Trois amis (ou plutôt deux)

Le premier a fait un infarctus il y a trois semaines (nous l'apprenons en lui téléphonant pour tout autre chose), le second fêtait ses soixante ans aujourd'hui et était à la maison pour travailler (sa femme nous a prévenu ce matin, je suis sortie acheter du champagne, nous sommes en rupture de stock depuis le confinement), le troisième préfère faire confiance à un homme rencontré deux fois qu'à H. qu'il connaît depuis six ans: la fin de la possibilité de travailler ensemble. H. a le moral dans les chaussettes — et moi aussi.

Ensommeillée

Debout une heure au petit matin, ce qui me permet d'écouter les oiseaux au lever du soleil (en réalité, une demi-heure avant que le soleil n'apparaisse). Je continue la lecture du livre du voisin de Thomas Bernhard (en allemand).
Je me recouche, et, fait exceptionnel, H. se lève avant moi plein d'allant (c'est ce qui est exceptionnel), me réveille, me propose de partir au marché pour prendre le petit déjeuner sur place.
What ?
Je suis passablement embrumée. J'apprendrai plus tard qu'il a du travail et qu'il ne voulait pas me laisser faire le marché seule.
C'est gentil.

Entraînement d'ergo (le moral boosté par la sortie sur l'eau hier matin) puis messe (la première depuis longtemps). L'église peut accueillir cinquante-et-une personnes, annonce une feuille sur la porte. Une affiche par banc indique "place autorisée". Il n'y a pas de quête mais un panier à l'entrée (c'était ainsi dans mon enfance, le curé avait l'habitude de faire la quête à la sortie. C'était plus facile de ne rien donner quand on n'avait pas d'argent (il m'arrivait régulièrement d'avoir oublié ma pièce)); les fidèles ne se déplacent pas pour la communion, c'est le prêtre qui remonte l'allée.

Ayant pris soudain conscience que j'avais bel et bien fini mes années de théologie, j'ai réinstallé CandyCrush. Niveau 1650.

J'avais pour projet de ranger et commencer le ménage ce week-end. Ambition déçue.

Premier épidode de la série Tchernobyl.
Je ne peux que conseiller que La supplication de Svetlana Alexievitch. Déchirant. Mais je n'en finirai pas de conseiller Svetlana Alexievitch.

Samedi

Les sorties de huit heures ont été supprimées : premier créneau à neuf heures. Dommage, pour moi aucune sortie n'est jamais trop tôt, j'aime la fraîcheur, la lumière, sur l'eau.
Vincent m'a donné un nouveau skiff, à priori plus difficile mais sur lequel je me suis sentie beaucoup mieux, beaucoup plus légère. J'ai retrouvé des sensations aériennes que je n'avais plus depuis le déconfinement. Cela m'a remonté le moral car j'en bave depuis la reprise.
J'ai croisé Anne qui envisage des entraînements en huit plus light. Par ailleurs, aucune fille ne s'est inscrite pour ramer en double ou en quatre depuis que c'est possible. La motivation, le désir, est minimum. Je vais aller voir ce que propose Nogent. Si le télétravail se maintient, cela n'a pas de sens de ramer à la Défense, surtout le week-end. Je ne restais que pour le huit — si ce projet est abandonné je n'ai pas de raison de rester à Neuilly.

Pendant que j'étais sur l'eau H. est allé essayer et commander un vélo d'appartement boulevard de Clichy. Il est revenu enchanté. C'était sa première vraie sortie depuis le déconfinement (autre que la pharmacie, le marché ou le boulanger). Je commençais à m'inquiéter (en silence) de ce non-désir de sortir de la maison.

Max et les ferrailleurs au cinéma de la ville. Quel sujet étrange, un flic qui fait arrêter une bande pendant un crime qui n'aurait pas été commis sans son intervention. C'est rythmé mais très lent, et à cause de l'aviron je ne tiens pas en place, je gigote sur mon siège, je ne sais plus quelle position adopter pour soulager les muscles. Heureusement nous sommes huit dans la salle (deux la première fois, cinq la deuxième, huit ce soir: ça progresse).

Il fait froid.

Journée dense

Je suis fatiguée, et quand je rentre, H. est en train de s'énerver au téléphone. Dans la boîte aux lettres une enveloppe: j'ai ma licence de théologie (baccalauréat canonique) avec mention Bien. (P*** neuf ans).

Journée dense.
Le matin, des profs de FLE (Français comme Langue Etrangère) nous expliquent la méthode (parler lentement, clairement, répéter beaucoup, insister sur la prononciation, féliciter, etc.) et nous présentent des outils (thèmes, fiches de vocabulaire,...).

L'après-midi, répartition des sept rôles de chaque matinée (café, accueil, administratif) et des goûters pour l'ensemble du mois.
Petits jeux, amusants, tournés vers la libération de l'énergie (tandis qu'hier c'était plutôt la mémorisation des prénoms). Leur simplicité m'enchante, comme se mettre sur deux files (soit deux groupes de dix) et se classer sans parler par ordre alphabétique des prénoms ou de mois de naissance. C'est tout simple et très amusant.

Jeux de rôles, "que faire si" : si un participant drague, s'il accapare la parole, s'il avoue être à la rue et appelle au secours, si une dispute se déclenche, si un groupe de même langue se renferme sur lui-même et ne participe pas…
En gros, il faut garder son calme et en référer aux organisatrices.
A propos d'un participant qui coucherait à la rue : — Ne culpabilisez pas. Vous constatez les situations, vous n'en êtes pas responsable. Ne prenez pas sur vos épaules un fardeau trop lourd.
A propos de se sentir inutile, de ne pas être sûr d'être utile : — Il faut l'accepter. Vous ne saurez jamais si ce que vous faites est utile, si les gens en face en retirent quelque chose. Il faut l'accepter.

Ce que j'aime et me paraît difficile (difficile de ne pas prendre une posture professorale), c'est le principe de réciprocité au cœur de la démarche: nous venons proposer de la conversation en français, mais les "élèves" peuvent proposer de la musique, du sport, de la danse, de la cuisine, du théâtre, n'importe quoi dans lequel ils sont compétents et qu'ils ont envie de partager: les ateliers de l'après-midi servent à cela.
J'essaierai d'y assister la dernière semaine de juillet (le reste du mois je ne participerai qu'aux conversations du matin).


Vélib matin et soir. Géniaux, les domaines cyclables. De gare d'Austerlitz à rue de Seine dans des couloirs réservés. Il y a clairement une aristocratie des cyclistes en fonction des vélos — je suis tout en bas sur mon Vélib.
Acheté une nappe orange pour le salon et des sandales en remplacement de celles cassées à Tarascon il y a quatre ans.

Amicothérapie

Choc : je suis la seule de mon âge dans un groupe de vingt. Il est possible que deux ou trois aient trente ans, mais c'est un maximum. La plus jeune passe en terminale l'année prochaine. Je ne pensais pas être une telle exception. Cela m'intimide.
Une majorité de filles, dix-sept sur vingt.

Constatation (connue (de moi) mais renouvelée): l'efficacité du réseau jésuite. Tous viennent d'écoles tenues par des jésuites ou d'universités dont les aumôniers sont jésuites. J'ai l'impression de me revoir moi-même à Sciences-Po… sauf qu'à âge équivalent ils ont voyagé bien plus que moi (ô ce regret d'avoir fait mes études avant la chute du mur). Et puis je faisais partie des "pauvres" à Sciences-Po, et eux non.

Explication du statut des réfugiés (définition juridique. Photo d'un powerpoint projeté au mur) :



«En France on appelle étrangers des gens qui ne le sont pas: ils sont nés ici, ils n'ont pas d'ailleurs. Ça génère beaucoup de frustrations.»

La proposition jrs se décline en sept programmes.

J'aime bien les grains de sagesse jésuite (jèz pour les intimes) que sème le père Antoine (il me semble que c'était Antoine):
— Qui ici a vécu la position d'être étranger? (Quelques mains se lèvent.) C'est fondateur. Le jour où vous descendez d'avion et que vous êtes le seul Blanc et qu'on va bien voir que vous n'êtes pas d'ici, vous comprenez quelque chose. Et ne rien comprendre, une autre langue, un autre alphabet… (Et soudain je me demande, comme dans une psychothérapie inattendue, quelle part joue dans le fait d'être là le fait d'avoir grandi au Maroc.)
«Les gens passent, ils ne vous appartiennent pas. A un moment ils ont besoin de partir, il faut l'accepter»; «un atelier d'amicothérapie»; «si vous vous sentez plus proches des migrants qui passent que de l'équipe dans laquelle vous travaillez ou que de votre famille, quelque chose ne va pas, ce n'est pas sain»; «les migrants sont placés six semaines en famille d'accueil. Pas plus de six semaines, parce qu'ils doivent construire leur vie, pas s'incruster dans la vôtre»; «vous ne pouvez sauvez personne. Vous saurez ce qu'ils vous apportent, vous ne saurez jamais ce que vous leur apportez. Il faut l'accepter»; «chaque fois que vous créez un groupe, vous créez un dedans et un dehors. Certeau l'a théorisé. C'est difficile, il faut en être conscient»; «une langue, c'est une manière d'apprendre à se connaître. On dit dans une langue des choses qu'on ne dirait pas dans une autre».

Déjeuner, végétarien par défaut, avec quelques tranches de jambon à part.

Après-midi sur le droit d'asile : les procédures juridiques françaises — et européennes quand les deux se croisent. C'est épouvantablement compliqué, je ne comprends pas comment un migrant ne parlant pas français a une chance de sortir du labyrinthe.
Je retiens que les audiences du CNDA (cour nationale du droit d'asile) à Montreuil sont publiques, qu'il est conseillé d'y aller une ou deux fois pour avoir une idée des dossiers traités là.

Pierre raconte toutes les embûches, le trafic des tickets de queue dans les préfecture, le jour où la préfecture de Nanterre a ouvert la porte du fond et non la porte principale, rendant caduque l'attente de ceux arrivés à trois heures du matin, ceux qui achètent des «récits de vie infaillibles» (pour obtenir le droit d'asile) à des compatriotes peu scrupuleux et se font débouter parce que leur récit ressemble à des dizaines d'autres (il me semble que Kaurismäki en parlait dans De l'autre côté de l'espoir).

Pierre sourit tout le temps, la bouche fermée, les yeux rieurs, comme s'il s'excusait de raconter des trucs révoltants, injustes, sur un fil, qui mettent en jeu la vie des gens.

En fin de journée nous abordons le planning. Je dois venir tous les matins de juillet du mardi au vendredi. Peut-être poserai-je une journée de congé le lundi 27 pour participer à la dernière randonnée du mois.

Mardi

J'ai dépassé le stade du soulagement (cf le billet d'hier) pour atteindre celui de l'embarras. Il faut que j'arrête.

Passé du Modem à la LREM. L'ambiance des dernières municipales y était propice. Tout cela est une affaire de personnes: quelques connaissances qu'on est proche d'appeler amies. Des plus jeunes que moi, avec enfants à l'école, préoccupés de l'avenir. Ça me va.

Sortie en skiff. Beaucoup de vent. Ces sorties me fatiguent énormément, je ne tiens pas du tout le choc.
Et en rentrant, un spritz et des cacahuètes, ce qui est tout à fait stupide — mais plaisant.

Je ne sais plus si j'ai dit que je nous ai discrètement (dans le sens où il n'y a moi qui le sache) abonnés à Mubi. Tesis est effrayant; les acteurs très beaux dans leur jeunesse.

Agacée

Je me suis énervée contre les procédures de la nouvelle banque de la mutuelle. J'en fais trop, je trolle, je dois avoir l'air complètement folle. Je le sais, je le sens, je ne peux pas m'en empêcher, ou plutôt je n'en ai pas envie: je suis le client, je les paie, ils m'imposent des procédures délirantes en ne me fournissant que la moitié du matériel (boîtier à code, lecteur de carte) nécessaire à respecter lesdites procédures.
Alors je spamme.
Moi qui habituellement ne mets quasi personne en copie, j'arrose, j'écris, je réponds, je récrimine, je me moque, me répands en parenthèses et points d'interrogation sur un fond de vengeance personnelle (après tout, les acteurs du projet nous ont négligés pour ensuite me demander de faire en deux mois ce qui leur en a pris quinze).
C'est tout à fait inutile (quoique), pas si injuste que ça, et ça soulage indubitablement. (Citation détournée des Tontons flingueurs.)

Vu La communion de Jan Komasa en salle. Film polonais étonnant. Journal d'un curé de campagne façon XXIe siècle.

Hier plusieurs grandes villes sont devenues vertes (écolo). Lyon, Bordeaux, Strasbourg, peut-être Marseille. J'accueille cette nouvelle sans trop d'illusion mais avec curiosité. Ce qui me fait surtout plaisir, c'est que certains élus soient peu connus et que de vieux routiers soient battus. De l'air! Du neuf! Ce ne sera pas pire mais différent. Et si c'est pire, on aura au moins une idée de ce qu'il ne faut pas faire.

Les dimanches passent si vite

Marché le matin, sortie en quatre l'après-midi, et maintenant Panic sur Florida Beach, sur fond de crise cubaine.

L'ado au réalisateur de films d'horreur (après que celui-ci a démoli une salle de cinéma):
— Vous ne ressemblez pas à un adulte.
— Parce que tu crois qu'ils savent ce qu'ils font? Ils y vont à tâtons, comme toi. Souviens-toi de ce que je viens de te dire.

Un jour, alors que je l'interrogeais sur ses souvenirs de la guerre froide, mon beau-père m'a dit que durant la crise cubaine, ils s'attendaient à la fin du monde d'un moment à l'autre.

Une visite

Nous avons battu notre record : quatre heures pour deux cents kilomètres, en passant par le Gâtinais. J'aime tant sillonner le paysage en décapotable, c'est une telle liberté de trouver les routes les moins fréquentées et d'être seuls — ou presque.

Mes parents vont bien mais l'ambiance est triste : tous leurs voisins sont soit malades (cancers, etc.) soit angoissés par le virus, sans désir de croiser du monde. Mes parents sont donc relativement seuls.
Ils ont pour projets certains voyages animaliers, à des moments précis de la vie animale: ils ont raté le printemps polonais cette année (pour observer des oiseaux, je crois) et se demandent s'ils pourront faire le voyage l'année prochaine (cela dépend de l'état du monde, mais aussi de leur état à eux, et ils en sont tout à fait conscients).

J'ai appris que les écureuils si charmants avaient des comportements de rats: ils dévoraient les œufs des oiseaux, et peut-être les oisillons (mon père et ma mère n'étaient pas d'accord concernant ce dernier point).

Retour au cinéma, retour en salle de sport

Encore le réunionais, comme si c'était la cantine.

Le cinéma de la ville a rouvert. Les choses de la vie. Je n'avais jamais vu ce film. Je n'en connaissais que la parodie de Gotlib.
J'aime les robes de Courrèges.
Voilà. Ce sera toute ma critique. Les images sont très belles, le montage intéressant, le suspens bien tenu.

Retour en salle de sport. J'avais été prudente, j'avais prévu de reprendre à partir du programme d'entraînement de septembre dernier.
C'était encore trop ambitieux. Il faut reprendre le programme de juin dernier, après l'opération du pied. Je ne pensais pas avoir perdu à ce point là.
Le responsable/entraîneur présent a été adorable, il a échangé l'ergo (machine à ramer) quand je lui ai expliqué que celui qui avait été choisi (le seul sur les quatre opérationnels hors covid) ne me convenait pas.
Sinon plus de douche, moins d'appareils de fitness, un appareil sur deux accessible. Et l'inscription obligatoire pour les cours collectifs.

C'est l'endroit où j'ai le plus de risque d'attrapper la maladie, je pense. Cette impunité dont on croit bénéficier quand on fait du sport et qu'on est en forme.

Il fait toujours très chaud. Le treillage pour les rosiers est arrivé. Yapuka le monter.

Retour dans le RER

J'ai abandonné la voiture pour aller à Nanterre : trop loin, trop fatiguant, pas écolo.

Quel bonheur ce déconfinement progressif : silence, distance, prise en compte de la présence corporelle des autres.
Les gens sont calmes, disciplinés, même le soir à 34o degrés.

RER A, dix heures du matin, huit personnes prévues sur la plate-forme (une sorte de rêve éveillé). Et il n'y en avait aucune.





En entreprise, on déconfine lentement : ascenseur le 11 juin, ascenseur aujourd'hui (une personne par croix devant se tourner le dos).






J'ai mangé au self pour la première fois (il y eut un blog qui s'appelait «la première fois» ou «le blog des premières fois». J'aimais bien.) Peu de monde, peu de choix, les fontaines à eau sont fermées, nous avons droit à une petite bouteille d'eau chacun. Les places sont condamnées en quinconce.

Projet

Je suis totalement désorientée. Je ne sais absolument plus quel mois on est. J'ai l'impression d'être en plein juillet.
Je ne réalise pas totalement que j'ai fini. J'ai fini, plus de devoirs à rendre, d'horaires à respecter, de courses avec le RER, de pari sur le fait qu'il y en aura un pour rentrer, de semaines où quatre jours sur cinq je rentre à onze et demie ou minuit.
J'ai fini.
Et maintenant, que vais-je faire, de tout ce temps, que sera ma vie?

J'ai un projet : lire ma bibliothèque. Ça devrait tenir d'ici ma mort, le problème, ce sont les livres que l'on relit. J'aime relire.
Sinon bien sûr je me suis réinscrite en grec.
Et puis il y a l'aviron: passer mon permis bateau? Le permis remorque?
Il faudrait lire St Augustin. C'est la conclusion à laquelle je suis parvenue en écrivant mon mémoire. En contextualisant ses textes, en comprenant qui étaient ses interlocuteurs et avec qui il ferraillait. Parce que De bono conjugalis, c'est tout de même beaucoup plus soft que ce qu'il a écrit en combattant les Pélagiens. Et c'est peut-être le texte à retenir, car que valent les autres qui étaient des répliques de circonstance à des adversaires qui n'existent plus?

Conversation en français

Cet après-midi j'avais rendez-vous à jrsfrance. Je me suis engagée tous les matins de juillet, de neuf à midi, pour converser en français avec des réfugiés.

Quelques questions plus tard il ressort que : ils viennent là le plus souvent par bouche à oreilles, ils ne parlent jamais de leur passé ni de la façon dont ils sont arrivés en France et que les échanges sont très vivants. Il ne faut pas avoir peur de dessiner, même mal. (C'est le ridicule que j'assume: mal dessiner).

Je songeais à venir ici depuis mon retour de Grèce en 2013, j'ai attendu la fin de mon cursus à l'ICP.

Dernier samedi de printemps

Skiff à huit heures. Arnaud m'a corrigé un défaut tellement évident que je me souviens maintenant que j'avais acquis le mouvement peu avant le confinement (plus de "en" dans une phrase tu meurs). Il fait très beau et déjà chaud.

Puis Itteville. Belle maison. J'ai mangé la moitié de la côte de bœuf à moi toute seule, paraît-il.
(La tombe du père du maire de la ville a été graffitée à quelques jours du second tour des élections municipales. Dupont-Aignan et Tron, hommes politiques de l'Essonne, ont refusé de signer une déclaration condamnant cette action, Dupont-Aignan parce qu'il ne veut pas signer avec les quarante-deux autres signataires, Tron parce que la rédactrice de la déclaration a témoigné contre lui dans son procès pour harcèlement sexuel.)

Ayant besoin de repos mental, j'écris devant Hunger Game 4 (après avoir regardé les deux premiers hier tard dans la nuit). Souvent les gens n'aiment pas la fin, et pourtant, elle est bien vue. Le film aurait pu s'arrêter avant, mais c'est mieux ainsi.

Conversation téléphonique

Deux heures au téléphone avec A. J'ai parcouru quatre kilomètres en arpentant la terrasse.

Réouverture

Le restaurant réunionnais à moins d'un kilomètre de chez nous rouvrait aujourd'hui.
Il faut que j'apprenne à ne pas commander de ti-punch.
Connaissant leurs portions gargantuesques, j'avais emmené un tupperware, au grand embarras de H. qui est très gêné à l'idée de ramener ses restes. Moi ce qui me gêne, c'est de manger à m'en rendre malade ou de (faire) jeter.

I'm hot

— C'est fini, tu ne vas plus ramer à 18 heures! Tu étais brûlante et tu as fait l'étoile de mer toute la nuit, j'ai été obligé d'aller dormir dans le salon.



C'est l'un des enseignements du confinement: si je dormais si mal depuis deux ans, ce n'est pas uniquement à cause du matelas ou de bouffées de chaleur ménopausesques mais aussi parce qu'après le sport mes muscles brûlent pendant des heures. Mais si je m'étale bien je ventile mieux. *sourire*.

Première sortie en bateau long

Troisième passage au bureau. Il y a davantage de monde, nous sommes peut-être six à l'étage.

A six heures, sortie en quatre sans barreur, je prends la nage. C'est tout de même plus facile que le huit ou le skiff.
Deux gars dans le bateau, syndrôme «à bicyclette»: «pour ne pas mettre pied à terre — devant Paulette». Je veux dire que l'un d'entre eux a avoué au ponton qu'il aurait bien soufflé un peu durant la sortie mais qu'il n'a pas osé le dire — et nous non plus. Fierté quand tu nous tiens.

J'ai pris une première photo depuis le déconfinement (je n'ose pas emmener mon téléphone en skiff: peur de me retourner et qu'il coule).
Vous noterez qu'il n'y a que trois rameurs dans la yolette, de façon à laisser un siège vide entre le barreur et le premier rameur.




J'ai ramené tous les livres stockés dans mon armoire:
Les Possédés de Dostoïevski en folio, préface de Marthe Robert
Les Nuits blanche. Le Sous-sol du même, en folio, préface de Robert André
Bill le héros intergalactique de Harry Harrison. Je suis si heureuse — et si surprise — de l'avoir trouvé en français. Il n'a jamais été emprunté.
La dame aux camélias, d'Alexandre Dumas fils
Le Talon de fer de Jack London. Son roman socialiste.
Le Retournement et Le Montage de Vladimir Volkoff. Je les avais déjà, mais j'ai prêté l'un des deux et je ne sais pas à qui. Donc j'ai maintenant un double et à nouveau les deux. Jamais lu, mais il paraît que c'est un must de la manipulation.
Odile de Raymond Queneau
Le mur de la peste d'André Brink
Mon dernier soupir de Luis Bunuel
Galindez de Manuel Vasquez Montalban. En grand format. Je vais donner le poche.
Fromont jeune et Risler aîné d'Alphonse Daudet
A Berlin sous les nazis de Ruth Andreas-Friedrich
Les œuvres complètes de Sally Mara de Raymond Queneau

Je les ai laissés dans le coffre pour ne pas avoir de remarques.

Tranquille

J'écris en regardant Rien ne va plus (Chabrol, Arte). J'ai bu un peu de rouge, de cet excellent Morgon, dernière bouteille du carton. Un autre monde, avec des francs, où l'on fume dans les bars des hôtels, où l'on demande l'autorisation de tutoyer, où les plaques des voitures portent le numéro des départements. J'aime bien la coiffure courte d'Elisabeth Huppert, son côté garçonne rousse. Un monde enfui. Quel bonheur.

Début de l'Auberge des blogueurs. Je l'avais totalement raté il y a dix ou quinze ans. Je me demande qui joue parmi les blogueurs que je connais.

J'ai remis les pieds sur FB. Je n'aurais peut-être pas dû. Il en ressort que des chants antisémites ont égayé la dernière manif contre les violences policières — pour Adama Traoré (noir mort pendant son arrestation en 2016 — manifestation inspirée des manifestations suite à la mort de George Floyd aux US). J'ai failli m'étrangler en découvrant la photo ci-dessous.
Je veux croire que c'est un montage, mais je sais que ça n'est pas le cas.
Le monde me paraît en gésine; je me demande de quoi il va accoucher.





J'ai vérifié: Nacira Guénif existe.
Quelqu'un pour lui demander au nom de quoi il est possible de détester profondément une personne que l'on ne connaît pas, et quel nom elle donne à une haine qui atteint un groupe, une haine collective, et non une haine singulière qui touche une personne avec laquelle on a des relations individuelles?

Régression

— La librairie a rouvert. Je voudrais y passer.
— Ah non, pas encore des livres.
— Non, non, j'ai repéré autre chose depuis longtemps.



— Quoi? T'as acheté ÇA ?

Soutenance

— Vous écrivez bien, c'est agréable à lire… mais parfois le portrait à charge tourne à la caricature.
— Oui, je le reconnais. J'ai essayé de décrire ce que pensent ou voient certaines personnes de mon entourage.


L'un des professeurs m'a fait de la peine: tandis que j'expliquais l'ambiance dans les cercles athés ou anticléricaux, il a fait remarquer que lui rencontrait plutôt les conservateurs catho et que ce n'était pas toujours simple.
C'est un parfait dialogue de sourds : comme les plus pratiquants sont les plus conservateurs, leur adresser un message progressiste c'est aussitôt provoquer leur résistance passive.
Cathos de gauche unissez-vous, bougez-vous, et allez à la messe !

Avant la soutenance

Préparation le soir alors que j'aurais pu le faire depuis une semaine. C'est agaçant cette procratination. Je m'agace moi-même.

Conversation de comptoir dans la cuisine.
Moi: — La vie est trop confortable, les gens n'ont plus besoin de Dieu.
H. : — Surtout on a la science.
O. : — Ou plutôt les gens n'ont plus peur: qu'est-ce que je vais devenir s'il pleut, si je n'ai pas à manger…

L'argument de la science m'a prise par surprise. Je ne pense jamais que la religion remplaçait la science, tant je suis habituée à penser physique/métaphysique.

———————

Au bureau, un circuit permet d'entrer par un ascenseur et de sortir par un autre.
Dans l'ascenseur principal, nous devons entrer à deux et nous tenir dos à dos.
(Inutile, il n'y a toujours personne.)




Tirée au sort

J'ai reçu un courrier de la mairie m'informant que j'avais été présélectionnée pour être jurée d'assises. Il y aura un deuxième tirage. Comme demandé, j'ai téléphoné à la mairie pour préciser ma profession. Si j'avais une raison légitime de ne pas pouvoir être juré (pour les indépendants c'est souvent compliqué), je devais le signaler avant le 9 juin. J'ai fait remarquer que c'était difficile de signaler quelque chose avant le 9 juin quand on recevait la lettre le 10.

— La poste ne va pas vite en ce moment.
— Oui, enfin bon, la lettre est datée du 29 mai, c'est posté de Draveil, on se demande pourquoi, et le cachet de la poste date du 6 juin.
— C'est qu'il faut le temps que le maire signe, il n'a pas que ça à faire.
— N'empêche que vous m'avez privée d'un droit constitutionnel.


C'est faux, ce n'est pas un droit constitutionnel. Mais je n'aime pas cette mairie d'extrême-droite, même si la personne au bout du fil, je le reconnais, n'y est pour rien.

Récolte

Cueilli (coupé) du tilleul dans la forêt. Dans une pure tradition grand-mère, je l'ai mis à sécher sur des journaux dans le grenier. (Cinq ou six feuilles comme celle-ci.)



Hier soir, enfin vu The Good Fight S0401.

A la mémoire de George Floyd et tant d'autres

Ce qui plonge dans la stupéfaction en ce moment au point d'en faire oublier le virus en décroissance (sauf en Suède où ils paient un non-confinement), ce sont les émeutes aux Etats-Unis après la mort de George Floyd, noir mort étouffé par le genou d'un policier blanc devant ses collègues qui ne sont pas intervenus.
Cela a duré huit minutes. Le passé du policier en cause est impressionnant. Il a fallu une semaine d'émeutes pour que qu'il soit accusé de meurtre et les trois autres de complicité.

Sans proportion mais préoccupant, on vient de découvrir en France un groupe privé sur FB qui rassemble des policiers qui échangent des propos racistes, homophobes, sexistes. Cela rappelle par analogie la ligue du Lol qui harcelaient les femmes journalistes dans les années 2010.


Arte rediffuse Je ne suis pas votre nègre que j'avais raté la fois précédente. Il paraît qu'il est absolument à voir.

La malédiction du printemps 2020

Tant que nous ne pouvions pas sortir il faisait chaud et ensoleillé. Maintenant que c'est possible il fait venteux, pluvieux et froid. Ce matin, trois rameurs peu expérimenté se sont retournés à cause du vent (le skiff, c'est difficile).
Surtout, plus grave, les cafetiers et restaurateurs sont désespérés: avoir fait tant d'efforts pour installer des terrasses covid-proof...

J'ai rendu mes livres à la bibliothèque de l'ICP.
J'ai récupéré O. qui a arrêté la fac depuis janvier sans nous le dire. Il a craqué ce matin quand je lui ai dit que s'il mentait, il valait mieux qu'on le sache tout de suite. Trois enfants sur trois. Karma? Nous sommes sans doute de très mauvais parents.

Double déconfinement

Retour sur l'eau. Pas plus de huit bateaux sur l'eau à la fois, pas de vestiaire, pas de WC (c'est le plus dur), une tente d'accueil avec gel et masques pour laisser nos sacs. Nous devons réserver notre créneau en ligne.

Orage hier soir (cela a lavé les roses pleines de sciure). Ce matin il a plu tout le long du chemin pour le club mais cela s'est arrêté à onze heures, juste à temps.
Deux boucles: j'ai cru que je terminerai pas la première (le souffle), j'ai ralenti, je me suis concentrée sur mon mouvement, je n'ai pas vu passer la deuxième. L'équilibre vient tout de suite dès que je prépare plus tôt.

Au bureau. Seule. Seule sur tout l'étage, peut-être six personnes dans tout le bâtiment si j'en crois les voitures au parking. Je commence par manger ma boîte de sardines à l'huile et mes galettes de riz. Spartiate. Je n'ai pas le choix, je me suis aperçue que je n'avais ni monnaie ni carte bleue, impossible de m'arrêter quelque part en terrasse. J'ai dégoté trente-cinq centimes dans une coupelle sur mon bureau, juste de quoi prendre un café au distributeur (le moins cher. Le plus cher est à soixante centimes) mais ma pièce de deux centimes et mes trois de un n'étaient pas acceptées. J'erre pieds nus (mes chaussures sont trempées) sur le plateau (nom donné à la totalité de l'étage puisque c'est un open espace sans cloison. Il est lumineux car creusé d'une grande cour intérieur). Personne depuis mi-mars, des comptes rendus de réunion abandonnés sur les bureau rappellent cette date, c'est Pompéi saisi en pleine activité — moins la cendre.
Je trouve une machine à café avec des capsules de café, je m'en sers un; je cherche une bouilloire pour me faire un thé car la fontaine d'eau bouillante de la salle de repos est condamnée. J'ai l'impression d'être Robinson à la recherche d'outils dans les débris du naufrage.

Je dépouille dix ou onze semaines de courrier. J'ai mis la messe de Bernstein un peu fort. Quel morceau étonnant. Je trie par genre de demandes ou de réponses, je partage entre ma collaboratrice et moi-même. Je prépare un sac, ramette de papier, enveloppes, tampons, boîtier pour les virements bancaire, bordereaux de remise de chèques, chemise comptable.
Je passe chez elle lui amener tout ça, ça lui évitera de venir au bureau un bon moment encore. De chez elle à chez moi, 64 km (42 km à vol d'oiseau, mais c'est trente minutes plus long). Il fait gris, presque froid. Je commence à être fatiguée.


J'ai profité de la voiture pour ramener un peu plus de livres que d'habitude:
- Arthur Rubinstein, Les jours de ma jeunesse
- Robertson Davies, La lyre d'Orphée: lu en 1996. M'a marquée bien que ce ne soit pas un "grand" auteur. Foisonnant.
- William Faulkner, Le Domaine (jamais entendu parler de ce titre)
- E.M. Forster La route des Indes, référence camusienne
- Alphonse Daudet, Numa Roumestan

J'ai fini

Enfin pas vraiment, il reste la soutenance. Mais j'ai fini les cinquante-huit pages (3 x 17 pages + intro + conclusion) ce matin vers dix heures après m'être levée à trois heures.
188 347 signes, page de garde inclue.

Je suis ivre de fatigue (cela fait deux ou trois jours que je travaille la nuit et fait des siestes éclair la journée). Je rame demain. Je m'étais d'abord inscrite pour hier (il faut réserver un créneau) mais je me suis dit que je n'aurais pas terminé à temps. J'avais raison.

J'aime beaucoup mon titre: Pour une pastorale de la pudeur. J'admets que cela ne veut pas dire grand chose. Ce que je veux dire, c'est: que l'Eglise arrête de s'occuper de Q!

J'ai découvert un beau texte des évêques de France paru avant les fous de la manif pour tous (lisez au moins la note de bas de page p.3). Ça ne donne pas raison au mariage pour tous, mais au moins ça reconnaît leur demande.


Si vous avez envie de participer anonyment à un jeu de rôle sur blog, c'est ici.

Ni pute ni soumise

Nec domina, nec ancilla, sed socia.
Isidore de Séville (VIIe siècle)
Ni maîtresse, ni servante, mais compagne.
Isidore de Séville, dernier Père de l'Église





132504 caractères au moment où j'écris cela.

Les fils de David

Extrait :
Classiquement, le pouvoir est l'enjeu de luttes fratricides. Les épouses, concubines, jeunes filles, sont des pions; les mères peuvent jouer un rôle actif. Les nombreux fils de David s'entretuent à deux reprises: Absalom apprend le viol de sa sœur Tamar par son demi-frère Amnon, l'aîné des fils de David. Il en paraît peu affecté mais le prend pour prétexte pour tuer Amnon deux ans plus tard.
Cinq ans plus tard Absalom se proclame roi contre son père David et en déshonore les concubines dans une politique de terre brûlée.
Salomon devenu roi fait tuer son demi-frère aîné Adonias à qui le trône aurait dû revenir si David n'avait pas promis à Bethsabée de couronner son plus jeune fils. Adonias demande pour seule compensation la jeune fille qui a veillé sur les derniers jours de leur père David. Salomon se met en colère et le fait mettre à mort, par crainte qu'accéder à cette requête ne légitime Adonias s'il venait à réclamer le pouvoir.

Généalogie matthéenne

J'avance terriblement lentement.

Le soir a la douceur d'une soirée de juillet. Je ne suis pas sûre que ce soit bon signe.

Miscellanées

Comme je l'avais anticipé, je n'ai pas entendu parler de ce qui était si urgent vendredi. Il faudra que j'envoie un sms demain matin.

Je suis allée chez le dentiste. J'aurai une couronne vendredi. Je me suis fait engueuler par la secrétaire parce que je n'avais pas de masque (avant j'oubliais mon attestation, maintenant j'oublie mon masque). Cette secrétaire est si désagréable qu'elle est une star des commentaires google. Comment un dentiste aussi affable peut-il avoir une secrétaire aussi revêche?

Je regarde la saison 1 d'Amicalement vôtre. Je ne me souviens de rien. J'aime beaucoup les tenues, le design et les dialogues traduits avec panache.
De la même façon qu'il existe un mot pour désigner le futur vu à partir du XIXe siècle (le steampunkt), il devrait y avoir un mot pour le futur vu à partir des années 70. (Cette réflexion n'a rien à voir avec Amicalement vôtre mais plutôt avec Cosmos 1999 ou Star Streck (l'original)).

Les pivoines sont magnifiques. Elles ont fleuri quinze jours plus tôt que l'année dernière.

J'ai fini la première partie de ma dissertation/mémoire (je ne sais quel est le mot. En Allemagne on dit dissertation): 70486 caractères dont 122 notes de bas de page. Ça va être difficile d'avoir fini dimanche; j'écris très lentement parce que je lis beaucoup entre mes phrases. Je vérifie tout, trop sans doute.

Le jour d'après, c'est aujourd'hui

Il faut avouer que je ne crois pas à un "jour d'après": je crois que cela va continuer comme cela longtemps, puis que nous aurons une autre maladie, puis une autre. Je crois qu'il faut prendre des repères et commencer à nous habituer à vivre avec cette menace.
Suis-je très pessimiste ?

Voici la dernière vidéo du jeune homme qui nous avait raconté la pandémie chez WoW. Au passage nous apprenons qu'il a failli être thésard en biologie.

Vidéo : les futures pandémies, avec des morceaux d'élevage, d'animaux sauvages et de déforestation dedans.
PS : le village d'Eyam est une de mes histoires d'héroïsme préférées.

Le livre du biologiste Serge Morand interviewé dans la vidéo: La prochaine peste, publié en 2016.


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Premier apéro, apéro chez les voisins, dans le jardin, à distance.
Et de quoi avons-nous parlé, à votre avis?

J'ai repris Amicalement vôtre. Troisième épisode.

Je suis sortie !!!

Pour de vrai. Coiffeur, achat de thé (trois ou quatre semaines avec du tout venant : la déprime (j'ai un peu honte d'être devenue aussi élitiste)), achat de livres à la librairie polonaise (j'ai vu passer son annonce de réouverture sur FB, je me suis dit que j'allais soutenir le petit commerce).

Il y a des choses auxquelles je n'avais pas pensé: une cliente âgée du coiffeur explique qu'elle ne peut pas se promener, parce que sans café ouvert, elle n'a pas d'endroit pour se reposer, s'asseoir, boire, passer aux toilettes…
Queues devant les quelques marchands de glace, façon Venise. Il fait beau, il y a du monde mais c'est encore raisonnable pour un samedi. Vivement que les terrasses rouvrent.

Ce qui est amusant, c'est la végétation au bord des routes, au pied des arbres. Soudain on se rend compte du travail accompli habituellement. Je ne sais qu'en penser : faut-il faucher ou laisser comme cela? Ça ne fait pas très net, mais quelle importance? Est-ce que cela augmenterait les risques allergiques?



bibliophore:
Alexandre Kluge, Chronique des sentiments, I et II, Le raid aérien sur Habelstadt le 8 avril 1945
Eli Luxembourg, La dixième Famine. Traduit du russe. Acheté sans le feuilleter, non à cause du virus, mais parce qu'il est sous cellophane. J'ai aimé son nom de famille.
W.G. Sebald, Amère patrie. Parce que depuis l'été 2017, j'ai l'impression que toute l'Europe s'explique à partir de l'Autriche.

Pas de livre d'Arnold Zweig. Dommage. Il faut que j'en commande. Un livre de Jiri Weil sur les tables, réédité chez un éditeur inconnu.

Divers

La partie contrat est OK. On verra le paramétrage lundi ou mardi. La jeune prestataire assistante à la MOA est soulagée (j'avoue que je m'applique particulièrement quand ce sont des jeunes femmes qui sont impliquées: je ne veux pas nuire à leur carrière).

J'ai commencé Fargo. La saison 1 est très réussie, avec son méchant quasi sympathique à force de fantaisie et de détermination (sympathique n'est pas le mot: qu'on a envie de voir échapper à tout, parce qu'en tant que spectateur, on est curieux de suivre ses aventures).

Je n'ai pas la discipline de travailler aux textes du magistère (surtout qu'il s'agit d'Humanae Vitae puis des textes de Jean-Paul II). Je manque du désir de m'absorber dans une tâche, dans un sujet. J'ai le désir inverse, celui de diffracter mon attention, d'où la multitude des séries. Quelle impression intense d'une vie inutile.

Premières courses depuis le déconfinement. Des gens plus heureux, plus détendus, mais pas plus nombreux. Très bonnes fraises.

Journée compliquée

Conf call assez mouvementée pour un projet dont on a exclu la Mutuelle en mars (parce qu'on l'avait oubliée un an auparavant quand on avait défini le périmètre et que les responsables du projet n'ont pas voulu le reconnaître) pour s'apercevoir aujourd'hui que sa non-présence bloque la mise en prod du projet début juin. Comme disait Coluche: «je me marre ! ».
Bref, on me demande de rattraper le coup, ce qui à vrai dire n'est pas difficile parce que la structure juridique est légère donc réactive, mais en temps de confinement tout ce qui est contrat et signature est compliqué. Signer un contrat, c'est tout de même plus facile autour d'une table.

J'ai appris que le club de Melun reprenait les sorties sur l'eau (dans une organisation alambiquée). Je devrais me réinscrire là-bas, je ne suis pas prête de retourner à Neuilly, et de toute façon il n'y aura pas de sortie en huit avant longtemps.

Regardé La scoumoune, disponible sur Youtube. J'attendais de connaître la fin de ce film depuis trente-cinq ans. (Il n'y a pas grand chose dans ce film, finalement. Une histoire d'amitié. De la nostalgie.)

Vu Le pianiste. Le ghetto en couleur, c'est toujours une surprise. Polanski n'a pas mis en scène les Polonais qui venaient au spectacle lors du soulèvement du ghetto. Peut-être n'était-il pas au courant. Cela m'a donné envie de relire Rudnicki. Les «sous-marins», ces juifs qui se sont cachés dans la population. Ce n'était pas si facile, il ne fallait pas être typé.
Je m'aperçois au passage que le type qui a écrit l'article Rudnicki dans Wikipedia en août 2008 a copié/collé l'extrait à partir de vehesse.

Jardin

Hier la pelouse a été tondue. Plus de pissenlits plus de graminées plus de fantaisie. Cela plaît beaucoup aux étourneaux et à un joli rouge-queue à front blanc. Je reconnais maintenant le chant de la sitelle (très monocorde).

Depuis que le réverbère est tombé, nous cherchons un support pour le rosier grimpant. En allemand, "rosenbögen site:.de", en anglais "wooden arbour site:.uk". C'est amusant. Les plus beaux sont en Angleterre, mais entre le Brexit et la pandémie, ce n'est pas le moment le plus favorable pour se faire livrer.

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J'ajoute quelques jours plus tard (j'allais oublier, mais il faut que je laisse ce souvenir à la bonne date):
Réunion sur zoom avec un fournisseur. Pour une fois, par exception et par erreur, j'ai lancé la caméra, le fournisseur en a fait autant.
Horreur et damnation : derrière lui un bordel sans nom, recouvert d'une couverture zébrée léopard. T'avais l'impression que le mec habitait dans un mobile home texan.
Faut pas avoir d'ego pour garder cela en arrière-plan d'une conf professionnelle. Grillé pour toujours.

Rêve

Rêvé d'un opéra, un opéra aux costumes chatoyants et aux chants inconnus.
L'étonnement est de savoir que cela se cache quelque part dans mon cerveau.

Questionnaire du confinement

J'avais repéré ce questionnaire à travers Gilda.
J'y réponds maintenant que le confinement est officiellement terminé (officiellement, parce qu'en pratique je ne sais pas quand cela sera vrai).

Qu’est-ce qui te manque le plus dans ce confinement (la première chose qui vient à l’esprit, spontanément) ?
L'insouciance.
Pouvoir agir sans planifier, sur un coup de tête.
Je trouve ridicule l'épouvantable gravité donc certains se sentent obligés de se parer.

Quelque chose de positif dans cette période ?
Voir mon jardin changer tous les jours.

La boisson du confinement ?
Ginger beer + gin.



Alors c’est comment le télétravail ?
Normal. Par dérogation, j'avais beaucoup travaillé ainsi l'année dernière.
Pour moi ça n'a pas changé grand chose; en revanche le niveau informatique de la boîte a beaucoup augmenté: plus fluide, plus stable.

La chanson du confinement ?
Messe en si et concerto de Bach.

La série du confinement ?
Better Call Saul

Et ta coupe de cheveux ?
Ça va. Déçue de ne pas avoir reçu à temps ma teinture irresponsable.

Le livre du confinement ?
Euh… De bono conjugali d'Augustin… (bon je plaisante, mais d'un autre côté c'est le seul que j'ai fini).
Jared Diamond toujours en cours.

Des stocks de bouffe ?
Non.
Découvert un marchand de légumes frais vraiment top.

Des symptômes du Coronavirus ?
Non.

Sur-informé ou sous-informé sur l’épidémie ?
Je n'écoute plus rien. Les gens sont dingues. J'attends d'apprendre qu'il existe un vaccin.
Je regrette un certain manque d'élégance, l'élégance qui consisterait à parler d'autre chose.

Optimiste ou pessimiste ?
Fataliste et agacée.

Une citation pour illustrer la pandémie ?
Non. «L'éternité c'est long, surtout vers la fin.»

Ozark

Trois saisons d'Ozark.
Ce n'est ni franchement bon ni mauvais, agaçant avec son sempiternel «je protège notre famille».
Etonnant par la place des personnages féminins aux caractères très forts, maléfiques — sauf un, angélique.

J'ai beau savoir qu'aux Etats-Unis tout s'achète — la transaction est au cœur-même de leur système judiciaire, The good wife, The good Fight, Better Call Saul, les séries le démontrent à longueur de temps — j'ai été scotchée par ce qu'ils songent à acheter: verser un dessous de table au conseiller conjugal pour que ses conseils soient en votre faveur, je n'y aurais jamais pensé. (C'est un spoil, mais un petit spoil, sans grande importance.)

Une solution simplissime pour se débarrasser des cadavres est enfin utilisée: acheter une maison mortuaire et un crématorium. C'est si évident que je ne comprends pas que cela ne fasse pas partie de toutes les séries autour de la drogue, au même titre que les meurtres, le blanchiment, la torture. (Au départ l'achat était destiné à blanchir de l'argent mais cela se révèle très vite très pratique.)


Un livre : Thomas Wolfe, : Look Homeward, Angel. Plusieurs traductions. La dernière.
Et une explication des Chroniques martiennes: le regret de la Terre, même par ceux qui ne l'ont pas connue, et les problèmes que l'on emmène avec soi, même lorqu'on part pour tout oublier.
(Je pars toujours du principe que ce genre de références sont des pistes laissées à dessein pour donner des clés d'interprétation à qui veut chercher.)

J'ajoute deux jours plus tard (esprit de l'escalier): j'ai également appris par cette série qu'un type, Eugène Schieffelin, en bon obsessionnel, avait eu l'idée d'importer en Amérique tous les oiseaux dont parle Shakespeare: aujourd'hui les étourneaux (starlings) sont une menace pour la biodiversité américaine.

L'Ordre Basilien Choueirite.

J'ai rêvé de Charbel Maalouf.

(Il y a quelques jours j'étais tombée sur cet article alors que je travaillais sur Grégoire de Nysse. Il a été mon professeur de patristique.)

Ahurie

Certains textes du Magistère sont lunaires. Extrait de Casti Conubii (1930):
Pour ce qui concerne les motifs allégués pour justifier le mauvais usage du mariage1, il n'est pas rare — pour taire ceux qui sont honteux — que ces motifs soient feints ou exagérés. Néanmoins, l'Eglise, cette pieuse Mère, comprend, en y compatissant, ce que l'on dit de la santé de la mère et du danger qui menace sa vie. Et qui ne pourrait y réfléchir sans s'émouvoir de pitié? qui ne concevrait la plus haute admiration pour la mère qui s'offre elle-même, avec un courage héroïque, à une mort presque certaine pour conserver la vie à l'enfant une fois conçu?
De la maternité comme martyre. D'une certaine façon ça ne me surprend pas, il me semblait bien que c'était la tendance Jean-Paul II. Mais je ne pensais pas que c'était écrit aussi franchement.
J'ai de plus en plus l'impression que l'Eglise catholique mène une guerre contre les femmes. (A ceux qui me diront que c'est évident depuis toujours, je répondrai que j'ai accumulé des lectures qui sont autre chose qu'une impression informée par l'anticléricalisme.) C'est sans doute pour cela qu'avec finesse mon directeur de mémoire m'a proposé en second lecteur une jeune religieuse.
De façon générale, le problème est le même que d'habitude: ceux qui ont le pouvoir veulent le garder, ceux qui sont loin du terrain ne comprennent pas grand chose à la réalité.

Au téléphone lors de notre dernier atelier je disais à un camarade de cours que si les femmes avaient deux sous de bon sens, elles déserteraient l'Eglise catholique pour devenir protestantes (je sais que cette phrase paraît incompréhensible aux personnes qui n'ont pas la foi: pourquoi ne pas jeter tout cela aux orties, tout simplement? Parce que).
Ça l'a beaucoup choqué: — Il ne faut pas dire ça.

Le même, soixante-dix ans, ayant toujours travaillé comme juriste des ressources humaines pour la direction de grands groupes, a choisi comme sujet de mémoire «les écarts de rémunération». Il m'a beaucoup fait rire en me déclarant: «Vous savez, Jésus n'a pas eu le temps de tout dire, il n'est pas resté assez longtemps. Il y a beaucoup de sujets qu'il n'a pas abordés».
Ce n'est pas la phrase en elle-même qui m'a fait rire mais le contexte: il était très vexé d'être mis dans le même sac que… les homosexuels.
En effet, la plus jeune d'entre nous fait son mémoire sur le genre. Elle a regroupé les catégories rejetées ou condamnées par l'Eglise, soit entre autres les divorcés et les homosexuels.
Or notre homme est divorcé.
Il était tout à fait indigné: — Mais tout de même, ce n'est pas pareil, on ne peut pas nous mettre ensemble.
C'était jouissif. Ainsi donc, quand c'est lui qui n'entre pas dans les cases, c'est carrément Jésus qu'il remet en cause. Prêt à trouver des justifications à toutes les injustices, mais si ça le concerne, il faudrait rajouter quelques lignes aux Evangiles.
Well well.



Note
1: je traduis car toutes ces périphrases ne sont pas évidentes : avoir des relations sexuelles sans intention de concevoir un enfant.

Silence

Troisième sortie au supermarché : la première à l'heure du déjeuner, la deuxième à l'heure de la fermeture, celle-ci en plein après-midi: file d'attente sur le parking, silencieuse, disciplinée. Vingt minutes sous un ciel plombé. Je médite sur les pays de l'Est. Au moins il ne fait pas froid.

Atmosphère lunaire. C'est dû au silence, je crois. Pas d'enfant, pas de couple, des personnes seules masquées marchant lentement entre les rayons, sans se toucher. Beaucoup d'hommes seuls, plutôt jeunes. Est-ce dû au ramadan? Aucune agressivité. Pas de de conversation, pas de musique d'ambiance.

Ce serait très agréable s'il en était toujours ainsi.

Promesse tenue

La promesse de fleurs est tenue.



Le jardinier est passé ce matin. Si on le laisse faire, il démolit et reconstruit l'ensemble du jardin : «vous savez que votre Nandina domestica est magnifique. Il faut le déplacer, mais vu sa taille, il faudra une pelleteuse. Vous tenez beaucoup à votre portique? Bon, je vais l'enlever. Hum, ces buissons ont bien repris, mais euh… ne le prenez pas mal, mais il n'y a rien de droit dans ce jardin, ça ne me plaît pas, ils sont trop alignés. Bon je vais voir ce que je peux faire.»

Mardi

Vu successivement Nuit et brouillard puis La jetée (via mubi.com).
Etrange similitude de forme, noir et blanc, photos, voix off, cauchemar.


Journée sur Vatican I, les papes. La page wikipédia sur Pie XII (Pie XII et les juifs) ressemble à un roman d'espionnage.
Ecoute en boucle de la Messe en si.

Better Call Saul

Cela faisait longtemps que je voyais ce titre sur Netflix. Je l'évitais: à quoi bon regarder quelque chose inspiré de Breaking Bad, forcément moins bon que Breaking Bad?

Un ami m'avait dit que c'était quasi meilleur que Breaking Bad (conversation en allant à Bruges, mars 2019). Je ne l'avais pas cru mais j'avais conservé la remarque en tête.

Je viens de m'avaler les cinq saisons disponibles.
En réalité cela n'a pas grand chose à voir avec Breaking Bad. Le personnage hésite entre le cocker triste et le clown endiablé, sans que l'on sache s'il s'agit de caractéristiques intrinsèques au personnage ou d'une évolution des scénaristes au fur à mesure de l'écriture et de la réception par le public (cinq saisons, c'est quatre périodes de retours des téléspectacteurs à chaque interruption).

C'est inattendu, très animé, jouissif, avec quelque chose du génie américain tel que je l'imagine, la gouaille et la débrouillardise de Tom Sawyer ou Huckleberry Finn (qu'il faudra que je relise car mes souvenirs remontent à quarante ans).

Le mot qui convient : Shenanigans !



Photo d'une vitrine de Portland, Maine, jour de Noël 2015: «l'amitié s'enracine solidement dans l'alcool, les sarcasmes, le scabreux et les magouilles», description exacte des relations entre Jimmy et Kim.

Il fait froid

Grégoire de Nysse.
Repassage devant Better call Saul saison 4.

Passé la fin de la soirée à mettre des vidéos sur FB. Il y a un an je me suis inscrite en autoentrepreneur et je gère la comm d'une association (en free-lance, pas en tant que bénévole de l'assoc: je n'en fais pas partie. C'est bizarre, la gestion des vidéos sur les pages pro de FB. On devine en creux la concurrence avec Youtube).

Je me souviens de la tête de Nathan quand j'avais dit que je voulais voyager en bus à l'intérieur des Etats-Unis. Il avait eu l'air profondément choqué: «Je ne connais personne qui voyage en bus!»
J'avais insisté: «Mais si, ça arrive tout le temps dans les films. Je voudrais avoir un aperçu de la vraie vie des vrais gens».
Il avait eu l'air dégoûté. «Les gens que je connais voyagent en avion ou en voiture».
J'avais eu l'impression que c'était une affaire de classe sociale, qu'il ne fallait pas déroger.

Depuis je compte les films où je vois des personnages se déplacer en bus à l'intérieur des Etats-Unis: Promised Land, la série Flesh and bones, et maintenant Better Call Saul.

Cadavre

Ce matin, en ouvrant les volets de la cuisine, une masse dans l'herbe.
Un très gros hérisson, mort. Pas de blessure apparente. Mort de vieillesse?
Il va falloir le mettre à la poubelle.

Jour férié confiné

L'une des règles de la procrastination est de trouver à s'occuper avec des tâches utiles mais non urgentes. C'est ainsi que j'ai redescendu mon ordinateur et remonté d'un étage l'ordinateur pro, rangé la chambre de A. et trié quatre cartons d'archives municipales, ajouté des cousins à mon compte FB ce qui m'a permis de voir les bébés de l'année (puisque la fête de famille n'aura pas lieu).

Je n'avais pas suivi de près, je viens de découvrir, trois ou quatre jours après tout le monde, le résumé des règles du déconfinement.
De toute façon, tant que je pourrais retourner ni en salle de sport ni à l'aviron, cela ne changera pas grand chose à ma situation. Mon employeur est du genre très prudent (il lui faut être exemplaire pour des questions d'image (mais reconnaissons qu'il va au-delà et se montre fair play voire élégant avec les salariés qui ont des enfants jeunes)), je suis partie pour n'aller au bureau qu'un jour toutes les deux semaines jusqu'en septembre.
Je ne vais pas m'en plaindre.



Suite (ou le début de la fin?)

Et maintenant repassage en regardant Better call Saul S2.

Pas le moral. Ça n'était pas arrivé jusque là. Le déconfinement ? La perspective de retourner à la vie normale?

Reçu hier un mail de mon coiffeur: nous pouvons commencer à prendre rendez-vous. Zut alors, la teinture rose abricot genre manga (dans mon idée cela devrait ne donner que des reflets) que j'ai commandée va arriver trop tard, je n'aurai pas le temps de l'utiliser avant le 11 mai, ou alors il faudra que je me reteigne dans la semaine. Too bad.

Il pleut et il fait froid.

Cuisine et dépendances

Gilda a émis la thèse intéressante que quarante jours étaient une durée biologique ou anthropologique. Une chose est sûre, c'est que quelque chose est en train de changer: je fais la cuisine!
Aujourd'hui, pintade au raisin, recette trouvée dans un superbe livre, La cuisine des châteaux.

Cela a donné lieu à un échange avec ma fille:



Sinon, spécialement pour Matoo, ce lien d'où est tirée cette photo (merci à Philippe pour la recommandation de ce cours que j'écoute en faisant la cuisine):

La messe du pape

KTO diffuse en direct la messe que le pape célèbre à sept heures.
Les lectures et l'homélie sont traduites en direct, par dessus l'italien du pape. Le reste de la célébration n'est pas traduite, comme du temps où les gens assistaient à la messe en latin.
C'est calme, serein, tranquille. En suivant les rayons du soleil on imagine Rome au dehors.

Quelques repères si par hasard certains d'entre vous tentaient l'expérience, par curiosité (les dix minutes du début, lectures + homélie, peuvent intéresser n'importe qui).

La Bible se compose de l'Ancien Testament (avant JC) et du Nouveau Testament (à partir de l'Annonciation (conception de Jésus) ou de la conception de Jean-Baptiste).
Le Nouveau Testament se compose de quatre Evangiles qui racontent la vie et la mort de Jésus (quatre fois chacun à leur manière), des actes des apôtres (décisions et organisation après la mort du Christ, voyages de Paul), d'épîtres (des lettres aux communautés de nouveaux convertis) et de l'Apocalypse (un rêve).

Le principe d'une messe est de nourir le corps et l'esprit: des lectures commentées et un repas, la communion.
Le dimanche il y a deux lectures, une prise dans l'Ancien Testament et une dans le Nouveau hors des Evangiles, soit les Actes des Apôtres, les épîtres ou l'Apocalypse.
En semaine, il n'y a qu'une seule lecture. C'est plus court.
Ces lectures sont lues par une personne de l'assemblée.

Ensuite le prêtre lit un passage des Evangiles.
Puis vient l'homélie : un commentaire que le prêtre conduit comme il le souhaite. Il peut commenter les trois textes, les relations entre les trois, un seul, ou prendre des chemins de traverse.

Ce matin, c'était la lapidation d'Etienne, premier martyr. Le pape François a construit son homélie autour de la médisance et des fausses accusations.

Quelque chose de bleu, quelque chose de neuf, quelque chose d’ancien

Mon plus grand problème c'est la procrastination. Je crois que cela a commencé en sixième avec les rédactions à la maison: trop de perfectionnisme, la peur de ne pas être à la hauteur. Bien plus tard j'ai trouvé une remarque: «la première qualité d'un travail, c'est d'être terminé» (ça m'avait plu: la phrase d'un père à son fils qui peaufinait sa thèse).

Bref, mon plus grand problème en confinement (comme en vacances, comme à chaque fois que le temps s'étend devant moi) c'est de m'y mettre.

Quelque chose pour la maison/le jardin, quelque chose pour le boulot, quelque chose pour l'ICP.
Et puis les blogs, le sport, l'arrosage.
Lire un peu, regarder un film (en entier).
Peut-être que ça fait trop. Peut-être que ça ne peut entrer dans aucune journée. Peut-être que je suis trop ambitieuse, trop affamée.

Quelque chose pour la maison/le jardin: taillé l'herbe de la pampa,
quelque chose pour le boulot: réécrit le PCA (plan de continuité d'activité),
quelque chose pour l'ICP: le début de Clément d'Alexandrie (§4/27).

Ma journée a ressemblé à une journée d'école primaire, avec des pauses récré dans le jardin. Il fait beau. Comme chaque fois que je travaille dans le jardin, je m'émerveille que les plantes transforment le soleil, la terre et l'eau en matière. Sans elles nous ne sommes rien.

J'ai oublié de tailler l'herbe de la pampa en mars. J'espère de ne pas la faire crever en la taillant maintenant. J'ai pensé à maman qui disait qu'en avril il n'était pas trop tard pour tailler les rosiers.
Mais l'herbe de la pampa, ce n'est pas des rosiers.
A priori cependant, ça devrait être plus résistant.
J'espère que ça ira.




Deux blogs grâce à Gilda : entre café et journal et au fond du galetas.
Un film étrange sur Mubi : Répertoire des villes disparues. Je commence Aux frontières de l'aube.

Trente chansons

Dans la série procrastination, j'ai trouvé cela sur Twitter.
Ma sélection : de la variété française et des hits internationaux. Je me suis mis une seule contrainte, jamais le même interprète deux fois.
Pour quelque chose de plus élaborée, voir ici.





1. Une couleur : Son bleu
2. Un nombre : La valse à mille temps
3. L'été : La madrague
4. Un mauvais souvenir : Hijo de la luna
5. A écouter très fort : I am a Murlock
6. Pour danser : Rock Around The Clock
7. En conduisant : Hit the road Jack
8. Drogue ou alcool : Je suis amoureux d'une cigarette
9. Pour rire : On n'est pas là pour se faire engueuler
10. Pour pleurer : La complainte du phoque en Alaska
11. A écouter en boucle : The Wall
12. Avant vos dix ans : Et mon père
13. Les années 70 : YMCA
14. A mon mariage : Halleluia
15. Interprète croisé : The sound of silence
16. Un classique : Bohemian Rapsody
17. Pour un karaoké à deux : Macao
18. L'année de ma naissance : Happy Together
19. Qui me fait réfléchir à la vie : Mon vieux
20. Qui a beaucoup d'importance pour moi : Talkin' Bout a Revolution
21. Un prénom : Gabrielle
22. Qui me fait avancer : Quand t'es dans le désert
23. Que tout le monde devrait écouter : Avec le temps
24. Un groupe séparé : Brothers in Arms
25. Un artiste disparu : Le coq et la pendule
26. Qui donne envie d'être amoureux : Still loving you
27. Une chanson qui brise le cœur : Le petit cheval blanc
28. Une voix aimée : Hello Dolly
29. Une chanson de l'enfance : Cuisse de Mouche (je n'y comprenais pas grand chose, ce qui augmentait le plaisir)
30. Qui me ressemble : I will survive

Si vous êtes curieux, j'en ai fait une playlist.

Un échange autour de l'agriculture biologique

J'ai partagé ce tweet sur FB (à dérouler) à propos du traitement des betteraves :
Comme tous betteraviers français, devoir faire demain un insecticide sur des betteraves à 2 feuilles, c'est à dire de la taille d'une pièce de 2€, me rend fou.
A 80000 pieds levés, ça fait 0.4% de couverture
Alors qu'il y a encore 2 ans, on avait des traitements de semences.
S'en est suivie une discussion courtoise entre les pour ou contre les néonicotinoïdes. Un ami a fait remarquer qu'avec plus de bandes herbeuses, de haies, etc., certains problèmes posés par la mono-culture agro-industrielle n'existeraient pas. Mais travailler sur de telles parcelles est moins facile, on ne peut pas passer avec les mêmes tracteurs, etc.

Réponse d'une amie fille et sœur d'agriculteurs: «il me semble que ça impliquerait un coût énorme en terme de main d'oeuvre que personne n'a envie de supporter».

Ma réponse : C'est ce qui me fait de la peine quand j'entends mes potes de Neuilly discuter. Elles sont toutes CSP++ et incapables de parler de nourriture sans rajouter "bio" au bout: «J'ai fait un cake au citron bio avec de la farine de coco». J'ai l'impression de vivre IRL une parodie d'internet.
Evidemment, ça part de bonnes intentions. Mais elles n'ont pas l'air de se rendre compte que les gens qui touchent un Smic et demi économisent sur la nourriture toute l'année pour partir en vacances en famille (quand ils partent. Mais elles ne peuvent imaginer qu'on ne parte pas en vacances. Une année où nous étions restés l'été à la maison, une rameuse m'a dit très gentiment, pour me consoler: «mais tu es quand même allée dans ta maison de campagne?» (What?? Quelle maison de campagne?)
Et puis je pense à ma famille. Il y a encore pas mal d'agriculteurs dans la famille élargie. Eux t'expliquent qu'ils perdent de l'argent sur le quintal de pommes, je me souviens de ma grand-mère qui ne voulaient pas que ses fils soient paysans parce que «c'est bien trop dur», je vois le kilo de carottes à un euro en grande surface, et je n'ai qu'une trouille: que les agriculteurs abandonnent et que nous, l'une des terres les plus fertiles d'Europe, on se retrouve à tout importer.

Le frère de l'amie cité plus haut (frère aux tendances communistes plutôt old fashion pour un si jeune homme): «Je vois mal les gens de Neuilly avec leur cake au citron bio s'enthousiasmer sur le fait que Jean-Eudes ou Christophine passe leur vie à arracher des chénopodes.»
Il est resté très modéré, j'avais eu peur que ça dérape.

Ma réponse : C'est ce qui m'a intéressée dans l'appel au peuple pour aller cueillir les fraises : combien de bobos allaient-ils se rendre compte que la terre était basse?
Mais j'ai eu honte de cette pensée parce qu'elle faisait vraiment Chine rééduquant les intellectuels…
Sinon, dans l'Est, du côté de Chaumont/Langres, j'ai un cousin qui raconte que les exploitants sont très contents de l'arrivée des réfugiés syriens: ceux-ci sont heureux de travailler une terre fertile, contre un salaire et un toit (alors que les mêmes exploitants n'arrivaient pas à recruter de façon stable des autochtones (mais ça il ne faut pas le dire, tu te fais traiter de vendue à la solde du grand capital).
De la même façon, quand je cherchais des petits boulots pour ma fille, j'avais découvert que les agriculteurs de la Manche cherchent des ouvriers de façon permanente: mais bon, pour récolter la salade, la terre est basse (et je sais qu'elle est basse, je sais que c'est fatiguant, je ne me juge pas ceux qui préfèrent toucher le chômage. C'est juste que parfois, il faudrait avoir la décence de se taire, la décence de ne pas accuser l'Etat et tous ceux qui travaillent et donc financent toutes ces aides, d'être des profiteurs)).

Quelle sorte de confiné êtes-vous ?

Comité d'audit. Cette manie de s'occuper davantage de cocher des cases que s'assurer que les cases correspondent à un travail effectivement accompli.
Lavé ma voiture (cela aurait dû être fait depuis un mois. Elle était couverte de pollen jaune).

Une jolie galerie de portraits et une question: quelle sorte de confiné êtes-vous?


Le sens des priorités

D., tu as embelli ma journée :

Mail : «Le pire c’est la sortie du Tome III en Pléiade de Nabokov qui est reportée du 16 avril au 9 juillet, c’est vraiment jouer avec les nerfs des lecteurs après 11 ans d'attente.»

Des liens

Se souvenir des temps incroyables que nous vivons : le pétrole distribué gratuitement parce qu'il n'est plus vendu, que les stocks débordent, qu'on ne peut pas arrêter l'extraction facilement.

Des classiques à lire en ligne. Les éditions papier sont très jolies, dépouillées.

Les cours de Foucault au collège de France.

Si vous avez du temps et l'envie, vous pouvez écrire, un peu à l'aveugle certes, à une personne en ehpad.

Un site à explorer, celui de l'univers du livre, éditions et libraires.

Une visite d'appartement en temps de grand claquemurage1, sur l'air de "T'as voulu voir Vesoul".

Visitez le tombeau de Ramsès VI ou les les chutes d’Iguazú.

Les masques protègent dans 8% des cas : voir ici à 18 minutes 53 (l'ensemble de la vidéo porte sur l'adoption et la diffusion des nouvelles inventions dans une population).



Note
1 : ©Didier Goux

Trente ans

— Put***, trente ans ! Tu te rends compte ?
— Non, pas vraiment.
Rires.
— A vrai dire, moi non plus.




Quand j'avais évoqué en janvier l'idée de réunir quelques potes pour fêter l'occasion, H. avait grommelé:
— Mais pourquoi tu veux fêter ça? Juste pour qu'on constate que nous sommes tous devenus des vieux kroums?
— Parce que ça fait un prétexte pour se voir, parce qu'il faut fêter ce qui est accompli et que nous ne savons pas ce que l'avenir nous réserve : il faut saisir le présent et se réjouir maintenant, sans attendre.
(Ça sonne un peu pompeux mais de temps en temps je suis obligée de dire ce que je pense vraiment: j'ai remarqué que c'était le meilleur moyen de le convaincre.)

Mazette. C'était prémonitoire, j'aurais dû insister pour le fêter en janvier!

Adieu au système impérial

C'était un cadeau de mes amis américains en 1984, un petit verre mesureur en plastique, gradué en ounces, tasses et millilitres.
Cela n'a l'air de rien, mais c'était difficile à trouver en France à l'époque.

L'anse était cassée, le fond était étoilé mais retenait encore les liquides.

Je l'ai achevé ce soir en y mettant des amandes grillées dans l'huile: sous l'effet de la chaleur, le plastique du fond s'est retourné suivant les lignes de fêlure. Le verre est passé à la poubelle.


Simulation pandémique

Ma fille me signale une vidéo de DirtyBiology du 3 août 2014. C'est génial, regardez-la jusqu'au bout (même si l'aspect over-pédagogique peut vous agacer un instant).

Teaser : Word of Warcraft avait développé pour les niveaux de jeu les plus avancés une nouvelle difficulté: une maladie. Ce que les concepteurs n'avaient pas prévu, c'est qu'il y aurait un bug dans le programme qui a permis à la maladie de s'échapper vers les autres niveaux de jeu. Et comme (spoiler alert) les joueurs sont des humains, ils ont joué en appliquant tous leurs travers humains de bêtise et de curiosité. (Evidemment, si les résultats sont aussi intéressants, c'est que les joueurs sont très nombreux et répartis sur toute la planète: donc ils représentent tous les modes de pensées, à la fois individuels et culturels.)

Et si on relançait le jeu en simulant une fin de confinement, afin d'observer les comportements humains?


Remarque : les youtubeurs ont joué un rôle important auprès des jeunes pour les convaincre de rester confinés. Ce sont des relayeurs sérieux de la pensée rationnelle. Je regarde de temps en temps une de leurs vidéos conseillée par les enfants: cela me rassure de savoir qu'il y a des anti-complotistes pour informer la jeune génération.

Sortie de coma

X. sort de coma artificiel au bout de trois semaines. Premières paroles à sa femme: qu'elle prévienne son travail qu'il était hospitalisé depuis hier et qu'il serait absent.

J'ai fait les courses

Aux USA j'aurais pensé qu'ils profitaient d'une opportunité, d'un marché. En France, je me demande s'ils ne se moquent pas, discrètement.

Vingt-cinq kilos de farine. Costaud, la ménagère de plus de cinquante ans.
Et le PQ… je ne comprends pas le PQ: tant qu'on a de l'eau courante, quelle importance d'avoir ou non du PQ? Surtout en restant chez soi.


Rééducation

Je ne peux plus — ou plutôt je ne pourrais plus, si j'avais le dessin au sol — jouer à la marelle. Car je ne peux plus sauter à cloche-pied.

Le pouvais-je il y a un mois? Je ne sais pas.
Mais il y a un mois, lorsque j'ai commencé à sauter à la corde, je pouvais sauter une minute sur un pied puis une sur l'autre.
Aujourd'hui je le peux à peine, tant ça fait mal. Un seul pied ne peut supporter mon poids si je saute. Ma cheville et la voûte plantaire cèdent. Ça fait horriblement mal.
La bonne nouvelle, c'est que les deux pieds sont aussi faibles. Cela fait exactement un an que j'ai été opérée et c'est une satisfaction que les deux pieds soient identiques — même si j'aurais préféré que ce soit dans la force.

Alors je m'obstine. J'essaie de muscler ce qui ne l'était pas mais n'était jamais sollicité. Je me demande ce que cela changera à ma démarche, à ma posture. Cela changera-t-il quelque chose à la possibilité de porter des talons très hauts? (car je n'en porte plus depuis deux ou trois ans mais je recommencerais volontiers).


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Astuce confinement : le Concertgebouw diffuse un concert chaque soir ou presque, à huit heures ou huit heures et quart.

Déconfinement déconfit

De ce que je comprends en lisant à droite à gauche, il y a les gens accablés à l'idée que cela va durer encore un mois (mais comment ont-ils pu croire un seul instant que cela durerait moins de huit semaines? 76 jours pour les Chinois — il n'y avait aucune raison que nous fassions moins ou mieux) et ceux qui ne veulent pas retourner travailler (salauds de patrons capitalistes qui veulent nous rendre malades; comme si l'école était plus importante que nos vies; etc, etc).


En résumé, il faudrait sortir du confinement mais ne pas retourner travailler.

J'ai l'air d'en rire mais en réalité cela me pertube.
Je pense au grand Bond en avant, quand l'Etat chinois a dit «Mangez, l'Etat vous nourrira», et que les paysans, mon dieu, les paysans, ceux qui savaient bien que la nourriture n'était pas magique, qu'elle poussait et se récoltait à force d'attention et de peine, l'avaient cru, mon dieu, l'avaient cru. Et ils ont mangé leurs réserves, c'était la fête, l'Etat veillait à tout, et ils sont morts de faim l'année suivante.
What do you expect? ai-je envie de crier, vous pensez vraiment que c'est magique, que l'argent sort des murs, des poches des milliardaires-qui-ne-paient-pas-pas-leurs-impôts (syntagme figé, entrée flaubertienne du dictionnaire — millionnaire: ne paie pas ses impôts), que la finance suffirait à nous nourrir tous? Mais la finance, c'est du vent; vous le savez, vous qui demandez le retour de l'économie réelle contre la finance: l'économie réelle, c'est votre travail.
Ô cette façon d'avoir oublié le lien entre son salaire et le travail accompli.
Il faut être à son compte en ce moment pour le mesurer.

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Pour les netfliqueux : si vous aimez les polars (un peu gore) vous pouvez tester Headhunters.
Vu American psycho (pas mon genre) et Wajda sur Arte (magnifique jeune actrice. A regarder en VO).
Commencé The Intruder (Arte toujours).

Chronologie des manques

Un twittos anti-macroniste a reconstitué une chronologie à charge de la gestion de la crise qui présente l'intérêt d'être également une chronologie de l'épidémie. (Apparemment, François Bonnet l'a plagiée dans Médiapart).

Les twitts sont appuyés sur des sources extérieures. Le gros bémol que j'apporterais, c'est l'ambiance de février, la bite à Griveaux, le 49-3, etc: je ne crois pas une seule seconde que les anti-macronistes auraient cru Macron avant le 16 mars, et ce pour une raison simple: quoi que dise Macron, ils sont contre. La preuve par l'absurde en a été apportée fin mars par la CGT qui a voulu… appeler à la grève. (Une amie a commenté: «c'est de la haute trahison».)

Cela posé, j'avoue mon exaspération devant l'absence de tests de dépistage en amont (pour connaître les asymptômatiques et non vérifier que les malades sont malades, nom d'un petit bonhomme) et le discours "les masques sont inutiles" (plutôt qu'encourager les gens à faire ce qu'ils pouvaient — heureusement ils l'ont fait) et surtout devant l'absence de discours clair.
Si l'on manquait de tests et de masques, il fallait dire: «nous manquons de tests et de masques. En attendant d'en obtenir, nous vous conseillons de…»
Ce n'est pourtant pas difficile.
Ça m'agace parce que j'ai les mêmes problèmes au boulot, cette incapacité à obtenir la vérité, l'obligation de la déduire lentement soi-même des faits parce que la hiérarchie, les prestataires, n'ont pas le courage de l'exprimer.
Et pourtant connaître la vérité, l'état de la situation, c'est la meilleure façon d'y faire face. Même s'il n'y a rien à faire, s'il n'y a qu'à attendre, cela permet d'observer les modifications de la situation en comprenant ce qui se passe, parce que cela correspond à notre information. Cela permet de réagir vite dès qu'on peut intervenir.

Cependant, je préfère avoir eu Macron au gouvernement pour gérer cette crise que MLP, Fillon ou Mélenchon. J'ai davantage confiance dans sa capacité de raisonnement et sa volonté d'agir pour la France (même si je comprends tout à fait qu'on puisse ne pas être d'accord avec la forme qu'il souhaite donner à la France).
Ses adversaires l'appellent "le président des riches", mais justement, lui ne pique pas dans la caisse parce qu'il a tout ce qu'il lui faut — MLP pique dans la caisse en continu, Fillon rends-l-argent est devenu proverbial; je ne sais quel pot-de-vin ou montage foireux ces deux-là auraient accepté en ces temps de pénurie médicale.

Quant à Mélenchon c'est un autre problème: la grosse tête, une tendance très yakafokon-X-est-un-incapable-moi-je. Se retrousse-t-il les manches parfois? A part prononcer des discours, a-t-il fait avancer des dossiers dans ses différentes fonctions au cours des trente ou quarante dernières années? Je ne sais pas s'il se serait occupé des gens. Être capable d'encenser le Vénézuela pétroliféraire dont les habitants affamés ont fini par manger les flamants roses ou les animaux des zoos m'en fait douter.
Par exemple, j'aimerais bien savoir ce qu'il a fait concrètement, à part accuser la mairie et l'Etat, pour les immeubles de Marseille. Après tout il est député des Bouches-du-Rhône, il s'agit d'une situation de crise: comment se comporte-t-il en situation de crise?

Un dessin pouvant (res)servir souvent :


Décision

Une décision c'est un choix parmi plusieurs possibilités d'action.

Après coup, une décision paraîtra toujours mauvaise, au moins partiellement: parce qu'elle sera passée de la théorie à la pratique, elle aura mis en branle le réel, déployant autour d'elle ses effets secondaires inattendus ou pervers. Apparaîtra dans la réalité toutes ses conséquences auxquelles nous n'avions pas pensé.
A l'usage, il semble parfois que plus une décision est radicale et plus ses effets pervers le seront (pervers signifiant ici: allant à l'encontre de la décision prise1).

Donc prudence et mesure.

Par ailleurs, avec le recul, toutes les autres possibilités restées à l'état abstrait paraîtront attrayantes: en effet, non mises à l'épreuve de la réalité, elles n'exposent pas leurs désavantages encore inconnus.

Hier soir Macron a annoncé la sortie progressive du déconfinement à partir du 11 mai, avec reprise des écoles et collèges mais pas des universités.
Les cafés et restaurants vont rester fermés. J'ai du mal à imaginer des villes mortes.
On verra bien.



Note
1 : Mon exemple préféré d'effet collatéral opposé à la décision prise: VGE fermant les frontières à l'immigration, Simone Veil plaidant pour les familles que cela séparerait, loi de rapprochement familial, arrivée en France de familles nombreuses, parfois polygames, qui ne repartiront plus par peur de ne pas pouvoir revenir puisque les frontières sont fermées.
Bref, si VGE n'avait pas fermé les frontières, les pères auraient continué à venir travailler seuls pour rentrer au pays pendant les vacances…

Indécence

H. continue de relancer ses anciens serveurs, trier ses disques durs (j'annonce fièrement que j'ai une copie du Mac de RC de 2007 et l'intégralité du site la SLRC en date d'octobre 2006). Il m'annonce qu'il a L'enfer de Dante en epub (je le traite de snob) et éclate de rire quelques minutes plus tard: «Ah, et puis dans le dossier films de Q, j'ai L'indécente aux enfers


Pendant que j'y suis je vous mets une photo pêchée chez Matoo : restez à l'intérieur.

Assurance

Je vois passer l'idée d'une assurance épidémie.

Sans commenter la viabilité du dispositif (je suppose que le DG d'Axa est un plus grand professionnel que moi (litote)) je vais en profiter pour faire quelques rappels de bon sens (sachant qu'il est possible ensuite d'organiser des dispositifs qui permettent d'échapper à ce que je vais exposer: mais y échapper consiste à le prendre en compte):

L'assurance est née à Venise: deux ou trois armateurs décidaient de mutualiser les risques: si leurs trois bateaux arrivaient à bon port, chacun profiterait de son bateau, si un ou deux manquaient à l'appel, les armateurs partageraient les gains en trois.
De cet exemple simple, on comprend immédiatement qu'il ne faut pas que tous perdent tout: sinon il n'y a rien à partager.
Même si l'assurance ne fonctionne plus exactement ainsi, le principe reste valable. C'est pour cela que les épidémies, les guerres, les catastrophes nucléaires, etc., tous les événements qui touchent tout le monde, sont exclus des contrats (français).

Je vois certains être sur le point de proposer que les assurances remboursent leur manque à gagner aux PME. Ces personnes se rendent-elles compte que cela revient à supposer que les sociétés d'assurances disposeraient de l'ensemble du chiffre d'affaires des PME?
Par quel miracle?
Cela supposerait que la prime d'assurance versée par chaque PME soit égale à l'intégralité de leur chiffre d'affaire.

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Rappel: l'assurance et la solidarité sont deux notions différentes mais complémentaires: en assurance vous cotisez selon votre risque (la prime est différente selon que vous roulez en twingo ou en ferrrari); selon le principe de solidarité, vous cotisez en fonction de vos capacités (la sécurité sociale, par exemple).

Les contrats d'assurance français destinés aux particuliers organisent invisiblement la solidarité dans un grand nombre de domaines. Par exemple, depuis 1985 ils prévoient tous une contribution attentat. Sur votre contrat automobile, vous cotisez à un fond destiné aux victimes d'accidents dont le responsable conduisait sans assurance. Votre contrat habitation comprend une contribution à un fond catastrophe naturelle et une garantie tempête obligatoire.
En santé, les contrats de complémentaire santé qui veulent bénéficier d'une fiscalité avantageuse n'ont pas le droit de vous faire remplir un questionnaire de santé. C'est une façon d'organiser la solidarité; dans le cas contraire, les personnes présentant la moins bonne santé devraient payer une cotisation très élevée (sachant qu'ici le calcul est faussé par la sécurité sociale: quelqu'un souffrant d'une affection chronique (diabète, cancer, sclérose en plaque) sera pris à cent pour cent par la sécurité sociale et ne coûtera pas très cher à sa complémentaire santé).

Bref, nous sommes solidaires sans le savoir, nous sommes beaucoup plus solidaires que nous le croyons. C'est dommage d'ailleurs, peut-être devrions-nous en avoir davantage conscience.

Cuisine

Aujourd'hui j'ai eu le droit de cuisiner. (Allusion à cette citation que j'adore: «Jour de Dieu! que je voie des femmes faire la cuisine chez moi!»).

J'ai donc mis le poulet à mariner et préparé un bourguignon de champignons en regardant la vie de Marie-Thérèse d'Autriche sur Arte (déçue qu'on ne parle pas davantage de ses enfants, mais cela m'a permis de nouer des liens entre les châteaux de Schönbrunn, Charlottenburg et Nancy).

La purée de céleri accompagnée des champignons était très réussie.

J'ai inversé les ordinateurs: installé le professionnel dans la chambre qui donne sur le jardin et le personnel sous les toits, à la lumière. J'aime être plus près du ciel. Avouons-le, je procrastine par peur de me remettre à mon mémoire. J'ai trouvé cela que je trouve très bien vu:




Névrosyne et autophlagèle.

Allergie

Ce n'est pas le pollen, c'est la poussière. #rangementdugrenier

J'éternue beaucoup; dans le jardin ça résonne dans tout le quartier (dans la cuisine j'entre en résonnance résonance avec le radiateur).
Je vais être malade, c'est sûr : un médecin m'avait expliqué que l'irritation causée par l'allergie rendait les muqueuses plus réceptives au moindre virus, bactérie, microbe, qui passait.

Pendant ce temps les pivoines

A gauche le 25 mars, à droite le 7 avril.




Nous avons sorti la table de jardin et le parasol.

12 avril. J'ajoute ce commentaire copié sur la page FB de Fabrice, spécialiste de Gide et de botanique:
Connaître les plantes, c'est bien, les comprendre, c'est mieux…

Ainsi savez-vous pourquoi certaines jeunes pousses du printemps se colorent de rouge, comme celles des rosiers par exemple, ou encore les premières feuilles des érables, des chênes…?
Tout comme en automne, les feuilles se chargent de tannins, substances astringentes et colorées, dont on commence tout juste à comprendre le rôle et à percer les secrets. L'astringence repousse ainsi la dent des chevreuils, des lapins, mais aussi les attaques de pucerons attirés par ces tendres pousses. La couleur permet aussi de diminuer les effets du soleil sur ces végétaux encore fragiles. On observe le même phénomène sur certaines plantes de murailles qui se parent de rouge pour survivre aux coups de soleil dans un environnement très chaud et sec.

A l'automne, le phénomène provient de la disparition des pigments verts de la chlorophylle qui met en évidence les tannins jaunes ou rouges jusque là camouflés derrière le vert. Les plantes stockent dans des cellules spécifiques ces tannins qu'elles vont évacuer en larguant leurs feuilles. Une fois au sol, les champignons vont commencer à dégrader ces chaînes moléculaires denses (les tannins sont difficiles à digérer) et c'est au printemps seulement que la matière organique sera à nouveau disponible dans le sol. Pile à l'heure pour le réveil de l'arbre. C'est-y pas malin ?

Pour en savoir plus, le dernier livre de Marc-André Selosse consacré aux tannins est une mine d'érudition et de découvertes.

Des liens

Jobs utiles et jobs à la con : le pays tourne grâce aux smicards, mais d'une certaine façon nous le savons depuis toujours; cela a été théorisé en 2013.

Un ami m'envoie une explication de la pénurie de masques. Ça ne me fait pas franchement rire parce que j'ai connu ça.

Pour ceux qui veulent un exemple réel, voici ce que j'ai obtenu en janvier quand j'ai voulu faire une réclamation sur le site de la SNCF: "moins d'un an" n'avait pas été programmé comme "moins de treize mois" mais comme "l'année doit être identique à celle du jour de la réclamation".
Et sinon un projet en tchèque, la Bible adaptée au XXIe siècle (je vous mets le lien pour que vous puissiez vous vanter plus tard d'être dans ses premiers fans français). Rémi a traduit deux péricopes, les noces de Canaa et la résurrection de Lazare.

J’adore lire la #Parabible d'Alexandr Sasha Flek qui est une réécriture du Nouveau Testament avec notre langue de tous les jours.
En ce week-end pascal, je me suis inspiré du chapitre LÁĎO POJĎ SEM! lui-même tiré de Jean 11.
Marthe, la sœur de Marie, envoie un texto à Jésus: « ton copain Lazare est au plus mal. Viens! »
Il lui répond: « avec le confinement, c’est balèse. Thoughts & Prayers! »
Mais deux jours plus tard, il dit à sa team: « allez! on lève le camp. Faut y aller!
— T’es pas sérieux?!?!… en pleine quarantaine? On va se faire lyncher! »
Jésus leur répond: « si tu voyages de nuit, en douce, tu éveilles les soupçons de la police et tu te fais arrêter. De jour, la conscience claire et la tête haute, tu passes tous les barrages.
— et les risques d’attraper le virus? tu y’a pensé?
— Lazare s’est endormi. Allons le réveiller! »
Arrivés sur place, Marthe le tance vertement: « il est mort du Coronavirus! Tu lui as manqué dans ses derniers instants. Dans son dernier souffle, il demandait où t’étais!
- Ne t’inquiète pas, il va se relever… »
Elle l’accompagne à la morgue, pour que Jésus puisse se recueillir devant la dépouille de son ami. Mais là, à la surprise de tous ceux présents, il toque sur le cercueil et crie: « Lazare, sort de là! »
Lazare repousse alors le couvercle du cercueil. Il est tout ankylosé mais à part ça, vif comme en l’an 40.
Le problème, c’est que le fait s’ébruite.
Un membre de la team qui a filmé la scène, le poste sur Facebook.
Les médias s’en saisissent.
Gros titres: « on peut ressusciter du Coronavirus! »
Ça colle pas du tout avec la politique du premier ministre, Ponce Pilate, qui veux tirer à lui la couverture médiatique de la gestion de la pandémie.
Pâques approche, un plan est établi pour se débarrasser de ce fauteur de trouble dans une émission de télé-réalité bien sanglante.


LES NOCES À SCY-CHAZELLES
Comme Marie faisait la plonge gratis, on avait invité Jésus mais sans penser qui viendrait avec tous ses potes…
Et qu’ils picoleraient autant!…
Marie, en cuisine, s’inquiète de voir les cubis disparaître si schnell. Elle fait venir son fils & lui explique: “mir habn a problem” (*en bons Juifs du coin, ils parlent yiddish).
- Kein problem, Muti.
Il ordonne qu’on verse les cubis restants dans une grande cuve. Versez-y la salade de fruit (on a le gâteau de mariage, ça suffit comme dessert), diluez à ras-bord avec de l’eau. Vous le servirez en appelant ça "sang du Christ" ou plutôt "sangria", c’est plus « vendeur », et vous ferez cela en mémoire de moi à chaque fête.
Discrétôs, il y verse le reste de MDMA qu’il avait pas réussi à vendre à la rave de la veille.
Ça a été un mariage du feu de Dieu!
Le père de la mariée a félicité son gendre de faire servir des cocktails 🍹 aussi réussis.
C’est de là que date la réputation de Jésus comme Sauveur de situation.

Zut

Je me suis cassé une dent, une prémolaire.

Ça faisait longtemps que quelque chose me gênait à gauche, une douleur sourde quand je mâchais ou serrais les mâchoires, comme une infection à l'intérieur de la gencive — mais rien, ni fièvre ni abcès. J'étais allée chez le dentiste en novembre qui n'avait rien vu.
La dent a cédé aujourd'hui, la moitié ou un bon tiers. Ça ne fait plus mal, le nerf doit être encore encapsulé dans un reste d'ivoire je suppose.
Ça ne fait plus mal mais ça fait peur : crainte d'infection. Impossible d'avoir un dentiste en ce moment.
Bains de bouche au synthol.

Journée de reprise en main

Après une semaine de boîtes de conserve et de ramen je suis allée en fin de matinée à vélo chercher des salades et autres pamplemousses.
Surprise au retour: les voisins de la rue (c'est presque une impasse, une boucle à partir de la rue principale: ma rue ramène à son point de départ) sont tous sortis sur le trottoir, le cul sur une chaise, le verre sur un tabouret, et ils papotent à dix ou quinze mètres de distance dans le soleil printanier.

J'ai insisté pour que nous sortions la table de jardin et mangions au soleil — H. s'est si bien cloîtré depuis trois semaines qu'hier il a peiné à terminer sa première promenade d'une heure hors les murs. Retour au soleil, à l'air, au vent, aux oiseaux.

J'ai planté mes deux clous, la carte d'Australie est suspendue; j'ai scié la vigne, attaché le rosier grimpant. J'ai commencé à trier des papiers dans le grenier, jeté l'ensemble des documents de cours reçus en 2015-2016 (christologie, liturgie). Ces documents me paraissent lunaires, je ne comprends plus du tout pourquoi je me suis lancée là-dedans. Mais bon, je ne savais pas ce que c'était, maintenant je sais.

H. proteste qu'il y a trop de livres dans la maison, je rétorque qu'il y a beaucoup de fils un peu partout.
Photos prises à travers la maison dimanche dernier.





Depuis il trie et regroupe. Il ouvre des ordinateurs, change des cartes (aquand c'est possible car il n'a jamais la bonne sous la main), fait des sauvegardes. Ça m'amuse de le voir faire, j'ai l'impression de rajeunir.

Mon voisin travaille dans le BTP

Il s'ennuie. Chaque fois que je sors pour bricoler, jardiner, il vient papoter (de loin).

— Ils nous ont dit qu'on pouvait continuer à travailler… mais comment? Plus rien n'arrive, plus de ciment, plus de sable, plus de parpaings…
— Et puis c'est pas facile… Y'a les noirs y se sentent pas concernés, y disent que c'est une maladie de blancs. Au réfectoire, les Pakistanais mangent tous dans le même plat en trempant une espèce de galette qui sert de cuillère… et les Tunisiens ils partagent toujours la gamelle… C'est pas facile… J'ai râlé, j'ai protesté, ça s'est un peu arrangé, mais être chez soi, c'est plus sûr.


«Y'a les noirs y se sentent pas concernés, y disent que c'est une maladie de blancs…»
Ça me paraît tout à fait possible comme phrase. Est-ce vrai uniquement sur les chantiers, ou le chantier de mon voisin, ou est-ce une opinion plus largement partagée?
Parce que si c'est le cas, cela risque d'avoir des conséquences graves.



Sinon, maintenant qu'il y a davantage de masques, il va devenir obligatoire d'en porter un. Bande de crétins.

Nawak

Après une nuit blanche entre mercredi et jeudi (sans vraiment le faire exprès, rédigeant le rapport de gestion en avançant dans la saison 7 de The Walking Dead), grasse mat jusq'à onze heures, brunch, comité financier en conf call et A couteaux tirés en mangeant des sardines à l'huile (enfin moi. Saucisson pour H.)

Ça commence à me manquer de ne pas sortir.

De belles photos.

Après le grec, l'allemand.

«C'est pas cool, Gaby, mais faut avancer. Faut s'en remettre ou se faire mettre.»
The Walking Dead, S8E5
(contexte : deux types enfermés dans une caravane en train de se disloquer sous la pression des zombies).

Ce n'est pas le sujet dont je voulais parler, mais cette phrase saisie au vol m'a fait rire. Pas mal cette traduction. J'apprécie qu'ils se donnent du mal pour le doublage.

Quoique. Le sujet global de ce billet pourrait être la traduction. L'IPT (institut protestant de théologie) nous envoie des devoirs en allemand. C'est amusant la décontraction protestante alors qu'ils sont austères, contre la rigidité catholique alors qu'ils sont davantage bons vivants.
Pour la validation du cours d’allemand, nous vous proposons de changer radicalement de corpus, un peu parce que les textes de Bultmann sont restés dans nos bureaux à l’IPT (confinés eux aussi, pour ainsi dire!), mais aussi et peut-être surtout parce qu’en ces temps troublés nous avons quelque raison de préférer la chanson, l’humour et le cinéma aux savantes mais austères considérations de l’ami Rudolf!

La chanson est signée Stephan Eicher et Martin Suter. Nous vous invitons à l’écouter pour commencer, puis à la lire. Il s’agit d’un duo interprété par l’hambourgeoise bohémienne de coeur Annette Louisan et le Yénische cosmopolite des Alpes helvétiques Stephan Eicher. Le duo alterne des passages en allemand et en suisse allemand. Votre tâche consiste à traduire les passages en allemand, mais nous vous encourageons à essayer – à titre facultatif, bien sûr – de deviner ce qui est dit dans les passages en suisse allemand.

L’humour est celui de Loriot, qui est un peu à l’Allemagne ce que Jacques Tati est à la France. Si son nom ne vous dit rien, vous lirez avec profit la brève biographie que voici (dépêche AFP à l’occasion du décès de Loriot en 2011):
«Le pape allemand de l'humour, le dessinateur, auteur et acteur Vicco von Bülow, plus connu sous le nom de "Loriot", est mort à l'âge de 87 ans, a annoncé sa maison d'édition."Je déplore la mort de ce grand artiste et de cet homme formidable qu'était Vicco von Bülow que nous aimions sous le nom de Loriot", a déclaré la chancelière allemande, Angela Merkel, dans un communiqué. "Observateur plein de finesse des choses de la vie et humoriste profond, Loriot était depuis longtemps devenu un classique", a-t-elle dit, ajoutant: "son oeuvre fera rire encore longtemps les jeunes et les moins jeunes, tout en permettant de mieux cerner ce qu'est l'âme, l'essence des Allemands". "Le miroir plein d'amour qu'il nous tendait va nous manquer", conclut la chancelière.
A mi-chemin entre le Monsieur Hulot de Jacques Tati et Charlie Chaplin, Loriot s'attaquait, à travers ses sketches aux répliques caustiques aux clichés quotidiens de la vie moderne de l'Allemagne d'après-guerre, seul en gentleman dans un monde devenu fou. La vie de couple, les femmes, les hommes, les animaux faisaient partie des thèmes de prédilection du comédien comme dans "l'oeuf à la coque", où un couple se dispute au petit-déjeuner sur la durée de cuisson de l’oeuf. Né en 1923 à Brandebourg (est) d'un père officier dans l'armée prussienne, Loriot, s'était choisi comme pseudonyme le nom français de l'oiseau figurant sur l'armoirie de sa famille. Il était également dessinateur, ses recueils de proses et de dessins humoristiques aux personnages à gros nez se vendant à plusieurs millions d’exemplaires. Au cinéma, en tant qu'acteur et réalisateur, il avait tourné "Oedipussi" ou l'histoire d'un homme animé d'un attachement malsain à sa mère, et "Pappa ante Portas".»

Pour ce deuxième exercice, le mode de validation est plus léger. Nous vous invitons à visionner les quatre saynètes ci-dessous:
pneumatische Plastologie
Der Hasenbrüter
"Szenen einer Ehe"
Fernseher kaputt

La tâche consiste à choisir la saynète que vous préférez, expliquer votre préférence et sélectionner deux mots nouveaux pour vous, dont vous chercherez la signification.

Le cinéma est aussi de la partie avec un chef d’oeuvre du muet:
Menschen am Sonntag (1930),

Oubliez la validation pour ce troisième exercice.
La tâche, si toutefois c’en est une, consiste à regarder le film avec ses (rares) cartons en allemand, et à se laisser porter par cette histoire, si toutefois c’en est une. Menschen am Sontag n’est pas aussi célèbre que les autres grandes oeuvres du cinéma muet allemand (Faust, Das Cabinet des Dr Caligari, Der blaue Engel, Metropolis, etc.), mais il n’a rien à leur envier ni sur la forme ni sur le fond. Considéré comme l’ancêtre à la fois du néoréalisme italien et de la Nouvelle Vague française, Menschen am Sontag semble d’un autre temps que le sien (un peu comme ces meubles du Bauhaus qu’on croirait sortis tout droit des années 1960). Au générique, on trouve, entre autres, Robert Siodmak à la mise en scène et Billy Wilder au scénario (avant leur exil aux États-Unis).

Cartographie

Géoconfluences dévoile les nouvelles règles de la cartographie qui seront mises en place progressivement. Plus d'échelle, plus d'orientation. C'est sans doute l'influence du téléphone portable.
On dirait les règles de la nouvelle traduction de la bibliothèque rose. C'est navrant mais c'est joli.


Bingo

Journée sur les comptes et la liasse fiscale.

Je n'écoute plus les informations mais elles me parviennent. J'ai cru comprendre que Trump considèrerait que deux cent mille morts seraient une victoire — sa victoire (plutôt que les deux millions possible). Au Brésil, c'est la pègre qui a instauré le confinement.

Je n'écoute plus les informations. Une rameuse pense que la sortie de confinement (le déconfinement) sera progressive; elle n'envisage pas que le club soit rouvert avant septembre.

Le bingo suivant résume les conversations sur les réseaux sociaux. Le bingo me fait rire et les conversations me lassent. J'en suis à la cinquième saison des Walking Dead depuis vendredi.



Hier j'ai testé «l'échec d'une préparation culinaire»: un steak vegan aux lentilles et poivrons.
Une imitation de Brassens.
Une imitation de Queen.

The Walking Dead II

J'ai commencé à regarder la série en revenant du supermarché : tout ce silence, ces personnes qui se déplacent lentement dans cette ambiance fantômatique… j'ai eu envie de regarder cette série.
Je l'ai écrit en forme de boutade sur FB. Christine a commenté: «Gab adorait cette série».

Christine, c'est ma plus vieille connaissance sur FB. Je la connais depuis le lycée, nous avons ramé en quatre ensemble sur la Loire et elle montait à cheval. Nous nous sommes revues pour la dernière fois en 1996 je crois.
Elle a eu trois enfants qui ont l'âge des miens à quelques mois près.
Son aîné, Gabriel, s'est suicidé en mars 2016. Chagrin d'amour.

Je regarde la série et j'essaie d'imaginer Gabriel que je n'ai pas connu.

The Walking Dead

Suis-je la seule à avoir remarqué que la fille du personnage principal reçoit le prénom de Judith, la coupeuse de tête?

Par ailleurs, Carole recommande à Andrea de séduire "le gouverneur" et au matin de lui couper la tête, ce qui est exactement le récit biblique.





C'était dans la saison 3. Nom d'un petit bonhomme, la saison 4 commence par un virus et une quarantaine.

Rangement

Après deux jours de recherche dans the room of requirement (bien plus encombrée que sur cette photo), nous avons remis la main sur la connectique de l'écran et de l'appleTV.

Pendant que H. en profitait pour jeter des kilos de papiers (et retrouver quelques souvenirs, comme le livre des logiciels Macintosh Apple de 1983), je reclassais les DVD. Comme nous avons hérité d'une partie de ceux de nos amis partis aux US, il y en a beaucoup dont je ne savais pas que nous les avions. Nous pouvons tenir quarante quarantaines.

Une douzaine de DVD ont été mis de côté, je les abandonnerai dès que possible dans le RER ou dans l'entreprise. Il paraît que Shaolin contre Wu Tong est le nanar absolu.


Thucydide

Extrait d'un mail de la prof de grec:
Vous pouvez aussi lire la description de la peste d’Athènes par Thucydide au livre 2 de la Guerre du Péloponnèse (47-54) (attention, ça ne remonte pas vraiment le moral) ; tant que vous y êtes, lisez aussi son oraison funèbre pour les premiers morts de la guerre, epitaphios logos, 2 35-46, c’est un éloge d’Athènes, c’est plus encourageant.

Ravitaillement

J'ai fait les courses.
J'ai acheté du limoncello.
Je me suis lâchée sur les boîtes de conserve. H. estime qu'on peut tenir huit semaines (! je ne l'ai pas fait exprès, c'était amusant. Nous achetons tout au marché, je n'ai pas l'habitude).
L'aventure a beau m'intéresser comme une gigantesque expérience sociologique et psychologique, huit semaines, ce sera long. Surtout sans prétexte désormais pour franchir le portail.
J'en suis à trois personnes connues (sans être proches) en réanimation. Une partie de la famille d'H. travaille en ehpad.

J'ai fait quarante-cinq minutes de corde à sauter en suivant cette vidéo (deux minutes de saut/une minute de pause, soit quinze minutes chaque exercice). Les vidéos sur la corde à sauter sont flippantes, toutes conseillent de ne pas se décourager, ce qui n'est pas rassurant.
Après l'entraînement je suis restée une heure dans un fauteuil à surfer sur internet.

J'ai cru que je n'arriverais pas à me relever. Impressionnant. Tout l'arrière des mollets au niveau du genou est raide et douloureux, j'arrive à peine à tendre les jambes, je marche en crabe. Je suis pliée de rire. Incroyable. Trente minutes de quelque chose que je pensais compenser le footing me mettre dans cet état…

Je perds le compte

Dixième jour en partant du 16. Six jours que le portail est fermé.

Je commence à perdre la notion du temps. Heureusement que nous sommes deux, ça permet de/oblige à respecter les horaires des repas.
Je n'ai plus jamais envie d'aller me coucher, peut-être parce que je bois trop de thé pour éviter de manger.
Pour éviter de manger le plus simple est de ne rien acheter (je veux dire en terme de cacahuètes ou Palmito).
Aujourd'hui j'ai cousu deux boutons.

De mauvais poil ce soir parce que je culpabilise, je culpabilise parce que je n'ai pas fait de sport, pas ouvert l'application pro, pas encore passé mon heure et demie sur mon mémoire (il est 20h02. J'attaque).

Uderzo est mort, la France continue de se disputer

Ce qui est fatiguant, c'est que tout le monde a son avis, se dispute et les informations les plus contradictoires circulent. Les médias (papier, télé, réseaux sociaux) parlent en continu, au conditionnel, avec des peut-être et des sans doute. Le vacarme est assourdissant sans aucune information utile.
D'un autre côté, cela n'a pas grande importance: comme je le disais hier ou avant-hier, un quidam lambda ne peut qu'attendre donc cela n'a pas grande importance. Mais c'est fatiguant.

Les deux grands sujets du moment: la chloroquine et les masques.

La chloroquine est un médicament qui traite le paludisme et le lupus. On songe (la Chine avait déjà songé) qu'il pourrait peut-être être efficace contre la maladie. Rien n'est sûr, des tests sont en cours. Cependant, un professeur de Marseille, lui, est convaincu. Trump aussi.

Un Twittos résume ainsi la situation:
Les vaccins : testés pendant de décennies. Des maladies éradiquées.
Les Français : c'est dangereux il ya de l'amiante dedans selon mon cousin.
La chloroquine pour le covid : pas sûr que ça fonctionne. En attente d'autres essais.
Les Français : se l'injectent par voie rectale

L'autre sujet ce sont les masques. Le masque efficace est le FFP2 (une certitude dans cette cacophonie). Mais il n'y en a pas. Ou pas assez. Ou ils sont volés. Ou il y a un trafic au marché noir, ou… ou… ou… (j'essaie de comprendre, je ne comprends pas: comment un pays comme la France peut ne pas avoir de masques? Pas de masques du tout? Je veux dire: depuis le début de la crise, disons mi-février, il y avait le temps d'en commander, d'en fabriquer, au moins quelques-uns, non?)
Alors certains se sont mis à en fabriquer. Le CHU de Grenoble a lancé un appel. Ils les fabriquent avec du molleton, des sacs d'aspirateur, des filtres à café… C'est triste, c'est courageux, c'est solidaire. Est-ce utile? Je peux comprendre qu'on dise que ça ne sert à rien. Je ne comprends pas qu'on dise que ce soit pire que pas de masque! Hier je suis tombé sur ça (signé Laurent Lefeuvre):


Moui… une capote dans une chaussette, puisque le sperme colle, s'il n'y a pas pénétration, s'il n'y a pas de plaie, si… si… si…, ça peut peut-être être utile. Comment savoir? Et si cela a protégé une seule personne, une fois, cela n'a pas été inutile. Si vous n'avez pas de bunker et que la bombe vous tombe dessus, la cabane en bois ne sert à rien. Mais si la bombe tombe à dix mètres, ça vous protègera peut-être des projectiles lancés par l'impact. Comment savoir? Ce ne sont pas des masques pour les chirurgiens, pour les plus exposés. Mais pour les femmes de ménage, pour les caissiers, pour les… (faux sentiment de sécurité? Quel sentiment de sécurité?)
Et puis ça occupe. Non ce n'est pas à négliger. Shackleton le savait, il faut occuper les hommes. Sinon ils gambergent.

Dans la série des bizarreries, soulignons que les comparaisons internationales n'ont pas beaucoup de sens et ajoutent à la confusion car les mêmes mots ne recouvrent pas les mêmes réalités. Il y a les pays qui testent intensivement tout le monde (Corée du Sud, Islande) et dont les chiffres montrent un nombre de porteurs impressionnants, dont un tiers à la moitié ne sont pas malades (pour l'instant du moins) mais contagieux, ceux qui ne testent les malades qu'une fois qu'ils sont en réanimation (plus ou moins la France) et donc tous ceux qui ont guéri spontanément chez eux (après deux ou trois jours d'intense fatigue) n'entrent pas dans les statistiques, ceux qui ne testent pas les morts et ne savent pas s'ils sont morts du virus (l'Allemagne). Chaque fois qu'on voit passer une comparaison internationale, on peut être sûr que ce ne sont pas les mêmes définitions derrière les mots, que ce ne sont pas les mêmes numérateurs et dénominateurs.
Point rassurant: le nombre de malades et de porteurs étant minimisé, la létalité (morts/malades) est plus basse qu'il n'y paraît. Aujourd'hui, ce qui est donné le plus souvent, c'est le nombre de morts sur le nombre de personnes hospitalisées, ce qui est forcément élevé puisque ce sont les cas les plus graves qui sont à l'hôpital.
Tous les pays utilisent-ils les mêmes tests, où sont fabriqués ces tests, sont-ils longs à produire, pourquoi semblent-ils si rares en France? Encore un truc que je ne comprends pas.

Bien sûr il y aura une enquête dans six mois. Il y en a eu une en 2003. Après.


Quelle étrange période à vivre. Pendant ce temps-là les récoltes d'asperges pourrissent sur place par manque de saisonniers trans-frontaliers, les maraîchers font appel aux volontaires, les anti-macronistes crient au capitalisme (si on ne récolte plus rien que diront-ils? que fait le gouvernement?, je suppose), les confinés ne comprennent pas la logique, les instituteurs font remarquer que le travail à distance creuse les inégalités (qui a une chambre, un ordinateur, une connexion internet, etc, etc), les infirmières et les caissières sont sur le devant de la scène, les femmes de ménage et les aides-soignantes se plaignent de ne pas l'être, un prêtre se sacrifie en Italie, des salariés d'une epad font savoir qu'ils vont rester avec les vieillards contaminés pour ne pas risquer de répandre la maladie dehors; les epad, justement, pleurent leurs morts par dizaines. Vous attendez des nouvelles d'un proche hospitalisé que vous n'avez pas le droit d'aller voir et personne ne vous en donne. Pas le temps.


Je songe à l'introduction de Todorov dans Face à l'extrême: les situations extrêmes présentent les mêmes choix que les situations quotidiennes (donner, garder pour soi, partager, stocker, nourrir le SDF, accompagner un malade), ce qui diffère, c'est la conséquence de ces choix.

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J'attends. Nettoyé les framboisiers, remonté la chaîne hifi. Testé la corde à sauter, je suis nulle mais c'était prévu (pas de coordination). Cinquante jours pour progresser. J'ai la faiblesse de croire que si je progresse en coordination, une partie de mon cerveau évoluera dans le même temps.

Inavouable

Puisque j'ai très froid je profite d'être recluse pour porter ces collants que personne n'aime à la maison — et que je ne peux pas porter au boulot.




Avertissement :
Possibilité de s'abonner gratuitement aux retransmissions du Berliner Philharmoniker avant le 31 mars
Un blog qui essaie de ne pas parler de confinement, et en l'occurence de géographie criminelle.

Au fait, j'oubliais : L'Argus de l'assurance a repoussé la remise de ses trophées au 23 juin. Il est donc possible de considérer qu'à cette date la France sera à peu près tirée d'affaire — si une seconde vague de contamination ne déferle pas — j'ai eu l'impression qu'on en parlait en Chine.

Château-fort

J'ai de plus en plus l'impression non pas d'être enfermée mais d'être retranchée. Dehors la bataille et moi j'attends. J'ai lu quelque part quelque chose comme «la patience n'est pas d'attendre mais de savoir attendre». Attendons.

Après une journée de lézard (vodka-ginger beer, le plus grand risque que je cours est de vider toutes les bouteilles), je me suis mise vers le soir à transférer mon ordinateur de boulot du rez-de-chaussé au dernier étage. Un coup d'aspiro, un quart de tour au tapis, et le dernier étage est redevenu habitable. Il ne me reste qu'à remettre la bibliothèque camusienne dans les rayons et à trouver les cartons qui contiennent les DVD de A à O. Et les StarWars. Et les Sergio Leone. Ça ne devrait pas être difficile.

J'avais planqué sous le tapis depuis six mois la carte d'Australie ramenée d'une excursion à Chartes (laquelle? Je ne retrouve pas de trace, il me semblait pourtant avoir une photo du retour en train). Pour avoir été posée sans précaution sur des cartons et des valises, elle s'était gondolée.
J'ai la satisfaction de la retrouver bien plate. Elle fait heureusement écho à ma lecture de Jared Diamond.



Deux clous et au mur, ce sera l'un des objectifs de la semaine.

Premier samedi à l'isolement

Matinée de lecture et d'écriture. J'aime bien. Ça me fait du bien.
J'en viens à fuir l'agitation, la surexcitation des réseaux sociaux. En temps normal c'est pénible mais amusant; en ce moment c'est fatiguant. J'aspire à une certaine sérénité, une retraite dans la retraite, un repos dans le repos forcé.

Je recommence à lire, timidement (je veux dire lire en dehors des lectures obligatoires). J'ai commencé hier De l'inégalité parmi les sociétés, une lecture longtemps remise.

Nous avons remonté mon bureau du dernier étage (démonté en décembre… 2018 pour les travaux).
Je me dis que je dois saisir ma chance: plus rien ne va entrer dans la maison pendant sept semaines1, si je secoue ma flemme je devrais pouvoir vider des cartons, des armoires, trier, redispatcher, donner…
Il manquera les passages à la déchetterie.


Nouvelles du front : j'ai commandé une corde à sauter, lui paraît bien.

J'ai un rhume (un simple rhume, le nez qui coule, pas de fièvre). Sans doute un peu d'allergie aussi. Aujourd'hui il a fait gris et froid. S'il avait fait ce temps depuis une semaine, les gens seraient moins sortis.
Je mets ça là au cas où ce soit utile :






Note
1: en me fondant sur la Chine et l'Italie, j'ai fixé arbitrairement la durée du confinement à huit semaines. Ce sera peut-être plus, sûrement pas moins. Le pic en France est attendu dans dix jours, avec, si j'ai bien compris, une deuxième onde de choc dix jours plus tard.

Emploi du temps

En une semaine les choses se décantent. J'en arrive donc à la conclusion qu'il vaut mieux que je travaille professionnellement de 7h30 à 13h30 plutôt qu'en suivant des horaires de bureau. Si je me mets à travailler plus tard, je n'y arrive pas du tout (à m'y mettre).
Certains s'étonneront de cette faible amplitude horaire: en réalité je n'ai pas de quoi m'occuper plus, même en temps normal. Comment croyez-vous que je parvienne à faire six entraînements par semaine pour l'aviron?

Il faut ensuite consacrer une heure et demie au mémoire, écrire un ou deux billets de blog et si possible faire une heure de "renforcement physique généralisé", basiquement des abdos et du gainage, pour ne pas tout perdre. S'occuper du jardin, et s'il pleut (cela devrait arriver en deux mois) de la maison.

Je me remets à lire. Je n'ai pas le cœur à tester des séries, je ne sais pas choisir un film comme je sais choisir un livre, et les films pas trop bien choisis, un peu nunuches, ont souvent pour but de déclencher une réaction émotionnelle. En ce moment, ça me lasse par avance (non pas l'émotionnel, mais que ce soit leur but).

L'un des entraîneur d'aviron est malade.

Fleurs

Parmi le désordre de la table se trouvait une boîte de graines pour pelouse fleurie achetée à Giverny en… août 2017 (le 19 août, encore un billet à rattraper), comme quoi mon désir d'une friche fleurie était ancré.
J'ai décidé de les planter.
Afin d'aider les graines qui devaient être dans un drôle d'état depuis tout ce temps, je les ai mises à tremper samedi.

— Mais qu'est-ce que c'est que ça ?! (cri dégoûté).




Hier j'ai bêché trois mètres carrés de jardin où le semis d'octobre ne donnait pas de pousses et mis les graines à égoutter dans un chinois.
En fin d'après-midi je les ai semées, puis piétinées (tasser avec le dos de la bêche, indiquait la boîte), puis arrosées à travers une passoire (parce que je n'ai pas retrouvé la pomme de l'arrosoir). Je me demande si les fleurs seront très différentes de celles du jardiner — à condition qu'elles poussent, car ce n'est sans doute pas la même qualité de graine.


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Nouvelles du front:
Ça va mal, les hôpitaux commencent à s'engorger. Deux tiers de lits occupés en Ile-de-France. Plus de morts en Italie qu'en Chine. L'armée aide à évacuer les cercueils.
Des idiots sont allés crapahuter loin de chez eux en vélo et ont eu des accidents, il a fallu mobiliser des secours pour les récupérer: interdiction désormais de faire du vélo, interdiction de s'éloigner de chez soi.
D'autres se sont crus en vacances et ont envahi les plages: désormais les plages sont fermées.
Je suis allée au marché mais je lis ce soir qu'il vaut mieux faire des grosses courses de temps en temps que tous les deux jours. J'avais prévu jeudi et dimanche, est-ce trop?
Nos quatre élus avaient prévu de boycotter le conseil municipal qui devait se tenir à huis clos. Finalement l'élection des maires est officiellement reportée.

Fini Le Cavalier suédois. Repris mon mémoire.

Fréquence cardiaque

Comme les salles de sport sont fermées et que je ne vais pas acheter un rameur (c'est cher, c'est laid, ça prend de la place, c'est pour deux mois. Et c'est comme le cinéma: j'aime aller en salle de sport, j'aime partager l'effort ou l'émotion avec des gens que je ne connais pas), je me replie sur la course ou le vélo. Plutôt le vélo, ma paire de running a dix-huit ans (le plastique-caoutchouc a durci).

Une compétitrice a partagé le programme que leur a donné leur entraîneur: «Pour calculer la fréquence max théorique: 220 - ton âge. Moi ça fait 170 par exemple donc 80% de ça ça donne 150 donc l'entraînement de mardi je vais me mettre à 150 sur de la CAP.»

Je ne lui ai pas dit que je ne savais pas ce que voulait dire CAP.

Certains entraînements se font à 40% de cette fréquence max. Mon problème, c'est que 40% de ma fréquence max, c'est moins que ma fréquence au repos.


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Hier H. va chercher son médicament contre le diabète (les ordonnances pour maladie chronique sont automatiquement renouvelées par les pharmaciens jusqu'au 31 mai).
— Les gens sortaient avec des sacs Cora pleins, du savon, des boîtes de Doliprane… Ils sont fous.
Entendu aux infos ce matin : désormais achat limité à une boîte par personne.

Quarantaine

Hier soir à 22h57 j'ai reçu le sms suivant de gouv.fr :
(«—Ah bon, ils savent faire ça ? —Ils ont peut-être récupéré mon numéro quand j'ai refait mon passeport»1):
Alerte COVID-19
Le Président de la République a annoncé des règles strictes que vous devez impérativement respecter pour lutter contre la propagation du virus et sauver des vies. Les sorties sont autorisées avec attestation et uniquement pour votre travail, si vous ne pouvez pas télétravailler, votre santé ou vos courses essentielles.
Toutes les informations sur https://www.gouvernement.fr.


Le lien envoie vers ceci:




Donc quarantaine de quinze jours (smiley). Mais personne ne croit à cette durée, nous tablons tous sur trente à soixante jours.
Ce n'est pas différent de ce que j'ai vécu l'année dernière pendant six semaines avec mon pied opéré, au télétravail près. Encore faudrait-il que j'arrive à me connecter. Ce sera le combat du jour. Je n'ai pas essayé hier en espérant que le problème serait résolu dans la journée et qu'après les passages des batchs cette nuit tout irait mieux.
Concernant l'informatique d'entreprise, je crois beaucoup à la nuit réparatrice.

Ma filleule a vingt ans aujourd'hui.



Note
1 : En fait ça ne fonctionne pas comme ça. L'Etat contacte les opérateurs et ce sont les opérateurs qui envoient le sms à leurs clients. Ils envoient les sms par vague, c'est pour cela que nous ne l'avons pas tous reçu au même moment.

Hier soir

Hier soir, à partir de neuf heures, une dizaine de colistiers s'est retrouvée à la maison après le résultat des municipales. FG était très déçue, normal, c'était sa première campagne, moi ma troisième. C'est dur d'y croire à fond, de tout mettre en jeu, et de se retrouver avec rien ou pas grand chose.

J'ai essayé de la convaincre (moi je suis convaincue) que c'était une victoire: l'opposition avait un siège de plus (quatre au lieu de trois), Clodong avait cinq points de moins que Dupont-Aignan en 2014 (17,7%). A chaque municipale nous grignotons.
C'est difficile parce que les anti-fachos et ceux qui ne supportent pas la pression fiscale déménagent, et les pro-fachos emménagent. Donc structurellement ça devient de plus en plus difficile.

Très bonne soirée, nous avons un peu bu et beaucoup ri.
Je culpabilise : peut-être n'aurions-nous pas dû. Pourvu que personne ne soit malade. Un bol par personne, pour mettre les chips et les cacahuètes et ne pas mettre les mains dans le même plat. Du gel hydro-alcoolique (qui pue. — Mais pourquoi pue-t-il autant? Ça sentait bon d'habitude. — Peut-être pour donner l'impression d'être plus efficace?) dont une ou deux personnes ont dû se servir. Bières, ginger beer, vodka (pour moi: je me suis fait deux Moscow Mule) et deux bouteilles de la cuvée Assemblée Nationale. Ce fut une bonne soirée.

Comme promis, une photo de la table avant (la table effrayante) et la table après.




Pourvu que cela n'ait pas été une bêtise. C'était la dernière soirée avant six ou huit semaines.
J'ai le moral dans les chaussettes aujourd'hui. Gv me fait peur: «Vous allez morfler». Lui est loin d'ici. Il doit penser impuissant à sa famille.
J'ai peur de ne pas revoir tout le monde à la fin de cette période. Hier, quand les enfants sont partis sans être embrassés, avec les plaisanteries habituelles pour conjurer l'émotion de se quitter (ne jamais oublier que même en temps ordinaire je suis tracqueuse. Je pense que c'est dû à l'imagination — trop d'imagination: accident de la route, accident de toute sorte, tout ce qui peut faire que ce soit la dernière fois qu'on se voit. Déjà en temps normal. J'y pensais même le matin en les quittant à l'école), oui, hier j'avais le cœur gros.

J'envoie un mot aux infirmières de la famille. Il y en a cinq ou six, entre les cousines et les tantes.
Nous avons décalé l'invitation du 9 mai au 13 juin.

Accélération

Et ce soir une amie (une rameuse — vous vous souvenez, tout mon réseau passe par les vestiaires) nous envoie ça. C'est un message d'une amie à elle qui lui fait suivre le sms reçu par un professeur de Necker.1
Voici Les dernières infos du chef de clinique à Necker en médecine interne.
Paris sera en confinement absolu demain soir.
Les trains vont être progressivement réduits.

Voici un mail qu’il a reçu en interne de l’hôpital (sms suivant)

Bonjour à tous,

Comme vous le savez l’évolution de l’épidémie de COVID est particulièrement inquiétante.
Les nouvelles données de modélisation sont très robustes et les projections sont parfaitement cohérentes et bien pires encore que nos scénarios pessimistes.
Il est devenu déraisonnable de prendre les transports publics et nos déplacements doivent être réduits au strict minimum. Le télétravail et l'annulation de toute réunion est obligatoire. Le confinement est donc la règle sauf pour ceux dont la présence physique au travail est indispensable (ce qui est exceptionnel au sein du CRESS).

L'hypothèse actuelle est qu’en l’absence de confinement, 30 millions de personnes seront atteintes en France avec un pic dans 50 jours. Seule une mobilisation citoyenne massive (avec au moins 50 % de l’ensemble de la population française en confinement strict à trés court terme) permettra de réduire le pic de l’épidémie. Les chinois ont réussi ce confinement drastique mais leurs décisions ont été plus précoces et plus autoritaires.

Il est de notre responsabilité d’acteurs de santé Publique de :
1) respecter ce confinement,
2) de faire prendre conscience à nos proches de cette impérieuse nécessité,
3) de porter ce message au quotidien (distance de sécurité , etc) car nos compatriotes n’ont pas encore compris la gravité de la situation.

Le système de santé sera bien sur extrêmement sollicité et ne peut qu'être très largement débordé ce qui est déjà le cas dans le grand Est. Les messages selon lesquels seules les personnes agées et ou ayant des comorbidités sévères ont des syndromes de détresse respiratoire sont faux. Nous partons sur une durée de crise en mois et d'une gravité sans précédent. Vous devez bien sur rester en contact avec vos responsables d’équipes et avec xx ou moi-même si nécéssaire.

signature xxxx
Centre de Recherche Épidémiologie et Statistique Sorbonne Paris Cité (CRESS-UMR1153)
Inserm / Université Paris Descartes
Centre d'épidémiologie clinique

Par ailleurs, je songe à cet échange avec Gv lundi très tôt. Gv habite Hong-Kong:
Ça va être une cata en Europe.
Les gouvernements sont trop faibles plus pas de masques plus pas de discipline.
Les services de santé vont s'écrouler.




Note
1: certains me disent que c'est un hoax. Tant pis. Je ne peux pas le vérifier et ce ne sera sans doute jamais vérifié. Le message est le bon.

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Il fait magnifiquement beau. En venant voter, O. m'a apporté un cadeau d'anniversaire de la part de C.: des Calvin et Hobbes. J'ai passé ma journée à me promener entre trois bureaux de vote. Nous avons perdu, pas de second tour, mais grignoté encore : 72% contre 77% la dernière fois.
Si le deuxième tour est reporté comme il est quasi certain, tout le monde devrait revoter, et non pas seulement les villes où il y a un second tour.
Allons, il y a, il y aura, encore du travail.

Mon horloger est sceptique

La comtoise va mal, elle ne conserve plus l'inertie donnée au balancier et s'arrête, au bout de cinq minutes ou une heure. Je l'ai donc emmenée chez l'horloger. Verdict: elle est très sale, poussière et toiles d'araignée. (Je ne vois pas comment empêcher cela car le mécanisme est hors d'atteinte en temps normal).

Il va la nettoyer mais ça va prendre un moment: il a beaucoup de travail. Derrière lui, un calendrier Johnny Hallyday, devant lui un cendrier Johnny Hallyday, sur le côté une affiche pour un grand prix de F1. La conversation s'engage.

— Non mais, vous croyez pas qu'y zegzagèrent? Ma fille a une copine infirmière à Villeneuve-St-Georges [hôpital], elle dit qu'il n'y a personne.
— Mais c'est normal. Une doctoresse italienne a expliqué comment ça s'est passé en Italie: on a vidé les hôpitaux, reporté les opérations non urgentes. C'est pour ça que les hôpitaux sont vides. Les malades vont arriver comme une vague.
Il me regarde d'un air sceptique.
— Mais en Angleterre ils ont décidé de ne rien faire, de laisser les défenses immunitaires se renforcer.
— Mouis. C'est ce qu'on faisait au XVIIIe siècle contre la peste et le choléra.
Il me regarde sans rien dire. Je suis calme, très factuelle. Quelque chose me paraît vaciller dans ses yeux.
— Mais quand même… la grippe c'est huit mille morts. Personne ne fait rien pour ça.
— Oui, mais des gens qu'on a soignés. Ici on va tomber dans la médecine de catastrophe: quand il n'y aura plus assez de lits à l'hôpital, il faudra choisir qui on sauve. Evidemment, si ça tombe sur le voisin, on est triste mais ça va. Mais si c'est votre mère ou votre fils?

Il m'a regardée… C'est marrant, je suis persuadée que discuter ne sert à rien, que les gens ont leurs opinions à eux, bien arrêtées, et qu'on a simplement le devoir d'exprimer ce qu'on pense, de ne pas se taire si on pense que ce qui est dit ou fait ne devrait pas l'être, ou pas comme ça. Un devoir éthique, une obligation, mais sans espoir, inutile.
Là, j'ai eu la satisfaction d'avoir l'impression de l'avoir fait douter. Peut-être même l'ai-je convaincu.


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Ma fille arrive du Perche. Elle vient voter pour sa mère. Je pensais que nous aurions droit à un long sermon sur ce qu'il ne faut pas faire (elle est volontaire à la Croix-Rouge). A ma grande surprise elle prend cela à la légère et accepte avec dépit de ne pas nous embrasser.
Est-ce qu'elle vit dans une tour? Est-ce que la Croix Rouge n'est pas mobilisée?

Elle nous fait rire en déclarant que ce qui avait manqué, ce n'était pas le gel hydo-alcoolique, mais les flacons, fabriqués en Chine. (Comme quoi elle est quand même au courant… je ne comprends pas bien la cohérence de tout cela).

Non boîtage

Ce soir je devais "boîter" à nouveau, avec la consigne stricte d'arrêter à onze heures (la limite légale est minuit mais les têtes de liste voulaient conserver une marge).

Je me gare, sors de la voiture, mets mes écouteurs (pour écouter les aventures de l'Agneau mystique) et m'oriente sous les lampadaires pour commencer ma tournée.

A ce moment-là je reçois un appel: on arrête le boîtage immédiatement. Il paraît que la distribution d'un tract doit laisser le temps à l'adversaire de répondre. En tractant le vendredi soir, alors que la campagne s'arrête à minuit, nous enfreignons cette règle. Clodong a fait un mini-esclandre en apercevant les boîteurs ou tracteurs dans l'après-midi, les filmant et menaçant de mettre la vidéo en ligne. (Et alors? ai-je envie de dire)

OK, pourquoi pas. Sauf que le tract répondait à une calomnie donc nous avions une justification. Et mon expérience de la justice est qu'elle est lente. Et en ce moment, entre les grèves pour les retraites et la désorganisation due à l'épidémie, ça doit être encore pire.
Bref, j'aurais couru ma chance, ne serait-ce que pour prouver que lorsqu'on ne respecte pas les règles en me calomniant, je ne respecte pas les règles non plus. Il ne faut pas oublier que nous sommes dans une mairie d'extrême-droite: ne pas respecter les règles tout en jouant la victime flouée est l'un de leur tour de passe-passe favori.
C'est à ce genre de réaction que je me rends compte que me disputer avec RP et me battre contre JA m'a rendue combative.

Fun fact: NDA soutient un gilet jaune à Vigneux. Ce type n'a-t-il aucune dignité intellectuelle envers lui-même?

Grec

Les élèves sont en majorité âgés, les deux tiers à la retraite. Je me disais que quelques-uns prudents resteraient chez eux, surtout que la salle qui nous est attribuée est petite (le cours était en danger cette année, l'ICP a failli l'annuler. Par conséquent, devant faire front, nous avons battu le record d'inscrits, donc nous sommes serrés).
Mais tout le monde était là, enjoués et heureux comme chaque fois que nous nous retrouvons pour ce cours hors du temps.

Découverte de la soirée: si vous allez à Orlando, n'allez pas chez Mickey, c'est si mainstream. Tentez l'expérience de la Terre Sainte. Garantie évangéliste et littérale.


Un pot avec Laura et je rentre. Macron a annoncé la fermeture des écoles, de la maternelle aux universités. C'était inévitable, souhaitable, mais quelle galère. Je suis bien contente de ne pas avoir d'enfants en bas âge. Il reste à chaque étudiant désœuvré à s'occuper des enfants de ses voisins.
Ah tiens. Ça veut dire que je vais pouvoir garder les livres de la bibliothèque un temps indéterminé. Chic.

Le Gars

J'avais assisté à une représentation en 1997, dans la salle du bas (petite, voûtée, merveilleuse) de la Maison de la poésie. J'en conserve un souvenir ébloui.

Alors, quand j'ai vu que Le Gars (re)passait ce soir, je n'ai pas voulu manquer ça. Malgré la maladie qui rôde (cette terreur et cette tristesse à l'idée d'être porteur sain, à l'idée d'être un danger pour les autres), j'ai pris la voiture et j'y suis allée (note: cela signifie que je ne me suis pas arrêtée sur mon chemin du retour boulot-maison, mais que je suis allée expressément à Paris pour cela, ce qui prouve ma motivation.)

J'ai été extrêmement déçue. D'abord une femme (Francesca Isidori m'apprend Internet) a parlé longuement. J'ai recueilli des informations, j'ai compris en particulier pourquoi ce texte m'avait tant plu, par son rythme, sa cadence, sa diction: il a été écrit (traduit adapté) directement en français par Tsétaïeva qui pratiquait l'averbisme (je n'avais jamais entendu le terme). Elle enlevait les verbes, mais aussi les articles, les pronoms, etc. Elle n'a jamais réussi à faire publier son texte: «trop nouveau».

Ce discours m'impatientait. Mais j'ai alors appris que nous n'allions pas entendre toute la pièce mais seulement une partie: pour connaître la fin il faudrait… acheter le livre (aux éditions Des Femmes)!

Enfin Anna Mouglalis a lu son texte, alors qu'Edith Scob le jouait, le scandait, le mimait.

Bref, déception. J'aurais dû m'en douter. A l'époque où nous fréquentions beaucoup la maison de la poésie, nous avions adopté une règle: uniquement les spectacles dans la petite salle.

Municipales et coronavirus

Quand vous irez voter, prenez un stylo avec vous (pour la signature du registre).

Faites passer la consigne.

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Sinon, la gestion de l'épidémie est vraiment étrange. Hier un ancien blogueur qui travaille pour l'éducation nationale racontait que le mari de sa secrétaire était confiné, mais pas sa secrétaire; aujourd'hui j'apprends que le même cas existe dans mon entreprise: une salariée dont le mari également salarié est malade n'a pas été autorisée à rester chez elle au prétexte qu'elle ne travaille pas dans le même immeuble que lui! (WTF? Le groupe souhaite-t-il contaminer davantage d'immeubles? Ou l'histoire est-elle fausse?)

Je mets en ligne une capture d'écran de Twitter car le compte est protégé.


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Bibliophore (livres en provenance des bibliothèques du groupe, je le rappelle):
Duras, Les petits chevaux de Tarquinia collection blanche NRF
Perec, «53 jours» en grand format P.O.L
Henry James, Ce que savait Maisie en grand format Robert Laffont
Je suis heureuse de récupérer des livres qui ne sont pas des poches: je peine moins.

Boîtage

Action consistant à déposer des tracts ou de la pub dans les boîtes à lettres. En l'occurrence, il s'agissait dans notre perpétuelle lutte contre Dupont-Aignan et ses marionnettes de déposer notre programme pour les municipales.

Boîtage en fin de matinée en écoutant Bénédicte Savoy sur une recommandation de Philippe. C'est le récit de l'histoire des objets, les déplacements, les achats, les pillages. A qui appartient un objet, selon quels critères? C'est une recherche transverse, entre histoire internationale, relations juridiques, lecture des journaux, visionnage de films contemporains. C'est aussi ou peut-être surtout une histoire des mentalités.

Je boîte, sys-té-ma-ti-que-ment, en suivant une méthode mathématique: boîter le périmètre (attention, le trottoir d'en face n'est ni dans la même ville ni dans le même département) puis prendre un trottoir vers le centre et toujours rester sur ce trottoir aux intersections, ne traverser la rue et changer de trottoir qu'en arrivant au périmètre déjà boîté (cela ne fonctionne que si les rues sont à peu près à angle droit. Si non, des îlots triangulaires restent isolés sans contact avec les autres trottoirs).

Il fait gris, il pleuviote. Un haut-parleur déverse les résultats d'une compétition lointaine. Des bandes d'étourneaux sont perchées sur les fils. Je regarde les maisons, les façades, les volets clos, les lumières qui percent, les chantiers. Plutôt des pavillons des années 70, quelques architectures plus tourmentées, deux ou trois friches. J'aime bien.

Calvin et Hobbes.
Concernant la to-do-list, il reste le courrier et la table du salon (mais la table du salon, c'est une tâche effrayante).
Invitation envoyée pour les noces de perle.

To do list

Nous ferons le point demain.
Pas de sortie sur l'eau jusqu'à nouvel ordre, la Seine est en alerte crue.
Pour ceux qui rêvent devant le plus petit indice, je recommande l'application RiverApp. Tapez Donau, par exemple.


Symptômes

— Mais concrètement, qu'est-ce qu'il faut faire? J'ai un peu mal à la gorge: normalement j'achète un truc en pharmacie, mais là, je fais quoi?
— Tu as mal aux poumons?
— Non, pas du tout. J'ai juste pris froid ce week-end.
— Parce que c'est quand même une maladie pulmonaire.
— Tu sais, pour moi, une maladie pulmonaire, c'est avant tout un signe littéraire. Les maladies sont des catégories littéraires: si on te dit que le personnage a une pneumonie, une pleureusie ou une phtisie, l'auteur veut te dire que c'est grave; si c'est l'épilepsie, c'est que le personnage est fou et imprévisible. Je n'ai aucune idée de ce que ça veut dire en réalité.

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Bibliophore :
- Charles Rosen, Schœnberg
- Eric Chevillard, Du hérisson
- Eric Chevillard, Le caoutchouc décidément

Grande Messe vénitienne par les Arts florissants

Nous avons commencé par nous tromper de salle : la salle de concert de la Cité de la Musique n'est pas la Philharmonie. (Salle petite, chaleureuse, tendance bois plutôt que ciment. Une autre époque).

Paul Agnew a fait son habituel discours (dédicace Laurent), plutôt amusant, avec un accent pittoresque et des fautes de français étonnantes pour quelqu'un qui vit en France depuis si longtemps (Jane Birkin vs Thomas Römer). Il nous a résumé avec humour quelques lignes du livret en nous demandant un effort d'imagination: en effet, «la grand Messe vénitienne n'existe pas».
Je vous copie le livret:
Tout juste ordonné prêtre, Don Antonio Vivaldi devient en 1703 le maestro di violin delle figliole [maître de violon des jeunes filles] de l’Ospedale della Pietà de Venise. Cette institution caritative accueillait les orphelines et les filles illégitimes de l’aristocratie vénitienne, et leur offrait une éducation musicale poussée. Ces jeunes filles formaient un coro de chanteuses virtuoses ainsi qu’un concerto d’instrumentistes, réunissant généralement trente à quarante musiciennes, voire soixante-dix pour les grandes occasions. Pendant plus de trente années, Vivaldi produisit pour cette institution une quantité impressionnante de compositions, tant instrumentales que vocales, et assura leur exécution. Si divers fragments de messes, des psaumes et les motets nous sont parvenus, aucune liturgie complète, aucune missa ni aucun vespro intégral ne vient témoigner de cette intense activité liturgique. Il est pourtant attesté qu’une messe entière avait été commandée à Vivaldi en 1715 par les administrateurs de la Pietà. La messe vénitienne proposée ce soir relève en fait d’un travail de reconstitution musicologique qui emprunte sa substance à divers éléments de la production religieuse de Vivaldi. Le Kyrie, le Gloria et le Credo sont des compositions originellement distinctes et isolées. Le Sanctus et l’Agnus Dei sont des contrafacta: leur musique a été tirée de diverses compositions préexistantes et parée de nouveaux textes liturgiques, suivant l’usage ancien de la parodie.
En conséquence l'orchestre n'était composée que de musiciennes, «sans que cela n'ait de rapport avec MeToo», nous a assuré Paul Agnew.

Ce fut une très belle soirée.
William Christie était présent en nœud papillon.

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Bibliophore : (Qu'est-ce qu'il y a dans votre sac? me demande le vigile de la salle. Des livres! ris-je.)
- Henry Bauchau, Antigone
- Raymond Queneau, Saint-Glinglin
- Eric Chevillard, Démolir Nisard

Je continue Le Chiendent commencé mardi. Un ancêtre tout à la fois du Nouveau Roman et de San-Antonio.

Coronavirus

Tentative de se souvenir de la première fois que le sujet a été abordé en France: vers le 20 janvier?

C'est en train de devenir LE sujet de toutes les conversation. Cela attise ma curiosité et provoque un sourire sardonique. Je n'y crois pas vraiment — et quoi qu'il en soit on ne peut pas y faire grand chose. Les rayons de pâtes sont dévalisés. Des réactions étranges et choquantes sont rapportées (sur twitter), comme cette prof appelée à faire un test, mais sans que les parents des élèves ne soient prévenus (pour éviter la panique?) H. constate: «Maintenant tout le monde se lave les mains aux WC. Ça change.»

Ce week-end à Bruges se trouvait un équipage de Milanaises. Réaction exaspérée d'Anne: «Je ne comprends pas qu'on les ait laissé venir.» (Elle n'a pas tort.) Anne travaille dans l'industrie automobile: «Nous allons bientôt être en rupture de batteries [pour les voitures électriques], les chaînes vont s'arrêter.»
H. confirme: «Apple a annoncé une baisse de 20% dans le nombre de commandes qu'ils pourront satisfaire.»
C'est vraiment très intéressant. A quel point dépendons-nous de la Chine, pour les décorations de Noël ou... les masques de protection? Anne toujours (je ne sais pas si c'est vrai): «Maintenant qu'on sait que les masques sont fabriqués à Wuhan…» Quelles conclusions (et décisions) les autorités chinoises tireront-elles du fait que durant ces quelques semaines l'air est devenu respirable en Chine? Quelle bonne nouvelle, nous pouvons effectivement agir, et une action de fond produit des effets rapides.

Chez Engie, il faut déclarer au médecin du travail tout voyage hors des frontières. Dans ma boîte, nous avons appris hier qu'il y a un cas positif (porteur sain habitant l'Oise) au cinquième étage de l'immeuble d'en face. Ça se rapproche. (J'ai l'air de prendre cela à la légère, mais en fait il ne faudrait pas que H. l'attrappe. Il a les poumons délicats, encore fragilisés par le séjour en montagne à Noël.)

Je me souviens de quelqu'un (qui? un anticlérical ou un moine?) mimant la propagation des épidémies de peste ou de choléra (c'était avant le coronavirus, une simple discussion sur Dieu nous sauve): «Alors on allait à l'église prier pour que l'épidémie s'arrête. On était bien serré sur les bancs, on toussait dans le visage de son voisin…» (Ça m'avait fait un choc: P***, mais il avait raison!)

Je me souviens que lorsque nous avions vu Contagion (mauvais film), H. avait commenté: «il suffit que tout le monde reste chez lui quinze jours et ça s'arrête.» Quand je lui ai rappelé cela, il a répondu: «Vu le temps d'incubation, plutôt trois semaines.»

En bonus, quelques dessins de Boulet à propos du ciel qui nous tombe sur la tête. J'aime beaucoup la dernière photo.

Chemin des écoliers

Je dors mal. C'est peut-être le sport: je n'ai pas de courbatures mais les muscles chauds, surtout les bras, et comme nous travaillons beaucoup l'endurance, j'en reste comme encore essouflée, comme s'il me fallait des heures pour reprendre un rythme normal.
Bref, je me réveille souvent la nuit. Je peux donc dire qu'il a plu dès quatre heures du matin.

Nous partons vers le nord car je veux revoir Damme, le canal de Damme et ses arbres, ce tunnel qui me fait entrer directement dans les voyages de Bilbo.

Nous évitons les autoroutes, rejoignons la côte et nous suivons la mer, les dunes, le tram, les immeubles du front de mer. Il pleut, je fredonne «… avec ce ciel si bas qu'un canal s'est pendu…», nous avons tant mangé hier soir et petit déjeuner si tard que nous sommes en indigestion. Arrêt à Ostende vers midi pour un café, nous n'avançons pas vite.
Vers deux heures, alors que nous avançons à un feu, je vois un restaurant juste en face. Il faut déjeuner. Nous sommes à Oostduinkerke, le restaurant s'appelle Caricole et la serveuse accepte de nous servir à cette heure tardive. Bouillabaisse à la belge, avec un demi-homard et de la rouille, absolument génial. Il faudra revenir.
Il s'est arrêté de pleuvoir et quand nous passons en France, des rayons de soleil percent (je le jure!).

Dunkerque, nous suivons des canaux, beaucoup de feux. Gravelines. Beaucoup de Minicoopers, c'est bizarre, c'est amusant.
Calais le choc: nous arrivons le long d'une zone industrielle, d'un côté des pavillons de banlieue, coquets, de l'autre une palissade en plastique armée, c'est-à-dire transparente et laissant voir des fils d'acier à l'intérieur. Elle entoure quelques arbres, une forêt clairsemée par l'hiver. Une forte odeur de brûlé s'infiltre dans la voiture mais son origine est invisible. Quelques tentes Décatlon sont posées sur la terre détrempée sous les arbres. Une file ininterrompue d'Africains, par groupe de deux ou trois, suivent la palissade. Ils rentrent au camp dont l'entrée est gardée. Ils sont bien couverts, ils n'ont pas l'air affamé. Mais il fait froid, il a plu, il y en a beaucoup, il y en a sans fin, je suis bouleversée. Qui sont-ils, que font-ils là, pourquoi sont-ils installés ainsi (comment sont-ils réellement installés), ne pourrait-on pas utiliser des bâtiments désaffectés comme des casernes? Je pense à Ceux qui passent, je raconte à H. que tout dépend des préfets, il y a les salauds (les tentes trempées à la lance, les chaussures volées) et les humains… J'ai envie de pleurer, j'ai honte: nous regardons, nous passons. Nous ne faisons rien, nous ne ferons rien.

Nous traversons la ville, longeons la citadelle, nous rejoignons la route de la côte. Sangate. Il fait beau. Vent et soleil. Je découvre fascinée la côte de l'Angleterre, les falaises de Douvres. Je suis émue. Je n'avais pas conscience qu'elles étaient si proches, je pense aux Trois Mousquetaires et à Vingt ans après et bien sûr à Conrad et Stephen Crane. La côte est magnifique, verdoyante, ondulée. Je ne connaissais pas du tout cette côte d'Opale, la bien-nommée entre la mer verte et le gazon des dunes.

Café au "Bureau" devant l'église Saint Nicolas (belle déco anglaise) de Boulogne-sur-Mer; il fait nuit. Nous rejoignons l'autoroute et rentrons par une autoroute déserte dans la nuit noire.

Bruges

Personne ne croyait que nous courions ce matin, personne ne pensait que le temps s'améliorerait. Mais nous nous sommes donnés malgré tout rendez-vous à huit heures et demie. J'ai avalé un petit déjeuner seule (huit heures: l'heure de l'ouverture de la salle à manger. Quel touriste se lèverait plus tôt?) et je suis partie, avec au cœur quelque chose entre colère et détermination (pourquoi? je ne sais pas). Le soleil pointait mais il y avait encore beaucoup de vent.

Je suis arrivée au club, j'ai dit aux filles: «J'ai réfléchi: quinze minutes à 24 [cadence 24], puis 26, et quand on passe le pont on y va à fond.»
Nous avons regardé les skiffs, les doubles, les quatre partir avant nous. Je ne me souviens plus de rien, je ne sais plus quand nous avons emmené nos pelles au ponton, comment nous avons porté le bateau. Je ne me rappelle pas vraiment de la montée vers le départ (cinq kilomètres), Pascale me répétant que j'enfonçais trop ma pelle babord, moi prenant des repères: ici ça doit faire la moitié, là c'est la maison rouge des quatre cents mètres. Avoir été là l'année dernière était un avantage.
Nous avons beaucoup peiné pour faire demi-tour sur le canal étroit, nous sommes parties seules (pas de départ bord à bord), cadence 26 (et non 24). Et tout est allé très vite, je ne m'en souviens plus. Nous avons rattrapé un huit, nous avons été rattrapées par des quatre masculins.
A l'arrivée les filles étaient contentes (et non déçues comme à Tours où elles trouvaient que nous n'avions pas assez appuyé) et trempées (le vent provoquait de fortes vagues). Dans l'après-midi nous avons eu notre temps, 25'17''57, soit trois minutes de plus que l'année dernière. Les trois meilleures rameuses ne sont plus là (elles sont en compétition nationale), d'un autre côté nous sommes beaucoup plus entraînées qu'il y a un an, enfin il y a les conditions météo: quelle est la part de ces différents éléments?

J'ai aidé à démonter les bateaux jusqu'à une heure, j'ai avalé un petit pain rond et une tranche de jambon puis je suis partie. Douche pour me réchauffer, changement de tenue, il me manque des sous-vêtements chauds il y a tant de vent, j'empile mes deux pulls mode bibendum. La guide nous attend à la réception.

Visite guidée en français de deux heures sur le modèle de celle que j'avais faite en juillet 2017 avec O. L'église Sainte Marie la plus haute église en briques, l'hôpital Saint Jean devenu musée, grèle et averse (je pense aux Masters (rameurs vétérans) qui doivent être sur l'eau), béguinage, maison Dieu, maison du collecteur d'impôts (la taxe sur le levain de la bière), la guide raconte. Les canaux sont davantage des douves que des voies de circulation, pour dire "canalisé" ou "enterré" elle dit "voûté", quarant mille personnes ici au Moyen-Âge, puis l'ensablement et la mésentente avec Maximilien qui a poussé les commerçants à quitter Bruges (pour Gand? je ne sais plus).
Comme nous ne sommes que deux, elle nous fait entrer dans l'hôtel Crowne Plaza place du Bourg et demande l'autorisation de descendre au sous-sol: en voulant creuser un parking, les fondations de l'église carolingienne Saint-Donatien et des fresques de couleurs très fraîches ont été découvertes. L'hôtel a aménagé des salles autour et les loue.
Dans les anecdotes contemporaines, elle nous raconte que les prix des brasseries sur la place du marché sont si scandaleux qu'ils ont fait l'objet d'un rappel à l'ordre officiel (c'est passé à la télé), et comme je parle de l'immense parking sous Bruges, elle nous dit que son creusement a déstabilisé la tour de l'église Notre-Dame et que les travaux ont pris beaucoup plus de temps que prévu.

Gauffre, lait russe, hôtel pour se réchauffer.
Le soir dîner au Passage où nous pensons mourir d'indigestion en tentant de finir nos travers de porc: la portion fait trois fois la portion française. Une fois encore je pense à Astérix: «Et qu'est-ce qu'on met sur les tartines? Les bœufs!»
Je peux enfin boire une bière, il y a enfin des gueuze lambic (je déteste la bière jaune pisse d'âne amère).

L'attente

Que de boue…
Les remorques stationnent dans un champ détrempé, creusé par les tracteurs qui les y amènent. Note pour l'année prochaine: venir en bottes.

Nous avons rendez-vous à dix heures et demie pour remonter les bateaux.




Clé de 10, clé de 13, descendre les coques de la remorque (nous les filles sommes bien trop petites, quatre étages de bateaux), les mettre sur tréteaux, resolidariser les huits qui ont été coupés pour le transport (deux tiers un tiers, un quart trois quart, j'ai appris la semaine dernière que tous les huits n'étaient pas coupés à l'identique), remonter les portants, régler les hauteurs et les barres de pied.
Nous tranportons nos seize pelles au ponton, il n'y a plus qu'à attendre: nous courons dans la deuxième manche, à trois heures et demie.

Nous rentrons au chaud dans le club house. Sandwich, pâtes, tarte. Je contemple par la fenêtre les huits qui montent au départ. Comme le canal est étroit, tous les bateaux montent d'abord, les derniers à courir en premier pour être le plus au fond. Quand tous les concurrents sont arrivés, ils prennent le départ deux à deux en ordre inverse, les derniers arrivés les premiers à partir (méthode lifo en comptabilité: last in, first out).
C'est une méthode qui assure la sécurité (tous les bateaux vont dans le même sens, pas de croisement) mais qui fait que les derniers à courir ont froid très longtemps puisqu'ils sont les premiers à atteindre le départ et les derniers à le prendre.

Je contemple au chaud de la fenêtre les huits sous la pluie, dans le vent. Il y a énormément de vent qui creuse des vagues sur le canal, il pleut à verse. C'est long. Nous discutons, papotons, entre filles, avec l'équipage des garçons. Il faut tromper le stress, l'attente, il faut donner des consignes au barreur, ne pas se déconcentrer, ne pas s'engourdir ni se ramollir parce que dans quelques minutes, une heure, ce sera notre tour de sortir dans le vent et la pluie pour ramer cinq kilomètre, vingt-deux, vingt-cinq minutes. Je suis à la nage, la responsabilité est la mienne.

Je contemple le canal, j'ai peur de louper l'appel, j'appréhende de porter le bateau du champ jusque sur le ponton. Je vois des huits apponter, je ne comprends pas, la course a-t-elle eu lieu, des bateaux sont-ils passés? je n'ai rien vu, pas entendu de cris d'encouragement, ai-je perdu la notion du temps à ce point?

Une rumeur court: un huit de jeunes s'est retourné, la première manche est annulée, les bateaux reviennent.
Attente. Une décision doit être prise pour la seconde manche, la nôtre. C'est une lourde décision, des équipages sont venus de Milan, du Canada. Attente, il ne faut pas se déconcentrer malgré le peu d'envie de sortir dans le froid le vent la pluie.
Brouhaha. Annonce en flamand. What? Silence, concentration sur le filet de voix. Annonce en français. C'est annulé pour aujourd'hui.

Confusion. Monter ou démonter les huits, qui est disponible pour courir demain, la course va-t-elle être reportée, fera-t-il meilleur demain? Les organisateurs prendront leur décision à quatre heures.
En attendant, retour dans le champ pour monter les bateaux des Masters qui courent demain: deux doubles et un quatre. Problème de barres de force. Comme s'il avait obtenu satisfaction, le soleil apparaît par moments; le vent s'est calmé à quelques bourrasques près.

Il fait froid, tout est mouillé. Note pour l'année prochaine: prévoir beaucoup plus de chaussettes et de sous-pull et sous-vêtements chauds dits "techniques". Quelqu'un me donne le nom d'une marque, Ogarun: «c'est cher mais naturel, et puis fabriqué en France. On peut transpirer, ça ne sent pas mauvais. Ça fait un beau cadeau pour un jeune.»

Quatre heures, la décision tombe: les huits volontaires courront demain, à dix heures trente. Nous devons donner notre réponse, confirmer notre présence. Qui sera là, y a-t-il des rameurs qui repartent avant? Des équipages déclarent forfait car leur remorque repart dès ce soir. Les garçons s'organisent, je déplace la visite guidée de Bruges programmée à neuf heures demain. Je rentre à l'hôtel me réchauffer.

Le soir, nous dînons dans la même brasserie que l'année dernière. Débat sur un pipeline destiné à amener la bière: 5000 litres/heure annonce fièrement la carte. H. ne veut pas y croire: «C'est une blague, il n'y a pas assez de clients pour ce débit.»
Nous aurons l'explication le lendemain: ce n'est pas pour amener, mais emmener la bière qu'a été construit le pipeline. Il s'agit d'une brasserie au sens propre, d'un lieu de production, et le tuyau évite d'utiliser des camions dans le centre historique.

L'un des rameurs est corse et me remplit d'étonnement tant il correspond aux clichés d'Astérix en Corse: «Maintenant que j'ai fini cette demi-dalle, je vais balayer la demi-dalle suivante».
Caroline résume d'un lapidaire: «Ah oui, ça ne te dérange pas de parler pendant que les autres travaillent».

Vers Bruges

Un peu hésité : prendre la décapotable ou pas? le temps s'annonce mauvais, mais le but de cette voiture est bien de se promener. C'est parti pour un voyage hors autoroute jusqu'à la nuit.

Beauvais : nous découvrons le rouge beauvaisien, la statue de Jeanne Hachette, de multiples rappels de la guerre de 14-18. Il fait froid dans la cathédrale (nous sommes là pour elle, je voulais la visiter), elle paraît courte, quasi dépourvue de nef qui se fond dans les transepts. C'est la cathédrale gothique la plus haute du monde; elle en paie le prix: deux piliers sont étayés par une énorme armature en bois, plus loin c'est un gigantesque contrefort, une béquille, qui a été installé. Je m'interroge sur les calculs de force qui ont amené à ces travaux.
— Ce qui est sûr, c'est qu'ils n'ont pas été fait par des Français: les écoles françaises d'architecture sont les seules au monde à ne pas comporter de cours d'ingénierie. C'est comme ça qu'on se retrouve avec des projets qui prévoient du verre polarisé aux fenêtres de la TGB. «Vous avez calculé la surface nécessaire? — Euh non. — Bon ben on va faire autrement, alors.»

Puis Amiens. Maison Jules Verne qui est plutôt un musée. Beaucoup de collégiens, ce doit être une visite obligatoire dans la région. Des affiches Art déco, des reliures, un bel escalier en spirale. Très belle demeure. Malheureusement aucun "goodies", pas de carte géographie ou de reproduction d'affiche, simplement quelques livres de poche. Tant pis.
Il pleut (pluie picarde, nous a dit le garçon de café). Trou de mémoire, c'est bien d'Amiens que parle Proust et Ruskin? Drapeaux australien et néo-zélandais, la guerre est omniprésente. Cette cathédrale me rappelle Chartres et Notre-Dame de Paris. Nous déambulons rapidement et allons prendre un chocolat («chez Brigitte», me murmure H.) Il faudra que je revienne (sans H. qui est désormais allergique aux édifices religieux) un jour où il fera chaud et clair.

Pluie battante et vent dans la nuit noire sur l'autoroute.

Comme l'année dernière, nous avons rendez-vous au club de Bruges pour le dîner (nourriture de cantine). Puis hôtel Monsieur Ernest, le même que celui réservé avec O. en juillet 2017.

Entraînement - Réservation - Oulipo

Entraînement spécial Bruges, puisque nous ne pouvons toujours pas ramer. Sur les conseils d'un rameur j'ai téléchargé l'application RiverApp qui m'enchante. Je regarde le cours du Danube (Donau) en rêvant.

Je passe à Shake & Smash pour payer un acompte. Nous n'avons pas décidé grand chose (privatiser ou pas, quel menu, etc) mais nous voulons réserver la date.
Je m'installe au bar et commande ma nouvelle marotte depuis Val Thorens: un Moscow Mule. Je contemple fascinée la barmaid préparer trois ou quatre cocktails en parallèle. Il y faut beaucoup de concentration.

Puis Oulipo. Enfin, je veux dire pizzeria puisque j'arrive tard. Nous ne sommes que huit.
Quelques livres: Sans nouvelles de Gurb d'Eduardo Mendoza et Le système poétique des éléments auquel ont participé Nicolas Graner et Françoise Guichard.

Mardi Gras

Mardi Gras le soir au club. C'est la troisième fois que je participe à ces soirées destinées à financer le rêve des seniors de participer aux régates d'Henley.

J'ai bu trop de Pimm's. Trois Pimm's, c'est un de trop.

Non navigable

La Seine est toujours très haute. Entraînement en yolette à une semaine de Bruges.

Je n'ai jamais connu des conditions aussi exécrables. A un moment de la remontée dans le petit bras, nous avons été arrêtées net par une bourrasque de vent.

C'est embarrassant à avouer, mais G. (barreuse) est mal accueillie par le groupe. Il y a comme une fronde silencieuse contre elle, une façon de remettre en cause ses instructions qui ne favorise pas une façon de ramer sereine.
Au moment du café, un consensus venu de nulle part a décidé que nous allions essayer d'avoir Louis-Pierre comme barreur et que G. barrerait les garçons. Ce n'est pas une mauvaise solution si cela permet d'avoir des filles plus concentrées.

Marmotte

Dormi tard. Commencé la série Hunters dont je ne sais que penser: complaisante ou pas? Je n'aime pas les histoires de vengeance personnelle. Je suis légaliste en terme de justice. Même si celle-ci est lente et décevante.

Je n'ai réussi à secouer ma flemme que vers le soir pour aller m'entraîner à l'ergo — Bruges oblige, je ne peux pas laisser tomber mon équipage.

Mal parti

H. est à Nantes jusqu'à vendredi. Sans le lui dire, j'ai posé autant de journées de congé dans l'espoir de ranger la maison.
Je ne lui ai pas dit parce qu'il dit que ce n'est pas la bonne méthode, que cela ne sert à rien.
Pourtant je me souviens de l'avoir fait avec succès, ce doit être quelque part dans ce blog, avant 2010 peut-être.

Mais il faut reconnaître que c'est mal parti. J'ai ouvert L'Exil éternel d'Angela Rohr. J'ai fini l'introduction du mémoire. Je n'ai pas rangé grand chose.

Les Pétroleuses

Agnès Buzyn, jusque-là ministre de la santé, se présente à la mairie de Paris. Elle remplace Benjamin Griveaux, qui a eu l'idée étrange de se branler devant son téléphone à destination d'une dame qui n'était pas son épouse. La vidéo a été diffusée par un artiste (avec ou sans guillemets), Griveaux a retiré sa candidature.

Evidemment, désigner une femme, c'est éloigner le risque de Dick Pic. Les candidatures féminines vont-elles se multiplier pour cette seule raison?

Candidats à la mairie de Paris: Anne Hidalgo, Rachida Dati, Agnès Buzyn.

Les mains libres




Je suis passée chez Listel Or récupérer des Langelot et en déposer d'autres. Ma relieuse devrait se faire opérer du bras en mai.
Je discute un peu trop longtemps pour être à l'heure chez Clarisse. Dans un moment d'ubris, j'ai pris un vélib devant la porte au lieu de prendre la ligne 2 qui m'aurait amenée rapidement à destination. Mal m'en a pris: il s'est mis à pleuvoir à seaux et j'ai été trempée comme une soupe, dans la plus pure tradition de mon adolescence.

Clarisse avait invité notre yolette à boire la bouteille que nous avions gagnée. Son appartement est un étonnement. Nous savions qu'elle cousait elle-même ses vêtements qui contribuent à sa grande élégance («—Comme ça te va bien. Où as-tu acheté ça? —Je l'ai fait moi-même.») Nous ne savions pas qu'elle en faisait autant pour son appartement: tout est de sa main, parquets, peintures, moulures, soudure à l'arc. Elle a déplacé une porte (cassé le mur, remonté un mur, déplacé le chambranle). Elle a construit la structure de son canapé, puis l'a tapissé. Elle possède trois machines à coudre, «une pour les grosses pièces de cuir». Il y a une sculpture au mur, un scooter embouti: «je suis allée à une exposition sur César, je me suis dit que je pouvais essayer. J'avais ce scooter, je l'ai emmené chez un garagiste pour le faire emboutir, puis je l'ai fixé sur cette planche et je l'ai peint. Et voilà.»

Visiblement elle aime davantage le métal que le bois. Tout est brun ou bronze et renvoie la lumière. Son appartement luit, sa douceur est celle du reflet.

Elles ont parlé famille, maisons de campagne, souvenirs. Je me sentais socialement décalée. Je n'ai pas osé leur parler de mes trente ans de mariage auquel je compte les inviter. Foutue timidité.

Mensonges

Nous sortons ensemble des vestiaires :
— Je viens de mentir en disant que j'étais coincée dans le RER et que j'allais être en retard.
— A ta famille? Pour ne pas dire que tu étais au club?
— Oui.
— Ah… c'est comme quand je paie en liquide pour ne pas qu'on voit que j'ai acheté de nouvelles chaussures.





Bibliophore :
Sans l'orang-outang d'Éric Chevillard (j'ai récupéré de nombreux Chevillard même si je ne suis pas sûre que son écriture systématique ne m'ennuie pas un peu.

Un homme remarquable de Robertson Davies. J'ai lu ce livre en 1996 — et sans doute ce livre précisément, cet objet physique-là. Écriture romanesque agréable pour personnes qui aiment les romans. C'est de moins en moins mon cas, mais il y a dans ce livre deux ou trois phrases qui m'ont marquées ainsi qu'un épisode d'expertise de faux tableau qui me fascine.

Les Choses - Une histoire des années soixante. de Georges Perec. Un exemplaire de 1965, relié, avec le commentaire de la bibliothécaire tapé à la machine et collé sur la première page: «Prix Renaudot 1965. Sylvie et son mari, psycho-sociologues à Paris ne sont pas pauvres mais rêvent de large aisance dans la lassitude d'une vie qui repose sur le désir des choses. Une expérience à Sfax les déçoit et ils espèrent trouver fortune à Bordeaux. Sans véritable intrigue; témoignage sociologique bien observé, confrontant un couple avec son époque, d'une ironie triste, lucide et intelligente, écrit en un style pur et classique, un peu fastidieux. Large public. F.M. 1965»

(Et je vois dans ces notes des bibliothécaires la trace d'une époque où l'on espérait éduquer l'ouvrier ou l'employé de bureau. Mais peut-être que je fantasme.)

Je me souviens que ce livre est une réponse aux Mots de Sartre (1964), suivi de la synthèse Les mots et les choses de Foucault (1966). On savait s'amuser à l'époque.

Chatterton de Vigny

Ligne 1, 17h55. Elle était si bien accordée à sa lecture.





Je me suis cassée le nez au CNF (j'avais oublié qu'il était fermé aujourd'hui), je suis passée à l'ICP chercher des livres.
Remarque pratique : mon sac à dos est fait pour contenir des affaires de sport, pas des livres.

Bibliophore :
pour ma dissertation:
Rome et la contraception de Robert McClory
Le Climat familial de Jean-Philippe Pierron
désherbage de la bibliothèque de l'entreprise:
Belle Mère de Claude Pujade-Renaud (je ne l'ai jamais lue)
Berlioz de Claude Ballif (je remplace une édition plus récente par une plus ancienne, pur snobisme)
Anthologie de la poésie chinoise classique Poésie Gallimard


Transport : encore un périple, RER D jusqu'à Villeneuve puis bus B puis un kilomètre de marche. J'ai calculé que cela irait plus vite que d'attendre le prochain D pour Yerres une demi-heure plus tard puis prendre mon bus habituel. J'avais raison puisque ce bus ne m'a pas doublée.


Avancée du rangement après travaux (oui, ceux d'il y a un an):
A. qui est restée une journée de plus pour soigner un chien dans les environs a lavé les étagères du dernier étage et reclassé les DVD. Il ne reste plus qu'à rebrancher l'écran, l'Apple TV et le lecteur de DVD (je n'en peux plus de regarder films et séries sur tablette. J'aime les grands écrans).


Le soir, projection de Three Bilboards sur le mur du salon. J'avais beaucoup aimé ce film à sa sortie, sa violence et sa consolation.

Un samedi de couleuvre

En yolette le matin. Le courant est rapide et l'eau brunâtre. Demain les sorties sont annulées à cause de la tempête. Je préviens aussitôt Hervé car je sais qu'il a réservé un restaurant près de Neuilly, ce qui devient inutile.

Des films l'après-midi. Je finis Collatéral (bof), par hasard je regarde L'invité d'une grande violence sociale et pourtant comique, je re-regarde La nouvelle vie de Paul Sneijder que j'avais beaucoup aimé à sa sortie (c'est parce que faisais des recherches sur Thierry Lhermitte que je suis tombée sur L'invité).

J'ai tant aimé cet arbre

Notre if était malade depuis longemps. Nous avons coupé les branches du bas en espérant le renforcer, contre l'avis de l'élagueur («Vous l'auriez coupé il y a trois ans, vous auriez un nouvel arbre depuis trois ans»). Il a été coupé ce matin.

La plus vieille photo : 2004. (Nous sommes arrivés dans la maison en 1999.) Le sapin a augmenté d'un mètre de rayon en douze ans. Aujourd'hui le sapin est coupé et le réverbère, installé en hommage à Narnia, est tombé cet hiver.


Photo en 2014, une belle journée d'avril, puis en mai 2016, après avoir été coupé. On voit, ou je sais, que les branches sont moins fournis.



6 février, le jardin est vide.


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Contes du lundi d'Alphonse Daudet. En grand format, pour remplacer mon poche. (J'aime beaucoup ce livre).
Brahms de José Bruyr
Le Boulevard périphérique d'Henry Bauchau

Affaire Mila

Un matin tu te réveilles (14 février 1989, presque un anniversaire) au son du radio-réveil, tu apprends qu'un auteur dont tu n'as jamais entendu parler est condamné à mort par une fatwa, mot dont tu ignores le sens et l'existence, lancé par un imam iranien.
Fuite, protection policière, vie en éclats.

Un midi chez le coiffeur tu apprends que Cabu et Wolinski se sont fait assassiner parce qu'ils avaient dessiné le Dieu des musulmans.

Un soir en lisant Twitter tu comprends vaguement qu'une ado se fait insulter et menacer parce qu'elle a dit qu'elle détestait la religion, en particulier l'islam. Tu ne fais pas trop attention parce que ce n'est pas la première fois que Twitter s'enflamme, Zineb el Rhazoui en a déjà fait les frais, tu te dis que ça va passer, qu'est-ce qu'ils ont inventé encore?
Et puis ça devient n'importe quoi, tellement n'importe quoi que j'ai envie de hurler. La France entière est tombée sur la tête, c'était bien la peine d'avoir Voltaire, c'est le chevalier de la Barre all over again.

Je tente une chronologie:
Le 19 janvier, Mila poste une vidéo où elle dit :«[…] Je déteste la religion […], le Coran, il n'y a que de la haine là-dedans, l'islam, c'est de la merde […]». Elle reçoit des menaces de mort, quelqu'un poste son adresse en ligne, son domicile est protégé par la police, elle ne va plus au lycée.
Le 23 janvier, une enquête est ouverte pour retrouver les auteurs des menaces, mais une autre contre Mila, pour vérifier s'il y a eu «incitation à la haine raciale».
Depuis quand une religion est-elle une race? A ce compte-là, pourquoi ne pas avoir poursuivi Rushdie et Wolinski?
(Heureusement, le parquet a conclu qu'il n'y avait pas lieu de poursuivre…)
Le 29 janvier, la ministre de la justice Nicole Belloubet prononce une phrase bizarre: «l'insulte à la religion est évidemment une atteinte à la liberté de conscience» (si les Manif pour tous se souviennent de cela à leur prochain rassemblement!!)
Le 31 janvier quelques personnes appellent à la raison: voici une tribune juridique rappelant la loi sur le blasphème et la réaction de Mme Badinter dénonçant la lâcheté ambiante. (Je pense à Houellebecq et son Soumission : il était en dessous de la vérité).
Le 3 février Ségolène Royal prend Mila à partie plutôt que de la défendre (mais depuis quand prend-on parti pour les menaçeurs et non pour les menacés? Qu'est-ce qui tourne pas rond? La gauche devrait se trouver un autre nom, Jaurès ne la reconnaîtrait pas.)
Pendant ce temps, la jeune fille confirme ce qu'elle pense de la religion en général, tout en présentant des excuses si elle a blessé des croyants en particulier. (Chapeau bas : je l'imaginais effondrée, avec ses parents catastrophés à l'idée de devoir déménager, etc. Elle a du cran et paraît moins tête de linote que je ne l'aurais imaginé.)
Cerise sur le gâteau, c'est Le Pen qui finit par dire quelque chose de sensé: «Dans notre pays de libertés, ce n’est pas à #Mila de s’excuser: c’est à ceux qui la menacent de mort, la harcèlent, l’insultent, de rendre des comptes devant la justice. » (Me voilà bien: en train de citer Le Pen!)
Résumé le 4 février de Jean Quatremer: «Piégés par le discours sur "l’islamophobie" des islamistes, une partie de LREM et surtout de la gauche a permis à l’extrême-droite de récupérer le combat pour la laïcité, la liberté d’expression, le droit à l’athéisme, le féminisme, etc. A ce niveau de bêtise, chapeau bas 👏».


La règle est pourtant simple, claire: une victime n'est pas coupable. Elle est victime. Elle peut être désagréable, vulgaire, idiote, naïve, méchante, on peut ne pas souhaiter prendre le thé avec elle et garder ses distances. Mais elle n'est pas coupable. Le coupable, c'est celui qui émet des menaces, et bien sûr, celui qui les met à exécution.


Et pour ajouter à la confusion — ou pour la conforter, pour mieux démontrer que plus aucune norme de base n'est respectée ou même connue — des policiers de confession musulmane sont mis à pied sans réelle raison. Depuis quand être musulman est-il un délit? On voudrait ghettoïser et susciter le ressentiment qu'on ne s'y prendrait pas autrement. Nous avons besoin de policiers musulmans, nous avons besoin que le recrutement dans la police représente le profil de la société française.
Noam Anouar est la victime en creux de la même hystérie que Mila.

Etre musulman n'est pas un délit.
Détester les religions, trouver la religion musulmane complètement con n'est pas un délit.
Menacer de mort est un délit.

Embarras

Comme j'ai atelier de dissertation à huit heures, je passe au CNF à cinq pour faire de l'ergo. Le club fourmille. Les jeunes (cadets, juniors) et les seniors sont là, je suis embarrassée de m'entraîner en même temps qu'eux. J'espère qu'ils ne regarderont pas mes réglages et mes temps…

Atelier de dissertation. Nous sommes censés d'une part envoyer nos travaux quelques jours auparavant pour que les autres aient le temps de les lire, puis ensuite les présenter en séance. Cela m'embarrasse beaucoup: qu'on me lise mais qu'on ne m'oblige pas à en parler.
Le principe est de recevoir des remarques (constructives) et parfois des indications bibliographiques.
Quoi qu'il en soit mon plan est validé, ce qui une avancée considérable par rapport à l'année dernière.

Palindrome day

Matinée absurde. Nous étions remontées à bloc après la séance vidéo d'hier, je suis arrivée la septième au club, Vincent attendait en tenue (ciré et vêtements chauds) pour nous suivre en canot moteur.
Il manquait deux rameuses. Vincent a entendu encore cinq minutes puis il est est retourné dans son bureau: «c'est une question de principe».
Il était neuf heures. Les rameuses manquantes sont arrivées à neuf heures et quart. J'étais en train de faire du tank à ramer pour tenter de saisir «le synchronisme avant». Entretemps les six autres avaient remonté les pelles et décidé de ne pas sortir.
Je suis rentrée à la maison. Une heure et demie de voiture pour rien.

Dans l'après-midi, je postule à une annonce de volontariat en ligne et une (sans vraiment le faire exprès: j'ai cliqué sur un bouton) de Planète urgence. On verra bien.


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Et sinon, Twitter ne bruit que de ça: nous sommes le 02-02-2020, 33e jour de l'année. Il en reste 333.
Le prochain palindrome sera le 12-02-2021 (en Europe le 12 février, aux Etats-Unis le 2 décembre).

Synchronisme avant

De nouveau à la nage du huit. Moins tranquille. Puis séance de débrief à partir des vidéos prises dimanche dernier. C'est compliqué le geste d'aviron. Je ne m'étais pas rendu compte à quel point. 50% jambes, 35% corps, 15% bras. Toute la difficulté est de planter les pelles dans la vitesse du bateau et de relayer jambes dos au bon moment.

J'ai fini le plan de mon mémoire. Trois parties, trois sous-parties, trois sous-sous-parties: vingt-sept points. «Idéalement, il faudrait avoir une idée par paragraphe.»

Selfie au cinéma avec H. à Yerres. Amusant, un Black Miror soft, plus drôle une fois dépassé la sensation de caricature.

Méticulosité bancaire

Le questionnaire de «relations avec des pays étrangers» est retoqué par la banque parce que «la date n'est pas sous format mm-dd-yyyy». Ça m'agace et ça me fait rire; je décide d'attendre lundi pour appeler (et dire que dans la mesure où il n'y a pas d'ambiguité possible (pas de mois "23"), il n'y aura pas de correction: cela ou rien. Après tout nous sommes les clients).

Ergo du vendredi au club. C'est l'entraînement le plus dur.
Resto réunionnais. A l'étage il y a de quoi inviter une cinquantaine de personnes. (Toujours à la recherche d'un lieu pour boire un verre pour fêter nos trente ans de mariage.)

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Bibliophore. Dans les livres de poche, le bibliothécaire a écrit sa synthèse au stylo-bille.
Faulkner Le Bruit et la fureur (poche 1966 «Un livre fascinant en partie rapportée par un être à peu près idiot»)
David Lodge, Hors de l'abri (grand format)
Bernanos, Sous le soleil de Satan (poche 1966 «Roman qui conte la double histoire d'une jeune fille et d'un vicaire de campagne aux prises avec le démon»)

Choses vues en 2020

J'ai déjà perdu le compte.

- 10 janvier. Transparent, deux épisodes. Je m'ennuie.
- 10 janvier. Flesh and bones, captivant et pourtant décevant.
- 12 janvier. A couteaux tirés au cinéma. Agréable.
- 18 janvier. We're no angels sur le mur du salon. Aussi pour tromper mon stress du lendemain. Je recommande ce film.
- 22 janvier. Sur Arte, 1944: il faut bombarder Auschwitz, Les expérimentations médicales à Auschwitz, La Brigade des papiers. Arte toujours frustrant, on voudrait en savoir plus, ou on en sait déjà plus.

- 1er février. En salle Selfie. Amusant.
- 2 février. Capitaine America, le premier.
- 2 février, A Time to kill, parce que j'aime Matthew McConaughey.
- 3 février, Le prix à payer, assez désagréable.
- 3 février, 96 heures, pas mal.
- 8 février, Collatéral avec Tom Cruise (bof). - 8 février, L'invité d'une grande violence sociale et pourtant comique. Ça me fait penser à certaines rencontres avec certains camusiens.
- 8 février, La nouvelle vie de Paul Sneijder que j'avais beaucoup aimé à sa sortie.
- 9 février, A star is born sur le mur du salon, avec Lady Gaga.
- 10 février, Three Bilboards sur le mur du salon. A. est là. Film dur et compatissant.
- 14 février, 3 épisodes sur le Goulag sur Arte. Je découvre l'existence de Kravchenko.
- 15 février, This Is Where I Leave You, un nanar familial qui aborde quelques problèmes de fond.
- 20 février, Les gentlemen. L'exercice de la narration doublé par l'image a trouvé sa limite. Il va falloir passer à autre chose.
- 20 février, Les Traducteurs. Très bon. A voir.
- du 21 au 23, série The Hunters. Je ne sais qu'en penser.

- 6 mars, deux documentaires sur le coronavirus sur Arte : Pékin: journal d'une quarantaine, impressionnant dans sa simplicité et Le nouveau coronavirus est-il si dangereux?
- 7 mars, au cinéma de Yerres: Huit et demi de Fellini. Beauté éclatante du noir et blanc, film auto-explicatif, entre comique, parodie et ennui («Vous aussi vous aimez les films où ils ne se passent rien?») — dernier cinéma avant le confinement, mais bien sûr, je ne le savais pas.
- 8 mars sur Arte : Eoin Moore, Le temps des copains. Mal doublé. Le looser de la bande agaçant à force d'être looser. Mais sinon pourquoi pas?
- 8 mars sur Arte : Esther Gronenborn, Je ne me tairai pas. Le doublage est siiii désastreux. Tout sonne faux.

Confinement :
vu The walking Dead saisons 1 à 8 (puis j'en ai eu marre), revu les trois saisons de The Goog Fight en attendant la saison 4 (déception, elle n'est pas disponible en France) et Breaking Bad pour passer le temps, en fond sonore. C'est la fois de trop, c'est trop larmoyant et méchant (pauvre Jessie).

- 3 avril : A couteaux tirés avec hervé au dernier étage. Victoire, plus d'un an après, l'écran est rebranché.
- 11 avril : 4 épisodes sur Marie-Thérèse d'Autriche. Arte.
- 27 avril : Denis Côté, Répertoire des villes disparues
- 27 avril : Kathryn Bigelow, Aux frontières de l'aube, (Near Dark) étrange

- 4 mai : Gus Van Sand, Paranoid Park. Beaucoup aimé.
- 4 mai : John Carpenter, Christine, à la télé (première fois que je regarde la télé à partir d'une application)
- 5 mai : Ophüls, Nuit et brouillard
- 5 mai : Chris Marker, La Jetée
- Better Call Saul, 5 saisons
- Ozark, 3 saisons
- 11 mai : L'agent immobilier sur Arte. Pour le fond sonore.
- 14 mai : José Giovanni, La Scoumoune
- 14 mai : Roman Polanski, Le Pianiste
- 14 mai : je commence la série Fargo. Très bon.
- ?? : Philippe Le Guay, Floride
- 25 mai, Hubert Cornfield, Les grands moyens. Je suis si contente de l'avoir retrouvé.
- ?? : László Nemes, Le fils de Saül.

- juin, Asghar Farhadi, Le passé
- 6 juin : The Good Fight, S401
- 7 juin : The Good Fight, S402
- 8 juin, The Good Fight, S403 et 4
- 8 juin, Rohmer, Le genou de Claire, par erreur (c'était la deuxième fois. je l'ai lancé par erreur sur Arte, je l'ai laissé pour vérifier mon premier visionnage). Jamais vu un film aussi creux, inutile. A la limite ça pourrait faire une pièce radiophonique.
- 9 juin : The Good Fight, S405 à 7
- 9 juin : Raoul Peck, Je ne suis pas votre nègre, en entier (j'en avais déjà vu un morceau)
- 10 juin : Ma nuit chez Maud de Rohmer. Lui me plaît bien.
- 11 juin : La collectionneuse de Rohmer. 1967. Mes parents avaient vingt-deux ans. Ce monde était de la science-fiction pour eux, un monde oisif, riche, sans but. L'écart me paraît vertigineux. Ce cinéma me donne vaguement envie de vomir dans sa peinture de la bourgeoisie inconsciente de ses privilèges.
- 15 juin : Claude Chabrol, Rien ne va plus. Bof. Des éclats de mémoire.
- 26 juin : Rivette, 36 Vues du pic St Loup. Sans intérêt.
- 26 juin : Claude Sautet, Les choses de la vie, hommage à Piccoli. Cinéma de Yerres, première sortie après confinement.
- 28 juin : Joe Dante, Panic sur Florida Beach.
- 29 juin, Jan Komasa, La Communion, cinéma de Yerres. Ça m'a plu.
- 30 juin, Alejandro Amenábar, Tesis, très beau. Dur.

Liste 2020

- 21 janvier, Valery Zalotoukha, Le Musulman. Honnête mais dispensable.

- 3 février, Michel Francesconi, Morceaux choisis du singe. Nouvelles rêveuses, sardoniques et futuristes.
- 17 février, Iakovos Kambanellis, Mauthausen. Une temporalité nouvelle.
- 21 février Angela Rohr, Un exil éternel.
- 26 février, Hugo Pratt, Corto Maltese. C'est mauvais, heureusement que Pratt a préféré la BD.

- 8 mars, Bill Watterson, The Revenge of the baby-sat. (BD) J'y trouve un je ne sais quoi de mélancolique dans sa lucidité.
-13 mars, Raymond Queneau, Le Chiendent.
-19 mars, Leo Perutz, Le cavalier suédois.

- 4 mai, Augustin, De bono conjugali.
- 8 mai, Eric Fuchs, Le désir et la tendresse.

Ergo

Je n’ai pas repris l’entraînement d’ergo (ergonomètre : machine à ramer) depuis les vacances au ski. Comme l’épaule était douloureuse et que je craignais de ne pas pouvoir faire les Culs gelés, je n’ai fait qu’une séance d’ergo par semaine, celle du lundi, la plus facile.

Cette semaine je reprends les trois entraînements par semaine dans la perspective de Bruges.

Entraînement à midi. J’en ressors le corps en état de stupeur, incrédule. L’entraînement est le même pour tous les rameurs, mais il est relatif, c’est-à-dire qu’il se calcule à partir de notre temps aux deux mille mètres. Chacun calcule son entraînement en fonction de son temps de référence. C’est donc proportionnellement aussi dur pour chacun.

Ce n'est pas la fatigue qui prime. C'est la stupeur face à la difficulté. J'en ressors le corps en état de stupéfaction. J'en demeure surprise le reste de la journée.

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Bibliophore
- Françoise Rosay, La traversée d'une vie
- Emmanuel Carrère, Le détroit de Behring
- Romain Rolland, La vie de Beethoven, relié

Contagion et quarantaine

Un virus très contagieux (Coronavirus) est apparu en Chine (enfin, "apparu": ou en est à sa x-ième mutation, qui lui permet désormais de se transmettre d'homme à homme). La ville de Wuhan a été mise en quarantaine, ce qui est le moyen le plus sage d'endiguer la propagation du virus.

Cependant, différents pays dont la France ont annoncé qu'ils allaient rapatrier leurs ressortissants (il y a de nombreux étrangers à Wuhan car c'est le Détroit chinois: la ville des usines de voitures). Ils voudraient propager le virus sur le reste de la planète qu'ils ne s'y prendraient pas autrement.



Remarque pour plus tard (quand nous aurons oublié): à priori c'est très contagieux, mais pas plus (ou autant) dangereux que la grippe. En meurent les personnes les plus faibles (ma surprise en apprenant que ce dont mourraient les malades de la grippe, c'était d'épuisement).

Périple

J'ai loué une camionnette à huit heures, suis allée à Coudray-Montceaux en passant par Nandy (pour éviter la Francilienne bouchée). Campagne gelée sous un soleil lumineux. J'ai récupéré la paire de pelles et suis remontée à La Défense. J'ai déposé les pelles à onze heures moins le quart devant le club fermé et j'ai rendu le camion avant midi. 138 km.

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Agenda
Rien fichu par ailleurs. Cacahuètes et Candy crush que j'ai désinstallé après avoir joué une heure (je l'avais rechargé le 13 janvier, je crois).
Puis je suis tombée sur les films d'Arte autour de la destructions des juifs et j'en ai regardé trois. Bombarder ou pas Auschwitz, Les expérimentations médicales à Auschwitz, sauver la bibliothèque de Vilnius.
(Les documentaires Arte sont toujours légèrement décevants: un manque de profondeur (comment se demander s'il faut bombarder Auschwitz sans parler de la conférence des Bermudes, par exemple?), une construction en patchwork qui ne permet pas à l'esprit de comprendre et d'être convaincu. Ils donnent de premières bases pour chercher plus loin.)

Hiérarchie

Nous croisons l'assistante sociale qui avait son bureau près du nôtre il y a trois ans. Nous échangeons des nouvelles, ses filles ont grandi, quatorze et dix-sept ans. L'aînée a abandonné les paillettes et le rose pour un look plus lesbienne butch.

— J'ai eu un choc avant Noël. Les filles de mon frère ont un an de moins que les miennes; il m'a annoncé que celle de seize ans était enceinte! Ça m'a fait un choc!… Et puis elle l'avait caché, il était trop tard pour faire quoi que ce soit.
— Au moins ça prouve qu'elle voulait le garder.
— Oh oui. Elle poste des photos sur Instagram, elle parle petits pots… Alors quand ma grande a voulu un piercing, j'ai dit oui tout de suite! Quelques mois plus tôt j'aurais sans doute refusé, mais entre un piercing et une grossesse… vas-y ma fille, fais-toi plaisir, c'est pas grave.



Drame pour plus tard : la bibliothèque a mis à disposition de nouveaux livres dont elle se débarrasse, j'en ai rempli trois sacs que je stocke au bureau. Il va falloir que je soit discrète pour ne pas traumatiser Hervé comme la dernière fois. J'en donnerai les titres au fur à mesure que je les ramènerai.

Compliqué

Matin : partie tard. Pas de problème.
Je constate que les voitures se sont modernisées: sièges bleus et neufs, et surtout, surtout, des prises USB.
Je songe à la tristesse de ceux qui ont travaillé à une campagne de comm sur le thème «la SNCF se modernise et prend soin de vous» et qui ont dû mettre à la poubelle six mois de boulot à cause de la grève.

Sept heures : galette au club d'aviron pour financer les rameurs qui vont à Henley. Je pars à huit heures vingt, prend le métro, remonte à la Défense, prend le RER A, arrive gare de Lyon.
Sur le quai du RER A, l'affichage indique un RER D pour Melun dans un quart d'heure quai 3. Je monte quai 3. L'affichage quai 3 indique qu'il y en a un à l'instant quai 4… c'est-à-dire qu'il faut redescendre sur le quai du RER A, le traverser et remonter sur les quais de l'autre côté.
Le temps que je fasse cela, le RER est parti.
Je suis furieuse.
Je retourne quai 3, attends un quart d'heure, monte dans la rame… qui s'arrête à Maisons-Alfort. Nous attendons. Un train est en panne à Villeneuve-St-Georges, devant nous. Notre train va être détourné et donc nous ne nous arrêterons pas à Pompadour. Des passagers descendent précipitamment de la rame qui s'apprête à repartir après l'annonce.
J'arrive à Yerres à dix heures passées.
Il y a du givre sur la voiture.

Boulette

Remontage de deux yolettes entre midi et deux. Resto avec l'équipage.

Zut, nous avons oublié une paire de pelles au Coudray-Montceaux et c'est de ma faute (je l'ai posée n'importe où en me précipitant pour faire autre chose et je n'ai pas pensé à la reprendre). Il va falloir que je m'en occupe mercredi.

Atelier dissertation. Il faut que je fasse un plan. Un exposé logique, des articulations. J'ai plutôt des pierres au milieu de la rivière, avec l'obligation de sauter de l'une à l'autre pour arriver de l'autre côté.

Pas de RER D pour rentrer. Je prends le A, H. vient me chercher.

David, Goliath, etc

Je savais que nous pouvions créer la surprise en faisant bien glisser notre yolette, mais je n'imaginais pas que nous la créerions à ce point-là: comme dans un synopsis hollywoodien, nous les petits Poucets que tout le monde oubliait avons battu les rameuses du club plus puissantes, mais aussi les autres équipages féminins présents. Nous sommes arrivées deuxièmes derrière les wonderwomen de niveau national (qui sont arrivées dix-sept minutes avant nous en deux heures trois, établissant le nouveau record de la course).

Joie, bonheur, fierté. Longtemps je me souviendrai de l’exclamation de Clarisse à l’appel de nos noms: «mais c’est nous!»
Stupéfaction et émerveillement.
Soulagement aussi, une sorte de soulagement, celui de voir la vertu récompensée (le travail modeste et constant, l'esprit collectif), ce qui n'arrive pas si souvent.


Anne-So, du bateau des wonderwomen, en rajoute:
— Les filles, au dix kilomètres, vous aviez un meilleur chrono que nous. Vous avez dû forcer comme des malades.
— Euh non, pas spécialement, nous avons ramé régulièrement.
Eric, champion de France de skiff, commente:
— C'est que vous avez bien ramé.
J'en suis presque embarrassée.

La différence avec les premières, c'est qu'au onzième kilomètre elles ont allumé le turbo pour les quatorze suivants alors que nous avons continué à la même allure en espérant tenir jusqu'au bout.

Départ au soleil levant :


Pour changer de nuit, changez de literie

Entraînement à onze heures (chic, presque une grasse mat!), démontage de la yolette, chargement de la remorque. Notre entraîneur va la déposer à Coudray-Monceaux, ça lui fait un drôle de samedi. Il faudrait que nous passions le permis remorque pour lui éviter cela.

Il reste dans la maison trois lits : un lit une place chez A. (la moitié de lits superposables. Je songe à remonter l'autre moitié un jour au besoin — à condition que nous en retrouvions tous les morceaux), un grand lit chez O. et le nôtre.
Le matelas du nôtre est récent mais je n'ai jamais pu m'y habituer: mousse à mémoire de forme, je lutte pour me tourner, je me lève fatiguée et courbaturée. Je dors mal. Je ne sais pas si c'est dû à l'âge (un moindre besoin de sommeil), à la chatte (qui prend toute la place et m'oblige à me contorsionner (— Mais vire-la! (je ne peux m'y résoudre))) ou à des séquelles de mon hernie discale.
Le matelas d'O. est creusé en son centre, ce qui fait qu'il est difficile d'y dormir à deux, comme nous nous en sommes rendus compte l'année dernière. Or c'est le lit que nous prêtons aux couples (nos amis qui vivent à Boston, C. et Cam, etc), ce qui devient embarrassant.
Bref, nous avons décidé de transférer notre matelas chez O. et nous en avons choisi un nouveau cet après-midi (il arrivera en mars car notre lit n'a pas une taille standard). Nous avons acheté deux oreillers, le mien en forme de trèfle «la découpe sert à caser l'épaule quand on dort sur le côté» (mais quel raffinement, quel marketing! Comment avoir vécu jusque là sans oreiller en forme de trèfle?) Nous nous renseignons sur les Togo car le nôtre est en piteux état.
Las, impossible de faire retapisser un Togo de plus de sept ans, il faut l'échanger. Nous verrons cela dans un ou deux ans.

Le soir, projection sur le mur du salon d'un film nunuche et attachant avec Sean Penn et Robert de Niro: We're no angels, Nous ne sommes pas des anges en dînant de petits sandwichs ronds (la décadence plateau télé). Sean Penn ressemble à Laurel (de Laurel et Hardy).

Revue

Blogs sortis du silence:
Planes (lecteur de Sebald et joueur de foot (voilà un blogueur rapidement catalogué :D)
Mississippi en conserve, qui désormais raconte des voyages dans le sud de la France. Il n'y a pas d'archives, est-ce bien le même que celui qui mettait en ligne de si belles photos d'isolement dans le sud des Etats-Unis?


Liens collectés :
Des galaxies se synchronisent.

Beltégeuse va mal et ça me navre.1

Un restaurant romain, Renato e Luisa, via dei Barbieri, 25 Roma; le glacier Giolitti près du Panthéon.

Comme dirait Dirty Denys, «Une contribution originale au débat sur les retraites»: La bataille de Narayama, sur Arte.

Un classique: la recette de la galette des rois selon Kozlika.

Un twittos avocat a fait un énorme boulot concernant la réforme de la procédure civile. A vrai dire je ne sais pas ce que c'est, mais cela peut être utile à certains d'entre vous, ou a des amis ou connaissances: faites circuler et n'hésiter pas à le remercier, vu les réactions de ses confrères, cela a l'air énorme (comme travail, comme cadeau).

Pour les musicos nostalgiques de 1977: a 50-year-old Rhythm Machine with Midi.

La fille en rose est championne du monde de fléchettes.

Les mots croisés résolus en moins de douze minutes par Alan Türing et ses comparses pour intégrer le projet Enigma.

Une vache rebelle s'est enfui pour rejoindre les bisons.


Note
1: commentaire de H.: comme elle est à des milliards de kilomètres, elle a (ou est?) peut-être explosé depuis sept cents ans.

Projet de réforme des retraites

Assisté ce matin à la toujours excellente présentation de l'actualité sociale par le Cercle des pyramides.

Parce que leurs explications sont claires, parce que je trouve utile de juger sur pièce, je mets en ligne leurs dernières pages. L'ensemble de la présentation sera bientôt téléchargeable ici.

Par parenthèse, notons que Maître Serizay était très remonté, non contre le fond de la réforme sur lequel il ne s'est pas prononcé, mais sur la méthode — le projet imposé à la chambre, envoyé aux caisses de retraites — qu'il jugeait tout à fait inconstitutionnelle (faudrait-il en déduire que les syndicats n'ont pas choisi le bon moyen de lutter?)

La page 58 me paraît particulièrement importante: 85% du SMIC pour une carrière complète, c'est un tel soulagement de savoir que cela va être mis en place — du moins je l'espère; des droits nouveaux en emploi-retraite (car il m'arrive de voir des retraités revenir travailler, par obligation financière ou parce que l'entreprise fait appel à eux pour un CDD: compétents, déjà formés,…)

Attention : il s'agit du projet en date du 10 janvier, susceptible de modifications ultérieures.







RER D, la reprise

Matin : RER D pour la première fois depuis novembre.
Les sièges sont neufs, du bleu du nouveau passNavigo. Si la SNCF voulait nous faire une surprise pour 2020, c'est un peu raté…

J'arrive gare de Lyon. Je suis assise depuis carrefour Pompadour, des voyageurs m'ayant laissé m'asseoir quand certains sont descendus à cet arrêt (cela me touche toujours profondément, car laisser quelqu'un s'asseoir, c'est accepter le risque de rester debout de longues minutes en cas d'incident sur la voie. C'est une vraie générosité.)

Gare de Lyon, donc. Quai du RER A. J'entends un bonk comme une valise qui tombe sur le carrelage, des cris, une annonce: «Une équipe de police est demandée…»
Je n'attends pas et vais prendre la ligne 1.


Soir. Je fais un détour par Madeleine. Ladurée, puis ligne 14 jusque gare de Lyon.
Gare de Lyon, mon RER est annoncé deux minutes plus tard.
Les deux quais sont occupés par des Corbeil-Essonne (donc mon train pour Melun ne peut pas entrer en gare).
Annonce: pour cause d'incident voyageur à Maisons-Alfort, les trains seront sans arrêt jusque Villeneuve-Triage. Les rames restent à quai.
Le trafic reprend dix à quinze minutes plus tard.

Divers

Recherche sur les débaptisations. Ça augmente à partir de 2009, partout en Occident (Espagne, Italie, Argentine, Belgique, France, Pays-Bas, Angleterre,…)

Davantage de RER.
Le parking de Boissy, que je n'avais pas utilisé depuis quatre ou cinq ans, est défoncé comme j'ai rarement vu un parking défoncé: de vraies baignoires. Une carcasse de voiture calcinée, deux ou trois places au bitume fondu: mais que se passe-t-il ici?

Rédigé à l'intention des commissaires aux comptes dans le but d'un audit une typologie des anomalies rencontrées l'année dernière avec notre prestataire. Exercice fun.

Une somme importante (l'équivalent d'un salaire) est en cours de virement sur le compte joint. Qu'est-ce que c'est? Les impôts? Si oui, nous aurons beaucoup gagné au prélèvement à la source. On verra demain. (Quoi qu'il en soit, ça tombe à pic: ça rembourse les billets de train inutilisés en décembre.)

J'écris d'une oreille en assistant à une réunion de préparation aux municipales. (Hier, j'ai reçu une invitation aux vœux de «notre» député (NDA pour ceux qui l'ignorent) timbrée par l'Assemblée nationale… façon de soutenir le maire sortant sans débourser un centime — et de rappeler que voter pour un autre maire, c'est perdre le soutien de ce député.)

Infiniment

Encore (deuxième jour de suite!) une heure et demie de rédaction de mémoire avant de quitter la maison.

J'ai garé la voiture à Villecresnes pour prendre le bus (j'essaie de varier les solutions). RER à Boissy. C'est très long le matin (N19 bloquée), très rapide le soir. L'intérêt est que je suis en tête de ligne, donc assise.

J'ai réussi à écrire deux cartes de vœux. C'est plus que l'année dernière. C'est infiniment plus, car il me semble que je n'en avais pas envoyé.

Home office

Seule à la maison. Retour au sérieux après ce week-end en roue libre.

La DRH est virée. Champagne.

Sardines à l'huile et lentilles. Une heure et demie sur la dissertation de théologie. Je me lance à écrire ce que je pense. Globalement mon sujet, c'est ça (plus politiquement correct, je dis traiter de l'Église et la famille, mais quand l'Église parle de famille, elle parle en fait de sexe):


Je retourne faire de l'ergo (du rameur). Je ménage mon épaule. Je ne peux toujours pas dormir du côté droit.

L'enfance du Christ

Concerts gais ce soir. C'est surtout l'occasion de revoir Zvezdo. Notre dernière rencontre date d'environ deux ans (c'était avant l'été il me semble. Pas 2019. 2018?) Nous discuterons après le concert de charges de travail, remboursement de santé, retraite, vacances…

Très beau concert, livret émouvant à la fin apaisée. Dommage de ne pas l'avoir programmé avant Noël. Au milieu du concert j'ai eu une révélation (épiphanie): Jésus a passé sa petite enfance à l'étranger, en milieu non juif. Cela rend d'autant plus étonnant qu'il prêche en synagogue à douze ans (Lc 2, 41-52) mais rend compte d'un point de vue humain de sa sensibilité au monde non juif.

Une plaquette nous est distribuée à l'entrée, elle nous raconte l'histoire de la pièce (Berlioz l'a signé d'un pseudonyme, Pierre Ducré, si bien que certaines personnes ont trouvé que «Voilà de la musique! […] Ce n'est pas votre M.Berlioz, en tout cas, qui fera jamais rien de pareil!»).
L'auteur de la plaquette nous donne également un résumé du livret, et commente, à propos de l'arrivée à Saïs:
Après un périple éprouvant, nos réfugiés [la sainte Famille] atteignent enfin Saïs, où les attend un accueil des plus modernes: «Arrière, vils Hébreux! Les gens d'Egypte n'ont que faire de vagabonds et de lépreux!»


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Agenda
Barré notre yolette le matin après avoir fait ramassage scolaire.
Je ramène Caro dans le 11e et vais à Bercy.

À couteaux tirés. Film agréable que j'ai pensé un instant se dérouler dans la campagne anglaise jusqu'à ce que je reconnaisse des lacs proches de Mystic River, Massachussets. Film à la Agatha Christie, avec une allusion à Hercule Poirot (le détective s'appelle Benoît Blanc, prononcé Blanque), à Watson et une pointe d'angélisme-fiction (la jeune fille qui vomit quand elle ment). Le suspense est construit de façon intéressante: beaucoup d'informations sont données au spectateur qui doit faire la gymnastique de se souvenir de ce que sait chaque personnage.
Daniel Craig s'est un peu empâté. Que cela doit être soulageant de ne plus se priver pour jouer James Bond (régime et musculation).

Entraînement

Prochaine course : les Culs gelés.

C'est une course en yolette, soit des équipages de cinq. Il y a trois yolettes de filles: une Formule 1 (quatre Anglaises et Anne-So), une poids lourd (des filles puissantes mais plus lourdes) et une poids léger, l'outsider (la mienne. Les rameuses les moins aguerries, les plus débutantes, mais légères et sympas).
Je suis heureuse de cet équipage. Le problème c'est qu'il doute de lui-même et qu'il faut le rassurer. Si nous arrivons à ramer léger, sans enfoncer les pelles dans l'eau, nous avons une chance de bien glisser.

Je ramène Caro, je passe chez Mavrommatis dans le 5e (attente infinie mais ou et erreur de prix en ma faveur. Mais ou et: car la caisse ne fonctionnait pas ou mal). O. est à la maison car il joue lors des vœux du maire de la commune voisine. Il repart aussitôt après, chargé comme un baudet car nous avons fait les courses.

Je le note car c'est désormais exceptionnel. Aller en supermarché avec H. est pour moi une source d'émerveillement1 devant la futilité de ce monde (toujours je pense au journal de Viktor Klemperer, après la guerre, rouvrant une malle sauvée de la destruction: «Que nous étions riches» dit-il en parlant d'un album de timbres).

Quelques photos : Durex crazy cherry, produit pour se teindre la barbe, chips Darth Vador.




Note
1: avec H., car il serpente dans tous les rayons tandis que je suis beaucoup plus directe.

Glande

J'ai regardé toute la journée des séries sur Amazon Prime: d'abord Transparent, qui m'a vite ennuyée, puis tous les épisodes de Flesh and Bone, du sexe et de la danse, un scénario ultra mince, pas réellement bon mais prenant.

Linky

Je voulais que nous l'installions pendant les travaux l'année dernière; H. avait résisté.

Il a finalement pris rendez-vous pour aujourd'hui. Au petit déjeuner il m'avoue qu'il est très inquiet, que notre installation électrique est trop vieille, que cela ne fonctionnerait pas, que nous avons des fuites, que cela disjoncterait tout le temps…

Moi qui suis une convaincue de Linky depuis la lecture de cet article tente de le rassurer: nous ne sommes pas les premiers, si c'était si catastrophique ça se saurait, il y a des maisons pires que la nôtre, EDF a de l'expérience…
— Mais non, je t'assure, il y a des problèmes. Si tu voyais ce que j'ai lu sur internet…
— C'est pour ça que tu as refusé qu'on l'installe l'année dernière pendant les travaux? Moi qui pensais que c'était parce que tu voulais faire installer une borne pour voiture électrique.
— Oui, ça aussi.
Et il finit par m'avouer qu'il avait espéré que l'installation des compteurs Linky dans toute la France prendrait vingt ans et que nous aurions quitté cette maison avant.


H. m'appelle dans l'après-midi, enchanté. Tout va bien, un prestataire est passé («quand c'était les types d'EDF, ça marchait pas»), «qu'il avait du super matos», «il a tout mesuré, tout noté, avant après, très pro». Le technicien a tout installé très vite, il a réglé le disjoncteur («je savais qu'il fallait régler la sensibilité, j'aurais dû y penser plus tôt»), il a fait des tests sur le four, la machine à laver.
«Le prestataire a une prime dégressive en fonction du nombre de réclamations des clients auprès d'EDF, il a donc intérêt à ce que tout soit correct du premier coup. Pas con.»


Bref, on a un compteur Linky.

Qelques liens

La bonne nouvelle de l'année bissextile : promesse de 366 billets, avec probablement pas mal de références de jazz.

Un projet de cartographie de la France qui disparaît .

Je voulais faire un photo-montage du beauf de Cabu et de Martinez: un autre l'a fait avant moi. Le billet date de 2017, mais ce qu'il évoque des luttes intestines syndicales est toujours vrai: aujourd'hui, c'est la rivalité Brun-Martinez dont les usagers font les frais.

Incompréhension

— Quoi ? Mais comment pouvez-vous vivre sans passoire ?

Conte de fée

RER à l'heure…
Comment imaginer cela ?




Source: application Citymapper

Journée au poil

Bien dormi: le champagne?

Ma sœur est arrivée à midi passé avec sa fille aînée et nous avons passé une journée assez cool, à découvrir sa vie à Château-Chinon et à donner à ma mère quelques astuces sur son nouveau téléphone.

Pour l'occasion j'avais mis un débardeur en agora doré. Le problème est que je suis allergique au poil. Atchoum.

Ambiance

Départ à trois heures pour Blois. Traversée du Gâtinais, Milly-la-Forêt, Sermaises.

Choc à Acquebouille: un habitant a installé un grand panneau dans son jardin avec l'inscription: «il reste encore des enfants à tuer».

Adieu à 2019 sans regret

Quelle année infernale.

Passé au bureau pour gérer les urgences (tout va bien finalement). Coiffeur, achat d'un sac de voyage pour la chatte (je le note car pour la première fois depuis ses deux ou trois mois (elle a quatorze ans) nous allons l'emmener avec nous: à son âge, je n'ose pas la laisser seule sans sa sœur).

Le rendez-vous avec la RH a été annulé. Jumandji 3. C'est poussif, en fait sans intérêt (bon, le deuxième peut-être aussi, mais j'avais bien aimé l'imitation du jeu vidéo, les personnages de jeu avec un nombre limité de répliques, etc. Le troisième film est réellement très pauvre). En revanche j'admire les sous-titres, non littéraux mais qui rendent très bien l'esprit des répliques.

Ladurée. Macarons et café viennois. J'écris des cartes de Noël. H. me rejoint. Nous allons au théâtre à neuf heures, nous n'avons rien prévu et entrons dans une brasserie parce que son nom nous plaît: "le non coupable".
Grave erreur, les serveurs sont totalement à l'ouest. Un jeune couple entre, s'installe à côté de nous. Le jeune homme se voit apporter un hamburger, il demande du sel et attend le plat de sa compagne; un serveur revient, lui prend son assiette en disant ce n'était pas pour lui (et va la donner à une autre table, sans se préoccuper de savoir si l'assiette a été touchée ou pas). Le jeune homme en reste bouche bée. Plus tard quand le couple est servi, le jeune homme redemande le sel qu'il n'a toujours pas eu; le serveur se penche vers une table voisine, sans un mot saisit la ménagère, la met sur la tabe vide entre les deux et s'en va.
Le jeune homme éberlué se tourne vers nous: «Vous voulez des frites? On peut partager, c'est le style ici». Nous sommes hilares: «moi il me reste des glaçons, si vous voulez.»

La Machine de Türing. Je connais l'histoire par cœur, l'intérêt est la mise en scène, la façon de raconter l'histoire avec deux personnages. L'accent est entièrement sur l'homophobie et l'injustice et très peu sur le décryptage du code.
Je note que comme pour le déchiffrement de l'accadien, ce sont les suscriptions qui ont permis de comprendre le langage inconnu.

Un pot au café de la Madeleine, avec des serveurs infiniment plus enjoués que les précédents.

Reprise

Ce soir il reste une quinzaine de mails dans ma boîte pro. Je suis contente de moi (cent soixante six le 20 décembre).
J'ai effectué les deux formations obligatoires en ligne qui devaient être suivies «avant le 30 décembre» (loi Sapin 2 et cyber-sécurité): ce n'est pas que ce soit inintéressant mais c'est si lent, si long, que je retarde toujours le moment de m'y mettre.
J'ai un rendez-vous avec la RH groupe demain.
Deux virements effectués le 20 décembre destinés à des achats en bourse ne sont pas passés: il faudra voir ça demain, je n'ai pas ici les mots de passe nécessaire à la connexion. Ça va être difficile de faire le nécessaire avant le 31 au soir (clôture comptable).

C'est à peu près tout.
Sans doute parce qu'O. est absent pendant ses vacances, je commence à comprendre que la vie va être celle-ci désormais, à deux. C'est bizarre, une aussi grande maison, autant de place, pour deux. Je suis déstabilisée, peut-être à cause du contraste brutal six en appartement/deux en maison.

Des meubles, un chat, des pompiers

J'ai réussi à relancer la comtoise, mais pour combien de temps? Depuis que je l'ai déplacée fin novembre (avant le départ de O.), elle s'arrête au bout de quelques minutes ou quelques heures. Il faut mettre des cales avec art de façon à la pencher légèrement vers la droite et en arrière afin que la pesanteur soutienne exactement le mouvement du balancier.

Marché. Trois bouquets de tulipes.

Avant que je le dépose à la gare pour qu'il rentre «chez lui» (je ressens un pang inattendu chaque fois qu'il dit «chez moi» en parlant de son studio à Paris: comment, ce n'est plus ici, chez lui?), O. m'a aidé à replacer sur la mezzanine deux étagères et le meuble télé relégués dans le grenier (the room of requirement) depuis le premier week-end de décembre 2018… (oui, les travaux sont finis depuis mars 2019). Objectif: les laver, les remplir de DVD, avoir de nouveau de quoi regarder des films sur un grand écran et non sur un ipad.
Mais apparemment cela ne va pas être si simple, une histoire de switch avec la box.

En remontant l'allée pour chercher la chatte chez les voisins, nous croisons le fils des voisins qui nous dit d'un seul souffle: «on a un problème avec Enzo mais c'est pas grave, vous pouvez entrer, on a appellé les pompiers.»
Pas grave, les pompiers? Je me retourne et effectivement, un camion rouge «18» s'est arrêté en silence au bout de l'allée.
Nous franchissons la porte et la voisine, beaucoup plus logiquement, nous met dehors: «ce n'est pas le moment». En repartant, nous recroisons le fils, un grand gaillard, au bord des larmes, accompagné des pompiers (Enzo est son fils d'un an).

Plus tard la voisine nous rappelle. Les pompiers ont emmené le petit-fils qui convulsait aux urgences. Nous prenons le thé en tenant notre première discussion sur les grèves depuis le début des vacances. Cela fait une semaine que nous avons très naturellement oublié le sujet. Nous récupérons notre chatte qui a passé la semaine sous les meubles du salon quand ils étaient dans le salon, sous les meubles de la chambre quand ils étaient dans la chambre.


Le lendemain, l'enfant est toujours en observation à l'hôpital. Fièvre et bronches encombrées. Pas de diagnostic précis.

Bilan

1. Les gens de Val Thorens sont charmants. Tous les commerçants, employés aux télésièges, conducteurs de bus, serveurs, moniteurs de ski, tous, sont charmants et attentionnés.

2. La préparation des pistes est impressionnante. Chaque soir nous avons vu les lumières clignotantes des dameuses sur les pistes et il m'a semblé que les pistes étaient beaucoup plus prévisibles que dans mon souvenir (trente ans plus tôt) où à tout moment on risquait de rencontrer une bosse ou un creux inattendu.
Une dameuse a eu un accident le jour de Noël et j'en profite pour saluer tous ces travailleurs dont il est vaguement gênant de se dire qu'ils travaillent pour que nous nous amusions (j'ai beau savoir que c'est la loi des loisirs en général et des vacances en particulier, c'est plus embarrassant quand il s'agit de travail l'hiver dans le froid et la nuit — et de plus dangereux).

3. Les grévistes nous ont rendu service en nous obligeant à louer un minibus: nous avons pu écouter des playlists, moduler nos horaires (ne pas craindre de rater le train) et emmener les cadeaux (en train nous avions prévu de ne prendre que des photos, poids et encombrement obligent).

4. La répartition des tâches s'est faite naturellement, même si certains ont donné plus que d'autres. Ma plus grande crainte était que H. se retrouve à tout faire parce qu'il ne skiait pas (et comme il n'avait pas envie de venir, il l'aurait fort mal pris, c'est compréhensible). Cela n'a pas été le cas, ouf.

5. Ce matin nous avons acheté six assiettes plates à Val Thorens puis six couteaux à Moûtiers.

6. Beaucoup de Hollandais.

7. Cam sait mettre des chaînes à un camion. Heureusement car descendre de la montagne n'a pas été simple.

8. J'ai très mal à l'épaule droite. C'est le plus gênant.

9. Je suis triste que tout le monde ait l'air si pressé de rentrer chez soi. Comment appelle-t-on le contraire du heimweh, le fait de ne jamais avoir envie de rentrer?

10. Violente attaque de chagrin, encore, que je dissimule comme je peux mais plutôt mal — parce que ce n'est pas contrôlable, c'en est la définition (le pire, c'est quand on me demande «Ça va?» — je sens tout l'intérieur de moi s'effondrer et se mettre à pleurer. Je ne peux plus parler tant la concentration est grande pour conserver figure humaine).

11. Rentrés vers 22h30. Cam et C. sont repartis aussitôt. A. partira demain, elle est attendue pour soigner un chevreau nouveau-né qui refuse de téter (? Mais que peut-elle y faire?)

Dernier jour

Même temps que le 22. On ne voit rien, mais tandis qu'au début de la semaine nous ne savions pas ce que nous rations, il y a le regret du beau temps, et la fatigue sans doute aussi. Cam se décourage, C. continue à avoir mal, non à cause de ses chaussures mais parce que la jambe a été trop meurtrie. O. présente toujours la même énergie et moi je sais si peu quand j'aurais l'occasion de skier de nouveau, avec une aussi bonne neige, des aussi bonnes chaussures, autant de kilomètres de pistes, que je n'ai pas envie d'arrêter mais de continuer le plus possible.

Restes de croziflette, quelques parties de Mind en spectatrice puis en actrice (jeu étrange, intéressant) et O. et moi repartons. Je regretterai ces parties de Mind en m'apercevant qu'il est trois heures: nous avons gaspillé une heure, irréversible. O. a l'ambition de descendre l'une des deux pistes noires. Je ne me sens pas au niveau mais je vais essayer.

Les montées vers le sommet s'effectuent par paliers: un télésiège puis un autre pour accéder à la piste souhaitée (que je serais bien incapable de trouver seule tant je me repose sur O. dont le sens de l'orientation est légendaire dans la famille). La première montée s'effectue dans une purée de poix (blanche...), les flocons givrés cinglent les visages, nous sommes quasi seuls sur le télésiège, la seconde montée entre à l'intérieur même du nuage, nous ne voyons plus rien. Le masque d'O. est couvert de givre et il l'enlève. Nous descendons une rouge pour nous échauffer, remontons dans le même brouillard et prenons cette fois la noire.
Je tombe trois fois, sans déchausser, en faisant toujours la même erreur: je ralentis tant que je remonte la pente et tombe quasi en reculant, debout vers l'amont.

La beauté de cet après-midi, la consolation, la joie, est que le soleil perce derrière les nuages, ou plutôt que le nuage descend dans la vallée et que nous restons au dessus. C'est magnifique et tellement reposant après le mauvais temps du matin.
Vue en arrivant en haut du télésiège, en face de nous. La photo écrase la profondeur et ne rend pas justice à l'intense sensation de présence des montagnes face à nous. A un centimètre du bas de la photo, la ligne blanche représente le bord du précipice.


Nous refaisons la noire plusieurs fois; je ne tombe qu'une fois, encore de la même manière. Je me répète comme un mantra «les épaules vers la pente, la vitesse est ton amie». Cela n'a pas grand sens de prendre cette piste à mon niveau, mais peut-être qu'avec deux ou trois jours de plus je pourrais la descendre proprement. O. est heureux comme un chien fou et cela chauffe le cœur.

Dernière remontée («vite, il reste une minute» nous dit l'employé du télésiège), dernière descente, je suis triste.

Les quatre autres nous attendent devant le magasin de location de skis, ils nous ont descendu nos chaussures (bénédiction!). Nous rendons tout, c'est fini.

Vin chaud au même endroit qu'hier. C. et A. se sont disputés et font la gueule. A. se déride quand je lui demande d'observer mon coude gauche (j'ai découvert une vive douleur quand je tends le bras et je ne sais pas d'où elle vient: pas d'une chute, pas d'un choc…) A. me masse le poignet en expliquant que je me suis probablement trop crispée sur mes bâtons et que ça va passer. C. se concentre sur son téléphone.
Vin chaud et crêpe.

Nous rentrons. Une bière, une douche, nous repartons pour le même restaurant que le 24, dans l'anticipation de nos plats puisque nous connaissons la carte. Je finis pas pousser une gueulante car tout le monde trouve très drôle de me harceler sur le thème «dépêche-toi, tu vas être en retard». Non ce n'est pas drôle quand on insiste, oui je me sens bullied, surtout si tout le monde s'y met, et je suis en vacances, et j'ai tout organisé, et pendant vingt ans j'ai emmené des enfants à l'école et préparé les affaires de colo et attrapé leurs bus ou leurs trains sans en manquer un, ce n'est pas pour qu'on me casse les pieds parce que je mets cinq minutes à trouver mon jean ou me sécher les cheveux EN VACANCES, alors fichez-moi la paix, apprenez à hiérarchiser les priorités, le restaurant s'en tape d'un quart d'heure de retard: nous sommes les clients.
Mais bon, je suppose qu'à un autre moment je les aurais laissé faire (c'est sans doute un tort, ils ne se rendent plus compte qu'ils font cela tout le temps et que ce n'est plus drôle depuis longtemps) mais ce soir, je suis triste de devoir rentrer et je voudrais un peu de considération (c'est bizarre de l'écrire ici, de devoir l'écrire ici ("devoir" non comme une obligation, mais comme seul lieu d'expression: la véritable raison d'être du blog)).

Fondue aux cèpes.

Ça se gâte

Il fait encore très beau. Je me suis réveillée avec une grosse douleur au genou gauche, soit l’inverse d’hier. Je n’y comprends rien, je sais seulement qu’il faut que je skie bien parallèle et qu’il faut absolument éviter de retomber en tirant sur les ligaments des genoux. Nous descendons sur l'autre versant de la montagne, ensoleillé dès le matin. Il n'y a plus vraiment besoin de m'attendre, je suis un poil plus lente mais rien de flagrant.

Nous avons fait une erreur de débutant: en quittant l’appartement C. se plaignait de ses chaussures mais nous a assuré que «ça irait» et nous n’avons pas insisté; nous sommes partis skier. Au fur à mesure de la matinée il a eu de plus en plus mal au point de ne plus vouloir skier l’après-midi. Il est de très mauvaise humeur. Je regrette vraiment de ne pas avoir insisté ce matin pour qu'il les change.

Nous sommes ressortis à trois (O., Cam et moi) pour skier avec A. sur des pistes vertes. Le temps a viré au gris. O. et Cam font les andouilles en jouant à chat avec de grands gestes (ils ont laissé leurs bâtons à l’appartement) et de grands cris (je vois certains skieurs les examiner en se demandant s’ils doivent intervenir). Je soigne mes virages (plier/alléger) et je me retiens de partir tout schuss. Nous sommes contents que A. ait eu envie de skier avec nous; elle était très réticente, elle craint toute perte de contrôle et prise de vitesse, elle examine le fonctionnement des télésièges en supputant les risques d’accident: nous devons une fière chandelle à son moniteur (le chic!) qui a su ne pas la brusquer et ne pas la laisser se braquer.

À la fermeture des pistes nous rejoignons H. et C. devant Goitschel: C. change de chaussures et reprend espoir. Nous prenons un selfie à six (ne riez pas: je le note parce que c'est le premier de ma vie) et nous allons prendre un vin chaud en brasserie. Cam et O. continuent à faire les andouilles en jouant au foot sur la table en soufflant sur une boulette de papier serviette.

La grenouille à grande bouche ne peut pas faire de selfie car elle dépasse du cadre. On lui conseille de dire «confiture».
Elle essaie de le dire «confit..., confit...»
«Marmelade!»

Le soir pendant que C. prépare la croziflette, O. et Cam testent un autre jeu amené par C.: the Mind. Je les regarde jouer sans bien comprendre, comateuse après un deuxième vin chaud pris à l'appartement.

Croziflette. Le reblochon est décevant: il ne pue pas des pieds.

Noël

Aujourd'hui il fait beau. De notre balcon, à la même heure qu'il y a trois jours:


Nous repartons tous les quatre. Cette fois-ci c'est C. qui reste derrière moi. Je prends de l'assurance et cela se passe ma foi plutôt bien. Je gagne en vitesse. Le moniteur du premier jour avait l'appellation "bleu foncé" pour certaines pistes et il est vrai que la différence entre pistes rouges et bleues n'est pas toujours très claire: plus pentues?

Je tombe à nouveau, bêtement, en descendant d'un télésiège. Je tombe à plat dos, les skis à angle droit au niveau des talons. Cela tire horriblement sur les genoux, pourvu que je ne me sois rien déchiré. Je suis intérieurement furieuse et frustrée, c'est stupide, une chute d'inattention, elle aurait été si facile à éviter. Un surveillant des télésièges m'aide car je suis incapable de remettre mes skis parallèles pour me relever. J'ai très mal au genou droit.

En fin de matinée je trouve un iPhone rose sur les pistes et les garçons passent le déjeuner à identifier la jeune fille pour tenter de le lui rendre (ce sera chose faite vers trois heures). Nous mangeons au sommet des pistes, à 2800 mètres, au soleil. Nous découvrons les montagnes invisibles depuis notre arrivée. La vue est magnifique.

Phrase du jour: «Le roller derby, c'est un sport ultra doux.»

Je skie de mieux en mieux, mais vers le soir avec la fatigue je perds le sens de la piste. Quand nous rentrons à la nuit, ni A. ni H. ne sont là: l'une est partie skier sur les pistes vertes pour tester ses nouvelles compétences (elle parle beaucoup de son moniteur. Je l'avais prévenue: la définition du chic1, c'est le moniteur de ski), l'autre est descendu boire un thé au soleil sur la place

Un chocolat chaud m'achève: je dors une heure de tout mon long sur l'un des deux canapés de la pièce commune et l'on commentera plus tard: «c'était impressionnant, quel que soit le bruit de la discussion, ta respiration ne se modifiait pas d'un poil».


Note
1: cf Les Dingodossiers

Fragile

J'ai skié avec les grands aujourd'hui (C., O. et Cam). Il neige toujours, la visibilité est quasi nulle ce qui est presque un avantage pour moi: cela m'évite de me poser trop de questions sur la façon de négocier les bosses.

Nous avons commencé par changer mes chaussures qui m'irritaient. (Pause pub: sur les conseils d'Agnès Barthélémy1, nous avons pris nos skis chez Goitschel qui scanne les pieds en volume et s'engage à changer les chaussures aussi souvent que nécessaire durant la location.) J'étais sceptique quant à la possibilité de trouver des chaussures qui ne me feraient pas mal (je me souviens des chaussures de mon enfance), mais le miracle a eu lieu.

Je suis tombée durement le matin, à la deuxième ou troisième descente. Impossible de dire ce qui s'est passé, je n'ai eu le temps de me rendre compte de rien. Je suis tombée de tout mon poids sur l'épaule droite et la tête a porté (bougeant avec précaution après le choc en me disant «Finalement j'aurais peut-être dû prendre un casque» et «zut, pourvu que je n'ai pas de commotion cérébrale»). J'ai mis un temps infini à rechausser. La neige s'était agglomérée en paquets sous ma chaussure et je n'arrivais plus à rechausser. C. a fini par remonter la pente pour voir ce qui m'était arrivé.

Les enfants sont attentifs et me baby-sittent. Ils s'arrêtent régulièrement pour m'attendre et Cam reste souvent derrière moi afin de me ramasser si je tombe. Je suis embarrassée de les ralentir; j'éprouve une pointe de regret quand ils m'appellent "maman", j'aimerais tant, juste sur les pistes, avoir leur âge. Je pense à Alec Guinness et je souris jaune.

La journée se termine à la tombée de la nuit; les télésièges s'arrêtent à 16h30. Nous rentrons, goûtons, jouons. Mon épaule droite est très douloureuse, tous les mouvements qui éloignent le coude du corps me sont interdits, je ne peux plus enlever un pull ou porter un broc. Heureusement ça ne me gêne pas pour skier, sauf au moment de prendre les télésièges où il faut que je me souvienne de ne pas utiliser mon bras droit pour amortir l'arrivée sur les portillons. Surtout ne pas retomber sur cette épaule…

Quand nous descendrons en ville pour le réveillon nous assisterons au feu d'artifice de la station. A la demande d'H. nous prendrons une photo de famille devant le grand sapin de la place principale: chaque fois qu'il va aux USA ses interlocuteurs lui réclament une telle photo et il n'a rien à montrer.
Agnès nous a trouvé un restaurant pour le réveillon (alors que le même restaurant nous avait dit être plein) et nous passons une soirée animée, à base de fondue de légumes et de rôti de cerf.

Cadeaux de Noël: Valérian et Calvin & Hobbes.



Note
1 : un service de conciergerie était compris dans la location de l'appartement, ce dont je n'avais pas pris conscience au moment de louer.

Ski

C'est bon, le ski ne s'oublie pas. Même les défauts sont là, fidèles (le poids trop en arrière). Ce qui me surprend le plus, c'est que j'oublie totalement que je peux tomber. La neige est fraîche et produit un crissement merveilleux, le bruit de mon souvenir.

Matinée en cours de ski: ne pas avoir peur de prendre de la vitesse en se mettant face à la pente pour tourner, rester bien en avant le tibia en appui contre la chaussure, se redresser pour tourner (alléger). Courses, repas, sieste. Dormi comme un bébé, comme je n'avais pas dormi depuis longtemps (un ou deux ans je pense: ma qualité de sommeil s'est beaucoup détériorée, je me réveille très souvent). Quand je me lève il neige tant qu'on ne voit rien par les fenêtres, les enfants ont abandonné l'idée de skier cet après-midi.

1000 bornes avec un jeu très ancien, datant sans doute de la création du jeu; à nouveau la Fiesta de los muertos, à six, avec des contraintes cette fois (quel mot de rime en i associeriez-vous à Newton? Quel mot de la nature à Bruce Lee?); vin chaud.

Tais-toi projeté sur le mur du salon (il fait partie des films que nous citons beaucoup («il faudrait construire des asiles de cons, mais vous imaginez la taille des bâtiments», «— J'ai du mal à rassembler mes idées — C'est pas grave, laisse-les en désordre») et nous souhaitons donner des points de repère à Cam): que Depardieu joue bien et que Reno joue mal!

Fin prêts

L'appartement est au cinquième étage, trois chambres agencées autour d'une pièce commune. C'est mignon, un peu kitsch. La cuisine est fonctionnelle, torchons fournis (je le signale car je ne sais plus combien de torchons nous avons achetésdans de telles locations).

La vue sera sans doute splendide, mais pour l'instant il est difficile d'en juger (vue du balcon à huit heures et demie):


Comme il pense ne pas reskier de si tôt, C. n'a pas acheté d'équipement mais l'a loué chez ski chic, qui le lui a laissé en dépôt dans un magasin de Val Thorens.
Journée à louer des skis et acheter des forfaits de remonte-pente. Les grands ont skié l'après-midi. Les filles ont réservé des cours, A. pour la semaine, moi demain matin pour me remettre en jambes. (J'espère ensuite pouvoir suivre les grands sans être un boulet. A voir.) L'oxygène manque à H.
Il a neigé toute la journée. Beaucoup de neige fraîch, le pied.

A cinq heures il fait nuit (soltice, les jours rallongent). Thé et jeu de société, la Fiesta de los muertos. Cam a gagné avec Mathurin Lecter King.
Pâtes. Nous n'avons rien à manger, même pas du beaufort; nous partageons un reste de brioche d'hier matin. En revanche nous avons trois sortes de thé que nous faisons infuser dans des filtres à café. A chacun ses priorités.

Voyage

Chat laissé aux voisins. Départ dans un minibus loué (pour six adultes volumineux). Une impression de Mahuzier en Afrique.

Playlist à l'ancienne, Une maison bleue, Le Sud, Le Forestier, Delpech… C'était déjà vieux quand j'étais jeune.

Conversations variées:
— On rentre en résonnance avec le monde?
— Non. Si on entrait en résonnance avec le monde on aurait un problème, maman.
— Surtout que le chant de la terre est de quelques hertz, on le sentirait passer.

— Les vendeurs professionnels t'expliquent qu'il ne faut pas mettre de lampe clignotante à l'avant d'un vélo. Ça désoriente les conducteurs qui ne peuvent pas estimer la distance quand ils te voient dans leur rétroviseur. Et si tu en mets à l'arrière, il faut aussi mettre une lumière fixe, toujours pour permettre d'évaluer la distance. Ils te disent aussi de ne pas mettre de lampe clignotante le vendredi soir: parce que les ivrognes sont attirés par ce qui clignote.

— Maman arrête. Sinon quand tu seras en maison de retraite, on dira aux infirmières que tu n'aimes que le thé Lipton Yellow en sachet.

Comme il n'est pas possible d'écouter des podcasts à six (le mot podcast leur fait peur, surtout si c'est moi qui le prononce («Mais qu'est-ce qu'elle va nous faire écouter encore?»)), j'écris en voiture. Nous avons dépassé le lac du Bourget. Ça se densifie devant nous. Arrivée prévue à six heures et demie.

Sur les chapeaux de roues

Restée à la maison (home office, ça me fait rire, cet anglicisme utilisé le plus sérieusement du monde), pas envie de braver les départs en vacances dans l'ambiance des grèves.
Traité un maximum de mails inquiets ou angoissés, dans l'idée de permettre à leurs auteurs de passer un bon Noël (ou tout au moins s'il est mauvais, que ce ne soit pas à cause de leur mutuelle).
Acheté quelques cartes de Noël, feuilleté le livre de souvenirs de Simone Veil, L'aube à Birkenau, fait quelques courses pour le dîner en en oubliant une partie je ne sais où (ce qui fait que nous avons mangé une omelette).
Ergo.

Débarassé le lit de A. pour qu'elle puisse dormir ce soir. Passé en revue les papiers qui s'accumulent pour traiter les plus urgent. Zut de zut, impossible de remettre la main sur un PV de 135 euros pour stationnement gênant de janvier dernier (je l'avais contesté, la réponse m'est parvenue il y a une ou deux semaines: contestation rejetée. Mais qu'est-ce que j'ai pu en faire? J'ai peur que ce ne soit passé à la poubelle.) Tant pis, je n'y peux rien maintenant, on verra plus tard.

Je suis défaite, je n'arrive plus à me concentrer, à tenir deux idées ensemble. Envelopper les cadeaux. Préparer ma valise. Prendre une douche. La séance d'ergo a été très dure. Est-ce le ROR1 qui me met dans cet état? Nous attendons O. qui avait un concert, A. est arrivée de Mortagne, nous dînons tard, C&C arrivent ensuite: tout est prêt pour le départ demain matin après les croissants.





Note
1 : je me suis fait vaccinée contre la rougeole lundi, après Tours. Le médecin m'a dit que si je devais avoir de la fièvre (il semblait en douter), ce serait quatre ou cinq jours plus tard.

Contemporain

Dans le RER A, deux trente-quarantenaires, habillés en nuance de gris, de physionomie agréable, discutent de conduite de projet :

— J'ai pas envie de me jéopardiser avec une burne.

A Nanterre

Les commissaires aux comptes sont là trois jours. Je raconte les péripéties de l'année. L'un des CAC souhaiterait que j'établisse une typologie des dysfonctionnements. Mais volontiers, très volontiers. Je publierai un jour, dans dix ou quinze ans, certaines des situations rencontrées.

De nouveau je me suis garée au parc floral de Vincennes. Ergo à midi au club. Aucune sortie sur l'eau, la Seine est beaucoup montée en quelques jours et le courant est fort, les eaux brunâtres. Le soir rentrer de Vincennes me paraît interminable (sans bouchon particulier car il est vingt heures passées — mais c'est fatiguant, je me suis levée à 5h40 pour une arrivée au bureau à 8h30).

Décision

En fin d'après-midi, ne comprenant pas si notre TGV circulait ou pas (est-ce que le fait que son trajet et ses étapes apparaissent en ligne voulait dire qu'il circulait ou n'était-ce que le simple récapitulatif de son itinéraire théorique, sans garantie de sa circulation effective?), nous avons demandé le remboursement de nos six billets de train et loué un minibus (surprise: c'est moins cher).
Avantage : nous allons emmener les cadeaux de Noël, alors qu'en train nous avions décidé de n'emmener que des enveloppes avec des photos.

***

Déplacé quelques meubles de façon à installer au rez-de-chaussée un bureau pour les jours de travail pro. Nous avons rebranché un écran ancien, si usé qu'il a pris des teintes roses.

Priorités

— Oui, la remise des diplômes [de théologie] était prévue le 18, mais ils ont annulé à cause des grèves.
— …
— D'toute façon j'y s'rais pas allé, ce jour-là c'est la sortie du dernier Star Wars.

Concours ! Votez !

Un ami participe au concours du roman ariégois. Il s'appelle Michel Francesconi et il faut voter là avant le 10 janvier.

Si vous êtes puriste et que vous voulez lire le livre avant de voter, vous pouvez le commander ici.
(L'éditeur est une association, il faut envoyer un mail pour passer commande.)

Si vous voulez lire tous les livres en compétion, en voici la liste:
Hervé Bellut, Quaerite
Thierry Benoît, Lerouge et Lenoir
Denise Déjean, Bleu Pyrène
Maria Djalla Longa : La Vallée oubliée
Philippe Ferkatadaji : Je t'aime, ne t'en fais pas
Michel Francesconi : Morceaux choisis du singe
Marie-Chantal Garreta : Au temps de la belette
Georges-Patrick Gleize : Le Crépuscule des justes
Marie Guillon : La Messagère d'Appamée
Béatrice Ortéga : Le domaine des Hautes Combes
Béatrice Ortéga : Le Prince du désert
Cathou Quivy : Trois destins
Claude Souquet : Tlemcen
Claude Tournier : Les Américaines
Martine Trouillet : Les filles du moulin

N'hésitez pas à partager, faire tourner, envoyer à la famille en même temps que les voeux !

Coupe de Noël

Troisième.
J'aurais pu — j'aurais dû — adopter un rythme plus rapide mais je ne voulais pas cramer mes coéquipières. J'ai manqué de confiance en elles et en moi. Ce sera pour la prochaine fois.

En descendant du bateau, j'ai pris Anne à part pour lui dire que si elle voulait la nage, il fallait qu'elle le dise à Vincent. Réponse: «C'est moi qui ai dit à Vincent de te donner la nage. Il me l'avait donnée, j'ai passé la nuit sans dormir et je lui ai demandé de te la donner».
Mystery solved.

A mon grand bonheur, René et mes parents sont venus.

J'ai dormi durant tout le chemin du retour.

À Tours

Boulangerie, brioche aux pralines puis je passe chercher Nathalie et Caroline et gare la voiture chez Pascale à Suresne puisque c'est sa voiture que nous prenons pour descendre à Tours (précisions minutieuses de temps de grève).

Histoires.
— Et comment es-tu devenue juriste?
— Je voulais être moniteur de ski mais je me suis fait une fracture rotative en terminale. C'était la quatrième fracture…
— Quatre? Mais tu as passé ton adolescence dans le plâtre?!
— Euh… oui. Maintenant que j'y pense, oui.
— Et alors, le rapport avec le droit?
— Je ne pouvais plus être moniteur de ski alors j'ai choisi la fac la plus proche de la montagne pour pouvoir skier au maximun.

— Je me suis dit que j'était en train de faire un reportage, pas un documentaire.
— Quelle est la différence entre un reportage et un documentaire?
— J'allais poser la question.
— Un documentaire a un point de vue, il raconte une histoire en fonction d'un point de vue.

Nous sommes parties très tôt parce que nous voulions ramer l'après-midi pour tester le bassin. Nous faisons un tour vers trois heures, nous rentrons pour passer le bateau aux garçons quand M. proteste: on lui a dit qu'on pouvait ramer une heure, elle veut faire un second tour.
— Mais il va faire nuit pour eux.
— Ça m'est égal.
Et nous avons fait un deuxième tour. Et les garçons sont rentrés à la nuit.

Dîner au centre de Tours entre nous seize. Pizzéria. Joyeuse ambiance et délires jusqu'au moment de l'addition. M. a refusé de partager (ce qui pouvait être légitime car elle avait moins mangé que nous) puis le restaurant a refusé qu'elle paie à part et que nous partagions le reste. Nous nous sommes retrouvés les seize à faire la queue en encombrant la caisse jusque dans l'escalier, avec des clients pressés et furieux derrière nous.

À la nage

Vincent a envoyé la composition du bateau. Je suis à la nage. Je pensais que ce serait Anne. Je ne comprends pas, mais ça me fait plaisir. J'espère juste qu'Anne ne m'en voudra pas trop. Si elle pouvait ne pas maugréer pendant toute la course…


Le soir réunion pour préparer les élections municipales. Unis contre NDA, c'est l'idée, sauf pour les insoumis: eux ne font pas de différence entre adversaires et ennemis. Il n'y a que des ennemis, sans hiérarchie.
Ce n'est pas plus mal, j'aurais eu du mal à travailler avec eux sans me moquer de temps en temps.

3e de Mahler

Ce soir concert à la Philharmonie. J'ai donc commencé la journée en garant la voiture porte de Pantin, après avoir suivi le parcours sinueux de Waze qui m'a fait traversé la Seine deux fois pour éviter la A4. Puis deux croissants et un crème, tramway, ligne 1 et RER A.

A midi, sept des huit rameuses de dimanche prochain était là. Belle sortie avec Anne à la nage (est-elle allée se plaindre après la sortie du week-end dernier?).

Le concert (la 3e de Mahler) commençait à 20H30. J'avais donné rendez-vous à Jérémy — que je n'avais pas revu depuis deux ans ou plus — à 19h30 au café des Concerts. CityMapper me proposait plusieurs trajets, j'ai choisi de varier un peu: RER A puis ligne 9 jusqu'à mairie de Montreuil.
Dix minutes annoncées entre chaque rame. Nous attendons sous une pluie glacée, sous l'abri de la station. Un Algérien beurré comme un petit Lu est surveillé par des congénères, la conversation s'engage, c'est jour d'élections en Algérie. Nous attendons. Un tramway passe en face, deux stations le sépare de nous. Nous attendons. Je twitte, je lis Twitter. Nous attendons. Des gens commencent à s'impatienter, certains partent. Nous attendons. Une rame arrive, vide, ralentit, nous nous approchons, elle ne s'arrête pas et repart, vide. Cela fait plus d'une heure que nous sommes là, j'aurais dû surveiller l'heure, la triste réalité est qu'il n'y a plus de tramway.
Je préviens Jérémy de dîner de son côté et commence à marcher sous la pluie, porte de Montreuil-porte de Pantin combien de kilomètres combien de temps?
Pour une raison que j'ignore une dame a commencé à engager la conversation avec moi et m'accompagne, elle voudrait prendre un taxi en commun, elle va aussi à la Philharmonie. Pas de taxi, nous marchons, nous voyons passer d'autres rames vides qui ne s'arrêtent pas. Si ma voiture n'avait pas été à Pantin, je serais rentrée chez moi. Je toque à la vitre des voitures arrêtées aux feux rouges, mais à ma grande surprise les conducteurs ne sont prêts à faire aucun effort. Un homme finit par accepter de nous avancer de quelques portes, nous bavardons, il est d'Europe de l'est, éberlué par le bordel actuel.
— Ça va s'arrêter quand ?
— Oh, ça va continuer la semaine prochaine, ça ne va pas s'arrêter avant les vacances. Après les profs seront en vacances, ce ne sera plus pareil.
Il est effaré : — Ah, c'est bien d'être prévenu, répond-il, paraissant réellement soulagé.

Nous marchons, trouvons un taxi, j'arrive quelques minutes avant le concert. Je suis déçue de ne pas avoir pu discuter avec Jérémy. 3e de Mahler dirigée par Esa-Pekka Salonen devant une salle clairsemée. Quand les chanteurs entrent sur scène lors du quatrième mouvement, je me souviens de Gv expliquant les choix différents selon les chefs d'orchestre (chanteurs présents durant tout le concert ou entrants sur scène, assis ou debouts).

Je ramène Jérémy chez lui. A onze heures passées il y a encore énormément de voitures dans les rues. Nous parlons traductions (les logiciels de traduction automatique utilisés dans des cadres professionnels malgré leurs failles), GPA (les femmes indiennes qui paient ainsi les dettes de leur mari, les Américaines qui s'offrent un tracteur), adoption… Je suis contente de l'avoir revu.

Yerres-Nanterre en absence de transport

Lever à 5h40, départ de la maison à 6h15, je ne sais pas aller vite. Puis voiture garée au parc floral de Vincennes, à 7h30 métro en bout de ligne pour être assise. Il y a beaucoup moins de monde que je ne l'appréhendais. La Défense, RER A sur une station. Arrivée 8h30.
Cafétéria, un crème + un croissant.

Je suis davantage à l'heure en temps de grève.

A quel âge partirai-je à la retraite?

D'une certaine façon, cette grève est une grève de privilégiés: la grève de ceux qui ont quelque chose à perdre (des privilèges) mais ne risquent pas de perdre leur emploi (emploi à vie).

Evidemment, comme je suis consciente d'être moi-même une privilégiée, je m'abstiens de le dire trop fort, dans des lieux trop fréquentés, par décence, parce que je ne vais pas aller dire ça à des gens au SMIC — même s'ils ont par ailleurs d'autres avantages qu'ils oublient ou dont ils n'ont même pas conscience (CE surpuissant et transports gratuits pour les cheminots, pas de problème de garde d'enfants pour les profs, etc).

Par ailleurs, j'ai l'impression que beaucoup de Français ont une conviction inverse de la mienne: ils sont persuadés que tout le monde autour d'eux est mieux lotis qu'eux, ils sont envieux, remplis de ressentiment.

C'est pourquoi je mets en ligne un extrait de ce document reçu cet été :

Je dois avouer que cela m'a fait un choc. Je n'avais pas conscience qu'il était sérieusement envisagé que j'allais travailler jusqu'à 67 ans. Ce n'est pas que cela me dérange sur le fond (vivre, c'est toujours vivre, il faut bien passer le temps), c'est surtout que j'ai l'impression que les entreprises n'ont pas du tout envie de me conserver tout ce temps-là.

Sortie désespérante

Entraînement à une semaine de Tours. Vincent avait donné des ordres précis pour que je monte le rythme. Je pensais faire la même chose que mercredi dernier où la sortie en quatre avait été très efficace mais les rameuses en absence de cox ne suivaient pas. Je n'ai pas réussi à augmenter la cadence. Anne derrière moi a passé son temps à maugréer «on avance pas, on joue les essuie-glace», Johanna derrière elle n'était pas plus positive. Pendant ce temps je donnais des indications à Marine qui barrait pour la première fois (et Anne de donner des ordres contradictoires… j'ai fini par lui dire de se taire).

Bref, ce fut très pénible.


Le matin j'étais passé chercher Caroline, Nathalie et Anne-So, le midi je ramène Caroline, Nathalie et Anne. Paris est bouché, Caroline raconte des histoires de dessinateurs de BD (le dessinateur qui a remplacé Goscinny, je ne sais plus si c'est pour Lucky Luke ou Astérix).

Allers et venues

Comme il y a grève, je passe chercher Caroline à huit heures pour être au club à neuf. Dans la nuit illuminée par les décorations de Noël les conducteurs sont très prudents. Sortie en huit puis AG du club.

Je passe chez O. lui apporter une lampe et des cintres puis je l'emmène à Villejuif où il doit tester le vélo de C. qui a proposé de le lui donner.
Voyage dans Paris en grève, à circuler dans les petites rues.

Je m'écroule chez C. et dors dix minutes. Thé. O. est enchanté par le vélo. Comme il parle d'acheter des chaises pliantes, C. lui propose les siennes. Problème: comment les transporter dans la Mazda?
O. trouve la solution en les coinçant derrière le siège conducteur. Nous repartons dans la nuit et les bouchons.



Retour chez O. près de Denfert, puis dîner à deux pas chez une rameuse: soirée post-Bellecin. Les invitées venues du quartier de l'Opéra mettent une heure et demie à traverser Paris, samedi de grève et gilets jaunes oblige. Nous commençons sans elles. Eclats de rire, bouteilles de vin et foie gras.

La grève, une spécialité française célébrée même dans les blockbusters américains

— Que faites-vous à Paris ?
— On vient chaque automne, pour les grèves et la météo.

Je cite souvent cette phrase, je vais donc la mettre ici, pour la retrouver facilement. C'est tout de même une phrase qui apparaît dans RED 2, en 2013.
Contexte : une militaire russe veut savoir ce que font deux barbouzes américains retraités à Paris.




(En fait j'ai honte.)

Même les Vélib ne circuleront pas

Enfin certains. Mail reçu, recopié ici dans le respect des caractères graissés ou soulignés :
Cher.e.s abonné.e.s,

En prévision des manifestations de demain et sur demande de la Préfecture de Police, nous allons procéder ce soir à la fermeture d'une soixantaine de stations, essentiellement dans les 7ème, 8ème, 10ème et 11ème arrondissements de Paris : les Vélib' en seront tous retirés et les bornettes seront bloquées par des dispositifs rouges. En savoir plus

Le nombre de stations fermées est susceptible d'augmenter en fonction des demandes de la Préfecture de Police.

Les stations fermées seront progressivement rouvertes dès que possible.

Pour préparer vos trajets et trouver un Vélib’ en station puis une bornette libre à l’arrivée, consultez le billet blog dédié et la carte interactive, tous deux régulièrement mis à jour.

Nous vous remercions de bien restituer votre Vélib' dans une bornette disponible en station. En effet, tout dépôt d'un Vélib' en dehors d'une bornette pourra entraîner une facturation hors forfait et l'application de pénalités. Retrouvez plus d'informations ici.
On notera comme il se doit et non sans une certaine exaspération goguenarde, la mise en garde finale. Il n'y aura pas de pitié. Tout cela relève de la brimade ordinaire de l'usager.

Transport, grève, retraite

Je ne vais pas beaucoup en parler. Tout cela me fatigue tellement (moralement, éthiquement: l'absence de solidarité, chacun qui tire la couverture à soi) que je n'ai plus envie d'en parler.

D'abord les transports du jour : comme O. n'est plus à la maison pour me motiver à me lever et à partir, j'ai raté le bus, pris la voiture. En arrivant à 9h06 le long des voies, je vois un RER glisser vers le quai : zut, le temps de me garer je ne l'aurai pas, mais le suivant est annoncé à 9h13 (ce qui est bizarre : deux RER aussi proches à cette heure-là).
Je gare la voiture, je monte sur le quai : le RER que j'ai vu n'a pas dû s'arrêter car il y a du monde.
RER D à l'heure, je suis assise. Nous roulons lentement. Nous nous arrêtons. Nous mettrons une heure à atteindre gare de Lyon. En cause : un train de marchandise devant nous et des problèmes de signalisation.
Rebelote dans le RER A : une allure d'escargot. Je n'irai pas en cours d'allemand cet après-midi. Comme l'année dernière je vais abandonner, c'est trop compliqué en partant d'ici.

Le soir je rejoins H. au Temps des cerises. Il paraît qu'il n'y a plus de RER D (pour une raison que j'ignore, H. s'est abonné aux notifications du RER D). Problèmes de signalisation : les mêmes que ce matin?
Pas grave puisque nous rentrons en voiture. Comme hier à 22 heures, mais cette fois-ci à 21 heures, les axes est-ouest de la capitale sont bouchés, des routes sont fermées (travaux?). Nous partons plein sud vers Orly. Les conducteurs déboussolés roulent vite est sont imprévisibles.

***

Grève totale, générale, le 5 décembre, avec toujours cette joie mauvaise de nuire et de foutre le bordel de certains pendant que d'autres craignent pour leur job.

***

Ma vision irénique (profession de foi bisounours) de la sécu et des retraites: tout le monde met au pot en fonction de ses moyens, puis on partage. Évidemment ceux qui ont mis le plus reçoivent moins. Mais ce sont aussi ceux qui peuvent s’acheter un appart, une maison, avoir de l’épargne...

Pessimisme ecclésial

Il paraît que je suis pessimiste.
C'est la conclusion de mes camarades d'atelier de rédaction de mémoire de théologie (cinq «de» : record battu). (Principe: nous lisons nos travaux réciproques et apportons nos commentaires, conseils, incompréhension…)

Je le confesse. Entre les catholiques très respectueux des normes qui ne supportent pas qu'on touche à quoi que ce soit (le pompon revient aux évèques américains qui traitent le pape François d'hérétique — mais la plupart d'entre vous auront en tête la Manif pour tous); les catholiques qui pensent qu'il faudrait s'attacher plus à l'esprit qu'à la lettre, c'est-à-dire davantage aux pauvres et aux étrangers qu'aux pratiques sexuelles de chacun dans et hors mariage (les scandales sexuels de l'Eglise se présentant dans ce contexte comme une hypocrisie insupportable); et les autres, croyants, athées, bouffeurs de curés, qui regardent l'Eglise avec ahurissement (au mieux) ou haine (hélas), j'ai l'impression que l'Eglise est dans le même état de tension et de crise qu'en 1960, avant Vatican II.

J'ai présenté une ébauche de plan, trop détaillée et pas assez articulée pour être vraiment un plan. Ce qui m'a frappée, c'est que le diacre qui anime l'atelier m'a dit quelque chose comme «Pas la peine de parler de ce qui va mal, inutile d'insister», mais à mi-voix, en passant, et je ne sais pas s'il voulait parler des scandales sexuels. (J'ai été si surprise (car par ailleurs l'ICP organise des soirées et débats sur le sujet) que le temps que je réagisse et pense à demander des précisions, nous étions passés à autre chose.)
Je ne vois pas de quoi d'autre il pouvait s'agir. Mais pourquoi ne faudrait-il pas en parler? Pourquoi avoir peur de ce qui est vrai, avéré? N'est-ce pas à la condition d'avoir un discours vrai sur ce sujet qu'il sera possible de restaurer une certaine crédibilité de l'Eglise? Ou en creux, refuser d'avoir un discours vrai sur ce sujet, n'est-ce pas se condamner à perdre toute crédibilité sur tous les autres sujets?


J'ai repéré ce livre pour mettre un peu d'optimisme dans ma conclusion.

Le nid vide

Nous n'étions que quatre ce matin (donc trois tours d'île de la Jatte dans l'Hydre de L'Herne (peut-être Lerne. Mais bien sûr je pense aux cahiers)). Vincent a eu la gentillesse de me remonter le moral (je savais bien que mon coup de blues après le test d'hier allait lui être rapporté).

Rendez-vous près de Denfert où H. et O. ont fait deux allers-retours pour amener les cartons de vaisselle et de linge, quelques meubles et surtout l'écran et les ordinateurs. Tout le quartier est bouclé autour de la rue Daguerre: zone piétonne le week-end. Je découvre la chambre d'O. avec curiosité: dix-neuf mètres carrés en rez de chaussée, très haute de plafond comme il l'avait décrite. Le propriétaire exagère, il ne doit jamais faire de travaux, elle est dans son jus des années 70 : moquette moutarde très tachée, hautes fenêtres en simple vitrage laissant passer le froid. Ce sera sans doute très agréable l'été, avec les plantes de la cour. En hiver, c'est sombre, en toute logique pour un rez de chaussée, même orienté au sud.

Nous déjeunons rue Daguerre dans un restaurant qui sert des oreilles de cochon et du parmentier de lièvre (le patron me fait rire car il s'assure que je sais ce que sont les oreilles quand j'en commande. Je suppose que certains renvoient le plat en cuisine.)
Dans la rue, la vitrine du Léopard masqué est éclairée.

Dans la grande tradition des sous-doués des clés, H. a égaré le trousseau de secours confié par le propriétaire. Il les a testées, puis les a mises quelque part. Mais où?

Ce soir nous sommes sans enfant. Vingt-sept ans plus tard. Orphelins, célibataires, veufs d'enfants?

O. s'en va

Courses pour l'emménagement d'O. demain : un tiers pour le ménage, un tiers pour les repas, un tiers pour le plaisir.



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Agenda

Test ergo ce matin. 2000 mètres, mon premier. Extrêmement déçue par mon résultat, au bord des larmes. C'est si difficile à retenir.

Aspasie (philologie)

« La copine de Périclès s'appelait Bisou. »

Crise de chagrin

Entraînement d'ergo. Je n'arrive à rien. Samedi nous avons un test. Attaque de chagrin, sanglots incontrôlables, incapacité à parler et H. qui m'en veut parce que je n'ai pas la force de répondre à ses questions (il faudrait reprendre souffle pour répondre. Et que répondre? )

Mais qu'est-ce que c'est que ce truc? Les hormones? La ménopause? Déprime profonde.

Puis je découvre un tweet de Trump.


Stupeur profonde.

Education concentrée

Bon anniversaire Tlön.


Il m'a dit un jour: «Tout ce que nous avons à apprendre à nos enfants, c'est le Décalogue. Le reste…» (Suivait un geste qui signifiait à peu près qu'avec ce bagage minimum mais indispensable, il serait toujours possible ou nécessaire de s'adapter aux circonstances).


Voici donc le Décalogue, commenté pour l'adapter à nos temps païens. Les trois premiers commandements ne parlent plus qu'à une poignée de nos contemporains. Les autres sont intemporels.

Voici le texte de l'Exode selon la traduction de Louis Segond (Ex 20,2-17) :
20.2 Je suis l'Éternel, ton Dieu, qui t'ai fait sortir du pays d'Égypte, de la maison de servitude.
20.3 Tu n'auras pas d'autres dieux face à moi.
C'est sans doute ce qui a le plus évolué en six mille ans, et surtout depuis deux cents ans, surtout depuis soixante ans. Disons: si tu crois en un Dieu, loue-le, prie-le, mais n'oblige personne à en faire autant. Défends ton droit à continuer à croire au Dieu qui est le tien. Si tu n'y crois pas, accepte de ne pas comprendre ceux qui croient et respectent leur foi tant qu'elle n'est imposée à personne.

20.4 Tu ne te feras point d'image taillée, ni de représentation quelconque des choses qui sont en haut dans les cieux, qui sont en bas sur la terre, et qui sont dans les eaux plus bas que la terre.
20.5 Tu ne te prosterneras pas devant d'autres dieux que moi, et tu ne les serviras point ; car moi, l'Éternel, ton Dieu, je suis un Dieu jaloux, qui punis l'iniquité des pères sur les enfants jusqu'à la troisième et la quatrième génération de ceux qui me haïssent
20.6 et qui fais miséricorde jusqu'en mille générations à ceux qui m'aiment et qui gardent mes commandements.
Là encore ça ne concerne que les croyants : sache discerner entre Dieu (ton Dieu) et les idôles (les dieux que tu te fabriques toi-même. En Europe aujourd'hui, cela pourrait constituer une mise en garde contre le matérialisme et le consumérisme.)

20.7 Tu n'invoqueras point le nom de l'Éternel, ton Dieu, en vain ; car l'Éternel ne laissera point impuni celui qui invoque son nom en vain.
Pas de petit jeu du genre «si Tu fais ceci, alors je croirai en Toi; si Tu ne fais pas cela, je ne croirai plus. Dieu ne se marchande pas (mais cela n'a de sens que pour ceux qui ont la foi ou la notion de ce qu'est la foi.)

20.8 Souviens-toi du jour du repos, pour le sanctifier.
20.9 Tu travailleras six jours, et tu feras tout ton ouvrage.
20.10 Mais le septième jour est le jour du repos de l'Éternel, ton Dieu : tu ne feras aucun ouvrage, ni toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton serviteur, ni ta servante, ni ton bétail, ni l'étranger qui est dans tes portes.
20.11 Car en six jours l'Éternel a fait les cieux, la terre et la mer, et tout ce qui y est contenu, et il s'est reposé le septième jour : C'est pourquoi l'Éternel a béni le jour du repos et l'a sanctifié.
Prends l'habitude de ne pas penser à ton travail ou tes préoccupations un jour par semaine. Aie conscience du temps qui passe; un jour par semaine prends le temps de regarder le ciel, de parler à ta famille, à tes amis, à des inconnus. (Ne consulte pas ton téléphone si une personne est dans la pièce.) Cela t'empêchera de te prendre trop au sérieux. Décentre-toi. Une fois par semaine au moins.

20.12 Honore ton père et ta mère, afin que tes jours se prolongent dans le pays que l'Éternel, ton Dieu, te donne.
Pas sûr de ce que ça veut dire. Je me souviens de Bernard, jésuite, nous disant: «Tu honoreras, ce n'est pas tu aimeras.» Ça m'avait soufflée. Tu ne laisseras pas tes parents mourir dans la misère et l'indifférence?

20.13 Tu ne tueras point.

20.14 Tu ne commettras point d'adultère.
Au sens large : tu ne sèmeras pas la zizanie dans un couple constitué.

20.15 Tu ne déroberas point.

20.16 Tu ne porteras point de faux témoignage contre ton prochain.
Au sens large : ne pas médire en fait partie. Tu ne nuiras pas en paroles en persiflant ou déblatérant (sachant que c'est à toi que tu nuis en te faisant une réputation de langue de vipère).

20.17 Tu ne convoiteras point la maison de ton prochain ; tu ne convoiteras point la femme de ton prochain, ni son serviteur, ni sa servante, ni son bœuf, ni son âne, ni aucune chose qui appartienne à ton prochain.
Pour être heureux, chasse l'envie de ton cœur: «la seule raison de regarder dans l'assiette de ton voisin, c'est de t'assurer qu'il a suffisamment à manger.»
Personnellement, en bonne républicaine, j'ajouterais à cela l'étude des fables de La Fontaine.

Satisfactions

Belle sortie en huit. Voilà quatre fois que Vincent me met à la nage. Si cela continue, je vais être à la nage pour la coupe de Noël (course sur 9 km le 15 décembre à Tours, mais je ne trouve pas de lien sur google).
Cela m'effraie moins que cela ne m'aurait effrayée il y a un an (litote : cela ne m'effraie pas). Les heures passées à l'ergo paient (trois heures par semaine depuis juin, soit 30 à 40 km/semaine si on ajoute les sorties sur l'eau), mais aussi une conférence de Jérémie Azou sur la façon de surmonter les contraintes et une interview de sportif aux JO qui disait que le jour de la course n'était pas différent des autres jours d'aviron tant tout était devenu automatique: le but est donc de tout automatiser, les séances d'entraînement et les gestes.

Lorsque j'ai compris qu'il était possible que je sois à la nage (ce n'est pas sûr, Vincent peut changer d'avis, c'est une composition provisoire), j'ai commandé un compte-coups (stroke rate) pour la cadence. Il était arrivé ce soir, il est tout beau. Reste à apprendre à s'en servir.

L'ambiance a bien changé au sein du collectif au cours des six dernière semaines : plus retenue, plus concentrée, moins dans l'électricité survoltée (ce qui me paraissait factice — mais c'est peut-être simplement que cela ne correspond pas à mon tempérament). Les rameuses régulières sur le huit sont principalement des filles "du midi", c'est-à-dire qui travaillent à la Défense. Les filles du "week-end", celles qui habitent aux alentours, ont une vision davantage loisirs, elles viennent pour rencontrer leurs amis davantage que pour s'entraîner toujours ensemble en essayant d'améliorer leur technique.
Maintenant que chacune a affiché ses priorités (si cela a mis longtemps, c'est qu'aucune ne voulait les verbaliser, il a fallu attendre que cela se dégage de leurs actes), il est plus facile de s'entraîner sérieusement, même si cela fragilise le projet car nous sommes moins nombreuses: dès que l'une d'entre nous a un empêchement, c'est l'effervescence pour lui trouver une remplaçante disponible, motivée, ayant le niveau.

Autre sujet de satisfaction aujourd'hui: O. a enfin trouvé une chambre, à quelques pas de Denfert. Cela me soulage car je ne me fais aucune illusion sur ce qui nous attend en décembre: un blocage total des transports. Au moins lui pourra aller à la fac tout en dormant suffisamment.

Tolkien

Ayant un peu par hasard deux heures de libres avant l'allemand, je suis allée visiter l'exposition Tolkien à la BNF. Je supposais que c'était une exposition de geeks genre comic-con; c'est plutôt une exposition de philologues et d'artistes.
Même sans rien connaître à Tolkien, même sans en avoir rien lu, je la recommanderais, pour la beauté des dessins, des gouaches, des cartes, pour les gigantesques tapisseries, récentes (des années 2010), tirées des aquarelles de l'auteur, pour les livres des XIVe et XVe manifiquement enluminés : je me suis rendue compte que je n'avais jamais vu que des livres religieux, Bibles ou psautiers, de ces années-là. J'ai découvert des Lancelot du Lac ou Morte d'Arthur aux couleurs éclatantes.


Une série de conférences est prévues, de 18h30 à 20h au petit auditorium:
* 21 novembre : Tolkien père et fils
* 28 novembre : L'invention des langues
* 6 décembre : J.R.R. Tolkien, poète de la «route perdue»
* 12 décembre : illustrer Tolkien
* 19 décembre : Tolkien géographe
* mercredi 8 janvier : Traduire Tolkien hors du Seigneur des Anneaux



Notre-Dame-des-Fleurs



RER D, 7h58.
L'étrange, c'est qu'il n'a tourné quasi aucune page en une demi-heure.

Le poste à galène

Lorsque nous allions chez la grand-mère d'Hervé, elle nous laissait sa chambre (ce qui était bien embarrassant). Sur sa table de nuit trônait le poste à galène.
Ce poste représentait un champ de patates: sa grand-mère avait planté et récolté un champ de patates et avec son salaire avait acheté ce poste. Je suis heureuse de l'avoir récupéré.

Vintage

H. a ramené des objets dont ses parents se débarassaient, des casseroles émaillées par le grand-père, le poste à galène de sa grand-mère (réparé, il fonctionne), un volume de L'Illustration (gigantesque), des 33 tours. Je regarde:
— Oh, un Thriller de l'époque!
— J'avais fais la queue pour l'avoir.
Il a collé de chaque côté de la photo de la pochette des photos plus petites, sans doute découpées dans Télépoche vu la qualité du papier. Je ne le savais pas un tel fan.

Par ailleurs, nous avons comme point commun sociologique d'avoir chacun un grand-père bouilleur de cru. Ceci est de l'eau-de-vie de prune.




Journée si régressive que j'ose à peine l'écrire ici: Monaco (les biscuits apéritifs) et TBBT au lit toute la journée. La version bière/canapé en pire.

Se perdre en Beauce

Pendant qu'H. allait chez ses parents, je suis partie chez les miens.
Comme j'étais seule j'en ai profité pour voyager à ma manière, un peu au pif. Avec seulement Waze et pas de carte, je n'ai pas tardé à me perdre (parce que Waze voulait me faire passer par des endroits où je ne voulais pas passer, par des routes que je ne voulais pas emprunter). J'ai donc continué en orientant Waze au nord (et non selon la direction où allait la voiture, comme le font la plupart des GPS) et je me suis dirigée à la boussole (si, si: Méréville, puis sud légèrement ouest).
Bref, sous une pluie battante j'ai assisté à la récolte des betteraves dans des camions plateformes au bord de champs boueux jusqu'à l'horizon.
(En regardant google maps après coup, il s'avère que mon trajet a été plutôt rectiligne. Je me suis bien débrouillée.)

J'ai repris le podcast de Gilles Bœuf («le rôle d'un scientifique est de raconter des histoires»). J'aime particulièrement l'épisode 3 qui raconte la rencontre de l'homme et du chien: «Vous montrez un chien à un enfant, un caniche ou un dogue, il sait que c'est un chien. Ils ont beau être beaucoup plus différents l'un de l'autre que d'un chacal ou un loup, il sait que c'est un chien. C'est extraordinaire.»
Il explique certaines différences entre le singe et le chien: le chien comprend où l'homme regarde ou ce qu'il pointe du doigt. Le singe ne le comprend pas. Ça me donne envie d'avoir un chien. (Lorsque j'étais enfant, je n'aurais jamais imaginé vivre sans chien.)

Après-midi chez mes parents. Arte. Costa-Rica. C'est étonnant d'avoir des parents qui reconnaissent les endroits qu'ils ont visité (à la petite boutique près) et les commentent.

Divers

Quatre à midi (difficile d'être neuf une veille de long week-end pendant des vacances scolaires) dans une typique atmosphère automnale: l'occasion de mesurer les progrès accomplis en un an. Le bateau n'a plus rien à voir. Nous sommes sur l'eau et non plus dans l'eau.

Une discussion dans les vestiaires (c'est cela de ramer à la Défense), j'apprends que le Portugal est en pointe en ce qui concerne les énergies renouvables. Il est quasi autonome et revend même de l'élécricité.

J'ai repris TBBT depuis le début dans le but d'arriver jusqu'au mariage de Leonard et Penny. J'ai terminé la saison 3 aujourd'hui, saison dans laquelle apparaissent Bernadette et Amy. Le dernier épisode contient la phrase «God, what have we done?» que nous citons souvent à la maison. (Je le note ici afin de la retrouver : car je n'aime pas citer sans source exacte).

Promesse de fleurs

Après deux ans d'obstination, j'ai réussi à trouver une jardinier pour planter une jachère fleurie. Il n'y a plus qu'à attendre avril ou mai.

Ainsi soit-il

Quai de la 14 gare de Lyon. Je vais prendre le RER A.

Foule et cohue. En bas des escaliers, un homme âgé et barbu, croisement entre un nain de jardin habillé en ciré beige et un clochard propre, des sacs très pleins à la main et une sorte de parapluie coloré, jaune, avec un manche fait d'une tige de parasol. Il ne bouge pas, tourne sur lui-même, regarde en l'air comme s'il cherchait un panneau pour s'orienter.

J'hésite mais je ne suis pas pressée:
— Je peux vous aider? Vous cherchez quelque chose?
Il me répond avec un grand sourire :
— Je cherche le bonheur des autres.

Traduction automatique

— Les séries m'ont appris une chose, l'importance des baskets pour les Américains. Ils sont prêts à dépenser des fortunes pour ça.
— Comment ça des fortunes ?
— Six cent dollars pour une paire dans Lucifer. Et récemment, trois mille pour une paire de baskets avec de l'eau du Jourdain dans les semelles.
— What ?
— J'ai eu un problème dans The good Fight. Un type était accusé d'avoir volé six cents baskets, et je le regardais en VO, automatiquement j'ai traduit par panier. Et je n'arrivais pas à comprendre pourquoi six cents paniers et six cents paniers de quoi. Il m'a fallu du temps pour comprendre que "baskets" était "baskets".

Les deux sont morts de rire:
— Et donc au basket, c'est un basket's basket?

Journée inutile

Journée inefficace au possible. Trié et nommé des photos en regardant deux Bourne (2 et 3), La firme (bien naze) et commencé Knight & Day (que j'aime bien).

Une belle journée d'automne

Il fait très doux. Les arbres qui vireront au jaune sont encore verts (les roux et rouges sont déjà roux et rouges). Il est difficile de croire que dans un mois toutes les feuilles seront tombées.
Huit presque de filles (à deux garçons près).

Sieste de trois heures les muscles brûlants (l'entraînement de ce matin ajouté à l'ergo d'hier) et cent page de Galindez. J'ai passé une seconde couche de pâte à bois dans l'armoire de mon grand-père, cette fois-ci à l'intérieur.

Ce soir nous changeons d'heure — peut-être pour la dernière fois. Il y a eu un sondage sur le sujet, mais je n'ai pas compris si une décision avait été prise. Il ne me semble pas.

Des listes

Repris sur FB et Twitter les listes de livres établies par les uns et les autres en début d'année (j'avais déjà fait cela une fois mais perdu les données je ne sais comment).

J'essaie de reconstituer Alice en examinant mes photos et mes échanges de sms.

Crocodiles

Je me demande si les grands-parents et parents des hippies des années 70 étaient aussi surpris que ces mêmes hippies devant le monde de leurs petits-enfants.

Voici un thread de Desespeuphorie qui est un extraordinaire résumé de ce je lis et vois tous les jours sur internet.
Comme d'habitude, je le stocke ici : dans dix ou vingt ans, plus personne ne voudra nous croire; il faut garder des preuves.



Haribo fait maintenant des Croco "Parent-enfant" : une révolution sociétale, un thread
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Notons tout d'abord que bébé Croco n'a toujours qu'un seul parent.

La manif pour tous défile en scandant "un papa, une maman, on ne ment pas aux enfants"
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Ils sont disponibles dans toutes les couleurs de l'arc en ciel.

Ludivine de la Rochère crie à l'infiltration du lobby LGBT au sein du conseil d'administration de Haribo et appelle au boycot.
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Marine Le Pen souligne sur BFM TV que le petit n'est jamais de la couleur de la mère. C'est pour elle le symbole du grand remplacement par le métissage.

+13 points dans les sondages
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Eric Zemmour quant à lui se félicite que les bonbons contiennent de la gélatine de porc.

"C'est toujours ça que les arabes n'auront pas"

357 plaintes au CSA. Aucune suite.
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Les vegans se mobilisent également sur Twitter, sur le débat suivant :
"Faut-il dévorer d'abord l'enfant sous les yeux de son.a p.mère, ou bien avaler le.a parent.e sous le regard horrifié du bébé ? Stop souffrance animale !"

Appel au boycot relayé par 2 personnes
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Les genderfluid se félicitent du fait qu'on ne connait pas le genre du parent.

"C'est une grande avancée pour la reconnaissance des gens non binaires dans l'industrie du bonbon. Bravo Haribo !"
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Les twitto.a.s qui sont à la fois vegan et non binaires sont en PLS, et lancent des threads avec plein de trigger warnings pour savoir si c'est bien ou pas de manger ces bonbons.
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Après 3 jours de threads régulièrement attaqués par le 12-25, le consensus est qu'il faut acheter les boites mais rendre aux croco leur liberté en les rejetant dans une rivière.
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Les khey du 12-25 décident de mettre leur grain de sel en se filmant en train de se mettre des crocos dans le cul.

Cyril Hanouna, fan de l'idée, met des Croco dans le cul de Matthieu Delormeau
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Une twitta demande l'interdiction de l'emoji Crocodile, arguant le fait que "ça peut trigger les crocophobes comme moi".

Elle reçoit 2433 DM avec des emojis Croco.

Elle menace de porter plainte pour cyberharcellement
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Sujet de bac philo 2020 : "est-ce que c'est beau la vie, pour les grands et les petits?"

Pétition en ligne des bacheliers qui trouvent le sujet trop dur.

"Tout le monde ne connait pas la différence entre crocodile et aligator, il faut annuler l'épreuve" : 150000 signatures
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Haribo propose un contrat de sponsoring à @Krokodeallll

Décalage trop grand entre les amateurs de bonbons et l'image de l'influenceuse : Christine Boutin demande l'interdiction de la publicité.

400 plaintes au CSA (qui est plus prompt à agir que dans le cas Zemmour, notez)
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Rupture de stock dans les magasins.

Macron lance un Grenelle du Croco.
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Les gilets jaunes manifestent pour la suppression de la TVA sur les bonbons.

Bilan : 4 yeux crevés.
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Boiron lance des granules "Croco 9CH". Ils achètent un paquet de bonbon et produisent 10 millions de tubes de granules.
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Boiron en profite pour demander le remboursement par la Secu. Le gouvernement hésite, les députés attendent les offres des lobbyistes.

Big Pharma est rebaptisé "Big Bonbon"
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Le twitto @desespeuphorie demande si quelqu'un a le @ du CM de Haribo, histoire de voir si il peut gratter un paquet ou deux gratos.

Bilan : 4 unfollow
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Gad Elmaleh prépare un nouveau spectacle sur les Croco.

N'allez pas le voir, tout est pompé sur ce thread
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TFou commande une nouvelle saison de "Schnapi, das kleine krokrodil".

En animation 3d ultra moche.

+20% de LV2 allemand au collège à la rentrée suivante.
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Le directeur du Leclerc Beynost pris en photo en safari chasse en Afrique posant fièrement près de la carcasse d'un crocodile fraîchement tué.

Boycot. Licenciement. #JeSuisCrocodile en tendance Twitter
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La team premier degré indique que c'est pas un crocodile mais un caïman.

Tout le monde s'en fout.
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Christophe Maé sort un album de reprises "Ah les croco ah les croco ah les crocodiles"

Double disque d'or en une semaine

En interview, il dira "c'est clairement ma meilleure chanson". Tout le monde acquiesce


Et pour parachever la démonstration, lorsque nous rentrons vers minuit, O. est en train de regarder "Questions pour un champion". Une fois que nous avons fini de nous moquer et de nous étonner, il nous explique qu'il le regarde au même moment que (environ) deux mille autres internautes en suivant le youtubeur Etoile et que c'est fun.

Le lendemain O., ayant lu les crocodiles ci-dessus, remarque : «C'est méchant pour Cyprien».
Comme je m'étonne que ce soit quelqu'un qu'il connaisse (et non un prénom random comme je le croyais), il me donne les noms des youtubeurs «qu'il pourrait être utile que je connaisse parce qu'ils sont connus»: Cyprien, Squeezie et Zerator.

La virginité perpétuelle de Marie

Cette année, nous étudierons la controverse entre Helvidius et Saint Jérôme. Helvidius maintenait qu'après la naissance de Jésus, Marie a mené une vie maritale ordinaire auprès de Joseph, ce qui paraît la pire des hérésies aux yeux de Jérôme qui soutient la virginité perpétuelle de Marie (les précision devenue dogme du genre «l'enfantement l'a laissée intacte» me laisse perplexe: il s'agirait donc de savoir si l'hymen de Marie est intact, bien plus que de savoir si elle a eu des relations sexuelles. Mais pourquoi ces questions, pourquoi cette obsession sexuelle? Quelle étrange question à se poser, qui ne me serait jamais venue à l'esprit (car quel rapport cela peut-il avoir en la foi en un Jésus Christ sauveur?))

Jérôme, nous dit la prof, «est à l'origine de ce lieu commun, qui est faux, que «frères» égale «cousins» dans l'Orient antique. A vrai dire, reprend celle-ci, j'en viens à penser que les arguments de Jérôme sont si faibles que cela explique que l'on n'ait pas traduit ce texte en français.»

Problème: Jérôme écrit en latin. Solution: ce n'est pas Jérôme que nous traduirons, mais les citations des Écritures sur lesquelles il s'appuie.
Voilà qui fait tout à fait mon affaire: nous allons donc voir comment des mêmes passages ont été lus différemment quatre siècles après JC. C'est exactement la question que je me pose concernant les catholiques, protestants et orthodoxes.


Sans rapport direct, deux livres recommandés par la prof, de Christian-Bernard Amphoux:
- le premier, austère : Manuel de critique textuelle du Nouveau Testatment
- le deuxième, «le livre que j'aurais aimé écrire» : Philologie et Nouveau Testament : Principes de traduction et d'interprétation critique



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Transport : le soir, quand j'arrive gare de Lyon à 21h40 (ce qui est tôt : le cours de grec termine à neuf heures), il n'y a plus aucun train d'affiché pour Melun (Yerres est sur la branche Melun).


Aucun renseignement affiché. J'interroge un agent qui me répond sans hésiter : le prochain train pour Melun est à 23h07. WTF? Comment peut-il savoir cela sans annonce, sans brief? C'était prévu, c'est prévu? Aucun train pendant une heure et demie?
Je vais dîner dans une brasserie en face (sardines à l'huile baba au rhum).

Dire que plutôt je m'étais réjouie de découvrir les portes sur le quai de la ligne 4 à Saint Sulpice (dans la série «immortalisons les changements pour se souvenir du moment où cela a changé»).

Les attestants

J'arrive un peu en avance en cours d'allemand. Nous attendons dans le couloir. Cela fait trois ou quatre ans que nous suivons les mêmes cours, nous nous connaissons mal (jamais le temps de discuter) mais nous avons échangé de nombreux sourires (nous avons tant de bonne volonté à échanger pour nous excuser de nous être étripés il y a cinq cents ans). Je ne sais pas très bien ce qu'ils font, ce sont sans doute des retraités, l'un d'entre eux recommence l'hébreu.

J'en profite pour essayer d'étoffer ma bibliographie œcuménique :
— J'essaie de comprendre comment les protestants et les catholiques arrivent à des conclusions aussi différentes sur la famille à partir des mêmes textes. Vous auriez des livres à me conseiller sur le sujet?
— Tu veux dire sur la PMA1?
— Pas seulement : sur le mariage, le divorce, la contraception…
Ils se regardent, étonnés:
— La contraception… ça n'a jamais été un sujet… On est bien content que l'esclavage ait disparu… (Larges sourires.)
— Et le mariage homosexuel?
Ils se regardent:
— La bénédiction a été autorisée par le synode de Sète… mais certaines paroisses refusent la bénédiction des couples homosexuels… On les appelle les attestants. La paroisse du Marais est attestante.
(Je suis partagée entre surprise et envie de rire: pas de bol.)


Un lien pour ceux qui voudraient des références théologiques (attention, la bibliographie de fin de page mélange catholiques et protestants).



Note
1: Note pour les lecteurs dans cinq ou dix ans (y compris moi-même) : c'est le sujet brûlant du jour.

Junk food

K. a un problème très particulier : sa bru (future bru, pseudo-bru) n'accepte de manger que de la junk food, de la vraie, la moins diététique possible. Il ne sait pas où les inviter, elle et son fils, pour un dîner. (Je rappelle qu'il habite Boston et ne voit pas souvent ses enfants.)

— Tout de même, à Paris, dans n'importe quel restaurant ou presque, tu as des hamburgers à la carte. Au Carpe Diem, par exemple. Et toi tu pourras en profiter pour manger autre chose.
— Malheureuse! Ce n'est pas assez trash, ça rique d'être trop bon. Elle s'est déjà mise à pleurer à Boston dans un fast-food inconnu.
— Mais c'est quoi son problème? Elle a peur de quoi?
— Je ne sais pas. De ne pas savoir ce qu'il y a dedans, de manger sans le savoir quelque chose qu'elle n'aime pas…

J'ai intérieurement froncé les sourcils d'incompréhension: si en le mangeant, elle ne trouve pas que c'est mauvais, c'est qu'elle trouve ça bon (elle ne trouve pas ça pas bon), donc où est le problème?
Aurait-elle peur de se mettre à aimer des aliments qu'elle a décrété de ne pas aimer à priori, sans les avoir goûtés?

Interrogations transatlantiques

K., installé à Boston depuis quatre ans, passe le week-end à la maison avant de regagner lundi un hôtel à la Défense pour une semaine de travail.

Je l'interroge sur Trump, parce qu'à ne fréquenter que des gens anti-Trump, je manque de la vision de ses partisans: à son avis, Trump sera-t-il réélu? (Peut-être plus maintenant avec la menace d'une procédure d'impeachment en cours. Mais il y a une semaine ou deux, oui, c'était probable.) Mais pourquoi? Les Américains sont-ils satisfaits de son bilan? Ses collègues de travail ne sont-ils pas inquiets quand ils envoient leurs enfants à l'école? (Bah tu penses toujours que ça tombera sur quelqu'un d'autre. C'est comme des supporters d'une équipe de foot: tu choisis la tienne puis tu la défends mordicus, même si elle marque avec la main. Il n'y a aucune dimension éthique dans cela.)

Cela me satisfait peu. Lui m'interrogne sur les paysans: «Je ne comprends pas: à suivre les infos de loin, j'entends parler d'agriculture bashing. C'est vrai?» (Oui, c'est vrai. Entre les végétariens et les anti-glyphosates, tu as toute une frange de la population qui veut imposer ses vues sans avoir d'idées très précises sur les contraintes que cela suppose de nourrir soixante-dix millions de personnes. Tel que c'est parti, la France va se retrouver sans paysan, à importer des produits agricoles alors qu'elle a une des terres les plus riches d'Europe.)

Il me regarde, incrédule. Demain au marché j'achèterai pour lui des fraises et des haricots verts à Philippe, le maraîcher qui part bientôt à la retraite et qui ne trouve pas de repreneur.
— Il y a des marchés dans le Massachussets?
— Pas vraiment. Ils n'ont pas de vitrines réfrigérées. Le boucher se promène avec des glacières et une ardoises. Quand tu demandes quelque chose, il te sort le morceau de viande emballé sous vide. Moi, je n'arrive pas à acheter si je ne vois pas. Et les légumes… Les bénéfices du circuit court, ils ne connaissent pas. Tout est dix fois plus cher qu'en grand magasin, sans être franchement meilleur.

Dragons

Lundi, mardi, mercredi, O. va à la fac pour huit heures et demie et je l'accompagne, soit pour le boulot, soit pour la salle de sport. Le jeudi je suis la seule à avoir une obligation, donc je traîne. Ce matin, j'ai eu le temps de trouver ce combo sur FB:



Ce qui me plaît ici, ce sont les sous-entendus : ce que l'observateur est censé connaître pour apprécier le gag.

(A vrai dire je n'ai reconnu que Game of Throne et bien sûr l'âne de Shreck. O. m'a donné les sources des deux autres images: la première, c'est un jeu d'arcades où l'on tue des dragons, le deuxième est un film (Dragons en français, mais How to trained a Dragon? en anglais) «dont j'aime beaucoup la musique», me dit O.

Tu sais que tu as des origines paysannes

…quand tu demandes à tes parents de te ramener «un peu de graines de tournesol pour les oiseaux» et que tu reçois un sac de 50kg (les chaussures sont là pour l'échelle) venu directement de l'exploitation agricole des voisins de ta tante.





Par ailleurs la fillette présente à la maison s'est exclamé lorsque j'ai ouvert la porte du grenier, si plein qu'on ne peut franchir le seuil (ce que je voulais lui montrer): «Oh, la chance!»

Ça m'a remonté le moral concernant cette pièce.

Arago

A l'angle de la rue du Faubourg Saint-Jacques et du boulevard Arago, devant l'institut protestant, se dresse un socle vide. Ou plutôt, se dressait, car maintenant il y a ça :




J'ai cru à une blague de potache (plutôt musclé le potache, car même si c'est en plastique (ce qui n'est pas certain) il a fallu monter la statue et la fixer) lassé d'attendre que revienne la statue partie en réfection.
Mes camarades de l'ICP me détrompent: «Le piédestal était vide, il n'y a jamais eu de statue. Enfin si, mais elle a été fondue pendant la guerre. Nous ne savons pas qui a mis cette statue rouge, elle est apparue un jour».

Une recherche Google plus tard j'ai trouvé: il s'agit d'une œuvre de James Colomina pour sensibliser à l'urgence climatique.

Quand ça veut pas, ça veut pas

Quatre ce matin sous la pluie : trempés comme des soupes. Mais le meilleur bateau depuis longtemps.

L'après-midi en glandant (surfant) sur FB, je tombe sur l'info : la Coupe des Dames est annulée. La Maine est trop basse et une bactérie a amené le préfet à interdire la navigation.

Je suis dépitée. Je me suis tout de même entraînée tout l'été pour améliorer mes performances et faire partie de l'équipage.
H. tente de me remonter le moral:
— Vous ne pouvez pas faire une autre course?
— Il y avait bien Rouen une semaine avant… On avait laissé tomber, c'était trop compliqué d'emmener les bateaux d'un endroit à l'autre à une semaine d'intervalle.
— Alors c'est peut-être l'occasion ?
— Tu sais maintenant, Rouen… ce n'est pas vraiment le moment.
Il me regarde un moment sans comprendre, puis nous nous mettons à rire.









Note pour les temps futurs: à Rouen, incendie dans une usine chimique classée Sévéso dans la nuit du 25 au 26 septembre.

Catéchisme

Cette année, je n'ai pas été recontactée par la responsable de l'année dernière. Il faut dire que le courant passait mal entre nous. N'empêche, je suis un peu vexée, un peu déçue, un peu inquiète: est-ce que j'ai mal enseigné? Est-ce que les enfants étaient mécontents? Ou les parents? Ou n'est-ce que la responsable qui ne voulait plus de moi dans son équipe?

Dans le fond ça m'arrange, les enfants me font peur et je ne savais pas comment j'étais censée m'y prendre. Mais malgré tout, mi-vexée, mi-inquiète.

En juin, la responsable du bulletin de la paroisse avait demandé aux catéchistes leur témoignage. Voici ce que je lui avais donné (en sachant qu'elle couperait largement: je voulais lui laisser le choix des thèmes abordés, qu'elle puisse caviarder à l'aise en fonction de ce qu'auraient écrit les autres).
Pourquoi avoir accepté de « faire » du catéchisme? La réponse ressemble à une boutade: parce qu’on me l’a demandé. Cependant, n’est-ce pas tout ce que demande l’Évangile, à plusieurs reprises et sous des formes variées : répondre «oui» à un appel, même si l’on ne se sent ni très à la hauteur, ni très armé? (Mais comment je vais faire? Est-ce que je vais savoir faire?)
Par ailleurs, je suis convaincue de l’importance du catéchisme. Tout commence au catéchisme. C’est le premier lieu de la transmission. C’est le lieu qu’il faut tenir. C’est une question que je pose aux enfants quand je les vois me regarder lors de notre première rencontre, déconfits de s’être levés un dimanche pour une heure de quelque chose qui ressemble beaucoup à de l’école:
— A votre avis, pourquoi êtes-vous là? Pourquoi vos parents vous ont-ils inscrit au catéchisme?
— Pour qu’on connaisse Dieu et qu’on apprenne à l’aimer?
— Oui, bien sûr. Pour connaître et aimer Dieu. Mais pourquoi il est important que vous soyez ici, pourquoi vous, vous êtes importants? (Ils se regardent d’un air sceptique: eux sont importants?)
— Parce que vous êtes les suivants. Vous avez déjà fait de la course de relais ? Vous vous rappelez le nom du bâton, ça s’appelle un témoin. Vous êtes là pour qu’on vous passe le témoin. Les chrétiens ont besoin de vous, l’Église a besoin de vous pour qu’on continue à raconter l’histoire de Jésus et à croire en sa promesse. Vous êtes les suivants. Sans vous ça s’arrête.
(Entre nous, je ne sais pas si je les ai vraiment convaincus. Mais un ou deux deviennent attentifs. Et moi j’en suis convaincue : sans eux ça s’arrête. «Vous êtes la lumière du monde»: ils sont la lumière du monde et ils ne le savent pas. Nous devons tout faire pour faire naître et entretenir cette lumière.)

Qu’est-ce que cela m’apporte? Là encore je vais répondre par une boutade : beaucoup de panique. J’ai le bagage théorique nécessaire, mais je n’en ai aucun en pédagogie et je panique la veille, le matin: qu’est-ce que je vais raconter aux enfants? Et comment? Je n’ai pas d’aptitude en coloriage ou en découpage ou en chansons. Alors je révise les textes, j’essaie de trouver un axe intéressant, quelque chose à leur montrer, une carte de Méditerranée, une bible en hébreu... J’explique le contexte, la géographie, le vocabulaire («qu’est-ce que c’est, un scribe? Vous avez déjà vu du lin?») J’essaie de montrer combien les émotions et réactions des hommes et des foules d’hier et d’aujourd’hui se ressemblent, les peureux, les courageux, les enthousiastes, les indécis. J’attache beaucoup d’importance à ce qu’ils aient bien compris les textes. Ce que je préfère, c’est le dialogue avec les enfants, leurs questions et leurs réponses. Ils sont terriblement sérieux (je leur ai posé la question: à la place du père, eux n’auraient jamais donné l’héritage à l’enfant prodigue), mais aussi provocateurs: «la résurrection, c’est comme Mario Kart, on a plusieurs vies. — Sauf que dans Mario tu n’as que trois vies, alors qu’avec Jésus, c’est pour toujours»).

Cette année, j’ai eu le souffle coupé par la question d’un futur communiant, alors que je venais de raconter Jésus visitant les apôtres barricadés dans une maison après la crucifixion: «mais Madame, est-ce que tout ça c’est vrai?» Souffle coupé qu’il ait attendu si longtemps pour la poser, mais aussi qu’il ose la poser. Je m’applique toujours à répondre avec le plus d’exactitude possible. Pour moi il est fondamental que ma réponse corresponde à ce que les enfants voient et vivent au quotidien, qu’il n’y ait pas de divergence entre le discours de l’Église et leur expérience du quotidien: «Pour moi c’est vrai. Pour toutes les personnes que tu vois à l’Église, c’est vrai. Les évangélistes ont raconté la vie de Jésus, puis Paul et les premiers Chrétiens, et c’est venu jusqu’à nous. Nous attendons le retour de Jésus et nous croyons à la vie éternelle. Mais tout le monde n’y croit pas. Il y a des gens qui ne le croient pas.»
C’est ce que j’aime avec les enfants : d’une certaine manière c’est avec eux qu’il est plus facile de parler sur le fond, de parler de ce qui compte vraiment. Car à quel moment dans nos vies parlons-nous de notre foi, et avec qui ?
J'ai écrit cela, une partie a été publiée dans le bulletin paroissial en juillet, et en septembre je suis débarquée: pas de doute, je suis vexée, même si soulagée!

Fièvre

Aller en RER (bus, RER D, RER A).

Beau huit à midi, intéressant. Deux nouvelles rameuses, deux Marie, brune et blonde. La blonde râle et conteste. Nous avons des problèmes de cox (le micro qui permet de parler dans le bateau en étant entendu de toutes). Ça coûte une fortune à remplacer.
Beaucoup de vent.

J'ai innové à midi: avant de partir ramer, je suis passée au self pour prendre des lentilles et deux œufs durs. J'ai englouti les lentilles et enveloppé les œufs au fond de mon sac.
Je les ai mangés de retour au bureau.
Je ne sais pas s'ils sont responsables, mais la faiblesse m'a gagnée. Le soir 38°3. Intoxication?

Rentrée en voiture. Une dizaine de chefs scouts à la maison. Je suis allée dormir à part, au cas où cela soit contagieux (ça ressemble à une grippe intestinale, mais je n'y crois pas).

Le piège à singe

— Mais qu'est-ce que tu t'es fait ?
— Je suis tombée, et comme j'avais les mains prises, je ne me suis pas protégée et le menton a porté.
— Tu sais que c'est comme ça qu'on attrappe les singes ? On attache une noix de coco à un arbre, on fait un trou juste de la taille d'une main de chimpanzé, on place une friandise au fond: le singe la saisit et quand on se rapproche de lui, le singe n'a pas le réflexe d'ouvrir la main pour s'échapper, il reste prisonnier de son réflexe de serrer le poing sur sa prise.

Gnon

Je suis tombée ce matin. Je suis tombée en descendant d'une chaise: j'ai mis le pied sur un oreiller (non le lit n'était pas fait), la plume a glissé sous mon poids et je suis tombée de tout mon long. J'avais les bras chargés, je ne me suis pas protégée, le menton, à gauche, a porté avec un bruit sec contre le plancher. (Rien aux cervicales, ouf, pensée pour Jean.)

Un bleu très noir dépare la pointe gauche de mon menton. Femme battue, trace de charbon (dit le scout), trace de cambouis (dit la rameuse).

J'étais à la recherche de mon carnet de santé: rendez-vous chez le médecin pour me faire vacciner contre la rougeole, après une remarque de ma mère: «mais au fait, tu n'as jamais eu la rougeole. Tu es vaccinée?»
Or nous allons à Val Thorens à Noël, il y a eu une épidémie de rougeole là-bas l'année dernière.

Le médecin a ri : « Votre mère ? J'adore ! »
Il a feuilleté le carnet: «Mais si, vous avez été vaccinée en 1973, par le Ronvax. Une seule injection, on va en refaire une par précaution.»
Il a déchiffré le cachet du médecin vaccinateur : docteur Ponnou-Delaffon Louis de la faculté de Montpellier, Inezgane - Prévention rurale.

RC

J'avais reçu la semaine dernière un mail de l'avocat de RC. Il cherchait à me contacter. Je l'ai eu ce matin au téléphone. RC veut porter plainte contre Lesquen qui l'a accusé de pédophilie («souiller les petits garçons») et l'avocat me demandait si, en tant que lectrice et connaisseuse de l'œuvre, j'acceptais de témoigner en faveur de RC.
Tout en imaginant la posture de RC souhaitant laver son honneur façon XVIIIe siècle, j'ai fait remarquer que le mieux était de laisser courir.
Cependant, si c'était utile, j'acceptais bien sûr de témoigner.

La loi de Brandolini

J'ai désactivé mon compte FB perso parce que FB a désactivé d'autorité un second compte que j'avais créé dans un but plus formel. Il paraît que je dois prouver mon identité... Cela fait au moins vingt ou trente mails que j'envoie avec les justificatifs demandés, rien ne bouge.
Ce sera donc tout ou rien (comme je fais partie des utilisateurs bienveillants vis-à-vis de la pub, il est possible que cela les ennuie un peu. Au pire ça me fera des vacances. Si cela se prolonge, je risque de prendre l'habitude de m'en passer et de détruire le compte. On verra bien.)

J'ai donc soudain beaucoup de temps (le problème de FB, c'est qu'on flâne. C'est un art de la flânerie poussé à l'extrême. On clique, on reclique, paresseusement, on rit, on prend des coups de sang, on fait des associations d'idées, on va chercher des choses dans les coins…). Et donc en ouvrant Twitter, je tombe, via Tristan Kamin, sur la loi de Brandolini (article de Laurent Vercueil):
"La quantité d'énergie nécessaire pour réfuter du baratin est beaucoup plus importante que celle qui a permis de le créer";

avec la précision suivante :
la somme énergétique (E) nécessaire au dégonflage est fonction du caractère alarmiste de la prétendue information (A), du crédit attribué à celui qui la diffuse (C), et, not the least, du caractère "occulté", "secret", que le dévoilement courageux a permis de rendre visible (S). La quantité d'énergie nécessaire à la production de cette information (e) est généralement suffisamment nulle pour pouvoir être négligée (e tend vers 0). E sera d'autant plus important (E tend vers KOLOSSAL), que A, C et S sont significatifs.
Baratin pour pipeau ou pipo, pour fake news ou bullshit.
Cela me rappelle le jour où j'ai entendu Happy Potter («Mais qu'est-ce que tu veux dire?») à la place d'«un pipoteur»… (Nous étions à New York, d'où l'oreille déformée vers l'anglais).

Article de décembre 2016, après l'élection de Trump.

Quand la planification coïncide avec l'urgence

L'année dernière nous n'avons pas curé notre canalisation. J'avais donc mis l'opération à l'ordre du jour de ce week-end, parce que des gargouillis dans la baignoire lors d'un orage récent m'avait inquiétée, parce qu'il vaut mieux le faire pendant qu'il fait encore chaud et pendant qu'O. est encore là.

Je n'ai pas eu à utiliser ma persuasion.
Comme j'avais fait le marché et la cuisine (une fois n'est pas coutume), la vaisselle revenait aux garçons. H. lave à grande eau, c'est agaçant pour O. et moi qui sommes économes, mais il est inutile de protester. Soudain O. fait remarquer: «Tu as renversé de l'eau partout».

En fait non. C'était l'évacuation de l'évier qui refoulait dans l'évacuation du lave-vaisselle et débordait sur le plancher de la cuisine. J'avais été justement alertée par l'orage l'autre jour, la canalisation principale était belle et bien bouchée (ou quasi). Les plombs ont sauté, il a fallu explorer la chaufferie, découvrir des fils électriques noyés dans des plinthes en bois trempées du fait d'un tuyau en piteux état (mais lui attendra, si la canalisation est débouchée il devrait tenir encore un peu, d'après ce que j'ai compris).
Et donc après-midi à déplacer les planches mouillées (provenant d'étagères démontées depuis les travaux) de la chaufferie à la terrasse, à acheter un adapteur pour le kärcher (car le nôtre est trop vieux, il a fallu se rabattre sur une marque concurrente (je note tout cela pour la patience de noter et pour la méticulosité que demande chaque action non routinière: rien n'est jamais simple, il y a toujours une anomalie (d'où l'extraordinaire du récit de Mathieu Lindon dans Ce qu'aimer veut dire quand il part chercher un bouchon pour le lave-linge: tout se passe bien du premier coup))) puis à monter la buse, à curer les canalisations, puis à reranger les planches en les isolant du sol.

Pendant ce temps j'ai fait une tarte aux figues.

Aviron et syndic de copro

Huit ce matin, le premier de la saison. Il est cahotant mais cela fait plaisir: nous avons réussi à le sortir sans les trois rameuses qui font désormais partie des "Masters"1, sans les deux qui sont jeune maman ou future maman. Nous avons réussi à nous mobiliser, c'est tout ce qui compte. Ensuite reviendront la concentration et le travail technique.

Test d'ergo à venir samedi 14. Je confie dans le vestiaire mon désarroi de ne pas faire de progrès malgré mes entraînements à l'ergo tout l'été:
— Rien à faire, pas de muscle, que du gras.
— Tu veux dire que tu es persillée !

Réunion de tous les rameurs de compétition de loisirs (joliment nommé "collectif régate"). Idéalement deux ou trois d'entre nous devraient passer le permis remorque. Je me laisserais bien tenter. On verra.

En début d'après-midi, H. me fait suivre un mail. Je m'aperçois que nous n'avons pas réglé les charges de copropriété de Tours depuis un an. Nous n'avons rien compris, rien suivi, confondu les obligations de notre locataire avec les nôtres de propriétaire. Je passe l'après-midi à télécharger des documents sur le site du syndic (très bien fait) et à reconstituer les sommes de part et d'autres (l'enjeu, c'est de pouvoir remplir rapidement en mai prochain une déclaration fiscale exacte et de bonne foi).




Note
1 : niveau championnat de France et donc suivant un entraînement spécifique.

Réaliser un rêve

Depuis longtemps, O. a un rêve : partir au ski en famille. Tant que les enfants étaient petits, nous n'en avions pas les moyens et je n'en avais pas envie: j'ai un souvenir des séjours en ski (la dernière fois que j'ai skié, c'est l'année de mon bac) comme enthousiasmant (l'air de la montagne?) et épuisant (six heures sur des skis). Je n'avais pas envie de m'occuper de jeunes enfants le soir, mais de profiter de ma fatigue.

Cette année, après le trip en Europe (2017) et les 50 ans de mariage de mes parents (2018), c'était donc l'année du voyage au ski en famille (un projet par an, c'est tout ce que je supporte en charge mentale: comme il n'y a que moi que cela intéresse, je gère seule).

La première condition était que tous soient en vacances et disponibles aux mêmes dates: cela a requis six à neuf mois de préavis, tout en attendant septembre pour connaître les dates de vacances de la fac, potentiellement différentes de celles des vacances scolaires.
Et donc voilà, le moment est venu, je viens de réserver à Val Thorens. J'ai choisi la station la plus haute de France, pour être sûre d'avoir de la neige. J'ai pris un bel appartement selon la règle de H.: «pas question que les vacances soient moins confortables que la vie à la maison».

Le huit part en sucette

Les entraînements ne reprennent pas. Depuis que trois rameuses se sont détachées du lot en avril dernier (pendant mon arrêt maladie) pour préparer les championnat de France en double et en quatre, les entraînements n'ont jamais repris sérieusement. Entre celles qui rament en couple pour ménager leur conjoint et celles qui rament en couple pour se trouver un conjoint, il ne reste plus personne pour sortir en huit.

Ce soir ça m'a vraiment déprimée. J'ai renoncé à sortir en skiff, je me suis mise sur un ergo, j'ai arrêté au bout de dix minutes avec une envie de pleurer. (Mais qu'est-ce qui m'arrive? c'est quoi, ces déprimes express?)

Si ça ne décolle pas, je changerai de club. Je veux faire du huit, un huit de filles, courir la coupe des dames.

Statistiques

— Bravo, c'est ton premier prix !
Moi, immodeste — C'est aussi la première fois que je participais à un concours.
— Ça te fait cent pour cent de réussite. Et si tu participes deux fois et que tu gagnes deux fois, ça te fera deux cents pour cent!

Le prix

J'apprends par un mail (j'avais oublié que les résultats étaient publiés aujourd'hui à l'heure de l'apéro) que j'ai gagné le prix Jacques Theillaud.

J'en suis très émue. J'aimais beaucoup Jacques. Ma motivation essentielle pour participer à ce prix était d'aller prendre un pot avec ses potes, car j'avais été désarçonnée et attristée de ne pas avoir vu passer l'annonce du dîner entre amis qui avait eu lieu au moment de sa mort. (Quelle date? Le lundi suivant je crois; il me semble que je n'aurais pas été libre quoi qu'il en soit; mais n'empêche, j'avais été triste d'avoir loupé ça par ignorance, sans avoir eu la possibilité de choisir ou pas d'y aller).
Donc je serai (je devrais être) lundi 16 au café Odette et Aimé, 46, rue de Maubeuge.





NB: j'ai écrit mon texte en ayant en tête les Soucis du ciel de Claude Roy.

Avis écologique contre intuitif

— Il faut arrêter de prendre l'avion. D'un point de vue pollution, il vaudrait mieux aller à New York en fusée : l'hydrogène, ça brûle en rejetant de l'eau.







(Conversation suite à ce tweet).

Jaune

Ce matin, pour une raison incompréhensible, il y avait cette fleur dans la pelouse. Plantsnap l'a identifié comme une fleur de topinambour.



Je n'aurais pas imaginé une fleur aussi jolie pour un légume aussi laid.

Cruauté

J'ai fini Le nazi et le barbier. Je ne sais pas trop qu'en penser. Il faudrait que je trouve le temps et le courage d'écrire quelques mots sur VS.

Scié le tronc du rosier grimpant (quatre centimètres de diamètre) mort depuis deux ans (c'est un tel crève-cœur) puis continué à ôter le bois mort des autres rosiers en écoutant la suite de Céleste Albaret. Cela ne sert à rien concernant la lecture de Proust, mais c'est plaisant, curieux. Elle est drôle dans sa défense de Proust et dans sa description du tyran. Il a vraiment eu de la chance de trouver ainsi quelqu'un qui a pu sans difficulté apparente s'adapter à une vie nocture et inverser le cycle circadien. On dirait presque qu'elle devient un membre de Proust, une main ou deux jambes supplémentaires.


Dans la série souvenirs de famille:
Je téléphone à ma tante, lui parle des Américains qui viennent, du ménage à faire. Nous plaisantons, elle me raconte un collègue à elle qui était allé chercher un chiffon et du lave-vitre et l'avait tendu à un invité qui se moquait de ses vitres: «tiens, vas-y, ne te gêne pas.».
Evoquant les personnes maniaques à l'intérieur impeccablement tenu, elle continue:
«Mais ça vaut pas la tante Germaine. Jamais sa belle-fille n'a dormi chez elle, parce qu'ils avaient un chien et que Germaine avait peur des poils. Je me souviens, elle se plaignait toujours qu'on n'allait pas la voir. Alors un jour la maman nous a emmenées toutes les trois. C'était toute une affaire, j'avais peut-être huit ans, Maryse sept et ta mère trois ans. Et puis ensuite, à l'arrêt du bus, il fallait encore marcher, et c'était loin, avec ta mère et ses petites jambes. Eh bien, quand on est arrivé, Germaine était en train de faire le ménage: jamais elle nous a laissé entrer. Il a fallu qu'on fasse demi-tour! Après, il paraît que ta mère, elle a dormi trois jours!» (Elle rit.)

Borgen

Jeudi férié, vendredi RTT obligatoire (il y en a deux par an, des ponts choisis par la direction), samedi, dimanche: je regarde les trois saisons de Borgen1 sur Arte, une série danoise qui montre une femme accéder au pouvoir au Danemark. Alliances improbables, compromis chers payés, coups bas et problèmes personnels, le mélange est plutôt équilibré et intéressant dans le genre réaliste (on est à mille lieues de la politique fiction à la Designated Survivor où une catastrophe succède à un attentat sans reprendre soufle).

Dans le même temps je classe les photos sur mon ordinateur. Le but est d'éliminer les doublons et de nommer les photos avec des mots intuitifs puisque je les recherche toujours à partir de leur nom.
Les années "Cruchons" ont été des années heureuses.



Note
1: si j'ai bien compris, borgen veut dire château, le lieu où travaille le premier ministre (pas de président, le Danemark est une royauté constitutionnelle (on ne voit jamais la reine dans la série)).

Google régresse

Il y a bien longtemps j'ai été formée à la recherche google et j'utilise la syntaxe de recherche avancée: un + devant un mot pour que ce mot soit obligatoirement dans les réponses ramenées par google, un - pour exclure un mot, des guillemets autour des expressions, site:tartempion.fr pour forcer la recherche dans le site tartempion.fr et filetype:pdf pour rechercher des pdf (par exemple: ou docx, xlsx, pptx, etc).

Je suis en train de classer des photos et de les nommer selon la règle suivante: date puis mots clé (les mots que j'utiliserai le jour où je chercherai la photo). Parfois je ne connais pas la date (j'ai la date où la photo m'a été transmise et non celle où elle a été créée) et je fais des recherches dans ce blog pour dater la photo.

C'est ainsi que j'ai découvert à mon grand effarement que la recherche avancée google ne fonctionnait plus : elle ne fonctionne que sur la première page; dès qu'on passe en seconde page, les réponses ne tiennent plus compte de la syntaxe de la question, mieux même, la syntaxe est effacée.

Exemple de recherche avancée (dans la barre de recherche Google): +facebook +france +organigramme filetype:pdf (tentative de trouver l'organigramme de FB en France (on peut rêver. Il arrive que cela fonctionne, quand le document a été déposé par une personne inexpérimentée sur un intranet mal protégé.))
La première page de réponses Google conserve les termes de cette recherche. On remarque cependant que puisque rien ne répond à la question, Google remonte des réponses approchantes que je qualifierais de fausses, dans la mesure où les + devant les mots signifient qu'ils devraient se trouver dans la réponse. Avant (il y a longtemps, six mois, un an? davantage?) Google ne présentait rien quand il n'avait rien. Maintenant il propose au petit bonheur la chance.
La deuxième page transforme la recherche en [facebook france organigramme filetype pdf]. Ce n'est plus du tout la même recherche. Les réponses n'ont plus grand chose à voir avec la demande de l'utilisateur.

En résumé, lors de recherches un peu tricky sur Google, il n'y a plus qu'une seule page de réponses respectant les termes de la recherche .

Commentaire de H. : Normal, comment tu veux qu'il te vende de la pub en rapport avec leur contenu si tu restreins trop la recherche.

Libérées délivrées

C'est la semaine (notez le progrès par rapport aux trois années précédentes où c'était un mois entier) où le RER A est fermé. Cette année, c'est entre Vincennes et Auber.

Je travaille chez moi, je ne vais que rarement au bureau, une à deux fois par semaine. Chemin classique hier, ligne 1 gare de Lyon puis RER A à la Défense; aujourd'hui départ d'Olympiade (après décapotable et croissant paresseux au café), sortie à Madeleine et marche jusqu'à Auber (ce qui m'a permis de découvrir une boutique Ekyog, la marque qui avait fermé sous notre nez à St Brieuc et que nous pensions cantonnée à la Bretagne).

Si aujourd'hui j'y vais, c'est que doit avoir lieu la bascule de la compta hébergée sur nos postes à une compta totalement déportée, hébergée chez le fournisseur du logiciel: je ne dépendrai plus des techniciens informatiques indifférents à la mutuelle, refusant de consacrer les deux heures annuelles nécessaires à la mise à jour des versions du logiciel.
J'étais inquiète le matin, craignant un os du type "il nous faut absolument un mot de passe administrateur", mais tout c'est bien passé: hourra, nous sommes libres et indépendantes, nous ne dépendons plus de ce bunch of dummies!!

(Maintenant il me reste à payer la facture 2018 de refacturation interne en en déduisant le coût des informaticiens qui n'ont jamais fait leur travail. Incroyable que nous n'ayons jamais été relancées pour cette facture qui dépasse les deux cent mille euros (elle porte sur bien d'autres choses que les deux heures d'intervention informatique: je veux juste ne pas payer le montant exact afin de gêner le lettrage automatique et gripper le système).

Sur Arte, La Fiancée du pirate puis le début de Rubber (mais qui m'en avait parlé?)

Dîner chez Roberta. Pizza aux truffes. Il fait frais.

Mystère postal

Aujourd'hui je suis allée travailler au bureau, en partie pour relever le courrier et y répondre. Une grosse pile de NPAI (n'habite pas à l'adresse indiquée) m'attendait. Lenteur: lettres postées le 3 janvier, revenues à l'expéditeur le 12 août.

Etrange : une lettre postée le 3 janvier à l'intention d'une adhérente décédée le 11 février nous revient le 12 août. Où était cette lettre entre le 3 janvier et le 11 février? Il faut bien admettre qu'elle n'a éte distribuée qu'après la mort de la vieille dame, au moins une semaine, quinze jours après, le temps que les héritiers relouent l'appartement ou la maison, fassent disparaître son nom de la boîte à lettres.
Et ensuite? Où était-elle entre le 20 février et le 12 août? Quand les lettres ont-elles été réellement distribuées?

Violence, armes et jeux vidéos

Il y a quelques jours, O. était heureux de nous apprendre qu'on parlait «enfin positivement» de l'e-sport, comprendre: des jeux vidéos. Leurs résultats sont désormais régulièrement repris par L'Equipe qui rapporte également le passage d'un commentateur phare d'une plateforme bien connue à une autre confidentielle (pour combien de dollars ?)

Hier soir O. était tout dépité: «sur Twitter, la moitié de ma TL [time line: fil d'actualité] parle du nouveau Fortnight, l'autre de la fusillade d'El Paso et de la violence des jeux vidéos. Comme si c'était les jeux et pas les armes qui étaient responsables.»



*****

A conserver : un article qui rappelle (qui m'apprend) que la NRA était pour le contrôle des armes quand c'était les Black Panthers qui s'armaient.
Fun fact : depuis que Trump est au pouvoir, les ventes d'armes ont baissé de 20% : comme la population ne craint pas de se voir priver d'acheter des armes, elle ne se précipite pas dans les armureries.

Projets de jardin

Six heures du matin. Il fait frais. Je n'ai pas écrit ici depuis deux mois, depuis la fin de mon arrêt maladie (et pas beaucoup la dernière semaine de celui-ci, si je me souviens bien). Je vais tenter de combler les vides.
Il fait frais, il fait gris comme toute aube. Je devrais sortir pour arroser. Il y a beaucoup de travail au jardin: les roses à couper, les arbustes morts à évacuer. Même les framboisiers et le romarin ont des branches sèches.

Notre if malade sera coupé à l'automne. Je ne pense pas le remplacer (à moins d’un sorbier des oiseaux?) mais plutôt tenter une pergola sur la terrasse, ce qui ne sera possible qu'après avoir repeint la façade. Glycine ou bignone? Pas de jasmin ou de chèvrefeuille hélas, trop de risque d’allergie au parfum.
Comme il faut le temps que les plantes poussent, il faudra absolument s’occuper de la façade au printemps, pour ne pas perdre un an.

Je voudrais aussi planter des plantes pour insectes et oiseaux. Je mets le lien ici, pour mémoire.
Dix plantes recommandées: tournesol (helianthus sp.), digitale (digitalis sp.), thym (thymus sp.), lavande (lavendula sp.), chèvrefeuille (lonicera sp.), sorbier des oiseleurs (sorbus aucuparia), sédum remarquable (sedum spectabile), buisson ardent (pyracantha sp.), vinette (berberis sp.), salicaire commune (lythrum salicaria).

Il faudrait aussi que j’écrive les dernières cartes «de Bretagne» (après tout, cela ne fait guère qu’une semaine que nous sommes rentrés...) Il faut, il faut, il faut. Je n’aime pas ce verbe.

Conversations diverses

— Ce qui m'a un peu déçue, c'est qu'AC ne m'a pas demandé l'adresse de "mon" site quand je lui ai dit que j'en avais monté un de A à Z.
— C'est qu'elle s'en fiche.
— Je sais. C'est bizarre. Moi ça m'aurait intéressée si elle m'avait dit ça.
— Les gens s'en fichent en général.
— Je sais. Ce que je ne comprends pas, c'est pourquoi elle a beaucoup d'amis alors qu'elle s'en fiche, et que moi je n'en ai pas alors que je ne m'en fiche pas.
— C'est qu'elle est charmante.
— Et pas moi?
— Non.

Les gens préfèrent les gens charmants aux gens attentifs. Cela me déçoit toujours un peu, un peu pour moi, davantage pour eux: cela ne donne pas une bonne image d'eux, de préférer le paraître à l'être (ce qui me les rend indifférents, à vrai dire: comme le monde est bien fait).


Coup de fil: «Allô, M. X? — Non, je suis sa fille. — Ah oui, je vois que votre numéro est celui de la personne à prévenir en cas d'urgence. Votre père a perdu son portefeuille dans la galerie marchande de xxx.»
Gens charmants et attentifs.
Cela m'a permis d'apprendre que j'étais la personne à contacter en cas d'urgence.


— Et toi, tu veux donner tes organes ? Tu veux être débranché ?
— Après un an sans signe d'activité cérébrale, on peut me débrancher. Mais sinon, il y a des gens qui se réveillent au bout de trente ans…
— Certes. Mais si tu te réveilles dans trente ans, tu en auras plus de quatre-vingts…
— C'est sûr que vu comme ça…

(Rééducation musculaire à quatre-vingts ans après trente ans d'immobilité… je me demande si c'est même possible.)

*****


Fini Dark, série allemande sur Netflix. Une série nietzschéenne sur l'éternel retour (les retours perpétuels, en boucle) et l'impossibilité d'y échapper à cause de nos désirs (souhaits, rêves, aspirations) les plus profonds.
Si noir que cela finit par en être agaçant.

Journée en famille

Il s'agissait de fêter avec quelques jours d'avance l'anniversaire de mon père (mais comme en janvier pour celui de ma mère, nous n'avons pas pris de photos de groupe : dommage. Il faut que j'y pense la prochaine fois).
Ma soeur est arrivée vers midi avec sa benjamine, il ne manquait que A. et mon autre nièce. C. était présent avec "son pacs" (ma bru! les mots féminins en u prennent un e sauf bru, glu, tribu, vertu. Quel mot mystérieux appris grâce à M. Bled en CM1 ou CM2. Enfin je peux m'en servir).

Conversation générale et bruyante (le salon fait écho, il faudrait un tapis plus épais), c'était fun. "Ma bru" a des origines polonaises, du côté des lacs de Mazurie, justement. Sa famille parle bien le français car elle a vécu… au Cameroun. C'est inattendu et me fait penser à un article de La mer dans une goutte d'eau.

Retour de Pologne

Visite chez ou à mes parents. J’avais comme résolution d’y aller tous les mois ou tous les deux mois; j’ai mis du temps à comprendre qu’avec les entraînements d’aviron ce n’était pas possible et qu’il fallait que je pose des jours pour ce faire (d’où la tentative avortée ici).
Bref, je n’y suis pas allée depuis leur voyage en Pologne au printemps.

Maman me raconte les visites à la famille, je me perds un peu mais je comprends que la cousine venue en France est fâchée avec une partie des tantes et cousines et que mes parents se sont trouvés dans la situation délicate et non préméditée de l’entraîner chez des gens auxquels elle n’avait pas parlé depuis des années; brouilles à base de «il est venu chez moi et pas chez toi; il t’a salué et pas moi», tous ces milliers de signes qui interprétés défavorablement (et parfois à juste titre — mais pas toujours) font les brouilles les plus cimentées.

Elle me montre des objets et me raconte l’origine de leur acquisition et je pense au début de Cent ans de solitude: «tu devrais écrire ces histoires et les mettre en étiquette aux objets pour que tout cela ne soit pas oublié» — mais je ne suis pas sûre qu’elle m’ait prise au sérieux alors que je l’étais.

Elle me montre une impressionnante photo d’eux deux devant un chêne: le tronc est si large qu’il déborde de chaque côté (un mètre vingt de diamètre?), on dirait un séquoia. Elle me donne une autre version de «les Polonais coupent la forêt primaire» que j’ai rencontrée sur internet: les conifères (certains conifères) sont malades, araignées rouges, les Polonais souhaitent les couper pour stopper l'infestation mais on le leur interdit, ce qui fait que la maladie gagne. Où est la vérité? Sans doute un peu des deux, je suppose.

Papa est remonté à bloc et prépare déjà un prochain voyage: Gdansk, les lacs de Maurice, la Lituanie, Saint-Pétesbourg («mais c’est loin». Oui certes, pour ma part je n’envisage pas ça en partant de la maison, mais de Varsovie en louant une voiture), il déborde d’idées. Dommage que nous n’ayons pas la même façon d’envisager la vie et qu’il nous soit donc impossible de voyager ensemble, car ce programme m’enchante.

L'avenir est plein de promesses

Trois meufs à la cafétéria de la boîte, une enceinte de six mois. Je chope la conversation au vol:
— mais tu dois bien te rendre compte qd tu vieillis que tu diminues
— déjà quand tu peux plus te lever de ton lit
— moi je pense que dans quelques années on aura un kit d’euthanasie à la maison.

Double paradoxe

Inscription sur un tee-shirt :
Brexiting : telling everyone that you are leaving the party, but you don't know what to do and continue to stay here.
Theresa yelled that she was leaving, but actually she was just brexiting in the hall1.
— Quel paradoxe, brexiting, c'est finalement le contraire de filer à l'anglaise.
— De toute façon, les Anglais ne sont jamais entrés dans l'Europe.
[Silence pour soupeser les implications de cette phrase]:
— Tu veux dire qu'ils n'arrivent pas à en sortir parce qu'ils n'y sont pas entrés ?




Note
1 : Brexiting : dire à tout le monde que vous quittez la soirée, mais vous êtes désemparé et vous restez là.
Teresa hurla qu'elle partait, mais en réalité elle ne fit que brexiter dans le hall.

Urgences

Lorsque je rentre du marché, H. est en train de m’attendre: «je crois que j’ai une nouvelle crise. Je reconnais bien la douleur».
Colliques néphrétiques.

Difficile d’évaluer la douleur quand c’est un autre qui la ressent, donc difficile d’évaluer la gravité de la situation.
Est-ce que j’annule la visite à mes parents, est-ce qu’il vient avec moi? Les trépidations de la voiture pourrait aider à faire descendre le caillou, mais je ne me vois pas conduire avec H. hurlant de douleur à mes côtés (la douleur des autres me fait paniquer. L’impuissance me fait paniquer.) Je ne tiens pas non plus à partir seule et à le laisser à la maison dans cet état.
Urgences ou pas urgences? Ce qui plaide contre, c’est qu’ils ne feront pas grand chose un dimanche — à part donner des anti-douleurs — ce qui plaide pour, c’est le risque d’infection, surtout par une telle chaleur (déshydratation par peur de boire par peur d’avoir mal).

En fin d’après-midi H. craque: j’appelle mes parents pour décommander ma venue et nous partons aux urgences.

Dimanche soir. Pas trop de monde. La clim est si froide que les gens s’en éloignent au maximum. Nous rentrons avec une ordonnance pour un scanner le lendemain.

Encore une AG

La huitième, et j'espère, l'avant-dernière. Elle fut bâclée de chez bâclée puisque personne, ni salariés (qui doivent débadger pour venir) ni retraités (qui ne viennent plus depuis que nous sommes à Nanterre), n'étaient présents.
Je suis revenue à mon bureau avec une envie de pleurer. (Allons, secouons ce blues, il faut oublier tout cela, passons à des choses plus enthousiasmantes.)

Vu Parasite à la Défense. Un croisement entre les Gilets Jaunes et Les Félins. Le bruit et l'odeur — sans le bruit. Des personnages attachants et une absence d'issue.
Comme à chaque fois que je commence à me désinvestir d'un boulot, je retourne au cinéma.

Passé chez Mariage rue des Grands Augustins (Mon but initial était Ladurée à la Madeleine mais la ligne 1 a été fermée sous mon nez: les agents étaient en train de poser un ruban de plastique sur les portillons quand je suis arrivée pour les franchir. Donc RER A puis B et Mariage.)

A vélo jusqu'à la Butte-aux-cailles. Rues désertes, il fait réellement très chaud. Sandwich dans les locaux d'H., rentrés par Athis-Mons le long de la Seine dans le soir qui tombe. Ces deux heures décapotées, matin et soir, donnent un air de vacances à toutes mes journées.

Mémoires d'Outre-Tombe tome 1

Pour la première fois depuis que j'ai repris le travail, nous prenons la voiture à sept heures pour petit déjeuner à huit près de Tolbiac. Croissant et chocolat, The Dark Side of the Moon en musique d'ambiance, ce qui fait que j'écris cela en écoutant Youtube.

RER A 8h30 environ.
La dernière fois que j'avais vu lire ce livre, c'était un pompier surveillant les toits du Mont-Saint-Michel (septembre 2015 ?)

Un esprit non soupçonneux

Je fais partie du bureau de l'association sportive des entreprises du groupe. Nous avions organisé un déjeuner pour Laurent, le salarié de l'association, qui part à la retraite après quarante-huit ans dans le groupe (et la même entreprise) (comme il a un an de vacances à prendre qui génèrera trente jours de congé supplémentaires et des RTT, il partira avec quarante-neuf ans de carrière).
Cela aurait dû être surprise — nous tous l'attendant au restaurant où l'entraînerait sa collègue sous un faux prétexte — mais il y a eu incompréhension et maladresse et plusieurs se sont retrouvés à midi à papoter dans les locaux de l'association.

Le plus extraordinaire, c'est que Laurent n'a rien trouvé étrange: il voit arriver cinq administrateurs à peu près au même moment, dont deux de Bordeaux, et sa seule réaction est «je suis désolé, il faut que nous partions, Clara a gagné deux places au restaurant et nous allons être en retard. […] Bon allez, à bientôt, enfin peut-être pas, parce que je pars en congé à la fin du mois et je ne reviens pas…»

Et il s'apprêtait à partir car il déteste être en retard.


Restaurant sur le lac au bois de Boulogne. Beaucoup ri et sans doute un peu trop bu pour mon entraînement à l'ergo du soir. Fourbue.

Barbecue

Le premier de l'année — avec les voisins.

Une bouteille de Côte-rôtie, ce qui est peut-être un peu riche pour boire avec des andouillettes.

Concert

Dîner dans le soir qui tombe au café des Concerts à deux pas de la Philarmonie.

— A quoi ça sert de dîner en terrasse s'il n'y a même pas de jolies demoiselles à regarder?
— Ce n'est sans doute pas le bon concert.
— Je vais changer de concert.




Messe en si de Bach. Raphaël Pichon et le chœur et orchestre Pygmalion.
Mention spéciale à Anneke Scott au cor et Julien Léonard à la viole de gambe.
Je vais regarder la vidéo avec soin car le choeur a changé de disposition au cours du concert et je ne l'ai pas vu faire. C'est très pertubant quand on s'en rend compte.

Vincent Lambert

Faut-il ou non cesser d'apporter des soins à un homme dans le coma depuis dix ans?
Son épouse dit oui, ses parents disent non; la justice consultée dit oui, puis non, etc, selon les instances consultées.
(Que dit l'I.A. ? Il paraît que les machines font des pronostics sur les chances de réveil à partir de la concaténation des cas déjà survenus. J'aurais tendance à avoir confiance dans ce genre d'analyse.)

Deux souvenirs.
Je pense avoir déjà parlé du premier. Quand j'ai commencé à travailler à la GMF en 1990, j'avais un collègue qui venait d'avoir un bébé mal formé. Cela n'avait pas été détecté à l'échographie, cela n'avait pas été détecté à la naissance. Mais le bébé ne grossissait pas on avait fini par diagnostiquer qu'il n'avait pas d'œsophage ainsi qu'un cerveau atrophié.
Comme on ne s'en était pas aperçu tout de suite et puisque le bébé ne grossissait pas, à la première hospitalisation il a été nourri par une sonde, ce qui compensait le problème de l'œsophage — dont on ne savait pas encore qu'il manquait ou était insuffisant.

Souvenir de lecture : mon grand-père était abonné au Reader's digest. A l'américaine, cette revue aime beaucoup les récits de persévérance et réussite dans l'adversité. Je me souviens du récit de trois naufragés dans le Pacifique. La surface du radeau ne permettait d'accueillir que deux hommes, donc l'un des trois restait dans l'eau et ils se relayaient régulièrement.
Cela a duré des jours. Je ne sais plus combien de temps mais c'était impressionnant, bien plus qu'il ne paraissait possible. Et lorsqu'on leur avait demandé comment ils avaient tenu, ils avaient répondu: «Une fois que nous avions commencé, nous ne pouvions plus abandonner. Nous ne pouvions pas laisser mourir celui qui était dans l'eau.»

C'est toujours à cela que je pense lors de ces dilemmes. J'avais posé la question à Pascal quand il m'avait dit que le bébé était condamné: «Mais vous ne voulez pas le débrancher?» (il était possible d'en discuter car il était dévasté mais rationnel, il en parlait). Il m'avait répondu: «Comment veux-tu faire? Ce serait le laisser mourir de faim, on ne peut pas faire ça.»
Et non, on ne pouvait pas. La famille vivait le drame, l'équipe hospitalière avait interdit à la mère de voir son bébé car cela la bouleversait et elle devait conserver des forces pour s'occuper de ses deux autres jeunes fils. Le bébé a mis huit mois à mourir.

Je pense aux naufragés : une fois qu'on a commencé, comment arrêter? Débrancher quelqu'un qui respire artificiellement et donc cesse de respirer quasi instantanément, oui, mais condamner quelqu'un à mourir de faim ou de soif?

Journée avachie

Je commence à avoir passé trop de jours chez moi, il est temps que cela se termine. Limoncello et chips à la truffe.

Lu WWII - Histoires de guerre d'Hugo Pratt, la réimpression de douze comics édités en Angleterre après la deuxième guerre. J'avais acheté ce livre à la Pinacothèque en 2011 lors de l'exposition Hugo Pratt. Cette lecture fait donc partie du projet "lire sa bibliothèque avant de mourir".

Reçu des ballerines très souples : le pied droit entre difficilement mais j'ai ainsi une allure humaine. Je pourrai reprendre le travail sans moon boot (soulagement, fierté sauvée).

Dans la soirée, vidé quatre ou cinq cartons de poches et réorganisé les étagères. Quelle chance réelle y a-t-il que je les lise tous? Beaucoup ne m'intéressent pas, je n'ai pas vraiment envie de les lire, je les garde par amitié, nous avons développé des liens réciproques depuis le temps que je les regarde (oui, je passe du temps à regarder mes livres comme d'autres regardent leurs fleurs, ça me détend). Et puis ils peuvent intéresser d'autres lecteurs.

Je découvre que j'en ai en double, le tome I de L'Homme qui rit en Garnier Flammarion, Rimbaud en Folio. D'où viennent-ils?
Quelqu'un veut-il un Malices de Plick et Plock? (en double aussi)

Non, je me suis trompée : je donne un Idée fixe du savant Cosinus.

Options

Etabli un récapitulatif de différentes options : passer à 80% ou prendre un congé sans solde pour travailler en indépendant, changer d'entreprise (mais je ne crois plus beaucoup à cette option, ni à celle de trouver un autre poste dans la même boîte).

Le problème est de s'être habituée à une certaine aisance financière.

Pop

Bonnie Tyler à l'Olympia. Emouvant.

Langelot et le Présidentissime (1978)

C'était le dernier qu'il me restait à lire.

— C’est tout de même tout le temps la même chose, les Langelot.
— Oui, comme Agatha Christie ou San-Antonio : trois ou quatre trames. Et tu lisais ça à dix ans, tu en as cinquante.

Si l’on considère que Ralph König est accusé de transphobie et racisme (des grosses lèvres? Reiser et Wolinski ont disparu à temps), il faut en conclure que certains Langelot seraient impubliables aujourd’hui. Ils seraient considérés comme colonialistes ou paternalistes. D’ailleurs ils le sont sans doute (la défense des intérêts de la France en Afrique et en Outre-Mer), mais cela a-t-il davantage de sens que de juger Shakespeare ou Mozart avec des critères féministes?

Test terminé

Problèmes de php résolu (version de php d'ovh non compatible) et retour au rose car je n'en pouvais plus du jaune.
Toutes les photos depuis l'origine sont rétablies (elles n'étaient plus disponibles depuis un ou deux ans et j'en mettais à jour de temps en temps.)

Vous pouvez tester le rss.



Test d'image :

Déception

Fini la saison 4 de Lucifer. Elle n’est pas du tout raccord avec les précédentes. Pas le glamour, pas la finesse, des trois premières : ont-ils perdu un scénariste? Le côté crise identitaire et acceptation de soi-même sur fond d’Amicalement vôtre a disparu, il ne reste que des grosses ficelles holywoodiennes de démon malheureux.
Dommage.

(Donc ne regardez pas la 4).

Les anges

Je viens de comprendre que si Lucifer se passe à Los Angeles, c’est que Los Angeles signifie « les anges ». Cela m’aura pris quatre jours.
La série est juste magique. Lucifer et Caïn. C’est grand. Suis-je le gardien de mon frère? (conférence de Hans Jonas. Il est sûr que je projette beaucoup de choses dans cette série).
Plus la série avance plus je pense au Maître et Marguerite. Le principe de la culpabilité again and again, comme le mouchoir toutes les nuits, et la compassion. Une série entièrement sur la compassion — ou la définition de l’humain: qu’est-ce qui nous définit comme humain?
Je suis vraiment impressionnée (à cela près que Caïn est une erreur de casting: vraiment trop beefy.).

Asile de fous. Un homme se prend pour Dieu. (Rappel: Lucifer est une série policière.)
L’inspecteur : — On vient de trouver l’assassin de dieu.
Lucifer, surpris : — Nietzsche ?

Reçu les trois derniers Langelot avec les bonnes couvertures : la collection est complète !

Dernier cours de grec

La professeur annonce une nouvelle qui me navre et me met en colère : il est fort possible qu'il n'y ait plus de cours l'année prochaine car celui-ci est trop dérogatoire par rapport aux règles académiques: il n'est pas calé sur un semestre, il est ouvert à tous et ne fait partie d'aucun cursus, il ne donne pas lieu à une évaluation.
Pourtant la prof a fait des efforts cette année qu'elle travaille à Genève: elle se fait simplement rembourser ses billets de train et ne réclame aucun salaire (si j'ai bien compris, cela ne vaut pas la peine avec l'imposition suisse). Est-ce que l'ICP va réellement laisser partir, ou pire inciter à partir, cette perle rare, érudite et vivante, qui organise des colloques au Collège de France avec Carlo Ossola?

Est-ce mon dernier cours de grec? Je vais tout oublier si vite. Je ne me vois pas travailler avec quelqu'un d'autre. Déjà que je travaille si peu. Personne n'arrivera à me donner l'envie.

Remarque : parmi les raisons inavouables de l'arrêt de ces cours par l'institution il y aurait celle-ci (dixit la prof): que les laïcs et même les sœurs n'intéressent pas vraiment la catho: ce qui l'intéresse, ce sont les frères ou les prêtres qui vont faire des thèses et être connus et reconnus ce faisant.
J'ai pensé à Jean-Marc et à sa colère.

Neil Gaiman

J’ai réfléchi pendant la nuit : cette série n’est pas chrétienne, on ne parle qu’Ancien Testament (avec cependant des églises parce que c'est sans doute plus mainstream qu'une synagogue). Donc les scénaristes doivent être juifs.

Vérification : effectivement, et le scénariste est Neil Gaiman, plutôt athée (suppose que les chances qu'il y ait un Dieu sont de 50/50), élevé dans une ambiance scientologue et juive (!!??) Je connais Gaiman à travers la bibliographie de Pratchett.
Apparemment lui-même est un grand admirateur d’Alan Moore, qui est pour moi une référence (alors que je n’apprécie pas spécialement Pratchett (peut-être qu’il faudrait que je réessaie)). Donc il faudrait que je lise The Sandman.

Lucifer

Que le diable puisse éprouver de la culpabilité. Qu’il consulte un psychologue (une thérapeute : ce mot est bien meilleur, il permet de ne pas choisi entre psychiatre et psychanalyste): «vous avez un pb d’identité. Qui pensez-vous que vous êtes?» Mais comment vont-ils tenir quatre saisons avec des équilibres si fragiles entre humour, références bibliques et clin d'œil (exemple: une étiquette Prada entrevue une seconde)?
Ce que j’aime, ce sont les dialogues, le vocabulaire, la grammaire. Jamais entendu autant de may I, shouldn’t we. Et des mots comme scintillating. C’est si plaisant.

Reconnaissons cependant que les enquêtes policières sont simplistes et ne sont là qu'en prétexte.

La série essaie de sauver Lucifer, tout en reprenant l’obsession cinématographique américaine: le père, l’image du père, l’ombre du père. De Star Wars au Roi lion en passant par Top Gun ou Le parrain, le cinéma américain ne parle que de ça, du père, celui auquel on veut ressembler ou celui auquel on veut échapper. Et maintenant, Lucifer.

Vite fait

Alice est en train de devenir alicedufromage.eu, mais ça prend un peu de temps (apparemment le https n'est pas si simple).

Donc juste un petit mot, en particulier pour Didier qui paraît fan de Netflix :
- Designated Survivor, qui me fait penser à Coluche parlant de Roger Gicquel : tout le malheur du monde sur ses basketts. Mais la flic est bien. Je suis frappée du nombre de séries qui impliquent que la menace n'est plus extérieure (russe ou islamique) mais domestique (l'extrême-droite).
Sutherland est passé de «il faut protéger ma famille» à «je crois en mes compatriotes américains, unis nous allons y arriver». Au moins une fois par épisode.

- Lucifer commencé à l'instant. Plutôt amusant, surtout dans un contexte où je lis Adolf Gesché sur le mal.

Sur arte : Il revient quand Bertrand?. Court, français et plutôt amusant à partir d'une idée très mince.

Quel pied !

Vu le chirurgien. Tout va bien. Cependant il m'a fait peur : «Oui, le pied reste gonflé trois à six mois après l'opération, c'est normal.»

Normal? Mais il ne m'avait pas prévenue! Comment vais-je aller travailler? Je ne peux enfiler aucune chaussure, d'une part parce que je ne plie pas l'avant-pied (au niveau orteils-plante de pied), d'autre part parce que le pied est trop gonflé.

Devinette

— Comment appelle-t-on quelqu'un qui croit que la terre est plate ?

Un lilas centenaire

Radio de contrôle (tout va bien).

Lorsque nous regagnons notre voiture (la mazda, la rouge), nous sommes interpelés par un vieux monsieur qui était en train de l'admirer en refermant son portail. Toute la conversation (ou monologue) se déroulera dans le ronronnement de son Opel mi-sur le trottoir mi-sur la chaussée.

Je l'interroge sur son lilas que j'avais remarqué en arrivant: un tronc de dix à douze centimètres de diamètre, je n'ai jamais vu ça. Il commence à en remonter la généalogie: la maison appartenait aux grands-parents de sa femme, qui avaient planté le lilas à la naissance de sa mère.
Et il enchaîne :
— Votre voiture me fait penser… J'avais un cousin, c'était le fils de l'homme de la publicité Banania. Il avait dans son garage une Oldsmobile et un coupé Mercedès. Son fils avait gagné un solex à la loterie, et comme il était avoué à la Croix-des-petits-Champs, il préférait le solex, c'était plus facile pour le garer. Je me rappelle, on le regardait partir par la fenêtre à Neuilly, très british avec son chapeau et son parapluie, il courait le long du solex, et hop, il montait dessus.

Pendant ce temps le moteur de l'Opel tournait.
Il a fini par nous laisser partir, mais un moment, je me suis demandée combien de temps nous allions rester là, depuis combien de temps il n'avait eu personne à qui raconter ses souvenirs.

A chacun son dirty secret

Série Netflix, Dogs of Berlin. VO en allemand (j'ai essayé le sous-titrage allemand, mais je ne tiens pas longtemps). Très violent et très noir, avec une dilection pour les gros plans sur les blessures gore (mais l'image ne dure qu'une à deux secondes).
L'équivalent du quai des Orfèvres est très inattendu, un côté soucoupe volante graffittée.

Entretien d'embauche :
— Dites-moi un secret qu'on ne dit pas normalement en entretien d'embauche.
— Je suis hôtesse pour téléphone rose. Ça me permet de travailler à domicile.

Et je me dis que mon secret serait «j'étudie la théologie» ou «je suis (ou j'ai été) spécialiste du RC littéraire».

L'autre blog

Je relis Le Concept de Dieu après Auschwitz.
Page de garde : "acheté à Levallois le 17 août 1994". Je ne sais pas quand je l'ai lu la première fois. Je me demande ce que j'y avais compris (non que ce soit difficile, mais les concepts qui me sont aujourd'hui familiers m'étaient inconnus). Je me souviens vaguement que l'essai de Catherine Chalier m'avait paru plus intéressant. Aujourd'hui j'ai l'impression d'une redite du texte de Jonas.

***

Avoir cassé Alice a occasionné quelques opérations informatiques qui m'ont ouvert des horizons (une simplification dans l'indexation de Véhesse que je n'ai jamais menée à terme depuis 2010: pas le temps, trop volumineux). J'ai tourné un peu dans ce blog, mis à jour quelques billets (la catégorie "Livres" doit disparaître, "Citations RC" aussi), réouvert Vaisseaux brûlés. Toujours le même charme d'écriture, mais habité désormais par l'omniprésence du mensonge. La bathmologie était un mensonge à soi-même destinée à couvrir un dogmatisme en ciment.
En août, cela fera dix ans que sa mère est morte.
***


L'infirmier m'a dit de passer mon pied sous la douche dans deux jours pour faire partir les derniers fils.

***

Ce matin nous étions en train de discuter Gilets Jaunes, du fait que la France était divisée en quatre (cf. les élections de 2017) et donc ingouvernable, mais:
— L'a-t-elle jamais été? Quand on voit dessinait les scénarios de Goscinny dans Astérix…
Débat : Goscinny, les années 50 ou 60? Après 68?
— Avant 68: il a commencé dans Pilote.

Un tour dans wikipédia, premier album en 1961, trois ou quatre ans plus tard des tirages à un million d'exemplaires, le premier satellite français nommé Astérix.

Et soudain je me souviens.
***

14215(note : un an plus tard : c'était le nombre de signes de ma dissert, finalement abandonnée).

Séries

L'addiction a frappé : Braquage à la suédoise et The wrong mans hier (Arte), Dead to me (Netflix) aujourd'hui.

La première suédoise amusante, la deuxième anglaise trépidante, la troisième américaine plus réflexive, sur la culpabilité, la colère et l'amitié. Une variation continuelle autour de «chacun a ses raisons» (Renoir).
Les scénaristes américains m'épatent continuellement: choisir une situation intenable et la faire tenir dix heures.

Mystère

Reçu un PV pour un excès de vitesse le 19 avril à 18h58 sur la A11 en direction du Mans à la hauteur du village de Saint Bomer.

Il va falloir contester et demander une photo.

Entourée




Cette impression de voir double, toujours (et de devenir fou: «Mais… elle est dehors? Je viens de la faire rentrer! —Mais non, c'est pas la même.)

Trois points :
1/ Hommage aux infirmiers, infirmières, accompagnants de vie qui travaillent même aujourd'hui.
2/ En conséquence de ma bêtise d'hier, H. a regardé mon blog de près. Il reste des traces de tout: de la séparation du blog initial en deux (parthénogenèse en 2009), de ma bêtise avec l'UTF-8 intervenue en avril 2012 (comme le temps passe), de ma transformation progressive des billets wiki en html…
45000 logs : je me suis loguée 45000 fois ici (ou j'ai appuyé 45000 fois sur "enregistrer", je suppose). Il y a la date et l'heure de chaque fois, je pourrais mettre ces données en ligne (mais je vais plutôt les détruire).
3/ J'ai demandé à revenir à l'ancien look, le look rose, en attendant que H. est le temps de faire mieux (je suis lassée de ce fond vert et jaune). Il n'a rien promis mais j'ai bon espoir.

Blanc

Version définitive (le bleu, c'était pour vous faire peur)


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Jaune blanc rouge : drapeau de l'Océtie du sud, non reconnu par l'ONU.

Les livres et les BD reprennent leur place progressivement.


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Plus de peur de mal : j'ai cassé Alice, pendant deux heures je n'ai pas été sûre de pouvoir le récupérer (problème de mot de passe et de base).

Deux gîtes de deux anciennes sages-femmes: l'une est une amie de lycée, l'autre fut ma sage-femme (idéal pour visiter Giverny).

Sous le signe de la Suède

H. et O. travaillent à terminer le meuble de la cuisine, qui est en réalité un meuble de salon ou bureau acheté chez Ikea (les meubles de cuisine sont trop profonds pour la place dont nous disposons).

Donc nous avons pour l'instant un meuble bleu sur le fond circus de notre cuisine.


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H. est allé chercher une étagère (planche) de plus et nous a ramené les célèbres boulettes de viandes Ikea. Vingt-cinq ans que je n'en avais pas mangées, ça n'a absolument aucun goût (plus de six cents calories la barquette de 380 grammes: que mettent-ils dedans?) Heureusement que j'avais exigé de la confiture d'airelles.

Le soir, un épisode de Braquage à la suédoise repéré hier tandis que je cherchais le reportage sur le Brexit. Plaisant
Et dans la foulée, un documentaire sur Stallone (le moment où je découvre d'où vient "Adrienne", qui est en fait "Adrian".)


Sans rapport, mais curiosité : en revoyant Pour elle il y a quelques jours, j'ai découvert que l'un des thèmes musicaux est repris par Mad Max 4.

Brexit - The clock is ticking

Je regarde un documentaire sur Arte disponible jusqu'au 30 mai.

Des citations à peu près, pour mémoire :
Michel Barnier : «On ne résilie pas son abonnement téléphonique ou on ne rend pas sa carte de gym. Quitter l'Union européenne, c'est détricoter des centaines d'accords.»
J'ai toujours pensé que cette Europe est plus forte si on est ensemble. A 21 ans, j'ai fait campagne pour l'adhésion du Royaume-Uni à l'Union européenne. Il vaut mieux être ensemble que chacun pour soi. C'est encore plus vrai aujourd'hui qu'en 72.

Philippe Lamberts : l'idée de l'union européenne, c'est ensemble on est plus fort. Et c'est vrai qu'au sein des 27, cette conscience-là recule.

Yánis Varoufákis : Il y a une chose à comprendre à propos des négociations avec Bruxelles, c'est qu'il n'y a pas de négociation. Pendant cinq à six mois j'ai négocié avec Bruxelles le droit de négocier. Je n'y suis pas parvenu.

Le R-U commerce davantage avec l'Allemagne qu'avec tous les pays du Commonwealth réunis, davantage avec les Pays-Bas qu'avec l'Australie, la Nouvelle-Zélande et l'Inde réunies.
Cameron a joué à l'apprenti-sorcier. Mais il n'y a pas de maître pour rattrapper ses bêtises.

Récit d'un Irlandais qui a vu son ami abattu par un militaire anglais. Comment les gens ne sont-ils pas prêts à tout pour éviter que cela recommence, comment peuvent-ils menacer de recommencer? A quoi bon, quel intérêt?
Ceux qui refusent tout compromis, comme d'habitude, c'est l'extrême-droite nord-irlandaise. Ils refusent tout amènagement qui ferait de l'Irlande du Nord une terre de droit légèrement différente du reste du Royaume-Uni. Or pour des raisons commerciales, sanitaires, il n'est pas possible de laisser circuler librement les produits entre les deux Irlande: ce serait la porte ouverte à tous les produits que nous ne voulons pas (poulets chlorés américains, etc). Donc soit on crée une frontière physique (donc la guerre), soit on met en place des règles légèrement différentes sur l'île irlandaise (ce que refuse l'extrême-droite). Quadrature du cercle.

Résumé: sans accord entre le Royaume-Uni et l'Union européenne ("Brexit no deal"), la sortie de l'UE signifie mettre en place une frontière physique entre les deux Irlande, ce qui entraîne la guerre.
C'est d'ailleurs la seule chose qui fait reculer Barnier: il accepte des compromis pour sauver la tête de May car «si le gouvernement tombe, il n'y aura plus personne pour négocier». Et il veut à tout prix éviter la guerre en Irlande, c'est ce qui ressort non de ses paroles, mais de ses actes, des compromis qu'il accepte.

Un accord ou la guerre.
Lassitude à l'idée que cela reprenne. Nous avons grandi avec ça à la radio, à la télé.

Journée

8400. Rien fichu de la journée.

Hier comme aujourd'hui, j'ai dormi comme une masse dans l'après-midi. Peut-être le contre-coup de l'anesthésie.

"Mon" infirmier est en vacances, retour à l'infirmière. Son style me fait rire: petite, brune, jupe en cuir. Elle me fait penser à Maria de Medeiros dans Pulp Fiction.


Bandé, le pied reste très présentable.

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Principal enjeu

8400.

Toute la difficulté va être de ne pas prendre trois kilos en six semaines, à rester assise ou couchée toute la journée.

Rien de passionnant

A propos de qui RC disait-il qu'il était facile de tenir un journal quant on rencontrait tout Paris?
En tout cas, il est certain que c'est plus compliqué quand on reste assis toute la journée dans une chambre.

Ecrit cinq mille signes en six heures (sur cent mille à fournir) en écoutant les Nocturnes de Chopin. Cinq pour cent. C'est un début. (C'est peu, certes, mais avec toutes les notes de bas de page, le respect des normes typographiques, etc.)
Trié la pile des t-shirts et des pyjamas. Rempli un sac de vêtements à donner en y ajoutant quelques robes.
Passé sur l'ordinateur pro pour vérifier s'il n'y avait pas d'urgence depuis dix jours (il y en avait une que j'ai traitée tôt ce matin). Je me suis reconnectée à 18 heures pour mettre à jour la base de données de ce que je pouvais: comme elle ferme à 19 heures, j'était sûre de ne pas me laisser entraîner (mesure d'auto-contrôle).
Lu deux Langelots que je venais de recevoir. Les trois derniers (ici Langelot et le commando perdu) ont l'air de faire référence au GIGN et à l'agitation en Nouvelle-Calédonie. Ils sont nettement plus militaire et moins espionnage. Ce soir j'en ai commandé quatre: s'ils sont conformes aux photos des annonces (il existe plusieurs couvertures pour certains et je recherche les plus anciennes illustrations), j'aurai bouclé ma collection.

La plaie saigne dans le pansement imperméable (un grand pansement ovale de dix centimètres sur dix-sept environ, avec des bords découpés en fleur, sans doute pour coller sur des formes arrondies (Mepilex Border Flex)). Un point de suture a sauté dès le premier jour et malgré les strips, la plaie saigne. Est-ce que je me fais ça le jour ou la nuit? En marchant ou dans le lit quand le pied n'est pas tenu? Est-ce que j'ai le droit d'appuyer le pied à plat contre le matelas quand je suis allongée, est-ce que le poids du tibia est déjà trop pour la plaie qu'il écrase et rouvre? Je n'ai personne à qui poser la question. Flemme de googler, de devoir séparer le bon grain de l'ivraie parmi les réponses.

Frankenstein

Teasing : je vais mettre en ligne ici une photo de mon pied couturé, mais comme c'est gore, je vais attendre trois ou quatre jours, que ce billet soit un peu plus bas et que vous puissiez y échapper si ce genre de photo vous révulse.


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(On voit bien l'endroit où un point de suture a sauté (l'infirmier a posé des strips). La plaie saigne à cet endroit, d'où mes interrogations sur la façon d'appuyer sur mon pied quand je dors.)

Une mère has been

O. était parti vendredi après-midi pour Poitiers avec des copains:
— Baptiste m'a dit de prendre mon clavier, mon sac est tout rigide! (trémolo dans la voix genre je suis très malheureux)
— Ah bon, vous allez faire de la musique?
Regard d'incompréhension interloqué.
— Ah non, ce clavier, excuse-moi! (clavier d'ordinateur, pour jouer aux jeux vidéo.)

Il est rentré hier après-midi.
— Alors c'était bien? T'as bronzé?
— Euh non. Pourquoi bronzer?
— T'étais pas dehors? Vous n'êtes pas allés au Futuroscope?
— Mais non. On est allé à la LAN, un concours de Gamers, Baptiste était concurrent.
— LAN? C'est un acronyme?
— Euh non. Euh je ne sais pas.
— Il s'est bien classé?
— Ils sont arrivés en huitième de finale (de LoL, League of Legends).

Clavier = musique, Poitiers = Futuroscope. J'ai des réflexes old fashion. Heureusement que la jeune génération me sert de mise à jour.



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Nuançons : je suis quand même un peu moderne : je suis en train de lui envoyer des sms pour le faire sortir de son lit à… 12h34. (Je ne vais pas ouvrir sa porte car j'ai la flemme de mettre ma chaussure Barouk à trois velcros pour faire cinq mètres).

Vocabulaire : pécho

Suite du LFV (Langue française du XXIe siècle).

Question: à votre avis, pécho, c'est le verlan de choper ou une déformation de pêcher ou de pécher?


(Définition: drague couronnée de succès)

Journée vide

A ne pas pouvoir bouger, ou pas longtemps (je peux marcher sur le talon, c'est difficile de rester debout), à ne pas devoir m'assoir à un bureau (le pied doit rester en hauteur pour ne pas gonfler), les journées deviennent vite moroses.

Réveillée et levée tôt (6h30), comme d'habitude, rendormie de 8h30 à 11h : je déconseille, ça déboussole. Passage de l'infirmer pour la piqûre quotidienne d'anticoagulant (j'avais envisagé de la faire moi-même mais j'ai reculé), repas, déclaration d'impôts (première déclaration de l'appartement acheté en loi Pinel: je suis impressionnée, l'impôt est divisé par deux). Quelques lectures mais pas grand chose (cette impression que l'Eglise catholique est davantage préoccupée d'elle-même que du message chrétien: comment écrire un mémoire dans le cadre ecclésial dans ces conditions? Je n'y arrive pas. Mais il y a aussi la peur de ne pas y arriver, et je ne sais plus ce qui sert d'excuse à l'autre).

Divers: commandé Langelot et le commando perdu (jamais lu) et ce que j'espère être la première édition de Langelot et le plan Rubis (les couvertures changent dans les éditions suivantes).
Tard le soir, premier épisode de la saison 7 de Homeland (S0701), en espérant que cela n'entraînera pas de dérive.
Plus tard encore, flash: vingt-neuf ans de mariage aujourd'hui (nous ne sommes pas très doués pour ce genre de choses. Je m'interroge sur la possibilité et le désir d'organiser quelque chose l'année prochaine).

Un monde qui m'échappe

Interloquée par un tweet de l'UNEF: «En tant que femme transgenre racisée je suis intersectionnelle. Mais ma racisation fait de moi une personne plus privilégiée qu'une afro descente et c'est à cause du colorisme qui crée un privilège entre les personnes racisées.» Clémence Zamora-Cruz


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tandis que ce genre de dessin circule (dessinateur inconnu pour le moment)


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alimentant les insultes d'une gauche qui ne sait plus prendre de recul.


(En fait ce ne sont pas les revendications que je rejette, c'est le vocabulaire1. Les mêmes idées exprimées de façon compréhensible remporteraient peut-être mon adhésion, ou au moins ma sympathie. Dans le cas d'espèce, il y a trop de mots dont je ne comprends pas le sens exact. Le lecteur (ou auditeur) est arrêté par le langage qui fait barrage aux faits. (Il essaie de démêler le sens des mots plutôt qu'accéder directement à la revendication.))

La fin doit vouloir dire : «il y a une hiérarchie2 dans le racisme subi en fonction de la couleur de peau. J'ai conscience d'avoir davantage de chances qu'une Africaine à peau très noire.» ("descente": est-ce une faute de frappe pour descendante ou pour décente? (mais dans le second cas, qu'est-ce que ça veut dire?))
Et le début : «je suis une femme latinos trangenre: je fais donc miennes les revendications des femmes, des personnes de couleur et des LGBT» (est-ce cela que veut dire «intersectionnelle3»? je n'en suis pas sûre car je ne sais pas exactement ce que désigne "sections" (pour moi une section était quelque chose de l'ordre d'une cellule du parti communiste).

Que ceci soit considéré comme une première contribution à un LTI contemporain (LFV, Langue française du XXIe siècle ?)



Notes :
1 : Ce doit être une preuve de mépris de classe blanc élitiste.
2 : On remarquera le choix de "privilège" plutôt que "hiérarchie": une tendance à s'excuser par avance, ce qui est certes sympathique, mais sans doute inutile pour un état de fait que l'on subit et dont on n'est pas responsable.
Hiérarchie des couleurs de peau (ce que veut dire colorisme?): c'est un fait connu; par exemple la société du Brésil est connue pour hiérarchiser subtilement le métissage. En France la hiérarchie me paraît moins subtile (euphémisme) et tenir davantage à la beauté (oui, personne ne le dit, mais oui) et aux vêtements qu'à la simple couleur de peau. Evidemment, ce genre d'intuition serait à mesurer.
3 : Je me suis renseignée: à l'intersection du racisme et de la mysoginie.

Premier jour de convalescence

Terminé L'Europe est-elle chrétienne? d'Olivier Roy (spoil : elle ne l'est plus).

A la recherche de précisions sur la loi naturelle, j'ai lu les articles «Loi» dans le Dictionnaire critique de Théologie (sous-entendu : catholique) sous la direction de JY Lacoste et l'Encyclopédie du protestantisme sous la direction de Pierre Gisel et Lucie Kaennel (qui fut ma première professeur d'allemand à l'IPT). Les deux approches (les deux façons d'aborder le sujet) sont vraiment différentes, historico-exégétique pour le catholique, philosophique pour le protestant. Est-ce une erreur de compréhension d'avoir l'impression à la lecture du Lacoste qu'Augustin aurait fait un bon luthérien?

J'ai trois semaines pour rédiger cinquante pages. Je n'ai aucune idée de la façon de m'y prendre: mon problème est le ton à adopter, le "style" (pour reprendre un mot cher à Christoph Theobald).

Il fait magnifiquement beau. C'est un peu pénible pour les genoux et les lombaires de rester les jambes allongées.

Retour

Voir le chirurgien, passer à la radio, s'exercer à descendre les escaliers avec la kiné («Pliez le genou, il faut que le pied gauche dépasse le pied droit»), récupérer tous les papiers (ordonnances, bulletin de sortie, bilans sanguins) auprès des infirmières : «vous pensez que je pourrai sortir à quelle heure? — Oh, en début d'après-midi. — Mon repas est prévu? — Mais oui.»

J'appelle H. pour lui dire de ne pas se presser, ça tombe bien il est en pleine livraison (le prototype du projet sur lequel il travaille depuis un an).

Je range mes affaires en clopinant, je déjeune, le téléphone sonne: «je suis en panne à Belle Epine». Exaspération de la voix, trois heures de sommeil, une voiture révisée il y a quinze jours. Exploration rapide des possibilités: il s'occupe de la voiture, du dépanneur, de son propre rapatriement; je me débrouille pour rentrer de mon côté.

Clopin-clopant jusqu'à l'ascenseur avec le gros (mais pas lourd) sac de sport, attente au secrétariat (le pied en l'air qu'ils disaient) qui m'appelle un taxi pour aller à la gare de RER (je sais que H. va m'engueuler, mais même si ce n'est pas le plus confortable, c'est tout de même le plus rationnel, le plus rapide, pour traverser diamétralement la région parisienne).

Descente des escaliers marche à marche (je n'ose pas prendre les escalators, je ne suis pas assez rapide, peur de tomber), tourniquet, quai, voiture pour Marne-la-Vallée. Changement à Nanterre Préfecture, RER pour Boissy-St-Léger, je monte. De l'autre côté du couloir, un jeune homme dort à poings fermés allongé sur trois banquettes, genre migrant à la rue, le jean fendu le long de la raie des fesses. Il est sans slip. Il sent mauvais du côté du supportable.
Plus tard, vers St-Maur, il se mettra à tousser à fendre l'âme. Nous passagers nous nous regarderons, sans savoir ce que pense chacun. Pitié, gêne, dégoût, indignation comme les deux dames qui sont descendues plus tôt «ah, c'est bien le RER»?
Je pense à R. qui expliquait que soigner les immigrés illégaux (il n'y avait pas encore de "migrants" à l'époque) était une mesure de santé publique.
Nous nous regardons, ne disons rien, ne ferons rien. Qu'a-t-il traversé, qu'a-t-il vu, quel espoir représentions-nous, qu'avons-nous déçu? Il faudrait le réveiller, le doucher, le nourrir, l'habiller.
Nous partirons. Les passagers descendent un à un de station en station, je reste la dernière. Il dort.
Je descends au terminus. La rame repart, il dort toujours.

O. arrive avec retard. Quelques minutes plus tard je suis chez moi.


———————
Les ruches de Notre-Dame sont saines et sauves. Je ne comprends pas comment c'est possible.
Inquiétude pour les faucons crécerelles: où vont-ils nicher?

Cacophonie

Je n'avais jamais pris conscience à quel point la description des Français par Goscinny était exacte.


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Cacophonie incroyable toute la journée, tout le monde commente, une partie proteste, l'autre proteste contre les protestations: reconstruire à l'identique, pas à l'identique, en bois, en acier, en béton, en verre, Macron a eu tort de dire qu'on la referait plus belle, Macron a eu tort qu'on la ferait en cinq ans, (de façon générale Macron a tort), laissez parler les experts, c'est fou comme tout le monde est expert, salauds de riches qui donnent, salauds de riches qui défiscalisent, ah mais non ils ne défiscalisent pas, salauds de riches quand même, s'ils payaient leurs impôts on n'en serait pas là, pour des pierres il y a un milliard, mais les pauvres (les migrants, la planète), y peuvent crever, etc, etc.


La belle communion nationale aura duré moins de six heures.


Emotion mondiale, émouvante.
Un dessin venu d'Australie, de David Pope, inspiré d'une photo.


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Billard

Douche à la bétadine (je déteste cette odeur), le joint du pommeau n'est plus jointif et arrose toute la salle de bain, blouse et slip bleu marine, charlotte, chaussons, un bas de contention sur la jambe non opérée, deux tranquillisants (puisque l'anesthésiste n'a pas cru que ma tension était due à mon boulot et non à l'opération), brancard, impression de voler dans les couloirs allongée sur le dos, ascenseur, puis je ne sais plus très bien, réveil en pleine forme entre deux dames qui gémissent, «Vous avez mal? Combien sur une échelle de 1 à 10? —5 à 6 —Je vais vous faire une piqûre», puis dans ma chambre, devant un plateau composé de desserts: yaourt compote madeleine galette St Michel jus de pomme.

Ce n'est que bien plus tard que je me rendrai compte que je n'ai aucun souvenir de la remontée dans ma chambre, ni de la façon dont je me retrouvée en tee-shirt. Ces absences me terrifient: vie volée.
Je somnole, je ne sens pas mon pied, mes orteils, prise de tension et de température toutes les deux heures. Tout va bien.

Les nouvelles de Notre-Dame sont étonnamment bonnes: les trois rosaces sont sauvées, et l'orgue principal, et même le coq de la flèche qui contenait les reliques (je suis étonnée que tant de non-croyants accordent une quelconque importance à ces reliques).
Les dons affluent pour reconstruire. Le discours que Macron devait prononcer à l'issue du "grand débat" ne l'a pas été mais est malgré tout commenté. Twitter bruit.

H. passe. J'en profite pour me lever grâce à ma chaussure Barouk. Impossible de marcher car je ne sens pas ma jambe.
Dans la nuit je découvre l'usage du déambulateur: je suis fan de ce truc, quelle stabilité, quelle sécurité!


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Notre-Dame

Journée marathon à envoyer les rapports à relire, à imprimer le dossier réglementaire, à écrire les courriers indispensables. Je quitte le bureau en retard par rapport à mon planning, j'ai peur d'arriver trop tard pour les admissions, la branche du RER A pour Cergy est arrêtée pour deux heures: ouf, je prends celle de St-Germain-en-Laye.

Admission, chambre, tout est prêt, bracelet étiqueté à mon nom (que je donne plusieurs fois, mesure d'identification sécurisée), prise de tension, il faut prendre une douche à la bétadine ce soir et une demain matin à six heures, je suis la première à passer (à huit heures), H. arrive de son côté avec mes affaires dans un sac de sport. Il ressort m'acheter une brosse à dents et revient avec un Paris-Brest, dernière gourmandise avant un moment.

Il part. Je regarde négligemment mon téléphone, un ami a posté une photo avec de la fumée au-dessus des toits: «Notre-Dame vue de chez moi», commente-t-il, je me dis comme c'est bizarre, comme St-Sulpice il y a quelques semaines.

Ce n'est que peu après que je me rends compte de ce qui se passe. Je ne sens rien, anesthésiée. Je regarde mon téléphone. Ça parle d'orgues, de vitraux, de rosaces, détruits. Ruth et Lucy m'écrivent des mots désespérés. La flèche tombe. C'est beau, ce rougeoiment des braises à travers la toiture transparente. Irréel. Glaçant.

J'ai éteint mon téléphone. Je n'y croyais plus. Je pensais aux cloches qui avaient sonné pour Charlie, qui allaient tomber, plusieurs centaines de tonnes: comment imaginer cela? Je pensais à une mauvaise nouvelle de Balzac, Les Proscrits. Je me suis couchée en état de sidération, sans rien ressentir. Je ne sais plus quand j'ai appris que l'incendie était maîtrisé.

L'impensable, ou plutôt l'impensé, ce à quoi on ne pense pas, ce qu'on n'imagine pas, était arrivé. Ce qui allait de soi, l'existence de Notre-Dame-de-Paris, n'allait pas de soi. Ce que l'on pensait éternel, ou plutôt ce que l'on ne pensait pas puisque cela était, était périssable. Retour de la condition humaine.


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photo AFP

Mavrommatis

Anniversaire fêté à six dans un restaurant une étoile : heureusement que la salle était plutôt vide (réservation à 13 heures) car nous n'avons pas été discrets. Il faut dire qu'il ne fallait pas se laisser impressionner par les cinq serveurs (sommelier, etc) s'alignant parfois, sur ordre de quel rite intérieur, pour nous contempler et sans doute réagir à notre moindre désir.
Las, nous étions trop occupés à jacasser (depuis combien de temps n'avions-nous pas été réunis? pas à Noël… depuis fin juillet?) pour avoir besoin d'eux. Notre enthousiasme a été communicatif (n'en avons-nous pas rajouté imperceptiblement dans la tentative de leur faire quitter leur rôle, comme des touristes devant les gardes de la reine?), ils ont fini par si bien communier à notre gaieté qu'une bougie plantée dans un chou nous a été spontanément apportée en fin de repas.
(Attention : le café turc est grec!)

Cuisine excellente, saveurs originales et cuisson très juste des viandes.
Un joli mousseux rosé : Akakies, domaine Kir-Yianni
Un vin rouge puissant et tanique : Ramnista 2005 du même domaine.

Promesse

Journée dans les rapports financiers et de conformité, encore.

Soirée entre amis, dans un restaurant résolument carnivore (Le Trassoudaine dans le 13e).

Thème immobilier : les amis parisiens avec jeunes enfants ont acheté au bord de la mer, en dessous de Nantes; les amis bostoniens cherchent à acheter aux US. Nous apprenons la profession de "realtor", un agent immobilier, mais un agent immobilier qui cherche pour vous, en fonction de ce que vous avez décrit, les propriétés qui pourraient vous convenir. Le marché est très tendu autour de Boston et il faut réagir très vite.
— Il faut être attentif: il y a bien une liste des contrôles sur lequel le propriétaire doit s'engager, mais elle est déclarative avec une case "ne sait pas": on se retrouve avec une liste "Y a-t-il de l'amiante? Je ne sais pas", "Y a-t-il du plomb? Je ne sais pas", "Y a-t-il des termites? Je ne sais pas". Donc il faut se débrouiller, ne pas prendre de maison sans historique de factures, toitures refaites, etc.
Je suis surprise. On m'explique que beaucoup de maisons sont en bois et que les murs sont à entretenir très régulièrement — ou alors en plastique imitation bois, beaucoup plus résistant mais beaucoup plus cher.

Plus tard, alors que nous évoquons nos enfants déjà grands, nous voyons soudain K. se raidir: apparemment, avec ses deux fils en couple depuis plus de deux ans et l'un travaillant depuis quatre ou cinq ans, il n'avait jamais pensé qu'il serait grand-père dans un horizon de deux à trois ans. Et lui qui nous expliquait comment acheter une maison dans le Massachussets est soudain en train de l'abandonner pour sauter en catastrophe dans un avion: l'urgence se lit dans ses yeux (I. a l'air beaucoup moins pressée!)

Nous le rassurons:
— Mais non, tu verras, ils seront trop fiers d'avoir un papy américain.
— Oui, tu seras Captain America !
— D'ailleurs le jour où tu es grand-père je t'offre le bouclier.
— Et moi le costume
— Avec le collant, bien sûr.



Je l'écris ici pour m'en souvenir le moment venu.

Procla

Le nom de la femme de Pilate apparaît dans L'Evangile de Nicodème appelé aussi Actes de Pilate. (Procla est son nom dans les plus anciens manuscrits grecs. En latin cela a souvent été transformé en Procula.)

Nous traduisons un passage où la femme de Pilate fait prévenir son mari que l'homme en face d'elle est un juste et qu'il doit éviter de s'en mêler.

«Dans sa version latine, cet évangile a eu beaucoup d'importance au Moyen-âge. On y a ajouté une descente de Jésus aux enfers, et quand il ressuscite, il apparaît à Joseph d'Arimathie. (On ne sait pas très bien où se trouve Arimathie.) Les pères de l'Eglise se sont posé la question: pourquoi avoir envoyé ce rêve à la femme de Pilate plutôt qu'à Pilate lui-même? Et ils y ont répondu [je crois que c'est Jean Chrysostome qui y a répondu mais je ne suis plus sûre]: parce que Pilate étant un homme, il aurait tout oublié à son réveil. [Rires dans la classe.] Une autre question était de savoir qui avait envoyé le rêve.»
Nous séchons. Dieu?
— Mais non: comme le but était d'éviter la crucifixion…
— C'était Satan ?!
— Eh oui !

Je digère l'information. Mais alors…
— Mais alors, quand Caillois écrit sa nouvelle?
— Oh, il y a aussi xxx, dans les années trente, qui a écrit sur ce thème.
Hélas je n'ai pas compris le nom de l'auteur. Années 20 ou 30.


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La liste des livres canoniques (constituant la Bible) a été établie par le concile de Trente. Les listes précédentes que nous connaissons étaient descriptives, non normatives. Il n'a jamais été question d'y faire entrer l'Evangile de Nicodème.

Le calendrier grec avait pour point de départ les premières Olympiades, en -776.

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Agenda
Rencontré l'anesthésiste. 16/10 de tension, ce qui est énorme pour moi qui suis plutôt à 11/7 habituellement. Le dawa au boulot m'a affectée davantage que je ne le pensais (car en réalité, j'en ressens une certaine ironie, une certaine colère, qui me tiennent chaud et que j'apprécie). Les anesthésistes de cette clinique ont tous signé l'OPTAM (ce qui permet d'être mieux remboursé), ce qui est rare en région parisienne. Et ils prennent cent euros de dépassement, ce qui est remarquable (les montants habituels vont du triple au sextuple). Bref, je donne le nom de la clinique: clinique St-Germain.


Dans l'église à la sortie du RER A est enterré Jacques II, roi d'Angleterre (et VII roi d'Ecosse). Je vais voir la chapelle, dans l'église même où il y a quelques années j'assistais à l'enterrement d'Hubert. Je n'avais pas remarqué ce détail à l'époque.

A la sortie je suis frappé par cette image:

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Elle lisait Dr Jeckill et Mr Hyde.

Enfin

Fin des travaux.

Il reste à poser des baguettes dans l'encadrement de la porte de la cuisine, remplacer le lavabo dans les toilettes du bas, cacher les vis de l'escalier de l'étage et mettre un seuil de porte à la petite salle de bain.

Et puis bien sûr le meuble de la cuisine, mais ça, nous le ferons nous-mêmes.

Incarnation

A l'ICP :
— Parfois, j'ai l'impression qu'ici on vit hors de la réalité, comme si tout le monde était croyant alors qu'en réalité presque plus personne ne croit. Par exemple si j'interroge sur le sens de passion avec un P majuscule, on me dit «mais si, je sais», et quand je demande des précisions: «c'est religieux, non?»
— Oh lala, si tu savais! Des ados m'ont dit il n'y a pas longtemps: «Jésus, il a pris cher!»


Et tout bien réfléchi, ce n'est pas une mauvaise définition, ni de la Passion, ni de la vie de Jéus: d'il a pris chair à il a pris cher.

René

Surprise à midi: mes parents ont invité René, l'entraîneur d'aviron de mon adolescence. Il a 87 ans et est en pleine forme.

Evocation de souvenirs. Je découvre des photos de mon père rameur que je n'avais jamais vues. (Si je fais de l'aviron, c'est parce qu'il en faisait à la fac et qu'enfant, une photo de son huit me plaisait). J'apprends que le directeur du club de Tours François Freslon est celui qui avait poussé mon père à faire de l'aviron à La Source.
En voilà une motivation pour faire partie de l'équipage de la course de Noël ! (course qui se court à Tours en décembre.)

René nous quitte après avoir raconté sa dernière visite à l'un de ses anciens compagnons: «Il m'a filé une arbalète à restaurer, le salaud. Comme s'il ne pouvait pas le faire lui-même! Elle est incrustée de nacre et d'ivoire. Il faut que je trouve un os de girafe pour la restauration.»

Un os de girafe ?

Chez mes parents

Nous arrivons chez mes parents dans l'après-midi. Je voulais passer chez eux avant qu'ils ne partent en road-trip pour la Pologne.
Nous n'avons pas du tout la même conception du voyage qu'eux: tandis que plus nous roulons plus le but recule car je trouve toujours de nouveaux centres d'intérêt et détours, leur voyage est chronométré à la demie-heure près. Je suppose que cela rassure ma mère; pour ma part ça m'oppresse.

Je regarde la Pologne en forme de patate. Ils vont quasi en faire le tour pour aller visiter la dernière forêt primaire (avec l'espoir de voir des bisons) puis descendre dans le sud voir la famille de papa. J'en profite pour repérer Treblinka, le site que moi j'irais voir en priorité en Pologne (mais ça, je ne le dis pas, je n'en parle jamais. Je pense que j'aurais beaucoup choquée ma grand-mère): 80 km de Varsovie, je n'aurais jamais imaginé que ce soit si près.

Une plante dans le salon :
— Qu'est-ce que c'est?
— Un caféier. J'ai planté un grain de café ramené du Costa-Rica.


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Nous discutons jardin et oiseaux. Je pensais que nous n'avions plus de vers de terre dans le jardin car je ne voyais plus de merles: non, c'est que les merles ont été malades et ont quasi-disparus.

En route

A l'origine nous devions aller à Tours pour l'assemblée de copropriété de notre appartement, mais la contraire horaire s'est révélée trop forte et nous nous sommes contentés d'un coup de fil.

Nous avons pris la route par le chemin des écoliers (viaMichelin et non Waze). Saint-Sulpice-de-Favières, Souzy-la-Briche, Garancières-en-Beauce (étrange clocher comme une tour seule restée d'un château), j'ai l'impression d'être entourée des noms de Balzac (mais Vaugrigneuse, c'est Alain-Fournier et non Balzac).
Le long de la D17 les noms se terminent par -ville, est-ce une conséquence de la Révolution, nous glissons dans la Beauce, blé en herbe (est-ce du blé?) vert et soyeux et fragile et vigoureux, hangars et dépôts et usines, Beauce quasi industrielle le long de cet axe, il fait beau, nous roulons décapotés, le froid gagne peu à peu.

Bonneval, un chocolat chaud dans un café où les gens sont charmants et la déco épouvantable (RFM sur grand écran, Angie, À nos actes manqués), nous recapotons, je prends le volant, l'ambiance devient morose — H. vient de réaliser que cela a pris beaucoup de temps et que nous sommes encore loin (il a du travail en retard, des documents à rendre, des imports de base à tester) — Chateaudun, Cloyes, je raconte La Terre et la maison de La Terre, nous suivons les côteaux du Loir inondés de soleil, personne, le printemps, l'eau pleine (plus tard je verrai une retenue d'eau qui explique ce niveau si élevé), St-Claude, St-Hilaire-la-Gravelle, nous rejoignons la N10, fin de la flânerie. (80km/h au régulateur de vitesse, les camionettes qui n'en croient pas leurs yeux devant cette petite voiture rouge si sage.)

Remords

Rêvé de ma prof de grec.
Alors j'ai fait une heure de grec ce matin.


Chat devant l'écran de grec :


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Front des travaux : radiateurs remontés dans la cuisine et la chambre (ouf).
Tout est quasi terminé : il reste des toilettes à remonter (prévu vendredi), une plinthe à placer et des caches-vis en bois à monter (plus compliqué : il va peut-être falloir les tourner nous-mêmes).

Rungis

— Mais pourquoi une place de Rungis dans le XIIIe ?
— Parce que c'est le chemin vers Rungis ?
— Mais Rungis, ce n'était rien avant le MIN. Et il n'y a pas qu'un chemin pour aller au MIN.
Une recherche plus tard :
— C'est le chemin de l'eau. Rungis «possédait une source abondante, dont les eaux étaient conduites à Paris par les aqueducs d'Arcueil et de Cachan». (Wikipedia)

Pourquoi est-ce au passé ? Il n'y a plus d'eau, ou ce sont d'autres cours d'eau qui alimentent Montsouris? (Est-ce encore Montsouris qui est utilisé? Souvenir de Léo Malet, souvenir littéraire de l'ordre du fantasme.)
Aux avions près, cela semble une commune tout à fait intéressante.


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Agenda :
J'ai enfin eu la secrétaire du chirurgien : RV avec l'anesthésiste le 11, opération le 16. (Opération du pied. Dans mon idée cela aurait dû avoir lieu en janvier, pour être d'aplomb en mars pour la clôture des comptes. Mais je n'ai pas osé/voulu laisser J toute seule face au prestataire lamentable et aux affiliés affolés. La situation est désormais stabilisée (retour à la normale dans six mois mais "on gère"), et l'opération devient urgente, pas tant pour des raisons médicales que parce que je veux me débarrasser de ça avant de me mettre à vraiment chercher un autre poste — ce qui sera le cas dès que j'aurai fini mon mémoire. (Tout cela paraît très opportuniste: oui, je l'avoue.))

Des blagues quasi à l'infini

Une CPE a fait un concours de blagues avec des élèves de 5e. Elle a appelé Twitter à la rescousse.

En prime, de la poésie de bureau.

Jamais vu autant de blagues que ce 1er avril. Est-ce à cause des fake news? La meilleure est sans doute celle de la police, la plus triste (pour moi) celle de l'équipe de futurism.


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Agenda :
Levée à trois heures du matin car je pensais avoir cours ce soir et je voulais envoyer une ébauche… Erreur, c'est la semaine prochaine.

Aspirine 15 ans d'âge

caté : distribution du NT et discussion tous azimuths.

Moi — Ça veut dire quoi ressuscité ?
Un gosse — On a une autre vie comme dans Mario.
Moi — Mais dans Mario à la fin on meurt quand on n'a plus de vie (in petto je songe à Jumandji 2) alors que là Jésus nous promet la vie éternelle.

Ils me regardent effarés. Est-on en train de louper à ce point leur "éducation chrétienne" qu'ils en manquent le point essentiel?
— Il nous promet la vie éternelle à condition qu'on dise oui.
Un certain nombre qui suivent braillent : Ouuiii !

Pensée pour la prochaine fois : leur faire un résumé de l'évangile (des évangiles). C'est dramatique d'avoir raté le message à ce point là.


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Déplacé (replacé) des livres et pas du tout travaillé. Je commence à paniquer à me dire que si je ne peux plus marcher six semaines, je cours le risque que les livres soient rangés par d'autres que moi (Noooonnnn!!)


La pose du nouveau plancher a obligé à enlever les plinthes devant les meubles de la cuisine. C'est l'occasion de passer le balai sous les-dits meubles et de ramener des objets inattendus, dont un tube d'aspirine date de péremption 2004:


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Une recherche plus tard, nous apprenons que l'aspirine perd ses propriétés au cours des années et se transforme en je ne sais plus quelle molécule.

10000 mètres

J'ai empiré mon temps (le contraire d'améliorer? pas bien sûre de cette syntaxe).
Il faut dire que j'ai mis à peu près toutes les chances contre moi, en arrivant une demi-heure en retard et en commençant alors que les autres en étaient déjà à mi-parcours.
Je fais souvent cela: me mettre en situation d'échec au lieu de réussite, comme si je cherchais inconsciemment (ou finalement pas si inconsciemment) à avoir d'avance une excuse pour mes déconfitures.
Je me vois en train de faire cela pour le mémoire à rendre fin mai (d'abord Candycrush puis Langelot).

Foutu orgueil.

Comité d'audit et réunion politique

Comité d'audit en fin de journée. On parle risques et moins-values latentes (pour la première fois en six ans le résultat fiscal est inférieur au résultat comptable. La bourse a sérieusement dévissée en fin d'année. Il paraît que c'est dû au Brexit mais je n'en suis pas si sûre.)

Soirée Modem "éthique et politique" (éthique en politique?) à Brétigny. Le maire vient en voisin (j'ai cru comprendre que c'était un ancien Modem et qu'il est actuellement LREM). Quelques présents sont élus municipaux à travers le département. Il ressort des témoignages et convictions de chacun que les tentations sont nombreuses (parfois insidieuses, à peine visible) et qu'il faut être intransigeant même sur les petites choses. Une charte existe à la mairie de Grigny.

Personnellement je suis moins intransigeante qu'eux (je trouve dommage de se priver de l'expertise de quelqu'un parce que c'est un ami ou un parent : c'est si difficile de trouver des personnes dont les compétences nous conviennent) mais je mettrais en place davantage de contrôles imprévisibles et croisés: croiser les équipes entre mairies, entre départements, pendant quelques jours, les faire se présenter les unes aux autres leur façon de travailler, créer de l'inattendu pour rendre la fraudre et la corruption plus difficiles à cacher.

Pour le reste… toujours je reviens à la même stupeur: dans le fond les gens s'en moquent, ils réélisent les fraudeurs, les sportifs qui dénoncent les tricheries sont insultés, les lanceurs d'alerte ne peuvent plus exercer leur métier. (C'est aussi le chaînon qui me manque pour comprendre les gilets jaunes: davantage de justice fiscale, certes: mais alors, pourquoi passez-vous votre temps à voter pour des fripouilles dont on sait qu'ils sont des fripouilles? 19,94% des voix pour Fillon en 2017 (certes, son électorat n'est sans doute pas d'abord les GJ), 21,30% pour Le Pen au premier tour.)

Sourya

Je ne viens plus au bureau que les jours où j'ai d'autres engagements à Paris ou en région parisienne: le jeudi pour le huit, par exemple.
Comme j'ai du matériel de meilleure qualité à la maison, je profite du "home office" (non mais cet anglais de pacotille!) pour faire de la mise en page et du relookage de documents réglementaires. Cela devient de plus en plus joli, cela fait de plus en plus pro — et cela coûte de plus en plus cher à imprimer, c'est de moins en moins écolo, ce bel orange carmin à la place du noir et blanc habituel (en théorie il est inutile d'imprimer, tout est en ligne: mais allez donc dire ça à mes mille cint cent adhérents de plus de soixante-dix ans. Ils veulent du papier. (Et un bon nombre de plus jeunes aussi: «je ne peux pas lire à l'écran» disent les mêmes qui passent des heures sur leur smartphone.))

Huit de filles : Anne-So à la barre. Moi au deux. Je m'applique, c'est difficile, je n'ai pas ramé pendant un mois avec la préparation de Bruges et je ne vais pas ramer pendant six semaines… Je vais être définitivement larguée (mais non, il faut que je tienne bon. J'ai trop souvent abandonné trop tôt par le passé.)

Le soir, dîner (amical, papotage de tout et de rien) avec le président du Modem Essonne qui travaille à deux pas du bureau d'H. (oui, coming out (ne l'ai-je pas déjà écrit?), je suis adhérente au Modem depuis 2007, depuis Sarkozy-Royal: à l'époque je ne voulais pas choisir entre ces deux guignols. Par ailleurs s'engager en politique dans la ville de Dupont-Aignan, c'est presque une obligation morale.)

La crise à venir

Pour parachever la présentation géopolitique d'hier, un fil avec des graphiques sur la prochaine crise.

(Je le copierai en clair quand j'aurai trois secondes de façon à le conserver pour les années à venir. (Toujours ce doute sur la pérennité du web.))


Bonus : une heure et demie d'entretien avec Gaël Giraud.


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Agenda :
Vu le chirurgien ce matin (Yerres-Montigny-le-Bretonneux en transport en commun: absurde! (pourquoi si loin? parce que ce chirurgien m'a été recommandé par une rameuse. Les vestiaires, mon réseau perso.)). OK pour opérer dès que possible.

Après avoir refusé ce week-end que je vide la bibliothèque du bureau de O. («les ouvriers ont dit qu'ils se débrouilleraient» — ce qui me paraissait tout à fait impossible sans qu'ils se prennent trois cent kilos de livres sur la tête), H. l'a fait tout seul cet après-midi en la transportant dans le salon.
Ce soir il est épuisé et la bibliothèque ressemble à ça :


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L'affolement du monde

Présentation du livre de et par Thomas Gomart au "Bureau", cours Albert 1er. Il était invité par open-diplomacy.

Le plafond du Bureau:

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Plaisir du discours de cet homme qui mêle sans solution de continuité philosophie et histoire (Machiavel, Braudel, Carl Schmitt) à son analyse du monde contemporain.

Trois remarques :
- (à propos des élections européennes): si l'on en croit l'élection présidentielle la France est divisée en quatre parts à peu près égales (LREM, FN, LR, FI);
- en 2050, l'Europe représentera 4% de la population mondiale;
- dans les relations internationales, elle risque d'être davantage un objet qu'un sujet.


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Agenda :
Matin : radio du pied en prévision de la rencontre avec le chirurgien demain.
Après-midi : rendez-vous avec mon tuteur à l'ICP. Nous avons arrêté un plan et une démarche. Il reste un mince espoir de rendre le mémoire à temps (Focus!).
Le trafic était intense, toutes les rues barrées : visite d'Angela Merkel, Xi Jiping et Jean-Claude Junker à Paris.

Retour progressif vers la normale

Huit avec le collectif garçons. Conversation de vestiaire : je suis heureuse d'apprendre que je ne suis pas la seule à me dire au milieu d'un 10000 mètres que tout cela est ridicule, je vais arrêter et aller faire autre chose.
Pascale : — J'ai passé les tests sans savoir ce que c'était. J'ai demandé des conseils à Gaëtan pour le 2000 mètres. Il m'a répondu: «ça consiste à cracher ses tripes».
Euh… Sachant qu'Anne-So m'a dit qu'elle avait senti son cœur s'envoler… ça fait pas envie.
— En fait il faut y aller à fond sur les huit cents premiers mètres avant l'acide lactique puis conserver le rythme et donner tout ce qu'on peut sur les cent derniers mètres. Et il faut savoir que même quand on pense qu'on ne peut plus rien donner on peut encore.
Je me suis inscrite pour les 10000 samedi prochain. Si je suis opérée du pied je ne pourrai pas faire de bateau pendant deux mois, mais je veux que mon engagement dans le collectif ne fasse aucun doute.

Cablage du dernier étage à travers le cagibi que j'appelle in petto "the priest hole" depuis que j'ai lu The Stranger House (Reginal Hill). Déménagement de l'ordinateur et écran du bureau d'O car c'est le prochain plafond à être repeint.

The Happiness Therapy puis The Proposition en projection sur le mur. C'est fun (pas les films, mais le fait d'avoir de nouveau un canapé pour se zoner dans un endroit chauffé après trois mois à ne pouvoir se réfugier nulle part).

Circonstances inattendues

Huit. Acacia planté au milieu du petit bras, comme tombé du ciel.
Caroline est devenue nauséeuse à la barre durant le dernier tour (migraine ophtalmique). Je propose de la ramener chez elle.
C'est ainsi que vers midi un cabriolet rouge décapoté s'est arrêté devant les militaires anti gilets-jaunes au centre de la place de l'Etoile. Un militaire s'est approché pour savoir ce que nous voulions: «elle est malade», ai-je expliqué tandis que Caroline ouvrait la portière pour vomir. Le militaire s'est retiré.

Nettoyage du canapé réinstallé sur la mezzanine et projection de Triple Frontière sur le mur.

Kapuściński (que je suis en train de lire) décrit exactement ce film (spoiler alert ?):
Mais l'avidité du tyran [Cyrus] va provoquer sa déroute, de même que l'insatiabilité causa naguère la déchéance de Crésus. De plus, le châtiment frappe toujours l'homme au moment où il croit être sur le point de réaliser son rêve, rendant son malheur encore plus cruel et destructeur. Désillusion, immense rancœur contre le sort vengeur, sentiment accablant de soumission et d'impuissance s'ajoutent alors à la lourdeur de la peine.

Ryszard Kapuściński, Mes voyages avec Hérodote, Pocket p.117


Fin de Daesh. Moins de cinq ans. Mais ce n'est pas fini. Que va devenir la Syrie? Et les hommes entraînés et dispersés?

Chez Virginie

Pauvre Gaston : «ils vous ont prise pour une illuminée». (Evidemment, je leur ai dit que je concevais une entreprise comme un tout organique qu'il s'agissait d'accompagner dans sa croissance et qu'il fallait être attentif à tout, à la stratégie comme aux signaux faibles. J'aurais mieux fait de leur parler de besoin de fonds de roulement. Il faut que j'identifie les mots qui sont attendus et que je les place, c'est aussi simple que ça.)

Pauvre Gaston, car j'ai été une bien piètre candidate alors qu'il m'avait fait confiance.

Le soir, dîner-buffet chez Virginie suivant le principe expérimenté chez Bénédicte.
Deux différences: il y a des hommes (un rameur du huit, leur barreur de Tours, l'entraîneur d'un autre club et Patrick) et surtout, pour une raison inconnue, personne ne s'assiera, ce qui a été épuisant au bout de quelques heures (talons haut et trois kilomètres de marche à partir de Nanterre).
Virginie possède quelques livres de chez Verdier. Ils me surprennent car ils sont délibérément présentés comme une collection à part entière. Est-ce qu'elle connaîtrait l'éditeur? Il faudra que je l'interroge.

Patrick (qui évoque plusieurs fois notre conversation du retour de Bruges: il trouve incroyable de s'être retrouvé dans une voiture avec trois autres catholiques) me dépose à l'Etoile, ce qui me permet de rentrer assez vite (important car j'ai très mal au pied: j'appréhendais le voyage train puis marche de St Lazare à Auber (ligne 14 en travaux) puis RER A puis RER D).


Dans la cuisine, les couches de peinture sont suffisantes pour donner une idée finale (les ouvriers désapprouvent ces couleurs circus).


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Guyancourt

Nous sommes partis tôt à Paris, pris notre petit déjeuner ensemble dans le 13e comme souvent, puis j'ai conservé la voiture pour aller à Nanterre (je le note car c'est une première. Quelques problèmes pour accéder au parking…)

Huit, séance de réflexologie plantaire, puis en route pour Guyancourt pour l'entretien d'embauche.
J'ai été reçu par trois personnes, le directeur, un responsable de la RH et un opérationnel. Cela s'est très mal passé, je n'étais absolument pas préparée, pas du tout pro.
Sur le fond j'ai été nulle. Sur la forme, ils m'ont paru à peine polis, ne respectant aucune règle élémentaire de courtoisie. Cela faisait mal dégrossi et m'a rappelé Cedi Sécurité.

Bref, je m'étais demandé ce que je ferai (ce que nous ferions) en terme de déménagement si le poste me plaisait; la question ne va pas se poser à double titre: je ne vais pas être retenue et je ne veux pas y aller.

Gaston

J'ai été contactée par un cabinet de recrutement (Gaston est un prénom fictif mais proche du recruteur) et j'ai passé un entretien — fort agréable — cet après-midi: «Bon, je vais vous présenter. Soyez plus assertive. Plusieurs fois j'ai été obligé d'aller vous chercher.»

Ce qu'il veut dire, c'est que je ne sais pas décrire ce que je sais faire. Je ne sais pas me vendre. Cela vient sans doute que j'ai toujours été embauchée pour faire des choses que je n'avais jamais faites — et que je les ai faites. Donc je n'imagine jamais que ce que je vais avoir à faire va ressembler à ce que j'ai fait — et pourtant c'est ce que recherchent les recruteurs: quelqu'un qui a déjà fait pour qu'il refasse.
Comme je le lui ai dit en riant, pour m'excuser d'être aussi mauvaise à faire ma propre promotion: «Donnez-moi le boulot, je vais vous le faire».
J'oublie toujours l'évidence : les gens ne me connaissent pas et il faut les rassurer.

J'ai deux handicaps : je n'ai pas dirigé de grosses équipes et — je ne suis pas payée assez cher actuellement. Je paie les erreurs que j'ai faites en 2003 en acceptant de passer à la doc en descendant de classe et en 2009 en ne demandant pas d'augmentation substentielle de salaire en passant à l'audit. Tout cela m'était tellement étranger, j'avais si peu conscience du snobisme ambiant.
(Vous n'êtes pas jugé sur votre valeur humaine, sur vos compétences, mais sur votre diplôme (même s'il a trente ans) et le salaire qu'on vous verse.)

Comment puis-je exprimer que je trouve absurde d'être payée plus puisque je n'ai pas besoin de plus? (Mais je sais qu'il ne faut pas l'exprimer. Quand je vois les salaires de certains dans ma boîte pour des emplois de fantôches… Oui, absurde.)

Par ailleurs j'ai eu aussitôt un rendez-vous pour demain soir — ce qui m'a paru étrange. Sont-ils désespérés à ce point?
L'autre point bizarre c'est que le recruteur a pris la peine de me prévenir des tentatives d'intimidation du patron que j'allais rencontrer demain. Celui-ci trouve-t-il intelligent de se conduire comme un gougnafier pour déstabiliser les candidats? Etonnant.

Front des travaux : l'escalier remonté il y a deux jours est utilisable. (Il a fallu attendre que le vernis sèche).

Free sans illusion

Pour une fois j'ai demandé un accusé de réception lors de l'envoi d'un mail. Free m'a envoyé le message suivant lorsque mon message a été ouvert :
Le mail envoyé le xxx 2019 10:03:05 GMT+01:00 au destinatairexxx@free.fr avec l’objet "xxx" a été affiché. Cela ne signifie aucunement que ce mail ait été lu (ou compris). Reporting-UA: 88.178.2xx.xxx

Jusqu'à quand accepter l'inacceptable ?

Les gilets jaunes et black blocks ont incendié le Fouquet's. L'argument classique est «ce ne sont pas les "vrais" gilets jaunes».

Mais qui sont les vrais? Car si la revendication des plus pauvres est fiscale, ça n'a pas de sens puisque ceux-là ne paient pas d'impôt. Quant aux autres… pas un jour sans découvrir que l'un ou l'autre des leaders les plus en vue est fonctionnaire en disponibilité ou héritier d'un grand garage nantais ou autre anomalie.
Qu'ils éliminent l'impôt, je serai riche, mais qui s'occupera des plus fragiles? Il y a tant d'incohérence dans tout cela, tant de perte de vue des articulations, de la pensée du monde comme un ensemble. Chacun dans son coin enviant tous les autres et non chacun supportant tous les autres dans une vision organique de la société.

«Ce que je voulais dire c'est que» il faut savoir choisir son camp: quelle que soit la sympathie qu'on peut éprouver pour le mouvement, il faut décider si l'on trouve opportun de soutenir une action dont les leaders ne sont plus qualifiés d'extrême-droite mais "d'ultra-droite" — ramenant du même coup, ô douleur, l'extrême-droite dans l'acceptable.
Je découvre que la haine de Macron peut amener un homo à soutenir l'homophobie, une gauchiste à trouver les fachos pas si graves.



Précision : ce n'est pas l'incendie du Fouquet's que je trouve inacceptable. Concernant cet événement, je suis surtout soulagée qu'il n'y ait pas eu de mort. Ce que je trouve inacceptable, c'est le premier mort, le deuxième, chaque mort, les gens quittant leur domicile pour une course ou une visite chez le médecin et ne rentrant jamais. Ils n'avaient rien demandé. Et non, je ne mets pas les blessés des manifestations au même niveau: eux ont fait un choix, le choix de manifester. Certes ils soutiennent être victimes de violence. Mais curieusement les marches pour le climat ou contre la violence n'entraînent aucun débordement. Pourquoi?

RC

Je m'apprêtais à envoyer une carte de félicitation à RC pour sa victoire contre Yann Moix (RC avait porté plainte contre Yann Moix qui l'avait traité d'antisémite. Je ne donnais pas cher de sa peau car je ne voyais pas un tribunal donner raison à RC dans le contexte actuel, avec la montée inquiétante de l'antisémitisme. Et pourtant, RC n'est pas antisémite. Il est anti-musulman).

Aujourd'hui un attentat a été commis contre des musulmans en Nouvelle-Zélande. L'un des inspirateurs du meurtrier est RC et sa théorie du grand remplacement.

Je n'ai pas envoyé ma carte de félicitation. J'ai pensé «ouf, heureusement que je n'avais pas de carte convenable sous la main et que j'ai pris du retard dans mon projet».
Je me demande ce qu'en pense Rémi.

Colloque œcuménique

Ce colloque célèbre la signature en 1999 de la Déclaration commune sur la justification entre les catholiques et les Luthériens, déclaration adoptée peu à peu par d'autres Eglises protestantes
Pour mes lecteurs non concernés, il s'agit en quelque sorte de la fin officielle des guerres de religion catholiques contre protestants: il s'agit de la reconnaissance par écrit que les objets de discorde n'en sont plus, parce qu'on ne pense plus exactement comme à l'époque, parce qu'on a pris le temps de s'écouter, parce que, surtout, on accepte de ne pas être d'accord sur tout tant que l'essentiel est préservé. C'est un processus fascinant
.

De l'importance de la narrativité.

« On ne peut pas changer l'histoire. Mais on peut changer la façon dont on en parle. »
«L'unité n'est pas quelque chose que nous produisons, mais quelque chose que nous recevons. Deux fois déjà j'ai dû bouleverser mon calendrier….»
Olivier Brès, ancien secrétaire général de la Fédération de l'Entraide Protestante

Parler ce ce qui rapproche plutôt que de ce qui sépare.

Maintenant la cuisine

Huit ce matin avec six filles et trois garçons (Martin, Franck, Simon). Isabel à la barre. Au un. Le vent souffle tant que nous rentrons après une boucle barrage-île.

Après-midi à transborder le contenu les placards de la cuisine dans la bibliothèque du salon (elle même mise en cartons) pendant que O. et H. reconstruisent la penderie et remontent le placard de l'entrée.

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Ensuite, démontage des dits placards.

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Le soir nous sommes défaits et épuisés, à peine heureux du travail accompli. Cela fait quasi trois mois que ça dure (17 décembre, il me semble).

Samedi studieux

Journée sur le bilan pendant que H. continue le câblage électrique.
Je ne me souviens de rien, je suis pas à pas la procédure que j'ai écrite en 2015 et mise à jour chaque année depuis. La méticulosité récompensée.
Ce soir j'ai quasi fini la partie fiscale et l'annexe du bilan. Il me restera le rapport de gestion.

Un pantalon en lin

Anne avait du chic. Elle avait un style, elle portait des pantalons en lin. Nous étions en première, et certes elle était redoublante, mais tout de même, c'était impressionnant qu'elle vécût en couple.

J'admirais son style, sa gentillesse, son aisance.
Pour l'imiter, j'ai essayé dans mon adolescence rondouillette un pantalon en lin. C'était atroce.

Il est normal que je pense à elle ce soir puisque je viens d'acheter un ensemble en lin.
(Toute une vie comme une revanche sur l'enfance, ou comme un accomplissement de l'enfance. Deux façons si différentes de le dire pour renvoyer aux mêmes actes.)

Un coup de fil

Aviron à midi : RER A, La Défense, métro ligne 1.

Sur le quai, coup de fil. C'est la commissaire aux comptes: «Allô, j'appelle pour nous régler les détails de notre venue lundi».
Je balbutie : — Vous venez lundi ?

J'ai complètement oublié. J'avais revu mon agenda en début de semaine, relu des mails: je n'avais rien vu sur les CAC. Je n'avais pris aucune note sur leur venue.
Eh bien voilà.
Elle me propose de décaler sa venue (avec une junior). Je sais combien son emploi du temps doit être serré en ce moment, elle est responsable de mission pour la première fois, c'est une jeune femme, je ne peux pas lui faire ça: «Non non, venez, je vais me débrouiller».

Ma voix n'est toujours pas revenue. Je rame dans le huit pour la première fois depuis un mois.

Un quatre

Toujours pas de voix. Ça m'arrange : pas de téléphone.

A midi, dans le désir de ne pas me couper du club, je vais ramer hors du huit.
Sortie avec William, Benoît et Marc.

Le soir, Barry Seal projeté sur le mur (si blanc) de la chambre. H. ne l'avait jamais vu.

La mule

Pas désagréable mais un peu bof. J'ai préféré de loin Barry Seal.



Rentré avec O. (qui a renversé son thé dans son sac de sport mais c'est une autre histoire) dans un RER dont le conducteur aimait le foot (il nous a expliqué que certes le train était en retard mais que nous serions à l'heure pour le match (quel match?). Il a diffusé de la musique dont j'ai supposé que c'était l'hymne d'un club).

Récupération

Journée à la maison. Toujours aphone. Salle de sport (cours d'abdos), sieste. Un peu de rangement.

Pas fait grand chose.
Demain doit arriver l'escalier pour le dernier étage. Il est d'un seul bloc, il va falloir le passer par la fenêtre du premier étage. Je ne vois pas comment c'est possible.

Bruges la ville

Ce matin je n'ai plus de voix. Du tout.

Tour paresseux en ville : à une dizaine rien n'est rapide. Pluie fine. Cathédrale, église, c'est dimanche, il y a des messes, on ne peut visiter. Béguinage, je me souviens de quelques explications de l'été 2017, mais bien peu.
Salon de thé. Impossible de monter au beffroi (ce qui était mon ambition) car trop de queue. Barquette de frites sur la place.

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Echanges de sms : mon chauffeur décide de partir à 13h30. Il passe nous prendre à l'auberge de jeunesse.

Retour : les mêmes qu'à l'aller, plus Anne-So. A un moment la conversation dérive sur le mariage pour tous et je découvre l'homophobie ordinaire. Le chauffeur a participé à la manif pour tous "parce qu'il faut voir ce que se prenaient les cathos". C'est bien pratique de pouvoir déclarer alors que je fais des études de théologie (c'est bien la première fois que j'en parle IRL, à part dans ce blog, je ne le dis jamais), cela donne un poids non-anticlérical à mon rappel des paroles de Monseigneur Vingt-Trois assimilant le mariage gay à la zoophilie.

Plus surprenant et plus douloureux est de découvrir la rigidité d'Anne-Sophie (que je n'imagine pas très engagée) qui déclare être gênée par les actuelles pubs dans le métro mettant en scène des couples d'hommes: «comment j'explique cela à mes enfants?»
En fait la question me paraît si absurde que je ne réponds pas car le développement serait trop long, et visiblement nous n'avons pas la même façon d'élever nos enfants. Tout d'abord le plus probable est que les enfants ne le voient pas: grâce à Dieu (si je puis dire) ils ne sont pas obsédés, eux, ils ne pensent pas qu'au cul, ils ne le voient pas, ne le comprennent pas et n'en ont pas vraiment conscience. Une fois qu'ils ont atteint l'âge où ils se sentent concernés, il n'y a plus grand chose à expliquer, mais le cas échéant, il faut aller à la vérité simple: «c'est une pub pour les préservatifs, ça évite d'attraper des maladies quand on fait l'amour.» Ça n'est pas si compliqué à dire.
Tout cela me traverse l'esprit, je ne réponds pas, par lassitude, parce que je ne vais pas la convaincre, que la seule façon de la convaincre serait de la faire rencontrer des amis homos, car je suis persuadée qu'elle ne doit pas en connaître — enfin, pas en connaître de déclarer, car statistiquement, il est probable qu'elle en côtoie.
(Il me semble d'ailleurs que c'est ainsi que la conversation avait commencé: j'avais remarqué que certaines expressions ou remarques pouvaient blesser des homos dont on ne savait pas qu'ils l'étaient; j'étais en train de plaider pour une certaine délicatesse de vocabulaire. J'avais eu droit à «on ne peut plus rien dire». Ben euh… d'un point de vue féministe je milite contre «on s'est fait baiser»: si c'est pour ainsi dévaluer la chose, cela ne donne pas envie de pratiquer. «On s'est fait avoir» est une option envisageable, ce n'est tout de même pas si difficile. Bref.)


Arrêt à une station-essence sur l'autoroute. Je m'aperçois que j'ai oublié mon blouson sur le dos d'une chaise à l’auberge de jeunesse avec pass Navigo, lunettes et clé de la maison. Nous faisons appel aux rameurs encore à Bruges qui passent récupérer mon blouson. Il me reste à les attendre à La Défense. J'ai deux heures devant moi. Je prends un billet pour Dragons 3 à La Défense (le seul dont l'heure de début soit adéquate) puis m'introduis en douce au milieu d'une séance de Greenbook. J'en regarde les cinquante-et-une minutes de la fin (soyons précis). Cela m'a rappelé un épisode de ma pire expérience en entreprise.

Je rentre. H. partait à Nantes à l'heure où j'arrivais à Paris. J'aide O. à passer deux cables internet à travers le mur de la chaufferie au salon.

Bruges les courses

— Mais alors, tu vas passer quatre heures dans le bateau! me dit Patrick B.
Damned, je n'y avais pas pensé ainsi: mais effectivement, barrer successivement les garçons puis les filles va me faire monter dans le bateau vers midi et en descendre à quatre heures.

L'organisation est la suivante : les bateaux montent vers la ligne de départ dans l'ordre inverse des numéros de concurrents (les plus grands numéros en premier: c'est notre cas puisque le bateau des garçons est le 44) puis partent deux par deux bord à bord dans l'ordre de leurs numéros — ce qui fait que les derniers arrivés sont les premiers à courir et les premiers arrivés au départ attendent le plus longtemps.

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Nous montons les cinq kilomètres. J'ai des problèmes avec la coxbox (appareil qui sert à mesurer la cadence (coups/mn) et à alimenter le micro qui permet de communiquer avec les rameurs (le dernier rameur est à dix mètres du barreur). Bien qu'elle est été en charge toute la nuit, elle paraît faiblir. Nous faisons quelques exercices.
Nous avions été prévenus qu'il fallait passer sous un pont en se penchant sous peine d'être décapités: de loin c'est impressionnant, il paraît impossible de passer sous un pont si bas (mais si).

Demi-tour. Attente (le temps pour l'un des rameurs de faire pipi debout dans le bateau: j'ai refusé d'aborder par peur d'abîmer la coque. Comme me dirait la nage (le rameur devant moi): «Je n'aimerais pas être le rameur derrière lui»). La coxbox rend l'âme. Nous repassons sous le pont bas. Bord à bord au pré-start: il s'agit de s'aligner, partir, mais le chronomètre n'ait déclenché que cinquante mètres après. J'entends "go", "mes" rameurs partent, nous venons de voler le départ à nos adversaires (ce qui n'a pas d'importance pour le chronomètre, mais beaucoup pour le moral).

En quelques minutes, nous remontons trois bateaux: nous avons démaré trop vite, cela ne faisait pas une minute que les précédents étaient partis. La cadence est 26, je hurle en scandant, je scande en hurlant, plus de coxbox, la nage voudrait que je ralentisse à 22 mais je ne le lui permets pas: vingt-six, c'est normal pour une course. Je ne vois rien, je ne sais pas où nous en sommes, combien de temps avant l'arrivée?
Ils feront le meilleur temps des "loisirs" (recreaten) masculins.

Arrivée, remontée du bateau sur tréteaux pour changer les réglages pour les filles. J'avale une soupe. Il fait gris, il bruine à peine mais il ne fait pas froid. Je remonte dans le bateau. Nous repartons. Cette fois-ci je regarde les rives pour prendre des repères; j'ai vécu le premier parcours comme un rêve. Les filles résistent mieux que je le craignais à l'absence de coxbox (j'appréhendais une déconcentration découragée).

Bateau 92. Cette fois-ci c'est nous qui nous faisons voler le départ. Deux coups de rame de retard, je le verrai plus tard sur les vidéos. Les filles s'accrochent, remontent. Je scande le rythme, je sais que si Anne-Sophie tient, elles tiendrons (et je sais qu'Anne-Sophie tiendra). Soudain l'autre huit se décourage et décroche. Nous partons à la poursuite du précédent, loin devant, à une minute d'écart.

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Plus tard Anne-Sophie me dira: «quand tu as commencé à hurler j'ai cru que tu te tairais au bout de dix coups mais tu as continué». Nous rattraperons pratiquement le bateau précédent qui nous fera une queue de poisson à cinq cent mètres de l'arrivée. (La nage s'excusera quelques heures plus tard : la barreuse de ce bateau est connue pour sa maladresse).
Troisième huit loisirs de filles. Elles sont devant un bateau mixte.

Démontage des bateaux. Remontée sur la remorque. Pelles, portants, tréteaux. Attente des résultats.
Nous sommes en retard pour la réception à l'hôtel de ville pour les cent cinquante ans de la course. Tant mieux, penserai-je une demi-heure après mon arrivée : impossible de rester assise aussi longtemps après une journée de sport.

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Tous les clubs sont appelés tour à tour. Pour la première fois un club turc est venu, chaleureusement applaudi. Et des Italiens, des Allemands, des Anglais, des Hollandais, des Hongrois.
J'espère en l'Europe même si j'ai peur pour elle.

Restaurant. Parmi tous nos bullshit jobs, un rameur a un métier passionnant: luthier, spécialisé dans les archers, et plus particulièrement dans les archers de contrebasse.

Aller à Bruges

RV au pont de Sèvres à quatre heures.

Voyage dans la voiture d'un couple de rameurs (ils se sont mariés depuis l'époque du lac de Vouglans). Le quatrième est Patrick, un ami de Virginie. Discussion à bâtons rompus. Par chance nous avons vu à peu près les mêmes films, ce qui permet d'avoir des références communes.

Nous discutons entre autres Gilets jaunes et de la France divisée. Patrick est persuadé que tout cela remonte à la défaite de 40 dont nous n'avons pas tiré tous les enseignements. «Lis L'étrange défaite de Marc Bloch, tu verras.»

Le soir, dîner au club. Puis auberge de jeunesse (oui, c'est bien la jeunesse de ces corps enchevêtrés sur les canapés en train de boire, regarder la télé ou écouter de la musique qui nous frappe quand nous entrons dans l'auberge). Je dors avec Anne-So, les autres sont dans une chambrée de six. Je m'endors très vite.

L'art de la joie de Goliarda Sapienza

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RER 19h47.

Ça ne se voit pas, mais elle avait un très joli visage. (J'ai pris la photo trop tard.)

Derniers témoins

J'ai terminé Derniers témoins. Par instants la lecture devient si douloureuse qu'on ne comprend pas que la terre ne s'arrête pas de tourner (ne se soit pas arrêtée de tourner), qu'elle ne refuse pas de porter plus longtemps autant de douleur, de chagrin, de cruauté.

Dîner chez les voisins

Nous sommes quatre couples et nous jacassons joyeusement. Curieusement, et un peu par hasard, nous sommes trois à travailler dans les assurances, mais les deux autres n'ont pas la même couverture santé. Je raconte mes malheurs.
— Cegedim ? Ils sont connu pour faire les choses à leur manière et ne rien écouter.
C'est encourageant… (mais bon, je m'en étais déjà rendu compte).

Pendant le dîner, en face de moi, une quarantenaire mère de cinq enfants, pétillante de vie et de malice. Son dernier doit avoir cinq ou six ans. Nous apprenons qu'elle a eu récemment une ablation du sein, cancer. Cela n'a pas l'air de l'inquiéter, j'en suis estomaquée (avec quatre enfants mineurs….)
Quoi qu'il en soit le repas est très gai.

Harry Potter en grec

— Non mais, "echo", c'est avoir, dans le sens de posséder, tenir dans les mains. C'est pour ça que le début d'Harry Potter en grec, «les Dursleys avaient des voisins», traduit par "echo",… ça fait pas sérieux.




(Note pour moi-même : me procurer Harry Potter en grec pour relever la phrase exacte que la prof connaissait par cœur.)

La question de fond : à quoi sert l'Europe ?

Julien Munoz, journaliste, feuillette les cahiers de doléance.
Il est tombé sur une question de fond et l'a publiée sur Twitter.

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Je vais copier l'intégralité de cette lettre car un tel témoignage se conserve.
Cahier de doléances, mairie de la Hague. Cotentin - Manche.

objet : éthique et dignité

Sur le téléphone de mon mari apparaît régulièrement une annonce : Rencontre avec des femmes matures et des photos par dizaines de fesses et vagin de femmes nues exposés comme du gibier en vitrine, avec une phrase attactive et une adresse en dessous. Il m'assure qu'il n'a rien demandé, que cela apparaît d'autorité sur Gmail parce qu'il est un homme et que ce type de message est classé dans "publicité", ce qui autorise tout.

C'est extrêmement choquant et perturbant. Comment se fait-il que malgré la quantité d'institutions, de règles et lois existantes et le nombre de femmes partout présentes et d'hommes clamant la dignité et l'honneur, des individus sans scrupules s'introduisent dans la vie privée des hommes au mépris de la vie conjugale et du respect dû à tous? C'est le degré 0 de l'humanité. C'est inacceptable. A quoi sert l'Europe? A quoi sert la politique si des délinquants de cette sorte sous le couvert de "publicité" font de la débauche et de l'abominable pornographie un produit de consommation banal?
Il est grand temps de faire obstacle à ce laisser aller et de rétablir la dignité humaine.

Une citoyenne française
Si vous êtes curieux, lisez les commentaires.

Et ça continue encore et encore

Salon.
Objectif : repeindre murs et plafond. Et refaire toute l'électricité et faire passer internet (sinon à quoi bon avoir la fibre).


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Samedi

Temps magnifique et sortie ratée (à cause du temps magnifique?) Un équipage non concentré, deux et demie d'exercice (c'était trop, j'aurais dû arrêter avant), la peur de trop râler en tant que barreuse et une difficulté à me positionner.

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Mavromatis rue Paul Doumer (c'est le deal : je vais ramer, je ramène le repas), retour décapoté (il fait 18° et plus).

C. à la maison pour aider à la mise en carton du rez-de-chaussée.
Je lis Langelot aux arrêts de rigueur. C'est curieux d'analyser le message derrière les aventures de Langelot, une certaine vision du monde — aujourd'hui influencée par le fait de savoir que Lieutenant X est Vladimir Volkoff.

Vendredi compliqué

Autant il est facile de travailler quand H. travaille (silence de mort, concentration maximale, heures qui s'allongent, repas oubliés), autant cela devient très compliqué quand il n'est pas en train de programmer ou en réunion téléphonique: il bouge, s'agite, passe, interroge, coupe l'électricité (il remonte des prises),…
Quand vous êtes en train de faire quelque chose que vous n'avez pas envie de faire, cela fait beaucoup de raisons d'arrêter.

Cependant, grâce à cette agitation, ce soir j'ai à nouveau un endroit "à moi" (une chambre à soi) pour poser mon ordinateur connecté à "mon" écran (cadeau d'anniversaire), un écran si beau que mon ordi pro ne peut pas le piloter (problème de thunderbolt 3, paraît-il. Je ne lui dis pas que pour moi, cela évoque avant tout un cheval).

Jeudi ordinaire

Voiture (bleue) le matin. Partis tard, flemme.

Temps splendide. Barré le huit (entraînement Bruges). Agathe très appliquée à la nage. Rencontré Laura dans les vestiaires (quelle émotion).

Conf call avec les zozos. Silence de mort quand je décris les bizarreries du paramétrage, quand je prédis le bordel jusqu'en septembre s'ils ne font pas appel à nous (nous tous entreprises connaissant nos adhérents), jusqu'en mai sinon.
Eux nous promettent le 15 mars. (Dans leurs rêves. En plus il va y avoir les vacances, moins de monde plus de jambes cassées.)

Dîner au "Temps des cerises".

En rentrant, vidé une étagère encore.

Photo de l'arrière-cuisine : le tuyau noir passe par l'un des trous percés par Darek dimanche. Dans le tuyau, trois fils internet en fibre optique (je ne connais pas le vocabulaire) montent à l'étage. Le boîtier blanc permet d'installer des prises RJ45.

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Retour karmique

Il y a quelques années existaient les clauses de désignation :
Ce mécanisme est le suivant : les entreprises doivent obligatoirement s’assurer auprès d’un ou plusieurs organismes assureurs choisi(s) par les organisations syndicales représentatives des employeurs et des salariés au sein d’une branche professionnelle. En contrepartie de cette exclusivité, l’organisme est tenu de couvrir tous les salariés du secteur concerné, sur la base d’un tarif unique. Les risques sont ainsi « mutualisés » au sein de la branche, comme si elle constituait une seule et même entreprise, alors que selon les défenseurs de ce système, sans celui-ci, les entreprises se verraient proposer des tarifs très différents, en fonction notamment de leur taille et de l’état de santé actuel ou futur de leurs salariés.
Si la mutualisation sur un grand nombres de têtes permettaient de faire baisser les tarifs, en revanche ces clauses rétrécissaient le terrain des assureurs exclus de fait des branches qui ne les avaient pas choisis: chaque assureur avait ainsi sa chasse gardée et ne pouvait empiéter sur celle des autres.
Désireux de gagner des parts de marché, les assureurs ont plaidé pour la fin des clauses de désignation et la possibilité pour chaque entreprise de choisir librement sa couverture prévoyance et santé. Ce fut chose faite en 20131.

C'est alors que les assureurs découvrirent qu'ils avaient eux-mêmes au niveau de la branche assurance un système qui s'apparentait à de la désignation, avec l'affiliation obligatoire au RPP (régime de branche) géré par le BCAC (GIE piloté par dix co-assureurs).

Marche arrière toute, recours devant le conseil d'Etat, le conseil constitutionnel,… Rien n'y fait, la fin de la clause de désignation est confirmée, les assureurs sont désormais libres de choisir la complémentaire santé de leurs salariés, ils ne sont plus liés au RPP.
Le BCAC, inquiet que ses affiliés ne le quitte, décide alors de changer de prestataire de service (pour rembourser les soins et verser les rentes d'invalidité): puisque B2V ne donne plus satisfaction (informatique vieillissante), il choisit en décembre 2017 de le remplacer par Cegedim, à la grande colère des organisations syndicales qui s'estiment mises devant le fait accompli.

2018 se passe sans que nous, opérationnels, ne soyons jamais questionnés sur notre métier et les particularités de nos populations: tout juste une question de transco (transcodification) en décembre qui me paraît étrange, mais personne ne creuse (quoi qu'il en soit en décembre pour janvier c'est déjà trop tard).
Le 4 janvier (retour au bureau), les premiers salariés appellent pour se plaindre.
Cela ne s'est pas amélioré depuis lors. Cegedim le preux qui devait faire oublier B2V le minable fait preuve d'une redoutable incompétence. La grogne grandit.

Vouloir empêcher le départ de ses affiliés en remplaçant un prestataire à bout de souffle par un prestataire qui accumule tant de boulettes2 qu'on se demande s'il le fait exprès… epic fail !





Note
1 : Deux ans plus tard offrir une complémentaire santé à ses salariés devenait obligatoire pour toutes les entreprises (obligation effective à partir de 2016), ce qui donnait tout son sens au libre jeu de la concurrence.

2 : aujourd'hui j'ai reçu le fichier des prestations d'une autre entreprise que la mienne (avec noms des salariés et leurs coordonnées, pas très RGPD)… et un mail adressé à toutes les entreprises adhérentes sans mettre les destinataires en copie cachée… C'est le stress qui leur fait accumuler les erreurs, où ils s'en fichent de façon abyssale?

Allégorie

Le fétu de paille s'imagine que c'est contre lui que la mer s'agite.

A la maison

Travail à distance très efficace (bon matériel, bon environnement, tranquillité), si ce n'est les deux heures de pause pour lire Langelot suspect.

Nous avons la semaine pour débarrasser le salon. J'ai prévu de vider une étagère par soir.
Première étagère, sept cartons, il y a sept étagères… «Beaucoup trop de livres», disait ma grand-mère.


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La question est où entasser les cartons puisque nous ne pouvons les laisser au rez-de-chaussée. Une certaine flemme à l'idée de les monter d'un étage. Mais même à l'étage : ça fait beaucoup, quarante neuf cartons.
En vidant un rayonnage, redécouvert Pouchkine de Troyat que j'ai ramené l'année dernière, au moment du désherbage de la bibliothèque de l'entreprise.
Ai-je dit que la bibliothécaire n'a jamais emménagé à Nanterre? Elle est arrêtée pour dépression. Les livres de la bibliothèque n'ont jamais été déballés. Que vont-ils devenir?

Bricolage

Fait le marché sous une pluie battante. Il y a de moins en moins de commerçants.
Lu deux Langelot (Langelot et les crocodiles, Langelot chez les Pa-Pous).
Darek a percé le mur porteur de la cuisine en deux endroits près du compteur électrique. Poids de la perceuse: près de 50 kg.
H. a passé la fibre jusqu'à l'étage, a installé des prises internet propres (tout cela éloigne le moment de quitter cette maison).
Monté paresseusement une armoire (c'est-à-dire qu'elle n'est pas fini de monter).

Le sapin est démonté.

Encore un an

Championnat d'ergo indoor ce soir, donc peu de rameuses à Neuilly ce matin. J'en ai profité pour aller à Melun. Guenaëlle n'était pas disponible, j'ai donc fait un skiff.
Les consignes de sécurité entre Melun et Neuilly n'ont vraiment rien à voir: à Neuilly nous ne sortons plus qu'en yolette, ici j'ai pu faire du skiff sans même qu'un canot moteur soit à l'eau… Mais Melun est en amont de la Marne et le bassin de Neuilly est coupé en deux par des îles, d'où un débit beaucoup plus important.
Il fait doux mais il y a énormément de vent.

Il y a un an je nettoyais le club à Neuilly après le reflux des eaux suite à la crue, il y a deux ans je ramais en quatre aller-retour dans le petit bras.

Langelot et les espions (récupéré jeudi). Restaurant le soir.

Déménagement et réemménagement

Je quitte le bureau à 16 heures : des ouvriers viennent déménager nos meubles du quatrième au premier étage. J'emmène mon ordinateur, j'ai obtenu de travailler le plus possible à domicile jusqu'à ce qu'on nous ait trouvé un meilleur emplacement que ce sombre réduit au premier étage qui ne peut être autre chose qu'un lieu de transition.

A. est à la maison pour le week-end ; H. est rentré de Nantes.

Jeu de lits musicaux: nous réintégrons notre chambre abandonnée depuis le 14 janvier, O. reprend son lit et rend le sien à A. Ça fait du bien d'être moins à l'étroit. O. est en train de devenir agressif, le capharnaüm de la maison commence à lui peser. Les ouvriers nous laissent une semaine pour vider le salon (de ses livres) avant de continuer les travaux.

O. a récupéré les cinq Langelot recommandés en début de semaine après avoir perdu une précédente commande pendant les vacances de Noël. Ainsi j'aurai les éditions les plus anciennes à faire relier.
Pour mémoire: Langelot et le gratte-ciel, Langelot chez les Pa-Pous, Langelot et les crocodiles, Langelot et la voyante, Langelot suspect.

Sac de dame bis ou ter

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J'ai posé mon après-midi pour remonter le bateau (d'où les clés de dix et la clé de treize). Je suis ensuite passée enfin m'acheter deux paires de chaussures (je n'en ai plus qu'une qui ne me fait pas mal aux pieds — depuis que je ne porte plus qu'elle, la perspective d'une opération du pied s'éloigne, mais les chaussures souffrent à être portées tous les jours), cela devenait urgent. Puis je suis allée récupérer mes livres auprès de "ma" relieuse: deux Langelot et les trois derniers tomes du Vicomte de Bragelonne. Les Langelot dans mon sac sont ceux que j'ai laissés pour être reliés.

Oulipo enfin. (thème : rebelles). Nous étions peu nombreux ce soir, huit seulement à la pizzeria. Conversations à bâtons rompus:
- les lotophages mangeaient les fruits du jujubier : ziziphus lotus;
- jusque dans les années 60 ou 70, il y avait des souffleurs de verre au CNRS pour réaliser les ampoules et verres sur mesure nécessaires aux expériences;
- (comme je parle du musée scientifique à Florence et ses magnifiques instruments de mesure) Galilée a triché: il a manipulé les résultats de ses expériences pour démontrer ce qu'il souhaitait. Sa conclusion était juste à partir de résultats truqués (quand une bille tombe elle tourne sur elle-même ce qui fausse sa vitesse par rapport au résultat attendu par le calcul).

La bouteille de rosé que l'on aperçoit sur le côté de mon sac est destiné au responsable de la logistique qui nous déménage dans une semaine: il a pris soin de nous et nous a protégées contre toute tentative de déménagement précipité. Ça vaut bien un remerciement.

Trois scènes

Dans le RER B, après l'allemand, col blanc/col bleu, et l'air infiniment digne, lointain ou méprisant du col blanc pour le col bleu bruyant au téléphone.


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Danr le RER D, trois potes hilares en train de discuter du Titanic (je ne sais pas comment cela a commencé, je suis arrivée au milieu). J'ai cru comprendre qu'ils se demandaient à quelle profondeur avait coulé le Titanic:
« Mais frère, ça pouvait pas faire 67 m, c’est une piscine ! »
Et de s'écrouler de rire.
J’ai eu l’impression de certaines discussions ds ma cuisine.
(Ils ont cherché sur Google.)


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En face de moi un homme isolé de la gaieté communicative lisait un livre d'épidiémologie. Je l'ai retrouvé car j'ai aperçu du rose sur la couverture:


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Longueur de temps plus que force ni que rage

Maintenant que tous ceux qui râlaient pour rien ont été satisfaits (puisqu'il était prévu qu'ils le soient même s'ils n'avaient pas râlé) il reste les vrais cas problématiques. Face à une organisation persuadée que tout peut se traiter de la même manière, traiter les cas particuliers est épuisant.

Je vais laisser tomber l'allemand. Pas vraiment le temps, pas vraiment envie : cette année nous faisons davantage de traduction et moins de théologie.

Le sapin de Noël n'est toujours pas démonté.

Le parquet est quasi fini. Je ne comprends pas comment les artisans sont parvenus à bouger à deux les meubles très lourds. La couleur du plancher rappelle celle des poutres. C'est chaleureux. (Ce parquet n'était pas prévu au départ: nous avons des artisans "force de proposition".)

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Journée en sourdine

Levée à 3h (réveil spontané) pour terminer l'introduction à la dissert de théologie que j'aurais dû écrire mercredi.
J'ai continué à y travailler à partir de cinq heures ce soir. Je suis arrivée en retard en cours. Tout cela n'avait pas d'importance puisqu'on n'a pas regardé ce que j'avais fait.
Il appert des remarques faites aux autres que je n'ai ni thèse ni problématique (difficile d'avoir une problématique quand on n'a pas de thèse).

Accident de personne gare de Lyon ligne A en rentrant. Lignes 14 et 4 arrêtées pour travaux à partir de 22h15 environ. Je dors debout. Je rentre.

H. est à Nantes.

Les ouvriers ont commencé à poser le parquet.

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Lueurs de raison dans un monde qui perd la tête

Aux USA, les enfants cherchent à se faire vacciner en cachette de leurs parents (ce qui est illégal dans la plupart des Etats). Pour cela ils posent des questions sur des forums, dont Reddit.


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Destination Bruges

Les filles du huit vont courir à Bruges le 2 et 3 mars.
Je les regardais avec envie, en me disant que ce n'était pas raisonnable de les accompagner simplement comme supporter, que cela me ferait un week-end de libre, peut-être pour aller voir mes parents ou ma tante…

Et puis ce matin à l'arrêt de bus (je prends le bus quand O. reste à la maison: pas de voiture pour une seule personne) je vois arriver une requête dans WhatsApp: l'équipage n'a pas de barreur.
J'ai sauté sur l'occasion.

Chic, je vais aller ramer à Bruges pour les 150 ans de la course.

Dans les bureaux déserts

Nous sommes les deux seules salariées de A hébergées dans les locaux de l'entreprise B. Par conséquent les bureaux sont déserts puisque que tout B assiste aux vœux de la direction je ne sais trop où.

Et sur le plateau désert je peux crier « CONNARD ! » tout mon soûl.
Ça fait du bien.

C'qui prouve qu'En protestant quand il est encore temps On peut finir par obtenir des ménagements

Hier trois réunions : une pour préparer la conf call avec le prestataire, la conf call, puis une avec les commissaires aux comptes.
Par ailleurs, appris que nous allions déménager. Cela fait longtemps que le projet suivait son cours et nous étions demandeuses: demandeuses d'un endroit plus calme et plus confidentiel.

L'endroit qu'on m'a présenté à midi est une plaisanterie. J'étais si choquée que je l'ai contemplé sans rien dire, sans protester… un recoin sombre devant le couloir menant aux toilettes… Nous proposer cela au moment où nous tenons la mutuelle à bout de bras, faisant face sur tous les fronts… Ça c'est du management intelligent.

Pas beaucoup dormi cette nuit. Ce matin j'ai fait appel au président de la mutuelle. Il nous a réglé ça en deux coups de cuillère à pot (ie, en une heure). Le hic, c'est qu'il est trop tard ou trop tôt pour aller dans le bureau qui nous est maintenant promis pour mai (et là, l'un des plus beaux de l'immeuble: y'a pas d'milieu) et donc nous allons passer deux ou trois mois dans ce trou à rat.

Je me sens si humiliée que j'ai hésité à le raconter ici. Courage !

Gestion de crise

Agacée et goguenarde.
Il y a des choses que je ne comprends pas, que je ne m'explique pas : comment peut-on se dire un grand professionnel de la santé (des contrats de santé) et ne pas connaître la loi Evin?

Ai-je déjà dit que nous avions changé de prestataire au 1er janvier et que la bascule informatique (transfert des portefeuilles) s'était très mal passée? Six mille appels téléphoniques par jour pour le prestataire, son standard a explosé.
Je m'en veux de ne pas avoir demandé en septembre comment il était possible que je ne sois pas contactée pour la MOA et les règles de gestion.

Quelle panade. Demain je teste un outil d'envoi de mails en masse pour essayer de rassurer "mes" adhérents. Heureusement que je suis là pour apporter un peu de modernité à tout ce bouzin.

Ergo III

Il manquait deux rameuses, je me suis donc portée volontaire pour la course de la Lifa le 3 février.

Me voilà donc en train de suivre le programme de notre entraîneur: 25 minutes à 85% de notre temps de référence au 500 mètres (je vous passe les discussions pour savoir s'il s'agit de temps ou vitesse), cinq minutes de pause, puis vingt-cinq minutes en alternant cinq minutes cadence 15 résistance 130 (réglage de l'ergomètre) et cinq minutes cadence 18 résistance 110.

J'espère que vous n'avez rien compris : c'est un peu notre cas. Ce n'est plus les muscles qui ne suivent pas mais le cerveau.

Rentrée beaucoup trop tard. Mais bonne nouvelle : avec une chaussette de foot pliée en deux dans le short, je ne me suis pas ouvert la peau du coccyx.

Mauvaise nouvelle sur le front des travaux : le faîte du toit à refaire et un bord en zinc à ajouter : en avril 2016 le couvreur n'a pas terminé son travail et selon le sens de la pluie, il y a des infitrations.

Pas de titre

On a transfusé à ma coiffeuse florentine si menue neuf litres de sang.

Profs en voyage

Conversation il y a quelques jours :

A — Il paraît qu'on est des profs atypiques.
B — Pourquoi ?
A — Parce qu'on ne dit rien, on ne se fait pas remarquer.
B — Pourtant, vous devez commencer à savoir des choses dans votre domaine.
C — Vu le genre de voyages1 qu'on fait, on est souvent ceux qui en savent le moins.
A — L'autre fois il y avait une spécialiste en pierres… elle en a ramassé tout le voyage. Fallait voir la tête des douaniers.
A — Un jour dans un voyage quelqu'un a dit qu'il était prof. Au dîner on a fait un tour de table, (ça faisait déjà plusieurs jours qu'on voyageait ensemble), on s'est aperçu qu'on l'était presque tous, mais que personne n'avait rien dit, tout le monde avait été discret.
B — Mais pourquoi ?
A — Parce que les profs ont mauvaise réputation. Même Françoise [la voisine dentiste] dit qu'ils sont terribles, qu'ils savent toujours tous, contestent toujours tout.




Note
1 : des voyages botaniques et zoologiques

Rameuses

On a une peste dans le bateau.

— Mais arrête de te moquer de moi !
— Elle ne peut pas, c'est son côté flaubertien.

C'est la même qui hystérise les échanges sur Whatsapp. Elle a avoué à midi, après l'entraînement alors que nous prenions un café à trois : «j'ai tellement peur que cela s'arrête».
Il faudra que je lui explique que son hystérie-même (surjouée ou pas?) risque de faire peur à celles qui ne la connaissent pas — et donc de tuer le vivier de rameuses nécessaire à la poursuite du projet.




***
Agenda
Cinq épisodes d'Altered Carbon dans la chambre d'A., en projetant Netflix sur le nouveau papier peint. Ça donne un aspect scintillant à l'image.
— Tu veux regarder encore un épisode ?
— Oh tu sais, moi c'est comme le chocolat: on finit la tablette et on en parle plus.
Beaucoup de références dans cette série. Deux fils pour l'instant: un frère et une sœur dans un conte pour enfants, une réflexion sur l'intérêt de vivre éternellement (la façon dont occuper son temps).

Reprise des entraînements

Bien que ne faisant pas partie des huit meilleurs temps parmi les rameuses et donc n'étant pas "titulaire" (sélectionnée pour les compétitions), je vais sans doute avoir souvent l'occasion de ramer dans le huit à l'entraînement: le fait d'être adulte avec une vie familiale et une vie professionnelle fait qu'il y a souvent des absentes parmi les titulaires — sans compter celles qui ont envie de faire un bateau court ou ramer avec des amis.

Donc j'ai de nouveau pris le trajet de la Défense. Quand je vois à quel point je suis fourbue après l'entraînement, ça vaut la peine.


Une photo prise du pont de Neuilly, mon point de vue préféré sur la Seine, un peu avant neuf heures.

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Point d'actualité :
Le porte-parole du gouvernement et secrétaire d'État Benjamin Griveaux a été évacué après une intrusion de "gilets jaunes" samedi dans son ministère.

Un tweet que je n'ai pas lu a été supprimé. On imagine ce qu'il disait (imaginant sans doute une catastrophe pour que tout cela s'arrête) en lisant les commentaires d'un ami:
«C’est un peu mon sentiment aussi
Ou un accident vraiment grave de type incendie faisant plusieurs morts, ou détruisant un bâtiment particulièrement emblématique.

Avec ce sentiment un peu déroutant qu’il n’y a pas grand chose d’autre à faire, que d’attendre que ça arrive, tout en espérant que ça n’arrive pas.»

Nous sachons

J'aime beaucoup une page nommée "Complots faciles pour briller en société". («Nous sachons» en est le slogan.)
L'un des derniers complots dénoncés m'enchante :

ATTENTION, méfiez-vous :
avec le prélèvement à la source, votre employeur va connaître le montant de votre salaire.

Le petit oiseau va sortir

Conversation pendant le réveillon :

— Mon grand-père en Vendée fabriquait des pièges à chardonnerets… C'était très fin, très délicat. Il y avait une tige, un lacet, et quand l'oiseau se posait sur la tige, hop!
— Mais pourquoi ? Il n'y a rien à manger sur un chardonneret.
— Pour le chant. Pour les croiser avec des serins. Le mulet du serin-chardonneret a un chant magnifique.
[…]
— Je me souviens… il y avait le marché aux oiseaux une fois par mois quai aux fleurs. Y'avait des types avec un grand manteau; quand ils les ouvraient, c'était plein de petites cages avec des oiseaux interdits.
— Tu veux dire que ça vient de là, «Regarde mon oiseau?»

Sécurité sociale : tous libérés délivrés


Billet technique plutôt à l'usage des vieilles générations : depuis le 1er janvier 20191, plus aucune personne majeure n'est "rattachée" à son conjoint (ou conjointe, mais c'est plus rare).
A priori les enfants majeurs ne doivent plus non plus être rattachés à leurs parents.

— Allô, ma femme a reçu une lettre qui lui dit qu'elle ne m'est plus rattachée… est-ce qu'elle est toujours couverte par ma mutuelle2?

Réponse : oui.

A faire : se créer son propre compte sur Ameli. Vérifier sous l'onglet "mes informations" que le nom de votre complémentaire apparaît dans la case "complémentaire". Cliquer et vérifier que la télétransmission est à "oui".
Si non à l'une de ces vérifications, envoyez (en pdf) une attestation sécu à votre complémentaire en demandant la mise en place de la télétransmission.
Et voilà.

J'en profite pour dire du bien des pharmaciens: heureusement qu'ils sont là, ils servent de relais administratif, de pédagogue, de psychologue, de trésorier/banquier (en acceptant d'attendre des règlements)… Ils aident aux déploiements technologiques comme la carte vitale (mise à jour dans les bornes, explications, etc) ou le dossier médical partagé; et tout ça sans se plaindre. Parfois ils téléphonent aux complémentaires pour aider les plus âgés. Il ne manque plus qu'ils vendent du pain et des timbres…
Une pharmacie par village de plus de mille habitants serait-il une bonne idée? Serait-ce viable? (Quelle taille critique pour qu'une pharmacie soit viable?)


Bref, une journée au téléphone, sans compter le message qui essaie de me mettre la pression: «vous comprenez, c'est TRÈS GRAVE, je n'ai plus de carte TP3». Si elle savait qu'elle me fait juste penser «C'est terrible ce qui vous arrive». (Je suis méchante mais ils m'agacent.)
Ou encore «il me faut ma carte TP car je suis en ALD»: ben non mon coco, ça veut dire que tu es remboursé à 100% donc c'est plutôt un contre-argument (oui, pas pour tout. C'est juste pour dire que cela ne m'impressionne pas.)



Notes
1: après trois ans de période transitoire : loi votée le 31 décembre 2015, donc sous Hollande. Non, c'est pas la faute à Macron (jdcjdr).
2: plus probablement une complémentaire santé, c'est-à-dire un contrat. Une mutuelle est une forme juridique; il y en a de moins en moins par défaut de taille suffisante pour respecter les contraintes légales extrêmement lourdes.
3: Tiers payant

Quelques liens à ne pas perdre

Avec toujours le risque (voire la certitude) qu'ils vont se briser :

Des photos d'arbres en noir et blanc: Pierre Pellegrini

Une chanson de Noël finlandaise: l'engraissement du cochon et sa mort. Chanson enfantine, succès populaire. (ôÔ)

Une recette de sablés au gingembre et chocolat (origine: la sécurité sociale (le service diabétique de je ne sais plus quel hôpital).

Le récit d'un prof schizophrène. Très impressionnant. Vivre un film d'horreur exactement comme un film d'horreur: en sachant que tout est faux mais en ayant peur quand même.

L'atlas de Sciences-Po en ligne.

Un Gorafi / the Onion nihiliste.

Premier

Couchés à trois heures, dormi jusqu'à neuf : rien à faire je me réveille.
Tournesol pour les oiseaux, Candycrush, brioche.
Deux épisodes d'Altered Carbon. C'est compliqué, c'est envoûtant. Comme toujours, le spectateur épouse instinctivement la cause du personnage principal.

O. avait invité trois amis pendant qu'H. et moi allions ailleurs (menu de réveillon: pâtes, pas d'alcool, ils ont acheté une bouteille de Coca). Ils ont passé la nuit à la maison, ils sont déja partis quand nous nous levons pour savoir comment les nourrir (que nous reste-t-il comme victuailles?)

Nous rangeons un peu la maison (préparation de mon sac d'aviron pour jeudi, les entraînements reprennent) et nous partons pour Blois.


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Boules tricotées main.

Choses vues en 2019

1 au 6 janvier : Altered Carbon (série Netflix zonés dans la chambre de A)

3 mars : Greenbook dernière partie à UGC La Défense en attendant que Franck me ramène mon blouson de Bruges.
5 mars : La Mule à UGC La Défense
6 mars : Barry Seal projeté sur le mur à la place actuelle de l'escalier
23 mars : Triple frontières (film Netflix) (réinstallation du canapé au dernier étage)
24 mars : The Happiness Therapy puis The Proposition

14 avril : fin de Jumanji II sur mon ordinateur
21 avril : Homeland saison 7 épisode 1
22 avril et nuit blanche : Le reste de la saison.
27 avril : Un bonheur n'arrive jamais seul puis Pour elle.
28 avril : Brexit : the clock is ticking
29 avril : Braquage à la suédoise 1/6 et Stallone, profession héros sur Arte.

2 mai : Braquage à la suédoise. cinq épisodes. C'était bien.
2 mai : Wrong Mans. six épisodes. Les deux sur Arte.J'aime bien aussi.
4 mai : Dead to me. Dix épisodes. Netflix.
5 mai : trois épisodes des Minichronique de Goscinny. INA.

Lucifer, 4 saisons (Netflix)
Designated survivor saison 1, une partie de la 2 avant d'abandonner
Dark, 2 saisons (Netflix)
Umbrella Academy
13 août : Nelly Kaplan, La fiancée du pirate (regardé au bureau sur Arte)
14 août : Mr Oizo, Rubber (regardé au bureau sur Arte)
18 août : Borgen, 3 saisons

Les dents de la mer
octobre : The Big Bang Theory saison 1 (j'ai tout recommencé pour être dans l'esprit lors du mariage de Leonard)
27 et 28 octobre : les trois Jason Bourne et Night & Day
29 et 30 octobre : The Big Bang Theory saison 2 et 3
31 octobre : The Big Bang Theory fin de la saison 3. Début de la 4

Livres lus en 2019

9 février : Langelot et les espions
10 février : Langelot et les crocodiles, Langelot chez les Pa-Pous
16 février : Langelot aux arrêts de rigueur (jamais lu. Un côté Gilets jaunes inattendu).
23 février : Derniers témoins, Svetlana Alexievitch

Langelot et le fils du roi (une vision des années 70 de la diplomatie française envers les pays du Moyen-Orient)
Langelot sur la Côte d'Azur (jamais lu: la menace atomique. Ça rejoint les James Bond de l'époque. Midget bleue pour la première fois.)
Langelot garde du corps
Langelot et la marée noire

18 avril : L'Europe est-elle chrétienne?, Olivier Roy
25 avril : Langelot et le commando perdu, Langelot et le plan Rubis

2 mai : Arnol Bennet, How To Live On 24 Hours A Day
5 mai : Hans Jonas, Le concept de Dieu après Auschwitz
24 mai : Adolphe Gesché, Le Mal

septembre : André Paul, La famille «chrétienne» n'existe pas

15 octobre : W.G. Sebald, Les Émigrants
23 octobre : W.G. Sebald, De la destruction

16 novembre, Philippe Lefebvre, Ce que dit la Bible sur la famille

3 décembre, Walter Kasper, Evangile de la famille

2018, l'année de la déliquescence

2017 avait été l'année de la folie (au sens psychiatrique du terme).
Cette année est celle de l'effritement.

Déménagement de la Défense à Nanterre préfecture, (fin de l'aviron facile), instalation en open-space, GC a perdu pied jusqu'à nouvel ordre, dissertation non rendue en juin, diplôme raté de A. et inscription obligatoire à la CNOV, grève officielle du RER D d'avril à juin mais en réalité ça n'a plus jamais fonctionné normalement (normalement: être à l'heure au moins trois fois sur quatre), des amis qui défendent les zadistes (??!!), pas de RER A cet été, Vincent qui me claque dans les doigts à propos de la course des dames, les émeutes de fin d'année.

Le seul point de lumière aura été les 50 ans de mariage de mes parents : un temps magnifique et des gens heureux d'être là. Je me félicite de l'avoir organisé, heureusement que je l'ai organisé.

Je ne suis pas optimiste pour 2019.




Notons par ailleurs, pour mémoire et sans aucun rapport, pour ne pas perdre cette précieuse référence, ce diagramme destiné à permettre de dater une carte (après une discussion sur le thème "mon diplôme n'existe plus (DEA, DESS), mon école a changé de nom, je viens d'une ville qui n'existe plus dans un pays qui n'existe plus").




ajout le 16 janvier 2019
Count your blessings : 2018 est l'année où j'aurais compris qui je suis (je veux dire : ni un clône de mon père taciturne, ni de ma mère angoissée). Ça m'a libérée au niveau ambition professionnelle. J'espère juste que cela n'arrive pas trop tard.

Jour tranquille

O absent.
Journée dans le salon (à cause des travaux à venir) à faire des tests informatiques (enfin pas moi…). Le test du nouveau serveur a pris 18 heures. Il ronronne sur le tapis. J'aime bien ce bruit.

Les nouveaux écrans sont sortis des cartons, entourés d'emballages anti électricité statique. H. est heureux, tout est conforme à ses attentes voire les excède.

Je suis installée au dos des écrans :


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Tandis qu'H. transvase les données de l'ancien serveur sur le nouveau, il retombe sur des archives données par son père: deux mariages filmés en 1980 ou 81 dans sa famille en Croatie. Chose curieuse et intéressante, son père a également filmé trente ans plus tard (2011) la partie française de la famille en train de regarder le film initial (les plus petits n'ayant pas de souvenirs, les plus grands ayant oublié), ce qui permet d'avoir du son, et donc le nom des personnes et l'explication des situations.
Mon beau-père a inventé les notes de bas de page cinématographiques.


Le tweet du jour.


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Twitter, entre rire et abjection

Encore une journée perdue dans Candy Crush.

Une fantastique histoire de crickets qui m'a permis de rire dans la matinée. Commentaire : «Nous vivons une époque formidable où l'une des dix plaies d'Egypte peut nous être livrée à domicile».
Je la traduirai peut-être.

Utilisation des données personnelles : observation. H. a acheté du papier peint chez Bricorama vendredi. Il n'a pas de compte FB. Samedi après-midi j'ai vu apparaître une pub pour papier peint dans ma TL FB. Il avait utilisé la carte bancaire du compte joint. Nos adresses mail sont sur un serveur perso commun. Pour FB j'utilise un compte mail qui n'utilise pas notre nom de famille.
Coïncidence ?

Je ne sais plus comment dire mon dégoût. Une du Monde, en toute innocence, sur le mode «on ne pensait pas, on ne l'a pas fait exprès».
(Je cite cette twitteuse parce qu'elle connaît bien l'Allemagne et a souvent des analyses intéressantes.)


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source : Nain Portekoi

Dernier vendredi de l'année

Pris deux heures entre midi et deux pour travailler à la dissert. J'ai trouvé un endroit que j'aime bien au dernier étage du bâtiment, sous le ciel dans un silence profond.

Commencé Au pays de la théologie de Neusch et Bruno Chenu. Pas mal voire bien.

Les échéanciers ont enfin été envoyés : d'abord retardés parce que nous n'avions pas le PASS 2019 (plafond annuel de la sécurité sociale), puis à cause d'un bug incompréhensible: il s'est avéré que quelqu'un avait trouvé malin de faire une mise à jour du progiciel début décembre sans prévevir personne… Résultat, les 71000 courriers ont réussi à partir cette nuit.

Un dîner à Paris annulé. Nous rentrons. Cinq jours devant moi.

Futur habillage

Cela fait un moment que je voudrais changer l'aspect de ce site (dix ans déjà: je suis fatiguée de son look sapin de Noël) mais H. n'a pas le temps.

Il y a quelques jours il m'a dit: «Trouve un site full responsive html5 et css3 et je te l'installerai».

J'ai fait des recherches. Difficile d'éviter les sites Wordpress. La différence entre sites et blogs n'existent plus vraiment, tout à l'air destiné au bizness, blog de coiffeur, de photographe, template pour CV… Je me creuse la tête pour trouver des mots-clés, personal, writer (et je trouve des templates pour mettre des livres en ligne), text only…
Tout cela est très éloigné de ce que j'ai aujourd'hui et là plupart prévoit des photos, beaucoup de photos: règle marketing, attirer les lecteurs par des photos, des dessins. Le texte fait peur (définition d'un intellectuel quand j'avais vingt ans: quelqu'un qui lit des gros livres sans image).

Donc un jour ou l'autre (ça peut prendre six mois), ce blog va disparaître plusieurs jours et renaîtra comme ça, ça ou ça (lisible sur tablette et téléphone).


Comme il faudra sans doute mettre des images par défaut avant que j'aille patiemment mettre des photos pertinentes sur dix années de billets, j'ai fait des recherches: Alice, des oiseaux, le calendrier révolutionnaire.

Et donc je vais essayer dorénavant de mettre davantage de photos dans mes billets (même si elles sont toujours un peu floues car dégradées pour s'afficher rapidement).

Jina Djemba

Miss Nina Simone au théâtre de l'Œuvre.
Pas emballée par le texte de la pièce, trop narratif et statique à mon goût. Le récit est triste, mais c'est sans doute que la vie de Nina Simone est triste. Je pense qu'en une heure nous avons tous les éléments, son enfance, son caractère difficile, son amertume de femme noire engagée dans la lutte pour les droits civique, sa solitude à Marseille.

La surprise, ce qui donne toute sa valeur à la pièce, c'est que contrairement à ce que j'imaginais, il n'y a pas de play-back: Jina Djemba chante en scène, accompagnée par un musicien percusionniste-flûtiste-pianiste. Et c'est bon, très bon, même.
J'espère la revoir dans beaucoup d'autres pièces et films.

Soulagement

Soulagement d'être à la maison pour quatre jours. Impression de très longues vacances.

Des présences rares

Oulipo le soir. Comme souvent j'arrive trop tard pour assister à la séance, je rejoins le groupe à la sortie de la BNF.

Jacques Ponzio (de Marseille) est là. Je l'interroge sur le jazz car je sais qu'il a sorti un livre l'année dernière: Thelonious Monk: abécédaire. Il m'apprend qu'il en a écrit un autre, Blue Monk, il y a vingt-cinq ans (renseignement pris, c'est une référence), et surtout qu'il doit en sortir un autre: «cette fois-ci ce sera mon Monk, me dit-il, et je ne suis pas toujours tendre.»
Jacques, c'est aussi un groupe de jazz, "Africa Express", avec bientôt un nouvel album dont il semble très content.

H. est là, cela fait plusieurs fois qu'il me rejoint le jeudi. Ça me fait plaisir.

Olivier Salon arrive plus tard et nous ravit de sa fantaisie en nous parlant de Satie et nous racontant des anecdotes loufoques — mais vraies (google dixit).

Début des travaux

Nous avons embauché les ouvriers qui ont refait notre escalier l'année dernière pour repeindre tous les murs (sur trois étages), changer le plancher du rez de chaussée, remplacer l'escalier qui mène au dernier étage, poncer la mezzanine.
Cela fera vingt ans en juin que nous sommes dans cette maison, avec trois enfants et deux chats.

Beaucoup de poussière et ponçage en perspective.

Dernier atelier de l'année sur le mémoire de licence (je n'ai toujours pas décollé).

Deuxième course

Les filles en huit ont été deuxièmes ce matin à Tours.
Une photo du bassin qu'elles nous ont envoyée (Whatsapp est quasi noyé sous les messages):

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Tours (le Cher). Presque chez moi. Mon regret de ne pas y participer, c'est que René aurait pu être là.

Kairos

Je suis allée chercher le sapin samedi : un petit (à cause des travaux) acheté auprès des compagnons scouts (ça leur permet de financer leur projet).
O. l'a décoré dans la semaine, ce qui fait que pour la première fois depuis très longtemps (première fois tout court?) le sapin est monté avant le 23 ou 24 au soir.


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A 15 heures, réunion à l'église de Montgeron avec tous les élèves de catéchisme du secteur autour du texte Luc 3, 10-18: «que devons-nous faire?»

Les réponses m'ont toujours frappée par leur bon sens: faire votre travail honnêtement, partager quand vous avez quelque chose en surplus. Il me semble que la comtesse de Ségur relaie le message, peut-être dans Les Vacances.
Les Actes aussi auront ce genre de réaction: mettre en place des équipes pour s'occuper des veuves, envoyer certains prêcher, donner des conseils de bon sens et de moralité… Les évangiles sont encadrés par de la norme humaine, des réponses que nous pourrions trouver seuls. Il n'y a que Jésus qui fait éclater le message et fait ou dit toujours autre chose que ce qu'on attend.

Idée cadeau

Des gilets orange (pour le footing, le vélo…)

(Et toujours je pense à la règle du Bled, «les noms de couleur provenant d'une chose (jonquille, émeraude, etc) sont invariables sauf rose». (Ils sont également invariables si composés: rose bonbon.))

PA de la semaine

- lundi 10 : une entreprise de joaillerie. Un cabinet de recrutement entièrement féminin.

- mardi 11 : Christian Tacquart fait envie (et les biscuits Traou Mad : le mariage de Matoo).

- vendredi 14 : Neuilly sur Seine, plus raisonnable. Une PME avec de l'international. (cabinet Badeloch & Clarck).

Le problème, c'est cette carrière entièrement dans l'assurance : comment donner envie à quelqu'un de me faire confiance pour faire autre chose ? Je me rends compte que pendant que je me consacrais à RC, ma vie professionnelle est passée à côté de moi. Vais-je pouvoir la rattrapper ?

Timidité

— Il fait froid, je me suis mis près d'une rôtisserie.
— Pourquoi tu ne rentres pas ?
— Je ne vais pas rentrer tout seul dans une librairie !



Autre timidité : librairie cahiers de Colette pour une lecture à l'occasion du dernier livre de Marcheschi, L'Alphabet des astres. Pas osé le saluer.
Puis coquillettes-jambon aux Marroniers.
Pour parfaire cette glissade régressive, un Langelot jamais lu attendait dans la boîte à lettres : Langelot et la clé de la guerre.

Coupe-gorge

Dîner avec Dan et Christophe (& Co) au Coupe-gorge (sans grand intérêt).

Dan a toujours des histoires extraordinaires qu'il racontre tranquillement avec un sourire désarmant. Cette fois-ci, c'est un AirB&B fou sur la côte Ouest : «Il avait précisé "maison sans parfum", scent free home: pas de déodorant, pas de parfum, pas de lessive… mais ce n'était que le début. C'était un fou des post-its, il y en avait partout, il en rajoutait pendant mon absence… il partait en week-end avant mon départ, je me suis dit chic je vais être tranquille, mais pas du tout: il avait fait appel à un voisin qui venait vérifier que je ne manquais de rien et il me téléphonait plusieurs fois par jour…»



Je découvre le concept d'hypersensibilité environnementale. C'est très proustien.
J'aime beaucoup le nom de cette page : Think before you stink, Pensez avant de puer. Tout un programme.

Bref, dépêchons-nous de nous parfumer avant que cette folie supplémentaire n'arrive en France.

CNOV

A. à la maison.

Une bonne nouvelle : son dossier est accepté, elle va pouvoir passer l'examen pour être inscrite sur la liste de l'ordre des vétérinaires, inscription sans laquelle elle ne pourra pas exercer son métier.
Les épreuves se tiendront à Nantes en avril.

Conférence

Conférence obligatoire sur la loi bioéthique. Beaucoup de redites par rapport à mes cours de deux ans, ce n'était pas vraiment nécessaire.

Il y a deux ou trois ans, il n'y avait pas de cours ou TG pour les (élèves en) dernières années. Les droits d'inscription ont augmenté et en conséquence l'école s'est senti obligée d'ajouter des cours aux ateliers tous les quinze jours. C'est un programme beaucoup trop lourd, nous sommes tous à la limite d'abandonner.

Langelot

Il y a eu plusieurs étapes. Il y a quelques semaines, j'ai trouvé un Langelot contre Monsieur T dans une boîte à livres à la bibliothèque de Nanterre université. Il était très abîmé, les pages gonflées d'avoir été un jour mouillé. Qu'importe, je l'ai ramené, impossible de le laisser; je l'ai laissé traîner, H. l'a lu (relu, rerelu, pour la x-ième fois depuis la première fois).

Sans doute a-t-il voulu en lire un autre. Et il s'est enfin rendu compte que j'avais fait, que je faisais, relier les Langelot. Cela ne fait jamais que trois ans que j'ai commencé.



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Sur ma lancée, après le travail sur Pratchett et celui sur World of Warcraft, j'ai listé cette après-midi les quarante Langelot existants pour pointer ceux qui me manquent et l'édition de ceux que j'ai.
En fait il y a quatre ou cinq titres, parmi les derniers, que je n'ai jamais lus. Ô joie infinie, il reste des livres à lire! Etrange impression que de découvrir que beaucoup de Langelot que je pensais anciens venaient tout juste de sortir quand je les achetais (tout mon argent de poche). Ils étaient mes exacts contemporains.

Quelques recherches internautiques plus tard, j'ai commandé onze Langelot, cinq que je n'ai pas et six pour acheter des couvertures conformes à l'édition dans laquelle je les ai lus dans mon enfance (édition dite "avec logo" le plus souvent: cliquez, le site est admirable de précision et de simplicité).

La pensée réac du jour

— Ce que je ne comprends pas, c'est qu'on dirait que certains s'attendaient à gagner plus à la retraite que lorsqu'ils travaillaient, ou tout au moins autant. Ils devaient tout de même se douter que ça allait faire moins.
— Mais non : ils n'en foutaient pas une rame quand ils travaillaient et ils étaient payés, ils ne comprennent pas pourquoi ils devraient gagner moins à la retraite.



J'avoue, j'ai ri de bon cœur. Un peu scandalisée, mais pas tant que ça, parce que bien entendu, je songe à des exemples (qui ne peuvent constituer une généralité).

Ambiance

Mail pro reçu à 11 heures :
Bonjour,

Compte tenu des événements liés à la mobilisation des gilets jaunes prévue le week-end des 8 et 9 décembre prochains, nous vous invitons à prendre votre ordinateur portable à domicile vendredi soir afin de protéger éventuellement le matériel en cas d'intrusion des locaux professionnels et de pallier aux éventuelles difficultés d'accessibilité des immeubles Immeuble1 et Immeuble2, lundi 10 décembre prochain.

Cette mesure n'est prise que par précaution et nous espérons naturellement que chacun pourra regagner son lieu de travail normalement ce lundi.

Bien évidemment, nous vous invitons à éviter l'abord des ImmeublesXX ce week-end.

Enfin, un numéro vert sera mis en place pour vous donner des informations sur l'évolution de la situation au cours du week-end : 08xxxxx

Ce numéro serait disponible à compter du dimanche 9 décembre 14h.

Bien à vous.
Ce n'est plus à 1934 que je pense, mais à 1788.
Sauf que ceux de 1788 n'avaient sans doute pas grand chose à perdre, alors que ceux d'aujourd'hui vont tout perdre s'ils incendient les lieux de travail des bonnes poires qui continuent à payer pour eux: ils ne se paraissent pas se rendre compte que leur maigre retraite et la prise en charge à 100% des ALD (affection de longue durée) dépendent entièrement du fait que le reste de la population aille travailler tous les matins.


Je pleurerais bien sur le fait qu'en absence de réforme mes enfants n'auront pas de retraite, mais le plus probable est en fait qu'ils meurent du manque d'oxygène (diesel forever).
Beaucoup de pays réfléchissent aux moyens d'équilibrer les régimes de retraite à l'horizon 2030-2040. A cette date, le vieillissement aura atteint les Etats-Unis et la Chine; au Japon et en Europe, la population de plus de 60 ans sera pratiquement égale à celle de 20 à 60 ans.

Mais les calculs faits précédemment montrent que, même avec des hypothèses favorables, en 2040 la consommation d'énergie et les émission de CO2 auront l'un et l'autre été multipliées par 3 rendant probablement la planète invivable. Quelle est alors l'utilité du rééquilibrage des régimes de retraite ?

Patrick Artus, Flash CDC Ixix n° 185, 16 juin 2004

Prévisions à moyen terme

Je suis mes comptes dans un tableau Excel avec un onglet par mois et des onglets pour des graphiques, pour les prêts et pour les impôts. Chaque année je le duplique pour l'année suivante puis le vide des dépenses non structurelles ce qui me permet d’établir une sorte de budget prévisionnel.
C'est donc un tableau sérieux.

Aujourd’hui je lui ai ajouté deux onglets: un onglet World of Warcraft et un onglet Pratchett. Ainsi vais-je pouvoir suivre sur plusieurs années les commandes de cadeaux de Noël qui m’ont été faites. Je vais devenir spécialiste de livres que je ne lirai jamais (j’adore. En fait, ça me plais beaucoup. C’est comme un rêve dans lequel vous décidez de ne pas entrer mais qui reste disponible, à portée de main.)

J’ai établi mes listes, rêvé sur les noms, choisi une stratégie (dans quel ordre acheter? Et combien à la fois?), passé mes commandes et pensé qu’Amazon, c’était tout de même pratique.



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Agenda : sortie en huit (bof), grec Jn 11.

Romains 7

En allemand, coup de théâtre: Romains 7 (comprendre L'épître aux Romains), «je fais le mal que je ne veux pas et je ne fais pas le bien que je veux» serait une prosopopée dans le style des dialogues platoniciens. Cela expliquerait pourquoi la thèse soutenue est différente de ce que dit habituellement Paul (puisque Romains 7 est une défense de la Loi tandis que Paul est généralement pour un dépassement de la Loi.)

Quelques recherches plus tard, je trouve ces pages d'Alain Gignac.


Puis un coup de Vélib (ouaaaiiiihhh, y en a!!!) jusque chez Olivier, un whisky, une petite fille impertinente et un petit garçon têtu, une côte de bœuf maturée cent jours (je ne savais même pas que ça existait) à deux (1,8 kg) au Trassoudaine (chaudement recommandé).


Je rate le dernier RER et rentre en car.

Le jeu

"Après-midi piscine" ou "rien", pour la déclaration de guerre de 14 (Kafka) ou le 14 juillet 1789 (Louis XVI). C'est souvent cité pour illustrer un manque de clairvoyance devant les événements historiques.
Mais je découvre une autre explication possible: une telle navrance que l'on préfère parler d'autre chose.

Parlons d'autre chose.

Tellement pas le moral que j'ai séché l'atelier de ce soir pour aller au cinéma.
Vu Le Jeu, dîner entre quatre amis et leurs conjoints qui décident de lire à haute voix toutes les notifications qui arrivent sur leurs téléphones pendant le repas.
La bande-annonce m'avait plu mais je craignais la catastrophe franchouillarde. En réalité le film est de bonne tenue et montre bien la fragilité psychologique, les désirs toujours inassouvis et inavouables, les tensions familiales et — surprise pour moi pour qui ce n'est plus un sujet — l'homophobie larvée ou pas du Français moyen (d'un type de Français moyen). Il y a quelque chose de shakespearien dans ce film, pas le Shakespeare des tragédies mais celui des comédies amères où la fin nous explique que même si ce n'est pas facile, il faut continuer à vivre de notre mieux.

Rangement, départ

Les travaux prévus dans la maison devraient commencer lundi (enfin, ils ont déjà été reculés d'une semaine et ils le seront peut-être encore. Ça ennuie H. qui aurait voulu faire passer les factures sur 2018 (optimisation fiscale)).

Comme je ne suis pas là du week-end, j'ai donc posé ma journée pour dégager le dernier étage. Difficile de dire que j'ai rangé, disons plutôt que j'ai entassé ailleurs. L'élan qui me poussait à classer et vider quand j'espérais que nous partirions aux Etats-Unis est bien mort — ou profondément endormi.

TGV à 17h19, direction Nice pour ramer deux jours. Je profite du voyage pour avancer les billets d'Alice et classer mes photos (Europe 2017 : nostalgie). J'aurais peut-être mieux fait de travailler sur le TG que je dois rendre par écrit puisque je ne vais pas y assister demain (galère!).

Arrivée à l'hôtel Saint Paul. C'est un ancien couvent et en première impression sous la pluie dans la lumière des réverbères, il est magnifique.
Pour moi, il présente surtout l'intérêt d'être à deux pas du club où nous avons rendez-vous à 8h30 demain.

Tautologie

Dans la cuisine, éclat de rire et jugement sans appel :

— C'est débile tellement c'est con !

Sortie en huit

Comme il y a une semaine ou comme il y a quinze jours ? Le temps passe si vite.
J'ai failli ne pas y aller, nous étions dix ce matin dans l'appli (le site) yaentrainement, mais plus que huit à onze heures (il faut être neuf pour faire un huit : il y a un barreur).
Evidemment problème de RER, c'est frustrant d'être désormais à Nanterre préfecture (une station de RER, changement à la Défense, une station de métro. C'est long). J'ai quasiment pris la décision de ne plus ramer en semaine en attendant le retour de l'heure d'été (pour ramer le soir puis rentrer — et non retourner au bureau).
Sauf s'il faut compléter un huit.

Belle sortie, j'adore ça : il faut être concentrées, l'épuisement cérébral — et non physique — se sent au fur à mesure de la sortie, les cerveaux manquent de sucre: d'abord replacer le tronc, tirer les talons vers soi et non les fesses vers les talons (c'est bizarre mais ça change totalement la stabilité du bateau), préparer les pelles, pousser, dégager les coudes bien écartés… à chaque coup. Impression de ne rien savoir, de tout réapprendre. Plus du tout le temps de regarder les canards ou les feuilles.

Finalement c'est cumuler tous les avantages : le plaisir de sortir dans ce bateau de temps en temps sans l'obligation de s'entraîner cinq fois par semaine.

Salut, c'est pour un sondage

(Phrase d'accroche du Colaroshow, me semble-t-il (ça ne nous rajeunit pas. Cette émission a totalement disparu des mémoires)).

La banque Trucmuche nous a envoyé un lien pour un sondage de satisfaction.
Il y avait une seule question: «Etes-vous satisfait de la banque Trucmuche ?»



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Transport : depuis quinze jours, les problèmes se multiplient matin et soir. Ce matin, tous les RER D terminus gare de Lyon étaient supprimés, puis problème mécanique sur le RER A. Ce soir problèmes mécaniques sur le RER A et D.

13 pouces

Nouvel ordinateur, MacBookAir 13 pouces, gris foncé. Magnifique écran rétina, douceur des touches neuves sous les doigts. Triste de quitter le 11 pouces, d’une part pour des raisons écologiques (H. a beau m’assurer que tout est recyclé, j’ai toujours un doute. Mais bon, nous allons le conserver comme ordinateur de voyage); d’autre part parce qu’il m’a accompagné partout depuis l’été aux Etats-Unis et notamment durant mes années d’études (avouons que c’est sans doute à cause du fait que mon ordinateur devienne portable que j’ai cessé d’écrire régulièrement sur mes blogs: le fait d’avoir le portable partout avec soi incite davantage à traîner sur FB qu’à écrire… Il me faut un cadre formel pour travailler).

Le 11 pouces est bien fatigué, la batterie est à bout de souffle et il ne supporte plus les dernières évolutions du système d’exploitation: risques de failles de sécurité, me dit H. (ce qui ne m’effraie guère, mais enfin).

Actualités

Poser une balise pour le futur.

Naissance de deux jumelles "OGM" en Chine. Elles résistent au virus du sida. Mais résisteront-elles à la rougeole? (Ce n'est pas une boutade: je veux dire que si nous nous ressemblons tous génétiquement, la moindre maladie non prévue nous décimera, comme cela fut déjà pour les récoltes de céréales aux Etats-Unis.
Enfin, ce serait peut-être à espérer. (Je ne dois pas dire ça. En tant que chrétienne, je représente l'espérance, je n'ai pas le droit de dire ça.)

Par ailleurs, un fonctionnaire du Sénat a été arrêté, soupçonné d'espionnage pour la Corée du Nord. (WTF? Je pouvais comprendre qu'on idéalise l'URSS, mais la Corée du Nord? «Pour de l'argent», me dit raisonnablement H.)
S'appeler Quennedey : non mais lol !!

Boycott

Alexis Corbière invité sur France Inter explique sans complexe ni honte (sans vergogne, dirait RC) qu'il a navigué d'un groupe à l'autre en mettant ou enlevant son gilet au gré de la situation.

Je ne comprends pas la complaisance de France Inter pour le mouvement des gilets jaunes, anti-impôt et anti-taxe: après tout, cette radio est financée avec nos impôts.
C'est bon, leur anti-macronisme me fatiguait, cette fois-ci la coupe est pleine. Je vais voter avec les pieds, c'est à dire désinstaller l'application sur mes appareils (dans l'espoir que la désinstallation se voit dans leurs statistiques).
Je vais tester Europe 1 recommandé par Elisabeth.


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Premier vin chaud au Cassette.

La fratrie Boulet

C. m'apprend que la sœur de Boulet, Jacquotte, est théologienne.

Du coup j'ai exploré sa blogroll: il y a aussi son grand frère qui parle de cinéma, son petit frère qui dessine et son autre sœur qui est libraire.

Retour à Melun

Comme le huit était complet, je suis allée ramer à Melun avec Guenaële pour la première fois depuis septembre. Ça m'a fait un bien fou au moral. Bien que n'ayant pas ramé de la semaine j'ai ramé les quinze kilomètres sans difficulté : les entraînements en huit ont été efficaces.


A. est à la maison pour fêter son anniversaire, mais mes parents et mes beaux-parents ne viendront pas demain: les «gilets jaunes» font comme une rumeur de guerre civile à la radio et sur Twitter.
Pour 10% de personnes en réelles difficultés financières, 90% sont des personnes qui ne veulent pas payer d'impôts, pas payer de taxes, en un mot surtout ne pas soutenir les 10% dont cela devait être le combat.
Manif de beaufs dans tous ce qu'elle a de méprisable et désolant: extrême-droite et extrême gauche, Mélenchon et Le Pen et Dupont-Aignan. (L'un des meneurs du mouvement, Franck Bulher, a rejoint NDA après avoir été exclu du FN pour racisme. Ça laisse rêveur.)


Le soir H et moi allons revoir Bohemian Rhapsody à Bercy avec les enfants. Coïncidence, je le découvre au générique de fin, c'est l'anniversaire de la mort de Freddie Mercury.
A. nous raconte les tribulations de Benjamin qui squatte chez elle quand il ne peut pas squatter chez Quentin, parce que par décision du juge, Quentin ne peut pas rester chez lui quand ses frères et sa sœur rendent visite à leur mère.
Cette histoire est louche. Je suis soulagée que ce soit Benjamin et non Quentin qui soit coloc chez A.

Je suis Amy

Ce soir, l'une des rameuses nous a invitées à prendre l'apéro chez elle «pour mieux se connaître» (puisque nous sommes deux ou trois groupes à devoir se fondre: celles du midi, celles du week-end et un groupe à part car bonnes rameuses mais un peu pestes). Retour dans les petites rues de Courbevoie. Nous étions une douzaine entre vingt-cinq et cinquante ans.
L'une d'entre elles me dit comme une grande découverte: «ce qu'il y a de bien à l'aviron, c'est qu'on ne se présente pas, on ne sait pas ce qu'on fait dans la vie, on le découvre beaucoup plus tard, c'est reposant». J'ai alors réalisé que je vivais ainsi depuis des années, avec les blogs, avec les inconnus acceptés en amis sur FB: des années parfois à découvrir la situation professionnelle ou familiale de certains.
Je n'ai pas commenté.

Je raconte la soirée à H:
— Je crois que c'est la première fois que je participais à une soirée entre filles. J'ai eu l'impression d'être Amy tout excitée par ses soirées avec Bernadette et Penny.
— Bref, vous avez bitché.
— Oh, pas tant que ça.

E-santé, théologie, grec

1/ Colloque sur l’e-santé à la Mutualité française.
Pas de journée réussie sans commencer par des problèmes de transport: j’ai eu beau m’appliquer, prévoir un RER plus tôt, je me retrouve coincée à la Madeleine (RER D puis ligne 14 puis ligne 12) par une panne de signalisation. J’essaie la 8 qui ne va pas mieux. Je prends un Mobike, six kilomètres, heureusement qu’il ne pleut pas.

Intervention très intéressante d’un anthropologue, Sylvain Flender. A la demande de la Mutualité, il a enquêté sur ce qu’était la santé pour nos contemporains (donc nous-mêmes).
Il commence par une remarque de base: personne ne sait définir la santé. La santé se définit par ce qu’elle n’est pas: ni maladie ni douleur (comme je suis déformée je pense aussitôt théologie négative).

Il a travaillé par des questionnaires approfondis proposés à soixante personnes choisies selon des méthodes statistiques. Les réponses ainsi que des recherches en fonction des pistes ainsi ouvertes (j’ai demandé comment il était possible de proposer une analyse aussi large à partir de soixante personnes seulement) l’ont amené à définir quatre imaginaires de la santé:
1/ la santé sensation. Etre bien dans son corps, ralentir pour résister au stress contemporain. Vocabulaire de l’élimination, de la transpiration: éliminer les toxines de la vie contemporaine.
2/ la santé compétence (à résonnance esthétique: avoir la forme et être en forme). Bouger, faire et surtout être capable de faire. Potentiel.
3/ la santé capital. Prendre soin de soi pour préparer l’avenir, avec quatre sous-types: le déni (inutile de faire des efforts; tout est dans les gènes; regardez Churchill); le fatalisme (il faudrait que j’arrête telle ou telle addiction mais je n’y arrive pas, tant pis); le funambule (compense les excès d’un soir sur la semaine); l’orthodoxe (une forme d’ascétisme).
4/ la santé émotion. A la recherche du bon, du bien. Centripète (vers l’extérieur) plutôt que centrifuge (égocentré). Trois sous-types: le rédempté (a souvent vécu un burn-out); le carpe diem (attentifs aux petits bonheurs); le méditatif (conscience aaugmentée, vision holistique, en accord avec l’univers).

Je n’aurais jamais imaginé de mettre cette dernière catégorie dans la santé. Pour moi c’étaient des spirituels, voire des mystiques pour les plus allumés d’entre eux.
Donc Nerdfitness est dans la santé compétence, Zen habits dans la santé émotion.


2/ Théologie
En sortant je passe chez une camarade d’atelier qui m’a proposé de me prêter des livres. Neusch et les Mélanges offerts à Mgr Doré. Ce dernier est un très gros et beau livre. Je le commence (dans le désordre puisqu’il est composé d’articles. J’ai rencontré deux des auteurs à Cerisy) en mangeant un œuf mayonnaise dans une sympathique brasserie, La Marquise. Mes voisines se plaignent des fautes de français sur France Culture (émoticône yeux qui pleurent bouche qui rit).


3/ Grec
Je salue la prof de la part de la camarade que je viens de quitter: à ma surprise vite transformée en évidence, celle-ci connaissait Anne-Catherine B. Je suppose qu’elle doit sortir de l’ENS, spécialité allemand ou langues classiques. Après tout, elle fait son mémoire sur les noms du fils dans une homélie (non traduite à ce jour) de Grégoire de Nysse.

Jean 11. Résurrection de Lazare. L’héroïne est davantage Marthe que Marie.
— Mélo, se préoccuper, se faire du souci. Voyez-vous un prénom qui vient de cette racine?
Nous séchons.
— Amélie, celle qui est sans souci.

Management d'équipe

A la rentrée O. était fier d’avoir été choisi comme xxx (je ne sais plus le nom: celui qui organise les combats. A l’écouter jouer le soir, j’avais l’impression qu’il était aiguilleur du ciel) dans une guilde de WoW.
Une guilde se compose de vingt personnes. Cela permet de combattre des monstres plus gros, de mener des quêtes plus intéressantes. Ils avaient rendez-vous tous les vingt chaque dimanche et chaque mercredi («car le mercredi est le jour où les serveurs sont mis à jour et où de nouvelles quêtes sont proposées»). Je m’appliquais donc à ce qu’il soit à l’heure ces jours-là, c’est-à-dire que nous ayons fini repas et vaisselle.

Depuis quelques temps les réunions s’espacent. Comme j’avais l’impression que cela lui tenait à cœur, je m’inquiète, je m’informe. Il est plutôt déçu.

— Nous n’étions plus vingt, alors on s’est allié à une autre guilde. Mais mon chef de guilde n’aime pas comment je parle à cette deuxième guilde. Tu comprends, je peux être indulgent avec ceux de ma guilde, mais avec celle-là… c’est pas ma guilde. Mon chef trouve que je suis désagréable, mais ils sont tellement lents… et ils discutent tout, ils ne veulent rien essayer…

Bref, ils ne vont pas assez vite, ils ne comprennent pas la logique de O, ils ne lui font pas confiance. C’est l’histoire des loups-garous all over again.

La disparition des cadres

Matinée au cercle des Pyramides, un cabinet d’experts dans la législation sociale qui organise régulièrement des petits déjeuners de formation et d’information.

Très intéressant comme toujours. J’avais entendu parler de la fusion Agirc-Arrco, mais je n’en avais pas compris la conséquence: la disparition du statut de cadre, «un statut qui n’existe pratiquement qu’en France», «devenu inadéquat à une époque où l’expertise compte davantage que les capacités d’encadrement».

Beaucoup de contrats de prévoyance qui faisaient référence au statut de cadres (créé en 1947) vont devoir être réécrits. Les cotisations sont harmonisées, certains vont y perdre, d'autres y gagner.

L’avocat fait également allusion au projet de Macron de fondre les quarante-deux régimes de retraite en un seul… et évoque le problème des réserves : certains régimes ont de quoi couvrir dix ans de pension, alors que les réserves de tous les régimes représentent 160 milliards d’euros, soit six mois de pension pour tous les régimes confondus.
Je ne suis pas sûre qu’avec les émeutes actuelles ce soit vraiment le moment d’évoquer cela.

Autre sujet ambivalent : afin d’inciter les personnes à partir plus tard à la retraite, ceux qui auront acquis le droit à une retraite à taux plein en 2019 se verront appliquer une décote de 10% pendant trois ans sur leur retraite complémentaire s’ils partent aussitôt. S’ils partent huit trimestres plus tard, ils auront une surprime de 10%, et ainsi de dix en dix pour douze et seize trimestres.
Evidemment, ce n’est incitatif que si l’on en parle, et le moment ne me paraît pas extrêmement favorable. Donc cela va se faire en catimini, les gens vont partir et se retrouver avec la décote de 10% sans avoir été prévenus, ce qui va générer du mécontentement, etc, etc.


Je passe aux Galeries Lafayettes m’acheter une veste car je suis partie si vite ce matin que j’ai oublié d’en prendre une. Dans l'après-midi, entretien en interne pour un poste de chargée de mission auprès d’un directeur. Je crains d’avoir paru trop indépendante.


Puis allemand. J’ai failli ne pas y aller en me disant que j’étais trop en retard, mais le prof l’était plus que moi: bloqué dans le RER B, grand foutoir tout l’après-midi car un train s’est retrouvé, d’une façon que je m’explique mal, sur les lignes du RER, et il n’était pas évident de le dégager. (L’inventivité en termes d’incidents techniques serait une source d’admiration si elle n’était une source d’agacement).

Barreuse

Emmitouflée jusqu’aux yeux (un look d’éboueuse), j’ai barré le huit.

(Donc je n’ai pas ramé et je ne suis pas retournée à Melun. Mais ça faisait longtemps que j’avais envie d’essayer. Empathie pour les filles en train de souffrir, quand on sait exactement ce qu’elles sont en train de vivre).

Désormais un ennemi

Le président ayant été autrement réceptif que le trésorier, je faisais ce matin une présentation de « mon » site aux quatre administrateurs de la mutuelle représentant les entreprises: au président favorable, au trésorier défavorable (mais le président ne sait pas que le trésorier a déjà vu et refusé le site), au secrétaire adjoint qui était le seul à ne l’avoir jamais vu. Le quatrième était absent.

Le président ayant maintenu son enthousiasme devant un trésorier ayant senti le vent tourner, j’ai obtenu le droit d’utiliser le site (c’est-à-dire de le diffuser). Me voilà donc en guerre larvée déclarée avec le trésorier dont j’ai soigneusement évité de croiser le regard pendant la présentation. De même, je n’ai pas répondu à ses «félicitations», faisant celle qui n’entendait rien (je n’étais pas bien sûre de ne pas le fusiller de mon mépris).
Encore un qui ne va pas me pardonner d’être plus moderne, plus rapide, plus vivante que lui.



Le soir, Bouillon Racine avec Pascal et Daphné.

Sortie en huit

Le jeudi toutes les titulaires ne sont pas là et je complète le huit de compétition loisirs. Désormais Vincent nous suit: retour aux entraînements que j’ai connus à douze ou treize ans, avec un entraîneur sans arrêt en train de parler. Amélioration par rapport à cette époque-là: le canot moteur est beaucoup moins bruyant.

Sortie très technique, épuisante, bras seuls, bras corps, préparation des pelles, pelles au carré, dégagé énergique dans l’eau.
Découragement de certaines dans les vestiaires ensuite. Elles viennent de découvrir ce que c’est qu’une sortie où on se sent nulle de bout en bout.

La tache

Une heure et demie de voiture ce matin: la A86 extérieure par un beau soleil. But: un garage de Courbevoie, élu le garage le plus pratique pour la révision de la voiture rouge.
A pied du garage à Nanterre préfecture: Courbevoie est encore un village. En profiter avant l'arrivée d'Eole (RER E) en 2022 au niveau du stade Aréna.



Découvert avec surprise une grosse tache rouge dans mon œil gauche. Moi qui attribuais la douleur à la fatigue… Aucune idée de comment je me suis fait ça. (Ce n'est pas grave, c'est le principe d'un bleu, vaisseaux éclatés, ça passe en quelques jours.)


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Le portrait de Dorian Gray

RER A, 18h45


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Vaccinée

contre la grippe.

Dans le même temps, j'apprends que la vaccination contre la rougeole est à son plus bas en Indonésie, suite à une rumeur de porc dans le vaccin. (Est-ce plus ou moins con que redouter l'alluminium?)


J'en profite pour saluer la cascadeuse Kitty O'Neil, morte le 2 novembre et sourde à cause d'une ou des maladies enfantiles.

Elle doublait Wonder Woman, ce qui m'amène à saluer également Stan Lee, mort aujourd'hui (davantage connu de H. que de moi (en fait je le connais surtout à travers The Big Bang Theory)).

PS: sur une suggestion d'Aymeric j'ajoute ce billet. J'aime beaucoup le nom du blog.

Stupeur et désolation

Trump a refusé de prendre part aux cérémonies du 11 novembre parce qu'il pleuvait.





Nous savons tous qu'il manque d'empathie, que l'empathie lui manque, comme il lui manquerait un sens. Nous l'avons vu après les cyclones, après les fusillades dans les écoles, aujourd'hui pendant les terribles incendies de Californie. Son indifférence et son ennui sont, essentiellement.
Il est impossible de s'y habituer, et chaque fois il parvient à nous surprendre.
Comment les Républicains ont-ils pu présenter un type pareil à l'investiture? Cela demeurera pour moi à jamais un mystère.

Black Mirror, SOS Bonheur and so on

L'une des clientes de H. lui propose un investissement dans "Villages nature", une sorte de Center Park, mais à côté (toujours à côté) d'un Disney World: il devrait y en avoir à Shangaï et à Orlando. C'est un montage juridique auquel nous n'aurions jamais pensé de nous-mêmes, à base de bail commercial et loueur de bien meublé non professionnel.

Nous étions donc invités cet après-midi à visiter le site. Nous avons été accueillis par «j'espère que vous n'avez pas oublié vos maillots de bain!». Euh, non, nous pensions nous trouver autour d'une table à commenter des tableaux d'amortissements.
En fait il y a un bassin extérieur chauffé à 30° par géothermie, et en cette saison il y a peu de monde, de quoi en profiter vraiment. Le parc est magnifique (combien de jardiniers?) et l'architecture des bungalows très pensée et intégrée.

Tout cela est si beau, si parfait, que j'ai l'impression d'être dans l'un de ces films où l'on appâte le client avant de le ferrer et qu'il découvre l'envers du décor. Je me sens très mal à l'aise, avec une envie de fuir dès que possible.
J'ai regardé trop de science-fiction.

La communauté d'agglomération Val d'Yerres Val de Seine

Dans la perspective des municipales de 2020, j'étudie la communauté d'agglo. Ce n'est guère brillant. Huit communes : par ordre de taille de population, Vigneux-sur-Seine, Draveil, Yerres, Brunoy, Montgeron, Épinay-sous-Sénart, Quincy-sous-Sénart, Crosne, Boussy-Saint-Antoine.

Le maire de Draveil, Georges Tron, est actuellement jugé suite à des accusations de harcèlement et de viol, celui de Vigneux, Serge Poinsot, a fait de la prison préventive avant de passer en jugement pour blanchiment et favoritisme dans l'attribution des marchés publics (il a démissionné en octobre).
A Epinay, des adjointes ont fait une grève de la faim pour protester contre le maire (elles avaient sans doute accordé leur confiance politique un peu vite avant de découvrir que leur chef de liste ne leur convenait pas).
A Yerres, Nicolas Dupont-Aignan (qui depuis a laissé sa place pour être député) s'est rapproché de Marine le Pen en avril 2017.

Heureusement que Boussy remonte le niveau, avec Romain Colas devenu directeur de cabinet du premier secrétaire du parti socialiste, Olivier Faure.



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En fin d'après-midi, Bohemian Rhapsody aux Halles. Que je connaisse toutes les chansons prouve à quel point Queen était universel, car j'ai plus ou moins grandi dans une cave. J'ai de plus en plus souvent la nostalgie de mon enfance, non parce qu'elle aurait été idyllique, mais parce qu'il me semble que je comprends enfin dans quel monde, dans quel contexte je vivais, et que je saurais aujourd'hui en profiter.
(Je ne comprends pas comment quelqu'un qui a édité Dark side on the moon a pu hésiter devant Bohemian Rhapsody. Tout cela est une affaire de capacité à transmettre de l'énergie.)

La règle Mbappé

En grec, le n devient m devant m, b, p (cette règle phonétique est passée directement en français).

«Ah oui, dit la prof, dans les collèges cela s'appelle désormais la règle Mbappé.»


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Premier cours de l'année (puisque j'étais absente en septembre). Une bonne surprise en ouvrant la porte : nous sommes nombreux, au moins une dizaine. En allemand comme en grec, l'excellence des profs finit par payer et remplir le cours (dix, ça ne paraît peut-être pas beaucoup, mais c'est un cours entièrement "gratuit": pas de contrôle des connaissances, pas d'acquisition d'ECT (unité de valeur) à faire valoir pour l'obtention d'un diplôme… On vient par pur désir.)

Ergo : le test

Ou encore : fin de partie.
Le test se passait à midi, et sans surprise je suis largement dans les choux: pas de compétition pour moi, je servirai de bouche-trou à l'entraînement quand l'équipage sera incomplet.

Mes sentiments sont ambigus, je souffre d'un "ils étaient trop verts". Je sais que je n'ai pas fait mon maximum, mais je ne sais pas si mon maximum aurait été suffisant: dès lors, n'est-ce pas une façon de pouvoir penser au fond de moi «si j'avais voulu…»? (sauf que les autres sont si loin devant que je n'ai pas ce niveau, cette puissance. Enfin, niveau… le niveau technique, sur le bateau, peut-être, mais à l'ergo, non, pas la puissance, rien à faire).

Est-ce que ça m'ennuie vraiment?

D'abord j'aurais bien aimé courir à Tours, faire venir René. Cela m'aurait fait plaisir.

Ensuite ça me vexe, je suis vexée. Et puis il y a toujours ce regret de ne pas «être douée», de n'être douée (ie exceptionnelle) pour rien. J'ai beau faire, je sais que je regretterai toute ma vie de ne pas avoir été naturellement douée dans quelque chose (ma sœur avait des aptitudes en sport. Elle avait été remarquée. Elle m'enviait, je me suis toujours demandée pourquoi: elle avait quelque chose de précieux, pas moi).

Il y a aussi quelque chose qui proteste en moi: ce test ergo, je le vis comme une brimade. Vincent a décidé de le faire pour «éviter qu'on s'engueule». Mais nous ne nous serions pas forcément engueulées. J'ai beau me dire qu'il a fait son boulot d'entraîneur, que cela lui permet d'avoir une hiérarchie, de proposer un programme, de mesurer les progressions, quelque chose en moi proteste. «Ne cours pas» ai-je envie de crier quand je regarde L'armée des ombres.
Mauvaise tête.
Mais est-ce vrai ou ne suis-je qu'en train de me justifier parce que je suis mauvaise?

Et je me dis que je vais être libérée de ces entraînements du week-end à Neuilly (je préfère Melun), que je vais pouvoir m'entraîner deux fois et pas trois (c'est compliqué depuis Nanterre préfecture), que je ne me blesserai pas à l'ergo, que je n'aurai plus cette sensation d'épuisement et que j'aurai davantage de temps pour la dissertation canonique.

Oui, je souffre d'un "ils sont trop verts".

Il y a vingt-trois ans, au lieu de faire la couillonne sur un ergo, je venais de donner naissance à ma fille. Je me demande où je serai dans vingt-trois ans.

Gründlichkeit

— Gründlichkeit… en ce qui concerne les Allemands, c'est un cliché. Le Français est frivole, l'Allemand est gründlich, minutieux, sérieux, voire pataud.
— Frivole? en allemand Frivolität ?
— Oui, tout à fait.
— Ça alors, je commence à comprendre… J'ai un ami philosophe qui utilise frivole quasi comme un reproche… Je commence à comprendre d'où lui vient ce pli.
— C'est toujours un ami ?



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Pendant ce temps dans le monde
élections de mid-term aux US.

En retard

Je devais rendre un plan pour la dissert. J'ai écrit quelque chose rendu au dernier moment (alors que j'aurais dû le rendre jeudi), mais que c'est puéril. J'ai un style plus pastoral que théologique: toujours la même réticence en moi à écrire dans un style académique (que je ressens pompeux). La simplicité me paraît une politesse, mais je sais qu'elle paraît niaise. Ne pas trop y réfléchir pour ne pas déprimer. (Il va falloir me plier à l'académisme, ce sera mon effort pour cet exercice.)

L'atmosphère de l'"atelier" (groupe de travail) est étrange: un moine, un prêtre, une sœur et trois laïcs. Nous ne sommes que trois de l'année dernière, les autres viennent de circuits parallèles. Il y a des débats que je ne comprends même pas, sur l'héroïcité des vertus (mais de quoi parlent-ils? je n'ose pas dire que je ne comprends rien. J'ai l'impression que le débat porte sur les raisons pour lesquelles "faire le bien": pour soi-même (avoir une bonne image de soi-même, obéir aux injonctions extérieures, "gagner son paradis") ou pour les autres. C'est le genre de débat que je trouve stupide: la personne aidée est aidée, quelles que soient les raisons qui animent l'aidant, raisons indémêlables la plupart du temps. Surtout, je trouverais dommageable d'arrêter d'aider sous prétexte qu'on le fait pour de mauvaises raisons!
Mais ce n'est peut-être pas ça. Je ne comprends pas).

Les morts

Ce matin pendant la messe a été énoncé le nom de tous les morts de l'année (à condition d'avoir eu des funérailles catholiques). C'est la première fois que j'assistais à cette cérémonie. Je ne sais pas si c'est un rituel annuel, j'avoue ne pas être très assidue.

Cardio l'après-midi. Je ne fais pas d'ergo pour préserver mon dos. Test mercredi. J'écoute un podcast sur Shakespeare. Je n'apprends rien si ce n'est qu'il existe aujourd'hui des descendants vivants de Shakespeare (via sa fille, qui avait un frère jumeau dont le nom ressemblait furieusement à Hamlet).

H. a jeté nos réserves de pois cassés, céréales, riz, infestés de charançons depuis cet été. Les paquets neufs ont été versés dans des bocaux. C'est joli.

Hors du monde

* Entraînement le matin en quatre. Décevant.
O. a bien analysé mon problème : trouver des personnes de mon niveau aussi motivées que moi pour s'entraîner sérieusement. Or celles qui ont mon niveau ont l'esprit de compétition (entre elles) plutôt que l'esprit d'équipe.
En un mot, je suis en train de m'ennuyer. Je ne sais pas quelle décision prendre. Ne plus faire que du skiff à Melun? Mais seule je ne progresserai pas. J'aimerais progresser encore (un peu).

La Seine une semaine plus tard, une heure plus tard du fait du changement d'heure.

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Après la sortie Isabel et moi revissons toutes les planches de pieds.


* Courses en supermarché l'après-midi.
Je le note car cela n'arrive plus souvent, une fois tous les deux mois peut-être, pour les boîtes pour les chats, la lessive, les bières ou les biscuits apéro (le fond, quoi: tout ce qui nourrit pas).
A chaque fois c'est la même surprise, la même impression que le monde m'échappe: que de nouveautés inutiles! que de raffinement dans les motifs, les couleurs! Que de bouteilles, de bocaux, de cuillères, de yaourts à la tarte tatin…

A la caisse, mon étonnement atteint son comble quand je découvre un agenda Hildegarde de Bingen. Hildegarde de Bingen! Et pourquoi pas Maître Eckhart?
J'ai ouvert, curieuse de découvrir psaumes et musique sacrée. C'était purin d'ortie et cataplasme de seigle.


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Zut, je ne sais plus où j'ai rangé mon chocolat.


* O. regarde une émission sur Warcraft III "reforged"encore du travail? Travail terminé» «Oui mon Seigneur!»: bande son de l'enfance des enfants). Tandis que je regarde des soldats passer des quidams au lance-flammes, il m'explique que ceux-ci se transforment en morts-vivants à cause d'un virus et que le chef militaire (le prince?) a décidé de les tuer avant la transformation.
Je frémis devant la constante de ce thème à travers les âges. Je me souviens d'Edmond Michelet racontant les baraques de quarantaine à Dachau, le choix des catholiques d'accompagner les mourants, le choix des communistes de se préserver pour la société à venir et à construire… Toujours le même choix, de mythes en guerres en jeux. (Je me contente de dire à O. que cela soit un jeu me met très mal à l'aise).

La GABO*

Journée de pont.
Peu de monde. Je télécharge une appli pour mesurer les décibels de l'open space: de quarante à cinquante, "maison calme", "rue calme".

Je commande aussi des bouchons d'oreilles. Je découvre l'univers des bouchons pour motards ou musiciens ou fêtards, je reste pensive devant le casque anti-bruit à trois cents euros. Le plus triste est sans doute ce descriptif de casque pour enfants: plutôt qu'obtenir le silence en classe pendant les devoirs surveillés, mettre un casque anti-bruit…
(Le silence studieux durant les interrogations ou les dictées faisaient partie du charme de l'école. Comment expliquer cela à ceux qui ne l'ont jamais connu?)


* GABO : gêne acoustique dans les bureaux ouverts

Redbubble

Passé l'après-midi à choisir des tee-shirts manches longues sur Redbubble pour l'anniversaire de A.
Normalement j'aurais dû faire un plan (un premier plan) pour la dissertation canonique et dresser l'état des lieux des forces politiques en présence dans les municipalités du Val d'Yerres Val de Seine et même remplir ce blog en souffrance dans lequel j'écris par à-coups (même si je garde dans les limbes des traces rapides pour "quand j'aurais le temps".
Je ne l'ai pas fait.
Dès que je n'ai pas travaillé le matin, je n'arrive pas à travailler l'après-midi. Il faut que je mette au point une stratégie avec (ou contre) moi-même.

Première gelée

Givre sur la voiture à sept heures. L'automne est là.

Photos en sortant du métro Pont de Neuilly: soleil tapant dans les tours de la Défense plein ouest, aube sur la Seine vers le sud. Ce qui me fascine, c'est que cela se trouve au même endroit.


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Sortie un peu paresseuse, un peu agaçante. CR n'aurait pas dû prendre la nage.
J'ai le même problème qu'Anne-Sophie il y a une semaine: ma chaussure s'est dévissée et ne tient plus à la planche de pieds.
Le micro n'avait plus de batterie: bcp de bavardages (retransmission des ordres, donc commentaires) dans le bateau, ce qui rend la sortie incohérente. Nous en avons tous souffert.


Passé à la pharmacie pour acheter du magnésium car j'ai l'impression de perdre la tête. Donné le reste de mon paquet à deux jeunes qui demandaient une cigarette: tant pis pour eux et tant mieux pour moi.

Bilan de la journée

- Déprimé un expert-comptable en lui apprenant qu'un Français sur quatre n'atteignait pas 65 ans. C'est une stat à laquelle on ne s'attend jamais.

- Ecrit en lettres capitales à une dame d'ARRÊTER de téléphoner à tout le monde tous les jours. Elle est hyper-angoissée au sens médical du terme et ses interlocuteurs lui racontent n'importe quoi pour s'en débarrasser (ce soir ils lui ont donné le nom de quelqu'un parti depuis six ans). Je lui ai interdit de téléphoner avant le 11 novembre (m'écoutera-t-elle? Il le faudrait. Elle va vraiment mal. Sentiment d'impuissance devant tant de détresse.)

- Rencontré les artisans qui devraient rénover la maison pendant un mois. Beau chantier (pour ne pas dire bordel) en perspective.

- Fun fact : il y a plusieurs kilomètres de câbles dans les voitures actuelles (Elon Musk a ramené ce chiffre à cent mètres dans sa dernière voiture).

Presque comme hier

Matin en décapotable avec H. Un croissant et des tartines au café "Les Affranchis". Métro Olympiades.

Réunion avec le repreneur de notre gestionnaire de prestations. Ils travaillent à la reprise des bases depuis janvier (2018), la bascule en production aura lieu fin décembre: «Tout est prêt. Notre seule inconnue concernant le 2 janvier, c'est le nombre de gestionnaires présents. Nous avons découvert que certains étaient de santé fragile.»

A midi huit pas tout à fait de filles (deux rameurs pour compléter) (je plaisante, ce n'est pas si important, je ne suis pas si sectaire… mais je suis impressionnée de contaster à quel point les badauds repèrent que nous sommes un bateau de rameuses, sans rameur. Je ne pensais pas que cela avait tant d'importance, que cela se voyait, se verrait, autant).

— Tu rames en huit à midi?
— Oui pourquoi?
— Tu es toujours fatiguée quand tu fais du huit.

Et c'est vrai que c'est fatigant.

Il m'est arrivé quelque chose de bizarre, j'ai perdu mes clés. Qu'ai-je bien pu faire hier après l'ergo, n'ai-je pas refermé mon casier? Aujourd'hui il était ouvert, le cadenas avait disparu. Je n'avais pas mes clés dans mon sac. Où sont-elles? Les ai-je laissées dans le vestiaire hier? Mais pourquoi quelqu'un les aurait-il emmenées sans rien voler? Et si c'est pour me les rendre plus tard, pour ne pas les laisser dans le vestiaire, pourquoi ne pas avoir fermé le casier avec le cadenas?
Je suis ennuyée, il y a la clé de la maison avec. Le trousseau se range à l'intérieur d'une bourse et je crois qu'il y a une carte de visite professionnelle dedans (pour qu'on puisse m'appeler en cas de perte), donc mon nom. Donc la maison est trouvable.
Qu'ai-je fait hier, où sont mes clés?

A. cherche un stage et devrait faire un service civique (en attendant de repasser une fois de plus son examen en juin prochain).


Le soir je prends une inscription à la bibliothèque de la Cité universitaire. Puis bureau de H. où nous discutons avec LM d'Emmanuelle Wargon pour qui elle a travaillé. Je n'ai vu E. Wargon qu'une fois, elle m'a impressionnée.

Rentrés en décapotable le long de la Seine puis par la nationale 6 sur laquelle Waze nous ramène dans sa volonté de nous faire prendre les grands axes (pour une fois, par curiosité, nous le suivons).

Retour à Cité universitaire

Matin en décapotable avec H. Deux croissants au café "Les Affranchis" (j'aime beaucoup la déco et la patronne). Métro Olympiades.

A midi ergo. Bande son de Mad Max IV. Temps entre les deux, 52'40. Je m'ennuie désespérément, j'ai envie de me lever au bout de deux kilomètres, trois, six… C'est long. Je crois qu'il vaut mieux que je ne prenne pas de musique. Je devrais essayer de fermer les yeux. Il faudrait que je m'auto-hypnotise.

Le soir je dois rejoindre H. Aller en bibliothèque à Nanterre n'est pas sur mon trajet. C'est alors que je pense à Cité universitaire. Idéal: RER A puis B, ouverte jusqu'à 22 heures, un quart d'heure à pied du bureau de H.
Deux heures en bibliothèque (pour trois euros : étudiante extérieure) puis dîner en terrasse au Temps des cerises: il fait encore bon.
Rentrés en décapotable le long de la Seine. Le carrefour Pompadour est fermé et nous voyons sur l'écran de Waze le bouchon qui grossit.

Allemand II

Deuxième cours d'allemand (pour moi : cinquième au total, peut-être), sans Marc Boss. Nous allons beaucoup plus vite car il nous manque les commentaires théologiques. Ce sera pour la prochaine fois.

Rentrée tôt (enfin, 19 h). Je tâche de mettre un peu d'ordre, de noter quelques remarques sur le livre que je viens de finir afin de me réentraîner à écrire. J'écris tellement moins qu'à l'époque de la SLRC ou de VS. C'est vertigineux. (J'ai fini un livre! J'ai dû en lire cinq —de couverture à couverture— cette année, c'est la cata.) Je mets quelques temps à me repérer dans mon blog Wordpress, tout a changé; on dirait l'intérieur d'un site.

Ergo II

Ergo à Yerres cette fois-ci, en écoutant un podcast sur Théodore Monod. Je me suis collée une bande d'élastoplast de dix centimètres sur quarante pour maintenir un mouchoir plié en neuf au niveau du coccyx. Le but était de réduire les frottements. Je me blesse encore mais c'est mieux.
Temps encore plus mauvais. L'inutilité de se fatiguer apparaît encore plus nettement. 54mn 18. Le podcast n'est pas la solution.

Retour à Nanterre

Je ne sais plus vraiment comment je me suis retrouvée à Nanterre Université. Je crois que j'ai tapé "bibliothèque" dans CityMapper et que j'ai vu apparaître la BU de la fac de Nanterre à huit cent mètres. Alors j'y suis allée, d'abord le midi en reconnaissance, puis le soir pour y travailler deux heures (enfin, une heure et demie).

Ça a beaucoup changé. En trente ans des bâtiments ont poussé partout, la sortie du RER est devenue une esplanade, le silo central de la BU est toujours là mais entouré de plateaux devenus salle de lecture. Je n'aurais jamais imaginé qu'il y aurait autant d'ouvrages de fond en théologie et patristique. Très intéressant.

(Je n'y viens pas pour les livres. Je cherche un endroit où travailler deux heures par jour, à peu près sur mon chemin, loin de la maison où je ne peux m'empêcher de jouer ou regarder des films ou surfer sur les réseaux sociaux. Par ailleurs j'ai trouvé une fonctionnalité de mon téléphone qui me donne mon temps d'écran. J'ai réglé le temps "réseaux sociaux + jeux" à une heure par jour. Je perds beaucoup trop de temps. Entre l'aviron, la dissertation de baccalauréat canonique, les éléctions européennes et la recherche (pour l'instant très nonchalante) d'un boulot, il faut que je perde moins de temps.)

Allemand I - Ergo I

Comme Vincent nous impose 10000 m d'ergo(mètre, c'est-à-dire du rameur de salle de gym) pour pouvoir faire partie du huit1, je suis venue discrètement faire un test à midi. C'est très TRÈS long, on s'ennuie, je m'ennuie, j'ai envie d'arrêter. Il faudra que j'essaie avec un casque sur les oreilles.

Comme prévu, je fais un temps suffisamment mauvais pour me disqualifier : avec ce temps-là, je ne pourrais pas faire partie du huit car les rameuses sont toutes en dessous de 50 minutes (je suis à 51'59).
Pour mémoire, c'est en descendant en dessous des 2'30 au 500 mètres sur 4000 mètres en préparant le biathlon de Landy que je m'étais abîmé le dos. (Sur 4000 m on s'ennuie beaucoup moins).


Retour en allemand. J'ai raté les premiers cours de l'année à cause de l'entraînement en huit (en fait dans l'absolu j'aurais donné la préférence à l'allemand, mais généralement je m'engageais d'abord pour le huit, puis ensuite seulement jeme souvenais de l'allemand. Tant pis.)
Nous sommes nombreux, une douzaine, une quinzaine. Cette année nous étudions la querelle Brünner-Barth.





Note
1: Au début, il nous avait dit que si nous étions trop nombreuses à nous inscrire, il nous ferait passer un test d'ergo pour déterminer qui ferait partie du bateau pour les compétitions. Mais pour Angers, il n'y avait pas assez de rameuses (il y en a une qui est venue d'un autre club) et il a pourtant fait passer un test d'ergo. Donc c'est pour une autre raison, sans doute pour tester notre motivation car je crois qu'il redoute de s'investir plus que nous.

Coming out

Je continue mes lectures, ma recherche de bibliographie. L'idée est de trouver des livres qui permettent "d'entrer en dialogue" (formule consacrée). Le problème, c'est qu'on découvre des textes qui ont si bien traité les questions qu'on voulait aborder qu'il n'y a plus grand chose à dire (déjà que…)

J'en profite pour partager ce passage qui m'a fait sourire.
L'investissement personnel, nécessire à la formation théologique universitaire que propose le Cycle C est d'une telle ampleur qu'il implique des décisions assez radicales en termes de priorité et d'organisation aussi bien sur le plan du travail personnel que sur le plan de la vie familiale. Pour autant, l'étudiant reste souvent très discret sur son engagement dans ces études. On perçoit une réelle réticence à dire et partager les études entreprises; plusieurs étudiants évitent de faire ce que l'on pourrait appeler leur «coming out» […]

[…] L'idée même de retourner «en classe», de suivre des cours après une journée professionnelle souvent chargée, de lire des livres, de passer des examens et de rendre des devoirs, sucite étonnement, voire admiration. A l'intérieur d'une vie déjà prise par une famille et un métier, choisir de consacrer du temps — et d'engager des frais — pour continuer des études paraît déjà considérable. Mais quand le contenu des études est révélé, l'étonnement croît encore, et vire parfois à l'inquiétude: «Mais, à quoi ça sert?»

"Les engagement ecclésiaux des laïcs formés en théologie", par Christelle Javary et Luc Forestier, dans Des laïcs en théologie: pourquoi? pour qui?, direction Brigitte Cholvy, Bayard 2010, p.122-123
Je me souviens il y a sept ans avoir hésité à avouer mes études ici, puis avoir décidé de vous faire confiance, ô vous lecteurs habituels ou de passage.
Pourquoi ce mot de confiance? parce que théologie appelle religion, et religion évoque obscurantisme (et pire désormais avec les scandales pédophiles).

Comment rendre compte des trésors d'intelligence, de réflexion et d'équilibre rencontrés en théologie, quel sens peuvent-ils avoir en dehors de la foi?
Et s'ils n'en n'ont pas, quel gaspillage de force, quel dommage, et à quoi bon?

Dernier huit

Dernière sortie en huit. La course a lieu samedi, le bateau est démonté jeudi pour le transport.
C'était bien. Merveilleuse lumière d'automne derrière la Défense.
Agathe à la nage et moi au un.

La nomination de Brett Kavanaugh

Ce n'est pas pour des raisons féministes que je suis atterrée par la nomination de Brett Kavanaugh samedi dernier, mais pour des raisons pédagogiques: comment enseigner aux enfants qu'il faut se conduire honnêtement et dignement quand des fripouilles comme Trump et Kavanaugh, uniquement mûs par leurs intérêts particuliers, semblent l'emporter dans tous les domaines?

Un peu peste

Il y a deux ans j'avais commencé le catéchisme avec ce niveau, les CM1. Je m'occupais d'une douzaine d'enfants. Cette fois-ci ils sont au moins trente1 dans une salle trop petite et je les trouve terriblement petits et terriblement mignons. Ils me font rire. Est-ce que je deviendrais gâteuse avec l'âge? Est-ce que je suis déjà gâteuse ?

Les parents sont moins drôles. J'agace une mère qui geint parce que sa fille a du sport le dimanche et que «ça ne va pas être possible» en lui répondant que c'est une question de hiérarchie: il faudra choisir ce qui compte le plus (in petto je sais que le sport a gagné d'avance mais je ne le montre pas). Elle s'indigne: «mais non, il n'y a pas à choisir, les deux sont indispensables à son équilibre. — Je veux bien, n'empêche que vous ne pourrez pas être à deux endroits en même temps.»
A une autre qui veut savoir si sa fille pourra faire sa communion «même si elle est absente dix fois», je réponds que ce n'est pas de mon ressort, qu'il faut voir avec le prêtre, mais que «il n'y a pas d'obligation à faire sa communion cette année, ça peut attendre un an de plus. On peut faire sa communion à tout âge.»

Le nœud de l'affaire, c'est que l'année dernière il y avait deux groupes, un le samedi après-midi et un le dimanche matin. Les parents tenaient pour acquis qu'il en serait de même cette année mais les bénévoles se sont raréfiés. Les parents ne se sentent pas concernés, ils sont dans une pure logique de consommation. Je prends un malin plaisir à leur proposer, l'air très naïf, de monter eux-mêmes un groupe le samedi, en me déclarant prête (ce qui est vrai) à venir donner quelques explications sur les textes ou autres le vendredi soir s'ils ont besoin de support.

Bref, contrairement aux parents des deux années précédentes, pas sûr que ceux-ci vont beaucoup m'apprécier.




Note
1: tous les enfants de la ville de cet âge-là, tous les enfants allant à l'école publique. Trente enfants de neuf ans pour trente mille habitants. Dormez tranquilles, vous qui souhaitez l'athéisme et la déchristianisation.
(C'est alors que je me souviens d'Elvis Elangabeka: «vous êtes le sel de la terre: mais il ne faut pas beaucoup de sel.» Je n'ai jamais compris ce qu'il voulait dire exactement.)

Vingt ans deux fois

Cette fois-ci nous fêtons l'anniversaire en famille, avec les quatre grands-parents et mes trois enfants (hiiiiii — non, je plaisante. Mais c'est vrai que ça devient rare.)
Il fait un temps magnifique, nous déjeunons dehors et j'exhume une collection de chapeaux de paille (j'en ai deux que je n'ai jamais utilisés, que j'avais achetés dans la perspective du mariage de Matoo (finalement j'avais retenu quelque chose de plus discret!)) C. fait tout à fait drag queen.

Vingt ans une fois

Rendez-vous au Temps des cerises pour fêter les vingt ans de O., et au passage les cinquante-et-un ans de son parrain.

Cette semaine je n'aurai pas été un seul soir chez moi.

Trois et huit

J'ai fait une erreur en sachant que c'était une erreur.

Comme d'habitude j'ai fait partie des dernières à partir (le pauvre serveur ne savait plus comment se débarrasser de nous). J'ai pris un vélib (une station ouverte en bas de la rue de l'Alsacien \o/), rejoint gare de Lyon (je sais où rendre un vélib là-bas) et je suis descendue sur les quais.
Deux trains pour Corbeil. Plus de train pour Melun.
C'est alors que j'ai fait une erreur.
Je ne suis pas remontée en suface prendre un bus de nuit. J'ai pris un RER pour Corbeil en me disant que je descendrais à Villeneuve et que je prendrai un (bus) B — s'il y en avait encore un.
J'ai fait une erreur, je savais qu'il n'y en aurait pas, mais cette p** d'appli de Transdev-IDF ne se lançait pas, peut-être qu'il y en aurait après tout, et je n'avais pas envie de remonter les escaliers et de sortir de la gare.

Je suis arrivée à Villeneuve-St-Georges, il n'y avait pas de bus. J'ai marché l'équivalent de deux stations de RER, j'ai rejoint la voiture, je suis rentrée.

J'ai dormi trois heures.
Le lendemain, je me suis demandé pourquoi je n'avais pas appelé O. A une heure du matin, il devait être encore sur WoW, je ne l'aurais même pas réveillé.
Prise dans mes souvenirs, la nostalgie, les pintes de bières aussi, je n'y ai pas pensé.


Le soir, à nouveau un entraînement en huit. Je me rends compte que je n'ai rien expliqué mardi dernier: finalement le club va présenter un bateau à la Coupe des dames, mais les circonstances font que je ne ramerai pas dedans.
Ce huit s'est constitué à la rentrée, en septembre, avec les filles qui ne s'étaient inscrites ni à Annecy, ni en stage. Il a donc disposé de cinq semaines pour s'entraîner. Un groupe Whats'app a été constitué, et nous avons reçu via ce groupe un appel à compléter l'équipage les soirs où des rameuses "titulaires" n'étaient pas disponibles. J'ai décidé de ne pas bouder mon plaisir et j'ai répondu à l'appel. Anne-Sophie en a fait autant, et nous voilà à ramer en entraînement pour une course que nous ne ferons pas.
Ce soir, c'était très agréable. Beau temps, bateau plus cohérent que mardi, mieux équilibré. Plaisir de rentrer dans la nuit qui s'avance, reflets des réverbères sur la Seine.

Métro, RER. Je rentre. Je suis cuite.
A. est là. je n'avais pas compris qu'elle arrivait ce soir.

On s'était dit rendez-vous dans dix ans

On ne se l'était pas dit mais on l'a fait, enfin pas vraiment puisque pour ma part c'était la première fois et non un anniversaire.

Bref, ce soir mythique Paris-Carnet, à vingt ou trente (il paraît qu'à la grande époque ils étaient quatre-vingt ou cent, que ça grouillait, entrait et sortait (les normes de la cigarette n'étaient peut-être pas encore si strictes. Hier nous n'avions même pas le droit de sortir avec notre verre à la main (problème de patente, de droits à payer à la municipalité). Comme nous sommes devenus sages…)

Je suis arrivée tard, j'ai raté la fille aux gants (quand je dis "raté", je veux dire voir, mettre un corps sur un blog. Je ne la connais pas, je n'ai rien à lui dire. Juste la voir, au nom des nuits passées à se perdre dans les blogs pour consoler une tristesse et une solitude), je n'ai pas identifié M le Maudit et il venait de partir quand j'ai demandé s'il était là; Chondre et Matoo n'étaient pas là, Zvezdo non plus (trop loin); Aymeric discutait avec Dirty Denis; j'ai vu Gilda (zut, oublié de la faire parler de Cerisy (j'aime tant qu'on me parle de Cerisy)), Kozlika (évidemment), Franck (pas en kilt); Bladsurb, Padawan (je le croyais en Nouvelle-Calédonie), Veuve Tarquine (comme les enfants ont grandi); la Souris qui un jour m'a fait un joli compliment (genre «pourquoi je lis cette fille qui n'est pas mon genre») avec Palpatine qui a oublié ou fait semblant d'oublier que nous avons failli nous engueuler sur Twitter à propos de démographie; j'ai défailli en m'apercevant que Babils connaissait Véhesse et pas Alice (enfin un); j'ai récupéré un autocollant ou deux de Qwant.

J'ai entendu parler de Pasfolle (personne ne sait ce qu'elle est devenue) et de Mon avis sur tout. Ça m'a fait plaisir. Impossible de retrouver le nom de cette fille très rock et un peu dépressive dont le blog n'était pas super connu… Peut-être dans la blogroll de Berlinette. Qu'est-ce que j'ai aimé Berlinette. Manu attendait Matoo et un fervent admirateur aimerait rencontrer Gv. Moi j'espérais rencontrer Garfield (avant qu'il ne parte en retraite à Marseille) mais il avait eu un empêchement de dernière minute.
A la grande époque il y avait un autre groupe, la République des blogs, je crois (une idée des participants). Des gens sérieux qui voulaient refaire le monde. Tlön, c'était plutôt cette mouvance. Aymeric était entre les deux. Comme tout cela est loin. On a un peu bitché sur LLM mais à peine, en fait tout bien réfléchi, non. Juste évoqué.

J'aurais peut-être dû prévenir Jean ou Elisabeth, je regrette de n'avoir pas insisté auprès de Philippe[s] ou Mes bouquins refermés. Je me suis dit qu'ils étaient au courant, je n'ai pas osé.

Je définis la saudade comme la nostalgie de ce qui n'a pas été et de ce qui ne sera pas. Matoo a remis en ligne sa blogroll. Les liens sont plus ou moins actifs, mais les noms sont au moins des souvenirs pour ceux qui lisaient les blogs à la grande époque. Voir chez Tlön pour une autre sphère. Il y a plusieur blogrolls à récupérer d'urgence dans les blogs que je viens de citer.

Huit

Un entretien au siège à 8 heures du matin.

Je rate le deuxième cours d'allemand à 16h30 car je me suis engagée à compléter l'équipe du huit qui court à Angers le 14: il lui manque des rameuses pour deux entraînements.

Le bateau est encombrant et va vite, il demande beaucoup de concentration. Nous ne sommes pas réellement ensemble, il manque des heures et des heures d'entraînement en équipe. C'est un bateau qui doit permettre d'atteindre l'osmose. C'est exigeant (c'est pour cela que j'en rêvais. Il y a une course à Tours le 9 décembre, mais mes réflexions et calculs en Grèce m'ont fait aboutir à la conclusion que je ne vais pas y m'inscrire. Inutile de m'épuiser à mettre trop de choses dans le calendrier. Cela devient suffisamment compliqué comme ça).

Nous terminons l'entraînement à la nuit tombée. Il faut rentrer, je fais des mauvais choix entre la ligne 1 et le RER A (je rejoins le RER A à Charles de Gaulle pour aller plus vite mais il arrive puis reste en gare de longues minutes car survient un incident à Auber juste devant nous) puis attend dans la confusion gare de Lyon (vingt minutes de retard avec des trains qui changent de quai). Difficile de rester immobile avec les muscles brûlants.

Toujours pas

Reprise.
Entretien au siège à 17 heures.
Un pot à 18h45. JM est en train de faire le choix définitif de la théologie : il a démissionné d'un poste haut placé à la BNP pour son année de maîtrise. Il me cite la torah: «quand un homme a élevé ses enfants et a un toit, il a le droit de se consacrer à l'étude». (citation exacte à retrouver, me dit-il).
Concernant la dissertation de baccalauréat canonique (que lui a soutenue l'année dernière), je lui avoue que j'oscille entre des sujets qui me donnent l'impression d'être réglés en deux coups de cuillère à pot et des sujets qui exigeraient de lire tout Saussure, tout Benveniste, tout… (Nous parlons de Gunkel. Il ne connaît pas les formalistes russes. Je suis surprise.)
Il rit: «A priori c'est l'état normal des personnes normalement névrosées. Quand il te restera quatre mois, tu abonneras l'idée de faire le travail du siècle, tu prendras n'importe quoi et tu t'y mettras.»
Certes, réponds-je, mais paniquer doit faire partie du processus. Je crains que sans cela le mûrissement n'ait pas lieu.

Atelier. Je n'ai toujours pas de sujet. Je me sens très bête. A ma question ressassée "pourquoi faire de la théologie", une participante répond qu'elle ne comprend pas mon problème : c'est forcément pour parler de foi à des personnes croyantes.
Mais quel est l'intérêt de parler entre nous en étant tous d'accord ?

Volos

Pas travaillé ce matin car je devais lire un article que j'ai téléchargé sur Cairn : donc comme j'étais sur mon ordinateur, j'ai surfé. Damné wifi.

Un peu d'hésitation, que faire ? Finalement ce sera Volos (avec un bêta prononcé vé), porte d'accès au Pélion, région montagneuse dans laquelle se cacha Jason. Le guide bleu nous promet un circuit d'une beauté extraordinaire, deux cent trente kilomètres sans dépasser le trente à l'heure… Nous savons aussitôt que nous n'irons pas bien loin, il est midi passé quand nous atteignons Volos.

Nous cherchons la rue "du bazar". Même si trente ans après l'écriture du guide elle a disparu, son emplacement se reconnaît à une animation certaine. Comme toujours, tous les Grecs sont en train de prendre du café (un frappe) en terrasse à l'heure de l'apéro. Ils ont sorti les pulls et les doudounes, il fait froid (18°). J'achète des collants pour éviter d'acheter un pull (si, c'est logique: en couvrant les jambes j'arrête la sensation de froid).

Nous mangeons trop, encore, dans un restaurant choisi d'après sa clientèle (des groupes de Grecs en tous genre, jeunes et vieux. Est-ce qu'ils ne travaillent jamais?) et son nom : Ouzo therapy.
Je pense avoir compris ce qu'il faut faire ici : les plats sont conçus pour que tous y pioche, il faut en commander un ou deux qui intéressent tout le monde, puis en recommander au fur à mesure, et non commander comme en France, entrée, plat, dessert. Sinon on se retrouve avec des quantités bien trop importantes que l'on n'ose pas laisser, pour ne pas gaspiller, pour ne pas vexer, et parce que c'est bon. Et lorsqu'on nous avons réussi au bord de l'épuisement à achever les plats commandés, le restaurateur grec vous achève : à l'orientale, il vous apporte, en cadeau, gratuitement, un dessert… qu'il faut manger puisque c'est un cadeau (du moins nous ne pouvons imaginer qu'il en soit autrement).
Nous commandons un café, nous le choisissons grec, bien sûr, et nous voyons notre hôte, qui a acquiescé à notre bon goût, sortir chercher deux tasses au bar à côté.

Nous grimpons quelques kilomètres du Pélion. La végétation change selon le versant des collines, verdoyante ou râpée. Nous surplombons la mer. La route est très étroite et très raide, bordée de maisons de place en place (mais pourquoi habiter là? C'est joli mais pas pratique, en hiver ce doit être terriblement dangereux quand il gèle