Petits problèmes qui occupent

- Panne informatique : une mise à jour a été lancée hier après-midi alors qu'elle devait tourner ce week-end quand tous les postes seraient inutilisés. Elle s'est donc lancée pendant que les gens travaillaient et tout a planté. Nous n'avons pu commencé à travailler qu'à onze heures.

- En voulant mettre une cale sous une armoire à dossiers, nous avons fait tomber l'armoire qui y était adossée et tous les dossiers qu'elle contenait. Heureusement que personne ne passait devant à ce moment-là.

- J'ai craqué et dit sèchement au «manager de transition» d'arrêter d'insulter les gens au téléphone. Cela fait des semaines que je l'entends être odieux avec des personnes de divers organismes administratifs (— Je ne suis pas insultant, je n'utilise pas d'insultes. — La prochaine fois je t'enregistre. Et arrête de reprocher aux gens de ne pas savoir chercher dans leurs mails alors que tu ne sais pas le faire toi-même).
La nouvelle responsable comptable et l'informaticien bouche bée m'ont regardée sortir de son bureau (j'avais parlé très bas, hurlé très bas).

- Train de 17h20. C'est la première fois que je prends un train si tôt. J'ai essayé une robe orange qui m'allait horriblement mal.

Sodome et Gomorrhe

Ligne 1, 7 heures.
Je ne connaissais pas cette couverture, subtilement en rappel de la robe de la lectrice.

femme lisant Proust sur la ligne 1


Un huit ça casse

«Un huit ne se retourne pas, ça casse»: c'est ce que nous avait dit un jour une compétitrice à Melun, alors que nous préparions à quitter le ponton.

Belle sortie ce soir, dans le soleil déclinant entre six et huit heures. Il fait chaud de façon supportable.


Le bateau n'est pas plat, à chaque coup il nous berce de babord à tribord, de tribord à babord. Cela traduit de multiples fautes de main, de changement dans les hauteurs de main sur le retour (durant la passée dans l'air, le moment le plus délicat).
La difficulté pour se corriger, c'est que chacun dépend des autres. Comme en plus de nos défauts nous compensons chacun plus ou moins consciemment les défauts des autres, si un rameur essaie de se corriger tandis que les autres ne sont pas prévenus, les compensations devenues inutiles aggravent le déséquilibre. C'est pour cela que pour corriger un défaut il faut de la patience les uns envers les autres et l'acceptation que toute correction commencera par rendre les choses pires.

Retour. Exercices. Nous croisons deux péniches montantes qui paraissent très pressées: veulent-elles arriver à l'écluse avant la fermeture? Les vagues sont énormes mais nous leur sommes parfaitement parallèles et nous n'embarquons aucune eau: fluctuat nec mergitur.

Sauf que nous, à l'arrière (je suis au six), nous entendons un dialogue confus qui parle de bateau fissuré. Un huit se découpe en deux parties pour être transportable en remorque (un tiers deux tiers ou moitié moitié); suite à la force des vagues le nôtre prend l'eau au niveau de la découpe. Nous entendons les ordres de JP: «Desserrez vos chaussures. Préparez vous psychologiquement à passer à l'eau.»

Nous rentrons lentement en demi coulisse.
Nous croisons deux autres péniches.
Nous n'avons pas coulé.

Reconversion fonctionnaire

Conversation dans l'openspace durant la pause déjeuner (il faut savoir que la moitié de mon équipe sont des fonctionnaires détachés de plus de soixante ans):

Françoise: — De toute façon on va disparaître, on va fusionner.
Hugues: — Mais c'est pas graaave. On ouvrira une maison close.
Danielle: — Moi je veux bien être la patrone.
Alice: — Ah oui, je t'imagine très bien derrière la caisse.
Françoise: — Mais moi j'vous préviens, j'veux pas faire les pipes. Je ferai pas les pipes.

Un kebab à Dordives

Pour une fois j'arrive à partir avant six heures. Train de 18h07, je sors mon portable, classe mes photos, trie mes mails, consulte le calendrier. Le train ralentit en vue de Moret; je me lève, pose mon téléphone sur le siège, mon livre sur le téléphone; je range mon ordinateur, j'enfile ma petite laine, ramasse mes affaires, endosse mon sac à dos et sors sur le quai.

Je marche quelques mètres, m'apprête à reprendre mon téléphone pour terminer ma partie de Candycrush en marchant.
Pas de téléphone.
A la main mon livre, je revis la sensation du moment où j'ai ramassé mes affaires sur le siège: il faut se rendre à l'évidence, j'y ai laissé mon téléphone. Mon cœur se dérobe, et mer**, après me l'être fait voler en octobre, voilà que je l'oublie en juillet, ça fait beaucoup de téléphones.
«Zut, il faut que j'appelle H.» est ma première pensée.
«Ah mais non, je n'ai pas de téléphone», ma deuxième.

Je rentre, H. déclenche le mode perdu sur mon portabe et indique son propre numéro en contact: si par hasard quelqu'un d'honnête le ramasse, il pourra nous appeler. L'appli Apple nous permet de visualiser mon téléphone qui s'éloigne vers Nemours, il est toujours dans le train.

— Tu ne devais pas dégager l'étagère pour donner accès à la chaudière? (Demain passent un spécialiste de la marque après le dépannage en urgence par un plombier lundi dernier).
— Ah oui, c'est vrai.

Il faut trouver de la place, au sec, pour des pioche, pelle, balai, karcher, barre à mine, hache. Une partie va derrière la machine à laver, les trousses à outils très lourdes sont empilées dans le dressing, la rallonge électrique montée au dernier étage.

Le portable de H. sonne. Mon portable a été retrouvé. L'homme providentiel propose de le rapporter à Moret demain. Je trouve étrange que ce soit lui qui le rapporte et non moi qui me dérange, mais H. dit d'accord.
Il raccroche. Nous continuons à déménager: les bâches, les pompes à vélo, les sécateurs, mais pourquoi avons-nous tout ça, nous ne nous en servirons jamais. Le téléphone sonne. L'homme a changé d'avis, il propose un rendez-vous à Montereau demain vers 11 heures. H. accepte.
— Mais à quelle heure passe le fumiste?
Ah zut, H. n'y avait pas pensé. Il rappelle à son tour, propose que nous venions tout de suite: l'adresse est à Dordives. Nous attrapons une bouteille de champagne (ça vaut bien ça, je suis soulagée mais n'ose pas encore y croire tout à fait) et traversons la forêt, Waze nous fait passer par de magnifiques routes de campagne, c'est long, l'homme nous rappelle, «nous sommes à trois kilomètres, nous arrivons tout de suite». C'est moi qui ai décroché, il a une voix faible, épuisée, j'imagine un travailleur pressé de se coucher.

Nous arrivons à Dordives, l'adresse est le long de la Nationale (ex-Nationale), une silhouette attend devant un portail.
L'homme est en fait un adolescent, quatorze ans peut-être, intimidé, muet. La tête de sa mère, jeune elle aussi, apparaît au portail, souriante. Je comprends mieux les coups de fil successifs, sa mère a dû lui dire «ce n'est pas à toi de te déplacer», puis «ça va durer longtemps? Il faut que tu ailles au lit». Nous échangeons quelques mots, je récupère mon téléphone, je tends la bouteille de champagne. Il la prend sans rien dire.
Le portail se referme et tandis que nous montons dans la voiture, nous entendons un cri de joie: le champagne était une bonne idée.

Neuf heures vingt. C'était bien la peine de quitter tôt le bureau. Nous dînons d'un mauvais kebab à Dordives.

Taire ses doutes

Aujourd'hui nous avons fait le quatre auquel je n'ose croire.

SE: — On fait un quatre avec Alice?
JP: — Flore ne vient pas d'arriver?
SE, un peu moins fort: — J'ai envie d'essayer avec Alice.

C'est donc mon examen ou mon concours d'entrée. Je sais que je suis la moins costaud, la moins aguerrie — pas forcément la moins technique, au moins en connaissances théoriques.
Quatre. J'imagine qu'être musicien et se trouver soudain en quatuor présente la même expérience: chacun sait ce qu'il a à faire, chacun connaît les règles, mais est-ce que l'ensemble va fonctionner? L'ensemble va-t-il être ensemble?

Sortie merveilleuse. Retour maîtrisé (recovery en anglais, récupération), concentration, un minimum de mots échangé. Nous montons jusqu'à Champagne (sept kilomètres). JP grommelle, le bateau vrille, la poussée n'est pas équivalente des deux côtés (je suis loin d'avoir des sensations aussi fines. J'ai juste remarqué avec surprise qu'il plumait).

Et là, toujours la question: est-ce que c'est de ma faute?
Mais je ne la formule pas. Autrefois je l'aurais formulée. Aujourd'hui je m'interdis de le faire. J'ai enfin compris que la réassurance que l'on recherche n'est jamais donnée. Bien pire, à ce genre de question l'interlocuteur répond oui in petto. Une seconde avant il n'en avait aucune idée — et peut-être se posait-il la même question à propos de lui-même — une seconde après il connaît enfin le responsable.

Nous redescendons. Exercices variés, coordination parfaite, grande attention. En sortant du bateau je suis heureuse, mais je ne sais pas ce que les autres en ont pensé. SE a l'air aussi satisfaite que moi.
Personne ne me dit rien. Evidemment, moi je l'ai vu comme un examen, mais pas eux.
Ne pas poser la question Est-ce que c'était bien?, sous-entendu Est-ce que j'étais bien?: ne pas prendre le risque de faire réfléchir, évaluer, ne pas montrer mon sentiment d'infériorité.
Ne rien dire. Attendre.
On verra bien s'ils me le reproposent.

Bien dégagé autour des oreilles

Ce matin je suis partie ramer en sachant que le petit jardinier (c'est son nom) passait tailler la glycine.

C'est le jardinier de Yerres. A notre grand bonheur il a accepté de venir bien que ce soit loin de chez lui — à notre grand bonheur, parce qu'il a une imagination débordante et fait bien plus que planter et couper — or nous savons ce que nous voulons dans le jardin (moi des fleurs, H. une cabane pour ses outils et des herbes aromatiques) mais nous ne savons pas du tout comment nous y prendre.

En arrivant à midi, j'ai eu le souffle coupé: pour tailler, il a taillé! Côté rue, les glycines sont taillées à l'aplomb du mur et ne débordent plus (elles empiétaient de cinquante à soixante centimètres en une grosse masse joyeuse), la poutre au-dessus du portail a été dégagée alors que les glycines se rejoignaient dans un emmêlement de branches qui coinçait les vantaux et nous arrosait lorsque nous forçions l'entrée après une averse. Côté jardin, les troncs ont été dégagés et les feuilles constituent deux formes ovoïdes bien sages.

Il paraît que la poutre est si pourrie qu'il voulait l'enlever aussitôt: «elle tient par l'opération du Saint-Esprit». Il va la remplacer.

En toute modestie, j'avais laissé comme consigne une carte postale du jardin de Monet (devant sa maison) et l'instruction «je veux un jardin de curé».
H. et le petit jardinier ont étudié les possibilités — rosier rouge, chèvrefeuille, laurier sauce, érable du Japon. «La difficulté, ce sont les accès, entrer et sortir les poubelles, les vélos, tailler les fleurs…»

Nous allons nous débarrasser de l'abri à moto et de la balancelle hérités de l'ancien propriétaire.

Voici l'état de départ, avec son aspect crapouilleux de terrain vague, et l'objectif.
Commentaire d'H: «Ça va être difficile, la perspective.»

jardin avec glycines taillées Giverny-carte de la Réunion des Musées nationaux


Vous aurez droit aux photos des évolutions.

Toujours plus fort

J'avais parlé du magnifique vocabulaire, et très naturel, de ma directrice.

Le président a fait mieux, non sans y mettre quelque cabotinage: dans une réunion avec des délégants, il a placé: «dans ma vision téléologique de la situation…»

(Je ne sais pas si les autres ont compris. Pour ma part, je connais ce mot grâce à la théologie.)

Pour la peine, j'ai placé «holistique» quelques instants plus tard, même si ce mot est beaucoup plus courant grâce à la mouvance New Age.

A l'IMEC

Matinée sur la Méthode d'Edgar Morin. A lire le titre, je n'avais pas fait le lien avec Descartes, pourtant évident.

Toujours ce paradoxe que la méthode rationnelle soit issue d'un rêve. Plus tard on me conseillera un livre: Ce que Descartes n'a pas dit, sur les phrases et idées attribuées à tort à Descartes. Il paraît que ce livre est remarquable.

J'ai la surprise d'entendre parler de Bergery que je pensais totalement inconnu et insignifiant. Ainsi cet homme n'existe pas que pour les lecteurs de Claude Mauriac, mais également pour les morinistes.

Gödel cité une première fois, Escher, Gödel, Escher, Bach plus tard. Au buffet du soir à l'IMEC, j'en profiterai pour dire mon désir de voir un colloque se tenir avec la participation d'Hofstadter. Si la graine a été plantée dans le bon cerveau, j'ai mes chances. Il faut que j'en parle à Elisabeth et GEF, aussi.

Pluie, crachin, il fait douze degrés. J'ai amené un imperméable mais pas de pull. Heureusement que j'ai avec moi le pantalon acheté hier.
Comme toujours, le bonheur de Cerisy, ce sont les rencontres. «Non, parce qu'il faut dire la vérité, on vient à Cerisy pour la confiture courge-orange (un délice), on va à l'IMEC pour la cuisine. Les chambres sont monacales, mais le cuisinier hors de pair.»

J'achète des cartes postales, je découvre que l'accueil vend des timbres, des timbres personnalisés avec le château. Enthousiaste, j'en prends une planche… et me fait enguirlander par Edith Heurgon quand elle s'en aperçoit: «mais c'est fait pour dépanner, pas du tout pour ça!»
C'était bien la peine d'imaginer que j'allais soutenir et promouvoir l'image du château. (Sacrée Edith. Plus tard Francis Danvers racontera qu'un jour qu'il était arrivé presque en retard après s'être lui aussi perdu dans Cerisy-la-Forêt, Edith Heurgon l'avait accueilli d'un «Monsieur Danvers, à quoi bon être un spécialiste de l'orientation si vous n'êtes pas capable d'arriver jusqu'ici?»

L'IMEC est magnifique. Cela donne des idées sur la façon d'aménager les églises que l'on voit en vente ça et là… (mais je préfèrerais un bâtiment industriel, genre papeteries ou usines de textile en brique rouge le long des cours d'eau).

l'intérieur de la salle de travail de l'IMEC

Ce soir j'ai peut-être de la fièvre — mais rien pour le vérifier.

De St Antoine à Cerisy par Garches

* Enfin vaccinée (Johnson), par la doctoresse qui m'avait tant plu.

La thrombose serait peut-être une allergie à l'héparine, l'un des composants du vaccin. Cette allergie est imprévisible, il n'y a pas de profil déterminé.
«Si vous avez de la fièvre plus de quarante-huit heure, ou si la fièvre réapparaît plus tard, prévenez-nous. Ne vous dites pas "c'est bon, c'était pour moi": maintenant nous avons du recul, nous savons réagir.» (Elle me fait rire.)

J'ai de la tension. La dernière fois 15.8, cette fois-ci 14. Je mets cela sur le compte de mon nouveau boulot.
— Prenez votre tension quand vous y pensez, trois fois de suite parce que les résultats varient sur trois fois. Vous voyez souvent votre médecin traitant? (Non) Envoyez-moi les résultats. Parce que les artères ducissent, ça fatigue le cœur. Une pilule par jour pendant un an ou deux, il est possible d'arrêter si ça se régule, vous n'entrez pas au couvent.

Je vais le faire. Je ne voudrais pas fatiguer mon cœur maintenant que j'ai la perspective de faire un quatre master!


* J'ai un peu de temps, je passe chez Max Mara et trouve deux combinaisons, pièce de vêtement à la mode cette année mais souvent difficile à trouver. Celle que je porte à vingt-cinq ans (avec un changement de fermeture éclair). L'une des deux que je viens de trouver ressemble énormément à une que j'ai portée jusqu'à la transparence circa 1992. Je suis enchantée. Et un pantalon (je n'en ai qu'un pour l'été, or j'ai abandonné les robes légères en entreprise, image oblige) et un haut pour assortir.
Voilà. Normalement je n'achète plus de vêtement jusqu'à ce que les actuels craquent, coutures ou usure du tissu. Cinq à dix ans, je pense.


* Direction Garches pour voir la mère d'H. hospitalisée depuis une semaine et qui repart demain chez elle en province. C'est la première fois que je la revois depuis février 2020.
— En fait, ça fait un an que vous n'avez pas vu autant de monde.
— C'est tout à fait ça.

Je récupère la voiture. H. rentrera à Moret par le train, un jour de grève (eh oui, à peine déconfinés que la SNCF fait grève: on se demande quelle passion les habite de vouloir ainsi à toutes forces planter la France, pour ensuite se plaindre (et accuser) que la France soit plantée).


* Voyage vers Cerisy. Il faut arriver avant 19h30. Je n'ai pas eu le temps de déjeuner, je mange une quiche au poulet sur la route, à Ste Colombe-la-Commanderie. La boulangerie s'est intelligemment installée au niveau du seul feu rouge. Un routier me regarde hilare déguster ma quiche le long d'un muret. Je me demande s'il a fait le lien avec la décapotable garée de l'autre côté de la route. (Plus tard je lui ferai de grands signes en le dépassant. Là encore, a-t-il compris que j'étais celle avec qui il avait partagé un rire quelques kilomètres plus tôt?)

Je roule contre ma fatigue, contre ma peur d'avoir de la fièvre (doliprane préventif au lever, doliprane à midi), pour arriver à l'heure. Pour ne pas prendre l'autoroute, je suis Michelin et non Waze, mais Michelin se trompe et m'emmène en forêt de Cerisy. Encore trente kilomètres à rouler soit trente minutes, je vais arriver avec seulement dix minutes d'avance. Station essence en catastrophe et par chance (petit réservoir, quand le voyant s'allume il faut réagir vite).

J'arrive à l'heure. Repas en face de Francis Danvers. Soirée autour d'un inédit d'Edgar Morin, un roman retrouvé dans les archives de l'IMEC. Très proustien.
Je ne peux m'empêcher de ressentir un certain cabotinage morinien (jugement à l'emporte-pièce de quelqu'un qui ne le connaît pas).

Chambre du marquis. Très joli. C'est la première fois que je dors au château (j'ai déjà eu une chambre aux escures, à la laiterie, à l'orangerie). Il fait froid.

Elections

Journée comme assesseur aux départementales et déléguée aux régionales. Organiser le cheminement, la circulation dans les bureaux en temps de covid a été un casse-tête.

Je suis assesseur au bureau 2 de Moret. La commune (est-ce une ville, mais qu'est-ce donc?) Moret-Loing-et-Orvanne (MLO) regroupe Moret, Veneux, Ecuelles, Montarlot et Episy, soit des lieux séparés de plusieurs dizaines de kilomètres.

Le rapprochement ne s'est pas fait sans heurt et la ville a changé trois fois de nom depuis 2015, avec démission dramatisée d'une partie des conseillers municipaux puis revirement, etc.

La présidente de mon bureau est l'actuelle maire de Moret (maire déléguée, si je comprends bien, maire "uniquement" de Moret-sur-Loing). L'autre assesseur est un ancien instituteur. Il connaît tout le monde, salue tout le monde, tout le monde est plus ou moins son voisin: «Ah, X, je me souviens, je vous ai eu en CM2 la première année où j'étais en poste ici (dans les années 90)».

J'en profite pour me renseigner, récolter des anecdotes. La nouvelle équipe a été élue à neuf voix près:
— Nous avions soixante-dix voix d'avance, il ne restait qu'un bureau à dépouiller à Veneux, nous avons fini avec neux voix d'avance. Il y avait une tension terrible, Septiers ne voulait pas annoncer le résultat, à cause du covid les gens étaient censés rester dehors mais ils se massaient à l'intérieur. Il y avait les pour et les contre, j'ai vu le moment où ils allaient se battre, j'ai demandé à Septiers de proclamer les résultats, il a fallu un ordre de la préfecture.
— Et pour quelle raison deux voix ont-elles été invalidées?
— Nous avons noté au PV que Septiers et un autre n'étaient pas passés dans l'isoloir et avaient affiché leur vote. En fait cela aurait dû faire onze voix d'avance et non sept. Enfin, ce n'est pas grave.

Je suis assesseur titulaire, un suppléant me remplace entre 11h et 15h. Un sadique a désigné l’ancien maire Didier Limoges assesseur suppléant au bureau de la maire qui l'a remplacé.
— Il a dit, on m'a rapporté, que c'était particulièrement dur pour lui d'être remplacé par une femme.

Un ami m'a dit qu'ils avaient passé quatre heures côte à côte sans se parler.

Pendant ma pause je fais le tour des bureau puisque je suis déléguée.


J'étais soulagée d'apprendre que les bureaux fermaient à 18h, mais le dépouillement a pris beaucoup de temps: d'abord les départementales, puis les régionales, et un refus du secrétariat de laisser les scrutateurs des régionales dépouiller tant que les PV des départementales ne sont pas terminés.
Il paraît que je suis stressante.
Je dirais que je suis vive.


Ce soir je pense à "mon" commentateur Fredi: les résultats vont le ravir.

Proposition

Serena n'ayant pas de voiture, je l'emmène au club. Elle n'assume pas tout à fait la décapotable rouge. Nous avons le projet de faire un quatre, mais Siva n'arrive pas. Jean-Paul et Serena partent en deux de couple, je sors en skiff. Je peine mais je suis plutôt contente de ne pas me faire rattrapper par le huit de couple (que j'ai remonté pendant qu'il était à l'arrêt). Relativisons, c'est un huit qui aurait dû former deux yolettes, c'est une très mauvaise idée de faire du huit sans le niveau technique requis, c'est un bateau difficile.

Il y a peu de «rameurs d'hiver», beaucoup de nouvelles têtes en ce premier jour sans masque depuis que je suis arrivée au club en août. Les habitués me manquent.

Nous rentrons. Je passe à Fontainebleau pour récupérer le traditionnel repas japonais.
Fatalitas, un homme est passé prendre ma commande! Incompréhensible.
Le restaurant me propose d'en préparer une autre, je ramène Serena à Moret pour ne pas la faire attendre et reviens.

En voiture Serena me propose soudain: «Nous avons pensé à un 4 Master avec Jean-Paul, Siva et moi. Tu serais partante?»
Je réponds oui, avec naturel.
Intérieurement c'est comme un matin de Noël à quatre ans, je n'ose y croire.
— Pourquoi pas Flore ? (jeune femme récemment arrivée au club, ancienne compétitrice.)
— Elle a 27 ans, elle nous tire vers le bas.
— J'ai 54 ans.
— Jean-Paul 62, Siva 58 (incroyable) et moi 46.

Bon, si ça se concrétise, ce sera un vrai coup de bonheur. Je n'y crois pas totalement, ce qui est un tort, car ne pas croire empêche d'advenir.

Journée pleine

Matinée de réflexion sur l'évolution des garanties.

Fin de journée (16h30-18h30 un vendredi, qu'on ne me dise plus que les fonctionnaires partent en week-end le midi) en grand O avec le service achat du ministère ***.

Puis RER C jusqu'à Bouray (interminable et plein), D. m'attend à la gare en MX5 décapotable: nous l'avons convaincue.
Elle qui ne va pas très bien me confie: «cette voiture est un véritable antidépresseur».

Soirée agréable durant laquelle je m'ennuie vaguement. Nous rentrons dans la nuit. Ce doit être la première fois que nous violons réellement le couvre-feu, en partant après l'heure sans réelle justification. C'est ballot si l'on song qu'il se termine dimanche.

Cuisine virtuelle

J'ai parfois parlé de nos conversations dans la cuisine, sans espoir dans donner une idée exacte ou même approchante.

Voici, roulements de tambour, une transcription d'une discussion WhatApps entre les deux frères et la sœur qui donne une approximation du nawak familial.

************


[16:36, 6/18/2021] C: [A: Mais Jesus aurait-il eu autant d'impact sur l'histoire s'il n'avait pas été trahi et mis sur la croix ?]
Non, c'est pour ça qu'il a demandé à Judas de le trahir.

[16:37, 6/18/2021] C: Malin le Jésus

[16:37, 6/18/2021] A: Quelqu'un a vu DaVinci Code ici ?

[16:37, 6/18/2021] C: Je l'ai lu et je l'ai promptement effacé de ma mémoire. Je me souviens juste que j'ai vraiment pas aimé.

[16:38, 6/18/2021] A: [C: Non, c'est pour ça qu'il a demandé à Judas de le trahir.]
Autrement dit si on est treize à table, ça veut juste dire que l'un d'entre nous est le personnage qui fera avancé le protagoniste.
Donc….
Qui est qui ?

[16:38, 6/18/2021] A: Le film est fun.

[16:45, 6/18/2021] Cam: [A:Autrement dit si on est treize à table, ça veut juste dire que l'un d'entre nous est le personnage qui fera avancé le protagoniste. Donc…. Qui est qui ?]
Je suis Philippe. Ca veut dire j'aime le cheval.

[16:45, 6/18/2021] C: L'apôtre Phillipe est une nouveauté pour moi 🤔

[16:46, 6/18/2021] Cam: Je crois en Wikipédia.

[16:48, 6/18/2021] C: Moi aussi, je ne connais pas les noms des apôtres par coeur.

[16:50, 6/18/2021] A: J'ai des trucs plus intéressant à apprendre 🤣

[16:52, 6/18/2021] C: Je dis pas que c'est pas vrai, je dis juste que t'es sans doute la personne que j'appellerais si j'avais besoin de quelqu'un pour réciter les 751 pokémons dans l'ordre...

[16:53, 6/18/2021] A: Pour la g1 [première génération] sans doute. Après tu m'en demande trop pour l'ordre. Ça et je n'ai toujours pas eu l'occasion de jouer à un nouveau jeu pokemon depuis XY...

[16:55, 6/18/2021] A: Je les ai mais je n'y ai pas encore joué. J'ai rubis omega mais pas saphir Alpha. Et je n'ai rien après ça. De toute façon il me faut la switch pour jouer au dernier donc ça attendra. Enfin bref, tout ca pour dire que je connais un peu les nouvelles génération grâce au cartes mais je suis à la traine...

[16:59, 6/18/2021] O: [C: Je dis pas que c'est pas vrai, je dis juste que t'es sans doute la personne que j'appellerais si j'avais besoin de quelqu'un pour réciter les 751 pokémons dans l'ordre…]
Français ou anglais ?

[17:00, 6/18/2021] A: J'ai une certaine connaissance des deux mais rien d'extraordinaire.

[17:00, 6/18/2021] O: Je commence à être bon aux noms anglais à force de regarder des vidéos anglaise.

[17:00, 6/18/2021] O: Mais bon rien de Folichon.

[17:01, 6/18/2021] C: Same.

[17:01, 6/18/2021] C: Je pense que je connais les deux premières génération. Après c'est même pas la peine.

[17:01, 6/18/2021] A: Tu regardes des vidéos pkmn en anglais ?

[17:01, 6/18/2021] O: Vi.

[17:01, 6/18/2021] A: Pas moi 🤣

[17:01, 6/18/2021] O: Je regarde des challenges débiles et des speedruns.

[17:02, 6/18/2021] C: Pareil, ça me sert de fond quand je travaille à préparer mes jeux de rôles.

[17:02, 6/18/2021] A: Je fais à peu près tout en anglais mais les animés sont dans leur langue d'origine. J'ai eu un peu de mal à m'habituer au chinois

[17:03, 6/18/2021] O: [C: Pareil, ça me sert de fond quand je travaille à préparer mes jeux de rôles.]
Je t'ai vu t'abonner une fois sur le stream de Keizaron ça m'a fait rigoler (c'était y'a très très longtemps).

[17:03, 6/18/2021] O: [A: Je fais à peu près tout en anglais mais les animés sont dans leur langue d'origine. J'ai eu un peu de mal à m'habituer au chinois]
Les animés pokémons sur chinois ?

[17:03, 6/18/2021] A: Lol

[17:03, 6/18/2021] O: sont*

[17:03, 6/18/2021] C: J'aime bien Keiz. Je le regarde encore de temps en temps. Les cinqo bingo race sont vraiment cools.

[17:03, 6/18/2021] A: Non. Mis à part les films je ne regarde quasiment pas de pokemon

[17:04, 6/18/2021] A: Je suis plus dans les jeux et les cartes

[17:04, 6/18/2021] O: [C: J'aime bien Keiz. Je le regarde encore de temps en temps. Les cinqo bingo race sont vraiment cools.]
Yep.

[17:04, 6/18/2021] O: Y'a des animés de carte pokémons ?

[17:05, 6/18/2021] A: ?

[17:05, 6/18/2021] O: Bah c'est ce que je comprends de ce que tu me dis. 😅

[17:06, 6/18/2021]
affiche pokemon shojo


C: Tu savais qu'il y avait un manga shojo pokémon, qui a genre une quinzaine d'année ? Fuel à cauchemars.

[17:06, 6/18/2021] A: Je vois pas où ça bug. Je ne regarde pas pokemon mis à part les films. Je suis plus dans les cartes et les jeux. Autrement dis pas les animés.

[17:06, 6/18/2021] O: Je ne savais pas. Je sais pas si je suis content de le savoir.

[17:06, 6/18/2021] O: Bah qu'est-ce que tu regardes en chinois tout simple.

[17:06, 6/18/2021] O: simplement*

[17:07, 6/18/2021] A: Et aujourd'hui, quoi que je regarde je privilégie la langue d'origine. Donc quand les animé sont d'origine chinoise, c'est en chinois

[17:07, 6/18/2021] A: Genre Quanzhi Fashi

[17:07, 6/18/2021] O: [A: Je fais à peu près tout en anglais mais les animés sont dans leur langue d'origine. J'ai eu un peu de mal à m'habituer au chinois]
Animés sont en langues d'origine, j'ai du mal avec le chinois.

[17:07, 6/18/2021] C: [A: Genre Quanzhi Fashi]
Ah bah oui, tout à fait, je sais exactement ce que c'est, bien sûr, tout à fait.

[17:07, 6/18/2021] O: D'accord. Je croyais que tu parlais de pokémont.

[17:07, 6/18/2021] O: -t

[17:07, 6/18/2021] A: Versatile mage

[17:07, 6/18/2021] C: Ah !

[17:07, 6/18/2021] O: Ah ça.

[17:08, 6/18/2021] O: J'ai essayé 50 chapitres j'ai décroché.

[17:08, 6/18/2021] C: /me retourne travailler.

[17:08, 6/18/2021] O: Bon travail 🙋‍♂️

[17:08, 6/18/2021] A: Le manga est dur à lire car dispersé. Mais je suis les light novels. Et l'anime est sympa.

Précision

18-20h : formation assesseurs. Je n'aurais pas dû y aller, il faisait trop chaud, masque obligatoire, je suis au point, j'ai ensuite calculé que j'avais dû être assesseur au moins une dizaine de fois depuis 2007, mais c'est ainsi: nouvelle dans une ville, je m'applique, et puis on ne sait jamais, si quelque chose m'avait échappé.

20-23h : boitage dans Veneux. Magnifique et épuisant. Je ne sais pas si son nom est en relation, mais Veneux est sillonné de venelles étroites et herbues qui courent entre les murs qui soutenaient autrefois des vignes. Rosiers et chévrefeuilles. Des maisons longues et basses s'élèvent perpendiculairement aux rues, des maisons menues dans d'immenses jardins.

Sociologie des boîtes aux lettres: ici elles sont presque toutes cubiques, aux normes, dans les murs près des portails ou sur des poteaux; à Moret, ville médiévale, ce sont souvent des fentes larges comme une carte postale donnant directement sur le carrelage de l'autre côté de la porte d'entrée.
Volet qui se pousse, qui se soulève, sur la façade ou sur le toit, noms multiples accompagnés d'une ribambelle de prénoms ou silence blanc sans même un numéro, pannonceau ou autocollant plus ou moins coloré annonçant «stop pub» parfois nuancé d'un «sauf informations locales».

Quand soudain cette importante précision:

boite aux lettres avec étiquette stop pub et précision sauf foire aux vins

Pas de pub sauf foire aux vins

Vocabulaire

J'ai déjà dit que j'avais l'impression d'avoir changé de dimension.

Exemples du vocabulaire utilisé naturellement par ma boss (je les ai notés puis révisés toute la journée, car si ces exemples me réjouissent, je les oublie bien trop vite pour les raconter ici):

— Il ne peut pas exciper de sa fonction pour […]

— Je sais que mes confrères n'en peuvent mais.

Ou encore ce matin, en visioconférence à vingt-cinq, tandis que nous cherchions à identifier l'interlocuteur que nous entendions, quelqu'un s'est exclamé: «c'est qui qui parle?»
Impertubable et sans temps d'arrêt, ma boss a repris la question: «Excusez-moi, qui s'exprime, s'il vous plaît?»

C'est si reposant. J'en ai le souffle coupé à chaque fois.

Du matin au soir

Boitage dans les rues de Moret à partir de 5 h du matin. Le jour se lève. Merles, hirondelles. Trois kilomètres le long du centre historique. C’est vraiment petit Moret. Je fais mal la différence entre les maisons historiques et le néo-médiéval.

Je lis les plaques. Le donjon, reste d’une demeure de Louis VI puis Louis VII, qui aima beaucoup Moret. Une maîtresse d’Henri IV en prit soin, Marie Lezinska y passa la nuit la veille de son mariage à Fontainebleau. Un particulier (il faudrait connaître son nom) le restaura au début du XXe siècle. Il ajouta sur la façade une rosace récupérée dans une église.

J’ai pris mon ordinateur pour bloguer dans le train. En effet, je n’y arrive ni le matin ni le soir. Ce n'est pas concluant car sur la plupart de mon trajet il n'y a pas de réseau (plaine de Brie et forêt de Fontainebleau).

Le soir nous mangeons sur la terrasse, je vérifie l’humidité de mes cinq pots, verveine, ciboulette, azalée, menthe douce, basilic grand vert, je me demande comment faire croire à mon azalée qu’elle vit sur une pente tibétaine. Je déplace les pots pour que la glycine leur fasse de l’ombre la nuit malgré le réverbère. Je plains en mon cœur les plantes qui ne peuvent se mettre à l’abri de cette lumière perpétuelle. Je me mets au lit et je m’endors (puis me réveille trois heures plus tard. Insomnie. C’est une autre histoire).

Cette fois-ci peut-être

Bonjour madame

L’amendement tant attendu est passé donc nous pouvons reprendre les vaccinations. A moins que vous ayez été vaccinée depuis la dernière visite, nous pouvons programmer ce vaccin dès la semaine prochaine. Pouvez-vous me dire ce qui serait pratique pour vous?
Nous pouvons nous appeler demain pour en parler plus précisément. Il y aura à nouveau des signatures et des prélèvements…
Vous vous rappelez j'espère qu'il était possible de se faire vacciner Janssen… mais pas dans le cadre de l'étude de l'étude.

Rendez-vous le 21 juin. Croisons les doigts.

Organisation des vacances

Très tôt le matin je réserve un hôtel pour Vienne et deux billets d'avion.

Je découvre avec ahurissement le choix des menus possibles:

choix des menus proposés par austrian air line


Je fais une recherche Google: le «Jain menu» est un menu pour la communauté Jaïn, strictement végétalien (vegan, rien d'origine animale), sans oignon ni ail ni aucune racine végétale.
Surprenant que ces gens prennent l'avion, mais pourquoi pas.

******

Je reçois un mail de Se, le genre de rameuse dont je n'imaginais pas qu'elle connaissait mon existence (fierté). Elle organise un stage de perfectionnement au Creusot du 12 au 15 août, soit deux jours avant mes billets d'avion.
C'est chaud.

Je pose la question à H.
Refus catégorique.

Mon enterrement est plus pourri que le tien

«C'est pas pire que ce qui est arrivé à une copine de ma fille. Cette copine avait organisé les obsèques de son oncle à Villeneuve-St-Georges, tout le monde arrive pour quatorze heures et là, y'avait eu un problème dans leur agenda, i'z avaient pas noté l'oncle et la fille du crématorium lui dit: "ça va être possible, faut revenir demain". Exactement comme si elle annulait un rendez-vous chez le dentiste.»

Journée bizarre

Il fait beau. Il paraît que le printemps va enfin s'installer.

Au téléphone je m'engueule avec H. pour des problèmes de carte Navigo et parking Effia (bref, pour rien).

Plus tard il m'envoie des textos: à quelle heure rentré-je, que voulais-je comme glace, il y aura un spritz qui m'attend.
Bizarre. J'ai honte. Je me dis que nous nous sommes trop engueulés pour rien.

A cinq heures je pense rentrer (je suis la dernière: vendredi chez les fonctionnaires) mais je fais l'erreur d'ouvrir mes mails. A sept heures j'y suis encore.

RER A, train. Voisin bruyant, je déménage (je ne m'habitue pas à la foule depuis la fin du couvre-feu. J'avais oublié).

A la gare, mon vélo (celui de A.) a disparu. Volé. Je l'aurai utilisé deux fois: mon père l'a gonflé dimanche, je l'ai utilisé une fois mardi et une fois ce matin.

Je rentre à pied.

Il y a bien du spritz. Verre en terrasse (sur notre terrasse).
H. m'apprend que René est mort.
Il le sait depuis ce matin. Maman lui a envoyé un sms dans la matinée.

J'écris à Christine. Elle pensait que j'étais au courant. Mort depuis le 22 mai. Enterré le 2 juin.

Rosalie

Mardi dernier (25 mai), A. nous a appris que Rosalie était morte dimanche.

A. nous avait envoyé un mot deux semaines avant (le 12 mai): «Rosalie sort de chez le véto. Problème cardiaque génétique qui a provoqué un épanchement pleural. Il serait probablement pertinent de faire vérifier Charlotte1».

Comme A. est du genre à ne jamais aller chez le médecin mais à emmener ses animaux chez le véto, je ne m'étais pas inquiétée (ce qui est un tort, car A. n'est pas riche: si elle paie le véto, c'est qu'il y a une raison).

J'ai eu A. au téléphone. Les poumons de Rosalie avaient été vidés, mais l'infection a été la plus forte. Rosalie a brutalement maigri et en deux jours elle était morte.
Seize ans.
Nous l'avions depuis juillet 2005.

chat de trois mois sur robe rouge



Rosalie en 2019 dans la pelouse, avant qu'A. ne l'emmène à Mortagne: j'étais consciente du temps qui passait; A. avait une relation privilégiée avec Rosalie; je voulais que toutes deux passent du temps ensemble alors que Rosalie se faisait vieille (mais je n'imaginais pas que le temps qui restait serait si court).

chat étendu de tout son long dans l'herbe verte






Note
1: sa sœur que nous avons à la maison

Triplette

Le club d'aviron ouvre pour la première fois ce soir, ce qui sera tout de même plus facile pour moi que le mardi matin.
Désormais je serai donc en télétravail le mercredi.
Bouchon en arrivant à Avon. C'est interminable sous une pluie fine; je mets vingt minutes à faire un kilomètre et demi et songe à abandonner la voiture… Mais c'est toujours la même histoire, on hésite car on ne sait pas combien de temps cela va durer.
Il faudra que je parte plus tôt la prochaine fois.

Peu de monde quand j'arrive. Il faut dire qu'il pleut de façon obstinée et que le club a été ouvert samedi, dimanche, lundi, mardi et maintenant mercredi.

Nous sortons dans un bateau qui n'existe pas: une triplette. Sans doute parce que les premiers bateaux étaient armés en pointe (une rame par rameur), les places en bateaux sont paires: deux, quatre, huit. Un bateau à trois places, ça n'existe pas. Le club a récupéré une double barré (l'un des bateaux les plus lents: un barreur pour deux rameurs) et l'a transformé en ajoutant une coulisse: une triplette.

Photo devant le château de la Rivière à Thomery, avec une péniche en arrière plan et le ciel gris caractéristique du mois de mai 2021.

coque d'aviron à trois coulisses


En sortant le bateau de l'eau, l'un d'entre nous glisse et laisse échapper la coque que je rattrape comme je peux. Je me suis foulé l'annulaire, j'ai la main gauche engourdie quand je tente de fermer le poing. Zut. Je déteste ces petits incidents petits bobos qui sont très handicapants et nous rappellent comme un rien peut affecter notre vie quotidienne.

Découverte

Après la belle sortie d'hier, je suis passée au salon thaï à midi: j'espérais faire masser mes courbatures.
Mais le salon était fermé, comme mercredi dernier.

C'est alors que j'ai remarqué une phrase en bas de l'immense affiche qui obscurcit la vitrine: «Le massage thaï est inscrit au patrimoine immatériel de l'Unesco».

Lundi de Pentecôte

J'apprécie vraiment d'avoir un week-end de trois jours.

Je suis arrivée en retard à l'aviron, juste à temps pour que Siva me demande de compléter leur quatre avec Nathan, Jean-Paul et lui. Flattée car ce sont de très bons rameurs.
Belle sortie, technique et puissante, sous une pluie fine qui s'est vite arrêtée. C'est un grand plaisir de refaire du bateau long dans ces conditions, le temps passe vite, les kilomètres aussi. (20 km).
J'aurai donc repris les bateaux longs (autorisés depuis samedi) avec un équipage sérieux et concentré. (J'avoue que je redoutais les discussions et les bavardages de certains quatre ou huits).

Après-midi à faire le point sur un tricot abandonné depuis décembre 2019 (avant les travaux de peinture dans la maison). Je compte les mailles, évalue les diminutions, réussis à comprendre où j'en suis, tout en regardant New Girl qui me fait beaucoup rire par sa fantaisie débridée.
Le problème c'est que je ne vois plus très bien et que j'ai besoin de beaucoup de lumière.

En fin d'après-midi je vais acheter un pot pour l'olivier que m'ont offert mes collègues fin février. Pluie et rafales de vent. Le pot très lourd tient tout juste sur le siège passager. Je conduis sur des œufs en me disant qu'au moindre coup de frein brutal ce sera la cata.

pot vernis vert de grande contenance


J'achète également des graines de persil et un petit pot de basilic. J'ai de l'ambition.

Eau salée

J'avais rendez-vous à St Antoine pour la levée d'aveugle, et comme je le pensais, j'ai reçu une dose de placebo.

J'ai maintenant le choix entre me faire vacciner de mon côté ou attendre fin juin pour recevoir une dose de Janssen.

— Fin juin? Mais je croyais que la vaccination avec le Janssen était à nouveau autorisée?
— Pour le grand public, oui. Vous pouvez aller vous faire vacciner avec du Janssen. Mais pas dans le cadre de cette étude: il faut d'abord mettre à jour l'avenant qui décrit les risques pour y ajouter la thrombose. Ça ne nous arrange pas, mais c'est comme ça. L'avenant sera sans doute prêt en juin, il faut qu'il soit voté. On pourra vous vacciner fin juin début juillet. Vous savez si vous voulez rester dans l'étude?
— Par flemme et par curiosité je préfèrerais, oui. Mais comme je vais sans doute être assesseur pour les régionales, mon mari va sans doute faire pression pour que je me fasse vacciner avant.

(Je vais essayer de résister aux pressions.)

*********

Midi: rascasse et vin rouge en terrasse à côté de l'hôpital. (Note pour l'avenir : nous sommes déconfinés depuis mercredi, couvre-feu jusqu'à neuf heures, mais je n'ai pas encore eu l'occasion d'en profiter.)
Soir: salade et vin rouge en terrasse à Moret. Nous apprenons qu'il y a deux fêtes dans la ville, qui ouvrent et ferment la saison touristique: une fin mai dite «fête du printemps» devenue «fête de la nature» et une fin septembre, la fête 1900.

Nous ne nous en sommes pas encore aperçus, mais nous vivons dans une ville touristique. J'espère que ce ne se sera pas insupportable. Je l'apréhende un peu.

A la façon de Swann

«J'étais jeune fonctionnaire, c'était mon premier poste. Je suis entré dans le bureau d'Elisabeth Guigou. Elle était… C'était un Boticelli incarné.»

Pas de quoi se vanter

En boîtant dimanche à Veneux-les-Sablons, j'ai repéré place de l'église (et de la mairie réunies) une plaque célébrant Jacques Madeleine.

monument Jacques Madeleine place de l'Eglise à Veneux


Personne ne savait qui il était.
Renseignement pris, Jacques Madeleine est le lecteur de Grasset Fasquelle qui a refusé le manuscrit du Côté de chez Swann.

Visite

En me réveillant le ciel me fait penser que nous sommes en décembre et la douceur vient comme une surprise quand je franchis la porte. Cette année encore je n'ai pas vu le temps passer. Comme dirait une Bretonne: «On voit que c'est l'été, la pluie est moins froide».

Skiff S12. Champagne, 13,5km. Temps pluvieux, mais nous passons entre les gouttes. Beaucoup de péniches. Bernadette, mal voyante («je vois comme à travers une paille», c'est-à-dire au loin: elle se cogne sur tout ce qui est proche), a fait une sortie en skiff, accompagnée du canot moteur de la sécurité pour la diriger. Ça m'épate.

Je suis allée au club en train car H. prenait la voiture pour Yerres : nous avions une visite pour la maison, un visiteur trouvé directement par nous (le torchon brûle avec notre agente immobilière. Sept visites en sept mois. Nous venons de lui envoyer une lettre recommandée pour mettre fin à son mandat. Cette possibilité était prévue au contrat, mais nous nous sommes aperçus qu'il n'y avait pas d'adresse où l'envoyer: il a fallu faire une recherche à partir du siret de l'entreprise. Cela respire la mauvaise foi. Nous sommes ennuyés car c'est l'amie d'une amie proche).

La maison lui plaît (le bois, le plancher, les fenêtres, la forêt, le jardin, le calme). Il doit revenir samedi.

********

mise à jour le lendemain 19 mai: le monsieur a sans doute été trop enthousiaste, sa femme a dit non. Il a annulé la visite de samedi.
Il faut dire que ça raccourcissait les trajets pour lui mais les allongeaient beaucoup pour elle. Mais si c'est un argument, pourquoi chercher autour de Montgeron-Crosne?

La pondération par l'abstention

Les règles du scrutin des régionales sont hallucinantes de complexité.

Premier point : aux régionales, on vote pour son département, pour la représentation de son département au sein de l'assemblée régionale.
(De même, aux départementales, on vote pour son canton. Les conseillers départementaux sont les anciens conseillers généraux.)

Scrutin de liste, proportionnelle à la plus forte moyenne avec une prime majoritaire de 25%.
Durée du mandat: 6 ans.
En 2015, 15 000 candidats aux Régionales pour 1922 élus.

Seuil de 10% (des participants?) pour se maintenir au second tour et 5% pour fusionner. Si une liste a la majorité absolue (50% des suffrages exprimés) dès le premier tour elle l'emporte.

Elections régionales : 1757 conseillers dans 14 régions (dont Réunion & Guadeloupe).
Elections territoriales : 165 conseillers territoriaux à élire dans trois collectivités (Corse: 63; Guyane: 51; Martinique:51).
Le mode de scrutin dans ces trois collectivités est toujours un scrutin proportionnel à deux tours avec prime majoritaire de onze sièges.
Total : 1757 + 165 = 1922 élus

Majorité absolue de 33% au deuxième tour nécessaire. Si la liste gagnante a moins de 33%, elle risque d'avoir un majorité ingouvernable et le futur président de région pourra être mis en minorité lors de l'élection. (Mais si cette majorité de 33% n'est pas atteinte, que fait-on? Je ne sais pas.)

«Le niveau différencié d'abstention induit une différence substantielle de la représentation régionale de chaque département» (Sylvain Brouard, chercheur du CEVIPOF).
Donc plus l'abstention est forte dans un département moins il aura de sièges à l'assemblée régionale.
Exemple : en 2015, avec 63% d'abstention au 2e tour la Seine-St-Denis a eu dix-sept sièges au lieu de vingt-sept; les Yvelines avec 44% d'abstention «seulement» ont gagné six sièges.
Les trois départements IdF qui ont perdu des sièges: Seine-St-Denis (-10), Val d'Oise (-2) et Val de Marne (-1).
Les cinq départements d'IdF qui en ont gagné: Yvelines (+6), Hauts-de-Seine (+4), Essonne (+1), Seine-et-Marne (+1) et Paris (+1).

Donc ceux qui votent le moins sont le moins représentés. Dans un sens ce n'est que justice, dans l'autre sens cela les conforte dans l'idée que la politique n'est pas pour eux et qu'ils n'ont rien à y gagner.



Ma conclusion? Votez et faites voter.
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