Paper cuts

Levée à cinq heures vingt mais aucune envie (aucun ressort) de me presser. Je fais la vaisselle en écoutant la radio (les auditeurs de RTL expliquent leur vote), pars à la gare en voiture (quand je suis à l'heure je prends le bus), laisse délibérément passer mon train, prends mon café avec Toufik. Je lui suis reconnaissante de ne pas parler politique. A cette heure matinale, la plupart de ses clients sont mélenchonistes. Ils me regardent dubitatifs, avec une gêne imperceptible: ils me connaissaient avant la campagne, Toufik est amical (il l'est avec tout le monde, mais nous avons des conversations de fond — trois minutes avant de prendre le train), il leur faut choisir entre leur détestation théorique et leur jugement pragmatique.

Aujourd'hui c'est étiquettes et planification: nous déménageons durant trois jours. Je me rends compte que ce que j'avais fait avant mes vacances est faux, les étagères comptées pour trois mètres en font un cinquante (deux armoires côte à côte), il faut tout recommencer. Je ne sais pas comment tout cela va tenir dans les nouveaux locaux, tout est un peu laid, un peu de guingois, les boîtes d'archive de récupération ne sont pas toutes identiques, je m'agace devant des dossiers suspendus qui auraient dû être changés depuis longtemps; demain ils vont se vider à la première manipulation. Comment peut-on associer autant de dévouement dans ses fonctions à aussi peu de soins, aussi peu de sens de l'initiative (ici l'initiative aurait consisté à changer un dossier sans qu'on vous le demande)? Est-ce cela l'esprit bureaucratique?
J'ai fait changer les dossiers que j'ai repérés mais je sais que demain je vais en découvrir bien d'autres. Ça va être sport.

Dernier massage thaï à midi. Cela va me manquer. Cela ne procure aucune détente musculaire, ça fait un mal de chien, mais je suis persuadée (n'est-ce pas l'essentiel?) que cela remplace ostéopathie et acupuncture. Il me semble que je parviens à somnoler au milieu des douleurs.

Les LFI viennent expliquer que Macron est mal élu. Je pose ça là pour mémoire.



Il faut cependant admettre que 58%, quand on a l'extrême-droite en face de soi, ce n'est pas beaucoup. Dans un ou deux quinquennats, ça finira par craquer. Ce qui me déprime le plus, c'est de voir des noirs ou des basanés voter Le Pen ou s'abstenir. N'ont-ils pas conscience que pour eux la vie deviendra infernale? Délit de faciès multiplié par cent et associations de défense affaiblies ou disparues.

Quant aux plus faibles, aux plus pauvres... Est-ce Zweig qui commentait: «Quelques années après l'accession d'Hitler, il n'y avait plus de chômage: les gens étaient soit en prison, soit gardiens de prison»? (C'est un vieux souvenir d'un cours d'allemand de terminale, mais je ne suis plus sûre de l'auteur de cette citation (approximative)).

Marine Tondelier, conseillère d'opposition à Hénin-Beaumont, a publié un livre, Nouvelles du Front et gagné son procès en diffamation: délation et suspicion généralisées, c'est la vie sous le RN.

Elon Musk, trumpiste et nazillon, vient de racheter Twitter. Il veut supprimer la censure. Je pense à Sa Majesté des mouches.

Le premier obstacle est passé

Restent les législatives.
Mélenchon est à fond, décidé à devenir premier ministre. Pourquoi pas? Deux ans pour couler la France, ensuite dissolution et nouvelles élections.
Il faut bien reconnaître que quoi qu'il arrive, ce n'est pas moi qui en souffrirai le plus.

Assesseur suppléante de onze heure à trois heures et demie. Ce n'est pas désagréable, juste agaçant d'avoir des idées pour améliorer le fonctionnement global (ne pas choisir un sourd pour entendre le numéro du votant: il vaut mieux que ce soit lui qui parle; signaler à tous les bureaux que la liste des procurations est trompeuse et comporte les procurations du premier tour, fournir une liste électorale au secrétaire qui vérifie les identités de façon à ce qu'il puisse corriger le numéro de votant sur les vieilles cartes) et ne rien pouvoir dire car les titulaires prennent cela comme des critiques et refusent toute suggestion.

Je ne sais pas comment m'occuper ensuite, thé et café à la maison avec Jérôme et Jean. Un mail à Ruth qui m'a écrit en février et s'inquiète de mon silence. J'ai de nouveau mal au ventre. Sieste. Hervé me réveille en hurlant «Hourra».

Nous devons aller fêter cela à Fontainebleau dans la voiture de Jérôme puisque nous sommes trois. Celui-ci est bloqué dans son bureau, le comptage a pris trois quart d'heure de retard car les feuilles de décomptes n'étaient pas les bonnes (scrutin de liste, pas les bons motifs de nuls… Je n'ai pas vraiment compris et je n'ai pas cherché puisque pas concernée). Décidément la mairie n'est pas douée.

Petits fours au théâtre de Fontainebleau (beaucoup de monde que je ne connais pas) puis bière au Grand Café entre militants circos 2 et 3 (c'est amusant de désormais visualiser le territoire en circonscriptions. C'est à cela que je sais que j'ai franchi une étape). On bitche, je découvre des anecdotes insoupçonnées sous des messages étranges apparus dans des boucles Telegram. Deux fois, je recrache ma bière de rire (proprement, dans mon verre).

Jérôme nous ramène à Moret, puis je raccompagne Isis dans son village au sud de Nemours. Je me couche à deux heures, la journée va être longue.
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