A quel âge partirai-je à la retraite?

D'une certaine façon, cette grève est une grève de privilégiés: la grève de ceux qui ont quelque chose à perdre (des privilèges) mais ne risquent pas de perdre leur emploi (emploi à vie).

Evidemment, comme je suis consciente d'être moi-même une privilégiée, je m'abstiens de le dire trop fort, dans des lieux trop fréquentés, par décence, parce que je ne vais pas aller dire ça à des gens au SMIC — même s'ils ont par ailleurs d'autres avantages qu'ils oublient ou dont ils n'ont même pas conscience (CE surpuissant et transports gratuits pour les cheminots, pas de problème de garde d'enfants pour les profs, etc).

Par ailleurs, j'ai l'impression que beaucoup de Français ont une conviction inverse de la mienne: ils sont persuadés que tout le monde autour d'eux est mieux lotis qu'eux, ils sont envieux, remplis de ressentiment.

C'est pourquoi je mets en ligne un extrait de ce document reçu cet été :

Je dois avouer que cela m'a fait un choc. Je n'avais pas conscience qu'il était sérieusement envisagé que j'allais travailler jusqu'à 67 ans. Ce n'est pas que cela me dérange sur le fond (vivre, c'est toujours vivre, il faut bien passer le temps), c'est surtout que j'ai l'impression que les entreprises n'ont pas du tout envie de me conserver tout ce temps-là.

La grève, une spécialité française célébrée même dans les blockbusters américains

— Que faites-vous à Paris ?
— On vient chaque automne, pour les grèves et la météo.

Je cite souvent cette phrase, je vais donc la mettre ici, pour la retrouver facilement. C'est tout de même une phrase qui apparaît dans RED 2, en 2013.
Contexte : une militaire russe veut savoir ce que font deux barbouzes américains retraités à Paris.




(En fait j'ai honte.)

Même les Vélib ne circuleront pas

Enfin certains. Mail reçu, recopié ici dans le respect des caractères graissés ou soulignés :
Cher.e.s abonné.e.s,

En prévision des manifestations de demain et sur demande de la Préfecture de Police, nous allons procéder ce soir à la fermeture d'une soixantaine de stations, essentiellement dans les 7ème, 8ème, 10ème et 11ème arrondissements de Paris : les Vélib' en seront tous retirés et les bornettes seront bloquées par des dispositifs rouges. En savoir plus

Le nombre de stations fermées est susceptible d'augmenter en fonction des demandes de la Préfecture de Police.

Les stations fermées seront progressivement rouvertes dès que possible.

Pour préparer vos trajets et trouver un Vélib’ en station puis une bornette libre à l’arrivée, consultez le billet blog dédié et la carte interactive, tous deux régulièrement mis à jour.

Nous vous remercions de bien restituer votre Vélib' dans une bornette disponible en station. En effet, tout dépôt d'un Vélib' en dehors d'une bornette pourra entraîner une facturation hors forfait et l'application de pénalités. Retrouvez plus d'informations ici.
On notera comme il se doit et non sans une certaine exaspération goguenarde, la mise en garde finale. Il n'y aura pas de pitié. Tout cela relève de la brimade ordinaire de l'usager.

Transport, grève, retraite

Je ne vais pas beaucoup en parler. Tout cela me fatigue tellement (moralement, éthiquement: l'absence de solidarité, chacun qui tire la couverture à soi) que je n'ai plus envie d'en parler.

D'abord les transports du jour : comme O. n'est plus à la maison pour me motiver à me lever et à partir, j'ai raté le bus, pris la voiture. En arrivant à 9h06 le long des voies, je vois un RER glisser vers le quai : zut, le temps de me garer je ne l'aurai pas, mais le suivant est annoncé à 9h13 (ce qui est bizarre : deux RER aussi proches à cette heure-là).
Je gare la voiture, je monte sur le quai : le RER que j'ai vu n'a pas dû s'arrêter car il y a du monde.
RER D à l'heure, je suis assise. Nous roulons lentement. Nous nous arrêtons. Nous mettrons une heure à atteindre gare de Lyon. En cause : un train de marchandise devant nous et des problèmes de signalisation.
Rebelote dans le RER A : une allure d'escargot. Je n'irai pas en cours d'allemand cet après-midi. Comme l'année dernière je vais abandonner, c'est trop compliqué en partant d'ici.

Le soir je rejoins H. au Temps des cerises. Il paraît qu'il n'y a plus de RER D (pour une raison que j'ignore, H. s'est abonné aux notifications du RER D). Problèmes de signalisation : les mêmes que ce matin?
Pas grave puisque nous rentrons en voiture. Comme hier à 22 heures, mais cette fois-ci à 21 heures, les axes est-ouest de la capitale sont bouchés, des routes sont fermées (travaux?). Nous partons plein sud vers Orly. Les conducteurs déboussolés roulent vite est sont imprévisibles.

***

Grève totale, générale, le 5 décembre, avec toujours cette joie mauvaise de nuire et de foutre le bordel de certains pendant que d'autres craignent pour leur job.

***

Ma vision irénique (profession de foi bisounours) de la sécu et des retraites: tout le monde met au pot en fonction de ses moyens, puis on partage. Évidemment ceux qui ont mis le plus reçoivent moins. Mais ce sont aussi ceux qui peuvent s’acheter un appart, une maison, avoir de l’épargne...

Pessimisme ecclésial

Il paraît que je suis pessimiste.
C'est la conclusion de mes camarades d'atelier de rédaction de mémoire de théologie (cinq «de» : record battu). (Principe: nous lisons nos travaux réciproques et apportons nos commentaires, conseils, incompréhension…)

Je le confesse. Entre les catholiques très respectueux des normes qui ne supportent pas qu'on touche à quoi que ce soit (le pompon revient aux évèques américains qui traitent le pape François d'hérétique — mais la plupart d'entre vous auront en tête la Manif pour tous); les catholiques qui pensent qu'il faudrait s'attacher plus à l'esprit qu'à la lettre, c'est-à-dire davantage aux pauvres et aux étrangers qu'aux pratiques sexuelles de chacun dans et hors mariage (les scandales sexuels de l'Eglise se présentant dans ce contexte comme une hypocrisie insupportable); et les autres, croyants, athées, bouffeurs de curés, qui regardent l'Eglise avec ahurissement (au mieux) ou haine (hélas), j'ai l'impression que l'Eglise est dans le même état de tension et de crise qu'en 1960, avant Vatican II.

J'ai présenté une ébauche de plan, trop détaillée et pas assez articulée pour être vraiment un plan. Ce qui m'a frappée, c'est que le diacre qui anime l'atelier m'a dit quelque chose comme «Pas la peine de parler de ce qui va mal, inutile d'insister», mais à mi-voix, en passant, et je ne sais pas s'il voulait parler des scandales sexuels. (J'ai été si surprise (car par ailleurs l'ICP organise des soirées et débats sur le sujet) que le temps que je réagisse et pense à demander des précisions, nous étions passés à autre chose.)
Je ne vois pas de quoi d'autre il pouvait s'agir. Mais pourquoi ne faudrait-il pas en parler? Pourquoi avoir peur de ce qui est vrai, avéré? N'est-ce pas à la condition d'avoir un discours vrai sur ce sujet qu'il sera possible de restaurer une certaine crédibilité de l'Eglise? Ou en creux, refuser d'avoir un discours vrai sur ce sujet, n'est-ce pas se condamner à perdre toute crédibilité sur tous les autres sujets?


J'ai repéré ce livre pour mettre un peu d'optimisme dans ma conclusion.

Le nid vide

Nous n'étions que quatre ce matin (donc trois tours d'île de la Jatte dans l'Hydre de L'Herne (peut-être Lerne. Mais bien sûr je pense aux cahiers)). Vincent a eu la gentillesse de me remonter le moral (je savais bien que mon coup de blues après le test d'hier allait lui être rapporté).

Rendez-vous près de Denfert où H. et O. ont fait deux allers-retours pour amener les cartons de vaisselle et de linge, quelques meubles et surtout l'écran et les ordinateurs. Tout le quartier est bouclé autour de la rue Daguerre: zone piétonne le week-end. Je découvre la chambre d'O. avec curiosité: dix-neuf mètres carrés en rez de chaussée, très haute de plafond comme il l'avait décrite. Le propriétaire exagère, il ne doit jamais faire de travaux, elle est dans son jus des années 70 : moquette moutarde très tachée, hautes fenêtres en simple vitrage laissant passer le froid. Ce sera sans doute très agréable l'été, avec les plantes de la cour. En hiver, c'est sombre, en toute logique pour un rez de chaussée, même orienté au sud.

Nous déjeunons rue Daguerre dans un restaurant qui sert des oreilles de cochon et du parmentier de lièvre (le patron me fait rire car il s'assure que je sais ce que sont les oreilles quand j'en commande. Je suppose que certains renvoient le plat en cuisine.)
Dans la rue, la vitrine du Léopard masqué est éclairée.

Dans la grande tradition des sous-doués des clés, H. a égaré le trousseau de secours confié par le propriétaire. Il les a testées, puis les a mises quelque part. Mais où?

Ce soir nous sommes sans enfant. Vingt-sept ans plus tard. Orphelins, célibataires, veufs d'enfants?

Aspasie (philologie)

« La copine de Périclès s'appelait Bisou. »

Education concentrée

Bon anniversaire Tlön.


Il m'a dit un jour: «Tout ce que nous avons à apprendre à nos enfants, c'est le Décalogue. Le reste…» (Suivait un geste qui signifiait à peu près qu'avec ce bagage minimum mais indispensable, il serait toujours possible ou nécessaire de s'adapter aux circonstances).


Voici donc le Décalogue, commenté pour l'adapter à nos temps païens. Les trois premiers commandements ne parlent plus qu'à une poignée de nos contemporains. Les autres sont intemporels.

Voici le texte de l'Exode selon la traduction de Louis Segond (Ex 20,2-17) :
20.2 Je suis l'Éternel, ton Dieu, qui t'ai fait sortir du pays d'Égypte, de la maison de servitude.
20.3 Tu n'auras pas d'autres dieux face à moi.
C'est sans doute ce qui a le plus évolué en six mille ans, et surtout depuis deux cents ans, surtout depuis soixante ans. Disons: si tu crois en un Dieu, loue-le, prie-le, mais n'oblige personne à en faire autant. Défends ton droit à continuer à croire au Dieu qui est le tien. Si tu n'y crois pas, accepte de ne pas comprendre ceux qui croient et respectent leur foi tant qu'elle n'est imposée à personne.

20.4 Tu ne te feras point d'image taillée, ni de représentation quelconque des choses qui sont en haut dans les cieux, qui sont en bas sur la terre, et qui sont dans les eaux plus bas que la terre.
20.5 Tu ne te prosterneras pas devant d'autres dieux que moi, et tu ne les serviras point ; car moi, l'Éternel, ton Dieu, je suis un Dieu jaloux, qui punis l'iniquité des pères sur les enfants jusqu'à la troisième et la quatrième génération de ceux qui me haïssent
20.6 et qui fais miséricorde jusqu'en mille générations à ceux qui m'aiment et qui gardent mes commandements.
Là encore ça ne concerne que les croyants : sache discerner entre Dieu (ton Dieu) et les idôles (les dieux que tu te fabriques toi-même. En Europe aujourd'hui, cela pourrait constituer une mise en garde contre le matérialisme et le consumérisme.)

20.7 Tu n'invoqueras point le nom de l'Éternel, ton Dieu, en vain ; car l'Éternel ne laissera point impuni celui qui invoque son nom en vain.
Pas de petit jeu du genre «si Tu fais ceci, alors je croirai en Toi; si Tu ne fais pas cela, je ne croirai plus. Dieu ne se marchande pas (mais cela n'a de sens que pour ceux qui ont la foi ou la notion de ce qu'est la foi.)

20.8 Souviens-toi du jour du repos, pour le sanctifier.
20.9 Tu travailleras six jours, et tu feras tout ton ouvrage.
20.10 Mais le septième jour est le jour du repos de l'Éternel, ton Dieu : tu ne feras aucun ouvrage, ni toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton serviteur, ni ta servante, ni ton bétail, ni l'étranger qui est dans tes portes.
20.11 Car en six jours l'Éternel a fait les cieux, la terre et la mer, et tout ce qui y est contenu, et il s'est reposé le septième jour : C'est pourquoi l'Éternel a béni le jour du repos et l'a sanctifié.
Prends l'habitude de ne pas penser à ton travail ou tes préoccupations un jour par semaine. Aie conscience du temps qui passe; un jour par semaine prends le temps de regarder le ciel, de parler à ta famille, à tes amis, à des inconnus. (Ne consulte pas ton téléphone si une personne est dans la pièce.) Cela t'empêchera de te prendre trop au sérieux. Décentre-toi. Une fois par semaine au moins.

20.12 Honore ton père et ta mère, afin que tes jours se prolongent dans le pays que l'Éternel, ton Dieu, te donne.
Pas sûr de ce que ça veut dire. Je me souviens de Bernard, jésuite, nous disant: «Tu honoreras, ce n'est pas tu aimeras.» Ça m'avait soufflée. Tu ne laisseras pas tes parents mourir dans la misère et l'indifférence?

20.13 Tu ne tueras point.

20.14 Tu ne commettras point d'adultère.
Au sens large : tu ne sèmeras pas la zizanie dans un couple constitué.

20.15 Tu ne déroberas point.

20.16 Tu ne porteras point de faux témoignage contre ton prochain.
Au sens large : ne pas médire en fait partie. Tu ne nuiras pas en paroles en persiflant ou déblatérant (sachant que c'est à toi que tu nuis en te faisant une réputation de langue de vipère).

20.17 Tu ne convoiteras point la maison de ton prochain ; tu ne convoiteras point la femme de ton prochain, ni son serviteur, ni sa servante, ni son bœuf, ni son âne, ni aucune chose qui appartienne à ton prochain.
Pour être heureux, chasse l'envie de ton cœur: «la seule raison de regarder dans l'assiette de ton voisin, c'est de t'assurer qu'il a suffisamment à manger.»
Personnellement, en bonne républicaine, j'ajouterais à cela l'étude des fables de La Fontaine.

Satisfactions

Belle sortie en huit. Voilà quatre fois que Vincent me met à la nage. Si cela continue, je vais être à la nage pour la coupe de Noël (course sur 9 km le 15 décembre à Tours, mais je ne trouve pas de lien sur google).
Cela m'effraie moins que cela ne m'aurait effrayée il y a un an (litote : cela ne m'effraie pas). Les heures passées à l'ergo paient (trois heures par semaine depuis juin, soit 30 à 40 km/semaine si on ajoute les sorties sur l'eau), mais aussi une conférence de Jérémie Azou sur la façon de surmonter les contraintes et une interview de sportif aux JO qui disait que le jour de la course n'était pas différent des autres jours d'aviron tant tout était devenu automatique: le but est donc de tout automatiser, les séances d'entraînement et les gestes.

Lorsque j'ai compris qu'il était possible que je sois à la nage (ce n'est pas sûr, Vincent peut changer d'avis, c'est une composition provisoire), j'ai commandé un compte-coups (stroke rate) pour la cadence. Il était arrivé ce soir, il est tout beau. Reste à apprendre à s'en servir.

L'ambiance a bien changé au sein du collectif au cours des six dernière semaines : plus retenue, plus concentrée, moins dans l'électricité survoltée (ce qui me paraissait factice — mais c'est peut-être simplement que cela ne correspond pas à mon tempérament). Les rameuses régulières sur le huit sont principalement des filles "du midi", c'est-à-dire qui travaillent à la Défense. Les filles du "week-end", celles qui habitent aux alentours, ont une vision davantage loisirs, elles viennent pour rencontrer leurs amis davantage que pour s'entraîner toujours ensemble en essayant d'améliorer leur technique.
Maintenant que chacune a affiché ses priorités (si cela a mis longtemps, c'est qu'aucune ne voulait les verbaliser, il a fallu attendre que cela se dégage de leurs actes), il est plus facile de s'entraîner sérieusement, même si cela fragilise le projet car nous sommes moins nombreuses: dès que l'une d'entre nous a un empêchement, c'est l'effervescence pour lui trouver une remplaçante disponible, motivée, ayant le niveau.

Autre sujet de satisfaction aujourd'hui: O. a enfin trouvé une chambre, à quelques pas de Denfert. Cela me soulage car je ne me fais aucune illusion sur ce qui nous attend en décembre: un blocage total des transports. Au moins lui pourra aller à la fac tout en dormant suffisamment.

Tolkien

Ayant un peu par hasard deux heures de libres avant l'allemand, je suis allée visiter l'exposition Tolkien à la BNF. Je supposais que c'était une exposition de geeks genre comic-con; c'est plutôt une exposition de philologues et d'artistes.
Même sans rien connaître à Tolkien, même sans en avoir rien lu, je la recommanderais, pour la beauté des dessins, des gouaches, des cartes, pour les gigantesques tapisseries, récentes (des années 2010), tirées des aquarelles de l'auteur, pour les livres des XIVe et XVe manifiquement enluminés : je me suis rendue compte que je n'avais jamais vu que des livres religieux, Bibles ou psautiers, de ces années-là. J'ai découvert des Lancelot du Lac ou Morte d'Arthur aux couleurs éclatantes.


Une série de conférences est prévues, de 18h30 à 20h au petit auditorium:
* 21 novembre : Tolkien père et fils
* 28 novembre : L'invention des langues
* 6 décembre : J.R.R. Tolkien, poète de la «route perdue»
* 12 décembre : illustrer Tolkien
* 19 décembre : Tolkien géographe
* mercredi 8 janvier : Traduire Tolkien hors du Seigneur des Anneaux



Notre-Dame-des-Fleurs



RER D, 7h58.
L'étrange, c'est qu'il n'a tourné quasi aucune page en une demi-heure.

Vintage

H. a ramené des objets dont ses parents se débarassaient, des casseroles émaillées par le grand-père, le poste à galène de sa grand-mère (réparé, il fonctionne), un volume de L'Illustration (gigantesque), des 33 tours. Je regarde:
— Oh, un Thriller de l'époque!
— J'avais fais la queue pour l'avoir.
Il a collé de chaque côté de la photo de la pochette des photos plus petites, sans doute découpées dans Télépoche vu la qualité du papier. Je ne le savais pas un tel fan.

Par ailleurs, nous avons comme point commun sociologique d'avoir chacun un grand-père bouilleur de cru. Ceci est de l'eau-de-vie de prune.




Journée si régressive que j'ose à peine l'écrire ici: Monaco (les biscuits apéritifs) et TBBT au lit toute la journée. La version bière/canapé en pire.

Se perdre en Beauce

Pendant qu'H. allait chez ses parents, je suis partie chez les miens.
Comme j'étais seule j'en ai profité pour voyager à ma manière, un peu au pif. Avec seulement Waze et pas de carte, je n'ai pas tardé à me perdre (parce que Waze voulait me faire passer par des endroits où je ne voulais pas passer, par des routes que je ne voulais pas emprunter). J'ai donc continué en orientant Waze au nord (et non selon la direction où allait la voiture, comme le font la plupart des GPS) et je me suis dirigée à la boussole (si, si: Méréville, puis sud légèrement ouest).
Bref, sous une pluie battante j'ai assisté à la récolte des betteraves dans des camions plateformes au bord de champs boueux jusqu'à l'horizon.
(En regardant google maps après coup, il s'avère que mon trajet a été plutôt rectiligne. Je me suis bien débrouillée.)

J'ai repris le podcast de Gilles Bœuf («le rôle d'un scientifique est de raconter des histoires»). J'aime particulièrement l'épisode 3 qui raconte la rencontre de l'homme et du chien: «Vous montrez un chien à un enfant, un caniche ou un dogue, il sait que c'est un chien. Ils ont beau être beaucoup plus différents l'un de l'autre que d'un chacal ou un loup, il sait que c'est un chien. C'est extraordinaire.»
Il explique certaines différences entre le singe et le chien: le chien comprend où l'homme regarde ou ce qu'il pointe du doigt. Le singe ne le comprend pas. Ça me donne envie d'avoir un chien. (Lorsque j'étais enfant, je n'aurais jamais imaginé vivre sans chien.)

Après-midi chez mes parents. Arte. Costa-Rica. C'est étonnant d'avoir des parents qui reconnaissent les endroits qu'ils ont visité (à la petite boutique près) et les commentent.

Divers

Quatre à midi (difficile d'être neuf une veille de long week-end pendant des vacances scolaires) dans une typique atmosphère automnale: l'occasion de mesurer les progrès accomplis en un an. Le bateau n'a plus rien à voir. Nous sommes sur l'eau et non plus dans l'eau.

Une discussion dans les vestiaires (c'est cela de ramer à la Défense), j'apprends que le Portugal est en pointe en ce qui concerne les énergies renouvables. Il est quasi autonome et revend même de l'élécricité.

J'ai repris TBBT depuis le début dans le but d'arriver jusqu'au mariage de Leonard et Penny. J'ai terminé la saison 3 aujourd'hui, saison dans laquelle apparaissent Bernadette et Amy. Le dernier épisode contient la phrase «God, what have we done?» que nous citons souvent à la maison. (Je le note ici afin de la retrouver : car je n'aime pas citer sans source exacte).

Promesse de fleurs

Après deux ans d'obstination, j'ai réussi à trouver une jardinier pour planter une jachère fleurie. Il n'y a plus qu'à attendre avril ou mai.

Ainsi soit-il

Quai de la 14 gare de Lyon. Je vais prendre le RER A.

Foule et cohue. En bas des escaliers, un homme âgé et barbu, croisement entre un nain de jardin habillé en ciré beige et un clochard propre, des sacs très pleins à la main et une sorte de parapluie coloré, jaune, avec un manche fait d'une tige de parasol. Il ne bouge pas, tourne sur lui-même, regarde en l'air comme s'il cherchait un panneau pour s'orienter.

J'hésite mais je ne suis pas pressée:
— Je peux vous aider? Vous cherchez quelque chose?
Il me répond avec un grand sourire :
— Je cherche le bonheur des autres.

Traduction automatique

— Les séries m'ont appris une chose, l'importance des baskets pour les Américains. Ils sont prêts à dépenser des fortunes pour ça.
— Comment ça des fortunes ?
— Six cent dollars pour une paire dans Lucifer. Et récemment, trois mille pour une paire de baskets avec de l'eau du Jourdain dans les semelles.
— What ?
— J'ai eu un problème dans The good Fight. Un type était accusé d'avoir volé six cents baskets, et je le regardais en VO, automatiquement j'ai traduit par panier. Et je n'arrivais pas à comprendre pourquoi six cents paniers et six cents paniers de quoi. Il m'a fallu du temps pour comprendre que "baskets" était "baskets".

Les deux sont morts de rire:
— Et donc au basket, c'est un basket's basket?

Journée inutile

Journée inefficace au possible. Trié et nommé des photos en regardant deux Bourne (2 et 3), La firme (bien naze) et commencé Knight & Day (que j'aime bien).

Une belle journée d'automne

Il fait très doux. Les arbres qui vireront au jaune sont encore verts (les roux et rouges sont déjà roux et rouges). Il est difficile de croire que dans un mois toutes les feuilles seront tombées.
Huit presque de filles (à deux garçons près).

Sieste de trois heures les muscles brûlants (l'entraînement de ce matin ajouté à l'ergo d'hier) et cent page de Galindez. J'ai passé une seconde couche de pâte à bois dans l'armoire de mon grand-père, cette fois-ci à l'intérieur.

Ce soir nous changeons d'heure — peut-être pour la dernière fois. Il y a eu un sondage sur le sujet, mais je n'ai pas compris si une décision avait été prise. Il ne me semble pas.

Des listes

Repris sur FB et Twitter les listes de livres établies par les uns et les autres en début d'année (j'avais déjà fait cela une fois mais perdu les données je ne sais comment).

J'essaie de reconstituer Alice en examinant mes photos et mes échanges de sms.

Crocodiles

Je me demande si les grands-parents et parents des hippies des années 70 étaient aussi surpris que ces mêmes hippies devant le monde de leurs petits-enfants.

Voici un thread de Desespeuphorie qui est un extraordinaire résumé de ce je lis et vois tous les jours sur internet.
Comme d'habitude, je le stocke ici : dans dix ou vingt ans, plus personne ne voudra nous croire; il faut garder des preuves.



Haribo fait maintenant des Croco "Parent-enfant" : une révolution sociétale, un thread
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Notons tout d'abord que bébé Croco n'a toujours qu'un seul parent.

La manif pour tous défile en scandant "un papa, une maman, on ne ment pas aux enfants"
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Ils sont disponibles dans toutes les couleurs de l'arc en ciel.

Ludivine de la Rochère crie à l'infiltration du lobby LGBT au sein du conseil d'administration de Haribo et appelle au boycot.
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Marine Le Pen souligne sur BFM TV que le petit n'est jamais de la couleur de la mère. C'est pour elle le symbole du grand remplacement par le métissage.

+13 points dans les sondages
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Eric Zemmour quant à lui se félicite que les bonbons contiennent de la gélatine de porc.

"C'est toujours ça que les arabes n'auront pas"

357 plaintes au CSA. Aucune suite.
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Les vegans se mobilisent également sur Twitter, sur le débat suivant :
"Faut-il dévorer d'abord l'enfant sous les yeux de son.a p.mère, ou bien avaler le.a parent.e sous le regard horrifié du bébé ? Stop souffrance animale !"

Appel au boycot relayé par 2 personnes
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Les genderfluid se félicitent du fait qu'on ne connait pas le genre du parent.

"C'est une grande avancée pour la reconnaissance des gens non binaires dans l'industrie du bonbon. Bravo Haribo !"
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Les twitto.a.s qui sont à la fois vegan et non binaires sont en PLS, et lancent des threads avec plein de trigger warnings pour savoir si c'est bien ou pas de manger ces bonbons.
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Après 3 jours de threads régulièrement attaqués par le 12-25, le consensus est qu'il faut acheter les boites mais rendre aux croco leur liberté en les rejetant dans une rivière.
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Les khey du 12-25 décident de mettre leur grain de sel en se filmant en train de se mettre des crocos dans le cul.

Cyril Hanouna, fan de l'idée, met des Croco dans le cul de Matthieu Delormeau
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Une twitta demande l'interdiction de l'emoji Crocodile, arguant le fait que "ça peut trigger les crocophobes comme moi".

Elle reçoit 2433 DM avec des emojis Croco.

Elle menace de porter plainte pour cyberharcellement
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Sujet de bac philo 2020 : "est-ce que c'est beau la vie, pour les grands et les petits?"

Pétition en ligne des bacheliers qui trouvent le sujet trop dur.

"Tout le monde ne connait pas la différence entre crocodile et aligator, il faut annuler l'épreuve" : 150000 signatures
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Haribo propose un contrat de sponsoring à @Krokodeallll

Décalage trop grand entre les amateurs de bonbons et l'image de l'influenceuse : Christine Boutin demande l'interdiction de la publicité.

400 plaintes au CSA (qui est plus prompt à agir que dans le cas Zemmour, notez)
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Rupture de stock dans les magasins.

Macron lance un Grenelle du Croco.
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Les gilets jaunes manifestent pour la suppression de la TVA sur les bonbons.

Bilan : 4 yeux crevés.
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Boiron lance des granules "Croco 9CH". Ils achètent un paquet de bonbon et produisent 10 millions de tubes de granules.
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Boiron en profite pour demander le remboursement par la Secu. Le gouvernement hésite, les députés attendent les offres des lobbyistes.

Big Pharma est rebaptisé "Big Bonbon"
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Le twitto @desespeuphorie demande si quelqu'un a le @ du CM de Haribo, histoire de voir si il peut gratter un paquet ou deux gratos.

Bilan : 4 unfollow
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Gad Elmaleh prépare un nouveau spectacle sur les Croco.

N'allez pas le voir, tout est pompé sur ce thread
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TFou commande une nouvelle saison de "Schnapi, das kleine krokrodil".

En animation 3d ultra moche.

+20% de LV2 allemand au collège à la rentrée suivante.
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Le directeur du Leclerc Beynost pris en photo en safari chasse en Afrique posant fièrement près de la carcasse d'un crocodile fraîchement tué.

Boycot. Licenciement. #JeSuisCrocodile en tendance Twitter
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La team premier degré indique que c'est pas un crocodile mais un caïman.

Tout le monde s'en fout.
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Christophe Maé sort un album de reprises "Ah les croco ah les croco ah les crocodiles"

Double disque d'or en une semaine

En interview, il dira "c'est clairement ma meilleure chanson". Tout le monde acquiesce


Et pour parachever la démonstration, lorsque nous rentrons vers minuit, O. est en train de regarder "Questions pour un champion". Une fois que nous avons fini de nous moquer et de nous étonner, il nous explique qu'il le regarde au même moment que (environ) deux mille autres internautes en suivant le youtubeur Etoile et que c'est fun.

Le lendemain O., ayant lu les crocodiles ci-dessus, remarque : «C'est méchant pour Cyprien».
Comme je m'étonne que ce soit quelqu'un qu'il connaisse (et non un prénom random comme je le croyais), il me donne les noms des youtubeurs «qu'il pourrait être utile que je connaisse parce qu'ils sont connus»: Cyprien, Squeezie et Zerator.

La virginité perpétuelle de Marie

Cette année, nous étudierons la controverse entre Helvidius et Saint Jérôme. Helvidius maintenait qu'après la naissance de Jésus, Marie a mené une vie maritale ordinaire auprès de Joseph, ce qui paraît la pire des hérésies aux yeux de Jérôme qui soutient la virginité perpétuelle de Marie (les précision devenue dogme du genre «l'enfantement l'a laissée intacte» me laisse perplexe: il s'agirait donc de savoir si l'hymen de Marie est intact, bien plus que de savoir si elle a eu des relations sexuelles. Mais pourquoi ces questions, pourquoi cette obsession sexuelle? Quelle étrange question à se poser, qui ne me serait jamais venue à l'esprit (car quel rapport cela peut-il avoir en la foi en un Jésus Christ sauveur?))

Jérôme, nous dit la prof, «est à l'origine de ce lieu commun, qui est faux, que «frères» égale «cousins» dans l'Orient antique. A vrai dire, reprend celle-ci, j'en viens à penser que les arguments de Jérôme sont si faibles que cela explique que l'on n'ait pas traduit ce texte en français.»

Problème: Jérôme écrit en latin. Solution: ce n'est pas Jérôme que nous traduirons, mais les citations des Écritures sur lesquelles il s'appuie.
Voilà qui fait tout à fait mon affaire: nous allons donc voir comment des mêmes passages ont été lus différemment quatre siècles après JC. C'est exactement la question que je me pose concernant les catholiques, protestants et orthodoxes.


Sans rapport direct, deux livres recommandés par la prof, de Christian-Bernard Amphoux:
- le premier, austère : Manuel de critique textuelle du Nouveau Testatment
- le deuxième, «le livre que j'aurais aimé écrire» : Philologie et Nouveau Testament : Principes de traduction et d'interprétation critique



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Transport : le soir, quand j'arrive gare de Lyon à 21h40 (ce qui est tôt : le cours de grec termine à neuf heures), il n'y a plus aucun train d'affiché pour Melun (Yerres est sur la branche Melun).


Aucun renseignement affiché. J'interroge un agent qui me répond sans hésiter : le prochain train pour Melun est à 23h07. WTF? Comment peut-il savoir cela sans annonce, sans brief? C'était prévu, c'est prévu? Aucun train pendant une heure et demie?
Je vais dîner dans une brasserie en face (sardines à l'huile baba au rhum).

Dire que plutôt je m'étais réjouie de découvrir les portes sur le quai de la ligne 4 à Saint Sulpice (dans la série «immortalisons les changements pour se souvenir du moment où cela a changé»).

Les attestants

J'arrive un peu en avance en cours d'allemand. Nous attendons dans le couloir. Cela fait trois ou quatre ans que nous suivons les mêmes cours, nous nous connaissons mal (jamais le temps de discuter) mais nous avons échangé de nombreux sourires (nous avons tant de bonne volonté à échanger pour nous excuser de nous être étripés il y a cinq cents ans). Je ne sais pas très bien ce qu'ils font, ce sont sans doute des retraités, l'un d'entre eux recommence l'hébreu.

J'en profite pour essayer d'étoffer ma bibliographie œcuménique :
— J'essaie de comprendre comment les protestants et les catholiques arrivent à des conclusions aussi différentes sur la famille à partir des mêmes textes. Vous auriez des livres à me conseiller sur le sujet?
— Tu veux dire sur la PMA1?
— Pas seulement : sur le mariage, le divorce, la contraception…
Ils se regardent, étonnés:
— La contraception… ça n'a jamais été un sujet… On est bien content que l'esclavage ait disparu… (Larges sourires.)
— Et le mariage homosexuel?
Ils se regardent:
— La bénédiction a été autorisée par le synode de Sète… mais certaines paroisses refusent la bénédiction des couples homosexuels… On les appelle les attestants. La paroisse du Marais est attestante.
(Je suis partagée entre surprise et envie de rire: pas de bol.)


Un lien pour ceux qui voudraient des références théologiques (attention, la bibliographie de fin de page mélange catholiques et protestants).



Note
1: Note pour les lecteurs dans cinq ou dix ans (y compris moi-même) : c'est le sujet brûlant du jour.

Junk food

K. a un problème très particulier : sa bru (future bru, pseudo-bru) n'accepte de manger que de la junk food, de la vraie, la moins diététique possible. Il ne sait pas où les inviter, elle et son fils, pour un dîner. (Je rappelle qu'il habite Boston et ne voit pas souvent ses enfants.)

— Tout de même, à Paris, dans n'importe quel restaurant ou presque, tu as des hamburgers à la carte. Au Carpe Diem, par exemple. Et toi tu pourras en profiter pour manger autre chose.
— Malheureuse! Ce n'est pas assez trash, ça rique d'être trop bon. Elle s'est déjà mise à pleurer à Boston dans un fast-food inconnu.
— Mais c'est quoi son problème? Elle a peur de quoi?
— Je ne sais pas. De ne pas savoir ce qu'il y a dedans, de manger sans le savoir quelque chose qu'elle n'aime pas…

J'ai intérieurement froncé les sourcils d'incompréhension: si en le mangeant, elle ne trouve pas que c'est mauvais, c'est qu'elle trouve ça bon (elle ne trouve pas ça pas bon), donc où est le problème?
Aurait-elle peur de se mettre à aimer des aliments qu'elle a décrété de ne pas aimer à priori, sans les avoir goûtés?

Interrogations transatlantiques

K., installé à Boston depuis quatre ans, passe le week-end à la maison avant de regagner lundi un hôtel à la Défense pour une semaine de travail.

Je l'interroge sur Trump, parce qu'à ne fréquenter que des gens anti-Trump, je manque de la vision de ses partisans: à son avis, Trump sera-t-il réélu? (Peut-être plus maintenant avec la menace d'une procédure d'impeachment en cours. Mais il y a une semaine ou deux, oui, c'était probable.) Mais pourquoi? Les Américains sont-ils satisfaits de son bilan? Ses collègues de travail ne sont-ils pas inquiets quand ils envoient leurs enfants à l'école? (Bah tu penses toujours que ça tombera sur quelqu'un d'autre. C'est comme des supporters d'une équipe de foot: tu choisis la tienne puis tu la défends mordicus, même si elle marque avec la main. Il n'y a aucune dimension éthique dans cela.)

Cela me satisfait peu. Lui m'interrogne sur les paysans: «Je ne comprends pas: à suivre les infos de loin, j'entends parler d'agriculture bashing. C'est vrai?» (Oui, c'est vrai. Entre les végétariens et les anti-glyphosates, tu as toute une frange de la population qui veut imposer ses vues sans avoir d'idées très précises sur les contraintes que cela suppose de nourrir soixante-dix millions de personnes. Tel que c'est parti, la France va se retrouver sans paysan, à importer des produits agricoles alors qu'elle a une des terres les plus riches d'Europe.)

Il me regarde, incrédule. Demain au marché j'achèterai pour lui des fraises et des haricots verts à Philippe, le maraîcher qui part bientôt à la retraite et qui ne trouve pas de repreneur.
— Il y a des marchés dans le Massachussets?
— Pas vraiment. Ils n'ont pas de vitrines réfrigérées. Le boucher se promène avec des glacières et une ardoises. Quand tu demandes quelque chose, il te sort le morceau de viande emballé sous vide. Moi, je n'arrive pas à acheter si je ne vois pas. Et les légumes… Les bénéfices du circuit court, ils ne connaissent pas. Tout est dix fois plus cher qu'en grand magasin, sans être franchement meilleur.

Dragons

Lundi, mardi, mercredi, O. va à la fac pour huit heures et demie et je l'accompagne, soit pour le boulot, soit pour la salle de sport. Le jeudi je suis la seule à avoir une obligation, donc je traîne. Ce matin, j'ai eu le temps de trouver ce combo sur FB:



Ce qui me plaît ici, ce sont les sous-entendus : ce que l'observateur est censé connaître pour apprécier le gag.

(A vrai dire je n'ai reconnu que Game of Throne et bien sûr l'âne de Shreck. O. m'a donné les sources des deux autres images: la première, c'est un jeu d'arcades où l'on tue des dragons, le deuxième est un film (Dragons en français, mais How to trained a Dragon? en anglais) «dont j'aime beaucoup la musique», me dit O.

Tu sais que tu as des origines paysannes

…quand tu demandes à tes parents de te ramener «un peu de graines de tournesol pour les oiseaux» et que tu reçois un sac de 50kg (les chaussures sont là pour l'échelle) venu directement de l'exploitation agricole des voisins de ta tante.





Par ailleurs la fillette présente à la maison s'est exclamé lorsque j'ai ouvert la porte du grenier, si plein qu'on ne peut franchir le seuil (ce que je voulais lui montrer): «Oh, la chance!»

Ça m'a remonté le moral concernant cette pièce.

Arago

A l'angle de la rue du Faubourg Saint-Jacques et du boulevard Arago, devant l'institut protestant, se dresse un socle vide. Ou plutôt, se dressait, car maintenant il y a ça :




J'ai cru à une blague de potache (plutôt musclé le potache, car même si c'est en plastique (ce qui n'est pas certain) il a fallu monter la statue et la fixer) lassé d'attendre que revienne la statue partie en réfection.
Mes camarades de l'ICP me détrompent: «Le piédestal était vide, il n'y a jamais eu de statue. Enfin si, mais elle a été fondue pendant la guerre. Nous ne savons pas qui a mis cette statue rouge, elle est apparue un jour».

Une recherche Google plus tard j'ai trouvé: il s'agit d'une œuvre de James Colomina pour sensibliser à l'urgence climatique.

Quand ça veut pas, ça veut pas

Quatre ce matin sous la pluie : trempés comme des soupes. Mais le meilleur bateau depuis longtemps.

L'après-midi en glandant (surfant) sur FB, je tombe sur l'info : la Coupe des Dames est annulée. La Maine est trop basse et une bactérie a amené le préfet à interdire la navigation.

Je suis dépitée. Je me suis tout de même entraînée tout l'été pour améliorer mes performances et faire partie de l'équipage.
H. tente de me remonter le moral: — Vous ne pouvez pas faire une autre course?
— Il y avait bien Rouen une semaine avant… On avait laissé tomber, c'était trop compliqué d'emmener les bateaux d'un endroit à l'autre à une semaine d'intervalle.
— Alors c'est peut-être l'occasion ?
— Tu sais maintenant, Rouen… ce n'est pas vraiment le moment.
Il me regarde un moment sans comprendre, puis nous nous mettons à rire.









Note pour les temps futurs: à Rouen, incendie dans une usine chimique classée Sévéso dans la nuit du 25 au 26 septembre.

Catéchisme

Cette année, je n'ai pas été recontactée par la responsable de l'année dernière. Il faut dire que le courant passait mal entre nous. N'empêche, je suis un peu vexée, un peu déçue, un peu inquiète: est-ce que j'ai mal enseigné? Est-ce que les enfants étaient mécontents? Ou les parents? Ou n'est-ce que la responsable qui ne voulait plus de moi dans son équipe?

Dans le fond ça m'arrange, les enfants me font peur et je ne savais pas comment j'étais censée m'y prendre. Mais malgré tout, mi-vexée, mi-inquiète.

En juin, la responsable du bulletin de la paroisse avait demandé aux catéchistes leur témoignage. Voici ce que je lui avais donné (en sachant qu'elle couperait largement: je voulais lui laisser le choix des thèmes abordés, qu'elle puisse caviarder à l'aise en fonction de ce qu'auraient écrit les autres).
Pourquoi avoir accepté de « faire » du catéchisme? La réponse ressemble à une boutade: parce qu’on me l’a demandé. Cependant, n’est-ce pas tout ce que demande l’Évangile, à plusieurs reprises et sous des formes variées : répondre «oui» à un appel, même si l’on ne se sent ni très à la hauteur, ni très armé? (Mais comment je vais faire? Est-ce que je vais savoir faire?)
Par ailleurs, je suis convaincue de l’importance du catéchisme. Tout commence au catéchisme. C’est le premier lieu de la transmission. C’est le lieu qu’il faut tenir. C’est une question que je pose aux enfants quand je les vois me regarder lors de notre première rencontre, déconfits de s’être levés un dimanche pour une heure de quelque chose qui ressemble beaucoup à de l’école:
— A votre avis, pourquoi êtes-vous là? Pourquoi vos parents vous ont-ils inscrit au catéchisme?
— Pour qu’on connaisse Dieu et qu’on apprenne à l’aimer?
— Oui, bien sûr. Pour connaître et aimer Dieu. Mais pourquoi il est important que vous soyez ici, pourquoi vous, vous êtes importants? (Ils se regardent d’un air sceptique: eux sont importants?)
— Parce que vous êtes les suivants. Vous avez déjà fait de la course de relais ? Vous vous rappelez le nom du bâton, ça s’appelle un témoin. Vous êtes là pour qu’on vous passe le témoin. Les chrétiens ont besoin de vous, l’Église a besoin de vous pour qu’on continue à raconter l’histoire de Jésus et à croire en sa promesse. Vous êtes les suivants. Sans vous ça s’arrête.
(Entre nous, je ne sais pas si je les ai vraiment convaincus. Mais un ou deux deviennent attentifs. Et moi j’en suis convaincue : sans eux ça s’arrête. «Vous êtes la lumière du monde»: ils sont la lumière du monde et ils ne le savent pas. Nous devons tout faire pour faire naître et entretenir cette lumière.)

Qu’est-ce que cela m’apporte? Là encore je vais répondre par une boutade : beaucoup de panique. J’ai le bagage théorique nécessaire, mais je n’en ai aucun en pédagogie et je panique la veille, le matin: qu’est-ce que je vais raconter aux enfants? Et comment? Je n’ai pas d’aptitude en coloriage ou en découpage ou en chansons. Alors je révise les textes, j’essaie de trouver un axe intéressant, quelque chose à leur montrer, une carte de Méditerranée, une bible en hébreu... J’explique le contexte, la géographie, le vocabulaire («qu’est-ce que c’est, un scribe? Vous avez déjà vu du lin?») J’essaie de montrer combien les émotions et réactions des hommes et des foules d’hier et d’aujourd’hui se ressemblent, les peureux, les courageux, les enthousiastes, les indécis. J’attache beaucoup d’importance à ce qu’ils aient bien compris les textes. Ce que je préfère, c’est le dialogue avec les enfants, leurs questions et leurs réponses. Ils sont terriblement sérieux (je leur ai posé la question: à la place du père, eux n’auraient jamais donné l’héritage à l’enfant prodigue), mais aussi provocateurs: «la résurrection, c’est comme Mario Kart, on a plusieurs vies. — Sauf que dans Mario tu n’as que trois vies, alors qu’avec Jésus, c’est pour toujours»).

Cette année, j’ai eu le souffle coupé par la question d’un futur communiant, alors que je venais de raconter Jésus visitant les apôtres barricadés dans une maison après la crucifixion: «mais Madame, est-ce que tout ça c’est vrai?» Souffle coupé qu’il ait attendu si longtemps pour la poser, mais aussi qu’il ose la poser. Je m’applique toujours à répondre avec le plus d’exactitude possible. Pour moi il est fondamental que ma réponse corresponde à ce que les enfants voient et vivent au quotidien, qu’il n’y ait pas de divergence entre le discours de l’Église et leur expérience du quotidien: «Pour moi c’est vrai. Pour toutes les personnes que tu vois à l’Église, c’est vrai. Les évangélistes ont raconté la vie de Jésus, puis Paul et les premiers Chrétiens, et c’est venu jusqu’à nous. Nous attendons le retour de Jésus et nous croyons à la vie éternelle. Mais tout le monde n’y croit pas. Il y a des gens qui ne le croient pas.»
C’est ce que j’aime avec les enfants : d’une certaine manière c’est avec eux qu’il est plus facile de parler sur le fond, de parler de ce qui compte vraiment. Car à quel moment dans nos vies parlons-nous de notre foi, et avec qui ?
J'ai écrit cela, une partie a été publiée dans le bulletin paroissial en juillet, et en septembre je suis débarquée: pas de doute, je suis vexée, même si soulagée!
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