Un fil de laine

Quand je m'étais inscrite, Juliette m'avait prévenue: «il faut prévoir la journée entière parce qu'on a besoin d'être là pour manipuler les planeurs. C'est un sport collectif. On arrive à dix heures, il y a le briefing. Il faut amener un casse-croûte, on pique-nique ensemble puis on vole.»

Arrivée à dix heures, donc. Il y a du vent, la prairie est desséchée, je suis la première, j'attends. (Un anneau de manche à air égale cinq nœuds, 1,852 km; il faut compter avant la cassure (astuce: pour multiplier par cinq, multiplier par 10 puis diviser par deux)).

terrain devant les hangars des planeurs à Episy, 77


Des jeunes arrivent peu à peu, deux ou trois, entre seize et vingt ans peut-être. Le moins que l'on puisse dire est que je fais tache, une femme, âgée, débutante, qui pourrait être leur mère.
Ils disent bonjour et se taisent. Même entre eux ils se taisent. Difficile de savoir s'ils se connaissent.

Hangar.

le hangar des planeurs à Episy, portes fermées


Sortir les planeurs avec précaution, quinze à dix-huit mètres d'envergure, les piliers sont entourés de coussins. Le planeur a une roue avant. On lui en ajoute une au ras de la queue grâce à une roulette nommée B.O.1.

On équipe chaque planeur d'un parachute et d'une batterie (pour la radio). Les verrières se manient avec grande précaution, une seule méthode est possible. Parce que je suis nouvelle et parce qu'il n'y a rien à faire en attendant le briefing, Etienne me montre la visite de pré-vol, qui consiste à vérifier tous les profils du planeur (pas de bosse, de trous, de fissures), les instruments de mesure (que du physique marchant par pression, pas d'électronique), les commandes, l'absence de boulons qui se baladeraient dans les aérofreins.
Plus tard je me rendrai compte que cette visite ce fait plutôt en bout de piste, avant le décollage.

Vérification des golfettes. Carburant, huile. Remorquage de quelques planeurs en bout de piste.

Briefing. Différentes cartes, vents, températures. Je n'y comprends pas grand chose, à part qu'il y a du vent. Certains présents veulent partir en «campagne» vers Pont-sur-Yonne. J'apprendrai que cela s'oppose au «local», rester à proximité de son terrain de décollage / d'apprentissage. Partir en campagne, c'est prendre le risque d'un atterrissage «aux vaches», c'est-à-dire forcé, sur un terrain imprévu, parce qu'on n'a pas trouvé suffisamment de courants ascendants pour se maintenir dans les airs. Evidemment, il y a deux types d'atterrissages imprévus, celui sur un terrain d'aviation, à Pont par exemple, avec l'espoir de pouvoir être de nouveau remorqué et largué, ou dans un champ, auquel cas quelqu'un doit venir vous chercher avec une remorque pour ramener le planeur.

Déjeuner sur des tables sous les pins. Chaleur idéale. Peu causants. Loin de mes souvenirs de sandwichs jambon-beurre / chips / tomate. On est plutôt sur la boîte de salade composée, ce qui me paraît admirable pourde si jeunes gens. L'arrière des bâtiments est aménagé en terrain de camping, avec douche et vaste cuisine. L'instructeur-pilote dort en caravane. Il est embauché pour l'été.

Vers une heure et demie les premiers planeurs sont largués. Premier élève. Je passe en second.
Enfilage du parachute («Pour larguer la verrière, c'est ici. Après on se détache, et comme il n'y a rien pour s'éjecter, il faut se mettre accroupi sur le siège puis pousser fort comme au fond de la piscine.» (J'imagine la manœuvre dans un planeur en torche, aile cassée.) «Ça vous est déjà arrivé? —Moi non. En vingt-cinq ans, je connais deux personnes à qui s'est arrivé. Statistiquement, ça arrive surtout à des Allemands de 65 ans dans les Basses-Alpes.»2), présentation des différents instruments, mise en place d'un dossier parce que je suis petite, réglage des palonniers pour mes jambes courtes.
— Tu pèses combien?
— Soixante.
— Plus sept de parachute, et moi à l'arrière trente. Ça ira. Quand tu monteras seule il faudra prévoir des gueuzes. (Je suis surprise, je pensais qu'il fallait être le plus léger possible. D'un autre côté, en voyant les champions du monde, je m'étais dit que c'était faux.)

Je n'aime pas beaucoup la partie derrière l'avion remorqueur. Le vent nous secoue. Bruit fort, l'amarre est larguée, je ne l'ai pas vu, je regardais ailleurs. L'instructeur recherche des courants ascensionnels, on monte dans les pompes en virage continu, le planeur penché sur l'aile. Je n'aime pas être penchée, j'ai un peu le mal de mer (la prochaine fois penser à manger plus tôt), l'odeur de ma crème solaire me rend malade (la prochaine fois ne pas mettre de crème solaire), mes oreilles se bouchent et se débouchent plusieurs fois. Mais dans l'ensemble ça va. C'est beaucoup moins flippant que le parachutisme. Etre devant dégage tout l'horizon, c'est grisant, surtout que la verrière permet de voir également au-dessus de soi.

Cours sur les commandes, le manche à balai est intuitif, les palonniers sont durs et je n'ose pas appuyer dessus. Le vol se fait entièrement sur des repères visuels, il n'y a pas d'électronique (ou uniquement pour le dispositif anti-collision). Première leçon, voler droit, ne pas intervenir n'est pas une option car le planeur dérive aussitôt, l'air est invisiblement parcouru de courants, c'est mystérieux, «on a calculé qu'un pilote doit intervenir toutes les trois secondes».
Je prends les commandes, pas assez de palonnier, j'oscille (roulis), je ne suis pas satisfaite, mais tant pis. On rentre.
Atterrissage sans encombre, un peu inquiète mais tout se passe bien, dieu que nous roulons vite en arrivant à terre (la verrière est au ras du sol, imaginez un pare-brise qui permette de voir le sol défiler).
Sortir de l'avion (j'ai mis la main n'importe où sur la verrière, horreur et damnation), dégager la piste, enlever le parachute, arrimer le planeur à la golfette, tenir l'aile (une seule), le ramener en début de piste.
Pour ceux que ça intéresse, vidéos accueil et la ligne droite.

Ce qui m'a le plus amusée et enchantée, c'est le fil de laine: un fil collé sur la verrière qui donne l'orientation du vent relatif quand le planeur est en vol. Un fil à plomb inversé, en somme. Quelle simplicité, quelle évidence.

Fil de laine au sol (dans les air, il est plaqué contre la verrière et indique l'inclinaison du planeur).

fil de laine sur la verrière  d'un planeur


Je suis épuisée. je m'endors sur la prairie en attendant le retour des derniers planeurs. Remorquer, nettoyer, rentrer dans le hangar.
Retour à la maison.





Notes
1: Je n'ai pas demandé ce que cela signifiait. Après quelques recherches, pas sûre qu'ils auraient su répondre: «Bourget-Opéra», selon la ligne de tramway Bourget-Opéra.
Il existe une anecdote plus précise:
Un chef d'équipe du Bourget demandait à ses mécanos de rentrer un avion alors que la soirée s'avançait. L'un des mécaniciens s'exclama «Mais chef, je file, j'ai le BO qui va partir». Sur quoi le patron Didier Daurat, qui passait dans le hangar, l'aurait attrapé par la manche en lui désignant le chariot: «En fait de BO, prends donc celui-là!».
2: Je suis perplexe: quelle est l'information importante dans ce profil, la nationalité, l'âge ou la géographie?

Jour 1

Premier jour des vacances.

- quatre de couple. Xavier et deux Sandrine. De nouveau à la nage. Bateau moins harmonieux que mercredi, mais comme je maîtrise mieux le couple, je peux compenser techniquement.

- courses pour préparer lundi puisque demain nous ne sommes pas là et que lundi vient Catherine en famille.

- apéro avec une connaissance politique qui a vécu longtemps à Moret (il connaît bien les problèmes d'urbanisme. Toujours le même engrenage, les gens ne veulent pas que se construisent de nouveaux logements près de chez eux et s'étonnent que le mètre carré augmente: ben oui, en fait, ça va ensemble, si tu veux que ça baisse, laisse construire!) et qui vit maintenant à Libourne. Il nous ramène le château Fleur d'Eymerits que nous lui avions commandé sur sa recommandation.

- deux paninis au bar des capitaines à St Mammès. Je voulais essayer l'endroit parce qu'il est idéalement situé (le long de la Seine), et qu'il est ouvert le lundi: cela aurait pu servir de repli si Catherine s'éternisait.
Mauvais, fortement déconseillé. Les paninis finissent à la poubelle, discrètement (ou plutôt dans un buisson, pour engraisser les pies et les chiens errants).

- deux glaces sur la place principale de Moret. Le groupe est bien meilleur que celui de la semaine dernière.

Je m'endors sur mon clavier.

Le bonheur du jour

Les blogueurs historiques convolent.

Mais que cela fait plaisir. Je les lis depuis si longtemps, ils font partie de mon univers alors que je les connais si peu (ou très bien, mais pas — si vous comprenez ce que je veux dire), c'est comme si Yoko Tsuno épousait Lucky Luke.

Et dans ta face (dans vos faces), tous les rageux qui m'expliquent que les écrans/internet c'est le mal, et qu'eux, ils préfèrent la vraie vie.

Ensemble à Paris

Matin : nous déposons des caisses de rosé chez Toufik. C'est le préféré de sa femme, mais il faut le commander sur internet et Toufik ne sait pas le faire (mais quel assisté). Alors, comme nous faisons partie de la coopérative des clients de Toufik, nous nous en sommes chargés.

Soir : retour à GroundControl. H. en retard car la ligne 14 est interrompue pour travaux. Nous dînons coréen. Les petites boutiques contre le mur sud (grecque, italienne, coréenne, américaine) sont savoureuses. On emporte son assiette et on s'assoie aux grandes tables communes.
Seul inconvénient: c'est très bruyant.

je repère un futur événement Dragqueen et pense à Matoo.

Je regarde les jeunes gens, leurs vêtements, leur façon de se mouvoir. Ils n'en finissent pas de m'émerveiller (est-ce parce que je n'ai jamais eu l'impression d'être jeune et insouciante?)

Nous sommes très fatigués. En sortant par le portail sud, il suffit de continuer tout droit pour arriver à la gare routière de gare de Lyon (derrière le hall 2).

Quatre sans

De nouveau il fait très chaud.

Quatre sans (quatre de pointe sans barreur). La nouveauté est que je suis propulsée à la nage, Xavier ayant décrété que j'étais «une bonne nage» (ça fait toujours plaisir).
Le problème est que je manque d'expérience en pointe. Je m'épuise à tenir le rythme et surtout à «pousser des coups forts» (je ne savais même pas que j'en étais capable). La ténacité mentale acquise a l'ergo m'est utile. Papillons noirs sur le ponton en descendant de bateau. Je flageole.

Pas d'oiseaux (trop chaud?) mais beaucoup de libellules: cela correspond-il à un cycle ou est-ce dû à la chaleur?

Traditionnel repas le soir devant le club. Des petites mouches mordent douloureusement. Il fait bon.

La Seine à 22h38.

ponton de l'ANFA - nuit d'été


Au retour, la route de Bourgogne est bloquée par une voiture de gendarmerie qui laisse passer un camion-pompier. Je fais un grand détour par Fontainebleau pour rentrer.

Il fait encore très chaud à l'étage. Je parviens à faire quelques étirements, j'ai mal partout.

Book d'oreilles

Ayant terminé (avalé) The boys, je me dis une fois de plus d'une part que les séries me mangent mon temps (donc ma vie) et que je devrais arrêter cette addiction, d'autre part qu'il va falloir recommencer à en chercher une qui vaille la peine (quête frustrante car offrant beaucoup de déceptions).

C'est à ce moment-là que je me suis dit qu'il faudrait revenir à Balzac. Le colloque est dans trois semaines et je n'ai lu qu'un tome et demie de pléiade. A la vérité je n'ai pas le courage de lire. Ça me fatigue les yeux, je ne tiens pas assise, j'ai les muscles qui chauffent. Je ne sais plus me détendre. Il faudrait ajuster mes lunettes.
J'ai donc fait une recherche sur les livres enregistrés et je suis tombée sur Book d'oreilles. (C'est nul mais ça me fait rire).

J'ai téléchargé Illusions perdues. Je l'ai lu il y a très longtemps, en 1986, en première année à Sciences-Po. Je me souviens qu'au fur à mesure que je lisais les descriptions de la morgue angoumoisine, je comprenais mieux ce qui m'était arrivé l'année précédente en hypokhâgne à Versailles: «tous avaient pour lui l’accablante politesse dont usent les gens comme il faut avec leurs inférieurs.»

Planification des vacances

Dormi au dernier étage jusqu'à 9h23 (c'est précis).
Depuis que j'ai mentalement accepté le fait que je ne ferai pas partie d'un équipage stable dans un bateau fixe (parce que ce club ne fonctionne pas comme ça), j'ai ralenti les entraînements sur l'eau (à quoi bon?): une seule sortie par week-end, c'est pouvoir dormir sans contrainte un jour dans la semaine, le luxe.

Cela nous a permis de bruncher chez les filles pour la première fois. Pancake sucré-salé, intéressant.

J'ai décrété que je ne m'occupais plus des vacances (ça fait partie de ma lutte contre la charge mentale. J'avais, rassurez-vous, une idée assez précise des conséquences). H. voulait aller en Grèce. Je ne sais pas à quel moment il s'est préoccupé de transformer le désir en réalité, mais il n'y avait plus de places dans les avions.

En conséquence, je vais faire du planeur. («Si nous restons à Moret, j'irai faire du planeur.» (Nous devrions aussi faire du canoë, ensemble. Je suis curieuse de voir ce que ça va donner.)) Je suis allée m'inscrire cet après-midi. Stage de six jours qu'il est possible de prendre de façon discontinue. Pas de certificat médical nécessaire tant qu'on ne passe pas son brevet de pilotage. On s'inscrit sur un intranet, en fonction des places encore disponibles. C'est prenant: arrivée à dix heures (on ne vole pas le matin, l'air est trop froid, pas de courant ascendant), pique-nique le midi, pilotage l'après-midi (et beaucoup de manipulations, j'ai l'impression), départ à sept heures. Oups, cela veut dire que je laisse H. toute la journée pendant ses vacances. A une époque cela n'avait pas d'importance, il passait ses journées à programmer.
Maintenant je ne sais plus. On verra bien. Je pourrai toujours terminer les six jours au-delà du mois d'août. Je dois avouer que si cela me plaît et qu'on ne monte pas un bateau pour la coupe des dames, je songe à remplacer l'aviron par le planeur, au moins un an, pour faire un break.

Les longues remorques sur la photo sont destinées à contenir un planeur.

planeur à Episy


Messe de 18h30 à St Mammès. J'y vais à vélo et repère le bar des capitaines en bord de Seine. Une solution de secours pour les dimanches soir où c'est la dèche (soit deux sur trois, trois sur quatre...)?

Samedi

Skiff le matin. Il fait beau, voire lourd. Après une montée aisée vers Champagne, je faiblis à deux kilomètres du club et rentre difficilement.
Sieste. J'ai mal sous les côtes flottantes, quelque chose comme des courbatures. Je ne sais pas ce que c'est.

H. travaille tenaillé par le temps. Une présentation mardi, la mise au propre d'un programme qu'il n'a pas développé et dont il ne saisit pas la logique.

J'ai tellement connu cette angoisse toutes ces années. Toujours la même impuissance à ses côtés.

**********

Je note ici cette information arrivée dans ma boîte mail, qui pourra intéresser les locataires, mais aussi les lecteurs soucieux à la fois d'économie d'énergie et du bien-être de leurs contemporains :
Gel du loyer des passoires énergétiques
Dès 2023, les propriétaires de passoires thermiques seront obligés de réaliser des travaux de rénovation énergétique s’ils souhaitent augmenter le loyer de leur logement en location. Il s’agit d’un premier signal important avant l’entrée en vigueur des interdictions de mise en location des logements les plus consommateurs d’énergie.

En 2025, il sera interdit de louer les passoires thermiques les moins bien isolées (classées étiquette G),
en 2028 le reste des passoires (classées F).
A partir de 2034, ce sont les logements classés E qui seront interdits à la location.

Ces logements seront ainsi progressivement considérés comme indécents au regard de la loi. Le locataire pourra alors exiger de son propriétaire qu’il effectue des travaux et plusieurs mécanismes d’information, d’incitation et de contrôle viendront renforcer ce droit pour le locataire.

La cravate solidaire

H. a perdu deux tailles lors de sa première infection au covid. Il a trié sa garde-robe et nous avions quatre ou cinq vestes, deux ou trois pantalons à donner.
Depuis que j'ai vu un reportage sur les vêtements européens au Ghana, je ne sais plus s'il faut utiliser les bennes à vêtements. J'aurais pu aussi les donner à la Croix Rouge ou au Secours catholique. Mais j'ai cru comprendre qu'ils n'avaient pas vraiment besoin de très grandes tailles.

J'ai googlé et j'ai trouvé La cravate solidaire. Il s'agit d'une association qui ne récupère que des vêtements qui puissent être portés en entretien d'embauche. Pour Paris, les vêtements peuvent être déposés les lundi, vendredi et samedi après-midi de 13h à 17h au 134, rue Nationale à Paris.
J'y suis donc passée cet après-midi.

Puis velib, quartier St Germain, j'achète un pantalon blanc pour aller avec mes chemises et pour soulager mon pantalon noir reprisé.

Puis librairie polonaise parce qu'elle est toute proche. Et donc j'ai acheté des livres1.
Bibliophore :
Malgorzata Smorag-Golberg, Marek Tomaszewski, Mémoire(s) des lieux dans la prose centre-européenne après 1989
Dario Pontuale, La malle de Joseph Conrad
Stéphane Mosès, Exégèse d'une légende
Alexeï Varlamov, Mikhaïl Boulgakov
Jean-Luc Sochacki, Dictionnaire insolite de la Pologne

Ça m'a fait plaisir.

Le soir H. regarde la dernière vidéo de Xavier Tytelman qui est la référence sur la guerre d'Ukraine.
Les Ukrainiens ont bombardé et fragilisé le pont vers Kherson. Maintenant, il ne peut être emprunté qu'à pied ou en véhicule léger. Les Russes peuvent quitter la zone, mais sans leurs blindés.
Selon la diplomatie occidentale, l'enjeu maintenant est de ne pas humilier Poutine de façon flagrante, de peur que celui-ci réagisse par un missile nucléaire. Comme dit un participant sur la vidéo (Sergueï quelque chose, qui était à l'école de guerre avec Poutine: «nous réfléchissons comme si Poutine était rationnel, mais il ne l'est pas»).

Seine : deux photos vers l'aval, matin 6h57 et soir 19h44. Le train est proche le matin, sur des voies plus lointaines le soir.

Seine au dessus du pont SNCF de Melun à 6h57 le 29 juillet 2022 Seine au dessus du pont SNCF de Melun à 19h44 le 29 juillet 2022






Note
1: reçu une carte de Patrick qui m'a bien fait rire. Je cite: «J'ai lu un livre».

Les clients

Jeudi. Le jour de la semaine sans sport. J'ai des courbatures.

Matin 6h57 vers l'aval (vers Villeneuve-St-Georges, la Défense, là-bas, au loin); soir 18h41 vers l'amont (vers Bois-le-Roi, Fontainebleau, Montereau), sur le même pont, mais pas les mêmes voies : je regarde le fleuve et visualise son passé et son futur.

Seine au dessus du pont SNCF de Melun à 6h57 le 28 juillet 2022 Seine au dessus du pont SNCF de Melun à 18h41 le 28 juillet 2022


Je finis la saison 3 des Boys. Cette omniprésence du père dans la fiction américaine. Le côté «je suis ton père» est si récurrent que je me demande si ce n'est pas un clin d'œil sardonique à l'intention de ceux qui le percevront.
Par ailleurs, l'un des réalisateurs a tourné The Walking Dead: je suis fière d'avoir reconnu son esthétique (gore).

H. m'attend chez Toufik (la buvette de la gare). C'est toujours un peu la foire chez Toufik, il a fait brûler ses croissants ce matin (après mon passage) et une cliente vient de lui offrir un minuteur. Elle lui apprend à s'en servir: «Ne le laisse pas dans la cuisine, tu ne vas pas l'entendre, ramène-le au comptoir». Un second client, cuisinier, a, lui, trop fait cuire ses cookies et les a laissés sur le comptoir de la buvette car il ne pouvait les présenter à ses clients, leur consistance est excellente, celle de croquants aux amandes. Un troisième, épuisé («j'ai commencé un plafond et j'ai voulu le terminer sinon j'y aurais pensé toute la nuit»), offre du pain berbère non levé (j'ai déjà oublié le nom) à Toufik… et à nous puisque nous sommes là. Nous l'emmenons enveloppé dans du papier d'aluminium.

Tout est fermé à Veneux. Fontainebleau. Le japonais est aussi fermé. Bar'back.

Huit

La Seine vers l'aval à 6h59.

Seine au dessus du pont SNCF de Melun à 6h59 le 27 juillet 2022


J'ai abandonné l'idée de télétravailler. Je gare ma voiture à Fontainebleau le matin pour rejoindre le club à l'heure le soir. Parce que j'ai insinué qu'on pouvez s'entraîner même si tout le monde n'était pas là, nous sortons en huit. Nous complétons le bateau et sortons. Il fait beau.
Je suis plus décontractée depuis que j'ai reculé ma planche de pied.

Repas devant le club jusqu'à la nuit. Empanadas et île flottante.
Pour blanchir les coques de bateau, appliquer de l'acide chlorydrique au pinceau.

Quotidien

Toujours pas grand chose. La Seine à 7h46, vers l'amont, une heure plus tard qu'hier car j'ai pris le temps de vingt minutes de Tabata ce matin. L'amont est moins beau car la voie est plus éloignée de la Seine.
Je pense à Barthes regrettant que l'édition d'Amiel en français expurgeât les mentions de la météo au dessus de la Genève.


Seine au dessus du pont SNCF de Melun à 7h46 le 26 juillet 2022


Nouvelle organisation: je viens de comprendre qu'en achetant cinq jours de déjeuners à Prêt à manger, je gagnerai de précieuses minutes tous les matins, surtout les jours où je fais de l'ergo (ergonomètre: rameur).

Le soir je reprise mon pantalon noir sur la terrasse en continuant ma série. Bizarrerie des Boys : on peut montrer une partouze de superhéros (avec des bites télescopiques, des volumes monstrueux de sperme, etc), mais pas la paire de seins de l'héroïne. Cet épisode (S3:6) a une dimension grotesque dans son exagération.

Le jardin est un réconfort. Les fleurs de bougainvillier sont d'abord minuscules, puis grandissent (je veux dire que ce ne sont pas des fleurs en boutons qui éclosent). Nous sommes vieux: dans le jardin à regarder l'herbe pousser. Ce n'est pas désagréable. Les martinets ont laissé la place aux hirondelles.

The Boys

Il ne s'est pas passé grand chose aujourd'hui. Donc une photo de la Seine au dessus du pont SNCF de Melun à 6h57, vers l'amont, vers l'est.

Seine au dessus du pont SNCF de Melun à 6h57


L'été passe, il fait déjà moins jour, et j'en ai la nostalgie.

Entraînement d'ergo. Toujours pas au niveau d'avant le covid (niveau pas bien haut certes, mais justement, j'aimerais retrouver au moins ça).

Journée tranquille, à l'adhérent de 88 ans près qui me dit: «on m'a tué ma femme». Maladie nosocomiale après une opération banale d'un hallux valgus. Que répondre à ça? Et de chagrin (de fatigue) il est tombé. Deux mois d'hôpital avant «qu'on me mette dehors le premier juillet».
Il n'y a rien à dire, alors j'écoute.

J'entame la troisième saison des Boys. C'est vraiment très étonnant. C'est si violent que c'en est gore façon Walking Dead. Au début j'ai pensé que c'était une critique sardonique du capitalisme américain, de son cynisme et de son goût de l'image. Mais c'est aussi une illustration de la règle «Chacun a ses raisons». Les gentils sont méchants et les méchants sont malheureux.
C'est également un curieux mélange des années 60 (le méchant par excellence est nazi) et des années 2010 (réseaux sociaux et terrorisme islamique).

La buvette de Samoreau

Pas

Yentl

Aviron le matin, tajine le midi, achat de deux chemises, rouge et violette (Ma ptite chemise à Fontainebleau: j'aime beaucoup la vendeuse), festival Rosa Bonheur le soir.
(Pour les fans il y a Juliette qui y passe le 28 août).



Concert autour des musiques de Yentl. Robert Fienga a fait les arrangements. Le Sextet Héméra est composé de femmes. La chanteuse Marie Oppert est étonnante.

Après le concert, nous attendons la nuit afin d'assister à la projection de Yentl.
C'est un film que je n'ai jamais vu mais que je rêvais de voir en 1984, à sa sortie. Tout ce qu'en disaient les médias, la petite fille qui étudiait le Talmuld en cachette avec son père, l'émancipation des femmes, j'étais si curieuse de voir ça.

En fait ce n'est pas du tout ça.
C'est une daube plus ou moins romantique, avec une reconstitution plus ou moins fiable de la Pologne de 1903. Je ne peux pas croire que Barbara Streisand n'ait pas fait de recherches sur son sujet, mais Lublin si propre, une jeune fille juive en cheveux devant des étrangers... Tout cela me paraît pour le moins improbable.
Sans compter l'invraisemblance du mariage blanc.
N'importe quoi.
Et à la fin, bien entendu, l'Amérique comme terre de toutes les promesses: pfff… (quoiqu'en 1903, personne ne pouvait savoir à quel point cela allait être vrai pour un juif européen.)
Bref, je me serais beaucoup ennuyée si je n'avais eu H. pour rire sous cape ensemble.

Ground Control

xx



La pluie enfin

Cela me rappelle la fin de la nouvelle de Boulgakov, Les œufs fatidiques ou Les œufs du destin.

Cependant il ne pleut pas sur les incendies du sud-ouest.

Les canicules s'emballent

Ce sera ma seule contribution à cette (très) chaude journée.

Le temps passe, bis

Après la yolette hier, encadrement de bateaux "mono" (des planches à ramer insubmersibles pour débutants).

Après la sortie, café. (J'insiste sur l'importance du café: «quand vous saurez ramer, vous rejoindrez l'ensemble des rameurs. Pour qu'ils vous proposent de venir avec eux, il faut qu'ils vous connaissent. Pour cela, il faut prendre le café.»)

C'est à la bonne franquette et comme les nouveaux hésitent, JP déclare pour les encourager: «Servez-vous, n'ayez pas peur, c'est un kibboutz ici.»

Je regarde les jeunes (trente ans?), je souris intérieurement, m'approche de Sonia, lui demande en apparté:
— Tu sais ce que c'est, un kibboutz?
— Non, je regarderai sur Google en rentrant.
J'interpelle: — JP, tes références sont datées, je doute qu'ils sachent ce qu'est qu'un kibboutz.
JP: — Un kibboutz? C'est un kolkoze !

Télétravail

Journée à lire des contrats de 2016. Il faut que négocie, paraît-il. Aussitôt remonte la phrase du Cinquième élément: «Où est-ce qu'il a appris à négocier?»

Je suis installée dans la salle de bain sur la table rouge. Il fait frais. A ma gauche la vigne vierge. D'un trou dans le mur vont et viennent des petites guêpes.

Quatre sans

Victoire: une sortie en quatre sans ! (sans barreur, et si l'on précise, c'est que c'est de la pointe: il n'y a jamais de barreur en couple).
La dernière fois que j'avais essayé, nous étions rentrées au club au bout de deux cent mètres. Peut-être parce que Fleur a découvert une fissure dans son portant (la soudure en train de s'ouvrir), le bateau était facile à barrer, sans déséquilibre flagrant entre babord et tribord (en pointe, il faut un équilibre des forces, sinon le bateau dévie et il faut sans cesse corriger la trajectoire. Or Fleur a beaucoup plus de puissance que nous, par son âge, sa technique et ses dons innés).

J'allais oublier, note très importante: aujourd'hui j'ai ramé dans le bustier commandé cette semaine et destiné à éviter les marque de bronzage dans le dos. On se moque gentiment de moi, mais je suis sûre que je vais en convertir une ou deux. Les marques de bronzage sont atroces à l'aviron (à quoi reconnaît-on un rameur? à ses pieds blancs).

Encore un Lillet rosé à l'Ephémère en attendant ma commande au MaSu.

Je comate tout l'après-midi.

Le soir, de nouveau en terrasse au bord du Loing et de nouveau une petite Grim.

Une table rouge

Matin, coiffeur : «demandez à votre corps ce qu'il a pensé de ce moment». (Hein, quoi? Pourquoi tous mes coiffeurs sont-ils bizarres? Sans doute est-ce de ma faute, parce que je choisis des spécialistes de «la coupe énergétique».)

Vers cinq heures, courses au supermarché (je le note car cela arrive une fois par mois, quand le chat a fini ses boîtes).

Quand le soleil descend, nous allons acheter une table de bistro rouge à la jardinerie: comme la température est insupportable au dernier étage, j'ai négocié de m'installer dans la salle de bain — plus grande qu'un appartement d'étudiant à Paris — sur cette table que nous plierons en hiver.
J'y gagne, car la salle de bain est la pièce la plus fraîche. Cela me permettra aussi de me mettre au clavier la nuit puisque cette pièce a une porte.

table de bistro rouge


Le soir, tandis que nous nous promenons au bord du Loing, nous découvrons avec délice que la terrasse longtemps attendue est enfin ouverte. Pas de Lillet pamplemousse (celui de l'année dernière), je me contente d'une petite Grim.
C'est malgré tout le bonheur.

Le jour le mieux partagé

Aujourd'hui (comme tous les 8 juillet) à 13h15 (7:15 UTC) quasi tous les habitants de la planète (99%) seront éclairés en même temps par la lumière du soleil.

habitants de la terre illuminés par les soleil au même moment


Deux Lillet rosé citron jaune et trois bières

Pot post-élections pré-vacances avec les équipes LREM du sud Seine-et-Marne. Nous sommes plus nombreux que je ne l'aurais pensé, tout le monde n'est pas encore en vacances.

H. et moi sommes arrivés en avance et dînons d'une planche assis sur les marches du théâtre de Fontainebleau, en écoutant un guitariste et un chanteur affadir des tubes américains des années 60. Le bar l'Ephémère est installé sur le terre plein pour l'été.
Soirée peu politique (à l'annonce près d'une consultation de la base pour imaginer les structures du futur "Renaissance") et très amicale. Souvenirs, cigarettes, un deuxième Lillet, une bière, l'Ephémère baisse rideau, H. veut rentrer, pas moi, il fait la moue et part avec Jean, je reste avec Anthony, Audrey, Mustapha et Alain.
Nous allons boire une Guinness (enfin une vraie bière!) au Glasgow (Mustapha et moi, je ne sais pas ce que boivent les autres) et nous terminons au Bonaparte, où là aussi nous faisons la fermeture.

Bref, il est une heure passée quand je reprends la voiture. Traverser la forêt, voir sans y croire un daguet sur le bord de la route, choisir l'heure de réveil pour le lendemain (dormir trois ou quatre heures?) et se coucher.

Grève, aviron, bambous

Titre résumé.

Matin: Voiture garée à Fontainebleau pour pouvoir aller à l'aviron ce soir. J'avais prévu d'être en télétravail (pour faciliter le fait d'aller ramer) mais comme il y a une grève SNCF, seuls le CDD, la nouvelle embauchée (période d'essai) et la standardiste vont être au bureau (ils ne sont pas éligibles au télétravail), donc j'y vais, selon le principe du capitaine dans la tempête du Nègre du Narcisse (je pense souvent à ce livre).
J'oublie mon téléphone dans la voiture, je ne m'en apercevrais qu'au bureau.

Journée: je remplace la covidé (-e?). (Vous ai-je dit que j'avais une covidé, une fracture du coccyx, une hernie cervicale, une opérée du dos, une dépressive, un congé maternité et un futur congé maternité — et le reste de l'équipe qui fronce le nez en soupçonnant les malades d'être des simulateurs? Une équipe de bras cassés (dis-je avec tendresse, car en fait, ils sont super, investis et solidaires). Quand je songe à cette liste, j'ai froid dans le dos: est-ce que je suis responsable de cela? Est-ce mon management? Est-ce dans la moyenne statistique d'une équipe de cette taille et de cet âge moyen?)
Je remplace la covidé, disais-je, et je prends quelques coups de fil amusants. Le problème est que je ne sais pas répondre brièvement.

Fin d'après-midi. J'ai un train, une place assise dans ce train. Un quatre de couple. Cela faisait longtemps que je n'avais pas ramé en couple. Tant mieux, ça permet à ma blessure au pouce due à la pointe de cicatriser. Sortie honnête et Seine toujours magnifique. C'est un tel repos, un tel soulagement, visuel et mental.

Dîner devant le club, JP a apporté le champagne pour arroser le mariage de son fils. Cette tendance de chacun à partager au club les joies de sa vie privée donne l'importance de l'aviron dans la vie des rameurs. Une seconde famille. (Je n'en suis pas là: trop timide, trop sceptique (difficulté à le croire, à y croire).)

Je rentre. Mur de bambous, bougainvillier, des pots de fleurs pour une future trans-plantation.
Photos au crépuscule (22h10).

bougainvillier bambous verts, jaunes, noirs fleurs en pot


Un libanais à Montereau

Cette après-midi réunion à Passy. Retour gare de Lyon à Vélib. Les pistes cyclables ont été bien améliorées, elles suivent la Seine de bout en bout rive droite rive gauche, avec traversée à pont de l'Alma.
Il y a énormément de cyclistes, mais aussi de cycloporteurs, comment cela s'appelle-t-il, des voitures cyclotractées pour touristes, qui prennent beaucoup de places sur les pistes cyclables.
Il faut être très attentif. Tout reste courtois, pas d'insulte, mais ce n'est pas si simple de naviguer en fonction des vitesses relatives des uns et des autres, sachant que les pistes sont prévues côte à côte pour les deux sens, sans couloir séparé (et heureusement, cela permet une meilleure adaptation aux circonstances).
La plus grande crainte, finalement, c'est le piéton inconscient qui traverserait sans estimer la vitesse des vélos lancés à sa rencontre.

J'arrive dans le train (ligne R), m'installe, sors Chronique des sentiments qu'il va falloir que je couvre d'urgence car comme tous les livres POL il s'abime très vite.

Le conducteur au micro: — On vient de m'informer d'un accident de voyageur à Bois-le-Roi. Notre train s'arrêtera à Melun, puis sera direct Montereau par Héricy.
(En clair, à Melun il prendra l'autre côté de la Seine et ne passera ni à Bois-le-Roi, ni à Moret).

Nous partons à l'heure. Je suis admirative de cette décision prise si vite. Il ne doit pas y avoir beaucoup de circulation sur cette branche.

Coup de fil à H. Il viendra me chercher à Montereau.
Je lis jusqu'à Melun, puis dans la voiture vidée je m'installe près d'une fenêtre. Nous suivons la Seine jusqu'à Champagne, tout le bassin que je parcours à la rame, c'est magnifique, Fontaine-le-Port, Héricy, je reconnais le cimetière où est enterré Malarmé.

Montereau. Les passagers qui descendent consultent les panneaux pour repartir dans l'autre sens; il leur faut atteindre les gares évitées par ce train (je songe qu'il suffit de plonger dans la Seine et flotter, le courant est dans le bon sens), le prochain train en direction Paris est dans une heure. Toujours ce pang de culpabilité impuissante, ceux qui ont les moyens ont des solutions, les autres trinquent. Chaque problème de transport le met en évidence.

Nous dînons dans un libanais (majuscule ou pas pour un restaurant? adjectif ou substantif?) le long de la rue principale, peu passante. La serveuse, fille du propriétaire, paraît rassérénée à constater que cela nous plaît. Nous détonons avec notre allure bourgeoise, cela me fait rire. Les gens comme nous vont plutôt à Fontainebleau, cela me fait de la peine (s'il y a un mépris, c'est bien celui-ci). Je crois que les personnes que nous croisons sont surprises mais contentes de nous voir là, contentes que nous ne (les) fuyions pas. Tout respire la pauvreté dans cette ville, les magasins fermés abandonnés (covid?), les magasins ouverts aux devantures décolorées, les jeunes hommes un peu trop musclés, les jeunes filles un peu trop maquillées. Je songe à Faulkner. Mais ici, tout est calme, serein, il fait bon en terrasse, deux femmes à côté de nous se racontent des anecdotes en riant beaucoup.
Falafels et kébés moelleux à souhait.

Choquée

Une nouvelle embauchée est arrivée aujourd'hui. Elle habite Provins. Pour être sûre d'être à l'heure elle a réservé des chambres d'hôtel tout le mois.

Grand désarroi:
— Mais enfin, vous ne pouvez pas faire ça! C'est le travail qui doit vous faire vivre, vous ne pouvez pas perdre de l'argent pour venir travailler.
— Ça me plaisait ici. Je voulais ce boulot. Et la ligne R, c'est trop incertain, surtout l'été, avec les travaux. Ce matin il y avait encore une grève surprise.

Je ne suis pas marxiste. Je ne fais pas de grande analyse du capitalisme car c'est toujours moins mauvais que le communisme.
Mais tout de même, quelque chose dysfonctionne profondément.

Chez les enfants

O et Y ont trouvé une maison et ont déménagé le week-end où nous étions chez mes beaux-parents, le 28 mai.

Aujourd'hui nous allions chez eux pour la première fois. Le voyage d'une cinquantaine de kilomètres a été rock'n roll, avec un parasol coincé derrière mon siège et dépassant d'un mètre de la voiture décapotée («s'il pleut nous ne pourrons pas le leur amener») et la crainte d'une panne d'essence (H. n'a jamais su anticiper un réservoir vide. Chacun ses faiblesses.)

Les enfants ont trouvé une maison de plain-pied extrêmement claire, aux larges baies vitrées et un joli jardin protégé des regards. Les bibliothèques sont remplies de mangas, de livres sur WoW et Harry Potter. Ils ont privilégié le bureau pour dessiner (Y) et celui pour jouer en ligne (O) et sacrifié la salle à manger classique. C'est peu conventionnel et ça me fait rire.
Sinon, il leur a fallu gérer les meubles en double, les lits, les canapés, etc. Leurs choix leur ressemblent, ça me plaît.

Déjeuner sur la terrasse. Il fait beau. La table est celle de la cuisine de Yerres et comme chaque fois que je la vois hors de cette cuisine (soit toujours, désormais), je la trouve petite: vraiment, nous mangions à cinq, voire six, autour d'elle? Ma vie passée ne cesse de me surprendre.

Par ailleurs, j'ai définitivement l'impression d'être passée dans le camp des vieux kroums puisque la génération suivante est définitivement sortie de l'enfance.

J'ai fait les soldes

Sortie en huit de pointe (une rame par personne, le huit officiel des compétitions internationales (le huit de couple est un huit de loisirs)), je suis au cinq, à bâbord (rame de droite). Sybille est absente, son fils a le covid. Coup de soleil. Les couleurs sur l'eau sont merveilleuses, bleu et vert profonds. Je peine encore après la maladie; en début de sortie j'ai l'impression que je n'y arriverai pas c'est long, nous n'avons pas encore atteint le virage, nous n'avons pas encore atteint la folie du château... puis je me demande quand nous allons passer le château lui-même et je m'aperçois que nous l'avons dépassé de cinq cent mètres: c'est bon, j'ai trouvé mon second souffle.

Quand je rentre, le jardinier a passé le motoculteur dans le jardin. C'était prévu; je m'attendais à un champ de labour, je découvre de la terre tamisée façon semoule que nous n'avons pas le droit de piétiner: le jardinier installe des planches entre le portail et la terrasse.



Après-midi : achat d'un pot de menthe et d'un parasol pour O. et Y. que nous voyons demain. C'est un test: réussirons-nous à le faire tenir dans la voiture? (Réponse oui, mais ça dépasse d'un mètre).

Puis virée à Fontainebleau: j'ai perdu une veste entre sweat et poncho achetée à Prague et il me manque quelque chose de chaud pour lutter contre le froid de la clim (c'est tout de même choquant d'en être là en pleine crise de l'énergie mais je n'y peux pas grand chose: j'arrête la clim qui redémarre d'elle-même. Le soir, je quitte le bureau en disjonctant les lumières car il n'y a pas d'interrupteur. Tout est bizarre et hors de tout bon sens.)

Je n'avais pas pensé que c'était les soldes. Je fais des essayages rouge écrevisse (c'est difficile à supporter car pendant des essayages on voit beaucoup sa tête). Je repars avec trois pièces qui me plaisent beaucoup (oui je le précise: car combien de fois on achète des pièces qui ne plaisent que moyennement. Maintenant que je n'ai plus d'espace de stockage, je ne peux conserver que des vêtements que je suis sûre de porter. Je vais donner deux chemises et une combinaison en jean. J'ai deux robes habillées et trois vestes en soie que je ne voudrais pas abandonner au hasard. Il faudrait que je les propose aux rameuses mais je n'ose pas.)
C'est drôle cette envie de fringues. Est-ce parce que je n'achète plus de livres?

Tailler la vigne

L'un de mes collaborateurs est descendu en urgence en Gironde: La grêle a cassé des tuiles de sa maison de famille.

Il a trente ans, est orphelin et a hérité des vignes de ses parents:
— Et tes vignes, ça va?
— Pour la récolte de cette année, ça ira. C'est la récolte de l'année prochaine qui va être compliquée… quand on va tailler à l'automne.
J'essaie de comprendre.
— Tu veux dire qu'il sera difficile de tailler parce que le bois est abîmé?
— Oui, ce sera difficile de tailler les bois fragilisés.

Et c'est ainsi que j'apprends que la grêle de cette année compromet la récolte de l'année suivante.
Les billets et commentaires du blog Alice du fromage sont utilisables sous licence Creatives Commons : citation de la source, pas d'utilisation commerciale ni de modification.