01/12
- Khodorkovski, Benjamin, L'exercice de l'Etat
- Les Suisses
- Le voyage à Venise
- Petit déjeuner vénitien le 2 janvier 2012
- Atteindre Tarente
- 2 août 2011
- 3 août 2011
- 4 août 2011
- 5 août 2011
- 6 août 2011
- 7 août 2011
- 8 août 2011
- 9 août 2011
- 10 août 2011
- L'Inde
- Le Brésil
- Réussir sa vie
- L'anniversaire de Matoo
- une réponse à Parapluie
- Des photos de lecteurs, que je n'ai pas osé mettre au fur à mesure parce que j'ai eu peur de ne remplir mon blog que de cela et que cela soit "tricher" (comprendre: "trop facile") le 30/12/11

Le stratège

Ce film a tout pour ne pas plaire en France, à commencer par le baseball, qu'on ne comprend pas et qui ne nous est pas expliqué (question, par curiosité: est-ce que les scènes hachées, découpées, montrées de façon sporadique au rythme d'un zapping, sont immédiatement compréhensibles à un Américain? Autrement dit, quelle part de film nous échappe-t-elle parce que nous sommes Français / Européens?)

Le rythme est lent, il n'y a pas d'histoire d'amour (pas de femme), le personnage principal, qui refuse d'assister aux matches pour ne pas s'attacher aux joueurs qu'il risque de vendre ou d'échanger du jour au lendemain, n'est même pas particulièrement sympathique.

L'approche non plus n'est pas sympathique: gagner en faisant des analyses statistiques, et non en ayant le culte du développement physique, du style, de la technique. Est-ce que cela peut réussir? Peut-on nous, spectateurs, souhaiter que cette approche-là réussisse?
(Mais l'autre face de cette approche est plus acceptable moralement: il s'agit de se battre pour chaque point, il s'agit d'être efficace, régulier, il s'agit d'abandonner l'esbrouffe, le style, et de regagner ses bases (???) avec le plus de régularité possible.)

Pourquoi parler de "morale acceptable"? Parce que lorsqu'on va voir un film sur une équipe de loosers coachée par Brad Pitt dans un film américain, on se dit que forcément, l'équipe va gagner, pour que la morale américaine attachée à l'effort et au mérite sorte vainqueur.
Mais il faut aussi que l'image du baseball soit intacte: est-ce qu'un baseball statistique est une image acceptable?

Je ne vais pas spoiler. Mais ce n'est pas un film sur le baseball, c'est un film sur les rêves: que voulons-nous vraiment? Qu'est-ce qui compte?

Il était une fois en Anatolie

Je m'étais dit qu'au pire, je verrais de beaux paysages (enfin, beaux: de larges paysages, de gauche à droite de l'écran, des pans d'horizon).
Ce n'était pas faux, à cela près que la moitié du film se passe la nuit, et que ce que l'on voit, ce sont des phares de voiture. Variations sur un champ, une fontaine, un arbre.
La nuit crée le huis clos, dans les voitures, dans les maisons.

Les thèmes sont ceux d' Une séparation. La famille, le couple, la vérité, la vérité bonne à dire, celle que l'on va taire ou amortir, par charité, par impuissance devant la cruauté de la condition humaine. «Ceux qui paient, ce sont toujours les enfants.»

«Tout le monde a ses raisons», encore et encore.

Plans fixes sur les paysages comme des tableaux, plans fixes en intérieur comme des photos. Personnages plus bavards que des personnages de Tarantino (si, c'est possible. Mais en turc, pas en anglais: il faut s'accrocher!)

Beau film.

Ma héros, mon modèle

« Casimir! Les valoches !»

Quand je serai grande, je veux être Léontine.

Pour les cruchons, quelques répliques de Faut pas prendre les enfants du bon dieu pour des canards sauvages.
(Ce site est un régal.)

Wagner c'est… c'est puissant, non ?

Projet : aller voir en groupe Stéphane Bern dans Celles qui aimaient Richard Wagner.

Cosplay: les garçons habillés en Louis II, les filles en Arielle Dombasle.

Si vous voulez participer, laisser un mot dans les commentaires, je vous tiendrai au courant.

Malade

Matinée au lit. Je lis le dernier tome du journal de Julien Green, Le grand large du soir. C'est un peu trop sentencieux pour me plaire, mais cet homme est impressionnant, il a croisé tout le monde. Et il est la preuve que l'on peut rester lucide jusqu'au bout.

J'ai l'intention de m'atteler à mon dossier d'histoire l'après-midi, mais O. regarde Le bon, la brute et le truand derrière moi. C'est irrésistible. Je m'endors dans le canapé près de lui. Quel film antimilitariste, ou pacifiste. Quel beau film sur la pitié, le cigare donné à Paco, les larmes du musicien, le sourire du capitaine mourant en entendant sauter le pont et les dernières bouffées du soldat.

Transmission des valeurs

Si votre fille termine sans sourciller un devoir d'anglais (écrire un mail à une amie au Kenya, d'après ce que j'ai compris) par « I will be back», il est possible que vous ayez réussi à transmettre quelque chose.

Sous le signe de l'Amérique latine

Ce matin, les réductions dans Jean Delumeau (suite du Catholicisme entre Luther et Voltaire); à midi la Bolivie dans Blackthorn (n'importe quel film avec des (beaucoup de) paysages panoramiques réussira à me séduire, qu'importe le scénario); ce soir le Mexique sur France Musique.

Super 8

1979, l'Ohio, des enfants, un accident, un secret, l'armée du côté des méchants contre les gentils civils. Un mix de Starship Troopers et de Retour vers le futur.

Histoire classique, délicieusement tournée, surtout au début: des enfant de douze ou treize ans en train de tourner un film super 8, avec le rêve qu'il soit sélectionné pour un festival. Il m'a semblé voir s'incarner le rêve du cinéma, l'essence du cinéma: le scénario, les répliques écrites au fur à mesure, les acteurs de fortune, le maquillage, les éclairages, le réalisateur («ben quoi, je dirige!») tyrannique ayant des idées précises («on va mettre une fille qui t'aime comme ça le spectateur sera ému et aura peur pour toi»: l'essence du cinéma, vous dis-je), à l'affût de toutes les opportunités pour obtenir les meilleures images pour "son" film, le réalisateur rond comme un Hichtcock ou un Welles.

Puis le suspense, l'intrigue romantique et romanesque, le chevalier contre le dragon, un conte de fée SF comme on en voit de temps en temps, toujours imperceptiblement nostalgique («Qu'est-ce que c'est que ça? — Un walkman, vous voulez essayer? — Si les jeunes se promènent maintenant avec leur chaîne stéréo dans les oreilles, on file un mauvais coton, c'est moi qui te le dis!»).

Un film soigné et sans prétention, un bon moment.

Lars von Trier : le nouveau Paco Rabanne

Ce que je savais de Lars von Trier, dans l'ordre de mes vues / visions / visionnages (quel est le mot adéquat?) avant de voir ce film:
Breaking the Waves fascinant, Element of crime le meilleur, Dancer in the Dark exaspérant dans son pathos larmoyant et ses erreurs de logique.

La première partie de Mélancholia m'a amusée (le personnage de Charlotte Rampling m'évoque quelques souvenirs personnels: communauté de folie), mais plus le temps passait plus il ralentissait, et le film devenait franchement ennuyeux (un beau verger avec des pommes, une balançoire, que c'est beau, et le cheval qui ne passe pas le pont, et le contraste entre la blonde et la brune,…: un catalogue de clichés), je n'arrivais pas à voir ma montre, j'hésitais à sortir quand j'ai eu envie de rire en voyant Kirsten Dunst allongée à poil près de l'eau (je vous l'ai dit: cliché sur cliché, dans tous les sens du terme) (s'est-elle fait refaire les seins?)

Imaginez à peu près ça (mais nue) :







Et ça continue, d'illogisme en invraisemblances (et pendant ce temps je pense à Pournelle), pour finir comme un mauvais tee-shirt.





Arrghhh.

Action !

mercredi: Fame
jeudi: Le Milliardaire => A. déteste et s'ennuie.
vendredi: Crocodile dundee => découvert que A. aimait les films d'action. Les films ont beaucoup changé depuis le 11 septembre 2001. Toujours ce tressaillement en voyant les tours.
samedi: Terminator 2
dimanche: Piège de cristal
lundi: 58 minutes pour vivre (heureusement qu'on a encore un magnétoscope).
mardi: Die hard 3.
mercredi: La mémoire dans la peau

Le reste du temps, classé des livres, trié des vêtements, écouté L'Iliade avec beaucoup de surprise. Quelle structure intéressante et inattendue.



Ma tante au téléphone:
— Oui, tes parents vont au Mans chez des amis, enfin non, des gens rencontrés en voyage et avec lesquels ils vont repartir.
— Si mes parents vont les voir deux jours et partent avec eux, je pense que tu peux les appeler des amis.
— Mais je ne sais pas qui c'est, je ne les ai jamais rencontrés, moi.

(Sur le coup, je l'avais trouvée vraiment bizarre, comme si elle était chargée de certifier l'honorabilité des rencontres de mes parents (Tout ce petit monde a plus de soixante ans). Mais en écrivant ces quelques lignes, je me dis qu'elle a peut-être craint que je pense que c'était des amis à elle. Mais même ça, c'est bizarre. (Flora et Céline, mes tantes me font penser à Flora et Céline).

Et je me suis fait une déchirure musculaire à la cuisse droite. Une pas grave, de celles qui empêchent d'enchaîner les marches d'un escalier. En peignant la clôture. Je ne comprends pas ce qui a pu provoquer ça.

Harry Potter

Premier film vu à Stockholm en novembre 2001, dernier film aujourd'hui.

La première fois que j'ai rencontré RC en chair et en os, j'avais l'ordre du Phénix dans mon cartable, il était sorti deux jours plus tôt (juin 2003).

Le suivant reste associé à un été très froid (et une espèce de châle avec manches acheté sur internet, bien chaud (désormais à la mode, six ans après)), et à la coïncidence entre l'attentat de Londres et le début du livre (Le prince de sang mêlé, juillet 2005, un été très gris, très triste).

Et le dernier au retour de C. d'un stage de planeur. Il avait acheté Le maître de Plieux à Brive-la-Gaillarde... Je lisais Les Reliques de la mort en attendant le train, ce qui explique peut-être que j'étais un peu déconnectée du réel.

Fini.

Une solution élégante au complexe d'Œdipe

— Moi je n'ai jamais connu mon père. Ma mère l'a dévoré avant ma naissance.

La mante religieuse dans Kung Fu Panda II

Retour

On s'habitue bien aux vacances.

Bilan: un bronzage camionneur, quelques coups de soleil mais rien de grave, une douleur incompréhensible dans la cheville droite, qui passe quand je marche vite mais me fait perdre l'équilibre à l'arrêt.

Pas envie de me coucher.

Le chat du rabin: ça ne commence pas vite, ce n'est pas très épais, mais c'est amusant.

Nous sommes devenus des experts en déchargement de semi-remorque : huit yolettes transbordées sur une remorque à bateaux en une heure et demie.

La défense Lincoln

Bon film comme je les aime, sérieusement construit, sans temps mort. Le titre fait penser à une parade aux échecs, et c'est un peu ça, chaque mouvement ou parole étant destinées à produire plusieurs effets simultanés et généralement contraires, sans que les personnages ne devinent les manipulations en cours (le spectateur, si — mais avec retard).


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Agenda
Pris rendez-vous pour passer un entretien pour le diplôme de théologie. Emue.

Quatre films

Trois de ces films ont été choisis sur un critère exogène: proximité de la salle et heure de la séance.

- Le complexe du castor : parfaitement dispensable, un navet, je crois. American Beauty sans la dimension Lolita (je ne suis pas en train de dire que c'est la dimension Lolita qui rendait American Beauty intéressant, mais que voir Le complexe du castor est inutile: on l'a déjà vu).
Un moment j'ai cru (presque espéré) que nous allions glisser vers du Foerster, mais même pas.
Seul plaisir: Kung Fu. Je pensais que Petit Scarabée était oublié aux Etats-Unis. (Jodie Foster a tourné dans l'un des épisodes quand elle avait cinq ou huit ans.)

- Minuit à Paris : encore un film sur un écrivain. Je vois ce film comme la suite ou le pendant de Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu. Woody Allen essaie de nous apprendre à vieillir — ou d'apprendre à vieillir.
Comment ne pas se perdre dans le passé, que ce soit le sien (tentation du vieil homme dans le film précédent) ou celui d'une génération (Minuit à Paris)? Le thème me touche peu, ayant plutôt tendance à ramener le passé au présent que faire basculer le présent dans le passé, mais tenter de mettre en scène cette difficulté à accepter le temps, à accepter de vivre dans le flux, est courageux et difficile. Pour quelque chose de si difficile, ce n'est pas si raté.
Bluffée par la beauté des acteurs, avec une mention toute particulière pour Hemingway et Zelda (Alison Pill).
Et sans connaissance technique particulière, j'ai été sensible à la pellicule utilisée, différente, comme fumée: une façon de faire du sépia en couleur.

- Mon père est femme de ménage : Une bonne surprise. Sans doute un mauvais film d'un point de vue du cinéma (je veux dire un film qui aurait pu être un téléfilm), mais un très bon témoignage sur la société: la France, une certaine France, de 2011, est représentée dans ce film. C'est peut-être La Boum d'aujourd'hui (pas de slow, rien pour rêver).
C'est un film sans méchant, c'est un film à base de scènes, comme autant de sketches, avec de bons dialogues. Il est construit autour d'une famille, et plus particulièrement d'un garçon, de son brevet des collèges à son bac. Cela ne se passe pas en Seine-Saint-Denis, mais dans le Val-de-Marne, les quatre amis sont blanc, juif, arabe, noir, et ce que montre bien le film, c'est la façon dont la violence, la bagarre, peut éclater à tout moment, sous n'importe quel prétexte, et qu'elle paraît absolument normale aux enfants: ce n'est pas une anomalie. Il me semble aussi que seul un réalisateur s'appelant Saphia Azzedine pouvait se permettre des blagues aussi racistes.
C'est sans doute un film sur les classes sociales: la barrière, c'est l'argent, ce n'est ni la couleur, ni la religion. (La jeune fille, avec ses tâches de rousseur, est très jolie.)
Le père croit encore que bien travailler en classe permet d'avoir un meilleur métier, une vie meilleure, il se bat pour ça, et cela m'a émue, de retrouver cette foi qui animait mes parents et qui me paraît avoir totalement disparue. (J'ai sans doute tort, si ce film dit vrai).
Mention spéciale pour la sœur, stupéfiante de bêtise, plus vraie que nature. Ça c'est une actrice!

- Je n'ai rien oublié. Je l'ai sans doute choisi pour Depardieu. J'ai beau lui en vouloir de devenir obèse sans retour, j'aime sa façon de jouer. Le film est bon, une bonne intrigue, de beaux décors, un peu violent, un peu mélancolique et un peu incohérent. Ce genre de film qui ne prétend pas démontrer quoi que ce soit sur l'art de faire des films me réconcilierait presque avec le cinéma français.

La main au collet

Nous sommes allés voir le film au cinéma, avec l'arrière-pensée pour ma part de leur donner quelques éléments pour comprendre la pièce de théâtre de demain.

Je ne sais plus si j'avais déjà vu ce film, peut-être le début, les images du chat sur les tuiles.
Grace Kelly est magnifique, c'en est presque douloureux. Tant d'élégance et de style, où cela a-t-il disparu? (Et la course poursuite, bien sûr, ne peut aujourd'hui que nous faire penser à sa mort.)

Visionnage sur fond de drame, C. a le cœur gros.

Après le film, dîner dans une brasserie place de la Sorbonne. On dirait que tous les garçons ont trop bu.

Le dilemme

Règle : tout nouveau film projeté directement à l'UGC Orient-express est une bouse. Je le sais, mais j'essaie (c'est le côté catho, la croyance au miracle, le désir d'être sauvé: et si cette fois, cette unique fois, ça allait marcher (mais dans la réalité ça ne marche jamais (mais j'essaie encore…))) .

Et en regardant ce film verbeux pleins de bons sentiments, je me disais 1/ que Winona Ryder vieillissait mal 2/ que si ces films ne m'apprenaient rien sur le cinéma, ils m'apprenaient sans doute beaucoup sur une certaine Amérique qui n'a pas dépassé la comtesse de Ségur et Dickens. Non, ce n'est pas "rafraîchissant", c'est juste agaçant.

Pina de Wim Wenders

Sensible comme toujours aux voix et aux langues. Première musique.
Sensible sans doute davantage aux musiques, aux souvenirs, au temps qui passe, qu'à la danse. Le cycle et la flèche.

Allégresse dit-il (en italien, il me semble). Mais le sous-titre traduit "joie". Et je pense "exultation", le pas suivant.

Qu'est-ce qu'un problème technique? «Continue à chercher».
Woolf ou Joyce arrêtés plusieurs mois à cause de problèmes "techniques": mais de quoi parle-t-on? (Car nous ne voyons jamais que les solutions.)
En croisant les gens à la Défense (surtout dans les escalators), je m'étonne souvent que des sacs de chair ressentent des émotions, paraissent si tourmentés, si malheureux (au téléphone).
En regardant le parvis des fenêtres, je me demande comment traduire cet afflux de vie ? ce n'importe quoi un peu vide et si plein, ce Cnit voile de béton en réfection et la plaine d'autrefois et le dernier rempart de Paris en 1870 et les porte-monnaies roses HelloKitty dans les vitrines et l'odeur du MacDonald ? le plus immédiatement possible, avec le moins de mots possibles. Je songe à Bergson et à sa pointe du présent.

The Company Men

Film étrange, sans réelle colère, non, simplement descriptif. Les effets de la crise sur la vie des cadres supérieurs américains.
J'ai eu l'impression de regarder une transposition contemporaine des Raisins de la colère.

Pour parler de mathématiques

J'avais commencé un billet sur Incendies, mi-février, qui parlait de Beyrouth et de l'influence de Jackie Kennedy sur mon goût pour les robes droites sans manche. J'ai abandonné, trop de pathos.

Ce billet en hommage à John Milnor me permet d'y revenir cependant, pour citer deux moments, citer de mémoire, tout de travers, mais citer malgré tout.

Premier moment : discours d'un homme qui dit à peu près : «Pour le commun des mortels, les mathématiques sont le monde de l'exactitude, de la précision. Vous allez entrer dans un monde où rien n'est certain, vous passerez des nuits à chercher votre chemin. Bienvenue dans le monde de la solitude, bienvenue dans le monde des mathématiques pures.»

Deuxième moment, un jeune notaire libanais et un vieux notaire canadien discutent:
— S'ils nous avaient confié tout ça, on n'en serait pas là!
— La profession de notaire n'existe que depuis mille ans, Simon.
— C'est bien ce que je dis. Si on avait été là depuis le début, depuis Noé,…

L'honneur des notaires, de la profession de notaire. Ce n'est pas si courant de trouver un hommage à cette profession.

C'est très à peu près. Et non, ce n'est pas l'essentiel du film. L'essentiel du film, je ne sais pas bien ce que c'est. Une tragédie grecque puissance dix. Sans morale. Il n'y a pas de morale dans les tragédies grecques. Juste soi-même à reconstruire comme on peut. Vivre avec la vérité, alors que cela aurait été si simple dans le mensonge. Le rôle de la jeune fille. Antigone.

Jeunes filles courage

True Grit et Winter's Bone : dyptyque américain.


Quand je passais les étés à la ferme, je suivais ma grand-mère partout: à la laiterie quand elle remplissait les faisselles, parmi les clapiers pour nourrir les lapins, dans la pièce où elle moulait le grain pour les poules... Elle me parlait, elle m'expliquait, elle me racontait (un jour elle avait déclenché la colère de ma mère en lui disant : «Il faut parler à Alice» (mais ce n'est pas ma mère qui me l'a dit, c'est ma grand-mère)).
Le samedi matin, il y avait le marché à Vierzon. Les jours précédents étaient fébriles: hécatombe de poulets, pintades, canards, lapins. Je suivais ma grand-mère dans la vacherie (non, on ne disait pas l'étable) et je la regardais pendre les bêtes par les pattes avant de saigner à mort les volailles dont elle tranchait l'artère du cou ou les lapins qu'elle énucléait. Puis il fallait plumer. Je n'avais pas le droit de le faire, ma grand-mère avait trop peur que j'arrache la peau en même temps que les plumes, mais je restais là et j'attrapais les poux rouges des poules qui ne survivent pas sur la peau humaine (pas la bonne température?) mais ont le temps de démanger avant de mourir.
Les lapins eux étaient dépouillés, deux incisions sur les pattes arrières et ma grand-mère tirait sur la peau d'un coup sec, la retournant comme un pull-over. La chair apparaissait étonnamment rose, dépourvue de graisse. Les lapins étaient vidés sur place, je ne sais plus ce qu'il advenait des entrailles, les chiens ou les poules? Je ne sais plus.
Les poulets étaient vidés plus tard dans la cuisine, avant la cérémonie de la gazinière qui consistait à brûler rapidement les dernières traces de plume dans la flamme.

Noël 1992. H. m'a ramenée une dinde de Rungis. Je dois la vider. Je me souviens vaguement de quelques images, je sais qu'il faut faire deux incisions, tirer sur l'œsophage, ne pas éclater la poche de bile près du foie sous peine que la volaille soit inmangeable. Je ne sais plus.
J'appelle mon père et je vide ma dinde en suivant les instructions de papa au téléphone (j'ai appris ce soir-là qu'il est beaucoup plus facile de vider la volaille tout de suite après sa mort mais que ne pas les vider permet de les garder plus longtemps).

Paul

J'ai étouffé des sanglots durant le générique de fin, ce qui paraîtra absolument invraisemblable à ceux qui verront le film. C'est cet invraisemblable même qui m'a submergée, ce sentiment aigu, que j'éprouve de plus en plus souvent, de l'incommunicabilité du monde, ou plutôt du ressenti du monde. Ce film n'a rien d'extraordinaire mais reprend et fond trente ans de mythes geek, les doux dingues nés des comics et de Stars War et de Spielberg et de Tolkien et de D&D et d'internet… Il y a trente ans, les geeks n'existaient pas. Point d'étape, synthèse provisoire.

Enfin bon. En attendant c'est très drôle, raisonnablement vulgaire et sentimental (je veux dire pas trop, sans aller jusqu'à l'écœurement), et les yeux et la peau de Paul sont admirables. Admirables aussi les routes de l'Ouest américain, un côté Duel plus que Men in black, à mon sens, avec toujours ce léger vide, ce certain vertige, devant ces routes si droites dans ces paysages austères.

No spoiler.

True Grit

Diptyque avec ''No country for old men'' (le récit de la fin, du vieil homme saigné à mort par les Indiens). ''No country'' était noir et consacré au mal, ''True Grit'' en est le négatif.

J'aime l'amour des frères Coen pour l'Amérique et leur façon de vouloir rendre l'épaisseur de l'Histoire, la mettre en forme dans la géographie, lui faire occuper l'espace. A chaque film j'ai l'impression d'une leçon de patriotisme: «Fils, voici un morceau de l'histoire des Etats-Unis, médite et comprend ce que nous fûmes et ce que nous sommes.
La fin me fait penser à Flaubert («ils voyagèrent»): «un quart de siècle est une longue période», puis sans transition «j'ai quatre-vingts ans maintenant».
Et ''Lettres à sa fille'' de Calamity Jane.

Sinon il ne se passe rien. Ça bavarde. Ce serait presque le sujet du film: l'attente du moment où les rodomontades seront confirmées ou infirmées par les faits. Il faut aimer les chevaux.


(Mais la fin, la "première" fin, comment ne pas penser au Roi des Aulnes?)

Beyrouth

Incendies, formidable film.

Vendredi

RER à Villeneuve-le-Roi (c'est-à-dire à la campagne, friches industrielles, chantiers. J'aime.) Nous avons atterri là un peu par hasard, en partant du principe qu'il fallait traverser la Seine.

Ramé en pointe et en tee-shirt (un jour je vous ferai un cours de vocabulaire mais pas ce soir, trop fatiguée). Un feu roule dans mes os de l'épaule au coude. Ce n'est pas douloureux, juste brûlant. J'ai l'impression que mes bras vont tomber, sont tombés, et tandis que les unijambistes ont mal à leur jambe absente, je ressens l'absence de mes bras présents.

Vu Les Chemins de la liberté. Pensé à Train de vie et au Voyage de Primo Levi. Pensé à l'un de ces exploits que racontaient les Sélection du Reader's Digest de mon enfance: deux marins rescapés d'un naufrage dans le Pacifique ont survécu en se relayant sur un bout de bois, l'un nageant pendant que l'autre se reposait sur la planche. Cela a duré des semaines. Quand on leur a demandé comment ils avaient réussi un tel exploit, l'un d'entre eux a répondu: «Une fois que vous commencez, vous ne pouvez plus abandonner, vous êtes obligé de continuer».
(Qu'en tirer comme morale? Qu'il ne faut pas commencer? Ou que les entreprises à plusieurs ont davantage de chances de réussir?)

Senso

Senso, pour des raisons églogales évidentes. «La saison commence à La Fenice» doit venir de là.

Venise comme je l'ai vue en 1986 et comme elle n'existe plus, maintenant qu'elle est repeinte et pimpante.
Des intérieurs comme des décors d'opéra, des extérieurs dans la même tonalité que les fresques de la villa de campagne.


Je passe à la librairie Compagnie. L'émotion parmi les livres est plus grande qu'autrefois. Elle grandit. D'une certaine façon, lire me devient de plus en plus difficile, car chaque mot sur la page m'étonne. Ce n'est même plus «qu'est-ce qu'un nom?» mais «qu'est-ce qu'un mot?», comment se fait-il que ces signes aient un sens? (Et que je sois de plus en plus attachée aux versions bilingues n'est pas un réflexe de puriste, mais un besoin de rêver.)

J'étais venu chercher le Tristan Storme mais il n'est plus en rayon. Patrick a raison, il faut acheter quand on hésite. Je repars avec
- Parménide de Heidegger
- L'eschatologie occidentale de Jacob Taubes
- La logique sans peine de Lewis Carroll
- Loin de Byzance de Joseph Brodsky
- la querelle des universaux d'Alain de Libera

Un jour je lirai tout cela. Un jour je fermerai les portes et je lirai ma bibliothèque.


ajout le 29/01
J'écoute Sodome et Gomorrhe. Les remarques du narrateur à propos de la lettre de M. de Charlus à Aimé me semblent assez bien résumer Senso, avec la comtesse en M. de Charlus.

[...] il [Aimé] reçut une lettre fermée par un cachet aux armes de Guermantes et dont je citerai ici quelques passages comme exemple de folie unilatérale chez un homme intelligent s’adressant à un imbécile sensé. [...] Elle [la lettre] était, à cause de l’amour antisocial qu’était celui de M. de Charlus, un exemple plus frappant de la force insensible et puissante qu’ont ces courants de la passion et par lesquels l’amoureux, comme un nageur entraîné sans s’en apercevoir, bien vite perd de vue la terre. Sans doute l’amour d’un homme normal peut aussi, quand l’amoureux, par l’intervention successive de ses désirs, de ses regrets, de ses déceptions, de ses projets, construit tout un roman sur une femme qu’il ne connaît pas, permettre de mesurer un assez notable écartement de deux branches de compas. Tout de même un tel écartement était singulièrement élargi par le caractère d’une passion qui n’est pas généralement partagée et par la différence des conditions de M. de Charlus et d’Aimé.

Au-delà

Film lent mais rythmé, impressionnantes images du début (et vraissemblance de la bande-son, du grondement sourd de la terre ou de l'océan en colère), belles images de Mélanie (Bryce Dallas Howard) qui quelques secondes rappellent Audrey Hepburn... ou Carla Bruni..., cette idée géniale des confidences quand le regard est tu, etc.
Le sujet joue sur une corde trop sensible pour que j'ai envie d'en parler (Qui dans la salle n'a pas perdu un être cher? Prédominance des cheveux blancs à la séance de 16h30), mais il faut reconnaître une grande maîtrise, une immense maîtrise, qui évite tout sentimentalisme. Deux sujets se chevauchent, la question lancinante de la vie après la mort (y a-t-il oui ou non quelque chose après la mort, et si oui, quoi?), et celle plus quotidienne de la vie, comment vivre quand on est différent, ou seul, ou malheureux? Comment faire, vers qui se tourner?

Liste des références à Dickens.

Les livres

Hier, vu L'histoire sans fin.

Je me suis un peu fait avoir, l'idée était de voir en allemand un livre que nous lisons en allemand… finalement il était en VF.

De beaux personnages (le dragon, l'homme de pierre (je veux dire: de beaux effets spéciaux, de belles marionnettes)), un héros un peu niais et un doublage catastrophique (ceci n'aidant pas cela).

Cette histoire est une ode à la lecture et aux lecteurs. Elle parle de ce moment dans l'évolution d'un lecteur où celui-ci s'identifie encore aux personnages.


Vient un jour où ce qui le tient, c'est la communauté d'esprit avec l'auteur. Le lecteur part à la recherche d'amis et de héros, de gens à qui il aimerait ressembler, mais ces amis ne sont plus les personnages (qui entretemps sont souvent devenus des idées ou des sensations, les livres lus n'étant plus les mêmes), mais les auteurs — d'où sans doute d'ailleurs cette attirance vers les correspondances, journaux ou autobiographies: l'auteur est alors immédiatement accessible, bien plus que dans un ouvrage de philosophie ou un roman (et pourtant, comme Kantorowicz est proche).

Guet-apens

Straub, O somma luce.
Enregistrement de Varèse coupé par des sifflets. Enregistrement au théâtre des Champs-Elysées, pas fait attention à la date.
Trois "pièces", jeu du soleil, jeu de la lumière, aveuglement. Cependant, je doute de l'intérêt de mettre du texte sur des plans fixes et répétitifs à l'heure de Youtube.
M'enfin bon.
Il fera partie de ces films intermittents qui finissent par peupler mon sommeil parce que j'ai essentiellement dormi pendant leur projection. Des films rêvés plutôt que vus.

Trahison, pas de Guinness au James Joyce. Je pensais l'appartement désert, il s'ouvre sur un verre de porto et du Mozart. Rougets et galette des rois, la première de l'année. Pas de Kantorowicz dans la bibliothèque. Perruque blonde et tee-shirt de geek (presque ce que j'étais venue chercher, il ne me manque plus qu'une veste à paillettes. Personne n'a une veste à paillettes?)

J'assiste impuissante à deux désarrois.


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janvier 2018 : j'éclaire quelque peu. J'avais rendez-vous au pub avec OG. Il m'a raconté son dilemme amoureux. Puis nous sommes allés chez lui (chez son père) car il devait me prêter des éléments de déguisement. J'ai été invitée à dîner.

L'autre désarroi est celui de H. : "son" patron, LG, celui de l'entreprise d'Evry rachetée cet été par l'entreprise de Mulhouse, démissionne. Il part aux Etats-Unis. H. va se retrouver seul face à B. Il a l'impression (est-ce une impression ?) d'être trahi : LG a vendu et s'en va.

Faites le mur !

Stupéfaction et ravissement.

Je ne sais que dire sur ce film qui n'en dise pas trop. Au début j'ai pensé que c'était "simplement" un film sur des barges, des fin gelés, des obsessionnels qui à force d'obsession avaient réussi à faire quelque chose, selon le principe que n'importe quoi beaucoup et longtemps répété finit par devenir quelque chose.
Shepard Fairey était sympathique, Banksy carrément bon, c'était du street art, un film intéressant.
Et puis, à vingt minutes de la fin, le film se met à déraper sévère.

C'est l'histoire d'un type qui achetait des ballots de vêtements usagés pour cinquante dollars et revendait les pièces taillées un peu différemment quatre cents. Aujourd'hui il en fait autant avec "de l'art".
C'est l'histoire d'un type qui du jour où il eut une caméra entre les mains ne la lâcha plus («I respect passion»: je ne sais plus qui prononce cette phrase, peut-être Shepard Fairey ou Obey).
C'est l'histoire d'un type qui découvrit le street art grâce à son cousin, Space Invader, qui se trouva là au bon moment et qui... (no spoiler).

Je n'arrive pas à me souvenir du mythe dans lequel le créateur est de toute part dépassé par sa créature: pas Pygmalion, pas Frankenstein, mais quelque chose de ce genre, sachant que la créature, c'est O'Reilly, de La Conjuration des imbéciles.

Il faut aller voir ce film, pour l'accent frenchy de Thierry Guetta, pour l'histoire du street art (il est plus dangereux d'évoquer Guantanamo à Disneyland que de peindre des îles de rêve sur le mur israelien)... et pour la dernière partie.

Rien n'est très clair dans la conception de ce film: qui l'a fait (qui filme à partir du moment où ce n'est plus Guetta, s'agit-il de reconstitution après coup, "après l'histoire, quand on sait comment elle s'est terminée, ou tout a-t-il était filmé sur le vif?), pourquoi, qui sont les voix narratrices... Thierry Guetta, dans son rôle d'O'Reilly, semble y participer de tout son cœur. C'est la dernière étape (en date) de l'art contemporain.

Et Banksy est un extraordinaire artiste.



ajout le 31 décembre : Bon, zut, en y réfléchissant un peu, ce n'est pas tout à fait ce que je pensais (il suffirait de faire quelques vérifications Google mais je n'en ai pas envie). D'un point artistique c'est sans doute encore mieux, un film ayant plus de portée, mais je ne peux m'empêcher d'être un peu déçue: c'est moins méchant ainsi.

Papiers peints

A midi : fondue au fromage. Malaaades...

Mudac: musée du design et d'art contemporain.
Amusant.



PS: Le Monde de la Jungle.
Hier : Là-Haut et Le Monde de Nemo

Statistiques et projets

— Vous préférez aller voir Harry Potter ou Henry V? (choix dicté par des contraintes compliquées, en particulier des horaires serrés. Sinon, c'était Le Guépard d'autorité.)
Les yeux de O. brillent de plaisir devant un bonheur inespéré (oui, je pense qu'il n'y croyait plus) : — Harry Potter !
A. furieuse : — Ni l'un ni l'autre !
— Hum, 50% de satisfait (un "s" ou pas? (une "s" ou pas?)), ce n'est pas si mal. Quand vous étiez petits, on considérait que si l'un de vous trois était content, c'était déjà très bien.
— Un tiers... Finalement, maintenant qu'on n'est plus que deux, ça augmente la satisfaction! Et réfléchissant...: Et quand je serai tout seul...
— Et quand tu seras tout seul je te traînerai partout où j'aurai envie d'aller.
— Noooonnn !!!



Harry Potter et les reliques de la mort I : tout de même étonnant qu'on ne voit jamais la cape d'invisibilité (je me comprends...). De très beaux paysages. Un peu surprise que personne ne se soit avisé que le plus bel atout de Daniel Radcliffe était son sourire, et qu'obstinément il ne sourit jamais depuis trois ou quatre épisodes. Avec O., je fais des paris sur la scène sur laquelle va s'interrompre cette première partie. Combien de personnes dans la salle qui n'ont pas lu le livre, qui ne sont pas capables de compléter ce qui manque, ou d'enregistrer les variations avec le texte? (C'est d'ailleurs très instructif: qu'est-ce qui est indispensable, qu'est-ce qui peut être transformé, qu'est-ce qui peut être oublié? Souvent le "sentimental", l'enterrement de l'œil de Folœil ou le cadeau du faux pendentif à l'elfe de maison.)

No bollocks

Vu Inside Job, et j'ai beau savoir que c'est un film entièrement monté pour indigner le bon peuple, et donc qu'il est normal que je sois indignée, je suis indignée. Entre la voix de Matt Damon et la musique, on pourrait se croire dans un film d'action. Les images de New York sont superbes.

Si vous avez le temps, allez le voir. D'une certaine façon, c'est assez drôle, ces petits garçons pris les doigts dans le pot de confiture qui nient en vous regardant droit dans les yeux. Parfois ils ont la bonne grâce de bafouiller. Dans l'ensemble ils paraissent soit totalement stupides, soit totalement gonflés de leur importance. On aimerait les percer pour qu'ils dégonflent. (Skot ressemble un peu à Henry Paulson).
Le journaliste m'impressionne, à ainsi ne jamais perdre son sang froid plutôt qu'en boxer un ou deux.
Ce qui est moins drôle, c'est qu'absolument rien n'a changé et aucun responsable n'a été puni. On s'attendrait au moins à ce que leur fortune soit confisquée, non pour les réduire à la misère, mais pour les ramener à une vie plus ordinaire, celle d'un cadre médiocre faisant mal son travail...
Les villages de tentes m'on fait penser à la fin des Raisins de la colère.

— Nous attendons un tsunami, et tout ce que vous me proposez, c'est de choisir une couleur de maillot de bain! (Pas mal, Christine Lagarde).

— Il n'y a aucune raison qu'un ingénieur financier soit payé quatre à cent fois plus qu'un vrai ingénieur. Un vrai ingénieur construit des ponts, un ingénieur en finances construit des rêves. Quand les rêves se transforment en cauchemars, ce sont les autres qui paie.

Il faudra que je feuillette Traders, Guns & Money, le livre de Satyajit Das.

Potiche

La première minute, Blanche-Neige kitsch, annonce clairement la couleur: tout cela ne devra pas être pris trop au sérieux, et les dialogues parfois un peu creux un peu forcés un peu récités (c'est du théâtre, est-il volontaire que cela se sente imperceptiblement par instants?) ne feront pas oublier la loufoquerie de l'ensemble, et une certaine... hum, nostalgie est trop fort, pas de nostalgie (non, pas du tout, comme tout était lent et vide), mais plaisir, plaisir certain, à retrouver quelques minutes cette tranche de passé que nous (ceux qui ont au moins mon âge!) sommes capables de reconnaître.

J'ai beaucoup aimé voir Gérard Depardieu et Catherine Deneuve danser ensemble, j'ai aimé imaginer leur complicité dans la maîtrise partagée de leur métier et la conscience réciproque de ce que l'autre a traversé depuis le début de sa carrière pour se retrouver là à faire les pitres ensemble...

Une usine de parapluies: les Parapluies de Cherbourg?
Intéressant, les questions laissées sans réponse, ou avec trop de réponses possibles. (Bon, je ne spoile pas).
Féminisme, prise de conscience des femmes? Dans les entreprises familiales de province, cela n'a pas évolué tant que cela (ni les rapports sociaux, d'ailleurs).

Catherine Deneuve a des jambes parfaites, mais si Depardieu grossit encore il va nous faire une crise cardiaque.

La femme aux 5 éléphants

J'attendais qu'on me parle de Dostoïevski et de traduction, c'est un documentaire sur Svetlana Geier qui parle de Svetlana Geier.

Mais maintenant que vous êtes ainsi prévenus, vous ne serez pas déçus. Femme frêle aux cheveux blancs, inflexible sur les virgules ou l'imparfait.
J'ai beaucoup aimé l'homme qui la relit ligne à ligne: «Ich kapituliere». (voir la bande-annonce)
Cher monsieur, ce n'est pas exactement comme si vous aviez le choix.

La vie de Svetlana Geier comporte deux miracles, deux exceptions: un père sorti des geôles staliniennes, un passeport allemand accordé à une étrangère pendant la guerre.
Film lent, montage d'images d'archives, film qui suit une vie qui a suivi l'histoire: les purges, donc, la guerre, l'arrivée d'Hitler vu comme un libérateur par une partie de la population (et j'ai pensé à cette famine ukrainienne dans les années vingt ou trente dont on voit la trace sur les pyramides démographiques encore aujourd'hui), Babi Yar en quelque sorte occulté (A. choquée à la sortie: «— Mais comment a-t-elle pu travailler pour les Allemands qui avaient tué son amie? — Tu sais, elle le dit quand elle parle de son père: on oublie ce qui nous empêche de vivre»), et l'Allemagne: «Je serai toujours reconnaissante de ce que les Allemands ont fait pour moi», phrase étonnante, vaguement choquante pour des Français (en tout cas pour moi, tellement habituée à associer les Allemands à l'horreur).

Mais les Ukrainiens avaient connu Staline...

Les passages où elle parle de littérature ou ceux où on la voit traduire sont de purs enchantements.






Svetlana Geier est morte le 8 novembre 2010 (le film a été tourné en 2008). Elle avait eu le temps de finir la traduction des cinq éléphants.

Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu

J'avais un peu hésité à y aller, E. ayant dit que cela lui avait donné le cafard.
Je n'ai pas compris pourquoi.

J'ai l'impression que c'est un film riche en fausses pistes.
L'exergue shakespearien «Life is a tale told by an idiot, full of sound and fury, signifying nothing» me faisait attendre une histoire absurde et injuste; en fait il s'agit d'une histoire logique et morale, respectant parfaitement l'enchaînement des causes et des conséquences: chaque personnage récolte ce qu'il a semé. Seules les deux femmes, mère et fille, ne commettent aucun méfait moral. Elles pourraient apparaître comme les victimes du récit, mais en fin de compte ce sont elles qui sont sauvées: la mère retrouve un compagnon, la fille se débarrasse d'un looser et a l'opportunité d'ouvrir sa galerie (non, pas dans le cadre du film. Mais elle va y arriver ;-). Tout se passe comme si une certaine passivité (ne pas décider de lutter contre le vieillissement ou d'avoir un fils (le père), ne pas décider d'abandonner son métier ou de voler un manuscrit (le gendre), ne pas décider de rompre ses fiançailles (la fille en rouge)), une façon de ne pas s'opposer au cours des choses ou de ne pas le forcer était finalement payante.

Je ne peux m'empêcher de voir une certaine malice dans ce film. Comment ne pas penser à la vie de Woody Allen lui-même devant ce père qui abandonne son épouse d'une vie pour épouser une bimbo un peu pute? A-t-il voulu se moquer de lui-même, afficher son propre ridicule, ou a-t-il voulu se moquer de son entourage, lui signifier qu'il savait parfaitement ce qu'il pensait? Ou les deux?

Autre fausse piste, le titre. Parce que bon, comme bel et sombre inconnu, on fait mieux.

Kaboom

Plaisir pur du début: il y a longtemps que je n'avais pas vu autant d'acteurs aussi jeunes, aussi beaux, avec des dialogues aussi impertinents et décalés, tourner dans des couleurs aussi vives. Energie pure du début.
Et puis ça dégénère en complot et en paranormal, on ne peut pas dire que cela aille franchement quelque part, cela ressemble à ces mangas sans queue ni tête où tout explose à la fin. Qu'importe.

Kaboom et The Social Network. Si les films nous donnent un reflet de l'époque où ils sont tournés, nous avons là deux types de sociétés possibles, deux choix possibles: la société traditionnelle incarnée par The Social Network, où l'argent et le pouvoir permettent d'attirer les filles, et Kaboom fonctionnant selon les règles de Tricks, libre circulation du désir avec une prime aux gentils et aux pestes (qui sont des méchantes ayant choisi d'être gentilles). Dans cette seconde société, les grands cons faisant la collection de tongs colorées n'ont pas beaucoup de chances.
Réjouissant.

The Social Network

L'intérêt d'être à La Défense et de ne pas être trop occupée, c'est de pouvoir aller au cinéma. Et non pas de critique, plus jamais, que des associations d'idées.

The Social Network. Grosse bouffée de nostalgie. Et encore, 2003, c'est déjà très tard dans l'histoire de l'informatique. Hier, je trainais à relire une fois encore les histoire de Dave Small. Ce qui me manque, ce sont les conversations auxquelles je ne comprenais rien mais qui vibraient de passion, les projets terminés à l'arrache à quatre heures du matin, les matins blêmes, le café noir, tout ce qu'on ne voit qu'à peine dans le film, mais que je déduis de quelques secondes du film (marrant, pas de cigarette: ça fume, ça fumait, un informaticien).
Les gens vont retenir les filles faciles, le soleil et la Californie. De ce point de vue, le film est glaçant: filles prêtes à tout pour approcher le pouvoir et l'argent, mecs prêts à tout pour avoir les filles et donc... Au moins c'est simplement expliqué, pas difficile à comprendre.

Mais le plaisir (ou la douleur) de pisser de la ligne, l'importance de l'idée, l'importance de croiser les bonnes personnes... Un succès technologique est rarement né d'une seule personne (est-ce Gilles de Gennes qui le rappelait dans son cours inaugural au Collège de France?), même si l'on ne retient qu'un nom.


Pour ceux que ça intéresserait, les frères Winklevoss rament en pair-oar, le prince des bateaux: deux rameurs en pointe (une seule rame par rameur) sans barreur.
La course à Oxford est bien sûr en huit, le bateau le plus rapide (l'aviron n'est pas très rapide, il y a beaucoup trop de frottements).


En Bosnie ils n'ont pas de route mais ils ont Facebook. Ça m'a rappelé un reportage radio sur la guerre en Tchétchénie: des réfugiés dans un wagon regardaient Santa Barbara...


Contrairement à ce que je lis ça et là, je n'ai pas trouvé que l'image de Zuckerberg soit spécialement négative. Elle est crédible, c'est tout. Les programmeurs ne sont jamais loin de l'autisme du joueur d'échecs. (J'ai pensé au Jeu de la dame.) Il me semblait même possible que Zuckerman ait donné son accord pour le scénario, mais visiblement non. Cependant les scènes-clé sont dites véridiques, ce qui est fort possible dans la mesure où il y a eu procès et témoignages (mais sont-ce des archives accessibles?).

Inception

C'est bon: je ne supporte plus la voix d'Edith Piaf, et encore moins La Vie en rose.

Qu'on me rende Jumandji et Blade Runner. Et La mort dans la peau. De l'action ET de la poésie.
(En tout cas maintenant, on sait à peu près ce que donnera une adaptation des Neuf Princes d'Ambre.)


Ah si quand même: un instant je me suis dit que cela aurait pu faire un intéressant Alice au pays des Merveilles (sur le pont, les miroirs, les mondes doubles). Mais ces secondes ont été vite oubliées. Quel navet.

Des hommes et des dieux

Je le déclare, vous êtes des dieux, vous êtes tous des fils du Très Haut, pourtant vous mourrez comme des hommes, vous tomberez comme les princes.
Psaume 82 6-7

Très beau film. Le temps, l'espace, le silence, la voix, les voix, peu de musique, la peur qui monte, l'incompréhension (que se passe-t-il? qui tue qui, et pourquoi? que faut-il faire? qu'est-ce qui est juste, qu'est-ce qui est humble?).
Presque rien, sauf un choix. «Si, j'ai le choix», dit frère Christian.

Pensé à Dialogue des Carmélites, au Festin de Babette (un instant très court), à Simone Weil.

Cinéma

Les Français auront inventé les pires bandes-annonces (toujours trop longues) et les Américains les meilleures what? scènes post-films? scènes de générique de fin?

Toy story 3: un cas exceptionnel de réussite sur trois films de suite.

Vrac

- déposé un livre chez un sculpteur ;
- ouvert un compte bancaire ;
- vu Shreck IV. Bof. Les films qui expliquent qu'il n'y a pas de plus grand bonheur que la vie de famille (et qu'il ne faut pas se plaindre de l'enfer objectif que constitue la petite enfance pour les parents)... ce n'est pas forcément faux (ni forcément vrai...), mais ça sonne gnangnan dès qu'on le met en scène. Et puis l'intrigue est trop lâche.

Fantasme

— Tu as déjà eu envie de me quitter… pour un autre homme ?
— Non, pas pour un autre homme, pour être seule… Parfois je rêve d'être seule dans une chambre d'hôtel, une chambre climatisée, de déjeuner sans que personne ne me bouscule, et de boire du Sprite Light.

Crazy night : un film à la fois convenu et gentiment déjanté, sans prétention mais amusant.

Saccharine

Finalement je découvre que le cinéma pourrait constituer un substitut de choix au fait de se bourrer la gueule.

Mammuth

Beaucoup aimé ce film, lent, tendre, absurde et sans ennui.
Il donne l'impression d'avoir été tourné avec une caméra familiale des année 70, peut-être est-ce le cas.
Yolande Moreau et Depardieu arrivent à donner avec rien, à partir des premières secondes où ils sont ensemble, une impalpable impression de tendresse.

Film qui va nulle part, film autour de dingues pas si dingues, qui m'a rappelé, en plus maladroit, les films d'errance à la Jarmush ou la Kaurismaki. (Habituellement quand je trouve qu'un film ou un livre ressemble à d'autres "plus grands", c'est mauvais signe: le film ou le livre était inutile, application pénible de recettes mises au point ailleurs. Mais là, s'agissant d'un film français, je me dis que c'est un début. J'attends avec curiosité et espoir le suivant.)

Green zone

Film vide. Intéressant par sa portée politique. Chaque film de ce genre me ramène à Docteur Folamour.

Alice de Tim Burton

Vu Alice, donc. La jeune correspondante allemande que nous hébergeons était si contente à cette perspective. (J'ai l'impression qu'elle n'y croyait plus, à son grand désespoir, car «tous les élèves de ma classe l'ont vu»).

Je n'ai pas compris les appréciations négatives que j'ai lu sur des blogs ici et là. Cela m'a juste laissé indifférente. Alice de retour au pays des merveilles, Alice treize ans plus tard, Alice traînée de force à une réception où elle ne veut pas aller:
— Mère, est-ce que nous ne pourrions pas faire demi-tour? Personne ne s'apercevra de notre absence…
— Si, ils s'en apercevront.
Sans doute les deux phrases du film qui me réjouissent le plus.

La jeune actrice qui joue Alice ressemble un peu à Sandrine Bonnaire (jeune, avant qu'elle ne devienne si mince, si décharnée).

Sinon, voir le moment où la reine blanche, qui minaude en continu les mains à hauteur des épaules, montre un mouvement d'impatience quand elle voir le chien galoper vers le château et, sitôt les courtisans disparus, abandonne la pose et retrousse ses jupes pour courir vers le chien: moment du kitsch clairement exposé comme kitsch.

Je ne peux plus regarder ce genre de film car j'y vois partout des allusions qui me paraissent non des variations "en hommage à", mais un manque d'idées. Comment ne pas penser à Narnia devant le loir (qu'on appellerait partout ailleurs une souris) susceptible et batailleur, et l'attente du retour d'Alice comme on attendait le retour des enfants dans Narnia? Et cette image de l'épée rendue à l'armure, moins le roi Arthur qu'Aragorn?
Etc., etc.

Pourquoi les échos enrichissent-ils les histoires dans un certain cas, les appauvrissent-elles dans d'autres? Une règle de ce genre serait-elle valable: une œuvre mineure ne peut faire signe vers une œuvre qui lui est supérieure sans mettre en scène sa propre médiocrité? (tandis qu'une œuvre appartenant à la sphère des œuvres majeures peut ou même doit faire référence à toutes les œuvres appartenant à ce même univers).
Mais comment savoir, quand on est soi-même l'artiste, où l'on se situe?

Deux derniers points: un bon film aurait établi davantage de liens entre le rêve et la réalité. Le lien jumeaux/jumelles est le seul qui existe, dommage.
Conseil à Tim Burton: bel habit bleu d'Alice sur le pont du bateau: et si vous nous tourniez une Ile au trésor?

A serious man

Finalement je comprends pourquoi j'aime les Coen. Ils ne font pas dans l'absurde (il n'y a pas de sens), mais dans l'incompréhensible (il y a trop de sens, nous ne savons pas lequel choisir, ni surtout qu'en faire et quelles conséquences en tirer si nous choisissons une interprétation).

Oui, si nous choisissons un sens, il nous faut agir. Tant que nous ne choisissons pas…

Une exécution ordinaire

Vu ce film par hasard, c'est le billet que m'a délivré l'automate UGC, je ne sais pourquoi. Ma première pensée a été, oh non, c'est en VF, même les voix sonnent faux quand on se mêle de doubler (je veux dire: aussi faux que le jeu des acteurs français), le cinéma français c'est quand même quelque chose !
Mais finalement, apparemment, c'est un film français, et les acteurs ne jouent pas faux, ils ne laissent pas s'établir cette impression d'éternité entre les gestes, comme s'ils se demandaient toujours "Zut, j'ai oublié ce que je dois faire ensuite" (le jeu des acteurs français : des trous de mémoire non pas à propos du texte, mais à propos des corps).
Oui, un bon film s'agissant des acteurs. S'agissant de l'histoire… un peu mince, mais bon.

« La mort d'un homme est une tragédie, la mort de millions d'hommes une statistique. » Ce serait de Staline.

Cela me fait penser à internet, tous ces blogs, tous ces twitters, tous ces "statuts, toutes ces photos, juste pour oublier que nous somme mortels, juste dans l'espoir d'attirer l'attention, "Regardez-moi, regardez-moi" écrit Bonnefoy.

Nous ne sommes pas une statistique, nous sommes poussière.
Tout cela n'a pas beaucoup d'importance.
C'est finalement ce qui me sidère le plus: l'importance que nous accordons à des événements, des actions, oubliées dans la semaine, dans le mois. Il faudrait tout vivre comme un souvenir anticipé, pour sa beauté de souvenir futur.
Seul ce qui a la capacité à former un beau souvenir vaut la peine d'être vécu.
Le reste est inutile.

Pour Elisabeth

Pour Elisabeth : nous étions six, Nicolas, GEF, Alain, Dominique, Sophie, moi. Sauras-tu attribuer à chacun ses propos ?

(Vrac et désordre, la conversation par bribes dans mes souvenirs. Je garantis que ce sont mes souvenirs, je ne garantis pas leur exactitude. Ce qui est sût, c'est que les sujets n'ont pas été abordés dans cet ordre).





— Même si je ne lis pas l'anglais, j'ai la version américaine de Laura, il sort en mars. Les cartes sont reproduites en fac-similés et peuvent être découpées à l'attention des lecteurs inventifs qui veulent écrire leur propre roman. — Et qu'est-ce que vous pensez d'Eric Rohmer ?
— Vous saviez que c'était le frère de René Schérer ?
— Ah oui, un autre grand malade… Mais c'était les années 68, et puis il était fouriériste… Lui c'était les petits garçons, il allait se fournir dans les secteurs para-psychiatriques, tandis que Rohmer ?
— Quoi, Rohmer ?
— Il aimait les très jeunes filles, ses actrices passaient toutes à la casserole. Mais elles étaient volontaires, c'est comme Woody Allen : il fait tourner ses actifs au tarif syndical, et ils le savent, mais ils sont tous volontaires…
Perceval m'a beaucoup marqué.
— Mais ce fut un flop. A l'époque, si tu ne faisais pas quatre semaines sur les Champs-Elysées… Maintenant il y a les produits dérivés. Alors il a refait des films caméra sur l'épaule avec du papier Canson pour la lumière ?
— ??
— Tu ne savais pas ? Un jour un journaliste lui a demandé comment il faisait sa lumière, Rohmer a ouvert un tiroir de son bureau, a sorti une feuille de papier et a dit « Voilà, je mets la feuille derrière l'acteur, j'attrape le soleil, et je tourne. »
— Et le dernier ? Daphnis et Chloé ?
— David Hamilton revisité.
X. rit.

— Mais quand on est sur scène on dit souvent n'importe quoi. J'adore Vila-Matas, j'ai tout lu de lui. Dans ses livres il parle d'Achille Campanile ( ?? à confirmer), il dit que c'est un grand méconnu et qu'il l'adore, alors j'ai trouvé et acheté les livre de cet Achille Campanile, il n'y en a pas beaucoup, et quand j'ai rencontré Vila-Matas, je lui ai montré les livres d'Achille Campanile, et il m'a dit qu'il ne savait pas qui c'était ?

— Il y a des coupes dans les traductions. Le premier paragraphe du Crime du golf, d'Agatha Christie, est plein de termes techniques de golf, il n'a pas été traduit.
— Les Proust en ligne au Québec sont ceux de la collection blanche. On peut passer des heures à chercher une tournure qui n'y est pas (puisque tout le monde se sert des Pléiade comme référence).
— Certains se targuent d'être de vrais proustiens parce qu'ils possèdent l'édition Clarac de la Pléiade. Cela veut juste dire qu'ils ont eu vingt ans avant la parution de l'édition Tadié…
— Est-ce que l'édition du Borgès sera identique à la précédente, ou les notes vont-elles être revues ?
— Identique, je crois.
— La veuve s'était plainte parce qu'on avait utilisé des interviews de Borgès alors que celui-ci ne savait pas qu'il était enregistré. Elle criait à la manipulation.
— Mais tout le monde le manipulait, même elle…

— Mais alors, puisqu'on en parle, c'est quoi un mariage gris, ou noir ? Je n'ai pas suivi…
— C'est quand l'un des deux était sincère mais pas l'autre, pour l'un des deux ce n'était pas un mariage d'amour.
— Mais depuis quand faut-il s'aimer pour se marier ?
— Je me souviens d'un témoignage indien qui disait : « Chez vous on s'aime pour se marier, chez nous on se marie pour s'aimer ».
— Ça ne marche pas si mal d'ailleurs…
— Je ne suis pas sûre que l'Inde soit le meilleur endroit pour juger de cela.
— J'avais un ami tibétain qui devait venir se marier en France; sa famille l'a retenu au Tibet pour le marier de force. Il n'était pas heureux (et la jeune fille non plus d'ailleurs).
[reprise]
— Un mariage gris, c'est quand l'un des deux dit: «Je me suis fait baiser».

— Vous n'y croyez pas, vous, à l'inconscient collectif ?
— Moi j'ai écrit : « je t'ai reconnue! »
— Mais ce n'était pas moi !
— Comment, ce n'était pas toi?! [se tournant vers nous]. Il faut que je vous explique. J'ai eu une discussion avec X. sur "en vélo" et " à vélo". Elle me disait que seul "à vélo" était correct.
— Je lui ai donné comme exemple "Julie et Cécile vont à bateau".
— Et cette phrase, exactement celle-là, est sortie dans la liste Oulipo. Alors j'ai écrit: « je t'ai reconnue ! »
— Mais ce n'était pas moi! C'est vraiment incroyable. Il y a des choses comme ça, dans l'air… Vous n'y croyez pas, vous, à l'inconscient collectif?

— Chandler vendait des voitures sur la côte Ouest des Etats-Unis. Il avait tout, il vivait très confortablement; il était fou amoureux de sa femme qui avait trente ans de plus que lui, la femme parfaite, épouse et mère… Et puis elle est morte, il a été inconsolable et s'est mis à boire… il écrivait bourrée. Il y a sa correspondance, c'est surtout ses échanges avec ses éditeurs qu'il engueule, c'est extraordinaire…
— Ah oui, je l'ai vu il y a moins d'une semaine, ça donne des phrases du genre : « Veuillez considérer que j'écris en patois suisse, mais si je décide d'agrémenter mon style velouté d'un néologisme argotique, vos ânes bâtés de correcteurs n'ont pas à y toucher » !!
[Et moi je crois à des conjonctions dans le temps et l'espace, malgré tout : avoir rencontré Chandler par hasard une semaine avant chez des amis.]

Tu sais que je conserve tous les exemplaires du Monde…?
— Mais alors… tu vas pouvoir me servir, je cherche un article de Camus au moment de la mort de Malraux.
— Mais (chœur à la voix indécise) ce n'est pas possible…
Moi, réalisant ? Mais non, pas ton Camus, mon Camus! En 1976.
— 1976… Hum, ce sont les cartons du fond, il va falloir tout déplacer…
— Tu sais que tout est en ligne ?
— Oui mais c'est payant, je me sers du moteur de recherche pour savoir quel journal consulter. Enfin, ce sont les suppléments littéraires que je conserve…1

— Quand j'étais petit je lisais une bande dessinée qui s'appelait Pierrot. Et puis l'air du temps est devenu anti-BD, et du jour au lendemain on a arrêté de me l'acheter. J'ai été très malheureux parce dans le dernier magazine le héros, Pierrot, courait dans des galeries à l'intérieur d'une falaise, et l'épisode se terminait il était arrivé au bout de la galerie et elle débouchait à flanc de falaise, directement sur la mer, et la légende disait « Il regarda l'abîme sans fond ». Et moi j'étais petit, j'avais huit ans, et bien, j'imaginais vraiment un abîme sans fond, c'était vertigineux. Et il il y a deux ou trois ans, en passant devant un bouquiniste, j'ai trouvé la suite de l'histoire…
— Et alors ?
— Eh bien en fait, Pierrot regarde vers le haut, et il s'aperçoit que le sommet de la falais est tout proche, et il grimpe et il s'échappe comme ça.
— Et vous avez acheté la revue ?
— Non, même pas…

— Vous savez mon outil a transformé les sites, le baraguoin2, eh bien, durant les vacances, il a commencé à prendre le contrôle d'internet…
— Hein? Qu'est-ce que tu dis ?
— Eh oui. Je ne sais pas comment ça se fait, Google a commencé à indexer des pages, et de plus en plus, naturellement; j'ai commencé à recevoir des mails d'universités, de municipalités, pour me dire d'arrêter… Je pense que c'est parce que Jean Véronis m'a fait de la pub cet été… Nicolas m'a aidé à arrêter le monstre, j'étais en train de prendre le contrôle de la Toile…
— Terminator 3, quoi!!


Note
1 : Vérification faite, il semble que l'article de Camus n'est pas paru dans un Monde des livres. Tant pis.
2 : free marche si mal que désormais le baragweb es

Le grand sommeil

«Mais non, bien sûr, la fille est complètement nympho, mais ce n'est pas une histoire de cul, non…»

Nostalgie

Samedi, classé des papiers avec Out of Africa en fond sonore. Il y a longtemps que je n'ai plus besoin de le regarder, j'en connais les images par cœur. Pourquoi ce film-là ce soir, et ce besoin d'avoir le cœur fendu juste ce soir, en triant des bulletins de notes, des factures et des articles de journaux ?
L'Afrique aura vraiment tout pris à Blixen, c'est une vaincue qui rentre en Europe.
Il me reste cependant un doute sur la véracité de cette biographie. Il faudra que je reprenne dans Vies politiques de Arendt les références du livre écrit par le frère de la baronne (est-ce bien cela ? il me semble que c'est son frère).

Est-ce pour cela que le lendemain, c'est le DVD que papa m'a donné il y a déjà trois ou quatre ans que j'ai regardé, en remplissant je ne sais quels documents administratifs ? Mon père a copié les films super8 familiaux, les films de l'enfance, c'est très flou, cela ne montre à peu près rien à quelqu'un qui ne connaît ni les lieux ni les personnes. Mon père a surtout fait d'excellents choix de fonds sonores, Sydney Bechet s'adaptant si bien aux images que les images semblent suivre la musique par instants.
Je ne savais pas que certains moments, bien plus récents (1981) avaient été filmés.
Pour les plus anciens, 1971 ou 72, les films viennent confirmer l'exactitude confondante de ma mémoire.
Il ne reste rien, ni la maison d'Inezgane (occupée par des militaires), ni la ferme de ma grand-mère (vendue à un maréchal-ferrant), ni ma coéquipière de galère…

L'écart

Deux jours pour regarder la saison 1 de Happy days. Premiers épisodes maladroits tournant autour d'un seul thème, le timide Richie embrassera-t-il telle ou telle fille, toujours la plus jolie, parfois la plus gentille? La pédagogie à l'œuvre est assez simple: laisser les adolescents faire leurs propres expériences, afin qu'ils en tirent les conséquences. Puis les épisodes se font plus "sociaux" (ie problèmes de société), racisme, bombe atomique, blousons noirs, beatnicks, etc, vision 70's des années 50 américaines.

Il n'y a pas tant de différences entre cette série et Six Feet under: une famille "gentille", avec des principes, pas vraiment de méchants, pas vraiment d'adversaires autre que la vie elle-même (devenue la mort dans SFU) et ses vicissitudes: comment vivre, comment apprendre à vivre? En trente ans l'art de la narration a évolué avec la maîtrise technique et le recul de la pruderie, tant sexuelle que sociale, avec cette narration plus détendue mais plus fine et plus acérée dans SFU, Happy days ayant introduit jusque dans la manière de filmer la timidité et la maladresse de Richie.

Basterds suite

Je suppose qu'on doit pouvoir chercher le nombre de plans qui rappellent d'autres films :
- le début, Sergio Leone ;
- la fin, la voiture parmi les grands arbres de la forêt, Miller's Crossing ;
- le cinéma, ou plutôt théâtre, la rencontre d'Hitler dans les toilettes, la devanture du cinéma après l'explosion : To be or not to be (celui de Lubitsch, bien sûr) ;
- le feu qui dévore l'écran, la cuvette en forêt dans laquelle nous découvrons les bâtards, le café dans lequel aura lieu la tuerie : à identifier ;
- le film ou un film avec Danielle Darrieux ;
et sans doute des films de Pabst.

Ce n'est pas une raison pour filmer en gros plan à vous donner le mal de mer une histoire qui n'avance pas. Once upon a time, c'est le début d'histoires qui vont vite, droit au but.

Tout est fini entre Tarantino et moi

Prodigieusement agacée.

Peut-être que je n'irai plus jamais voir un film de ma vie tellement je me suis ennuyée. Tant de critiques élogieuses pour ça? J'abandonne, je laisse tomber, le cinéma n'est pas pour moi.
C'est quoi, ce truc? Tarantino m'avait déjà énervée avec la pleurnicherie qui termine Kill Bill II («Oh ma chérie, tu es enceinte? Mais c'est merveilleux, je voulais te tuer pour t'ajouter aux cent cinquante deux morts que j'ai déjà sur la conscience, mais finalement je vais te laisser vivre, c'est sssiiiii merveilleux.»)

Mais alors là... N'importe quoi, mais filmé en très gros plan, surtout. A part deux ou trois beaux ténébreux, je ne vois pas vraiment ce qu'on peut sauver de ce film. Seul réconfort en forme de paradoxe, j'ai pu m'apercevoir que les acteurs français jouant dans des films américains sont aussi mauvais que d'habitude, créant autour d'eux, de leurs corps, de leurs paroles, une sorte de vide, de blanc, comme si le temps était ralenti autour d'eux.
Incroyable.
Un moment j'ai pensé que Tarantino parodiait les films français, puis j'ai opté plutôt pour le pastiche. Si c'est le cas, il est vraiment très fort: réussir à faire volontairement du film français....
Pour le reste... nous n'avons pas assez de chair sur le front pour que la pointe d'un couteau puisse s'y enfoncer autant sans rencontrer l'os (je regardais l'image et me tâtais le front, appuyant, appuyant: non, pas assez de chair).

Le Paris imaginaire des Américains.
Les plans du début, cette idée étrange et bonne d'avoir transposé le début d'un western de Sergio Leone dans la campagne française...
Les langues, la façon de justifier les langues utilisées.
Voilà, c'est tout.

Là-haut

Vu Là-haut pour l'anniversaire de O. (avec O. et un ami).
Pleuré les trois quarts du film, autant aux moments tristes qu'aux moments gais (le moment où la maison apparaît repeinte et pimpante: pouf, en larmes).
Pensé à Matoo.
J'aurais bien regardé plus longuement l'oiseau et les ballons, surtout les ballons. Couleurs qui font du bien.

Film sur tout ce qu'il faut laisser derrière soi, sur tout ce qu'il faut accepter d'abandonner, pour continuer à vivre. Dialectique du rêve: le rêve comme but, le rêve comme obstacle, le moment où il faut savoir l'abandonner pour continuer à vivre, de façon peut-être moins flamboyante mais plus riche, parce qu'on est désormais au-delà du rêve et non plus en deça.

Au-delà du bien et du mal de Liliana Cavani

Le cinéma Accatone s'est fait une spécialité de ces biographies étranges. Je suis sortie de celle-là perplexe, incapable d'estimer la part romancée du scénario (Il s'agit du ménage à trois Nietzsche, Rée, Salomé).

Le film est interdit au moins de seize ans, sans doute à cause de ses scènes frôlant la pornographie homosexuelle. Le tout est violent, excessif, à mon sens inutilement grandiloquent. Ce n'est pas un film "documentaire", c'est un film dans la lignée des Damnés de Visconti.

Lou Andréa Salomé veut être présentée comme une femme libre, mais pour ma part j'appellerais cela une allumeuse (est-ce un jugement moralisateur de ma part? Pourquoi tant d'affectation dans sa façon d'être libre? Est-ce un parti pris de Liliana Cavani? Mais pourquoi? Pour insister sur le scandale de la conduite de Lou Salomé à l'époque? Ou sur la folie du trio? Ou plus simplement sur sa dimension utopique, impossible?)

Ballet, beau pas de deux. Les hallucinations de Nietzsche atteint par la syphillis sont superbes. Paul Rée est présenté comme un homosexuel refoulé : vérité de l'histoire ou invention du scénario?

Plaisir d'entrevoir Venise en 1977. Qu'elle a changé: plus propre, plus pimpante, plus actuelle aussi: nous y perdons la sensation du temps qui passe, il est plus facile d'imaginer Proust dans la Venise de ce film que dans la Venise visitée ce printemps. Nostalgie.

Harry Potter VI

Moins pire que le 5, mais définitivement pour des gens qui connaissent le livre, il manque trop de détails. Un peu déçue (mais je ne me faisais pas beaucoup d'illusions) que toute la partie sur les parents de Tom Riddle ait été escamotée: très beau passage du livre, évoquant Le Domaine d'Arnheim.

«J'avais un poisson rouge, il s'appelait Francis.»
«Life goes on, then... *pouf* ».

Rogue a les cheveux propres, Draco Malfoy a beaucoup grandi et joue un beau personnage torturé.

Le parti pris sur les couleurs est étonnant, l'ensemble est très stylisé. Trop de gros plans sur les personnages, ça finit par être fatigant. Cela ne ressemble pas vraiment à un film, c'est presque un carnet de dessins.

J'y vais pour voir les acteurs: c'est étonnant de voir grandir des enfants devant les caméras.

L'Inde envahit la Suisse

Comme les régions où étaient tournées certaines scènes du cinéma bollywood sont devenues trop dangereuses à cause du conflit avec le Cachemire, les réalisateurs les filment en Suisse.
La Suisse est en surproduction agricole mais le gouvernement maintient les subventions afin de conserver à La Suisse son image de vaches et de paturages.
Cette image attire les touristes indiens via les films Bollywood.
Une vache dégage davantage d'effets de serre qu'une voiture.

Claude Lanzmann

J'ai vu Claude Lanzmann au Collège de France cette après-midi. J'appréhendais ce moment, il a la réputation d'être tranchant et prétentieux, or c'est un de mes héros personnels à cause de son œuvre.

Je me souviens de la première fois que j'ai vu Shoah, loin dans un quartier de l'ouest parisien, en 1986, et mon retour à pied dans les rues désertes, traversant la moitié de Paris jusqu'à la rue Cardinal Lemoine pour tenter de me remettre du choc (et la semaine suivante, recommençant pour la deuxième partie).
Je découvrais l'extermination. Jusqu'ici je ne connaissais que les camps de concentration (confusion encore bien répandue, qui fait dire à Paul, 87 ans «On n'exagère pas un peu? Beaucoup sont revenus, non? » Et le cœur serré devant cette trace vivante d'antisémitisme français à la Bernanos, j'explique: «Non, ce n'était pas la même chose. Très peu sont revenus des camps d'extermination, on a des listes quasi-exhaustives, de trente à trois cents noms…» Mais je ne sais s'il me croit.).

Je lisais mal l'anglais, à l'époque. J'ai repéré le nom de Raul Hilberg. J'ai tenté (en vain) de commander son livre chez Brentanos.
Il est sorti l'année suivante, en 1988 (La destruction des Juifs d'Europe). Je travaillais chez Mollat, je l'ai lu aussitôt. Je me souviens de ma lecture hallucinée, des sondernkommandos, des bus, des trottoirs, du soleil, de tout ce mélange irréel, des gestes quotidiens qui occupaient toujours la même place.

J'ai revu Shoah deux fois, en Dvd désormais, chez moi, toujours seule, la nuit. C'est un film que je trouve insupportable de regarder à plusieurs. (Et cette après-midi, malaise à ce que les extraits soient projetés sans que la lumière ne soit éteinte). Désormais j'en comprends la structure, qui m'avait échappée lors de sa diffusion en salle. Désormais je comprends les accusations de montage, la colère des historiens qui me fait rire. Désormais je considère que Lanzmann a été insupportablement violent avec les gens qu'il a filmés, provoquant les larmes, n'arrêtant jamais la caméra.
Ce film est monstrueux.
Et je bénis Lanzmann de l'avoir fait.

Gran Torino

J'ai reçu hier une carte de ma mère: «Pour Renée, c'est toujours pareil, c'est effrayant de voir ce qu'une agonie peut durer.»

Quand mémé resta seule, papa alla la voir une ou deux fois par semaine, faisant les 80 km dans la journée ou passant la nuit à la ferme. La ferme était très isolée; le reste du temps, ma grand-mère faisait appel à des amis ou à des voisins pour ses courses et ses médicaments.

Suite à des complications diabétiques, son neveu obèse d'une soixantaine d'années est aujourd'hui amputé des deux jambes au niveau du genou. La peau cicatrise mal. Lui aussi vit grâce à ses voisins qui s'occupent de ses courses et de ses papiers administratifs (pas une mince affaire).

Et tandis qu'on parlait de ce cousin durant le déjeuner de Noël, je me souviens de mon père disant d'une voix blanche de remords et de regrets : «Je crois que les inconnus sont bien plus généreux que la famille».

Burn after reading, des frères Coen

Attention, spoiler.

Les frères Coen traitent toujours l'un des deux sujets suivants: la bêtise ou le mal, les deux se rejoignant parfois. (On peut noter un cas où ils ont plutôt traité de l'intelligence: dans Intolérable Cruauté et peut-être dans Miller's Crossing (sans doute leur film le plus indécidable).)

Le dernier n'échappe pas à la règle: il s'agit d'une sorte de remake de Fargo plus absurde encore (car faisant bien plus de morts pour une raison bien plus futile (mais quelle raison? même cela est difficile à définir)).
C'est un film dont l'avancée totalement cahoteuse (difficile d'imaginer moins rigoureusement tragique) n'a pas grande importance. Tout est tellement sous-déterminé, déterminé à la seconde qui passe et non par un mécanisme implacable remonté dès le début du film, qu'on s'intéresse à peine à la trajectoire du film.
L'intérêt n'est pas là, il est dans ses dimensions horizontales. Chaque image ou presque renvoie vers des références. C'est un pastiche précis des films d'espionnage américains contemporains (The Good Sheperd: les chefs, les réunions d'anciens, le père, la voix du maître-chanteur au téléphone qui imite les films qu'il a vus (imitation de fictions dans la fiction, stéréotype reconnaissable en ce que nous, spectacteurs, partageons les mêmes références que le personnage), etc) tant et si bien que je doute qu'aucun réalisateur sérieux n'ose en tourner un dans la même veine désormais. C'est également le catalogue habituel des références aux propres films des frère Coen, les portes, les murs, les enfilades de couloirs, la vision à claire-voie dans le placard, les têtes en gros plan, les boucles d'oreille qu'on rajuste, les mêmes phrases, les mêmes gestes, les jeux de miroirs. Tout le monde ment.
C'est un film totalement immoral : les hommes, bons ou méchants, meurent, les femmes, menteuses ou avides, survivent, il n'y a aucune raison à cela.

J'aime beaucoup la fin, le fatalisme du ponte de la CIA, qui n'y est pour rien, qui n'a rien décidé, n'est pas intervenu, a juste demandé d'être tenu au courant "quand tout cela prendrait sens", qui constate les dégâts, les éponge, les oublie, et demande:
— Qu'avons-nous appris?
— Rien.

C'est si proche des conclusions tellement plus ampoulées de Bodie of lies ou The Good Sheperd.


edit

A la réflexion, cela me rappelle mon père quand j'avais huit ans:
Papa, pourquoi il y a des guerres?
Pourquoi te disputes-tu avec ta sœur?

Les frères Coen ont décidé d'illustrer la dispute avec la sœur plutôt que la guerre.


edit bis

Un blog (trouvant le film mauvais) à explorer.

Quatre jours


- Samedi soir : concert du RSO (et du LGSO). J'aime ces gens que les contraintes d'une vie d'adulte n'ont pas fait abandonner leur passion. Comme d'habitude, des compositeurs totalement inconnus de moi au programme (Gustav Holst, Hamish MacCunn, Coates), c'est l'un des charmes de ces concerts (je lis très consciencieusement le programme). Ces musiques du tournant du siècle m'évoquent de la musique de films ou de dessins animés.

- Lundi soir : Mensonges d'Etat. Un beau film, pas manichéen, composé par fragments. Je me demande si les intégristes musulmans regardent cela (de même que je me demande ce que les soviétiques (avertis) pensaient de Docteur Folamour).
Le héros se fait mordre par des chiens enragés : série de piqûres antirabiques. C'était arrivé à mon père quand j'avais six ans: douze, vingt piqûres dans le ventre, réputées très douloureuses. Toutes mes poupées avaient le ventre percé de coups d'épingle.

-Mardi soir: soirée de dédicace à la librairie Art et littérature. On boit, on rit, on chante sur fond de piano et de violon, Marc Lapprand et Nicole Bertolt rédigent des dédicaces dans leur livre Boris Vian, le swing et le verbe tandis que François Roulmann, le troisième auteur, avec sa cravatte Harry Potter, chante «Si j'avais un franc cinquante», on se dispute pour des esperluettes [1]. Jacinto est passé, Camille aussi, Roland (venu de Troyes!), toujours les mêmes, ça fait plaisir.
Dans la librairie trône la porte du Tabou, le cabaret où jouait Boris Vian. François Roulmann l'a récupérée alors qu'elle partait pour la déchetterie. En temps normal, on peut la voir 10 rue de la grande Chaumière, adresse de sa librairie, spécialisée dans la musique du XXe siècle.
Je rachète La Conjuration des imbéciles dans une version de Folio à couverture rigide. J'aime bien les expériences de Folio, les couvertures en fourrure ou en papier bonbon.
A minuit et demie dans notre lointaine banlieue, C. et moi nous demandons si nous allons réussir à ouvrir les portières de la voiture enneigée et gelée.

- Mercredi soir: je dois corriger de toute urgence un document écrit sur une vieille version de Word sous Mac, annoté sous une version récente de Word sous PC, rouvert sous Openoffice sous Mac. Voilà trois fois que le logiciel plante. J'abandonne. Je déteste l'informatique.


Notes

[1] merci à Kozlika

Musée haut musée bas

Je n'y serais pas allée spontanément, mais je n'ai pas regretté. Curieusement le film m'a bien plu, présentant à peu près tous les clichés sur l'art et les musées, de la part aussi bien des détracteurs de l'art moderne que de ses adorateurs.
Tous les acteurs vivants français de plus de quarante ans sont présents dans ce film. C'est impressionnant.
Belles photos de bites.
Emouvantes Vierges.
C'est reposant de voir la nature présentée comme une menace à une époque où elle est plutôt considérée comme menacée. «Ça change», comme dirait un ami.

Le jeune homme qui est sorti derrière moi n'a pas du tout aimé. Il préfère la pièce, dit-il. Le principe des sketchs fonctionne au théâtre, pas au cinéma, soutient-il. Et il ne supporte plus Dussolier, «Pitié!»

Je ne peux voir la publicité pour l'Armée de terre en début de séance sans penser qu'il y manque la «cellule de soutien psychologique» qui aidera la famille quand le beau jeune homme aux yeux clairs aura explosé sur une mine anti-personnelle (qu'on ne me prenne pas pour une anti-militarisme primaire: j'apprécie un minimum de cohérence et je déteste que nous soyons pris pour des cons).

Quatre nuits avec Anna, de Jerzy Skolimowski

Comme je n'ai pas pu voir Kanal qui passait à la cinémathèque, je me suis rabattue sur un autre Polonais.

J'ai toujours la même avidité des paysages polonais, de la terre et des ciels. Ici, c'est un hôpital, des briques rouges, un clocher qui sonne, un mélange de modernité (hélicoptère) et d'intérieurs pauvres tels que devaient être les fermes françaises dans les années 50.

Ce pourrait être un film muet. C'est pratiquement un film muet.

C'est le film d'une passion violente et respectueuse d'un homme pour une femme.

Il m'a semblé voir un film de Kaurimaski qui aurait choisi une veine baroque.

C'est lent. Le récit est monté en mosaïque. On ne comprend que très lentement, il reste quelques hésitations sur la chronologie. Il faudrait sans doute le voir une deuxième fois, pour repérer les éléments qui indiquent la flèche du temps. Quelques personnes ont quitté la salle. Je regardai les arbres, la boue, le bouton, la boîte à musique. Les couleurs sont inégalement réparties, quasiment monochromes autour de l'homme. Ce sont les couleurs de la nature en hiver et des murs non peints. Autour d'Anna vivent les fleurs, les cartes postales, le vernis à ongles.

La réussite du film est dans le contraste entre le peu d'événements représentés et la violence des sentiments ressentis.

Quelques films peu connus que je reverrais volontiers

  • Antonia et ses filles et son annonce à la Little big man: «je vais mourir aujourd'hui», et la chevelure rousse de la petite fille.
  • Les neuf reines, avec son côté Usual suspects un peu raté, un peu trop lent, un peu poussif, qui ne prend sa véritable dimension qu'à la fin.
  • Reines d'un jour, pour le début (le mariage, le marié et la photographe), pour l'orthophoniste déjantée (Karine Viard, "trop" heureuse et qui ne l'accepte pas), pour la coupe de cheveux (son look et son prix), pour la pré-fourrière.
  • Mo, d'Yves-Noël François, avec Jean-Marc Barr, Jean Yanne, pour son concentré de mythe, Blade Runner, les souvenirs artificiels, R2D2 (que je voyais pour la première fois (si c'est possible)), la publicité de la pub superglu (celle du mec collé au plafond). Nous avons vu ce film par hasard l'été 1996 à l'UGC des Halles. Quand nous sommes revenus la semaine suivante pour le revoir, il ne passait plus. Il me manque, parfois j'en rêve. Là encore, il faudrait que je le revois pour tout comprendre.

Coluche, l'histoire d'un mec

Les critiques sont mitigées, et je pense comprendre pourquoi: ceux qui vont voir ce film en pensant rire pendant deux heures devant des sketches doivent être très déçus. Ceux qui connaissent l'histoire de Coluche (et qui supportent le personnage, mais dans le cas contraire, pourquoi aller voir un tel film?) sont tristes. Ce film ne leur apprend rien mais leur rappelle beaucoup de choses.

Ce film est un déclencheur de nostalgie. Je ne sais pas ce que peuvent y comprendre les trentenaires, les vingtenaires. Je repense à l'époque qui s'annonçait en 1980, dix à quinze ans de Reagan/Thatcher/Mitterrand/Jean-Paul II. La compagnie créole chante «T'es OK, t'es bath», Georges Marchais donne des interviews (je n'avais jamais vu Marchais à la télévision... je l'ai vu pour la première fois ce soir. Je vivais dans une famille un peu bizarre, pas de sexe, pas de politique, pas de films en noir et blanc, pas de films sous-titrés, pas de westerns, du sport, «t'as fait tes devoirs?» (et la réponse était toujours oui même quand c'était faux), et c'était tout), les postes de radio sont énormes, les lunettes aussi. Je n'avais jamais écouté un sketch de Coluche à la maison (trop vulgaire (plus tard, quand il animerait une émission sur Europe 1, je l'entendrais en revanche chaque fois que je serais dans la cuisine: ma mère n'écoute qu'Europe 1 («parce qu'on écoutait obligatoirement RTL chez moi quand j'étais petite» (Moralité j'écoutais RTL, Les grosses têtes et Julien Lepers... tout cela est tellement prévisible)))), mais j'avais une copine qui les connaissait par cœur, Coluche, Renaud, Magdane, Balavoine, un peu Desproges, que le monde était étroit et l'horizon resserré. (Coluche sur Europe 1, c'était le plus souvent insupportable de vulgarité. Il s'est passé pour Coluche la même chose que pour les Guignols de l'info: j'ai eu la chance de ne pas l'écouter en direct, mais de n'en connaître que les moments les plus pertinents, les phrases les plus justes, sélectionnés par mes amis.)

Je me souviens de Jean-Louis disant dans les écuries, alors qu'on lui apprenait la grève de la faim de Coluche, «Coluche fait la grève de la faim? Mais non, il est au régime», je me souviens de la façon dont j'ai appris l'élection de Mitterrand, assise sur un seau dans le hangar à bateau après une régate, attendant que mes parents viennent me chercher, je me souviens de la mort de Coluche, de la rumeur qui a couru (était-ce vraiment un accident?) et du disque de Renaud. Souvent je me dis qu'il manque aujourd'hui un œil aussi vif, un esprit aussi prompt à saisir et saisir l'essence d'une situation. Je me demande ce qu'il l'aurait pensé des émeutes de 2005 ou d' Entre les murs, par exemple. Il ne faisait pas spécialement dans le politiquement correct. En tout cas, il se serait bien moqué des "cinq fruits et légumes par jour" sous la pub Coca zéro imitant James Bond, et ça m'aurait fait du bien. Personnellement, il me manque davantage que Philippe Muray.

En regardant le film, l'accueil que les petites gens dans les villes touchées par le chômage (1,5 million de chômeurs, c'était effrayant et ça fait rêver) réservait à Coluche, je me dis qu'il ne faut pas chercher loin ceux qui ont voté Le Pen en 2002: on ne peut pas éternellement désespérer et Billancourt, et Longwy, et Saint-Etienne, et...
Coluche, Le Pen, Bayrou : le système est à la recherche d'une possibilité de fonctionner autrement, mais il est trop bien verrouillé. Est-ce un bien, est-ce un mal?

Le film se termine sur une allusion aux Restos du cœur. Quelques minutes avant, je venais de dire à H.: «J'ai beau savoir que c'est injuste, pour moi Mitterrand, c'est l'apparition des SDF». (Ç'avait été l'un de mes étonnements de retour du Maroc à huit ans: il n'y avait pas de mendiants. Etaient-ils enfermés? Dix ans plus tard, j'avais ma réponse.)

Pickpocket de Robert Bresson

Avant:
— Tu vas voir quoi?
Pickpocket, de Robert Bresson.
— C'est bien? C'est quoi?
— Je ne sais pas. Un truc psychologique, je suppose.
— Aaah, un truc sanguinolant.

Après:
— Alors, qu'est-ce que tu en penses? Ça t'a plu?
— Euh...
(Et de parler pour dire un peu n'importe quoi de peur que mon silence fasse peur, alors que "aimer ou pas aimer" n'est pas vraiment la question).

Le film commence par un texte qui nous résume en quatre phrases l'histoire et la fin: c'est le rachat du pécheur, c'est Raskolnikoff, c'est le jeu du chat et de la souris, c'est l'amour d'une jeune fille.
Cela étant posé, il ne reste plus qu'à regarder comment nous allons parvenir à cette fin attendue. C'est un phénomène que j'ai déjà observé: connaître la fin d'un film ou d'un livre ne diminue en rien le suspense, mais déplace la curiosité du spectateur (ou du lecteur): il ne s'agit plus de savoir ce qui va arriver, mais comment cela va arriver, autrement dit, la curiosité devient attentive aux structures, aux mécanismes du développement du récit.
Ici, il n'y aura pas à proprement parler de progression vers la fin. L'histoire avance et se répète, Michel est pickpocket par volonté et ne souhaite pas changer. Images noires et blanches, presque des dessins ou des photographies, fixité des regard et agilité des mains, la caméra devient main, remplace les doigts, gros plans, tension. Paris 1959, les Parisiens, les Parisiennes, la mode, les voitures, un arrière-plan que le cinéaste n'imaginait sans doute pas devenir si précieux, témoignage d'une époque. Images géométriques, des rectangles, valises, tables, pieds de table, le lit, les portefeuilles, camaïeux de gris.
Il n'y a d'explications de rien, aucun lien entre les événements. Michel décide puis agit, il veut vouloir et prouve qu'il veut en agissant, alors que tout son aspect extérieur ne trahit que pusillanimité: il s'agit d'être courageux contre soi, de faire.

Ce n'est que lorsqu'il décidera de devenir honnête qu'il faillira, et ce n'est qu'alors qu'il sera arrêté: ce dernier vol ne répond plus aux mêmes motivations que les précédents, il n'est pas la transformation en acte d'une volonté, mais au contraire une soumission à la passion du vol, malgré l'avertissement de la raison (l'homme qu'il s'apprête à dépouiller lui montre ses gains gagnés à la course précédente. C'est étrange, se dit Michel, ce n'est pourtant pas le cheval gagnant qu'il avait joué).
Le triomphe final de l'amour, brutal, sans réelle progression, fait penser à l'abandon qu'un animal sauvage ferait de ses défenses, condescendant à être apprivoisé. C'est l'acceptation d'un lâcher prise, l'acceptation de sa propre vulnérabilité.

C'est un film étrange. Dostoïevski voulait peindre les mouvements de l'âme, Bresson a rendu compte du mystère de soi-même pour soi-même: la volonté de Michel et Michel paraissent deux entités différentes.

Mamma mia : au secours !

Enough is enough.

C'est la dernière fois que je vais voir un film pour un acteur (en l'occurence Meryll Streep). Ç'aurait pu faire un bon clip de 10 mn, à la rigueur, sur fond de bacchanales bucoliques. Mais là... Failli partir au bout de dix minutes (non, au bout de cinq, dès que j'ai vu les demoiselles d'honneur hurler sur la jetée).

20 minutes de bonheur, d'Oren Nataf et Isabelle Friedman

Le but de la soirée de jeudi était donc d'aller voir 20 minutes de bonheur. J'ai soigneusement évité de lire le compte rendude Parapluie afin de ne pas être influencée quand je commencerais à écrire ici.

En revanche, j'avais lu la critique du Monde proposée ex-ante par ce même Parapluie, et l'une des premières réflexions qui m'est venue à l'esprit après quelques minutes de film est: «Tiens, encore un film qui me donne l'impression de ne pas être en train de voir le même film que celui qu'ont vu les critiques».

Je ne connaissais de ''Y a que la vérité qui compte'' que le principe, accompagné de tous les préjugés qu'une intello bien-pensante peut avoir sur ce genre d'émissions: «c'est mal, on profite du bon peuple, on fait pleurer dans les chaumières en mettant en scène le malheur de pauvres sous-cultivés qui acceptent de se montrer en spectacle pour le bonheur de passer à la télé (mais quelle ambition ridicule (les pauvres, ne pas avoir d'autre ambition que celle-là))», etc.
Bref, le côté classique du donneur de leçon accompagné néanmoins d'une sincère envie de vomir: je déteste ce genre d'émissions, je n'aime pas non plus les jeux, je n'aime pas tout ce qui met en scène des gens dont ce n'est pas le métier, je ressens profondément que la caméra (être vu) ne peut que blesser.

Mais bon. La critique était intéressante, il était possible d'ajouter à la panoplie de l'intello donneur de leçons celle du redresseur de tort (puisque ce film était — avait été — menacé d'interdiction («mais c'est dégueulasse... la censure aujourd'hui... la faute à TF1... temps de cerveau consommable... capitalisme»)), et surtout, Parapluie, jeune blogueur enthousiaste, proposait d'y aller en groupe, ça m'amusait (mon côté gang bang, aurait dit sk†ns).

Le film est très intéressant, pas particulièrement choquant, contrairement à ce que j'avais cru en lisant la presse, même s'il contient deux ou trois passages non politiquement corrects («C'est ça, des homos de 21 ans qui s'aiment! Exactement l'âge des enfants de la ménagère qui est notre public principal! Et de quoi elle a peur la ménagère? D'apprendre que son fils est pédé! Alors bravo, prévoir trois sujets comme ça sur dix, vous êtes complètement à côté de la plaque!» (non-''sic'', mais fidèle à l'esprit)) mais pas forcément faux, comme tout non politiquement correct qui se respecte.

On comprend assez vite qu'une telle émission est avant tout et surtout un produit marketing. L'important est de faire du chiffre (les premières images du film nous montre l'appareil qui permet de mesurer l'audience). Les producteurs sont "piqués au chiffre" de la même façon que les chefs de rayon chez Auchan: quel audimat, quel chiffre d'affaires, même combat.
Le reste n'est que technique, mensonges et vidéo, avec quelque chose de sincère malgré tout qui parviendrait parfois, quelques secondes, à être sourdement émouvant.

Le montage a insisté sur le consentement des personnes filmées, qui disposent à tout moment d'un droit de rétractation. Finalement,c'est un univers sans éclat, sans luxe, qui n'est même pas détestable, où l'on se sert de l'annuaire, où l'on ment au téléphone, où l'on offre du parfum pour les anniversaires dans l'équipe, où l'on boit du café, où l'on passe beaucoup de temps à écouter les gens et les regarder vivre («tu es entré dans sa chambre?») pour essayer de saisir le plus vite possible leur psychologie (j'ai eu l'étrange impression que le rédacteur en chef redoutait quelque chose, mais quoi? un suicide? (pourtant, le risque était limité, puisque l'émission était enregistrée)) afin de ne pas choisir de personnes fragiles, où l'on essaie de concevoir un produit au cahier des charges précis.

Ce cahier des charges, à ma grande surprise, remporte mon adhésion: il s'agit de faire plaisir aux gens, à ceux qui viennent, à ceux qui regardent, on n'est pas dans le trash («On n'est pas chez Ardisson, ici!» ''sic'') mais dans l'émotion: l'objectif de tout cela, ce sont les larmes de joie, et rien ne doit ternir ces larmes: il faut des invités qui «portent leur histoire», suffisamment extravertis pour laisser couler leur larmes face aux caméras (malheur à l'invité renfermé sur lui-même) et des histoires auxquelles peuvent s'identifier les spectacteurs, qui idéalement devraient pleurer eux aussi devant leur écran.
Ce n'est pas "mon genre", mais c'est un objectif qui n'a rien de méprisable. Certes, Bataille et Fontaine n'ont pas le beau rôle, parce qu'ils sont obsédés par l'audimat et qu'ils expliquent sans état d'âme comment l'atteindre. Le matériau sur lequel ils travaillent est de l'être humain, et l'important est la façon dont ce matériau va produire de l'émotion chez d'autres êtres humains. Ce que ressent ce matériau est secondaire. La façon froide dont Bataille, Fontaine, le rédacteur en chef et toute l'équipe rassemblent les éléments devant produire l'émotion est déroutante, met mal à l'aise et en fait définitivement des personnages peu sympathiques. Mais c'est le principe-même du système qui veut ça, et pas spécialement cette équipe ni ces présentateurs.

Le débat avec les réalisateurs Oren Nataf et Isabelle Fridemann confirmera cette impression neutre: leur objectif n'est pas/n'était pas le scandale ni du sensationnel mais un témoignage. Ce sont deux personnages calmes, discrets, elle effacée, lui barbu, expliquant qu'ils ont commencé à tourner un peu par hasard, qu'ils avaient lancé l'idée presque comme une boutade, mais qu'à la suite d'un mini scandale (une invitée de l'émission ayant accusé je ne sais qui de viol) on leur a demandé de filmer la réalisation de l'émission presque comme une preuve que l'émission n'avait rien à cacher.
Les réalisateurs nous expliquent avoir beaucoup coupé et énormément monté. Les relations étaient bonnes avec Pascal Bataille et Laurent Fontaine qui ont vu le film au fur à mesure du montage. Ils ont même donné des conseils pour rendre le film plus efficace, conseils qui ont été suivis.
C'est le stagiaire (montré en début de film) qui s'est insurgé: ce film ne devait pas être diffusé, il donnerait une mauvaise image de la société de production. D'autre part, les premières critiques parues après la diffusion du film au festival de Belfort ont fait peur aux présentateurs:
— Alors comment avez-vous réussi à être diffusé?
— Notre chance est d'avoir été attaqués en justice: comme notre film n'a pas été interdit, c'est qu'il est autorisé.

Il est fort possible que le stagiaire ait raison: ce film ne devrait pas être diffusé, non parce qu'il contient des vérités scandaleuses, mais pour la raison inverse: il démonte le mythe d'une télévision de luxe et de paillettes pour montrer des bureaux où l'on travaille, où l'on se pose des questions, où l'on fait des réunions d'équipe, où l'on prend des décisions en fonction d'un résultat à atteindre.
Il montre un univers banal, un peu médiocre, plutôt morne, sans rien qui attise le désir.
C'est une télé sans mystère, et elle a sans doute tout à y perdre.

Avis aux fétichistes

Bon, tant pis pour le niveau :
je repêche ce matin dans la poubelle (ce n'est pas moi qui l'ai jeté) un DVD neuf, jamais regardé: Women of Desire de Robert Ginty avec Bo Dereck et Robert Mitchum (comment est-il arrivé chez nous? une offre jointe à l'achat d'un autre DVD? aucune idée).
Comme j'ai du mal à jeter un DVD de cette icône des années 80, je lance un appel: y a-t-il quelqu'un pour recueillir ce chef-d'œuvre avant qu'il ne finisse à la poubelle?

Wall-e

Inévitable, évidemment.

Qu'on m'explique pourquoi des gens vivant de sodas glacés dans des chaises longues décideraient de leur plein gré de revenir s'éreinter à cultiver des plantes dans un gigantesque dépotoir parcouru par des tempêtes de poussières.
C'est bizarre, ce présupposé moral.

Sinon, je n'ai pas fini de d'entendre «Ev' ah».

Mais l'ensemble est charmant.

11 et 12 août

  • lundi : rien

. Terriblement mal aux cuisses. Trop forcé hier. Je peux à peine descendre les escaliers. Cela m'impressionne, ça ne m'était jamais arrivé à ce point-là.

. Je continue à décrire Cerisy, même si cela m'effraie et si je me sens ridicule. Ne pas penser.

. Courses. Vérifié la présence de Play de Durex au Cora de Boussy-Saint-Antoine (je proposerais bien une enquête inter-blogs à travers la France et un repérage sur Google: cartes des grandes surfaces vendant Play.

. Sieste avortée.

. Equeuté les haricots verts puis terminé l'ourlet de la jupe jaune de A. en regardant Impitoyable. Etrange western. Réalisateur Clint Eastwood. Tout le film n'est qu'une longue parenthèse, commence par un arbre en ombre chinoise contre un soleil rougeoyant, termine de même. Tout le film est de guinguois, rien ne fonctionne comme il devrait. Mise en place de règles de morale et de justice dans un monde où les motivations et les mensonges des autres sont opaques: peut-on agir justement si l'on n'est pas omniscient? Tout tombe légèrement à côté, un peu trop fort sur certains innocents (mais pas tous), épargnant certains coupables (mais pas tous).
C'est Olivier qui m'avait envoyé ce film après que je lui eus parlé de 3h10 pour Yuma. Il faut croire que je lui avais bien expliqué l'atmosphère, les deux films appartiennent à la même famille des westerns étrangement moraux, tendant à penser que la pente du bien est plus naturel que celle du mal, et que les braves types sont plus nombreux que les sombres salauds.

. Quelques minutes d'attente, je rouvre Les Nuits attiques, parcours l'introduction. Lire, c'était presque toujours prendre des notes. (Eh oui.)

. Le soir, réunion MoDem pour préparer des élections internes. Toujours la même envie de rire et le même plaisir à arriver dans cette petite rue de pavillons de banlieue avec le soleil couchant dans les yeux: cela ressemble tant aux rues des premiers Léo Malet, j'ai l'impression d'être dans 120 rue de la gare.
Nous rentrons tard, agacés par tant de bavardages inefficaces. Visiblement, la plupart des personnes qui entrent en politique le font parce qu'elles ne savent que faire de leurs soirées.


  • mardi : l'Europe jusqu'à l'Oural

. Pain perdu pour mon beau-père. Un peu raté, je n'ai pas le pain qu'il faut. Mais il est heureux de ce clin d'œil à l'enfance, et c'est l'essentiel.

. Encore plus mal aux jambes qu'hier. Je ne peux pas descendre un escalier de face, je dois me mettre de côté, descendre une marche à la fois.

. Le voyage de Primo Levi. Des cinéastes ont décidé de refaire en 2005 le trajet de retour de Primo Levi en 1946, d'Auschwitz à Turin, raconté dans La Trêve. Ce film est court pour un si long parcours: beaucoup de montage, de nombreux choix, une bande sonore intéressante. Le film commence sur des images de Ground Zero et énonce qu'en des temps troublés, il faut peut-être se tourner vers le passé pour comprendre le présent et prévoir l'avenir. Ce film est extrêmement monté, disais-je, partial, subjectif, mais d'autant plus humain et chaleureux. Pologne, plaques de rues, la place Ronald Reagan côtoie l'avenue Jean-Paul II, friches industrielles, extraits de L'homme de fer, interview de Wajda, une pub pour Crazyguides (je n'étais pas sûre que ce ne sois pas une plaisanterie jusqu'à il y a quelques secondes), Russie, des vaches, des kolkhozes, des routes, des forêts, des champs, des marchés et des étalages dans les rues, des statues et encore des statues, monumentales, un chanteur ukrainien mort d'avoir chanté en ukrainien, la tentation du nationalisme ukrainien, la musique des fêtes foraines ukrainiennes cinq ans plus tard — une jeunesse désœuvrée sortie tout droit de Liverpool. Chaleureuse Biélorussie dont les réalisateurs se moquent doucement, par vengeance d'avoir été suivis et encadrés par le commissaire du parti responsable de l'idéologie. La Biélorussie semble vivre heureuse et hors du temps, Primo Levi y a passé un été avec ses compagnons et a noté la bonté et la joie de cette terre et de ses habitants, soixante ans plus tard cela paraît encore vrai. En toute logique ce seront les prochains à être rattrappés par la folie occidentale, je ne leur souhaite pas. Ukraine, Tchernobyl, 50.000 personnes évacuées devant tout laisser derrière elles (et les images de l'herbe folle au milieu des grands ensembles (Tchernobyl est la catastrophe de ma jeunesse, elle m'aura marquée davantage que le 11 septembre: la chute du mur, la fin de l'appartheid, Tchernobyl, le 11 septembre, dates)); la Moldavie paraît une terre de désolation, on y regrette les kolkhozes, la terre est intégralement cultivée à la main, il n'y a pas de machine agricole. Roumanie, usine de sacs à main italiens, Hongrie, Primo Levi note qu'enfin la vieille Europe, leur Europe, apparaît devant leurs yeux, l'alphabet redevient lisible même si incompréhensible. Autriche, façade de la maison natale d'Hitler, Munich et une réunion de nationalistes allemands, Italie. Que va-t-il se passer maintenant, qu'allons-nous trouver, angoisse des revenants.
Mario Rigoni Stern: «Cette année, je ne suis pas aller skier. Vous comprenez, à quatre-vingt ans passés, si je me casse la jambe, on me traitera d'imbécile». J'ai la surprise d'entendre des lignes que je reconnais aussitôt: en cadeau d'adieu, mon libraire m'a offert un petit livre hors commerce, Pour Primo Levi, c'est ce texte que j'entends, écrit (ou simplement publié?) après le suicide de son ami.
Et tandis que je me souviens bien du film, j'en ai oublié la fin. Il boucle, il boucle sur la neige tombant sur Auschwitz, je crois.

. Les affiches du cinéma du Reflet. J'ai raté A History of Violence, Parfum de femme a l'air intéressant, je ne sais pas si j'aurai le courage d'aller voir Aguirre, la colère de Dieu. Librairie la Compagnie, je n'ouvre aucun livre, suf Le jardin des Finzi-Contini dont je relis les trois dernières pages. Je passe devant le Collège de France, le tabac est fermé, je monte vers "la cantine", passe dans rue de l'école polytechnique, renonce à acheter des cigarettes, renonce devant la carte du bistrot, retourne au Russe de la rue de l'école polytechnique.

. Bortsch, raviolis, verre de vin. Je lis Salceda.
En face de moi, deux vieilles dames ont sympathisé. L'une parle russe, l'autre moins bien. L'une habite dans les environs de Versaille, l'autre rue de Crimée. La première prend avantage sur l'autre, décrit ses voyages, son apprentissage de la langue («Du bortsch, il y en a partout, mais ils sont très différents. J'en ai mangé en Sibérie, c'était autre chose!» Elle rit.) La seconde parle cinéma, évoque Ballerina, qui passe actuellement au Reflet, la première n'admet qu'au bout de quelques minutes qu'elle ne va jamais au cinéma. Elle part. La serveuse apporte à la première ce qui ressemble à une plaquette de beurre, enveloppée dans du papier argenté. C'est de la glace ou de la crème entourée de deux gaufrettes.
Une autre table m'est cachée en grande partie. Un homme, une femme qui doit avoir soixante-dix ans puisque sa mère, en face, en a au moins quatre-vingt-dix. Je ne vois que le dos de la fille, son chignon, ses beaux cheveux d'un blond cendré. Il faudra retrouver cette couleur quand je ferai teindre mes cheveux. La mère a un très petit visage, des yeux incommodants à force d'être bleus, une auréole de cheveux très blancs. Elle est sourde mais conserve sa vivacité d'esprit. La fille parle: «Balbina était... Tu aurais aimé Balbina... Elle m'a beaucoup influencée... Sa grande maison... La Giudecca... c'est comme Prague... villes-musées...». Je pense à Hannah Arendt, à sa réflexion à propos de Rosa Luxembourg: seuls les Juifs des années trente auront été véritablement européens, de par leur multi-culturalisme et leur maîtrise de trois à quatre langues.
Une troisième table est occupée par deux hommes d'affaire. Le blond saluera la serveuse en russe en partant. C'est un restaurant qui ne paie pas de mine, avec une carte très simple, visiblement apprécié de ceux qui veulent retrouver un peu du pays.
Je songe. Peut-être faut-il adopter le point de vue de ces westerns étranges, peut-être faut-il abandonner cette idée d'entropie, de malheur, de déchéance, de désagrégation toujours en marche, et penser que la pente naturelle de l'homme est de chercher la paix, la joie et une certaine civilisation. Peut-être.

. Retour à la maison. H. a trié le placard de O., jeté (seule façon de ranger, à mon avis), remis les étagères et le bureau dans la chambre. Il lui propose le grand lit à la place du sien, O. est enchanté.
Je range un peu le dernier étage, tâche sans fin; pour une raison incompréhensible il faut toujours tout réorganiser (me voilà avec une pile de draps une place à devoir ranger. Je vais faire un échange avec les draps en lin de ma grand-mère actuellement dans un carton (j'ai tant de ces draps qu'ils ne tiennent pas tous dans mes armoires)). Et où va-t-on mettre ce matelas? Nous voilà avec deux lits superposés à donner ou à vendre.
Je monte et descends des livres, reclasse des étagères. J'ouvre des livres, je suis agréablement surprise par quelques notes jetées sur un post-it en début de Comment j'ai écrit certains de mes livres, je parcours un numéro des Cahiers du Chemin (1971), tout était déjà là, et le sommaire du numéro de Formules qui représente les actes du colloque de 2001. Que faisais-je en 2001 durant l'été? Ma grand-mère venait de mourir, j'ai commencé un régime draconien, les tours étaient encore debout, j'étais encore à Sérénis, je ne lisais pas encore Renaud Camus.

. Mes beaux-parents s'en vont. Il est 22 heures. J'écris.

Mariage à l'italienne

Terrible critique sociale. Je me demande quel accueil a eu ce film à sa sortie. J'ai pensé à Simone Veil évoquant le vote de la loi autorisant l'avortement: «Il y avait une hypocrisie terrible dans la salle. Certains députés étaient en train d'envoyer leur maîtresse avorter en Suisse au moment même des débats». (citation à peu près). (Non, Mariage à l'italienne n'est pas un film sur l'avortement mais sur la recherche de respectabilité d'une putain amoureuse d'un homme égoïste et inconscient — profiteur sans intention d'être méchant et de ce fait d'une terrible dureté.)

Images de Naples envahi par les grues, images d'intérieurs bourgeois, performance des comédiens représentant trente ans de leur vie.

Et puis, les touristes

La première fois que j'ai vu des paysages de la Pologne, la forêt, les rivières, le ciel, c'était en 1985, dans Shoah, de Lanzmann.
C'est aussi avec ce film que j'ai appris qu'Oswiecim était une ville actuelle, dans laquelle on vivait encore aujourd'hui.
Ça ne me serait jamais venu à l'idée. Il faut dire que je n'avais pas imaginé que cela pouvait être une ville, je pensais que ça n'était qu'un camp, le nom d'un camp.

Am Ende kommen Touristen. Je n'aurais pas traduit par Et puis, les touristes. J'aurais pris quelque chose comme Tout finit par des touristes, car c'est vraiment ce que je ressens, pour Auschwitz comme pour le reste. Tout finit par des touristes et des consommateurs.

J'avais compris ce qu'était devenu Auschwitz en juillet 2007: un article du Monde sur Dix jours «polonais» de Henri Raczymow montrait une photo (de Léa Eouzan) non pas du camp, mais de ce qu'on voyait quand on tournait le dos au camp : des panneaux publicitaires pour des restaurants et des parkings.


Je suis donc allée voir ce film : un jeune Allemand a choisi de faire un an de service civil plutôt qu'un an de service militaire. Il pensait aller à Amsterdam ou Anvers (je ne sais plus), il se retrouve à Auschwitz, à donner des coups de main ici et là et à servir d'aide ménagère-chauffeur à un vieux Polonais de 80 ans, ancien prisonnier du camp, qui vit là et aide à la conservation des valises des détenus appartenant au musée.
C'est un film par petites touches, très bien fait, qui évoque la bizarrerie de cette situation («Eh les gars, les militaires allemands sont revenus à Auschwitz!» : rire général) et les relations du jeune Allemand avec le vieux Polonais, avec son responsable, avec sa logeuse. Il ne se passe presque rien, j'ai même pensé un moment que le réalisateur avait choisi de faire un "non-film", un film sur l'ennui, le temps qui passe, le quotidien, l'absolu contraire du pathos.
Il n'a pas choisi cette voie extrême mais en est resté malgré tout assez proche.

Ce n'est pas un film sur l'Holocauste, c'est un peu un film sur ce que c'est que vivre à Oswiecim aujourd'hui (et la réponse est creuse: «je suis née ici, que veux-tu dire? Je ne comprends pas»), c'est surtout un film sur ce qu'est vivre en Pologne aujourd'hui: l'omniprésence des capitaux et des investissements allemands, l'espoir que représente l'Europe. Le jeune homme allemand ne sait pas ce qu'il veut, la jeune fille polonaise le sait très bien: partir de là. L'opportunité lui en est offerte par un concours pour être traductrice à Bruxelles. (Sans illusion: «Quand je leur dis que je venais d'Auchwitz, ils ont eu l'air horrifiés. C'est pour cela qu'ils m'ont prise».)
Et j'ai pensé aux nonistes : des enfants gâtés.

Et c'est un film sur la vieillesse. A quoi sert-on quand on vieillit, comment accepter d'ennuyer les autres, de ne plus intéresser, de se tromper à vouloir réparer des valises pour qu'elles servent alors que ce qu'on attend de vous ce sont des restaurations qui préservent l'histoire?
Questions parallèles du vieil homme et du jeune homme: je ne sers plus à rien, je vais chez ma sœur, dit le vieil homme après une ultime humiliation. Mais non, répond le jeune homme, vous témoignez, vous êtes utile. C'est trop compliqué ici, je rentre à Berlin, dit le jeune homme après une initiative malheureuse de plus. Ce que vous faites ici est formidable dit le touriste, quel investissement.

Sans pathos. J'ai l'impression que nous allons voir de plus en plus de bons films allemands.

Trois semaines

— Tu pars où en vacances ?
— Je reste chez moi.
— ???


- finir le boulot que j'ai ramené à la maison (avant la fin de ce week-end, si possible) ;
- finir les trois billets en cours sur Cerisy ;
. 1/ le 18/08/2008
. 2/ le 26/08/2008
- terminer les notes sur la patristique (il y a un fou qui me l'a demandé!) ;
une le 30/08
- mettre à jour mes blogsroll en répartissant les liens en fonction du "style" de mes deux blogs ;
. fait à peu près le 13/08 + le 30/08
- terminer la reprise/sauvegarde des messages écrits de la SLRC que je veux conserver ;
. j'ai atteint juin 2005, il me reste un an à reprendre.
- harmoniser les catégories ;
- avancer les deux billets d'indexation de l'autre blog;
- aller au cinéma ;
. 10/08 : Mariage à l'italienne
. 12/08 : Le voyage de Primo Levi
. 14/08 : Wall-e
. 24/08 : Babylone A.D.
- voir ma grand-mère, passer chez mes parents ;
. OK du 18 au 22/08
- visiter quelques musées/églises/châteaux ;
. 13/08 : cité de l'architecture
. 18/08 : musée des hospices d'Issoudun
. 19/08 : cathédrale de Bourges (assez vite), palais Jacques Cœur
. 21/08 : château de Blois
. 22/08 : Notre-Dame-de-Cléry
- m'occuper du jardin (une heure par jour? deux heures?) ;
. 09/08 : tondu la pelouse
. 31/08 : les rosiers, un peu
- aller en salle de sport (quatre fois par semaine?) ;
. 10/08 (courbatures atroces); 16/08; 17/08; 23/08; 24/08; 29, 30 et 31/08
- ranger cette rognûtdjû de maison (ou au moins le dernier étage, les papiers et les livres (je fais si souvent des allusions à mes classements de papiers que je n'ose plus en parler)).
. journée du 15/08, après-midi du 17/08.
. le 26/08, fin de la chambre, le 27/08, fin du 2e étage avec réorganisation des archives en prime, le 29/8, rez-de-chaussée.
. le 31/08, premier étage

Et puis, éventuellement, lire et bloguer un peu ...


Un logiciel de To do list qui me plaît.


A une époque, je faisais des emplois du temps précis que je respectais. Puis j'ai fait des emplois du temps précis que je ne respectais pas (grosse frustration). Puis j'ai arrêté de faire des emplois du temps quand je me suis aperçue que si j'additionnais tout ce que je devais faire à tout ce que j'avais envie de faire, cela ne tenait pas en 24 heures (sans sommeil, évidemment) (je favorise largement la deuxième catégorie depuis que les enfants ont grandi).
Aujourd'hui j'essaie de m'organiser un peu plus.
Mais bon. La vie matérielle ne m'intéresse pas beaucoup.

Bons baisers de Bruges

Le titre exact serait Voir Bruges et mourir.

Quel film étrange. J'allais voir un film irlando-belge de baston, un croisé de C'est arrivé près de chez vous et de Petits meurtres entre amis, et je tombe sur une méditation sur la rédemption.

Une fois qu'on a compris cela, et si l'on n'est pas trop déçu, c'est bien fait, perfectible, mais déjà bien mené. On sent des tensions dans les dialogues, quelque chose qui irait dans le sens des dialogues fous des premiers Tarantino: dans les prochains films, peut-être...

Méditation sur le péché, la bonté, la mort, la rédemption, le sacrifice, la responsabilité de ses actes, à l'aide de deux tueurs à gage dont l'un ressemble à un enfant boudeur, l'autre à un père attentif, un skinhead, une jeune fille peu recommandable (à mon avis), un nain raciste américain («Je suis américain mais ne m'en voulez pas» est sa phrase de présentation), une visite de musée (et Le jugement dernier de Bosch), une visite de beffroi, une visite d'église (et le sang séché du Christ), un tournage de film, dans une atmosphère brumeuse de décembre au-dessus des canaux.

Etrange, étrange.


Ceci dans la catégorie "Je vais au Saint-Lazare-Pasquier à l'heure du déjeuner".

Kung Fu Panda

Dimanche, j'ai eu droit à Kill Bill II dans mon dos, mardi à La Guerre des étoiles 1 et 2 (ou 4 et 5). Finalement, c'était une bonne préparation à Kung Fu Panda.

C'est l'histoire du chanteur Carlos qui s'attaquerait à Bruce Lee. Et qui gagnerait. Grâce au secret de l'ingrédient secret de la soupe à l'ingrédient secret.

Voilà.
J'ai toujours la même profonde admiration pour les films américains dépourvus de prétention et attentifs au moindre détail. Les scènes d'entraînement et de combat sont parfaites et pleines d'invention, et les règles les plus classiques sont respectées : c'est en voulant prévenir ce que l'on redoute que l'on provoque ce que l'on redoute (si le canard n'était pas allé alerter le directeur de la prison, rien ne serait arrivé), les scènes clés sont présentées deux fois, à la Shakespeare (scène en miroir entre l'entraînement et le combat final).

Ce que j'admire le plus, c'est le sens du rythme dans la narration: aucun temps mort, tout s'enchaîne, et pourtant, il ne se passe rien ou pas grand-chose. On oscille entre les phrases-clichés à portée philosophique et les phrases très prosaïques, on frôle le ridicule, il en faudrait très peu pour y basculer, on l'évite toujours, grâce à une simplicité désarmante (sans doute ce qu'on appelle la fraîcheur). Tout l'imaginaire, tous les clichés véhiculés par les films de kung-fu sont présents (le vieux maître sage, le pêcher, la trahison, etc); d'une certaine façon on les attend, on s'y attend, mais ils interviennent toujours au bon moment, sans insister. Il n'y a jamais cette terrible impression du clin d'œil destiné à vous faire remarquer qu'on vient de vous faire un clin d'œil (ce qui fait la faiblesse du dernier Indiana Jones, par exemple). J'admire ce sens de la retenue.

Ce panda n'a vraiment aucune qualité autre que celle de savoir faire la soupe.

Mon préféré, c'est la tortue. Maître Shifu ressemble à un croisement entre Yoda et un ewok.
Pour le reste, l'histoire est gentille, les personnages sont gentils, le méchant est méchant, c'est bien moins caustique que Shreck, par exemple. C'est reposant.

Seul bémol, je regrette l'époque où les dessins animés avaient l'air dessinés. Aujourd'hui, les personnages sont de véritables marionnettes à l'écran: l'effet 3D est impressionnant, mais bon, je ne suis pas programmateur 3D, ça m'est un peu égal. Je suppose que lorsque la technique sera totalement maîtrisée, certains réalisateurs reviendront aux dessins, pour le plaisir. Pour le moment, on est dans l'innovation, tant pis.

Festival du cinéma en plein air de la Villette

Ça (me) demande toujours beaucoup d'énergie (difficile d'enchaîner deux soirs de suite, par exemple), mais cela reste un de mes événements préférés.

A noter, Loulou, Laura, Lili Marleen, Gilda, Le bon, la brute et le truand

(Zut, je viens de me rendre compte que je ne pourrai pas assister à la projection de ''Loulou'', film vu en 1987 ou 88 au ciné-club de l'école, et que j'aimerais tant revoir.)

Indiana Jones et le crâne de cristal

(Vu mardi soir).
A lire ça et là quelques commentaires, j'avais peur de m'ennuyer. C'était moins pire que je ne l'avais craint — mais faible.

Lorsqu'on va voir Indiana Jones, on n'attend pas un film qui fasse référence au fait qu'on va voir un film d'Indiana Jones. On attend de l'action, des dialogues, une certaine gentillesse contrastant avec des dialogues incisifs — et le sourire d'Harrison Ford.




Trois exemples de référence dans la référence:

1/ les couleurs et la lumière
Les couleurs des scènes d'intérieur tournées en bibliothèque ou dans les cafés m'ont paru forcées, presque criardes, comme la couleur des films des années quarante (Autant en emporte le vent, par exemple). D'autre part, ces couleurs étaient trop lumineuses, comme vernies. J'ai ressenti un double malaise : on ne filmait pas une reconstitution de 1957, mais on tentait de filmer une reconstitution de 1957 comme si on était en 1957 (indice: la couleur), cependant en utilisant les produits actuels (indice: le côté vernis des couleurs).
Une maladresse et une erreur se superposent donc.

2/ La musique

Le leitmotiv des films d'Indiana Jones intervient pendant certaines scènes d'action comme un contrepoint ironique: à quoi bon tourner une scène d'action en faisant en sorte de distraire le spectateur de sa frousse et du plaisir du suspense?

3/ Le rappel de l'âge d'Indiana
Une fois, deux fois… A la troisième ce n'est plus drôle et cela devient gênant, presque une incorrection.

Ajoutons à cela quelques faiblesses de scénario et de dialogues, des incohérences (si le magnétisme du crâne était si grand, les voitures auraient-elles pu rouler? A quoi bon nous dire que Mac est un agent double voire triple puisque ce ne sera pas utilisé?), et l'on en conclut que trois, c'était suffisant.

Mais bon, j'aime bien Harrison Ford (et je trouve Cate Blanchett émaciée).


PS: Ben vlà aut' chose!

Iron Man

En regardant ce film, je pensais à cette pub devenue célèbre (la définition sur Youtube est pourrie, mais le chargement est rapide).

Iron Man est le film qu'il faut monter aux enfants (10-15 ans) pour les convaincre de devenir ingénieurs ou chercheurs.

Pour le reste… c'est bien fait, Pepper est très jolie, c'est simpliste comme un Comics mais pas trop manichéen… Enfin bon, il y a d'autres urgences malgré tout.

(On va encore m'engu*** parce que je vais voir n'importe quoi. Ça m'amuse, en fait. On a les provocations qu'on peut (parce qu'après tout, je pourrais ne pas en parler).)

Déformation

Lorsque je regarde les films d'action, je me demande toujours comment les personnages vont expliquer les dégâts à leur compagnie d'assurance.

Au début de Terminator 2, comment le routier va-t-il expliquer le quart de sphère manquant dans la carosserie de son camion? Jamais une assurance n'acceptera de rembourser ça. Et le conducteur de taxi moscovite dont Bourne vole le véhicule dans La mort dans la peau, de quoi va-t-il vivre désormais? Est-ce qu'un conducteur de taxi moscovite est assuré?

3:10 to Yuma

J'aime les westerns. J'aime les westerns à cause de l'âpreté des paysages, la terre jaune et le ciel bleu, entre les deux des chevaux et de la poussière.

Ce n'est pas que 3:10 to Yuma soit vraiment mauvais, mais il donne envie de rire, ce qui n'est pas très bon signe pour un western. Il est plein de bons sentiments, c'est gentil. Il met en scène des conflits moraux (western: fable morale ayant pour objet d'apprendre ou de rappeler aux Américains et au monde le courage, les sacrifices, les compromis, les lâchetés, les saloperies, qui sont à l'origine de ce grand pays, les Etats-Unis d'Amérique (western: équivalent américain des mythes fondateurs grecs (l'intéressant de cette piste, c'est qu'elle fait du cinéma le vecteur principal de la tradition))) avec un peu trop de paroles. C'est un western verbeux.

Il me semble assister à la tarantinisation du western: trop de paroles (mais dans Tarantino, c'est maîtrisé et souvent drôle). Ici, aucune retenue ne vient endiguer la débauche d'explications: nous saurons tout. Les péripéties s'enchaînent, il y en a un peu trop, on frôle l'invraisemblable, le méchant revient toujours, c'est un méchant très complaisant.

Fais-je un contresens? Après tout, le ressort de l'histoire, c'est justement la parole, la capacité du méchant à raconter les mauvaises actions de ceux qui sont du côté de la loi et à faire parler les médiocres. C'est un méchant qui a beaucoup de patience envers la médiocrité, elle le rend indulgent, comme si ne pas être courageux et héroïque vous dispensait d'un certain nombre d'obligations morales. L'un des leitmotiv des dialogues tourne autour de la parole: «tais-toi», «ne lui parle pas», «je ne veux pas vous parler», «je vous interdis de lui parler», etc.

L'une des idées intéressantes du film, ou peut-être l'idée principale, celle qui donne envie de pardonner les maladresses du film (car il est difficile de traiter de la morale, nous en avons fait récemment l'expérience), est l'idée qu'il existerait une pente du Bien comme il existe une pente du Mal. Ainsi l'explique le méchant: «C'est pour cela qu'il ne faut jamais faire une bonne action: un acte en appelle un autre et on se retrouve du côté de l'honnêteté (decency).» «On fait une bonne action et on se prend pour le Christ». (Et cette phrase est peut-être la clé de l'invraisemblable fin du film: il s'agit bel et bien d'une conversion.)


Ben Foster est étonnant ainsi que dans une moindre mesure Russel Crowe et Christian Bale.
J'ai rarement vu des acteurs monter aussi mal à cheval. C'est le genre de détail qui montre qu'on a changé de génération d'acteurs.
Les images à la lueur de lampes à pétrole ou de feu de camp sont dorées, très belles.
Il reste à voir la première version du film. Je suis curieuse de comparer les fins — et le traitement de la parole.

No country for old men

Attention, spoiler.

J'étais un peu inquiète en allant voir ce film, à cause de Slothorp qui le qualifie de raté, tout en qualifiant Miller's crossing de chef d'œuvre, ce qui m'amène à penser que nous avons quelques jugements communs.

Depuis Fargo, j'ai coutume de dire que les frères Coen adorent l'Amérique mais détestent les Américains. Depuis Fargo, je distingue les films "d'intérieur" et les films de paysage, et dans les films de paysage, je regarde la quantité de ciel cadré dans les images. Depuis Fargo, je donne une couleur à chaque film: blanc pour Fargo, bien sûr, jaune pour O'brother, rose et bleu pour Intolerable cruauté, noir pour Lady killers. No country for old men est jaune et ocre et brun, de la couleur de Duel, avec cette qualité de lumière et de couleurs que je ne connais que chez les frères Coen, extrêmement nette et brillante.

Il y a deux choses que j'aime chez les frères Coen: leur art de la stylisation et leur faculté d'accélération une fois qu'ils estiment que le spectateur a compris les lois internes au film. Par exemple, les meurtres (l'acte de tuer) filmés avec précision au début disparaissent peu à peu de l'écran, ils ne restent que les cadavres, puis les cadavres eux-mêmes disparaissent, il ne reste que le sang ou l'absence de sang (sur les semelles). La première fois que le tueur est blessé, nous assistons à la façon dont il se soigne, la seconde fois il s'éloigne en clopinant. On sait. Il est devenu inutile de voir. Plus le film avance, moins il donne d'images, au spectateur de combler les trous, de trouver les liens logiques, de franchir les abîmes, et tout cela provoque et accentue l'impression d'inéluctable: rien ne pouvait se passer autrement, la preuve, nous devinons ce qui s'est passé sans même qu'on nous le montre.

Cependant, cependant… Ce qui est déstabilisant dans ce film, c'est qu'il y a deux cadres qui se chevauchent de guingois: un qui encadre le shérif, l'autre qui encadre l'histoire du cow-boy et du tueur. Cette seconde histoire obéit à peu près aux règles des films qui contreviennent aux archétypes (le méchant très méchant s'en sort, le gentil non), elle est filmée selon les principes de stylisation et d'accélération évoqués plus haut.
L'autre cadre est beaucoup plus étrange. Autour du shérif, le temps ralentit. Le shérif remonte aux sources. Le film commence sur son monologue, le shérif raconte l'histoire de son père qui était déjà shérif sur cette terre, dans ce pays. Il se termine encore par un monologue du shérif, qui parle encore de son père. Le shérif a abandonné, il a vu trop de morts, il y a trop peu de sens dans tout cela, et on (il) ne peut protéger personne. Il ne veut plus de cette impuissance, il rentre chez lui, il devient inutile, même sa femme ne veut pas de son aide (— Tu veux un coup de main? — Franchement, je préfère pas.), il est désœuvré, il s'est volontairement désœuvré, ce qui lui est finalement aussi insupportable que son ancien métier: faire ou ne pas faire, les deux sont insupportables. Abandonner n'est pas un choix. Le seul choix, c'est de continuer. Ce n'est donc pas véritablement un choix non plus.

Est-ce cela qui serait "raté"? Etait-ce une mauvaise idée d'entourer un film mi-policier, mi-western, mi-film gore, mi road movie, d'une bordure nostalgique, presque désespérée?
Le spectateur américain repère du premier coup d'?il que l'action se déroule dans les années 70. Aux autres on donne quelques indications: la Ford est de 1977, la télé est en noir et blanc. Il m'a fallu du temps pour me rendre compte de ce brouillage, le même que celui de La Grande Illusion (par exemple): ce film censé nous montrer une histoire des années 70 nous montre avant tout l'époque à laquelle il est tourné: abandonner n'est pas un choix possible, il faut continuer.
J'ai eu l'impression d'avoir vu un film politique, un film qui serait pour l'époque actuelle l'équivalent des films de l'époque de la guerre du Vietnam, mais avec un message inverse. Est-ce que j'ai trop d'imagination?

Le chantage

Il était évident qu'un film avec Pierce Brosnan n'ayant fait l'objet d'aucun affichage et passant dès sa sortie à l'UGC Orient-express serait un navet.
Malgré tout, voulant comme souvent donner sa chance à une cause perdue, nous allâmes voir ce film, qui est bien un navet, et dont le seul intérêt serait à la rigueur d'illustrer l'écart entre la France et l'Amérique par rapport à l'adultère.
Comme dirait en sortant une dame hilare d'une soixantaine d'années en forme de tonneau et aux cheveux oranges: « S'il fallait faire tout ça à chaque histoire de fesses ! »
Tout le monde riait en sortant, soulagé que cela soit fini, ce faux suspens, cette histoire décousue...
Et toujours cette même question: que faudrait-il changer pour que cela fasse un film potable ? Couper, déjà, beaucoup couper. Et ensuite ?

Il reste que la carrière d'acteur me paraît bien aléatoire: elle dépend beaucoup des réalisateurs avec lesquels on travaille. Pierce Brosnan, Sharon Stone, pourquoi sont-ils des stars? On les aime davantage pour leur beauté, leur sourire, leur silence ou leur présence devant les objectifs des photographes que pour leurs films.

Blade Runner

Blade Runner une fois encore, au cinéma. Première version, sans voix off (me dit H., je ne me souvenais plus de la voix off) ni la fin trop claire mais consolante de la version de 1992. Première version de 1982 que je préfère.

Je n'arrive pas à me souvenir de la première fois que j'ai vu ce film. Est-ce avant que je lise des BD de science-fiction et de la science-fiction? Quoi qu'il en soit, toutes mes lectures sont imprégnées de cette atmosphère lumineuse et sombre, poudrée, désespérée.

Il y avait deux personnages féminins qui faisaient fanstamer les garçons de mon âge à vingt ans : la princesse Leïa (entre ceux qui avaient clairement vu qu'elle ne portait pas de soutien-gorge sous sa robe blanche lors de sa première apparition dans La Guerre des étoiles et ceux qui voulaient revoir la scène pour vérifier ce point) et Rachel, l'androïde glaciale et désemparée de Blade Runner. Lorsqu'ils parlaient de Rachel, il était évident que rêver et bander devenaient strictement équivalent, je n'ai jamais compris pourquoi. Que pouvait bien avoir Rachel qui les séduise à ce point? En y réfléchissant davantage, il me semblait que c'était plutôt ce qu'elle n'avait pas et c'était inquiétant et triste, donc j'évitais d'y réfléchir.
J'ai dans mes armoires quelques tenues directement inspirées de Rachel, taille serrée et épaules exagérément marquées.

Les fois précédentes, j'avais surtout été marquée par la poignante mélancolie de l'histoire, le destin sans issue, la stricte lecture d'une vie humaine à travers celle des robots.
Cette fois-ci j'ai été davantage frappée par la construction rigoureuse, pratiquement découpée en chapitre, et la rapidité, l'efficacité du récit, par la fierté des créateurs, qui ne peuvent concevoir que leurs créatures/création puissent être dangereuses, par l'effacement des différences entre les hommes et les androïdes, parachevé par le dernier geste de Roy Batty, devenu capable de miséricorde. Les décors dont il est devenu si courant de se moquer m'ont paru très beaux, très cohérents et très Jules Verne : voilà un futur qui ressemble à ce qu'on imaginait en 1880, voilà un futur antérieur, avec des photographies sépia, un piano, des livres derrière le canapé.
Il est difficile d'imaginer un futur plus présent, ou même déjà passé, originel: est-ce cela qui fait le charme de ce film? Ou est-ce l'importance centrale des souvenirs, ceux que l'on n'a pas si l'on naît androïde, ceux que l'on acquiert au cours d'une vie, androïde ou humaine, («Si tu savais ce qu'ont vu mes yeux, tu ne le croirais pas», «j'ai vu le soleil devant le bouclier d'Orion, …»), perdus à jamais à notre mort?

Quelques nouvelles

  • regardé Divine mais dangereuse pour expliquer à C. l'association d'idée qui avait mené au déguisement pour les quarante ans de O.
  • regardé 7 jours et une vie, sur la lancée. Edward Burns reste l'un des plus beaux acteurs actuels, étrange qu'on ne le voit pas davantage.
  • regardé Un jour sans fin pour la x-ième fois. Que d'efforts pour une journée parfaite.

Oui, j'ai fait le pont.

Attaqué le classement des papiers accumulés depuis deux ans dans un carton ayant contenu des oreillers. 60 x 50 x 35 cm de papiers. Retrouvé la carte de Ch. datant de janvier dernier, et donc l'adresse pour lui écrire.

Coup de fil de mon garagiste qui a trouvé le billet que je lui ai consacré. C'est embarrassant. Il nous a donné l'adresse du garage où il travaille désormais.

Malade. C'est pénible. (Retrouvé en triant et classant mon attestation de carte vitale. Elle est périmée).

Pourquoi Lugano

Depuis qu'H. avait vu Shine, il rêvait d'entendre David Helfgott. Il a donc entièrement organisé ces vacances autour du concert de ce soir.
Personnellement, je trouve le film très agaçant dans son parti-pris émotionnel; quant à David Helfgott, si je trouvais amusant l'idée de l'entendre en concert (toujours cette tentative de donner corps à la fiction), j'étais méfiante : allait-on écouter un pianiste ou voir un animal de foire, il y avait là quelque chose d'ambigu qui me mettait mal à l'aise. Sans doute est-ce d'ailleurs pour cela qu'il n'y avait aucune publicité pour ce concert dans les rues de Lugano.

Ce fut merveilleux.
David Helfgott est entré en scène en chemise chinoise en soie rouge vif, d'une démarche sautillante, s'est approché du bord de la scène, a voulu serrer la main de quelques spectateurs au premier rang; mon cœur s'est serré, ça y est le cirque commence, ai-je pensé.
Il s'est assis et a commencé à jouer aussitôt, sans attendre que la salle s'apaise.
Il joue totalement tassé sur son tabouret, bossu, il me fait penser à Gould, et il parle en continu. Il ne chante pas, non, il parle, il marmonne la tête tournée, on ne comprend pas exactement ce qu'il fait, avec qui il poursuit cette conversation invisible à droite du piano, cela fait comme un bourdement d'abeille au-dessus du torrent de musique, c'est étrange mais pas désagréable, on se croirait en été. On ne comprend pas bien d'où vient la musique, il semble jouer par imposition des mains, les doigts le plus souvent tendus, longs au-dessus des touches. Il adopte des tempos très rapides mais il prend tout son temps, ses interventions au-dessus des touches ressemblent à des mouvements de pinceau, comme un peintre qui reculerait avant de décider d'ajouter un peu de jaune ou de vert, et c'est gai, vivant, incroyablement chaleureux.
Au début du deuxième morceau, il s'arrête après une ou deux mesures. "Ça y est, quelque chose le dérange, il veut recommencer", pensai-je. Pas du tout, Helfgott, de sa façon évidente, marque un silence, puis continue sa ballade. Au milieu de la sonate Waldstein, il soupire avec conviction, genre "voilà, c'est fait", avec tant de naturel que la salle rit à mi-voix, et je sens que la tension qui règnait, et dont je n'étais pas consciente, s'est totalement évaporée.
A la fin de chaque morceau il se lève très vite, tend les pouces vers le haut, serre des mains au premier rang (les enfants de la salle vont peu à peu, de morceau en morceau, oser venir, pour serrer ces mains), puis se rassoit et recommence à jouer aussitôt et très vite, sans attendre le silence, dans l'urgence, en marquant toujours magnifiquement les silences, les nuances, les contrastes.
Il y aura quatre rappels. La salle s'est retenue, on voyait bien qu'il aurait pu jouer toute la nuit, et cela nous aurait fait plaisir. Mais cela n'aurait été ni très raisonnable ni très gentil.

Quelques questions de traduction

Je pourrais difficilement donner mon avis sur Max Dixon détective car j'ai dormi la plupart du temps (ce qui peut paraître déjà un jugement, mais pas tout à fait: je dors si facilement).
C'est un film d'atmosphère plus que d'action, un film où les remords du héros sont attisés par l'amour. J'ai vu un gros plan de chaussures, des genoux, j'ai pensé à Crime et châtiments, et je me suis endormie.
Une question demeure: comment Where the sidewalk ends est-il devenu Max Dixon détective? Voilà une façon radicale de résoudre les difficultés!
Ce titre résume très bien le film, qui commence par un gros plan sur des jambes qui marchent sur un trottoir mouillé avant d'enjamber un caniveau qui déborde: ce "ends" représente-t-il une fin ou un commencement (là où se termine le chemin ou là où mène le chemin)? Le "sidewalk" (trottoir? inutilisable en français, trop connoté) est sans doute à la fois les actes (mauvais) et les tourments de conscience du héros. Le titre indiquerait donc une libération à la fin du film (la fin du chemin tortueux), mais également que ce chemin torturé et cette conduite peu recommandable étaient le moyen d'arriver au bonheur, ce qui est plus ambigu.

Autre bizarrerie, La cinquième victime (1955) est la traduction de While the city sleeps. L'explication est plus simple: Quand la ville dort avait servi à traduire The Alsphat Jungle en 1950.
Je n'ai pas fait assez attention, je ne compte pas cinq victimes, mais trois, quatre en comptant la tentative de meurtre...
Je pensais le film des années 30 jusqu'à ce que Gvgvsse me détrompe: il aurait relevé d'une parfaite esthétique pour un film des années 30, établissant un archétype du genre; pour un film des années 50 il est trop parfait, il devient un pastiche de lui-même, un Cadavres ne portent pas de costard avant l'heure (les indices si faciles à décrypter, l'un des trois personnages importants du journal, amant de la femme du patron, habitant comme par hasard sur le même palier que la secrétaire fiancée au journaliste héros de l'histoire...).
Gvgvsse n'a pas aimé, trop artificiel, je suis sortie de la séance plus hésitante: que venais-je de voir? Pas un film policier, si j'osais l'anachronisme, je dirais presque «un film sur la vie en entreprise», la lutte entre trois employés modèles manipulés par un nouveau patron incompétent, trois employés trop aveuglés par le goût du pouvoir pour songer à s'unir et faire front. Le manque d'ambition du héros lui sera reproché dès les premières images, heureusement, sa fiancée sera ambitieuse pour deux. Les femmes sont très ambitieuses, dans ce film, et parviennent plus ou moins à leurs fins — sauf la femme infidèle, on ne badine pas avec la morale.


Dimanche, j'ai ouvert Les films de ma vie, de François Truffaut. Ses remarques m'ont surprise, elles ne sont pas fausses mais elle me paraissent outrées. Tirer de ce film une analyse de la dureté de Fritz Lang après l'épreuve du nazisme... cela me dépasse un peu.

While the city sleeps nous montre les faits et gestes d'une dizaine de personnages qui gravitent autour d'un grand journal. Le directeur brusquement décédé, son fils, snob dégénéré et incompétent offre le poste à celui des trois candidats qui découvrira un étrangleur de jeunes femmes que Fritz Lang, qui cette fois rejette l'énigme policière, nous présente avant même, en pleine activité. Ce qui est passionnant dans ce film, c'est le regard de Lang sur ses personnages: une dureté extrême, tous sont damnés! Rien de moins mièvre et de moins sentimental, rien de plus cruel qu'une scène d'amour dirigée par Fritz Lang. [...]
Fritz Lang multiplie les notations féroces sur chacun des personnages non dans un but satirique ou parodique mais par pessimisme. De tous les cinéastes allemands qui fuirent le nazisme en 1932, il est celui qui ne s'en «remettra» jamais, d'autant que l'Amérique, qui l'a cependant accueilli, semble lui répugner.

François Truffaut, Les films de ma vie, p.92

Hairspray

Walt Disney au pays de Happy days, un pastiche à regarder au premier degré, pour la danse, le plaisir, le message (intégrons-nous! vivent les différences! arrêtons le racisme, tous les racismes, anti-noirs, anti-gros!), pour voir Travolta minauder avec ses petits yeux bleus enfoncés dans la graisse, pour voir Travolta repasser sur une table bien trop basse (il va se niquer le dos), pour voir Michelle Pfeiffer vamper Christopher Walken nul en géométrie, pour écouter des dialogues trop géniaux («une vie sans amour, c'est comme ma mère au régime»), pour attendre tout un film que Travolta se mette à danser...

C'est kitsch, c'est chaleureux, c'est gai, c'est n'importe quoi, ça dégouline de bons sentiments, ça fait plaisir.

Michelle Pfeiffer est une magnifique méchante, mais il faut dire que c'est sans doute le seul vrai rôle du film.

La Grande Illusion

Le cinéma Racine présente cet été un festival des "films maudits". C'est ainsi que nous nous retrouvâmes hier soir devant La Grande Illusion, sans trop savoir ce que c'était, faisant confiance au nom de Renoir.

C'est un film terriblement émouvant, moins à cause de lui-même qu'à cause de tout ce que nous savons qui attendait la France et l'Allemagne deux ans plus tard. C'est le témoin d'une époque à jamais révolue, celle où l'on pouvait encore concevoir une guerre en gants blancs, celle où l'on pouvait imaginer des prisonniers danser le french-cancan et manger du foie gras.
En 1937 ce film devait permettre de croire à la paix, de se convaincre que toute paix valait mieux que la guerre, que les hommes comme la nature se ressemblaient partout et se moquaient bien des frontières (cf. l'une des répliques de la fin); en 2007 il permet de constater qu'on n'y croit plus, que la guerre semble une malédiction permanente, toujours à l'œuvre dans quelques points du globe, et qu'elle est animée par une haine viscérale qui empêche le respect de l'adversaire tel celui mis en scène par Jean Renoir: la grande illusion, c'est finalement celle-ci, avoir cru à une dignité de la guerre.
Si le film ne tombe pas dans le cliché sentimental, c'est que sous l'apparente simplicité du propos le dilemme représenté est tragique, au sens classique du terme: confrontation de deux absolus, "les hommes sont frères" et "le devoir est le devoir", avec l'éternelle hiérarchie selon les sexes: la femme peut choisir la fraternité contre le devoir, l'homme doit choisir le devoir contre la fraternité.

«Des enfants qui jouent aux soldats, des soldats qui jouent comme des enfants»: si le film est si drôle, si l'on rit si souvent, c'est que l'enfance, l'esprit de l'enfance, affleure chez les soldats. Si la guerre est un sujet sérieux, si l'on risque la mort, alors il est important de ne pas la prendre au sérieux, et je pensais au Caporal épinglé, à Exobiographie, à L'épopée du Normandie-Niémen, tous livres évoquant la deuxième guerre mondiale eux aussi dans cet esprit léger, ce refus d'être sérieux.

J'aime particulièrement dans ce film son art de l'ellipse, son exigence de ne jamais rien montrer qu'on ait deviné: dès que le spectateur a compris ce que devraient être les images suivantes, la séquence est terminée, l'image fond, on passe à la suite. Il n'y a pas d'image inutile.


Dans les petits plaisirs, Carette chantant «Si tu veux faire mon bonheur, Marguerite...».
(Une recherche m'a amenée sur cet étonnant blog.)

Les Misfits

Hier soir.
John Huston, Clark Gable, Marilyn Monroe, Montgomery Cliff

N'ayant vu que les comédies de Marilyn Monroe, je ne m'attendais pas à une telle claque. A travers la rencontre de trois hommes et une femme, nous assistons à la fin de l'époque de la conquête de l'Ouest, au douloureux passage, pour les hommes qui vivaient selon ses codes, aux codes d'une civilisation moins violente, plus policée, moins libre aussi. C'est la conversion du chasseur en agriculteur, de l'homme renonçant librement à une vie indépendante pour accepter les contraintes de la société, c'est-à-dire une famille, par amour d'une femme mais aussi d'un pays, de sa terre et de sa faune. Ce film m'a paru appartenir à la lignée des John Steinbeck (Les raisins de la colère) et c'est sans surprise que j'ai découvert ensuite qu'il était écrit par Arthur Miller: il est proche de Mort d'un commis voyageur. C'est la fin d'une époque résumée dans ces quelques paroles, lorsque les hommes s'apprêtent à aller chasser des mustangs sauvages: «Avant, on les offrait aux gosses à Noël, les gosses aimaient cela. Maintenant ils préfèrent les scooters».

Le visage de Marilyn Monroe diffuse toujours son extraordinaire douceur, cette qualité enfantine qui tout à la fois console et donne envie de la protéger. John Huston se moque d'ailleurs un peu des hommes dans les premières minutes du film qui montrent la voiture cabossée de Marilyn: les hommes provoquent des accrochages afin d'engager la conversation avec elle.
Lorsqu'on connaît un peu la biographie de Marilyn, les scènes et les dialogues qui mettent en place son personnage, Roslyn Taber, jeune divorcée, serrent le cœur, on a l'impression poignante qu'elle raconte sa propre vie. Comment être moins seule, où trouver un homme qui ne soit pas obnubilé par lui-même et le désir de la posséder, mais qui soit capable de s'ouvrir et de partager une vie, la vie? Et comment y croire quand cet homme semble se présenter?

Le film est extrêmement ramassé, concis, il donne tous les renseignements nécessaires à la suite de l'action sans jamais insister, par une suite de rimes visuelles ou dialoguées (par exemple, des photos de Roslyn danseuse de cabaret sont montrées une dizaine de secondes, de façon anecdotique mais inmanquable, ce qui permet à la fois d'attiser le désir du garagiste et de préparer l'un des dialogues cruciaux de la fin, quand Clark Gable fait remarquer à Roslyn qu'il ne l'a pas méprisée malgré cette profession, mais toujours admirée).
La construction est très précise, privilégiant les plans poitrine, insistant sur les visages, faisant monter insensiblement la tension qui devient insoutenable lors de la capture des mustangs, ces derniers êtres libres sur la terre américaine.

Les Simpson

Mardi, à Blois, 14 heures.
C'est très drôle, la caricature est violente, les clins d'œil incessants, mais ce n'est décidément pas mon genre d'humour, sans que je saisisse exactement pourquoi: trop sytstématique, sans doute, pas assez ambigu. J'aime les dialogues et les situations qui permettent les interprétations multiples.

Les femmes et l'homme bon et croyant sont les seuls à ne pas être tournés en ridicule : s'agit-il d'une profession de foi du réalisateur? Je vois là en tout cas une signature très américaine: en Europe, le bon sens féminin ne serait pas ainsi mis en valeur (le bon sens ET l'indulgence, une indulgence qui confine à la bêtise: le féminisme, ou plutôt la féminophilie, de ce film m'étonne vraiment beaucoup) et l'homme croyant serait obligatoirement étroit et borné, afin de démontrer l'hypocrisie de tout esprit religieux.

Ce décryptage du monde est, comment dire, du faux second degré: les dénonciations sont claires, le message profondément gentil.
Je suis peut-être trop cynique pour les Simpson.

Mais qu'a donc fait Tom Hanks? Il faudra que je fasse une recherche Google dès que j'aurai de nouveau une connexion internet (je poste d'un cybercafé).

Tout cela ne m'empêche pas d'avoir beaucoup ri et de chantonner désormais «Spider-cochon, spider-cochon, il peut marcher au plafond...»

Eve

Mercredi soir.
Retour au Parc de la Villette, pour la première soirée chaude de l'été. Je me suis tant dépêchée pour tâcher d'être à l'heure (mission accomplie) que je suis en nage. Je me déchausse, l'herbe est incroyablement douce, ils ont bien raison de recommander qu'on n'écrase pas ses mégots dedans. (Mais alors, où les écraser?)
Comme d'habitude j'ai mon kit de survie, chaussettes, écharpe, ponchon. La première fois, il y a bien longtemps, que je suis venue à La Villette, j'avais refusé présomptueusement la couverture proposée avec la chaise longue: il faisait beau, au diable la couverture! Trois heures plus tard, transie, je comprenais pourquoi on proposait une couverture avec la chaise longue (l'un de mes regrets est de ne pas être allée à La Villette l'été de la canicule, en 2003 : on devait être bien).

Le problème d'un film comme Ève, c'est que même sans l'avoir jamais vu, on en a tant entendu parler qu'on sait déjà certaines choses, et cela empêche de douter autant qu'on devrait douter: Ève est-elle vampirique, ou est-ce Margo qui est paranoïaque? Karen, la meilleure amie de Margo, semble bel et bien penser que celle-ci mérite une leçon, ce qui innocente Ève un moment aux yeux des spectateurs.

J'ai trouvé au visage d'Anne Baxter quelque chose du visage de Joan Fontaine dans Lettre d'une inconnue. J'ai été amusée de constater que Marylin Monroe jouait pratiquement son propre rôle, celui d'une starlette prête à tout pour réussir (ce qui est d'ailleurs la condition du succès, est-ce Margo ou DeWitt qui l'affirme dès le début du film? les acteurs sont des êtres anormaux car ils sont prêts à tout pour leur carrière, leur carrière est la seule chose qui compte réellement pour eux, et c'est cette phrase qui est illustrée tout au long du film.)

Est-ce une évolution courante ou cela m'est-il propre? Swann reconnaissait des personnages de tableaux dans les visages autour de lui; je reconnais mon entourage dans les personnages de romans ou les films: le héros d'Un jour sans fin c'est Frédéric, la photo de Grossman dans Carnets de guerre me rappelle Patrick, l'homme du souterrain, c'est X., Ève, c'est Anne, la collègue que je suis bien heureuse d'avoir quittée...

Le jardin des Finzi-Contini

Ce soir (hier soir) un coup de Vélib pour aller voir Le jardin des Finzi-Contini à Saint-Germain-des-Prés.

Evidemment, mon attente était particulière, j'allais à la rencontre d'une référence. Je n'ai pas été déçue, les images fournies par le film correspondaient au décor que j'avais mis en place.

La lumière de ce film est poudrée, elle auréole les choses et les visages. L'adaptation est très fidèle, on retrouve les moments importants, les détails, aussi (Yor, le nom des arbres, la fille de la fête foraine, le scandale dans la salle de cinéma...).
Le film est plus explicite que le roman sur bien des points, à la fois concernant la vie des héros et les événements historiques.

Des paysages, des rues, les arbres l'été et les arbres dans la neige, des visages, les chandails blancs qui ouvrent le film, Giorgio et Micol portant seuls des tenues assorties, blanc rehaussé de rouge, le regard de la petite fille dans les flash-back, les relations de chacun avec tous qui se distendent, le château qui s'éloigne dans le rétroviseur,...

Un film lent, sans impatience et sans concession. Je me demande ce qu'on en pense quand on ne connaît pas le livre.

Affreux, sales et méchants

Parc de la Villette, mardi 24 juillet.

A la fin de la projection, j'ai réalisé que cela faisait longtemps que je n'avais pas vu un vrai film, un film qui ne soit ni gentil, ni joli, ni d'action, ni..., un film qui ne soit pas là pour faire plaisir, au réalisateur ou au spectateur, un film qui appartienne à tout ce qu'on veut sauf à la catégorie divertissement.

J'ai trouvé une critique avec laquelle je suis globalement d'accord, je la mets donc en lien ce qui m'évite de la paraphraser en la dénaturant: ici.

Le titre dit toute la vérité: les personnages sont affreux, sales et méchants. Que fait un spectateur confronté à des personnages affreux, sales et méchants? Il ne peut pas s'apitoyer (ils sont méchants), il ne peut pas condamner (la société ne leur a pas fait de cadeau, ils ne sont pas totalement responsables), il ne peut pas s'identifier (nous ne vivons pas dans des bidonvilles, nous qui allons au cinéma).
Alors le spectateur regarde, il écoute, il comprend parfois et partage quelques réactions, il rit, il est pétrifié d'horreur, il n'entrevoit pas vraiment d'avenir, le temps est immobile, dans la crasse et la lubricité.

Ce film tient magiquement en équilibre, il ne cherche pas à démontrer, il se contente de montrer. La misère, la crasse, la méchanceté, provoquent un sentiment de malaise et ce malaise se double d'un autre, celui de se rendre compte qu'on a envie de rire, qu'on rit, devant tant de bêtise, de roublardise, de ruse, d'obscénité comique dans son insistance. On voudrait croire qu'il s'agit d'une farce, d'une caricature, mais l'accumulation de détails, "de petits faits vrais", éloigne cette explication rassurante: il s'agit bien d'une vie possible. La mise en fiction est d'ailleurs minimale, tout le début du film n'est qu'une succession d'actes quotidiens qui ne constituent pas un récit, simplement la vie qui passe, puis prennent forme quelques anecdotes, quelques scènes, car il faut bien raconter quelque chose: la rencontre de Sybelle, le baptême, la vieille qui touche sa pension, la tentative d'assassinat, autant de scènes qui ne mènent nulle part.
La dernière scène se clôt sur la première, il n'y a pas d'issue, et la fillette du début, maintenant enceinte, vient prendre sa place dans le cirque infernal.

Punk is not ded

À midi, au cinéma rue Pasquier.

J’ai enfin vu Persépolis. À lire les critiques ça et là sur différents blogs, je savais que c’était un bon film, je ne pensais pas le trouver si drôle et si émouvant. Je n’imaginais pas dire un jour de la musique d’Iron Maiden qu'elle constitue un fond sonore approprié à certaines images.

Commençons par le plus rébarbatif : à travers un récit familiale, c’est un cours d’histoire, très simple, l’histoire telle qu’on la vit et non telle qu’on la comprend des années plus tard, de loin, expliquant d’une phrase le rôle déstabilisateur de la Grande-Bretagne après la seconde guerre mondiale, et plus tard celui de la CIA, luttant à tous prix, y compris le sort des populations locales, contre l’influence communiste. Il montre l’oppression au jour le jour, quand l’acte le plus simple aussi bien que les convictions les plus affirmées peuvent conduire à la prison, à la torture et à la mort.

Le dessin est beau, plein d’inventions, sachant prendre des accents orientaux pour raconter l’avènement du père du shah, faussement naïf et simpliste quand il schématise la ligne des voitures ou des immeubles la nuit, tendre quand il souligne le flottement des foulards dans le vent, pudique mais explicite quand il montre ou suggère la mort, ironique dans ses détails. Dieu a de beaux yeux et une belle barbe mais il est dépassé par la situation (il paraît d’ailleurs un peu las lors de sa dernière apparition).

Les dialogues sont drôles, à l’image de ce qui a fait le renom de Marjane Satrapi, toute déclaration un peu solennelle ou utopique étant suivie d’un contrepoint réaliste qui fait rire, ou plus tard, Marjane grandissant, pleurer, par sa justesse et son décalage : la réalité n’est pas une idée, c’est la réalité.
La vacuité des adolescents nihilistes/anarchistes viennois est égratignée, sans appuyer, mais aussi l’inconscience de Marjane capable d’accuser un passant pour se débarrasser de la police. Le rôle des pays occidentaux est dénoncé en passant, sans insister, comme un fait, et non comme un sujet de débats ou de propagande.
C’est un film qui montre sans démontrer, un récit qui rend hommage à un pays et une grand-mère disparue. C’est avant tout une histoire familiale racontée de façon tonique, un témoignage qui vise le particulier, et l’accuser de ne pas être assez politique (je crois que certains l’ont fait), c’est sans doute le juger sur un critère non pertinent ici.


Et je me rappelle mon amie de lycée aînée de quatre filles, dont le père psychiatre avait fuit le régime iranien, qui me racontait comment sa mère, devant produire une photo d’identité où ses cheveux n’apparaîtraient pas et n’ayant rien d’autre sous la main, s’était fait photographier une bombe d’équitation sur la tête.

Cavafy (le film)

Mardi midi.
Le programme du cinéma Accatonne sera valable jusqu'au 21 août. J'ai l'impression d'une liste sortie tout droit du Journal de Travers: Oscar Wilde, Goya, Absolute Wilson, La vierge des tueurs, Pier Paolo Pasolini (dont Salo ou les 120 jours de Sodome), Le cri et La Notte.

En entrant dans la salle, je ressens la même impression que la semaine dernière en allant voir Wittgenstein: il n'y a qu'une poignée de spectateurs, ce qui me ramène au premier film que j'ai vu ainsi à Paris, en 1985. J'étais allée voir Les Fraises sauvages dans le grand cinéma de la place Saint-Sulpice (aujourd'hui disparu), il était 14 heures en semaine, j'étais seule et persuadée que pour cette raison la séance allait être annulée.
Chaque fois que j'entre dans un cinéma presque vide, je ressens le même soulagement et la même gratitude: la séance aura quand même lieu.

Le film commence par la lecture d'un poème de Cavafy (Londres, 1950) puis il s'enracine dans la journée du 29 avril 1933. Cavafy est à l'hôpital, il mourra ce jour-là, à la fin du film.
Les images sont belles, le dialogue rare. Des ruines, des jeunes hommes, turcs ou arabes, leur regard, leur peau nue luisante de sueur, des costumes que j'associe aux colonies anglaises, clairs, élégants, on dirait un film sur mesure pour camusiens, à cela près qu'il traîne en longueur, que la musique est beaucoup trop présente, et qu'au bout de vingt minutes, on s'ennuie.
Ma plus grande déception vient sans doute de ce que les poèmes lus ne sont pas ceux que j'aurais choisis.
Il s'agit d'un film nostalgique montrant la fin d'un monde, un de ces films à la Gone with the wind comme Le jardin des Finzi-Contini, Guerre et paix, Out of Africa,... Les couleurs sont chaudes et dorées, elles pourraient être sépia.

Un film à voir une fois, sans doute, pour mémoriser facilement quelques dates et une chronologie:
- 29 avril 1863 : naissance à Alexandrie ;
- les Arabes attaquent les magasins, la famille fuit ;
- 1882 : Constantinople (la mer au soleil couchant);
- retour à Alexandrie, la famille est ruinée, Cavafy est embauché dans l'administration de régulation des eaux du Nil, il y travaillera trente-trois ans ;
- 1901 : premier voyage en Grèce (les ruines ocres et blanches) ;
- 1903 : second voyage en Grèce...

Raisons d'Etat

Je réussis samedi matin à me lever plus tôt qu'en semaine avec pour objectif la séance de 9h10 aux Halles. Je laisse la voiture gare de Lyon, prend la rue Roland Barthes toujours aussi rêveuse (quelle douceur de savoir que cette rue n'est pas destinée aux voitures), tous les vélos sont au rouge, je vais à la station suivante (c'est facile, c'est ce que j'ai fait la veille), deux types de la maintenance sont perplexes devant la carte de la borne: visiblement ils ont pour mission de réparer une station de vélos, mais ils ne savent pas très bien laquelle, et ils ne savent pas lire une carte. J'essaie de leur indiquer comment aller rue Roland Barthes mais ça ne leur convient pas à cause des sens interdits, je leur fait remarquer qu'ils pourraient y aller à pied, cela semble les épouvanter.

Les Halles, une place pour rendre mon vélo presque en face de l'appartement de Zvezdo, le film, pas le temps de boire un café.

Raisons d'Etat est un beau film, un film long et lent, durant lequel on ne s'ennuie pas. Il couvre une durée de six à sept jours, du 19 au 26 avril 1961 (de mémoire, soit les jours qui suivent le débarquement de la Baie des Cochons : quelqu'un a trahi, qui est-ce?
C'est l'occasion de divers flash-back qui permettent de retracer la vie du héros Edward Wilson.
C'est un film mélancolique, sans pathos, très sobre. La question est classique, qu'est-ce qu'être loyal dans un monde de mensonges? Comment ne pas trahir son pays, comment ne pas se trahir?

Peut-être un peu trop de gros plans, peut-être un peu trop de violons par moments, mais des scènes magnifiques, comme celle du lacet, par exemple.
Ai-je rêvé, ou Matt Damon se tasse au fur à mesure du film?
C'est un film très WASP. Un vieil Italien demande à Edward Wilson: «Nous avons la famille et la religion, les juifs ont leurs traditions, même les niggers ont leur musique, qu'est-ce que vous avez, vous? — Nous, nous avons les Etats-Unis d'Amérique, les autres ne font que passer» (are only visitors), répond Wilson.

Je n'ai pas compris les quelques critiques que j'ai lues ça et là avant de voir le film, notamment que cela donnait une mauvaise image de la CIA — cela n'en donne qu'une image humaine — et que le héros se renfermait de plus en plus: il ne me semble pas qu'il soit davantage renfermé à la fin qu'au début. L'Histoire broie les individus, voilà tout.


En sortant, je reprends un vélo, je passe sous l'appartement de Zvezdo et je vais rejoindre Tlön pour continuer nos gender studies. (Il a ses habitudes dans un restaurant où la serveuse est très jolie et très souriante).
Tlön, très classe, a son propre vélo, et pas un vélo de prolétaire qu'on partage (non mais quelle horreur!).

Wittgenstein (le film)

Vendredi, j'abandonne ma stagiaire d'été à 11h30 pour aller voir Wittgenstein au Reflet.

C'est un film étrange, davantage une série de photos commentées que véritablement un film. Le fond est noir, le décor minimal. Les personnages sont habillés soit de façon classique, morne, universitaire anglais, soit de couleurs vives et excentriques. Il y a même un martien (vert).
C'est un film qui repose sur les dialogues, qui veut montrer l'asociabilité, la soif de perfection, l'isolement mais aussi le désir de solitude de Wittgenstein.

Je m'aperçois que je connaissais déjà sa biographie grâce à L'Amour l'Automne, je connais même davantage d'anecdotes qu'il n'en est montré. Le film m'a permis de mettre les événements dans l'ordre : Vienne, trois frères suicidés, un quatrième manchot (d'où le Concerto pour la main gauche de Ravel), Cambridge, la Norvège, la première guerre mondiale, prisonnier en Italie, le poste d'instituteur, le retour à Cambridge, la découverte de l'homosexualité, le désir de travailler comme ouvrier en URSS, la brouille avec Russell, la fuite en Irlande, le cancer, le retour à Cambridge pour mourir.

C'est à peine un film. Cela a le mérite de baliser le chemin pour de futures lectures.

Exemple de dialogue (de mémoire):
Un élève : Professeur, je ne comprends pas.
W : Pourquoi croyons-nous que le soleil tourne autour de la terre ?
L'élève: parce que c'est ce que nous voyons.
W: Et que verrions-nous si la terre tournait autour du soleil?
L'élève se tait, puis répond: J'ai compris.

Two days in Paris

Ayant décidé ce soir de me coucher tôt, je cherchai un horaire de film acceptable et décidai d'aller voir Two days in Paris, 18h05. Je réservai par internet une place pour l'UGC de Bercy et me rendai aux Halles pour m'étonner de ne pas réussir à récupérer ma place aux bornes. Passons (c'est pénible, ces absences)).
Je me méfiais un peu, j'avais déjà repéré que les critiques de Zvezdo ne correspondaient pas à mon avis (une expérience avec Spiderman III, une autre avec je ne sais plus quoi), cela s'est confirmé: ce qui paraît lui plaire, le côté outrancier "anar-montmartrois" est ce qui me déplaît, la veine bite-chatte-poils-cul n'est pas trop ma tasse de thé.
Mais le reste est excellent, les dialogues sont vifs, on se retrouve perpétuellement entre cliché et réalité, en train d'avoir envie de protester (mais non, les Français ne sont pas comme ça) et de devoir reconnaître qu'on n'est pas si loin d'une certaine vérité. D'ailleurs une phrase du début le dit expressément: «C'est un cliché mais c'est vrai». (Importance du cliché et des clichés, la photographie est omniprésente.) Il y a d'ailleurs un rapport étrange à la vérité dans ce film; même tout à la fin, je ne suis pas sûre que Julie Delpy nous dise, à nous spectateurs, la vérité sur ses amants.
D'autre part, Julie Delpy a visiblement accumulé un lourd contentieux avec les taxis parisiens...
Pas tout à fait d'accord avec la fin (no spoiler, promis), mais je confirme: au bout de deux ans, on ne connaît pas l'autre. Au bout de vingt-et-un non plus, d'ailleurs. (Tant mieux, le contraire serait d'un ennui profond).

Le générique est étonnant, Julie Delpy est partout, montage, dialogue, musique, production, réalisation...

En sortant, pour confirmer une théorie exposée en début de film, je rencontre Matoo qui me parle de téléphones comme j'entendais autrefois les mecs parler de voitures ou d'ordinateurs.

Et maintenant, une glace devant la suite de Sex and the city (saison 1 épisode 2) and then to bed.

Post incomposé

J'en ai marre de Safari, j'ai l'impression que Netvaïbes ("Netvibes", c'est plouc, m'a appris Matoo) le fait planter. Zou, sur Firefox. Il paraît, H. dixit, que c'est tout de même à l'usage (de programmeur) Opéra qui respecte le mieux les normes supposées être suivies (j'adore les posts simili-geek. À propos, ceux qui ont besoin d'être réveillés peuvent aller voir ça).

Je suis en train de mettre de la sauce tomate partout. H. me bourre le frigo de plats micro-ondes avant de partir, parce qu'il sait que dans le cas contraire je vais manger des céréales toute la semaine à tous les repas — c'est gentil à lui d'y penser. Et donc comme il n'y a personne pour me rappeler les règles de la vie en société (il faut beaucoup de formes quand on dîne seul), je peux enfin manger devant mon ordinateur.
Le problème, c'est que ça refroidit vite. Et puis ce n'est pas très pratique.

Enfin bon, ce serait le bonheur si je n'avais pas si mal à la nuque. C'est la faute à Bruce Willis, ses films sont vraiment fatigants. Il faut qu'il arrête de boire, ses yeux se pochent de plus en plus. Ou alors il utilise la chirurgie esthétique à l'envers: il se les fait pocher pour avoir l'air intéressant (au fait, il paraît qu'Indiana Jones IV est en préparation). J'ai changé de portable aujourd'hui (l'ancien, c'était ça, je l'aurais bien gardé encore un peu, j'aime les dinosaures, mais il commençait à bugguer trop souvent. Dommage), et je pense que si j'apprends à me servir du nouveau un jour, je devrais moi aussi pouvoir hacker la Maison blanche.
Je retiens que pour survivre, il faut dans la plupart des cas rester dans sa voiture, et qu'il ne faut pas jeter sa vieille CB. Sinon... rien à faire, les réalisateurs des Die Hard ne croient pas au terrorisme idéologique, la motivation des terroristes, in fine, c'est toujours l'argent.
Les cascades... Argh, quelle chorégraphie, ça me fait vraiment de la peine de me dire que la plupart des scènes avec l'avion de chasse doivent être virtuelles. Autre tristesse, les méchants parlent désormais français (je les préfère arabes ou allemands.)
Et puis, toujours, inévitablement, la fille du héros se fait enlever. Heureusement, celle-ci est moins nunuche que Kim Bauer (difficile de faire pire, remarquez).

A midi, j'ai déjeuné avec Paul. Roland de la Poype a sorti un livre, L'épopée du Normandie Niémen, que Paul m'a offert. Le livre regorge d'anecdotes, et ce n'était pas ses chaussettes que La Poype avait perdues lors d'une cérémonie soviétique officielle, mais sa médaille, 35 grammes d'or. Ce livre s'inscrit parfaitement dans la continuité de celui de Grossman. Paul a tenté de joindre La Poype au téléphone pour le féliciter, mais celui-ci était absent. Il faudrait peut-être que j'avoue à Paul que j'avais écrit (jamais eu de réponse)... Bah, on verra bien.

Hier soir, j'ai vu La Traversée du temps. Je n'y serais pas aller de mon propre chef, car je m'étais un peu ennuyée devavant Mon voisin Totoro et Nausicaa. Le grand soulagement, c'est que pour une fois les voyages dans le temps ne sont pas traités de façon tragique. Là encore, ce film est fatigant, l'héroïne passe son temps à courir et à tomber. Et à bien y regarder, sans voyage dans le temps, le film se terminerait de la même façon — à l'accident près.

Quand je suis trop fatiguée, le monde se dérobe, je passe mon temps à vérifier que lorsque je pose quelque chose sur une table, c'est bien sur la table que je le pose, et non à côté (je tâte la table avant de poser le verre). Je vois des ombres dans le coin de mes yeux, toute ligne verticale, arbre, poteau, montant de portière, devient un fantôme possible. Il faut que je regarde l'objet en face pour qu'il retrouve sa qualité d'objet. Le pire ce sont les reflets dans les vitrines des magasins, qui s'animent au fur à mesure que j'avance.
Le plus drôle (je dois passer pour un peu attardée), c'est le temps de latence entre une question posée et ma réponse: il faut que je réalise que c'est à moi que la question est posée (puis blanc) puis me souvenir, grâce à la mémoire immédiate, de ce qu'était cette question, puis la reformuler en moi-même, faire un effort de cadrage (de concentration) et enfin répondre.
Je vais me coucher. Un peu de coca, peut-être.

La Vie des autres

Zvezdo, Phersu, Matoo, avaient écrit sur ce film… Seul le billet de Matoo est encore accessible huit ans plus tard.

Je m'attendais donc à ce que ce soit bien, mais cela m'a plu au-delà de mes attentes, je suis vraiment contente d'avoir pu voir ce film en salle. Bien sûr qu'on peut l'accuser d'être idéaliste, mais c'est justement ce qui fait du bien. Ce film réussit le tour de force d'être triste (tout le monde a les yeux rouges en sortant de la salle) et de vous laisser réconfortés. C'est une rare performance.

Le reste du billet tient du spoiler.
(Visiblement la fonction qui permet de cacher la suite du billet en mettant un lien "Lire la suite..." a dû être désactivée la dernière fois que le code de ce blog a été bidouillé. Tant pis).

Mon moment préféré est sans doute le dialogue avec le petit garçon dans l'ascenseur:
— C'est vrai que tu es de la Stasi?
— Tu sais ce que c'est, la Stasi?
— C'est des méchants qui mettent les gens en prison.
— Je vois. Qui t'a dit ça?
— C'est mon papa.
— Ah. Et comment s'appelle... euh...
— Comment s'appelle qui?
— Ton ballon. Comment s'appelle ton ballon.
— T'es drôle, toi. Ça n'a pas de nom, un ballon.
Pour moi c'est le tournant du film, la fêlure. Et ce petit garçon joue très bien.

J'ai envié le décorateur qui a eu en charge le décor de la chambre d'Albert Jerska.

1984 fait bien sûr penser à 1984. J'ai été frappée que la structure du chantage exercé sur Christa-Maria Sieland soit exactement la même que celui exercé dans 1984: amener à trahir l'être aimé en mettant à jour la peur la plus profonde du sujet. Dans 1984, il s'agit de la peur des rats, dans La Vie des autres, il s'agit de la peur de ne pas remonter sur scène.

Note huit ans après: chez Phersu, de mémoire, quelqu'un avait fait remarquer dans les commentaires que si l'agent de la Stasi avait correctement fait son travail au lieu de chercher à protéger les déserteurs (le mot exact m'échappe), ceux-ci auraient su qu'ils étaient écoutés lorsqu'ils firent un test et rien ne serait arrivé (ou: l'enfer est pavé de bonnes intentions).

J'ai beaucoup aimé les fins successives qui s'emboîtent, donnant une couleur différente au film à chaque fois.
- Si le film s'était arrêté au moment de l'accident de l'actrice ou au moment où Grubitz promet à Wiesler qu'il ouvrira le courrier le reste de sa carrière, il se serait agi d'un film classique dénonçant un régime politique et plus généralement illustrant l'implacabilité du destin, le peu de poids d'un homme face à l'Histoire.
- S'il s'était arrêté sur le visage de Gorbatchev ou au moment où Wiesler apprend la chute du mur, il aurait illustré que «les méchants meurent aussi» et qu'«il y a tout de même une justice, il suffit d'attendre».
- Lorsque le film nous montre Dreyman lisant son dossier, il se fait documentaire, illustrant la façon dont l'Allemagne a choisi vivre avec passé. (Et j'ai pensé à ce vitrail de la cathédrale d'Ulm consacré aux Juifs, montrant tout en bas les déportés destinés à être assassinés).
- En se terminant comme il se termine, il donne une place prépondérante à l'art, mais aussi aussi à la gratitude et à la reconnaissance. C'est sans doute pour cela qu'on se sent aussi bien en sortant, un peu consolés, un peu rassurés.
La dernière réplique est excellente.

En faisant quelques recherches en écrivant ce billet, j'ai découvert le blog eurotopics.

Primer

Si vous allez voir Primer (film culte, 7000$ de budget, blablabla), je vous serai reconnaissante de m'expliquer ce que vous aurez compris. Il paraît que toutes les réponses sont dans le film. Mais je n'ai même pas compris la question.
De plus, je ne vois pas l'intérêt d'un film composé uniquement de dialogues, pratiquement sans image.

(Cela m'a rappelé le film d'amateur tourné en première par un ami fan de Spielberg. C'était la grande époque de E.T.. Il avait recruté ses acteurs parmi nous et tourné un remake parodique des séries américaines de l'époque. C'était incompréhensible mais nous étions heureux.)


P.S.: Je viens de découvrir l'article de Wikipedia. Je vais l'étudier de près… A vous de voir si vous le lisez avant ou après… Mais euh… Je ne vous encourage pas à y aller…

Pars vite et reviens tard

H. étant un fan de Fred Vargas, nous sommes allés voir Pars vite et reviens tard.

L'impression est mitigée. Je ne me suis pas ennuyée, ce qui n'est déjà pas si mal (cela renseigne peu. Précisons (au risque de faire hurler Patrick): je ne m'ennuie pas devant Tais-toi! ou Bernie ou 8 femmes ou Ridicule, je m'ennuie devant Chacun cherche son chat ou Y aura-t-il de la neige à Noël? ou La Comédie de l'innocence ou Merci pour le chocolat. A bas les films intimistes à la française!)

La moitié des acteurs (dont Marie Gillain, je suis un peu déçue) ont l'air mal à l'aise devant la caméra. («Quel est le meilleur acteur français? Gérard Depardieu, hélas», est une paraphrase tentante.) Je n'ai pas réussi à trouver le nom de la black qui joue la pensionnaire sans papier (Lisbeth). Elle est bien.
C'est un film pour Parisiens, de préférence flânant souvent près de Beaubourg. J'ai beaucoup aimé les images des places, des toits, des ciels, des feuilles d'automne, du cimetière, des maisons en briques rouges de Clichy, j'ai été agacée par la caméra toujours en train de bouger, de zapper, incapable de prendre son temps devant ce qu'elle montre comme si elle avait peur de nous ennuyer, incapable de nous imposer son point de vue, en un mot manquant d'autorité. Agaçant également les couleurs, trop vives ou assombries, comme vues à travers de la fumée. Jeu réussi sur les lumières floutées, en revanche.
L'histoire tient moyennement debout mais ce n'est pas très grave.
Pensé fugitivement à Tlön et à Conrad en entendant: «En Afrique, on perd très vite ses repères, tout devient possible.»


En sortant, C. demande : Tu crois que c'est vrai, l'histoire du diamant à la main gauche pour se protéger de la peste?
H. répond oui, il a vérifié après avoir lu le livre.
— Tu as vérifié sur internet?
— Oui…
— Alors c'est l'histoire d'un mec qui lit Pars vite et reviens tard puis qui écrit un article dans wikipédia consulté ensuite par un mec qui veut vérifier les informations contenues dans Pars vite et reviens tard
J'étais morte de rire et H. pas content.

Ah, et puis il faut que je pense à mettre une pipette anti-puces aux chats ce week-end (c'est toujours moi qui me fait piquer, désormais je sais que j'ai le sang le plus chaud de la famille).

Les DVD et cassettes de deux semaines de vacances

- Code Mercury
Un Bruce Willis. Film de la catégorie "pour repasser".

- Flicka

- Le fils de Flicka
délicieusement vieillot. Admirable dressage des chevaux, dressés à avoir l'air sauvage.

- Le grand blond avec une chaussure noire
Pas vu depuis vingt ans.
Indispensable pour apprendre aux jeunes générations l'origine de la robe de Cléopâtre dans Astérix et Cléopâtre.
De ce film, je gardais le souvenir du démontage des poupées russes. J'ai découvert quelques images fugaces de la Fnac en 1972.

- Le retour du grand blond
Bof.

- Cars
Il ne se passe strictement rien. C'est cousu de fil blanc. Quand je pense qu'on accuse les films Disney de mièvrerie… Les bonus sont bien.

- Nemo
Vu pour la n-ième fois. J'aime les tâches de rousseur de Doris. Je sais parler baleine.

- Massacre en dentelles
Intrigue inutilement compliquée qui me rappelle les livres d'Erle Stanley Gardner (collection Mystère). Venise en noir et blanc. Les robes, l'élégance des femmes. Les premiers dialogues d'Audiard. Nous avions vu cet été au cinéma Méfiez-vous des blondes.

- Looking for Richard
J'ai dû voir ce film trois fois à sa sortie (en dormant à des moments différents à chaque fois (pas parce que le film est mauvais, parce que j'étais très fatiguée!)), je l'ai offert quand il est paru en vidéo, je l'ai acheté quand il est paru en DVD, j'attends qu'il repasse au cinéma. Depuis ce film je considère Al Pacino comme le plus grand. J'aimerais le voir jouer au théâtre.
Ce film se donne pour but de décomplexer les Américains face à Shakespeare. Quand je le regarde, je m'étonne toujours que les gens aient autant besoin de tout comprendre: il y a beaucoup de mots, de vers, que je ne comprends pas dans la traduction de Richard III (je ne connais pas le contexte historique), mais cela ne me dérange pas. Je songe au cours de Compagnon sur la désorientation: il est paradoxal qu'un lecteur aguerri ne s'inquiète pas une seconde de ne pas comprendre un texte, ou de ne pas tout comprendre d'un texte à la première lecture, tandis qu'un lecteur novice s'imaginera aussitôt qu'il n'est pas capable de lire un texte "aussi difficile" et abandonnera la lecture, sans penser qu'il lui suffit d'être patient et de continuer.
Je me souviens que tous les Club des cinq commençaient de façon abrupte. On n'y comprenait rien. On apprenait la confiance.
Ce film est un montage passionnant sur le travail des acteurs. Il est drôle de les voir s'enflammer pour leur personnage, pour défendre leur vision de leur personnage et obtenir de le jouer comme ils le souhaitent.

- Dangereusement vôtre
Décidément James Bond m'ennuie. Le méchant ressemble à l'acteur qui joue Malfoy.

- Z
Interdire Sophocle en Grèce au XXe siècle me paraît le plus bel hommage qui soit à la tragédie antique.

- Trainspotting
J'avais beaucoup aimé Petits meurtres entre amis, je n'ai pas raté Trainspotting tourné par la même équipe. J'aime énormément l'humour de ce film sur la drogue. Tous les personnages sont shootés à quelque chose, à la bagarre, à la bière, au tabac, à l'héroïne. J'aime la voix off, l'accent anglais/écossais, le vocabulaire.
J'aime surtout Erwan MacGregor. Je crois que c'est à cause de Trainspotting que je l'ai aimé dans La Guerre des étoiles épisode 1 : les deux films sont si différents, et il a l'air si heureux de tourner dans La Guerre des étoiles. Durant tout le film son sourire proclame: « Regardez, j'y crois pas, je joue dans La Guerre des étoiles ». C'est sans doute une très mauvaise idée de la part d'un acteur, mais ça me fait rire. J'aime les gens heureux.

- L'arme à gauche
Claude Sautet 1964. Lino Ventura. Il ne se passe rien. Une atmosphère à la Joseph Conrad. De belles images de voilier à contre-jour. Une bande-son impressionnante: très peu de musique, pratiquement que du bruitage "naturel". Très dépouillé. Voix trop lente, mal assurée, inhabituelle, de Lino Ventura.

- La Nuit des généraux
Je demeure persuadée qu'on redécouvrira Joseph Kessel (qui signe l'adaptation du scénario avec Paul Dehn) dans vingt ou trente ans.
Philippe Noiret en 1966, d'une grande élégance.
J'apprécie toujours aussi peu Peter O'Toole, terriblement artificiel. (Est-ce dû au DVD? Le maquillage des acteurs se voient trop, c'est gênant.)

Les Lumières du faubourg

J'aime Aki Kaurismäki. Moi qui ne prends plus la peine d'aller au cinéma, je m'efforce de ne pas rater la sortie de ses films. Je suis donc allée voir Les Lumières du faubourg il y a dix jours.
J'attendais tranquillement ce qui allait s'en dire sur les quelques blogs que je lis. C'est simple : rien.
Alors je vais essayer.

Le plus grand problème que je rencontre quand j'essaie de penser à ce film pour mettre mes quelques idées en ordre, c'est que je n'arrive pas à y penser de façon isolée : je n'arrive à penser aux Lumières du faubourg que par rapport à deux autres films, La fille aux allumettes, du même Kaurismaki, et Dancer in the Dark, de Lars von Trier.
Cela m'a gêné pendant le visionnage du film, cela me gêne encore : on dirait que ce film, au moins dans ma tête, n'a pas d'existence propre, il est la version masculine de La fille aux allumettes. J'ai l'impression d'un tryptique : à la question "Est-il possible d'être sauvé ? " (ou : "l'amour peut-il nous sauver?"), La fille aux allumettes répond non, L'Homme sans passé répond oui, les Lumières du faubourg répond peut-être.
Mon malaise, ou ma légère déception, provient sans doute de ce fait tout simple : il est difficile de s'entendre répondre "peut-être" quand la réponse précédente était "oui"…

Quant au film lui-même, il me semble que c'est un Dancer in the Dark réussi: même noirceur, même exploitation du faible par le fort, même impossibilité, purement morale de la part du faible (qui trouve là sa grandeur) de se justifier, même condamnation sociale… Mais Kaurismäki, à la différence de von Trier, n'en rajoute pas, il fait ni dans le baroque ni dans le drame et tend strictement vers l'inverse, vers le moins d'effets : comment pourrais-je en montrer moins encore? s'interroge la caméra, les acteurs pourraient-ils parler moins, bouger moins, qu'est-ce qui est vraiment indispensable? s'interroge le réalisateur.

Les images et les histoires de Kaurismäki obéissent toujours à une logique implacable. Chaque image parvient à être une totale surprise et une totale évidence : si les histoires extrêmement épurées de Kaurismäki, à la limite de la caricature, demeurent si expressives et si plausibles, c'est qu'elles obéissent impeccablement à des lois d'enchaînement de causes à conséquences que nous connaissons parfaitement, de même que nous savons que nous ne voulons pas reconnaître que nous les connaissons (et que nous allons aussi au cinéma dans l'espoir que cela se passera différemment à l'écran que dans "la vraie vie" (et de temps en temps, oui, il y a un miracle, comme dans L'Homme sans passé (mais cela peut arriver aussi dans "la vraie vie") et d'autres fois, non, il n'y a pas de miracle, un prêt bancaire sans caution ne sera pas accepté, non, ce n'est pas gratuitement qu'une jolie petite blonde drague un minable, oui, le minable se fera casser la figure s'il cherche noise à trois gros musclés, etc), et tout le poignant des Lumières du faubourg, c'est que nous savons à l'avance tout ce qui va se passer, inéluctablement, et que nous passons le film à espérer que nous nous trompons.

Lorsque je pense à ce film, je pense au mot "politique" (c'était déjà le cas pour L'Homme sans passé), dans le sens fort et noble du terme — et c'est pour moi un émerveillement, il n'arrive pas souvent que j'associe noblesse et politique. Nous assistons à une démonstration qui dénonce autant les travers insupportables d'une société qu'elle illustre avec douceur et fatalisme les illusions, les forces et les faiblesses de la gent humaine.
Lorsque je pense à ce film, je me dis que Kaurismäki raconte aujourd'hui ce que racontaient Hugo ou Zola ou Eugène Sue il y a plus d'un siècle à leurs contemporains, il réactualise la critique sociale à travers l'œuvre d'art, sans mièvrerie, avec tendresse et dureté.


Il faut que je retourne voir ce film pour essayer de comprendre un détail : par quel miracle, quelle image, quelle expression, savons-nous (le spectateur sait-il) de façon certaine au bout de trois secondes que la vendeuse de saucisses est amoureuse du héros? Comment Kaurismäki nous le fait-il comprendre? Pourquoi cela m'a-t-il paru si évident?

Regarder Adieu poulet

pour
  • Lino Ventura, Patrick Dewaere, Victor Lanoux
  • Dewaere allumant sa cigarette dans la voiture de son collègue ayant arrêté de fumer
  • le même collègue sur une civière demandant une cigarette
  • les voitures des années 70
  • le père qui dit son fait au politicien par mégaphone et commissaire interposés
  • le politicien faisant campagne dans l'hospice de vieillards (et l'accent de la nonne)
  • les vingt ans de Valérie Mairesse
  • — Et si j'ai envie de rêver, moi? […] — Vous allez en prendre plein la gueule! — Oui. — Ils vont vous écrabouiller. — Oui, mais j'vais marrer un bon coup, mon p'tit camarade, et à mon âge, y faut pas rater ça.
  • les grues merveilleuses au-dessus de la Seine
  • «Gâche pas mon plaisir, mon p'tit camarade, laisse-toi aller… Essaie d'en prendre un p'tit peu, toi aussi.»
  • la partie de billard à trois bandes avec le juge
  • Lino Ventura : «Il faudra que je vous raconte un jour tout ce que j'ai dû inventer pour faire correctement mon boulot de flic.»
  • la scène de la fin
  • les mots de la fin

Amateur

Quelle était la phrase exacte ? «When I make mistakes, they tend to be long ones» ? Je ne sais plus exactement, j'ai vu ce film Amateur en 1994. Elle était prononcée par Isabelle Huppert, en train d'expliquer qu'elle avait été nonne dix ans avant de quitter le couvent. Ça m'avait plu.

Le montage particulier de ce film m'a marquée : à plusieurs reprises, la réplique d'un personnage commence à la fin d'une scène et se poursuit sur la suivante, scène n'ayant visuellement aucun rapport avec la précédente, tant et si bien que cette réplique devient une sorte de voix-off qui commente des images qu'on ne comprend pas. Cela donne l'impression d'une erreur de montage, d'un décalage de la bande-son. Ce n'est qu'à la seconde vision du film, quand on a la connaissance du futur, qu'on comprend la précision de ces répliques chevauchantes qui s'appliquent bel et bien aux deux situations.

J'aimerais revoir ce film. Il est en vente d'occasion à 99 euros sur Amazon. Est-ce que le plaisir de revoir Martin Donovan vaut ce prix-là?
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