Premier jour

Réveillée comme tous les jours à 5h50. Je prends un doliprane, ferme les rideaux et me recouche.
Levée 8 heures. Je ne me presse pas. Je ne sais pas trop comment m'y prendre, je ne sais pas où je vais chausser mes skis pour la première fois, je ne sais pas si je suis assez souple et assez musclée (il y a six ans, je faisais beaucoup d'aviron).

A part le ski, l'autre inquiétude, c'est l'orientation. En 2019, je ne faisais attention à rien, laissant O. me guider. Aujourd'hui, il faut que je me débrouille et j'ai peur, non pas réellement de me perdre (il suffit de demander son chemin au personnel des télésièges), mais de mal évaluer le temps et les distances et d'être coincée dans la mauvaise vallée à l'arrêt des remontées mécaniques.

Cessons le suspens: tout s'est très bien passé. Ce que j'ai perdu en muscle et en souffle (essouflée à 3000 mètres), je le compense par un meilleur équilibre. Le travail profond effectué depuis neuf mois porte des fruits. J'ai essayé des pistes vers Méribel (remontée "Les Bruyères", je le note pour un prochain séjour), je me suis perdue vers les Ménuires (dont j'ai découvert l'étonnant clocher). Il a fait très beau, la ligne des montagnes est magnifique. Tandis que je calculais que je tenterai les pistes rouges dans deux ou trois jours, je me suis retrouvée en haut d'un téléphérique où il n'y avait que des rouges et des noires; il m'a bien fallu descendre.

Etre seule permet de se glisser sur les sièges ou dans les œufs à chaque fois qu'il ne reste qu'une ou deux places alors que les groupes s'attendent pour être ensemble. J'écoute les conversations. Le plus drôle fut le père disant à son petit garçon (six ou sept ans): «D'accord pour aller plus vite, mais en échange, tu m'écoutes, deal?» Le garçonnet réfléchit et répond honnêtement: «Non». (J'ai adoré son honnêteté et son audace.) Ils étaient quatre Anglais, la fillette était plus âgée, avec de merveilleuses taches de rousseur. «Mais si on ne va pas vite, on va s'ennuyer» analyse-t-elle. Une autre fois, une Espagnole et une Chinoise découvrent qu'elles habitent toutes les deux Londres. Dans un autre télésiège j'ai eu droit à une sorte de revue du Who's who, entre Canada, Pays basque et Corrèze. Quant à la jeune fille qui évoquait le RER D dans le funiculaire de la Cime de Caron, je ne peux que lui donner raison.

Dans une autre conversation j'ai découvert le fairphone.
Le mec d'un groupe de trois — Ah tiens, Thierry devrait prendre un fairphone, ça lui irait bien. C'est un smartphone construit entièrement à partir d'éléments recyclés, où toutes les parties sont remplaçables.
L'une des deux filles: Ça doit moche et très lourd, non?1
Le mec: Oui, et ça fait de très mauvaises photos. On n'a rien sans rien.

J'ai téléchargé l'application "Les trois Vallées", je peux donc partager quelques statistiques : 56,4 km parcourus et 6,13 km de dénivelé en 6h05. (Cela ne fait pas 9km/h: il y a le temps des remontées et la pause casse-croûte).

Le soir, j'ai échangé mes chaussures qui me blessaient la malléole. Acheté du coca au cas où la colique reviendrait. Bu une Guinness au bar du coin.

J'ai pris un coup de soleil sur le nez et les joues. Cela provoque des frissons de fièvre. C'est très laid sur la cicatrice fraiche de ma lèvre. Demain, écran solaire.



Note
1: Ça me fait plaisir de n'être pas la seule à avoir ce genre de scepticisme. Surtout que la jeune femme doit avoir trente ans.

Installation

Train de 6h24 (nous avions prévu le 53, mais puisque nous étions prêts, nous en avons profité).
Thé et porridge à Prêt à manger gare de Lyon.
TGV de 8h40. Je ne me suis pas pressée, je monte dedans à 8h25. Il est plein comme un œuf et c'est le chaos, notamment pour caser les bagages très volumineux des vacanciers skieurs.
Je lis, je dors, je nomme et classe des photos. Rocher Suchard. Ma voisine disparaît au bar quasi tout le voyage.

Car à Moûtiers. Dans la gare routière je découvre avec stupéfaction des cars Amsterdam-Moûtiers. Mazette.
Il fait beau. La route est étroite. Les cars qui montent et descendent se cèdent le passage avec courtoisie dans les virages.
J'arrive à 14h20, la location commence à 16h. Je pars à la recherche d'un endroit où boire un verre et je m'épuise avec mon sac à marcher dans la neige au bord des pistes, à la recherche d'un bar que j'aimais bien il y a six ans (put*** six ans! Pourquoi ai-je attendu six ans pour revenir? Existe-t-il encore? Le covid est passé par là).
Je finis par le trouver, mais il est désormais si près de 16 heures que je n'ai plus le temps de me détendre. J'achète mon pass pour les trois vallées et retourne à l'appart.

Je récupère les clés: c'est minuscule (pour quatre? Quatre là-dedans pour dormir, OK, mais une fois qu'on ajoute les bagages, on doit se marcher dessus), très propre, très bien équipé, avec des produits de première nécessité. (Je déteste les endroits où il n'y a rien dans les placards, où tu es obligé d'acheter du sel et de l'huile, denrées que tu es plus ou moins obligé de laisser quand tu repars car intransportable dans une valise.)

Je me fais un thé, mange deux bols de Smack et repars louer des skis chez Goitschel dont j'ai retrouvé le nom dans ce blog. C'est le rush du week-end (ils sont ouverts jusqu'à 20h); ceux qui rendent leurs ski croisent ceux qui en prennent. Suite à ma chute de vélo et parce que j'ai remarqué cette après-midi que tout le monde désormais en portait un, j'achète un casque.

Je rentre, fais mon lit et prévois de dormir dix minutes qui deviennent une bonne heure. Je ressors faire des courses, puis une troisième fois pour manger une fondue savoyarde (un mois que j'en rêve).
Toujours la même question: «vous êtes seule?» (déjà chez le loueur de ski). Personne ne vient seul au ski, c'est une activité de groupe, pour être heureux ensemble.
Je rentre en m'apprêtant à dormir solidement, mais je fais une crise de colique une heure durant: l'altitude? les Smacks? le lait? la fondue? l'appréhension sourde de devoir skier demain six ans après, seule?

Décompression

Je suis en vacances ce soir. Je n'arrive plus à me concentrer, mon esprit se décompose. Je suis en train de payer les dix jours entre Noël et le Nouvel An quand je suis allée travailler sans avoir récupéré de ma fièvre. A midi je vais manger une grosse pièce de viande rouge dans l'espoir de me ressaisir. J'essaie désespérément de me souvenir des urgences pour passer deux ou trois consignes à mon adjointe. J'ai la cervelle en fromage blanc.
Mais bon, n'exagérons rien, une semaine, ça passe vite. C'est juste mon syndrome de l'imposteur qui ressurgit.

Je pars tôt car nous dînons chez des voisins. La soirée commence sur un thème inattendu: les rêves. Notre voisine se souvient de tous ses rêves et cauchemars. Et elle et H. de comparer les dents qui tombent, les fuites, les escaliers qui disparaisssent, mais aussi une maison qu'ils connaissent et qu'ils peuvent décrire pièce par pièce… Laurent et moi les écoutons, perplexes.

On parle planeur, avion, hélicoptère. Lui travaille dans le monde de la télé. «Je connais bien le second de Balavoine. Balavoine installait des puits dans les villages sur le parcours du Paris-Dakar. Le puits de la veille avait un problème; Balavoine a demandé à son second d'y retourner, donc celui-ci n'était pas dans l'hélicoptère, il lui a sauvé la vie.» Et à propos de l'accident qui a tué Florence Arthaud: «Pour que les images soient belles il faut filmer au plus près, ils se sont trop rapprochés. […] Dans un hélicoptère, tous les passagers servent de rétroviseur et doivent regarder autour d'eux. Alors une émission où les passagers de l'hélicoptère ont les yeux bandés…».

Plus tard nous bitchons joyeusement. Ils se sont mariés cet été, chacun ayant des enfants de son côté. Lui nous dresse un portrait de son ex mythomane: «pour vous donner une idée, elle m'avait dit qu'elle parlait russe. Un soir on est invité à dîner par un ami qui a épousé une Russe. — Ah mais c'est super Clothide, tu vas pouvoir parler russe. Je la vois se décomposer; en fait elle savait compter jusqu'à six. Nous avons un bureau Louis XVI, au lieu de le dire simplement à notre fils (de sept ans), elle lui a raconté qu'il venait du château d'un roi qui s'appelait Louis XVI, tout ça parce que sa famille fantasme l'idée de descendre des Bourbons.»

Nous parlons du précédent propriétaire du loft que nous avons acheté. Ils le connaissaient puique c'était leur ancien voisin, avant nous. Ils l'ont revu récemment, sur la côte basque. Nous tombons d'accord sur le fait que lui aussi est mythomane. Nous racontons les lettres recommandées que nous avons longtemps reçus au loft. Nous avons conservé pendant deux ou trois ans l'acte d'achat du loft à portée de main, pour le montrer aux huissiers ou gendarmes qui sonnaient à la maison. Visiblement l'ancien propriétaire était criblé de dettes; d'ailleurs il avait fait un scandale chez le notaire en découvrant que son ex avait fait saisir une partie du prix de la vente du loft. «Il ne nous a pas donné son adresse avant de partir; ils nous a dit de laisser le courrier dans ta boîte. — Comment? mais il ne m'avait rien dit, je n'avais pas son adresse.» Nous nous regardons avec stupeur, j'éclate de rire: «Mais alors, tu as dû nous prendre pour des dingues, à trouver le courrier de Serge systématiquement dans ta boîte aux lettres!»

A minuit nous partons, je prends le train tôt demain et j'ai peur de le rater, à cause d'une panne de réveil ou d'un problème SNCF.

Bagage

Télétravail. Pain, rosbeef froid et moutarde, baba au rhum.

Je prépare ma valise: pour skier 2 maillots de corps coton-soie, 2 sous-pulls petit bateau hérités de l'aviron, un pull en cachemire gris que m'avait donnée ma formatrice irlandaise (très fin et très chaud), des chaussettes de ski, un pantalon de ski, des moufles, des sous-gants en soie, deux bonnets (avec et sans pompon) et un tour de cou issu de l'aviron lui aussi. Il sera possible de faire une lessive dans le lavabo un jour sur deux, un jour sur trois, si nécessaire. Je ne serai «en civil» que deux ou trois heures par jour, et encore, si je ressors le soir; je n'emmène que des sous-vêtements, des chaussettes et un tee-shirt de nuit, mon jean et mon pull de voyage suffiront pour la semaine.
Comme on le voit, voyager seule réduit les efforts de coquetterie ou d'élégance. Pas de produits de maquillage mais mon gros de crème Nivea qui doit avoir dix ans (dans l'espoir d'enfin le terminer), de même des bouteilles de shampoing et douche en fin de vie: je les jetterai sur place. Doliprane, ibuprofène, vicks.

Je priorise ce qui me fait plaisir : huit One Piece (un «arc»), Un mois à Sienne offert par Aline, des cartes de voeux (après tout il restera une journée), des timbres et du papier à lettre, mon ordi, le chargeur adéquat, deux paquets de Smack (si, si) et un demi litre de lait (pour manger en urgence le premier soir ;-) ), un étui de rochers Suchard noirs, une trousse à stylos et une trousse de fils, chargeurs, écouteurs, carte d'identité et carte bleue.

Tout cela tient dans un sac de voyage (pas une valise mais un sac acheter pour le coffre de la Mazda) et un petit sac à dos Décathlon.

Bombance

Galette(s) des rois au boulot, sur le principe «chacun amène quelque chose», ce qui bien sûr fait huit fois trop.

Une fille de mon équipe, dont le mari vient d'Agadir et qui connaît mon attachement au Maroc (elle m'envoie des photos de mon école primaire quand elle est en vacances), m'a préparé spécialement des pastillas individuelles. Un carton m'attendait ce matin sur mon bureau.
Nous venons de les finir, elles étaient excellentes.

PS : grand professionalisme des coiffeuses, pas une n'a demandé, devant ma gueule cassée, ce qui m'était arrivé. Impassibles.

Balzac

Hier mon boss a tant insisté que ce matin je suis allée chez le médecin que j'avais déjà consulté à Nation en urgence, parce qu'il était le seul disponible le jour-même sur Doctolib.
Il a la tête de Gobsek, l'âge de Mathusalem, ne prend pas la carte bleue et fait payer soixante euros.
L'idée de mon boss était que l'on vérifie que je n'avais pas de trauma crânien («Vous n'allez pas bien, ça se voit dans votre regard. — Vous savez bien (il est triathlète) que la tête, vingt-quatre heures plus tard, si on est debout c'est que ce n'est pas grave»). J'attendais des tests de base du genre suivre du regard le doigt du médecin sans bouger la tête. Gobsek a inspecté la paroi nasale, m'a prescrit du doliprane (j'en prenais déjà), du sérum phy, des antibiotiques («pour éviter que les plaies ne s'infectent») et un scanner.
Je suis rentrée au bureau et j'ai déchiré les ordonnances. Je n'y retournerai pas.
(Ce n'est qu'avec retard que je me suis dit que ce qu'il y avait dans mon regard, c'était sans doute un certain désarroi suite à vendredi.)

Parking

Ma carte navigo me permet de garer gratuitement ma voiture dans un parking couvert à la gare.
Normalement.
Ce matin, non.
La barrière ne s'est pas levée. Ça m'était déjà arrivé un soir il y a quelques jours et le gardien avait réinitialisé ma carte, mais visiblement ça n'a pas suffit. (Le matin, pas de gardien, il est trop tôt.)
Ce n'est pas que ce soit passionnant mais je le note ici pour le retrouver au besoin (car le temps file: quel soir était-ce? je ne sais, un soir de janvier).

Gonflée

Je suis tombée de vélo hier soir en rentrant du planeur et le visage a porté: j'ai la lèvre supérieure gonflée, elle a pris une assez jolie couleur rouge foncée. Le moche, c'est l'écorchure d'un centimètre sur deux en dessous du nez qui donne l'impression que je saigne en permanence.

Nous avons fini dans la matinée le dépliage-repliage des cinq parachutes restants. Je suis rentrée et j'ai dormi tous l'après-midi en lisant par intermittences Meurtre en Mésopotamie.

Pliage

Journée de formation au pliage de parachutes de sauvetage.
« Ni sportif, ni de secours, il ne faut pas confondre. »

Le formateur est un retraité bénévole, il parcourt la France à la demande de la fédération ou des clubs et ne jure que par l'armée.

Nos parachutes doivent être dépliés et repliés une fois par an, tout est suivi dans des registres (en cas d'accident il y a enquête de gendarmerie), c'est à la fois simple et précis: recherche des taches et déchirures, pliage selon le manuel. L'objectif est que cela s'ouvre le plus vite possible, il y a un extracteur (gros ressort) qui projette le parachute vers le haut, des velcros, des élastiques. «Vous aurez peut-être les jambes cassées, mais cela vous sauvera la vie» m'a dit un jour un instructeur.

A la fin de chaque pliage, nouvelle date de validité indiquée sur le tableau de suivi, au-dessus de l'armoire aux parachutes: 17 janvier 2027. Cette date me paraît inatteignable, mythique.

A la fin du week-end, j'aurai mon brevet de plieuse de parachute.

Un homme droit

Enterrement de Monsieur G., le père d'un ami.

Notre ami étant resté longtemps chez son père, nous sommes longtemps allés chez lui, de 1991 à 2003 au moins, puisque le Monde de Nemo est associé à son appartement, je ne sais plus pour quelle raison (y avions-nous laissé le plus jeune pendant que nous allions au cinéma? Ou avons vu le film en cassette chez lui?)
M. G. n'était pas souvent chez lui, nous le croisions de temps en temps, il était discret et souriant. Je le connaissais surtout par les anecdotes racontées par son fils, notre ami.

Il avait gagné à tout jamais mon admiration et mon respect quand son fils nous avait dit que jamais son père, grand travailleur devant l'Eternel y compris durant ses vacances, n'avait montré d'impatience ou d'agacement devant le bruit ou les chamailleries de ses enfants: était-ce réelleement possible, moi qui m'impatientais si vite? (j'ai appris ce comportement alors que mon aîné devait avoir quatre ou cinq ans).

J'aimais l'histoire de M. G. rentrant chez lui, trouvant son fils ivre mort en travers de son lit, celui-ci comme excuse ne trouvant qu'à babultier d'une voix pâteuse: «ça ne t'est jamais arrivé, à toi?» et la réponse nette, après une seconde d'examen: «Non».

Mais mon histoire préférée, celle qui fait que je pense à M. G. à l'occasion, est la suivante: M. G. avait un poste important dans une grande entreprise et négociait avec les syndicats. Un jour, alors que les syndicats protestaient de l'injustice de je ne sais quelle mesure, M. G. avait invoqué la parabole de l'ouvrier de la onzième heure.
Cela me ravissait et me ravit chaque fois que j'y pense, pour des raisons variées: évoquer l'évangile — devant des syndicalistes — et quelle parabole, celle qui revendique pour le patron de payer autant le dernier arrivé que le premier, sans se justifier — et de répondre «en quoi te nuis-je, ne te donnai-je pas ce que je t'ai promis» — ce qui dans une logique humaine est injuste, mais finalement, met en lumière nos raisonnements étriqués, notre incapacité à se réjouir d'un bienfait accordé à notre voisin — pourquoi ne pas se réjouir que notre congénère soit aussi bien traité que nous-mêmes? — quelle leçon pour ces syndicalistes que d'être pris en flagrant délit d'une générosité moindre que celle de leur patron.
Oui, je pensais régulièrement à M. G., je continuerai à penser à lui.
Avec sa mort, une part de notre jeunesse disparaît.

Iran

L'Iran est dans la rue. Internet est coupé, visiblement la Chine a trouvé le moyen d'intercepter Starlink, les satellites de Musk.
Tout cela me rapelle Tien-an-Men, je ne donne pas cher de leur peau.
Après tout, il n'y a de révolution réussie qu'après des guerres perdues ou tandis que des réformes sont en cours.

Il paraît (des journalistes disent) que les Iraniens attendent le soutien de Trump, des bombardements américains.
Comme s'il était possible de compter sur Trump pour quoi que ce soit.

Stig Dagerman



Titre : Notre besoin de consolation est insatiable. Un livre neuf. Un cadeau de Noël?

Ce doit être une nouvelle traduction. Je me souvenais de Notre besoin de consolation est impossible à rassasier aux éditions Actes Sud.
Je ne sais plus vraiment si je l'ai lu car je tends à le confondre avec Automne allemand. J'ai eu une période "petits livres minces et pâles d'Actes Sud" (circa 89-90).

Tamagotchi

RTL, journal de six heures et quelques.
Chronique: une appli chinoise propose de confirmer tous les deux jours que vous n'êtes pas mort en appuyant sur un gros bouton vert. Elle connaît un succès phénoménal, en Chine et à l'étranger.

Tamagotchi humain. En l'absence de signe électronique, vous êtes mort.









Si vous négligez de vous signaler, l'appli contacte un proche que vous avez désigné.
Question : pourquoi ne pas appeler ce proche plutôt qu'appuyer sur un bouton?

Achats

Je passe chez Ba&sh et achète un pantalon et un pull. Cela résulte de ce repérage: les fringues vues ce soir-là ont continué à me trotter dans la tête.
J'ai donc fait les soldes sans le vouloir. C'est bien la première fois que ça m'arrive.

Dans les casiers Amazon de mon village m'attendait un pince-nez de natation (mon chef triathlète prétend que cela pourrait m'aider contre mon allergie au chlore) et un pèse-personne de voyage (500g: c'est pour manger de la fondue savoyarde au ski tout en en surveillant les conséquences). Elle est minuscule, à peine deux livres de poche accolés. Elle est mignonne. Les commentaires prévenaient: «il ne faut pas faire du 43». Ça tombe bien, je ne fais pas du 43.

Dimanche

Encore un dimanche à rattrapper du retard pro.
Je pense en voir le bout. Normalement (touchons tous les bois possibles), je vais revenir à un rythme normal à partir de la semaine prochaine: samedi planeur; dimanche maison et amis. Je n'ai pas encore écrit une seule carte de vœux (mais je les ai achetées, et les timbres).

Mes parents descendent au Maroc jeudi.

Coulommiers

AG d'association concernant le planeur à Coulommiers. Je pars à 9 heures, traverse des pans de forêts, la tempête a fait tomber beaucoup d'arbres.

J'écoute France Musique, les sagas musicales. Ça parle de Strauss, des Strauss, de l'opéra de Vienne, de Mahler, de la seconde école de Vienne. Je ne savais pas que Mahler s'était converti au catholicisme. En 1907 l'antisémitisme était déjà violent. Quelle engeance.
J'aime beaucoup la phrase de Mahler à propos de Schönberg, qui dit à peu près: «je ne comprends pas tout, je suis trop vieux pour cette musique, mais il doit avoir raison, il est jeune, il est l'avenir». C'est ce que je me dis souvent à propos de beaucoup de choses: «je ne comprends pas, mais je suis encroûtée dans des habitudes, c'est sans doute l'avenir».

Ambiance sympa durant l'AG même si tout le côté politique me terrifie (la raison d'être de cette association est de récupérer des subventions, donc il faut connaître ceux qui font la pluie et le beau temps au niveau du département), c'est tout ce que je déteste: sourire et monter des dossiers pour récupérer du pognon.
Repas dans une pizzeria planqué entre des pavillons de banlieue (mais que fait-il là? La Cabana 40 rue de Varennes). C'est sans prétention et la cuisine est soignée. Retour au club, remontage d'un planeur dans un froid glacial puis galette. Je rentre.

Dicton

Verdict concernant un club à la démographie vieillissante:

« Quand t'as plus d'jeunes qui poussent, t'as plus qu'des vieux qui râlent.»

Part 66

Encore une journée de boulot intense.
J'ai quand même décompressée en regardant le montant sur mon compte formation et en cherchant les formations pour la part 66. Je ne sais pas si je suis assez motivée. Combien d'années représentent 782 heures? Ce serait amusant de passer trois ans avant la retraite à se former. Mais en suis-je capable et est-ce utile? Les maths et la physique ça va (en tout cas, ça allait à une époque), mais j'ai toujours peiné avec l'électronique. Je n'y trouve pas de logique.

Commencé à regarder Love, death & robots. Un ami m'en avait dit du bien, c'est vraiment déjanté. J'ai tant d'admiration pour les personnes qui ont ce genre d'imagination.

Pendant ce temps, les US ont arraisonné un pétrolier russe, la Chine est touchée par la crise vénézuélienne, l'Europe s'inquiète pour le Groenland. Chaque année est un peu plus folle que la précédente, c'est fascinant.

Troisième jour

Dix centimètres. C'est beau, j'adore.
Toute mon équipe part à quatre heures tant ils ont peur de ne pas avoir de transport.
Mais pour une fois, ça ne marche pas si mal. H. a même réussi à faire un aller-retour à Troyes.

Non à la violence

Neige, suite.
La ligne 8 va jusqu'à Créteil, elle parcourt donc un long trajet à l'air libre. Par conséquence elle est affectée par la météo.

8h30 environ. Nous (quelques dizaines de passagers) montons dans la rame station Reuilly-Diderot. Nous attendons quelques minutes, puis le conducteur annonce: «ce train ne prend plus de voyageurs, merci d'évacuer la rame». Nous descendons sur le quai, attendons deux à trois minutes, montons dans le suivant qui n'est pas bondé.
Nous attendons quelques minutes («nous devons stationner quelques instants, merci de patienter») puis le conducteur annonce: «Merci d'avoir patienté. Nous allons repartir délicatement jusqu'à la station suivante».

Neige

Pas grand chose. Le boss est malade depuis dix jours, surinfection. L'intérimaire est revenue blanche, une semaine de grippe. Les cas se multiplient.
Mon apport à la communauté aura été de trouver comment mettre le chauffage dans les toilettes du boulot, en changeant les piles de la télécommande.
Neige dans l'après-midi donc problème de transport le soir.
Mais c'est beau.


J'ai oublié de noter: il y a deux jours, les US ont capturé le président du Venezuela. Encore un sujet de SAS. Bien entendu Poutine a aussitôt protesté et appelé au respect du droit international. Quoi qu'on pense de Maduro, on ne peut pas donner tort à Poutine. Dommage qu'il ne s'applique pas à lui-même ces principes.

Statistiques

Croissants, repassage, sieste. Je rallume mon ordinateur pro et travaille jusqu'au dîner.
Il fait glacial au rez-de-chaussée.
Mon téléphone me prévient: «vous marchez moins cette année que l'année dernière: en moyenne 986 pas par jour en 2026 contre 6398 en 2025».
Après dîner je rapièce mon pantalon noir en laine en regardant l'anime One Piece. C'est étrange, les voix et les bruitages sont exactement les mêmes qu'il y a trente ou quarante ans, à l'époque de Goldorak ou Candy.

Glande

Passage à Nemours ce matin pour récupérer un jeans. Repas régressifs, à base de cacahuètes, pâté de foie, kouglof, beaufort et coca-cola. (Mais pas d'alcool).

Fini la saison 1 de Pluribus le cul au fond du canapé. Vraiment étrange, et sans beaucoup de sens. Pourquoi certains meurent-ils au début? Pourquoi ne pas se réjouir d'un monde sans guerre? Qu'est-ce qu'un monde mené par les caprices d'une douzaine d'humains exécutés par sept milliards? Quels sont les points communs entre ces douze ou treize personnes? Autant de questions qui ne sont même pas abordées.
Je continue avec Hijack, avec l'espoir de finir le repassage.

Anniversaire

Comme chaque année, journée d'anniversaire à Blois. C'est l'occasion également d'échanger les derniers cadeaux de Noël.
Je reçois le troisième tome de Michaux dans la Pléiade et La vie solide: «Arthur Lochmann a interrompu ses études de droit et de philosophie pour devenir charpentier. […] la charpente est une éthique pour notre modernité». Ma sœur et moi sommes parties pour échanger nos lectures les plus décalées.
Journée calme, très calme, ce qui déstabilise la copine du benjamin, peu habituée à tant de silence.
Mes parents envisagent sérieusement de descendre en voiture jusqu'à Agadir, ce qui me paraît un long voyage à quatre-vingts ans.

1er janvier 2026

Rien.
Comme toujours le premier, je pense à Proust: «Je venais de vivre le 1er janvier des hommes vieux qui diffèrent ce jour-là des jeunes, non parce qu'on ne leur donne plus d'étrennes, mais parce qu'ils ne croient plus au nouvel An.»

Au lever, quinze degrés dans le salon, deux radiateurs en panne (robinets thermostatiques collés). J'ai remonté directement la température de la chaudière. Nous avons brûlé tout notre bois.

Repassage en revoyant Le gang du gant vert (netflix). J'aime les forêts polonaises et les bâtisses vieilles ou modernes que l'on voit dans la série. Cette série a beaucoup de charme.
Continué avec Pluribus (apple). Vraiment étrange.
J'ai attaqué le repassage des robes et chemises d'été restées au fond du panier depuis septembre. A travailler le week-end, il ne reste plus grand temps pour quoi que ce soit.

Objectifs pour cette année: passer le «théorique» SPL (l'examen théorique du brevet de pilote de planeur) et améliorer mes atterrissages (ça ne devrait pas être difficile (lol)).

Dernier jour

Je laisse mon oreiller et un drap dans l'armoire du bureau: j'espère avoir l'occasion de m'en resservir.

Je range mon bureau façon Gaston Lagaffe, c'est-à-dire en fourrant tout en vrac sur une étagère et en refermant la porte et je quitte le bureau plutôt fière d'avoir réussi à partir tôt.
Gare de Lyon, train de 19h07.
En théorie. Dix minutes plus tard, le conducteur nous annonce: «nous sommes en retard par défaut d'information: je pensais que le train était sur le quai d'à côté, donc j'attendais à côté.»
WTF ???

Nous rentrons. Repas calme et au lit. Il fait frais dans la maison, problème de radiateurs. Je n'ai pas eu le temps de débotter depuis ma grosse fièvre il y a dix jours, je commence à accuser la fatigue.

Pour mémoire, Brigitte Bardot est morte dimanche dernier.

Métropolis

Après le boulot, longue errance dans le Marais à la recherche paresseuse de fringues. Pas le courage de faire des essayages.
Escalope milanaise au café Beaubourg en lisant One Piece. J'ai du mal à m'y remettre. Quelque chose s'est cassé avec le tome 60. Il faut surmonter une tristesse et une crainte.
Metropolis de Rintaro/Tezuka. Des images magnifiques, une bande-son envoûtante et une atmosphère qui m'évoque la révolution de 1917.
Retour au studio.

Dîner

Soirée parisienne avec nos amis de Boston. Depuis le retour de Trump et l'arrivée de petits-enfants, ils préparent leur retour en France, sans doute en 2026.
La conversation roule surtout autour des parents devenus désormais le sujet de préoccupation principale. La mère de notre ami est particulièrement encombrante, considérant tout à fait normal de s'inviter sans limite chez son petit-fils dont le deuxième enfant a deux mois. Notre ami se démène pour protéger son fils de sa grand-mère.

Nous avons amené oreillers et draps et dormons dans le studio rue d'Alésia (les oreillers dans un souci prophylactique après ma grippe). Cela faisait longtemps que nous n'avions pas dormi sur un aussi mauvais matelas, c'est un grand coup de jeune.

Déjeuner

Déjeuner chez le benjamin.
Récupéré la suite de One Piece à partir du tome 61.
Reçu des chaussettes à paillettes Cool mum.

Exclusion à perpétuité

Dîner avec des amis de ping-pong d'H.

Conversation à bâtons rompus sur tous les sujets, mais je dois avouer que la première anecdote de la soirée m'a laissée bouche bée:
Madame a perdu sa mère en mars dernier. Celle-ci souffrait d'histrionisme, une maladie psychiatrique qui consiste à avoir besoin d'être le centre de l'attention: «Elle était méchante. Elle était épouvantable. Soudain j'ai compris que si elle était enterrée dans le caveau de famille, plus personne ne s'y ferait enterrer. Personne ne voudrait être à côté d'elle. Alors, d'un commun accord avec mon frère et les cousins, nous n'avons pas respecté les dernières volontés de ma mère. Nous nous sommes décidés pour une crémation et nous avons dispersé ses cendres. Tout le monde était soulagé.»

Après cette entrée en matière surprenante, nous avons passé une excellent soirée. J'ai rencontré un adulte qui regarde autant de séries que moi, et même les anime de One Piece.

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